Québec science, 1 janvier 2002, Novembre
;er m INQ I syncope f>le virtuel > la réalité augmentée loi de poste - publications - Enregistrement ¦38024.525.rue Louis-Pasteur.Boucherville, pbec, Canada J4B8E7 Acupuncture, ostéopathie, hypnose, ayurvéda erapie, herboristerie ante L'Organisation mondiale uc veut en avoir le cœur La revanche des guérisseurs ?wm 773333019949 5- - Ys'kiiS Inspirez Parc national de la Gaspésie Gîte du Mont-Albert Place au spectacle! Mettez le cap sur le Parc national de la Gaspésie.Venez savourer les plaisirs de l'hiver sur un territoire de 802 km2 et découvrez les montagnes les plus majestueuses à l'est des Rocheuses.Après une journée riche en activités, vous pourrez vous détendre au Gîte du Mont-Albert, une auberge au cachet irrésistible, reconnue pour son excellente cuisine et son personnel chaleureux.Réservez dès maintenant et préparez-vous à vivre une expérience absolument unique ! 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PHOTO DE LA PAGE COUVERTURE : ARSENIO CORÔA X 1 12 Le scalpel ou la souris Un logiciel peut-il remplacer un cadavre pour initier nos futurs médecins aux secrets du corps humain ?par David Abesdris Chronique Innovation 16 Coup de froid au cœur Grâce au froid, les cardiologues peuvent mettre hors service les cellules défectueuses et dangereuses.par Catherine Dubé Planète ADN 17 Le retour de la Vénus hottentote La science a ses préjugés.Saartje Baartman en est morte, il y a plus de 200 ans.par Jean-Pierre Rogel I 6 L’empêcheur de penser en rond Yves Gingras n'aime pas les idées reçues.Il les traque jusqu'au cœur du discours scientifique ! par Gaëlle Lussiaâ-Berdou l'événement BAR DES SCIENCES 9 Rio +10 ou Rio -10 ?« L’environnement est-il une cause perdue ?» Un grand débat pour souligner la clôture du dernier Sommet de la Terre.Lendemain de veille.par Laurent Fontaine TS- ALPHA PRESSE/BIOIS ENVIRONNEMENT 18 Une alliance qui sent mauvais Maïs et cochons s'entendent comme larrons en foire.par Mathieu-Robert Sauvé CLIMATOLOGIE 24 II n'y a plus de saisons Quel temps fait-il ?On ne sait plus ! La météo semble détraquée.et de plus en plus violente ! par Marie-Pier Elie SANTÉ 30 La revanche des guérisseurs ?Efficaces ou pas, les médecines traditionnelles ?L’Organisation mondiale de la santé veut faire la lumière là-dessus.par Fabien Gruhier LE PATRIMOINE INDUSTRIEL (17e EPISODE) 34 Un pays en or ! Le sous-sol du Québec compte des dizaines de minéraux.Il a fallu du temps et du flair pour les atteindre, par Joël Lebanc techno^ pratique 42 Plus vrai que vrai Petite sœur de la réalité virtuelle, la « réalité augmentée » part à la conquête du vrai monde ! par Philippe Chartier 44 Jeux par Jean-Marie Labrie 46 Aujourd'hui le futur par Philippe Desrosiers La dimension cachée 47 Clés en main Elles ont des dents et ne mordent pas.par Raynald Pepin Livres 49 Requiem pour Stephen Jay Gould Les dernières réflexions sur l'histoire naturelle de ce conteur hors pair ! par Jean-Pierre Rogel BABG 50 Suspecte santé par Bernard Arcand et Brigitte Gemme UCLUl par Raymond Lemieux Salut Kafka 1 Qui a peur de la science à Québec ?Le remue-ménage qui a affecté le ministère de la Science, de la Recherche et de la Technologie (MRST) laisse pantois.Que ce ministère soit intégré - « avalé », disait un quotidien montréalais - par le ministère des Finances donne une idée de la perception que nos décideurs politiques ont de l’activité scientifique.La science constitue un important levier de l’économie.Soit.Mais réduire sa portée à cette seule dimension semble trahir une vision plutôt étroite.Il y a aussi d’autres dividendes à tirer de nos investissements en recherche à part des retombées économiques : ce sont les connaissances.Cela n’est tout de même pas un luxe pour une société prétendument postindustrielle ! Un ministère en moins, est-ce pour diminuer la taille de l’État ?Voilà un autre sujet rendu à la mode, n’est-ce pas ?Pourtant, il n’y a même pas cinq ans, quand le MRST a été créé, tous les partis politiques, tous les députés n’ont rien eu à redire.Y compris Jean Charest, Mario Dumont et Bernard Landry.Cette décision avait alors paru aussi normale qu’essentielle.Dans Québec Science (novembre 1999), l’ex-ministre Gilbert Paquette indiquait même que ce ministère n’aurait jamais dû être dissout une première fois, en 1985.Pour quelles raisons obscures repasse-t-on le balai ?Au cabinet du ministre, un attaché de presse nous explique que la décision annoncée en septembre dernier par Mme Pauline Marois repose sur l’objectif de « maximiser les ressources et de créer une nouvelle synergie tout en optimisant l’efficience, en favorisant le partage des connaissances ».Il poursuit en se voulant rassurant : « Les compétences vont rester, et on ne touche pas à la mission de la politique scientifique telle qu’entreprise.On procède à un reengineering !» 