Québec science, 1 janvier 1999, Novembre
luébec Superman marchera-t-il ?Ul NQ Volume 38, numéro 3 Novembre 1999,4,35 $ Q> j Le point sur le bogue La p'tite vie de Cro-Magnon •0 73333 01994 9 1 uv.cybersciences.com 100 ans de science WWW, Hubble et Viagra En couverture Faut-il bannir McDo?v A vrai dire, jamais cette bouffe n’a été au-dessus de tout soupçon.Les nutritionnistes le répètent depuis longtemps : chaque portion de frites, c’est un peu plus de cholestérol sur les parois des artères, chaque hamburger est un coup de poing à l’estomac et chaque boisson gazeuse, un pas vers l’embonpoint.On le sait.Mais on en mange quand même.Ce que notre collaboratrice Catherine Dubé a colligé à propos de cette alimentation est accablant.Pourtant, cette cuisine dangereuse bénéficie d’une acceptation sociale tacite et pour le moins énigmatique.La société entière serait-elle donc tombée dans la graisse à patates frites quand elle était petite ?C’est peut-être le cas.Cette bouffe a été concoctée et mise en marché à la fin des années 40.Il s’agissait d’une restauration facile, sans façon et relativement économique.Ce qui devait changer de la soupe à l’eau et aux pommes de terre, mauvais souvenir de la crise économique.Deux générations plus tard, elle est parfaitement incrustée dans notre mode de vie.On a beau suggérer des recettes et conseils santé pour remplacer cette alimentation de l’après-guerre, rien n’y fait.Même une diététiste a confié à notre journaliste qu’elle amenait sa fille chez McDo de temps en temps.Ce que Ronald, le colonel Sanders et l’ours A&W ont réussi (en plus de bâtir un gigantesque empire), c’est de libérer les repas de ses contraintes, de ses attentes entre les services, de ses manières à la table et des services à part pour les marmots.« Le repas ne devrait pas être une contrainte pour personne, notait d’ailleurs un chef cuisinier dans la revue de gastronomie Gault Millau.Les mômes, ils ont le goût de manger sans être coincés.» Une évidence que Ronald et sa suite ont vite comprise.À quand la grande bataille « anti-fast-food » - qui serait fort justifiée d’un point de vue de santé publique ?Ne commencerait-elle pas en éduquant les enfants à goûter autre chose que le sucré et le salé ?Et en proposant des repas sains aussi peu compliqués que ceux des restaurants-minutes ?Il y a fort à parier que le bon goût et la saine alimentation peuvent très bien se vendre et se mettre en marché.Même Ronald doit y songer : avec l’âge, ses artères commencent à se bloquer, son estomac lui brûle, et il a du mal à dissimuler ses borborygmes.Ce qui n’est pas un très bon exemple pour les enfants ! Raymond Lemieux Superman marchera-MI ?Science & Pire que vous ne le pensiez ! m le bogue Actualités D La seconde vie d'un ministère Le Québec a (enfin) un ministère de la Recherche, des Sciences et de la Technologie.C’est un ministre aguerri qui en pris les commandes : Jean Rochon.par Raymond Lemieux 8 Le troisième œil Les aveugles sont des sur- doués de l’orientation.Grâce à leur ouïe.par Sophie Payeur 10 Deux temps trois mouvements L'épisiotomie en question 12 Planète ADN Retour vers le futur par Jean-Pierre Rogel '•?- Chroniques 30 Dimension cachée Justes mesures par Raynald Pepin 40 Jeux par Jean-Marie Labrie 41 Internet Destination catastrophe par Philippe Chartier 42 Science et culture 2 Québec Science / Novembre 1999 Santé Ltr —r- W '"V I 20 Superman marchera-t-il ?Un espoir pour les paraplégiques ?Des chercheurs pensent pouvoir les remettre sur pied.par Normand Grondin 24 Le point sur le bogue Un tour d’horizon de la vaste opération de déboguage entreprise depuis quelques mois.L’Apocalypse des puces n’aura peut-être pas lieu.par Gilbert Bégin et Philippe Chartier 14 Le junk food pire que vous ne le pensiez ! Le dossier noir des hamburgers, hot dogs, frites et cie s’épaissit.Voici pourquoi cette nourriture constitue plus que jamais une menace à votre santé.Faudrait-il en réglementer la consommation, comme on le fait pour le tabac ?par Catherine Dubé 1990-1999 46 L’Univers est un speetacle Le télescope spatial Hubble est l’un des plus fabuleux outils que les astronomes se sont donné.Il nous en a appris des choses ! par Vincent Sicotte WWW : le monde est petit ! Sept continents, cinq océans et 3W.par Philippe Chartier 54 Objets communs Viagra : l’autre pilule par Bernard Arcand La p'tite vie préhistorique Le quotidien de notre ancêtre Cro-Magnon est de mieux en mieux compris.Voici ce que nous ont appris les dernières découvertes.par Louise Desautels k, \ La paranoïa : elle a plusieurs visages 3e Certains craignent d’être kidnappés ou attaqués dans la rue.D’autres pensent avoir un implant d’origine extraterrestre dans le cerveau.D’autres encore se méfient de leur téléviseur.Bienvenue dans le monde étrange de la paranoïa ! par Marie-Pier Elie Québec Science / Novembre 1999 3 Difficultés d'apprentissage ou difficulté d'enseignement ?L’école qui casse la tête.Le ti tre était pourtant bien choisi indique Paul Lemay, directeur pédagogique, recherche et développement, du Centre de formation Paul-Rousseau, à Drummondville, en réaction à article paru dans le numéro de septembre.Cependant, plus de 20 ans dans les écoles primaires à titre d’orthopéda gogue puis de directeur Font r ration entre les enseignants et une approche accordant autant d’importance aux démarches d’apprentissage qu’à la maîtrise d’habiletés et à l’acquisition de connaissances.Dans Cybersciences Qui a peur du grand méchant bogue ?Ce n’est pas la majorité si l’on se fie aux résultats d’un sondage mené du 13 au 19 septembre dans le site de Cybersciences (www.cyber-sciences.com).amené à conclure que les difficultés d’apprentissage n’étaient pas liées à des anomalies du cerveau, comme le suggère l’article.« Après quelques années de recherche personnelle, d’essai de techniques, d’approches et de méthodes, j’ai fini par comprendre que le problème ne se situe pas chez les enfants, mais bien dans le modèle unique d’enseignement.En effet, en dehors de l’école, ces enfants ne sont habituellement pas stigmatisés.Ils semblent "normaux" ! » Paul Lemay donne comme exemple le cas des étudiants des centres de formation professionnelle, qui accueillent plusieurs des jeu- nes marginalisés par l’école.Si leur taux de réussite est plus élevé (80 % plutôt que 60 %), c’est que l’objet de leur apprentissage répond à leurs besoins et à leurs habiletés, « des habiletés qui ne sont pas ou presque pas interpellées à l’école “régulière” ».Pour améliorer la situation dans les écoles, Paul Lemay privilégie le décloisonnement des classes et des matières, la coopè- re bogue du 9 septembre 1999 (9/9/99) — qui aurait pu affecter certains systèmes informatiques — semble n’avoir occasionné aucun problème.Êtes-vous confiant que le bogue du E'janvier 2000 sera tout aussi inoffensif?Oui 62,3 % Non 30,9 % Je ne sais pas 6,8 % Des commentaires ?Vous pouvez nous faire parvenir vos commentaires et suggestions à l'adresse suivante.Québec Science 3430, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2X 3L3 Téléc.: (514) 843-4897 Adresse électronique courrier@QuebecScience.qc.ca Nous acceptons de temps à autre de communiquer notre liste d'abonnés à des organismes et des entreprises quand nous croyons que leurs produits ou services peuvent intéresser nos abonnés.Cependant, les demandes qui nous sont adressées sont acceptées avec parcimonie à la lumière de la bonne réputation des requérants et de l'intérêt des produits et services qu'ils offrent.La plupart de nos abonnés apprécient ce service.Si vous ne souhaitez pas que votre nom figure sur cette liste, faites-le-nous savoir par écrit en nous indiquant votre nom, votre adresse ainsi que votre numéro d'abonné.La Revue Québec Science ¦ — s 3430, rue Saint-Denis, bureau 300 CEGEP de Jonquière Montréal (Québec) H2X 3L3 courrier@QuebecScience.qc.ca www.cybersciences.com DIRECTION Directeur général : Michel Gauquelin Directeur de l'administration : Marc Côté Adjointe administrative : Nicole Lévesque RÉDACTION Rédacteur en chef : Raymond Lemieux Adjoints à la rédaction : Natalie Boulanger, Normand Grondin Comité de rédaction : Patrick Beaudin, Jean-Marc Carpentier, André Delisle, Jean-Marc Fleury, Michel Groulx, Jean-Claude Guédon, Rosemonde Mandeville, Isabelle Montpetit, Anne-Marie Simard, Pierre Sormany, René Vézina Ont collaboré à ce numéro : Bernard Arcand, Stéphane Batigne, Gilbert Bégin, Philippe Chartier, Louise Desautels, Catherine Dubé, Marie-Pier Elie, Jean-Marie Labrie, Sophie Payeur, Raynald Pepin, Jean-Pierre Rogel et Vincent Sicotte Illustrations : Marc Cuadrado, Alain Massicotte, Pierre-Paul Pariseau, Rémy Simard Correction : Luc Asselin PRODUCTION Direction artistique : Normand Bastien Séparation de couleurs, pelliculage électronique et impression : Interweb COMMERCIALISATION Diffusion et promotion : Hélène Côté Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques ABONNEMENTS Tarifs (taxes incluses) Au Canada À l'étranger 1 an (10 numéros) 41,35$ 54$ 2 ans (20 numéros) 71,26$ 95$ 3 ans (30 numéros) 98,87 $ 139$ À l'unité 5,00$ Non disponible Groupe (10 ex./même adresse) 37,60 $ Non disponible Pour abonnement et changement d'adresse QUÉBEC SCIENCE Service des abonnements 525, rue Louis-Pasteur, Boucherville (Québec) J4B 8E7 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : DAWSON FRANCE, B.P.57,91871, Palaiseau, Cedex, France Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction.ABONNEMENTS ET CHANGEMENTS D'ADRESSE Tél.: (514)875-4444 Téléc.: (514) 523-4444 PUBLICITÉ Carole Martin Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 RÉDACTION Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Quatrième trimestre 1999, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans Y Index des périodiques canadiens.© Copyright 1999 - La Revue Québec Science ©Imprimé sur papier contenant 50 % de fibres recyclées et 40 % de fibres désencrées (post-consommation) Québec Science reçoit l'aide financière du ministère de la Culture et des Communications (Programme Revues de vulgarisation scientifique et technique) et du gouvernement du Canada (Programme Sciences et Culture Canada) Gouvernement du Québec Ministère de la Culture et des Communications l+l Industrie Canada Industry Canada Membre de : The Audit Bureau CPPA Magazines du Québec Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par l’Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 393-0103 4 Québec Science / Novembre 1999 nces ediil Ulijl- sÉti Ui» iteie tjlff- in nimil istriiis àà ¦Jl if! 0} jg Isî rss! i*»"5 0i » f* rf0 1111 1 s' i - o' Si les politiciens sont réputés pour avoir des visions à court terme et faire des calculs opportunistes, alors la science québécoise a un ministre extraterrestre.Un ministre qui s’oblige à voir plusieurs années à l’avance.Un ministre de l’an 2010.Mais tout en mettant décisivement le cap sur le futur, le monde de la recherche doit se ressaisir, convient Jean Rochon.Surtout pour éviter une débandade en recherche scientifique dans un Québec qui s’affirme moderne et progressiste.Il n’est pas trop tôt : l’âge moyen des chercheurs dépasse 50 ans.Tous formés avant la démocratisation d’Internet, le génie génétique et les grands débats sur l’écologie.« Avec l’effort monumental que le Québec a fait au cours des cinq dernières années pour assainir les finances publiques, le milieu de la recherche, comme ailleurs, s’en est durement ressenti, admet Jean Rochon.Ça ne fait pas les manchettes, ça ne fait pleurer personne, mais les conséquences possibles sont aussi graves.Il manque de ressources pour la recherche que l’on devrait faire et que l’on pourrait faire.Le pire, c’est que l’on est en Actualités La seconde vie d'un ministère Enfin, un ministère pour s'occuper de la science ! Et c'est Jean Rochon qui en a pris les commandes.Il est en train de cogiter une politique qui devrait mettre le Québec sur les rails du futur.par Raymond Lemieux Jean Rochon, le nouveau ministre de la science québécoise.Une nomination qui en a surpris plus d'un.: train de perdre une génération de chercheurs.» Quand le premier ministre Lucien Bouchard a formé son cabinet au lendemain des élections de l’an dernier, plusieurs ont été à la fois mtrigués et satisfaits par la nomination de Jean Rochon comme ministre de la Recherche, de la Science et de la Technologie.« On a applaudi à deux mains, dit Germain Godbout, secrétaire général de l’Association cana-dienne-française pour l’avancement des sciences.On souhai- tait une telle nomination depuis des années.Il n’y avait plus de ministère depuis longtemps, et on ne sentait plus de véritable coordination ni de volonté parmi les ministères qui se partagent le dossier de la science [ministères de l’Éducation, de l’Industrie et du Commerce, de la Culture et des Communications].» Certes, un ministère avait été mis sur pied en 1982 et une première politique scientifique a été adoptée l’année suivante.« Le but était de combler un certain retard du Québec en matière d’investissements en science et en technologie », rappelle Gilbert Paquette un mathématicien à qui avait échu le portefeuille.Dans cette foulée, l’important Fonds pour la formation de chercheurs et l’aide à la recherche (FCAR) et le Fonds de recherche en santé du Québec ont été créés.« D’importants centres de recherche en région ont aussi été ouverts, et on a pu doubler le personnel scientifique dans les PME », ajoute l’ex-ministre.Québec Science / Novembre 1999 5 Actualités Les huit travaux de Rochon La politique scientifique devrait être présentée l'an prochain.Mais, déjà, son auteur a identifié huit chantiers qu'elle devrait couvrir.1.La relève Il n'y a pas de génération spontanée en science.La recherche au temps de l’ADN et des puces électroniques est affaire de compétence.Une compétence qui en est encore à se développer.Un point crucial, selon le ministre Jean Rochon, c'est donc la relève.