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Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 1993, Collections de BAnQ.

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Les morts vivants Volume 31, numéro 8 Mai 1993,3,45$ ossier environnement 1c mctue , ;c0U A;j 11 / IJ ÎH 1 if# par Stéphane Gagné L’incinération des déchets est controversée.Ses partisans affirment qu’elle réduit la quantité de déchets, qu’elle augmente la durée de vie des dépotoirs et qu’elle pollue moins que l’enfouissement.Ses adversaires disent qu’elle pollue et surtout qu’elle empêche la gestion écologique des déchets (les fameux trois R : réduction à la source, réemploi et recyclage).Si l’incinération n’est pas un mode d’élimination idéal, force est de constater qu’elle n’est plus qu’elle était.L’incinérateur proposé par la Régie intermunicipale de gestion des déchets de l’île de Montréal (RIGDIM) utilise la technologie américaine de la firme Foster Wheeler, munie de nombreux systèmes anti-pollution qui réduisent les rejets atmosphériques de substances polluantes à moins de 0,05 % du total des émissions.Pour le projet RIGDIM, les ingénieurs ont choisi les normes les plus sévères entre celles du Conseil canadien des Ministres de l’Environnement (CCME) et celles du South Coast Air Quality Management District de Californie (SCAQMD).« Nous avons même modifié le projet initial de Foster Wheeler pour qu’il soit conforme à certaines normes encore plus sévères que celles du CCME et du SCAQMD », affirme Serge Lavergne, ingénieur et l’un des auteurs de l’étude d’impact sur le projet de la RIGDIM, réalisé par la firme Tecsult.Tous les déchets ne seront pas brûlés car en plus de l’incinérateur, on prévoit un centre de tri des matières recyclables et un centre de compostage.Mais la plus grande partie de l’investissement ira à la construction de l’incinérateur à Montréal-Est (268 millions $) et non aux trois R, protestent les écologistes.D’autant plus que les coûts d’opération seront de 18 milliards $ par année, quelle que soit la quantité de déchets incinérés.Pas vraiment un encouragement à investir des sommes supplémentaires pour la %, ifr * Les polluants qui s'échappent des cheminées des incinérateurs s'ajoutent à la pollution ambiante.récupération ! Il faut dire que l’incinérateur est un équipement de haute technologie coûteux à construire, ce qui n’est pas le cas d’un centre de tri.Les toutes dernières trouvailles technologiques sont bien représentées dans cet incinérateur conçu pour brûler annuellement jusqu’à 413 000 tonnes de déchets domestiques provenant des 750 000 habitants des 27 municipalités de l’île de Montréal (excluant Montréal).Insulaires, voici donc comment votre sac vert sera réduit en cendres.La majeure partie des déchets se rendra à l’incinérateur.en train.C’est à Saint-Laurent qu’on videra les camions d’ordures des secteurs ouest et centre de l’île (où vit 70 % de la population) pour charger leur contenu dans des wagons de train.« On veut réduire les effets nuisibles du camionnage sur la circulation routière, mais aussi sur le bruit et la pollution de l’air », affirme Serge Lavergne.Les ordures de l’est de l’île se rendront au site en camion.Les déchets seront déchargés dans une fosse à déchets qui contient l’équivalent de la production de déchets de 2,5 jours.Un gigantesque grappin monté sur un pont roulant se chargera de les prendre pour les mettre dans l’un des deux fours.Là, ils seront brûlés sur une grille qui les brassera sans cesse, de façon à ce que les trois étapes de la combustion soient complétées : séchage, combustion à plus de 1000 °C pendant une heure, puis réduction en cendres.Un ventila- Québec Science / Mai 1993 23 DOSSIER EDVIB0DDEHE1T m 749 °C Pont roulant Air d fiSIF V Injection J d'urée Gaz naturel (au besoin) R Air 1 000 “C 204 “C Epurateur de gaz acides 140 °C Charbon activé / Fosse à déchets O Il Y B -U Turbine à vapeur Le projet d'incinérateur de la RIGDIM PUISSANCE EXPORTAS! 34 MW teur assure un apport d’air constant sur toute la grille pour que les déchets brûlent bien.« L’oxygène (02) ipjecté à la matière organique (C) présente dans les déchets forme ainsi le gaz carbonique (C02), ce gaz à la base de tous les processus de photosynthèse », dit Serge Lavergne, dont la thèse de maîtrise portait sur l’incinération et le développement durable, une association pour le moins inusitée.Photosynthèse peut-être, mais le C02 est quand même un gaz à effet de serre ! L’incinération laisse deux types de cendres : les cendres de grille ou mâchefer, et les cendres volantes.Le mâchefer, qui n’est pas toxique, en forme la plus grande partie (90 %).On l’entreposera dans un bâtiment avant de l’enfouir dans la carrière Demix, attenante au site, qui reçoit déjà les cendres ré- sultant de l’incinération des boues d’épuration de la Communauté urbaine de Montréal.Les cendres volantes sont hautement toxiques.Elles contiennent des métaux lourds volatils : surtout du plomb, du zinc, du cadmium et du nickel.L’ingestion de ces métaux peut être néfaste à la santé humaine, contrairement à d’autres métaux comme le fer ou le manganèse, essentiels à l’organisme.Les cendres volantes seront séparées du mâchefer à l’incinérateur de la RIGDIM.On analysera leur contenu et, le cas échéant, on les traitera comme des déchets toxiques.À l’incinérateur Des Carrières, qui brûle actuellement les déchets de la Ville de Montréal, on ne sépare pas les deux types de cendres.Tout est enfoui ensemble à Rivière-des-Prairies.Des systèmes anti-pollution La combustion des déchets dégage des gaz et des particules en suspension.Les gaz sont surtout composés d’eau, d’oxygène et de gaz carbonique.Le reste comprend des métaux lourds, du mercure sous forme de vapeur, des gaz acides (anhydride sulfureux et acide chlorhydrique) et des sous-produits de combustion (monoxyde de carbone et oxydes d’azote).Des dioxines et des furannes sont aussi relâchés.Le défi des ingénieurs consiste à retenir tous ces polluants pour éviter leur dispersion dans l’atmosphère.Toutes ces particules et ces gaz seront propulsés vers le haut, dans une chambre de combustion.Dans cette chambre, on injecte à nouveau de l’air pour aider à la combus- 24 Québec Science/Mai 1993 !ï:ïi: :ta Cheminée 125 C ‘ l * 1»[‘\ üt' L tion des substances qui n’ont pas brûlé (elles représentent jusqu’à 5 % des cendres).On injecte aussi du gaz naturel pour maintenir la température à 1000 °C pendant une seconde.À cette température, les déchets plus humides, comme le gazon et certains polluants (phénols, soufre, etc.), sont brûlés.À l’incinérateur Des Carrières, cette étape est absente.C’est plus haut dans la chambre de combustion que le premier système anti-pollution fait son apparition.Son rôle : réduire les concentrations d’oxydes d’azote (NOx), qui composent le smog urbain et qui sont en partie responsables des pluies acides.L’injection d’urée les transformera en azote et en eau.« Cette opération réduira les émissions de NOx de 50 à 60 %, de façon à res- pecter la norme du SCAQMD, affirme Serge Lavergne.L’injection d’urée augmentera cependant les émissions de monoxyde de carbone (CO) de moitié.Toutefois, nous nous situerons encore au-delà des normes de rejets européennes pour ce gaz.» Les gaz passent ensuite par un autre système anti-pollution, qui utilise le lait de chaux pour neutraliser les gaz acides : anhydride sulfureux (S02), acide chlorhydrique (HCl) et acide fluorhydrique (HF).« La réaction du lait de chaux et des gaz formera des sels inoffensifs, notamment du chlorure de calcium, utilisé pour le déglaçage des rues », dit Serge Lavergne.C’est à cette étape que l’on commence à recueillir les cendres volantes.À1000 °C, dans la chambre de combustion, les métaux lourds étaient présents sous forme de vapeur.Après le passage dans l’épurateur de gaz acides, la température plus froide les fait « précipiter », c’est-à-dire qu’ils prennent la forme de particules, et sont donc plus faciles à récupérer.Mais avant de les recueillir, on leur fait subir un traitement d’une importance cruciale.On injecte des particules de charbon activé dans les gaz.Les composés organiques volatils (COV), les dioxines, les furan-nes et les métaux lourds, comme le mercu- ¦ re, se collent aux particules de charbon activé, ce qui les empêche de s’échapper dans l’atmosphère.Les gaz passent ensuite au travers de filtres à manches.Ceux-ci, semblables à des sacs d’aspirateurs, se chargent de retenir les cendres volantes qui n’ont pas été adsor-bées sur le charbon.Plus de 5 000 sacs d’une hauteur de plus de quatre mètres recueillent les cendres volantes sur leurs parois.De l’air soufflé dans les sacs fait tomber les cendres sur un convoyeur.Enfin, les gaz seront évacués par la cheminée de 90 mètres de haut.À mi-hauteur, on effectuera en continu la mesure des gaz et des particules.Si les systèmes anti-pollution fonctionnent bien, la fumée devrait être composée de gaz carbonique, de vapeur d’eau, d’oxygène et d’azote à 99,95 %.Le monoxyde de carbone, l’oxyde de soufre, les oxydes d’azote, les particules et gaz acides ne devraient pas dépasser 0,05 %.Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les dioxines et furannes, les métaux lourds ainsi que les autres organo-chlorés ne devraient être présents qu’à 0,002 %.C’est une grande amélioration par rapport aux rejets de l’incinérateur Des Carrières.« Avec nos filtres, nous enlevons 90 % des particules, mais nous sommes faibles sur R r ses solutions innovatrices et efficaces, ADS Environnement contribue à la sauvegarde de notre milieu et de l’héritage naturel à léguer aux générations futures.Notre expertise environnementale englobe principalement les domaines suivants: Génie de l’environnement Études techniques et biophysiques Sciences de la terre Restauration Évaluation environnementale Recherche et développement >4DS GROUPE-CONSEIL INC.ENVIRONNEMENT 2155, rue Guy, bureau 1200 Montréal (Québec) H3H 2R9 Téléphone: (514) 932-4454 Télécopieur: (514) 932-1518 1220 boulevard Lebourgneuf Québec (Québec) G2K2G4 Téléphone: (418) 626-1688 Télécopieur: (418) 626-5464 Québec Science / Mai 1993 25 DossiEi EnviRonnEiEnT DOSSIER ERVIRODRED1ERT plusieurs autres aspects, avoue Henri Bon-neilh, surintendant de l’incinérateur Des Carrières.Par exemple, nous rejetons neuf fois plus de dioxines et de furannes que ce qui est prévu pour l’incinérateur de la RIG-DIM, et dix fois plus d’acide chlorhydrique (HCl).» Les risques pour la santé liés au seul incinérateur sont minimes, selon Gaétan Carrier, toxicologue au Département de santé communautaire (DSC) Hochelaga-Mai-sonneuve, et auteur d’une étude sur la toxicité des rejets de l’incinérateur Des Carrières.