Québec science, 1 janvier 1998, Mai
Allergies : pire que jamais ER Volume 36, numéro 8 Mai 1998,3,95$ r /h Ui BNQ ience itelît) isileiflt- Acteur i(juclion ¦eparez vos vacances dans E L E C o ni lise»1 Les insectes en campagne V*' Suivez le grand débat Radio-Canada Québec Science m 77333301994903 Nous avons l'énergie pour défier l'imagination.Nous recherchons et nous développons pour nous maintenir à la fine pointe de la technologie, pour assurer la pérennité de notre savoir, pour créer des emplois et stimuler l'économie.Nous recherchons pour trouver et nous développons pour grandir parce que nous sommes animés par une énergie nouvelle qui n'a pas peur de plonger dans l'inconnu pour y trouver du nouveau.www.hydroquebec.com IREQ Institut de recherche d'H y d r o - Q u é b e c http//www.ireq.ca Hydro Québec ¦ T i WJ a l ECOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL genie sansfron ; frotitièi -51 pi iniim -in «mmiiiii.mu imn.- Avec 17 000 diplômés - ce qui constitue près du tiers des ingénieurs québécois -, l’École Polytechnique de Montréal apporte aujourd’hui comme hier la force technologique et scientifique nécessaire à la réalisation des plus ambitieux projets.Fière de ses 125 ans d’histoire, Polytechnique a contribué aux plus grandes réussites du génie québécois.Résolument tournée vers l’avenir, Polytechnique stimule aujourd’hui la croissance des secteurs en émergence par la formation de spécialistes de haut niveau qui font du Québec im leader international dans de nombreux domaines de pointe tels que l’aéronautique, les télécommunications, l’informatique, les biotechnologies et les sciences de l’environnement.www.polymtl.ca (514) 340-4711 emr En couverture Robots sapiens C5 est dans les années 20 qu’a été inventé le mot robot.L’idée vient d’un écrivain tchèque : son roman se déroule dans une industrie employant essentiellement des automates pour effectuer les tâches répétitives et abrutissantes.C’était de la science-fiction; ça ne l’est plus.Les robots ont bel et bien pris leur place dans les usines et sur les chaînes de montage.Et on va jusqu’à anticiper un avenir beaucoup moins banal pour les robots.Surtout depuis qu’on leur a « greffé » de l’intelligence.Déjà, ils peuvent visiter des planètes et désamorcer des bombe; déjà, ils peuvent être programmés pour être des champions d’échecs.Jusqu’où cela ira-t-il ?Un peu de patience, disent les chercheurs, et nous aurons des robots tout à fait autonomes, capables d’apprendre les choses par eux-mêmes.Seront-ils un jour supérieurs à nous, humbles humains ?Nous domineront-ils alors ?Faut-il en avoir peur ?C’est la question que nous nous sommes posée avec l’équipe des Années-lumière, l’émission scientifique de Radio-Canada.Ce sera le sqjet du deuxième débat public, qui aura lieu le 29 avril et sera radiodiffusé le dimanche suivant.Pour alimenter nos réflexions, nous avons demandé à Félix Légaré et à Johanne David d’aller voir où en étaient les recherches en robotique.Vous découvrirez notamment Cog, P2 et Zeus, des robots pas si terrifiants que cela en fin de compte.Mais il y a peut-être lieu de se demander si nous ne sommes pas en train de créer la première espèce artificielle et de déterminer les responsabilités que cela implique.Les fameuses lois fondamentales de la robotique qu’a édictées Isaac Asimov (« Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, en restant passif, laisser cet être humain exposé au danger; un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, etc.») prendront peut-être tous leur sens.A moins que les robots décident un jour d’en avoir rien à cirer de ces lois.Restera à leur programmer quelques virus.De la SF ?Assurément ! Pour l’instant.• •• Laissons Cog, P2 et Zeus; voici Albert et son maître chercheur.Deux créatures androïdes - les « bolles du labo » - de notre illustrateur-caricaturiste Marc Cuadrado.On pourra suivre leurs péripéties dans le magazine, aventures qui les mèneront - qui sait ?- jusqu’à l’obtention de fabuleuses subventions gouvernementales, sinon du prix Nobel.En tout cas, ils sont particulièrement zélés : ce mois-ci, ils ont cloné un castor.Ça promet.Raymond Lemieux Allergies : pire que jamais ! dans respace Les insectes en campagne Science Ils se na Nous domineront-ils un jour?Actualités Élection : les insectes en campagne Allez-vous voter pour le plus bel insecte ?Le plus fin ?Ou encore le plus travaillant ?Cinq bibittes se disputent le statut d’emblème du Québec.On vous les présente.par Normand Grondin » 14 Fabricants de vaisseaux sanguins Des vaisseaux sanguins usés qu’on remplacera par d’autres, flambant neufs, aussi facilement qu’un plombier change un bout de tuyau percé ?C’est peut-être pour bientôt.par Gilles Drouin 16 Chronique Internet La XMLe vague par Philippe Chartier 11 Sauvez mon arbre L’hiver a été dur pour les arbres soumis au verglas.Donnez-leur un coup de pouce vert.par Caroline Julien 18 Deux temps trois mouvements 20 La planète ADN Tu ne cloneras point par Michel Groulx Chroniques 48 La dimension cachée Entorse aux règles par Raynald Pepin 50 Des chiffres et des jeux par Jean-Marie Labrie 52 Sciences et culture Égyptomania ! 54 Entrevue avec Donald Redford L'héritage des pharaons par Claude Forand 4 Québec Science / Mai 1998 M *! 1 : i i l i ï ^ 11 Süll Allergies respiratoires : § c'est pire que jamais Le rhume des foins gagne du terrain.Une personne sur trois souffre maintenant d’allergies respiratoires.C’est deux fois plus qu’en 1975.Que se passe-t-il ?par Anne-Marie Simard .1 .' -*¦ " > -*! I La route des arômes k L’étonnant chemin qu’empruntent le patchouli, la menthe, la va-ïi nille et des centaines d’huiles essentielles pour venir jusqu’à nous.! Et comment üs se glissent dans les médicaments, les aliments et ï les parfums, f par Laurent Fontaine Plus intelligents que Jamais Robots ils sortent de leur -Æ Ils explorent Saturne, désamorcent des mines, j| opèrent des malades, jouent les sonates de éSkî 1 Mozart.Les robots étaient efficaces : Os sont maintenant de plus en plus intelligents.Qui sait ?Bientôt, Us chercheront peut-être à briser leurs chaînes.par Félix Légaré Portraits robots La nouvelle — et étonnante — génération de robots.par Johanne David 28 Le mythe fondateur du XXe siècle « Les récits d’automates sont hystériques, üs reflètent des réactions d’angoisse face au passage vers la modernité », souligne Daniel Canty, créateur multimédia et auteur d’une anthologie sur les robots dans la littérature américaine.par Félix Légaré L'image de la page couverture a été réalisée par Robin Tremblay, du Centre national d'animation et de design de Montréal (une composante du Cégep de Jonquière).Le premier guide des voyages dans l'espace La Gaspésie ?L’Europe ?Le Tibet ?Les îles Fidji ?Allez, soyez plus exotique : choisissez la Lune, Mars ou Alpha du Centaure ! par Philippe Chartier Québec Science/Mai 1998 Courrier Aux frontières de la science Après avoir lu l’article « Le cerveau sous influence » (mars 1998), Robert Bélanger de Lambton au Québec se demande si Québec Science n’a pas manqué de vigilance à l’égard des pseudosciences.Qu’il se rassure.Les états seconds de la conscience, comme il est coutume de qualifier les transes, les extases et les hallucinations, sont des sujets scientifiques.On peut certes discourir de façon farfelue sur cette thématique, cela n’empêche pas qu’elle soulève des questions pertinentes qui peuvent être abordées avec rigueur et science.C’est ce que nous avons fait.La bactérie sans éthique C’est avec beaucoup d’intérêt que Robert Ferland de Mont-Saint-Hilaire dit avoir lu l’article « Bactéries, plus coriaces, plus dangereuses ?» (mars 1998).« Isabelle Girard (NDLR : qui a signé ce reportage) sait nous présenter de façon claire ces petites bêtes trop coriaces », écrit-il.Mais M.Ferland se pose tout de même des questions.« Je suis tout à fait d’accord qu’on fasse des recherches pour alléger mon rhume.Qu’on s’assure que M.Brown du Missouri et que M"“ Chose de Montréal meurent à 87 ans au lieu de 78.Mais que faisons-nous sérieusement pour que des milliards d’humains ne meurent pas de faim ou de maladies à 2, 5,10 ou 20 ans ?» Correspondance diplomatique « Il s’avère que Québec Science demeure plus que jamais, au niveau de la Belle Province, une revue de référence sans cesse novatrice dans le choix de ses sujets, remarquablement présentée et particulièrement agréable à lire.» C’est ce que tenait à souligner, dans une correspondance envoyée au délégué général du Québec à Bruxelles, la directrice générale des technologies de la recherche et de l’énergie du mi- Nous acceptons de temps à autre de communiquer notre liste d'abonnés à des organismes et des entreprises quand nous croyons que leurs produits ou services peuvent intéresser nos abonnés.Cependant, les demandes qui nous sont adressées sont acceptées avec parcimonie à la lumière de la bonne réputation des requérants et de l'intérêt des produits et services qu'ils offrent La plupart de nos abonnés apprécient ce service.Si vous ne souhaitez pas que votre nom figure sur cette liste, faites-le-nous savoir par écrit en nous indiquant votre nom, votre adresse ainsi que votre numéro d'abonné.nistère de la région wallonne en Belgique.Tintin serait-il tenté de s’abonner ?La révolution oubliée Éric Leclerc connaît bien les livres de Bernard Werber.Il nous fait remarquer que, dans l’entrevue avec cet écrivain passionné par la vie des fourmis, nous avons omis le titre de l’ouvrage qui termine sa trilogie sur ces petits insectes : La révolution des fourmis.« Le livre secret des fourmis dont on faisait mention est une sorte de dictionnaire résumant l’encyclopédie du savoir relatif et absolu présente dans la trilogie », rappelle Éric Leclerc.C’est noté ! Des commentaires ?Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires et suggestions à l'adresse suivante.Québec Science 3430, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2X 3L3 Télec.: (514) 843-4897 Wissi HUM ttaiui -%a Pi» sKh Adresse électronique courrier@QuebecScience.qc.ca nce HUB La Revue Québec Science 3430, rue Saint-Denis, bureau 300 CEGEP de Jonqulere Montréa| (Qué@c) H2X 3L3 courrier@QuebecScience.qc.ca www.cybersciences.com DIRECTION Directeur général : Michel Gauquelin Directeur de l'administration : Marc Côté Adjointe administrative : Nicole Lévesque RÉDACTION Rédacteur en chef : Raymond Lemieux Adjoint à la rédaction : Normand Grondin Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Carpentier, André Delisle, Jean-Marc Fleury, Michel Groulx, Jean-Claude Guédon, Rosemonde Mandeville, Isabelle Montpetit, Anne-Marie Simard, Pierre Sormany, René Vézina Ont collaboré à ce numéro : Agence Science-Presse, Philippe Chartier, Johanne David, Gilles Drouin, Laurent Fontaine, Claude Forand, Michel Groulx, Caroline Julien, Jean-Marie Labrie, Félix Légaré, Raynald Pepin, Anne-Marie Simard lllustrations/photos : Marc Cuadrado, Pierre-Paul Pariseau, Rémy Simard Correction : Natalie Boulanger PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique et impression : Interweb COMMERCIALISATION Promotion : Hélène Côté Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques ABONNEMENTS Tarifs (taxes incluses) Au Canada À l'étranger 1 an (10 numéros) 37,60 $ 48,00 $ 2 ans (20 numéros) 64,95 $ 86,00$ 3 ans (30 numéros) 89,91 $ 125,00$ À l'unité 4,50$ 5,25$ Groupe (10 ex./même adresse) 34,19$ Non disponible Pour abonnement et changement d'adresse QUÉBEC SCIENCE Service des abonnements 525, rue Louis-Pasteur, Boucherville (Québec) J4B 8E7 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57, 91871, Palaiseau, Cedex, France Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSE Tél.: (514)875-4444 Télec.: (514) 523-4444 PUBLICITÉ Soussy.com Carole Martin Tél.: (514) 843-6888 Télec.: (514) 843-4897 RÉDACTION Tél.: (514) 843-6888 Télec.: (514) 843-4897 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Deuxième trimestre 1998, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 1998 - La Revue Québec Science ® Imprimé sur papier contenant 50 % de fibres recyclées et 40 % de fibres désencrées (post-consommation) Québec Science reçoit l’aide financière du ministère de la Culture et des Communications (Programme Revues de vulgarisation scientifique et technique) et du gouvernement du Canada (Programme Sciences et Culture Canada) El 1*1 Gouvernement du Québec Ministère de la Culture et des Communications Industrie Canada Industry Canada >6 Membre de: The Audit Bureau CPPA Québec Science est produit sur cassette par l’Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : (418) 627-8 6 Québec Science / Mai 1998 Actualités on oublié* [¦it tails tttttrô* i «te ion- ¦iiletiK^ BfeS^ settle: (sfttd :fcÈ*» Igtli/dm >éF:i Élection : les insectes en campagne Québécois, à vos urnes ! C'est le 1er mai que commence la grande consultation populaire sur le choix de l'insecte qui deviendra l'emblème de la province.Un insecte ?Pourquoi pas ! Après tout, certaines élections nous ont réservé de plus grandes surprises.par Normand Grondin tstiw 3 il Si-,##• s**t >8,5 iQStS^ 1*0 Soyons sérieux : la communauté des entomologistes du Québec — l’Insectarium de Montréal en tête -— a travaillé fort pour choisir 5 candidats représentatifs parmi les 16 500 espèces connues du Québec et organiser l’élection, qui se terminera en octobre procham.Parmi les critères retenus : un minimum de notoriété publique, un casier environnemental vierge et de l’élégance, bien sûr.Le gagnant aura ensuite droit à sa minute de gloire à l’Assemblée nationale ! Voici un aperçu de ce que les candidats ont à offrir.Et quelques bons mots de leurs partisans.L'amiral (White Admiral) Limenitis arthemis Visitant rarement les villes, l’amiral est un habitué des campagnes et des forêts.On le retrouve souvent agglutiné à plusieurs dizaines de ses congénères, près de l’eau à l’orée des bois.La diète de l'amiral est curieuse à plusieurs égards, si on considère l’image qu’on se fait habituellement d’un papillon ! Sève d’arbre et jus de fruits mûrs, bien sûr, mais aussi champignons, excréments d’animaux et charognes ! La chenille de l’amiral profite également de son étrange ressemblance avec.des excréments d’oiseaux i«V X' .v < tpi* ^ 'mm- v * * ; '• «V* ' v; -k ?