Québec science, 1 janvier 1997, Mai
•j'iafcM JJJ yHM;r Curieuse image ?Il s'agit d'un électron piégé dans un cercle d'atomes de métal.Ce pourrait être la pierre angulaire des ordinateurs du futur.u i yyi, 77333301994903 Billet ^ La vraie nature de ('Ecstasy Science Microcosmos Le physicien allemand Ernest Ruska avait à peine 22 ans lorsqu’il a inventé, en 1928, le microscope électronique.À l’époque, l’événement était passé quelque peu inaperçu.Voir plus petit ?À quoi bon, sinon pour traquer quelques microbes ?Et encore, pour cela, les bons vieux microscopes faisaient amplement l’affaire.Pourtant, Ruska venait d’ouvrir une immense fenêtre sur l’infiniment petit.Mais il a dû patienter très longtemps, jusqu’à l’âge de 80 ans en fait, avant qu’on récompense ses efforts à leur juste mesure en lui attribuant un Nobel de physique.Ses travaux auront été les précurseurs d’une autre grande invention, celle d’un microscope encore plus perfectionné, dit à effet tunnel.L’une des particularités de ce magnifique outil est de grossir jusqu’à 100 millions de fois, permettant d’observer l’atome et l’électron.C’est Aristote qui en aurait été fou.Avec pareille technologie en main, des chercheurs rêvent maintenant de manipuler les briques constituantes de la matière.Le dossier que l’on vous propose ce mois-ci sur les nanotechnologies — un champ d’expertise si neuf que le terme n’est pas encore inscrit dans le dictionnaire ! — offre un aperçu des multiples applications qui pourront résulter des travaux.En fait, explique le journaliste Laurent Fontaine, l’informatique a atteint les limites de la miniaturisation avec les matériaux dont elle dispose actuellement.Aussi, dans les laboratoires de la célèbre Silicon Valley en Californie, on travaille maintenant à faire mieux, et plus petit, avec autre chose.L’objectif avoué : créer une génération de microprocesseurs lilliputiens qui pourraient, par exemple, composer le cerveau de robots plus petits qu’un grain de riz ! Pour la première fois, l’homme investirait un univers qu’il ne voit même pas à l’œil nu.Fascinant ?Ces applications et bien d’autres, même Jules Verne n’aurait pas osé ou aurait été incapable de les imaginer tant elles peuvent sembler étranges et hors de portée de la science.Mais vous verrez : supersmall is beautiful ! Raymond Lemieux Actualités Des squatters au Biodôme Plusieurs espèces se sont introduites au Biodôme.Un chercheur les a démasquées.par Normand Grondin 7 En deux temps, trois mouvements La Polytechnique de Montréal battra bientôt la marche pour la mise au point de prototypes industriels au Québec.par Stéphan Dussault Âge de l'Univers : la fin du débat ?Des astronomes français ont calculé la constante d’Hubble avec précision.On sait maintenant à quelle vitesse grossit l’Univers, et donc l’âge qu’il a.par Benoit Villeneuve 12 Sauvez mon ange On a descendu les anges de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours sur terre, histoire d’astiquer leur auréole.par Normand Grondin 14 Chronique Internet Stars system « Live Cam », un télescope géant à portée de la main, un parterre d’étoiles : le réseau des réseaux commence tout juste à nous déballer ses merveilles.par Philippe Chartier 16 Brèves Chroniques 41 Innovations par l’Agence Science-Presse 42 La dimension cachée Brin de conduite par Raynald Pepin ___£.44 Livres Circonvolutions mathématiques par Natalie Boulanger Cédérom Le monde de Pasteur par Michel Bélair À l'agenda 47 Entrevue avec Pierre-André Taguieff Pas d'excuses scientifiques au racisme par Dominique Chouchan 2 Québec Science / Mai 1997 Sommaire La vraie nature des nouvelles drogues H Les drogues de synthèse — comme le désor-mais célèbre Ecstasy — sont maintenant , ; l si répandues que même l’Organisation .mondiale de la santé parle d’une « épidémie ».i Voici comment elles agissent sur le corps humain j par Anne-Marie Simard ^ 1 Des papetières «3 T moins polluantes i iDurant les années 80, ce sont les papetières qui avaient le plus Ijffl mauvais dossier environnemental.La tendance est complètement |irenversée et, aujourd’hui, on ne trouve plus grand-chose à leur reprocher.par Raymond Lemieux Nanotechnologies : le rêve fou Pourquoi construire de gigantesques machines quand on peut faire mieux et plus vite en travaillant sur l’infiniment petit, disent les nanotechnologistes.Un beau rêve, un gigantesque défi.par Laurent Fontaine Des embryons humains pour la recherche Au moins un laboratoire montréalais utilise des embryons hu mains pour la recherche.À quelle fin ?Motus et bouche cousue par Mathieu-Robert Sauvé Québec Science / Mai 1997 3 Électrochocs : de nouveaux chiffres Le psychiatre Jacques Bouchard nous signale une erreur dans l’article sur les électrochocs (mars 1997) concernant l’interprétation de statistiques provenant de la RAMQ.Dans l’article, on peut lire qu’un petit nombre de médecins avaient prescrit près de 90 % des traitements en 1995.Or, il aurait fallu écrire « administrer ».« En confondant prescription et administration, on laisse l’impression erronée que l’électroconvulsothé-rapie (ECT) est l’outil d’une minorité de psychiatres et que certains y recourent à grande échelle », dit Jacques Bouchard.Par souci d’efficacité, ajoute-t-il, on confie habituellement à quelques psychiatres seulement, le soin d’administrer les traitements prescrits par l’ensemble de leurs collègues d’un même centre hospitalier.« En réalité, les traitements d’ECTsont prescrits par un nombre de psychiatres beaucoup plus grand que ce que vos chiffres laissent paraître.» N.D.L.R.: Le docteur Bouchard a raison lorsqu’il fait la distinction entre prescription et administration.Par contre, il est impossible de dire si le traitement est vraiment populaire chez les psychiatres puisque les statistiques sont muettes à ce sujet.On peut toutefois préciser que, dans une entrevue qu’il accordait b.La Presse, le 3 mars dernier, le docteur Yves Lamontagne, président de l’Association des psychiatres du Québec, affirmait qu’en ce moment à peine une vingtaine des 950 membres de l’Association prescrivent des électrochocs.Toujours au sujet des électrochocs, le psychologue André Paquet, de Ville d’Anjou, dit qu’en « cette ère d’efficacité et de performance à tous crins, la tentation est grande de traiter l’humain comme une machine (.) et de chercher l’expédient qui le remettra sur pied illico.(.) En respectant la signification du symptôme et de la maladie, c’est à l’être qui en souffre qu’on offre une seconde chance de grandir, de façon plus harmonieuse.» Le tigre, ce ruminant.Sophie Banville, agronome à Saint-Augustin-de-Desmaures, a repéré une perle dans l’article de Fabien Gruhier sur la vache folle (février 1997).Il est écrit qu’en plus des bovins d’élevage « plusieurs ruminants sauvages du Zoo de Londres, dont un tigre, et de nombreux chats londoniens ont succombé à la maladie du cerveau en éponge » ! « Si les perles sont rares dans Québec Science, dit notre lectrice, elles n’en sont que plus savoureuses.» Elle conclut en écrivant : « le tigre ruminait peut-être des idées noires ?» Le retour de l'eugénisme Jean-François Martin, père d’un enfant trisomique, nous reproche d’avoir utilisé le terme « mongolisme » dans un article sur le dépistage de cette maladie, un terme qu’il juge dépassé.De plus, il est en désaccord avec l’essence même de ce test qui vise à détecter la maladie durant la grossesse.« Lorsque la journaliste mentionne que les parents seront les premiers soulagés, j’aimerais bien savoir de quoi ?D’avoir à donner naissance à un enfant d\ férent ?Vous savez, il y a des journées où j’échangerais volontiers ma petite fille contre deux enfants comme mon garçon trisi mique.» Plus lom, il se demande pourquoi on cherche à éliminer tous les enfants qui sont porteurs d’une trisomie 21.« Pour élimm les drames chez les parents ?Vm savez comme moi que les drame, font partie de nos vies (.).» Finalement, il suggère d’être prudent face « aux percées médical et au retour de l’eugénisme par porte d’en arrière.(.) Arrêtons de vouloir à tout prix épurer la race humaine et regardons plub comment apprivoiser la différence humaine.» Donnez-nous vos commentaires ! Vous avez des commentaires et des suggestions sur le magazine ?Écrivez-nous à l'adresse suivante, ou envoyez-nous une télécopie ar (514) 843-4897.Québec Science 425, rue de La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 Adresse électronique courrier@QuebecScience.qc.ca Nous acceptons de temps à autre de communiquer notre liste d’abonnés à des organismes et des entreprises quand nous croyons que leurs produits ou services peuvent intéresser nos abonnés.Cependant, les demandes qui nous sont adressées sont acceptées avec parcimonie à la lumière de la bonne réputation des requérants et de l'intérêt des produits et services qu'ils offrent.La plupart de nos abonnés apprécient ce service.Si vous ne souhaitez pas que votre nom figure sur cette liste, faites-le-nous savoir par écrit en nous indiquant votre nom, votre adresse ainsi que votre numéro d'abonné.CEGEP de Jonquière Publié par La Revue Québec Science 425, rue de La Gauchetière Est Montréal (Québec) H2L2M7 courrier@QuebecScience.qc.ca http://QuebecScience.qc.ca DIRECTION Directeur général : Michel Gauquelin Adjointe administrative : Nicole Lévesque RÉDACTION Rédacteur en chef : Raymond Lemieux Adjoint à la rédaction : Normand Grondin Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Carpentier, André Delisle, Jean-Marc Fleury, Rosemonde Mandeville, Isabelle Montpetit, Gilles Parent, Pierre Sormany, René Vézina Ont collaboré à ce numéro : Agence Science-Presse, Michel Bélair, Natalie Boulanger, Philippe Chartier, Dominique Chouchan, Stéphan Dussault, Laurent Fontaine, Jean-Marie Labrie, Claude Marcil, Raynald Pepin, Pedro Rodrigue, Anne Ruimy, Mathieu-Robert Sauvé, Anne-Marie Simard et Benoit Villeneuve lllustrations/photos : Marc Cuadrado, Laurent Leblanc, Pierre-Paul Pariseau, Rémy Simard, Jean Soulard Correction : Natalie Boulanger PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique et impression : Interweb COMMERCIALISATION Promotion : Hélène Côté Abonnements : Nicole Bédard Distribution en kiosques ABONNEMENTS Tarifs (taxes incluses) 1 an (10 numéros) 2 ans (20 numéros) 3 ans (30 numéros) À l'unité Groupe (10 ex./même adresse) Messageries Dynamiques Au Canada À l’étranger 37,60 $ 48,00 $ 64,95 $ 86,00 $ 89,91 $ 125,00$ 4,50$ 5,25$ 34,19$ Non disponible Pour abonnement et changement d'adresse QUÉBEC SCIENCE C.P.250, Sillery (Québec) GIT 2R1 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57, 91871, Palaiseau, Cedex, France Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSE Téléphone : (418) 657-4391 PUBLICITÉ Communications Publi-Services inc.1, rue Forget, Saint-Sauveur (Québec) JOR IRQ Géraldine Richard, Jean Thibault Tél.: (514) 227-8414 Télec.: (514) 227-8995 publiser@sim.qc.ca RÉDACTION Tél.: (514) 843-6888 Télec.: (514) 843-4897 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre 1997, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 1997 - La Revue Québec Science Imprimé sur papier contenant 50 % de fibres recyclées et 40 % de fibres désencrées (post-consommation) Québec Science reçoit l'aide financière du ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (Programme Revues de vulgarisation scientifique et technique) et du gouvernement du Canada (Programme Sciences et Culture Canada) B Gouvernement du Québec Ministère de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie B+B Industrie Canada Industry Canada Membre de : The Audit Bureau CPPA Québec Science est produit sur cassette par l'Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : (418) 627-8882.4 Québec Science / Mai 1997 ta Actualités iires! (fiml 'kifl Mi aire de l’exploration n’est pas qu’un privilège réservé aux grands voyageurs : de son laboratoire, le biologiste Serge Parent vi-; site chaque jour le monde lilli-:.Sr; putien des invertébrés marins, un monde peuplé d’espèces peu connues, aux mœurs étranges et aux formes extravagantes.« C’est aussi fasci- Înant d’étudier une cuillerée à soupe d’eau et de gravier que d’explorer l’Équateur », dit-il.Conseiller scientifique au Biodôme de Montréal, Serge Parent a choisi de faire son doctorat sur la méiofaune ma- "11, t&BI rine du Saint-Laurent composée d’organismes de moins de 1 mm de longueur.Un vaste territoire à circonscrire : la dernière étude d’importance à ce sujet a été réalisée avant la Seconde Guerre mondiale.De plus, à peine une demi-douzaine de chercheurs canadiens s’intéressent aux copé-podes, nématodes, vers plats et autres minuscules habitants de nos fonds marins.Bref, la route est libre ! D’ailleurs, le biologiste a récemment identifié une nou-' velle espèce d’acariens.Apparentés aux araignées, les acariens entrent dans la catégorie des poids lourds de la méiofaune et sont de redouta- Des squatters au Biodôme ! À l'insu des biologistes, un fauve a élu domicile au Biodôme La bête, qu'on a baptisée « lion des mers », fait partie de la méiofaune du Saint-Laurent, un groupe de minuscules invertébrés marins.par Normand Grondin blés prédateurs.L’acarien découvert par Serge Parent fait partie du genre Copidogna-thus et, en attendant son homologation officielle (Copido-gnathus biodomi ou C.mont-reali), il s’est rapidement mérité le surnom de « lion des mers » tant il est vorace ! Curieusement, c’est dans le bassin du Saint-Laurent au Biodôme qu’on l’a identifié pour la première fois.Puisque l’eau, le gravier et les sédiments étaient tous stériles lorsqu’on a créé le bassin, Serge Parent estime qu’il a probablement été transporté là avec les anémones ou les our- - T i i a En haut, une des nouvelles espèces de coilemboles (petits insectes du sol) identifiées par une chercheuse du Biodôme, Madeleine Chagnon.