« Tous les polluants recensés dans les fumées sont déjà présents dans notre environnement, soutient-il.Il est impossible aujourd’hui d’éviter d’ingérer une partie de ces contaminants.» Le problème, c’est la multiplication des sources de rejets polluants.Chaque nouvelle source de pollution ajoute au bruit ambiant, même si individuellement ses émissions sont inférieures aux normes.La présence de deux incinérateurs sur l’île de Montréal aurait donc pu constituer un problème pour la santé publique.En fait, lors de l’ouverture prévue de l’incinérateur de Montréal-Est, en 1995, l’incinérateur Des Carrières sera fermé.« Les risques de cancer, pour l’individu le plus exposé aux émissions de l’incinérateur de la RIGDIM, sont inférieurs à un par million pour une période de 70 ans », affirme le toxicologue Jacques Normandeau du DSC Saint-Jérôme, et auteur de l’évaluation des risques sur la santé de l’incinérateur de la RIGDIM.Il soutient même que le risque réel est inférieur à celui qui a été calculé, pour des raisons de sécurité.L'incinération se fera-t-elle au détriment de la récupération et du recyclage ?Bill Et les trois R ?La pollution n’est cependant qu’une partie du problème.D’autres aspects de l’incinération agacent.Entre autres, ce mode d’élimination est un frein aux trois R.Un incinérateur a besoin de matières combustibles pour brûler la part importante de matières organiques humides présentes dans les déchets, disent-ils.Or, ces matières combustibles sont principalement composées de biens recyclables (papier, cartons et plastiques).« Il n’y a pas de contradiction entre l’inci- L'incinérateur de la RIGDIM sera assorti d'un centre de tri.nération et le recyclage, dit Guy Racine, directeur général de la RIGDIM.Les deux peu-1 vent très bien aller de pair.» Il cite le cas du 1 Minnesota.« Dans chacune des villes de cet p État où il y a des incinérateurs, le taux de ré-1 cupération est le plus élevé », dit-il.« De plus, Tincinérateur ne peut pas arriver! > à brûler tous les déchets produits sur le terri- r toire de la RIGDIM, ajoute-t-il.Les déchets non incinérés seront donc récupérés.Nous n’aurons pas le choix.» La tarification favori-1 sera aussi la récupération.Il coûtera plus cher de brûler une tonne de déchets que de la récupérer.Une des façons de s’y prendre consistera à taxer les déchets au poids.« Un i projet-pilote à Westmount, prévu pour la fin !: 1993, permettra d’en faire l’expérience, dit Guy Racine.Lors du ramassage des déchets destinés à l’incinération, on les pèsera et les I résidants recevront la facture tous les mois.» Mais pourra-t-on appliquer cette tarification à l’ensemble du territoire ?Autre problème : la toxicité des cendres vo- j lantes augmentera.« Cela est vrai et bien ainsi, affirme Serge Lavergne.Il vaut mieux avoir des cendres plus toxiques qu’on peut gérer que des cendres dispersées dans l’atmosphère.Plus leur concentration en métaux lourds sera importante, plus il sera intéressant de les valoriser.» À ce propos, une équipe de ITNRS-Eau vient de commencer à étudier comment les métaux lourds pourraient être récupérés des cendres volantes.En attendant, les cendres seront traitées comme des déchets dangereux.Enfin, un incinérateur est un équipement très coûteux à implanter : 268 millions de dollars pour une durée de vie de 25 ans.Les coûts d’opération sont aussi très élevés : 10 millions de dollars par année pour l’incinérateur de la RIGDIM.L’argent investi dans l’incinération ne sert pas à mettre en œuvre des programmes de récupération, disent les écologistes.Si on investissait plus dans les trois R, l’objectif de récupération de la Régie, fixé à 50 % pour l’an 2000, pourrait être beaucoup plus élevé.On se préoccupe quand même beaucoup de récupération sur le site même.La chaleur des gaz serara à produire de la vapeur d’eau, laquelle actionnera une turbine, produisant 41 mégawatts (MW) d’électricité.Sept MW serviront à l’alimentation de l’incinérateur et du centre de tri.Les 34 MW supplémentaires pourront alimenter 12 000 foyers et seront vendus à Hydro-Québec.Le projet de RIGDIM est aussi économe en eau : il en consomme six fois moins que l’incinérateur Des Carrières.Une partie des 550 mètres cubes d’eau que l’incinérateur utilisera chaque jour proviendra de la récupération de l’eau de ruissellement sur le site.• up tu ln 26 Québec Science/Mai 1993 Geomembranes Des déchets sous enveloppe Aujourd'hui, même les dépotoirs sont emballés ! De plus en plus souvent, on les tapisse de membranes synthétiques, de façon à empêcher les eaux contaminées de s'en échapper.par Stéphane Gagné n plus d’emballer nos trop nombreux emballages dans des sacs verts, c’est maintenant le dépotoir rjjfj entier qu’on met sous enveloppe.Des mem-I :branes géosynthétiques imperméables tapis- ilM sent de plus en plus souvent le fond des dépotoirs nord-américains.Elles sont souvent accompagnées de systèmes de récupération du Ibdviat, ce liquide de couleur café au lait i li .et à l’arôme.indéfinissable qui s’écoule ! lentement à travers les déchets.En 1991, ! ;plus de 50 millions de mètres carrés de géo- ii ; membranes ont été déroulés sur notre conti- I ment, la moitié sur les pentes des dépotoirs.i1 jLa superficie couverte augmente de 20 % par {année depuis le milieu des années 80.Un marché en plein expansion, et une nouvelle ifaçon de concevoir les sites d’enfouissement isanitaire.Au Québec, les géomembranes sont sur- tout utilisées dans des sites industriels.Mais un projet de règlement sur les déchets solides du ministère de l’Environnement du Québec pourrait bientôt obliger des propriétaires de dépotoirs à les utiliser.Certains ont pris les devants.Ainsi, la firme Laidlaw s’apprête à investir une dizaine de millions de dollars dans la conception d’un méga-site d’enfouissement, près de Magog, en Estrie, équipé d’une géomembrane et d’un système de récupération du Ibdviat.La firme Waste Management International prévoit faire de même pour son site de Saint-Étienne-des-Grès, près de Trois-Rivières, et il existerait un autre projet à Lachute, dans les Laurentides.On utilise aujourd'hui des géomembranes pour confiner au dépotoir les émanations des déchets.Les dépotoirs des années 90 Comment sont conçus ces nouveaux sites d’enfouissement ?L’imperméabilité du sol est le principal critère considéré dans le choix du site.Les fonds argileux sont donc les plus recherchés.« Mais il ne faut pas se leurrer, l’imperméabilité absolue n’existe pas », dit André Rollin, professeur à l’École Polytechnique de Montréal dont l’expertise sur les géomembranes est reconnue mondialement.Une argile épaisse et suffisamment imperméable réduit les risques de contamination du sol et de la nappe phréatique.« Dans ce cas, on peut enfouir sans installer de géomembrane », croit Serge Lavergne, ingénieur chez Tecsult, une firme d’ingénierie spécialisée dans les déchets.Un simple système de récupération et de traitement du Ibdviat est alors suffisant." il: «.ViV ; üss DOSSIER ElVIROnnEIRERT « Hélas, les bons sites argileux et bien drainés ne sont souvent pas disponibles », dit André Rollin.Dans ces cas, l’installation d’une géomembrane s’impose, comme à Magog, Lachute et Saint-Étienne-des-Grès.Les géombranes servent à optimiser l’étanchéité d’un site.« C’est le principe du conteneur, dit André Rollin.Avec un double fond imperméable et un recouvrement sur le dessus, également imperméable, on confine les déchets et leurs polluants en un seul lieu.On évite ainsi leur dispersion dans la nature.» En Amérique du Nord, les géomembranes et les géocomposites sont les plus utilisées.Les géocomposites sont des membranes qui utilisent la bentonite, une argile traitée, comme imperméabilisant, alors que la partie textile laisse passer les liquides.« Il y a mieux pour les sites d’enfouissement », assure André Rollin.Il sort alors un gros catalogue.Des centaines de géomembranes différentes y sont répertoriées : en chlorure de polyvinyle (pvc), en polyéthylène haute, moyenne et basse densité, en élas-tomère, en bitume et en mélange bitu-me/élastomère.« Pour les sites d’enfouissement, les meilleures sont sans contredit les membranes de polyéthylène haute densité (P.E.H.D.), affirme-t-il.Ce plastique résiste Technitrol • Eco Inc.MOMTRÉAL • TORONTO • VANCOUVER > Vérifications environnementales 1 Études d’impacts 1 Caractérisation de sites 1 Enlèvement de réservoirs souterrains 1 Gestion des déchets 1 Étude de la qualité de l'air 1 Échantillonnage de cheminées 1 Écotoxicologie 1 Laboratoires accrédités vérifie les joints centimètre par centimètre 121, ûoul.Hymus, Pointe-Claire (Quebec) H9R IE6 Tel : (514) 697-3273 Fax : (514) 697-2090 Après la pose de la géomembrane, on à toutes les agressions chimiques.» Une fois la membrane bien installée, on entreprend une opération fastidieuse où il faut entre autres vérifier centimètre par centimètre tous les joints entre les différentes sections.Ensuite, on installe un drain de captage du lixiviat par-dessus.Dans certains sites d’enfouissement aux sols très perméables, on ajoute une seconde membrane et un deuxième réseau de captage du lixiviat.Après des années d’enfouissement, on procédera au recouvrement final du site.Pour ce faire, on utilisera aussi une géomembrane ou une géocomposite et on complétera le réseau de captage du biogaz.Une méthode controversée L’efficacité et le bien fondé de cette technologie ne font cependant pas l’unanimité.Michel Ledoux, un ingénieur en génie chimique de l’Université de Sherbrooke, n’est pas convaincu de ses vertus.« Bien qu’elle soit chimiquement très résistante, la géomembrane P.E.H.D.est fragile en présence de certains solvants, alcools, huiles ou acides », dit-il.Ainsi, le tétrachlorure de carbone, un solvant utilisé dans le nettoyage à sec, attaquerait la membrane.« En laboratoire, 80 % de cette substance traverse la membrane en un an », dit Michel Ledoux, qui affirme aussi qu’une longue exposition à l’acide acétique du vinaigre, à la teinture d’iode, à certains alcools et huiles, à la térébenthine pourrait percer la membrane.D’après lui, on devrait trier les déchets à la source de façon à retirer les déchets domestiques dangereux (DDD), nocifs pour la membrane P.E.H.D.Pour André Rollin, ce sont les bouts de métal et autres objets pointus qui sont le principal danger pour la membrane.« Les produits toxiques contenus dans les DDD sont dilués dans la masse des déchets, dit-il.De plus, les géomembranes P.E.H.D sont utilisés avec efficacité dans le confinement des déchets industriels, dont le lixiviat est beaucoup plus toxique que celui des dépotoirs de déchets domestiques.» Mais les dépotoirs produisent du lixiviat pendant près d’un siècle.Comment prévoir le comportement des géomembranes à la fin de cette période ?Pour Michel Ledoux, les méga-sites équipées de géomembranes nuisent aux efforts de récupération et de recyclage.« Les grosses compagnies qui investissent des millions de dollars dans la création de méga-sites veulent bien sûr rentabiliser leur projet.Elles acceptent donc le plus de déchets possible.» Il s’en prend, entre autres, au projet de Laidlaw, près de Magog.