11 a eu l’air content du mot, il l’a répété.Reengineering, synergie.Cinq sur cinq, Monsieur l’attaché, pour l’apprentissage de la langue de coton, version soft de la langue de bois.Vernir les discours politiques fait évidemment partie de l’arsenal des outils de communication publique.Pas étonnant qu’un climat de suspicion perdure à l’égard du monde politique.Ce que dit l’attaché se trouve déjà dans la fameuse politique scientifique adoptée l’an dernier.L’ex-ministre Jean Rochon y rappelait avec justesse que la mission du MRST était « d’assurer une cohérence dans l’action gouvernementale en matière de science ».(C’est même inscrit dans la loi qui constitue le Ministère.) Il avait prévu la création d’un mécanisme interministériel pour s’assurer que l’innovation scientifique et technologique puisse pénétrer toutes les sphères de la société.Que fallait-il de plus ?Le défunt ministère devait constituer un lieu où faire converger tous les intervenants en sciences, les investisseurs et les chercheurs bien sûr, mais aussi les « médiateurs » du savoir (les communicateurs de la science, si vous voulez).Ce n’était pas un luxe.Cela pouvait refléter une certaine maturité de pensée de la part d’un monde politique dans lequel très peu de scientifiques s’aventurent.Ce faisant, la politique scientifique proposée par l’ex-ministre Jean Rochon confirmait l’idée qu’il n’y a pas seulement une dimension financière à l’activité scientifique.Que le partage du savoir, avec les élites comme avec le grand public, est une activité essentielle en démocratie.Cet aspect de la pohtique scientifique a été d’autant mieux accueilli que celle-ci mettait un terme à une invraisemblable partie de jonglerie à laquelle les acteurs de la communication, de la vulgarisation et du loisir scientifique avaient dû se soumettre pendant longtemps.Faut-il rappeler qu’en quelques années, leurs dossiers sont passés entre les mains des fonctionnaires des ministères du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, des Affaires municipales, de l’Enseignement supérieur, d’industrie et Commerce, de la Culture pour aboutir, en bonne partie, au MRST.Et voici maintenant que la science atterrit au ministère des Finances.Salut Kafka ! A moins que nos décideurs ne voient dans les questions de culture scientifique, un luxe inutile ?Mais, Messieurs et Mesdames les ministres, comment pensez-vous tenir, sans un minimum d’alphabet scientifique, un débat éclairé sur les organismes génétiquement modifiés au Québec ?Sur l’avenir de l’industrie porcine ?Sur les enjeux liés au réchauffement climatique ?À ce compte, on va s’en faire passer des sapins, même vous ! La culture scientifique est liée à la santé des démocraties d’aujourd’hui.Et à l’économie de demain.À moins que nos politiciens ne veuillent pas savoir.Juste croire.05 «Science Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Adjoint au rédacteur en chef Laurent Fontaine lfontaine@quebecscience.qc.ca Collaborateurs David Abesdris, Bernard Arcand, Philippe Chartier, Philippe Desrosiers, Catherine Dubé, Marie-Pier Elie, Brigitte Gemme, Fabien Gruhier, Jean-Marie Labrie, Joël Leblanc, Gaëlle Lussiaà-Berdou, Raynald Pepin, Jean-Pierre Rogel et Mathieu-Robert Sauvé Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Arsenio Corôa, Julie Durocher, Sylvain Majeau, Dushan Miiic, Pierre-Paul Pariseau, Michel Rouleau Directeur général Pierre-Yves Gagnon Directeur exécutif Marc Côté Conseiller, Promotion et relations avec les médias Hermann Gagnon Adjointe administrative Nicole Lévesque Publicité Secteur public : Carole Martin cmartin@quebecscience.qc.ca Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 Secteur privé : Relations Média inc.info@relationsmedia.ca Tél.: (450) 661-8200 Téléc.: (450) 661-8500 Toronto, Printcorp Advertising inc.Tél.: (416) 323-3069 Téléc.: (416) 323-3725 SITE INTERNET www.cybersciences.com Journaliste Aurélie Deléglise Abonnements (taxes incluses) Au Canada : 1 an = 41,35 $, 2 ans = 71,26 $, 3 ans = 93,87 $.À l'étranger : 1 an = 54 $, 2 ans = 95 $, 3 ans = 139 $.Pour abonnement et changement d'adresse Québec Science, Service des abonnements 525, rue Louis-Pasteur, Boucherville (Québec) J4B 8E7 Tél.: (514) 875-4444 Téléc.: (514) 523-4444 Abonnement par Internet www.cybersciences.com/abonnement Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : Rowecom France, rue de la Prairie, Villebon sur Yvette, 91763, Palaiseau cedex, France Pelliculage électronique et impression : Interweb Distribution en kiosques : Messageries Dynamiques Distribution Canada hors Québec, États-Unis : LMPI Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Premier trimestre 2000, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l’Index des périodiques canadiens.© Copyright 2000 - La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.L'éditeur n'est pas lié à quelques exigences publicitaires.Les journalistes de Québec Science sont tenus de respecter le guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois Tan par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis a Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables a la rédaction.Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par TAudiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 393-0103 U Gouvernement du Québec Ministère de la Culture et des Communications Canada Québec Science reçoit Taide financière du ministère de la Culture et des Communications (Programme de soutien aux intervenants et événements majeurs en culture scientifique et technique).Nous recevons aussi Taide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAR), pour nos dépenses d'envoi postal.Membre de : The Audit Bureau of Circulations La Revue Québec Science 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 - Montréal (Québec) H2J 2L1 Tél.: (514) 843-6888 |f Téléc.: (514) 843-4897 Magazines du Qi courrier@QuebecScience.qc.ca CEGEP de Jonquière 4 Québec Science - Novembre 2002 courrifi-.science.qc.ca Médecines douces : qu'en pensez-vous ?Les progrès de la médecine sont sans aucun doute une des avancées majeures du XXe siècle.C’est grâce à cette science gu’on a éradigué la variole, freiné la tuberculose, la lèpre, le cancer et bien des mauvais rhumes ! Ce sont les progrès de l’antisepsie, de la vaccination, de la chirurgie et des antibiotigues gui ont accru l'espérance de vie.Mais les docteurs en blanc de l'allopathie n’ont pas tout résolu.Ni tout, ni pour tous : dans bien des pays du Sud - et en tout cas pour 80 % des Africains -, les médicaments et l’hôpital sont de toute façon trop cher.Heureusement, il y a le marabout et la médecine traditionnelle.Leurs remèdes sont parfois plus efficaces gu’on ne veut bien l'imaginer.et plus abordables.Dès lors, on peut comprendre la décision de l'Organisation mondiale de la santé d’inciter les pays à faire une place, d’ici cinq ans, à la médecine dite « traditionnelle » dans leurs stratégies de santé; un sujet que nous abordons dans ce numéro de Québec Science.L’OMS rappelle que les soins prodigués par la médecine dite parallèle représentent des dépenses de plus de 90 milliards de dollars dans le monde, un marché en pleine croissance.Chez nous, 70 % des Canadiens reconnaissent avoir eu recours au moins une fois aux remèdes parallèles ou alternatifs : ayurvéda indien, unani arabe, plantes médicinales, médecine chinoise, acupuncture, massages, on en passe.Mais l’OMS ne fait-elle pas une erreur stratégique en incitant les spécialistes de la santé à présenter côte à côte des types de traitements aux fondements tout de même très différents ?Comment garantir l'accès à des solutions alternatives de santé tout en assurant la sécurité des patients ?Comment distinguer les thérapies parallèles vraiment efficaces des remèdes de charlatan parfois dangereux ?Même les plantes ne sont pas inoffensives (vo/r Québec Science, décembre 2001) ! Ne faudrait-il pas encourager la recherche sur certains traitements parallèles avant d’en favoriser la pratique ?Et n'aurait-on pas plutôt intérêt à démocratiser l’accès à la médecine allopathique dans le monde entier - une « carte soleil » mondiale?(L.F.) Si vous avez une opinion sur ce sujet, envoyez-la à : Courrier-Québec Science 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2J 2L1 ©ans Science Un numéro spécial Quarante ans : la force de l'âge C’est en 1962 qu’a commencé une aventure invraisemblable : celle de Québec Science.En 40 ans, ce magazine a su rallier la soif de connaître et de comprendre de centaines de milliers de lecteurs et de lectrices.Il a aussi été le témoin de bouleversements inimaginables : la conquête de l’espace, les progrès de la génétique et de la médecine, les balbutiements de l’écologie, la remise en question des théories sur nos origines.Pour son numéro qui commémore son 40e anniversaire, Québec Science propose une édition spéciale qui rendra compte de son fascinant parcours au pays des connaissances.Il vous fera revivre ces grands moments de la science, mais surtout il vous proposera une originale rétrospective de la recherche québécoise.De quoi mieux aborder les années qui viennent.pour 40 ans au moins ?Un dossier spécial signé par l’ensemble de l’équipe de Québec Science.Quatre rendez-vous ! La naissance d'un magazine Le lundi 11 novembre trois groupes de dix leaeurs peuvent nous rejoindre chez Interweb, notre imprimeur, et fêter devant les rotatives la sortie de presse de notre « Spécial 40 ans », à Boucherville.Réservation au (514) 843-6888 auprès de Nicole^ Lévesque.Nos journalistes au Salon du livre Du 14 au 18 novembre, venez parler avec les journalistes qui font Québec Science aujourd’hui.Plusieurs d’entre eux se tiendront au Salon du livre le jeudi soir, puis tous les après-midi du salon, de 14 h 00 à 16 h 00.Invitation a tous les anciens collaborateurs Vous avez écrit un article, une chronique, un reportage pour Québec Science au cours des 40 dernières années ?Nous avons votre nom.mais plus votre adresse.Contactez-nous à courrier@quebecscience.qc.ca ou auprès de Nicole Lévesque au (514) 843-6888 avant le 14 novembre.Un autre Bar des sciences ! iLe mardi 12 novembre au Barouf La rédaction de Québec Science, en collaboration avec le consulat général de France à Québec, vous invite à un Bar des sciences sur le thème « Le singe, cet homme ?» avec, entre autres invités, Pascal Picq, paléontologue-physicien et spécialiste en biomécanigue expérimentale au Collège de France et directeur scientifigue