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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 1997, Collections de BAnQ.

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Québ Soigner au « pot » : nos médecins disent non îtgm iiiitii ll!i« !iKi I 5 ER BNQ lous aurons tous Volume 35, numéro 7 Avril 1997, 3,95 S * génétique nous met une fontaine le Jouvence .es malheurs Je l'asphalte .'énigme Jes placebos .a fin de a science ?/ Le Québec invente 15 bons coups du génie québécois 77333301994903 WMM Longtemps vue comme un rêve, la voiture en aluminium est bel et bien une réalité.Métal léger, durable et résistant à la corrosion, qui permet la fabrication de structures rigides et sécuritaires, l’aluminium offre de multiples qualités à l’industrie automobile.Il n'est donc pas surprenant que les plus grands constructeurs au monde produisent déjà des pare-chocs, des jantes, des carrosseries et des moteurs en aluminium.«Quand ta voiture sera en aluminium, c'est moi qui prendrai le volant.» Dans le marché de l’automobile, aluminium et environnement iront de pair.Alcan a mis au point une technologie révolutionnaire qui permet de construire en série des voitures d’aluminium.Beaucoup plus légères et consommant donc moins d’énergie, les voitures des prochaines générations seront plus respectueuses de l’environnement.L’aluminium de ces voitures sera recyclé, refondu en lingots et peut-être même réutilisé dans la conception de nouvelles voitures.Alcan connaît déjà les chemins qui mènent vers demain.L’AVENIR EST SI PROCHE -'ALCAN Billet La retraite à 90 ans ?Québec soignor au « pot » : nos médecins disent ni science Nous aurons tous La génétique nous promet une fontaine de Jouvence Plusieurs généticiens estiment qu’un bébé qui naît aujourd’hui a de bonnes chances de voir le XXII' siècle ! Selon eux, l’espérance de vie actuelle au Canada —• 77 ans pour les hommes et 82 ans pour les femmes —• pourrait être considérablement relevée, indique la journaliste Anne-Marie Simard.En échange d’une trentaine de gènes au moins, ces sorciers modernes nous garantiraient jeunesse et santé et, surtout, un visa terrestre d’une durée prolongée.Lorsqu’on sait que plus de la moitié de la population du Québec est à l’âge de compter ses rides ou de se demander qu’est-ce qui, du cœur, des nerfs ou des os, va B11B J§ kns I lâcher en premier, cette proposition est bien tentante.Les entreprises qui investissent dans ce rêve le savent bien.On les compare déjà au Microsoft des années 80.Mais ce séduisant projet a son envers.Par exemple, qui va payer pour les pensions de ces personnes qui vivront 20, 30 et 40 ans de plus que le délai prévu par nos démographes ?Déjà que la Régie des rentes a du mal à boucler ses fins d’année.Et les REÉR ?Combien faudra-t-il mettre d’argent de côté pour subsister décemment durant une aussi longue période ?Pire : si, à 65 ans, on a encore la jeunesse et la santé et que l’on est « apte au travail », qu’est-ce qui va empêcher un sous-ministre à l’esprit un peu tordu de repousser l’âge de la retraite à 90 ans ?Car au fond, rien ne nous empêchera plus de conduire un autobus, de pianoter sur l’ordinateur, d’enseigner ou même de rouler sa bosse sur les chantiers de constmction jusqu’à cet âge.Un beau problème de société en perspective.Les malheurs de rasphalte i L'éniqme I des placebos , La fin de Le Quebec invente 15 bons coups du génie québécois Rendez-vous spatial Astronomie Québec s’était éclipsé ?Le revoilà ! On retrouvera dorénavant ce seul périodique québécois destiné aux astronomes amateurs et autres amateurs d’astronomie encarté quatre fois par année dans Québec Science.Le premier rendez-vous aura lieu au prochain numéro.Raymond Lemieux S*W%, *7,'*.¦ ÈS-V'Ll Actualités 11 Soigner au « pot » : les médecins québécois disent non On peut administrer de la morphine et de la cocaine aux grands malades, mais pas du cannabis.Les médecins expliquent pourquoi.par Martine Turenne Le sixième sens des oiseaux migrateurs Nos grandes oies des neiges sont de retour.Elles seront suivies par les hirondelles, les colibris et tous les autres.Mais comment diable font ces oiseaux pour retrouver leur chemin année après année, sans carte ni boussole ?par Henry Gee I La fin de la science ?Un iconoclaste est passé à Montréal cet hiver, clamant la fin de la science, ou du moins d’une certaine idée de la science.Québec Science l’a rencontré.par Jean-Pieyre Rogel 14 Chronique Internet La farce cachée de la science Notre nouveau chroniqueur a débusqué quelques adresses de sites scientifiques pas très con-ventionnels.Un savoureux mélange d’esprit cartésien et d’esprit de bottine.par Philippe Chartier 16 Nouvelles brèves Chroniques m 40 La dimension cachée Murs du son par Raynald Pepin 42 Science et culture La science en 4 actes par Céline Saint-Pierre 44 Cédérom Alexander le bienheureux par Michel Bélair 45 Livres 31 histoires courtes de Gould L>ar Natalie Boulanger Entrevue avec Richard Béliveau Derrière l'image « Je voulais en finir une fois pour toutes avec le cliché du savant tordu », dit Richard Béliveau, le chercheur oncologue qui a agi comme consultant pour la série télévisée Urgence IL par Nathalie Collard 4 Québec Science / Avril 1997 Sommaire Dossier innovations Âge d'or Le Québec invente Des centaines d’entreprises québécoises investissent dans la recherche et le développement.L’Agence Science-Presse et Québec Science ont sélectionné 15 innovations qui en ont résulté.32 Informatique Le spectre de l'an 2000 Tous les ordinateurs du monde risquent de perdre la tête le 31 décembre 1999 à minuit pile.Mais une entreprise québécoise a trouvé le moyen de remettre leur' pendule à l’heure.par Laurent Fontaine Environnement Déchets volcaniques À1 600°C, même le plus coriace des sacs à ordures finit par rendre l’âme.par Jean-René Dufort Santé Médecine de poche Un échographe de poche permet à la médecine de pointe de se rendre dans les endroits les plus reculés.par Rachel Duclos 12 autres coups de génie De la tour de contrôle virtuelle à la banque de douilles en passant par le téléphone multimédia.Une tournée de la galerie de nos inventeurs.par l’Agence Science-Presse Routes : les malheurs de l'asphalte :Les ingénieurs québécois veulent en finir avec les nids-de-poule, Tissures et renflements de l’asphalte.Ils ne sont pas au bout de leurs peines.par Laurent Fontaine Nous aurons tous À défaut de la jeunesse éternelle, la science nous propose de vivre plus longtemps et en meilleure santé que jamais auparavant.Une offre difficile à refuser.par Anne-Marie Simard 26 Rêves de jouvence Il existe plusieurs traitements dont on dit qu’fis peuvent améliorer votre espérance ou votre qualité de vie.à vos risques et périls.par Anne-Marie Simard L'énigme des placebos Comment expliquer qu’une vulgaire pilule de farine puisse parfois réussir là où échouent le meilleur médicament et le plus avisé des médecins.Pouvoir de l’esprit ou maladie imaginaire ?par Rachel Duclos Québec Science / Avril 1997 Courrier i ^ •- À bien y penser Dominik Jacques, 15 ans, est un lecteur assidu du magazine depuis 4 ans.Le billet du numéro de décembre, qui traitait notamment de la conquête spatiale, l’a fait réfléchir.« Je pense que M.Lemieux a mis le doigt sur un problème d’éthique considérable.(.) En encourageant la conquête de la planète rouge au détriment de la qualité de la vie des gens du tiers-monde, est-ce que la société occidentale n’est pas en train de commettre une grave erreur ?(.) Bien sûr, il est plus glorifiant de marcher sur une autre planète que d’aider son voisin.» Il conclut en écrivant que tout le monde se souvient de ce que Neil Armstrong a dit le 29 juillet 1969, mais que personne ne peut, sans hésiter, citer une seule action de grande envergure pour aider les pays en voie de développement.« Je pense que nous sommes dus pour un changement de taille en ce qui concerne notre façon dépenser.» Curieuse déclaration « Dans l’article sur la chercheur e de l’année, Bartha Maria Knoppers (février 1997), on fait référence à la Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de la personne humaine, écrit Lise Archambault, traductrice au ministère de l’Éducation de la Colombie-Britannique.Etonnée par ce dernier adjectif, je fouille dans mon Petit Robert et trouve à la définition du mot personne : “individu de l’espèce humaine”.L’UNESCO a-t-elle découvert des personnes non humaines et nous cache-t-elle quelque chose ?» N.D.L.R.: Vérification faite, il ne s’agit pas d’une erreur de transcription puisqu’il est bel et bien question d’une « déclaration universelle de la personne humaine ».Par contre, nous admettons que l’expression est pour le moins cu- Nous acceptons de temps à autre de communiquer notre liste d'abonnés à des organismes et des entreprises quand nous croyons que leurs produits ou services peuvent intéresser nos abonnés.Cependant, les demandes qui nous sont adressées sont acceptées avec parcimonie à la lumière de la bonne réputation des requérants et de l'intérêt des produits et services qu'ils offrent.La plupart de nos abonnés apprécient ce service.Si vous ne souhaitez pas que votre nom figure sur cette liste, faites-le-nous savoir par écrit en nous indiquant votre nom, votre adresse ainsi que votre numéro d'abonné.Québec science CEGEP de Jonquière Publié par La Revue Québec Science 425, rue de La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 courrier@QuebecScience.qc.ca http://QuebecScience.qc.ca lllustrations/photos : Marc Cuadrado, Laurent Leblanc, Pierre-Paul Pariseau, Rémy Simard, Jean Soulard Correction : Natalie Boulanger PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique et impression : Interweb COMMERCIALISATION Promotion : Hélène Lapointe Abonnements : Nicole Bédard rieuse.Quant à savoir si l’UNESCO nous cache quelque chose.Neurones au travail Intéressé par l’article sur les réseaux neuronaux, l’une des dix découvertes de l’année recensées dans le numéro de février dernier, Bertrand Ducharme désirait en savoir plus long à ce sujet.Voici : Daniel Crevier, un des chercheurs de l’UQAM qui a participé à ce projet, vient de publier4 la recherche de l’intelligence artificielle aux éditions Flammarion, dans la collection Nouvelle Bibliothèque Scientifique.Bonne lecture.Donnez-nous vos commentaires ! Vous avez des commentaires et des suggestions sur le magazine ?