À ce propos, dit-il, il y aura « un travail conjoint très important qui sera fait avec le ministère de l'Éducation ».2.Le financement des activités de recherche La formation ?Oui, mais encore faut-il pouvoir mettre à l'œuvre ces cerveaux frais émoulus et tentés par les meilleures conditions offertes outre-frontière.Il faut être en mesure de payer les salaires des futurs chercheurs, reconnaît-il.Ce qui implique un financement adéquat des laboratoires.« J'espère qu'il y a des choses qui sortiront dans le prochain budget, même si la politique scientifique n'est pas complètement terminée.» 3.La propriété intellectuelle La recherche, ça peut rapporter beaucoup.Les chercheurs et les centres de recherche ne devraient pas être en reste, estime Jean Rochon.Ils devraient pouvoir tirer des dividendes de leurs idées et de leurs découvertes, et les commercialiser en toute confiance.4.L'évaluation des mesures, des programmes et de l'impact des politiques Pas de place pour la science frivole.Les chercheurs sont de plus en plus soucieux d'avoir de bons mécanismes devaluation.C'est un gage de qualité.Mais aussi une reconnaissance de l'excellence et de la performance.« Les gens veulent de la qualité, de la compétition, de l'excellence.Si on n'a pas de bons mécanismes d'évaluation, on ne peut pas les favoriser.» 5.L'innovation sociale L'innovation ?Elle est souvent associée aux secteurs technique et commercial, mais elle devra aussi toucher le secteur des sciences humaines.« De sorte que la politique scientifique embrassera vraiment tout le domaine des connaissances et de l'application des connaissances.» 6.La culture scientifique Le ministre s'affiche comme un ardent promoteur de la vulgarisation scientifique.« C'est terriblement important afin que la population comprenne pourquoi on veut allouer une partie plus importante des ressources à la recherche et à l'innovation.Parce que la vie de tous les jours et que notre bien-être individuel et commun dépendent du développement des connaissances et de leurs applications.» Il faut également que les enseignants favorisent le développement de cette culture scientifique, note-t-il.« Si on veut intéresser les jeunes à des carrières scientifiques, ça ne commence pas lorsqu'ils ont 20 ans.» 7.L'éthique De la science ?Avec conscience, svp.Si l'éthique est une responsabilité qui échoit aux établissements et aux instituts de recherche, il y a peut-être un encadrement plus approprié à y apporter, concède le ministre médecin.Il ajoute toutefois que « trop de règles éthiques peuvent tuer l'éthique et le développement ».Et il faut une conscience et une transparence dans la façon de poser ces questions, souligne-t-il.8.De la science à la grandeur du Québec « Une politique scientifique nationale ne peut pas exclure les régions.D'abord, il y a là certaines artivités scientifiques, des centres de transfert des technologies qu'il faut favoriser.Aussi, pour que les régions se développent, il faut qu'elles aient aussi une économie qui se modernise et qui puisse s'associer au développement des connaissances.» Fort bien.Toutefois, le ministère n’a pas tenu le coup.Trois ans plus tard, le gouvernement de René Lévesque vit une crise politique sans précédent.Plusieurs ministres démissionnent.Gilbert Paquette est du nombre.Il ne sera pas remplacé, et le ministère disparaît.« Ce qui n’aurait jamais dû arriver », affirme le mathématicien, aujourd’hui directeur scientifique à la Télé-Université.Pendant près de 15 ans, le Québec savant navigue au radar avec l’élan que lui a donné une politique scientifique aujourd’hui vieille de 16 ans.Plus de ministère de la science, ni de politique scientifique à jour pour une société, sinon une nation, qui se veut avancée ?Une aberration bien sûr.Gilbert Paquette le sait d’expérience.« La recherche, c’est le meilleur investissement que Ton peut faire.C’est un investissement pour l’économie tout autant que pour le développement social et culturel.» Même le vérificateur général du Québec déplore l’absence de nouvelle orientation en science dans un de ses récents rapports.Avec l’arrivée de Rochon, le monde de la recherche vient-il de sortir d’une période de grande noirceur ?« Le jour où je suis entré en fonctionne n’avais pas de téléphone, ni de bureau », raconte Jean Rochon.Il fallait tout rebâtir.Et nouer des contacts.Le ministre s’impose alors des rencontres avec tout ce que le Québec peut compter comme promoteurs de la science.« Il a une oreille attentive et une écoute assez exceptionnelle, fait remarquer Germain Godbout.En tout cas, nos discussions ont été franches.» Quelques mois plus tard, Jean Rochon soumet un projet de loi créant — ressuscitant, devrait-on dire — le ministère.Même l’opposition s’est unanimement ralliée à l’idée.On est loin des vitrioliques échanges qui ont caractérisé les débats sur le virage ambulatoire, mené par Jean Rochon alors qu’il était ministre de la Santé.Puis, Jean Rochon annonce une nouvelle politique scientifique.Elle est prévue pour Tan prochain.« Ce sera le vrai test », dit Germain Godbout.D’autant plus qu’elle pourrait modifier le mécanisme de financement et d’encadrement de la recherche.En mesurant ce que le ministre appelle lui-même la force de développement du Québec en science, elle lui est apparue pour le moins désarticulée.« C’est une force qui ne profite pas des interfaces.(.) Les universités, les entreprises d’innovation et les investisseurs font le même constat : la recherche fondamentale — essentiellement le fait des universités — a beaucoup souffert ces dernières années, soutient-il.Il faut la renforcer et favoriser un développement de connaissances de façon concomitante et interdisciplinaire.» Voüà qui est rassurant pour les chercheurs.Mais il ne faut cependant pas mettre tous les œufs dans le même panier, pense Claude Demers, président de l’Association de la recherche industrielle du Québec, un regroupement d’une centaine d’entreprises.Il souhaite plutôt qu’on mette les bouchées doubles en innovation.« On a œuvré pendant 40 ans en misant sur la recherche fondamentale; maintenant, il faut se tourner vers l’innovation, c’est là que l’on peut favoriser la croissance.C’est par ce moyen que l’on pourra développer une économie à valeur ajoutée.Il nous faut d’autres Biochem Pharma et d’autres Bombardier ! » Mais comment donner une impulsion scientifique à l’ensemble du Québec, compte tenu que notre économie repose en bonne partie sur les PME, à la différence de l’Ontario ?Jean Rochon se le 6 Québec Science / Novembre 1999 irlf 'si» ,te in ill 3 Il cherche, la base technologique Un des grands défis de Jean Rochon : trouver des ressources pour financer la recherche.demande aussi.« Bien sûr, on ne peut pas exiger d’une PME de 30 personnes d’avoir un pro-!| gramme de recherche.Mais, in-tj dépendamment de la partie re- des entreprises est trop faible, et cela, le Conseil de la Science et de la Technologie l’a aussi noté.Par exemple, il n’y a pas assez d’équipements et d’ingénieurs dans les PME.» On peut déjà identifier trois secteurs où se concentrent l’excellence et l’effort en R-D : l’aérospatiale, les biotechnologies et les technologies de l’information.Il faudra en identifier d’autres, pense-t-il.« On en est rendu là.Il faut trouver le moyen de mettre en valeur nos réelles capacités, et choisir nos bonnes cartes.C’est un peu un exercice de prospection Actualités auquel il faut se plier.» Et il n’a pas attendu pour mettre les choses en branle.Déjà, en mai dernier, U annonçait la création de Valorisation Québec, un organisme doté d’un budget de 100 millions de dollars qui devra servir à stimuler « la création d’entreprises innovantes ».Puis, il crée le programme Innovation Québec, qui aura à octroyer 75 millions de dollars pour soutenir la recherche tout autant que l’innovation.Des initiatives qui constituent un avant-goût de la prochaine politique scientifique québécoise ?Les chercheurs (et les innovateurs) attendent beaucoup de Jean Rochon.Mais il faudra d’abord qu’il obtienne l’appui de ses collègues ministres.« Une chose dont je suis sûr, c’est qu’il faut de plus en plus de science dans les décisions politiques », dit ce médecin qui est l’un des rares membres du cabinet à avoir une formation scientifique.Faudrait-il plus de scientifiques en politique ?C’est certain, pense Jean Rochon.« On aurait une meilleure chance d’avoir des débats et des éléments de prise de décision mieux équilibrés.» Ce que l’on souhaite tous.• Pour en savoir plus Québec : objectif plein emploi.Accélérer la recherche et l'innovation, mars 1999.Un document gouvernemental qui montre comment on compte « faire du Québec une économie d'avant-garde ».Rapport de conjonctures 1998 : Pour une politique québécoise de l'innovation, par le Conseil de la Science et de la Technologie.Le Conseil rappelle au gouvernement son rôle et ses responsabilités en matière d'innovation.La science en ACTION pour un monde en ÉVOLUTION t: mm L’INSTITUT NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE EST UN MAILLON IMPORTANT DE LA RECHERCHE UNIVERSITAIRE AU QUÉBEC.Plus que jamais, l'INRS déploie son expertise là où le sollicitent les enjeux collectifs : • Analyses microbiologiques et toxicologiques • Biodégradation des polluants environnementaux • Communications sans fil • Développement de technologies environnementales et de logiciels de gestion des eaux • Développement de tests diagnostiques, de vaccins et de médicaments • Études démographiques, urbaines et régionales • Nanofabrication et applications de technologies laser • Recherche sociale, analyse de politiques, éthique sociétale et gouvernementale (f# 1# "I Université du Québec Institut national de la recherche scientifique Téléphone : (418) 654-2500 Télécopieur : (418) 654-2525 www.inrs.uquebec.ca Québec Science / Novembre 1999 7 Actualités Hleuropsychologie Le troisième œil Et si les gènes n'étaient pas les seuls architectes du corps humain ?C'est ce que laisse croire une étude effectuée auprès d'aveugles par une équipe de l'Université de Montréal.Une percée significative en neurologie.Par Sophie Payeur Les aveugles sont beaucoup plus efficaces pour repérer les sons dans l’espace que les voyants.C’est ce qu’a démontré une équipe de FUniversité de Montréal.Publiés dans la revue yVaiwre, les résultats de l’étude fournissent des pistes intéressantes sur cette curieuse capacité que possède notre cerveau de se réorganiser.« Ce qu’il faut surtout retenir de cette étude, c’est l’incroyable plasticité du cerveau », précise la neurologue Maryse Lassonde, qui a mené la recherche.Il y a tout juste 15 ans, la plasticité n’était admise que pour le cerveau des nourrissons et des enfants en bas âge, expli-que-t-elle.Or, il y a maintenant plusieurs études scientifiques qui démontrent des récupérations dans le cerveau d’adultes et des transformations dans leur architecture.L’expérience a regroupé un échantillon de 47 sujets : 36 personnes voyantes, huit personnes devenues aveugles en très bas âge et trois individus possédant une vision partielle.« Huit personnes totalement aveugles ça semble peu, explique le chercheur Michel Paré, mais il est rare de trouver des aveugles de naissance ou qui le sont devenus en très bas âge.» Tous les aveugles sélectionnés devaient également avoir perdu la vue lors d’une maladie ou d’un accident, et non en raison d’une malformation cérébrale.« On a aussi voulu avoir un grand groupe de sujets té- - S ¦ moins, représentatif de la population en général.» Tous ces individus ont été placés devant 16 haut-parleurs positionnés en demi-cercle.On a émis des sons au hasard, à l’aide d’un seul haut-parleur à la fois, et les sujets devaient pointer du doigt leur provenance, sans bouger la tête.Durant la première partie de l’expérience, les performances de chacun des groupes ont été similaires, ce qui a permis aux chercheurs de confirmer deux hypothèses.On a constaté, d’une part, que la localisation auditive des personnes ayant des atteintes visuelles n’est pas pénalisée.Et, d’autre part, que les aveugles réussissent aussi bien que les voyants à localiser les sons.« C’est déjà extraordinaire / x de constater que des aveugles de naissance, qui n’ont jamais connu l’expérience de l’espace visuel, se représentent l’environnement aussi bien que ceux qui voient », souligne Nadia Lessard, une des au-teures de l’étude.Les sujets ont aussi subi le même test, mais en condition monaurale; c’est-à-dire avec une oreille obstruée.Les 36 personnes voyantes et les trois possédant une vision partielle ont localisé tous les sons du côté de l’oreille fonctionnelle, sans égard à la provenance du son.Les résultats des personnes aveugles sont très différents : la moitié ont formulé de bonnes réponses pour certains des sons, mais l’autre moitié ont identifié parfaitement la provenance de tous les II ü :~r sp» iis iis ¦L’: ¦ pnel.i rcquel'i sons émis.« Nous ne nous attendions pas à ces résultats, indique Nadia Lessard.Quelqu’un qui serait entré par hasard pendant l’expérience aurait pu croire que les oreilles des aveugles n’étaient pas bouchées ! » Que se passe-t-il donc dans la tête des handicapés visuels ?C’est Taire occipitale, située à l’arrière du cerveau, qui traite les informations apportées par les yeux.Puisque les aveugles n’intègrent pas les informations visuelles, on pourrait croire que leur aire occipitale n’est que peu ou pas utilisée.Mais des représentations graphiques de l’activité cérébrale en cours d’expérience suggèrent le contraire.Charles Leclerc, étudiant au doctorat en neuropsychologie à Még Nat 8 Québec Science/Novembre 1999 Actualités rt‘ ‘ ii il* 1 .