« En investissant une dizaine de millions de dollars pour la conception d’un méga-site, Laidlaw nuira à la rentabilité du projet de centre de tri de Sherbrooke, dit-il.La compétition est déloyale puisque le recyclage coûte plus cher que l’enfouissement.Le site de Laidlaw exercera donc un attrait pour toutes les municipalités de la région et découragera tout effort de recyclage.» • 28 Québec Science / Mai 1993 Récupération, réemploi, recyclage Les écologistes font RRR La formule des trois R (récupération, réemploi, recyclage) demande de la vigilance, du temps et de la main-d'œuvre, mais c'est la façon de gérer les déchets la plus compatible avec la notion de développement durable.La collecte sélective Depuis quatre ans, la collecte sélective connaît un essor fulgurant au Québec.En 1989, elle n’était accessible qu’à 5 % de la population.Cette année, la moitié des Québécois pourront trier leurs déchets.s’ils le veulent ! Partout où elle est adoptée, la collecte sélective suscite l’adhésion de plus de 60 % des i icitoyens.Pourtant, les récoltes sont maigres.Mil Ainsi, en 1992, dans le territoire de la Régie (pi intermunicipale de gestion des déchets de ! File de Montréal (RIGDIM), qui regroupe 26 Éè fi municipalités sur llle de Montréal, on ne re-®tlî pi cueillait chaque mois que 12 kilogranunes de (/lepèdéchets par foyer en moyenne.En 1991, seu-iit Element 1,6 % de tous les déchets produits au îfel Isom nitfc fik poloifl î?»f Québec ont été récupérés, surtout le papier, le carton, le verre, le métal et le plastique.La collecte sélective coûte cher, surtout quand les récoltes sont maigres.À la RIGDIM, les contrats de coUecte, de tri et de ré-'pil*qi cupération sont payés selon le nombre de ;foyers desservis, quel que soit le tonnage.Moins on en ramasse, plus c’est payant pour 'l’entrepreneur ! Autre problème : plusieurs matières recyclables n’ont que peu de débouchés et les prix offerts sont souvent découra-¦ géants.Le compostage ¦jifîl Les déchets de table et autres matières orga-, .niques sont exclus de la collecte sélective.La i jVille de Montréal a distribué à ses citoyens : |près de 6400 composteurs, qui l’an dernier |ont transformé 1135 tonnes de déchets de ta- • ij |ble en engrais, estime-t-on.De plus, sur le .jJ lsite de l’ancienne Carrière Miron, on compos-i ite les feuilles mortes des parcs de la Ville.: i ïQuant aux municipalités membres de la RIG-! |DIM, elles ont à ce jour distribué 9000 com-» j Êposteurs, le dixième de leur objectif pour .fil’an 2000.11 Montréal et la RIGDIM songent à s’associer 'rtoour le compostage de la matière organique.par Stéphane Gagné * f \( I i Mi Au centre de tri de Montréal, les plastiques sont triés mécaniquement selon leur grosseur.Un tri manuel les sépare ensuite en sept familles.On économiserait ainsi sur le coût du terrain (qui devrait mesurer environ 50 hectares).De plus, certains coûts de gestion pourraient augmenter si le projet de règlement sur les déchets solides du ministère de l’Envitonne-ment du Québec était adopté.« On pourrait exiger la récupération et le traitement du Ibdviat produit par le compostage », dit Richard Brunelle, directeur des Travaux Publics à la Ville de Montréal.té des cendres volantes produites lors de l’incinération (voir l’article en page 23).Lorsque c’est possible, on les recycle.Sinon, il subissent des traitements spécialisés (voir le tableau à la page 30).La collecte des déchets dangereux Les peintures, solvants, piles et autres déchets domestiques dangereux ne représentent que 1 % de tous les déchets domestiques.Ils doivent cependant être traités à part, car leur contenu en métaux lourds et autres substances dangereuses contamine les eaux souterraines des dépotoirs et augmente la toxici- Les encombrants Montréal et la RIGDIM pourraient aussi s’associer à l’entreprise privée pour récupérer et recycler les déchets encombrants (meubles et appareils éléctroménagers surtout) et des déchets de construction.L’entreprise se chargerait de gérer le centre, de récupérer et de revendre le métal des appareils.Montréal et la RIGDIM garantiraient l’approvisionnement.Même chose pour les déchets de construction.Les briques seraient broyées, le bois mis en copeaux et le métal trié et récupéré, ce qui permettrait de récupérer plus des trois quarts des déchets de construction.Québec Science/Mail 993 29 DOSSIER ERVIRORRERIERT Déchets domestiques dangereux récupérés par la RIGDIM en 1992 Catégorie Coût par tonne ($) Tonnes récupérées Traitement Peintures 2400 103,5 Recyclage Huiles 75 14,1 Réemploi comme combustible d'appoint dans des cimenteries Batteries d'auto 150 37,8 Recyclage de l'acide et du plomb Solvants 720 23,8 Recyclage Pesticides 9500 4,2 Incinération dans un incinérateur spécialisé pour les déchets dangereux (aux États-Unis) Bases 3500 2,7 Réemploi pour neutraliser des eaux industrielles usées Acides 3500 2,5 Réemploi pour neutraliser des eaux industrielles usées Piles 1300 2,4 Recyclage (aux États-Unis) Médicaments 2500 0,5 Incinération dans un incinérateur spécialisé pour les déchets dangereux (aux États-Unis) Oxydants 3500 0,2 Neutralisation par oxydo-réduction (aux États-Unis) Cyanure 2500 0,004 Incinération dans un incinérateur spécialisé pour les déchets dangereux (aux États-Unis) Matières organiques 3150 56,1 Entre autres, valorisation énergétique — m ll#l Canada Écocivisme Vivre l’écocivisme, «’es! s’engager à agir en faveur de l’environnement! 'f MA Environnement Environment Canada Canada I 30 Québec Science / Mai 1993 '-V» Écologisme ^ *- Éi i ' Si >^;:.f' S, iflei ,—.::w:v-s bMë.La Commission de la conservation du Canada s'intéressait au cas des saumons du ruisseau Spuzzum, en Colombie-Britannique.Ils ne réussissaient pas à frayer à cause d'un éboulement provoqué par des travaux du Canadien National.La vieille garde Au Canada, le mouvement écologiste a commencé au début du siècle, et au cœur du gouvernement fédéral.Il a même donné naissance au Conseil national de la recherche ! par Raymond Lemieux Le mouvement écologiste n’est pas né de la dernière pluie acide.Ni même de la vague contre-culturelle des an-inées 60.Au début du siècle, dans les officines du gouvernement fédéral, on travaillait déjà sur l’énergie solaire et éolienne, sur les conséquences de l’utilisation d’engrais chimiques, tout autant que sur les effets environnementaux du déboisement et sur la baisse des stocks de morue dans l’Atlantique.C’est en dépoussiérant les archives nationales que l’historien Michel Girard a redé-icouvert l’existence d’une Commission de la conservation du Canada mise sur pied en 1909 par le gouvernement de Wilfrid Laurier, qui était aussi un fervent ornithologue.La création de cette commission a coïncidé avec la révolution industrielle que connais-jsait alors le Canada.La Commission a employé près de 65 personnes, et plusieurs dizaines de gens d’affahes, d’universitahes et de ministres y ont contribué.Au total, cette institution du début du siècle a produit près de 200 rapports de recherches sur l’état de l’environnement.« Le Canada traversait une période de croissance économique.La structure industrielle du pays était en train de se développer mais, en même temps, beaucoup de monde s’interrogeait sur l’impact que cela aurait sur le milieu », explique Michel Girard qui vient de soutenir, à l’Université d’Ottawa, une thèse de doctorat sur l’essor et le déclin de la Commission.C’est la signature, en 1909, d’une Convention nord-américaine sur la conservation entre le Canada, les États-Unis et le Mexique qui a précédé la formation de la Commission.On croyait qu’au rythme où allait la croissance, les États-Unis manqueraient de ressources naturelles d’ici la fin du siècle.L’entente suggérait donc qu’on crée des commissions nationales pour réfléchir à ce problème.Seul le Canada donna suite à cette recommandation.La première mort de l'écologisme canadien Les fonctionnaires pionniers de l’environnement ont donc planché sur les questions de forêt, de mines, de sol, d’eau, de santé publique, de préservation des espèces animales.« On parlait, entre autres choses, de sustainable yields (rendement durable), une notion qui peut s’apparenter aujourd’hui à celle de développement durable », note Michel Girard, qui a déjà milité aux Amis de la Terre du Canada et qui travaille aujourd’hui comme analyste au Bureau fédéral d’examen des évaluations environnementales d’Environnement Canada.La Commission proposera la création d’une sorte de conseil national de la recherche.Mais la première guerre mondiale survient entre temps.Au sein de la Commission, la controverse s’installe : la priorité doit-elle aller à la défense de l’em- Québec Science / Mai 1993 31 ¦ » C O' t : :, IÉH .: .-' sï-t lips 111111 !S?SS» '-¦Aïs !«;«%: Cest le gouvernement du premier ministre canadien Wilfrid Laurier, un fervent ornithologue, qui mit sur pied la Commission de conservation.pire britannique ou la défense de la nature ?« Le Canada choisit de participer à L« effort de guerre ».Il fallait produire, rappelle Michel Girard.Le concept de conservation n’était ainsi politiquement plus rentable ».C’est le début du chant du cy- gne de l’avant-gardiste commission.Au lendemain du conflit militaire, le pays sombre dans la récession.La Commission poursuit modestement ses activités et trouve le moyen de ramener sur le J tapis sa proposition de centre de recher- ¦ che.Mais le discours pro-environnement ne fait plus recette et, en 1921, la Commis sion est abolie sous prétexte de restrictions budgétaires.Du même coup, le pre-mier ministre d’alors, Arthur Millen, annonce la création du Conseil national de recherches dont le programme sera à toutes fins utiles calqué sur celui avancé par la Commission pour son centre.Comment l’historien interprète-t-il donc la renaissance de l’écologisme pendant les années 70 ?« Ce n’est pas nécessairement dû à l’essor des sciences mais plutôt à l’avènement du pluralisme dans nos démocraties, affirme-t-il.La société est plus tolérante.On voit donc apparaître des mouvements de dissidence comme le féminisme.L’écologisme est une forme de dissidence à l’égard de notre mode de production.Mais la leçon que l’on peut retenir du premier épisode de l’histoire écologiste canadienne est simple : la guerre, un gaspillage éhonté des ressources, ça tue l’éco- JiM logisme.» • UNE MER DE CONNAISSANCES Nos eaux sont riches en ressources.et en connaissances à développer.Depuis Mont-Joli, notre équipe de plus de 250 personnes poursuit des recherches de pointe sur l’état et la mise en valeur des eaux de l’estuaire du golfe du Samt-Laurent et celles bordant le Québec nordique.Nous jouons ainsi un rôle primordial dans la gestion et la protection de nos ressources marines.