Québec science, 1 janvier 1999, Octobre
Ou sont passes les loups ?Volume 38, numéro 2 Octobre 1999,4,35 $ Jeux video : u-delà du réel 73333 01994 9 En couverture ça va chauffer Coup de soleil Il a fallu 25 secondes à un hoquet solaire pour plonger le Québec dans le noir.C’était à l’hiver 1989.Neuf heures de black-out dont la seule explication tenait à ces électrons et à ces protons en folie crachés par notre étoile.Les spécialistes d’Hydro-Québec ont dû se démener comme des diables pour faire avaler des notions d’astrophysique nouvelles et assez compliquées à six millions de Québécois sans chauffage, sans éclairage, sans grille-pain ni cafetière.Même à l’Assemblée nationale, les députés se sont moqués de la version savante des faits.« On en est à se demander si Hydro-Québec n’aurait pas avantage à engager un bon sorcier », a lancé un député.Si l’événement nous a rappelé qu’on savait bien peu de choses sur notre Soleil, il a servi une belle leçon sur la nécessité de la culture scientifique ! Depuis, les études effectuées grâce aux satellites Ulysses et SOHO (voir Québec Science, juillet-août 1995) nous ont permis d’en apprendre beaucoup plus sur le Soleil.On a aussi compris que ces tempêtes solaires surviennent tous les ans 11 ans.Pourquoi 11 ans ?L’horloge stellaire n’a pas encore livré tous ses secrets.Quoi qu’il en soit, il n’est pas nécessaire d’être bollé en math pour calculer que les prochaines bourrasques de plasma électromagnétique sont pour bientôt.Selon les évaluations de la NASA, nous sommes déjà entrés dans une phase critique qui durera jusqu’à la fin de l’an prochain.L’activité solaire sera très élevée et comparable à celle de 1989, avance-t-on.Après le bogue, c’est l’autre problème de l’an 2000, souligne notre collaborateur.Et comment : si le fabuleux réseau de télécommunications et de transport électrique s’est considérablement étendu depuis 1989, il n’est pas moins fragile face à ces menaces solaires.Il y a cinq ans, une modeste tempête avaient mis hors d’usage deux satellites canadiens.Déjà, la Commission géologique du Canada émet régulièrement des bulletins de météo dite spatiale (http://www.geolab.nrcan.gc.ca/geomagJ.Avant que l’ordinateur s’éteigne, on aura été averti.Au moins, on saura que l’incident n’a rien à voir avec un quelconque mauvais sort, mais qu’il est plutôt dû à une étoile encore bien mystérieuse.Raymond Lemieux 2 Québec Science / Octobre 1999 Actualités mÆm yrTv' 5 On est 6 milliards C’est du monde à connaître, mais surtout à nourrir.par Jean-Marc Fleury O Premiers Québécois : plus vieux qu'on ne le pensait Dans le Témiscouata, un site prometteur bouleverserait bien des idées reçues sur le peuple- ment du Québec.Mais, faute de fonds, le projet de fouilles est en panne.par Louise Desautels 8 Deux temps trois mouvements K'T 1 » ' r.10 Planète ADN 11 n'y a pas de mauvais gènes par Jean-Pierre Rogel Chroniques Gras dur ! par Raynald Pepin imension cachée 'k.amcricancidci Las Vegas pour un court séjour! * rMVM métU 4 nuits à partir de 696* m&nt isitjWD 4 nuits à partir de .s* 736 4 nuits à partir de 776*' BÊLL^IO” 4 nuits à partir de 896 $1 "Nous pontons garantir votre réservation au CIRQUE DU SOLEIL! tPrix s’appliquent sur les départs du 12 au 17 déc.99.LE MONDE EST À VOUS Trois façons de réserver vos vacances! «MD TW" Centre d’appels national 1-800-799-6466 • Anjou (514) 353-5184 • Brossard (450) 465-4984 • Chicoutimi (418)549-2128 • Hull (819) 776-4187* Lasalle (514) 364-9720 • Laval (450) 682-2828 • Lévis (418) 833-4816 • Pointe Claire (514) 697-8161 • Québec (418) 529-8451 • Repentigny (450) 582-6090 • St-Bnmo (450) 441-6712 • St-lean (450) 348-0905 • St-Iérôme (450) 432-5232 • St-Laurent (514) 335-1171 • Ste-Foy (418) 658-3211 1 Sherbrooke (819) 821-4204 • Trois-Rivières (819) 379-6163 Sur Internet www.sears.ca Par téléphone 1-800-799-6466 hn personne Les prix publiés comprennent les vols aller-retour Montréal/Las Vegas, l’hébergement pour 4 nuits à l’hôtel de votre choix et les taxes d’aéroport.Assurances et dépenses personnelles en sus.Les prix sont ceux disponibles au moment de mettre sous presse (Août 1999).Pour tous les détails, termes et conditions générales de ces offres, prière de contacter l’agence de voyages Sears.Copyright 1999.Sears Canada Inc f.a.s.Agence de voyages Sears.Détenteur d’un permis du Québec.Québec Science / Octobre 1999 37 La dimension cachée i’Y L A SCIENCE DANS L A V I E QUOTIDIENNE par Raynald Pepin Gras dur Peut-on imaginer une salade sans vinaigrette ou une tartine sans beurre ?Sans les huiles et les graisses, la vie, et surtout la mie, seraient bien fades."T ous entretenons une relation ambiguë _l_ ^ avec le gras.D’un côté, il est bigrement difficile de résister à des frites huileuses accompagnées de mayonnaise.De l’autre, sur le plan esthétique, nos propres réserves de graisse ne sont pas toujours très appréciées.Pourtant, la situation pourrait être bien pire.En effet, les graisses permettent de stocker de l’énergie dans un minimum de poids : elles fournissent plus de deux fois l’énergie que le même poids de glucides ou de protéines.Ainsi, le poids d’une femme de 55 kilos, composé de 25 % de graisses, grimperait à 72 kilos si l’énergie stockée dans ses graisses l’était plutôt dans des glucides.Les graisses et les huiles possèdent la même structure chimique : les deux sont composées de triglycérides.Les huiles sont simplement des graisses qui se liquéfient à plus basse température.WM- céride.Le symbole « R » fait référence à la chaîne (radical) d’atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxygène liée au groupe COOH des acides gras.Un triglycéride contient généralement plus d’un type de radical.Glycèrol Exemples d'acides gras (R - COOH) Triglycéride CHz-OOC-R CHz-OH CH3-(CHi)16-COOH (acide stéarique) CH3 - (CH2)7 - CH = CH - (CHzb - COOH CH - OOC - R1 (acide olérique) CH-OH ch2-oh Un glycéride se forme lorsque les groupements OH du glycèrol (ou glycérine), un tri-alcool, réagissent avec les groupements COOH des acides gras.La réaction d’un seul des groupements OH avec un acide gras forme un monogly-céride.Quand les trois OH réagissent, on obtient un trigly- 38 Québec Science / Octobre 1999 CH2-OOC-R" Certains acides gras sont dits saturés : chaque atome de carbone de la chaîne est lié à deux atomes d’hydrogène, comme dans le cas de l’acide