«ttf llifllt* y 1# .rfiii' Marcher au son Les programmes de rééducation utilisent depuis près de 40 ans les capacités auditives distinctives des aveugles.Ainsi, dans le cas classique d'une traversée à une intersection, l'aveugle entraîné par localisation auditive analyse d'abord les sons de la circulation, principalement ceux des voitures, pour déterminer la forme de l'intersection : en T, en croix, décentrée, etc.Il identifie ensuite le type de contrôle de la circulation : feux, arrêts, etc.Toujours à l'aide des bruits, il corrige sa ligne de direction avant de fixer le moment opportun pour traverser.Lorsqu'il le fait, l'aveugle maintient une ligne droite qu'il vérifie constamment avec les sons des automobiles parallèles et perpendiculaires à sa position.L'entraînement des non-voyants a également recours à la perception auditive de l'espace, couramment appelée écholocation.Cette pratique optimise l'audition des sons ambiants.Elle consiste en quelque sorte à « entendre les murs » en interprétant les ondes sonores en basses fréquences qui s'y répercutent.L'aveugle est entraîné à traiter cette information afin de détecter la distance qui le sépare des murs.Il guide ainsi sa locomotion et contourne les obstacles.Cette méthode, toutefois, est plus efficace quand les deux oreilles sont fonctionnelles.rUniversité de Montréal, suit de près le mécanisme de compensation des quatre aveugles ayant obtenu des performances de localisation auditive supérieures à celles des voyants.Il étudie la plasticité du cerveau des personnes privées de sensations visuelles à l’aide de cartographies de l’activité cérébrale.« L’aire occipitale des aveugles enregistre une activité électrique supérieure de cinq microvolts à celle des personnes voyantes : c’est énorme ! » dit-il.Cela laisse croire que l’aire occipitale des aveugles est recyclée à une autre fin que celle pour laquelle elle a été construite; entre autres choses, pour traiter les informations auditives.C’est un neuropsychologue né à Montréal, Donald Olding Hebb, qui a introduit pour la première fois en 1949 le concept de plasticité du cerveau.Il a cependant fallu attendre près de 50 ans avant que les scientifiques délaissent l’idée d’un développement exclusivement génétique du ceiveau et orientent leurs recherches pour mieux comprendre l’influence du monde extérieur.L’expérience de l’Université de Montréal donne du poids à cette théorie.Si elle marque une percée significative en neuropsychologie, les résultats qui en découlent n’étonnent pas outre mesure les spé- cialistes en réadaptation des aveugles.« Les méthodes conventionnelles de rééducation utilisent depuis longtemps cette faculté spéciale des aveugles », soutient Agathe Râtelle, spécialiste en orientation et mobilité sonore à l’Institut Nazareth et Louis-Braille (voir l’encadré ci-contre).« Mais quel est le potentiel de localisation sonore des aveugles qui ont aussi des atteintes auditives ?demande-t-elle.C’est maintenant la question qui devrait nous préoccuper.» • 1 Sophie Payeur est la récipiendaire du prix Fernand-Seguin 1999.Ce prix, remis chaque année, vise à encourager des carrières en journalisme scientifique.Le texte présenté ici est une version abrégée de l'article primé dans le cadre de ce concours.Un programme novateur EN BIOLOGIE : LE BACCALAURÉAT EN BIOLOGIE EN APPRENTISSAGE PAR PROBLÈMES (APP) • Formation de pointe pour intégrer les aspects théoriques et pratiques de la biologie • Travail en petit groupe stable de 12 personnes • Encadrement individuel et personnalisé par un professeur-tuteur • Adaptation rapide au marché du travail • Sensibilisation à un large éventail de problématiques et de méthodes • Formation pratique sur le terrain • Stage de spécialisation dans un laboratoire de recherche • Trois spécialisations, au choix, en troisième année - Biologie moléculaire et biotechnologie - Ecologie - Santé environnementale et toxicologie www.uqam.ca Pour plus d'information : Baccalauréat en biologie : (514) 987-3654 |# (iett* UQAM L'avenir est ici Québec Science / Novembre 1999 9 luyu,entendu (( H ue des scientifiques affirment que personne ne U.sait ce que c'est aurait de quoi faire sourire : justement, l'émotion n'est-elle pas ce que nous connaissons tous ?», demande la psychologue et philosophe Vinciane Despret en introduction à son livre Ces émotions qui nous fabriquent.Échaudée par les difficultés ces coupures ! Elle fait couler beaucoup d'encre, cette petite incision .Depuis déjà 15 ans, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le répète : le recours à l'épisiotomie, lors de l'accouchement, ne doit pas être systématique.En effet, de nombreuses études prouvent qu'elle provoque plus de saignements, de déformations définitives et de troubles sexuels à long terme que la déchirure naturelle qu'elle cherche à prévenir.L'OMS a même récemment émis une norme : en moyenne, l'épisiotomie ne devrait être pratiquée que sur une femme sur cinq lorsqu'elle accouche pour la première fois.Certaines pratiques devront donc être révisées.Aux États-Unis, l'épisiotomie est pratiquée sur 80 % des primipares et, en Europe centrale, on frôle les 100 %.Et ici ?Une étude publiée en 1995 par l’Institut canadien de la santé infantile estime que le pourcentage au Canada est de 70 % pour les premiers accouchements, et de 40 % pour les accouchements subséquents.Quant au Québec, une enquête du ministère de la Santé et des Services sociaux indique un taux de 34 % chez les primipares en 1997-1998.rencontrées lors de sa cueillette d'information auprès de scientifiques, elle ajoute plus loin : « Il suffit de voir comment nos romans, nos films, nos poèmes et nos plus anciennes tragédies en sont habités; il suffit d'écouter aussi la manière dont chacun d'entre nous en parle.Poussée à l'extrême, cette affirmation ne voudrait-elle alors pas dire que nous savons tous ce qu'est une émotion, et que seuls les scientifiques n'auraient pas accès à ce savoir ou, en d'autres termes, que le savoir de l'émotion résisterait à la science ?» Suivez l'actualité scientifique au Jour le Jour sur Cybersciences, le site internet de Québec Science.www.cybersciences.com 10 Québec Science / Novembre 1999 Pour le docteur Claude Fortin, de l'Association des obstétriciens-gynécologues du Québec, la norme de l'OMS « est un chiffre empirique, qui ne tient pas compte de certaines circonstances particulières ».Plutôt qu’un pourcentage, il préconise un recours parcimonieux à l'épisiotomie, uniquement lorsque des raisons médicales le justifient.Il songe notamment à une détresse fœtale nécessitant une intervention d'urgence, à un volume anormalement élevé de la tête du bébé, à un poids fœtal excessif ou simplement à une musculature trop rigide du périnée.« La formation qu’ont reçue les nouveaux médecins contribue déjà à réduire les abus », indique le docteur Fortin.Ainsi, pour les hôpitaux de LaSalle et Anna-Laberge, où travaille l'obstétricien-gynécologue, il évoque aujourd'hui des taux avoisinant les 25 %.Et certains centres hospitaliers, tels que l'Hôpital du Sacré-Cœur, à Montréal, affichent fièrement des taux inférieurs à 15 %.INNOVATION La fournee des puces Ce n'est pas vraiment des secteurs de la boulangerie et de la pâtisserie qu'on s'attendrait à voir surgir une percée technologique importante.Pourtant, des chercheurs de Culinar, du Laboratoire des technologies électrochimiques et des électrotechnologies d'Hydro-Québec (LIEE) et du Centre de recherche et de développement sur les aliments (CRDA) ont récemment dévoilé un prototype de four robotisé qui amorcera une mini-révolution dans les techniques de production pâtissière et boulangère.Ce nouveau four permettra de reproduire les conditions de cuisson des 21 différents fours que l'on retrouve actuellement dans les usines de Culinar.Une reproduction très fidèle, qui tient compte du mode de transfert de chaleur et de paramètres tels que l’humidité, la température et la vitesse de l'air.« Dans un premier temps, le four simulera les conditions de cuisson de deux fours (four à gâteaux et four à biscuits) », précise Michèle Marcotte, chef de section en technologie de conservation des aliments au CRDA et chef du projet.Mais, selon une estimation préliminaire, l'utilisation de ce four pilote permettrait de réaliser une économie globale de 5 % sur la recherche et le développement d'un nouveau produit.Agence Science-Presse A4B LE CHIFFRE DU MOIS i 26 9/2 593 1 \ C'est fait ! Le plus grand nombre M Lj premier dépasse maintenant le million de chiffres (le record précédent, établi le 27 janvier 1998, n'avait que.909 526 chiffres).Nayan Hajratwala, un participant du Great Internet Mersenne Prime Search, a mis 111 jours à temps perdu pour prouver que son nombre de 2 098 960 chiffres était divisible uniquement par un et par lui-même.Une récompense de 50 000 dollars, offerte par la Electronic Frontier Foundation (www.eff.org/coop-awards/), est venue couronner ses efforts.On promet maintenant 100 000 dollars à la personne qui découvrira un nombre premier de 10 millions de chiffres.LE MONSTRE DU SAGUENAY L’Institut canadien du droit et de la politique de l'environnement (www.web.net/cielap) a produit une carte très intéressante montrant la pollution made in Canada, dont les données sont tirées de l'inventaire national des rejets de polluants établi par Environnement Canada.Au palmarès, le plus gros pollueur dans la catégorie rejets toxiques ou cancérigènes (eau) est installé au Québec : il s'agit d'Abitibi Consolidated à La Baie, au Saguenay, pour ses rejets de formaldéhyde.’rïïi.v:|t.v#V (a &'&*£***" ' : -i.Québec ss ÎJ!> VILLE DE /• I ml& quebec P Développement économique Canada Canadâ p (a 2 /2 décembr M'sOK-tré^l ~~ G.* à * Télé-Québec % Pratt & Whitney Canada Gouvernement du Québec Ministère de la Culture et des Communications Une société de United Technologies t CANAL^ft Ville de Montréal MUSÉE DE LA CIVILISATION LIBERTÉ yogourt Science i.Tous! ’""IKmi La paralysie a toujours été considérée comme une blessure dont on ne guérit jamais.Mais, d’ici quelques années, il faudra peut-être réviser ces idées reçues.par Normand Grondin En 1996, quelques mois après le grave accident d’équitation qui l’a rendu quadriplégique, l’acteur américain Christopher Reeves annonçait publiquement que, grâce à la médecine de pointe, il croyait fermement pouvoir marcher de nouveau dès 2003.Très confiant, l’homme qui a incarné Superman au cinéma s’est alors consacré à une collecte de fonds pour la recherche sur la régénération de la moelle épinière.Il a permis d’amasser des dizaines de millions de dollars, piqué la curiosité des médias pour ce secteur de recherche et, surtout, créé d’importantes attentes chez les personnes paralysées.Mais, aujourd’hui, à trois ans de l’échéance, Reeves ne marche toujours pas.Il a pourtant été soigné par les meilleurs spécialistes, il a reçu les meilleurs traitements et les plus innovateurs.Sans succès : il est toujours paralysé des quatre membres et doit utiliser un respirateur plusieurs heures par jour pour demeurer en vie.Faut-il conclure que son souhait était à la fois irréaliste et irréalisable ?« Allons-nous pouvoir guérir quelqu’un dans 3,5 ou 10 ans ?Je n’en sais rien », reconnaît la neurologue Mary Bartlett Bungee, directrice du Miami Project to Cure Paralysis et l’un des chercheurs les plus réputés dans son domaine.« Mais on a fait des pas de géant, et nous sommes plus confiants que jamais.» Elle a raison de l’être.À l’origine, le Miami Project occupait une poignée de scientifiques.Ils sont maintenant 80 chercheurs affiliés, confortablement installés dans les locaux du pavillon médical de l’université de Miami.L’Amérique a épousé la vision de Reeves et finance maintenant des projets de recherche fondamentale qui semblaient carrément utopiques il y a à peine cinq ans.a; ?Christopher Reeves a contribué à susciter un intérêt sans précédent dans le grand public pour la recherche sur la régénération de la moelle épinière.20 Québec Science / Novembre 1999 Et pourquoi pas ?À Miami, mais aussi ailleurs aux États-Unis, en Europe et au Canada, des équipes multidisciplinaires réussissent maintenant, à l’aide de greffes complexes et délicates, à arracher de petites victoires sur la paralysie.En laboratoire, des animaux paraplégiques se soulèvent sur leurs membres antérieurs, d’autres parviennent à esquisser des mouvements de marche.On est encore loin bres et d’en ramener l’information concernant les sens, la température, la douleur et la position dans l’espace.Lors d’un accident, les vertèbres peuvent se briser sous l’impact, puis s’enfoncer dans ce tissu mou.Immédiatement, l’alimentation en sang et en oxygène de la moelle est interrompue.En quelques minutes, des milliers de neurones sont détruits : les ponts avec le cerveau sont cou- les cellules de la moelle épinière des embryons de mammifères peuvent se régénérer, mais que ce mécanisme devient peu à peu inopérant au fil du développement.Alors pourquoi le système nerveux central est-il incapable de cette prouesse ?Pourquoi l’humain, au cours de son évolution, a-t-il abandonné en chemin une faculté aussi vitale ?Après une blessure, différents agents du système immunitaire sont chargés de nettoyer et de restaurer l’organe ou le tissu atteint.En principe, notre organisme devrait pouvoir effectuer le même travail sur la moelle épinière.Mais on croit que le délicat et complexe filet de neurones de notre cerveau, qui est intimement lié à la moelle, serait endommagé par Faction de ces agents.Une hypothèse suggère donc que, pour éviter les courts-circuits au cerveau, la nature aurait progressivement fait disparaître ce mécanisme de défense qui lui causait plus de tort que de bien.Mais a-t-il vraiment disparu ?