de l’ouvrage Aux origines de l'humanité (Fayard).Qu'est-ce que l'étude scientifique des singes nous apprend sur l'homme moderne ?Qu'avons-nous vraiment de commun ou de distinct avec la seule autre espèce d'hominidés sur la planète ?Est-ce que sauver les singes, c'est aussi sauver les hommes ?Autant de questions que nous vous proposons de débattre.Assurez-vous une place en vous inscrivant auprès de Mme Nicole Lévesque de Québec Science au (514) 843-6888.L'événement a lieu de 17 h 30 à 19 h 30 au Barouf : 4171, rue Saint-Denis (au coin de Rachel) à Montréal.Québec Science ~ Novembre 2002 5 L'empêcheur d On s’en fait des idées préconçue en sciences ! La pénurie de chercheurs Il ne faut pas exagérer ! Y a-t-il un exode des cerveaux ?Parlons plu tôt de compétition ! Suffit de comprendre comment la science évolue.propos recueillis par Gaëlle Lussiaâ-Berdou Au début, c'était la physique qui passionnait Yves Ginqras.Elle intéresse toujours ce professeur de l'Université du Québec à Montréal - il est encore membre de l'American Physical Society.Mais à force de vouloir comprendre comment fonctionnent les sciences pures, il s'est intéressé à leur histoire, puis à la sociologie des sciences.Ensuite, il a participé à la création de l'Observatoire des sciences et des technologies.De plus, il dirige le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), consacré à « l'étude de l’ensemble de l'activité scientifigue et technologique ».Pour débusquer les lieux communs et les idées reçues.Québec Science : La pénurie de scientifiques, est-ce une de ces idées toutes faites que vous examinez?Yves Gingras : C’est effectivement une question qui pique l’intérêt de l’historien des sciences.Il y a 5 ou 10 ans, certains scientifiques américains disaient qu’en 2005, il manquerait 30 000 scientifiques et ingénieurs aux États-Unis.C’était absolument incroyable de dire ça : des milliers de gens se cherchaient alors un emploi en sciences et survivaient avec des salaires de famine, grâce à des bourses postdoctorales.Au Canada aussi, on entend ce discours.Je suis convaincu que les pénuries dont on parle seront beaucoup moins grandes que ce qu’on prévoit.Les cal- culs ne tiennent pas compte de la main-d’œuvre réellement disponible.On les établit en tenant compte du taux de diplo-mation et du nombre de doctorats qui sortent des universités.Or, ceux qui vont remplir ces postes ne sont pas uniquement les doctorants de demain.Il y a aussi ceux qui ont terminé leurs études, disons depuis 1995, et qui sont actuellement sur le marché du travail ou dans des bourses postdoctorales.Ces prévisions alarmistes se basent aussi sur l’hypothèse que la demande de main-d’œuvre sera en hausse.Ces prédictions sont aléatoires dans la mesure où l’économie est imprévisible.Il est impossible de prédire les besoins du marché en termes de main-d'œuvre sur des périodes de 10 ans.QS C'est pour décortiquer ce type d'idées reçues que vous avez contribué à la création de l'Observatoire des sciences ?YG Oui.On entend toutes sortes de discours sur ce qui se passe en sciences.Mais où sont les données qui appuient les propos ?Si on veut voir comment la science évolue, il nous faut des indicateurs.Exactement comme en économie, où on peut représenter des tendances avec le taux de chômage ou l’indice d’inflation.En sciences et en technologie, on dispose aussi d’indices comme ceux-là.On dit par exemple que la science est de plus en plus « internationale ».Mais il ne suffit pas de dire : « La preuve, mon beau-frère travaille maintenant avec des Français, donc la science s’internationalise.» Par contre, si on regarde de près les publications scientifiques, on peut mesurer la croissance de la collaboration internationale en comptant le nombre de noms et d’adresses différents parmi les auteurs d’un article.On peut aussi mesurer quels sont les domaines scientifiques qui connaissent la plus forte croissance.Les mathématiques, en termes de publications, se développent-elles aujourd’hui plus rapidement que la biologie moléculaire ?La réponse est non, bien entendu.On peut prendre ces mesures à l’échelle internationale ou simplement canadienne, et ensuite comparer les taux de croissance de la production scientifique, qu’elle soit française, québécoise, ontarienne, etc.On mesure alors des phénomènes précis et quantifiés.QS A-t-on mesuré de façon précise l'impact de l'exode des cerveaux ?YG Mon hypothèse sur ce point, c’est qu’il faut regarder de près dans quelle conjoncture ce discours est tenu.Comme par hasard, ces propos reviennent chaque fois juste avant le dépôt du budget de l’État.Ceux qui parlent d’exode des cerveaux sont ce qu’on appelle les think tanks néo-libéraux qui veulent des réductions de taxes.Ils disent : « Regardez, si vous ne réduisez pas les impôts, les gens 6 Québec Science ~ Novembre 2002 ser 4n rond ¦ , .MMUm ¦< n ce que les gens appellent l'exode des cerveaux, j'appelle ça la circulation des chercheurs ••• 'O*™» m, partent aux États-Unis.» Il y a donc une corrélation entre le discours sur l’exode des cerveaux et la période prébudgétaire.Le deuxième facteur, c’est