stéarique.D’autres, comme l’acide oléi-que, sont insaturés.Si on retrouve une Raison double (indiquée par deux traits dans le schéma) entre deux atomes de carbone, U s’agit d’un acide gras monoinsaturé; s’il y a des liaisons doubles entre plusieurs atomes de carbone voisins, c’est un polyinsaturé.Le degré d’insaturation, mais aussi la longueur des chaînes et la forme des molécules déterminent l’état physique des graisses.Des chaînes longues et saturées sont relativement droites.Dans ce cas, les molécules de triglycérides s’accolent en ordre, ce qui favorise les liaisons et rend le gras solide.Au contraire, les chaînes in-saturées sont courbées et se lient moins entre elles, ce qui diminue le point de fusion d’un corps gras.Voilà donc la source de la différence entre huiles et graisses.Les acides gras constituant les huües sont généralement moins saturés et plus courts que les acides gras des graisses.La plupart des corps gras contiennent une variété d’acides gras, saturés et insaturés.L’huile d’olive, par exemple, est composée d’environ 70 % d’acide oléique, mais aussi d’acides li-noléique, stéarique, palmitique, etc.Comme le point de fusion de l’acide oléique est de 16 °C, une vinaigrette maison à base d’huile d’olive figera au réfrigérateur, contrairement aux vinaigrettes commerciales conçues de façon à éviter ce problème.« C’est aussi parce que le beurre contient une vaste gamme de triglycérides qu’il s’amollit graduellement plutôt que de fondre à une température donnée, dit Michel Britten, directeur de la section Industrie laitière au Centre de recherche et de développement sur les aliments, à Saint-Hyacinthe.Même à 4 °C (la température du frigo), une partie du gras du beurre est liquide.Cette proportion croît à mesure que la température augmente, et les molécules avec acides gras saturés fondent en dernier.À 40 °C, tout le gras est fondu.» On fabrique le beurre à partir de crème 40 % qu’on baratte jusqu’à ce que les molécules de gras forment des agrégats et se séparent du liquide restant appelé petit-lait.« Vous pouvez faire du beurre chez vous, souligne Michel Britten.Il suffit de battre de la crème suffisamment longtemps.À un certain moment, des fragments solides apparaissent.» Et pourquoi le beurre est-il jaune alors que le lait est blanc ?« Dans le lait, les gouttelettes de gras diffusent la lumière blanche plusieurs fois dans toutes les directions.C’est pourquoi il est blanc.Dans le beurre, le carotène, un pigment jaune dissous dans le gras des gouttelettes, apparaît quand ces dernières sont brisées.» Comme le beurre, la margarine ordinaire contient environ 80 % de graisses, de l’eau, du sel et divers additifs.Mais les graisses utilisées sont des huiles végétales liquides, qui contiennent généralement plus d’acides gras insaturés, et moins de saturés, que les graisses animales.On considère que les graisses végétales sont préférables aux graisses animales pour notre santé.C’est que les graisses animales contiennent du cholestérol, une molécule qui contribue à l’artériosclérose.Sans compter que notre foie fabrique d’autre cholestérol à partir des graisses saturées ! On est donc perdant sur deux tableaux.On comprend donc pourquoi les fabricants de margarine insistent sur le fait que leur produit est fabriqué à partir d’hui- les végétales.Des huiles qui ont été hydrogénées pour leur donner une forme solide.C’est à ce moment que le portrait se gâte un peu.En présence d’hydrogène sous pression et d’un catalyseur, les liaisons doubles des chaînes d’acides gras insaturés se transforment en liaisons simples, et des atomes d’hydrogène se lient aux atomes de carbone auparavant liés par une liaison double.Résultat : la margarine faite, par exemple, « à partir d’huile de soya » en contient très peu puisque la majeure partie de l’huile a été hydrogénée pour obtenir des molécules ressemblant à celles des graisses.Partiellement hydrogénées, les molécules de la margarine sont toutefois moins saturées que les graisses animales, mais tout de même plus saturées que l’huile originale.Pour remédier à cette situation, on peut être tenté par les margarines « non hydrogénées ».Mais attention : elles contiennent généralement une certaine proportion d’huile de palme (environ 10 %), qui contient près de 50 % d’acides gras saturés (les huiles d’olive, de soya et de tournesol en contiennent moins de 15 %).Quant aux margarines légères — plus chères que les margarines ordinaires —, elles contiennent plus de 50 % d’eau ! Les fabricants utilisent souvent de la lécithine et de la gélatine pour stabiliser l’émulsion.Une question se pose : s’il y a moyen d’hydrogéner des acides gras insaturés, ne serait-il pas possible de « déshydrogé-ner » des acides gras saturés, nous permettant de manger du beurre sans remords ?« À ma connaissance, il n’existe pas d’enzyme ou de procédé chimique pouvant effectuer cette opération, dit Michel Britten.Pour le moment, seule la biochimie cellulaire arrive à assembler des acides gras insaturés.» • Dans le prochain numéro casse Les hamburgers, hot dogs, frites et poutines sont-ils des dangers publics ?Oui, pensent plusieurs diététistes.Aux États-Unis, on songe même à en réglementer la consommation, comme on fait avec le tabac.Québec Science ouvre le dossier noir dufast-food.par Catherine Dubé Le point sur ie bogue Coup de sonde dans 10 secteurs névralgiques de la société à propos du bogue de l’an 2000.par Gilbert Bégin et Philippe Chartier Et les paralytiques marcheront Réversible, la paralysie ?De récents progrès en médecine permettent de penser que oui.par Normand Grondin Paranos sous surveillance ¦ Peur de la CIA, du KGB et des Hell’s Angels ?À partir de quand une angoisse devient-elle irrationnelle ?