$ INSTITUT MAURICE LAMONTAGNE CENTRE DE RECHERCHE EN SCIENCES DE LA MER 850, route de la Mer C.P.1000, Mont-Joli (Québec) G5H 3Z4 Telephone: (418) 775-0500 Péchés Fisheries et Océans and Oceans Télécopieur: (418) 775-0542 Canada 32 Québec Science / Mai 1993 stsacft: '«SU ||| lîiftbl lîtoil itstric-l I in, intimai it fflàtii Hiaili saiiti lotit à imsiii stpliili 'IfSK eisfj tdemi Les branchés planétaires Le village global existe depuis 1986.C'est un réseau informatique planétaire.Son nom : Internet.Notre journaliste l'a exploré.par Benoît Chapdelaine epuis janvier 1993, je fais partie des millions d’utilisateurs d’Internet, ce réseau qui regroupe plus de 8000 réseaux informatiques, qui me per-atelf met de communiquer avec les ordinateurs du monde entier.Internet amène le monde chez moi.En branchant par modem mon propre micro-ordinateur, un archaïque compatible IBM qui date de 1987, à un poste de travail Unix de l’Université McGill, j’ai pu par exemple lire et interroger la banque de données de la NASA à Huntsville, en Alabama, celle du Centre de recherche sur le cancer du Japon à Tokyo, et la bibliothèque de l’Université de Jérusalem ! Je suis aussi allé en Australie et en Norvège, à Sherbrooke et à Vancouver, entre autres.Si j’avais eu les amis de par le monde, j’aurais pu leur envoyer un message dans leur boîte électronique personnelle et recevoir leur courrier plus rapidement que par télécopieur.Même PAntarctique est branché.Et cela, sans frais l’interurbain ! Internet, c’est l’autoroute électronique la olus gigantesque au monde, une autoroute in peu anarchique sur laquelle on croise en-;re autres des exposés scientifiques très oointus, des cartes météorologiques et les communiqués de presse officiels de la Mai-îon Blanche ! On peut aussi s’insérer dans |pn groupe international de discussion sur la c culture, la plongée sous-marine ou, pourquoi §E>as, la biologie moléculaire.Le génie d’Internet, c’est son protocole de s communication.Il permet à des ordinateurs m qui utilisent différents systèmes d’exploitation (Macintosh, DOS, Unix, etc.) de se comprendre et d’échanger des données par lignes téléphoniques.Quelque 8000 réseaux informatiques sont ainsi reliés entre eux.Il s’agit principalement de réseaux d’universités et de centres de recherche publics ou privés, mais aussi de réseaux d’entreprises et de simples individus.La croissance d’Internet frise la démesure.Le nombre d’ordinateurs qui y sont branchés en permanence a presque doublé en un an (voir le tableau en page 34).Aujourd’hui, il y en a plus d’un million.En plus de s’échanger continuellement des données, ces ordinateurs servent aussi de porte d’entrée à des millions de micro-ordinateurs satellites.comme le mien.J’ai aussi « dialogué » par écrit avec un chercheur de l’Université McGill.Pour cela, j’utilisais une fonction du système Unix qui divise l’écran en deux.J’écrivais mon message dans la partie supérieure et je voyais apparaître la réponse dans la partie inférieure, au fur et à mesure que mon correspondant l’écrivait sur son clavier.J’aurais pu faire la même chose avec un correspondant à Hong Kong ou en Australie.L'explosion démographique Comment un tel réseau a-t-il été mis en place ?Les débuts — il y a à peine huit ans ! — étaient modestes.En 1986, \a,National Science Foundation, une agence du gouvernement américain, avait créé le réseau NSFNet pour relier les universités américaines à ses cinq nouveaux superordinateurs.C’était la première fois que des ordinateurs aussi puissants devenaient accessibles à des fins civiles.(Le protocole de communications d’Internet avait d’ailleurs été créé par VAdvanced Research Projects Agency Network (ARPN), un réseau fondé en 1969 par le Département américain de la Défense pour permettre aux entreprises et centres de recherches à qui il donnait des contrats d’avoir accès à ses banques de données.) Tous les super-ordinateurs ont par la suite été reliés entre eux, en passant par des universités.Internet est en fait l’interconnexion de plusieurs réseaux (inter-net-works'), rendue possible par IBM et MCI, le numéro 2 de l’interurbain aux États-Unis.Peu à peu, de nouvelles universités se sont greffées au réseau, et les entreprises emboî- Québec Science / Mail 993 33 tent le pas.Le réseau couvre maintenant la planète.« De plus en plus d’entreprises vont se brancher à Internet », prédit Peter Deutsch, un des créateurs d’Archie, un logiciel qui permet aux utilisateurs d’Internet de repérer où sont situés certains fichiers.« Ceux qui ont utilisé Internet à l’université veulent conserver ce lien, poursuit-il.Ils demandent souvent à l’entreprise qui les embauche de se brancher au réseau, qui s’agrandit de cette façon.» Peter Deutsch a créé en 1992 sa compagnie, Bunyup, pour promouvoir l’utilisation d’Archie et indirectement d’Internet.D’autres outils, aux noms curieux comme Gopher et World Wide Web, vous aident à ne pas vous embourber dans ce qui peut devenir, ne le cachons pas, un monstre de bits et d’informations.Gopher par exemple vous offre un choix de menus et de sous-menus qui vous dirigent vers ce que vous cherchez.La banque de données Who is permet de repérer l’adresse électronique d’une organisation ou d’un individu branché sur Internet.Anarchie-net « On appelle parfois Internet Anarchie-Net ! » signale en riant Marcel Simoneau, le bibliothécaire du Centre canadien de recherche en informatisation du travail (CCRIT) à Laval, qui utilise beaucoup Internet.En effet, le réseau n’a pas de tête dirigeante {voir l’encadré en page 36).C’est donc le royaume de la liberté d’expression, sans lois, ni police, ni frontières.Même sans lois, certains comportements sont mal vus par les utilisateurs d’Internet.Ainsi, il existe un consensus défavorable à toute publicité.L’entreprise qui essaierait de vendre des aspirateurs ou des services non-éducatifs par le biais du réseau serait vite inondée de lettres de réprimande.Autre consensus : tout le monde a le droit de s’exprimer.À côté des dossiers de la NASA sur la navette spatiale, on trouve donc des banques d’images pornographiques et d’autres fichiers électroniques aux titres ravageurs comme erotica.blondes ! « J’y ai déjà lu comment fabriquer des explosifs », se souvient Peter Deutsch.En fait, personne ne peut empêcher un utilisateur d’envoyer des images pornogra- phiques ou des lettres haineuses personnalisées à travers Internet.Les utilisateurs apprennent plutôt à ne pas accorder trop d’attention aux éléments perturbateurs, bien que dans certains cas, ils auraient peut-être dû s’en occuper.Valery Fabrikant, le chercheur de l’Université Concordia accusé de quatre meurtres, avait en effet envoyé plusieurs messages à travers Internet pour ex- poser ses frustrations professionnelles.L’an dernier un quotidien de Winnipeg a provoqué d’énormes remous à l’Université du Manitoba en révélant que les chercheurs et les étudiants pouvaient recevoir des images pornographiques par Internet.L’université a alors programmé son ordinateur central pour qu’il supprime automatiquement les fichiers à connotation sexuelle, la plupart étant regroupés sous le vocable alt.sex.| Certains ont crié à la censure, mais cette censure est bien relative.Une personne peu scrupuleuse peut contourner l’ordinateur de l’université et s’infiltrer dans un autre, non censuré.De plus, rien n’empêche quelqu’un de créer un fichier pornographique et de lui donner un titre sans connotation sexuelle, déjouant ainsi l’ordinateur programmé pour éliminer les fichiers qui portent le titre sex.L’auteur de tels messages peut en outre se camoufler derrière le nom ou l’appareil d’un autre utilisateur, masquant ainsi sa piste.« Le plus difficile c’est de concilier la liberté d’expression, la protection des renseignements personnels et le droit du public à l’information », dit Marcel Simoneau.On peut imaginer que plusieurs cas d’atteintes à la vie privée ou à la réputation, comme des lettres haineuses, se produiront avant qu’internet ne soit réglementé.En fait, il n’y a pratiquement pas moyen de contrôler l’information qui circule dans Internet, car le réseau regroupe trop de gens dans trop de pays.Il faut dire que la grande majorité des informations transmises par Internet sont sérieuses : parmi les quelque 3600 forums de discussion disponibles en mars, une cinquantaine avaient une connotation sexuelle, alors que 800 traitaient d’informatique ! D’autres traitaient d’animaux domestiques de backga-mon, de biologie, de relations entre le Québec et le Canada, etc.« Le cas de Winnipeg est le seul dont j’ai entendu parler au Canada en sept ans.C’est une anecdote, un fait divers », dit Mario Vachon, le coordonnateur du RISQ, le Réseau interordinateurs scientifique québécois, qui assure la coordination d’Internet au Québec {voir l’encadré en page 36).Internet, c’est aussi une communauté internationale qui se serre les coudes pour protéger son précieux réseau.Ainsi, un « réseau d’alarme » se mobilise rapidement lorsque quelqu’un détecte la présence d’un pirate.Les membres de ce réseau d’alarme essaient de caractériser le style du pirate, peu à peu ils localisent l’endroit d’où il envoie ses messages et coupent éventuellement son accès au réseau.100 millions d'utilisateurs avant l'an 2000 Personne ne peut dire exactement combien de gens utilisent Internet, à cause du nombre d'utilisateurs satellites.Les estimations oscillent ainsi entre quelques millions et 25 millions d'utilisateurs dans le monde.Le nombre de 10 millions est souvent mentionné.L'Internet Society, un groupe qui cherche à développer Internet au meilleur de ses capacités, prédit qu'il y aura 100 millions d'utilisateurs avant l'an 2000.Signe des temps, l'Organisation mondiale de la Santé s'est branchée récemment sur Internet.L'arrivée au pouvoir de Bill Clinton à Washington devrait augmenter encore le déploiement d'Internet.Le tandem Clinton-Gore souhaite en effet qu'une autoroute électronique relie tous les foyers et les centres de savoir américains, pour favoriser l'éducation et la recherche.Ce réseau à but non lucratif remplacerait le NSFNet actuellement en place.Au Canada, une version améliorée du CA*Net verrait aussi le jour, sous le nom de projet Canari.Il s'agit dans les deux cas d'augmenter considérablement la capacité de transmission des lignes téléphoniques pour permettre à un nombre grandissant d'utilisateurs de transmettre encore plus d'informations plus rapidement.Les communiqués de presse ainsi que les questions et réponses des journalistes en conférence de presse à la Maison-Blanche sont maintenant acheminées sur Internet, ce que ne faisait pas l'administration Bush.Depuis janvier, tous les branchés d'Internet peuvent même adresser leurs requêtes et leurs critiques à l'adresse électronique publique des Clinton ! Le numéro : 75300.3115@compuserve.com.Nombre d'ordinateurs branchés directement sur Internet en janvier 1993 et augmentation depuis janvier 1992.MONDE 1 300 000 80% 1.