Québec science, 1 janvier 1996, Juillet-Août
L'intelligence des fourmis BNQ ) il j L’ŒIL MAGIQUE DES ASTRONOMES Secrets d'Amazonie Vlélatonine : trop seau pour être vrai 73353 UT 994 9 Volume 34f numéro 10 Juillet-Août 1996,3,95 $ Dans les coulisses des Jeux olympidu • Pourquoi ils sont champions • La chasse aux tricheurs 773333019949 Billet Un magazine en santé Il y a des jours où il n’y en a que pour Internet.Depuis un an et demi, Québec Science est au cœur de la popularisation de ce nouveau et puissant moyen de communication.Souvenez-vous : au début de 1995, nous étions le premier média québécois à ouvrir un site sur le W3.Puis, dans la foulée du succès de notre dossier sur Internet, publié en mars 1995, nous produisions à l’automne un premier guide pratique, suivi au printemps dernier d’un deuxième guide qui consignait les 500 meilleurs sites.Les résultats sont époustouflants.Une diffusion record de la première édition du Guide n" 1 (40 000 exemplaires), un guide n" 2 qui marche sur les traces de son jumeau, une très forte fréquentation du site Internet de Québec Science (20 000 consultations par semaine depuis janvier 1996), voilà autant de sujets de réjouissance.Mais, ce qui nous enchante davantage, c’est la dynamique que crée le phénomène Internet et qui n’est certainement pas étrangère à un autre succès, celui du magazine lui-même.Le magazine Québec Science se classe en effet dans le peloton de tête des magazines québécois et canadiens dont le tirage a augmenté en 1995, confirme l’Audit Bureau of Circulation, organisme de contrôle de la diffusion des journaux et magazines.La progression moyenne est de près de 13 % grâce à une augmentation régulière du nombre d’abonnés et à une excellente performance des ventes en kiosques (4 500 exemplaires par numéro en moyenne).En ce début d’été 1996, vous êtes près de 12 000 abonné(e)s au magazine Québec Science, dont la moitié pour des périodes de 2 ou 3 ans, une marque de confiance que nous apprécions au plus haut point.La notoriété apportée par nos guides Internet et notre site sur le W3 n’est pas la seule explication à ces résultats positifs.Il y a aussi et surtout, croyons-nous, la qualité soutenue du magazine, numéro après numéro.Quatre ans après avoir amorcé sa relance, Québec Science a atteint une maturité qui lui permet de vous offrir des reportages, articles ou chroniques de qualité dans une variété de domaines et sur une foule de sujets que nous considérons importants.Être d’actualité, fame découvrir, aller en profondeur, donner à réfléchir sont les principes qui guident votre rédacteur en chef, Raymond Lemieux, et ses journalistes.Puisque tout indique que cette approche vous plaît, nous allons continuer dans cette voie et même la renforcer.Car nous ne manquons pas de projets ! Dans les mois qui viennent, nous allons vous offrir un magazine encore plus fouillé et documenté, avec de nouveaux suppléments et cahiers spéciaux qui permettent de creuser un sujet plus en profondeur.Nous allons aussi, bien sûr, accentuer notre présence sur Internet et poursuivre notre travail de vulgarisation de cet outil avec de nouveaux petits guides.En revanche, nous comptons que, de votre côté, vous continuerez à nous donner vos commentaires, à nous suggérer des sujets d’articles, que ce soit par courrier régulier, télécopieur ou courrier électronique, comme vous le faites déjà en grand nombre.Si Québec Science est un magazine de qualité et en santé, nous savons que c’est grâce à vous, chères lectrices et chers lecteurs.Soyez-en remerciés.Michel Gauquelin Actualités HH 5 La galère Irving Whale, deuxième partie Cet été, le fédéral tente de nouveau de désamorcer la bombe Irving Whale, par Raymond Lemieux et Emmanuelle Béguineau 1 Mélatonine : trop beau pour être vrai Une pilule, croit Ottawa, qui est tout juste bonne pour les crédules et les Américains.par Caroline Barrière NAT W 8 Spécial Acfas Foresterie : Le retour du grand feuillu Environnement : 500 ans plus bas Société : La pauvreté tue Protection civile : Les feux qui font peur aux pompiers Santé publique : Les dentistes frappent un os Gérontologie : Vieux et heureux de l'être Pédagogie : La chimie est bonne sur Internet par Valérie Borde, Rachel Duclos, Claire Gagnon et Isabelle Hachey 15 Chronique Internet Problèmes d'identité par Jean-Hugues Roy 16 Nouvelles brèves Chroniques 65 Innovations technologiques par l’Agence Science-Presse 66 Dimension cachée Des hauts et des bas par Raynald Pepin 68 Science et culture Balade au dépotoir par Laurent Fontaine À l'agenda 69 Des chiffres et des jeux par Jean-Marie Labile 70 Livres CD-ROM 71 Entrevue avec.Pierre Béland Des bélugas en sacrifice ?par Laurent Fontaine 2 Québec Science / Juillet-Août 1996 Sommaire 49 HUBBLE rtlL MANQUE DES MIMOMES Les plus belles mais aussi les plus troublantes images que le télescope Hubble nous a relayées.p résentées par Claude Lafleur Atlanta 1996 Pourquoi eux et pas nous Il n’est pas donné à tous de fracasser le mur du 100 mètres en 10 secondes.Voici pourquoi.par Claude Forand 7 i Une découverte québécoise J I Une étoile massive — un phénomène rare — a été observée à l’aide Ae Hubble.Et ce sont des astronomes de FUniversité Laval qui l’ont identifiée.par Céline Saint-Pierre Comment fonctionne Hubble j£m\]n télescope simple mais extraordinairement performant.par Cannelle Roberi, astrophysicienne A Galaxies ?Réviser l'addition, s.v.p.Combien y a-t-il de galaxies dans l’espace ?10 milliards, 50 milliards ou 100 milliards comme le suggèrent de récentes théories en astrophysique ?Après la controverse sur l’âge de l’Univers, un nouveau débat secoue la communauté des astronomes.par Pedro Rodrigue Toutes fourmis unies Les fourmis ont un sens de l’organisation et de la coopération hors du commun.À défaut, d’être intelligentes séparément, elles sont brillantes collectivement.par Caroline Julien Jeux de coulisses mm T 4 Faut-il le rappeler ?À Atlanta, il y a juste le Coca-Cola qui sera permis.Mais pour gagner quelques centièmes de seconde sur la piste, certains athlètes seront prêts à tout.Même à affronter la crème des spécialistes antidopage.par Michaël Constantin EEHEIÏB® La chasse aux tricheurs Une entrevue avec Christiane Ayotte qui a côtoyé toute une faune de tricheurs sportifs.Des plus humbles aux plus illustres, dit-elle, ils vivent tous dans la même bulle.par Normand Grondin |"Q La plus 30 grande pharmacie du monde Ne dites plus que le monde des médicaments est une jungle.Dites plutôt que la jungle est un monde de médicaments.par Martine Turenne Québec Science / Juillet-Août 1996 3 Des ajouts au guide Robert Brault voyage depuis 1985 sur les babillards électroniques.Il souligne que notre guide Internet a omis de faire mention du réseau FidoNet qui, dit-il, est le plus important en son genre au monde et compte un très grand nombre de nœuds au Québec.Il ajoute que, contrairement à Internet, « FidoNet permet l’usage des codes ASCII nécessaires aux caractères accentués en français ».Merci pour cette précision.Un autre lecteur, Jean-Pierre Fiché, de Saint-Hubert, signale l’existence d’un site québécois sur le bon usage du français sur Internet.On y apprend entre autres choses qu’il ne faut pas dire « l’Internet » mais tout simplement « Internet ».Le site se nomme Cortexte et son adresse est la suivante : http://www.cam.org/~fhubert/ Le pêcheur et le poisson Nous avons reçu quelques lettres de lecteurs qui nous signalent que l’article rédigé par Pedro Rodrigue en avril dernier sur la bactérie mangeuse de gras était un canular (le nom du chercheur, Lirvad Nossiop, en fait foi).« Allons ! Dites-moi que Québec Science était complice ou encore qu’il s’agissait d’un test éclair visant le dépistage des lecteurs dyslexiques ! » nous écrit Denis Fortin, de Charlesbourg.N’ayez crainte, c’est bien Québec Science qui était à l’origine de toute l’affaire, et non un collaborateur farceur qui nous aurait passé un sapin en douce.Encore Dieu Le dossier sur Dieu et les hommes de sciences (avril 1996) nous a valu un courrier important.Jake Roulo, de Senneterre, nous fait parvenir une longue lettre dans laquelle il dit avoir apprécié que nous abordions Donnez-nous vos commentaires ! Vous avez des commentaires et des suggestions sur le magazine ?Écrivez-nous à l'adresse suivante, ou envoyez-nous une télécopie au (514)843-4897.Québec Science 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 Adresse électronique courrier@QuebecScience.qc.ca ce sujet controversé.« Je suis surpris qu’on mette Dieu en discussion publiquement, dit-il, mais je ne crois pas que ce soit une question scientifique.C’est une affaire de jugement.La preuve, c’est que les scientifiques ont des vues différentes, qu’ils affichent très personnellement.» Octogénaire, notre lecteur poursuit en disant que « l’abondance de mystères » qui l’entourent ne l’incommode nullement et qu’à son âge il aime encore apprendre et étudier.Il conclut en lançant une charge contre les « crédulis-tes ».« Ce sont des paresseux qui noient leurs neurones dans l’eau bénite pour avoir la sensation de flotter au-dessus des réalités objectives.Ils prennent leurs émotions pour des manifestations divines et surveillent les billets de banque qui peuvent tomber des goussets des autres.» Gaétan Pellerin, pour sa part, ne pense pas que la science puisse expliquer Dieu.« Il est curieux de noter que les idées émises ressemblaient plus à des opinions évasives qu’à des certitudes basées sur des faits.L’approche scientifique pour certifier l’existence ou la non-existence de Dieu semble bafouée (.).Se pourrait-il que nous poursuivions une fausse piste ?» Bravo ! Québec Science a reçu deux mentions honorables lors de la remise annuelle des prix du magazine canadien : la première pour l’article « Virus et bactéries : pourquoi ils nous menacent », de Michel Groulx; la seconde pour Internet, le guide pratique, d’André Bélanger et Jean-Hugues Roy.Félicitations à nos collaborateurs.Les 500 meilleurs sites Science Internet CEGEP de Jonquière Publié par La Revue Québec Science 425, rue De La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 courrier@QuebecScience.qc.ca http://QuebecScience.qc.ca DIRECTION Directeur général : Michel Gauquelin Adjointe administrative : Nicole Lévesque RÉDACTION Rédacteur en chef : Raymond Lemieux Adjoint à la rédaction : Normand Grondin Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Carpentier, André Délisle, Jean-Marc Fleury, Rosemonde Mandeville, Isabelle Montpetit, Gilles Parent, Pierre Sormany, René Vézina Collaborateurs : Caroline Barrière, Valérie Borde, Michaël Constantin, Rachel Duclos, Laurent Fontaine, Claude Forand, Claire Gagnon, Isabelle Hachey, Caroline Julien, Jean-Marie Labrie, Claude Lafleur, Claude Marcil, Raynald Pepin, Carmelle Robert, Pedro Rodrigue, Jean-Hugues Roy, Céline Saint-Pierre et Martine Turenne lllustrations/photos : Marc Cuadrado, Laurent Leblanc, Alain Massicotte, Pierre-Paul Pariseau, Rémy Simard Correction : Natalie Boulanger PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique : Film-O-Progrès Impression : Interweb COMMERCIALISATION Promotion : Hélène Lapointe Abonnements : Nicole Bédard Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques ABONNEMENTS Tarifs (taxes incluses) 1 an (10 numéros) 2 ans (20 numéros) 3 ans (30 numéros) À l'unité Groupe (10 ex./ même adresse) Au Canada À l'étranger 37,60 S 48,00 S 64,95 S 86,00 S 89,91 S 125,00 S 4,50 S 5,25 S 34,19 S Non disponible Pour abonnement et changement d'adresse QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery (Québec) GIT 2R1 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57, 91871, Palaiseau, Cedex, France Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSE Téléphone : (418) 657-4391 PUBLICITÉ Communications Publi-Services inc.1, rue Forget, Saint-Sauveur (Québec) JOR IRQ Géraldine Richard, Jean Thibault Tél.: (514) 227-8414 Télec.: (514) 227-8995 RÉDACTION Téléphone : (514) 843-6888 Télécopieur : (514) 843-4897 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Troisième trimestre 1996, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans Y Index des périodiques canadiens.© Copyright 1996 - La Revue Québec Science Imprimé sur papier contenant 50 % de fibres recyclées et 40 % de fibres désencrées (post-consommation) Québec Science reçoit l’aide financière du ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (Programme Revues de vulgarisation scientifique et technique) et du gouvernement du Canada (Programme Sciences et Culture Canada) H Gouvernement du Québec Ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie 1*1 Industrie Canada Industry Canada Membre de : The Audit Bureau CPPA >6 Québec Science est produit sur cassette par l'Audiothèque, pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : (418) 627-8882 4 Québec Science / Juillet-Août 1996 Actualités Le sort de l’épave de Y Irving Whale, qui a coulé au fond du golfe du Saint-Laurent il y a plus de 25 ans, se jouera au cours des prochaines semaines.Cette barge pleine de mazout et de BPC sera d’abord renflouée, puis transportée sur une autre barge vers Halifax pour être finalement vidée et nettoyée.C’est du moins le scénario élaboré par Environnement Canada et Pêches et Océans Canada.On avait tenté une première expérience l’an dernier.Les travaux ont été stoppés par la Cour fédérale à la suite d’une injonction obtenue par la Société pour vaincre la pollution.La cour avait jugé que le gouvernement fédéral n’en savait pas assez sur le contenu toxique de la barge pour réaliser l’opération.Aujourd’hui, l’injonction ne tient plus, les ingénieurs ont refait leurs devoirs et ils sont maintenant convaincus d’avoir tout prévu.ou presque.On l’espère : YIrving Whale a toutes les caractéristiques d’une bombe environnementale en puissance ! Voici sept facteurs déterminants dans la réussite — ou l’échec — de l’opération.La galère Irving Whale, deuxième partie L'an dernier, la tentative de renflouage de YIrving Whale s'est terminée en queue de poisson.Cet été, on remet ça.Et on se croise les doigts.par Raymond Lemieux « -V Il 1.La météo Le golfe du Saint-Laurent n’a rien d’un lac paisible, et la délicate manœuvre de levage devra se dérouler lorsque la mer sera calme.La vitesse du courant ne devra pas dépasser un mille nautique à l’heure et les vagues, un mètre de hauteur.Ce sont donc les météorologues qui donneront le feu vert.Il faudra qu’ils puissent prévoir au moins 36 heures consécutives de beau temps pour effectuer le renflouage, des conditions climatiques que l’on a surtout durant les mois d’été.2.La solidité de la coque et des élingues Pour lever la barge, les plongeurs doivent glisser deux câbles — des élingues de 25 centimètres de diamètre — sous la coque.L’an dernier, leur mise en place a, semble-t-il, exigé plus de temps que prévu.À l’avant de la barge, il a fallu creuser un tunnel sous la coque.Les plongeurs ont également installé des plaques en acier — des sabots — pour répartir la pression qu’exerceront les élingues sur une plus grande surface.Il La barge Irving Whale avant qu'elle coule en 1970.faudra cette fois-ci en poser à l’arrière.La coque supportera-t-elle la levée ?Aux dires des responsables de la Garde côtière et de l’Armée canadienne, elle n’a pas été fragilisée lors de son long séjour dans le fond du golfe.Des indicateurs de profondeur seront installés aux quatre coins de la barge pour s’assurer que le levage se fera à l’horizontale et que la tension sera bien répartie.Québec Science / Juillet-Août 1996 5 Actualités Touchez pas à l'épave Il faut laisser /Irving Whale là ou il est, dit l'océanographe Émilien Pelletier.Et il faut le recouvrir de tonnes de sable.Les nombreuses inconnues associées à la présence des B PC dans \‘lrving Whale rendent trop risquée l'opération de renflouage, estime Émilien Pelletier.Ce chimiste et toxicologue à l'INRS-Océanographie à Rimouski propose donc d'encapsuler la barge, c'est-à-dire de l'enfouir à 65 mètres de profondeur sous une épaisse couche de sable et de silt.Certes, le procédé de l'encapsulation est délicat car il faut veiller à ce que tous les interstices de la barge soient bien remplis avec du sable fin pour éviter toute fuite de pétrole ou de BPC, mais cela est tout à fait faisable, croit Émilien Pelletier qui a récemment publié un essai sur le sujet.« Les conditions du site de Ylrving Whale sont favorables à ce type d'opération », soutient-il.De plus, cela coûterait moins cher et comporterait moins de risques que le renflouage ou le pompage.L'encapsulation ne soulève cependant pas beaucoup d'enthousiasme.Ni du côté des environnementalistes, ni du côté des ministères de l'Environnement.Le gouvernement fédéral avait d'ailleurs écarté dès le début cette possibilité pour des « raisons techniques ».Des arguments qui ne convainquent pas pour autant le chercheur, persuadé que dans ce dossier l'aspect émotif pèse autant sinon plus que l'aspect technique.« Le problème, c'est que les gens pensent qu'il faut sortir à tout prix I Irving Whale de l'eau », constate l'océanographe.Pour en savoir plus Le fantôme du Irving Whale, par Émilien Pelletier.Presses de l'Université Laval, 1996.3.Le comportement de la barge lors de la levée D’une dimension comparable à une patinoire de hockey, l’épave pèse 350 tonnes.La grue qui sera installée par Dopjon McAllister, la firme responsable de l’opération, aura une capacité de levage trois fois plus élevée.On a prévu réaliser l’opération en deux heures.La tension exercée sur chaque élingue devra être continuellement mesurée.Dans un avis remis au ministère de l’Environnement et de la Faune, l’architecte naval Paul-E.Barbeau, de la firme Navitech, craint cependant l’effet de succion qui pourrait survenir au début du levage.Selon lui, ce risque n’aurait pas été suffisamment évalué et, par conséquent, les contraintes de flexion sur la coque auraient été sous-estimées.Environnement Canada rétorque que ce phénomène pourrait effectivement se produire si le bateau était dans la boue.Or, il repose sur du sable et du gravier.4.Les BPC C’est la grande inconnue.On estime que la barge renferme 6 800 litres de BPC.L’équivalent de ce que contiennent tous les vieux transformateurs d’Hydro-Québec ! Les BPC sont localisés dans la salle des machines puisque ces substances hautement toxiques étaient utilisées à l’époque pour maintenir le mazout à une température qui permettait de faire son transbordement une fois le bateau arrivé au port.On n’a plus le droit de les utiliser au Canada depuis 1977.Pour l’océanographe Émilien Pelletier, de l’INRS, les BPC sont le poison ultime.Un déversement de la totalité des BPC de Ylrving Whale quintuplerait le taux de ce contaminant dans le golfe.Un risque écologique qu’on ne peut absolument pas prendre, estime- 6 Québec Science / Juillet-Août 1996 t-il.Il suggère plutôt d’encapsuler la barge (voir l’encadré ci-dessus).