« Ce dont on est certain, explique le neurobiologiste Samuel David, de l’Université McGill, c’est qu’il existe dans le système nerveux central plusieurs types de cellules dont le rôle est précisément d’empêcher la régénération.En leur absence, on croit 1 ¦¦ ! • f d’avoir réussi une véritable guérison, mais c’est un progrès énorme puisque la paralysie a toujours été considérée comme une blessure irréversible.De plus, la recherche a permis de mieux comprendre ce qu’est la moelle épinière, et comment elle fonctionne.Or, une fois qu’on saura comment démonter cette extraordinaire mécanique de transmission des données entre notre cerveau et nos membres, il ne restera plus qu’à la remonter.a moelle épinière est une curieuse pièce de l’anatomie humaine.Longue d’une cinquantaine de centimètres chez un adulte, elle prend naissance à la base de la nuque, s’étire jusqu’à la taille et forme, avec le cerveau et les nerfs optiques, ce qu’on appelle le système nerveux central.La moelle est encastrée dans une armure osseuse très résistante, la colonne vertébrale.Un peu comme la carapace des crustacés protège leur corps mou, les vertèbres enveloppent ce tissu extrêmement fragile.Elle est faite de centaines de fibres, elles-mêmes constituées de milliers de cellules nerveuses spécialisées, les neurones.Les neurones ont de très longs bras, les axones, qui leur permettent de relayer les commandes du cerveau jusqu’aux mem- pés, la paralysie s’installe.Dans les heures et les jours qui suivent, il se produit un effet domino : l’inflammation et les mécanismes de défense immunitaire de l’organisme continuent de détruire d’autres neurones, ce qui aggrave l’état du blessé.Une fois que les dégâts sont faits, il n’y a plus de retour en arrière possible.Un neurone endommagé est l’équivalent d’un fil électrique sectionné qu’il serait impossible de réparer.C’est d’ailleurs un handicap assez étrange sur le plan de l’évolution.Chez les animaux inférieurs, les batraciens et les poissons, par exemple, la moelle épinière se répare d’elle-même après une blessure.En peu de temps, l’animal redevient parfaitement fonctionnel.Encore plus curieux : chez l’être humain, comme chez tous les mammifères, il existe un deuxième système nerveux, dit périphérique, chargé de relayer l’information de la moelle épinière jusqu’aux extrémités des membres.Or, celui-ci peut se régénérer.Une profonde coupure au doigt, par exemple, ne cause pas une perte définitive, ou totale, de la sensibilité.Après un certain temps, des cellules nouvelles apparaissent, et l’information est à nouveau relayée au cerveau.On a même découvert récemment que La vie de Christopher Reeves, M.Superman, s'est subitement arrêtée en 1996 lorsqu'un grave accident d'équitation l'a laissé quadriplégique et branché sur respirateur.que la moelle se réparerait d’elle-même.» Le chercheur et sa collègue Lisa McKerracher ont d’ailleurs mis la main en 1994 sur l’une d’entre elles, la protéine MAG, présente dans la myéline, la gaine qui entoure et protège chacun des bras des neurones, les axones.Est-il possible de faire sauter ce verrou posé par la nature ?C’est le puzzle auquel se sont attaquées pas moins d’une douzaine d’équipes de chercheurs dans le monde.Et plusieurs d’entre elles connaissent maintenant de beaux succès.C’est à un Montréalais de l’Université Québec Science / Novembre 1999 21 La mémoire de la marche Comment mesure-t-on les progrès d'un animal de laboratoire après une Intervention sur la moelle épinière ?Comment évaluer si la greffe a eu du succès ?Et jusqu'à quel point ?En principe, la façon la plus simple consisterait à installer l'animal sur un tapis roulant et à observer ce qui se passe.Si le cobaye parvient à bouger un peu ses membres paralysés, c'est qu'il a fait du progrès et que la régénération de la moelle est en cours.Mais ce n'est pas aussi simple que cela.Chez le rat, comme chez tous les mammifères et même chez l'homme, la marche n'est pas complètement contrôlée par le cerveau.En effet, une partie de l'information (sur la surface du sol, sur la position du pied, sur la coordination des muscles, etc.) est gérée par ce qu'on appelle le « générateur central de patron ».En résumé, le cerveau commande aux pattes de rester debout et de marcher, et leur indique dans quelle direction se déplacer.Le générateur central de patron, situé on ne sait trop où sur la moelle épinière, est plutôt le responsable des réflexes nécessaires à la marche.Sa particularité : il demeure fonctionnel même lorsque la moelle épinière a été endommagée.Ainsi, en entraînant intensivement des animaux sur tapis roulant, il est possible de réveiller chez eux certains des réflexes nécessaires à la marche, sans intervention du cerveau.Le docteur Michel Rossignol et son équipe du Centre de recherche en sciences neurologiques de l'Université de Montréal parviennent ainsi, depuis plusieurs années, à faire marcher des chats dont les membres antérieurs sont paralysés.« Le chat peut très bien être endormi alors que ses pattes arrière se déplacent sur le tapis roulant sans qu'il s'en rende compte, indique Michel Rossignol.Cette partie de son corps est indépendante.» Bien sûr, la marche n'est pas parfaite et l'arrière-train de l'animal doit être soutenu pour qu'il puisse se déplacer sur le tapis roulant.Mais la rythmicité et les mouvements de l'animal ne trompent pas : sa « mémoire » de la marche est intacte.Les rats de laboratoire sont particulièrement doués à ce jeu : en quelques semaines d'entraînement, ils accomplissent des progrès remarquables.Qu'est-ce que cela signifie pour les chercheurs ?Qu'il est impossible de se fier seulement à leurs cobayes ! « Ce n'est pas parce qu'un rat se débrouille bien sur un tapis roulant qu'on peut établir une relation directe avec l'intervention qu'il a subie », soutient Michel Rossignol.La repousse des neurones après une greffe ou un traitement peut donc être importante sans avoir de liens directs avec les progrès que le rat accomplit.Le Centre de recherche en sciences neurologiques, qui a acquis une expertise considérable dans ce domaine, est d'ailleurs associé aux chercheurs français Alain Privât et Didier Orsal, qui travaillent à différents projets de reconstruction de la moelle épinière.On confie au centre les petits cobayes afin de vérifier l'étendue des progrès qu'ils ont réalisés à l'aide de différents appareils de mesure de l'activité musculaire et neurologique.Par la suite, les animaux sont retournés en France où leur moelle est découpée en fines tranches et soumise à des analyses biochimiques et histologiques, ce qui permet d'observer la qualité et la quantité de la repousse neuronale.Éventuellement, des standards d'évaluation applicables à l'ensemble des recherches dans ce domaine seront créés.Un chercheur américain réputé, le docteur Wise Young, de la Rutgers University, travaille depuis plusieurs années à la mise au point des protocoles de recherche nécessaires pour tester les thérapies, déterminer les standards animaux et le sérieux des travaux en cours.Il faudra aussi établir une référence quant à la nature et à la gravité des blessures à la moelle infligées aux cobayes pour éviter trop de disparités entre les recherches.McGill, le docteur Albert Aguayo, que revient l’honneur d’avoir réalisé la première grande percée dans ce domaine de recherche.En 1981, il a réussi à faire repousser des neurones de la moelle épinière d’un rat en les plaçant à côté de neurones provenant du système nerveux périphérique qui, eux, ont la capacité de repousser.C’était la preuve, après de longues années de tâtonnements et beaucoup d’échecs, que la moelle pouvait se régénérer dans certaines conditions.Mais Aguayo a aussi démontré les limites de son expérience : au-delà de l’environnement « amical » du système nerveux périphérique, c’est-à-dire une fois dépassée la greffe, les neurones de la moelle épinière cessaient de repousser.Partie nulle : à quoi bon installer du filage neuf pour câbler une maison si l’électricien est incapable de se rendre jusqu’au téléviseur ! En 1988, c’est au tour d’un chercheur suisse, Martin Schwab, de réaliser une nouvelle percée.C’est lui qui découvre la présence de protéines bien spécifiques qui empêchent la régénération de la moelle.Puis, en 1990, il met au point le IN-1, un « inhibiteur d’inhibiteur », qui entrave en partie l’action de ces protéines.Ses résultats sur des rats sont encourageants.sauf que ses cobayes ne marchent toujours pas.Mais c’est de Suède, en 1996, qu’arrive la nouvelle qui va faire le plus de bruit.Le neurologue Lars Oison et son équipe parviennent à reconnecter une portion de la moelle épinière sectionnée d’un rat à l’aide d’une colle biologique et de facteurs de croissance.La greffe est modeste, à peine 17 fibres nerveuses.Mais six mois plus tard, les pattes antérieures du petit cobaye ont commencé à bouger.Très légèrement, c’est vrai, et il n’est jamais parvenu à se redresser seul, encore moins à marcher.Mais on venait tout de même de franchir un autre fossé.Après Oison, les succès s’accumulent.L’équipe de Mary Bartlett Bungee, du Miami Project, obtient de très bons résultats en 1997 avec une greffe de cellules de Schwann, des cellules responsables de la repousse des neurones dans le système nerveux périphérique.Cette année, elle y a ajouté des cellules provenant des cavi- 22 Québec Science / Novembre 1999 tés nasales, car elles sont encore plus performantes.En juin 1998, l’équipe de Michal Schwartz, du Weizman Institute of Science, en Israël, a réussi à faire bouger les membres antérieurs paralysés de leurs rats de laboratoire avec une injection de cellules immunitaires renforcées en les plongeant dans un bain de cellules du système nerveux périphérique.Une technique complètement différente ! « Le système nerveux central est composé d’une grande variété de cellules dont la nature, les fonctions et les liens entre elles nous échappent encore dans une large mesure », constate le neurobiologiste français Alain Privât, chercheur à l’INSERM de Montpellier, qui, lui, a connu du succès avec des grelîes de cellules fœtales.C’est ce qui expliquerait la diversité et la complexité des techniques employées par les équipes de recherche.On explore à gauche et à droite en sachant qu’un jour ou l’autre on finira par frapper dans le mille ! Évidemment, ce jour-là pourrait arriver dans bien des années.Sauf que notre système nerveux central, comme tous nos organes, est bâti pour accomplir une tâche beaucoup plus importante que celle qu’on exige actuellement de lui.Comme une voiture de Formule 1 dont l’accélérateur serait bloqué à la vitesse de 100 kilomètres à l’heure ! Pour les chercheurs, c’est un avantage important.Cela signifie qu’il ne sera pas nécessaire de rebâtir la moelle épinière à neuf pour obtenir des résultats.« Nous avons réussi pour l’instant à faire repousser de 4 % à 5 % des neurones endommagés de nos cobayes, expüque Mary Bartlett Bungee.En doublant ce nombre, ce qui est loin d’être impensable, on devrait pouvoir obtenir une amélioration fonctionnelle réelle, un progrès significatif dans la marche.Ce qui serait déjà une énorme victoire.» L'espérance de vie La prochaine étape, celle qu’on attend avec impatience, ce sont bien entendu les tests sur les humains.Quelques équipes américaines de chercheurs ont déjà demandé à la Food and Drug Administration (FDA) l’autorisation de travailler avec des personnes atteintes de paralysie.Cependant, la FDA est consciente des dangers que cela comporte : faire repousser des neurones endommagés est une chose, savoir quel impact cette repousse aura sur l’organisme humain en est une autre.Est-ce que les neurones vont se reconnecter aux bons endroits et de la bonne façon, sans créer d’effets secondaires importants, de la douleur ou des spasmes, par exemple ?On l’ignore toujours.Cependant, une ébauche de réponse nous est fournie par une greffe expérimentale réalisée en octobre 1997 sur un homme d’une quarantaine d’années, au Health Science Center de l’université de Floride.Cette intervention, une première en Amérique du Nord, ne visait pas à guérir le patient, atteint de syringomyélie, un Jusqu'au milieu du siècle, la plupart des blessures à la moelle épinière causaient une mort rapide.Infection respiratoire, problèmes urinaires, rénaux ou cardiaques, on survivait rarement plus de quelques jours ou de quelques semaines à un traumatisme aussi grave.Aujourd'hui, en raison des meilleurs soins de santé, la situation s'est renversée : 85 % des blessés qui ne meurent pas durant les 24 premières heures suivant l'accident sont encore en vie 10 ans plus tard.Plusieurs atteignent même un âge avancé en se maintenant en bonne condition physique à l'aide d'un programme d'entraînement approprié.Mais les problèmes respiratoires, la pneumonie surtout, sont encore les pires ennemis des personnes atteintes de quadriplégie.On voit aussi beaucoup de jeunes, en bonne santé malgré leur paralysie, décéder subitement, et sans qu'on puisse expliquer pourquoi, d'un problème cardiaque.Dix mille Nord-Américains se blessent à la moelle épinière chaque année.La majorité sont des hommes (82 %), dont la moyenne d'âge est de 33 ans.Le plus grand groupe de blessés se trouve parmi la tranche des 18 à 25 ans.Les accidents de la route sont responsables de la moitié des drames.effet secondaire très douloureux et permanent de la paralysie, mais seulement à stabiliser son état de santé.Elle consistait à injecter à l’endroit où sa moelle avait été endommagée des cellules nerveuses d’origine fœtale.Une thérapie qui avait connu beaucoup de succès auprès des animaux.« Un an plus tard, explique Rossana Passaniti, des relations publiques du Science Center, son état de santé a cessé de se dégrader et est demeuré relativement stable, même s’il n’a pas connu beaucoup d’amélioration.» Un succès mitigé, donc, mais qui démontre au moins la faisabilité et la relative innocuité d’une intervention de ce genre.Un autre essai clinique restreint est également en cours : on teste un médicament, le 4-AP, qui pourrait aider les gens paralysés à recouvrer une partie des fonctions qu’ils ont perdues (sensation du toucher, coordination de certains mouvements, etc.).Au mieux, le produit sera disponible dans quelques années.Malgré cela, les volontaires ne manquent pas, constate Naomi Kleitman, également chercheuse au Miami Project.« Chaque fois qu’une nouvelle découverte fait les manchettes, des gens nous appellent d’un bout à l’autre du pays pour faire partie de nos essais cliniques, dit-elle.Le problème, c’est qu’on n’en est pas encore rendu à cette étape ! » D’ici peu, si ce n’est déjà fait, le Miami Project va entreprendre des essais cliniques avec les primates.Mais les essais cliniques sur les humains ne sont pas encore à l’agenda.« On ne veut pas prendre de risques inutiles », dit-elle.On est donc encore loin de l’objectif de Christopher Reeves : une thérapie efficace d’ici 2003.« L’objectif de l’an 2003 n’est pas une prédiction, mais simplement un but qu’on tente d’atteindre », expliquait récemment en entrevue le docteur Wise Young, de la Rutgers University.Ce chercheur très réputé est aussi le mentor de Reeves : c’est lui qui a suggéré cette date charnière à l’acteur américain.Selon lui, la clé du succès repose sur l’effort de recherche, qu’il va falloir augmenter au cours des prochaines années.