^ ^ - ¦Cv?> .lilial*1111 ^ tîikUv- ' "'°'A *3* * '“H o1"' (4^ •- J ’‘f ' 'v : * •.% ~ ?¦ ».'v* *>-%-' '.j/ t > - pour se mettre à l’abri des prédateurs.Le lépidoptériste Pierre Legault, qui possède une énorme collection de papillons (40 000 spécimens), rappelle que la chenille de l’amiral possède un système d’hibernation unique en son genre, qui consiste à s’enrouler dans une feuille en automne afin de passer l’hiver au chaud — tout est relatif — et au sec.Le problème avec l’amiral, dit-il, c’est que le mâle ne vit guère plus d’une semaine et la femelle, à peine quelques jours de plus, le temps de pondre ses œufs.Ce qui laisse bien peu de temps pour les observer.Le pronostic de Pierre Legault : « Je vois mal le Québec représenté par autre chose qu’un papillon.» Pour : Il est beau.Contre : Il est seulement beau.La cicindèle à six points (Six-spotted Tiger Beetle) Cicindela sexguttata On dit que la cicindèle à six points est rapide comme l’éclair.Le mot est faible : ce coléoptère d’à peine 10 millimètres de long se déplace à une vitesse phénoménale, 20 fois supérieure, toutes Québec Science / Mai 1998 7 Actualités t 'Mi 2-7/ ¦' r-vS5> F - proportions gardées, à celle du plus rapide des sprinters humains, Donovan Bailey.C’est un entomologiste américain, Cole Gilbert, qui a calculé que la petite bête pourrait effectuer le 100 mètres en moins d’une demi-seconde ! Plus étonnant encore : GObert croit avoir- découvert pourquoi la cicindèle effectue des arrêts brusques lorsqu’elle chasse un insecte.En fait, elle se déplace si rapidement que ses yeux n’ont pas le temps de recevoir suffisamment de lumière pour se former une image précise de la proie : elle doit donc s’arrêter pour « faire le focus » avant de repartir en chasse.Cette cécité temporaire ne l’empêche pas d’être un redoutable préda-teur, dont la diète variée inclut même de la viande animale.Paul Harrison, un entomologiste montréalais grand collectionneur de cicindèles, ajoute qu’il s’agit d’un insecte primitif, membre d’une très vieille famille (qui compte quelque 130 espèces en Amérique du Nord), dont les comportements ont toujours fasciné les amateurs.« Lorsqu’elle est dérangée, plutôt que de disparaître sans demander son reste, la cicindèle se déplace d’une dizaine de pieds, puis observe son adversaire, un peu comme si elle le défiait.» Pour : Une candidate qui a du caractère.Contre : Sa vélocité la rend difficile à observer.La coccinelle maculée (Twelve-spotted Lady Beetle) Coleomegilla maculata lengi La toute petite coccinelle maculée a un très, très gros appétit.On dit qu’elle dévore presque tout ce qui lui passe sous le nez : pucerons, larves, acariens, insectes de toutes sortes et mêmes ses propres œufs, en période de disette.Une seule larve ou une coccinelle adulte peut s’empiffrer chaque jour de plusieurs dizaines de pucerons ! La coccinelle est d’ailleurs reconnue, depuis très longtemps, comme un efficace agent de lutte biologique en milieu agricole.Au Québec, on l’utüise notamment contre la mouche blanche et le doryphore de la pomme de terre.Aisément reconnaissable à ses 12 points noirs répartis également de chaque côté de ses élytres, elle fait partie d’une vaste famille qui compte plus de 70 espèces au Québec seulement, et environ 4 000 dans le monde.Pourquoi la çr v .La demoiselle bistrée (Ebony Jewelwing) Calopteryx maculata Discrète si on la compare à sa grosse cousine, la bourdonnante libellule, la demoiselle bistrée demeure une figure familière des cours d’eau du Québec.Son vol élégant, presque planant — « on dirait qu’elle flotte sur l’air », dit l’entomologiste Jacques de Tonnancour —, de même que les ailes noir fumée et le corps vert métallique du mâle ne passent pas inaperçus.coccinelle à 12 points plutôt que la coccinelle à 2, 7 ou 14 points ?« C’est la plus familière de nos coccinelles, celle qu’on voit partout dans le Québec méridional, explique Daniel Coderre, professeur au département de biologie de l’UQAM.Et c’est également la plus belle.» Elle est aussi très coriace.« La coccinelle à 13 points a été éliminée en 5 ans lorsqu’on a introduit, à tort, des espèces exotiques concurrentes à des fins de lutte biologique », explique le biologiste.Mais ce n’est pas le cas de la maculée.« Elle est si vorace et si bien adaptée aux dures conditions climatiques — comme les Québécois ! — qu’elle n’a pas reculé d’un pouce.» Pour : Elle fait presque partie de la famille.Contre : Sa toute petite taille — à peine 7 mm de long.Prédateur vorace, la demoiselle bistrée joue un rôle important dans la régulation des populations de petits insectes qu’elle capture au vol — surtout des moustiques et des mouches noires —, ce qui en fait l’indispensable compagnon du pêcheur solitaire.Cet insecte est également un excellent indicateur de l’état de santé d’un cours d’eau : il tolère peu les rejets polluants, les coupes forestières sévères, le remblayage des berges et l’assèchement des ruisseaux, explique Michel Savard, odo-natologiste au Centre de données sur la biodiversité de l’Université du Québec à Chicoutimi.D’ailleurs, plusieurs membres québécois de l’ordre des odonates, qui regroupe libellules et demoiselles, ont déjà disparu ou sont en voie d’extinction.« Comme la demoiselle bistrée se trouve en SiirtJïÉ ¦tîtetl itastàc IlieWSaa |fi, Mit® mi |( ItoiCslï Contre Hit K-toiitc| U bom (frisk Biinti ksij kiMièniél) teplos comn «onécoiiii lf»cois Milite fis.^Uriels M pom U H S® ftOi: fctariL ^ttn il fil m :*>r% % 'S 8 Québec Science / Mai 1998 Actualités ;elle («ma ;v;'rïïî“ ij]] Élit lï',1 haut de la chaîne alimentaire, la baisse du nombre d’individus dans un secteur annonce des changements importants dans l’écosystème où elle habite.» Michel Savard ajoute qu’on peut observer les demoiselles bistrées tôt au printemps et jusqu’en automne.Il est aussi possible de îles observer durant tout l’été puisqu’elles ivivent sur un territoire restreint.Pour : C’est la grâce sur six pattes.Contre : Elle est absente des zones urbaines — tout comme les cours d’eau propres et calmes, d’ailleurs.lide®1 deuil*!* .bourdon febrile nV» (Frisky Bumblebee) Bombas impatiens Le bourdon fébrile est certainement l’un des plus connus de nos « taons », un terme erroné couramment utilisé pour désigner ice gros cousin de l’abeille domestique.Robuste et débonnaire, le bourdon est (une curieuse bestiole à sang froid qui se prend pour un animal à sang chaud.En ef-[fet, son épais manteau de fourrure agit comme un thermorégulateur et lui permet de stocker temporairement la chaleur dégagée par le mouvement de ses ailes.Cela lui permet de travailler plus tôt le matin, plus tard en soirée, de même qu’au début du printemps et à la fin de l’automne, alors que la majorité des insectes ont déjà rendu leur tablier.Au printemps, il n’est d’ailleurs pas rare de voir un bourdon se faire prendre par l’arrivée soudaine d’une brise fraîche en soirée, alors qu’il est sur une fleur : incapable de produire suffisam-0' \ ment de chaleur pour regagner son nid douillet (et souterrain), il s’endort, à moitié gelé, sur ce matelas improvisé, et remet la machine en marche dès la sortie des premiers rayons de soleil.Selon Domingos de Oliveira, responsable de l’équipe de recherche en pollinisa-([jc' ;, tion par les insectes de l’UQAM (ERPI) et un fan du bourdon fébrile, celui-ci est également « l’un des insectes sociaux (abeilles domestiques, fourmis, etc.) les plus évolués ».Et l’un des plus utiles.« C’est un pollinisateur hors pair qui travaille pendant de longues heures et parfois même durant une légère pluie.Les producteurs de fruits et de légumes lui doivent beaucoup.» Le biologiste, qui ne tarit pas d’éloges à son égard, ajoute qu’on ne doit pas craindre l’aiguillon du bourdon, seulement res- pecter l’insecte.« Il n’attaque que si on lui marche sur la tête, ou presque ! » Pour : Une noble bestiole, dure à l’ouvrage, utile et peu agressive.Contre : Il n’y a pas que le travail dans la vie ! • Le vote pour l'insecte emblème commence le 1 " mai et se poursuivra jusqu'au 16 octobre.Comment y participer ?Consultez notre site Internet (www.cybersdences.com/cyber/insecte) ou celui de la Société d'entomologie du Québec (ecoroute.uqcn.qc.ca/group/seq).BIENVENUE À L'UNIVERSITÉ LAVAL Hôte du 66e Congrès de l Acfas S H UNIVERSITE LAVAL www.ulaval.ca Québec Science / Mai 1998 9 LE SAVOIR DU MONDE PASSE PAR ICI / LE RESEAU CANADIEN DE TECHNOLOGIE Le RCT répond à vos besoins technologiques Description du RCT (Réseau canadien de technologie) Le Réseau canadien de technologie est un regroupement d'organismes dont les conseillers offrent une gamme complète de services personnalisés, en vue d'aider les PME à gérer leurs projets de nature technologique.Le RCT est une initiative conjointe du Programme d'aide à la recherche industrielle (PARI), du Conseil national de recherches du Canada et d'industrie Canada.Tenez-vous au courant Toutes les entreprises devraient tirer profit des services du RCT.Les solutions aux problèmes de nature technologique de l'entreprise et aux grandes questions commerciales qui en résultent sont les principales raisons d'être du RCT.Information et conseils offerts par le RCT : • gestion de la technologie • information sur les tendances technologiques • stratégies de marketing • développement des marchés extérieurs • financement de projets en R-D • optimisation des opérations commerciales • et bien plus encore! En analysant vos demandes et en effectuant pour vous le travail de base, le RCT permet à votre entreprise d'épargner temps, argent et effort.Les conseillers du RCT-Québec sont accessibles par téléphone via Info entrepreneurs à Montréal : (514) 496-4636 ; à l'extérieur de Montréal : 1-800-322-4636.Vous pouvez également communiquer avec le RCT via Internet (http://rct.nrc.ca).RCT - Le carrefour de la technologie et des affaires! Actualités £ 'V r!| .«p & Ë ;Mvi lÆm ïüMm mm mm l»sï.?Srs ISLav.i ta».! WA ïM- mw «m lâliiA'JÏi mm mm *:^V Verglas Sauvez mon arbre ! La spectaculaire tempête de verglas de janvier dernier a laissé bien des cicatrices sur les arbres.Voici quelques trucs qui vous aideront à les soigner et à les remettre d'aplomb.par Caroline Julien j ouper un arbre ma- j1 ¦ ture prend cinq mi- nutes, mais il faudra compter plusieurs années avant de parvenir à le remplacer.» Depuis la tempête de verglas, le jardinier Louis Racette, du Jardin botanique de Montréal, n’arrête pas de prodiguer des conseils aux propriétaires d’arbres.Il leur rappelle constamment que les arbres possèdent une grande capacité de récupération : il i faut donc résister à la tenta-i tion de les abattre, même s’ils ont l’air mal en point.Il leur recommande également d’être très vigilants.« Méfiez-vous si on vous dit que votre arbre doit être abattu, qu’il est mal foutu, qu’il ne survivra pas, etc.La tempête de verglas a provoqué l’apparition d’une foule de charlatans arboricoles, qui semblent confondre Montréal avec une énorme corde de bois de chauffage ! » Le Jardin botanique suggère d’ailleurs de faire appel à des compagnies membres de la Société internationale d’arboriculture du Québec.Les dommages que subissent les arbres en cette période de l’année, alors qu’ils sont en dormance, sont moins graves que lorsqu’üs sont causés durant la période de croissance, indique Louis Racette.Si l’arbre est en santé, la blessure se refermera rapidement et, en quelques années, la cime aura retrouvé un aspect normal.Cependant, les blessures peuvent être des portes d’entrée pour les insectes et les maladies : il faut donc aider l’arbre à se défendre.Comment ?En taillant les branches abîmés.Il faut d’abord se munir d’une scie ou d’un sécateur bien affûté, que l’on désinfecte avec de l’eau de Javel ou de l’alcool isopro-pylique.La désinfection entre chaque coupe ou, du moins, d’un arbre à l’autre permet d’éviter que Pélagueur devienne involontairement un vecteur de maladie.Le meilleur endroit pour élaguer une branche : le collier, qui se présente sous la forme d’un bourrelet (ou d’un col roulé).Il est situé à Québec Science/Mai 1998 11 Actualités it J* Les arbres y ont goûté ! Environnement Canada estime que 24 000 kilomètres carrés de forêts dans le sud-ouest du Québec — 4 fois la superficie de l'île du Prince-Édouard — ont été affectés par le désastreux verglas de janvier dernier.Et 80 millimètres de glace, ça pèse lourd sur les branches ! Un premier diagnostic : ce sont les espèces à croissance rapide qui ont surtout souffert, celles qui ont un bois plus mou, donc plus cassant, comme les bouleaux indigènes, les érables argentés et les érables à feuilles composées.