Écrivez-nous à l'adresse suivante, ou envoyez-nous une télécopie au (514) 843-4897.Québec Science 425, rue de La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 Adresse électronique courrier@QuebecScience.qc.ca DIRECTION Directeur général : Michel Gauquelin Adjointe administrative : Nicole Lévesque RÉDACTION Rédacteur en chef : Raymond Lemieux Adjoint à la rédaction : Normand Grondin ABONNEMENTS Tarifs (taxes incluses) 1 an (10 numéros) 2 ans (20 numéros) 3 ans (30 numéros) À l'unité Groupe (10 ex./même adresse) 34,19$ Messageries Dynamiques Au Canada À l'étranger 37,60$ 48,00 $ 64,95 $ 86,00 S 89,91 $ 125,00$ 4,50$ 5,25$ 34,19$ Non disponible ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSE Téléphone : (418) 657-4391 PUBLICITE Communications Publi-Services inc.1, rue Forget, Saint-Sauveur (Québec) JOR 1RO Géraldine Richard, Jean Thibault Tél.: (514) 227-8414 Télec.: (514) 227-8995 publiser@sim.qc.ca REDACTION Tél.: (514) 843-6888 Télec.: (514) 843-4897 Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Carpentier, André Delisle, Jean-Marc Fleury, Rosemonde Mandeville, Isabelle Montpetit, Gilles Parent, Pierre Sormany, René Vézina Collaborateurs : Agence Science-Presse, Natalie Boulanger, Michel Bélair, Philippe Chartier, Nathalie Collard, Rachel Duclos, Jean-René Dufort, Laurent Fontaine, Henry Gee, Jean-Marie Labrie, Claude Mardi, Raynald Pepin, Pedro Rodrigue, Jean-Pierre Rogel Céline Saint-Pierre, Anne-Marie Simard et Martine Turenne Pour abonnement et changement d'adresse QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery (Québec) GIT 2R1 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57,91871, Palaiseau, Cedex, France Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre 1997, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 1997 - La Revue Québec Science ® Imprimé sur papier contenant 50 % de fibres recyclées et 40 % de fibres désencrées (post-consommation) Québec Science reçoit l'aide financière du ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (Programme Revues de vulgarisation scientifique et technique) et du gouvernement du Canada (Programme Sciences et Culture Canada) ES Gouvernement du Québec Ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie Industrie Canada Industry Canada The Audit Bureau CPPA & Québec Science est produit sur cassette par l'Audiothèque, pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : (418) 627-8 6 Québec Science / Avril 1997 iRÉi iiin Il y a une quinzaine d’années, mon grand-père, alors nonagénaire, s’était informé autour de lui pour savoir s’il était possible d’obtenir du « pot », histoire de soulager ses cataractes.C’est son médecin, avait-on appris par la suite, qui lui avait chaudement recommandé ce médicament inhabituel.Je ne vous raconte pas la suite, la marijuana étant toujours frappée d’interdit au Canada, mais disons que le débat sur les vertus médicales du cannabis ne date pas d’hier.On dit même que les Chinois utilisaient cette plante pour combattre la douleur d y a plus de 5 000 ans.On prête au cannabis la faculté de soulager la douleur, d’éliminer les nausées ou les vomissements dus aux traitements de chimiothérapie, d’atténuer la pression oculaire causée par les glaucomes, de réduire les spasmes musculaires chez les épileptiques et les gens atteints de diverses formes de sclérose et de redonner l’appétit aux sidéens.Aux États-Unis, le débat sur les prétendues vertus médicales du cannabis a refait surface.Appelés récemment à se Actualités Soigner au « pot » : les médecins québécois disent non Le débat fait rage chez nos voisins américains et s'étend chez nous : le cannabis peut-il aider à soigner, à guérir ou simplement à soulager les malades ?Les médecins d'ici sont pour le moins sceptiques.Le cannabis : une plante à laquelle on attribue depuis longtemps des vertus médicinales.Sa culture et sa consommation sont cependant interdites.‘V-.¦ - ’ MF’ ,¦ A vT '< -sk r._ -«r.xam*! -'X' par Martine Turenne prononcer sur la législation de la marijuana à des fins médicales, 56 % des Californiens ont voté en faveur de la proposition.En Arizona, depuis l’automne dernier, un patient peut se procurer de la marijuana, de l’héroine et du LSD en pharmacie s’il a obtenu des prescriptions de deux médecins différents.Vingt-six autres États américains ont adopté différentes lois et résolutions permettant aux médecins de prescrire de la marijuana.Certains d’entre eux ont également mis sur pied des programmes de recherche thérapeutique.Dans le passé, les recherches nous ont appris que le corps humain produit une substance qui ressemble beaucoup au cannabinoïde THC, ce composé chimique qu’on retrouve dans le cannabis et qui est le principal responsable des effets de la drogue sur le consommateur.Le cerveau serait doté de récepteurs spécialement conçus pour l’absorber, des récepteurs situés notamment dans les secteurs cerneaux qui contrôlent l’activité motrice, la concentration et la mémoire à court terme.Au Québec, cependant, il est difficile de trouver ne serait-ce qu’un seul partisan du « pot » dans les rangs des médecins.« C’est un débat dépassé et inutile », dit le docteur Joseph Ayoub, oncologue à l’hôpital Notre-Dame, à Montréal.Un de ses collègues, l’ophtalmologiste Jean Duperré, est encore plus sévère.« Le cannabis ne pré- sente plus aucun intérêt », affirme-t-il.Selon les détracteurs de la marijuana, ses propriétés médicales ne font pas le poids face à la batterie de médicaments modernes utilisés pour combattre la douleur, les nausées ou les pressions oculaires.Le docteur Ayoub cite le cas Québec Science / Avril 1997 7 Actualités du Marinol en exemple.Ce médicament, constitué de THC synthétisé en laboratoire, est utilisé pour enrayer les terribles nausées qui accompagnent les traitements de chimiothérapie, mais aussi pour combattre l’amaigrissement chez les sidéens.Et si le Marinol a causé dans le passé quelques cas d’intoxication, dit-il, un autre médicament, le il a observé chez des personnes âgées plusieurs cas « de sérieuses hallucinations » ! Selon lui, le cannabis n’est pas non plus véritablement efficace dans le traitement de la douleur.« Du Tylenol à la morphine, en passant par la codéine et l’hydromorphone, la pharmacologie a mis au point au cours des dernières années toute une gamme de produits Sur le plan chimique, le cannabis a des propriétés moins intéressantes que la morphine ou l'opium.Il agit plutôt comme l'alcool et d'autres sédatifs.Il ajoute que d’autres plantes ont déjà prouvé qu’elles étaient plus efficaces pour soulager la douleur.Sans compter les effets secondaires que le cannabis peut avoir sur celui qui en consomme, dont la possibilité d’une accoutumance psychologique prononcée, comparable à celle que provoquent les tranquillisants.« De plus, dit-il, la maryuana conduit parfois ses utilisateurs vers des drogues plus puissantes.» C’est d’ailleurs un des princi- Le Cannabis Buyers' Club de San Francisco, aux États-Unis.À des fins prétendument médicales, on y vend chaque semaine, en toute illégalité, 20 kilos de cannabis.Jusqu'à 2 000 personnes s'en procurent pour soulager des douleurs causées par le sida, le cancer ou le glaucome.Les autorités policières ferment les yeux.Zofran (ou Ondansetron), encore plus efficace et sans effets secondâmes celui-là, est largement utilisé à l’hôpital Notre-Dame.« Ces médicaments sont faciles à utiliser — les doses sont administrées au milligramme près — alors qu’il est très difficile de bien doser le cannabis et d’en contrôler les effets secondaires.» L’oncologue parle en connaissance de cause : il y a une dizaine d’années, à la demande pressante de certains de ses patients atteints d’un cancer, il a lui-même prescrit des extraits de cannabis.Les résultats n’ont guère été concluants.De plus, not FOR qui exercent, chacun à sa façon, un excellent contrôle de la douleur.» Le pharmacologue Romano Salvador, spécialiste des plantes médicinales, croit qu’il ne faut surtout pas comparer des pommes avec des oranges.« Sur le plan chimique, le cannabis a des propriétés moins intéressantes que la morphine ou l’opium.Il agit plutôt comme l’alcool et d’autres sédatifs.» paux arguments du lobby antidrogue aux États-Unis.Un des spécialistes québécois des médicaments, le docteur Pierre Biron, qui vient de mettre à jour \z Nouveau guide pratique des médicaments, publié par l’Association médicale canadienne, n’a pas inclus le cannabis dans son guide.En fait, il croit que le débat est plus politique que scientifique et qu’aucun médecin d’ici ne montera au front pour défendre cette question.« Les médecins ne le feront pas tout simplement parce qu’il y a d’autres solutions que l’usage de la marijuana.Et de bien meilleures.» Les partisans du cannabis vantent également sa capacité à réduire les effets du glaucome, une maladie de l’œil qui peut provoquer la cécité.En effet, on sait depuis longtemps que fumer de la marijuana permet de réduire la pression exercée à l’intérieur de l'œil.Mais cet argument ne convainc pas l’ophtalmologiste Jean Duperré, un spécialiste des glaucomes.« Ce n’est pas exceptionnel : à peu près toutes les drogues, de même que l’alcool, réduisent cette pression à cause de certains effets sur le système nerveux autonome, qui régit notamment la tension oculaire.» On a également observé que le cannabis peut réduire l’approvisionnement en sang du nerf optique, ce qui n’est vraiment pas conseillé pour quelqu’un qui souffre d’un glaucome ! En fait, poursuit le docteur Duperré, prescrire de la marijuana pour soigner cette maladie, ce serait retourner à « l’âge de pierre de la médecine ».« Pour réduire substantiellement la pression oculaire, il faudrait qu’un patient en fume tellement qu’il serait “gelé” à la semaine longue ! » Inutile, le cannabis ?On prétend toujours qu’il peut mettre un peu de baume sur les plaies des sidéens, des cancéreux et des sclérosés.« Si un petit joint de temps en temps peut calmer les angoisses de mes patients et leur redonner un peu d’appétit, pourquoi pas ?» dit le docteur Réjean Thomas, qui traite de nombreux sidéens à sa clinique de Montréal, L’Actuel.« Mais il ne faut pas qu’ils en abusent ! Car le cannabis peut aussi être très néfaste pour les poumons fragiles des malades.» • «là Mie wh, iÿi 8 Québec Science/Avril 1997 Actualités t ¦ f '*¦ K- si !?: Vt i : : r " ¦ s : ï ;s : : ï : Polémique La fin de la science ?À la mi-janvier, le diable est passé en coup de vent à Montréal, puis il est reparti, tout guilleret, semer sa bonne nouvelle aux quatre coins de l'Amérique.Et quelle nouvelle : préparez-vous à la fin de la science ! par Jean-Pierre Rogel rv5// e diable est bien habillé, poli et cultivé, mais son message est sans appel : il vient signifier la fin de la grande époque des découvertes scientifiques.Nous aurions tout découvert, ou plutôt, dit-il, « nous avons maintenant des réponses cohérentes et significatives aux questions les plus fondamentales concernant la nature, FUnivers et notre place dans cet Univers ».En conséquence, les grandes questions sont réglées, il n’y aura plus de révélations, et la recherche scientifique aborde une période de rendement à la baisse dans laquelle on ne fera qu’accumuler détail sur détail, à l’intérieur de cadres solidement établis et qui ne bougeront plus.Voilà la thèse centrale de The End of Science: Facing the Limits of Knowledge in the Twilight of the Scientific Age, de John Horgan, journaliste à la revue Scientific American.Cet ouvrage, sorti des presses il y a sept mois, s’appuie essentiellement sur une série de portraits de grands scientifiques et de philosophes, précédemment publiés par l’auteur (Hawking, Weinberg, Popper, Penrose, Glashow, Crick, Gould, Wilson et Minsky, entre autres célébrités).Avec un titre aussi provocateur, le livre ne pouvait qu’attirer l’attention et susciter une vive réaction parmi les scientifiques.De passage à Montréal, une des étapes de sa tournée des campus universitaires, John Horgan a habilement fait face à un barrage d’objections dans un amphithéâtre bondé de l’Université McGill.« Vous faites preuve d’une grande arrogance intellectuelle, a lancé un intervenant au micro, tout de suite applaudi par la foule.Les grandes découvertes ne peuvent être prédites à l’avance, comment pouvez-vous affirmer qu’il n’y en aura plus ?