À gauche, le « lion des mers », un acarien format géant découvert au Biodôme (on songe à le nommer Copidognathus biodomi).sins de mer que les plongeurs ont ramenés du fleuve.Ce n’est pas le petit fauve qui va s’en plaindre : relativement rare dans la nature, il a profité des conditions idéales que lui offre le bassin pour prendre de l’ex- Québec Science / Mai 1997 5 tualités pansion.« Aujourd’hui, on en retrouve plus d’une centaine dans une demi-tasse de gravier », a constaté le chercheur.La méiofaune marine ne semble pas menacée comme peuvent l’être les animaux de plus grande taille qui habitent l’estuaire du fleuve.Les espèces sont résistantes, la nourriture est abondante et les prédateurs sont rares.Si bien que la diversité de ce très ancien groupe s’est maintenue sans mal.Et quelle diversité ! Dans une cuillerée à soupe de bouillon de mer, on peut trouver jusqu’à 10 espèces, toutes plus exotiques les unes que les autres.Par exemple, ces copé-podes semblables à des crevettes qui transportent leurs œufs sous leur queue comme des homards.Et ces polypes à tentacules qui se reproduisent en « bourgeonnant » des méduses porteuses de leurs gamètes.' -À.¦.a .v: y: Ce copépode marin rassemble à s’y méprendre à une méduse.Il mesure pourtant 2 mm de longueur.« C'est aussi fascinant d'étudier une cuillerée à A soupe d'eau et de gravier que d'explorer l'Équateur.» Quel est le rôle de la méiofaune ?Certains croient qu’elle sert à accélérer la décomposition de déchets.Les expériences que Serge Parent a réalisées lui laissent croire que de gros « brouteurs de bactéries » comme les copépodes joueraient plutôt le rôle de filtre biologique.Mais ce n’est encore là qu’une hypothèse, insiste le biologiste, à qui la perspective de jouer les défricheurs ne déplaît pas du tout.« L’univers des organismes de petite taille est aussi fascinan et aussi peu exploré que celui des grands espaces.» • Il vous manque un Québec Science! Décembre-janvier 1996 Astrologie : perdue dans l’espace La sécurité aérienne Les animaux qui se congèlent Le berceau des comètes Avril 1995 Les origines de l’homme Entrevue avec S.Jay Gould Innovations technologiques Novembre 1995 Expédition en Antarctique L’auto électrique d’Hydro-Québec Dossier réforme de la santé Mars 1995 Dossier pratique Internet Russes et Américains dans l’espace Le sucre non coupable Juillet-août 1994 Les chasseurs de gènes L’oie des neiges La Lune, il y a 25 ans Musique et santé Complétez votre collection.Retrouvez le dossier ou l'article qui vous intéresse.Plusieurs numéros de Québec Science sont encore disponibles, certains en nombre très limité.Commandes honorées jusqu'à épuisement.Octobre 1995 Dossier sang contaminé Radarsat, l’œil canadien Microsoft fait des jaloux Vint Cerf, le pape de l’Internet Février 1995 Les 10 découvertes Le retour de la fusion froide Les aurores boréales Juin 1994 Le guide des vacances Les nouveaux dinosaures La génétique à la ferme Comète contre Jupiter Septembre 1995 La menace des nouveaux virus Le supercannabis clandestin Entrevue avec Gilles de Gennes Décembre-janvier 1995 Effets spéciaux au cinéma Sida : ceux qui survivent Les carrières en sciences Mai 1994 Dossier environnement Les monstres homéotiques Entrevue avec I.Prigogine La biographie de Fernand Seguin Juillet-août 1995 Les grandes énigmes Les ponts à haubans Ulysses et le Soleil Novembre 1994 Dossier cancer Le match Montréal-Toronto Le loup, meilleur ami de l’homme Avril 1994 La privatisation de la recherche Les nouveaux médicaments Téléphones illimités Juin 1995 Le guide des vacances Avant le Big Bang La menace Irving Whale Octobre 1994 L’autoroute électronique Comment les bébés apprennent à parler Vie de singes à Bornéo Entrevue avec Tobie Nathan Mars 1994 Les comportements des primates Dossier énergie Thermalisme et thalassothérapie Mai 1995 Le palmarès des rivières Dossier vaccins La science au Saguenay-Lac-Saint-Jean Février 1994 Les 10 découvertes L’Univers est une mousse Candida albicans Septembre 1994 Hépatite B : l’offensive Le saumon atlantique L’agent NO démasqué Décembre-janvier 1994 La masse manquante de l’Univers Femmes et technologies : le malaise Espèces menacées, mauvaises stratégies 6 Québec Science / Mail 997 Québec Numéros demandés : science Remplissez ce coupon et retournez-le avec votre paiement à: Québec Science, CP 250, Sillery (Québec) GIT 2R1 Je commande_______numéros à 5,70 $ Total:.(poste, manutention et taxes incluses) TPS : 0,35$ TVQ : 0,35$ code postal LUchèque divisa téléphone Je paye par I_____Ichèque (à l'ordre de Québec Science) I I MasterCard ___ Date d'expiration_______/_ Offre valide au Canada, jusqu'au 30 juillet 1997, selon la disponibilité.Étranger : tarifs sur demande.TPS : R 1335 97427 TVQ : 1013609086 ini le bricolage : avec les nouveaux systèmes d’usinage, il est main-fe tenant possible de réduire ipla considérablement le temps h if J de conception des pièces.Par ijiitull exemple, chez Bombardier, is»6isIàValcourt, certaines pièces [siEE sont aujourd’hui conçues en ppçfül deux jours alors qu’aupara-I ; vant cela exigeait un mois de travail ! C’est la compagnie américaine 3D Systems qui a ouvert la voie en 1989 en mettant au point un procédé innovateur de lithographie en trois dimensions.Avec ce système de « prototypage rapide », on crée d’abord une image numérisée de la pièce à produire, Actualités Prototypage En deux temps, trois mouvements L'École Polytechnique de Montréal devrait bientôt ouvrir son Centre de développement rapide.Une bonne nouvelle pour les étudiants, mais aussi pour l'industrie.par Stéphan Dussault î puis on la découpe en tranches horizontales de quelques microns.Cette information est ensuite transmise à un système laser qui « sculpte » littéralement le prototype à par- tir de plastique liquide qu’il durcit, couche par couche.Ce procédé permet de concevoir des prototypes aux formes très complexes.En France, par exemple, on a À gauche, prototype en plastique durci, sculpté au laser.En haut, un autre procédé de prototypage au laser découpe une à une des feuilles de papier préencollées.Elles sont ensuite assemblées pour former le prototype (pièce de gauche).Le prototypage rapide permet également d'obtenir des pièces de métal, qui peuvent être soumises à des tests de résistance.réussi à créer un modèle réduit d’abbaye et à reproduire tous les détails de son architecture.Imaginez s’il avait fallu réaliser tout cela à la main.« La beauté de ce système, c’est qu’il permet d’ajouter de la matière pour fabriquer une pièce au lieu d’en enlever, comme on le fait avec les techniques habituelles de fraisage », explique Charles Mony, ingénieur mécanique et coordonnateur du futur Centre de développement rapide de l’École Polytechnique.Le Centre sera équipé de plusieurs modèles de prototy-peurs rapides et permettra aux petites entreprises québécoises de profiter de cette technologie relativement coûteuse — de 180 000 à 800 000 dollars pour chaque prototypeur.Déjà, quelques géants québécois ont doté leurs usines de systèmes semblables.« L’an dernier, nous Suite à la page 8 Québec Science / Mai 1997 7 Actualités Acfas 1997 avons fabriqué plus de 150 pièces de cette façon », dit Steven Milz, vice-président Ingénierie à l’usine Bombardier de Valcourt, où sont fabriquées les motoneiges et les motomarines.C'est une image numérisée comme celle-ci qui fournira les instructions au système laser concernant la pièce à reproduire.En plus de l’architecture (modèles réduits d’immeubles) et de l’usinage industriel, la médecine pourrait également profiter de ce procédé.« Pourquoi ne pas fabriquer les prothèses à l’aide de cette technique ?» demande Charles Mony.Le prototypage rapide permet également d’obtenir de véritables pièces, qui peuvent ensuite être soumises à des tests de résistance.Par exemple, on a pu fabriquer une tubulure d’échappement d’automobile à partir d’un modèle de plastique réalisé par prototypage rapide.Résultat : trois semaines de boulot au lieu de trois mois, explique Clément Fortin, ingénieur mécanique et professeur à l’École Polytechnique de Montréal.Pour concevoir des prototypes, trois autres procédés sont actuellement offerts sur le marché.Le plus précis et le plus coûteux exige l’utilisation d’un laser qui agglomère des poudres métalliques.Pour le deuxième, c’est une buse qui dépose de très fines lames de fil fondu pour créer la pièce.Le dernier et le plus simple est constitué d’un laser qui découpe une à une des feuilles de papier préencollées qui sont ensuite assemblées pour former le prototype.Les défis de Polytechnique : réussir à créer des prototypes à partir d’autres matériaux que le bois, le plastique et les poudres métalliques — impossible jusqu’à maintenant de se servir de matériaux composites — et former les futurs utilisateurs de ces petits bijoux.• 8 Québec Science / Mai 1997 Dans la langue de Descartes Le français a-t-il sa place en sciences ?Oui, répond l'Acfas qui en fait le leitmotiv de son prochain congrès.Toutes les lois 101 du monde n’y feront rien : au royaume de la science, l’anglais est la principale langue utilisée.Sauf que la science n’est pas unilingue pour autant.L’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas) en fait la démonstration chaque printemps en organisant le plus grand rassemblement de chercheurs francophones du monde.Cette année, le congrès se tiendra à Trois-Rivières du 12 au 16 mai et attirera 3 500 participants.Au programme : plus d’un millier de communications et 70 colloques.On parlera donc de physique des particules, de biologie moléculaire, de nouveaux matériaux, d’éducation, de géographie, de sociologie, de psychologie dans la langue de Descartes, de Lavoisier et de Piaget.Et cela, l’Association a voulu cette année le souligner avec son thème « La science parle français ».« On veut lancer un débat sur la place réservée à la langue française en sciences car, pour le moment, on hésite à en parler à cause de la connotation politique du sujet », dit André Thibault, président du comité organisateur de l’événement et, jusqu’à récemment, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche de l’Université du Québec à Trois-Rivières.« Il faut distinguer communication scientifique diffusée à des chercheurs et transmission du savoir au grand public.Dans ce dernier cas, l’utilisation de l’anglais n’est pas pertinente.» R.L.Quelques colloques à surveiller En santé • L'orientation de la recherche en chiropratique au Québec (lundi 72 mai) • Précarisation du travail et santé : des effets inquiétants (jeudi 75 mai) En sciences physiques • L'hydrogène, l'énergie de demain (mardi 13 mai) • Les polymères : structure, propriétés et mise en œuvre (lundi 72 mai et mardi 13 mai) • L'avenir de l'industrie papetière québécoise (mercredi 14 mai) En sciences humaines • La jeunesse au carrefour : quelles perspectives pour l'avenir ?(lundi 12 mai et mardi 13 mai) • Le patrimoine : Pourquoi ?Pour qui ?Comment ?