À partir de quel moment en fait-on une maladie ?Incursion dans un monde délirant et troublant : celui de la paranoïa.par Marie-Pier Elie 100 ans de science : 1090-1090 Le dernier épisode de notre feuilleton.Une révolution dans le ciel Jamais un télescope spatial nous en aura autant fait voir.Chaque image qn’Hubble nous a relayée a été assortie de questions d’astrophysique cruciales.Des questions qui restent pour la plupart sans réponse.par Vincent Sicotte I 3 e£efi'fi&££t C MC10I25PD -1 h C ri I?v C yiv.'Civ ÇÇfrÉ se e free& 741S1K PC £&&&&&&( r -¦ NB* Québec Science / Octobre 1999 39 *1 de science ^ Une grande 100 événecients et decouvertes qui ont marque le XZe siècle L'affiche du siècle 100 découvertes et événements marquants du XXe siècle Format : 18 po x 36 po Magnifiques photos couleurs Livrée chez vous en tube postal Seulement 6,95 $ (8,95 $ + taxes pour les non-abonnés) 1 800 667-4444 Montréal : (514) 875-4444 Offre valide jusqu'à épuisement des stocks et des Jeux par Jean-Marie Labrie Jeu n° 71 Le carré de l'Est Coupez la lettre E majuscule ci-dessous en 7 morceaux formant des figures rectilignes connues, puis replacez-les pour former un carré.Jeu n° 72 En moins de deux titr® tek.Avec deux fractions formées des nombres 7, 8, 9 et 10 utilisés une seule fois, trouvez 4 sommes comprises entre 1 et 2.Exemple : 7/8 + 9/10 = 71/40 fiv.L n Il Solutions de septembre «il Jeu n° 69 Un peu d'algèbre ! On a les nombres a et b, où a est supérieur ou égal à b.On peut poser : ab-a/b = 120.Si on décompose en facteurs, on obtient a/b(b2-1) = 120.b2-1 est donc un facteur de 120.En essayant les facteurs de 120, on trouve 5 valeurs pour b : 2 (22-1 = 3), 3 (32-1 = 8), 4 (42-1 = 15), 5 (52-1 = 24), 11 (112-1 = 120).Ce qui donne, comme solutions, les couples de nombres suivants, (a, b) : (80, 2), (45, 3), (32, 4), (25, 5) et (11, 11).%,.«miK Kfc ! ptoiit) Üllii Jeu n° 70 Pêche en famille 2 969 8 969 76 969 + 15 946 104 853 Niveaux de difficulté : débutant : intermédiaire : expert ‘% K, s h 40 Québec Science / Octobre 1999 Chronique n erne PAR PHILIPPE CHARTIER • chartiep@cybersciences.com ie'late Scopitone et autres disparus Sur la voie du progrès technologique, il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus.Que les médias des temps jadis reposent en paix.làt (attf115, i[de,:0' :e/ Connaissez-vous le « théâ-trophone » ?Et le « scopitone » ?Le premier, qui a connu un certain succès au début du siècle, permettait la transmission en direct des spectacles de l’opéra de Paris par téléphone.Quant au second, un hybride du juke-box et du projecteur 16 mm précurseur du vidéoclip, il a connu ses jours de gloire en France durant les années 60.Ces deux spécimens d’une autre époque figurent au panthéon des médias disparus du Dead Media Project (1, 2).Né d’une idée lancée par le cy-berjournaliste Bruce Sterling (3, 4) en 1995, cet inventaire recense les vieux médias au sens large, c’est-à-dire les nombreux moyens de communication et de stockage d’information mis de l’avant au cours des siècles.Des signaux de fumée au format vidéo Betamax, en passant par le mystérieux quipu inca et les réseaux de sifflets, le Dead Media Project constitue l’ébauche d’un « guide pratique à l’usage du paléontologue des communications ».L’objectif : faciliter l’étude de l’évolution des médias en rappelant les succès, mais surtout les cuisants échecs, ainsi que les transitions pas toujours harmonieuses.En plus de jeter un regard nostalgique sur quelques médias trépassés bien connus, comme le télégraphe, le pigeon voyageur, le cylindre de cire, la lanterne magique et le tube pneumatique, le site présente une pléthore d’inventions aux noms étranges et exotiques, tels que le phéna-kistoscope, le téléharmonium, le stéréopticon, le miméogra- phe, le logographe.Ces engins, dont les appellations semblent archaïques et ridicules à nos oreilles modernes, étaient pourtant en leur temps le nec pim ultra de la technologie.Quelques-uns ont survécu, d’autres pas.Certains ont même été injustement déclarés disparus.Par exemple, l’industrie du piano mécanique montrerait encore une certaine vigueur ! Affilié à l’Association américaine d’histoire du journalisme, le Media History Project (5) s’intéresse également aux « anciennes » technologies de l’information.Présentant un contenu plus spécialisé, le site contient des références bibliographiques, une sélection de cours, une liste d’organisations et de revues savantes, etc.C’est également l’endroit idéal pour s’initier au discours des penseurs clés de l’histoire des médias, dont le gourou Marshall McLuhan et Vannevar Bush, l’inventeur de l’hypertexte.En plus de témoigner de l’in- CyberRessources (1) The Dead Media Project griffin.multimedia.edu/~deadmedia/frame.html (2) Dead Media Working Notes www.islandnet.com/~ianc/dm/dm.html (3) Discours de Bruce Sterling griffin.multimedia.edu/~deadmedia/speech.htm (4) The Dead Media Manifesto griffin.multimedia.edu/~deadmedia/manifest.htm (5) Media History Project www.mediahistory.com/ (6) Répertoire d’émulateurs dir.yahoo.com/Computers_andJnternet/Software/Emulation/ géniosité humaine, l’histoire des médias disparus permet aussi de constater que leur apparition et leur extinction ne sont pas régies par une sorte de « sélection naturelle », où seuls les plus forts et les mieux adaptés sumvent.Le cinéma actuel, par exemple, aurait éliminé de nombreux concurrents — dont le kinétophone, le chrono-phone, le synchronoscope, le movietone, le phonofilm, le gra-phonoscope et le vitaphone —, tout aussi efficaces mais simplement malchanceux.La défaite du format vidéo Betamax, techniquement supérieur à son rival VHS, figure également parmi les cas d’école.Force est de constater qu’il n’est pas nécessaire d’être bien vieux pour tomber en désuétude.L’informatique regorge d’espèces éteintes prématurément.Dans les rangs des ordis, nombreux sont les Amiga, Commodore, ZX-80, Hyperion et autres Intertek Superbrain décédés sans laisser de descendance.(Si cela vous amuse, vous pouvez les faire revivre grâce à des « émulateurs » (6) qui recréent, sur votre PC ou votre Mac, ces vétustes machines.) Sans compter tous les logiciels et langages informatiques qui ont passé l’arme à gauche.On héberge tous des espèces en voie de disparition.Qui aura encore besoin d’une disquette dans quelques mois ?Et le Digital Versatile Disk (DVD) n’annonce-t-il pas la mort du cédérom et de la cassette VHS ?Un jour, les QuickTime, CU-SeeMe, mp3 et autres outils révolutionnaires de notre époque prendront eux aussi le chemin du cimetière.