« « Votre compréhension des concepts actuels en psychologie est si nulle qu’elle en est risible », a lancé une autre.Plus aimable, un biologiste est venu plaider que notre ignorance des mécanismes de communication entre les cellules est telle qu’on ne peut prétendre avoir une explication satisfaisante du fonctionnement du vivant.« Et le cerveau, dira un autre chercheur, qu’en savons- nous vraiment ?Comment peut-on annoncer la fin des neurosciences alors que ce domaine ne fait qu’émerger ?» Même en astrophysique, où Horgan s’appuie sur de gros canons comme Roger Penrose et Stephen Hawking, le conférencier a dû admettre qu’il restait quelques mystères à éclaircir-, mais que cela n’ébranlait pas ses conclusions pessimistes.En entrevue, Horgan reconnaît que la fin de la science est un titre polémique, qui donne lieu à diverses interprétations.« Ce n’est pas la mort de la science, et surtout pas la fin de la démarche scientifique, qui est une façon puissante d’aborder le réel et de prouver des choses vraies, vérifiables.Je ne veux pas dire non plus qu’il n’y a plus de questions à se poser, plus de découvertes à faire.On peut encore faire des découvertes, certaines ayant des applications majeures, comme le traitement de certaines maladies en génétique, par exemple, mais je ne crois pas qu’elles modifieront notre conception du monde, celle de notre place dans l’Univers.» De telles affirmations font bondir des spécialistes de l’histoire et de la philosophie des sciences, comme Mario Bunge, de l’Université McGill.« Sa thèse est complètement fausse, dit-il.Il n’existe aucune façon de prévoir l’évolution de la connaissance, aucune loi du développement scientifique.Cette prophétie n’a donc aucun fondement.Qui plus est, si on considère la période récente, la tendance est plutôt à l’accumulation de connaissances nouvelles qui bousculent et renouvellent nos interrogations les plus fondamentales ! » Bien sûr, admet Mario Bunge, on a aujourd’hui la théorie darwinienne de l’évolution, revue et augmentée, et celle du Big Bang, mais on ne sait toujours pas, par exemple, comment a émergé la vie, comment les espèces se succèdent et pourquoi il y a des amas de galaxies lointaines entourées de vide relatif.« Tout cela devrait suffire à empêcher quiconque de verser dans l’arrogance.C’est pourtant ce que fait Horgan, en parfait amateur, dans un message qui, en plus, risque de détourner les gens de la science.Pour moi, c’est un dangereux charlatan ! » Québec Science/Avril 1997 9 Des découvertes avec les jeunes, la science et l'actualité.S LJ F* E Ft SCIENCES FINALE QUÉBÉCOISE DU 17 AU 20 AVRIL 1997 Venez rencontrer les représentants des finales régionales des expo-sciences du Québec! 95 stands variés sur l'espace, l'environnement, la santé, l'inforoute et bien d'autres sujets.Collège Jean-de-Brébeuf 3200, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal Pour information : (5 U) 342-9342, poste 77 7 COLLEGE JEAN-DE-BRÉBEUF CONSEIL DE LOISIRS SCIENTIFIQUES DE IA RÉGION DE | MONTRÉAL r IANAUOÉRE ’ IAUSENTOES LAVAI M0NTÉRÉGIE MONTRÉAL CONSEIL DE DEVELOPPEMENT DU LOISIR SCIENTIFIQUE 10 Québec Science/Avril 1997 ; • .*11 « La possibilité que les chercheurs puissent un jour trouver une vérité tellement forte qu'elle rendrait nulle toute investigation ultérieure me paraissait relever du vœu pieu ou de l'hyperbole destinée à vendre la science (et les livres sur la science) au grand public.Le sérieux et l'ambivalence de Penrose dans son travail sur une théorie finale m'ont forcés à réévaluer ma vision du futur de la science.Avec le temps, je devins obsédé par cette question.Quelles sont les limites de la science, s'il y en a ?Est-elle infinie, ou bien mortelle comme nous ?Si c'est le cas, la fin est-elle en vue ?» Extrait de The End of Science: Facing the Limits of Knowledge in the Twilight of the Scientific Age Au cours d’un repas au chic Faculty Club de McGill, Horgan a essuyé des attaques plus polies, mais tournant autour des mêmes thèmes.Le mathématicien Laurence Myzak a rappelé que la science était essentiellement une manifestation de la curiosité et de la créativité humaines, deux caractéristiques qu’on ne pourra jamais limiter.Le physicien Harry Lam a fait remarquer que si la preuve expérimentale se heurte aux limites des instruments et à l'incertitude en physique des particules, cela ne condamne pas ce domaine pour autant.Pour sa part, le docteur Bernard Robaire a souligné l’explosion des connaissances en biologie moléculaire, alors qu’on n’en est qu’aux balbutiements dans la lecture des gènes : « On assiste à un nouvel élan de la science, pas du tout à sa fin ! » De retour en entrevue, John Horgan fait des concessions.« C’est vrai qu’ü y a un renou- vellement en sciences de la vie, amené par la biologie moléculaire et qu’on va peut-être découvrir là des choses fondamentales, comme l’origine de la vie ou pourquoi il y a de la vie et pas rien du tout.De plus, si on découvrait du jour au lendemain une forme de vie intelligente extraterrestre, ce serait un bouleversement total.» Lorsqu’on lui fait remarquer qu'il se contredit, l’homme ne se démonte pas pour autant.« Il n’y a pas contradiction, dit-il.Je dis que c’est possible, maisje n’y crois pas! » Le problème, c’est justement que le journaliste nous demande de le croire sur parole.Si son livre est bien écrit et fourmille d’anecdotes amusantes sur les grands esprits de ce monde, sa thèse centrale est forcée et pour le moins suspecte.On remarque qu’il a interviewé des hommes (et, curieusement, une seule femme) le plus souvent âgés ou à la semi-retraite.Des gens atteints !«l nr ei fui ïi- fer ivesti- Je itk tro- ritrej ijifr ifit rt m i® ] s {itfe par la « philopause », en d’autres termes.Son livre aurait-il été différent s’il avait choisi des chercheurs plus jeunes et plus actifs ?On est en droit de le penser, mais, visiblement, le confrère Morgan préfère poser des questions spéculatives à des célébrités sur le retour plutôt qu’enquêter sur ce qu’il appelle « la réalité routinière, fastidieuse et sans envergure des milieux scientifiques ».Cela donne un livre qui, après un surf habile sur les courants récents en science, décolle carrément dans la phOosophie de haut vol, les 40 dernières pages étant consacrées aux séminaires « flyés » du Santa Fe Institute, au thème de la résurrection par ordinateur et à « Dieu qui se ronge les ongles » (si voulez savoir pourquoi, la réponse est à la page 265 !).Brillant, mais totalement hors de propos ! On peut également se demander comment John Morgan est parvenu à accéder à toutes ces tribunes, à publier dans tous les médias et à faire fortune en jouant au provocateur (les droits de l’édition de poche ont été récemment vendus pour 350 000 dollars US).À moins que cela corresponde à une mode — on ne compte plus les ouvrages en librairie dont le titre et la thèse centrale renvoient à la « fin » de quelque chose ! — ou que, tout simplement, les scientifiques aiment bien se faire contester.Si tel est le cas, cette ouverture d’esprit est tout à leur honneur.• ai#] 0 iftf 'fît Pour en savoir plus The End of Science: Facing the Limits of Knowledge in the Twilight of the Scientific Age, par John Morgan.Addison-Wesley Publishing li llfijf Co, 1996, 307 p.I John Morgan sur Internet : http://www.annonline.com/ interviews/960830/ biography.htlm Actualités Grands voyageurs Le sixième sens des oiseaux migrateurs Les oiseaux migrateurs ne perdent jamais le nord.Ni le sud.Pourquoi partent-ils vers le sud à l'automne ?Comment retrouvent-ils leur chemin au printemps ?Des recherches récentes permettent de dissiper une partie du mystère qui entoure la manière dont ces oiseaux se guident.par Henry Gee X: Æ WÊmm t-X! mm a> ' • 'Z*** f.¦ *h r v/- -, r r rrcr r7*v .K.i v Que les oiseaux fuient les rigueurs de l’hiver se conçoit aisément.Qu’ils volent vers le sud et que, année après année, ils se dirigent avec constance dans la même direction (et qu’ils sachent en revenir) reste l’une des grandes énigmes de la nature.Une partie du voile qui couvre ce mystère est en train de se lever.Lentement, car les chercheurs sont, en un sens, dépassés par la profusion de moyens dont dispose un oiseau pour se diriger.Heureusement, quelques bases solides leur permettent d’étayer leurs hypothèses.Ainsi, dans l’ensemble, les oiseaux se déplacent la nuit ou à la tombée du jour.Par temps clair, ils s’en remettent aux étoiles.La voûte du ciel pivotant autour de l’étoile polaire, Os disposent d’une bonne information pour repérer le vrai nord géographique et trouver leur chemin.Au crépuscule, leurs sens analysent le plan de polarisation de la lumière dans le ciel.Un repère plus subtil, particulièrement décelable le soir, et qui fournit aux oiseaux une sorte de « compas solaire » pour les aider dans leurs déplacements.Ces « guides » sont cependant inopérants dans certaines conditions.Lorsque le ciel est couvert pour le premier.Quand la nuit tombe pour le second.Bien que nombre d’êtres vivants aient un sens inné du champ magnétique, nul ne sait véritablement comment il fonctionne.L’observation du comportement des oiseaux nous apprend qu’ils ne distm-guent pas le nord du sud, distinction que nous savons faire grâce aux indications de la boussole.En revanche, les oiseaux savent parfaitement mesurer la « pente » du champ magnétique terrestre, c’est-à-dire l’angle selon lequel ses lignes de flux arrivent au sol.À l’approche du pôle — qu’il soit Nord ou Sud —, ce paramètre augmente alors qu’il décroît dans les zones équatoriales.Les oiseaux peuvent ainsi Québec Science/Avril 1997 11 Actualités L'influence des champs magnétiques Chapeau ! Les tortues de mer, le papillon monarque, la fauvette des jardins ont tous en commun un sens de l'orientation particulièrement affiné.Cela constituerait même un sixième sens.Au célèbre entomologiste Jean-Henri Fabre qui s'étonnait de l'aptitude remarquable des abeilles et des guêpes à se diriger, Charles Darwin suggéra de leur adjoindre de minuscules aimants afin d'observer l'effet produit.Fabre s'exécuta et les abeilles réagirent par une série de vols erratiques et d'atterrissages en catastrophe manquant quelque peu de dignité.Bien des êtres vivants — autres que les oiseaux et les abeilles — sont sensibles au champ magnétique terrestre.Ainsi, les bactéries à la recherche d'un abri sont-elles porteuses d'infimes particules d'un minerai de fer, la magnétite, qui les aident à se diriger en suivant les lignes de flux des champs magnétiques.De même, les tortues de mer qui traversent les océans le font à l'aide du double système coordonné reposant sur la pente et sur l'intensité du champ magnétique.Les poissons et les am-phibiens sont eux aussi sensibles au magnétisme.Quant aux abeilles de Fabre et de Darwin, les chercheurs ont montré qu'elles s'en remettaient en partie au champ magnétique pour trouver leur chemin dans la nature.Comment ?Les parties de magnétite qui se comportent comme autant de petites boussoles ne suffisent pas.Si la perception du magnétisme constitue un sens, où donc se situent, s'ils existent, les organes capables de le déceler ?