États-Unis 942 000 env.80 % 2.Allemagne 67 000 116 % 3.Australie 61 000 94 % 4.Grande-Bretagne 58 000 208 % 5.Canada 52 000 95 % 6.France 26 000 100 % 7.Suède 6 000 40 % 8.Pays-Bas 25 000 101 % 9.Japon 23 000 171 % 10.Suisse 23 000 86 % Source: University of California, Santa Cruz l 7 > 't* F t I i 34 Québec Science / Mai 1993 «r m ^ • _ v 'VS" JV : » ¦ Point de contact INRS-Telécom U.du Québec QUEBEC U.de Montréal É.Polytechnique Hydro-Québec Point de contact SLIP /PPP indi- viduel SHERBROOKE U.Concordia Bell Canada Point de contact U.Sherbrooke CA*net MONTRÉAL Internet (36 pays) Réseau Cégep de Lévis-Lauzon Institut national d'optique Alex Informatique ATS Aerospace CAE Electronics Ltd Centre Canadien d'Architecture Collège Militaire Royal de St-Jean Combyne Data Inc.Communications Accessibles Montréal Inc.Desotek Canada Corp.DMR Groupe Inc.Eicon Research IBM Canada Ltée Kraft General Foods Canada Logiciels et Applications Scientifiques (L.A.S.) Inc.Login informatique Maya Heat Transfer Technologies Ltd Novasys Inc.Recherche Opérationnelle en Télécommunication Skloci Enr.Sobeco ErnstS Young Société GRICS Softimage Inc.Systèmes M3i Inc.sur lEtlfS éei flûte ætefl CtW! Vise '*!De! ’îjm ,w b 1er im retpi peut a fa :k\ liMI J*il a d» kto nié æai La mécanique d'Internet .'kl ai pi pli Malgré son style anarchique, Internet est tout de même bâti pour fonctionner efficacement.À chaque « nœud » du réseau, une organisation veille à ce que les ordinateurs communiquent bien, un peu comme Bell Canada garantit que votre ligne téléphonique fonctionne, sans pour autant s'ingérer dans votre conversation (heureusement d'ailleurs !).Au Québec, c'est principalement le Réseau interordinateurs scientifique québécois (RISQ), logé et financé en partie par le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), qui loue les lignes téléphoniques et y relie les appareils des institutions qui veulent se joindre à Internet.Le centre informatique de l'Université McGill est le nœud qui relie les membres du RISQ au reste du monde.L'Université McGill est reliée au CA*Net, le réseau canadien, lui-même branché au NSFNet américain et aux autres pays membres.Toute l'information échangée entre les membres du RISQ et le reste du monde passe donc par l'Université McGill.Au Québec même, par contre, les communications peuvent suivre plusieurs chemins (voir le tableau).Cela évite d'encombrer inutilement les lignes téléphoniques réservées au transport de données.La bibliothèque universelle Aujourd’hui, presque toutes les grandes universités du monde sont branchées sur Internet.Au Québec, il y a plusieurs milliers d’utilisateurs dans chacune des grandes universités.Francis Ouellette, un chercheur de l’Université McGill à Montréal, se sert régulièrement du réseau pour échanger des données avec une cinquantaine de collègues au Canada, aux États-Unis et en Europe.« Je fais partie d’un groupe de biologistes qui essaie de déterminer la séquence complète du génome de la levure, explique-t-il.Nous nous envoyons les données par ordinateur au fui- et à mesure que nous progressons.» C’est beaucoup plus rapide que d’envoyer une disquette par la poste.Avec son vieux compatible IBM et son modem, notre journaliste Benoît Chapdelaine a exploré les arcanes d'Internet.nmmma, Internet a une place particulière dans la vie de Francis Ouellette.L’hiver dernier, il a rendu visite à son père au Costa Rica.Il mentionne alors par courrier électronique à une trentaine d’amis à travers le monde que son père est gravement k.malade.À son retour, il trouve dans son courrier électronique une centaine de messages.Les amis s’étaient consultés entre eux, tou- ¦ jours par courrier électronique, pour V lui transmettre leur sympathie.» Ça m’a fait chaud au coeur, dit-il Tout le monde devrait avoir accès à Internet ! » Mais tout n’est pas accessible gratuitement dans Internet.J’ai pu communiquer gratuitement avec le quotidien américain USA Today via V; 'V;; 36 Québec Science / Mai 1993 Internet : accès gratuit.ou 2500 $ par mois ¦b® «I Les universités québécoises paient environ 15 000 $ par an au RISQ, le Réseau interordinateurs scientifique québécois, pour brancher leur réseau d'ordinateurs sur Internet.Les entreprises comme Spar Aérospatiale ou Hydro-Québec paient jusqu'à 30 000 $.« Des entreprises peuvent aussi brancher un seul de leurs appareils par modem, dit Mario Vachon, le coordonnateur du RISQ.Il leur en coûte alors un minimum de 250 $ par mois.» Lorsque l'abonnement est payé, il n'y a pas de frais supplémentaires, quel que soit le temps passé en communications interurbaines.Mais on peut aussi avoir accès à Internet de façon plus marginale, si on a la collaboration d'un membre du réseau.C'est ainsi que pour les fins de cet article, David Holmes, du Centre d'informatique de l'Université McGill m'a donné accès par modem à un poste de travail à l'université.Mon ordinateur, transformé en satellite d'Internet, m'amène désormais partout dans le réseau.Sinon, INFOPUQ, le service télématique de l'Université du Québec, offre l'accès public à Internet pour 5 $ par mois plus 10 $ par heure d'utilisation, en plus des 35 $ que coûte l'abonnement à INFOPUQ, qui donne aussi accès à des banques de données commerciales et au réseau français Minitel.Pour accéder à l'ensemble des services d'Internet par INFOPUQ, on doit l'utiliser dans un but d’éducation ou de recherche.En dehors de Montréal, c'est la façon la plus économique d'accéder à Internet.Dans la région de Montréal, vous pouvez obtenir l'accès pratiquement illimité à Internet pour environ 30 $ par mois, sans tarification horaire.Depuis l'an dernier, deux membres du RISQ, Communications accessibles Montréal (CAM) et Login informatique, offrent en effet aux individus les services de courrier et de consultation des banques de données, ainsi que l'accès aux groupes de discussion.l’Université du Minessota et me voir offrir un sommaire des nouvelles du jour.Mais pour lire le sommaire, il fallait payer ! En passant par une autre institution, j’ai pourtant pu lire les nouvelles gratuitement ! Ce qui montre qu’en faisant un peu d’exploration, on découvre sans cesse de nouveaux avantages au réseau.Marcel Simoneau, le bibliothécaire du CCRIT, utilise énormément les services d’Internet.Quand un document n’est pas disponible au Canada, le bibliothécaire communique avec des universités américaines pour vérifier si elles l’ont en leur possession.Pour quelques dollars, on lui envoie ensuite le livre par la poste, ou on lui télécopie le document dont il a besoin.Malheureusement, il n’existe pas de banque de donnée unique qui répertorie les contenus de toutes les grandes bibliothèques du monde.Internet est aussi en train de transformer la façon dont on fait la science.De plus en plus d’informations scientifiques ne sont jamais imprimées et circulent uniquement à travers les réseaux informatiques.Les chercheurs dans tous les domaines ont besoin de communiquer rapidement leurs résultats à leurs collègues.Bien sûr, les chercheurs devront continuer à publier leurs résultats dans des revues savantes pour qu’elles soient acceptées par la communauté scientifique.Mais un réseau comme Internet permet certainement d’accélérer la pratique quotidienne de la recherche, surtout lorsqu’il s’agit de collaborations entre des équipes situées aux quatre coins du monde.• Un outil vivement recommandé pour ceux qui veulent mieux connaître les ressources et le fonctionnement d’Internet: Ed Krol, The Whole Internet Catalog, O’Reilly and Associates, Sebastopol, California, 1992, 384 p.Québec Science stfl jÿSKfSSÜ Je désire recevoir 'arifs | reliure : 9,82 S i : reliures : 23,69 S i i reliures : 34,67 S Adresse facile à consulter La reliure Québec Science a belle apparence.De plus, elle est solide, pratique, facile d'entretien.Un grand nombre (84,7 %) des abonnés de Québec Science disent qu'ils conservent leur magazine*.La reliure est l'outil idéal pour garder intacts vos Québec Science et retrouver rapidement les dossiers, articles ou chroniques qui vous intéressent.Chaque reliure peut contenir 12 numéros de Québec Science.•Enquête QS-CREST, mai 1991 Je reliure(s) au prix de Prénom app.Province jj TPS, TVQ et frais d'expédition inclus I tour le Canada) Eeuillez prévoir environ quatre semaines jltjourla livraison, bette offre expire le 31 mai 1993.Code postal Pays I I Chèque ÜD Mandat-poste O Visa O MasterCard Chèque ou mandat-poste à l'ordre de Québec Science N° de carte Date d'expiration Signature Détachez et expédiez à Québec Science.C.P.250, Sillery, Québec GIT 2R1 Québec Science / Mai 1993 37 QSM 1993-5-R Neurologie Les morts vivants On ne meurt plus comme avant.Les découvertes médicales des dernières décennies ont reculé les frontières de la mort.Aujourd'hui, c'est la mort du cerveau qui est l'ultime limite.Mais demain ?par Sarah Perreault et Michel Groulx Je suis revenu de la mort ! « Assis dans sa chambre d’hôpital, Richard, 54 ans, a de bonnes raisons de se réjouir.Quelques heures plus tôt, les battements de son cœur et sa respiration avaient complètement cessé.« Infarctus du myocarde », a diagnostiqué le médecin, qui heureusement a réanimé Richard avec succès.Et ce médecin est formel : « Richard n’a jamais quitté notre monde ! » Non, on ne revient pas de la mort.Simone, 29 ans, repose aux soins intensifs, quelques portes plus loin.La jeune femme est inconsciente et branchée à une forêt de tubes et de fils.Son cœur bat régulièrement et ses poumons se gonflent en cadence.Elle semble bien en vie.Pourtant, un médecin vient de signer son acte de décès ! Richard, un vivant qui « ressuscite ».Simone, une morte qui respire et dont le cœur bat.Des situations devenues courantes dans les salles d’urgence et de soins intensifs des hôpitaux modernes.Si courantes, qu’elles ont complètement bouleversé l’idée que l’on se fait de la mort humaine et les critères qui la définissent.Jusqu’à récemment, différencier un vivant d’un mort était le diagnostic médical le plus simple qui soit.Il suffisait de tâter le pouls du patient, ou encore, d’approcher un miroir de sa bouche : l’absence de buée sur le miroir indiquait que l’individu avait rendu son dernier souffle ! Sur le chemin menant vers la mort, l’arrêt cardio-respiratoire était alors le point de non-retour.Ce n’est plus le cas aujourd’hui.Dans les unités de soins intensifs des hôpitaux, c’est la mort du cerveau qui constitue désormais la limite ultime de la vie humaine.Une batterie d’examens, bien plus complexes que le toucher du pouls ou le test du miroir, sont souvent nécessaires pour établir le diagnostic de cette mort cérébrale (voir l’encadré en page 41).Nouvelles situations, nouvelles définitions « Ce sont les progrès médicaux des dernières décennies qui ont déplacé - on pourrait dire repoussé - la frontière entre la vie et la mort », explique le docteur Lesage-Jarjoura, qui enseigne aux facultés de droit