À Environnement Canada, on ne cache pas l’existence d’un risque de ce genre.Mais, s’il y a déversement, les BPC, contrairement au pétrole, auront tendance à se déposer au fond, et on a déjà prévu un système de pompage pour limiter les dégâts.On sait toutefois qu’il y a une faille dans la machinerie de chauffage puisqu’on a prélevé des sédiments aux environs de l’épave qui contenaient jusqu’à 890 ppm de BPC, ce qui est très élevé.Des échantillons d’eau seront prélevés dans la salle des machine avant la re- Emmanuelle Béguineau montée de l’épave afin de mesurer leur teneur en BPC.Après l’opération, Environnement Canada procédera à une série d’échantillonnages pour mesurer le degré de contamination en BPC du fond marin où se trouvait la barge.Le ministère s’est également engagé à décontaminer les sédiments.5.Le mazout L’Irving Whale contient 3 200 tonnes de mazout C, qu’on appelle aussi bunker.Le bunker, un pétrole brut et visqueux comme de la mélasse, est réparti dans huit citernes.Leur contenu peut-il se déverser et provoquer une marée noire ?Oui, mais le ministère affirme que c’est peu probable.Un important dispositif antipollution sera tout de même mis en place.D’autant plus que le plancton, les larves et les œufs de poissons qui flottent à la surface de l’eau à cette période de l’année sont menacés en cas d’accident.De l’équipement destiné à effaroucher les oiseaux marins sera aussi prêt à être déployé.Plus de 1000 tonnes de mazout — soit le quart de la cargaison originale — se sont déjà répandues dans l’environnement.r ÏK feltsa Mitai f 6.L'installation de la barge sur le navire de transport Un autre moment crucial.Une fois que Ylrving Whale sera presque remonté à la surface, une barge submergée se glissera sous l’épave.Puis, en ouvrant les écoutilles et en libérant l’eau à bord de la barge de transport, celle-ci remontera à la surface entraînant Ylrving Whale avec elle.7.Le transport de la barge L’armada antipollution suivra la barge renflouée jusqu’au port d’Halifax, en Nouvelle-Écosse.Le voyage devrait prendre de deux à trois jours.En cas de mauvais temps, on remorquera la barge vers des ports de refuge déjà désignés.Une fois à Halifax, elle sera reprise par la compagnie Irving — du moins, c’est ce qu’elle a promis de faire — qui la nettoiera et sera responsable d’éliminer les produits toxiques.Les BPC devraient être transportés à Swan Hills, en Alberta, pour y être détruits.• Pour en savoir plus Sur le réseau Internet : http://www.ns.doe.ca/french/ whale2/index.html Ce site, créé par Environnement Canada, donne les informations techniques concernant l'opération Irving Whale. sü H Actualités IVIelatoiiine «ptotiail 9s*t0B ¦¦ Îîfaik:; îffllÉJlS rt.tef»» I jtettti# I niitWfl HiKlWlMll aîmiitlW] .i C 1£ N AT«« IFIAV ôo r, int^l beau pour être vrai La mélatonine : toutes les caractéristiques d'une arnaque.par Caroline Barrière Lî an dernier, la vente de mélatonine — une pi-I Iule qui fait un tabac chez les adeptes d’aliments naturels — a été interdite au Canada.Pourtant, nos voisins américains prêtent à ce produit plus d’une vertu : la mélatonine permettrait de combattre l’insomnie et le décalage horaire, d’améliorer l’activité et la performance sexuelles, de contrer le cancer et le sida, de renforcer le système immunitaire et agirait même à titre de contraceptif ! « Elle est utilisée à toutes les sauces », s’indigne Raphaël Bélanger, endocrinologue à l’hôpital Saint-Luc.Il ajoute que, dans les faits, l’innocuité et l’efficacité de la mélatonine restent encore à prouver.« Très peu de choses sérieuses ont été écrites sur la mélatonine », dit-il.En fait, la recherche la plus fréquemment citée a été conduite.sur des souris.L’immunologue italien Walter Pierpaoli et son collègue américain William Regelson ont étudié l’effet de la mélatonine sur ces petits rongeurs et conclu qu’elle redonnait la jeunesse aux vieilles souris, n’était pas toxique et améliorait leur système immunitaire.Une autre étude menée sur des souris, celle-là par le neuroendocrinologue Russel Reiter, en 1992, a laissé entrevoir que ce produit était un antioxydant puissant et qu’il pouvait neutraliser l’action des radicaux libres responsables du vieillissement des tissus.Étonnant ?Selon Raphaël Bélanger, ces études affirment qualité, la pureté ou l’origine du produit.Et Raphaël Bélanger ajoute que, consommées en trop grandes quantités, les hormones déclenchent habituellement des effets secondaires importants et que la mélatonine ne devrait pas faire exception.• Pour en savoir plus Le miracle de la mélatonine, par William Regelson et Walter Pierpaoli, Éditions Robert Laffont.Ces chercheurs sont en quelque sorte les pères de la mélatonine.Mélatonine : faux miracle ou vraie révolution ?par Russel Reiter et Jo Robinson, Éditions First.Plus modéré que le précédent, ce livre porte sur la recherche en laboratoire et sur l'étude des radicaux libres.Quelques adresses sur Internet : Melatonin : http://www.teleport.com/~jor Pharma Informa Network : http://pharminfo.com/drugdb/ mela_arc.html beaucoup de choses, mais « elles ne fournissent encore aucune preuve clinique ».Cela n’empêche pas la mélatonine d’être très populaire.Aux États-Unis, on la considère comme un supplément alimentaire; il n’est donc pas nécessaire d’obtenir une ordonnance pour s’en procurer.En fait, on sait que la mélatonine est une hormone naturellement sécrétée par l’épiphyse, cette glande de la gros-seur d’un pois qui se trouve au centre du cerveau, et assure le maintien des rythmes du corps pour chaque période de 24 heures.Sa production est stimulée en soirée par la noirceur, atteint un sommet au milieu de la nuit et chute une fois que la lumière du jour apparaît.« Les recherches ont assez bien démontré que la mélatonine pouvait régler certains troubles du sommeil ou les problèmes de décalage horaire, explique l’endocrinologue.Mais tout le reste n’est que suppositions.» De plus, rien ne garantit la \NOUV£AUT£ Ce manuel permettra aux élèves d'atteindre, voire de surpasser les objectifs des cinq modules du nouveau programme de chimie.5e secondaire.Ils découvriront, à travers les 17 chapitres, la chimie, ses applications et ses impacts sur l'environnement.Pour chaque chapitre, on trouvera des FOCUS SUR LA CHIMIE et à la fin de ceux-ci on trouvera les sections TERMES À CONNAITRE.RÉSUMÉS ainsi qu'un grand nombre d'exercices et de problèmes (plus de 800 au total).Les solutions aux évaluations et aux exercices se trouvent dans le guide d'enseignement.• Manuel ' A^°o^eWlgnBmen' r Les élèves découvriront, à travers les 17 chapitres de ce manuel, la chimie, ses applications et ses effets sur l'environnement.4350, avend< de l'Hôtel-de-Mlle Montréal (Quebec) H2W 2H5 Téléphone: {SMI M3-S991 Télécoptenr: {SM) S43-525.2.Québec Science / Juillet-Août 1996 7 Actualités Le congrès de l'Acfas, édition 1996 Le 64e rendez-vous annuel de la communauté scientifique québécoise a constitué un précédent dans l'histoire.Un précédent à double titre : d'une part, c'était la première fois que ce congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (Acfas) avait lieu à l'Université McGill, à Montréal; d'autre part, il y a été prononcé un nombre record de communications (plus de 3 000 !).On y a discuté d'à peu près tout.De l'invasion des souris sylvestres aux îles Mouk-Mouk à la construction incrémentielle aléatoire.À travers ce foisonnement d'idées savantes, une équipe de journalistes de Québec Science a sélectionné quelques-unes des conférences auxquelles ils ont assisté du 13 au 17 mai dernier.Voici leurs reportages.par Valérie Borde, Rachel Dudos, Claire Gagnon et Isabelle Hachey ' ffcÏÏ&TY# .mm Foresterie Le retour du grand feuillu On plante trop de résineux, disent des chercheurs qui tentent de mettre au point une méthode efficace de reboisement des feuillus.Un problème épineux.Hew rtii W IlV I vv VZ: KW >: pi] Fit La vraie forêt du sud du Québec n’existe plus, dit l’écologiste forestier Benoit Truax.La plupart des forêts des Cantons de l’Est ont été coupées trois ou quatre fois depuis la colonisation.» Et, depuis une trentaine d’années, les producteurs du sud du Québec reboisent leurs terres avec des conifères — plus payants et plus faciles à replanter —, abandonnant ainsi les essences nobles, comme le chêne, le frêne, Forme d’Amérique et le noyer.Le Québec sera-t-il bientôt envahi par les conifères ?C’est ce que craint l’écologiste, membre du Groupe de recherche en écologie forestière de FUniversité du Québec à Montréal.Selon lui, ce type de reforestation, en plus d’acidifier le sol, est trop dense pour permettre la venue naturelle des feuillus, qui exigent beaucoup de lumière.« Il est temps de renverser la vapeur », dit-il.Sa solution : une méthode de restauration écologique des forêts de feuillus qui commence à faire ses preuves sur le terrain.Il faut savoir qu’au début du XIXe siècle le sud du Québec a été littéralement vidé de ses billes de chêne de qualité pour répondre à la demande croissante des fabriques de meubles.Puis, la ressource forestière a été dilapidée au profit de l’agriculture.Résultat : le Québec est aujourd’hui dépen- .f-.; - - v; < ^ VJ* -JS*’ dant du marché américain pour son approvisionnement en feuillus nobles de grande valeur.Cependant, on connaît très peu les exigences écophysiolo-giques des feuillus, ce qui rend les opérations de reforestation difficiles.Les intervenants forestiers ont bien tenté certaines expériences il y a une dizaine d’années, mais, sans qu’on sache pourquoi, les résultats sur le terrain ont été décevants.Devant ces échecs répétés, on est revenu à la case départ et, depuis deux ans, on recommence à planter du résineux ! Mais Benoit Truax croit qu’on abandonne trop tôt la partie.« On a fait l’erreur de transposer aux feuillus les méthodes traditionnelles de reboisement des résineux, explique-t-il, celles de plantations monospécifiques qu’on cultive en rangs d’oignon.Or, les travaux que notre équipe a réalisés sur le terrain depuis une dizaine d’années montrent qu’il s’agit d’un modèle totalement contre-indiqué pour les essences dures.» Le chercheur estime que l’on commet trois types d’erreurs.D’abord, choisir le mauvais terrain pour planter des feuillus, c’est-à-dire des champs récemment abandonnés.« Bien souvent, les champs n’offrent qu’un sol acide, pauvre en éléments nutritifs, dont la flore microbienne (bactéries, champignons, etc.) est peu développée, et n’ont plus la capacité de faire pousser une forêt.» Deuxième erreur : préparer U»: lA m il 'll ali k 'ïr dsi h k { 8 Québec Science / Juillet-Août 1996 Actualités Elf® j® Is* fl list!!8 ¦1(1# I I r I t,»^1 I »## 1 1#^ K ¦ • : kl U#’ le terrain en utilisant la herse, le bulldozer ou en abattant la broussaille, alors que les champs sont minés de graines de mauvaises herbes qui n’attendent qu’un coup de pelle ou de râteau pour s’activer ! « Ces graminées ont une courte durée de vie, mais elles constituent un obstacle majeur à la survie des semis de feuillus parce qu’elles entrent en compétition pour l’eau, la lumière et la nourriture.» Finalement, les exploitants forestiers utilisent trop d’herbicides, ce qui altère le cycle de l’azote du sol dans les années futures.Sans compter, ajoute-t-il, que les plantes nuisibles finissent par développer une résistance aux composés chimiques poussant les exploitants à augmenter les doses et la fréquence des applications, au risque de tuer les jeunes arbres.Et comme si ce n’était pas suffisant, les herbicides transforment les sols en véritable potager pour les cerfs de Virginie, qui viennent brouter les petits plants dégagés du couvert végétal.« C’est l’équivalent d’un jardin de laitues fraîches pour un chevreuil ! » précise l’écologiste.L’équipe du Groupe de recherche en écologie forestière a donc conçu une stratégie de reboisement qui s’inspire plutôt du mécanisme naturel de régénération des feuillus.Selon le patron de succession de ces espèces, la végétation opportuniste, le chiendent, par exemple, s’installe d’abord pour préparer le terrain.Puis, apparaissent les espèces pionnières de type ligneux, comme l’aulne, le peuplier et le bouleau gris.Les feuillus poussent à la lumière tamisée de ce couvert forestier et attendent pendant plusieurs années une ouverture — par le feu, une épidémie d’insectes ou un chablis, par exemple — pour faire une percée et s’établir en forêt.Les chercheurs ont tenté de mimer ce modèle de régénéra- f.' -s'.-J V .tion avec du chêne rouge et du chêne à gros fruits ainsi qu’avec du frêne rouge et du frêne d’Amérique, qu’ils ont plantés dans une dizaine de stations forestières des Cantons de l’Est (dont une érablière à sucre, une friche d’une quinzaine d’années avec un couvert arborescent, une coupe à blanc, une pinède et une aulnaie).« Notre intention est de mêler volontairement les espèces dans un environnement qui leur est propice », explique Benoit Truax.Les résultats de l’expérience, qui proviennent de données étalées sur cinq ans, sont préliminaires mais fort prometteurs.Ainsi, on a observé que les arbres poussent de 30 à 70 centimètres par année.« En évitant de préparer le terrain, dit le chercheur, on réduit l’émergence de graines de mauvaises herbes et on permet à la litière de la broussaille d’enrichir le sol.L’arbre profite donc chaque fois qu’on dégage les broussailles pour créer une entrée de lumière.» Il ne reste plus qu’à peaufiner le modèle et à convaincre les producteurs forestiers de l’adopter.« Nos travaux explo- ratoires devront être confirmés par les résultats qui vont sortir d’ici cinq ans, admet l’écologiste.Mais, déjà, nos études surprennent les gens et créent un bon choc d’idées.De toute façon, les intervenants du milieu sont prêts à changer leur conception parce qu’il savent qu’ils n’ont rien à perdre ! » Des exploitants de la région de Sherbrooke sont par ailleurs intéressés à collaborer avec le groupe pour tenter une nouvelle expérience, soit de hâter la succession naturelle en faisant pousser de l’aulne dans un champ pauvre récemment abandonné, au lieu d’attendre pendant 15 ou 20 ans la venue de la friche.« Au point où nous en sommes, dit Benoit Truax, la recherche est la seule façon de rétablir les forêts de feuillus.» (CG.) Acfas 96 Environnement 500 ans plus bas La température canadienne a augmenté de trois degrés depuis deux siècles.Même si ça ne paraissait guère au printemps dernier ! Quelle température faisait-il il y a 500 ans ?En plongeant des thermomètres dans de profonds forages miniers, des chercheurs du Centre de recherche en géochimie isotopique (GEOTOP) de l’Université du Québec à Montréal obtiennent des indices sur les variations climatiques qui se sont produites dans le passé.Ils viennent d’ailleurs de terminer l’analyse des données recueillies dans 250 forages au Canada, ce qui devrait nous fournir plus de précisions sur l’histoire climatique du pays.Les prévisions quant à l’évolution future du climat sont basées sur des modèles mathéma- X'1.:*S; Wm rje .¦¦ ^ tiques qu’on valide en s’assurant qu’ils peuvent reproduire les variations du passé.Pour reconstituer l’histoire climatique de la planète, on utilise déjà les mesures provenant des stations météorologiques, des archives historiques, de l’analyse des pollens et des glaces ainsi que des cernes de croissance des arbres des glaces.En mesurant la température dans les forages profonds, les géophysiciens pourront en plus quantifier le flux de chaleur émis par la Terre.Or, ils ont constaté qu’à proximité de la surface la température du sous-sol, qui devrait normalement augmenter régulièrement avec la profondeur, soit de 20 à 30°C par kilomètre, n’est pas homogène.Conclusion : la température de l’air influence la température du sous-sol.Québec Science / Juillet-Août 1996 9 Actualités C’est le géologue Art Lachenbruch, du US Geological Survey, qui, en 1986, a le premier démontré que les réchauffements passés de la surface se propagent peu à peu vers les profondeurs.En étudiant le taux de variation de la température (à 0,001 degré près) et la conductivité thermique des roches, on peut établir une variation de température de surface et la dater dans le temps.Depuis 1990, l’équipe de Jean-Claude Mareschal, au GEOTOP, a mesuré la température dans l’ensemble des forages miniers du pays.« Le Canada compte environ 500 forages d’une profondeur supérieure à 500 mètres, mais seulement la moitié d’entre eux se prêtent à ce type de mesures », explique le chercheur.En effet, plusieurs phénomènes de surface peuvent fausser les mesures en faisant varier la température du sol de quelques degrés, comme la présence de lacs et la déforestation.En théorie, les forages de 500 mètres permettent de retracer les variations climatiques au cours des 500 dernières années.Les données obtenues au GEOTOP ont, pour l’instant, permis de confirmer un réchauffement du climat depuis le début du XIX' siècle.Les « petits âges glaciaires », qui ont eu lieu entre 1600 et 1800, sont bien documentés en Europe, mais peu connus en Amérique du Nord, rappelle Jean-Claude Mareschal.« Nos travaux ont montré que la température de Pair dans l’est du Canada a remonté de 3°C depuis cette époque.» En Europe, des forages très profonds ont permis de remonter jusqu’à l’époque du Moyen Age et de confirmer, comme on le soupçonnait déjà mais sans pouvoir le prouver, que les températures étaient alors plus élevées.(V.B.) 10 Québec Science/Juillet-Août 1996 Acfas 96 Société La pauvreté tue Qui l'eût cru ?Certains Québécois ont une espérance de vie moins élevée que des habitants de pays du tiers-monde.i.* •_ • V Les hommes québécois qui habitent certains quartiers défavorisés auraient une meilleure espérance de vie s’ils vivaient en Russie ou même au Liban, révèle une étude démographique menée dans toute la province.En effet, chaque année, près de 5 000 décès au Québec sont attribuables aux inégalités sociales.L’étude, effectuée sur 150 000 décès survenus au Québec de 1990 à 1992, avait pour objectifs de connaître les causes de mortalité liées à la santé et de cerner les disparités régionales en matière de décès.Elle a été réalisée par des démographes du ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que des Régies régionales de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, de Québec et de la Montérégie.On a donc constaté qu’un homme qui naît sur le territoire du CLSC de Montréal-Centre a une espérance de vie de 66 ans, soit la même qu’un homme vivant dans l’Irak d’après la guerre du Golfe.Celui qui naît à Ville Mont-Royal, lui, peut espérer vivre jusqu’à 82 ans.Pour les fins de l’étude, les auteurs ont séparé les 170 CLSC de la province en 5 groupes, en fonction du statut économique de leur clientèle.Les résultats indiquent qu’en moyenne les hommes qui naissent sur le territoire d’un CLSC situé dans une zone « favorisée » peuvent espérer vivre jusqu’à 75,7 ans contre 72,1 ans pour ceux qui habitent dans une zone « défavorisée ».Chez les femmes, la variation est moins importante : 81,8 ans dans le meilleur des cas, 80,3 ans dans le pire.« Dès que les conditions économiques s’améliorent, la mortalité est moins forte chez les hommes, indique le démographe Marc Ferland, de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Québec et l’un des auteurs de l’étude.Chez les femmes, la relation est moins évidente.» Les auteurs de l’étude observent une surmortalité dans les CLSC éloignés des centres urbains et dans ceux dont la clientèle est urbaine et défavorisée.« L’étude a démontré que 10 % des décès qui surviennent annuellement au Québec seraient dus aux inégalités socio-économiques », dit Marc Ferland.On a également constaté qu’une personne vivant en Abitibi-Témiscamingue n’a pas la même espérance de vie que si elle habitait dans la région de Laval ou de la Mauricie.Si on fait exception du Nunavik et de la région crie, où l’espérance de vie est respectivement de 61,5 ans et 71 ans, c’est à Laval que les hommes québécois vivent le plus vieux, soit en moyenne jusqu’à 75,2 ans, et au Saguenay—Lac-Saint-Jean qu’ils meurent le plus jeune, soit à 72,2 ans.La région du nord du Québec est celle où les femmes décèdent le plus jeune, soit à 76,7 ans, alors que dans la région Chaudière-Appalaches, elles peuvent espérer vivre jusqu’à 81,4 ans.