À des stimuli complexes et localisés correspondent des organes des sens complexes et localisés, aisément identifiables et dont la fonction se comprend aisément.C'est le cas pour la vue et l'ouïe.Mais le champ magnétique est quelque chose de diffus, de relativement simple dans sa structure et d'extrêmement faible par son intensité.Les organes d'un tel sens peuvent se réduire à une simple cellule nerveuse, ou à un réseau de cellules.L'épithélium sensoriel du nez ou des capteurs de chaleur ou de pression de la peau sont dans ce cas, mais ils sont faciles à localiser : l'application d'un peu de chaleur ou une simple pression déclenchent la réaction attendue des nerfs.En revanche, l'intensité des signaux magnétiques est si faible qu'ils sont facilement brouillés au niveau des nerfs — dont on pense qu'ils peuvent les détecter — par d'autres phénomènes : émissions radio, lumière, chaleur et électricité.Chercher les organes récepteurs du magnétisme revient presque à courir après une ombre.De nombreuses pistes prometteuses ont été explorées, mais peu d'expériences ont pu être reproduites.Le problème est compliqué, de surcroît, par l'existence possible non pas d'un, mais de deux sens distincts permettant la perception du magnétisme.L'un serait lié aux particules de magnétite et l'autre à un concept plus singulier appelé « résonance du spin de l'électron ».La détection de cette résonance ne serait pas le fait d'organes sensoriels particuliers.Cette fonction serait assurée par les yeux, car ce sens repose sur l'interaction des particules de lumière que sont les photons avec les électrons qui gravitent autour des noyaux d'atomes.Du fait de ce « choc », les électrons peuvent « sauter » sur une orbite plus haute.Cet ensemble de phénomènes peut modifier un caractère de l'électron appelé le « spin » et impliqué dans l'explication du magnétisme.L'interaction de la lumière avec la rétine peut-elle modifier le spin des électrons de telle façon que le champ magnétique se « surimprime » et puisse être ainsi détecté ?Les expériences menées sur les tritons et les oiseaux invitent à le penser.Mais, malgré cela, le mécanisme précis de cette détection reste très obscur.« savoir » s’ils volent vers le pôle ou s’üs s’en éloignent.Pour trouver leur chemin, ils jouent donc à la fois sur leur aptitude à situer l’étoile polaire et sur leur capacité à localiser les pôles.Tout cela est d’autant moins facile que le pôle nord magnétique et le pôle nord géographique ne coïncident pas.Le premier est situé près de File de Bathurst, dans le nord du Canada, alors que le second est à quelque 1 600 kilomètres de là, ce qui « déboussole » quelque peu les oiseaux arctiques.C’est le cas du pinson des yïés,(Passerculus sandwichen-sis), étudié par Kenneth et Maiy Able, de l’université de l’État de New York, à Albany.Cette espèce se reproduit dans le nord de l’Amérique du Nord et passe l’hiver dans le sud des États-Unis et en Amérique centrale.Or, pour un jeune pinson né à Point Barrow, en Alaska, le nord magnétique se situe presque à 90 degrés à l’est du nord géographique.Alors que pour celui qui voit le jour dans la péninsule d’Ungava au Québec, le nord magnétique est à 45° à l’ouest du nord géographique.Un vrai casse-tête pour une cervelle de moineau.Tout irait bien si les deux systèmes de navigation dont disposent les oiseaux donnaient les mêmes informations en n’importe quel point du globe.Comment, dans ces conditions, ces animaux parviennent-ils quand même à se diriger avec précision ?Kenneth et Mary Able ont montré que le pinson utilisait tout simplement les périodes de repos qui ponctuent son périple pour réétalonner son « compas magnétique » à partir de la mesure qu’il fait de la position de l’étoile polaire.Bref, en cas d’hésitation sur la direction à prendre, le pinson, comme ses frères d’autres espèces, se fie au ciel pour réajuster son compas magnétique.12 Québec Science/Avril 1997 Actualités ¦it MBl (J « pits ile it le K iis-«au; Ce n’est pas toujours aussi simple.Un autre couple connu pour ses travaux sur la migration des oiseaux, Wolfgang et Roswitha Wiltschko, de l’université de Francfort, en Allemagne, a étudié la fauvette migratrice des jardins (Sylvia bovin).Leur équipe a, cette année, fait la démonstration que l’information magnétique peut l’emporter sur l’information céleste en cas de conflit sur les données.Ce qui, en première analyse, paraît en totale contradiction avec les conclusions antérieures.Wolfgang et Roswitha Wiltschko ont ainsi découvert que les oiseaux baignés dès l’origine dans un certain champ magnétique s’en remettent, dès qu’ils en sont privés, aux étoiles tout en utilisant pour s’orienter la direction du champ magnétique initial, désormais manquant.Cette expérience montre la Ce serait grâce aux champs magnétiques terrestres que la plupart des animaux voyageurs, comme la tortue, peuvent s'orienter.nette primauté du magnétisme sur la géographie.Quant aux oiseaux élevés hors d’un champ magnétique, ils suivent simplement leur tendance à s’éloigner (quand ils font leur migration automnale) du pôle Nord géographique.C’est là une réponse fidèle à la théorie de l’évolution.En l’absence de toute autre information, l’oiseau qui cherche naturellement un hiver doux vole vers le sud.Il semble donc que les étoiles donnent la direction d’ensemble tandis que les informations magnétiques du moment permettent d’affiner la trajectoire.La génétique a aussi son mot à dire.Chez certaines espèces, les oiseaux naissent avec un sens inné de l’orientation inscrit dans leur patrimoine.Mais, comme tous les caractères hérités, ce sens est, du fait de la sélection naturelle, soumis à l’évolution.Une étude controversée, menée en Europe par une autre équipe allemande, porte sur les effectifs en progression de la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), qui quitte l’Autriche et l’Allemagne pour passer l’hiver en Grande-Bretagne plutôt qu’en Méditerranée occidentale.Cette fauvette semble former une colonie à part qui, depuis une trentaine d’années, profite de la relative douceur de l’hiver britannique (et de l’habitude qu’ont les Britanniques des faubourgs de nourrir les oiseaux en cette saison).Ainsi, les oiseaux qui ont hérité de la tendance à voler vers le nord-ouest (la Grande-Bretagne) plutôt que vers le sud-ouest (l’Espagne) ont prospéré ! Il est probable qu’un éventuel réchauffement de la planète entraînerait d’autres modifications des routes migratoires.• Copyright : la revue Nature Adaptation : Québec Science JVT LA PRÉCISION I I V PRÉLÈVEMENTS I "X ET DES ANALYSES, I I J DÉPISTAGES I DIAGNOSTICS: I fl e remplacez pas l'expertise professionnelle par un mode d'emploi ! L'analyse des tissus et fluides humains en dit gros sur votre santé.LE TECHNOLOG 1STE MÉDICAL en est le spécialiste.ORDRE PROFESSIONNEL DES TECHNOLOGISTES MÉDICAUX DU QUÉBEC 1-800-567- 7 7 6 3 Québec Science/Avril 1997 13 huernef La farce cachée de la science De la pyretechnie appliquée aux Pop-Tarts à une conference virtuelle pour savants fous.Pas de doute : les chercheurs savent rigoler sur le Net.Depuis le récent virage commercial d’Internet, on a parfois tendance à oublier que le réseau des réseaux avait, à l’origine, une vocation scientifique et que le Web a vu le jour dans un labo de physique.Maintenant qu’internet est devenu le fabuleux capharnaüm que l’on connaît, on pourrait croire que la science y constitue le dernier bastion du sérieux et du bon goût.Or, il n’en est rien.Une petite visite de Science Jokes Archive et de Physics Humor Page vous en convaincra.Ces deux sites sont idéals pour s’initier à l’humour multidisciplinaire, du genre : un mathématicien, un biologiste et un physicien sont assis à la terrasse d’un bistro et regardent la maison d’en face.Ils voient deux personnes y entrer et, un peu plus tard, trois personnes en sortir.Le physicien commente : « La mesure initiale était incorrecte.» Le biologiste : « Ils se sont reproduits.» Et le mathématicien : « Si exactement une personne entre dans la maison, elle sera vide de nouveau.» Maintenant que vous savez ce que nos joyeux scientifiques s’échangent par courrier électronique, vous aimerez sans 14 Québec Science/Avril 1997 aà j doute voir ce qu’ils publient.Le site des Annals of Improbable Research présente une fantastique collection d’études douteuses mais combien fascinantes.Certains auteurs ont d’ailleurs reçu un prix Ig Nobel, attribué à ceux qui s’illustrent par des réalisations « qui ne peuvent ou ne devraient pas être reproduites ».Par exemple, un Ig Nobel de biologie a été décerné à deux Norvégiens pour une savoureuse étude sur l’effet de la bière, de l’ail et de la crème sûre sur l’appétit des sangsues tandis que des Japonais ont remporté un Ig Nobel de psychologie pour avoir réussi à entraîner des pigeons à faire la distinction entre des toiles de Picasso et de Monet.L’acharnement des scientifiques à faire reculer les frontières de la connaissance et du ridicule ne s’arrête pas là.Les sites Mad Science et Anders’ Mad Scientist Page célèbrent les pionniers des « sombres et dangereuses pseudosciences allant par-delà les limites de la science conventionnelle et du bon goût ».Le site de Mad Science présente même une conférence virtuelle pour savants fous où l’on discute de la pertinence de créer la vie pour des motifs totalement égocentriques, de libérer des entités de la domination et de la compréhension humaines ou encore de dépasser les limites du corps humain grâce à des métamorphoses grotesques.Si tout cela vous laisse perplexe, rassurez-vous : certaines bonnes âmes se consacrent à la vulgarisation.Le site Ask Dr.Science vous éclairera sur les questions qui tourmentent l’humanité depuis toujours : d’où viennent les moutons de poussière ?à quel groupe alimentaire appartient le Jell-0 ?Rédigées en pur jargon pseudoscientifique, les réponses de Dr.Science sont plus hilarantes qu’édifiantes.À l’opposé, Cecil Adams, dans le site de The Straight Dope, fait preuve d’une érudition inégalée en répondant avec précision à n’importe quelle question (ou presque) dans un style particulièrement décapant. Actualités CE Au-delà de la théorie, il y a la pratique.Vous serez surpris du nombre d’expériences « scientifiques » perpétrées par des amateurs dans leur sous-sol.ou durant leur pause-café.Chez Silicon Graphics, des employés ont participé à l’avancement de la science en chauffant des disques compacts au micro-ondes et en bricolant des canons à partir d’objets hétéroclites.Le site vous donnera également accès à une foule de pages consacrées aux loisirs scientifiques, comme la destruction violente d’appareils électroménagers et la pyrotechnie appliquée aux Pop-Tarts (lesquelles peuvent, photos à l’appui, produire des flammes de 45 cm).Dans le lot, le gagnant toutes catégories est assurément George Gobie, professeur à TUniversité de Purdue et récipiendaire d’un Ig Nobel de chimie pour son exploit.Une présentation multimédia vous montre comment il réussit à allumer un barbecue en moins de trois secondes ! Si l’envie vous prenait de battre ce record mondial, sachez que le processus requiert de l’oxygène liquide et que le barbecue est totalement vaporisé à la fm dudit processus.Constatant l’inventivité et l’esprit d’initiative de mes contemporains, je m’inquiète un peu lorsque des bruits étranges résonnent chez mes voisins.Quelles idées tordues auront-ils pour le 1" avril ?