« Une personne qui lance un dé a relativement peu de chances de tomber sur un chiffre pair.Mais si cinq personnes lancent un dé en même temps, les probabilités d’obtenir un ou plusieurs chiffres pairs sont virtuellement de 100 %, dit-il.À mon avis, si nous pouvons mettre en marche cinq essais cliniques d’ici l’an 2000, je crois que les chances d’atteindre notre but à temps seront excellentes.» • Québec Science / Novembre 1999 23 Informatique le point sur LE BOGUE Rien ne va plus ! Bientôt la grande roulette du millénaire tombera sur le « 00 ».Québec Science vous propose une visite des secteurs susceptibles de trembler devant le grand méchant bogue de l'an 2000.Un dossier de Philippe Chartier et de Gilbert Bégin Il n'y a pas si longtemps, des analyses suggéraient que 60 % des systèmes informât! ques pourraient flancher à l'arrivée de la nouvelle année.On parlait d'une crise majeure, presque du retour à l'âge de pierre ! Mais l'avertissement semble avoir été entendu à temps et beaucoup de ressources ont été investies, tant dans le domaine public que privé, pour faire face au problème.Tout ça pour une économie de puces ! Rappelez-vous : aux premiers jours de l'informatique, la mémoire des ordinateurs était une denrée rare.Pour coder les dates, les programmeurs avaient pris l'habitude de retrancher les deux premiers chiffres de l'année; en éliminant tous ces « 19 » répétitifs, on économisait des milliers d'octets.Malheureusement, avec deux chiffres à sa disposition, un système informatique est incapable de distinguer l'an 2000 de l'an 1900, puisque tous deux sont représentés par « 00 ».Il risque alors de se croire un siècle plus tôt et de se mettre à calculer des dates à tort et à travers, ou même de tomber en panne.La solution ?Elle est toute simple : changer le format des dates en y ajoutant deux chiffres.Sauf que la tâche s'est révélée d'une ampleur colossale, car elle implique la vérification et la conversion minutieuse de tous les logiciels, systèmes d'exploitation et protocoles informatiques, sans oublier les données utilisées par tous ces programmes.Autre source de migraine : certains appareils possèdent une horloge interne contrôlée par un microprocesseur intégré (en anglais : embedded system).Dans bien des cas, le seul remède est de remplacer la puce désuète ou l'appareil en entier.Voici où nous en sommes à quelques semaines de l'échéance.irv j SECURITE PUBLIQUE Y a-t-il un chaos en vue ?Le bogue et le passage à l’an 2000 inquiètent sérieusement les forces de l’ordre.La GRC a émis une directive touchant ses 15 000 agents et 2 400 employés civils à l’effet qu’ils devront être en alerte entre les 27 décembre 1999 et 15 mars 2000.D’autres corps de police ont reçu des consignes semblables.Les Forces armées canadiennes ont mis sur pied un programme spécial, l’opération « Abacus ».Coût estimé : 386 millions de dollars ! Ses quelque 60 000 soldats, réservistes et civils ont reçu l’ordre de se préparer pour un déploiement massif dans l’éventualité où le bogue jetterait le pays dans le chaos.Au Québec, le réseau d’urgence du ministère de la Sécurité publique sera en alerte dès le 28 décembre.Après la leçon de la tempête de verglas de janvier 1998 et des inondations du Saguenay, on surveillera davantage les points critiques : eau potable, approvisionnement en nourriture, services d’urgence et secteur énergétique.Au centre d’urgence 911 de la Communauté urbaine de Montréal, on a aussi multiplié les précautions.« Notre centre de gestion des appels est relié à deux centraux téléphoniques et à deux sources d’alimentation électrique différentes, entre lesquelles on peut basculer en cas de problème », explique son directeur, Richard Boyer.(P.G) Pour en savoir plus Year 2000 Information Center : www.year2000.com/ Dossier An 2000 - Netsurf : www.netsurf.ch/an2000.html 24 Québec Science / Novembre 1999 Pour en savoir plus Défense nationale : www.gpnc.gc.ca/mainjntf.html SATELLITES Faut-il s'attendre à une pluie de satellites ?« La majorité des satellites sont immunisés contre le bogue, dit Gord Fraser, vice-président Services réseau, chez Telesat Canada.Les satellites n’utilisent pas de date, seulement des intervalles de temps.Ils n’ont donc aucune idée s’ils opèrent en 1999 ou en 1899.Et comme le coût d’un satellite, en incluant le lancement, varie entre 200 et 400 millions de dollars, on peut imaginer que tous les opérateurs de satellite ont effectué les travaux nécessaires.» En fait, les problèmes sont plus susceptibles de survenir sur Terre, dans les centres de contrôle, puisqu’on y retrouve une grande quantité de systèmes informatiques qui servent à calculer et à corriger la position des satellites.Chez Telesat, où le parc de quatre satellites géostationnaires dessert autant les télédiffuseurs que les militaires, les travaux sont en cours depuis 1997.Cela dit, même si le contact devait être rompu, un satellite ne retombera par sur Terre immédiatement, explique Gord Fraser.« Des commandes doivent être envoyées régulièrement pour repositionner le satellite grâce à ses fusées d’appoint.Mais ce n’est qu’après trois ou quatre semaines que les clients commenceraient à observer une détérioration du service.» En fait, un danger bien plus grand menace les satellites : en début d’année 2000, on s’attend à une recrudescence des éruptions solaires et des tempêtes électromagnétiques (voir Québec Science, octobre 1999), lesquelles sont susceptibles de mettre K.O.quelques satellites malchanceux.Il reste à espérer que le bogue et le Soleil n’uniront pas leurs forces.(P.C.) Pour en savoir plus Telesat Canada : www.telesat.ca/about/y2ktext_f.html TELECOMMUNICATIONS Y aura-t-il quelqu'un au bout du fil ?En juillet dernier, Bell Canada et une partie de ses abonnés de Toronto ont eu un avant-goût du bogue lorsqu’un incendie dans un central téléphonique a semé la pagaille dans tout le réseau.Bilan : des milliers d’abonnés privés de service téléphonique, paralysie des réseaux de guichets automatiques et de cartes de crédit, perturbation de l’activité de la Bourse de Toronto et d’Internet, etc.Heureusement, la panne n’a duré que quelques heures.Chez Bell, on s’est attaqué au problème dès octobre 1996.« Nous serons prêts sur tous les fronts — réseau terrestre, réseau cellulaire et réseau numérique », assure Denis Lalonde, vice-président adjoint pour le projet An 2000.En principe, la notion de date n’a aucune influence sur l’établissement des communications téléphoniques.Même si le système détecte une anomalie, la communication ira jusqu’au bout, quoi qu’il arrive.Cependant, le réseau est en interaction avec une multitude de systèmes connexes : messagerie vocale, télécopie, facturation, gestion des réparations, etc.Plus de 10 000 éléments du réseau de Bell et 600 systèmes représentant 83 millions de lignes de code informatique ont dû être mis à niveau.Les travaux — au coût de 350 millions de dollars — ont été complétés à la fin septembre.Chez QuebecTel, qui occupe 10 % du marché, on se dit également confiant.Tous les travaux sont terminés depuis juin 1998.« Pour une fois, nous sommes presque contents d’être une petite compagnie ! », plaisante Yvon Marquis, directeur du service aux utilisateurs.On s’est également assuré que tous les réseaux fonctionnaient bien entre eux.Stentor, qui regroupe les compagnies de télécommunications canadiennes, a orchestré une série de tests du 1er au 5 février dernier.Il a fallu tenir compte des nombreuses combinaisons possibles : ligne terrestre à ligne terrestre, ligne terrestre à sans fil, appel interurbain, appel international, avec carte d’appel, 911, etc.Aucune défaillance n’aurait été relevée.Malgré tous ces préparatifs, plusieurs entreprises et établissements publics possèdent des équipements potentiellement sensibles au bogue (standards téléphoniques, commutateurs, multiplexeurs).Mais, en définitive, ce que l’on redoute le plus chez les opérateurs de télécommunications, c’est l’habituelle surcharge du réseau durant la période des fêtes.Bref, si le téléphone ne répond plus, ce ne sera pas nécessairement la faute du bogue l (P.C.) Pour en savoir plus Bell Canada : www.bell.ca/an2000/ QuebecTel : www.quebectel.qc.ca/qtel/virage2000/index.htm Stentor : www.stentor.ca/year2000/fr/ Union internationale des communications : www.itu.int/y2k Québec Science / Novembre 1999 25 INTERNET Pourra-t-on encore surfer ?On le dit capable de survivre à une attaque nucléaire.mais le grand réseau Internet pourra-t-ü survivre au grand méchant bogue ?« Tous nos systèmes ont été mis à niveau, assure Denis Lalonde, responsable An 2000, chez Bell Canada (Sympatico).Par contre, on ne peut pas se prononcer sur Internet dans son ensemble.» Même son de cloche du côté du Réseau interordinateurs scientifique québécois (RISQ) : « Il n’y a pas de dinosaures dans le monde Internet, croit Luc Desrosiers, responsable An 2000.La technologie évolue tellement vite que le cœur du réseau repose toujours sur les équipements les plus récents.Mais en périphérie, là où l’équipement est relativement plus désuet, il y aura peut-être des problèmes mineurs.» L’Internet Society (ISOC) a mis sur pied un groupe de travail pour étudier la question.Son rapport, publié en juin dernier, est optimiste : la majorité des protocoles d’Internet sont conformes à l’an 2000.Cité dans le quotidien français Le Afomfe, Vinton Cerf, le cofondateur d’Internet, est lui aussi confiant : « Si je ne vois pas de crash majeur, je m’attends à de nombreux petits dysfonctionnements tout au long de l’année 2000 (courriel, langage HTML, Java, etc.).» « Chez les fournisseurs d’accès, le plus grand problème risque d’être du côté de la facturation, croit Luc Desrosiers.Personnellement, je regarderais attentivement ma première facture du mois de janvier.» (P.C.) 31 décembre », avoue Denis Chagnon.Par exemple, l’Amérique latine et l’Afrique accusent un retard comparativement aux pays occidentaux.Mais ce sont surtout les systèmes de navigation et les tours de contrôle qui présentent les plus grands risques de défaillance.L’OACI ira-t-elle jusqu’à interdire de vol certains espaces aériens ?L’organisme n’a pas ce pouvoir, explique Denis Chagnon.« En bout de ligne, dit-il, ce sont les pilotes et les compagnies aériennes qui décideront d’atterrir ou non dans une partie du monde.» (G.B.) SANTÉ Des pacemakers en panne ?Pour le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le travail à abattre était d’une ampleur démesurée.En plus de voir à la conversion des établissements hospitaliers, il fallait superviser des domaines aussi divers que les soins à domicile, les médecins en cabinet privé, les services ambulanciers, les pharmacies et la chaîne de fourniture de médicaments.Surprise : la note ne représente que la moitié du budget prévu de 500 mdlions de dollars.« On craignait énormément devoir remplacer du matériel, explique Louise Montreuil de la direction générale à l’adaptation à l’an 2000.Heureusement, une grande partie des équipements biomédicaux ne tiennent pas compte de la date et n’étaient donc pas affectés.» Selon les tests du MSSS, on a rien à craindre de l’équipement à domicile, ce qui inclut les stimulateurs cardiaques (pacemakers).Quant au Collège des médecins, il a demandé un effort à ses 17 000 membres pour vérifier l’équipement en cabinet.Il a également été recommandé aux médecins de ne pas prescrire de quantités inhabituelles de médicaments afin de ne pas entraîner de ruptures de stock.Autant du côté du ministère que du Collège, on est formel : « Il n’y a aucune raison de stocker des médicaments.» Même pas quelques aspirines pour le party du jour de l’An ?(P.C.) Pour en savoir plus Ministère de la Santé et des Services sociaux : www.msss.gouv.qc.ca/an_2000l Pour en savoir plus Internet Society : www.isoc.org/y2k/ The Internet and the Millennium Problem : www.ietf.org/rfc/rfc2626.txt Internet Year 2000 Campaign : www.nety2k.org/ AVIATION A-t-on besoin d'un parachute dans nos bagages ?« Dans plusieurs pays, le 1er janvier 2000 sera une journée de rou-tine », déclare Denis Chagnon, du siège social de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), à Montréal.Selon l’Organisation des Nations Unies, les pays d’Europe et d’Amérique du Nord sont actuellement fin prêts à affronter l’an 2000.Chez Air Canada, on a réalisé la conversion de tous les systèmes depuis juin 1999.Mais ce n’est pas le cas de toutes les compagnies aériennes.