(In nouveau président M.Jean-Pascal Souque, un communicateur scientifique de haut calibre, a été élu à la présidence de l'Acfas.M.Souque est le chargé principal de recherche au Centre national sur les affaires et l'enseignement du Conference Board du Canada.De 1987 à 1993, il a été directeur général des programmes publics au Musée national des sciences et de la technologie.Il détient une maîtrise en sciences physiques de l'Université de Paris et a fait ses études doctorales en didactique des sciences à l'Université Laval, à Québec. Actualités Acfas 96 Protection civile Les feux qui font peur aux pompiers Les pompiers sont mal formés, mal informés et parfois mal équipés pour combattre les incendies de produits dangereux.Rien de bien rassurant pour ceux qui travaillent dans les laboratoires.Alerte ! Il fait nuit et le feu est pris dans un laboratoire universitaire ! Les pompiers se rendent rapidement sur les lieux, parcourent les couloirs, localisent le sinistre, mais s’arrêtent, indécis, devant un écriteau qui indique : « Attention, danger, matières radioactives ».Que faire ?Ils l’ignorent, et les gardiens de sécurité eux-mêmes ne savent pas ce qu’il y a derrière la porte.Les pompiers décident alors de laisser le labo brûler.Par chance, l’incendie — un simple feu de poubelle — finit par s’éteindre tout seul ! Cette anecdote, racontée par Gilles Courtemanche, responsable des interventions concernant les matières dangereuses pour le Service des incendies de Montréal, illustre bien l’impuissance des pompiers : les matières dangereuses, les produits toxiques, inflammables et radioactifs, ils ne savent tout simplement pas quoi faire avec cela ! Et cette ignorance, s’inquiète Gilles Courtemanche, les amène parfois à commettre des erreurs qui peuvent avoir de graves conséquences.Il y a 20 ans, les pompiers se contentaient d’éteindre des incendies et d’aller chercher les chats imprudents au sommet des arbres, rappelle-t-il.Mais, aqjourd’hui, leur travail se diversifie à un point tel que, d’ici l’an 2000, seulement 25 % de leurs interventions consisteront à s’acquitter des tâches « traditionnelles ».Les sauvetages nautiques et les interventions mettant en cause des produits chimiques, notamment, prendront de plus en plus d’importance dans l’avenir.Cependant, les pompiers ne sont pas formés pour exécuter ces tâches.À Montréal, par exemple, ils disposent d’équipement dernier cri pour détecter les fuites de gaz, mais ne savent ni comment s’en servir, ni comment l’entretenir ! Ce qui donne lieu à de nombreuses erreurs de jugement.« Même lorsqu’ils savent com- ment manipuler certains outils, dit-il, ils ne sont pas toujours capables d’analyser les résultats.» C’est ainsi que des pompiers se sont rendus à trois reprises sur les lieux d’un présumé sinistre, où les occupants présentaient divers symptômes d’irritation des muqueuses, signe de la présence d’un irritant chimique (probablement une fuite de gaz), mais sans jamais être capables d’identifier correctement le problème ! En fait, c’est lors d’un exercice de simulation que les pompiers ont constaté l’ampleur des dégâts.Il s’agissait de déterminer la direction des vents lors d’un incendie afin de permettre l’évacuation des habitants.Les pompiers ont installé la tour météo, fait les tests, puis comparé leurs résultats avec ceux du centre météorologique d’Environnement Canada, à Dorval.Un désastre.« Les vents allaient exactement dans le sens contraire à ce que nous avions déterminé, explique Gilles Courtemanche.Nous aurions donc évacué les gens dans la mauvaise direction ! » Les pompiers ignoraient que, dans un déclin géographique, les vents soufflent dans la direction opposée aux vents dominants.Dans certains cas, les pompiers ont de la difficulté à prendre des mesures avec leurs instruments.Ils se sont déjà rendus à l’hôpital Saint-Luc pour une urgence causée par une fuite d’acide sulfurique.Pourtant, à plusieurs reprises, leurs instruments n’ont indiqué la présence d’aucune fuite ! Heureusement, ils ont finalement décidé d’évacuer quand même l’endroit sinistré, une décision qui a probablement évité un drame.Il est grand temps, selon Gilles Courtemanche, que les pompiers révisent leur formation, qui est manifestement incomplète en plus d’être « passablement anarchique ».Il suggère que des spécialistes, disponibles jour et nuit, travaillent en collaboration avec les pompiers et les suivent sur les lieux des incendies.Il ajoute que les pompiers se doivent d’obtenir la collaboration des responsables des lieux où se déclare un incendie, notamment pour être prévenus du type de matières dangereuses qu’ils peuvent y rencontrer.Après tout, rappelle-t-il, les pompiers sont des humains et quand ils voient des scientifiques prendre leurs jambes à leur cou devant un baril de produit chimique, ils ont parfois envie d’en faire autant ! (RD.) Québec Science / Juillet-Août 1996 11 Actualités Acfas 96 Santé publique Carie : des dentistes frappent un os Au Québec, il y a trop de dentistes et pas assez de patients, estime un spécialiste de la santé dentaire.?Il est fort probable que le gouvernement du Québec ne rencontre pas les objectifs qu’il s’était fixés il y a quatre ans pour améliorer la santé bucco-dentaire de la population.En fait, il semble que tant que les mentalités ne changeront pas, toutes les intentions, aussi bonnes soient-elles, resteront des vœux pieux.Le gouvernement s’était fixé comme objectifs de réduire les caries de moitié chez les enfants de 6 à 12 ans et de faire passer le taux d’extraction complète des dents de 14 % à 5 % chez les personnes de 35 à 44 ans d’ici l’an 2002.Mais Jean-Marc Brodeur, directeur du réseau de recherche en santé bucco-dentaire du Québec et professeur à la faculté de médecine de rUniversité de Montréal, est réaliste et croit qu’il sera difficile de les atteindre.La difficulté ?La population québécoise n’a pas encore saisi toute l’importance de prévenir les problèmes dentaires.« Le système est axé sur la maladie des individus et non sur leur santé, sur le traitement des symptômes et non sur la prévention », déplore Jean-Marc Brodeur.Selon lui, il est impératif que les dentistes prennent le virage de la prévention.Surtout que ce sont les gens qui ont le plus besoin de traitements dentaires qui ont le moins d’argent pour s’en payer.« Les pauvres, les sidéens, les personnes âgées ou handicapées représentent 30 % de la population, mais requièrent 70 % de tous les soins dentaires », dit-il.Les honneurs de l'Acfas Chaque année, le congrès de l'Acfas souligne le travail exceptionnel de certains chercheurs.Ainsi, neuf scientifiques se sont retrouvés sur le podium de la science québécoise.Le biologiste Edwin Bourget de l'Université Laval a reçu le prix Michel-Jurdant qui souligne des travaux en environnement.M.Bourget a contribué à faire connaître l'écologie du littoral maritime du Saint-Laurent.Le prix Urgel-Archambault en sciences physiques, en mathématiques et en génie a été re- mis à Howard Alper, professeur au département de chimie de l'Université d'Ottawa, qui a participé à la découverte de méthodes pour rendre plus efficace la préparation des agents chimiques entrant dans la composition des anti-inflammatoires et des antibiotiques.Le prix Joseph-Armand-Bombardier, qui souligne une innovation technologique, a été attribué à Gérard Marc-Aurèle, maître mécanicien, et à Michel Deblois, ingénieur.Ils ont mis au point une technique pour réparer de manière simple les tuyaux enfouis sous terre.Le chercheur Domenico Regoli, professeur au département de pharmacologie de l'Université de Montréal, est le lauréat du prix Léo-Pariseau, qui souligne sa contribution en sciences biologiques et en sciences de la santé.En sciences sociales, le prix Marcel-Vincent a été remis à André Blais, professeur titulaire au département de sciences politiques de l'Université de Montréal.Ses préoccupations touchent le comportement bureaucratique, les finances publiques et l'impact politique des médias.Lawrence Kryzanowski, professeur à la faculté de com- Une étude réalisée en 1993 démontre que le nombre de personnes de 35 à 44 ans complètement édentées varie énormément selon leur revenu annuel : 24 % des gens qui ont un salaire de moins de 15 000 dollars par année n’ont plus de dents contre seulement 6 % de ceux qui gagnent plus de 74 000 dollars.Ce pourcentage varie aussi selon le niveau de scolarité, les régions, le sexe (12 % des hommes et 16 % des femmes) et même la langue (16 % des francophones contre 7 % des anglophones québécois).Par contre, si les pauvres ne reçoivent pas tous les soins nécessaires, les riches, eux, en recevraient trop ! En effet, la stagnation de la demande en soins dentaires provoque, depuis quelques années, une exagération des traitements, et Jean-Marc Brodeur estime que le nombre de dentistes pourrait être réduit de moitié au Québec.Il faudrait donc, croit-il, miser sur la prévention et rendre les services dentaires plus accessibles aux gens démunis, mais aussi cesser de banaliser les problèmes dentaires.« Quand on rappelle que 72 % des personnes âgées n’ont plus aucune dent, tout le monde s’en moque ! » (I.H.) merce et d'administration de l'Université Concordia, a reçu le prix Acfas-Caisse de dépôt et placement du Québec.Il s'intéresse depuis longtemps à l'efficacité et à la régulation des marchés financiers ainsi qu'aux stratégies de placement.Enfin, le prix des sciences humaines a été remis à Marc Angenot, qui enseigne au département de langue et littérature françaises à l'Université McGill.Il est l'auteur de nombreux ouvrages qui ont permis de comprendre comment une société se raconte à elle-même à travers, par exemple, le roman populaire.12 Québec Science / Juillet-Août 1996 Actualités Acfas 96 Gérontologie Vieux et heureux de l'être Les gens âgés ont une vie moins difficile qu'on ne le croyait, dit le chercheur Brian Mishara.Ils semblent même avoir pas mal de plaisir.On croyait que beaucoup de Québécois âgés étaient seuls et malheureux.Brian Mishara, directeur du Laboratoire de recherche en écologie humaine et sociale à TUniversité du Québec à Montréal et auteur d’une étude sur les conditions de vie des personnes âgées qui sera publiée cet automne, est arrivé à la conclusion contraire : nos aînés sont non seulement heureux, mais une majorité d’entre eux sont aussi bien entourés ! Réalisée en grande partie avec les résultats de l’enquête de Santé Québec 1992-1993, son étude a mis en évidence plusieurs faits qui vont à l’encontre de l’opinion générale sur les conditions de vie des personnes âgées.Première constatation : les gens âgés représentent, toutes tranches d’âge confondues, le groupe le plus heureux ! D’après l’enquête, 35 % d’entre eux se sentent « très heureux », 58 % « plutôt heureux » et seulement 6 % « pas très heureux ».Le phénomène se confirme lorsqu’on regarde le niveau de détresse psychologique qui, à 15 %, est le plus bas de tous les groupes d’âge.Chez les 75 ans et plus, un quart des personnes se considèrent à l’aise financièrement alors que seiüement 1,2 % croient qu’elles n’ont pas assez d’argent pour vivre.Nos aînés sont également les plus satisfaits de leur vie sociale.Les trois quarts d’entre eux ren- contrent des membres de leur été pour vivre comme aîné ».Tant de bonheur donnerait presque envie de vieillir d’un seul coup ! Le revers de la médaille : on vit plus longtemps qu’aupara-vant mais en moins bonne santé.Ainsi, le temps de vie passé en perte d’autonomie a augmenté au cours des dernières années pour atteindre une moyenne de 10 ans chez les hommes et de 13 ans chez les femmes.Autre indicateur inquiétant : les personnes âgées consomment de plus en plus de médicaments et, en particulier, de psychotropes.Faut-il voir là la raison de leur bonheur ?C’est ce que tentera de déterminer Brian Mishara au cours des prochains mois.(V.B.) K famille ou des amis au moins une fois par semaine, et le rythme des rencontres ne diminue pas avec l’âge.Le pourcentage de personnes âgées qui se disent « très satisfaites de leur vie sociale » a même augmenté entre 1987 et 1993, passant de 34,8 % à 40,7 %.Les aînés surpassent aussi toutes les autres tranches d’âge en terme de soutien social, puisque les trois quarts d’entre eux peuvent compter sur l’affection profonde d’au moins trois personnes.« Les aînés d’aujourd’hui ont eu beaucoup d’enfants.Ils constituent un soutien social important sur lequel les futures générations d’aînés ne pourront plus compter à cause de la baisse du taux de natalité », précise le chercheur, également directeur du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie.Brian Mishara ajoute que la situation générale des personnes âgées s’est améliorée entre les enquêtes de 1987 et 1993 et que « notre époque est peut-être la meilleure qui ait jamais APPEL DE CANDIDATURES POUR LE PRIX DU FONDS FCAR POUR L'ESSOR DE LA RECHERCHE AU QUÉBEC Le Fonds FCAR offre ce prix bisannuel à une personne s'étant impliquée de façon remarquable dans le développement de la recherche au Québec.LES CRITÈRES DE CANDIDATURE SONT: • avoir démontré une participation active à l'élaboration de politiques favorisant l'essor de la recherche québécoise; • avoir contribué de façon importante à la promotion de la recherche; • être résident québécois; • les membres votants actuels du conseil d'administration du Fonds FCAR sont exclus.La date limite pour présenter une nomination au Secrétariat général du Fonds FCAR est le 1er novembre 1996.Le Fonds FCAR est un organisme autonome gui relève de la ministre de rÉducation.Son mandat est de promouvoir et d'aider financièrement la recnerche, sa diffusion et la formation de cnercneurs.Fonds pour la Formation de Chercheurs et l'Aide à la Recherche 140, Grande-Allée Est, bureau 450 Québec (Québec) GIR 5M8 Tél.: (418) 643-8560 Téléc.: (418) 643-1451 courrier élec.: info@fcar.qc.ca Québec Science / Juillet-Août 1996 13 Actualités Acfas 96 Pédagogie La chimie est bonne sur Internet Le réseau Internet est un excellent outil pédagogique, a constaté un professeur de l'Université Laval.Gérard Charlet, professeur de chimie à l’Université Laval, a commencé à utiliser Internet en classe pour donner un cours de thermodynamique aux étudiants de première année de baccalauréat.À la prochaine rentrée, il compte se servir régulièrement de cet outil.Les étudiants pourront revoir leurs cours sur le site Web du département de chimie, accéder à des exercices interactifs et parcourir les liens que leur propose le professeur.« L’apprentissage tradition- nel par matière et l’enseignement séquentiel amènent l’étudiant à considérer la connaissance scientifique comme un assemblage de blocs indépendants, contenant eux-mêmes des concepts juxtaposés, explique Gérard Charlet.Internet et le langage hypertexte permettent de créer des liens entre ces tiroirs qui s’ignorent, en yàuQyQE, montrant qu’un même concept est souvent rencontré en de nombreux endroits de l’édifice scientifique et en illustrant les relations entre les diverses disciplines.» En reliant des concepts abordés dans un même cours, mais à des moments différents, ou dans d’autres cours par différents professeurs, les liens hypertextes aident les étudiants à y voir plus clair.Par exemple, Gérard Charlet leur propose, à partir d’une leçon sur le cycle de Carnot, d’accéder à de l’information sur le physicien Sadi Carnot, sur la thermodynamique des phénomènes biologiques et sur l’industrie métallurgique.« Même si, pour l’instant, on ne peut pas envisager d’examens sur Internet, dit-il, les étudiants d’aujourd’hui seront les “profs Internet” de demain, et il est important de les familiariser avec ce nouvel outil d’enseignement.» (V.B.) CONGRES DE L'ACELF ,r.,„ i'll» lull Association canadienne d'éducation de langue française 268, rue Marie-de-l’lncarnation Québec (Québec) G1l\l 3G4 Téléphone : (418) 681-4661 Télécopieur : (418) 681-3389 Courrier électronique : informat@acelf.ca 14 Québec Science/Juillet-Août 1996 L’éducation en français, une clé pour le monde du travail Quels sont les besoins de formation des jeunes francophones?La qualité de la langue française fait-elle toujours partie des critères d’excellence exigés par les employeurs au Canada?Pour en discuter, l’Association canadienne d’éducation de langue française réunira à Regina des intervenantes et des intervenants du monde de l’éducation, du marché du travail, et des organismes de jeunes aussi.Ensemble, nous tenterons de mettre en lumière les enjeux et défis de l’éducation de langue française — et les moyens pour en assurer la qualité.Les défis de l’éducation de langue française vous intéressent?Le 49e Congrès de l’ACELF vous propose une tribune unique pour faire connaître votre vision de l’avenir.pitiÜK lri>.du 8 au 10 août 1996 Regina, Saskatchewan iaiL Consultez les détails du Congrès au site Internet de l’ACELF : http://www.acelf.ca "H DitsMid uatK* I •«irJ .I C (ironique PAR JEAN-HUGUES n erne ROY* hugo@lantBr.net Actualités Problem*! d'identité æjtsltt I enilstti-tettiii I dHlt® idWip Éowk, Msili I ptdæjbl Ktlal I isiiil Nouvelles technologies, même vieux débat : comment permettre l'échange d'informations sur les inforoutes sans violer la vie privée des citoyens ni ralentir inutilement le trafic ?Dans le monde parfait des réclames de l’inforoute Bell, les clients ont leur dossier médical à la portée de la main et les jeunes d’âge scolaire, un accès illimité aux grandes banques de données.Mais où conserver son dossier médical en sécurité ?Et comment payerons-nous les services auxquels nous aurons accès ?Il est question d’utOiser plusieurs cartes à puce différentes.Par exemple, une pour le dossier médical et une autre pour faire des transactions sur Internet ou sur les inforoutes qu’on promet de bâtir.Mais le Secrétariat à l’autoroute de l’information (SAI), un organisme gouvernemental qui vient de rendre public le document Stratégie de mise en œuvre de l’autoroute de l’information au Québec, propose plutôt l’implantation d’une seule carte à puce pour tous.Cette carte, suggère-t-on, devrait contenir ce qu’on appelle une signature électronique, c’est-à-dire une preuve de notre identité.Le SAI compte d’ailleurs tenir un débat public sur le sujet d’ici septembre 1996.En fait, cet automne, on va beaucoup parler de vie privée puisque la Commission d’accès à l’information tiendra égale- ment des audiences publiques sur la question des identificateurs personnels.Le Québec est d’ailleurs la première province canadienne où de tels débats auront lieu.Cela dit, la tendance à l’établissement de cartes à signature électronique est universelle.L’objectif est de parvenir à s’entendre sur des standards pancanadiens ou internationaux qui permettront, par exemple, à un médecin mexicain de lire sans difficulté le dossier médical d’un Québécois victime de la « tourista « à Acapulco.« Ces cartes ont le potentiel d’augmenter le contrôle des bureaucrates sur- les citoyens », s’inquiète cependant Pierrot Péladeau, éditeur des Privacy Files, un bulletin mensuel d’information sur l’informatique et la protection de la vie privée.Selon lui, le principe d’un identificateur unique, donc d’une seule signature électronique pour établir notre identité, permettra à l’État ou à l’entreprise privée « d’échanger trop facilement des données dans notre dos ».Sauf que les citoyens n’auront pas le choix, croit Jean-Pierre Delwasse, responsable des questions de stratégies techniques et d’infrastructures au SAI : un jour ou l’autre, ils devront accepter de s’identifier pour utiliser les inforoutes.Mais il croit que, pour des raisons de sécurité, on ne choisira pas la stratégie de la carte unique.« Par exemple, il est loin d’être évident que les services de santé, qui contiennent des informations très “sensibles”, seront jumelés aux autres services gouvernementaux.» Il ajoute que ces cartes à puce ne seraient pas obligatoires puisque, à moyen terme, ce ne sont pas tous les Québécois qui auront accès à une inforoute.Entre-temps, l’« inforoutisa-tion » du monde s’accélère.Les entreprises et les gouvernements ont déjà informatisé la plupart des renseignements CyberRessources Stratégie de mise en œuvre de l’autoroute de l’information au Québec www.gouv.qc.ca/trancais/ minorg/sai/orientat/stratpre.html Résumés des Privacy Files Écrivez à privacy.files@progesta.com et inscrivez dans le corps du message « Ajouter mon nom à la liste » suivi de votre nom.qu’ils détiennent sur nous, et ces données transitent par modem ou sont échangées à travers différents réseaux—de petites inforoutes en circuit fermé, en somme — qui, tôt ou tard, seront reliés.Il faudra donc éventuellement être branché et posséder l’une de ces cartes à signature électronique.Mais tandis que Pierrot Péladeau craint que tout cela nous transporte au pays de Big Brother, Jean-Pierre Delwasse estime que le Québec est encore un des endroits au monde où les renseignements personnels sont les mieux protégés.Nos lois vont s’appliquer dans le cyberespace, dit-il, carte à signature électronique ou pas.Paradoxalement, ces cartes pourraient même garantir un plus haut degré de vie privée aux citoyens.Avec un système contenant des identificateurs multiples, précise l’éditeur des Privacy Files, il serait possible d’utiliser une signature spécifique pour chaque correspondant, Hydro-Québec ou une banque, par exemple.Avec ce système, une banque aurait besoin de votre consentement pour colliger des renseignements de crédit auprès de chacune des institutions avec lesquelles vous avez transigé.D’une façon ou d’une autre, le débat de cet automne risque d’être déterminant.Car si, d’un point de vue gouvernemental ou industriel, ces cartes paraissent essentielles, « du point de vue du citoyen, souligne Pierrot Péladeau, rien n’indique qu’on doive se presser pour prendre les bonnes décisions ».