• Québec Science / Octobre 1999 41 Science et culture Frankenstein à l'épicerie Le débat autour des organismes génétiquement modifiés (on dit aussi OGM) cause beaucoup de remous en Europe.Ici, il se limite à quelques cercles d’initiés.Les Nord-Américains cultivent et mangent dans la presque indifférence (faut-il s’en désoler ?) maïs, pommes de terre et tomates transgéniques.C’est-à-dire du maïs auquel on a in- Bgm mm séré des gènes de luciole et de scorpion, des pommes de terre comptant des gènes de poulet, des tomates dont l’ADN contient des gènes humains.Et la liste des aliments modifiés s’allonge de jour en jour.Cette révolution dans l’alimentation n’est pas sans risques, affirme Arnaud Apoteker, un docteur en biologie actif au sein du programme « biodiversité » du groupe Greenpeace.Selon lui, il faut carrément parler de pollution génétique, d’autant plus que l’on saisit encore très mal les conséquences de ces OGM.« Les organismes transgéniques sont des espèces nouvelles dans tous les écosystèmes où l’on veut les introduire.Créés en laboratoire, ils n’ont 42 Québec Science / Octobre 1999 pas coévolué avec les autres espèces de ces écosystèmes et ils n’ont pas de prédateurs naturels.Ils peuvent se comporter de manière imprévisible une fois replacés dans l’environnement, comme le font certains organismes exotiques dans un nouvel environnement », écrit-il.Un pamphlet anti-OGM ?Non : un essai scientifique que l’on peut aussi qualifier d’engagé.Comment en serait-il autrement sous la plume de cet auteur qui soutient que le génie génétique « pourrait bien pousser l’homme à oublier sa propre humanité pour en arriver à croire qu’il n’est qu’un simple assemblage de gènes pouvant être modifiés au gré du progrès ».Du poisson dans les fraises, par Arnaud Apoteker.Éditions La Découverte, Paris, 1999, 230 p„ 29,95 $.U NC AUTRE HISTOIRE DE LESRACE / I L’appel du cosmos BpBftga ALAIN DUPAS iF ‘ l’espace.Avec l’iconographie chatoyante que l’on associe à la collection Découvertes éditée chez Gallimard, ce petit ouvrage brosse la saga ambiguë, plusieurs fois millénaire, de l’homme qui tente de comprendre les astres et les étoiles.Jusqu’à ce que l’on réussisse l’impensable : un vol spatial.Le deuxième tome rappellera la conquête de l’espace de ces dernières décennies avec, en arrière-plan, la rivalité entre les États-Unis et l’URSS.Le dernier tome sera consacré à l’avenir des missions spatiales.Un livre qui accompagne très bien l’exposition « Cosmos » actuellement à l’affiche au Musée des beaux-arts de Montréal.L'appel du cosmos, une autre histoire de l'espace, par Alain Dupas.Éditions Gallimard, Paris, 1999, 130 p., 22,95 $.À Tagenda À Québec 2001 av.J.-C.L'odyssée de l'espace Avec « Le béton : un patrimoine ?», le Centre d'interprétation de la vie urbaine de la Ville de Québec ose une redécouverte de ce matériau emblématique du XXe siècle.S'il a mauvaise réputation, il possède aussi de nombreuses vertus qui nous permettent les réalisations architecturales les plus audacieuses.L'exposition, organisée en collaboration avec Quelle histoire ! Ce premier tome d’une trilogie rappelle à quel point la relation des hommes et des sociétés avec l’inconnu et l’Univers a été changeante et complexe.D’abord domaine des dieux, ensuite voûte céleste bien cimentée au-dessus des têtes terriennes, l’espace a fabuleusement mystifié les hommes.Au point de provoquer disputes et déchirements sur la question de la place de notre Terre (ronde, plate ou ovale) dans COSMOS L'ART A LA l'Université Laval, l'Université de Sherbrooke et la Chambre blanche, le rappelle bien.Jusqu'en septembre 2000.Entrée : adultes, 3 $; aînés et étudiants, 2 $.Info : (418) 691-4606.À Montréal En même temps que se déroule le 71e congrès de l'Association des médecins de langue française du Canada, se tient au Complexe Desjardins une exposition sur le cerveau et la neurologie.Le public est invité à tester sa mémoire, à mesurer ses connaissances des maladies cérébrales et à se familiariser avec les techniques d'imagerie médicale qui permettent d'étudier le fonctionnement du cerveau.C'est gratuit, et l'événement se tient les 14, 15 et 16 octobre, de 9 h 30 à 21 h.¦ Quelques semaines encore pour voir l'exposition Cosmos : du romantisme à l'avant-garde au Musée des beaux-Arts de Montréal.Une belle rencontre de l'art moderne avec la science.On constate à quel point les découvertes de l'astronomie ont puissamment inspiré des peintres comme Van Gogh, Delaunay, Mirô et Calder.Jusqu'au 17 octobre.Entrée : adultes, 12 $; aînés et CONQUÊTE OE L'INFINI étudiants, 6 $.17 JUIN-Il OCTOIIt l!»f ‘(«pm- ite Jetts ntt, tu ittÉ ISS,Le artà '«(S' :kta« tsJt S,U«Î l'espace, Quebec Science vous offre le cadeau du siècle ! Abonnez-vous à Québec Science et vous recevrez gratuitement le magnifique album souvenir 100 ans de science ! • 100 pages de chronologies, de portraits, d'entrevues avec des scientifiques et d'articles sur les grandes réalisations, événements et découvertes qui ont marqué le XXe siècle • Une réédition complète de la série « 100 ans de science » présentée en 10 épisodes dans le magazine Québec Science en 1999 • En plus, des articles, des photos et des informations inédites ! Un prestigieux album que vous conserverez avec plaisir ! Québec Science, le magazine de ia découverte • Des textes fouillés, des références pratiques, une grande variété de sujets, des informations fiables, des articles bien documentés • Lu en moyenne par 200 000 personnes* • 10 numéros par année Statmédia - printemps 1998 l'qihiun souvejw if Une rétrospective des événements et découvertes qui ont marqué le XXe siècle i rtLLbt________ - K u£tla LE MAGAZINE #ü' , l’art • .ouf ie"%.' Ja* f' ft /si Je m’abonne et je reçois ïice l’album 100 ans de science* | | 1 an (10 rr) 35,95 $+taxes: 41,35$ HH 2 ans (20 n“) 61,95 $ + taxes : 71,26 S C] 3 ans (30 n”) 85,95 $ + taxes : 98,97 $ Offre valide au Canada jusqu'au 31 décembre 1999 ’Expédié aux abonnés en novembre 1999 Détachez et expédiez à Québec Science Service des abonnements, 525, rue Louis-Pasteur Boucherville (Québec) J4B 8E7 Tél.: (514) 875-4444 ou 1 800 667-4444 Téléc.: (514) 523-4444 Courriel : AQcourrier@abonnement.qc.ca Numéro d'enregistrement de la TPS : R-1335-97427 Numéro d’enregistrement de la TVQ : 1013609086 Nom Prénom Adresse n° me app.ville province code postal Profession téléphone Ci-joint mon paiement : \^\ Chèque [^] Visa Chèque à l’ordre de Québec Science i MasterCard N° de carte Date d'expiration / Signature a Québec Science/Octobre 1999 43 It diversité d1 ^tawa forme aujourd'hui les leaders de L'Université d'Ottawa est une université à forte vocation de recherche et d'enseignement.Pour répondre aux besoins de la société dans le nouveau millénaire, elle a identifié quatre grands axes de développement : • les études canadiennes • le domaine de la santé • la technologie de l'information • les sciences moléculaires Promouvoir l'excellence dans ces axes de développement est la clef de notre réussite.Cette initiative reflète notre désir de prendre les devants dans les nouveaux secteurs prioritaires et de mettre nos forces à profit.Cs © La Faculté des sciences, reconnue pour son excellence en recherche et en enseignement, offre de nouveaux programmes multidisciplinaires en sciences biopharmaceutiques et en sciences environnementales.Ces programmes de premier cycle sont appuyés par la création du nouveau Centre de recherche en biopharmaceutique et de l'Institut de l'environnement.Tous les programmes d'études de premier cycle comportent l'option COOP.2*.