• CyberRessources Science Jokes Archive http://www.princeton.edu/-pemayer/ScienceJokes.html Physics Humor Page http://www.servtech.com/public/wkimler/humor/humor.html Annals of Improbable Research http://www.improb.com/ Ig Nobel Prizes http://www.eecs.harvard.edu/ig_nobel/ Ask Dr.Science http://www.ducksbreath.com/ The Straight Dope http://www.infocom.eom/~ mjetmore/tsd/ Mad Science http://www.ftech.net/~madsite/index.shtml Anders' Mad Scientist Page http://www.student.nada.kth.se/~nv91-asa/mad.html Silicon Graphics Antics and Mayhem Page http://www.be.com/~dbg/antics/ EN FRANÇAIS : Voilà http://www.wp.com/voila/ La parodie d'une revue scientifique.Abécédaire pour un démaquillage de la recherche académique http://fluo.univ-lemans.fr:8001/book.html Guide de survie à l'intention des étudiants-chercheurs.Nouveau ! Le guide pratique n° 3 £2^ *>rdti Comment foncer, r- '’‘"¦Michel ,er f a Web • Courrier • Forums Comment bien communiquer, annoncer, enseigner, publier, informer par Michel Saint-Germain En vente en kiosque et en librairie (4,95 $) Québec Science/Avril! 997 15 Actualités Nouvelles brèves liSSii ¦ Géophysique Le nord en fuite Décidément, on ne sait plus à quoi se fier ! Au train où vont les choses, d’ici un siècle, l’aiguille aimantée de la boussole pointera en plein vers le nord.Mais, direz-vous, n’est-ce pas justement cette caractéristique qui donne son utilité à la boussole ?Les scouts et les capitaines au long cours savent que la boussole indique bien le nord, mais le nord magnétique, qui n’est pas situé au même endroit que le nord géographique.En fait, l’aiguille aimantée pointe aujourd’hui vers File Ellef Ringnes, située dans l’archipel arctique, à 1 300 km au sud du pôle Nord.La différence entre les deux pôles forme un angle, que l’on nomme déclinaison magnétique et dont il faut tenir compte si l’on veut retrouver son chemin.Toutefois, d’une année à l’autre, la déclinaison diminue, car le pôle magnétique se rapproche peu à peu du pôle géographique.Et il accélère sa course, comme vient de le découvrir une équipe de chercheurs de la Commission géologique du Canada.Depuis le début du siècle, il a ainsi parcouru près de 900 km, alors qu’auparavant il avait mis plusieurs siècles à franchir cette distance.Pourquoi ce sprint ?Les géophysiciens croient que ce sont les mouvements du magma, cette mélasse magnétique à l’intérieur de la Terre, qui sont à l’origine du phénomène.Pedro Rodrigue M Entomologie Dangereux repas de noce Il y a des gens qui noient leur cafard dans l’alcool.Pour sa part, le biochimiste Jerrold Meinwald, de l’université Cornell dans l’État de New York, en vient à bout grâce à un piège empoisonné et à un philtre d’amour de sa composition.Vous aurez deviné que le cafard dont il est ici question n’est pas un état d’âme, mais plutôt une charmante bestiole que l’on nomme aussi coquerelle.Comme la plupart des insectes, les cafards utilisent des signaux chimiques, des phéromones, pour se faire la cour.Dans leur cas, c’est la femelle qui se « parfume » de molécules particulières dont l’odeur fait accourir les —_ mâles.« Si je parvenais à imiter ces odeurs, raisonne le chercheur, je pourrais attirer les mâles dans un piège où je leur offrirais un repas de noce dont ils ne reviendraient pas.» Oui, mais pour les imiter, encore faut-il les reconnaître.Comme le mâle identifie ce signal au moyen de ses antennes, le chercheur a « emprunté » les antennes d’un mâle et s’est construit un capteur en les branchant sur des électrodes.Il les a ensuite exposées aux fragrances que porte la femelle, un type de molécule à la fois.Son hypothèse : les molécules qui agitent le plus la petite aiguille de son capteur ont sans doute le même effet sur celle.du mâle.Et ça marche ! Le chercheur a ainsi découvert la formule d’un philtre irrésistible qu’il prévoit bientôt commercialiser.P.R.3 à 5 verres de vin rouge par jour augmenteraient l'espérance de vie de façon notable.Difficile à croire ?C'est une étude épidémiologique danoise réalisée sur plus de 13 OOO personnes (presque autant d'hommes que de femmes) et parue dans le British Medical Journal qui en arrive à cette conclusion.Voire, plus on boit de vin — l'étude s'est avancée jusqu'à cinq verres par jour —, moins on meurt jeune.Les chercheurs pensent que ce seraient les antioxydants phénoliques présents dans le vin qui bloqueraient la dégradation du bon cholestérol.On arrose ça ?Précisons toutefois que cet effet bénéfique n'a pas été mesuré sur les buveurs de bière, d'alcool fort ou de vin blanc.R.L.¦ Psychologie Dur, dur d'être en retard Reportez-vous tout au lendemain ?Un travail ?Une discussion cruciale ?Une décision importante ?Les adeptes de la procrastination se justifient habituellement en expliquant qu'ils travaillent mieux sous pression.Mais Dianne Tice, professeur de psychologie à la Case Western Reserve University (CWRU), en Ohio, croit plutôt qu'ils s'attirent des ennuis.Ayant remarqué que certains étudiants ne finissaient jamais leurs travaux à temps, Dianne Tice s'est intéressée aux effets de la procrastination sur la santé, la performance et le stress.Elle a d'abord confié un travail à des étudiants avec une date de remise précise, puis, à partir de tests standardisés, elle a évalué régulièrement les coûts physiques et psychologiques de la procrastination.Au début, les traînards s'en tiraient fort bien, alors que ceux qui travaillaient dur subissaient un certain stress et connaissaient des problèmes de santé mineurs, comme la grippe.À ce stade, la chercheuse a émis l'hypothèse que les traînards paieraient plus tard, mais que le total de « souffrance » serait le même, sinon inférieur, parce qu'il serait échelonné sur une plus courte période.À la fin du semestre, cette hypothèse s'est révélée fausse.Les « pro-crastinateurs » payent un prix plus élevé pour leur retard.En effet, ils ont été plus nombreux que ceux qui ont travaillé régulièrement à se rendre à l'infirmerie, et ce, pour des problèmes de santé généralement plus graves.Et, en plus des affres du travail qui s'empile, certains traînards ont vécu un stress supplémentaire : des pépins imprévus — panne d'ordinateur, chicane de famille ou de couple — ont interféré avec la remise de leur travail.| Claude Mardi 16 Québec Science/Avril 1997 Age d'or La course aux gènes de jouvence est amorcee.En bout de piste, le vainqueur remportera la richesse, la gloire et, peut-être, la jeunesse éternelle.par Anne-Marie Simard ttawa, le 26 janvier 1996.La grande salle de réunion d'Agriculture Canada est pleine à craquer.De nombreux étudiants — la plupart n'ont pas encore 20 ans — sont venus entendre Ralph Andrews, un des grands prêtres américains du « young forever ».« Beaucoup d'entre vous connaîtront le XXIIe siècle », leur annonce-t-il.Rires étouffés dans la salle.Mais Ralph Andrews ne blague pas.Le président fondateur de MRX BioSciences, une compagnie californienne qui cherche une cure contre la vieillesse, est un prosélyte infatigable : « Notre but est de faire mourir les gens jeunes à un âge très avancé.» Habile entrepre- neur, cet ex-producteur de télé ramasse des fonds, met sur pied des labos et réunit des scientifiques.« il n'y a que 25 à 30 gènes directement impliqués dans le vieillissement, lance Ralph Andrews.D'ici cinq ans, on devrait pouvoir lancer le premier produit anti-âge.» La détérioration physique se soldant par la mort est une idée inacceptable pour cet homme d'affaires de 70 ans, père de 8 enfants dont un d'à peine 9 ans, qui fait 10 kilomètres de jogging par jour.Pas de viande rouge, régime santé, vitamines : « Aussi longtemps que je pourrai travailler, courir, faire l'amour, je serai heureux de vivre.Même pour 100 ans de plus.» Québec Science/Avril 1997 17 1696 Le soleil californien aurait-il trop tapé sur le crâne de Ralph Andrews ?Peut-être pas.L’homme de Néanderthal vivait en moyenne une trentaine d’années; au Moyen Âge, les gens atteignaient 50 ans; de nos jours, au Canada, l’espérance de vie dépasse 70 ans.Grâce à une meilleure hygiène de vie, à la découverte de la pénicüline et aux miracles quotidiens de la médecine, la moitié de ceux qui ont maintenant 30 ans devraient passer le cap des 100 ans, affirme le docteur Judes Poirier, du Centre d’études sur le vieillissement de FUniversité McGill, qui est aussi consultant pour MRX BioSciences.D’ici quelques années, dit-il, la science aura fait d’importantes percées en ce sens.Elle en fait déjà : des chercheurs de l’université de Calgary viennent de mettre au point une technique qui pourrait réparer les dommages cérébraux causés par les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, dont sont victimes plus de 30 millions de Nord-Américains.En éliminant ces deux maladies, on ajouterait 11 ans à l’espérance de vie, estime Judes Poirier.l’humanité à 122 ans, doit l’approcher dangereusement ! « Les cellules sont faites pour se reproduire un nombre fini de fois au cours d’une vie, explique Michel Panisset, du Centre d’études sur le vieillissement de l’Université McGill.Quand elles cessent de se diviser, elles meurent.Il y a une limite absolue déterminée par l’usure des gènes.» L’usure des gènes.Parlons-en ! À cause d’eux, la peau devient progressivement flasque, les cheveux grisonnent puis tombent, la vigueur s’étiole, la mémoire a des trous, le système immunitaire baisse la garde, le tonus musculaire fait patate.L’inévitable désastre commence à l’intérieur même de la cellule.Les débris moléculaires s’empilent, la membrane se déchire par endroits, le système de réparation de l’ADN faiblit, et les gènes défectueux commencent à envoyer des ordres étranges.Certains gènes importants cessent Si l’espérance de vie monte en flèche, la longévité, c’est-à-dire l’âge qu’atteignent les individus les plus vieux, n’a pas changé depuis 50 000 ans.En effet, une barrière invisible semble empêcher les humains de dépasser le cap du siècle de plus de quelques années.« La vitesse à laquelle une espèce vieillit est sous contrôle génétique », explique Mike West, un des fondateurs de Geron Corporation, une compagnie de San Francisco également en quête de l’eau de Jouvence.Le saumon du Pacifique, par exemple, vieillit en quelques heures et meurt dès qu’il a pondu ses œufs dans la rivière.Le but d’une espèce est de se reproduire, point à la ligne.C’est autour de la quarantaine que la santé de l’humain commence à décliner.C’est aussi l’âge qui correspond à la limite de la fertilité.Au rancart les reproducteurs : la loi de la jungle est sans pitié ! En somme, notre espèce a subi de nombreuses mutations génétiques durant son évolution, mais, étonnamment, les gènes relatifs à la longévité ont été épargnés.La raison ?Le manque de pression sélective, écrit Richard G.Cutler, un des bonzes du vieillissement, dans son livre Principles of Geriatric Medicine.Pourquoi vivre plus vieux si notre descendance est déjà assurée ?Mais si on trompait la nature, parviendrait-on à vivre plus longtemps ?Le débat est très chaud entre les scientifiques, répond Mike West.Et s’il y a une date d’expiration accolée à notre court séjour sur Terre, la Française Jeanne Calment, doyenne de 18 Québec Science/Avril 1997 de fonctionner, des indésirables sont réactivés.En plus des agressions internes, certains facteurs environnementaux — l’exposition au soleil, une diète riche en gras — attaquent nos gènes.Le temps nous malmène tous.Sauf qu’il ne le fait pas avec une cruauté égale : pourquoi certains sont-ils terrassés par un infarctus à 42 ans alors que madame Calment, à trois fois leur âge, fait encore ses propres confitures ?Répétons-le : la longévité est génétique.