# Québec Science / Juillet-Août 1996 15 Actualités Nouvelles brèves par Pedro Rodrigue ¦ Communication Dans le sillon de Fernand Seguin C’est un jeune bibliothécaire de Montréal, Philippe Chartier, qui a reçu cette année le prix Fernand-Seguin.Cette bourse de 12 000 dollars lui permettra de peaufiner son talent de vulgarisateur scientifique dans le monde des médias, car elle est assortie d’un stage de 6 mois dans des entreprises de presse.Le texte qu’il avait soumis au juiy portait sur la vie artificielle.« L’étude de la vie est de moins en moins une question de matière physique et de processus chimiques, écrit-il, mais plutôt une question d’information, de bits et d’algorithmes.» Attention, les biologistes ! La bourse Fernand-Seguin est une initiative de l’Association des communicateurs scientifiques et de la Société Radio-Canada, qui reçoit le soutien financier du ministère de la Culture et des Communications du Québec et de Merck Frosst Canada.Québec Science est également un des partenaires et commanditaires du concours.¦ Neurologie Finis les tremblements Le neurochirurgien William Koller, de l’Université du Missouri à Kansas City, vient de mettre au point une ingénieuse technique pour venir en aide aux gens atteints de la maladie de Parkinson.En implantant une minuscule électrode dans le cerveau de ses patients, ce chercheur est parvenu à stopper de manière spectaculaire les tremblements involontaires qui caractérisent la maladie.Lorsqu’elle est activée par un générateur d’impulsions calibré en fonction du malade, l’électrode fournit un faible courant électrique qui permet au cerveau de stabiliser l’influx nerveux servant à commander les mouvements musculaires.Ce sont des neu- rotransmetteurs tels que l’acétylcholine et la dopamine qui jouent normalement ce rôle chez les personnes bien portantes.La maladie de Parkinson, tout comme celle d’Alzheimer, altère la chimie du cerveau et diminue la sécrétion des neurotransmetteurs, ce qui entrave la circulation de l’influx nerveux.Si la technique mise au point par William Koller ne guérit pas la maladie, elle fait tout de même disparaître presque entièrement son plus gênant symptôme.¦ Anatomie Le cœur à l'ouvrage Fa ü C’est connu : les Texans ont le cœur sur la main.Le neurochirurgien à la retraite Roy Selby enseigne l’anatomie au Collège universitaire du Texarkana.Comme son budget d’acquisition de spécimens n’est pas très élevé, ses étudiants manquent parfois d’organes « frais » pour s’exercer au scalpel.« Qu’à cela ne tienne ! » s’est exclamé un jour le généreux professeur en extirpant de son porte-documents un bol de Tupperware.Le bol contenait un cœur presque palpitant — le sien — qu’il a aussitôt offert, aux fins de dissection, à ses étudiants perplexes.S’étant fait greffer récemment un cœur neuf, le praticien retraité, qui n’a pas pour autant perdu son sens pratique, a tout simplement récupéré le vieux afin de l’immoler sur l’autel de la science ! Louise Brown, le premier bébé éprouvette de l'histoire né en juillet 1978, vient d'atteindre l'âge de la majorité.À l'époque, les chercheurs avaient réussi à prélever les ovules de la mère puis à les faire féconder in vitro par le sperme de l'époux.Ils avaient ensuite réimplanté un ovule chez la mère.Aujourd'hui, les naissances issues de fécondation in vitro sont loin d'être exceptionnelles : au Canada, en 1991, près de 3 400 couples ont eu recours à un programme d'insémination assistée.(R-f~) 16 Québec Science/Juillet-Août 1996 ¦ Génétique En noir et bleu Les autorités américaines de la santé s'intéressent aux gènes des Saguenéens : le National Institute of Health des États-Unis a octroyé 1,6 million de dollars US à un groupe de chercheurs de l'Hô-tel-Dieu de Montréal afin qu'ils débusquent les gènes susceptibles de provoquer l'hypertension chez les « Bleuets ».Cette subvention a été attribuée dans le cadre d'une vaste enquête comparative entre les Saguenéens et.les Afro-américains de Milwaukee ! « Les deux populations sont très différentes, mais elles ont aussi des caractéristiques similaires », explique le docteur Pavel Hamet, directeur du Centre de recherche de l'Hôtel-Dieu de Montréal et responsable du projet au Québec.Il ajoute qu'en raison des particularités génétiques de la population locale — 300 personnes ont migré de Charlevoix pour le Saguenay et y ont formé une population de 300 000 habitants —• la région présente un potentiel de recherche extraordinaire.Ainsi, bien que les Saguenéens ne soient pas plus malades que les autres Québécois, les causes de leurs maladies sont moins nombreuses, ce qui facilite grandement la recherche génétique.Le choix de cette région est aussi dû à ses familles nombreuses, à la présence d'une clinique de lipides à Chicoutimi et, surtout, au fichier informatique BALZAC, qui compile les naissances, les mariages et les décès d'un demi-million de Saguenéens.Surnommée « the silent killer » par nos voisins du sud, l'hypertension fait par ailleurs beaucoup de victimes parmi les Afro-américains.Le taux d'incidence des maladies reliées à l'hypertension chez cette population est de 50 % plus élevé que chez les Blancs.Du côté américain, la recherche, échelonnée sur 5 ans et menée par le Medical College of Wisconsin, coûtera 8,2 millions de dollars US.Isabelle Hachey « I ¦ S ; - a« I I ! '¦ Pourquoi eui « pus nous ! N'est pas athlète qui veut, mais seulement qui peut.par Claude Forand Vous rêvez de courir le 100 mètres en 10 secondes ou de boucler le Marathon de Montréal en un peu plus de 2 heures.Pour y arriver, vous avez donné le maximum : des mois d’entraînement Spartiate, une diète sévère et une préparation mentale à toute épreuve.Bref, vous croyez n’avoir rien laissé au hasard.Sauf, peut-être, l’hérédité.Au fond, êtes-vous vraiment taillé pour accomplir un exploit sportif ?On s’interroge de plus en plus sur le rôle que joue le bagage génétique dans les performances d’un athlète.Si on doute toujours de l’existence d’un gène spécifique ayant un effet majeur en ce sens, il est possible en revanche que plusieurs gènes soient en cause.« Un athlète qui court le marathon doit posséder un cœur gigantesque, beaucoup de mitochondries et des poumons en mesure d’extraire le volume d’oxygène néces- On s'interroge de plus en plus sur le rôle que joue le bagage génétique dans les performances d'un athlète.saire pour ce type d’exercice, explique le physiologiste Jean-Aimé Simoneau, du Groupe de recherche en biologie de l’activité physique (GRBAP) de l’Université Laval.C’est un phénomène multiorgane et il semble clair que plusieurs gènes sont impliqués.» Un bagage héréditaire serait donc responsable de la performance des muscles, des poumons ou du cœur d’un individu lors d’épreuves de longue durée.Encore aujourd’hui, la meilleure façon de détecter le talent d’un athlète, un coureur par exemple, consiste tout simplement à l’amener au bloc de départ et à le faire courir ! Puis, on tente de sélectionner les individus les plus prometteurs en fonction de différents critères : taille, poids, potentiel métabolique intracellulaire, type de fibres musculaires, pourcentage de tissus graisseux et autres.Certains de ces paramètres d’ordre génétique sont déjà bien connus.« On sait que la consommation maximale d’oxygène d’un marathonien est de 75 ml/kg (celle d’une personne sédentaire est d’environ 35 ml/kg) et que cette capacité ne peut être attribuable uniquement à l’entraînement », explique Jean-Aimé Simoneau.On s’intéresse également beaucoup aux fibres musculaires.Nos muscles comportent deux catégories de fibres, les fibres à contraction rapide et celles à contraction Québec Science / Juillet-Août 1996 17 lente.Là encore, les chercheurs soupçonnent que des gènes sont en cause, puisque des études sur des animaux ont démontré que la génétique pouvait influencer la fabrication de protéines impliquées dans la performance de courte ou de longue durée.Ainsi, si vous rêvez de talonner un jour Bruny Surin lors des épreuves de sprint, mieux vaut posséder des fibres à contraction (ultra !) rapide.Ces fibres sont dotées de protéines qui dégradent rapidement les substrats énergétiques, produisant ainsi plus de puissance à court terme.Les fibres à contraction lente, en contrepartie, possèdent un grand nombre de mitochondries et brûlent plus lentement leur carburant.Elles conviennent donc mieux aux efforts prolongés, comme lors d’un marathon.culaires exceptionnelles pour les épreuves de courte durée.Mais, pour l’instant, la seule méthode efficace pour découvrir des talents reste celle, bien connue, de l’essai/erreur.Ainsi, en Russie et à Cuba, on pratique encore ce qu’on appelle le dépistage de masse des athlètes.Une méthode pas très populaire chez nous, mais qui a fait ses preuves là-bas.Elle consiste essentiellement à soumettre les jeunes à une foule d’activités sportives, à retenir les meilleurs talents naturels, puis à mesurer leurs capacités physiologique, morphologique, anthropométrique et psychologique.Le travail à la chaîne, quoi ! Au-delà des prédispositions « naturelles » d’un individu, l’entraînement joue un Bi^rsiæ Évidemment, le type de fibres musculaires n’explique pas tout.L’athlète doit aussi avoir le physique général de l’emploi.Les caractéristiques anthropométriques et physiologiques demeurent importantes, fait remarquer le kinésithérapeute Duncan MacDougall, de l’Université McMaster, à Hamilton.« Un athlète avec les fibres musculaires d’un marathonien mais un gabarit trapu et un cœur peu volumineux ne pourra jamais réussir dans cette discipline », précise-t-il.Ie rêve de tout entraîneur reste de savoir, dès le départ, à qui il a affaire.Ainsi, s’il était possible de détecter dès la naissance — comme c’est le cas pour certaines maladies génétiques — la présence dans les gènes d’un fort pourcentage de fibres à contraction rapide, on saurait que cet individu aura très probablement à l’adolescence des qualités mus- 18 Québec Science / Juillet-Août 1996 4* 4 Le rêve de tout entraîneur reste évidemment de savoir, dès le départ, à qui il a affaire.rôle majeur.« L’entraînement tente d’amener l’athlète au sommet de sa courbe de performance, soit tout juste avant le seuil du surentraînement, indique le physiologiste François Péronnet, du département d’éducation physique de l’Université de Montréal.Si l’athlète n’y parvient pas, son potentiel ne sera pas pleinement exploité, et s’il excède cette courbe, sa performance va diminuer.» Les méthodes d’entraînement varient énormément selon les activités et souvent à l’intérieur d’une même discipline.Prenons la technique de « l’affûtage ».On sait qu’un athlète au repos forcé pendant quelques jours a habituellement de meilleures performances par la suite.L’af- fûtage consiste donc, par exemple, à diminuer l’intensité de l’entraînement durant la semaine précédant la compétition dans l’espoir d’obtenir une performance exceptionnelle lors de l’épreuve.« D’un point de vue biochimique, ce repos facilite le processus d’adaptation de l’organisme : synthèse des protéines, augmentation des enzymes et du volume musculaire de l’athlète », précise Duncan MacDougall.Les entraîneurs ne justifient pas nécessairement une telle pratique de façon rationnelle, mais procèdent plutôt à un savant dosage entre les bonnes vieilles recettes et l’expérience acquise pour répartir la charge et le volume de travail de l’athlète.I* entraînement en altitude est une autre méthode en vogue.Certains estiment qu’un athlète de longue distance qui s’entraîne à plus de 700 mètres peut augmenter de façon notable son taux d’hémoglobine.L’hémoglobine joue un rôle essentiel dans le transport de l’oxygène vers les tissus, et on a constaté qu’en altitude l’organisme fabrique plus de cellules sanguines et augmente son taux d’hémoglobine.« C’est une façon légale de tricher, comparable au dopage sanguin.Cela permet d’augmenter de 5 % la capacité de l’organisme », estime Norm Glenhill, directeur du Laboratoire de la performance humaine à l’Université York, à Toronto, et ex-entraîneur sportif.Selon lui, 5 %,, c’est « énorme » ! « Une amélioration de la performance d’à peine un ou deux pour cent peut faire la différence entre une première et une cinquième place au fil d’arrivée », rappelle-t-il.La préparation mentale d’un athlète a également un effet sur son classement final.« Les problèmes de concentration, de confiance en soi et d’incapacité à maîtriser le stress sont très fréquents chez les athlètes, indique Gretchen Kerr, psychologue du sport à l’Université de Toronto.Tout athlète a une certaine volonté de gagner, mais quand cette tension n’est pas maîtrisée, elle entraîne une rigidité musculaire nuisible à sa performance.Les athlètes qui contrôlent bien l’aspect mental de la compétition sont souvent ceux qui y ont travaillé pendant des années.» Et l’entraîneur dans tout ça ?Le physiologiste François Péronnet a tendance à lui accorder un rôle limité.« Je ne dis pas que le rôle de l’entraîneur n’est pas important, se défend-il, mais si un athlète est véritablement doué — si c’est un Cari Lewis, par exemple —, c’est certain qu’il va réussir.» En fait, constate-t-il, « c’est souvent l’athlète qui fait l’entraîneur ! » • Contrôle antidopage Itui lit (tulistes La lutte au dopage sportif est faite de victoires et de reculs.Aux Jeux d'Atlanta, ce sera plus difficile que jamais de dépister les tricheurs.par Michaël Constantin \ A Atlanta, les Jeux ne se dérouleront pas seulement dans l’arène olympique : la compétition sera également très dure dans les laboratoires antidopage du CIO.Des scientifiques armés d’instruments de détection sophistiqués et des athlètes rompus à toutes les subtilités de la pharmacopée moderne s'affronteront.Les plus futés se sauveront avec des médailles, les autres payeront pour leur ignorance.Et tans pis pour l’idéal olympique.C’est durant les Jeux de 1972 qu’on a compris pour la première fois que le dopage était devenu un véritable problème.Mais, depuis l’affaire Ben Johnson, la guérilla entre dopés et policiers du sport n’a pas cessé de s’intensifier.Johnson — bien malgré lui — a envoyé un message très clair aux tricheurs : seuls les plus rusés survivront ! Et ce message, les principaux intéressés Font parfaitement compris.Aujourd’hui, on prescrit aux athlètes des substances tellement semblables à celles produites naturellement par leur corps qu’elles sont pratiquement indétectables.D’autres disparaissent du système sans laisser de trace en un temps record, soit à peine 24 heures.En tout, la liste des substances bannies par le CIO comprend maintenant près de 200 noms ! Pour limiter les abus, la CIO dépêche ses meilleurs soldats au front.Cet été, c’est l’Institut de biochimie de la Sporthoch-schule (École supérieure de sport) de Cologne, en Allemagne, qui dirigera les opérations.L’Institut était aux Jeux d’hiver de Lillehammer, en 1994, et fait partie de l’élite mondiale des labos antidopage.Selon son directeur, le biochimiste Wilhelm Schànzer, c’est également le seul à pouvoir utiliser sur une base quotidienne et intensive le nec plus ultra en matière de détection : le spectromètre de masse à haute résolution.• 'mm Il semble que chaque fois qu'une drogue est identifiée par une méthode de dépistage, il en apparaît une, deux ou trois autres nouvelles sur le marché noir.Une course sans fin où les tricheurs ont toujours une longueur d'avance.Les Allemands misent beaucoup sur cet appareil qui n’est pas nouveau en soi, mais qu’ils ont adapté à ce travail spécifique.Alors que les anciennes méthodes permettaient de remonter dans le temps jusqu’à une semaine seulement, le spectromètre peut détecter des traces de drogues absorbées trois, voire quatre semaines auparavant.Fabriqués à Bremen, en Allemagne, les trois appareils qu’on utilisera à Atlanta — 500 000 dollars pièce ! — analyseront jusqu’à 60 échantillons par jour, soit environ 2 000 analyses d’urine pendant toute la durée des Jeux.Au total, l’équivalent d’un athlète sur cinq sera testé.Est-ce suffisant ?Réaliste, le biochimiste admet « que la plupart des athlètes auront cessé à temps de consommer des drogues » et que « peu d’entre eux se feront prendre ».Quant à ceux qui échoueront le test, il s’agira souvent « d’athlètes sans expérience ou mal conseillés ».Wilhelm Schànzer s’intéresse tout particulièrement à la détection des stéroïdes anabolisants qu’il considère comme le problème numéro 1 du sport amateur depuis une vingtaine d’années.« Les deux tiers des athlètes qui ont échoué aux tests antidopage durant cette période avaient pris des stéroïdes anabolisants », dit-il.Utilisés « intelligemment », les stéroïdes anabolisants sont très difficiles à détecter.En effet, si l’athlète arrête d’en consommer au bon moment avant les compétitions, toute trace de la drogue aura disparu de son organisme.« Les athlètes les plus malins utilisent des préparations orales plutôt que des injections, explique-t-il.La drogue passe par l’estomac et l’intestin, elle est ensuite absorbée par le système circulatoire et éliminée plus rapidement.» D’autres ont recours à des drogues comme la DHT (dihydrostérone), une forme concentrée de testostérone commercialisée un peu partout dans le monde sous forme de gel.Ce produit, peu coûteux, est mêlé à de la crème de massage ou à de l’alcool et appliqué deux fois par jour directement sur le thorax, les épaules et les bras.La DHT est très efficace, mais son effet est de courte durée.En contrepartie, la substance disparaît de l’organisme en seulement deux jours ! Six des dix-neuf nageuses chinoises bâties comme des culturistes mâles — mâchoires carrées et poitrines de lutteurs — qui ont échoué aux tests antidopage depuis 1992 avaient utilisé cette drogue.Québec Science/Juillet-Août 1996 19 À Atlanta, on analysera environ 2 OOO échantillons d'urine pendant toute la durée des Jeux.Au total, l'équivalent d'un athlète sur cinq sera testé.Néanmoins, selon Wilhelm Schànzer, les nouvelles avenues de recherche concernent moins les stéroïdes eux-mêmes que les métabolites de la drogue, c’est-à-dire les substances formées dans le corps humain à la suite de leur ingestion.En identifiant les métabolites excrétés durant une longue période, on espère pouvoir identifier les athlètes qui se droguent même si les traces de la drogue elle-même ont disparu.Pour vérifier leurs thèses, et parce qu’ils ne peuvent tester leurs méthodes sur des cobayes humains, les chercheurs de Cologne ont choisi d’absorber eux-mêmes des doses de stéroïdes ! « Mais seulement une ou deux fois par année, s’empresse d’ajouter le docteur Schànzer.De plus, les effets secondaires sont très faibles ! » Puis, les chercheurs analysent leur urine durant plusieurs semaines, parfois jusqu’à trois mois après l’absorption de la dose.