À l'opposé, les espèces à bois dur pourvues de branches solidement attachées, comme les chênes et les caryers, ont bien résisté.Même constatation pour les conifères, dotés pour la plupart d'une couronne étroite et de branches courtes.Il faut se rendre à l'évidence : les paysages forestiers de la Montérégie et de la région de Montréal ne seront plus tout à fait les mêmes cet été.« Le spectacle risque d'être triste », dit Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique de Montréal.Un bon nombre d'arbres ont perdu des bourgeons.Ils produiront donc moins de feuilles et de sucres nécessaires à la croissance de l'arbre.Ce phénomène les obligera à puiser davantage dans leurs réserves pour croître, en plus d'avoir à combattre les parasites auxquels ils seront exposés.Les biologistes ne le cachent pas : l'après-verglas risque d'être fatal pour de nombreux arbres.« Plusieurs études réalisées aux États-Unis par des chercheurs de la région de New York, régulièrement affectée par le verglas, nous apprennent que même si peu d'arbres meurent immédiatement après une tempête de verglas, ils succombent souvent aux attaques des champignons ou à celles des insectes au cours des deux à cinq années suivant les tempêtes », explique Martin Lechovicz, directeur de la Réserve mondiale de la Biosphère du mont Saint-Hilaire.Par contre, dit-il, sur le plan de la biodiversité, la forêt ne s'en portera que mieux.En effet, les arbres grugés par la pourriture sont particulièrement recherchés par les pics, puis par les mésanges, les sittelles, les nyctales et les canards bran-chus qui font usage de ces ouvertures.Sans oublier les écureuils et les martres.« Ces arbres malades sont si importants pour la faune que certains paysagistes forestiers les ont baptisés "arbres fauniques" et qu'ils militent pour leur protection », explique Louis Bélanger, professeur à la faculté de foresterie et de géomatique de l'Université Laval.environ deux ou trois centimètres de la base de la branche.Les coupes rases, trop près du tronc, sont à proscrire parce qu’elles éliminent les tissus actifs, qui produisent les substances phénoliques, des composés essentiels pour l’arbre.Ces substances lui permettent de résister à l’envahissement des agents pathogènes.Si la coupe est effectuée au bon en- droit, la cicatrice se refermera rapidement et complètement.La coupe doit permettre le maintien d’une flèche terminale, c’est-à-dire la plus haute branche, celle qui assure la croissance en hauteur de l’arbre.Si la tête est cassée, il faut voir à ce qu’une branche latérale reprenne la position de tête.Sinon, plusieurs rameaux latéraux prendront la place en même temps, affaiblissant la structure de l’arbre.Il s’agit donc de couper la flèche terminale endommagée le plus près possible de la branche latérale à tendance verticale la plus longue et la mieux située.Avec le temps, celle-ci remplacera la flèche terminale, permettant à l’arbre de conserver sa forme pyramidale.La chirurgie est également nécessaire lorsque des lambeaux d’écorce, qui ont été arrachés, pendent sur le tronc.Ces morceaux peuvent retenir l’eau, attirant champignons et insectes.Il s’agit donc de couper proprement l’écorce, en prenant soin de ne pas élargir la blessure.La coupe effectuée, il faut éviter à tout prix de badigeon- 12 Québec Science / Mai 1998 iiU^0 ,1,1# ner avec du goudron ou toute autre substance.« Ce serait l’équivalent de mettre un pansement adhésif sur une éraflure.La blessure se refermera beaucoup plus rapidement si elle est laissée à l’air libre », explique Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique de Montréal De même, il est inutile de badigeonner les plaies d’herbicide et de fongicide.Ces produits devraient être utilisés uniquement pour favoriser la guérison, et non en guise de prévention.arbre a-t-il été écrasé sous le poids de la glace ?Alors, U lui faut s un peu d’aide.On peut attacher l’arbre avec un câble à une structure rigide ou à un gros arbre, situé à proximité.Dans certains cas, il peut être nécessaire d’épandre un fertilisant pour les racines, un engrais granulaire de type 5-10-15.Mais allez-y avec modération ! Les fertilisants stimulent la croissance.Or, l’énergie que l’arbre déploie pour produire de nouveaux tissus ne peut être mise à contribution pour combattre une infection ou réparer les tissus.Enfin, au fil des saisons, il sera impor- « Décollement de l’écorce, diminution de la grosseur des nouvelles feuilles au printemps, assèchement de certaines branches, perte hâtive des feuilles.ces signes annoncent le pire », explique Yves Moffet, professeur en sciences biologiques à l’Université du Québec à Montréal.|î! ,*• lat# ir Actualités Hélas, il est possible que, malgré tous ces bons soins, l’arbre succombe.S’il faut le remplacer, sachez que les conifères et les feuillus à bois dur, comme les chênes et les caryers, sont plus résistants au verglas.Il existe aussi des variétés qui ne produisent pas de branches à port étalé : ils sont donc moins susceptibles de souffrir sous le poids de la glace.Il suffit de se renseigner pour choisir une espèce résistante qui convient à la région où l’on habite.• Pour en savoir plus L'univers des arbres, de la compagnie Domtar : www.domtar.com/arbre L'après-verglas, Ville de Montréal : www.ville, montreal.qc.ca/jardin/verglasl verglas.htm De pertinents dessins, tirés du livre Entretien et taille des jeunes arbres au Québec de Jean Lamontagne, sont accessibles sur Internet : www.dom-tar.com/arbre/verindex.htm L'Expertise est l'affaire des experts Microcell Labs est un centre nerveux où les chercheurs et les concepteurs sont à l’affût de nouvelles façons d’appliquer leurs idées.Avec l’aide de la technologie GSM, Microcell Labs favorise le développement de produits et de services de communications personnelles destinés aux marchés du monde entier et se concentre sur la conception de «coffres d’outils» servant à des applications comme le transfert de technologie, la formation, le soutien de l’ingénierie et les essais ainsi que l’accréditation.MICROCELL LABS un centre ouvert de recherche et de développement pour les SERVICES DE Communications Personnelles Microcell Labs Inc 1250, boul.René-Lévesque Ouest bureau 400 Montréal (Québec) H3B 4W8 Téléphone: (514) 937-2121 Télécopieur: (514) 937-2554 MICROCELL Québec Science / Mai 1998 13 Actualités Génie Fabricants de vaisseaux sanguins Des vaisseaux sanguins usés qu'on remplacera par d'autres, flambant neufs, aussi facilement qu'un plombier change un bout de tuyau percé ?C'est peut-être pour bientôt.par Gilles Drouin » r-t r 1 • ‘J Les chercheurs sont arrivés à « cultiver » un vaisseau sanguin qui a réussi les tests d'élasticité et de résistance auxquels on l'a soumis.es pontes du génie tissulaire n’y croyaient pas : impossible de créer un vaisseau sanguin à partir des seules cellules humaines, pensaient-ils.« Nous venons de réaliser une première mondiale qui propulse le génie tissulaire dans une nouvelle ère », lance le docteur François Auger, directeur du Laboratoire d’orga-nogenèse expérimentale (LOEX) de l’hôpital du Saint-Sacrement, à Québec, et professeur à la faculté de médecine de l’Université Laval.L’objet de cet enthousiasme débordant : un petit bout d’artère d’à peine huit centimètres.Mais quelle artère ! Elle est entièrement naturelle, fonctionnelle et peut résister à une pression sanguine 20 fois plus élevée que celle d’une personne normale tout en se prêtant aux manipulations des chirurgiens.Un petit bout d’artère patiemment fabriqué en 10 semaines à partir de cellu- les humaines extraites de cordons ombilicaux et de tissus cutanés.Dans les laboratoires associés au Centre des grands brûlés de l’hôpital du Saint-Sacrement, François Auger et ses collaborateurs s’intéres- sent depuis plusieurs années à la production de tissus humains en laboratoire.Ils ont notamment mis au point un procédé de fabrication de peau humaine in vitro.La production de tissus humains ou synthétiques pour les greffes relève du génie tissulaire, une discipline qui allie la culture cellulaire à des connaissances plus approfondies des diverses composantes de la matrice extracellulaire, le ciment qui joint les cellules entre elles dans divers tissus.Ce n’est pas sans raison que le résultat des travaux du LOEX a fait la une de l’édition de janvier du prestigieux Federation of American Societies for Experimental Biology Journal (FASEB Journal) : les tentatives pour fabriquer un vaisseau sanguin ne contenant aucun matériau synthétique se heurtaient toujours à un obstacle de taille — la résistance mécanique.La pression sanguine ou les simples manipulations des chirurgiens avaient raison des vaisseaux dépourvus de tissus synthétiques.D’où le scepticisme des spécialistes.L’équipe du LOEX a eu l’idée de fabriquer séparément les trois membranes qui forment un vaisseau sanguin, soit l’adventice (la couche extérieure), la média (la couche intermédiaire) et l’endothélium (la couche intérieure).Le processus débute avec la Adventice Média Endothélium 14 Québec Science / Mai 1998 Actualités K#!®1 1#' culture de trois types de cellules humaines : des fibroblastes pour l’adventice, des cellules musculaires lisses pour la média et des cellules endothéliales pour la couche intérieure.Pendant quelques semaines, les cellules baignent dans une substance nutritive, une recette secrète dont on sait seulement qu’elle contient une forme de vitamine C.Petit à petit, elles forment des feuillets de tissu humain.« Il s’agit ensuite d’assembler les différentes couches afin de leur donner une forme cylindrique et d’accroître leur résistance », explique François Auger.Pour obtenir un vaisseau sanguin possédant l’élasticité et la résistance nécessaires à son bon fonctionnement, la technique brevetée de mise en forme est tout aussi importante que la façon de produire les tissus.Du laboratoire, les vaisseaux sanguins du LOEX devront maintenant passer à la salle de chirurgie.Actuellement, les greffons synthétiques se prêtent bien au remplacement de gros vaisseaux sanguins dont le diamètre est supérieur à cinq millimètres.Pour les vaisseaux plus petits et à débit plus lent, comme les coronaires et les vaisseaux situés sous le genou, les greffons synthétiques causent l’agrégation des plaquettes sanguines et des thromboses.L’artère fabriquée par le LOEX ne présente pas ces défauts et élimine aussi les risques de rejet puisqu’elle peut être créée à partir des cellules de la personne qui reçoit l’implant.« Les tests ont démontré que nos vaisseaux sanguins ont une bonne résistance à l’éclatement et possèdent des caractéristiques physiques permettant leur manipulation et leur suture, souligne François Auger.Nous croyons donc qu’il sera possible de les employer pour les greffes vasculaires.» Pour l’instant, les 10 semaines nécessaires à leur fabrication ne permettent pas leur utilisation dans des situations d’urgence.« Nos travaux offrent cependant des perspectives intéressantes pour le remplacement de vaisseaux sanguins et d’autres tissus comme les bronches.» Mais ce n’est pas demain que le vaisseau sanguin 100 % naturel du LOEX se retrouvera dans les salles d’opération.Il faut compter au moins cinq ans, le temps de s’assurer d’une fiabilité irréprochable des vaisseaux et d’améliorer les techniques de production.