que les gens qui tiennent ces propos donnent comme exemples des faits isolés.Quand un doyen dit : « J’ai perdu trois de mes professeurs ! » ce n’est pas un exode, c’est de la compétition.On ne peut pas à la fois demander la fluidité sur le marché économique et parler d’exode de la main-d'œuvre.On nous présente des anecdotes comme des statistiques, mais on ne peut pas faire des statistiques en additionnant des anecdotes ! Pendant qu’on nous montre la photo d’un Canadien qui part travailler à Boston, des gens arrivent au pays.avec des doctorats.On sait, grâce aux données d’immigration Canada, que le niveau moyen d’éducation des immigrants est supérieur à celui des Canadiens.Conclusion : l’immigration apporte un gain de qualification à la main-d'œuvre nationale.Au niveau canadien, l’expression « exode des cerveaux » ne peut vouloir dire, si on n’est pas raciste, qu’un flux net vers l’extérieur.Ce flux est positif vers l’intérieur.Ce que les gens appellent l’exode des cerveaux, j’appelle ça la circulation des chercheurs.QS II n'y a pas que les idées reçues qui pièqent notre regard sur les sciences : les mots et l'histoire eux-mêmes sont autant de chausse-trappes.YG On ne peut comprendre les concepts scientifiques sans tenir compte de leur développement historique.Les termes, en sciences, ne sont pas gratuits : le temps concentre en eux des significations.Prenez par exemple le terme « courant de déplacement ».James Clerk Maxwell, le physicien britannique qui l’a forgé, voulait dire qu’un courant se déplaçait.Aujourd’hui, les manuels d’électromagnétisme ont réinterprété ses explications.Dans un courant de déplacement, il n’y a pas véritablement de charge qui se déplace au sens physique du terme.C’est plutôt une variation du champ électrique dans le temps.On a gardé l’expression en changeant sa signification, ce qui pose un obstacle à la compréhension.Je me suis ainsi rendu compte que pour comprendre la physique, il faut faire une histoire critique de ses concepts.C’est la même chose dans n’importe quel domaine.Pour comprendre les fondements de la science, il faut aussi ajouter la sociologie à l’histoire, parce que la science est une activité fondamentalement sociale.C’est un dialogue, une argumentation.Si un scientifique dit avoir découvert telle chose, ce n’est pas un fait ou une théorie tant que le reste de la communauté scientifique ne l’a pas approuvé.« L’objectivité est dans l’œil de l’autre », rappelait le philosophe Gaston Bachelard ! Un fait n’est pas objectif parce que je l’ai découvert, mais parce qu’un autre a dit : « Oui, tu as raison, moi aussi je vois ça.» QS Cela signifie-t-il qu'à mesure que l'histoire s'écrit, la science ne peut que se complexifier?YG Avant la Deuxième Guerre mondiale, un très petit nombre de personnes s’intéressaient à des domaines très différents.Par exemple, après avoir établi les fondements de la relativité, Albert Einstein ne les a pas appliqués à des milliers de problèmes.En revanche, à la fin de la guerre, la croissance du nombre d’étudiants va faire que chacun dans sa thèse de doctorat étudie un sujet pointu.La spécialisation est un effet social qui existait très peu au début du XXe siècle.Il y a donc une complexification par la division du travail, et ensuite une complexification conceptuelle, nécessairement, parce qu’il y a tellement de sous-domaines que chacun a un langage propre qu’il faut apprendre.C’est notamment le cas en biologie moléculaire, une discipline dont le langage est très hermétique.Il y a tellement de gens qui font de la recherche dans ce secteur que chacun exerce sa profession à un niveau de division jamais vu auparavant.C’est pour ça qu’on parle parfois de la fin de l’unité de la science.QS Les chercheurs ont-ils, en quelque sorte, perdu toute chance de dégager une vision d’ensemble de la science ?YG La plupart des scientifiques n’ont plus de vision globale.Paradoxalement, les historiens et les sociologues des sciences ont un regard plus étendu sur certains champs scientifiques.C’est compréhensible et ce n’est pas une critique.Des gens comme Werner Heisenberg ou Albert Einstein avaient une grande culture philosophique et une vision fondamentale de la science.Aujourd’hui, les scientifiques consacrent énormément de temps à leur travail en laboratoire.La fin de semaine, ils peuvent lire un peu, mais ils ont rarement une véritable réflexion sur la science en général.Comme historien et sociologue des sciences, par contre, je ne cherche pas à comprendre dans tous ses détails la dernière découverte.J’essaie plutôt de la situer dans un contexte plus large.Les scientifiques sont d’ailleurs souvent surpris de voir que les sociologues ont une vision très précise de leur science et en même temps beaucoup plus globale.QS Pour comprendre les fondements de la science, il faut aussi ajouter la sociologie à son histoire, parce que la science est une activité fondamentalement sociale.Un prix citron aux Ig-Nobel Chaque année, la remise des Ig-Nobel récompense des recherches « qui ne peuvent ou ne devraient pas être reproduites».Yves Ginqras met en doute la portée de cette ironie scientifique, selon lui mal ciblée.