« On cherche à découvrir la structure des différents métabolites, explique Wilhelm Schànzer.Pour certains types de stéroïdes, comme la métandiénone, on peut trouver jusqu’à 40 métabolites.Au début, ils ont des structures similaires, puis ils évoluent.Certains apparaissent après quelques jours en forte concentration et disparaissent ensuite, alors que d’autres ne se présentent que beaucoup plus tard et seulement pendant une courte période.» Par la suite, les diverses phases des métabolites peuvent être comparées à celles obtenues à partir d’un échantillon d’urine d’un athlète ayant utilisé le même stéroïde.Grâce à cette méthode, on espère pouvoir identifier clairement les modèles d’évolution des métabolites d’un type de stéroïde et ainsi prouver son utilisation bien après la disparition complète de la drogue du corps de l’athlète.ependant, chaque type de substance pose un défi particulier.Certaines hormones peptides, par exemple, ont pour effet de stimuler la production de testostérone.Dans ce cas, comment savoir si le taux de testostérone mesuré chez un athlète est normal ou anormal ?Grâce à l’épitostérone, une autre hormone.Normalement, les taux de testostérone et d’épitostérone sont à peu près équivalents.Or, le comité médical du CIO a établi que lorsque le niveau de testosté- rone est six fois plus élevé que son vis-à-vis, il y avait dopage.C’est d’ailleurs ce test qui a conduit au bannissement à vie de Ben Johnson.n fait, chaque époque a sa drogue de prédilection.Encore tout récemment, la DHT occupait le haut du pavé.Maintenant, grâce à l’identification des métabolites de la DHT, on est capable, dans une certaine mesure, de prouver son utilisation.Par contre, certains endocrinologues estiment qu’il existe déjà une vingtaine de stéroïdes similaires à la DHT encore impossibles à détecter.Un pas en avant, deux en arrière ! Dernièrement, une hormone peptide, TIGF-1, d’abord introduite dans le monde du culturisme, a fait la manchette des journaux allemands.On sait que 1TGF-1 est disponible aux États-Unis et en Allemagne et qu’elle est produite en Australie, au Mexique, en Amérique et en Lituanie.Un endocrinologue munichois, Christian Strasburger, a dit de ce produit que « c’est l’équivalent d’ajouter de la dynamite aux cellules des muscles ».Le problème pour les laboratoires, c’est que 1TGF-1 se retrouve aussi à l’état naturel dans le corps, mais qu’on n’a actuellement aucune statistique sur les quantités produites normalement.Bref, on ne peut se fier sur aucune comparaison pour le dépistage.Un véritable pique-nique pour les tricheurs ! L’érythropoiétine, ou EPO, est une autre hormone très populaire.Elle a remplacé la technique de dopage par ajout de sang.Auparavant, l’athlète conservait une dose de son propre sang qu’il se réinjectait juste avant la compétition, l’ajout de globules rouges ayant pour effet d’oxygéner le sang et d’augmenter sa résistance.Maintenant, ce n’est plus nécessaire : FEPO, également présente dans le corps à l’état naturel, stimule la production de globules rouges et est à peu près indétectable (d’ailleurs, à Atlanta, l’équipement disponible ne permettra pas de détecter 1TGF-1 et l’EPO).Il semble que chaque fois qu’une drogue peut être identifiée par une méthode de dépistage, il en apparaît une, deux ou trois autres nouvelles sur le marché noir.Une course sans fin ou la science se bat contre la science, et où les tricheurs ont toujours une longueur d’avance.20 Québec Science / Juillet-Août 1996 Les six familles de drogues bannies Les stimulants agissent directement sur le système nerveux et donnent un coup de fouet à l'athlète qui se sent plus alerte, plus agressif et plus combatif.Entre 50 et 100 types de stimulants sont utilisés par les athlètes, dont la cocaïne et les amphétamines.Le plus populaire est l'éphédrine, que l'on retrouve dans plusieurs médicaments contre le rhume.Les stimulants sont facilement détectables puisqu'ils doivent être absorbés juste avant la compétition et qu'ils demeurent dans le système pendant environ deux jours.Les narcotiques et les analgésiques ne sont pas tellement populaires.Cette famille de drogues comprend, par exemple, la morphine et l'héroïne, qui combattent la douleur et provoquent un effet euphorisant, mais qui sont également très dangereuses.Plusieurs analgésiques peuvent toutefois soulager l'athlète sans mettre sa santé en danger.Les stéroïdes anabolisants sont, de loin, la catégorie de drogues la plus populaire chez les athlètes.Ils comprennent la testostérone (l'hormone mâle) et ses dérivés.Utilisés durant l'entraînement et associés à une diète riche en protéines, les stéroïdes anabolisants font augmenter la masse musculaire et la puissance.Ils sont utilisés dans toutes les disciplines pour lesquelles la force est un facteur déterminant : athlétisme, natation, cyclisme, etc.Les effets secondaires chez l'homme sont souvent très graves : dérèglement du rein et du foie, inflammation de la prostate et infertilité.Chez la femme, ils provoquent la masculinisation, l'arrêt des menstruations et du fonctionnement ovarien, la calvitie et l'acné.On soupçonne également les stéroïdes de causer des problèmes cardiaques, des embolies au cerveau, et même le cancer.Conçus pour réduire la pression artérielle et le rythme cardiaque, les bêtabloquants ont un effet calmant qui peut être bénéfique dans certaines disciplines, comme le tir, le tir à l'arc, le patinage artistique et le ski.Les diurétiques ont deux effets.En stimulant l'excrétion d'urine, ils font rapidement baisser la concentration de drogues dans le système.Ils peuvent également aider les athlètes de certaines disciplines a perdre rapidement du poids afin de descendre de « classe ».Ainsi, un boxeur ou un haltérophile peut se retrouver dans une classe inférieure à celle où il aurait normalement dû être classé.Les hormones peptides sont des substances que l'on trouve naturellement dans le corps humain.Elles peuvent stimuler la production d'autres hormones, comme la testostérone, et comprennent les hormones de croissance.IGF-1, une des nouvelles drogues sur le marché, fait partie de cette catégorie.* Québec Science/Juillet-Août 1996 21 Christiane Ayotte, chimiste li (lusse mi tridieors fjilemî iMjieii!1 U:to litres L'an dernier, la chimiste québécoise Christiane Ayotte était responsable de l'accréditation des laboratoires membres du CIO (Comité international olympique).Elle est maintenant à la tête de la commission antidopage de la Fédération internationale d'athlétisme amateur.Deux postes privilégiés pour observer les coulisses du sport amateur et du grand cirque olympique.Québec Science l'a rencontrée à l'INRS, où elle dirige le laboratoire antidopage.par Normand Grondin .Québec Science : Depuis un an, l'équipe féminine de natation chinoise, dont plusieurs membres ont échoué aux tests de dépistage, est très critiquée.Les Américains sont particulièrement durs à son égard : ils demandent que les nageuses soit exclues des Jeux et parlent du « scandale sportif du siècle ».Ont-ils raison ?Christiane Ayotte : Les nageuses chinoises qu’on a vues ces dernières années en compétition ressemblent physiquement à s’y méprendre aux nageuses est-allemandes des Jeux de 1976.D’ailleurs, si on avait testé les Allemandes à cette époque, la plupart auraient probablement été positives ! C’est le système est-allemand qui a été reproduit en Chine.Sauf qu’avec la qualité actuelle du dépistage des anabolisants, les nageuses ne peuvent plus s’en tirer aussi facilement.Et c’est très bien ainsi.Si on peut comprendre que les fédérations de natation sont sur les dents, l’attitude des Américains est également discutable.J’ai témoigné récemment dans une cause impliquant une nageuse d’élite amé- Christiane Ayotte, directrice du laboratoire antidopage de l'INRS-Santé : « Dans certains pays, les laboratoires testent des produits sur les athlètes pour déterminer le temps qu'il leur faut pour les éliminer ! En fait, on les prépare à contourner les contrôles antidopage.» ricaine de 15 ans, Jessica Foschi.Elle a été trouvée coupable d’avoir utilisé des anabolisants, mais ses avocats ont réussi à lui obtenir une simple sentence suspendue.Pour une infraction aussi grave que celle-là, c’est un véritable scandale ! D’ailleurs, ces histoires d’athlètes d’élite qui ont les moyens de contester les résultats des tests antidopage me lèvent le cœur.Dans certains pays, chaque fois qu’un athlète obtient un test positif, on découvre comme par hasard qu’il utilisait sans le savoir une crème pour les cheveux anabolisante ou qu’il était traité pour un cancer diagnostiqué six mois plus tôt, ou n’importe quoi d’autre pour le sortir du trouble ! Q.S.: Vous dites que le dépistage est de plus en plus raffiné et efficace, mais il est ««ai* I »»% "'tel *ia|| 22 Québec Science / Juillet-Août 1996 également plus coûteux.Qui a les moyens de se payer un pareil luxe ?CA.: Certainement pas tout le monde ! Dans toute l’Afrique, il n’y a qu’un seul laboratoire, celui de l’Afrique du Sud, et il n’y en a aucun en Amérique centrale, ni en Amérique du Sud et en Inde.De plus, même si en théorie le Canada a un très bon programme de dépistage, nos fonds sont tellement limités qu’il risque bientôt de nous manquer d’argent pour nous procurer certains appareils né- une bourse du CIO, qu’il se faisait doper jusqu’aux oreilles.J’ai également vu un athlète nigérien, de nationalité norvégienne, entraîné aux États-Unis et dont le test, effectué à Montréal, a été positif ! Le dopage n’a pas de frontières, ni de nationalité.Q.S : Vous insistez beaucoup sur l'importance d'effectuer des contrôles sans avertissement, par opposition aux contrôles habituels, où les athlètes sont prévenus 24 heures à l'avance.Pourquoi ?¦tiZOfcd Sorte SUSpOtlA'CO stérto do sta/'O#*01 ! ü ¦ HVIUK i X # *r; r.iU4 r* '4 l-X I .y-:,”.II : i -» V',: yk Quand la nature se fait artiste Voici deux exemples des restes d'explosion d'étoiles.Ci-dessus, la nébuleuse planétaire MyCnIS, située à 8 000 années-lumière de nous; ci-contre, la nébuleuse planétaire dite de l'Oeil de chat (NGC 7543).Cette dernière aurait explosé il y a 1 000 ans et pourrait être formée de deux étoiles, ce qui expliquerait (en partie) son étrange aspect.Des têtards ?Ce gros plan de la périphérie de la nébuleuse Helix fait découvrir des objets jamais entrevus auparavant.Il s'agit de « têtards » longs de plusieurs centaines de milliards de kilomètres qui proviennent de l’explosion d'étoiles.Encore mal compris, ces phénomènes pourraient donner naissance aux essaims de comètes qui entourent une étoile comme la nôtre.flll§ Wmm Québec Science / Juillet-Août 1996 53 aiaxies : réviser I aJJiHon, s.v.p.Une magnifique série de photos prises par Hubble en décembre dernier devrait permettre d'évaluer plus précisément le nombre de galaxies dans l'Univers connu et la distance entre elles et nous.Astronomes, sortez vos bouliers ! Fin décembre 1995.Durant une centaine d’heures, le télescope spatial Hubble photographie méthodiquement un minuscule coin de ciel situé dans le voisinage de la Grande Ourse.Dans un champ d’à peine deux minutes et demie d’arc — soit ce qu’on peut voir à travers un trou d’épingle pratiqué dans un carton tenu à bout de bras ! —, il déniche entre 1 500 et 2 000 galaxies lointaines.Certaines d’entre elles ne dépassent pas la 29' magnitude et sont si faibles qu’il faudrait qu’elles soient quatre milliards de fois plus lumineuses pour qu’on puisse les apercevoir à l’œil nu ! Quelques semaines plus tard, le 15 janvier 1996, dans le cadre d’un congrès d’astronomes à San Antonio, au Texas, la NASA dévoile la remarquable photo composite du ciel profond que vous voyez ici, le résultat d’une superposition par ordinateur d’environ 200 clichés différents captés au cours de ce safari-photo de l’espace.Cette photo est remarquable à plusieurs égards.D’abord, la qualité de l’image en dit long sur les progrès phénoménaux qu’a faits, depuis qu’il a reçu ses lunettes en décembre 1993, le naguère bigleux télescope spatial.Elle permet également aux astronomes, lorsqu’ils font le décompte des galaxies, de confirmer preuve à l’appui ce qu’ils avaient déjà compris intuitivement à partir d’autres observations : soit que l’Univers, ou du moins la partie visible depuis la Terre, comporte entre 50 et 100 milliards de galaxies.Mais ce n’est pas tout : pour la pre- par Pedro Rodrigue mière fois de son histoire, le Space Telescope Science Institute offre cette photo, ainsi que les documents de recherche qui s’y rapportent, à tout astrophysicien désireux de l’étudier.Une attitude qui tranche singulièrement avec les politiques habituelles de cet organisme et qui devrait faire plusieurs heureux.Quel usage en feront les astronomes qui répondront à l’invitation ?D’abord, ils vont soigneusement compter les galaxies qu’elle comporte, explique l’astrophysicien Laurent Drissen, de l’Université Laval.Puis, ils vont tenter de déterminer leur distribution dans l’espace afin de savoir si les structures à grande échelle qu’on observe au voisinage de la Voie lactée (amas et super amas de galaxies) existent aux confins de l’Univers.« Il serait également intéressant d’étudier l’évolution dans le temps des diverses formes de galaxies, dit-il.En particulier, le rapport qui existe entre les galaxies elliptiques et spirales en fonction de leur luminosité et de leur distance.» Laurent Drissen ajoute que la position relative des galaxies lointaines les unes par rapport aux autres permettra sans doute de découvrir celles qui sont en interaction directe, ce qui nous aidera ensuite à mieux comprendre leur processus de formation.Ce qui intéresse les astrophysiciens, ce n’est pas tant la distance qui nous sépare de ces objets lointains, mais le temps que met leur lumière à nous parvenir.En effet, plus un objet est éloigné, plus sa lumière met du temps à nous atteindre.Par conséquent, nous voyons aujourd’hui cet objet tel qu’il était lorsque l’Univers était beaucoup plus jeune.Dans le cas de la médiane des objets vi sibles sur la photo de Hubble, les astrono mes estiment que la distance qui nous sé pare d’eux est d’environ 10 milliards d’années-lumière.Nous les apercevons donc tels qu’ils étaient lorsque l’Univers avait un peu moins de la moitié de son âge actuel, c’est-à-dire à l’époque où notre propre galaxie, la Voie lactée, était en train de se former.Toutefois, avant d’être en mesure de tirer des conclusions valables de l’étude de cette photographie, les astronomes devront lui ajouter deux importantes dimensions de l’espace-temps : la profondeur.et le temps.Comme ces deux dimensions sont intimement liées, trouver le temps sera un jeu d’enfant lorsque les chercheurs auront pu préciser la dimension spatiale qui leur manque.Mais comment transformer cette superbe image en deux dimensions en un document révélateur qui en comportera trois ?Il suffira de calculer le plus précisément possible la distance qui nous sépare de chacun des objets qu’on y voit.Ce travail exigera cependant des centaines d’heures d’observation à partir de télescopes terrestres et pourrait être plus difficile qu’il ne le semble.Sur les clichés, à côté de quelques galaxies passablement lumineuses, cohabitent en effet des centaines de petites galaxies de luminosité parfois très faible.Sont-elles vraiment petites ou est-ce simplement une illusion causée par leur prodigieux éloignement ?En mesurant le ; *.f • J:àï> ;: ¦¦¦¦> v' ?V ' t- ¦.: % m »• • ' 7-" Une parcelle de l'Univers s Dans un tout petit coin de l'Univers, on •.•i| compte pas moins de 1 500 galaxies de * toutes formes et de tous âges ! Si on considère que chaque galaxie est composée de centaines de milliards d'étoiles et que certaines de ces galaxies hébergent probablement de la vie, il est facile de rêver.Malheureusement, les distances séparant chacune de ces galaxies se chiffrent en centaines de millions, voire en milliards d'années-lumière.^ * m f V v.*¦ * m * *, m décalage vers le rouge que subissent leurs raies spectrales, les astronomes pourraient, grâce à la formule mise au point au cours des années 20 par Edwin Hubble, estimer assez fidèlement leur distance.Cette estimation conduirait à son tour à une évaluation relativement précise de la distribution de ces galaxies dans l’espace.Pour y arriver, les astrophysiciens devront donc faire l’analyse spectrale de la lumière qui nous parvient de chacune de ces galaxies.Un travail de moine ! De plus, certaines d’entre elles sont si faibles que les capteurs optiques de Hubble n’ont parfois reçu que quelques dizaines de photons à l’heure.Par-dessus le marché, la NASA n’a pas été en mesure de procéder à une telle analyse parce que le spectrographe du télescope ne peut analyser qu’une source lumineuse à la fois.Cela dit, tout n’est pas perdu.En effet, les clichés qui composent la photo ont été pris à travers une série de filtres.Certains ne laissaient passer que l’ultraviolet, d’autres le bleu, le rouge ou l’infrarouge.Lorsqu’ils comparent l’intensité d’une même galaxie d’un filtre à un autre, les chercheurs disposent, malgré tout, d’un outil préliminaire.Un outil qui, à défaut de leur fommir une véritable analyse spectrale, permet de mieux orienter les recherches.On a ainsi noté une extraordinaire abondance de petites galaxies bleues.Déjà observées dans le passé, ces galaxies émettent une lumière dont la longueur d’onde caractéristique se situe aux environs de 8 000 À.Plus on s’éloigne dans l’espace — et par conséquent dans le temps —, plus on découvre de petites galaxies bleues.En étudiant de plus près la photo Ae, Hubble, les chercheurs espèrent mieux comprendre le rôle que ces phénomènes ont joué dans la formation des galaxies actuelles.Se sont-elles en quelque sorte entre-dévorées, donnant naissance à des galaxies plus grosses, dont la lumière ne possède plus les mêmes caractéristiques ?Ou s’est-il déroulé dans ces petites galaxies, à une certaine époque, un processus accéléré de formation d’étoiles ?La photo fa Hubble devrait donc, en principe, permettre aux astronomes de mettre encore un peu plus d’ordre dans leur ciel.Sauf que, jusqu’à maintenant, elle n’a pas soulevé beaucoup d’enthousiasme.Au Québec, par exemple, aucun astronome ne semble intéressé par ce dossier.Et, dans la presse scientifique, le nombre d’articles à ce sujet est très Québec Science / Juillet-Août 1996 55 Hullle el moi I a mise en fonction du télescope spatial Hubble m'a, en quelque sorte, ouvert les portes vers d'autres galaxies.J'avais choisi d'étudier les étoiles de type Wolf-Rayet, les descendantes des étoiles les plus massives (leur masse initiale est supérieure à 20 fois la masse du Soleil).On connaît moins de 200 étoiles Wolf-Rayet dans notre galaxie.C'est peu quand on sait qu'il y a des centaines de milliards d'étoiles de toutes sortes ! Et frustrant quand on est limité à notre Voie lactée.Hubble m'a fourni une chance inespérée d'étudier le rôle des étoiles massives dans d'autres galaxies et l'occasion rêvée d'appliquer mes connaissances sur les étoiles massives à une meilleure compréhension de l'évolution des galaxies.Je me suis alors intéressée aux galaxies dites « à sursauts de formation stellaire », des galaxies qui contiennent des régions où la formation d'étoiles se fait à un rythme très élevé.Comme les étoiles massives y abondent, on veut savoir, par exemple, si toutes les galaxies forment des étoiles seulement par le biais de phases de sursauts.