(mercredi 14 mai et jeudi 15 mai) • L'Atlas du Québec (mercredi 14 mai et jeudi 15 mai) En éducation • Exploration d'Internet et formation des professionnels de l'enseignement (vendredi 16 mai) Actualités A quelle vitesse grossit rtlnivers ?Mieux connue sous le nom de constante de Hubble, la valeur qui permet de calculer la vitesse d’expansion de l’Univers est l’objet d’un débat qui dure depuis 70 ans dans la communauté scientifique.Pourquoi pareil engouement ?De cette constante dépend notre capacité à remonter dans le temps jusqu’aux origines de l’Univers.De nouveaux résultats scientifiques obtenus par une équipe [européenne et publiés dans la revue spécialisée ^4s7roreo?m/ and Astrophysics permettent maintenant d’entrevoir la fin de la polémique sur l’évolution et l’âge de l’Univers.Il semble qu’on aimait — finalement ! —-déterminé la valeur de cette constante.Pour apprécier toute la saveur de cette découverte, offrons-nous le luxe d’un petit retour sur l’histoire de cette célèbre constante.Peu de temps après avoir mis en évidence que plusieurs nébuleuses étaient des galaxies à part entière contenant des milliards d’étoiles, Edwin Hubble fit une découverte stupéfiante à leur propos : toutes les galaxies s’éloignent de nous ! De plus, elles le font d’autant plus vite qu’elles sont éloignées de notre propre galaxie.Publiée en 1929, cette découverte porte aujourd’hui le nom de loi de Hubble qui s’exprime par Encore Hubble Age de l'Univers : la fin du débat ?Une équipe de chercheurs européens affirme avoir enfin mesuré correctement la fameuse constante de Hubble.Si c'est le cas, cela signifie que nous aurions percé le mystère de l'instant entre tous les instants celui du Big Bang.L'astrophysicien Benoit Villeneuve explique.par Benoit Villeneuve1 Le cœur de la galaxie d'Andromède, située à 2 millions d'années-lumière.C'est en observant des Céphéides dans cette galaxie qu'Edwin Hubble a entrépris de déterminer l'échelle des distantes de l'Univers.l’équation v = H x d, associant la vitesse d’éloignement (v) à la distance (d) par l’intermédiaire de la célèbre constante de Hubble (H).Cette constatation aussi spectaculaire que déroutante ne venait en fait que confirmer un résultat de la théorie de la relativité générale d’Einstein, à savoir que l’Univers est en expansion ! En effet, dès 1916, Albert Einstein s’était aperçu que la simple présence de matière au sein de l’Univers produisait un effet global de gonflement ou de rétrécissement uniforme de la totalité de l’espace.Complètement stupéfait par cette découverte, Einstein modifia alors à tort ses équations afin de fame disparaître ce curieux effet.Treize ans plus tard, la découverte de Hubble révélant que notre Univers est dans une phase d’expansion le força à se raviser et il admit que ces modifications constituaient probablement la plus grande erreur de sa carrière.Pour comprendre comment l’expansion peut se manifester concrètement, il faut utiliser la célèbre analogie du pain aux raisins.Les raisins jouent ici le rôle des galaxies qui sont séparées entre elles par l’espace, représenté par la pâte à pain.Lors de la cuisson, la pâte qui se gonfle entraîne les raisins avec elle de sorte qu’un raisin donné verra tous les autres s’é- loigner de lui.De plus, si on observe im raisin situé deux fois plus loin de nous qu’un autre, l’effet cumulatif d’une cuisson uniforme se traduira par l’impression qu’il s’éloigne de nous deux fois plus rapidement qu’un raisin situé deux fois plus près de nous.Or, c’est exactement ce qu’a découvert Hubble dont la constante H constitue une mesure directe du taux de gonflement de l’espace.En plus de pouvoir prédire la loi découverte par Hubble, la relativité nous indique que la simple présence de matière est à l’origine du phénomène d’expansion.Cela se traduit par l’existence d’une relation mathématique directe entre H et la densité de la matière Québec Science / Mai 1997 9 Actualités contenue dans l’Univers.Puisque la densité est une mesure de la concentration de la matière et que l’expansion cause une inéluctable dilution de cette dernière, le taux de gonflement de l’espace est forcément condamné à chuter avec le temps.Inversement, on peut lement dans le but de percer le mystère de l’instant entre tous les instants, celui qui marqua le début de notre Univers, que les astronomes s’acharnent depuis près de 70 ans à déterminer le plus exactement possible la valeur de la constante de Hubble.Dans le passé, l'Univers était la proie d'une expansion incroyablement rapide puisqu'il était plus concentré.La galaxi^ spirale M81, située à 1Q millions d'années-lumière de nous.Photographiée en lumière ultraviolette dont l'intensifé est représentée ici en fausses couleurs.dire que, dans le passé, l’Univers était la proie d’une expansion incroyablement rapide puisqu’il était plus concentré.Ainsi, la valeur de H ne nous indique pas seulement à quel rythme notre Univers s’étend, mais aussi depuis combien de temps il le fait.En effet, dans un Univers en expansion, plus le processus est engagé depuis longtemps, plus la valeur de H se doit d’être petite.C’est fma- Pour y arriver, il suffit en principe d’obtenir pour un certain nombre de galaxies les valeurs de la vitesse d’éloignement et de la distance.Mais les premiers résultats furent très décevants.Hubble trouva une valeur moyenne de H de 500 km/s de vitesse d’éloignement pour chaque mégaparsec de distance (un mégaparsec équivaut à un million de parsecs, chacun correspondant à 3,26 années-lumière).Plus simplement, on peut dire que cette valeur correspond à un gonflement de 500 milliardièmes de mètre par année pour chaque kilomètre d’espace.Cette valeur de H est trop élevée puisque l’âge de l’Univers serait alors de 1,5 milliard d’années.Or, on savait déjà à cette époque que certaines roches terrestres étaient vieilles R LJ IN/I 'avenir de l'édcjoation de lançju AF3P>E française m La force des liens favorisera-t-elle l’éducation de langue française?Défis, espoirs.de quelques milliards d’années.La Terre plus vieille que l’Univers ! Il n’en fallait pas plus pour que l’explication relativiste perde sa crédibilité.Il ne faut pas juger trop sévè rement cette première tentative.S’il était facile pour Hubble de déterminer les vitefftide ses d’éloignement des galaxies à l’aide de l’analyse spectrale, il en allait tout autrement des distances.Situées entre quelques millions et quelques milliards d’années-lumière de nous, les galaxies qui nous entourent se trouvent bien au- fell delà des limites de notre pau- toia; vre imagination.Une seule année-lumière correspond à la jæ distance parcourue par la lu- : mière en une année.Lorsqu’oi t* I .« sait que cette dernière franchi 300 000 km par seconde et qu’i s’écoule plus de 30 millions de secondes en une seule année, on commence à peine à saisir l’étendue de la difficulté.Pour évaluer les distances, Hubble a utilisé la relation entre la luminosité et la période de variabilité des étoiles dites Céphéides.Ces étoiles ont cec de particulier qu’elles émettent une quantité variable de lumière selon un cycle répétiti s’échelonnant sur un intervalle allant de 2 à 100 jours.On venait de découvrir à cette époque que plus le cycle d’une de ces étoiles est long, plus sa brillance réelle est grande.Enf mesurant sa brillance apparente qui est affaiblie par la OSE Pour obtenir des renseignements supplémentaires, ou pour obtenir un Cahier d'appel de mémoires : i||i Association canadienne d'éducation de langue from 268, rue Marie-de-l’Incamation Québec (Québec) GIN 3G4 Téléphone : (418) 681-4661 Télécopieur : (418) 681-3389 Courrier électronique : infomiat@acelf.ca a 10 Québec Science/Mai 1997 ! distance qui nous en sépare, i on peut, si on a mesuré la du-“'i® j rée du cycle de variabilité, dé-: 'i terminer précisément la dis-'; tance qui produit l’écart entre ^ | les brillances réelle et appa-, |tS'|rente.On a toutefois découvert * i vers la fm des années 50 qu’il ¦ i existe deux types de Céphéides ^' l obéissant à des relations diffé-*1 rentes.Malheureusement pour Mti-1 Hubble, il avait utilisé la mau-KMvaise relation, car, sans le sais j voir, il observait l’autre type de ® | Céphéides ! Avec les correc-» !< tions appropriées, le résultat m ! de Hubble correspond à un âge tel» | tout à fait concevable qui se si-sti ; tue autour de 10 milliards 1*11 d’années.irlatl Au cours des années 60 et 70, loisplune incroyable série de mesu-thIres des distances, utilisant une ieti'lj foule d’indicateurs différents, i* i ont permis de fixer la valeur de » ; H entre 50 et 100 milliardièmes « j de mètre de gonflement par année pour chaque kilomètre d’espace.Loin de s’entendre, la communauté scientifique s’est trouvée divisée entre deux écoles de pensée.Dirigés par l’astronome San-|dage, les tenants du H = 50 pouvaient compter sur des observations portant sur une centaine de galaxies dont les distances (avaient été déterminées principalement à l’aide des (Céphéides.Mené par de Vaucouleurs, un des pionniers (de l’astronomie extragalactique, le camp du H = 100 disposait d’un échantillon de près a de 300 galaxies dont les distances avaient été déterminées avec la plus vaste panoplie pos-! sible d’indicateurs.;,plllS: Bien que tous admettaient que les Céphéides consti-tuaient probablement les Imeilleurs indicateurs de distance, le camp du 100 avait lune longueur d’avance.D’après ses partisans, l’utilisation d’un large éventail de méthodes res-jtait la garantie pour obtenir June meilleure valeur moyenne Actualités Les deux photos du bas montrent la variation de l'éclat d'une étoile Céphéide à 5 jours d'intervalle.Ces photos proviennent du télescope Hubble alors qu'il était pointé sur une fraction de la galaxie spirale IC 4182 située à 16 millions d'années-lumière.de H simplement parce que les inévitables incertitudes sur les distances avaient toutes les chances de s’annuler mutuellement.L’erreur qu’avait faite Hubble en se fiant à un seul type d’indicateurs hantait encore bien des astronomes.Même les récents résultats obtenus par le télescope spatial Hubble n’ont pu, avec une valeur autour de 65, véritablement trancher la question.L’équipe européenne nous apporte toutefois une lueur d’espoir.D’après Jean-Philippe Beaulieu et ses collaborateurs, il semblerait qu’il soit possible de mettre fm à cette querelle en se serant des Céphéides ! Ce groupe de chercheurs nous propose une sorte de retour de l’histoire en mettant en évidence l’existence d’une foule de catégories de Céphéides.La grande distinction des années 50 n’aurait permis que de différencier les extrêmes d’un continuum de propriétés décrites par autant de relations différentes entre la brillance réelle et la durée du cycle.Pour bien comprendre cette découverte, il faut savoir que c’est le contenu en éléments chimiques lourds, comme les métaux, qui distingue les deux grands types de Céphéides.La variabilité de la brillance de ces étoiles est causée par la difficulté qu’a la lumière à traverser les couches externes de l’étoile.Puisque les métaux affectent le passage de la lumière au travers de la matière, les moindres différences de composition chimique entre deux Céphéides modifient leur comportement global de même que la relation permettant d’obtenir leur distance.Ce sont ces nuances dont tiennent compte Beaulieu et son équipe.Lorsqu’on traite à nouveau les vieilles données portant sur les Céphéides en tenant compte de ces raffinements, il apparaît que les anciennes mesures tendant à donner de faibles valeurs à H remontent alors que les autres redescendent.Le point de convergence se situe autour de H = 70.Une valeur qui, au dire de Beaulieu, correspond à celle obtenue tout à fait par hasard par le télescope Hubble.Il semble que cette fois-là, les astronomes, sans doute inspirés par Hubble lui-même, ont renversé le destin en pointant le grand télescope vers la bonne sorte de Céphéides ! • ' Benoit Villeneuve est astrophysicien.Il enseigne au Collège André-Grasset, à Montréal.Québec Science / Mail 997 11 Actualités Patrimoine Sauvez mon ange Lion de la chapelle Bonsecours à Montréal a révélé de nouveaux trésors.La restaurai par Normand Grondin Après avoir passé un siècle entre ciel et terre, les deux anges géants de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, œuvres du sculpteur Philippe Laperle, sont redescendus avec les mortels.pour se refaire une beauté ! Victimes du temps, du climat et des colonies de pigeons montréalais, les sculptures, qui mesurent près de quatre mètres de haut et pèsent plus de 600 kilos chacune, avaient besoin d’un sérieux coup de balai.C’est Jérôme René Morissette, restaurateur au Centre de conservation du Québec qui le donnera.Il effectuera d’abord une radiographie de chaque pièce, réalisée à partir d’un noyau de bois recouvert de feuilles de cuivre.La radiographie permettra de déterminer l’étendue des dégâts causés par les infiltrations d’eau et de repérer les zones où il faudra injec- lw,fc5S Wfyl V ter des matières consolidantes à base de résines acryliques et d’époxydes.Les soudures seront ensuite examinées, une à une, et refaites là où c’est nécessane.Puis le métal sera stabilisé à l’aide d’un inhibiteur de corrosion — le benzotriazole (BTA) — qui agira à la façon d’un imperméable chimique contre les sulfures et les chlorures, les deux grands ennemis du cuivre.Finalement, en septembre prochain, les sculptures, probablement recouvertes d’une bonne couche de cire protectrice, retourneront sur le toit de la chapelle pour un autre siècle.« Le défi consistera à les ancrer en tenant compte des dizaines de kilos de matières consolidantes qu’on aura ajoutés et des vents parfois puissants que la struc-ture devra encaisser », dit le restaurateur.Parallèlement, le Centre complétera la restauration d’une autre pièce, mise àjour le printemps dernier lors d’une fouille archéologique dans le sous-sol de la chapelle.Il s’agit de la tête d’une statue réalisée vers le milieu du XVHP siècle.Enfouie durant une longue période de temps, la pièce en cuivre repoussé sera d’abord nettoyée à l’aide d’un abrasif.Les restaurateurs ont le choix entre de nombreux produits, de la poudre de microbilles de verre (25 microns) au jet de sable.Dans ce cas-ci, on utilisera un abrasif végétal, de la coquille de noix, pour dégager la tête et préserver la patine du temps, c’est-à-dire la mince couche de cuprite qui s’est formée sur le métal au fil des ans.L’application d’une solution de BTA permettra de stabiliser la surface.On devrait pouvoir admirer cette tête plus de deux fois centenaire au futur musée de la chapelle dès cet automne.1 If ' a J: r;.: S: «se: l»| J::: fe ; SSÎJi 1 V, Présents dans le ciel de Montréal depuis un siècle, les anges de la chapelle Bonsecours sont descendus sur terre.TMP SE ffir, ÏÏPÏÏHQfr; WffîWmM, TaTTnTi ïfiTitrf «nm lâii 12 Québec Science / Mai 1997 Actualités On a nettoyé la fresque à la brosse souple et à 'eau tiède.Une œuvre de patience.I •.