« L’ensemble de la planète ne sera pas prêt pour le AGRICULTURE Nos vaches sont-elles immunisées contre le bogue ?Même Caillette, une digne représentante de notre cheptel laitier, n’est pas à l’abri du bogue ! Le système automatisé qui lui apporte sa ration de fourrage comporte une puce informatique qui compte les jours ! Responsable du dossier An 2000 à la Fédération canadienne de l’agriculture, Jeff Atkinson explique que plusieurs types d’équipements agricoles sont truffés de puces informatiques.Les ventilateurs et les appareils de conservation sophistiqués, par exemple.La Fédération a réalisé auprès de ses membres un sondage en juin dernier sur le sujet : la moitié des agriculteurs n’avaient pris aucune mesure pour parer à d’éventuelles défaillances.Depuis ce temps, Jeff Atkinson soupçonne que les travaux n’ont guère progressé : « L’été est une saison très achalandée pour les producteurs.Et pour certains, il ne restera que l’automne pour se préparer.» (G.B.) 26 Québec Science / Novembre 1999 Anciens numéros Octobre 1998 Novembre 1997 Les grands mammifères disparus El Nino Dossier cerveau : les émotions 35 ans de science Octobre 1997 Gastronomie moléculaire Dossier cerveau : la mécanique du souvenir Les top modèles de laboratoire Astronomie Québec : les cadrans solaires Septembre 1997 Prodigieux cerveau La rentrée scolaire d’Internet Spécial télécommunications 5 questions sur le porc Juillet-Août 1997 Fin du monde : 4 scénarios La prouesse scientifique du clonage Naissance et évolution d’une tempête Astronomie Québec : objectif Lune Juin 1997 L'Univers invisible La médecine du cœur Dossier ovnis : 50 ans après Roswell Mai 1997 Les nanotechnologies La vraie nature des nouvelles drogues Les embryons humains Astronomie Québec : les comètes Décembre 1998/Janvier 1999 Votre me me Ira vous trompa Verglas ItJÉllIDDansilesGiBiice Il vous manque un Québec Science ?Le voici.Complétez votre collection.Retrouvez le dossier ou l'article qui vous intéresse.Plusieurs numéros de Québec Science sont encore disponibles.Certains sont en nombre très limité.Commandes honorées jusqu'à épuisement.Commandez dès maintenant.Lordbateur, la bombe et le Cl 4 Science Le jour J de Julie Le vrai compte à rebours, les risquas, l’entraînement des astronautes I I 111 «I Mai 1999 Avril 1997 Dossier innovations Nous aurons tous 100 ans ! L’énigme des placebos Mars 1997 Le retour des électrochocs La chasse aux nouvelles planètes Mines : que cache la Côte-Nord ?Net et télé : le mariage Février 1999 Deep Space 2 : cap sur Mars HCCtJi MYSTÈRE EN ARCTIQUE Février 1997 Les dix découvertes de l’année Dossier vaches folles TGV Québec-Toronto Décembre 1996-Janvier 1997 Dossier en avant Mars ! Livres : la bibliothèque idéale et la cuvée 96 des livres de science Cent bougies pour la radio Ritalin : ce qg'H tant savoir il»li Espace : de l'eau de raiHtelà ! sont manipulés Science Le bogue de l'an 2000 La seconde de vérité ¦k; a : Septembre 1998 Juillet-Août 1996 Antidopage à Atlanta Hubble, l’œil magique des astronomes 25 ans de spéléologie Juin 1996 Le guide des vacances 1996 Vie extraterrestre : sommes-nous seuls ?Comment le cerveau fabrique des images Mai 1996 Reproduction des fleurs Béton : la nouvelle génération Comment choisir un télescope ?Avril 1996 Les secrets de la conscience Le nucléaire tue encore Sillicon Valley, PQ Mars 1996 Comment on a bâti le Centre Molson Phoques : la banquise est pleine Naître ou ne pas naître violent L’apoptose Février 1996 Les 10 découvertes de l’année Voyager dans le temps 1995, la revue de l’année Décembre-janvier 1996 Astrologie : perdue dans l’espace La sécurité aérienne Les animaux qui se congèlent Le berceau des comètes Québec Numéros demandés : science Remplissez ce coupon et retournez-le avec votre paiement à: Québec Science, 525, rue Louis-Pasteur, Boucherville (Québec) J4B 8E7 Novembre 1996 Dossier sur les sectes Voler avec une aile La télémédecine au Québec Je commande_________numéros à 6,45 $ Total:.(poste, manutention et taxes incluses) TPS : 0,45$ TVQ : 0,52$ Nom Octobre 1996 La planète sans fil Dons d’organes : les porcs à notre secours L’Univers est-il plat ?Septembre 1996 Les superordinateurs de demain CANDU : la poubelle de la guerre froide ?Les mutants dans nos assiettes Ad resse________________________________ n° rue ville code postal Je paye par EZIchèque Visa (à l'ordre de Québec Science) N° de carte Signature_ app.province téléphone I I MasterCard Date d’expiration / Offre valide au Canada, jusqu'au 31 décembre 1999, selon la disponibilité.Étranger : tarifs sur demande.TPS : R 1335 97427 TVQ : 1013609086 Laurent Leblanc Le risque zero n’existe pas Spécialiste des technologies de /‘information, Yves Archer affirme que le Canada n'est pas prêt à aborder l'an 2000.même si nous sommes le pays le moins en retard à ce chapitre I Q.S.: Beaucoup d'entreprises fournissent des pourcentages d’avancement de leurs travaux.Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?Y.A.: Rien, cela ne veut strictement rien dire ! Même si les entreprises sont de bonne foi, il n'y a pas d'unité de mesure ni de standard pour vérifier leurs affirmations.L'absence d'une référence An 2000 diminue donc la crédibilité des pourcentages que fournissent les entreprises.Toutefois, je suis prêt à me fier à une entreprise qui fait valider sa démarche par un vérificateur indépendant.Cela dit, il faut retenir que le risque zéro n'existe pas.Q.S.: Quels sont les secteurs qui affichent une bonne préparation ?Y.A.: J'accorderais une bonne note aux entreprises financières.Elles ont commencé leurs travaux de conversion avant tout le monde, dès 1990.Par contre, je ne placerais pas les gouvernements sur le même pied.Les gouvernements ont commencé beaucoup plus tard que les entreprises financières.Une exception toutefois : les ministères du Revenu de chaque palier sont prêts.Ils ont eux aussi débuté dès 1990.Q.S.: Et qu'en est-il des entreprises privées ?Y.A.: L'insouciance règne dans le secteur privé.On prétend régler les bogues quand ils se présenteront.Or, qu'arrivera-t-il si les problèmes arrivent à tout le monde en même temps ?De plus, les PME sont vulnérables parce quelles dépendent souvent les unes des autres pour produire.Beaucoup se disent prêtes, mais, en réalité, elles oublient que leurs principaux fournisseurs ne le sont peut-être pas.Par effet domino, une entreprise peut donc se retrouver dans le pétrin.L'étude menée par Statistique Canada en février et mars dernier rapporte que 99,5 % des entreprises de plus de 250 employés seraient prêtes à passer l'an 2000.Par contre, en lisant bien, on a appris que 50 % de ces entreprises avaient jusqu'ici repoussé leur date butoir.La repousseront-elles encore ?Une autre étude commandée par un regroupement de petites entreprises américaines affirme qu'une PME sur cinq risque de faire faillite, ou d'avoir des problèmes graves.Un tel scénario peut littéralement mettre un pays sur le dos ! Q.S.: Vous n'êtes pas très optimiste ! Y.A.: Non, je ne le suis pas ! Mais il y a une consolation : le Canada est le pays le moins en retard.J'estime donc que, dans le monde entier, c'est au Canada que nous serons le plus en sécurité.Voilà pourquoi je resterai chez moi le premier janvier 2000 ! Propos recueillis par Gilbert Bégin GOUVERÎIEMEÏITS Rattraperont-ils leur retard ?La chasse au bogue prend des proportions titanesques dans la jungle informatique gouvernementale ! Au fédéral, par exemple, on a investi 2,5 milliards de dollars et mobilisé jusqu’à 11 000 personnes en période de pointe ! Mais les choses ont plutôt mal commencé dans les chantiers informatiques de nos gouvernements.En 1998, les deux paliers ont reçu les avertissements de leurs vérificateurs.Ces derniers disaient craindre sérieusement que certains services essentiels ne fonctionneraient plus à l’aube de l’an 2000.Depuis ce temps, de grands coups de barre ont permis de corriger la situation.« Notre niveau de préparation est passé de 43 % en juin 1998 à 99 % en juillet dernier », insiste Guy McKenzie, grand responsable du dossier An 2000 au gouvernement fédéral.Au gouvernement québécois, Michel Brown, coordonnateur en chef du projet An 2000, affirme pour sa part que la conversion des systèmes stratégiques est complétée depuis le mois d’août.Est-on immunisé pour autant ?Rien n’est moins sûr ! Compte tenu de la quantité astronomique de systèmes et d’équipements, on s’attend à des complications.« Il y aura des pépins, c’est certain ! », confie Guy McKenzie.(G.B.) BANQUES Doit-on garnir notre bas de laine ?Le 19 janvier dernier, Peter de Jager, gourou canadien et référence mondiale sur le bogue, en a rassuré plus d’un en déclarant que les banques canadiennes étaient parmi les mieux préparées du monde.Rien d’étonnant à cela, affirme Yves Hébert, directeur de l’Association des banquiers canadiens.Il rappelle que les banques se sont attaquées très tôt au bogue puisqu’elles ont connu des problèmes avant tout le monde au moment d’effectuer des calculs hypothécaires dépassant l’an 2000.Au total, l’opération anti-bogue des banques aura coûté la ronde- 28 Québec Science / Novembre 1999 % Xft fc lette somme de 1 milliard de dollars.Pourtant, même si tout semble se dérouler à merveille, l’état de préparation des petites et moyennes entreprises demeure le talon d’Achille de cette industrie.« Au cours de la dernière année, on a multiplié les rencontres de sensibilisation, affirme Yves Hébert.Toutefois, les entreprises doivent se prendre en main, on ne peut pas faire le travail à leur place.» À quelques semaines de l’heure H, que se passerait-il si les Canadiens étaient soudain en manque de liquidités ?Pas de problème.La Banque du Canada a prévu le coup.Elle imprimera des billets supplémentaires.juste au cas ! (G.B.) ÉïTERGIE Faut-il stocker des chandelles ?Une panne de courant généralisée s’étendant sur plusieurs jours, voire quelques semaines, fait évidemment partie des pires scénarios catastrophiques.La plupart des organismes interviewés pour ce dossier ont d'ailleurs admis s’être équipés, s’ils ne l’étaient pas déjà, de groupes électrogènes pour être autonomes si le bogue venait à frapper le réseau électrique.Chez Hydro-Québec, on prend évidemment la menace très au sérieux.Un projet pilote a vu le jour dès 1994, et la société d’État a investi 61 millions de dollars pour se prémunir contre le bogue.Les travaux se sont terminés en juillet 1999, et près de 4 000 logiciels et pièces d’équipement ont été passés au peigne fin.Cependant, la majorité des installations d’Hydro ont été cons-truites dans les années 60-70, si bien que la plupart des équipements sont analogiques et ne présentent aucun risque, explique Jacques Bédard, chef de projet An 2000.Au pire, les centrales et les postes de distribution peuvent même être exploités manuellement.« Alors qu’un 31 décembre normal mobiliserait 300 à 400 employés, nous en aurons de 1 000 à 1100 en poste pour tout opérer manuellement si les systèmes automatisés nous lâchent.» Même si les installations d’Hydro-Québec sont parfaitement conformes, le bogue a plus d’un tour dans son sac.Comme l’électricité ne peut être stockée, la production doit être adaptée en temps réel en fonction de la demande.Si plusieurs industries sont affectées par le bogue et cessent brutalement leur consommation, cette variation de tension peut provoquer l’instabilité du réseau et le conduire à sa perte.« Tous nos clients industriels dont la consommation dépasse 100 mégawatts ont été rencontrés individuellement pour s’assurer qu’ils étaient prêts », dit Jacques Bédard.Autre problème : comme les réseaux sont reliés, l’un d’eux peut entraîner ses voisins dans sa chute, par effet domino.Hydro-Québec possède notamment des interconnexions avec le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, New York et la Nouvelle-Angleterre.Mais, encore une fois, on se dit à Tabri : « Notre réseau n’est pas synchronisé avec ceux de nos voisins, explique Jacques Bédard.Le courant alternatif de notre réseau est converti en courant continu pour être reconverti en courant alternatif de l’autre côté.» En fait, nous sommes l’un des rares endroits en Amérique du Nord à posséder de tels liens asynchrones.« Cela exige plus d’investissements au départ, mais c’est aussi plus sécuritaire.» (P.C.) Pour en savoir plus Hydro-Québec www.hydroquebec.com/an2000/strategie/index.html Gaz Métropolitain www.gazmetro.com/Apropos/2000/index.html NUCLÉAIRE Un autre Tchernobyl est-il à craindre ?Les effets potentiels du bogue sur les 432 réacteurs nucléaires de la planète ne rassurent personne.En juillet dernier, l’Agence internationale de l’énergie atomique publiait un rapport sur l’impact du bogue dans certains pays de l’Europe de l’Est.On y signalait, entre autres choses, qu’une panne du réseau électrique augmenterait les risques de panne à l’intérieur des centrales pouvant provoquer un accident nucléaire grave.Peu confiante dans l’état de préparation des systèmes informatiques en Ukraine, l’ambassade de France à Kiev a déjà recommandé à ses ressortissants de quitter le pays si leur présence n’était pas indispensable du 20 décembre 1999 au 17 janvier 2000.Si certaines nations, comme la France (80 % de sa production électrique) et l’Allemagne (31 %), dépendent beaucoup de l’énergie nucléaire, ce n’est pas le cas ici.Au Québec, une seule centrale, Gentilly 2, est en activité.Mise en service en 1982, la centrale de Gentilly fonctionne à l’aide d’un réacteur CANDU 6, dont la conception remonte à la fin des années 70.« La plupart des systèmes sont analogiques, explique Michel Beaudet, chef des services administratifs à la direction production thermique et nucléaire d’Hydro-Québec.Dans le pire des cas, nous avons pu observer des problèmes d’affichage, mais cela n’empêchait pas le réacteur de fonctionner.» Entrepris en 1997, tous les travaux ont été complétés en juin 1999 à la pleine satisfaction de la Commission de contrôle de l’énergie atomique du Canada.Durant l’arrêt d’entretien annuel de la centrale, l’été dernier, les systèmes ont également fonctionné à l’heure de l’an 2000 durant quelques semaines.De plus, un simulateur, qui est une réplique exacte de la salle de commande, opère en l’an 2000 depuis la fin de Tannée 1998.Durant la période critique, l’équipe de Gentilly suivra la situation des réacteurs autour du globe, en gardant un œil attentif sur la Corée, qui passera le 1" janvier avant nous et qui possède un réacteur CANDU identique à celui de la centrale québécoise.(P.C.) • Pour en savoir plus Agence Internationale de Ténergie atomique (ONU) : www.iaea.org/worldatom/program/y2k/ BASIC - Nuclear Futures : www.basicint.org/y2kmain.htm Québec Science/Novembre 1999 29 Illustrations : Jegou/Publiphoto t WÊÈÊËtÉÊËËf^.Æ"#’ : ='im- .Æl .^QGf>LL.' Anthropologie PREH La p’tite vie IQUE COUP D’ŒIL SUR LA VIE DES 1 O OOO HUMAI NS QUI PEUPLAIENT l’Europe en l’an 20 OOO AVANT NOTRE ÈRE.par Louise Desautels * N.D.R.: Toutes les dates mentionnées dans le texte remontent à avant Jésus-Christ.30 Québec Science / Novembre 1999 Il y a moins d’une décennie, on enseignait dans toutes les universités du monde qu'Homo sapiens sapiens est apparu il y a 35 OOO ans.Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence : il est probablement beaucoup plus ancien qu’on ne le croyait.Son histoire s’est également déroulée en de nombreuses régions du globe.L’Europe en tant que foyer de l’homme moderne est une fable du siècle passé.Les tout débuts de Homo sapiens font encore l’objet d’une vive polémique (vofr l’encadré à la page 32).Mais les vestiges des humains qui nous ressemblent le plus ont été identifiés en Afrique du Sud (près de 100 000 ans), au Moyen-Orient (plus de 100 000 ans), au nord de l’Afrique (75 000 ans), en Asie (60 000 ans), en Australie (40 000 ans), en Europe (35 000 ans) et en Amérique (12 000 ans).On ne parle ici ni de l’homme de Néanderthal, ni de celui de Java ou de Pékin, mais bien de personnes dotées d’un cerveau d’environ 1400 centimètres cubes, maîtrisant le feu, capables de développer des outils sophistiqués et de communiquer entre elles par des signes de plus en plus élaborés, et portées à ensevelir leurs morte.Bref, des hommes de Cro-Magnon comme vous et moi. Comment vécurent nos ancêtres directs ?Les préhistoriens commencent à mieux comprendre la vie de ceux qui s’installèrent en Europe.« C’est là où les scénarios sont les mieux établis et où on a le meilleur portrait des différentes époques d’occupation », explique Serge Lebel, professeur d’archéologie au département des sciences de la Terre de TUniversité du Québec à Montréal, et responsable de sites de fouilles néander-thaliens en France, au Bau de l’Aubésier.On situe l’arrivée A'Homo sapiens sapiens en Europe vers 40 000 ans avant notre ère.Mais les plus anciens vestiges remontent à 35 000 ans : ce sont les ossements de quatre adultes et de quelques enfants entourés d’outils et de coquillages trouvés dans l’abri sous roche de Cro-Magnon, dans le sud de la France.Cette grotte donnera son nom à toutes les populations humaines qui ont vécu en Europe entre 40 000 et 10 000 années avant Jésus-Christ, période que les archéologues nomment le Paléolithique supérieur.On croit qu’au milieu de cette période l’Europe comptait environ 10 000 habitants.du Paléolithique supériem-, est éloquente : plus de la moitié de ces personnes sont mortes avant l’âge de 21 ans, neuf hommes ont dépassé la quarantaine, mais aucune femme n’a franchi la trentaine ! Plus rassurante sur le sort de nos aïeux, une autre étude confirme que la plupart des fractures osseuses de l’époque sont réparées, ce qui suppose la capacité d’immobiliser consciemment le membre avec des attelles, parfois après avoir remis les os en place.Ces hommes de Cro-Magnon, probablement partis du Moyen-Orient, arrivent en Europe avec des outils très développés, qu’ils ne cesseront d’améliorer.« Sur le terrain, nous assistons à une véritable révolution technologique : la taille de la pierre se spécialise rapidement, les grandes lames se multiplient et on voit apparaître une standardisation des techniques qu’on ne retrouvait pas chez les Néanderthahens », explique Serge Lebel.Au fd des siècles, des styles régionaux se développent, mais les progrès technologiques se transmettent d’un bout à l’autre du territoire.À la science de la pierre, s’ajoute Dans la grotte dïftascaù^Oes dessins d'anim^ix ne représenteraient passes scènes de chasse, cajon y voit peu de cervidés, qui constipaient à l'époque ressentie! de l'alimentation.Un langage religieux ?| Les hommes de Cro-Magnon avaient la vie dure.Nomades à la recherche de rennes, ils vivaient en petits groupes, souvent à proximité du glacier qui recouvrait la partie nord du continent.« Leurs os montrent habituellement des traces de rachitisme, de malnutrition, de coups et de blessures », rappelle Alain Delisle.L’étude de 76 squelettes, provenant d’Europe et d’Asie celle de l’os, de l’ivoire et du bois de cervidé.Le harpon arrivera plus tard, autorisant des pêches efficaces qui contribueront à une certaine sédentarisation.On sait que les hommes de Cro-Magnon ont profité des abris naturels, mais ils utilisaient aussi la tente.Les campements à ciel ouvert pouvaient être impressionnants.Ceux de Dolni Vestonice, en République tchèque, montrent qu’on creusait le sol d’environ un mètre avant de planter les poteaux sur lesquels on tendait les peaux.Daté de 27 000 ans, ce site accueillait jusqu’à 125 personnes.En France, qui est la région en Europe la plus riche en sites du Paléolithique supérieur, les campements à ciel ouvert sont les plus rares.Cela s’explique d’abord parce que le sud du pays est une région calcaire qui renferme quantité de cavernes.Mais si les sites de grottes sont fréquents, rappelle Serge Lebel, « c’est parce que nous savons où les chercher, alors que les sites ouverts ont disparu, ont été perturbés ou n’ont simplement pas encore été repérés ».en V 4- ¦T'-PA Une sépulture à Grimaldi, en Italie.Elle témoigne de l'importance qu'on accordait à la mort.Ouverts ou fermés, les campements sont surtout saisonniers.Ce n’est qu’à la période du Paléolithique supérieur qu’apparaissent les lieux occupés à l’année.Toute l’organisation spatiale s’établit autour du feu, notamment les aires de travail : préparation des peaux, taille de la pierre, sculpture du bois et des os, etc.L’organisation hiérarchique transparaît dans la façon dont on enterre les morts.La sépulture de deux petits garçons à Grimaldi (Italie), parés de ceintures de coquillages (30 000 ans), ou celle de deux adultes et deux enfants à Sungir (Russie) avec leurs bracelets, anneaux et perles d’ivoire, ainsi que leurs armes ornementées (23 000 ans) montrent que certains morts étaient traités avec plus d’égards que d’autres.Québec Science / Novembre 1999 31 LE BERCEAU AFRICAIN La génétique pourrait bientôt nous raconter la véritable naissance du premier groupe d'humains modernes.Il n'est peut-être pas nécessaire de remonter à plus de 200 000 ans pour retrouver la trace & Homo sapiens.En effet, la génétique des populations laisse planer l'idée d'un foyer unique récent, commun à tous les habitants actuels de la Terre.Ce foyer serait localisé en Afrique.Mais la cause n'est pas entendue, et les paris restent ouverts.En effet, trois modèles se proposent actuellement d'expliquer la provenance des six milliards d'Homo sapiens actuels.Les deux premiers modèles ont été présentés au début des années 90, et le troisième, plus récent, tente de concilier, dans une certaine mesure, les deux camps.L'un de ces modèles, avancé par les paléoanthropologues, fait remonter l'ancêtre commun jusqu'à 1,5 million d'années.À partir de cette époque, de multiples groupes d'Homo erectus venus de l'Est africain (voir l'encadré à la page 33) auraient graduellement occupé toute l'Afrique, le Proche-Orient, l'Asie et l'Europe.Ces humains archaïques auraient évolué à l'intérieur de chaque continent, sans contact entre eux, pour donner simultanément naissance à Homo sapiens.L'Europe ferait cependant exception à cette règle puisque les vestiges archéologiques montrent qu'Homo neanderthalensis, après y avoir vécu plusieurs dizaines de milliers d'années, a été remplacé sans métissage significatif par des Homo sapiens, probablement venus du Proche-Orient.Le deuxième modèle emprunte à la génétique des populations.Ce scénario « de l'origine unique » ou « de l'arche de Noé » suggère que Homo sapiens sapiens serait né en Afrique, il y a 200 000 ans.Quelques milliers d'années plus tard, l'espèce se serait dispersée; d’abord au Proche-Orient puis en Afrique du Nord, en Asie, en Australie, en Europe et finalement en Amérique.Cette arrivée coïnciderait à peu près avec la disparition des descendants d'Homo erectus ou d'autres espèces précurseurs d'Homo sapiens, partis d'Afrique longtemps auparavant et déjà établis dans ces contrées (sauf en Amérique).Le troisième scénario est celui de « l'évolution réticulée ».Ce modèle ajoute au premier l'existence de contacts culturels et génétiques entre les différentes populations.Cette hybridation aurait permis l'occurrence d'une espèce unique, Homo sapiens sapiens, marquée par des différences continentales.L'arrivée de la génétique dans l'étude de la préhistoire bouscule la paléontologie.« Pour interpréter le passé, il existe des faits et des 32 Québec Science / Novembre 1999 Crâne d'un homme de Cro-Magnon, notre ancêtre direct.r ¦ , - .fables, avance Alain Delisle, coresponsable du site de fouilles néanderthalien de Champ-Paillard, en France.Comme archéologue de terrain, j'ai appris à m'en tenir aux faits que sont les outils de pierre et les ossements.Mais je comprends que les fables semblent plus intéressantes.» Les faits, dans ce cas-ci, sont une série d'os trouvés en Asie et qui montrent une progression chronologique constante vers un squelette d'Homo sapiens sapiens.Dans cette continuité morphologique, on ne décèle aucune trace d'apport africain tardif.Mais, comme l'écrivait le biochimiste Allan Wilson en 1991 : « Les paléontologues ignorent si les fossiles qu'ils observent n'ont pas conduit à un cul-de-sac évolutif.Alors que les biologistes moléculaires savent que les gènes qu'ils étudient ont été transmis d'une génération à l'autre.» Le modèle de l'origine unique repose sur cette transmission des caractéristiques génétiques.Des généticiens américains ont d'abord analysé l'ADN mitochondrial (présent dans toutes les cellules, mais uniquement transmis par la mère) de quelque 250 autochtones des 5 continents.On sait déjà que, chez des frères et sœurs, cet ADN est presque identique, ce qui n'est pas le cas entre cousins, parce qu'il y a entre eux plus de mutations étant donné que le « modèle de départ » remonte à la grand-mère.C'est ce qui expliquerait pourquoi l'origine des hommes actuels se situerait en Afrique : parce que c'est entre Africains et non-Africains que les distances génétiques sont les plus grandes.La seconde conclusion se rapporte à l'époque où vécut la « première » mère.En estimant la vitesse d'accumulation des mutations, on obtient une date : 200 000 ans.Depuis une décennie, d'autres études génétiques ont été entreprises et appuient en gros l'hypothèse du berceau africain d'Homo sapiens, tout en faisant varier la date de cette origine.Une analyse des gènes transmis sur le chromosome Y a même offert leur revanche aux hommes, dont le « premier » père serait également africain.sauf qu'il aurait vécu il y a 400 000 ans ! L'équipe de Luigi Cavalli-Sforza, de l'Université de Stanford (Californie), a par ailleurs comparé des cartes de distance génétique et de parentés linguistiques : l'adéquation est presque parfaite et milite encore une fois pour une origine africaine commune.Mort,naissance,puberté,mariage : nos ancêtres accordaient sans doute une grande importance à ces étapes cruciales de la vie.Ce phénomène se mani feste dans l’art, qui apparaît et se développe tout au cours du Paléolithique supérieur.L’art surgit d’abord sur des parois rocheuses et prend la forme de vulves stylisées associées à la fécondité (30 000 ans).Puis émerge une multitude de représentations symboliques sur les objets de bois, d’os et d’ivoire.Cehes qui frappent le plus l’imagination sont les statuettes féminines dites de Vénus (29 000 à 22 000 ans).Celles-ci montrent des femmes aux seins, aux fesses et au ventre hypertrophiés.Ces Vénus se retrouvent en grand nombre partout en Europe.« Sur 2 000 km, de l’Atlantique à la Sibérie, on a trouvé des figurines d’os, de pierre ou d’argüe présentant des traits semblables, dit Serge Lebel.On ne peut avoir de meilleur indice d’un réseau de communication, d’échange et d’influence qui s’étend sur de grandes distances.» L’art pariétal des cavernes apparaît vers 23 000 ans avant notre ère et connaît son apogée entre 17 000 et 12 000 ans, avec les fresques polychromes comme cehes de Lascaux.Les parois décorées de dessins et de reliefs se retrouvent avant tout dans le sud de la France et le nord de l’Espagne, où l’on compte au moins 180 des 200 grottes ornées de toute l’Europe.Parmi les müliers de dessins qui s’y trouvent, les symboles habituels de la fécondité ont presque disparu.On y voit souvent le contour de mains humaines et plus rarement une silhouette mi-homme, mi-animal.Autrement, toute la place est occupée par des images d’animaux : chevaux, bisons, lions, etc.« Bizarrement, alors que les chasseurs de l’époque se nourrissaient à 99 % de viande de renne, on voit très peu de cervidés sur les parois », note le paléoarchéologue Alain Delisle.Les scènes ne représentent donc pas de simples récits de chasse.« Lorsqu’on pénètre dans les galeries ornées, il n’y a rien de narratif et on est complètement perdu », témoigne Serge Lebel, qui a eu le privilège I de visiter la « vraie » grotte de 1 Lascaux (fermée aux touristes et | maintenue à la température très 1 froide de l’époque).| Selon le classement de l’ethno-| logue français André Leroi-Gourhan, certaines espèces sont toujours associées l’une à l’autre, comme le bison et le cheval, qui sont aujourd’hui vus comme des symboles féminins et masculins.André Leroi-Gourhan a également attiré l’attention sur la localisation des dessins dans l’architecture complexe des cavernes.Le néophyte retient, de Lascaux, ses grandes voûtes colorées.Mais, dans la plupart des grottes, les dessins apparaissent rarement près de l’entrée, où s’établissait le campement.Ils sont plutôt dans les salles secondaires.Certaines d’entre elles ne peuvent être atteintes qu’après avoir rampé dans d’étroits passages et franchi des obstacles considérables.On trouve les dessins aux endroits les plus inattendus, l’artiste ayant peut-être voulu profiter d’un relief naturel de la roche ou cherché à provoquer certaines émotions.Dans la grotte d’Altamira (nord de l’Espagne), par exemple, le couloir le plus profond et étroit est chargé de dessins, alors que certaines salles, vastes à souhait et situées plus près de l’entrée, en sont dépourvues.L’ensemble fait penser à un parcours initiatique.Cette association entre l’art pariétal et les réunions rituelles est également suggérée par certains vestiges trouvés sur le sol des cavernes.« Jusqu’à récemment, quand un archéologue découvrait une caverne ornée, il s’occupait trop peu du contexte des sols, rappelle Serge Lebel.Nous allons sans doute pouvoir en apprendre plus avec les nouvelles grottes comme celle de Chauvet (France), découverte en 1994, où on a dès le départ évité les piétinements.» Ainsi en est-il des nouvelles galeries découvertes dans des grottes aussi célèbres que celle de Niaux (France).