Évidemment, travailler avec Hubble n'a pas le même charme qu'une nuit d'observation avec un télescope au sol.Il n'y a pas de ces superbes nuits où, emmitouflé dans une parka, on déplace le regard entre les constellations à la recherche de l'objet rare.Soit, mais c'est le télescope spatial Hubble qui m'a procuré les spectres ultraviolets de cinq galaxies à sursauts de formation stellaire situées de 30 à 100 millions d'années-lumière de nous.En effet, on ne peut observer la lumière ultraviolette à partir du sol, car celle-ci est en bonne partie arrêtée par l'atmosphère terrestre.De plus, seul le télescope Hubble, avec son pouvoir de résolution exceptionnel, pouvait me permettre de distinguer les régions de formation stellaire présentes au sein de galaxies éloignées.C'est en faisant l'analyse des spectres que je tire mes conclusions sur l'évolution des galaxies.Hubble ne fait pas que nous envoyer de belles images ! Il faudra étudier d'autres spectres de galaxies encore plus éloignées pour retracer l'Univers à ses débuts.Déjà, les images obtenues dans le cadre du Hubble Deep Field Survey indiquent la présence d'innombrables galaxies à sursauts de formation stellaire à de très grandes distances.L'astronome Edwin Powell Hubble (1889-1953) avait une très grande ambition, celle de « voir et mesurer le fond de l'Univers ».Le télescope qui porte son nom pourrait bien y arriver.Carmelle Robert 56 Québec Science / Juillet-Août 1996 La supernova 1987A En février 1987, les astronomes ont assisté à un spectacle remarquable : l'explosion d'une étoile au terme de sa vie.Voici comment apparaît la désormais célèbre supernova 1987A sept ans plus tard.Heureusement pour nous, la scène se passe dans la galaxie voisine, le Grand Nuage de Magellan, située à 169 000 années-lumière.On distin gue clairement trois anneaux de matière expulsée à la suite de l'explosion.Enfin, un trou noir Voici le premier trou noir jamais photographié.Par définition, un trou noir est invisible.Ce type très particulier d'astre — des dizaines de fois plus massif que le Soleil — produit une force gravitationnelle si intense que plus rien ne peut s'en échapper, pas même la lumière.Par conséquent, un trou noir ne peut être détecté que par l'influence qu'il exerce autour de lui puisqu'il aspire littéralement les étoiles voisines.Celui-ci se trouve au cœur de la galaxie NGC 4261.En aspirant tout ce qui se trouve autour de lui, il produit le disque de matière que nous observons sur cette photo. : : W.¥?La mort d'une étoile ordinaire Cette image montre les restes d'une géante rouge qui a explosé il y a quelques centaines-d'années seulement.Située à 3 000 années-lumière de nous, l'étoile est pratiquement invisible parce qu'elle est entourée d'un nuage de matière sombre.Lors de l'explosion, elle a projeté les couches extérieures de sa matière à la vitesse de 20 km/s.« Hullle Jépaffe no§ attente*.» L'importance du télescope spatial Hubble est telle que la NASA a créé un centre dédié aux observations obtenues grâce à cet appareil : le Space Telescope Science Institute, situé à Baltimore.Quelques propos du directeur adjoint du programme scientifique de l'Institut, le docteur Duccio Macchetto.Le télescope spatial Hubble dépasse vraiment nos espoirs.Chaque fois qu'on voit des images ou des données — même lorsqu'elles ne concernent pas notre champ de spécialisation —, on demeure toujours étonné par leur qualité.Hubble devrait nous permettre de faire de grands progrès dans trois domaines de recherche majeurs.« D'abord, l'étude de l'existence possible de planètes autour d'étoiles autres que le Soleil.Le télescope spatial Hubble nous a montré qu'autour des étoiles qui se trouvent tout au plus à quelques centaines d'années-lumière de nous, il existe beaucoup de gaz et de poussières qui ne seront pas consommés par la formation de l'étoile.Cette matière, rassemblée en disques et en structures, donnera naissance à des planètes.Nous observons ce phénomène dans plus de 50 % des cas ! C'est un changement très important par rapport à nos connaissances antérieures sur le sujet : on s'attendait à ce que quelques étoiles aient ce genre de structure, mais sans savoir combien.Or, si la moitié des étoiles sont des sites possibles de planètes, cela augmente considérablement le nombre possible de nouvelles planètes.« Le deuxième domaine de recherche est lié à un des objectifs majeurs de la construction de Hubble, soit la détermination de la constante de Hubble, c'est-à-dire la vitesse d'expansion de l'Univers.C'est un projet de longue haleine : en effet, s'il est relativement facile de déterminer la vitesse de fuite d'une galaxie, il faut beaucoup de temps pour déterminer la distance qui nous en sépare.Nous sommes donc en train de réaliser un programme d'étude sur les galaxies distantes de quelque 50 millions d'années-lumière en utilisant les propriétés des étoiles céphéides.Jusqu'ici, on a observé huit ou neuf galaxies.« Lorsqu'on a entamé ce travail, les astronomes étaient divisés : il y avait ceux qui croyaient à une constante de vitesse très élevée, donc à un Univers relativement jeune, et ceux qui optaient pour une constante plutôt faible, et pour un Univers beaucoup plus âgé.On n'a pas encore résolu ce problème, mais d'ici deux ans je crois qu'on aura obtenu une valeur sur laquelle les astronomes s'entendront assez bien.« Finalement, Hubble nous permet d'étudier la formation des toutes premières galaxies et leur évolution à travers l'âge de l'Univers.On connaît très bien les galaxies proches de nous et, avec les télescopes au sol, on étudie celles qui sont situées à deux ou trois milliards d'années-lumière.Mais, avec Hubble, il est maintenant possible d'observer l'"autre côté", c'est-à-dire les galaxies les plus lointaines, celles qui se sont formées un milliard d'années après la naissance de l'Univers.On commence ainsi à entrevoir le processus de formation des galaxies et, ce faisant, à déterminer la structure de l'Univers ! » Claude Lafleur Québec Science / Juillet-Aout 1996 57 Mégaforêt Ne dites plus que le monde des médicaments est une jungle.Dites plutôt que la jungle est un monde de médicaments.par Martine Turenne Dans le f\\m Medicine Man, Sean Conneiy incarne un médecin aventureux qui découvre dans la forêt amazonienne une plante miraculeuse guérissant le cancer de la gorge.Mais il se heurte aux grandes compagnies forestières, et sa plante magique s’envole en fumée lorsque les scieries mettent le feu à la forêt.Fiction ?Rien n’est moins certain : on estime que 10 à 15 % des espèces végétales de l’Amazonie ont disparu lors de grands incendies allumés volontairement par les propriétaires de scieries.« C’est une perte inestimable pour l’humanité », dit Romano Salvador, professeur à la retraite de la faculté de pharmacie de FUniversité de Montréal et ancien président de la Société nord-américaine d’ethnopharmacie.Mais, depuis que les médias ont commencé à s’intéresser à l’Amazonie, les incendies ont brusquement diminué.Et la plus grande forêt de la planète est progressivement devenue le Klondike des compagnies pharmaceutiques, des biologistes, des botanistes et des bioprospecteurs, c’est-à-dire de ceux qui cherchent les plantes médicinales de l’avenir.Pourquoi l’Amazonie ?Parce qu’elle recèle une incroyable biodiversité : des centaines de milliers de plantes, dont la plupart n’ont jamais été répertoriées.Un phénomène unique en son genre.« Vous n’avez qu’à marcher un kilomètre dans la forêt, à partir d’une route ou d’une rivière, et vous 58 Québec Science / Juillet-Août 1996 êtes certain de tomber sur des plantes qui n’ont jamais été recensées », dit Pierre Zaya, scientifique principal au Centre de recherche pour le développement international (CRDI), à Ottawa.« Prenez un carré de 10 mètres dans les forêts amazonienne et canadienne, poursuit le chercheur, et comparez : vous trouverez 1000 fois plus de variétés en Amazonie ! » « L’Amazonie a un fleuve gigantesque, dit Romano Salvador, au bassin absolument incroyable —jusqu’à 300 kilomètres à certains endroits — et il y a eu là une évolution de la flore que l’on ne trouve nulle part ailleurs.» Cette abondance exceptionnelle fait de l’Amazonie le plus grand réservoir pharmacologique du monde.Ainsi, depuis que les premiers Européens s’y sont aventurés, autour du XVIIIe siècle, d’innombrables plantes médicinales ont été découvertes ou simplement récupérées de l’héritage culturel des populations locales.Il serait fastidieux de toutes les répertorier, mais mentionnons que les biologistes Richard Evan Shultes et Robert Taffauf ont publié un volumineux répertoire des plantes amazoniennes — de plus de 500 pages — où l’on trouve de tout : des plantes pour teindre, anesthésier, soigner, désinfecter, enlever l’appétit et même des plantes contraceptives.Parmi les plus connues : la coca, qui provient des flancs frais des collines de Bolivie; le curare, une substance paralysante qu’on utilise pour détendre les mus- '-v 'ïtÉ WM’ y?- ÊËîWa rM" liai., •æ4S i^:l ¦svji tÏVVav^ « éf*1 (ét^ jfit1' i On a déjà identifié des plantes inhibitrices de tumeurs, rappelle Romano Salvador, « mais certaines sont très toxiques et d’autres n’agissent que pour certains types de cancer ».Un arbre appelé Pau D’Arco semble également prometteur, dit Aldo Lo Curto, un médecin italien qui a passé des années à sillonner la forêt amazonienne et également conseiller scientifique de l’exposition sur l’Amazonie qui se tient actuellement au Musée de la civilisation de Québec.« On a découvert qu’une substance de cet arbre, que les Indiens connaissent depuis longtemps, bloque la croissance de tumeurs cancéreuses.Cependant, en Occident, on n’a pas encore mis cette découverte en pratique.» En fait, il y a un fossé entre la découverte de plantes potentiellement intéressantes, leur exploitation et leur mise en marché.Un fossé si profond qu’il a déjà fait baisser les bras à plusieurs gros joueurs de l’industrie.Actuellement, la plupart des grandes compagnies pharmaceutiques sont établies au Costa Rica, un pays considéré comme politiquement stable.Elles emploient des centaines de chercheurs et de bioprospec- teurs qui travaillent de concert avec les Indiens.Le problème, c’est qu’il est impossible pour une compagnie qui fait une trouvaille intéressante de faire breveter sa découverte.« Lorsqu’une plante fait déjà partie de l’usage public, confirme Pierre Zaya, il est impossible de la faire breveter.Elle est la propriété de tous.» Par le fait même, elle perd tout intérêt pour les multinationales qui veulent obtenir l’exclusivité ou rien.« On gaspille des plantes qui ont un potentiel, explique-t-il, car aucune entreprise locale ne peut assumer les coûts de production et de mise en marché internationale Québec Science/Juillet-Août 1996 59 d’un nouveau médicament qui peuvent s’élever à 250 millions de dollars.» C’est ainsi que plusieurs plantes médicinales ne sont exploitées que localement, comme Flbifam, un diurétique utilisé contre les infections des reins et commercialisé dans tout le Brésil par une petite entreprise affiliée à l’Université fédérale de l’État de Para, en Amazonie de l’Est.Il coûterait trop cher de le commercialiser à l’échelle mondiale.La nature même de la forêt amazonienne, extrêmement dense et dangereuse, pose également un problème d’exploitation aux géants de la pharmacologie.De plus, même les plantes résistent à une exploitation intensive.« D’abord, il faut parvenir à faire la bonne identification botanique, dit Romano Salvador, ce qui n’est pas toujours évident.Puis, il faut que tous les essais cliniques se fassent avec la même plante.On a constaté que des plantes identiques ne fournissent pas nécessairement le même rendement d’une année à l’autre.» Malgré toutes ces difficultés, les compagnies pharmaceutiques persistent.Pourquoi ?Parce qu’elles gardent toujours espoir de trouver LA molécule révolutionnaire, celle qui effacera d’un seul coup tous les échecs passés.Mais aussi, explique Romano Salvador, parce que ces compagnies voient leurs parts de marché diminuer progressivement au profit de la phytothérapie — le traitement des maladies par les plantes —, une vague qui déferle sur l’Occident depuis quelques années.« Je sais, ajoute-t-il, que la compagnie Merck Frosst, entre autres entreprises, est inquiète et qu’elle fait de la recherche intensive en phytothérapie.Mais il lui faut développer un produit de synthèse pour obtenir un brevet.» Cet engouement pour la phytothérapie inquiète l’ancien professeur.Selon lui, il se fait aujourd’hui un peu n’importe quoi au nom des médecines dites « naturelles ».À long terme, l’utilisation abusive des plantes amazoniennes pourraient occasionner des problèmes de santé publique.« Ce qui est bon pour un Indien péruvien ne l’est pas nécessairement pour nous, dit-il.Il est possible que les gens d’ici développent une intolérance à certains produits qui n’ont pas été véritablement testés en laboratoire.» En outre, est-ce que l’engouement soudain pour les plantes médicinales peut mettre l’Amazonie en danger ?Les pires menaces qui pesaient sur la grande forêt sont derrière nous, pense Pierre Zaya.Même si on trouvait une plante miracle, impossible à synthétiser, quelque part au fin fond du Brésil, il est 60 Québec Science / Juillet-Août 1996 Lorsqu'une plante fait déjà partie de l'usage public, il est impossible de la faire breveter.Elle est la propriété de tous.Par le fait même, elle perd tout intérêt pour les multinationales.Pierre Zaya, scientifique principal au Centre de recherche pour le développement international : « On gaspille des plantes qui ont beaucoup de potentiel.» difficile de croire qu’on arriverait à l’exploiter jusqu’à épuisement des stocks.Les Ongles de chat, par exemple, des arbres utilisés notamment pour combattre les infections rénales et extrêmement populaires en Amérique du Nord depuis deux ans, commencent à se faire rares au Pérou.Sauf qu’en donnant une valeur commerciale à cet arbre, dit Pierre Zaya, les compagnies ont encouragé les habitants à le replanter et ont contribué, indirectement, à le protéger.En fait, le pillage n’est pas autant physique qu’intellectuel, croit-il.Les peuples indiens qui fournissent leur savoir aux chercheurs et aux bioprospecteurs ne bénéficient en rien des retombées commerciales des produits.Pourtant, leur savoir est immense, rappelle Aldo Lo Curto.Selon lui, l’intérêt pour le savoir médical des peuples indiens est à la fois une chance et un malheur : tôt ou tard, le contact avec la civilisation leur fera perdre leurs connaissances ancestrales.« Ces gens sont menacés physiquement, dit Aldo Lo Curto, car ils peuvent être décimés à tout moment par des épidémies apportées par des Occidentaux.Mais aussi culturellement : quand on met une pharmacie dans un village, les habitants ne se déplacent plus en forêt pour trouver la plante qui soulage un mal de tête et perdent ce savoir.Pour l’instant cependant, lorsque le problème de santé devient vraiment sérieux, c’est encore vers le chaman qu’on se tourne.» Mais encore là, le nombre de chamans ne cesse de décroître et la relève est quasi inexistante.« Chaque fois qu’un guérisseur meurt, dit Salvador Romano, c’est tout un pan de son savoir qui disparaît.» Aldo Lo Curto croit qu’il est temps de reconnaître « le droit à la propriété intellectuelle des Indiens ».Il faut admettre que, sur ce point, les Occidentaux agissent de la même façon que les premiers archéologues avec les trésors africains ou asiatiques : on les déterre et on part avec eux ! « Aujourd’hui, dit Pierre Zaya, il ne viendrait à l’idée d’aucun archéologue de faire l’excavation de sites et de tout ramener à New York ou à Londres, comme au XCC siècle.On travaille en groupes multinationaux, et les trésors demeurent sur place.Mais on n’en est pas rendu là avec les plantes médicinales ! » Les chercheurs du CRDI veulent que le traitement des substances et des molécules se fassent dans les pays d’origine des plantes.« Ce qui nous intéresse, dit Pierre Zaya, c’est de trouver dans ces régions des plantes qui peuvent être transformées sur place et vendues sur les marchés extérieurs, au meilleur coût possible.» C’est ce que compte faire le CRDI au Costa Rica avec un projet d’extraction de l’ipéca, une plante tropicale utilisée à la fois comme émétique — pour faire vomir — et pour le traitement de l’hypertension.Une compagnie pharmaceutique californienne, du nom de Chamane, a par ailleurs fait un premier pas en s’engageant à fame bénéficier les populations locales de l’exploitation des plantes de leur territoire.Les Indiens reçoivent des sommes d’argent avant même la mise en marché du médicament.« Les grandes compagnies, dit le chercheur du CRDI, assurent aux Indiens 5 % des profits dans 15 ans.Mais pour les Indiens d’Amazonie, 15 ans, ça veut dire jamais ! » • Pour en savoir plus Le Musée de la civilisation de Québec présente une exposition sur l'Amazonie.Info : (418) 643-2158 HHH IS* i*l[® hh- piloii [(,lsst rètni tfciîiii s It tin- in» estpi ÜBtiii inttlltt' tep seiiltt ÉOJIB iips* Itt» I ¦Jtfe I Bid I JB 5 mii' «1» lisvtt I ft It fflltfli- I jefe i iitftitf t# mm *rs- itlt I 0 1 ‘ "rn m Toutes fourmis unies Sans patron ni plan d’action — et avec à peine quelques dizaines de milliers de neurones —, les fourmis parviennent à accomplir de véritables petits miracles.Parce qu’elles travaillent en équipe.par Caroline Julien Les fourmis sont-elles intelligentes ?Sûrement pas si on les prend individuellement, mais, collectivement, elles font preuve d’une intelligence qui ne cesse de surprendre les personnes qui les observent.La fourmi des bois, par exemple, construit sans plan ni contremaître un dôme en aiguilles de sapin de 1,5 mètre qui comprend plusieurs mètres de chambres et de galeries.La fourmi du Jura, elle, développe de gigantesques réseaux souterrains, formés de plus d’un millier de nids, longs de dizaines de kilomètres et pouvant abriter des centaines de millions d’individus ! De plus, les colonies communiquent entre elles et vont jusqu’à s’échanger de la main-d’œuvre ou de la nourriture, en cas de besoin.Comment des fourmis, des insectes dont la matière grise est somme toute limitée, peuvent-elles former des groupes aussi organisés et édifier des structures aussi spectaculaires ?On a longtemps pensé que l'ouvrière était génétiquement « programmée » pour accomplir son boulot.On sait maintenant que ce n’est pas le cas et qu’en fait elle ne connaît même pas la forme du nid qu’elle construit ! Qui plus est, aucun individu ne dirige le travail de la colonie, pas même la reine.Alors, comment ces insectes réussissent-ils à coordonner leurs actions ?Le chimiste Jean-Louis Deneubourg, responsable du laboratoire d’écologie comportementale de riiniversité libre de Bruxelles, étudie les insectes sociaux.Dans son laboratoire, il a installé des plates-formes d’expérimentation faites de Québec Science/Juillet-Août 1996 61 André Francœur grands panneaux circulaires en carton, parfois recouverts de sable et clôturés d’une bande glissante où vivent de petites colonies de fourmis.Sur l’un de ces plateaux, deux de ses étudiantes, Valérie Van Laere et Laetitia Chrétien, ont observé la construction d’un cimetière de fourmis.Les deux chercheuses ont déposé des cadavres dans le nid et noté le comportement des habitantes : spontanément, celles-ci ont ramassé les corps et les ont regroupés à une distance respectable du nid.Leur expérience illustre le fonctionnement d’une fourmilière.Affairées à déplacer les corps, les fourmis n’ont aucune idée d’ensemble de la problématique.En revanche, elles savent comment réagir au travail des autres ouvrières.Ainsi, lorsqu’une fourmi transporte un premier cadavre, elle se déplace au hasard et le dépose n’importe où.Par contre, elle dépose le deuxième cadavre au même endroit et d’autres, après elle, font la même chose.À la longue, elles forment de petits tas, et plus ces tas sont importants, plus les fourmis sont susceptibles d’y abandonner leur chargement.Parallèlement, certaines fourmis saisissent des cadavres sur les plus petits tas pour les déposer sur des tas plus importants, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul gros amoncellement, devenu le cimetière de la fourmilière.Les fourmis sont donc stimulées par le travail des autres fourmis.Philippe Passe, également étudiant au laboratoire d’écologie comportementale, a observé un phénomène semblable lors de la construction du nid.Il a rempli des pots avec du sable, puis il les a recouverts d’une pellicule de plastique qu’il a percée d’un trou.Les fourmis, qui logeaient dans une boîte attenante, ont 62 Québec Science / Juillet-Août 1996 Gros plan sur Myrmica wheeleri, une fourmi ouvrière qui a tendance à rôder autour des pique-niqueurs.emprunté l’ouverture pour creuser un nid dans le pot.