«Cette démarche a des effets pervers, dit-il.Lorsque les Ig-Nobel ridiculisent des travaux reconnus, parus dans des revues savantes et évalués par des pairs, certains scientifiques disent que c'est dangereux dans la mesure où un gouvernement pourrait penser qu’on gaspille de l’argent sur des recherches triviales.À force d'en rire, on peut faire perdre de la crédibilité à des chercheurs auprès de leurs bailleurs de fonds.C'est un peu la même démarche que de critiquer l'achat d'œuvres d'art moderne dans des musées en disant qu'un agriculteur pourrait faire la même chose pour cinquante cents.Si les Ig-Nobel font de l’humour avec des travaux scientifiques qui ont une certaine valeur-pour attirer l'attention sur eux -et qu'ils dénoncent en même temps les pseudo-sciences, comment le public fera-t-il la mm différence?## 8 Québec Science ~ Novembre 2002 ENVIRONNEMENT IScience Bar des sciences Rio+10 ou Rio-10 ?« L’environnement est-il une cause perdue ?» Une bonne discussion pour souligner la clôture du Sommet de la Terre de Johannesburg.Lendemain de veille.propos recueillis par Laurent Fontaine N ous voulions que ce « Bar des sciences » se tienne là et pas ailleurs : au Café Rico de Montréal, un commerce équitable.Nous voulions cette bière-là : la Rescousse, brassée au profit d'un poisson menacé, le chevalier cuivré.Et puis nous voulions vous voir, vous nos lecteurs, pour souligner la clôture du dernier Sommet de la Terre à Johannesburg, qui avait lieu ce jour-là, le 4 septembre.Sur la table, une question : « L'environnement est-il une cause perdue ?» À la barre : Yanick Villedieu, des Années-Lumière üe Radio-Canada.Dans la salle, quatre panélistes, et 50 opinions ! Extraits d'un débat où la bière ne fut pas la seule à mousser ! Yanick Villedieu : Alors, Johannesburg, Rio +10.ou Rio -10 ?Jean-Pierre Réveret (Professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal - il arrivait de Johannesburg ! ) : C’est vrai qu’on a le sentiment de défendre des choses que l’on croyait acquises.Mais il ne fallait pas s’attendre à voir les pays prendre autant d’engagements que lors du Sommet de Rio.Fait nouveau : l’intérêt de l’Organisation mondiale du commerce et des entreprises pour le Sommet.Jean Pierre Le Danff (Chercheur à l’Observatoire d’écopolitique internationale de l’UQAM.) : On a critiqué leur présence.Mais il n’est pas complètement négatif de voir le secteur privé s’intéresser enfin au problème du développement durable ! De plus, que les États s’engagent à diminuer de moitié la pauvreté dans le monde « Les solutions pour l'environnement, on les connaît.La vraie question est de se demander pourquoi on ne les applique pas.» d’ici 2015, ce n’est pas négligeable.Sans compter leur désir de fournir, à la moitié des habitants qui n’en bénéficient pas, l’eau potable et des services d’assainissement.Évidemment, on aurait aimé les voir plus actifs sur la question de la biodiversité : les derniers chiffres sur les disparitions d’espèces sont alarmants.Gabrielle Pelletier (Directrice du Réseau québécois des groupes écologistes.) : Ce qui est encourageant, c’est qu’on commence à faire le lien entre pauvreté, santé, économie, droits humains et développement durable.André Belisle (Président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.) : Les gens ont entendu parler du Sommet à la télé.La déception devant les résultats peut être positive : ça rappelle que si nous ne nous occupons pas nous-mêmes des questions d’environnement, les autres ne le feront pas à notre place.Julie Martineau (faculté des sciences de l’UQAM) : Mais que faire, à part aller au travail en vélo ou sortir son bac à recyclage ?Je suis si découragée de voir mon voisin nettoyer encore sa cour au tuyau d’arrosage tous les jours.J.-P.Réveret : Les efforts au plan local sont importants.Mais Johannesburg montre la limite des slogans comme « penser globalement, agir localement ».Il faut aussi agir globalement : un ensemble de questions ne se règlent pas dans notre cour.François Renaud (citoyen) : 11 est effectivement ironique de penser qu’au Québec des gens s’efforcent d’aller travailler en vélo pendant qu’à l’autre bout du globe, les Chinois abandonnent le vélo par milliers pour s’acheter des voitures.Lucie Paquette (citoyenne) : Changer les mentalités, ça prend du temps.On doit se souvenir comment les gens pensaient il y a 10 ans, et voir comment ils agissent aujourd’hui.Yori (enseignant) : Une molécule peut déstabiliser un organisme.Une seule personne avec sa volonté peut faire beaucoup dans le monde.Regardez Gandhi.Y.Villedieu : Ça prendrait un Gandhi de l’environnement ! G.Pelletier : Les citoyens ont un pouvoir d’acheteur.et d’électeur.Ils peuvent changer des choses en occupant l’espace public, au niveau municipal Québec Science ~ Novembre 2002 9 puis aux paliers de gouvernement supérieurs, si c’est nécessaire.Louis Charest (conseiller municipal) : C’est effectivement plus facile d’intervenir en environnement quand les citoyens se manifestent.Et dites-vous bien que les « dinosaures » des