À la naissance, la minuterie interne des centenaires est réglée pour un plus long séjour que le commun des mortels.Notre espèce a subi de nombreuses mutations génétiques durant son évolution?mais?étonnamment?les gènes relatifs à la longévité ont été épargnés.E n mangeant sainement, en évitant le stress et le tabac — et en étant prudent au volant —, on peut espérer atteindre notre date d’échéance officielle.Espérer, en effet, car il faut aussi tenir compte de notre capacité, établie par d’autres gènes, à combattre les cancers, diabète, infarctus et tous les types d’agressions internes dont nous pouvons être victime.Au palmarès des responsables de notre déclin, les radicaux libres, ces sous-produits du métabolisme de la cellule, sont classés suspects numéro un.Les radicaux libres ont un électron de trop, et ce déséquilibre électrique les rend extrêmement réactifs.En tentant de s’allier à la membrane, aux organites ou à l’ADN, ils créent des lésions irréparables.Avec les années, la somme de toutes ces blessures microscopiques va créer des pathologies comme les rides, ^ l’arthrite et le cancer.| L’ennemi s’appelle aussi « caramélisation ».Charlotte, née en décembre 1995 Elle a de fortes chances de voir le XXII' siècle.S m Québec Science / Avril 1997 19 Les baby-boomers ont franchi la cinquanttiine ! Ils veulent garder le même Iratn de vie9 rester beaux9 jeunes et en santé.Le poulet et le pain sont, en sortant du four, délicieusement dorés : ce sont ! les protéines qui, en s’alliant aux sucres, brunissent la surface des aliments.Le diabète serait causé par la même réaction.Dans la cellule, l’excès de glucose s’allie aux protéines, formant une masse gluante et brunâtre qui raidit les jointures, bloque les artères et provoque des cataractes.Ces trois symptômes typiques du diabète sont aussi des signes de vieillissement.Les amas s’accumulent dans le temps au point d’empêcher les cellules de fonctionner de façon adéquate, explique Judes Poirier.Imaginez une grève illimitée des cols bleus et les ordures qui s’amoncellent jour après jour.À la longue, la montagne de sacs verts finit par paralyser la ville.Pour ralentir le processus, une solution simple et efficace : moins manger ! Une étude sur des rats démontre que c’est un bon moyen de repousser l’échéance fatidique.En coupant de 30 % leur apport calorique, les rongeurs affamés vivent de 30 à 40 % plus longtemps.Un tel régime ralentit le métabolisme et diminue donc la quantité de déchets de combustion dans la cellule.Roy Walford, biologiste à la University of California in Los Angeles (UCLA) a ainsi réduit son apport alimentaire à 1 800 calories par jour (une diète normale compte 2 500 calories) dans l’espoir de vivre 120 ans ! Mais persuader les Nord-Américains de supporter la faim ne serait pas facile.Connaissant l’appétit gargantuesque de leurs concitoyens, les chercheurs américains rêvent plutôt d’une pilule qui donne l’illusion d’être moins nourris ! l.-u Ralph Andrews, 70 ans, un leader américain du « young forever ».Et si la minuterie interne de Roy Walford était prévue pour s’arrêter à 78 ans, peu importe sa diète ?11 faudrait alors avoir accès au mécanisme pour espérer freiner le processus.Siegfried Hekimi, du département de biologie de l’Université McGill, croit avoir mis le doigt sur cette fameuse horloge centrale en sélectionnant des vers qui se reproduisent tardivement, et en les croisant successivement (voir « Vers l’immortalité », Québec Science, février 1997).Surprise : alors que le Cœnorhabditis elegans vit habituellement un peu plus d’une semaine, un des mutants du biologiste se tortillait encore après 80 jours.Chez un humain, cela correspondrait à l’âge vénérable de.420 ans ! Étrangement, ces vers longue durée se déplacent, mangent, éliminent et se reproduisent plus lentement.En examinant leur carte génétique, Siegfried Hekimi a d’abord découvert qu’une mutation d’un gène était à l’origine de ce phénomène.On l’a baptisé clock-gene (clk-1).Puis, le chercheur a repéré deux autres gènes (clk-2, clk-3) qui semblaient agir de la même façon.Michael Rose, biologiste à la UCLA, a fait la même expérience quelques mois plus tôt avec des mouches à fruits.Par simple croisement, il a réussi à doubler la vie des insectes.Le gène responsable de cette augmentation de la longévité n’est pas encore identifié.Il y a une autre piste : celle du syndrome de Werner, qui fait vieillir prématurément les personnes atteintes.Vers 50 ans, elles en paraissent 80.Tout ça parce qu’elles portent deux copies d’un gène défectueux.Bonne nouvelle : un généticien de l’université de Washington à Seattle, Gérard Schellenberg, a trouvé une enzyme associée au gène de Werner, l’hélicase.Son rôle : aider à réparer les mutations accidentelles qui menacent l’intégrité du code génétique.C’est un manque d’hélicase qui provoque la maladie.Schellenberg se pose deux questions : en donnant des copies supplémentaires du gène de l’hélicase à des animaux de laboratoire, pourrait-on les faire vivre plus longtemps ?Le traitement s’appliquerait-il aux humains ?Pour l’instant, il n’a encore obtenu aucune réponse.Enfin, la télomérase a également la cote auprès des généticiens.Dans la cellule, les extrémités des chromosomes sont protégées par des séquences d’ADN appelées télomères.Ces derniers sont un peu comme les bouts plastifiés des lacets.À chaque division cellulaire, les télomères rétrécissent.Après une centaine de divisions, ils ont presque complètement disparu.La cellule cesse alors de se diviser et commence à vieillir.La télomérase est une enzyme qui préserve les télomères.Découverte en 1984 par deux chercheurs de l’université de Californie à Berkeley, elle fut identifiée peu après dans les cellules cancéreuses.On la retrouve aussi dans les précurseurs des ovules et des spermatozoïdes.En somme, dans toutes les cellules immortelles, 20 Québec Science/Avril! 997 M celles qui se divisent sans fin.Si on pouvait l’injecter dans toutes les cellules du corps, cesserions-nous de vieillir ?Chez Geron Corporation, à San Francisco, on se donne beaucoup de mal pour la synthétiser.Mais, dans l’immédiat, l’équipe cherche encore le gène responsable de sa production dans un « pool » de.100 000 autres gènes ! Par contre, les dangers que pourrait présenter cette enzyme sont évidents : c’est elle qui rend les cellules cancéreuses.Judes Poirier ne partage cependant pas l’enthousiasme de ses collègues : « Les cellules du cœur et du cerveau ne se divisent pas et, pourtant, elles vont subir un jour les affres du vieillissement.Je crois que la télomérase nous fait avancer dans notre compréhension du cancer, mais qu’elle n’est pas une cause majeure du vieillissement.» Jamais le refus de vieillir n’a été aussi clairement manifesté qu’au-jourd’hui.Et jamais les recherches à ce sujet n’ont été aussi intenses.Pas étonnant, fait remarquer Judes Poirier en souriant : les baby-boomers ont franchi la cinquantaine ! « Ils veulent garder le même train de vie, rester beaux, jeunes et en santé.» Reste que, si la population du Canada est l’une des plus vieilles au monde, ce champ d’études ne semble pas une priorité.D’un océan à l’autre, à peine une quinzaine de chercheurs s’y consacrent.Nos voisins du sud, par contre, ont développé une véritable psychose du vieillissement.Et qui dit psychose, dit escroqueries.En signalant le 1-800-BEAT-AGE, par exemple, on rejoint le World Center for Anti-Aging Medicine, un centre de vacances installé en République dominicaine où, pour la modique somme de 2 500 dollars US par semaine, les clients, nourris aux légumes crus, sont soumis à des séances de drainage lymphatique, d’irrigation du côlon et d’oxygénation dans une chambre hyperbarique (à haute pression).Et ce n’est qu’un exemple entre mille.En fait, le désir de repousser les limites de la vieillesse a créé un gigantesque marché potentiel.Le National Institute of Aging (NIA), dirigé par le gouvernement améri-cam, a d’ailleurs mis une douzaine de labos sur la piste des gènes miraculeux.Et sur la côte ouest des États-Unis, les compagnies de biotechnologies poussent comme des champignons.Au Québec, Yves Thériault vient de mettre sur pied Jouvence Pharmaceuticals après avoir terminé des études postdoctorales en chimie à La Jolla, en Californie.« Selon nos projections, dit-il, chaque produit mis sur le marché devrait rapporter 100 milliards par année ! » Cheveux Le nombre de follicules sur le cuir chevelu décroît avec les années.Les cheveux qui restent repoussent plus lentement.Cerveau À partir de 20 ans, la capacité à mémoriser puis à retrouver l'information diminue peu à peu.Cœur Autour de la vingtaine, l’organe vital perd sa capacité à accélérer pour répondre à l'effort.Yeux Vers 50 ans, l'épaississement progressif du cristallin entraîne la presbytie.Poumons Respirer exige plus d'efforts.Et il reste plus d'air dans les poumons après l’expiration.Oreilles Vers l’âge de 60 ans, les tympans épaississent et le canal auditif s'atrophie, rendant les fréquences élevées difficiles à saisir.Activité sexuelle La baisse de testostérone donne un coup de barre à la libido.L'angle d'érection chute.Tissus adipeux Entre 25 et 75 ans, le pourcentage de gras double.Les cellules graisseuses se développent surtout dans les muscles et les organes.Québec Science / Avril 1997 21 Robert Ricci/Gamma/Ponopresse Internationale guV • , Elle est née en 1875, au temps de la reine Victoria.La Française Jeanne Calment est la doyenne du monde.Elle s'est découvert une passion pour le chocolat depuis qu'elle a cessé de fumer il y a trois ans ! La photo du haut la montre à 35 ans.Celle du milieu, à 60 ans.Porte-t-elle un gène susceptible de lui conférer cette exceptionnelle longévité ?Malgré Vardeur au travail des généticiens^ la barrière est encore très élevée.Combien de gènes sont véritablement impliqués dans le vieillissement ?Les affaires vont bien : le chimiste vient d’acquérir pour plusieurs millions de dollars le brevet du gène LAG-1 (Longevity-Assurance Gene) et de la protéine qu’il produit.Découvert par Michael Jazwinski, du LSU Center on Aging, à la Nouvelle-Orléans, ce gène est prometteur : quand le LAG-1 est éliminé de la levure, les cultures vivent deux fois plus longtemps.Le gène a été cloné ü y a deux ans et on cherche maintenant sa fonction.Jazwinski a aussi trouvé sa contrepartie chez l’humain, où le gène s’exprime dans huit différents tissus (dans le cerveau, les reins et le cœur notamment).« Dans trois ans, nous aurons un produit qui pourra être testé par des études cliniques, promet Yves Thériault.Avec l’approbation du Food and Drug Administration, il pourrait être commercialisé d’ici 10 à 12 ans.» Judes Poirier est très sceptique.« De la levure, ça sert à fane de la bière ! dit-il.Un humain, ça se promène, ça va travailler.Le bond est énorme ! » Selon lui, l’échéance de trois ans est irréaliste.« Au début des années 1990, on a identifié le gène de la chorée de Huntington, une maladie neurologique, et bien qu’on ait investi des milliards de dollars en études cliniques aucun produit n’est encore validé.» Geron Corp.est aussi dans la course aux gènes.