« En cours de construction, si on remplace le premier groupe de fourmis par un autre, explique-t-il, les nouvelles arrivantes continuent le travail entrepris.Lorsqu’une fourmi creuse un tunnel, elle dépose une substance chimique, une phé-romone, que les autres fourmis peuvent détecter.Cette phéromone attire les nouvelles fourmis, qui viennent creuser à leur tour.» « La même technique est mise à profit pour d’autres activités, explique Jean-Louis Deneubourg.Lorsqu’une fourmi part à la chasse et découvre la manne, elle en ramène un peu vers le nid en marquant la piste d’une phéromone, puis les autres suivent sa piste.» Les fourmis vont également marquer les pistes qui mènent aux sources les plus riches en sucres ou encore à celles qui sont les plus près du nid.Cette collaboration entre les fourmis a été décrite pour la première fois dans les Des fourmis-robots tondront bientôt votre gazon Les fourmis inspirent les roboticiens qui rêvent de concevoir des aides mécanisés efficaces et dociles.De plus en plus, les comportements fascinants des insectes sociaux inspirent les spécialistes de l’informatique et de la robotique.Si bien que le rêve d’un robot conçu à l’image de l’homme cède progressivement le pas à l’idée d’une coopération entre une multitude de petits robots, plus proches de l’insecte que du bipède.James Mc Lurkin, roboticien au Laboratoire d’intelligence artificielle du MIT, a conçu une colonie de microrobots qu’il a baptisés The Ants.Chacun d’eux mesure 2.5 cm3 — soit moins gros qu’une balle de golf ! —, a six pattes articulées et est équipé d’un émetteur infrarouge à l’arrière et d’un récepteur à l’avant.Ces deux appareils lui permettent de communiquer avec les autres.Comme de véritables fourmis, les robots en liberté se mettent d’abord à parcourir l’espace en tous sens.Puis, un robot capte le signal infrarouge d’un autre et se met à le suivre.Au bout d’un certain temps, tous les robots se suivent l’un derrière l’autre.Mais aussitôt qu’ils arrêtent d’émettre des signaux, ils se dispersent à nouveau dans la pièce.James Mc Lurkin rêve de voir un jour une colonie de robots explorer la planète Mars et même participer à la construction d'une base spatiale.Il imagine aisément quelques robots occupés à transporter du matériel, d’autres vissant des pièces ou installant le revêtement protecteur de la base.Le département de la défense américaine a d’ailleurs remarqué le potentiel de ces machines et finance actuellement le Laboratoire d’intelligence artificielle pour le développement de microrobots pouvant détecter et rapporter les bombes à basse fragmentation enterrées dans les zones de guerre.En Belgique, dans le laboratoire de Jean-Louis Deneubourg, on travaille à la mise au point de robots destinés à la surveillance d’un entrepôt.Équipés d’une caméra reliée à un poste de surveillance, les robots pourraient rendre compte de leurs observations, tout en restant complètement indépendants des modifications apportées à la configuration de l’entrepôt, ce qui éviterait de reprogrammer le système chaque fois qu’une nouvelle caisse est déposée quelque part.En fait, les possibilités sont multiples.Il est question, par exemple, de construire des robots sensibles à la chaleur qu’on utiliserait pour détecter les incendies et guider les équipes de secours dans un édifice.Et même, pour le plus grand bonheur des propriétaires de terrains de golf, une colonie de microrobots pour tondre le gazon ! On n’arrête pas le progrès. Claude Ponthieux Sans gène Le Québec compte 95 espèces de fourmis sur les 12 000 recensées sur la planète.Parmi celles-ci, explique André Francœur, biologiste de l’Université du Québec à Chicoutimi, quelques-unes ont développé des comportements hors de l’ordinaire.Ainsi, une espèce qui appartient au genre Formicoxenus se la coule douce en élevant des pucerons (photo) qui lui fournissent une bonne source de nourriture.De plus, comme cette espèce ne bâtit pas de nid, elle a pris l’habitude d’emménager dans le logement d’une autre espèce, Myrmica, et de dévaliser son réfrigérateur ! Comment s’y prend-elle ?D’abord, elle soutire littéralement le pain de la bouche de son hôte en s’emparant d'une partie du liquide régurgité pendant un échange de nourriture entre deux ouvrières.Elle vole aussi des morceaux d’insectes destinés au couvain de Myrmica et, parfois, dévore le couvain lui-même.Comme si cela ne suffisait pas, Formicoxenus n’hésite pas à s’attaquer à son hôte, pourtant de trois à cinq fois plus gros qu’elle, simplement pour bien montrer qui est le patron ! 10 centimètres, explique-t-il, elles doivent s’entraider.Si l’objet est trop lourd pour la fourmi qui le découvre, elle ira recruter quelques-unes de ses congénères.Si c’est encore trop lourd pour elles, elles recruteront tant et aussi longtemps qu’elles n’arriveront pas à déplacer l’objet.Le nombre d’individus recrutés équivaut toujours au nombre minimum nécessaire au transport, a constaté le chercheur.On peut observer ce comportement de JTf années 50 par le biologiste français Pierre Paul Grassé.Il disait des insectes sociaux : « Ils ne dirigent pas leur travail, ils sont plutôt guidés par lui.» À cette forme de stimulation, Pierre Paul Grassé a donné le nom de « stigmergie ».Aujourd’hui, plusieurs chercheurs essaient de comprendre les mécanismes qui règlent les comportements collectifs.Nigel Franks, biologiste à l’Université de Bath, en Angleterre, observe les comportements d’une fourmi européenne très commune, Leptothorœz.Cette espèce construit un nid très simple, un nid à deux dimensions et logé dans les crevasses des rochers.En laboratoire, il a reproduit cette crevasse au moyen de deux lames de microscope.« Lorsque nous déposons du sable près de la crevasse improvisée, explique-t-il, les fourmis l’utilisent pour se construire un nid.Une fois le travail terminé, si on remplace la première colonie par un deuxième groupe de même importance, les nouvelles fourmis se contentent de leur nouveau nid.Mais si nous ajoutons des fourmis pour grossir la colonie, les ouvrières vont immédiatement commencer à agrandir la fourmilière.» Deborah Gordon, biologiste à l’Université de Stanford et auteur d’un article sur le sujet dans la revue Nature, croit que certains indices, comme la densité, permettraient aux fourmis de deviner l’état de la situation.« Si le nombre d’individus dans un périmètre donné augmente, le nombre de rencontres va également s’élever, et il est possible que les fourmis réagissent à cette variation.» De la même façon, sur une autoroute congestionnée, il n’est pas nécessaire de compter le nombre de voitures pour comprendre qu’il est préférable d’emprunter une autre route ! Thierry Van Dam, un collaborateur de Jean-Louis Deneubourg, essaie pour sa part de comprendre comment les fourmis des bois coordonnent leurs actions pour transporter des objets lourds.Pour parvenir à transporter des branches de plus de base chez plusieurs autres espèces de fourmis, comme chez Écophile, une espèce tropicale dont les membres s’assemblent en chaîne pour franchir des obstacles.La première mord une feuille et la tire vers l’arrière, la deuxième s’accroche ensuite au pétiole de la première (une région du corps située entre le thorax et l’abdomen), la troisième répète le même manège et ainsi de suite jusqu’à ce que les fourmis forment un véritable pont vivant.Pour Jean-Louis Deneubourg, un mot qualifie l’ensemble de ces comportements : l’auto-organisation.Ce processus décrit plusieurs phénomènes tant physiques et chimiques que biologiques.Le fonctionnement du système immunitaire en est un bon exemple.Les cellules du système immunitaire ne sont pas dirigées par un poste de contrôle central.Comme les fourmis, elles s’auto-organisent, ce qui leur donne en groupe un peu plus d’intelligence qu’eUes n’en ont individuellement et leur permet d’accomplir leur tâche.• Québec Science / Juillet-Août 1996 63 Le magazine Québec science Fiable et passionnant ! Toute l'actualité en environnement, santé, énergie, éducation, communications, espace, biotechnologies, transports, innovations technologiques, recherche fondamentale au Québec et dans le monde.Québec Science présente les faits, explique, met en perspective, avec les nuances nécessaires, pour aider à comprendre les grands enjeux de notre société.A lire : reportages, entrevues, chroniques, dossiers fouillés, suppléments, illustrations détaillées.Voulez-vous découvrir, en savoir plus, mieux comprendre ?Québec Science répond à vos questions, vous permet d’aller plus loin, jusque dans le futur.Offre spéciale 33e anniversaire 6 numéros pour 22,95 $ seulement Cette offre expire le 30 septembre 1996.I § affro mot ,epU= «O.plus désertique L’écnture est-elle innée?Chimie: de l'ordre tableau pértqcJique lu lombric, meilleur ami du laboureur Commandes fi J téléphoniques Québec: (418) 657-4391 Ailleurs: 1-800-613-4391 Votre cadeau 1 reliure pour l'abonnement de 2 ans 2 reliures pour l'abonnement de 3 ans Numéro d’enregistrement de la TPS : R-1335-97427 Numéro d’enregistrement de laTVQ : 1013609086 ?je m'abonne à Québec Science Faites-moi parvenir la (les) reliure(s) O Faites-la (les) parvenir à la personne que j abonne 1 1 (Allouez 4 semaines pour l'expédition) 1 j'offre un abonnement Nom Prénom _ ] 6 numéros 22,95 S TTC Adresse ?1 an (10 n“) 37,60 $ TTC n° rue app.?2 ans (20 n“) 64,95 $ TTC ville province ?3 ans (30 n-”) 89,91 $ TTC code postal Profession téléphone Tarifs valables au Canada seulement.Détachez et expédiez à ?chèque ?Mandat-poste 1 Visa Chèque ou mandat-poste à l'ordre de Québec Science N° de carte ?MasterCard Date d'expiration / CP.250, Sillery (Québec) GIT 2R1 Tél.: (418) 657-4391 Télec.: (418) 657-2096 Internet: courrier@QuebecScience.qc.ca 64 Québec Science / Juillet-Août 1996 Signature Offert par : Nom Prénom Adresse •i ville province code postal 3 Innovations PAR L'AGENCE SCIENCE-PRESSE J3 vif -iff .La pollution fait tourner l’industrie Une aluminerie émet en permanence de l’acide fluorhydrique, un gaz extrêmement polluant et dévastateur pour la flore.Heureusement, Porcédair, une filiale du groupe français Fives-Lille, a mis au point un filtre industriel qui permet de ré-iqjecter cet acide dans la chaîne de production de l’aluminium.Porcédair a bâti sa réputation sur le traitement des gaz émanant des cuves d’élec-trolyse de l’aluminium et a choisi d’établir ses quartiers nord-américains au Québec puisqu’on y trouve 40 % de l’aluminium produit sur le continent.Actuellement, les réglementations de plus en plus sévères en matière de pollution donnent des ailes à ce type d’entreprises et à leurs sous-traitants.Il ne faut pas oublier que la construction de systèmes de filtres antipollution dans de grandes industries peut coûter entre 200 000 dollars et.30 millions de dollars.Le filtre conçu par Porcédair peut récupérer 99 % de l’acide fluorhydrique dans les alumineries.Il intéresse également les dirigeants d’incinérateurs de déchets industriels, les responsables de fours de verrerie, de cimenterie et de sidérurgie ainsi que les fabricants de filtres pour la cuisson.Mon édifice est plus « brillant » que le tien ! Ll édifice du Centre Molson est « intelligent ».mais il l’est moins que celui de la Standard Life, à Montréal.Ce dernier deviendra cet automne l’un des deux premiers bâtiments vraiment intelligents au Québec — l’autre étant le nouveau site de l’École de technologie supérieure.C’est l’intelligent Building Institute, de Washington, qui décerne les « diplômes » d’intelligence supérieure.On aura compris qu’ici les fils et les câbles font office de neurones.Et que si le quotient intellectuel des édifices de la Standard Life et de l’École de technologie supérieure est plus élevé que celui du Centre Molson, c’est parce que les premiers intègrent différents systèmes informatiques et services à l’intérieur même de la structure de l’édifice, contrairement à la plupart des bureaux informatisés, où les fils relient tout simplement les micro-ordinateurs de l’étage à l’imprimante centrale.Pour mettre en place des systèmes de gestion pleinement intégrés, l’ETS a profité de la construction de son nouveau bâtiment et la Standard Life, de rénovations très importantes.Si le Centre Molson est plus « bête », c’est parce que ses « neurones » lui permettent de remplir uniquement des fonctions déjà programmées et limitées dans le temps et l’espace.Par exemple, le chauffage, la ventilation et l'éclairage (qui entrent en activité lorsque les lieux sont occupés), l’alternance des messages sur les panneaux publicitaires, mais aussi le fonctionnement d’outils permettant de s’assurer qu’il reste suffisamment de bière et de boissons gazeuses chez les concessionnanes.La tactik de Bell L 111 iii i il a nouvelle folie furieuse dans le monde d’Internet s’appelle « intranet ».Il s’agit de réseaux informatiques constitués exclusivement pour les besoins d’une grande entreprise, mais qui utilisent les outils conçus à l’origine pour Internet, notamment les logiciels fureteurs comme Netscape.Le système est efficace, sauf qu’on s’aperçoit qu’un réseau interne ne peut vivre indéfiniment en vase clos : il faut, un jour ou l’autre, que les entreprises arrivent à le relier aux réseaux internes des instituts de recherche ou des autres compagnies avec lesquelles elles ont forgé des alliances.Et c’est là que ça accroche : si les logiciels mis au point pour Internet peuvent facilement servir à créer un « mini-internet », aucun, en revanche, n’a été conçu pour communiquer avec d’autres réseaux semblables.Bell a vu là un marché prometteur et a conçu la « solution d’affaires » Tactik, la première à offrir une « boîte à outils » qui permet de mettre en relation différents intranets et qui facilite les échanges de documents, de courrier, de télécopies et même de fonds entre les entreprises.En prime, Bell offre une passerelle pour accéder au « véritable » Internet.Le tout s’inscrit dans le cadre du développement de cette mythique « inforoute Bell ».• Québec Science / Juillet-Août 1996 65 « par Raynald Pepin Ooooh ! Aaaaah ! Difficile de rester stoïque quand on fonce à 100 km/h vers le sol, qu’on s’incline de 30 degrés sur le côté ou qu’on effectue sa 20e rotation en 1 minute ! L’été dernier, pour les besoins de cet article, j’ai courageusement risqué ma vie en passant une demi-journée à La Ronde, et cela, même si à mon âge je me sens étourdi sur une simple balançoire ! Le plaisir distillé par les manèges à sensations fortes ressemble à celui des films d’horreur : on se fait peur, tout en étant (presque) convaincu qu’il n’y a pas de danger.Et plus ça va vite, plus ça tourne, plus c’est excitant.Le simple carrousel illustre un principe de physique important dans les parcs d’attractions.Si vous avez déjà enfourché différents chevaux d’un carrousel, vous avez probablement remarqué qu’il est plus amusant d’être situé vers l’extérieur plutôt que vers l’intérieur.C’est que, dans un mouvement circulaire, l’accélération est proportionnelle au carré de la vitesse.En étant deux fois plus loin du centre, on va deux fois plus vite.L’accélération, et la force qui l’engendre, est alors deux fois plus grande.La force qui infléchit notre trajectoire pour nous faire accomplir un cercle est dirigée vers le centre et qualifiée de « centripète ».Dans le carrousel, la force centripète est exercée par notre cheval sur nos jambes.Le La dimension cachée r LA SCIENCE DANS LA VIE QUOTIDIENNE Des hauts et des bas Tout ce qui monte doit redescendre.Soit, mais il y a redescendre et redescendre.reste de notre corps tend à continuer en ligne droite, donc à pencher vers l’extérieur : on dit alors qu’on est soumis à une force centrifuge, mais cette façon de voir ne traduit qu’une impression.L’illusion centrifuge est à la base de tous les manèges qui tournent.Le plaisir augmente quand la vitesse et la direction du mouvement varient, car la grandeur et la direction de la force centrifuge apparente changent également.Les montagnes russes et les manèges apparentés fournissent les meilleures occasions de crier.À en juger par la longueur des files d’attente, ce sont aussi les plus populaires.Le train des montagnes russes n’est pas motorisé : il est accroché à une chaîne actionnée par un moteur qui tire les wagons le long de la première côte.Au sommet, le train est libéré.Au début, le train avance lentement, mais la première descente est longue et raide (une dénivellation de 24 mètres à environ 30 degrés à La Ronde) et la vitesse augmente très rapidement.En montant la côte suivante, la vitesse diminue jusqu’au sommet.Ces variations de vitesse se poursuivent jusqu’à l’arrivée.Hélas, on n’a pas le temps de penser à ces considérations physiques : on se cramponne à la barre de retenue, en espérant seulement sauver notre peau ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les anglophones appellent ces charmantes balades des « white-knuckle rides » ! En abordant la première descente, le premier wagon roule lentement et nous offre une vue imprenable sur le gouffre qui nous attend.Dans les derniers wagons, on éprouve une tout autre sensation.Au fur et à mesure que les wagons précédents entament la descente et « tombent », l’accélération augmente et la force exercée par le siège augmente proportionnellement.Les derniers wagons passent donc au sommet avec une vitesse assez importante.Cette vitesse, tangente à la trajectoire, est dirigée horizontalement.Lorsque les wagons entament la descente, on continue de se mouvoir horizontalement et notre siège se dérobe.Soudainement, la force exercée par le siège devient nulle, nous donnant l’illusion d’en être éjecté.On se trouve, pendant un bref moment, en apesanteur ! Wlab® upntaiiï Isiiiule, «Mtp; •itiid !*>*» ^.6 w Si, > s, "ht6 l Ni' N 66 Québec Science / Juillet-Août 1996 C’est la barre de sécurité qui nous retient.Pour démontrer leur courage, certaines personnes gardent leurs bras en l’air en passant au sommet des côtes.Admirable, bien qu’il soit arrivé dans le passé qu’une barre de retenue fasse défaut et que des passagers soient éjectés.C’est donc plus sage d’empoigner la barre.Notons toutefois que, selon une étude réalisée en Angleterre, on court sept fois moins de risques de mourir dans un manège que pendant le trajet en auto qui nous mène au parc d’attractions.Si, dans le dernier wagon, on tend à suivre une trajectoire horizontale au sommet d’une côte, pourquoi le wagon n’en fait-il pas autant et ne quitte- Peut-on bronzer à travers le verre ?