conseils municipaux s’en vont tranquillement ! Dans ma municipalité de Bécancour, où chaque ménage rejette 800 kg de déchets par an, les gens se sentent de plus en plus concernés.On a augmenté la part de produits recyclés de 12 % à 17 % ! A.Belisle : Je vais vous raconter l’histoire de la rivière Etchemin, près de Québec.C’est autour de cette rivière, que même le ministère de l’Environnement estimait condamnée, qu’on trouve la plus forte densité d’animaux d’élevage au Québec.Eh bien ! A force d’efforts, le saumon a remonté le cours d’eau après 200 ans d’absence ! François Gosselin (citoyen) : Mais tout de même, les Nord-Américains sont atteints du virus du confort ! Dix ans après Rio, on achète toujours 1200 autos neuves par/onr au Québec, et une fois sur trois, il s’agit d’un 4x4 qui consomme inutilement.J.-P.Le Danff : De fait, pour l’instant, tous ces gestes - commerce équitable, recyclage, etc.- ont un impact marginal.La tendance lourde, c’est qu’on consomme plus de pétrole, on coupe plus d’arbres, on achète plus de voitures.Sophie Renaud (élève au secondaire) : En tout cas, dans mon école, les gens croient que je parle de science-fiction quand je discute environnement ou recyclage ! Y.Villedieu : Il est vrai que les étudiants cherchent à décrocher un « bac » universitaire davantage qu’un bac à recyclage.Lyne Trépanier (enseignante) : Moi, je me fais un point d’honneur d’attirer l’attention des élèves sur les signes encourageants - l’élaboration d’un train électrique alimenté par énergie éolienne en Alberta, ou ce village complet en Suède alimenté par des énergies alternatives.Et le jour où le gouvernement facilitera l’achat de la Prius bi-énergétique, je serai la première à l’acheter ! J.-P.Le Danff : Les solutions pour préserver l’environnement, on les connaît.La vraie question est de se demander ' pourquoi on ne les applique pas.Les experts en sciences sociales évoquent deux pistes.La première, c’est que le cerveau humain n’a presque pas évolué depuis le Néolithique.Nous ferions face à des problèmes si complexes que seule une mutation du cerveau nous donnerait des outils cognitifs pour y faire face.La seconde, c’est l’idée qu’il faut une crise aiguë pour que les gens changent de comportement.Il faut espérer que les crises environnementales qui nous feront réagir n’auront pas d’effets irréversibles ! J.-P.Réveret : On a beaucoup parlé de consommation.Mais une des étapes essentielles pour sauvegarder l’environnement, c’est de changer notre manière de produire.L’autre bagnole, celle qui ne pollue pas, ce n’est pas nous qui allons l’inventer.Il faut encourager les entreprises qui s’intéressent à la fabriquer.Y.Villedieu : Alors, croyez-vous que l’environnement est une cause perdue ?Une main pour le Oui.Toute la salle pour le Non ! QS On connaît le slogan «penser globalement, agir localement»; Johannesburg nous montre qu'il faut aussi agir/'' .CANADIAN ENVIRONMENT AWARDS Le 24 septembre au Musée canadien des civilisations de Hull avait lieu la remise des Prix de la protection de l’environnement canadien en hommage aux réalisations communautaires.Ce sont vos votes de juin dernier, qui ont déterminé l’attribution des prix.Voici la liste de la récolte québécoise : Catégorie Air pur Prix Argent - André Bélisle, Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique Catégorie Changement climatique Prix Argent - Jean Paradis, fondateur et PDG de Négawatts Catégorie L’environnement et votre santé Prix Or - Nicole Bruinsma, instigatrice de l’abolition des pesticides à Chelsea Prix Argent - Donna Mergler, militante et chercheuse PRIX DELA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT CANADIEN Catégorie Apprentissage environnemental Prix Argent - Monique Fitz-Back, Établissement vert Brundtland Marcel Lafleur et Jean Robitaille, créateurs ERE Éducation Catégorie Terres et forêts Prix Argent-Allan Saganash )r., stratège et militant en foresterie éch (^sciences Catégorie Eau propre Prix Argent - Groupe de l’eau de la Covey Hill militants pour la conservation de l’eau Catégorie Faune et nature Prix Argent - Alain Branchaud et Andrée Gendron, biologistes de la vie aquatique Félicitations ! La Rescousse, vous connaissez ?Une bière sympathique à la préservation de la faune aquatique.À chaque bouteille vendue, la SAQ verse 40 cents à des fins de recherche et de sauvegarde au profit d’une espèce de poisson menacée, le chevalier cuivré.40 ans Science Profitez du 40e anniversaire de Québec Science pour vous abonner ou l'offrir en cadeau ! 