et de médecine de l’Université de Sherbrooke.En effet, grâce aux techniques de réanimation cardio-respiratoire (comme la défibrillation ou le massage cardiaque), des milliers de victimes d’arrêt cardiaque, « reviennent de la mort » et mènent une vie normale.Avec d’autres technologies, comme le respirateur artificiel et la dialyse rénale, on maintient dans un état de vie suspendue, le coma, des patients dont les fonctions vitales sont vacillantes, voire interrompues.Et ces mêmes technologies aident à garder vivants, temporairement, les organes d’individus cliniquement morts, le temps de les transplanter à des receveurs.Devant ces situations nouvelles, une définition nouvelle de la mort s’imposait aussi.La mort cérébrale fut décrite en 1959 par deux neurologues français, Mollaret et Gou-lon, chez des patients en coma profond branchés à des respirateurs.Ils la définirent comme « la cessation irréversible de toutes les fonctions du cerveau ».Ces médecins constatèrent que chez les patients dont le cerveau avait cessé de fonctionner, il n’y avait jamais de récupération.De plus, leurs autres organes mouraient les uns après les autres.Depuis lors, aucun retour à la vie chez de tels patients n’a été rapporté, confirmant que la mort cérébrale est bien l’ultime point de non-retour.L’histoire de Simone, fictive mais plausible, illustre bien les étapes du processus menant vers ce point de non retour.Alors qu’elle revenait d’une fin de semaine de ski, sa voiture a dérapé et heurté un arbre de plein fouet.Sa tête a heurté le volant à la même vitesse -elle n’était pas attachée.Le cerveau est capable de prouesses extraordinaires, mais l’évolution l’a bien mal paré contre les accidents de voiture ! Au cours d’une brusque décélération, le cervea heurte violemment la boîte crânienne.Il pe alors subir des lésions et des hémorragies, lesquelles provoquent à leur tour un œdème c’est-à-dire un gonflement des tissus cérébraux.« Déjà à l’étroit dans la boîte crânien ne, le cerveau a tendance à se comprimer sous l’effet de la pression, explique le doctei Jean-Gilles Guimont, directeur des soins intensifs de l’Hôpital Notre-Dame.Cette compression empêche le sang oxygéné d’affluer au cerveau.Résultat : l’organe commence à manquer d’oxygène.» Chez Simone, le manque d’oxygène s’est fait sentir très rapidement.En effet, les celli les du cerveau, ou neurones, sont très gourmandes en oxygène.Après quelques secondt de pénurie, elles sont déjà moins actives.Un peu comme une calculatrice dont la pile est en train de s’épuiser, le cerveau se met alors à mal fonctionner.Si les neurones sont privés d’oxygène pendant plus longtemps encore, soit quelques minutes, ils finissent par mourir (voir l’enca dré en page 40).Or contrairement à la plupart des autres cellules du corps, les neurones sont incapables de se diviser.Les neurones détruits ne sont donc pas remplacés.La mort d’un grand nombre de neurones dans des sites stratégiques du cerveau en perturb donc profondément le fonctionnement.La mort de la conscience En général, ces désordres commencent par affecter les deux hémisphères, sièges des fonctions dites supérieures, notamment de 1 conscience, de la sensibilité et des mouvements.Mais ils gagnent éventuellement une 38 Québec Science/Mai 1993 > «lam Jesus ¦W («Sli* \af partie plus profonde du cerveau, enfouie en dessous des hémisphères.On l’appelle tronc cérébral.Bien qu’il soit petit par rapport au cerveau, le tronc cérébral est la clé de voûte de tout l’édifice.« C’est en quelque sorte l’arbre de transmission du moteur cérébral», dit Jean-Gilles Guimont.La majorité des fibres nerveuses qui assurent la sensibilité et les mouvements du corps passent par là.De plus, le tronc cérébral contrôle directement deux i fonctions vitales : la respiration et la pres-ision sanguine.Enfin, cette partie du cerveau abrite un petit groupe de neurones appelé formation réticulée.Son rôle est essentiel, c’est la porte d’accès vers la conscience.Véritable édifice conceptuel qui constitue la base de la pensée humaine, la conscience est stockée dans les hémisphères cérébraux.Mais c’est la formation réticulée, reliée aux hémisphères, qui donne à la conscience la possibilité de se manifester.Par exemple, c’est elle qui « éveille » l’individu endormi.Si le tronc cérébral et sa formation réticulée sont endommagés ou s’ils fonctionnent au ralenti, l’individu tombe dans le coma : il devient inconscient et peut cesser de respi- rer.Selon sa cause, le coma peut être ou non réversible.Par exemple, le coma diabétique, provoqué par l’accumulation de glucose dans le cerveau, prend fin dès que la concentration de ce sucre redevient normale.Par contre, la destruction des neurones de la formation réticulée entraîne un coma permanent.C’est précisément ce qui est arrivé à Simone.Il y a une trentaine d’années, Simone serait décédée rapidement.En effet, l’arrêt de la respiration aurait généralisé la pénurie d’oxygène à l’ensemble du corps.À son tour, le cœur se serait arrêté, entraînant irrévocablement l’organisme entier vers la mort.Québec Science / Mai 1993 39 La mort d'un neurone Le manque d'oxygène (ou anoxie) dans le cerveau, à la suite d'un traumatisme crânien par exemple, déclenche une cascade d'événements qui conduisent en quelques minutes à la mort de neurones.Ces cellules sont très sensibles à l'anoxie car leur métabolisme est élevé et leurs réserves en oxygène presque nulles.Le manque subit d'oxygène entraîne rapidement un arrêt de la production d'ATP (adénosi-ne triphosphate) par la cellule.Cette molécule, produite par dégradation du glucose en présence d'oxygène, constitue la source d'énergie du neurone.La pénurie d'ATP déclenche différents processus qui compromettent la survie du neurone.L'ATP permet le passage d'ions à travers la membrane cellulaire.Ce flux d'ions sodium, potassium et calcium est responsable de la propagation de l'influx nerveux.Une modification importante des concentrations en ions perturbe l'ensemble des activités du neurone et provoque l'entrée d'eau dans la cellule.Celle-ci se gonfle et comprime les vaisseaux sanguins, ce qui étend l'anoxie au voisinage.L'énergie fournie par l'ATP permet aussi la synthèse de macromolécules, telles les protéines.Celles-ci sont notamment indispensables au maintien de l'intégrité de la membrane cellulaire et du noyau.Une anoxie prolongée provoque donc une destruction de ces structures.Il semble que le manque d'oxygène ait aussi l'effet d'un véritable « suicide collectif » au sein des neurones situés à proximité du site de la lésion.En effet, ces cellules partiellement « asphyxiées » libèrent des quantités anormalement élevées de glutamate, un acide aminé qui est aussi un acide important neurotransmetteur du cerveau.Un excès de glutamate surstimule les neurones et en modifie leur concentration interne en ions.Ce processus, pense-t-on, active des enzymes qui détruisent la membrane cellulaire, et libère des radicaux libres, des molécules toxiques qui endommagent notamment l'ADN des cellules.Mais le scénario s’est déroulé autrement.Simone a été transportée d’urgence aux soins intensifs d’un hôpital, où on l’a branchée à un respirateur capable de maintenir artificiellement sa ventilation, c’est-à-dire le va-et-vient de l’air dans ses poumons.Le corps de Simone obtenait ainsi l’oxygène dont il avait besoin, et son cœur pouvait continuer à battre.En effet, cet organe possède son propre stimulateur électrique qui lui permet de déclencher ses pulsations, indépendamment du cerveau.Introduit dans les années 60, le respirateur a bouleversé la médecine.« Grâce au respirateur, on peut maintenir en vie des patients qui autrement n’auraient jamais survécu », indique le docteur Jean-Marc Saint-Hilaire, pionnier de la neurologie à l’hôpital Notre-Dame de Montréal.On assiste aussi parfois à des récupérations spectaculaires.« Je me rappelle du cas d’un patient qui s’était pendu, raconte-t-il.Il nous est arrivé décérébré.» Cet état, où le cerveau a subi d’importantes lésions aux hémisphères et au tronc cérébral, était alors associé à un très mauvais pronostic.« J’ai quand même décidé de le brancher à un respirateur, poursuit le médecin.Le patient est d’abord resté dans un coma profond, mais il s’est réveillé au bout de trois semaines.Un an plus tard, il n’avait que quelques séquelles.Trois ans plus tard, les séquelles avaient disparu, il était marié et père d’un enfant ! » On comprend encore mal de telles récupérations.« On a cependant constaté que, dans certains cas, le cerveau parvient à compenser la perte de fonctions grâce à une réorganisation des connexions entre les neurones », explique Jude Poirier, chercheur à l’Hôpital Douglas de Verdun.Par exemple, des victimes de lésions au centre du langage, situé généralement dans l’hémisphère gauche du cerveau, peuvent réapprendre à parler, car l’hémisphère droit prend la relève.De la même façon, certains centres nerveux assumeraient les fonctions de leurs voisins chez des patients comateux.Les neurones sont peut-être aussi capables d’une certaine régénération, même si ce phénomène n’a encore jamais été observé.Mais la récupération - si récupération il a - n’est pas toujours aussi spectaculaire que dans le cas relaté par le docteur Saint-Hilaire.Le pronostic d’un comateux dépen de l’étendue et de la localisation de ses lésions au cerveau.Par expérience, on sait également que plus le coma se prolonge, moins le patient a de chances de se réveiller.Ces chances sont de 7 % après un mois de coma.Au bout de trois mois, elles sont nulles.Pour évaluer l’état des hémisphères et di tronc cérébral d’un patient comateux, les médecins ont recours à une série de signes cliniques qu’ils vérifient quotidiennement.Après trois ou quatre jours d’observation, il lïi sont généralement en mesure de se pronon :JiK cer sur les chances de survie du patient, et sftfs le cas échéant, sur l’état dans lequel il sort ra de son coma.tkli ¦à pu p tira La mort cérébrale Simone ne s’en est pas sortie.Dans les jour qui ont suivi son hospitalisation, son état s’est détérioré.En effet, le cerveau distend sous l’effet de l’œdème et des hémorragies opposait une pression trop forte pour que h sang venu du cœur puisse l’irriguer.Un matin, les médecins constatèrent que le cer- fci veau de Simone ne répondait plus à aucune fesi là» stimulation.Simone était passée du coma profond à la mort cérébrale.« La mort cérébrale ne veut pas dire que tous les neurones du cerveau soient morts, explique le docteur Saint-Hilaire.Mais les dommages sont si étendus que le cerveau a perdu la totalité de ses fonctions, et ce, de façon irréversible.» Chez des patients en mort cérébrale branchés à des respirateurs, le cœur continue cependant à battre, mais seulement pour un certain temps.En effet, même si le cœur possède son propre stimulateur électrique, le cerveau lui achemine aussi toutes sortes de stimulations.Privé deî ces stimulations, le coeur cesse définitivement de battre au bout de quelques jours.