« Théoriquement, explique le chercheur, nous sommes capables de produire des vaisseaux de 15 centimètres.Pour les plus longs, la technique demande encore quelques mises au point.» • OUR INNOVER.LA VEILLE CONCURRENTIELLE Vous souhaitez lancer un produit, pénétrer un nouveau marché, acheter une nouvelle technologie, démarrer des activités de R-D.Auparavant, il vous faut savoir où en sont vos concurrents.Quelles sont les conditions actuelles des marchés intérieurs ou extérieurs ?L'évolution des technologies ou des besoins de la clientèle ?Bioalimentaire : Communications graphiques : Construction : Environnement : Équipements de transport terrestre : Industrie chimique : Inforoutes et langues : Médias : Métaux légers : Mode et textiles : Plasturgie : Produits du bois : Technologies de l'information : La solution : la veille concurrentielle, qui vous donne des réponses à ces questions.Pour vous y aider, 13 centres de veille concurrentielle ont été mis sur pied.Composés de réseaux d'experts dans leurs secteurs respectifs, ils interprètent et synthétisent l'information et la mettent à votre disposition, à peu de frais : (418) 656-2131, poste 4501 (514) 389-5061, poste 238 (514) 288-6121 (418) 652-2258 ou 1-888-326-7232 (819) 376-5235 ou (819) 376-5011, poste 3953 1-888-8-chimie ou (418) 652-2220 (514) 343-6444 ou (418) 523-3746 (418) 656-3235 ou (514) 340-6932 (418) 693-5988 (514) 939-4455 1-800-843-3386 ou (418) 652-2208 (418) 650-6408 (514) 874-1717 Prenez une longueur d'avance.Innovez, grâce à une information SYSTÉMATIQUE ET STRATÉGIQUE, ET FAITES AINSI DE LA VEILLE CONCURRENTIELLE UN PROCESSUS CONTINU DANS VOTRE ENTREPRISE.Pour plus de renseignements ou pour obtenir la liste des noms et adresses des 13 centres : • La direction régionale du MICST de votre territoire • FAX-MI CST n° 1397 : (514) 873-8335 OU 1-800-565-6428 (sans frais) ¦ Internet : http://www.micst.gouv.qc.ca H Industrie, Commerce, Science et Technologie Québec Québec Science / Mai 1998 15 Actualités n erne La XMLe vague Rien de plus déplaisant que de chausser^ Voici donc la nouvelle pointure v des souliers trop petits ! du Web, la norme XML.CyberRessources (1) World Wide Web Consortium (W3C) : http://www.w3.org/ (2) Extensible Markup Language (XML) : http://www.w3.org/XML/ (3) XML FAQ : http://www.ucc.ie/xml/faq.html (4) Standard Generalized Markup Language (SGML) : http://www.sil.org/sgml/sgml.html (5) HyperText Markup Language (HTML) : http://www.w3.org/Markllp/ (7) JUMBO XML Browser: http://ala.vsms.nottingham.ac.uk/vsms/java/jumbo/ (8) DataChannel XML Viewer : http://www.datachannel.com/products/xml/ (9) HTML 4.0 : http://www.w3.org/TR/REC-html40/ lors que HTML commençait à peine à être un terme familier, voilà que l’on vient de lui nommer un remplaçant : après la Génération X, la populaire série TheX-Files et la fusée XL-5, voici XML ! En effet, en février dernier, le World Wide Web Consortium (W3C) (1) a officiellement annoncé l’arrivée de la nouvelle norme XML 1.0 (2, 3).Mais si cette première mouture du extensible f Markup Language (ou « langage de balisage de texte extensible ») était un événement attendu du côté de l’industrie, le XML prendra sûrement par surprise la plupart des internautes.HTML, XML, c’est du pareil au même pour vous ?Un petit retour sur l’histoire du Web s’impose donc.En 1989, Tim Berners-Lee et Robert Cailliau, chercheurs au Conseil européen pour la recherche nucléaire (CERN) et inventeurs du Web, veulent faciliter l’accès aux documents scientifiques sur Internet.À la recherche d’un format électronique pour leurs documents, ils jettent un coup d’œil du côté du SGML (Standard Generalized Markup Language), une norme homologuée par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) au début des années 80.La norme SGML (4) peut servir pour des documents aussi divers que de la documentation technique sur un réacteur nucléaire, des dossiers médicaux, des partitions musicales et des papyrus égyptiens.Comme la syntaxe SGML est trop lourde pour le futur Web, Tim Berners-Lee (maintenant 16 Québec Science / Mai 1998 directeur du W3C) met au point une version « diète » de SGML: HTML voit le jour.Cependant, après l’avoir sorti du laboratoire, on s’aperçoit que HTML 2.0 manque un peu d’étoffe.Côté mise en page, les scientifiques, c’est connu, font plutôt dans la sobriété et la concision : on n’avait donc pas songé à inclure des fonctions toutes bêtes, comme centrer une image ou créer un tableau.Pendant quelque temps, on assistera donc à la guerre des « extensions », ces petits ajouts à la norme officielle effectués par les bons Samaritains corporatifs que sont Netscape et Microsoft.Avec l’arrivée de la version 3.2, tout revient finalement dans l’ordre (5).Même si la popularité de HTML ne connaît plus de fron- tières, la norme présente de sérieuses lacunes.En mai 1996, le W3C lance le projet XML.Cette fois-ci, en plus du milieu universitaire, les gros joueurs de l’industrie (Adobe, Hewlett-Packard, Microsoft, Netscape, Fuji Xerox, Sun Microsystems) sont de la partie.En répondant aux besoins des deux camps, universitaire et commercial, on espère pouvoir se rapprocher des objectifs à l’origine du Web : offrir le savoir humain dans une forme accessible à tous.Gros programme en perspective.Et comment s’y prendra le XML ?La nouvefie norme est, ni plus ni moins, une (autre) version abrégée du SGML.Plus costaud que le HTML, le XML devrait procurer plus de flexibilité aux concepteurs de pages Web en leur permettant de créer et d’ajouter de nouveaux formats de documents, d’où l’épithète « extensible ».Par exemple, un libraire sur Internet pourra créer de nouvelles balises, comme , ou , entièrement adaptées à ses besoins.Le client doté d’un fureteur XML pourra ensuite utiliser ces critères pour consulter l’inventaire du libraire et trier les résultats comme bon lui semble.Mondialisation oblige, le XML sera également compatible avec les langues européennes et asiatiques.On espère finalement que le XML, qui sera plus sécuritaire que son prédécesseur, pourra insuffler au commerce électronique le petit coup de pouce dont il a tant besoin.Selon ses concepteurs, le XML sera une « étape majeure dans l’exploitation du potentiel d’Internet ».Si la curiosité vous démange, quelques partagiciels, comme Jumbo (7) et DataChannel (8), vous permettent de voir le XML en action.En attendant les premiers fureteurs XML, vous pouvez toujours profiter des nouveautés de la version 4.0 de HTML (9), lancée sans tambour ni trompette en décembre dernier : un affichage amélioré et plus rapide des tableaux et des cadres, des formulâmes plus détaillés, la gestion de tous les alphabets (ou presque) grâce à la norme Unicode, des commandes spéciales pour fureteurs avec synthétiseur de parole, etc.Évidemment, pour profiter de la manne, il faudra prévoir une autre mise àjour de votre fureteur.• L AUDACE DE REUSSIR Vous avez l'audace de réussir et le goût de vous entourer de collaborateurs chevronnés du milieu des technologies de pointe avec une solide expérience en capital de risque ?Innovatech Grand Montréal est l'équipe qui peut vous aider à atteindre vos objectifs.Innovatech Grand Montréal est un organisme de capital de risque orienté vers le démarrage d'entreprises et le soutien d'initiatives en haute technologie.Innovatech Grand Montréal possède une expérience exceptionnelle dans plusieurs domaines technologiques dont la biotechnologie, domaine où elle a investi dans 30 projets.L'équipe d'Innovatech Grand Montréal est prête à vous faire profiter de son expertise et contribuer à votre réussite.Appelez-nous au (514) 864-2929 ou au 1-800 883-7319 et consultez notre site internet au www.innovatech.qc.ca Innovatech Grand Montréal n'apporte pas de soutien financier pour la préparation du plan d'affaires. mo Chaque paire de blue-jean est unique en son genre.Un voleur à main armée l'a appris à ses dépens lorsque le FBI a réussi à le coincer en prouvant que le jeans qu'on apercevait sur une séquence vidéo prise à la banque durant le vol et celui qu'on avait saisi à son domicile lors d'une perquisition n'était qu'un seul et même pantalon.Comment en a-t-on fait la preuve ?Une paire de jeans est un vêtement que l'on porte longtemps, si bien qu'il finit par épouser exactement les formes du corps de son propriétaire.De plus, le mode de fabrication artisanal produit de légères imperfections, différentes d'une paire à une autre, qui surgissent après de multiples lavages sous la forme de zones plus usées que d'autres.En cour, la défense a bien tenté de démontrer qu'un jeans et un autre, c'est du pareil au même, en présentant 34 paires provenant du même manufacturier.Mais, dans tous les cas, les experts du FBI sont parvenus à distinguer les faux du vrai.18 Québec Science/Mai 1998 \ ¦.Z 'Tmi L’innovation du nois Intelligent comme un pont Après les bâtiments intelligents, voici le pont intelligent.Depuis cet automne, les automobilistes de Fleadingley, au Manitoba, peuvent emprunter le plus long pont au monde dont les poutres contiennent des plastiques renforcés de fibres (PRF).Ce pont est aussi l'hôte d'un système de détection intégré à fibre optique qui permettra de suivre, en temps réel, les pressions qui s'exercent sur son tablier.Le maître d'œuvre est ISIS Canada (réseau canadien de centres d'excellence sur les innovations en structures avec systèmes de détection intégrés), dont l’Université du Manitoba abrite le siège social.ISIS Canada met au point des systèmes de détection intégrés à fibre optique qui permettent de suivre l’évolution d'une construction.On espère ainsi trouver une solution au problème de corrosion de l'acier présent dans le béton armé — une facture de 44 milliards de dollars au Canada.Le verre et le carbone que contiennent les PRF semblent remplacer adéquatement l'acier dans le béton armé.Ils résistent à la corrosion, sont six fois plus solides que l'acier, ce qui réduit la quantité de béton nécessaire, et cinq fois plus légers, ce qui diminue les coûts de transport lors de la construction.Les tiges de PRF sont de même diamètre que l'armature d’acier.Chacune contient 60 000 fibres de carbone ou de verre, noyées dans du plastique.« L'usage de ce matériau est déjà répandu dans les secteurs de l'aéronautique et de la défense ainsi que dans la fabrication d'articles de sport, indique Sami Rizhalla, président d'ISIS Canada.On reconnaît maintenant ses qualités en génie civil.» La surveillance du pont sera effectuée à l'aide de 64 fibres optiques placées à l'intérieur des tiges de PRF.Les fibres optiques permettront de mesurer la température, la force et le poids que la structure doit supporter.Lorsqu'un camion traversera le pont, les ingénieurs pourront évaluer instantanément la réponse de la structure et comparer l'efficacité des PRF avec celle des armatures conventionnelles puisqu'une partie du pont a été construite selon la méthode traditionnelle.Agence Science-Presse ni»11*1 ¦B'1' 1 *% S:' " fié & jî [TBT] ll^|[i]|ll^ll: Un début à tout A comme dans arbre : Miroslav Grandtner, professeur au département des sciences et du bois à l'Université Laval, a entrepris il y a neuf ans de réaliser le premier dictionnaire des arbres de la Terre.Il s'agit là d'un travail herculéen : il estime qu'il n'y a pas moins de 6 000 taxons (espèces et sous-espèces) seulement en Amérique du Nord, et probablement 10 fois plus dans le monde ! Pour l'instant, le dictionnaire, présenté sur le Web, s'arrête à la lettre.A, mais 600 taxons sont tout de même recensés ! Le professeur, qui reçoit un coup de main d'un nombre grandissant de chercheurs, d'informaticiens, d'étudiants et de botanistes, a déjà complété des fiches sur plus de 36 000 espèces et sous-espèces.Il croit que d'ici peu son ouvrage deviendra LA référence en ce qui concerne la diversité mondiale des arbres.À signaler : le site Web est doté d'un outil de recherche élaboré et efficace.Le Dictionnaire mondial des arbres : www.wdt.qc.ca.Luyupntendu n citron, ia station spatiale Mirl Peut-être, mais elle J est chargée d'une valeur sentimentale qui ne laisse pas indifférent un vieux routier de l'espace comme le français Jean-Loup Chrétien.L'astronaute est retourné à bord de Miren 1997.Il a confié ses impressions à notre collaborateur Claude Lafleur.« J'ai trouvé les modules fort encombrés : dans certains cas, il ne reste plus qu'un mince corridor pour passer, et il y a un peu d'humidité parce qu’il y a tant de choses à bord que l'air a du mal à circuler.La station ressemble à un vieux grenier où s'entassent des tas d'objets inattendus, comme le petit orgue électronique que j’avais apporté en 1988 et qui fonctionne encore très bien.On pourrait la comparer à un vieux bateau plein de charme.» f)L6£ZT, MOU CH££ flSS6TflÜT, C'fôT «U GftWDsuccès !.5-Vv'U- i-.VÜ Arees doll/, mes nflmeme, voici necToz L€ cAsmsereoDUfTPAK CLOK)AG€,ICI,DAtOStOOTK LA60 ïëT„ M/g C'€ST MA£C£L, MOh) FRèzemeM! r m ALORS, cesr •OtrV LèOHÊ I TM TRAVAILLÉS IT Québec Science / Mai 1998 19 CVADÎV1IO Tu ne cloneras point LA PLANETE ADN Méfiez-vous ! Certains généticiens agissent comme des politiciens : ils disent une chose en public et font tout le contraire dans leur labo.ieu a fait l’homme à son image.Le clonage permettra à l’homme de faire un avec Dieu.» Cette thèse mystico-scientifique n’est pas celle d’un télévangéliste ou d’un raë-lien : elle émane d’un physicien de Chicago, Richard Seed, qui a fait frémir la planète en annonçant son intention d’ou-vrir prochainement une clinique de fertilité proposant.un service de clonage.La brebis Dolly, née par clonage au début l’année dernière, a nourri mille et un fantasmes.Cette technique permet de créer un sosie génétique à partir d’une seule cellule d’un animal adulte (voir Québec Science, juillet-août 1997).Grâce à cette technique, on imagine pouvoir éventuellement cloner des bébés qui serviront de banques d’organes, des dictateurs qui resteront éternellement au pouvoir, des armées de super soldats et de travailleurs docOes.Ces scénarios apocalyptiques sont improbables.Mais l’annonce de l’énigmatique docteur Seed montre que l’un de ces cauchemars est parfaitement plausible : le clonage risque de faire son entrée parmi les nouvelles techniques de reproduction humaine (NTR) et d’être proposé à des couples infertiles.Comment pourrait-on en arriver là ?Ce ne sont certainement pas les obstacles techniques qui mettent un frein à un tel projet.Bien sûr, Os ne sont pas minces : le clonage de DoOy a exigé 277 essais — imaginez le nombre d’avortements et de bébés mort-nés nécessaires pour- mener à terme un clone humain bien vivant ! Mais si on oublie l’éthique, et on l’oublie vite dans certains milieux, ces « problèmes » seront vite résolus.