[ ;:rfr I* M y Sous la toile du plafond : une magnifique fresque ! Une œuvre peut parfois en cacher une autre.Il y a deux ans, on a découvert cette fresque de 27 tableaux représentant la vie de la Vierge, dissimulée sous un épais canevas peint couvrant le plafond de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, dans le Vieux-Montréal.La fresque est l'œuvre d'Édouard Meloche (1855-1914), un peintre et architecte bien coté qui a orné plus d'une quarantaine d'églises ici et aux États-Unis.Meloche doit soupirer d'aise : sa fresque, terminée en 1891, a été recouverte à peine 17 ans plus tard, alors qu'il était toujours vivant.Quel affront ! Mais à quelque chose malheur est bon : pendant toutes ces années, le canevas a protégé le travail de l'artiste contre les outrages du temps.« C'est certainement moins dommageable qu'une couche de peinture à l'huile ! », philosophe Patrick Legros, le restaurateur chargé de rajeunir la fresque.Après avoir détaché la toile du plafond, l'équipe a entrepris ie de nettoyer les résidus de colle séchée, faite d'un mélange de ns farine, de mélasse et d'os ou de peau de cheval bouillis.Le resus taurateur a d'abord songé à utiliser des enzymes, mais devant if les difficultés rencontrées, il s'est rabattu sur une bonne vieille «i technique : de l'eau tiède, une brosse souple et des trésors de a patience ! Par la suite, l'œuvre sera retouchée et les surfaces en-uo dommagées seront consolidées à l'aide d'un polymère acrylique.is Les travaux devraient être terminés à la fin de l'été.Autre objet de curiosité : le bâtiment a deux toits superposés < et on peut voir, à partir d'une petite ouverture taillée dans le > premier, que le second abrite plusieurs pièces de bois ouvrées et peintes d'un or brillant.• 65e Congrès de PAcfas La science parle français Du 12 au 16 mai 1997 Université du Québec à Trois-Rivières ISlBtïî »" % IL 5.Le congrès de l'Acfas : moment privilégié de rencontre de la communauté scientifique Au programme : 2000 communications, 40 disciplines, 80 colloques Champs couverts : • Sciences biologiques • Sciences humaines • Sciences sociales Sciences de la santé Sciences physiques Génie Bienvenue à Trois-Rivières Renseignements : Secrétariat de l'Acfas Téléphone : (514) 849-0045 • Télécopieur : (514) 849-5558 Courrier électronique : congres@acfas.ca Vous pouvez vous inscrire directement sur le site internet de l'Acfas http://www.acfas.ca Québec Science / Mai 1997 13 Actualités Nouveau Le guide pratique n° 4 •tici*1® ** aide Pra pnnwmps'”'1 Un guide indispensable pour trouver l'information que vous cherchez, quel que soit le domaine.PLUS • des entrevues • des statistiques • des trucs et astuces • un index complet par Jean-Hugues Roy En vente en kiosque et en librairie (4r95 $) Des observatoires offrent aux internautes la possibilité d'explorer les profondeurs de rUnivers.En 1991, avant même l’avènement du Web, de petits malins de l’université de Cambridge avaient installé une caméra devant la cafetière de la salle commune afin que tous les employés de l’édifice puissent savoir s’il y avait du café frais avant de s’y rendre.Dans un grand élan de générosité, ils branchèrent ensuite la caméra sur le Net, faisant ainsi de leur cafetière une célébrité internationale (1).Avec l’arrivée du Web, le phénomène s’est amplifié.Ces petites caméras — appelées « Live Cam », « WebCam » ou, en bon français, « caméras à diffusion en temps réel » — sont maintenant omniprésentes.En plus de montrer cafetières et distributrices de boissons gazeuses (un autre classique), elles permettent au voyeur impénitent qui sommeille en chacun de nous de S' rincer l’œil dans les endroits les plus insolites — un lave-auto, par exemple — ou les plus banals — un bête arrêt d’autobus à Los Angeles ou un tronçon d’autoroute dans une banlieue perdue.Le « Tour di monde en 80 clics de souris » (2) offre un intéressant échantillonnage des sites qui présen tent des images en direct.Mais pourquoi se limiter à notre petit globe poussiéreux lorsqu’on peut observer tous CyberRessources (1) The Trojan Room Coffee Machine http://www.cl.cam.ac.uk/coffee/coffee.html (2) Around the World in 80 Clicks http://www.asb.com/usr/swfuchs/ateydays/80clicks.html (3) University of California - Remote Access Astronomy Project http://deepspace.physics.ucsb.edu (4) University of Bradford - Bradford Robotic Telescope http://www.telescope.org/rti/ (5) University of Iowa - Automated Telescope Facility http://inferno.physics.uiowa.edu/ (6) NASA http://www.nasa.gov/ (7) Astronomy and Astrophysics & AstroWeb (CERN) http://www.w3.org/pub/DataSources/bySubject/astro/ astro.html (8) Space Telescope Institute http://oposite.stsci.edu/pubinfo/ 14 Québec Science / Mai 1997 n erne PHILIPPE CHARTIER c h a r t i e p PAR 'quebec.net Actualités Stars system SSFl .nl I les recoins de l’Univers ?Cer-tains observatoires d’astrono-; mie (3,4, 5) offrent en effet la ¦ possibilité d’utiliser des té-le-! scopes robotisés à distance pour explorer la voûte céleste.Le mode d’emploi de ces « ro-boscopes » est fort simple : il .suffit de s’inscrire, de remplir i un formulaire où l’on indique sa planète, étoile, galaxie ou nébuleuse préférée et de sou-: mettre sa requête.Avant le ¦: coucher du soleil, un ordina-jteur compile les requêtes et ü établit une liste d’attente, i Lorsque notre tour est arrivé, le roboscope nous fait parvenir h une confirmation par courrier électronique.Il suffit alors d’aller récupérer les résultats.Toute la procédure se fait automatiquement, sans aucune intervention humaine.Si l’idée de tripatouiller virtuellement un télescope de plusieurs millions de dollars peut paraître angoissante, il ne faut pas s’inquiéter, on ne peut rien briser ! C’est du moins ce qu’affirment les administrateurs des roboscopes.Le service est offert gratuitement, bien que les astronomes amateurs doivent partager le temps d’observation avec les chercheurs qui ont, bien sûr, la priorité.Cela demande parfois de la patience.Le télescope de Bradford, par exemple, se trouve en Grande-Bretagne, où le temps moyen d’observation est d’à peine 60 à 90 minutes par nuit ! Les astronomes amateurs sauteront sûrement sur cette occasion d’avoir accès à un équipement aussi sophistiqué.Cependant, il faut rappeler que les résultats sont rarement spectaculaires.Il est d’ailleurs conseillé d’observer des galaxies plutôt que des étoiles et des planètes, qui apparaissent invariablement comme de petits points blancs sur fond noir.Pour s’en mettre plein la vue, il est préférable de consulter le site de la NASA (6) et celui de TAstroWeb du CERN (7).On y trouve une impressionnante collection d’images et de séquences vidéo.À partir de la NASA, on peut faire un saut au Space Telescope Science Institute (8), où l’on conserve les superbes images provenant du télescope spatial//wôùfe.Sortez votre atlas astronomique, choisissez une destination et, grâce à Internet, allez explorer les profondeurs de l’Univers.Dépaysement garanti.• «Moi, rai eu l'Internet et mon père x -x É A 4- ¦ ¦ ¦ -A- un mois gratuit Martin, 12 ans internaute Richard, 43 ans père de famille, enseignant 0 avec la trousse d'Internet Microtec.» «Ici, il y a toujours quelqu'un qui veut s'amuser sur Internet.L'accès illimité à coût fixe chez Internet Microtec me permet de planifier mon budget sans casse-tête.» -Richard Téléphonez dès maintenant pour obtenir votre trousse d’accès incluant un mois gratuit ! Profitez de notre plan accès illimité pour seulement 26,95$ par mois ! UTILISEZ L'UN DE CES 2 MODES DE BRANCHEMENT! PAR LA TROUSSE D’INTERNET MICROTEC ¦Téléphonez-nous afin de recevoir rapidement votre trousse d'accès au monde d'Internet, au montant de 26,95 $, vous donnant: un mois gratuit, un guide d'installation et plusieurs logiciels dont les navigateurs web Microsoft Internet Explorer et Tango, ainsi que les logiciels PointCast et SécurNat.PAR MODEM : 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.• Montréal : (514) 861-3535 • Québec : (418) 691-0500 «Appuyez deux fois sur la touche RETOUR au moment de la connexion et suivre les instructions.» m IM T E R IM ET CROTEC Une technologie humanisée"' Accès illimité mtl: (5 1 4) 388-1 144 que.: (4 1 8) 683-2523 www.microtec.net & Québec Science/Mai 1997 15 Nouvelles brèves ¦ Biochimie Un grand bol de smog Grand responsable du smog, promoteur de l’effet de serre et destructeur modéré de la couche d’ozone, l’oxyde d’azote (NO) peut aussi être utile à l’occasion.Ce gaz moyennement toxique, dont la vie dans l’organisme ne dure toutefois que quelques secondes, joue en effet un rôle important dans la transmission de l’influx nerveux, dans le fonctionnement du système immunitaire et dans la régulation de la tension artérielle.Cette coquine molécule est aussi essentielle dans le processus fort complexe de l’érection masculine, si bien que la revue Science lui a décerné en 1992 le titre de « molécule de l’année ».Ce n’est pas tout.La biochimiste Doris Koesling, de l’université libre de Berlin, vient de découvrir que l’oxyde d’azote, en concentration comparable à celle que l’on retrouve en bordure d’une autoroute, multiplie par six l’efficacité de la guanylylcy-clase, une enzyme importante dans le fonctionnement des poumons.Ainsi, certains chercheurs préconisent maintenant l’inhalation de NO pour combattre l’hypertension pulmonaire et les troubles respiratoires aigus ! ¦ Psychologie La goutte de trop Depuis maintenant une quarantaine d’années, les psy reconnaissent les effets du stress sur la santé mentale.Certains sont bienfaisants, mais la plupart, hélas, nous rongent à petit feu.Si le stress a été l’objet de nombreuses études, il demeure encore mal compris.En effet, les études ont presque toujours été limitées aux événements stressants majeurs : deuil, divorce, perte d’emploi, etc.En somme, on s’est intéressé aux grandes claques que la vie nous assène de temps à autre et on a négligé les irritants quotidiens qui font peu à peu augmenter notre tension artérielle.La psychologue Blair Wheaton, de l’université de Toronto, a résolu de combler ce vide.Elle a dressé un inventaire des facteurs de stress qui minent lentement la santé de la population, en tenant compte du rôle social et des conditions de vie des victimes.Qu’est-ce qui Ta mise sur cette piste ?Les principes.du génie mécanique ! En anglais, « stress » signifie contrainte, et les ingénieurs savent qu’il existe deux sortes de contraintes.Les premières excèdent les limites d’élasticité des matériaux et les brisent à court terme.Les secondes sont causées par la répétition de sollicitations minimes qui finissent, à l’usure, par faire effondrer le bâtiment.Curieuse coïncidence, en mécanique comme en psychologie, ce stress à long terme se nomme.fatigue.¦ Psychologie La double vie des ados Les adolescents sont particulièrement doués pour s'adapter à la garde partagée et à la vie dans deux foyers différents.