À plus ou moins long terme, toutes les cellules Hn nnrnc mmirrnnh onccci du corps mourront ausssi.C’est en 1968 que la mort cérébrale fut adoptée par la communauté médicale comme critère de décès.Pour le docteur Saint-Hilaire, qui compte près de trente ans d’expérience, il est clair que la pratique de plus en plus répandue des transplantations d’organes (la première greffe cardiaque eut lieu en 1967) a généralisé cette nouvelle définition.« L’avènement des greffes a amené la médecine à établir des critères pour diagnostiquer rapidement et sûrement la mort cérébrale », ajoute-t-il.Le prélèvement d’organes doit en effet se faire le plus tôt possible après la mort de l’individu.< 40 Québec Science/Mai 1993 ®®!i L’adoption de cette nouvelle définition de lia mort a eu un impact considérable : elle a iSai" fl permis la légalisation des prélèvements d’or-% jganes.Afin d’éviter tout risque de conflit esesü I d’intérêt, des règles très strictes ont été éta-insai iblies.Colette Birks, directrice de Québec lîf.'Transplant, insiste : « Il ne peut y avoir pré-i lèvement d’organes sans qu’on ait établi un «l' diagnostic de mort cérébrale chez un indivi-is,ete du maintenu sous respirateur.Et ce diagnostic, précise-t-elle, doit avoir été posé par ffitiindeux médecins qui ne feront pas partie de ®Js l'équipe chargée du prélèvement ou de la iesifn 'transplantation.» MH I Curieusement, aucune loi au Québec ne té:, [reconnaît clairement la mort cérébrale com-splme critère de décès.D’un point de vue légal, ÉntJla mort est celle « constatée par le méde-idils:: cin ».Selon le docteur Lesage-Jarjoura, présidente du Comité d’éthique de l’Association médicale québécoise, cette situation ne pose i pas de problème éthique.« La mort céré-ste braie est reconnue dans la majorité des pays, même si on ne s’entend pas toujours sur la façon d’en établir le diagnostic.Là où les choses se compliquent, ajoute-t-elle, c’est lorsqu’il s’agit de définir non pas la mort du corps humain, mais celle de la personne humaine ! » Par exemple, certaines personnes, après une noyade, ont un tronc cérébral intact, mais des hémisphères cérébraux non fonc-: 1 tionnels.Le corps de ces patients n’est pas i mort puisque la totalité de leur cerveau onéli lia i# oiintï 1,1111 ;!((«• tel (tR.1 ienM >pirï' ittv n’est pas détruit et qu’ils peuvent respirer , i sans aide extérieure.Ces « morts-vivants », comme certains les appellent, ont toutefois perdu à tout jamais ce qui fait l’essence même de la personne humaine : la conscience.Doit-on alors conti- Le diagnostic de la mort Hémisphèn Formation réticulée Tronc cérébral Le siège de la conscience se trouve dans les hémisphères cérébraux.Mais c'est la formation réticulée, une petite partie du tronc cérébral, qui permet à la conscience de se manifester.nuer à les alimenter et ainsi les maintenir « en vie »?Ne faudrait-il pas plutôt les considérer comme morts ?En 1992, la cour de Floride a statué sur le cas d’un bébé anencéphalique (né avec un tronc cérébral intact mais sans hémisphères cérébraux).Estimant leur enfant « mort », les parents souhaitaient que ses organes soient prélevés.Le verdict ne leur a pas donné raison : selon la cour, l’enfant était vivant ! Un jugement contesté.S’il y a consensus sur là où commence la mort corporelle, il n’y en a pas encore sur là où « finit » la vie de la personne humaine.Dans les heures qui ont suivi la mort de Simone, des médecins ont procédé au prélèvement de certains de ses organes.Puis, on a débranché son corps du respirateur.Simone a rendu son dernier souffle.plusieurs heures après son décès.Ainsi, en repoussant la mort, les progrès médicaux ont permis de nouvelles vies.Aujourd’hui, le coeur de Simone bat toujours, mais dans une poitrine qui n’est pas la sienne.• -Pt ¦.;P:V I !iù-| j I JI iiï-L p'ï ldi Un patient est plongé dans un coma profond aux soins intensifs.Son cœur bat, mais il ne respire que grâce à des moyens artificiels.Il est inconscient.Est-il mort ou vif ?Pour répondre à cette question, les médecins ont recours à une batterie d'examens, dont la plupart vérifient certains réflexes directement associés au cerveau, et plus particulièrement, au tronc cérébral.Un premier test consiste à chatouiller la cornée du patient.Celui-ci clignera des yeux s'il est en vie.Dans un second test, on dirige un rayon de lumière vers sa pupille, qui devra alors se contracter.Un troisième évalue le réflexe dit « des yeux de poupée » : en déplaçant latéralement la tête d'une personne en vie, ses yeux bougeront spontanément dans le sens inverse, comme ceux de certaines poupées.Les yeux d'un mort, eux, resteront fixes.Il y a aussi le test (désagréable) du réflexe oculovestibulaire : on injecte 20 à 50 centimètres cubes d'eau glacée dans une oreille.En vie, le malade braquera spontanément ses yeux vers l'oreille inondée.Le test d'apnée consiste à vérifier si le tronc cérébral a complètement perdu sa capacité de déclencher la respiration.On fait d'abord respirer au patient de l'oxygène pur afin de s'assurer qu'il n'en manquera pas.Puis, on le débranche du respirateur.Produit par la respiration des cellules du corps, le gaz carbonique s'accumule alors dans le sang.Lorsque sa concentration atteint un seuil critique, un mécanisme alerte le tronc cérébral, qui est alors sensé déclencher le réflexe respiratoire.On peut aussi recourir à l'électroencéphalogramme (EEG), qui mesure l'activité électrique des hémisphères cérébraux, mais pas celle du tronc cérébral.Ce test doit cependant être utilisé avec précaution : Dans certaines situations, comme en état d'hypothermie ou d'intoxication par des barbituriques, le patient peut présenter un EEG plat.mais être en vie.Au Canada, cet outil n'est donc utilisé que pour compléter ou vérifier un diagnostic de mort cérébrale.En 1987, l'Association médicale canadienne a fixé des lignes directrices pour établir un tel diagnostic.Il faut : • que la réponse à tous les tests effectués soit négative; • que le diagnostic soit effectué au moins à deux reprises, à un intervalle de 2 à 24 heures; • que le médecin connaisse les causes de la maladie et soit persuadé de son irréversibilité.Le diagnostic de mort cérébrale n'est effectué que chez des malades en coma profond.En pratique, les médecins utilisent toujours, dans les autres cas, le vieux critère de l'arrêt cardio-respiratoire.Mais cet arrêt doit être prolongé et considéré irréversible.Québec Science / Mai 1993 41 Grande bouffe, nouvelle vague Vous avez maintenant le droit de manger à votre faim.La mode vient de changer en nutrition et le nouveau Guide alimentaire canadien jette bien des idées aux poubelles.Il conserve pourtant celle d'un guide unique pour tous.Est-ce justifié ?par Raymond Lemieux Le nouveau Guide alimentaire v' G 1*1 Santé et Bien-être social Health and Welfare Canada Canada m '7* * < Canada Comprend un supplément détachable du Guide alimentaire canadien pour manger sainement.je Ils sont tout souriants.Le papa, la maman et le petit enfant, dessinés en page couverture du dernier Guide alimentaire canadien, ont indiscutablement l’air en santé.Leur secret ?La modération et la variété en alimentation, suggère le Guide.En tant que Canadiens moyens exemplaires, ils ont bien sûr diminué leur consommation de gras.Mais le « Canadien moyen » existe-t-il encore ?Les régimes alimentaires sont de plus en plus personnalisés, ils doivent maintenant s’adapter aux besoins des personnes allergiques, diabétiques, obèses, âgées, etc.Le Guide alimentaire serait-il donc déjà dépassé ?Chose certaine, le nouveau Guide propose un régime qui n’a plus rien de commun avec celui de l’ancien, publié en 1982.Un exemple : le sucre.Avant, on devait si possible l’éviter.Aujourd’hui, rien dans le Guide n’en décourage la consommation.Dans ses Recommandations sur la nutrition, Ottawa rappelle qu’on n’a pas réussi à prouver que la consommation actuelle des sucres — des glucides dits simples — est un danger pour la santé du public, sauf pour les caries dentaires.Ce rappel est d’ailleurs un petit pied de nez aux autorités sanitaires québécoises : le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec s’est fixé entre autres objec tifs de couper de moitié la consommation de sucre des gens d’ici l’an 2000.Les raisons invoquées ?Combattre la carie, mais surtout 42 Québec Science / Mai 1993 l’obésité, un facteur important de problèmes de santé.Autre changement de mentalités, le nou-jveau Guide alimentaire ne propose plus un régime de famine.L’ancien nous faisait croire qu’on pouvait vivre avec à peine 1000 à 1400 kilocalories ! (Une kilocalorie est l’unité de mesure d’énergie qu’on appelle couramment une « calorie »).En répartissant ces portions de disette entre quatre groupes (d’aliments (produits laitiers ; viandes, pois-jsons et volailles ; pains et céréales ; fruits et (légumes), le « Canadien moyen » obtenait des éléments nutritifs dont il avait besoin.(Mais à 1000 calories par jour, on peut parler de portions de survie ! i La nouvelle édition du Guide alimentaire (fixe la barre inférieure à 1800 kilocalories ( par jour, ce qui correspond au régime moyen id’un habitant du Burundi, en Afrique.On a jjplus que doublé le maximum : 3200 kilocalories.Le fameux « Canadien moyen » pourra donc manger à sa faim.Que s’est-il passé dans les chaudrons des diététistes ?’ « Avant, on proposait une alimentation de (base pour répondre aux besoins nutritionnels », explique Lydia Dumais, du département de nutrition du ministère de la Santé et du Bien-être social.Aujourd’hui, le Guide ne suggère plus un minimum, mais bien un nombre total de portions pour chaque catégorie d’aliments.(Un détail qui n’est peut-être pas étranger à ces changements : avant sa publication, le Guide a été lu par les représentants de l’industrie alimentaire.) Les kilos de la santé Selon le Guide, les lipides ne devraient pas fournir plus de 30 % des calories, notamment à cause des risques de cancer.Bref, on nous dit que les lipides, les graisses, ont une trop grande place dans l’assiette.Les Canadiens en seront facilement convaincus.Dans l’esprit de bien des gens, l’abus d’aliments gras s’accompagne de quelques kilos en plus.Or deux personnes sur trois sont insatisfaites de leur poids.Leur réaction normale : couper dans le gras, mais surtout dans le gras qui est visible, a remarqué Jean-Marie Bourre, de l’Institut national de santé et de recherche médicale, en France.Cet auteur d’un livre intitulé Les bonnes graisses donnent l’exemple des jeunes femmes adeptes de régimes plus ou moins draconiens.