« S’il y avait une bonne raison de cloner un être humain, nous le ferions », a affirmé sans ambages le docteur lan WOmut, le « père » de DoOy.Heureusement, Wilmut ne trouve aucune bonne raison de le faire.Pour l’instant.Mais son sens de l’éthique est loin d’être partagé par tous.« Chez les scientifiques, la tentation de cloner un humain sera toujours grande », s’inquiète le docteur Raymond D.Lambert, le « père » du premier bébé-éprouvette québécois.À preuve, 0 rappelle un moment troublant mais vite oublié de notre histoire des sciences.C’était en 1993, à Montréal, à l’occasion du congrès de la Société canadienne de fertilité et d’andrologie et de l’Ameri-can Fertility Society.Les docteurs Hall et Stillmann, propriétaires d’une clinique de fertilité à Philadelphie, ont expliqué, devant une salle comble, qu’ils avaient cloné des embiyons humains.En scindant les 2,4 ou 8 cellules d’un tout jeune embryon, fis avaient obtenu autant de nouveaux embryons, indépendants et viables.Huit jumeaux, identiques entre eux, auraient donc pu naître.Cependant, les chercheurs avaient pris la sage précaution d’effectuer l’expérience sur des embryons anormaux, incapables de se développer plus de quelques jours.Ces résultats ont quand même été accueillis par des applaudissements à tout rompre et couronnés par le prix de la meilleure communication du congrès.Pourtant, « ces deux chercheurs avaient défié toutes les règles d’éthique énon- cées par leur propre société savante ! » se scandalise le docteur Lambert.Le grand public, lui, a réagi très négativement.À un point tel que Hall et Stillmann ont perdu leur clientèle et ont été obligés de fermer leur clinique.Morale de cette histoire : il ne faut pas laisser aux seuls scientifiques le privilège d’édicter les règles en matière de clonage et de reproduction humaine.L’appât de la célébrité — et du gain — leur fait trop souvent perdre la tête.Particulièrement dans les cliniques de fertilité, où l’on fait tout pour séduire des couples qui, eux, n’ont rien à perdre.Pas étonnant que ce soient les pressions de la communauté scientifique et médicale qui aient tué dans l’œuf, en 1996, la loi C-47 sur les techniques de reproduction humaine et de manipulation génétique.Ce projet de loi interdisait 13 techniques de reproduction, dont le clonage humain, et prévoyait, pour' les éventuels apprentis sorciers, des amendes et des peines de prison.À l’heure actuelle, au Canada, seul le Code d’éthique de la recherche avec des êtres humains, en voie d’adoption, décrit le clonage comme une pratique inacceptable.Mais ces règles n’auront pas de caractère obligatoire.Pour des chercheurs moralement responsables, comme Raymond Lambert, c’est totalement insuffisant.11 faut une loi, et avec des dents.Le vent commence toutefois à tourner.Et, curieusement, c’est grâce à Richard Seed ! En effet, le projet insensé de ce docteur Folamour semble avoir fouetté le Congrès américain, jusqu’ici réticent à légiférer.De son côté, le Parlement canadien songerait aussi à réactiver la loi C-47.Même les scientifiques se réveillent.« Ils ont peur d’être emportés par une vague de fond anti-recherche », dit le docteur Lambert.Il était temps.Mais c’est encore la conscience du public qui constitue le meilleur garde-fou contre les égarements de la science.Un garde-fou ?C’est le cas de le dire.• Pour en savoir plus Le site du magazine New Scientist propose plusieurs liens intéressants sur le clonage (www.newscientist.com/nsplus/ insightlclonelclonelinks.html).PAR MICHEL GROULX «D •-'V 20 Québec Science/Mai 1998 Plus intelligents que Jamais Dans le passé, on nous a ' révolytioas ea robotique.La prochaine, Disent les spécialistes, devrait avoit lieu au début do W siècle.Elle devrait boulevetset bien des choses.Faut-il les croire?par Félix Légaré e robot a encore bien des boulons à manger avant de pouvoir s’échapper des laboratoires et, surtout, de réfléchir et de vivre des émotions, comme les héros d’Isaac Asimov.L.Le cerveau compact, rapide et puissant qui sera nécessaire aux robots pour évoluer librement et avec souplesse dans un environnement non contrôlé est encore une utopie.Les robots d’aujourd’hui peuvent certes accomplir des prouesses remarquables sur les chaînes de montage, mais il faudra encore attendre avant que des « robots autonomes » nous rendent de vrais services, dit Takashi Gomi, patron d’Applied Artificial Intelhgence Systems, une entreprise de Kanato, un centre industriel de la région d’Ottawa qu’on surnomme la Silicon Valley du Nord.« On les enverra d’abord dans des environnements hostiles, explique Claude Coulombe, de Machina Sapiens.Dans les réac-teurs nucléaires, sur les lignes à haute tension ou au fond des mines.» Certains experts, comme le roboticien américain Hans Moravec, se hasardent néanmoins à prédire l’apparition, d’ici 15 ans, d’un ordinateur égalant la puissance de notre cervelle ! Il s’agit là d’un saut énorme, car, en comparaison, la capacité de stockage de notre matière grise se situerait entre 1 million.et 10 milliards de mégabits.En ce qui a trait au traitement de l’information, cependant, la marche est encore bien haute.La capacité maximale de notre cerveau atteindrait les 100 000 téraflops (un téraflop = un billion d’opérations à la seconde).Si la courbe d’évolution de l’informatique se maintient, les super ordinateurs les plus performants fileront à la cadence de 1 000 téraflops autour de l’an 2002 et de 100 000 téra-flops vers 2010.Encore 20 autres années, et cette puissance de calcul pourra être insérée dans le boîtier d’un ordinateur à 1 000 dollars ! Québec Science / Mai 1998 21 ^ ' 1 » Mais comment cet ordinateur ultraper-formant parviendra-t-il à penser s’il reste isolé dans une bulle de verre, dépourvu des cinq sens qui nous font vivre les expériences essentielles au développement de notre identité ?Certains ont imaginé un moyen de lui donner un coup de pouce.Avec le projet CYC, la firme américaine Cyrcorp Inc.tente de traduire dans le langage des ordinateurs les réalités du monde physique.Quelque 400 000 événements quotidiens, qui constituent pour nous des évidences, ont été consignés dans une base de données.Par exemple : lorsque on est mort, on ne peut revenir à la vie; les arbres poussent hors de la maison; un verre d’eau se remplit quand il est à l’endroit et non l’inverse, etc.Pour l’instant, rien n’indique toutefois que ce laborieux travail pourra effectivement aider une machine à penser.lutôt que de bourrer le crâne d’un cerveau artificiel avec de l’information prédigérée, pourquoi ne pas le laisser apprendre tout seul ?C’est cet ambitieux défi qu’essaient de relever Rodney Brooks, du MIT, et les adeptes de la robotique évolutive.Une approche radicalement différente de l’intelligence artificielle (IA) classique, selon Jean-Arcady Meyer, du département de biologie de l’École normale supérieure de Paris.Pas question de reproduire les fonctions les plus complexes du cerveau avec des programmes survitammés qui demandent des équipements lourds et énergivores.« On part plutôt de la base, pour monter ensuite vers le sommet.» ¦4 -• mm?«Slip Voici Alexis, dont la principale fonction est d'étudier la marche sur pattes.Il a été conçu à l'École Polytechnique de Montréal.La méthode a l’avantage de conjuguer deux grandes découvertes : les réseaux de neurones (RN) et les algorithmes génétiques.Les réseaux de neurones sont constitués d’un groupe de neurones artificiels (une version très rudimentaire des nôtres) qui travaillent de façon parallèle.Aucun programme ou calcul n’intervient dans leur fonctionnement.Ils ont la faculté d’apprendre de manière analogique, et surtout de réagir très rapidement à des stimuli.L’obstacle principal : la nature même des RN peut rendre leur maniement très complexe, voire incompréhensible, dès qu’on augmente le nombre de neurones.C’est ici qu’interviennent les algorithmes génétiques.Ils s’inspirent de l’évolution darwinienne et ont donné naissance au concept de vie artificielle.Des mathématiciens comme Franz Oppacher, de l’Université Carleton à Ottawa, les utilisent pour trouver des solutions à toutes sortes de problèmes complexes.« L’idée consiste à créer des univers virtuels dans lesquels plusieurs solutions doivent évoluer comme des créatures vivantes.Comme pour la sélection naturelle, les meilleures se reproduisent et éliminent les autres.Ces mutations nous conduisent à des solutions optimales, auxquelles on n’aurait peut-être jamais pensé.» Et, contrairement à l’évolution naturelle, les générations peuvent se succéder à une vitesse de plusieurs milliers à la minute.Cette nouvelle voie pourra éventuellement rendre d’immenses services à la robotique.Non seulement parce qu’elle résout des problèmes d’une complexité qui dépasse l’entendement humain, mais aussi parce qu’elle le fait, comme la nature, le plus efficacement du monde, avec le moins de ressources possible.Jean-Arcady Meyer applique ces principes à ses animats, des créatures artificielles semblables à des insectes ou à de petits animaux.« C’est l’évolution qui trouve elle-même comment connecter les réseaux de neurones à des senseurs et à des moteurs pour que les pattes d’un animat se mettent à bouger et qu’il se déplace de plus en plus vite.Ensuite, on peut lui ajouter d’autres capacités, comme des antennes, pour reconnaître une odeur de nourriture, éviter des obstacles, et ainsi de suite.» De la même façon, les ingénieurs de chez Applied Artificial Intelligence Systems conçoivent des robots autonomes qui auront éventuellement des fonctions utilitaires.Comme Tao, une chaise roulante intelligente, pouvant éviter les collisions, répondre au langage naturel et effectuer des manœuvres « difficiles », comme rouler dans un passage étroit ou passer par une porte.« Notre approche est non cartésienne, en ce sens qu’on ne sépare pas les notions d’esprit et de corps.Elle forment un tout, dont nous observons les réactions, explique Patrick Maheral, chef de la division génie logiciel.On n’inscrit pas de règles explicites dans le robot.On le laisse évoluer, en punissant les mauvais comportements et en récompensant les bons.Et quand il fait face à un objet, on ne lui demande pas d’analyser sa nature, de savoir s’il s’agit d’une chaise ou d’autre chose, ce que préconise l’approche cartésienne.Il doit l’éviter, point.Ça lui donne des réflexes beaucoup plus rapides et une démarche très souple.Jean-Arcady Meyer 22 Québec Science / Mai 1998 solutions à Him mm u'taiiilii- isiitdl lioiisw (te jamais ilBli® matsesif- tatatlfr wesilw 0f *le sises» ilssem*' #aiiimsis A Kyoto, au Japon, pour le compte de la firme nipponne ATR (Advanced Technology Research Institute), le chercheur d’origine belge Hugo de Garis applique les principes de la robotique évolutionniste à la construction d’un premier véritable cerveau artificiel.Si l’on se fie à ses prévisions, il devrait avoir à sa disposition, vers le mois d’août, la CBM (CAM Brain Machine), un super appareil à processeurs massivement parallèles, pouvant générer des milliers de neurones virtuels et les organiser grâce aux algorith- ______________ mes génétiques.À court terme (au tournant du millénaire), il espère construire un cerveau de 10 000 neurones qui aura le QI d’un chaton.Mais il voit beaucoup plus loin.« Il n’y aura pas de La chaise Tao limites à ce qu’un cerveau artificiel pourra faire, dit-il.Je suis convaincu qu’au cours du prochain siècle les machines seront supérieures aux humains.« Même si, dans le milieu de l’IA, on le qualifie de farceur — et même de fou furieux ! —, plusieurs admettent que l’évolution actuelle des robots et des cerveaux artificiels pourrait déboucher sur une nouvelle forme de vie et d’intelligence, voire de conscience.À condition qu’elle trouve le moyen de se reproduire.« Je crois qu’ils y pamendront d’ici une décennie », dit Takashi Gomi.Patrick Maheral en est aussi convaincu.