« Les questions d'organisation matérielle d'un tel mode de vie ne semblent pas leur poser de problèmes et les quelques difficultés inhérentes sont, de l'avis même de ces jeunes, largement compensées par le fait qu'ils peuvent voir régulièrement leurs deux parents.» Telles sont les conclusions encourageantes à'Ado-lescents After Divorce, récemment paru aux Presses de l'Université Wake Forest.Les auteurs, la psychologue Christy Buchanan et ses collègues Eleanor E.Macoby et Sanford M.Dornbuch, deux chercheurs de l'Université Standford, ont étudié 365 familles ayant divorcé environ 4 ans plus tôt afin de découvrir quels facteurs permettraient de prévoir que l'adaptation des enfants, après le divorce, sera réussie ou difficile.Au total, les chercheurs ont donc interviewé plus de 500 enfants âgés de 10 à 18 ans.Ceux-ci vivaient dans l'un des trois modèles les plus répandus : garde de la mère, garde du père ou garde partagée.Pour établir leur degré d'adaptation, les chercheurs ont examiné la présence ou non de symptômes de dépression, celle de comportements délinquants et l'attitude à l'école.Mais ils ont surtout étudié les caractéristiques des familles après le divorce : les relations des adolescents avec chaque parent, leurs expériences dans chacun de leurs deux foyers.Christy Buchanan estime que, indépendamment du type d'arrangement, l'étude fournit aux parents de nombreux moyens d'aider leurs enfants à traverser la douloureuse expérience du divorce.Ainsi, faut-il éviter à tout prix d'utiliser les enfants comme messagers, ne pas leur demander de renseignements au sujet de l'autre parent et ne pas dénigrer celui-ci en présence des enfants.Les adolescents qui disent se sentir souvent pris entre deux feux sont plus dépressifs et plus sujets aux comportements délinquants.Claude Mardi Pedro Rodrigue P.R.HH jéÊÊ Æ des articles parus au Québec dans les revues ^ scientifiques spécialisées sont signés par des Æ chercheurs de l'extérieur de la province.Cette constatation a été faite par le sociologue Benoit Godin, de l'Institut national de la recherche scientifique, qui a analysé le contenu de 55 revues spécialisées publiées entre 1990 et 1995.Le lieu de travail des auteurs ?46 % vivent au Québec; 22 % en France; 13 % ailleurs au Canada; 5 % aux États-Unis; 3 % en Belgique.Enfin, près de 11 % des articles proviennent du reste du monde.r / ' S* * I Tl ‘ ¦ 'JNSai 16 Québec Science / Mai 1997 L'univers des nanotechnologies sera celui Jres robots microscopiques et des objets assemblés molécule par molécule par des machines invisibles à l'œil nu.Le monde de ['infiniment petit et de ['immensément performant.par Laurent Fontaine msLe jour des fourmis, un thriller scientifique signé Bernard Werber, le commissaire Méliès finit par découvrir qui a tué les inventeurs d’un insecticide révolutionnaire : des fourmis ! Et pas n’importe lesquelles : elles ont des antennes de métal, deux minuscules caméras grand-angle au niveau des yeux, des mandibules inoxydables tranchantes comme des rasoirs, des pattes articulées et commandées par un microprocesseur logé dans la tête.Elles portent également, dans l’abdomen, une capsule pressurisée remplie d’acide.Les fourmis automates attaquent par centaines, s’introduisant dans les orifices du corps de leur victime figée par la peur, puis injectent leur acide formique.Brrrr.Même s’ils ne sont pas aussi cauchemardesques que les bestioles imaginées par l’écrivain, des robots-insectes ont réellement été fabriqués par des chercheurs japonais.Ces microrobots sont gardés dans les laboratoires de l’université Todai, à Tokyo, depuis 1995.Ce sont probablement les plus petits automates connus : des micromachines de 1,5 mm de long et de 0,7 mm de large, munies de six pattes-antennes dont deux sont mobiles et d’un corps en polysilicone, qui ne se déplacent qu’à l’intérieur d’un champ électromagnétique.Ces fourmis ne sont pas les seules petites bêtes dans Des chercheurs américains ont réussi a piège un electron volage dans un cercle d'atomes de métal.C'est ce que l'on voit ici.Ce serait un premier pas vers la réalisation d'un transistor nanoscopique, pièce maîtresse du matériel informatique de demain.L'image a été obtenue avec un microscope à effet tunnel.Québec Science / Mai 1997 17 leur genre.Les chercheurs japonais se spécialisent dans la construction de cafards, araignées et papillons, mais aussi dans l’étude du comportement des insectes artificiels.Le comportement ?Oui, car aussi incroyable que cela puisse paraître, les fourmis robots apprennent à marcher naturellement en file indienne ou à adopter une réaction commune et ordonnée dans une situation de chaos.Plusieurs équipes à travers le monde tentent de modéliser leur « intelligence » à l’aide d’algorithmes.Pour quelles raisons ?Parce que d’ici moins de 50 ans des robots plus petits encore, autonomes et assignés à des tâches précises, vont envahir notre univers.Moins gros que des virus, certains pourront éventuellement se déplacer dans le corps humain pour détruire un cancer.Qui rêve à cela ?Les nanotechno-logistes (nanoists en anglais).Que signifie « nano » ?Prenez un millimètre (10":!m), divisez-le par mille : voilà un micron (10'6m).Divisez le micron par mille : voilà un nanomètre (10‘9m).Lilliputien ! La nanotechnologie se définit donc comme l’ensemble des théories, des techniques et des mécanismes qui visent à manipuler ou à fabriquer des objets de taille comparable à celle des composants élémentaires de la matière — les atomes et les molécules.Les nanotechnologistes parlent d’ingénierie moléculaire.Dans les années 60, les nanotechnologistes ont peut-être trop souvent regardé le fùm Fantastic Voyage, qui racontait les aventures de l’équipage d’un microvaisseau perdu dans le corps humain.À moins que ce ne soit le contraire.Les cinéastes américains ont peut-être lu les articles de Richard Feynman, Prk Nobel de physique en 1965.« Pourquoi ne pourrions-nous pas transcrire les 24 volumes de l’encyclopédie Britannica sur’ la tête d’une épingle ?» demandait le physicien à la fin des années 50, dans un discours prononcé à l’Institut de technologie de Californie.Impensable ?Aujourd’hui, on fait pourtant beaucoup plus, et mieux.« Les principes de la physique, pour autant que nous puissions en juger, ne s’opposent pas à la possibilité de manipuler des choses atome par atome », ajoutait-il.C’est Eric Drexler qui, au début des années 90, a le premier donné suite aux intuitions de Richard Feynman.Ce Californien de 41 ans, ancien professeur du Massachusetts Institute of Technology et de l’université de Stanford, est le gourou des nanotechnologistes.Il a posé les bases de la nanotechnologie moderne dans deux ouvrages — Unbounding the Future: The Nanotechnology Revolution zt Nanosystems: Molecular Machinery, Manufacturing and Computation.Aujourd’hui directeur d’un centre d’éducation, le Foresight Institute, Drexler est si convaincu que des nanorobots pourront un jour réparer les tissus humains qu’il a demandé la cryogénisation.Tout comme son ami Ralph Merkle, du Centre de recherche de Xerox, à Palo Alto, dans la Silicon Valley, la Mecque des nanotechnologistes ! Leur credo est simple : si on peut bouger la matière atome par atome, on doit pouvoir construire des nanorobots moins gros qu’un virus et dotés de bras mécaniques nanoscopiques.Ces « assembleurs », comme on les nomme, pourraient à leur Les principes de la physique, pour autant que nous puissions en juger, ne s'opposent pas à la possibilité de manipuler des choses atome par atome.tour construire d’autres nanorobots, ou des ensembles de plus grande taille, en empilant atomes et molécules comme dans un jeu de Lego, grâce à un programme de construction pouvant donner des instructions à des millions, voire à des milliards de nanorobots en même temps ! Ces machines, assure Eric Drexler, auraient des avantages majeurs.Primo, leur coût de fabrication tomberait presque à zéro une fois franchie leur mise au point.Mais, pour permettre de réels développement industriels, les assembleurs doivent être en mesure de se répliquer.Impossible, dites-vous ?Les pommes de terre le font bien, répondent les nanotechnologistes.En combinant les éléments qui les composent, les tubercules se reproduisent elles-mêmes ! Secundo, si les assembleurs pouvaient manipuler les atomes un par un, il serait possible d’éliminer toute impureté de la matière et de créer des produits plus résis- tants avec moins d’atomes, donc moins lourds et moins volumineux.Après tout, la structure atomique du diamant ressemble beaucoup à celle du carbone.Avec quelques retouches, les possibilités de fabriquer des matériaux aussi résistants que le diamant et très légers sont infinies ! Le coût par kilo de ces produits serait à peine plus élevé que celui des pommes de terre (encore elles !).Ainsi, un Boeing 747 coûterait le prix actuel d’une voiture.Avec quelques paquets d’atomes, une machine pourrait construire en quelques heures un téléviseur ou un lecteur de disque compact.Une autre pourrait combiner des cellules pour fabriquer un steak.Des sous-marins nanoscopiques pourraient pénétrer dans les vaisseaux sanguins pour tuer des microbes, corriger des erreurs génétiques, réparer des tissus.Du côté militaire, on pourrait évidemment inventer des nanocellules causant des cancers qui se répandraient très rapidement ou des nanomissiles qu’on pourrait inhaler.Pour imaginer ses assembleurs, Drexler a observé comment la nature construit les objets vivants.Son modèle : les ribosomes.Mesurant à peine quelques milliers de nanomètres cubes, ces mini-usines sont chargées de synthétiser toutes les protéines.Infiniment petits, les ribosomes fabriquent plus grands qu’eux en suivant un « programme », celui du code génétique.Il y a évidemment un mur entre la chimie organique (qui crée la vie) et la chimie inorganique, mais les nanotechnologistes ont espoir de trouver la passerelle entre ces deux univers.« Imaginez ce que pourrait être notre monde si nous pouvions construire, sans eau et sans cellules vivantes, des objets possédant un degré de perfection atomique aussi grand que celui des organismes vivants ! » écrit Richard E.Smalley, un autre nanotechnologiste et Prix Nobel de chimie en 1996.« Le modèle théorique des nanotechnologistes n’est pas fou », dit prudemment Michel Meunier, professeur de génie physique et directeur du groupe de recherche en physique et technologie des couches minces à l’École Polytechnique de Montréal, un des rares endroits où Ton s’intéresse aux nanotechnologies au Québec.Des recherches menées dans ses laboratoires ont conduit à recouvrir les navettes spatiales américaines de microcouches de diamant pour rendre leur surface plus résistante aux agressions de l’espace.18 Québec Science / Mai 1997 Des sous-marins nanoscopiques pourraient pénétrer dans les vaisseaux sanguins pour tuer des microbes, corriger des erreurs génétiques, supprimer des cellules cancéreuses, réparer des tissus.> Æ ii mJinr Québec Science/Mai 1997 19 Cl est dans la Silicon Valley, en Californie, qu'on trouve la plus forte concentration de spécialistes des nanotechnologies.Pourquoi la Californie ?Même si on estime, avec optimisme, que les nanotechnologies pourront un jour révolutionner les secteurs de la médecine, de l'aéronautique et même de l'environnement, cette voie s'annonce au mieux difficile, au pire impossible.En fait, seuls les fabricants d'ordinateurs ont un intérêt immédiat à investir massivement dans la recherche puisque dans 10 ou 20 ans, on aura atteint les limites physiques de la miniaturisation des puces de silicium.Or, d'ici là, les nanotechnologies pourraient avoir atteint l'âge mur.Et sauver les meubles de l'industrie des circuits intégrés.Comment peut-on s'acharner à atteindre à un but aussi hypothétique ?Pour Al Globus, directeur d'une petite équipe de nanotechnologistes au Centre de recherche NASA-Ames, la réponse est simple : les retombées potentielles sont grandes.Très grandes.Avec un collègue, Al Globus a mis au point NanoDesign, un logiciel de conception moléculaire assistée par ordinateur qui ressemble à ceux utilisés par l'industrie pharmaceutique pour concevoir de nouveaux médicaments.Ce logiciel permet de simuler des structures de complexité variée, à partir de briques de base ressemblant à des tubes.Ces « nanotubes », aussi appelés fullérènes, ont d'ailleurs valu au chimiste Richard Smalley de l'université Rice, au Texas, de devenir, en 1996, le premier Nobel à arborer l'étiquette de nanotechnologiste.Parmi les molécules « construites » par l'équipe de Globus, certaines devraient même servir à court terme.Par exemple, si on pouvait joindre plusieurs fullérènes bout à bout, on obtiendrait des câbles très fins et très résistants.Mais encore faut-il savoir si ces nanotubes peuvent être fusionnés et, si c'est le cas, de quelle façon.Chez NASA-Ames, de même qu'à l'Institut de manufacture moléculaire et au Centre de recherche de Xerox, à Palo Alto, on conçoit aussi l'équivalent de pièces de robot classiques : transmissions, pompes, bras et mains robotisés.Classiques, à un détail près : chacune de ces pièces contient à peine quelques dizaines ou quelques milliers d'atomes.Le problème, c'est qu'on ne sait pas encore 20 Québec Science / Mai 1997 Nano Valley, California comment synthétiser ces molécules, ni comment les faire fonctionner ! C'est là qu'intervient un deuxième logiciel, qui permet de simuler le fonctionnement de ces molécules.Celui-ci permet d'appliquer une certaine force de rotation à l'axe de la molécule et d'observer ainsi le comportement de chacun des atomes.Lorsque l'axe tourne trop vite, la vitesse peut sauter ou, pire, une pièce peut casser.Les scientifiques doivent alors retourner à leur logiciel de conception.La réponse finale ne viendra que lorsqu'on pourra vraiment synthétiser ces molécules et les faire fonctionner.Comme le dit Ralph Merkle, nanotechnologiste au Centre de recherche de Xerox : « Pour fabriquer des machines moléculaires, il faut arriver à déterminer à quoi elles vont ressembler, et développer nos capacités à construire des objets à l'échelle moléculaire.» Et puis, il faut aussi des outils efficaces.Mais à quoi ressemblent donc les nanotournevis et les nanopinces ?Justement, la réalité expérimentale est en train de rattraper les simulations par ordinateur.Ainsi, des chimistes travaillent sur l'auto-assemblage de molécules, ce qui intéresse beaucoup les nanotechnologistes qui s'inspirent déjà de la nature.En effet, l'auto-assemblage est une pratique courante dans les cellules vivantes depuis des millions d'années.Anne Ruimy (Stanford, Californie) felt If F1 le teei Vi - ¦ Une transmission moléculaire simulée à l'ordinateur par des chercheurs de l'Institut de manufacture moléculaire et du Centre de recherche de Xerox, à Palo Alto, en Californie.La pièce est composée de nanotubes, qui sont eux-mêmes constitués d'un petit nombre d'atomes.C'est l'équivalent d'une transmission classique, dite « transmission planétaire ».La caisse est maintenue immobile (A).Lorsque l'axe central ou « soleil » tourne (B), il entraîne neuf « planètes » qui tournent sur elles-mêmes (C), entraînant finalement la roue extérieure (D).I H] I Microvoiture pour nanochercheurs ?En 1995, la firme japonaise Nippodenso a construit la plus petite voiture du monde : une Toyota Sedan, modèle 1936, réduite au millième (4,78 mm de long, 1,7 mm de large, 1,7 mm de haut), soit la taille d'un grain de riz.La voiture est faite de 24 pièces microfac-turées selon les techniques de photolithographie.Elle comprend un volant, des roues de 500 microns de diamètre, des axes, des phares avant et arrière et même une plaque d'immatriculation.Le plus impressionnant ?Elle roule ! Sa vitesse de croisière est de 6 millimètres à la seconde, soit 21,6 mètres à l'heure.Le premier modèle se déplaçait dans un champ électromagnétique, mais les chercheurs voulaient faire mieux.Ils ont donc construit un moteur magnétique de 0,67 mm fonctionnant avec 3 volts d'énergie.En 1996, l'équipe de Nippodenso a remis ça afin d'éliminer le fil qui fournissait l'énergie au premier modèle.Un premier pas vers les assembleurs des nanotechnologistes ?Pas fous les nanotechnologistes, mais les obstacles à surmonter avant de réussir à créer, à si petite échelle, une structure stable en trois dimensions sont énormes.Le problème majeur, c’est celui du contrôle de la position : il faut être capable d’assembler des atomes avec une précision.nanoscopique.Ainsi, un cheveu tombant sur un nanorobot aurait à peu près le même effet qu’un éléphant écrasant votre pied ! Il faut donc travailler dans le vide parfait.Encore là, la moindre vibration empêche de manipuler les atomes et provoque des réactions chimiques indésirables.De plus, lier des atomes entre eux n’est pas une mince affaire.Sans compter les nombreux autres problèmes : quelle énergie va alimenter ces nanorobots ?Comment la programmation et le stockage des données se feront-ils ?Et comment fonctionneront les articulations entre les différents éléments du robot ?es informaticiens ont été les premiers à prendre le prophète californien au sérieux.Déjà, au cours des années 60, leur industrie a sauté dans la vague de I la miniaturisation.Ils n’avaient guère le H choix : les premiers transistors, conçus en 1 1948, mesuraient encore plusieurs centi-I mètres carrés, et le premier ordinateur I d’IBM était aussi gros qu’un autobus ! Pour I commercialiser l’informatique, il fallait en I réduire les composants.C’est ce que l’industrie a fait en combi-I nant un matériau — le silicium, un semi-I conducteur malléable et résistant — I et une technique — la lithographie.Le 1 procédé s’inspire d’une recette de pizza : I sur une pâte de fond, le silicium, on ajoute I des couches d’ingrédients afin de super-I poser et d’incorporer des circuits et des I transistors.Pour « cuire » cet assemblage I par couches successives et aux endroits I désignés, les ingénieurs appliquent ou reti-I rent des résines et les font réagir en fil-I trant la lumière à travers des masques (procédé de lithographie).Au fil des années, les techniques sont de-I venues de plus en plus sophistiquées.Par I exemple, dans un ordinateur Pentium, on U stocke maintenant 5,5 millions de transis-1! tors sur une surface de 306 mm2 ! « En 25 ans, la puissance des microprocesseurs [ a été multipliée par 25 000 », rappelle | Michel Meunier.Et, d’ici 15 ans, avec 10 fois plus de transistors sur quelques fi millimètres carrés, un ordinateur aura à ilui seul la puissance de tous les ordinateurs qu’on trouve aujourd’hui dans la Silicon Valley, assurent les experts ! Ce n’est plus le besoin de miniaturisa- tion, mais la course à la puissance qui force l’industrie informatique à faire encore plus petit », explique le Québécois Richard Martel, chercheur au département de science physique au Watson Research Center, dans l’État de New York.Le calcul est simple : plus les composants sont petits, plus on peut stocker de transistors sur une même surface.Et comme le temps nécessaire pour qu’un électron traverse le système diminue, la vitesse de travail augmente.En 1978, la taille des transistors était de 4 microns.Dans un ordinateur Pentium, elle est de 0,35 micron.À la fin de cette année, le quart de micron deviendra la norme de l’industrie.ais la coiuse à la puissance se butera bientôt à un problème de « taille » : à 0,1 micron, ou 100 nanomètres, la technologie actuelle atteint sa limite, car la fréquence des photons de lumière devient trop grande pour graver des canaux si fins dans le silicium.De plus, à ces dimensions, des effets quantiques commencent à apparaître.« Celui qui n’est pas choqué par la théorie quantique n’a pas compris ce qu’elle est », disait le physicien Niels Bohr, pour résumer à quel point, à l’échelle de Finfiniment petit, les règles de la physique changent de manière surprenante.Par exemple, dans l’univers quantique, la même particule de matière peut se trouver à deux endroits différents à la fois.Un électron peut traverser des murs sans qu’on sache trop comment.Il peut aussi se retrouver dans des états de matière différents qui rendent quasi impossible la logique binaire qui régit les microprocesseurs.« À de si petites dimensions, le nombre d’électrons dans les circuits est si peu élevé que l’ajout ou le retrait d’un seul d’entre eux devient critique », explique Richard Martel.Loin de s’offusquer des comportements bizarres des électrons, les physiciens essaient plutôt de s’en servir pour concevoir la future génération d’ordinateurs.À l’Université de Sherbrooke, par exemple, les professeurs Jean Beerens et Jacques Beauvais travaillent avec un microscope à faisceau d’électrons pour graver des lignes de 20 à 100 nanomètres dans le silicium.Plus petite que celle des photons, Fonde des électrons permet une résolution plus fine.« Si on peut comprendre le comportement des électrons dans des circuits fins, on pourra créer des ordinateurs qui font travailler les transistors en parallèle, selon Québec Science / Mai 1997 21 les différents états de la matière », dit Jean Beerens.Dans des circuits réduits à quelques nanomètres, explique le physicien, les fils sont si petits qu’il n’y a plus qu’un électron qui passe à la fois.C’est très intéressant, car il faut beaucoup moins d’énergie pour faire circuler l’information.D’autres avenues sont explorées comme celle des îlots quantiques : si un seul électron pouvait être confiné dans un espace (îlot) et être expédié avec une quantité d’énergie donnée, il serait possible de construire des transistors fonctionnant avec.un seul électron.Au lieu de graver le silicium, d’autres scientifiques cherchent à y poser des circuits nanoscopiques, atome par atome.Les premiers outils existent : en 1986, deux Suisses, Gerd Binning et Heinrich Roher, ont reçu le prix Nobel de physique pour leur invention, le microscope à effet tunnel (STM), qui permet de voir et de manipuler les atomes un par un.Une pointe extrêmement fine et conductrice est placée près de nyme IBM avec 35 atomes de xénon ou pour bâtir un cercle d’atomes de métal sur une surface et y emprisonner un électron volage, premier pas vers un transistor nanoscopique.Les premiers travaux ont été faits à des températures très basses (-270°C), mais l’an dernier les chercheurs de Zurich ont manipulé des molécules organiques de 1,5 nanomètre à la température de la pièce.En novembre dernier, ils créaient aussi la première machine moléculaire : un boulier chinois de moins d’un nanomètre, fait d’une dizaine de rangs de molécules de carbone 60 déposées sur une surface de cuivre.Un autre outil intéresse les chercheurs d’IBM : le microscope à force atomique (AFM), qui mesure les atomes en calculant la pression entre la pointe et la surface.Au contact de l’air ambiant, une goutte d’eau Les percées actuelles en informatique apportent donc de l’eau au moulin des na-notechnologistes.Même s’il ne s’agit encore que de circuits intégrés, les IBM, Hewlett Packard, Texas Instruments et autres Motorola cherchent bel et bien à assembler des molécules une la surface à explorer.Par un effet tunnel, les électrons passent entre la pointe et la surface.Un lecteur piézoélectrique, un instrument de mesure, évalue la moindre variation avec une précision de 0,1 angstrom (1 cent millième de micron) : plus petit qu’un atome ! Le système est relié à un ordinateur qui recompose les informations et donne une image de la surface.Si le STM peut détecter les atomes, il peut aussi les déplacer.Plusieurs équipes de chercheurs d’IBM à Zurich, à Almaden en Californie, et au Watson Research Center, dans l’État de New York, ont ainsi manipulé des atomes pour écrire l’acro- Québec Science / Mai 1997 Un robot-cafard.Les chercheurs lui ont arraché les antennes et les ailes pour les remplacer par un microprocesseur et des électrodes grâce auxquels ils télécommandent les mouvements de l'insecte.Le cobaye nouveau genre sert à la recherche en micromécanique.minuscule se pose sur la pointe de l’AFM.En induisant un courant, les chercheurs du Watson Research Center créent une oxydation dans la mini-bulle d’eau : ils peuvent ainsi dessiner des points d’oxyde de 10 à 20 nanomètres sur le silicium ou une surface métallique.L’équivalent d’un circuit électronique ?aune.Mais la conquête de l’infini-2 ment petit dé- borde maintenant de l’informatique.En combinant des micromoteurs avec des éléments optiques, mécaniques et informatiques, les fabricants de machines ouvrent la porte à une révolution technologique aussi importante que celle de la microélectronique : les MEMS ou microsystèmes électromécaniques.« On cherche à adapter la taille et le processus de fabrication des machines actuelles à ceux des circuits intégrés », dit l’ingénieur Michel Meunier.X A l’École Polytechnique de Montréal, par exemple, le Laboratoire d’intégration des senseurs et des actua-teurs (autrement dit les capteurs et les moteurs) de John Curry a obtenu un prix l’année dernière pour l’invention d’un microadministrateur pharmaceutique.Le principe : une seringue intelligente, couplée à une puce, distille des substances dans des alvéoles.Le « décapsuleur » du système est un actuateur de 10 microns ! Le système permet d’administrer des prescriptions « millimétrées » à des moments précis.John Curry travaille aussi à d’autres projets, comme des commutateurs de quelques centaines de microns qui servent de relais dans des relais.Sauf que ses moyens sont limités.« Au Canada, dit-il, l’État fournit 200 000 dollars de subventions pour aider le marché des MEMS contre 200 millions aux États-Unis et 500 millions au Japon.» Alors que les nanotechnologistes souhaitent trouver des éléments de base pouvant être empilés pour fabriquer des nanorobots, les spécialistes de la micromanufacture cherchent plutôt à miniaturiser ce qui existe déjà.« Tout le monde est fasciné par l’infiniment petit, dit John Curry.Mais il y a une foule d’applications de quelques millimètres qui sont très utiles.Le vrai marché est là.» En fait, selon System Planning Corporation, les MEMS représenteront un marché mondial de 14 milliards de dollars US en l’an 2000 contre 600 millions en 1993. Is (I toll ton aèla ieiu » 'ill- if- HtSffl esi Les microcapteurs ont été les premières micromachines à se tailler une place sur le marché.Produits en chaîne comme les puces informatiques, leur coût à l’unité pour-; : rait être ramené à une dizaine de dollars, t alors que celui de leur équivalent grand il format est de quelques centaines de dollars, i\ voire plus.À lui seul, ce marché générera K* par exemple, a mis au point un capteur de pression d’air : placé dans une nouvelle génération de pneus, il détectera les fuites et enclenchera un système pour éviter le dégonflement.D’autres microcapteurs placés dans le siège mesureront la position du corps du conducteur et déclencheront une alarme ou stopperont le véhicule si le chauffeur s’affale sur le volant, I c endormi.1 m d o- 111 c ë ! Il S ?1 & nîîvi I y H SKfi I^L Les microprocesseurs sont de plus en plus petits et on n'aurait encore rien vu.