« Elles prépareront souvent une salade avec une émulsion qui ne contient pas d’huile végétale.Une erreur phénoménale ! » dit-il.En effet, les huiles végétales contiennent des acides gras comme l’acide linoléique et l’acide ilpha-linoléique, essentiels à la vie des cel-ules.Bien qu’une alimentation trop riche m gras semble augmenter les risques de certains cancers, un régime sans huile végétale risque de mener droit à une carence en acides gras essentiels.« Il faut être prudent quand on demande aux consommateurs de diminuer les graisses », conclut-il.Dans le Guide, aucune mention d’acides gras essentiels.On peut aussi remettre en question l’idée qu’on se fait d’une minceur normale pour la santé.En 1988, le ministère de la Santé et du Bien-être concevait un indice de masse corporelle qui définit le poids normal selon les critères de santé.Cet indice s’obtient en divisant le poids (en kilogrammes) par le carré de la taille (en mètres).Dès que le résultat dépasse 25, les risques pour la santé augmentent, constatent les experts.On parle surtout de problèmes d’hypertension et de cardiopathie.Que dit cet indice ?Que c’est souvent à tort que les gens se croient trop gras.Selon un sondage du Ministère, ce sont à peine un homme sur trois et une femme sur cinq qui présentent un surplus de kilos.Les autres ont bel et bien un poids normal.De toute façon, les habitudes alimentaires ne sont probablement pas seules à expliquer les excès de poids.Une bonne partie des études qui lient uniquement l’alimentation aux excès de poids comportent des problèmes méthodologiques, signale un document de travail du Ministère.Entres autres, la consommation de tabac et le mode de vie ne seraient pas toujours pris en compte.Être ce qu'on mange Personne n’a une idée précise de ce que mangent les Canadiens, rappelle une équipe de scientifiques réunis par le ministère de la Santé et du Bien-être social.C’est leur rapport, Recommandations stir la nutrition, qui a largement inspiré le nouveau Guide alimentaire.Il fait une synthèse des connaissances sur les habitudes alimentaires canadiennes.Il puise ses informations d’un questionnaire de Statistique Canada rempli par quelques milliers de familles, ainsi que des statistiques d’Agriculture Canada.Pas fameux.« Une vraie enquête nationale Plaidoyer d'un neurologue pour la bonne bouffe < I a bonne santé du corps et du cerveau pas-Lis Jean-Marie Bourre La diététique du cerveau de l’intelligence et du plaisir ¦ se par l'alimentation et le plaisir nutritionnel.» C'est un spécialiste de la biologie du cerveau qui l'affirme.Et en publiant La diététique du cerveau, Jean-Marie Bourre, directeur à l'Institut national de santé et de recherche médicale (INSERM), en France, fait l'éloge du goût, voire de son utilité sur le plan alimentaire.Un trait de culture bien français.« Le drame du fast-food, c'est qu'il ne flatte que les perceptions de la langue — le sucré et le salé — qui sont des perceptions innées, inscrites dans nos chromosomes, explique-t-il.En revanche, toutes les autres perceptions, celles des odeurs, des arômes, c'est culturel.Ça doit être appris.En France, on voit se développer des écoles du goût qui apprennent justement aux enfants à goûter les aliments.De cette pédagogie, qui fait défaut aux nord-américains, dépend une bonne alimentation, une bonne santé.» Ce médecin et ingénieur chimiste part d'un constat tout simple mais lourd de sens : on connaît peu le rôle joué par notre cerveau dans le processus de l'alimentation.« On dit aux gens de manger en pensant à leur coeur, leurs artères, leurs reins, leur foie.Pourtant, ils devraient aussi penser à leur cerveau, qui commande tous ces organes.De plus, c'est le cerveau qui est à la source du plaisir alimentaire, ce qui est peut être plus déterminant qu'on ne le croit en diététique.» « Un repas qui n'a pas de goût est plus difficile à digérer, poursuit-il.On l'a remarqué lors d'observations chez les astronautes et chez les personnes âgées.Conséquemment, on devine que cela peut conduire à des carences alimentaires.» Pour Jean-Marie Bourre, les épices, comme bien d'autres aliments, ont un rôle mal élucidé dans la diététique.« Dire qu'elles ont une valeur nutritionnelle nulle, c'est s'en tenir à leur valeur calorifique.C'est une vision étroite des choses.On sait qu'un grand nombre d'entre elles protègent les nutriments avant leur assimilation par l'organisme, parce que ce sont des anti-oxydants.De plus, elles relèvent le goût des plats.» Ce qui n'est pas peu dire, car selon le médecin chercheur, « la jouissance du cerveau gourmand fonde son efficacité ».Bon appétit ! Québec Science / Mai 1993 43 Ae'> .c.É 1 ^eV, ^e jc y \b'*sh,&e ¦:fi> 'i tl ^e4 CjV.^ • %ÿ^)'fl v^?o\»'N ^,v "l" - 9 Ce que bouffe le québécois chaque année nous apprendrait beaucoup plus sur les carences alimentaires, soutient la diététiste Louise Desaulniers.Et une vraie enquête, ça se réalise en procédant à des analyses de sang ! » Or, la dernière étude de la sorte, Y Enquête nutrition Canada, remonte à 1972.Pourtant les habitudes alimentaires des Canadiens ont énormément changé depuis 20 ans.Au début des années 70, le pain de blé entier, le brocoli, le tofu et le yogourt n’avaient pas encore fait leur entrée massive sur nos rayons d’épiceries.Nous obtiendrons bientôt les résultats d’une enquête nationale plus probante.L’organisme gouvernemental Santé Québec a en effet effectué des analyses sanguine en 1990 auprès d’environ 2200 personnes.« Il est clair qu’il faut effectuer de façon régulière des enquêtes semblables auprès de la population pour avoir une idée juste de ses habitudes alimentaires et pour ajuster nos politiques de santé en conséquence », souligne Lise Bertrand, coordonnatrice de l’enquête.Au moment de mettre sous presse, les résultats n’étaient toujours pas disponibles.Une chose est assez sûre.Le pêcheur de Terre-Neuve n’a pas la même alimentation que l’agriculteur de la Saskatchewan, et les approximations touchant les habitudes alimentaires actuelles du citoyen moyen, contenues dans \ss Recommandations sur la nutrition, ne tiennent aucunement compte de cette différence.Le régime alimentaire d’une personne obèse ne peut pas être le même que celui d’un athlète ou d’une fem- me enceinte, explique Nicole Saint-Jean De-mers, présidente de la Corporation professionnelle des diététistes du Québec.« Idéalement, l’apport des nutriments doit être calibré en fonction des besoins de l’individu, de sa capacité d’assimilation de certains nutriments, de son activité physique et de son état de santé », dit-elle.Quelqu’un a-t-il déjà vu un « Canadien moyen » ?C’est pourquoi plusieurs spécialistes en diététique offrent à leur clientèle des bilans Thé, café : toujours suspect, jamais accusés v:v Le retour du bar rayé Ce poisson jadis abondant avait pratiquement disparu du Saint-Laurent.On tente aujourd’hui de le réintroduire.Hibernia, le pétrole des glaces Le mégaprojet Hibernia sera-t-il un jour rentable ?Tout le monde se pose la question.Chose certaine, c’est un des projets d’ingénierie les plus ambitieux jamais réalisés au Canada.Rencontre avec Henri Atlan Systèmes auto-régulés, intelligence artificielle, théorie de l’information, le philosophe Henri Atlan se passionne pour la complexité.Québec Science l’a rencontré.SUPPLEMENT DE 32 PAGES Le guide des vacances scientifiques et technologiques au Québec Les musées, les parcs, les visites guidées, les industries, toutes les activités scientifiques et technologiques de la région où vous passerez vos vacances.Adoptez-moi ! Grâce à vous, amis lecteurs, qui achetez ce numéro de Québec Science en kiosque et participez au concours, ainsi qu'aux gens de Messageries Dynamiques qui ont la responsabilité de la distribution en kiosque du magazine, moi Flippo le béluga, serai bientôt en mesure de recevoir officiellement mon acte d’adoption.Plus vite vous participerez au concours, plus vite je serai adopté.Gagnez un séjour de 3 jours et 2 nuits pour deux personnes à l'Hôtel Tadoussac et une croisière (Inobservation des baleines.Votre geste vous donnera également la chance de gagner une fin de semaine pour deux à l’Hôtel Tadoussac, au cours de laquelle vous aurez l’occasion d’aller observer les baleines à l’embouchure du Saguenay et, qui sait, peut-être d’y apercevoir notre futur adopté ! Si vous avez acheté ce magazine chez un détaillant, remplissez tout simplement le coupon ci-dessous, puis découpez et remettez-lui cette annonce complète (les fac-similés ne sont pas acceptés).Vous serez ainsi automatiquement inscrit au concours.Estampe du détaillant Remettez au détaillant qui vous a vendu ce numéro de Québec Science Adresse L’AVENIR NOUS TRANSPORTE.À l’aube du prochain millénaire, les impératifs économiques, sociaux et politiques convergent tous vers un même point : un développement durable et responsable.Les instances gouvernementales exigent désormais des fabricants automobiles des produits moins lourds et, surtout, moins lourds de conséquences.Léger, durable, recyclable et résistant à la corrosion, l’aluminium peut être utilisé efficacement tant dans la structure que dans les panneaux extérieurs des véhicules.Deux fois plus léger que l’acier, il permet aussi aux fabricants de construire des automobiles qui consomment moins d’essence et produisent moins d’émissions de gaz d’échappement.Aujourd’hui, tous les fabricants automobiles reconnaissent les avantages de l’aluminium.Alcan a d’ailleurs établi trois centres de génie appliqué pour l’industrie de l’automobile en Europe, aux États-Unis et au Japon qui, de pair avec les constructeurs, se sont consacrés aux applications de l’aluminium dans le secteur du transport de même qu’au développement de véhicules entièrement recyclables.Pour Alcan, cette façon de faire trace la voie du développement durable.C’est aussi le signe manifeste du bon sens en affaires.ALCAN.UNE FORCE SENSIBLE. g / environnement 9^ eule eule une équipe multidisciplinaire permet une vision claire et offre une maîtrise complète des questions de droit de l'environnement.Chez Ogilvy Renault, vous trouverez une équipe d'avocats formés dans plusieurs domaines de pratique, dont certains possèdent aussi une formation universitaire complémentaire en biologie, en génie, en relations industrielles ou en sciences politiques et ont acquis une compétence exceptionnelle en droit de l'environnement.Des questions soulevées lors des transactions ou du financement d'une entreprise aux obligations de décontamination, des conseds sur la conformité aux lois et règlements environnementaux aux litiges concernant la responsabilité civile ou pénale, l'équipe du droit de l'environnement d'Ogdvy Renault sera à vos côtés.L'avantage d'Ogdvy Renault, c'est de vous offrir l'alhage unique d'une connaissance profonde des questions environnementales et d'une performance reconnue en droit traditionnel.VaIJi age — iflflOVâtiOn1" OGILVY RENAULT AVOCATS Montréal Ottawa Québe Osler Renault Ladner Londres Paris Hong Kong New York © Ogilvy Renault, 1993 Swabey Ogilvy Renault Montréal Ottawa
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