« Une fois qu’ils arriveront à procréer, pense-t-il, on pourra peut-être comprendre ce qu’est la vie.Sauf qu’il est possible qu’on ne se rende pas compte tout de suite que c’est vivant.» Les neurones virtuels d'Hugo de Garis Mï :|#f» y;|(i ^ it,111 < Uf’” première chaîne îî\< Radio-Canada sienee Débat public Radio-Canada Québec Science Le mercredi 29 avril 1998, à 19 h Les robots nous domineront-ils un jour ?Ils peuvent opérer de grands malades, battre le champion du monde des échecs, désamorcer des mines antipersonnel, explorer la planète Saturne.Il ne leur manque que les émotions ! La question mérite donc d'être posée : les robots nous domineront-ils un jour ?Faut-il en avoir peur ?Pour assister au débat Maison de Radio-Canada 1400, boulevard René-Lévesque Est Montréal Entrée libre Réservations : (514) 597-7787 Diffusion à la Première chaîne radio de Radio-Canada Les Années-lumière Le dimanche 3 mai, à 12 h 13 Québec Science / Mai 1998 23 L'IA, partout L'intelligence artificielle, c'est déjà plus que du bonbon.1 ès la naissance de l'intelligence artificielle (IA), dans les années 50, on a prophétisé l'apparition rapide — en une seule génération ! — de machines intelligentes.Après J un échec cuisant et un silence gêné qui a duré quelques décennies, l'IA a connu une nouvelle flambée d'enthousiasme au cours des années 80.Mais la vague s'est écroulée lamentablement en 1985, faute de résultats concrets.En Amérique, le nombre d'entreprises en intelligence artificielle est passé de 300, il y a 15 ans, à seulement une dizaine aujourd'hui ! Cette fois-ci, l'IA remonte la pente sans tambour ni trompette.Mine de rien, elle a fait des percées dans plusieurs secteurs et permet d'accomplir désormais des tâches qui étaient jusqu'ici commandées par le cerveau humain.Entreprises.Si vous avez fait récemment une demande de carte de crédit auprès d'American Express et qu'on vous l'a refusée, inutile de vous en prendre au personnel : votre requête a probablement été examinée par un système d'IA qui, sans intervention humaine, a analysé votre dossier de crédit et émis une recommandation.Certaines compagnies d'assurances font appel au même type de système pour déterminer, plus rapidement et avec plus d'acuité qu'un agent, la police la mieux adaptée à vos besoins.Des systèmes de gestion automatisés supervisent déjà une partie de la production de grandes entreprises comme Saturn ou GM.Et l'assistance annuaire de Bell Canada représente la concrétisation d'un des plus vieux rêves de l’IA : la reconnaissance de la voix.Médecine.La médecine est l'un des premiers secteurs d'activité à avoir fait appel à l'IA.Dans les années 70, le programme MYCIN pouvait diagnostiquer des infections sanguines et même recommander un traitement.L'école de médecine John Hopkins de Baltimore travaille à mettre au point un logiciel qui vous indique presque instantanément si vous courez le risque d'avoir une attaque cardiaque.Traduction.Avec 30 ans de retard sur les prévisions des experts, les traducteurs font une timide apparition sur le marché.Le moteur de recherche Alta Vista offre depuis peu un service de traduction de textes qui fait appel au logiciel Systran.Et Machina Sapiens a conçu le système Logos, qui peut traduire des phrases simples avec l'assistance d'une personne.Vie quotidienne.D'ici peu, de nouveaux gadgets prendront d'assaut nos domiciles.Sharp proposera un four à micro-ondes qui déterminera seul le temps de cuisson de tout aliment.Un fabricant italien lancera des machines à laver pouvant choisir le cycle de lavage et la quantité de savon nécessaire à chaque brassée.Déjà, des puces à rétine artificielle peuvent reconnaître vos empreintes digitales.Dans un an ou deux, Siemens mettra sur le marché des téléphones portatifs qui, munis de cette puce, n’obéiront qu'au doigt de leur maître.Félix Légaré •* •• Faut-il s’inquiéter de ces développements rapides dont Tissue semble plus ou moins contrôlable ?De ce zoo grouillant de créatures synthétiques et de projets plus ou moins fantasques qu’on ne pourra peut-être plus maîtriser unjour ?« L’expression vie artificielle est trompeuse, dit Jean-Arcady Meyer.On crée des machines dont certaines propriétés ressemblent à celles de la vie.Mais il ne s’agit pas d’êtres vivants, loin de là ! » Tout le monde ne partage pas son avis.Hugo de Garis parle des scénarios apocalyptiques dignes du film Terminator 2 (dans lequel les robots veulent exterminer le genre humain) qui lui font passer des nuits blanches.« Ce que je suis en train de faire pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’humanité, dit-il le plus sérieusement du monde.Je suis convaincu que les grandes guerres du prochain siècle vont opposer les tenants de la robotique et les autres.Les guerres napoléoniennes on fait 100 000 morts.La Seconde Guerre mondiale a tué environ 50 millions de personnes.Si Ton se fie à cette évolution, la guerre des robots pourrait faire autant de victimes qu’il y a d’habitants sur Terre ! » Claude Coulombe est nettement plus modéré.« La plupart des guerres découlent de l’incommunicabilité entre les peuples, résume-t-il.Je préfère penser à la robotique médicale qui sauvera des vies ou à la traduction simultanée qui va enfin briser les frontières du langage.» Franz Oppacher est du même avis et croit que, malgré tout ce que laisse croire la technologie évolutive, l’humain maîtrisera toujours ses créatures artificielles.« Il suffit simplement de garder l'œil sur l’interrupteur.» • Pour en savoir plus SAE Robotique step.polymtl.ca/gestion/sae/ Applied Artificial Intelligence Systems fox.nstn.ca/~aai/ L'animat Lab de Jean-Arcady Meyer www.biologie.ens.fr/ AnimatLab/ Al Post, magazine sur l'intelligence artificielle dirigé par David Ellis ai.miningco.com/mbody.htm Hugo de Garis www.hip.atr.co.jp/~degaris/ 24 Québec Science / Mai 1998 ¦¦ I- I i|lulCÜ'|ÜO II :'r^" I fcifiï-: I lift-:'::'- I [.(iHtlti I ' I 1 ' I llili' I ^.::S I i I ll Machines à tout faire Portraits robots Des robots qui sont en train De cbanqer le monDe.par Johanne David .rfidï ,|'iotelli' jéP)r I j II y a C3PO dans La guerre des étoiles et I maintenant il y a P2 chez Honda.Sa parti-| cularité : il est le premier robot à avoir ap-| pris à marcher.Ce n’est pas banal : pour lui enseigner à ! mettre un pied devant l’autre, les roboti-ciens du centre de recherche et de développement de Honda, au Japon, ont dû modéliser tous les mouvements possibles des muscles qui contrôlent Faction des jambes lors de la marche.11 leur a fallu 12 ans de travail pour y parvenir.Équipé de gyromè-tres, de capteurs de stabilisation et de caméras vidéo, P2 sait aujourd’hui marcher seul (vers l’avant, en diagonale et de côté), en évitant les obstacles sans recevoir d’instruction.Il avance sur des terrains en | pente, s’accroupit et grimpe les escaliers ! Cette année, les chercheurs comptent équiper P2 d’un système de reconnaissance de la voix pour pouvoir communiquer avec lui.Mais, avant d’être commercialisé, P2 devra subir une cure d’amaigrissement : il fait quand même 210 kilos ! Pour en savoir plus www.honda.co.jp/home/hpr/e_news/ robot/index.html La fiche technique de P2.Vous pouvez le voir marcher, tourner, pousser un chariot et fermer un verrou.Robot bollé Cog est LE fleuron de la robotique américaine.Bien que « cog » soit un terme utilisé (au figuré) pour qualifier un individu considéré comme un vulgaire rouage dans une machine (cog, en anglais, signifie « engrenage »), le robot du MIT est l’humanoïde le plus intelligent jamais fabriqué.Un peu à la manière des humains, ce robot peut « s’enrichir » d’expériences en faisant des apprentissages.Pour Rodney Brooks, directeur du laboratoire d’intelligence artificielle au MIT, l’apprentissage est le fondement de l’intelligence (artificielle ou non).Il faut dire que le cerveau de Cog a un bon bagage d’informations.Il possède des bases de données informatiques qui lui permettent déjà de reproduire certaines fonctions spécifiques à l’intelligence humaine.Il renferme plus de 200 processeurs, fonctionnant avec un langage de programmation dérivé du LISP (LISt Processing : langage utilisé en intelligence artificielle où chaque expression est une liste d’appels à d’autres fonctions).Toutefois, Cog n’est pas encore un robot parfait et accompli : il est cul-de-jatte.Son torse constitue donc le socle sur lequel sont arrimés un bras métallique articulé et équipé d’une main ainsi qu’une tête dotée de deux yeux.Des servomoteurs pneumatiques lui permettent de lever et de serrer des objets, et des moteurs électriques assurent les mouvements de rotation et de pivot.Cog possède une vision binoculaire grâce à quatre caméras à haute résolution qui lui permettent de distinguer aisément les objets.en noir et blanc.Ses yeux bougent de haut en bas et de droite à gauche, et ce, tout aussi rapidement que les nôtres.Les chercheurs du MIT voudraient bien arriver à mettre au point un robot qui pourrait travailler en milieu difficile ou périlleux, comme les fonds marins ou les centrales nucléaires.Mais, pour l’instant, Cog n’a réussi qu’à.planter des clous.ITT» Pour en savoir plus www.ai.mit.edu/projects/cog The Cog Shop (l'atelier de Cog) : fiches techniques qui montrent la tête, le torse et le bras du robot.www.ai.mit.edu/people/brooks/ brooks.html Gros plan sur Cog.Québec Science/Mai 1998 25 Robot chirurgieo Manque de personnel médical dans les hôpitaux ?Zeus s’en vient.Il est le tout nouveau robot chirurgien conçu par la compagnie américaine Computer Motion Inc.Actuellement à l’essai, on veut en faire le plus fidèle assistant du chirurgien.Le robot est équipé de trois bras mécaniques.L’un de ses appendices promène à son extrémité un endoscope, c’est-à-dire une caméra qui sonde et éclaire les cavités profondes du corps.Cet instrument appelé AESOP (Automated Endoscopie System for Optimal Positioning) est si minuscule qu’il parvient à se faufiler et à se balader dans le corps à travers une incision d’à peine cinq millimètres (nul besoin de taillader le patient pour y voir mieux !) Devant son écran sur lequel il peut apprécier les images 3D transmises en temps réel, le médecin chirurgien commande les deux autres bras du robot à partir de manettes reliées à un ordinateur.Zeus manipule presque tout l’attirail chirurgical — ciseaux, pince, scalpel, aiguille —, et ce, sans trembler d’un iota ! Zeus est aussi muni d’un système de reconnaissance de la voue qui lui permet d’exécuter les instructions que lui donne le chirurgien.Ainsi, lorsque le spécialiste dit « left » (le robot est américain.), AESOP tourne sa caméra vers la gauche.Pour en savoir plus www.computermotion.com Page d'accueil de la compagnie Computer Motion.Ce site donne accès à des publications techniques tirées du Journal of Laparoendoscopic & Advanced Surgical Techniques.On peut voir le robot chirurgien dans l'article « Robotic Surgical Instruments for Dexterity Enhancement in Thoracoscopie Coronary Artery Bypass Graft ».Robot fidèle 't .Jr o ^ 81 Robot.“ «S341& Bombardier a décidé d’entrer dans la bataille des mines antipersonnel.La multinationale des motoneiges et des wagons de train propose un robot volant télécommandé qui peut, tel un hélicoptère, faire du surplace au-dessus des champs de mines et repérer les bombes enfouies sous terre à l’aide d’instruments électromagnétiques et géophysiques.Une fois les mi- _________ nés repérées, Mine Guzzler, un « bouffeur de mines » fabriqué par Bofors Canada (un partenaire de Bombardier), les détruit en moins de deux.Mine Guzzler est une sorte de gros tracteur de 40 tonnes U qui laboure jusqu’à 30 centimètres de sol.Il est équipé à l’avant__________________ d’un énorme rou-leau compresseur muni de pics en tungstène qui broient les mines.Le bulldozer peut être manœuvré par un opérateur installé dans la cabine de l’engin.Le conducteur n’a rien à craindre : Mine Guzzler peut résister à de fortes explosions, garantit le fabricant.Lorsqu’on sait qu’il faut plusieurs jours à un militaire pour déminer quelques mètres carrés de surface — au rythme actuel, il leur faudrait plus de 10 000 ans pour enlever les 100 millions de mines présentes dans le monde —, on comprend que ce type d’engin soit très attendu dans les régions qui ont été dévastées par la guerre.Pour en savoir plus www.army-technology.com/ contractors/mines/bofors/index.html Fiche technique du Mine Guzzler.Le chien est le meilleur ami de l’homme.Et les ingénieurs chez Sony Font compris.Masahiro Fujita, chercheur en chef du laboratoire de robotique chez Sony, a créé le premier chien robot entièrement autonome.Le drôle d’animal est de petite taille.Il pèse 1,3 kilo et réagit au son et à la lumière.Le toutou est programmé pour répondre au sifflement de son maître et se dirige là d’où provient le son.Il peut percevoir jusqu’à huit nuances de couleurs et ainsi distinguer plusieurs objets.Et lorsqu’on lui présente des objets de couleur jaune, il est content et agite la queue ! Comme on se doit de l’attendre d’un bon chien, Toutou Sonyjoue au ballon, s’assoit, donne la patte ! Mais attention, lorsqu’on le bouscule, il est furieux et se met en position de karatéka ! A ¦# I A; Pour réaliser ces prouesses, le robot est équipé de 15 servomoteurs avec système de rétroaction dans les pattes et dans la tête.Des capteurs assurent l’équilibre du chien tandis que d’autres, au bout des pattes, lui donnent des perceptions tactiles.La petite créature est dotée d’une caméra vidéo couleur CCD (Charge Couple Device) et de deux petits yeux rouges (des diodes) qui lui permettent de reconnaître les obstacles, d’en évaluer la distance et de déterminer sa position.L’animal ne mord pas, ne perd pas ses poils et ne sera jamais tenté d’arroser votre tapis ou votre sofa.Mais il s’essouffle vite : après 30 minutes, vous devez remplacer sa batterie ion-lithium.Pour en savoir plus uvmv.so-net or.jp/SF-Online/ no8J9971018lspecian.html Le site est en japonais.26 Québec Science / Mai 1998 48 ïi:'^ Cet astre pourrait nous renseigner sur les origines de la vie dans FUnivers : les conditions sur Titan seraient celles qui prévalaient à la genèse de notre Terre.Pour mener à bien cette mission, Cassini est doté d’outils de navigation extrêmement puissants.Un exemple : son antemie, dont le diamètre atteint quatre mètres.Elle permet aux contrôleurs de la NASA de rester en communication avec le vaisseau tout au long du périple.Il faut toutefois compter d’une heure à une heure trente pour que l’information fasse le voyage Saturne-Terre.Robot virtuose Une formation de robots à cordes interprétant une sonate de Brahms ?C’est ce qu’ont mis au point les chercheurs du Tokyo Electric College.Les musiciens, des Mubots (pour MUsician roBOT), sont en réalité des bras mécaniques contrôlés par un ordinateur programmé pour jouer du violoncelle et du violon.Les mouvements transmis à partir du CPU du Mubot — tenir et frotter l’archet sur les cordes, contrôler le mouvement, appliquer une pression adéquate, etc.