•jJï'l ï li I plus de 3,6 milliards de dollars en l’an 2000.Les conducteurs de voitures munies d’un sac gonflable ne savent probablement pas qu’un microcapteur sensible à l’accéléra-| tion orchestre déjà ce système.Quand la , w voiture roule, une petite poutre mobile posée sur deux lames se met à vibrer.La vibration mécanique est transformée en un message électrique, transmis à une puce qui calcule la valeur de la décélération et déclenche l’ouverture du sac.Tout ce système mesure.3 mm2 ! I ::: I-1 ¦ iii K il# QllSj os voitures sont déjà truffées de ces microproduits.Bientôt, c’est toute une armada de capteurs invisibles qui mesureront pression, vitesse, température, accélération, pollution, etc.La société californienne Lucas Instrument, e deuxième grand domaine d’applications des microcapteurs est celui de la santé.On installe déjà dans des cathéters de 0,5 millimètre de diamètre une fibre optique munie d’une lentille pour examiner des organes ou attaquer une tumeur.Bientôt, cette fibre sera couverte de microcapteurs qui permettront de mesurer la pression sanguine, l’acidité, le taux de glucose, etc.I ?Lucas Novasensor a mis sur le 2 marché un capteur de pression sanguine de 700 microns, dont le dia-phragme — une membrane de silicone — mesure 10 microns.L’Institut Fraser de Vancouver, sans doute le plus important centre d’étude sur les micromachines au Canada, a mis au point une série d’applications biomédicales, notamment un capteur pour mesurer les variations de masse de moins de 0,5 nanogramme dans les cellules vivantes.MicroParts, en Allemagne, a conçu un inhalateur qui diffuse des gouttelettes de produits antiasthmatiques de 5 microns.Outre les microcapteurs, les MEMS comprennent les microactuateurs — les moteurs et les pompes —, dont les applications sont cependant moins évidentes à court terme.Les moteurs et les pompes de quelques centaines de microns existent déjà, mais encore faut-d les intégrer à des systèmes intelligents ! En aéronautique, par exemple, des microactuateurs pour- En passant par la peau L'ingénieur chimiste Robert Langler, du MIT, a présenté en février dernier son Sonicator, un pulsar à ultrasons pouvant élargir les pores de la peau.Après 14 ans de recherches dans ce domaine, Robert Langler a trouvé la façon de faire pénétrer une substance liquide par la peau sans devoir l'inciser.De la taille d'un bandage ou d'une montre et couplé à un système intelligent, l'appareil pourrait injecter des médicaments dans le corps des patients qui oublient de prendre leurs pilules ou qui ont du mal à les digérer.Les diabétiques qui se piquent à l'insuline pourraient aussi être intéressés par cette technologie.Évidemment, les futuristes y voient une manière d'introduire les nanorobots médicaux dans le corps humain.Source : Nanothinc, 3 février 1997 raient permettre de modifier le profil global des ailes d’avions à l’aide de microcapteurs pouvant déceler les moindres vibrations.Grâce à ce système, les constructeurs paraendraient à concevoir une seule grande aile, plus légère, à laquelle on fixerait une cabine pour 800 passagers.C’est dans le domaine optique que les microactuateurs sont le plus répandus.Texas Instruments a mis au point le Digital Light Processor (DLP), un système qui améliore considérablement la définition des écrans de télés, d’ordinateurs, etc.Le DLP rassemble 500 000 micromiroirs en aluminium de 16 microns carrés sur une surface de 1 cm par 1,5 cm ! Construit par photolithographie, il permet à chaque miroir de bouger individuellement, le tout étant coordonné par un système électrostatique.Affichage numérique à haute résolution pour vidéo, photocopieuse, balayage optique, les applications sont nombreuses ! Il reste à inventer la loupe pour retrouver les miroirs égarés.• # »• MH Pour en savoir plus Le Musée de la civilisation de Québec propose une exposition intitulée Zoom sur les miniatures.Il est évidemment question de microprocesseurs et de microrobots : n'oubliez pas votre loupe ! Plusieurs sites Web présentent les plus récentes découvertes des nanotechnologies.Nanothinc (www.nanothinc.com) Foresight Institute (www.foresigt.com) Nanolink (sunsite.nus.orglMEMEXInanolink.html) Simon Fraser University (fas.sfu.edu/ensc/research/groups/) Institute for Microfabrication Research (micromachininglimmr.html) Le Musée futuriste de la nanotechnologie du magazine Wired (www.hotwired.com/ wiredlscenarioslmuseum.html) Polytechnique, LISA (lisa.polymtl.ca) Québec Science / Mai 1997 23 Des embryons pour la recherche En attendant qu'Ottawa se branche sur la question des technologies de reproduction, la recherche sur des embryons humains est toujours permise — et pratiquée — au Québec.par Mathieu-Robert Sauvé Actuellement, au moins un laboratoire à Montréal utilise des embryons humains provenant de couples québécois à des fins de recherche, et une autre clinique est prête à le faire.Combien d’embryons ?Dans quel but exactement ?Les couples donateurs ont-ils vraiment consenti à cet usage ?Impossible de répondre avec précision à ces questions tant les milieux concernés sont discrets — on pourrait ajouter mal à l’aise — lorsqu’on aborde ce sujet.Alors que l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse et la Norvège interdisent ces pratiques ou les réglementent sévèrement, les chercheurs canadiens manipulent les embryons humains avec une certaine liberté.Même le projet de loi fédérale sur les techniques de reproduction humaine (C-47) ne dissipe pas les imprécisions puisqu’il autorise la recherche dans un article pour l’interdire dans un autre ! Les recherches dont on parle ici ne concernent ni le clonage ni des expériences à la Frankenstein.Elles ont pour but d’améliorer le taux de succès des nouvelles technologies de reproduction (NTR).On aimerait, par exemple, parvenir à diminuer la fréquence des avortements spontanés et à augmenter la durée de conservation in vitro des ovules fécondés.Or, pour mener de telles recherches, les modèles animaux ne sont d’aucun secours.On doit absolument utiliser des embryons humains ou y renoncer.24 Québec Science / Mai 1997 Deux cliniques au Québec possèdent la « matière première » nécessaire aux chercheurs : l’Institut de médecine de reproduction de Montréal (IMRM) et le Centre de reproduction de McGill, situé à l’hôpital Royal Victoria.Spécialisées dans la fécondation in vitro, ces deux cliniques de fertilité possèdent l’équipement nécessaire pour la cryoconservation des embryons « surnuméraires » (non implantés), des embryons que les clients peuvent céder à la science.Un chercheur nous a confirmé que le Centre de reproduction de McGill procède déjà à certaines expériences sur les embryons : « Je ne peux pas vous dire combien on en a utilisé aujourd’hui, mais cela se fait.» Questionné à ce propos, le Centre refuse de révéler le nombre d’embryons congelés ou destinés aux chercheurs.Par contre, le directeur, Sing Lin Tan, affirme que « des embryons pour la recherche, il n’y en a jamais assez ».Avant son arrivée à Montréal, ce gynécologue originaire de Singapour travaillait à Londres avec nul autre que l’inventeur de la fécondation in vitro, Robert Edwards.Le docteur Tan précise que les enjeux clés dans le domaine des nouvelles technologies de reproduction sont le diagnostic génétique préimplantatoire, la maturation des ovocytes in vitro et l’amélioration des taux de succès de l’implantation dans l’utérus (voir encadré).Trois secteurs qui ne peuvent progresser sans l’utilisation d’em- Diagnostic génétique préimplantatoire Il n'y a guère plus de 20 cliniques à travers le monde qui offrent le diagnostic génétique préimplantatoire.Le Centre de reproduction de McGill pourra le réaliser dès le printemps 1997, une première au Canada.Cette technique permet d'implanter dans l'utérus uniquement les embryons dépourvus d'une anomalie génétique donnée.Pour les porteurs sains de maladies héréditaires, cela peut éviter un avortement.Mais cette technique, qui consiste à voler une cellule au zygote alors qu'il n'en compte qu'une dizaine afin de localiser une anomalie génétique, permet également d'identifier des caractéristiques non médicales comme le sexe de l'enfant ou des troubles bénins.Cela pose évidemment un problème d'éthique fort différent et ramène à la surface la crainte de l'eugénisme, c'est-à-dire d'une sélection génétique des individus.Dans l'immédiat, les cliniciens ne s'entendent pas sur l'attitude à adopter lorsque les parents exigent des enfants « non porteurs ».On peut, en effet, posséder le gène de la fibrose kystique, mais vivre une vie parfaitement normale.La maturation des ovocytes i»i vitro La médication qui provoque la stimulation des ovaires est extrêmement coûteuse et cause des effets secondaires encore peu connus.Actuellement, pour chaque ovule qui parvient à maturité, une douzaine meurent dans l'ovaire.Si les chercheurs parvenaient à amener ces ovules à maturation hors du corps, ils disposeraient d’un nombre suffisant d'ovules pour la fécondation in vitro.L’amélioration des taux de succès de l’implantation dans l’utérus Pour une raison inconnue, les embryons à un stade très précoce (zygotes) ne se fixent pas tous sur la paroi utérine.La grossesse se transforme alors en avortement spontané.Les recherches visent donc à déterminer quel échange survient entre l'embryon et l'utérus.Si on isolait la protéine qui permet la nidation (fixation de l'œuf fécondé), une source d'infertilité serait mieux comprise.On expliquerait peut-être ainsi les grossesses extra-utérines, un problème important en gynécologie.Québec Science / Mai 1997 25 bryons.« Nous sommes actifs dans les trois », reconnaît le médecin.À l’IMRM, la banque d’azote liquide comptait, l’hiver dernier, quelque 700 embryons congelés.Aucun d’entre eux n’est utilisé pour la recherche, affirme le docteur Pierre Miron, fondateur de l’Institut.Mais la situation pourrait changer sous peu.Il rappelle d’ailleurs que « sans les recherches sur l’embryon, la fécondation in vitro n’aurait jamais pu être mise au point dans les années 70 ».Une technique qui a fait bien des petits : plus de 400 Québécois conçus en éprouvette ont vu le jour depuis la fondation de l’Institut.La recherche sur des embryons suscite la controverse.Ce qui semble souhaitable aux uns apparaît inacceptable aux autres.Par exemple, en Allemagne, où les débats ont été particulièrement houleux, les chercheurs risquent la prison ! Ici, les opinions sont partagées.La sociologue Louise Vandelac, de l’UQAM, n’hésite pas à dire que les chercheurs sont en train de transformer ces « éventuels rejetons » en de « nouveaux rats de laboratoire ».À l’opposé, le bioéthicien David Roy croit qu’il « serait immoral de ne pas poursuivre les recherches sur les techniques de reproduction tant que nous continuerons à utiliser ces techniques ».Dans l’ensemble, la plupart des chercheurs consultés n’y voient pas de problèmes, bien que plusieurs d’entre eux préfèrent choisir d’autres voies, sachant que ce genre de recherche a mauvaise presse.Ou encore, on dit préférer s’en tenir aux recherches plus classiques sur les embryons de souris et les trompes utérines de lapines.Mais d’abord, qu’entend-on par embryon ?Et pourquoi en accumule-t-on des centaines dans des banques d’azote liquide ?On sait que la vie humame commence à s’individualiser deux semaines après la conception.« On appelle “ligne primitive” la bande longitudinale de cellules qui se forme à partir des cellules préembryonnaires, de 13 à 16 jours après la fécondation, écrivent les auteurs de La Bioéthique, ses fondements, ses controverses (Éditions ERPI).À ce stade, la division gémellaire est encore possible.La formation complète de la ligne primitive marque l’émergence de l'embryon individuel.» Cette « ligne primitive » est considérée comme la première trace du système nerveux central ou, plus exactement, de la capacité sensitive.C’est pourquoi on s’accorde pour dire qu’aucune recherche Deux cliniques de FIV au Québee Après moins d'un an d'activité, le Centre de reproduction de McGill prétend obtenir un taux de succès de 43 % pour ses traitements de fécondation in vitro.En comparaison, l'Institut de médecine de reproduction de Montréal (IMRM) dit détenir « l’un des taux de succès les plus élevés au monde » avec.28 % ! La différence entre les deux organismes ne s'arrête pas là.L'IMRM est privé et compte des partenaires comme la Caisse de dépôt et placement du Québec, la famille Péladeau et les pharmacies Jean Coutu.Le Centre de reproduction de McGill profite de son affiliation universitaire et de son intégration physique dans un hôpital du réseau de la santé.Ce dernier pratique également une politique de prix plus agressive : une fécondation in vitro coûte 500 $ de moins qu'à l'IMRM (3 450 $ contre 3 950 $).Il offre aussi un forfait « trois cycles » qui augmente les chances de succès.L'IMRM annonce qu'il imitera bientôt ce forfait.Décidément, les 10 000 à 12 000 couples infertiles du Québec ont l'embarras du choix.En fait, une petite guerre médico-commerciale s'est engagée autour des personnes infertiles prêtes à débourser de jolies sommes pour contrer leur problème (ces actes ne sont pas couverts par l'assurance-maladie).Mais ce n'est pas parce qu'on paie de sa poche qu'il n'y a pas d'éthique, assure Pierre Miron.Il n'y a ici ni sexage, ni diagnostic préimplantatoire, ni mères porteuses.Et un comité d'éthique, nouvellement présidé par la juriste Sonia LeBris, doit se pencher sur plusieurs questions épineuses.Par exemple, faut-il permettre à des lesbiennes de profiter des services du Centre ?En d'autres termes, la fécondation in vitro, est-ce un « droit » ou un traitement médical ?Le médecin rappelle également que les expériences les plus malheureuses en clinique de fertilité, au cours des dernières années, se sont déroulées dans des centres universitaires, et non dans des centres privés.En outre, la seule expérience connue de clonage d’une cellule embryonnaire humaine (qui avait été approuvée par un comité d'éthique) a été effectuée sur des embryons non viables par Jerry Hall et Robert Stillman, à l’université George Washington, en 1993.De même, le trafic d’ovules d'une clinique de Californie, révélé en 1995, avait eu lieu en milieu universitaire.ne doit se faire sur des sujets de plus de 14 jours.Précisons qu’il s’agit là d’une règle non écrite.Si elle est généralement admise, certains s’y opposent fortement.Les Français, notamment, estiment que la barre devrait être abaissée à sept jours, soit au début de la nidation.L’argument : si l’embryon a la faculté de se loger, on doit le laisser tranquille.Si on congèle tant d’embryons, c’est en raison des techniques employées pour la fécondation in vitro.En effet, lors d’un traitement, la patiente reçoit de la gonadotrophine, un médicament qui provoque une telle stimulation des ovaires qu’au lieu de produire 1 ovule par cycle, elle en produit de 5 à 15.Par la suite, explique le biochimiste Guy Beauregard, qui a consacré sa thèse de doctorat à la recherche sur l’embryon humain, on profite de cette abondance d’ovules pour implanter plusieurs embryons chez la patiente afin d’augmenter les chances de succès de l’intervention.et les risques de grossesse multiple (une sur quatre).Selon Guy Beauregard, le recours à la stimulation ovarienne serait une erreur.Cette technique, qui viserait « avant tout à gonfler les taux de succès des cliniques de fertilité », causerait plusieurs problèmes chez les femmes.