À l’écart de la salle ornée déjà connue, des archéologues ont déniché un petit corridor qu’ils ont suivi sur près de 1 000 m, franchissant ainsi trois lacs souterrains.Au bout du périple : une salle dont le sol, non perturbé depuis des millénaires, montrait des empreintes humaines aux allures de chorégraphie.Les traces de pas sont celles d’adolescents, mêlées à celles d’adultes.Ailleurs, on a trouvé par terre des flûtes et des vestiges d’autres instruments de musique.En plus de la datation au carbone 14 pour la période de moins de 40 000 ans, les spécialistes du Paléolithique supérieur disposent maintenant de tout un arsenal d'in- vestigation.Dans les prochaines armées, dit Serge Lebel, les archéologues devront réexplorer tous les sites et reprendre les datations, par exemple en s’attardant aux pigments des peintures ou aux lipides des sols noirs.« Une quinzaine de spécialistes de différentes discipline travaillent sur mon site néanderthalien de Bau de l’Aubé-sier : l’archéologie est devenue un domaine multidisciplinaire.» Que se passe-t-fi entre la fin du Paléolithique supérieur et le moment où la généalogie prend le relais de l’histoire des individus ?Il y a la domestication des plantes sur tous les contments et celle de nombreuses espèces animales, la naissance de l’écriture en Égypte, l’émergence des grandes civilisations chinoises, grecques et romaines, incas et mayas.• Campement d'Homo Erectus.DÉFINIR L’ESPÈCE suis® /Vv.Qu’est-ce qu'une espèce ?Voilà une question qui revient sans cesse lorsqu'on s'intéresse à la préhistoire.Par exemple, l'homme de Néanderthal est-il une espèce distincte d'Homo sapiens ?Et ceux qu'on regroupe sous le nom fourre-tout d'Homo erectus pourraient-ils comprendre plusieurs espèces, comme le suggère de récents efforts de reclassification ?« Une espèce est un ensemble d'individus capables de se reproduire entre eux », rappelle Cyrille Barrette, professeur de biologie à l'Université Laval.Mais cette définition n’est pas très utile aux paléontologues, qui doivent plutôt se contenter de regroupements morphologiques.De plus, la reproduction est possible lorsque deux espèces sont près de la confluence, à l'échelle de l'évolution, comme le loup et le coyote de nos jours, et peut-être comme certains Homo erectus.Le seul recours à la morphologie pose en fait une sérieuse limite à ceux qui veulent tracer le cheminement évolutif menant à Homo sapiens sapiens.Plusieurs différences entre les boîtes crâniennes, par exemple, peuvent être attribuables à des variations normales entre individus.« Je vous gage que, dans le métro à l'heure de pointe, je peux vous trouver un crâne de Néanderthalien », caricature Alain Delisle.La génétique présente des limites semblables.On peut établir des différences entre des codes génétiques, mais à partir de quand ces différences sont-elles suffisantes pour parler d'espèces distinctes ?Québec Science / Novembre 1999 33 CV.-5 ' fs*’} w‘ '- - •.‘ .^«ük Illustration : Alain Massicotte ÆMm HH il Psychologie I I Elle a plusieurs visages Paranoïaque, nous le sommes tous un peu.Ce n’est pas pour rien que le mot paranoïa, autrefois réservé au jargon psychiatrique, s’est répandu pour entrer dans le langage courant.Mais il y a la petite paranoïa de tous les jours, celle dont on rit, et la véritable paranoïa qui, si elle n’est pas soignée, peut être fatale.Dans la vie de tous les jours, le mot paranoïa est malheureusement utilisé à toutes les sauces, un peu comme le terme bum out, déplore le psychologue Camille Zachia, conseiller en activités professionnelles à l’Hôpital Douglas.En fait, au sens strict, le mot paranoïa signifie « qui est hors de son propre esprit ».C’est pourquoi on a longtemps confondu les notions de démence et de paranoïa.Ce n’est plus le cas aujourd’hui : selon la psychiatrie, il existe même différentes paranoïas.Si bien qu’il est impossible d’obtenir une définition précise de ce qu’est LA paranoïa puisque le terme lui-même n’est à peu près plus employé parles psychiatres ! « On parle plutôt de symptômes paranoïdes qu’on retrouve dans plusieurs maladies bien distinctes », confirme le docteur Pierre Lalonde, psychiatre à la clinique des jeunes adultes de l’hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine.La paranoïa n’est donc pas un trouble ou une maladie en soi, mais bel et bien sa manifestation.De plus, la gravité de ces troubles et maladies varie beaucoup.Certaines maladies liées à un dérèglement du métabolisme dû à une mauvaise nutrition ou à un mauvais fonctionnement de la glande thyroïde (c’est souvent le cas chez les personnes âgées) sont passagères.L’usage de drogues peut avoir un effet similaire.Après avoir fumé un joint de marijuana, par exemple, certaines personnes vont se laisser envahir par une paranoïa qui disparaîtra dès que les effets du THC, l’ingrédient actif de la drogue, se sont estompés.L’usage de drogues plus dures comme les hallucinogènes peut cependant entraîner des symptômes permanents.Les autres troubles entraînant des symptômes paranoïdes sont plus solidement ancrés chez la personne qui les subit.Le plus commun est sans aucun doute le trouble de personnalité paranoïde, l’un des neuf troubles de personnalité identifiés à ce jour.Les personnes atteintes ont en commun un complexe de persécution qui leur empoisonne l’existence, et qui est intimement lié à leur vie de tous les jours.La peur d’être attaqué le soir en pleine rue, la crainte d’être contaminé par un quelconque virus ou l’éventuelle tricherie d’un conjoint sont de fréquents déclencheurs de ce trouble.La paranoïa n’est pas une maladie, mais la manifestation de différents troubles.Du plus banal au plus grave.par Marie-Pier Elle Québec Science/Novembre 1999 35 Lorsque les éléments concrets à l’origine de la paranoïa sont exagérément amplifiés, on commence à parler de trouble délirant paranoïaque.« Un de mes clients a déjà défait toutes les prises de courant de son appartement parce qu’il croyait y trouver des micros dissimulés », raconte Jacques Lesage, psychiatre à l’Institut PMippe Pinel.En ajoutant les hallucinations à tout cela, on grimpe encore d’un échelon et on est victime de la schizophrénie paranoïde.Contrairement à la précédente, où le discours reste cohérent et organisé chez la personne atteinte, on se trouve maintenant en présence d’un individu qui a manifestement perdu tout contact avec la réalité.Cela dit, insiste le docteur Pierre Lalonde, à part l’adjectif “paranoïaque”, ces troubles n’ont rien en commun et il ne s’agit aucunement de stades plus ou moins avancés d’un même problème.» Les troubles délirants et la schizophrénie, moins fréquents et mal compris, pourraient être d’origine génétique, bien que les pistes soient encore floues.En ce qui concerne le trouble de la personnalité paranoïaque, le problème serait relié au développement de l’individu.Une blessure narcissique remontant à la petite enfance est souvent évoquée : manque d’affection maternelle ou absence d’identification au père.À l’âge adulte, la persécution deviendrait le prétexte idéal pour se retrouver enfin au centre du monde et briser l’indifférence dont on a trop souffert.« C’est un mécanisme de défense, simplifie le psychologue Marc Doucet.On souffre à l’intérieur et on choisit de déplacer le problème à l’extérieur.» C’est ce qu’on appelle de la projection : afin d’évacuer une angoisse personnelle, on se choisit une tête de Turc, préférablement sournoise et méchante, dans son environnement immédiat.Le processus est tout à fait normal.pour un enfant de trois ans ! « Cette phase paranoïaque fait d’ailleurs partie du développement psychologique de tous les êtres humains », affirme Marc Doucet.Cependant, si la plupart des gens la surmontent, d’autres n’y parviennent pas.Plutôt que de confronter leurs démons, ces gens choisissent alors de leur donner vie à travers des personnes qui ne les aiment pas, et font parfois tout ce qui est en leur pouvoir pour leur empoisonner l’existence.On dit par exemple que jamais un paranoïaque n’admettra qu’il n’a qu’une 36 Québec Science / Novembre 1999 Une phase paranoïaque fait partie du développement psychologique de tout individu.Elle se déroule aux environs de trois ans.Toutefois, certaines personnes n’arriveraient pas à surmonter cette étape.Pourquoi Z La psychiatrie reste sans réponse.piètre estime de soi, préférant s’attaquer à une personne qu’il admire.et s’imaginer que cette personne le déteste ! Le narcissisme est également fréquent chez ces individus qui ont tendance à croire que les gens autour d’eux les envient.Ce qui est paradoxal puisqu’ils manquent de confiance en eux-mêmes ! « C’est une façon de compenser, explique Marc Doucet.La personne s’imagine qu’elle est extraordinaire et finit par le croire.» Une chose est certaine : le paranoïaque lit chez l’autre ce que ce dernier ne soupçonne pas lui-même.Du moins, c’est ce que Freud a écrit ! Camille Zachia cite un exemple fort éloquent, illustrant à quel point le paranoïaque est prisonnier de scénarios qu’il fabrique lui-même de toutes pièces.Une femme enceinte dans le métro se plante devant un individu qui, absorbé dans la lecture de son livre, ne lui cède pas sa place.Elle pourrait l’interrompre pour lui expliquer poliment qu’elle aimerait s’asseoir.Mais si elle a des tendances paranoïdes, elle arrivera toujours à la même conclusion : « Il se fout de moi », ou pire, « Il fait exprès pour m’embêter ».Évidemment, le pauvre type, lui, n’a aucune idée de la tempête intérieure qu’il provoque involontairement.Transposée au couple, la scène précédente est un classique du genre.« Mais qu’est-ce que j’ai fait ?», demande un conjoint pour tenter de mettre fin à une bouderie qui dure depuis trop longtemps.« Et en plus, tu joues les innocents », réplique l’autre, en plein dialogue intérieur avec ses propres fantômes.Lorsqu’on vit avec un paranoïaque, deux solutions s’offrent à soi : la fuite ou la patience.Des montagnes de patience.Si on essaie de se disculper, chaque argument constitue pour l’autre une nouvelle arme.Si on ne se défend pas, %;' c’est pire : il ne voit dans ce silence qu’un aveu de culpabilité.Difficile, dans ces conditions, de ne pas perdre patience.Or, tous les psychologues et psychiatres s’entendent là-dessus, c’est la dernière chose à faire ! « N’allez surtout pas dire à un paranoïaque qu’il est paranoïaque », prévient Jacques Lesage.Cela serait de toute façon inutüe : même devant l’évidence, la paranoïa cède difficOement.Peu importe qu’elle emprunte la forme d’un trouble de la personnalité, d’un trouble délirant ou d’une schizophrénie, il n’y a rien de pire que de la désigner parson nom.« Si mon patient n’a jamais trouvé les micros dont il me parlait après avoir défait tous les murs de son appartement, se remémore Jacques Lesage, c’est qu’ils étaient très bien cachés, tout simplement.» À la rigueur, un thérapeute pourra faire un bout de chemin avec son patient en prenant part à son délire afin de comprendre un peu ce qui se passe dans sa tête, sans entrer en confrontation directe avec lui.Et la désactiver, est-ce possible ?C’est très difficile : « Il n’est pas facile de changer une personnalité », résume Pierre Lalonde.Certains cas de troubles délirants et de schizophrénie paranoïde ne pourront être contrôlés que sous médication.Les antipsychotiques, administrés dès l’apparition des premiers symptômes, bloquent la transmission de dopamine dans certaines parties du cerveau et freinent l’apparition du délire.tout en inhibant certains processus cognitifs.Mais, selon Pierre Lalonde, « les avantages surpassent largement les inconvénients ».Par définition, les paranoïaques n’ont pas tendance à consulter pour leur problème.Car ils ignorent en avoir-un, et qu’ils sont méfiants de nature.C’est pourquoi certains cas très graves échappent encore à l’attention.Calme en apparence, un individu en pleine crise peut tout à coup décider de se faire justice lui-même s’il se sent agressé.Certains psychotiques paranoïaques sont allés jusqu’à tuer.Par exemple, Timothy McVeigh, auteur de l’attentat d’Oklahoma City, était convaincu d’avoir dans le crâne un implant d’origine extraterrestre.Et plusieurs tireurs fous se sont avérés être d’authentiques paranoïaques.« Ce sont tout de même des événements exceptionnels, tient à préciser Camillo Zachia.Bien qu’imprévisibles, ces gens ne sont pas nécessairement plus dangereux que n’importe qui d’autre.» Marc Doucet affirme également que, dans une certaine mesure, on peut considérer que la société tout entière est affligée de ce mal : « On a aujourd’hui affaire à un phénomène paranoïaque social.» Une forme de désespoir généralisé qui trouverait son exutoire dans la crainte presque irrationnelle qu’une collectivité nourrit à l’égard de certains événements : le bogue de l’an 2000, la vache folle, les prises d’otages et les meurtres en série, pour ne mentionner que ceux-là.« Dans le passé, c’étaient les vampires et les sorcières, puis les catastrophes naturelles, et maintenant c’est autre chose.Bien que toutes ces craintes aient un fondement réel, dit-il, elles constituent une réaction de défense à un sentiment général d’impuissance et de faiblesse.» Même s’il préfère parler d’angoisse existentielle plutôt que de paranoïa collective, Jacques Lesage constate qu’on assiste présentement à une véritable commercialisation de l’anxiété par la médias.« Les grandes chaînes de télé font des fortunes en exploitant un besoin de base de l’individu : être rassuré.» Heureusement, certaines personnes ont la paranoïa plus douce.Comme cette dame rencontrée à la sortie d’un supermarché, qui fait des provisions depuis près de six mois pour ne pas être prise au dépourvu le jour du fameux bogue de l’an 2000.Elle a stocké, dans son sous-sol, de quoi survivre plusieurs mois à une catastrophe majeure.« Il faut être prévoyant, affirme-t-elle, puisqu’ils Font dit à la télé.» Un tantinet paranoïaque, la bonne dame ?« Pas du tout, se défend-elle.Mais n’écrivez pas mon nom : je ne veux pas que les gens se “garrochent” sur moi quand ils n’auront plus rien à manger.» • Québec Science/Novembre 1999 37
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