- H © La Faculté de génie est à la fine pointe de la science et de la technologie et offre des programmes d'études axés sur les besoins de l'industrie.L'École d'ingénierie et de technologie de l'information (ÉITI), un centre de recherche et de formation avancée, offre un nouveau programme en génie logiciel, le premier du genre au Canada.Ce programme met l'accent sur les télécommunications et l'administration des affaires.La Faculté de médecine est une des plus réputées au Canada.Ses programmes de premier et deuxième cycles tiennent compte des nouvelles technologies et disciplines qui se concrétisent.Afin de répondre à la demande de personnel spécialisé dans le secteur de la santé, de nouveaux programmes de formation ont été créés dans les domaines suivants : santé de la population, neurosciences, génétique moléculaire et humain exceptionnel déniait BOURSES DES AXES DE DEVELOPPEMENT Des bourses pour les étudiants de 2e et 3e cycles et les chercheurs /rostdoctoraux sont disponibles pour ceux et celles qui désirent poursuivre leur carrière dans les domaines connexes aux axes de développement.Pour savoir si vous êtes admissible à l'une de ces prestigieuses bourses, visitez notre site Web : http://www.uottawa.ca/academic/grad-etudesup/af/dad.htm PROGRAMMES D'ETUDES SUPÉRIEURES Administration des affaire Administration des affaire internationales Anatomie et neurobiologi Audiologie et orthophoni' Biochimie Biologie Chimie Criminologie Droit Droit canonique English Épidémiologie Espagnol Études anciennes Études canadiennes Études des femmes Génie chimique Génie civil Génie de l'environnemen Génie électrique Génie mécanique Géographie Gestion des services de santé Gestion en ingénierie Histoire Informatique Langue et littérature russ Lettres françaises Linguistique Mathématiques et statistique Microbiologie-lmmunoloç Musique Neuroscience Pharmacologie Philosophie Physiologie Physique Psychologie Science des systèmes Science économique Science politique Sciences de l'éducatior Sciences de la mission Sciences de la Terre Sciences de l'activité physique Sciences infirmières Sciences pastorales Sciences religieuses Service social Sociologie Théologie Toxicologie chimique e environnementale Traduction et interprétât http://www.uottaw; | 1980-1989 Les années de la grande vitesse Des découvertes ?Des crises aussi.Les sinistres épisodes de Bhopal, de Tchernobyl et de Challenger révèlent la fragilité des rêves techno-industriels.Mais si la science s’efforce maintenant de mesurer les risques du progrès, elle s’évertue également à réparer les dégâts.Très vite.Jamais les réponses à des problèmes n’auront été aussi rapides.Et ce, peu importe le domaine.Par exemple, en environnement, il a fallu seulement quelques années pour rallier la plupart des pays autour d’un traité de sauvegarde de la couche d’ozone.En santé, on n’a pris que bien peu de temps pour isoler un virus - le YIH - dont on ne connaissait strictement rien au moment où on signalait les premiers cas.Et, dans ce contexte de recherche en accéléré, les percées fulgurantes de la génétique ne sont pas en reste.Aucun doute : le développement de la science est passé à la vitesse supérieure.5684 Novembre 1978.Un homme de 34 ans, cadavérique, fiévreux, infecté par des germes inhabituels et dépourvu de globules blancs, est transféré d’Haïti à 1’Hôtel-Dieu de Montréal.Le docteur Richard Morisset, qui l’examine, est incapable de poser un diagnostic, sinon qu’il est atteint d’un déficit immunitaire.Le malade meurt deux ans plus tard, en Haïti, sans qu’on sache vraiment pourquoi.C’était, on ne le saura que plus tard, le premier cas de sida identifié en Amérique du Nord.Le premier d’une longue série.1980.En trois mois à peine, le docteur Paul Weisner, à San Francisco, traite cinq jeunes homosexuels sans défense devant un mal inconnu.En peu de temps, ils développent une affection pulmonaire rarissime, la pneumocystose.La même année, à New York, un médecin note un accroissement anormal du nombre de jeunes homosexuels atteints du sarcome de Kaposi, une tumeur de la peau très rare.Le Center for Disease Control (CDC), le plus grand centre épidémiologique américain à Atlanta, est mis en état d’alerte.Et les médecins se perdent en conjectures.Lors d’un congrès à Seattle en 1980, Paul Weisner rencontre Richard Morisset avec qui il discute de ces étranges patients.« En étudiant minutieusement chaque cas, nous nous sommes aperçus que, sur les 15 Américains connus et La peste du siècle Derrière la terrible épidémie de sida se profile toute l’efficacité de la médecine moderne : en moins de 10 ans, on a identifié le virus, compris son fonctionnement et mis au point les premiers médicaments.Un exploit.par Emmanuelle Bergeron atteints de cette maladie, 14 avaient un partenaire commun : un agent de bord d’Air Canada basé à Montréal.» Or, le docteur Morisset l’avait déjà traité.Le cas de cet homme, qui a probablement introduit le virus en Amérique, a grandement aidé à décrire l’histoire de l’épidémie aux États-Unis et au Canada.La rumeur s’empare vite de ce « cancer gai », affectant une communauté qui se bat depuis 10 ans pour la reconnaissance de ses droits.On croit d’abord la maladie associée aux poppers, une drogue que consomment certains homosexuels, mais les médecins se rendent vite compte que l’agent pathogène se contracte par voie sexuelle ou sanguine.Août 1982.On dénombre dans le monde plus de 500 cas de cette nouvelle maladie qu’on appelle maintenant « sida » pour syndrome d’immunodéficience acquise.Mais, contrairement à ce que l’on croyait, l’épidémie ne se limite pas aux « quatre H » (homosexuels, Haïtiens, héroïnomanes et hémophiles) : les hétérosexuels ne sont pas à l’abri, ni les nourrissons, qui contractent la maladie de leur mère.V A Montréal, les spécialistes des maladies transmises sexuellement rassemblent tous les cas cités dans la littérature médicale s’apparentant au sida.