« Si les médecins s’en tenaient au cycle naturel (un ovule par mois), ils ne créeraient pas tant d’embryons surnuméraires et éviteraient plusieurs inconvénients », dit-il.Selon trois études rapportées dans VAmerican Journal of Epidemiology, en 1992, le risque de développer un cancer des ovaires serait trois fois plus élevé chez les femmes à qui on a prescrit des médicaments provoquant la stimulation ovarienne (clomifène, bromocriptine et gonadotrophine).Les risques accrus de grossesse ectopique, les avortements spontanés et la malformation des ovocytes sont d’autres effets secondaires qui ont été observés.Avec ou sans stimulation ovarienne, il n’en reste pas moins que des projets de recherche sur l’embryon humain peuvent démarrer n’importe quand sans que les organismes publics ne soient mis au courant, ni 26 Québec Science / Mai 1997 V>¥'V w it#-' •.* .T' v4,ViC'- ilplM ,rJ;|8 kM I à Québec ni à Ottawa.En fait, cette décision relève d’une poignée de personnes qui font partie des comités d’éthique de la recherche des deux cliniques mentionnées précédemment.À riMRM, après une longue période de flottement, ce comité est en « restructuration ».On vient d’y nommer une présidente qui en choisira bientôt les membres (l’Institut est en activité depuis cinq ans !).À l’hôpital Royal Victoria, malgré nos demandes répétées, nous n’avons pas pu obtenir la liste des gens qui siègent au comité.Le président, le docteur Antoine Lotfi, n’a pas jugé bon de retourner nos appels.On sait cependant que la quasi-totalité des membres travaillent à l’hôpital ou à McGill, ce qui contrevient aux directives du Guide éthique de la recherche avec des sujets humains, publié par les trois principaux organismes qui accordent des subventions au pays (CRM, CRSNG et CRSH), qui recommande une meilleure représentation du grand public.Les chercheurs n’ont même pas de compte à rendre aux donneurs.En effet, le formulaire de consentement pour la congé- lation d’embryons prévoit le don à la recherche.Quelles recherches au juste ?On ne le précise nulle part.Selon le directeur du Centre, Sing Lin Tan, les couples ne veulent pas nécessairement être mis au courant du détail des recherches, car ils font confiance au comité d’éthique de l’hôpital.Or, c’est donner beaucoup d’importance à un groupe de personnes presque informel, peu transparent, dont la composition est établie par chaque établissement.De plus, selon un comité d’experts qui s’est penché sur la question en 1995 pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux, la composition des comités d’éthique de la recherche pose souvent problème au Québec.Le docteur David Roy, doyen de nos bio-éthiciens, admet qu’il est « éthiquement douteux » de ne pas définir les buts d’une recherche lorsqu’on sollicite un consentement.« Cela revient à donner un chèque en blanc aux chercheurs.» Mais il refuse de se prononcer sur’ les procédures d’un organisme en activité.Après avoir englouti 29,5 millions de dol- lars dans le cadre d’une commission royale et d’un sous-comité de recherche sur l’em-bryon, le gouvernement canadien n’a toujours pas légiféré ni même adopté une politique claire en matière de recherche sur l’embryon.Le Canada est l’un des rares pays occidentaux, avec la Belgique, dans cette situation.Pourtant, la Commission Baird a absolument tout dit sur le sujet.Malheureusement, c’est la montagne qui a accouché d’une souris puisque le projet de loi qui a suivi (C-47) contient de nombreuses ambiguïtés.Ainsi, l’article 4 stipule que « nul ne peut sciemment produire la fécondation d’un ovule à l’extérieur du corps humain aux fins de recherche » alors qu’à l’article 7 la barrière est levée lorsqu’on obtient le consentement des donneurs : « Il est interdit d’utiliser un zygote ou un embryon aux fins de recherche (.) sans avoir obtenu, pour l’utilisation visée, le consentement des donneurs de l’ovule et du sperme.» Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.D’ailleurs, ce projet de loi fait littéralement l’unanimité.contre lui ! « On dirait qu’il a été rédigé par des gens qui ne comprennent rien auxNTR », dit David Roy.Depuis Louise Brown, qui n’a pas encore 20 ans, des milliers de personnes ont été conçues in vitro.On a mis au point de nouvelles techniques — le GIFT (Gamete Intrafallopian Transfert), le TOAST (Transcervical Ovocyte and Sperm Transfert), le ZIFT, le PROST et bien d’autres — et on s’intéresse de plus en plus à l'infertilité masculine.Ce mouvement vers l’avant ne cessera pas, dit le docteur Pierre Miron, en soulignant que l’infertilité est une maladie reconnue par l’Organisation mondiale de la santé et qu’elle touche 1 couple sur 12.Le directeur de 1TMRM reçoit comme un affront personnel les critiques formulées à l’endroit des nouvelles technologies de la reproduction, qui viennent soulager une partie du drame des personnes confrontées à l’infertilité.Mais il admet du même souffle qu’un halo de mystère entoure les recherches dans ce domaine.Lors de la crise médiatique qui a entouré l’annonce du clonage d’une brebis adulte en Écosse, en février dernier, il a reçu un appel inquiet de la dernière personne qu’il aurait pu imaginer : sa mère.« Elle m’a demandé si je faisais du clonage dans ma clinique.J’ai compris que si ma propre mère s’inquiétait, c’était peut-être normal que le public s’inquiète aussi.» • Québec Science / Mai 1997 27 Paradis artificiels I ¦ %l ^ La vraie nature ues nouvelles drogues par Anne-Marie Simard Comme la cocaïne à une autre époque, les drogues de synthèse sont perçues par ceux qui en consomment comme des produits relativement inoffensifs.Erreur : ce n'est pas parce que le loup est déguisé en mouton qu'il ne mord pas ! 11% 1 fl du matin, par une froide nuit d’octobre.Alex, Guy, Frank et Gilles se dirigent fébrilement vers le stade Olympique où a lieu I U le party annuel « Black and Blue », un méga-happening gai.Avant d’entrer, chacun avale son Ecstasy, la fameuse « pilule de l’amour » qui donne envie de serrer tout le monde dans ses bras et de danser toute la nuit.Une heure plus tard, le party bat son plein.Grâce au rythme frénétique de la musique techno, près de 10 000 personnes sont presque en transe.Ceux qui ont pris de l’Ecstasy, la drogue qui déshydrate (on dit aussi du « X »), ont tous une bouteille d’eau à la main.« C’est-à-dire près de 9 000 personnes sur 10 000 », ironise Alex, que ses copains ont surnommé Chemical Brother en raison de son goût marqué pour les drogues de synthèse.28 Québec Science / Mai 1997 Images d'un rave.Une occasion que saisissent les amateurs de nouvelles drogues.On y boit plus d'eau que d'alcool, car elle facilite l'absorption d'Ecstasy, une drogue qui gagne en popularité.Un commerce planétaire D’où viennent les drogues de synthèse qui inondent les soirées rave ?Au Québec, l'Ecstasy est surtout importé des États-Unis et d'Europe, mais il est aussi fabriqué ici, dans des labos clandestins.De nombreuses recettes d'Ecstasy, de GHB, de Special-K et de Meth voyagent également sur Internet.« Il faut une longue expérience et un bon équipement », dit Bruce Lodge, chef du laboratoire du Service de l’analyse des drogues de Santé Canada.« Mais je dois reconnaître que certains chimistes clandestins sont extrêmement doués.» En mars dernier, la loi en vigueur ne prévoyait qu'une amende symbolique ou quelques jours de prison pour ceux qui font la contrebande des produits de base (ou précurseurs) entrant dans la fabrication de ces drogues.Mais la nouvelle loi C-8, qui devrait bientôt entrer en vigueur, si ce n'est déjà fait, sera plus sévère.Par contre, des produits comme le GHB, encore peu connus, ne figurent pas sur la liste.Les chimistes clandestins ont toujours une longueur d'avance.HPT Québec Science/Mai 1997 29 Photos : Gianni Muratore/Camerapress/Ponopresse Internationale Les molécules du bonheur La dopamine est présente dans notre cerveau.Ce neurotransmetteur active les centres du plaisir, de la récompense.Notez sa ressemblance avec les molécules d'amphétamine et de métamphétamine.Le MDMA, ou Ecstasy, est aussi une métamphétamine.Pas étonnant que ces drogues de synthèse activent aussi les sites cérébraux du bien-être ! Le PCP, lui, compte trois bagues de carbone.Lorsqu'il est inhalé, cet anesthésiant à bétail produit un effet de dissociation - comme si la conscience se séparait du corps.La kétamine, « clé » d’une forme similaire, ouvre les mêmes serrures.Si l'Ecstasy est une drogue sensuelle, le GHB est sexuel.Le « Liquid Ecstasy » procure détente musculaire et désinhibition : l'effet amplifié de l'alcool.CH2—CH2—NH2 Dopamine Amphétamine Kétamine Métamphétamine CH2 CH-,— CH — NH MDMA GHB O Na+ Guide de la rue Nom Dose courante Prix Effets Durée Élément actif Ecstasy 2 mg par kilo de poids corporel environ 40 S la pilule ou capsule de gélatine euphorisant et stimulant 6 h MDMA, un type d’amphétamines Special-K une « sniffe » par narine 40 S à 50 S le flacon hallucinogène, anesthésiant, dissociatif de 2 à 10 h kétamine GHB 0,75 à 1,5 g 20 S le flacon euphorisant et stimulant de 1 à 3 h gamma- hydrobutyrate Speed un comprimé 20 S à 25 S la pilule stimulant de 8 à 24 h métamphétamines Bricolées par des chimistes clandestins, les designers drugs comme l’Ecstasy sont des substances pharmaceutiques dont la structure moléculaire a été modifiée.Ces excitants sont faciles à fabriquer, bon marché et, dans bien des cas, ils n’ont pas encore attiré l’attention de la police.La manne pour les revendeurs ! D’ailleurs, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on aurait maintenant affaire à une « véritable épidémie ».Torse nu, ruisselant de sueur, Alex est heureux comme un roi.« La première fois que j’ai pris du X, j’ai eu une révélation suite plaisir physique que la musique peut te donner.» Responsable de cet « éclair spirituel » : 1e MDMA, une molécule de type méthamphétamine.Une vingtaine de minutes après son ingestion, il circule déjà dans 1e sang.Soluble dans tes graisses, 1e MDMA traverse sans problème la barrière formée par tes capillaires cérébraux puisque la membrane des cellules de leur paroi est de nature lipidique.mT Dans 1e cerveau d’Alex, la fête commence.Au point de con-J tact de deux neurones (ou synapse), 1e neurone libère des neurotransmetteurs qui sont captés par tes récepteurs de son voisin f voir illustration en page 32).Par sa structure, 1e MDMA ressemble à s’y méprendre à la dopamine et à la noradré-naline, deux neurotransmetteurs naturels.Les neurones seront confondus.Parmi ses nombreuses fonctions, la dopamine contrôle tes centres du plaisir.La noradrénaline, quant à elle, agit sur tes cycles d’éveil et de sommeil ainsi que sur 1e système nerveux autonome central (cœur, poumons, estomac, intestins).L’action du MDMA est triple.D’abord, il force tes neurones à libérer massivement leurs neurotransmetteurs, qui vont se fixer sur les récepteurs des neurones voisins.Puis, sous sa fausse identité de dopamine ou de noradrénaline, il se fixe aux récepteurs et tes active, décuplant l’effet des neurotransmetteurs.Finalement, 1e MDMA prolonge leur effet — habituellement de quelques secondes — à plusieurs heures ! Le MDMA stimule également la production de sérotonine (1e neurotransmetteur du Prozac), qui agit sur l’humeur, tes émotions et tes fonctions sexuelles.Résultat : l’effet « speed » de la noradrénaline est jumelé à celui, « planant », de la sérotonine et de la dopamine.Alex peut bien avoir 1e sourire fendu jusqu’aux oreilles ! L’envers de la médaille : en surdose, l’Ecstasy peut provoquer de l’hypertension, un spasme des muscles de la mâchoire et 30 Québec Science / Mai 1997 ' * s* ^ ^ r/w/jerbalMOWk _7s :> ]f» lleisï orië | iil*L\ ila*!- iftli ulfstï'l itionli prJ #1 A Une drogue appelée Herbal Ecstacy est en vente libre aux États-Unis.Supercherie ou danger ?une transpiration abondante.La
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