— sont générés par un agencement de pièces actionnées par des systèmes pneumatique et électrique.L’objectif : gérer à l’unisson tous ces mécanismes pour obtenir un robot pouvant jouer de vrais instruments.À quand la Sonate pour deux violons de Georg Philipp Telemann interprétée par Mubot et Angèle Dubeau ?Pour en savoir plus www.kajitani.mce.uec.ac.jp/mubot Pour écouter la performance du trio électronique.Beaucoup d'images et de son, mais peu d'informations techniques.Il faut savoir lire entre les lignes.cielles pouvant capter les phéromones d’un ver à soie.Cela a marché : lorsque ses antennes ont détecté le signal, le robot s’est dirigé vers le ver à soie.Pour en savoir plus www.leopard, t.u-tokyo.ac.jp Des images mais peu d'informations.Robot explorateur Avec ses 1 630 circuits, ses 22 000 fils de connexion et plus de 14 kilomètres de câbles, Cassini est le robot scientifique le plus sophistiqué jamais construit.Le plus onéreux aussi : 3,4 milliards de dollars.Et on l’a catapulté dans l’espace ! Le vaisseau poursuit actuellement un voyage vers Saturne, un aller simple qui durera sept ans.Il transporte près de 700 kilos d’instruments scientifiques dont la sonde européenne Huygens.Le 6 novembre 2004, cette sonde sera larguée vers Titan, une des lunes de la planète à anneaux, et y restera pendant 22 jours.Le bloc d’alimentation de Cassini est unique.Les ingénieurs de la NASA Font doté de générateurs de chaleur au plutonium radioactif, des batteries radioactives en quelque sorte.En se désintégrant, le plutonium génère de la chaleur qui est convertie en électricité (l’autonomie du système est estimée à 11 ans, soit 4 ans de plus que ne l’exigeait le voyage vers Saturne : mieux vaut être prévoyant.).Selon les spécialistes, il aurait fallu doter Cassini de panneaux solaires de la grandeur de deux terrains de tennis pour générer suffisamment de courant.Pour en savoir plus www.jpl.nasa.gov/cassini/Spacecraft Tout sur Cassini avec, en prime, des images et des vidéodips saisissants.Robot insecte « .3 .i w Voici Finsectoïde.Alors que la plupart des roboticiens s’acharnent à mettre au point des systèmes de détection visuel (caméra) et sonore (sonar), les chercheurs nippons du laboratoire Miura et Shimoyama de l’Université de Tokyo misent sur des capteurs biologiques : les phéromones.Les phéromones ?Ce sont des substances biochimiques qu’utilisent les insectes pour communiquer entre eux Les roboticiens nippons les ont pris comme modèles.Ils ont fixé, sur la tête d’un microrobot, des antennes artifi- Cassini Québec Science/Mai 1998 27 XX' s ec e Entrevue avec Daniel Canty Une machine peut-elle penser ?L’homme n’est-il lui-même qu’une machine ?Dans son livre Êtres artificiels : Les automates dans la littérature américaine (Liber, 1997), l’écrivain et créateur multimédia Daniel Canty porte un regard original et éclairé sur des récits d’automates du XIXr siècle, comme Le joueur d’échecs de Ma,C\zdl d’Edgar Allan Poe, d’où ont émergé les fondements philosophiques de la robotique.Québec Science : Que nous apprennent ces récits de science-fiction sur la robotique d’aqjourd’hui ?Daniel Canty : Beaucoup de choses, particulièrement sur le désir de créer des automates, qui s’apparente ^ à celui de raconter des 2 histoires, de s’identifier :| à des personnages.Je 2 pense que ces deux traits de la psychologie humaine proviennent du même élan fondamental.Q.S.: Vous semblez croire qu’il s’agit d’un élan typiquement masculin.D.C.: Oui, à part l’auteure Mary Shelley (Frankenstein), ce sont majoritairement des hommes qui ont écrit à ce sujet.On peut penser que le désir de fabriquer des machines vivantes est une réponse à leur incapacité de procréer naturellement, comme les femmes.Q.S.: Croyez-vous que l’homme est capable de créer une machine dotée de conscience ?D.C.: C’est presque une question métaphysique — impossible d’y répondre sans faire un acte de foi ! Et je crois que des penseurs de l’intelligence artificielle (IA), comme Dennett1, ont bâti leur philosophie sur une croyance.Ils ont décidé que le test de Turing2 n’était pas de la rhétorique.Mais on peut, au contraire, considérer ce test comme un système formel, destiné à vous faire avouer qu’une machine est intelligente.En définitive, le test de Turing est un mythe fondateur du XX1' siècle, et les prêtres de MA sont ses disciples.Cette religion est incarnée par un objet matériel, le robot, plutôt que d’être purement abstraite, comme l’est Dieu.Q.S.: Comment définissez-vous la conscience ?D.C.: Je ne sais pas.Quand la conscience se regarde elle-même, elle se heurte à un paradoxe fondamental : elle est comme un serpent qui se mord la queue, et je pense que cela échappera toujours à notre langage.On devrait accepter le fait qu’on ne pourra jamais s’appuyer sur ce genre de certitude et rester malgré tout en équilibre.Q.S.: Quels rapprochements peut-on établir entre la peur du progrès qui a engen- (StunliUt Romane» M EN ACE Of THE «nd olWtrv THE RED MAGICIAN: By John Russell ISP A IMTTPA THRILLING SC 1À travers plusieurs ouvrages, dont le livre Counsciousness Explained, paru en 1991, le philosophe et professeur d'arts et sciences au centre d’études cognitives de l’université Tufts au Massachusetts, Daniel Dennett, a proposé une explication rationnelle de la conscience, suggérant la possibilité de la créer en laboratoire.Cet ouvrage a eu un impact considérable, et une large part de la communauté de ITA a un grand respect pour son auteur.dré Frankenstein et la crainte de voir les robots dominer le XXI siècle ?D.C.: Les récits d’automates sont hystériques.Ce sont des réactions d’angoisse face au passage vers la modernité.L’idée d’évolution est aussi la base du récit d’automates.Elle établit une hiérarchie, un système de classes qui induit l’idée que la machine ne sera pas notre amie, mais notre patron.Je crois que nous avons les mêmes réactions à l’approche d’un an 2000 qui depuis longtemps représente l’incarnation d’un futur hypertechnologique.Q.S.: Et que penser d’un chercheur comme Hugo de Garis, qui veut fabriquer un cerveau artificiel en avouant publiquement que cette invention pourrait avoir des conséquences désastreuses ?D.C.: Imaginez ce que représente pour Yego d’un individu le fait de construire le premier cerveau artificiel : il devient un être unique parce qu’il met au monde un être unique ! Et cette mégalomanie lui fait croire qu’il va créer son propre désastre, plus splendide que n’importe quel autre.Je crois qu’il y a plus à craindre de ces personnes que de leurs créations.Q.S.: La perspective de voir surgir des machines intelligentes ne vous fait donc pas peur ?D.C.: Non.Tout comme il ne faut pas avoir peur de la technologie, mais apprendre à vivre avec elle, socialement, personnellement et politiquement.La technologie transforme les valeurs humaines et crée de nouvelles responsabilités.Il nous faudra simplement les assumer.Propos recueillis par Félix Légaré 2 Considéré comme le père de l'informatique, le mathématicien britannique Alan Turing (1912-1954) a imaginé, en 1950, un moyen de déterminer si une machine était capable de penser.Un observateur s’adresse à deux interlocuteurs (une personne et un robot) par l'intermédiaire d’un ordinateur.Avec un jeu de questions et réponses, il doit deviner si l'un de ses interlocuteurs est une machine.Jusqu'ici, aucune machine n'a réussi à confondre les humains de façon convaincante.28 Québec Science / Mai 1998 Pierre Beaudoin/Pono Presse Internationale Sortez vos mouchoirs Allergies respiratoires : c’est pire que Jamais Les cas cVallergies sont en hausse, tout comme le nombre d'allergènes présents dans notre environnement.Bref, ça va de mal en pis ! par Aime-Marie Simard En ce début de printemps, la ville entière renifle, éternue et se mouche.Mon voisin de bureau a le nez bouché, les yeux qui coulent, une toux persistante — et moi, je ne me sens pas très bien.On rit, mais ce n’est pas drôle : mal traitées, les allergies peuvent se transformer en infection des sinus et des oreilles, en bronchite ou en asthme chronique.À cause d’un plant d’herbe à poux ou d’un peu de poussière, des enfants de quatre ans se retrouvent à l’urgence au bord de l’asphyxie.Des vieillards paniqués tournent de l’œil avant d’avoir réussi à composer le 911.Et des adultes bien portants perdent des journées entières de travail.Et puis, les allergies gagnent sans cesse du terrain.Selon Statistique Canada, près de 1 personne sur 3 en serait atteinte — un taux qui a presque doublé en 20 ans.Plus nombreux, les cas sont aussi plus graves.L’asthme, qui en découle parfois, affecte de 5 à 10 % des adultes et 15 % des enfants.Et cette maladie tue près de 500 personnes par année au Canada.Que se passe-t-il ?Notre environnement serait-il devenu trop hostile ?Sommes-nous devenus trop délicats ?Selon Francine Cloutier-Marchand, allergologue au pavillon Hôtel-Dieu du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), un meilleur dépistage explique en partie l’augmentation du nombre de cas.Mais c’est surtout la pollution qui serait responsable de ce malaise généralisé.Pollution extérieure, causée principalement par les émanations des automobiles, mais aussi intérieure, dans nos maisons hermétiquement isolées.Depuis la crise du pétrole, qui a provoqué un incroyable essor de l’industrie de l’isolation, nous nous sommes enfermés avec notre poussière, notre fumée de cigarette, nos acariens — ces bestioles microscopiques qui vivent dans nos matelas et oreillers.De plus, nous n’avons jamais eu autant d’animaux domestiques : dans certains quartiers résidentiels de Montréal, on recense chiens et chats dans près d’un foyer sur deux.Il y a de quoi éternuer ! Québec Science / Mai 1998 29 Ta pompe, ma pilule Les allergiques ont leurs comprimés, les asthmatiques, leur « pompe », grâce à laquelle ils s’administrent des doses de corticostéroïdes pour prévenir l’inflammation des bronches.Depuis quelques mois, un nouveau produit est offert au Canada : le zafirlukast, vendu sous le nom d’Accolate.Ce produit bloque l’action des leucotriènes, ces enzymes qui entraînent un rétrécissement des voies respiratoires.Pris par voie orale deux fois par jour, ces comprimés permettent de contrôler plus facilement les symptômes de l’asthme.Ils causent aussi moins d'effets secondaires que la cortisone contenue dans les pompes.Selon le docteur Paulo Renzi, pneumologue au pavillon Notre-Dame du CHUM, il est trop tôt pour dire si ce produit est vraiment efficace.« Cela dépend du genre d’inflammation à laquelle le patient est sujet », explique-t-il.Merck Frosst lancera ces jours-ci un nouveau médicament, le Singulair, semblable à l’Accolate.À Kirkland, dans l'ouest de Montréal, où il a été conçu, on se réjouit : les recettes mondiales prévues pour ce médicament sont d’environ 600 millions de dollars par an.Mais qu’est-ce que l’allergie ?Elle survient lorsque notre système immunitaire devient hypersensible : exposé à des substances normalement inoffensives, il s’emballe sans raison apparente.Confronté à un présumé ennemi, l’organisme fabrique des anticorps de la famille des IgE (pour immunoglobulines E).Les IgE déclenchent une réaction en chaîne qui produit des dizaines de substances chimiques, incluant histamine, leucotriènes, etc.Libérées en trop grandes quantités, ces substances produisent des réactions indésirables : inflammation des muqueuses, dilatation des vaisseaux sanguins et, parfois, chute de la pression sanguine, spasmes musculaires, constriction des bronches.Dans le pire des cas, la victime ne peut plus respirer : c’est le choc anaphylactique, qui entraîne souvent la mort.Bien qu’on comprenne en gros le mécanisme de l’allergie, beaucoup de mystères subsistent.Notamment, le fait qu’elle peut apparaître ou disparaître sans raison au cours d’une vie.Louise, une copine, peut en témoigner.Travailleuse acharnée et mère à temps plein, elle a toujours eu une santé de fer.Il y a quatre ans, en époussetant la maison METROPOLE ME'-.