« Nous voulions sensibiliser les hôpitaux universitaires à l’existence de cette maladie contagieuse, indique le docteur Morisset.Les documents issus de cette initiative, qui deviendra plus tard le Comité Sida Montréal, ont été très utiles pour décrire la maladie.» À la même époque, Robert Gallo, un scientifique reconnu de l’Institut national de la santé à Bethesda près de Washington, publie un article sur le premier rétrovirus humain : le HTLV (Human T Lymphotropic Virus), détecté sur des Noirs américains atteints de leucémies affectant la peau.Alors que les virus classiques, comme ceux de la polio ou de la variole, détruisent les cellules et causent immédiatement la maladie, les rétrovirus, constitués d’ARN plutôt que d’ADN, ont une stratégie diabolique : ils pénètrent en douceur au cœur des 46 Québec Science / Octobre 1999 la nié-i> «on iil, cellules et s’immiscent dans leur patrimoine génétique en piratant leurs défenses.En se reproduisant, les cellules ainsi colonisées multiplient du même coup le virus.Gallo avance donc l’hypothèse audacieuse que le HTLV serait responsable du sida.Pendant ce temps en France, à l’Institut Pasteur, le docteur Luc Montagnier travaille sans succès sur un autre rétrovirus, le croyant impliqué dans le cancer du sein.Selon lui, les Américains, malgré leurs énormes moyens financiers, ne parviennent pas à isoler le virus du sida, car ils le cherchent dans le sang de patients qui en sont au stade terminal de la maladie.Il traque donc le virus à un moment plus précoce, alors qu’il provoque l'inflammation des ganglions et la prolifération des lymphocytes.Janvier 1983.L’équipe du docteur Montagnier met en culture des lymphocytes provenant d’une infection récente.La chance aidant, la première expérience est la bonne.Après 15 jours, la chercheuse Françoise Barré-Sinoussi détecte dans les cul- ' ^ ¦ i ait* (#f vaille le LAV (Lymphadeno-pathy Associated Virus) et publient leurs résultats dans la revue Science en mai 1983.Ils déposent aussitôt un brevet sur le test de dépistage, basé sur la reconnaissance des anticorps dirigés contre le virus du sida.Puis, un an plus tard, alors que les deux équipes entretenaient des liens étroits, Gallo et son groupe isolent à leur tour le virus du sida, qu’ils baptisent HTLV-III.L’article qu’ils publient dans Science montre une photo qui ressemble à s’y méprendre à celle de l’Institut Pasteur.Pire, l’étude du séquençage du LAV et du HTLV-III révélera plus tard que les deux virus sont identiques, alors qu’aucune souche ne peut être semblable.Y a-t-il eu fraude ?L’équipe américaine aurait-elle utilisé les échantillons de Luc Montagnier pour publier ?Le doute plane.C’est tout de même le test de dépistage de Gallo que les autorités américaines retiennent, alors que le dossier de l’équipe française dort encore sur les tablettes de l’Office des brevets.S’engage alors une ba- 5# II#1 11»* .;,i/ Luc Montagnier.En isolant le virus, de dépistage du VIH.Il tures les traces de l’enzyme | transcriptase inverse, caracté-I ristique des rétrovirus.Au mi-r croscope, Luc Montagnier |j observe une image qui ne res-j semble en rien au HTLV de ! Robert Gallo.Les chercheurs (français baptisent leur trou- il permettra la création de tests taille juridique pour la reconnaissance de la paternité de la découverte du virus du sida.L’enjeu est de taille : non seulement la gloire d’un éventuel prix Nobel, mais surtout des centaines de millions de dollars liés aux tests de dépistage.{Uhhmi ‘IV, I LES ANNÉES 1980-1989 1980 Souris transgénique.Mickey se fait implanter un gène d'une autre souris.A mutant, mutant et demi : l'année suivante, on lui en glisse un provenant de l'ADN d'une autre espèce animale, celui d'un rat.Cousteau sur le fleuve.Le commandant découvre le Saint-Laurent.Son documentaire laisse perplexes bien des biologistes et des connaisseurs du grand fleuve.Science ou spectacle ?Extinction de masse.On trouve, au Mexique, les traces d'une météorite qui aurait jadis percuté la Terre et causé l'extinction de la plupart des espèces vivantes du Crétacé, dont les dinosaures.1981 Sida.Le Center for Disease Control, aux Etats-Unis, reconnaît l'existence d'un syndrome immunitaire de déficience acquise (SIDA).Le sinistre rétrovirus sera formellement identifié en 1983.Navette spatiale Columbia.La NASA se met au recyclage.C'est le premier vaisseau spatial que l'on peut récupérer.Système DOS.IBM introduit l'ordinateur pour tous.Réchauffement climatique.L'Organisation météorologique mondiale reçoit un premier avis scientifique associant l'augmentation de CO2 dans l'atmosphère et l'accroissement de la température planétaire.Patience dans l'azur.Un best-seller en science ?C'est possible.La preuve est faite par l'astrophysicien Hubert Reeves.Guichets automatiques.Des machines remplacent les caissières des banques et effectuent retraits, dépôts et mises à jour des comptes.Au Québec, cette révolution commence au Complexe Desjardins.aw 1982 Insuline bio.Une bactérie est mise à contribution pour fabriquer cette hormone humaine.C'est le premier produit du génie génétique.Greffe de cœur artificiel.Nom : Jarvik 7.Le patient receveur arrachera 1 1 2 jours à l'éternité.Disque compact.Il est lancé au Japon.Les 33 et 45 tours sont condamnés.1983 Mac et sa souris.Le couple de la décennie ?Ensemble, ils révolutionnent le monde de l'informatique.Aspartame.Un succédané du sucre est introduit dans les boissons gazeuses.La vague des Coke Diet et des Seven Up Diet déferle.Qui a dit que les Américains ne se souciaient pas de leur ligne ?mu Québec Science / Octobre 1999 47 LES ANNÉES 1980-1989 1983 Un arbre généalogique commun.La biologie moléculaire marche sur les talons des paléontologues.Les chercheurs remarquent que les ADN du chimpanzé, du gorille et de l'homme sont très semblables.En fait, ils se seraient différenciés il y a tout au plus six millions d'années.Planète en gestation.L'œil du satellite IRAS relaye une image inusitée : celle d'une