« En ce moment, nous sommes en négociations pour faire breveter de 50 à 100 gènes », explique Mike West.Yves Thériault croit pour sa part être en mesure d’en découvrir une cinquantaine d’ici deux ans.L’équipe de Ralph Andrews, chez MRX Bio-Sciences, travaille actuellement sur une dizaine de gènes et, à Seattle, ce sont les chercheurs de Darwin Corporation — une autre entreprise très active — qui ont découvert le gène de Werner.Le capitalisme sauvage à l’assaut du corps humain.Réjouissant.Mais ce qui surprend le plus, c’est de se savoir si près d’un but qui semblait si lointain il y a peu de temps.« La recherche sur le vieillissement a changé, affirmait Joseph P.Brown, fondateur de LifeSpan BioSciences Inc., au magazine américain Business Week.De très théorique, elle est aujourd’hui devenue très pratique.» t'sil fei fell it is Rêves de jouvence Hormone miraculeuse, testostérone en vrac, substance revigorante et stimulante : faites votre choix.Mais vérifiez bien le prix à payer avant de passer au comptoir.: : e >1 par Anne-Marie Simard ICOlîl ita, Beau et jeune jusqu’à 80 ans : on peut encore rêver ! Mais pour rester vigoureux plus longtemps, il existe une multitude de produits.Québec Science a fait pour vous un rapide survol du marché.La sensation de l'heure : le DHEA ou déhydroépiandrostérone.Cette hormone produite par les glandes surrénales se retrouve en plus grande quantité chez l’homme.Précurseur des hormones sexuelles, elle est très active au début de l’âge adulte et pique du nez vers le milieu de la trentaine.Des chercheurs ont réussi à maintenir artificiellement son niveau chez des animaux de laboratoire.Surprise ! Le DHEA renforcerait également le système immunitaire, stimulerait la mémoire et l'apprentissage, préviendrait le diabète et contrôlerait l'obésité.L'hormone à tout faire, en quelque sorte.Aux États-Unis, les ventes de DHEA connaissent aujourd'hui un véritable boum.Le produit est devenu l'eau de jouvence des masses, pour à peine 10 dollars par mois.Geoffrey Cowley, le chef de la section santé et médecine du magazine Newsweek, l'a testé pendant un mois.Grand et maigre (1,80 m, 63 kg), Cowley souhaitait prendre du ItltE; btil, r tUtlii k:; fe, If», «h "Sül) 22 Québec Science/Avril 1997 raa nptof Malgré l’ardeur au travail des généticiens, la barrière est encore très élevée.Combien de gènes sont véritablement impliqués dans le vieillissement ?Environ 7 000, disent certains; à peine une centaine, ou moins encore, croient les plus optimistes.Les paris sont ouverts.Et puis, même en admettant qu’on parvienne à les isoler, comment les maîtriser et agir seulement sur la partie du corps désirée ?« La seule limite à la durée de la vie, c’est la technologie humaine, pense Ralph Andrews.Il y a 100 ans, Pasteur a doublé l’espérance de vie.Nous allons la doubler encore et encore.Et j’espère vivre assez longtemps pour en profiter ! » poids pour contrer les pertes de masse musculaire et osseuse qu'engendre le temps, i Pendant un an, il avait fait des exercices quotidiens et pris des suppléments de protéines, mais n'avait réussi qu'à gagner deux petits kilos.Après un seul mois de traitement au DHEA, il en avait pris trois.Que du muscle.« Mon pourcentage de gras est passé de 7 à 5,4 », écrit-il.Bien qu'il reconnaisse que son expérience a « autant de mérite scientifique qu'une pub de dentifrice », Geoffrey Cowley est plus que satisfait du DHEA.« Je n'ai pas encore la silhouette d'Arnold, mais, à ce rythme-là, je pèserai 346 kilos à 50 ans », Iconclut-il avec humour.Le DHEA est interdit au Canada, mais beaucoup de gymnases et de magasins d'aliments naturels en vendent sous le comptoir à leurs meilleurs clients.Le docteur Judes Poirier, du Centre d'études sur le vieillissement de l'Université McGill, se méfie.« Pour la fonte des graisses, le DHEA semble faire ses preuves, constate-t-il.Mais ses effets sur la longévité sont loin d'être prouvés.Et puis, le DHEA a un spectre d'action très large et on ne connaît pas ses conséquences à long terme.» Que penser du cas de Geoffrey Cowley ?« Il faut tenir 1 compte de l'effet placebo qui est toujours très fort », dit-il.Un vrai produit anti-âge d'ici trois ans ?Pour le docteur Judes Poirier, du Centre d'études sur =db£viellissement de : l'Université McGill, iciest tout simplement EEEEïea liste.¦Ml \t Egalement très appréciée des culturistes : l’hormone de croissance (HGH ou Human Growth Hormone).La médecine l'utilise depuis longtemps pour traiter le nanisme.Edmund Chein, du Palm Spring Life Extension Institute, en fait une promotion tapageuse sur le réseau Internet, notamment.'DM ; 'M|NT flavored SUBI 60 TABLETS Pour 10 000 à 15 000 dollars par an, Chein promet» moins de gras, plus de muscle et d'énergie ».Bref, le corps de nos 20 ans.Mais la HGH peut aussi causer de la rétention d'eau, entraînant des malaises cardiaques ainsi qu'une dilatation des os et des organes, et induire le diabète.Il ne faut pas oublier que cette hormone fait la différence entre un adulte de trois pieds et une personne normale : c'est dire sa puissance métabolique ! Pour hommes (américains) seulement : le patch de testostérone de marque Androderm.Idéal pour l'andropause de ces messieurs.A la hausse : la masse musculaire, l'humeur et la libido.À la baisse : le cholestérol et les pertes de minéraux.Le tout pour environ 100 dollars par mois.Mais attention : la testostérone peut aussi servir de carburant aux tumeurs de la prostate.Vieillir, mais demeurer jeune.et en érection ?La compagnie pharmaceu- 1 tique Upjohn vient de mettre sur le marché une substance qui, une fois injectée, assure une rigidité à toute m ^ épreuve.C'est le physiologiste britannique G.S.Brindley qui a conçu le produit un dilatant à vaisseaux sanguins à base de prostaglandines.Lors d'une désormais célèbre conférence à l'American Urological Association, Brindley en a fait une robuste démonstration.Après avoir annoncé à ses collègues qu'il venait de s'en administrer, il a ouvert sa braguette.Trucage ! se sont N A T « S rf écriés les scientifiques.Eh non, c’était bien le membre de Brindley dans toute la splendeur de sa virilité ! Pour l'instant, seuls les Américains y ont droit.La mélatonine est plus répandue.Proscrite par Santé Canada, on peut facilement s'en procurer par les petites annonces des journaux.Mais la fièvre a baissé depuis Lan dernier.Il faut dire que son action n'est pas très visible.« Elle aurait des effets bénéfiques sur le sommeil et serait idéale pour contrer les effets du décalage horaire.Mais son efficacité s'atténue avec le temps », explique Judes Poirier.Et quelle est sa valeur pour accroître la longévité ?« C'est comme le p'tit verre de whisky après le souper.» Les magasins d’aliments naturels proposent des antioxydants, comme l'incontournable bêta-carotène (qu'on retrouve dans les fruits ou dans les légumes jaunes, orange ou verts), en cocktail avec d'autres vitamines.On dit que les antioxydants freinent l'action des radicaux libres, ces déchets métaboliques qui endommagent la cellule.Mais il n'y a aucune étude sérieuse qui démontre un lien entre le bêta-carotène et la longévité chez l'humain.Par contre, on sait qu'une trop grande quantité d'antioxydants est néfaste pour le système immunitaire.En fait, la longévité dépend surtout du bagage génétique.Bien sûr, un régime équilibré et un peu d'exercice ne font jamais de tort.Mais tous les centenaires vous le diront : le meilleur élixir de jeunesse, c'est le bonheur.• Québec Science / Avril 1997 23 24 Québec Science / Avril 1997 l\lids-de-poule, etc UTES Les malheurs de l'asphalte Les ingénieurs ont passé de longues années au chevet de notre réseau routier, amoché par le manque de budget et le grand froid.Et ils ne sont pas au bout de leurs peines.par Laurent Fontaine ids-de-poule, fissures transversales, centrales, longitudinales, latérales, polygonales ou en carrelage, ornières à petit ou grand rayon, affaissement ou soulèvement différentiel, ondulations à ondes courtes, pelade : la liste des maladies de la route est infinie.Et dès la fonte des neige, les amortisseurs de nos voitures vont y goûter : on estime en effet que pas moins de 40 % des 164 000 km de chaussées du Québec sont en mauvais état ! Pauvres routes ! Construites pour la plupart dans les années 60 et 70, à une époque où les techniques de construction étaient encore rudimentaires, elles ont subi un assaut bien plus intense que ce que prévoyaient leurs concepteurs.En 20 ans, non seulement le trafic a doublé — il y a maintenant 4 millions de véhicules au Québec —, mais le nombre de véhicules lourds a aussi augmenté.On parle d’un véritable fléau : les gros camions de transport d’aujourd’hui ont aussi accru leur charge (de 7 à 10 tonnes par essieu) et ils sont chaussés de pneus radiaux, qui mordent littéralement dans la route, accélérant l’érosion et l’orniérage.En fait, lorsque la Fédération canadienne des municipalités a récemment demandé à ses membres de pointer du doigt les infrastructures les plus endommagées sur leur territoire, 90 % des municipalité ont répondu : « les routes » ! « Il faudrait 44 milliards de dollars, soit 1 500 dollars par Canadien, pour rattraper le retard dans la remise en état du réseau national », disait Roger Mareschal, conseiller municipal de la ville d’Aylmer, devant des ingénieurs réunis par le Centre d’étude et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU), en décembre dernier.Pourtant, les pouvoir publics vont exactement dans le sens contraire.En 1960, ils consacraient 20 % de leurs dépenses aux infrastructures routières.En 1993 ?À peine 3,3 % ! Au Québec, le ministère des Transports dispose de 400 millions de dollars alors qu’il en faudrait 669 millions pour boucher les trous les plus urgents.Quant aux 683 millions des municipalités, maintenant responsables de 91 200 km de routes, ils sont également insuffisants pour freiner la dégradation.Résultat : les routes vieillissent sans qu’on puisse les remettre en état.« En 30 ans, l’âge moyen de l’infrastructure routière est passé de 9 à 14 ans », dit Yvon Bigras, ingénieur et professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières.Or, rappelle Roger Mareschal, une fissure coûte 15 fois plus cher à réparer si on la traite 4 ans après son apparition, et 75 fois plus cher après 10 ans ! Le talon d’Achille de la route, c’est donc l’argent.Et, faute d’argent, les ingénieurs ont redoublé d’imagination.C’est ainsi que le génie routier a fait des bonds de géant depuis le début de la décennie.Les ingénieurs ont remporté leurs premières victoires en s’attaquant à la surface de la route.« Avez-vous remarqué qu’il n’y a presque plus d’ornières au Québec ?», dit Anne-Marie Leclerc, chef ¦ de service au Service des matériaux du laboratoire des chaussées du ministère des Transports.C’est un peu grâce à T« ornié-reuse » du laboratoire, une machine qui effectue des tests ravageurs sur les différents types de chaussées.On a, par exem- Québec Science/Avril 1997 25 Le passage des autos atiecte seulement le revêtement des chaussées.Par contre, chaque camion équivaut au passage de 30 000 autos d'un coup ! pie, simulé le passage de 30 000 essieux de 13 tonnes sur une portion de route en asphalte.Une épreuve qui ne laisse aucune chance aux enrobés bitumineux (l’asphalte est un mélange de bitume et de granulats) mal conçus.Les ornières sont apparues en force dans les années 80.L’asphalte avait tendance à refluer sous le passage des hordes de camions qui prenaient les routes d’assaut, creusant ces sillons mortels.