« ; JjàuvernéfflSFdu Québec Ministère de la Métropole •vr C'est en relevant ensemble les défis de la nouvelle économie et du développement social et en faisant mieux connaître les atouts majeurs de et sa région, que nous remettons notre métropole dans le circuit des grandes villes du monde.X www.metropole.gouv.qc.ca Qyi GRANDIT' 30 Québec Science / MaM998 X ; i '' -Z ^ ».11 •I > « tT V .- i JZZ Des études sur des familles d’allergiques ont montré que lorsque les deux parents souffrent d’allergie, les risques que l’enfant hérite de ce trait sont de 8 sur 10.Par contre, quand ni le père ni la mère n’en souffre, le risque tombe à 1 sur 10.Les chercheurs sont donc partis à la recherche de ces gènes qui prédisposeraient aux allergies et à l’asthme.Et ils ont trouvé.En étudiant des familles sujettes à une hyperréactivité bronchique et à des allergies aux animaux, les docteurs Louis-Philippe Boulet et Vincent Raymond, du département de génétique du Centre hospitalier de l’Université Laval, ont découvert des anomalies sur certains gènes du chromosome 11.Un lien a été établi entre ces irrégularités et un haut niveau d’anticorps Herbe à poux : le plus célèbre des allergènes.par un beau samedi après-midi, elle suffoque.En attendant l’ambulance, elle a soudain l’impression que son heure est venue.« C’est comme si on m’avait mis un sac de plastique sur la tête et qu’on l’avait attaché autour de mon cou », se rappelle-t-elle.Masque à oxygène, cortisone par intraveineuse, inhalothérapie : les mesures d’urgence lui sauveront la vie.Pour cette fois, car, depuis, elle fait des crises d’asthme à répétition, a moins d’énergie et manque des journées de travail.« Je n’ai plus de qualité de vie », déplore-t-elle.Mais il faut dire que, malgré les remontrances de ses amis, Louise n’a pas cessé de fumer et qu’elle a toujours ses deux chiens ! En apparence, l’asthme de Louise est venu de nulle part.Mais, selon les spécialistes, un facteur déclenchant l’a probablement provoqué.Elle a peut-être été mise en contact avec un nouvel allergène.« Il arrive que le système immunitaire craque après des années d’exposition à un produit familier », explique le docteur Jean-Luc Malo, pneumologue à l’hôpital Sacré-Cœur.Tout à coup, on ne supporte plus ses trois chats ou le pollen du grand peuplier, derrière la maison.En y réfléchissant, Louise a fait le lien entre le début de son asthme et le déménagement de l’entreprise qui l’emploie dans un immeuble du centre-ville.Son médecin n’a pas été surpris : les allergies professionnelles pullulent ces temps-ci.Pour les travailleurs d’usine, les farines, les fruits de mer et certains durcisseurs de peinture d’automobile sont les irritants les plus fréquents.Et que dire du fameux syndrome des tours à bureaux ?Mal Kmi JB» k.- V i ÏW ïvVi h jr ïiw- -7 4 Des chercheurs sont partis à la recherche de gènes qui prédisposeraient aux allergies et à l'asthme.Et ils ont trouvé.entretenus, les systèmes de ventilation remettent en circulation l’air chargé de poussières, de moisissures et de substances diverses.et font des ravages parmi les employés.Pourquoi cette intolérance affecte-t-elle Louise et non sa secrétaire ?Depuis une dizaine d’années, les scientifiques croient que les allergies et l’asthme seraient en partie héréditaires.Puisque la mère et les tantes de Louise souffrent aussi de la maladie, cette dernière y était prédisposée.fat’s».» IgE dans le sang.D’autres chercheurs ont fait la même observation sur des gènes du chromosome 5.Une équipe du Complexe hospitalier de la Sagamie à Chicoutimi vient de lancer une vaste étude sur des familles du Lac-Saint-Jean, reconnues pour leur homogénéité génétique.Les chercheurs tenteront de voir si d’autres gènes entrent enjeu dans la transmission de ces problèmes respiratoires.Les allergies constituent un phénomène complexe, orchestré sans doute par tout un ensemble de gènes.Éventuellement, la compréhension du mécanisme permettra peut-être de concevoir des médicaments qui s’attaquent aux causes du mal plutôt qu’à ses symptômes.Québec Science/Mai 1998 31 « Jjù biodiversité bioclwersité mondiale étudie la manière dont me jarûons equiliDre IA RTnnTVFH ^TTF MnNHïATF i * X X X X X X X^ Xu< j.t .s'articulent les diverses formes de vie et mondiale est une d habitat et comment ces rapports s organisent excellente / evue CjUl se pour assurer la santé de la planète.situe à la fine pointe des travaux et des réflexions sur une des questions essentielles de notre époque.» E.O.Wilson Naturaliste, deux fois lauréat du Prix Pulitzer Quelque soit votre champ de connaissance, vous serez à l'écoute des autres domaines de spécialisation et des correspondances et interactions qui les unissent.Abonnez-vous et restez à l’écoute! Musée canadien de la nature Lu biodirersilâ mondiale Division de l'édition C.P.3443 suce.D Ottawa, Ontario K IP 6P4 Canada O NATURE Tel : (613) 566-4784 ou (888) 437-6287 Téléc : (613) 566-4763 Cour.élec : sswan@nius-nature.ca Sur la Toile : www.nature.ca/franeaLs/liiodive.htni Les UN COLLEGE polymères MONDE A DECOUVRIR Dans le programme de Transformation des matières plastiques programme en alternance travail-études.V Participant à la Quinzaine des sciences.Le Collège Ahuntsic est à l'œuvre depuis 25 ans dans le domaine de la plasturgie.COLLÈGE AHUNTSIC 9155, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) - H2M 1Y8 Téléphone : (514) 389-5921 Internet : http://www.CollegeAhuntsic.Qc.Ca y En attendant ces beauxjours, il faudra se contenter des traitements actuels pour combattre éternuements et congestion.Les médecins recommandent avant tout de passer un test cutané pour identifier le ou les produits qui nous font réagir.Le traitement le plus efficace consiste à éliminer du mieux qu’on peut la source du problème dans notre milieu.À la maison, cela signifie utiliser des détergents non allergènes, passer l’aspirateur plus souvent, aérer, se débarrasser de minou ou alors, disent certains, le laver à l’eau et au savon une ou deux fois par semaine.Une pratique avec laquelle le docteur Louis-Philippe Boulet est totalement en désaccord.« Une de mes patientes est décédée après avoir lavé un chat auquel elle était allergique, dit-il.En ce qui concerne les animaux domestiques, il n’y a pas de compromis : ils doivent quitter la maison.» L’environnement extérieur échappe malheureusement à notre contrôle, mais on peut s’abstenir de sortir quand le taux de pollution ou de pollen est trop élevé.Durant la belle saison, la chaîne MétéoMédia clôture chaque bulletin en indiquant le taux de pollen dans l’atmosphère.Les principaux fabricants d’antihistaminiques fournissent aussi ce renseignement pour les grandes villes nord-américaines dans leur site Internet./ • ) ) > ) Test cutané pour identifier les produits qui provoquent une réaction allergique.Et puis, s’il faut absolument sortir, la nouvelle génération d’antihistaminiques (qui empêchent les histamines de faire enfler les muqueuses) n’a rien des assommoirs de jadis.Mieux, des vaccins anti-allergies devraient bientôt être lancés.Les vaccins actuels sont constitués d’un mélange d’eau et d’un extrait de l’allergène, par exemple, une protéine de la salive du chat.Mais, avec ce qu’on appelle l’immunothérapie, cela prend de six mois à un an avant qu’une amélioration des symptômes soit observée.Et cela ne fonctionne pas sur tout le monde.Aux États-Unis, la FDA devrait approuver l’an prochain un nouveau vaccin pour les gens allergiques aux chats.Allervax Cat est composé de peptides, de toutes petites molécules obtenues en ne conservant que la portion active des allergènes.Selon les spécialistes, seules quelques iiqections suffisent.Six semaines après le traitement, des cobayes auraient été enfermés dans une pièce avec deux chats pendant une heure et n’auraient pas éprouvé le moindre inconfort.Le fabricant d’AUervax Cat, ImmunoLogic Pharmaceutical Corp., espère que le vaccin protégera les victimes d’allergies pendant un an.Des vaccins similaires sont actuellement à l’étude pour contrer les effets désagréables de l’herbe à poux et des acariens.Enfin de bonnes nouvelles pour les congestionnés chroniques ! Un Kleenex, avec ça ?• 32 Québec Science / Mai 1998 L'astronaute canadien Dave Williams participe à la mission STS- 90 Neurolab à bord de la navette spatiale Columbia STS-90 C'est avec une grande fierté que nous sommes une fois de plus témoins de la participation d'un Canadien à un vol de la navette.Le docteur Dave Williams part en orbite à bord de la navette spatiale Columbia dans le cadre de la mission STS-90 Neurolab.Cette mission de 17 jours, qui se déroule du 16 avril au 3 mai 1998, est vouée à la recherche neuroscientifique.De fait, les objectifs de STS-90 sont de réunir des renseignements sur l'adaptation des humains et des animaux dans l’espace et sur leur aptitude à vivre dans un milieu de microgravité pendant une période relativement longue, comme cela se produira à bord de la Station spatiale internationale.En tant que spécialiste de mission, le Dr Dave Williams joue un rôle crucial dans l'exploitation des systèmes de la navette spatiale et a été formé pour une marche dans l'espace en cas d'urgence.Il est de plus le premier astronaute non américain à être désigné comme l'un des deux médecins officiels d'équipage.Les expériences à forte contribution canadienne, menées par l'astronaute Williams, comprennent la coordination visuomotrice, expérience conçue pour mieux comprendre la dépendance des fonctions motrices en gravité normale et l'adaptation à l'impesanteur.Cette expérience contribue à déterminer les limites de la performance visuomotrice chez les humains pour les patients qui souffrent de troubles moteurs, ici, sur Terre.Une autre expérience a trait au rôle des indices visuels dans l'orientation spatiale et sert à déterminer comment la microgravité modifie la perception des objets.En général, ce vol spatial médical offre de grandes possibilités pour nous aider à mieux comprendre des phénomènes comme les modèles de sommeil, la coordination main-oeil et des maladies comme l'ostéoporose et diverses formes du mal des transport et du vertige.Le Canada est maintenant, plus que jamais, engagé dans l’espace.Tous les ans, nous participons aux vols de la navette et nos astronautes sont mondialement reconnus pour leurs réalisations dans leur domaine respectif.Forts de ces réalisations passées, les astronautes canadiens sont bien préparés à répondre aux exigences d'une nouvelle ère d'exploration spatiale.Pour de plus amples informations, visitez le site Internet de l'Agence spatiale canadienne au http://www.espace.gc.ca dans lequel vous trouverez les pages de la mission STS-90 (http://www.astro.space.gc.ca/sts90/welf.htm).B ^ & Agence spatiale Canadian Space canadienne Agency Tous parfums unis a route des arômes Ylang-ylang, lavande, vétiver, bergamote, géraniol, mais aussi épinette, cèdre et roseau : on peut extraire de l'huile essentielle d'une grande variété de plantes.par Laurent Fontaine \ AKoluyo, sur les hauteurs arides de la ville de Cochabamba, en Bolivie, une colonne de fumée s’élève vers le ciel bleu.L’Indien Teodosio jette des branches dans le foyer d’une chaudière.Bientôt, l’eau du réservoir se met à bouillir : la pression monte, la vapeur s’engouffre dans un conduit, traverse 400 kilos de feuilles d’eucalyptus pressées dans la chambre d’extraction, s’élève vers le condenseur, se refroidit avant de repartir vers la chaudière pour un nouveau tour.En refroidissant, la vapeur a produit un liquide dense et verdâtre, à l’odeur forte de Vicks Vaporum.Il s’agit de quatre kilos d’huile essentielle d’eucalyptus, riche en eucalyptol.Dans quelques jours, le petit producteur descendra la piste tortueuse du chemin du Diable pour écouler son huile.Au Centre de technologie agro-industrielle de l’Universidad Mayor San Simon, à Cochabamba, le directeur Eduardo Zambrana froisse quelques feuilles de muna, une plante locale dont il me fait humer l’odeur de menthe.Sourire aux lèvres, il explique que, depuis que ses ingénieurs ont placé des installations de distillation dans 21 collectivités, 500 familles recueillent des huiles essentielles qui sont ensuite purifiées afin d’être vendues sur le marché.À 5 dollars US le kilo pour l’huile d’eucalyptus, par exemple, cela représente une somme importante pour ces paysans dont le revenu annuel ne dépasse pas 650 dollars.Depuis 1983, Eduardo Zambrana s’efforce de tirer profit des richesses natu- relles de la flore des montagnes et de la forêt amazonienne, le plus grand réservoir d’espèces végétales dans le monde.« Fabriquer des huiles essentielles exige des investissements limités tout en nous ouvrant des possibilités sur les marchés mondiaux.» Soutenue depuis 1987parle Centre de recherche et de développement international canadien (CRDI), l’équipe de Cochabamba a reçu l’aide du Laboratoire d’analyse et de séparation des essences végétales (LASEVE), dirigé par Guy Collin, vice-recteur de l’Université du Québec à Chicoutimi.« Des entreprises japonaises, brésiliennes, allemandes, françaises s’intéressent aux plantes boliviennes comme le molle ou la muna, mais aussi au vétiver et Eduardo Zambrana, directeuÇ^V-Centre de technologie agro-industriel à
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