planète en train de naître.Le spectacle a lieu autour d'une étoile.La chasse aux planètes localisées en dehors du système solaire est ouverte.1984 Empreinte génétique.Chaque individu porte un bagage génétique distinct qu'il consigne dans chacune de ses cellules.Ce qui incite un chercheur de la Californie à élaborer une méthode d'identification à partir de cet ADN, ouvrant de nouvelles perspectives à la lutte contre le crime.Scotland Yard l'emploiera dès 1 986.In vivo.Au Colorado, on procède à la première intervention chirurgicale sur un fœtus.Bhopal.Fuite de gaz toxique dans une usine de pesticides en Inde.Une tragédie industrielle sans pareille : un millier de morts et plus d'une dizaine de milliers de blessés qui resteront pour la plupart aveugles.Quagga.On veut la peau de cette sorte de petit zèbre, même s'il est disparu.Les généticiens clonent un gène d'une cellule épidermique.La science au service de l'industrie du tapis.Premier Canadien dans l'espace.Il s'appelle Marc Garneau.D'une durée de huit jours, sa mission permettra notamment de savoir comment ravitailler un satellite en orbite.1985 Trou dans l'ozone.Des chercheurs britanniques détectent, au-dessus de l'Antarctique, un trou dans le bouclier anti-UV de la planète.Ligne ouverte.Des ingénieurs des laboratoires d'AT&T Bell trouvent le moyen d'envoyer 300 000 conversations téléphoniques simultanément sur un seul fil.La fibre optique révèle tout son potentiel.1986 Explosion de Challenger.Soixante-treize secondes après son décollage, la navette Challenger explose.La NASA prendra plusieurs années à s'en remettre.Tchernobyl.Le réacteur n° 4 d'une centrale nu- % cléaire en Ukraine s'affole.L'intense chaleur fait fondre une partie du cœur du réacteur, et l'accident cause la fuite d'un nuage radioactif d'une ampleur inégalée.L'Organisation mondiale de la santé estimera à cinq millions le nombre d'habitants des environs qui ont été affectés par les rejets.Un bilan détaillé du ministère de la Santé de l'Ukraine fera état, en 1995, de 8 000 décès attribuables à cette catastrophe, le plus grave accident de l'histoire du nucléaire civil.iiiim Mai 1986.Un comité international trouve un compromis et baptise le virus du sida VIH (Virus d’immunodéficience Humaine).Mais le conflit sur la paternité du viras ne connaîtra une issue qu’en 1994 quand la Aids Foundation américaine reconnaîtra les travaux de Luc Montagnier et partagera les bénéfices de la vente des tests entre les Américains et les Français.Toujours en 1986, l’équipe de Luc Montagnier isole un second viras du sida à partir de cellules de patients provenant de l’Ouest africain.Les deux souches, HIV-I et HIV-2, Dans l’histoire de la médecine, aucune autre maladie n’a bénéficié d’investissements en recherche aussi massifs.Jamais autant de connaissances fondamentales, cliniques et pratiques n’ont été accumulées en un si bref laps de temps.« Au cours des premières années qui ont suivi la publication des découvertes de Montagnier et de Gallo, les recherches se sont orientées vers la description du viras », raconte Michel J.Tremblay, chercheur au Centre de recherche en infectiologie de Québec, qui commençait un doctorat sur le sujet en 1986.250 mg Retrovir /,d(mjd'nclw MEXIQUE ! Belize Guatemala ilaififé uienitJf (juiti" « ! -èrf jieilii iiiiuleJ» oit.^ ifolf® liJlf* ei# ail fur- it a»" èiCk» - 1 ¦inu - •*' 1 iùi| ! Penfield, identifieront coitcc-tement le cratère.Mais en raison des règles de confidentialité de l’entreprise, leur découverte restera dans l’ombre.jusqu’à ce que William Boynton et Alan Hildebrand, deux géologues de l’université de l’Arizona, remontent la piste jusqu’au cratère de Chicxulub, du nom du village maya implanté à proximité.Depuis, l’hypothèse de la collision semble jouir d’un assez large consensus dans la communauté scientifique.Elle a ouvert une brèche dans l’enseignement « gradua-liste » traditionnel de la géologie, et les catastrophes sont maintenant mieux acceptées.En biologie, les règles du jeu sont aussi en partie changées : la catastrophe peut parfois détraquer la belle machine évolutive.Selon nombi'e de paléontologues, dont Stephen J.Gould, sans cette collision fatidique pour annuler d’un trait 150 millions d’années de sélection naturelle en faveur des dinosaures, les mammifères seraient probablement restés dans l’ombre et Homo sapiens sapiens n’aurait jamais vu le jour.C’est la supériorité des mammifères qui en prend pour son rhume ! Mais beaucoup d’aspects du drame du Crétacé devront encore être éclaircis.Ainsi, pourquoi les crocodiles, tortues, poissons, oiseaux et am-phibiens, tout aussi susceptibles d’être affectés que les dinosaures, ont-ils survécu ?Mystère.Tout comme les mammifères, leur petite taille et leur plus grand nombre ont peut-être simplement augmenté leurs chances de survie.L’influence du volcanisme est aussi une énigme.Pour certains paléontologues, dont Dewey McLean, de Virginia Tech, et Chuck Officer, de Dartmouth, une activité volcanique particulièrement intense à cette époque aurait libéré d’énormes quantités de C02 et de poussière dans l’atmosphère, déclenchant un dérèglement climatique fatal.L’extinction a-t-elle commencé bien avant la collision ?L’impact a-t-il simplement été le coup de grâce ?Il reste aussi à expliquer les autres extinctions massives de l’histoire de la Terre.Certaines semblent correspondre à des impacts ou à un sursaut d’activité volcanique, d’autres pas du tout.Bref, du pain sur la planche pour les géologues-détectives.Malheureusement, les seuls témoins sont rares et, c’est le cas de le dire, muets comme des pierres.