« Le passage des autos affecte seulement le revêtement des chaussées, dit Anne-Marie Leclerc.Par contre, chaque camion équivaut au passage de 30 000 autos d’un coup ! » Pour résoudre le problème, le ministère a revu le dosage des granulats qui entrent dans la composition du bitume.Il a analysé la texture, l’angularité, la résistance aux variations de température, au polissage et à la pression des quelque 3 000 sortes de granulats habituellement utüisées au Québec.Cette batterie de tests a permis d’introduire de nouvelles classes granulaires et de s’entendre pour- la première fois d’un bout à l’autre de la province sur la composition de l’asphalte.Pour l’autoroute métropolitaine, par exemple, le laboratoire a mis au point un bitume avec des granulats plus angulaires et un liant de bonne élasticité; ces granulats sont d’une nature géologique plus dure que celle des mélanges utilisés pour les autoroutes.Pour la piste du circuit Gilles-Villeneuve, par contre, le labo a ajouté davantage de bitume dans le mélange pour assurer une meilleure adhérence des bolides à la route.Dans l’avenir, le Laboratoire des chaussées va s’intéresser de plus près à la composition des bitumes, le liant qui permet à la fois aux granulats de tenir en place et aux pneus d’adhérer à la route, et qui protège les fondations des infiltrations d’eau.C’est tout un défi quand on sait que 53 composants entrent dans la fabrication du bitume.Toutefois, le plus grand ennemi demeure le gel.« On peut inventer le meilleur asphalte qui soit, mais tant qu’on n’aura pas résolu le problème numéro un, on ne résoudra rien », dit Jean-Marie Konrad, ingénieur, professeur à l’Université Laval et membre du Groupe de recherche en géotechnique routière.Selon lui, les nombreuses fissures transversales dans les routes du Québec sont le signe que le problème ne se trouve pas en surface, mais bien dans les profondeurs.L action du gel est connue globalement de tous les ingénieurs : avec des hivers longs de 147 à 218 jours et des profondeurs de gel atteignant de 1,2 à 3 mètres, le froid se propage longtemps et fortement jusqu’en dessous des fondations des routes.Tous les ingénieurs connaissent aussi l’effet de soulèvement de la route, lié aux 8 ou 9 % d’embonpoint que prend l’eau gelée.Mais, jusqu’à maintenant, on n’avait pas étudié de façon rigoureuse les effets du gel dans des sols dits « gélifs », sensibles au gonflement, comme on en trouve en Abitibi, au Saguenay, dans la région de Sherbrooke et de Québec.Dans ces types de sols, des lentilles de glace (des morceaux de glace qui ont la forme évasée d’une lentille) se forment sous la route, jamais de manière uniforme, créant une distorsion de la structure.« Le problème, dit Jean-Marie Konrad, c’est qu’aucun revêtement ne peut supporter des soulèvements allant parfois jusqu’à 10 centimètres.» D’où viennent ces lentilles de glace ?Sous l’effet du froid, le gel descend dans le sol.Dans certains types de sols, l’eau remonte de la nappe phréatique par capillarité — goutte à goutte, en quelque sorte — et s’agglutine au bord des zones gelées.Puis, elle gèle à son tour et forme finalement de véritables plaques de glace invisibles.Au bord de la chaussée, le gel pénètre moins profondément à cause des accumulations de neige qui protègent le mi- 1 irii' V* .«A ' -^ Vj .•••> .' ¦¦ ; v v; „s 3f> - > “J.'jg .1- .r-.V* - P ÎSfc, -V— ¦ sol du froid.Mais, au centre de la chaussée, c’est l’inverse : le sol, presque à nu, gèle profondément; de grandes lentilles se forment, bombant la chaussée par le milieu.Si la pression du gel s’exerçait uniformément, cela n’aurait guère d’importance.Sauf que la nature différente des sols, les remblais, les canalisations et infrastructures urbaines font que le sol ne gèle pas de manière uniforme.En surface, ça finit donc par craquer.Au dégel, l’effet est encore plus dévastateur.L’eau de surface qui s’est infiltrée dans les fondations de la route ne peut s’échapper vers le bas, car le sol profond ne dégèle parfois qu’en septembre.L’eau reste coincée sous l’asphalte ou dans la structure de la route, diminuant grandement sa portance.Comment résoudre le problème ?Dans le meilleur des mondes, on creuserait des 4àla 26 Québec Science/Avril 1997 ' V • ¦ :¦ _ '.; • .0., profil de soulèvement \ température inférieure à 0°C front de gel^ sol silteux montée capillaire V n.p.fondations de plus de deux mètres, équivalant à la profondeur de gel, et on remplacerait le sol naturel par des matériaux non gélifs.Mais imaginez la facture ! Actuellement, à 1,1 mètre, les fondations des routes du Québec sont tout de même plus profondes que celles des routes ontariennes, françaises et américaines (respectivement 90, 70 et 75 cm).omme solution de remplacement, l’équipe de Jean-Marie Konrad teste dans six municipalités autour de Québec des systèmes de drainage pour mieux évacuer l’eau prisonnière.Mais on essaye surtout d’installer des matériaux isolants dans les fondations, comme des copeaux de bois ou de plastique, des morceaux de pneus recyclés ou de polystyrène.Ces isolants empêchent le gel de pénétrer dans le sol naturel, sous la route, et de provoquer la formation de lentilles de glace.Un essai mené dans le quartier Neufchâtel, à Québec, a ainsi permis de limiter le soulèvement à moins de 2 cm et d’empêcher l’asphalte de se fissurer là où la route se soulevait systématiquement de 3 à 10 cm les années précédentes.Jean-Marie Konrad a également mis au point, avec les entreprises Tecsult et TEQ de Québec, un logiciel expert qui permet de prévoir comment le gel va pénétrer dans la route et soulever le sol.« Les municipalités et les ingénieurs ont un grand besoin de systèmes experts pour mieux diagnostiquer l’état des routes et assurer la gestion du réseau », dit Roger Mareschal.Et pour cause : avec la quinzaine de nouvelles techniques permettant de réhabiliter les routes, les ingénieurs ne savent plus où donner de la tête.En plus, à 45 000 dollars le kilomètre d’asphalte coulé sur 4 cm d’épaisseur, rien que pour le revêtement, qui peut se payer le luxe de se tromper ?La firme montréalaise GIE Technologies, par exemple, a mis au point un véhicule équipé de six caméras laser tridimensionnelles.Véritable stéthoscope des routes, le système peut fournir un rapport sur le réseau moins d’une demi-heure après avoir parcouru 10 km.« Le système peut déceler toute fissure ou bosse et donner sa position exacte par géoréférencement (par satellite), explique Gabriel Assaf, directeur du programme de maîtrise en génie de la construction à l’École de technologie supérieure et partenaire de GIE Technologies.Il décèle le niveau de confort de roulement, la portance de la chaussée, etc.» D’ici à quelques années, on pourra donc connaître avec précision le réseau québécois, mètre par mètre, et mieux le gérer.Restera deux inconnues : la croissance du trafic, qui a bousculé toutes les projections de la génération précédente d’ingénieurs, et, bien sûr, l’état des finances publiques.• Québec Science/Avril! 997 27 Le remède imaginaire L’énigme des placebos Une énigme de la médecine moderne : comment des pilules de farine arrivent-elles à améliorer l'état de santé de certains malades ?par Rachel Duclos La dépression, les allergies, le rhume, l’asthme, les ulcères, l’insomnie et l’anxiété sont quelques-unes des maladies qui peuvent être soignées (et même guéries) grâce à un même médicament, qui n’en est pas vraiment un : le placebo.Cette pilule de farine ou de lactose qui ne contient aucun produit actif a fait ses preuves à maintes reprises, notamment dans le traitement de la douleur.Une des premières observations scientifiques de l’effet des placebos a été réalisée en 1950 par Stewart Wolf, un pionnier dans ce domaine.Un médecin avait alors prescrit à une femme enceinte souffrant de nausées et de contractions gastriques un médicament agissant contre les contractions, mais provoquant des nausées.Cependant, il lui avait dit que le médicament, au contraire, éliminait cet effet secondaire indésirable.Vingt minutes plus tard, sa patiente n’avait plus de contractions et elle n’a jamais ressenti de nausées.Selon l’Américain Irving Kirsch, médecin et auteur du livre Changing Expectations—A Key to Effective Psychotherapy, la clé de voûte de ce curieux phénomène demeure la conviction profonde (expectancy en anglais) des gens que leur condition physiologique va changer.« Lorsqu’une personne espère obtenir un changement, ce changement se produit, dit le médecin.Les cerveaux sont des machines à expectancy.» Pour le psychiatre français Patrick Lemoine, le placebo serait l’équivalent d’une « mise en forme des forces de guérison internes ».L’auteur du livre Ze mystère du placebo avance aussi plusieurs hypothèses pour expliquer son action sur un individu.Le premier scénario serait biologique.« On peut imaginer que lors de situations où se produisent des “miracles”, les gens augmentent la libération d’antidouleur naturels comme les endorphines.» Le chercheur américain J.D.Levine a d’ailleurs tenté d’éva- luer leur rôle dans l’effet des placebos.Après avoir administré une substance qui contrait l’effet des endorphines à des patients qui se faisaient extraire des dents de sagesse, il a constaté que l’effet placebo de l’analgésique avait disparu.Patrick Lemoine estime également que l’effet bénéfique pourrait être tout simplement dû à la bonne vieille association « bobo, docteur, comprimé, guérison ».La troisième explication est d’ordre psychanalytique.Le psychiatre avance l’exemple du guerrier massai qui refuse de prendre un médicament tant que le médecin n’a pas craché dessus.« C’est ce que les catholiques appellent la transsubstantiation, dit-il, la présence réelle du corps du Christ dans l’hostie.Et si vous avez la foi, ça marche.» Le psychanalyste français François Roustang ajoute que, pour être efficace, le placebo a besoin d’un certain décorum : un médecin socialement reconnu, un lieu précis et solennel, et un signe matériel visible, la prescription.« Mais un rite n’est efficace que si l’on veut y adhérer.C’est la grandeur et la limite de la condition humaine.» Il n’y a en effet aucun indice permettant de prédire si une personne sera soulagée par un placebo.Ni son éducation, ni son niveau de crédulité, ni les différents traits de sa personnalité ne semblent être des facteurs fiables.On évalue que le placebo fonctionne dans 30 à 35 % des cas, bien que certaines études aient prouvé que son efficacité pouvait atteindre 90 %.Par exemple, dans une étude publiée en 1960, une équipe de trois chercheurs a atteint un taux de guérison presque parfait en traitant des patients souffrant d’ulcères d’estomac au moyen d’un placebo.Ils en ont administré des doses massives, soit six comprimés, quatre fois par jour, pendant deux semaines, au lieu de donner deux pilules par jour.Et le pseudomédicament a fait des merveilles.‘wm* 28 Québec Science / Avril 1997 aSç»ù>i ^¦V^y-VV .^t-T i*£ *r :&-:J !« ^V-y: ¦>rv.bfevél^éahatliens hte:f/infofi£;ge.ca/Mengov/cipo QnJ'' y j mviwpmmint 1819)997-1936 C
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