(La question du mois dernier) Oui.Une vitre ordinaire de 0,25 cm d'épaisseur n'offre qu'un FPS de 7 environ.Il est toutefois rare qu'on se plante assez longtemps devant une fenêtre pour en arriver là.t-il pas les rails ?C’est que le wagon précédent tire et retient le suivant.De plus, les wagons des manèges sont dotés de trois types de roues, situées au-dessus, en dessous et sur le côté du rail.Si on se sent léger au sommet d’une côte, on éprouve la sensation contraire en bas : on se sent écrasé sur notre siège, comme si notre poids avait augmenté.Dans la « vallée », le siège exerce une force centripète dirigée vers le haut, de façon qu’on suive la courbe de la voie.Comme la vitesse à cet endroit est élevée (jusqu’à 96 km/h au bas de la deuxième côte du Monstre de La Ronde), la force centripète doit être grande.Cette force s’ajoute à celle exercée par le siège pour compenser notre poids.La force totale exercée vers le haut est donc élevée, ce qui fait qu’on se sent écrasé sur le siège.Le fm du fin, c’est la boucle verticale (comme, à La Ronde, dans le Boomerang ou le Cobra).Entamant la boucle à grande vitesse, le train grimpe et arrive en haut avec une vitesse moindre.Il est retenu sur les rails par les roues qui se trouvent sous la voie en temps normal, mais au-dessus au sommet de la bouche.Sans harnais, on dégringolerait jusqu’en bas.Charmante sensation quand on tourne à toute vitesse la tête en bas ! « Le rayon de la trajectoire est assez petit, dit André Lemaire, inspecteur des manèges à La Ronde, et dans un manège comme le Boomerang, l’accélération centripète atteint brièvement 3,7 g, soit 3,7 fois l’accélération gravitationnelle.En comparaison, l’accélération ne dépasse guère 2 g dans les montagnes russes.» Et si ces aventures au parc d’attractions n’ont pas réussi à vous émouvoir, U vous reste toujours le bungee ou la tauromachie.Bon été ! • Dans le prochain numéro Bientôt l'ordinateur vivant T Pour accroître la performance de l'ordinateur, on tente de lui greffer des neurones.Le mariage du vivant et de l’informatique ?par Félix Légaré et Philippe Chartier Les mutants dans nos assiettes Les généticiens sont aux fourneaux : ils nous préparent du porc sans gras, des fruits plus savoureux, du maïs plus sucré.Mais il leur reste à passer l’épreuve de la table.par Stéphan Dussault Voyage au centre de la Terre La chimie des profondeurs de la planète intrigue les géologues.Ils nous convient à un voyage fabuleux.et théorique, bien sûr.par Valérie Borde Bouquet marin Au Japon, elles font partie du menu quotidien.Au Québec, les algues ont quelques adeptes gastronomes.Sans plus.En fait, elles sont passablement méconnues.Pourtant, elles sont d’une qualité remarquable.Quelques clefs pour identifier celles que l’on trouve échouées le long des rives du golfe du Saint-Laurent.par Claire Gagnon Québec Science / Juillet-Août 1996 67 agenda Au Musée de la civilisation de Québec, (418) 643-2158 Le génie créateur des bricoleurs Idées et ingéniosité sont les matières premières de l'invention.On vous propose une incursion dans le monde des inventeurs québécois et vous explique comment une simple bricole peut parfois se transformer en un produit commercial.Jusqu'en septembre 1996.Au Musée du séminaire de Sherbrooke, (819) 564-3200 Au-delà de la toile Une exposition qui souligne l'ingéniosité des araignées et perce les mystères qui entourent ces tisseran-des hors pair.Jusqu'au 8 septembre 1996.Au Planétarium de Montréal, (514) 872-4530 Qui a tué les dinosaures ?Les scientifiques proposent aujourd'hui différentes hypothèses pour expliquer l'extinction des dinosaures.De la chute d'une grosse météorite au microbe qui aurait foudroyé les carnassiers et les lézards du crétacé.La fin du Parc jurassique telle qu'elle est perçue par les astronomes.Du 27 juin au 10 octobre 1996.À la Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal, (514) 849-1612 Cerveaux branchés C'est par là que tout passe : nos émotions, nos rêves, nos pensées.Mais le cerveau demeure à plusieurs égards mal compris.L'exposition « Notre cerveau, ce super ordinateur vivant » nous fait découvrir son fonctionnement.Jusqu'au 13 janvier 1997.Pour annoncer des événements d'éducation scientifique d'intérêt général dans cette colonne, faites parvenir vos communiqués de presse à Québec Science (rubrique « À l'agenda »), 425, rue de la Gauchetière Est, Montréal (Québec) H2L 2M7.La rédaction se réserve le droit de sélectionner les événements à mettre à l'agenda.Balade au dépotoir La visite au site d'enfouissement de Lachenaie n'a rien de bucolique, mais elle est instructive.Et très impressionnante.ids à l'aide dfoiseaux -uissement sanitaire.' est un ballet incessant, une valse à trois temps entre les camions à ordures, les camions qui broient les déchets (de vrais monstres mobiles !) et les mouettes, des dizaines de milliers de mouettes qui crient et s’agitent autour des hommes qui travaillent au cœur du dépotoir.De temps en temps, un faucon dressé pourchasse ces pique-assiette volants et parvient à les disperser aux quatre vents.Mais pour quelques minutes seulement.Entre avril et juin, 2 500 personnes, surtout des jeunes d’âge scolaire, sont venus visiter le site d’enfouissement de Lachenaie.Situé en bordure de l’île de Montréal, il appartient à Browning-Feris Industries, une des plus importantes sociétés de gestion des déchets en Amérique du Nord.Effet-choc garanti : on se rend compte d’un seul coup d’œil de l’impact environnemental que peut avoir un insignifiant sac à ordures lorsqu’il est multiplié parle nombre d’habitants d’une grande ville ! Que faire des sept millions de tonnes d’ordures ménagères que produit annuellement la population du Québec ?Pour bien apprécier la visite, mieux vaut débuter au centre d’interprétation de la nature des déchets, le centre Mobius.Dans une salle de classe, où les tables et l’armature sont faites de matériaux recyclés, les jeimes apprennent à faire du compost, découvrent la composition des sacs à ordures et la progression de la décomposition des déchets.Sur les murs, une série de panneaux expliquent comment sont enfouis les déchets des municipalités environnantes, et donnent des renseignements scientifiques et environnementaux sur la gestion et l’exploitation du site.Après un contrôle de la nature des déchets à l’aide d’un détecteur de radioactivité et leur pesage pour la facturation (autour de 30 dollars la tonne), 500 camions viennent chaque jour déverser leur cargaison dans l’une des cellules d’enfouissement du site.Chaque cellule, d’une circonférence de 150 mètres, est creusée à même l’argile (à 10 ou 12 mètres de profondeur), un sol imperméable aux écoulements de Ibdviat, le liquide toxique provenant de la putréfaction des déchets.Sur les côtés, un mur d’étanchéité et un fossé périphérique empêchent l’écoulement des eaux vers d’autres sols.Tout un système de filtres naturels (sable et pierres) permet au Ibdviat de se rendre au tuyau de captage et d’être aspiré vers les trois bassins d’épuration des eaux.Il faut environ six mois pour remplir une cellule.Une douzaine de cellules sont déjà remplies.Mais le site d’enfouissement de Lachenaie est si vaste qu’il pourra recevoir des déchets pendant encore 4 à 13 ans ! Cela dit, malgré les odeurs parfois peu ragoûtantes, il faut visiter le site de même que la centrale électrique et ses quatre turbines pour comprendre l’ampleur du défi que le recyclage pose à la société de consommation.Saisissant.Laurent Fontaine Renseignements Les visites sont gratuites.Réservez auprès de Christine Cormier, (514) 581-2390.Centre Mobius : Galerie des Chesnayes, 319, montée des Pionniers, Lachenaie (autoroute 40, sortie 94).Site d'enfouissement : 3779, voie de service Nord, autoroute 640, Lachenaie (sortie 97).68 Québec Science / Juillet-Août 1996 S' W'M IffltBW jÿ®1’1 iir^ Des chiffres et des jeux par Jean-Marie Labrie Jeu n° 5 Un seul chiffre suffit Dans le système binaire, utilisé pour les ordinateurs, le nombre 31 s'écrit 11 111.Le nombre 33 est le plus petit nombre naturel qui, multiplié par 31, donne encore un nombre qui ne s'écrit qu'avec le chiffre 1 : 11 111 x 100 001 = 1 111 111 111.Dans le système décimal, quel serait le plus petit nombre entier naturel qui, multiplié par 31, donne pour produit un nombre entier qui ne s'écrirait qu'avec le chiffre 1 ?Jeu n° 6 Un sondage sur trois sports populaires Dans deux classes régulières de 5e secondaire, comprenant chacune 36 élèves, on a recueilli les données suivantes : •45 élèves aiment le football; •43 élèves aiment le baseball; • 56 élèves aiment le hockey; • 26 élèves aiment autant le football que le baseball; •36 élèves aiment autant le football que le hockey; •40 élèves aiment autant le baseball que le hockey; •seulement 24 élèves aiment ces 3 sports.Quel est le pourcentage des élèves qui n'aiment aucun de ces sports et de ceux qui n'aiment qu'un seul de ces sports ?(Solutions dans le prochain numéro) Solutions de Juin Jeu n° 3 Un test de français écrit Soit x le nombre de garçons et 36 - x le nombre de filles.Cela donne : 23(36 - x) + 18,5x= 20,5 X 36 828-23x+ 18,5x = 738 -4,5x= - 90 x = 20 Il y a 20 garçons et 16 filles.On compte donc 4 garçons de plus que de filles.Jeu n° 4 Trois dés à la fois a) Il y a 4 progressions arithmétiques possibles avec 1 comme raison commune (1 2 3, 2 3 4, 3 4 5 et 4 5 6) et 2 progressions arithmétiques possibles avec 2 comme raison commune (1 3 5 et 2 4 6).Chacune de ces 6 situations peut se produire de 6 façons différentes avec les 3 dés : au total, il y a 36 événements appelés progressions arithmétiques.Nombre de cas dans l'univers des possibles : 6 X 6 X 6 ou 216.Probabilité d'avoir une progression arithmétique : 36/216 ou 1/6.b) Il n'y a qu'une seule progression géométrique possible avec 2 comme raison (1 2 4) et elle peut se produire de 6 façons différentes.La probabilité d'avoir une progression géométrique est donc de 6/216 ou de 1/36.Niveaux de difficulté : débutant | ; intermédiaire : expert liloiLiiiis Le magazine drôlement scientifique des 9 à 14 ans vous propose en juin-juillet-août : Les vacances des Débrouillards Cette section spéciale offre aux jeunes un choix d'activités simples et scientifiques à faire pendant l'été, de l'organisation d'un « safari abeilles » à l'observation des étoiles filantes en août prochain.Les jeunes y trouveront aussi des suggestions de livres et de sites sur Internet.Les Jeux olympiques • Testez vos connaissances sur les Jeux olympiques avec notre quiz.• Faites la connaissance d'Antoinetta Pascal, une jeune athlète de 12 ans qui s'entraîne en athlétisme.Les Débrouillards lui a fait rencontrer son idole : le sprinter canadien Bruny Surin.• En BD : La bande des Débrouillards visite un laboratoire où sont effedués les tests antidopage.• Notre chroniqueuse Marie-Andrée Amiot propose un choix de livres, d'émissions de télé et d'expositions sur le thème des Jeux olympiques ! Un miniroman Des BD En plus : Des expériences amusantes à faire à la maison, des concours, des jeux, la rubrique des correspondants.48 pages de découvertes ! Les Débrouillards est en vente dans plusieurs kiosques à revues et librairies au prix de 3,25 S.Pour s'abonner (1 an, 10 numéros : 29,57 S), s'adresser à : Magazine Les Débrouillards 2924, boul.Taschereau, bureau 201 Greenfield Park (Québec) J4V 3P1 Commande téléphonique (carte de crédit indispensable) : (514) 875-4444/1-800-667-4444 Québec Science / Juillet-Août 1996 69 Bond@007.agent.net Guerres dans le cyberespace.Services secrets et Internet, par Jean Guisnel.Éditions La découverte, enquêtes, 1996, 252 p., 37,95 $ Les espions ont investi le cyberespace ! Branchés sur Internet, ils ouvrent impunément notre courrier électronique, infiltrent les groupes de discussions, surveillent et pillent les bases de données.C’est ce révèle l’enquête menée par le journaliste français Jean Guisnel.C’est la cryptographie quantique — une manière infaillible de protéger l’information électronique (voir Québec Science, mars 1996) — qui pourrait mettre hors jeu ces nouveaux Mata-Hari des services secrets.Évidemment, ils font tout pour que cela ne se concrétise pas.Passionnant.Marcus Placebo, m.d.Le mystère du placebo, par Patrick Lemoine.Éditions Odile Jacob, 1996, 238 p„ 48,95 $ Aussi étrange que cela puisse paraître, l’efficacité moyenne des placebos — c’est-à-dire des médicaments fictifs — est d’environ 30 %.Et, dans certains cas, ils causent même des effets secondaires ! Comment une pilule sans substance active, une coquille vide en somme, peut-elle avoir des vertus thérapeuti- ques ?La science n’est pas en mesure de le dire.« Il serait temps de chercher à comprendre par quels mécanismes ce curieux et dérangeant phénomène peut se manifester », croit cependant Patrick Lemoine, psychiatre français et auteur du Yme Le mystère du placebo.Certes, dit-il, il y a des réponses psychanalytiques, biologiques et même socio-logiques à l’énigme du placebo, mais c’est notre rapport à la médecine qui doit être ici remis en question.Selon lui, meilleur est le climat de confiance entre le médecin et le patient, plus élevées seront les chances de succès du traitement.C’est donc le degré de cette confiance que traduit l’effet des placebos.Intrigant.Le cancer est-il électrique ?L'électricité est-elle à risque ?par André Beauchamp.Éditions Bellarmin, 1996, 124 p., 19,95$ Depuis plusieurs années, les lignes à haute tension inquiètent les gens qui habitent dans leur voisinage.Mais les champs magnétiques qu’elles dégagent ont-ils vraiment un effet sur la santé ?André Beauchamp, ancien président du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, relance le débat et se demande si le jeu de l’électricité en vaut la chandelle.Raymond Lemieux Guerres dans le cyberespace Services secrets et Internet PATRICK LEMOINE LE MYSTÈRE DU PLACEBO L'ÉLECTRICITÉ EST-ELLE À RISQUE?CD-ROM Planant ! L'aviation, du premier vol aux derniers essais.Collection L'Aventure de la connaissance.Hybride PC ou Mac.Distribution Québécor Multimédia : (514) 284-2822.99,99$ ¦V ., Al ouverture, on se retrouve avec plaisir dans la tour de contrôle d'un aéroport.Tout y est : avions dans le ciel et sur la piste d'atterrissage, rangées de livres, radar, etc.Si on déplace la souris sur l'image-écran, des bulles de texte apparaissent et indiquent les différents chapitres du CD-ROM : Cinéma, Bibliothèque et Encyclopédie, Chaîne de montage.Musée, Avions de papier et Devinettes.À gauche de l'écran cinéma, trois boutons permet- tent de choisir entre « gags », « documentaires » et « archives ».Les films « gags » rappellent ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines, mais truffés d'onomatopées et de commentaires particulièrement débiles.Ainsi, j'ai peu apprécié le fou rire du narrateur accompagnant certaines catastrophes aériennes.Par contre, on a fait un sérieux effort en ce qui concerne les documentaires et les archives.On y voit les frères Wright essayant leur premier avion, l'arrivée triomphale de Lindbergh à Paris, le vol du B-2 et du B-17, l'écrasement du prototype du F-14.On vit avec émotion et en direct un tir de missiles, un atterrissage difficile sur un porte-avions, un ravitaillement en vol, etc.On quitte toutefois le chapitre Cinéma accompagné d'un sonore et désagréable « retour à la base ».CD-nOM ' ‘J)u picnticx uid aux fleutu’i.' c.vuiô L'AVIATION » s• 17.Le chapitre Bibliothèque et Encyclopédie se concentre sur la technologie des avions militaires, civils et commerciaux.Il est truffé d'informations sur l'histoire de l'aviation et traite des aviateurs célèbres, des événements importants, des technologies de pointe, de l'aviation russe et même des avions furtifs.Mais c'est la Chaîne de montage qui fascinera les fanatiques de l'aviation.Ce chapitre permet en effet de disséquer une dizaine d'avions (navette spatiale, Boeing 707, bombe volante V-1, etc.).En cliquant sur l'aile d'un Mig 25, par exemple, on obtient aussitôt une vue agrandie.On peut ainsi cliquer plusieurs fois sur une même zone et même supprimer la carlingue pour obtenir une radiographie de l'intérieur.En même temps, une fenêtre de texte, lue automatiquement, décrit la partie de l'avion.On apprend ainsi comment agissent les gouvernails, comment fonctionnent les réacteurs et on découvre les secrets des avions et des hélicoptères les plus célèbres.Un CD-ROM intéressant bien que la navigation soit parfois pénible et les commentaires, souvent hachés.J'ai résisté plus d'une fois à la tentation de m'éjecter avec ou sans parachute.Claude Mardi 70 Québec Science / Juillet-Août 1996 PimStk Imml IMhitru màâjiiitl lîmtspaij rçlÆÜjiisJail teisjlft lÜinfettu WSfflta hk'tiléè frtëifori! :V( 'mantes,,.PftÉtîiÉe «Weils» ^bttaijiies slfs%tec; [i£ f :1Hi|ue’ I l'flîàniii!® I •ISiiapJ :s'r i afa'IK® M ^ ierre Béland, direc-M-J tear scientifique à Æ.l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent, signe son premier livre, Les bélugas, l’adieu aux baleines, dans lequel il relate l’histoire des baleines blanches du Saint-Laurent, celle du fleuve et celle des hommes qui ont habité ses nves.Québec Science : Votre livre contient des histoires étonnantes.Pierre Béland : Oui, mais tous ces récits sont authentiques.La pêche à la fascine à Rivière-Ouelle où Joseph Lizotte captura des centaines de bélugas mais perdit sa fille Marie-Simone, les attaques aériennes de Louis Cuisinier pour chasser les bélugas des côtes, les recherches militaires sur les bélugas, les pérégrinations de Briz, un béluga perdu dans la mer Noire, tout cela est vrai.Q.S.: Pourquoi dites-vous adieu aux bélugas ?P.B.: Après 14 ans de travail, l’heure est venue d’exorciser mes souvenirs : peut-être les bélugas sont-ils condamnés dans ce monde que nous, les humains, sommes en train d’édifier.Pas seulement les bélugas du Saint-Laurent, mais toutes les baleines.Q.S.: La population de bélugas dans le fleuve s'est pourtant stabilisée.P.B.: Oui, autour de 500 individus.C’est assez pour assurer la survie de l’espèce, mais, en 15 ans, le nombre de bélugas n’a pas non plus augmenté.On est donc sur la corde raide : le moindre incident — un pétrolier qui échoue, par exemple — peut tout compromettre.Ce qui est positif, c’est que le Des bélugas en sacrifice ?mm .Pierre Béland fleuve est moins contaminé, le poisson aussi.L’intérêt des gens pour les questions environnementales est aussi plus grand qu’en 1982.Par contre, on n’a rien appris en 15 ans.Chaque auto pollue moins, mais il y en a beaucoup plus sur la planète.De plus, avec le développement de nouvelles régions, l’atmosphère est encore plus contaminée.Enfin, si le DIT est interdit chez nous depuis 1972, les États-Unis en exportent plus aujourd’hui en Chine ou en Inde qu’on en utilisait alors ! Q.S.: Il y a une grande nostalgie dans votre livre.P.B.: L’histoire du béluga condense ce qui s’est fait dans le fleuve et dans ses alentours.Le béluga est au sommet de la chaîne alimentaire, comme nous.Confusément, nous savons que ce qu’il vit, nous le vivons aussi.À une moindre échelle, cependant.Heureusement, car il y a 20 ans on prédisait que la mer nourrirait la planète.Sauf que si nous nous étions nourris comme le béluga, nous serions contaminés nous aussi ! Aujourd’hui, par exemple, on conseille aux femmes inuites de ne pas allaiter parce que la graisse de béluga dont elles se nourrissent est trop contaminée pour les nourrissons.En fait, l’homme n’a probablement pas besoin de toutes les espèces pour vivre.On peut s’imaginer sur une planète artificielle, avec de l’asphalte mur à mur et des animaux parqués dans de grands biodômes.Dans une culture qui mise tout sur les lois de l’économie, ça aurait du sens.Mais est-ce vraiment ce monde-là dans lequel nous voulons vivre ?Moi pas, et c’est le sens de mon combat pour sauver les bélugas.O.5.: Est-ce qu'il est trop tard ?P.B.: Je ne sais pas.La surexploitation des ressources a atteint des sommets : on va maintenant au large pour pêcher le poisson qui manque et on trouve même des produits toxiques dans le ventre des albatros qui pêchent au milieu du Pacifique ! Si la surface de l’eau change, c’est toute la colonie marine qui va être affectée.Ces phé- nomènes se préparent pendant des dizaines d’années et, tout à coup, ils se manifestent.Il est peut-être trop tard, mais en même temps j’ai toujours refusé de croire ceux qui prêchent l’inéluctable.Si on perd les bélugas du fleuve, d’accord, pourvu que leur sort ait servi à quelque chose et qu’on sauve le système marin.Q.S.: Que peut-on faire pour éviter d'en arriver là ?P.B.: Il n’y a pas d’autre moyen que de contrôler notre croissance démographique — aujourd’hui, il faut moins de 12 ans pour ajouter un milliard d’êtres humains et le sort de la planète est surtout entre les mains des plus pauvres.Il faut aussi changer nos façons de produire et de développer.Si on ne le fait pas nous-mêmes, la nature se chargera de le faire pour nous à coups de catastrophes.Dans le petit conte que j’ai écrit, les animaux sont unanimes pour désigner l’espèce qu’il faut éliminer pour permettre la survie des autres : c’est l’homme.Q.S.: Avons-nous appris à mieux respecter les espèces en danger ?P.B.: En 1930, on accusait les bélugas de décimer les bancs de morues; aujourd’hui, on s’en prend aux phoques.On n’a guère avancé depuis que Joseph Lizotte massacrait les bélugas durant l’avant-guerre.Et pendant que l’Occident parle de développement durable, l’Asie du Sud-Est décime ses forêts.L’homme est vraiment un drôle d’animal.Propos recueillis par Laurent Fontaine Québec Science/Juillet-Août 1996 71 La formation à 3 dimensions sir 3510, boul.Saint-Laurent Bureau 202 Montréal (Québec) Tel.: (514) 288-3447 Téléc.: (514) 288-5799 Centre National d’Animalion et de Design -—> w • ¦ 5 • National Animation and Design Centre
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