• Pour en savoir plus La fin tragique des dinosaures, par Walter Alvarez.Hachette littératures, 1998, 235 p.The Rex Files - Dossier spécial du New Scientist rexfiles.newscientist.com/nsplus/ insight/rexfiles/rexfiles.html Matières recomposées Dans les années 80, les matériaux composites ont conquis les domaines des transports, des loisirs, des armements et des travaux publics.La ville de Saint-Jérôme s'en est fait une spécialité.par Stéphane Batigne Pionnière de la colonisation des Laurentides à la glorieuse époque du curé Labelle, la ville de Saint-Jérôme, au nord de Montréal, s'est à nouveau occupée de développement, technologique cette fois, au cours des années 80.Tout d'abord avec la création d'un DEC Matériaux composites au Cégep de Saint-Jérôme, puis avec celle du Centre des matériaux composites (CMC), un organisme sans but lucratif (racheté en janvier 1999 par la compagnie Vézina Composites) spécialisé en recherche et développement dans ce domaine très pointu.Les matériaux composites ?Ce sont des assemblages de résines (comme l'époxy) et de fibres (de verre, de carbone ou aramides), dont la légèreté et la résistance dépassent de très loin les performances des matériaux traditionnels.Mis au point initialement pour l'industrie aérospatiale (le légendaire Kevlar date des années 60), les composites ont progressivement gagné la plupart des secteurs d'activité, si bien qu'au-jourd'hui nous vivons constamment à leur contact, parfois sans le savoir.Bâtons de hockey, fuselages d'avion, cadres de vélo, coques de motoneige, habitacles d'autobus, casques militaires, pour ne citer que ces quelques exemples, sont désormais tributaires de cette technologie.Vu de l'extérieur, le CMC de Saint-Jérôme n'a rien d'un laboratoire high tech.Hébergé dans une anonyme bâtisse en briques, coincé entre la cathédrale et l'ancienne gare, il s'est pourtant forgé une expertise mondialement reconnue en matière de composites.General Motors lui a confié le développement de certains éléments de ses nouvelles locomotives, l'armée canadienne fait appel à lui pour maximiser la résistance à la corrosion de ses avions de combats CF-1 8 et les cadres de vélos de montagne d'une compagnie portugaise y ont été conçus.Si le CMC n'effectue pas de production à grande échelle, toute la chaîne d'études technico-économiques, de recherche des matériaux, de tests de résistance (thermique et mécanique) et de fabrication de prototypes y est en revanche assurée.Son secret ?La symbiose entre ingénieurs et techniciens.Au premier étage : les bureaux d'études où sont élaborées les combinaisons de matériaux; au rez-de-chaussée : les tests et les ateliers de production par moulage, pression ou cuisson.Une forme humaine de composites, en somme.• Centre des matériaux composites, 2 16, rue de la Gare, Saint-Jérôme.Tél.: (450) 436-1685.Québec Science / Octobre 1999 53 Une rumeur persistante veut que ce soit Pierre Elliott Trudeau, alors en fonction, qui ait suggéré à Jacques Cousteau le projet d’un film documentaire sur le Saint-Laurent.Après tout, quiconque s’intéresse aux grandes eaux du globe devrait apprécier la majesté de notre cours d’eau national.Ajoutons tout de suite que la diffusion planétaire des documentaires signés Cousteau offrait au Canada une occasion exceptionnelle de publicité touristique.Le gouvernement se montra donc généreux : toutes les autorisations furent accordées, et l’Office national du fdm du Canada fournit une partie importante de l’équipe technique.Que cette rumeur soit ou non fondée, les entreprises Cousteau complétèrent en 1982 un documentaire intitulé Du grand large aux grands lacs qui fut diffusé dans le contexte prestigieux des Beaux Dimanches de la Société Radio-Canada.Le film est exemplaire.Affirmant vouloir remonter le fleuve dans le sillon de Jacques Cartier, l’équipage de la Calypso rencontre d’abord des membres de la tribu des « Mingans », chez qui le commandant Cousteau arrive en hélicoptère, « tel un personnage mythique » venu du ciel.Le commentaire identifie comme « chef » le plus photogénique des Amérindiens et Objets communs La vraie nature de Cousteau Et l’illusion devint objet commun, par Bernard Arcand précise que ces gens parlent un « français archaïque » hérité des premiers colons.Plus loin, à l’aide d’un « sonar à balayage latéral », les hommes de Cousteau « découvrent » l’épave de YEmpress of Ireland, sans dire un mot toutefois sur la popularité du site auprès des plongeurs du Québec et sans visiter le musée consacré à cette tragédie.Puis, on apprend que le Saguenay marque la limite des marées sur le Saint-Laurent.Ensuite, suspense oblige, on nous montre la Calypso presque emprisonnée par les glaces du début de l’hiver (une menace que n’importe quel brise-glace aurait vite fait d’écarter).Ailleurs, la plongée sous la glace est décrite comme une courageuse première.sans parler des équipes de la SQ habituées à récupérer cadavres et carcasses en plein hiver.Enfin, on peut voir une partie de l’équipe voyager sur terre dans un véhicule d’allure militaire afin de surmonter tempêtes féroces et bancs de neige sauvages pour finalement atteindre.Sainte-Anne-de-la-Pérade, où des « dizaines de milliers de Canadiens français » se rendent chaque année pour pêcher les « poissons de Noël » et polluer la rivière (alors qu’il suffisait d’emprunter l’autoroute 40 admirablement entretenue par le ministère des Transports).Dans la même veine, le film fournit un nombre impressionnant de faux constats, d’affirmations imprécises et de stéréotypes gratuits.Et tout cela présenté au Québec, sur les rives du Saint-Laurent, et à une heure de grande écoute.W Quelques rares téléspectateurs outrés ont protesté contre tant de bêtises, mais sans autre réaction : le premier ministre ne s’est pas levé en Chambre pour blâmer un subalterne, et l’ONF n’a pas renié le documentaire.Pourquoi ?Parce que Cousteau porte une tuque rouge et représente l’Académie française, une icône culturelle, un guide spirituel de la connaissance de la nature et un champion de la lutte pour la conservation de l’environnement.Parce que les colonies ont l’habitude de leur image fabriquée en métropole.Parce que les gens d’ici, habitués des autoroutes depuis une génération et demie, ne savent plus du fleuve que les brefs hiatus traversés par un pont aux deux extrémités de la route qui sépare Québec de Montréal.Parce qu’il faut avoir confiance dans la télévision.Le documentaire scientifique n’est pas une invention des années 80.Mais il y eut alors multiplication des chaînes de télévision et, donc, du nombre d’heures de diffusion à assurer.Face à l’urgence et à l’ampleur des besoins, il devenait plus commode et même admissible de proposer n’importe quoi.Le facile, l’incomplet, le stéréotype et le mensonger devinrent objets communs.On aurait dit autrefois du film de Cousteau qu’il est passé « comme lettre à la poste » ou « comme un couteau dans du beurre ».On peut désormais ajouter « comme un documentaire à la télévision ».• i i' 54 Québec Science / Octobre 1999 M" ' «8 M?Bg
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