1 O Québec Science ~ Novembre 2002 850835 Fondation Hydro-Québec pour l'environnement Notre mission Contribuer à l'amélioration et à la protection à long terme de l'environnement La Fondation contribue à la protection des habitats fauniques et des espèces menacees depuis plus le trente ans, Hydro-Québec lémontre que 'a protection de 'environnement ui tient à cœur.Jn engagement qui s'est traduit en 2000 par fa création de fa Fondation Hydro-Québec pour l'environnement.Notre action Soutenir des organismes locaux qui agissent concrètement pour la protection du patrimoine écologique québécois füürça Massif des monts Sutton Des partenaires précieux Au cours des exercices financiers 2001 et 2002 la Fondation a soutenu 24 projets pour un montant de près de 1,2 million $ De Chibougamau aux Monts Sutton, en passant par la région de l'Amiante, ces projets reflètent la qualité et le dynamisme des organismes environnementaux québécois Boisé Papineau (Laval) Contribuer à l’augmentation des superficies d’aires protégées par exemple en constituant des refuges fauniques sur des propriétés cédées par Hydro-Québec.Pour en savoir plus www.hydroquebec.com/fondation_environnement Contribuer au maintien de la biodiversité notamment en protégeant des espèces menacées ou vulnérables.Québec MEDECINE Le scalpel ou la souris Un logiciel peut-il remplacer un cadavre pour initier nos futurs médecins aux secrets du corps humain?par David Abesdris Entre 1994 et 2001, la vingtaine d’institutions qui enseignent la médecine au Québec n’ont pu mettre la main que sur une cinquantaine de cadavres pour leurs cours de dissection.Pas facile de trouver un corps mince, en excellent état et exempt de toute maladie infectieuse.« Dans les années 1950 et 1960, la morgue se “nourrissait” très bien », dit le docteur Raymond Lalande, vice-doyen à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.Depuis, les gens ont réalisé que les corps donnés à la science ne sont pas tous utilisés pour les travaux des prix Nobel : beaucoup servent aux étudiants.« Pour qu’une dissection soit instructive, on ne peut masser 25 étudiants autour d’un corps.Il faut travailler en petits groupes, ce qui requiert de nombreux donneurs », explique Raymond Lalande.La « pénurie » des corps n’a cependant pas beaucoup gêné les futurs médecins.Comme dans bien d’autres domaines, l’informatique a permis de trouver une réponse virtuelle à ce problème ! Depuis 1996 - la nouvelle est passée quasi inaperçue -, l’Université de Montréal a troqué la souris contre le scalpel ! Elle a remplacé ses cours magistraux d’anatomie ; et de dissection pour une formation assistée ; par des logiciels d’anatomie interactifs.' « Le nombre d’heures que passait un étu-| diant à l’apprentissage de l’anatomie était : exagéré, dit Raymond Lalande.Pour nous, : la meilleure façon d’apprendre la médecine ; c’est en milieu clinique, pas théorique.: Nous préférons proposer des situations ' réelles aux étudiants, proches de celles ! qu’ils vivront.» D’où l’approche choisie, : l’apprentissage par problèmes, (APP) une ; méthode selon laquelle les futurs médecins ÜCBŒQÛB nmrn ¦ Patrimoine industriel camions de 35,100 et 120 tonnes.Les galeries, qui autrefois étaient tout juste assez larges pour livrer passage à deux hommes, hébergent maintenant des hangars gigantesques, des entrepôts et des réservoirs d’eau.En 1949, une grève majeure perturbe la production de l’amiante dans le sud de la province (voir l’encadré page 38) et frappe les esprits pour longtemps.Puis, dans les années 1960, le gouvernement décide de s’impliquer plus sérieusement dans l’industrie minière.Il devient un acteur qui fait de la prospection et qui prend des risques financiers par l’intermédiaire de sa nouvelle compagnie publique, la Société Québécoise d’Exploitation Minière (SOQUEM).Cette dernière fait de bons coups, comme l’ouverture d’une mine de sel aux Iles-de-la-Madeleine, et de moins bons, comme une implication massive dans l’industrie de l’amiante au moment même où le marché s’écroule.C’est que la preuve est faite que l’exposition aux poussières d’amiante est néfaste pour la santé.Plusieurs pays bannissent le produit et cessent son importation.En 2002, l’industrie minière québécoise permet de soutenir plus de 54 000 emplois directs et indirects, et apporte annuellement à la province des ventes de plus de trois milliards de dollars par an.On compte une trentaine de mines en activité, ainsi que plusieurs carrières.Le Québec est le deuxième producteur mondial de nio- bium et de titane, de même que le deuxième producteur canadien d’or et de fer.Avec des dépenses d’exploration et de mise en valeur de 119 millions de dollars annuellement, notre province est parmi les 10 territoires les plus fouillés au monde.Et que nous réserve l’avenir ?« L’in- géologue sciences.uqam.ca 11 entrepreneur.$ ¦ conserve un heureux souvenir de la formation que j'ai reçue J C au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère de l'UQAM, à la fois pratique et tournée vers l'international.J'ai particulièrement apprécié le dynamisme des professeurs, l'excellence de la recherche, les contacts avec l'industrie.Le Département est, depuis avril 2002, le maître d'œuvre du réseau DIVEX, un vaste partenariat de recherche qui contribue au développement de l'industrie minière québécoise.Ce projet mise sur l'innovation scientifique et technologique en matière d'exploration minière.Nous avons grand besoin de géologues en exploration et exploitation minières.L'UQAM m'a bien préparé pour ce métier passionnant ! JACQUES TROTTIER, Ph.D.président et expert géologue, Exploration Sulliden Inc.et diplômé de l'UQAM : B.Sc.(géologie), M.Sc.(sciences de la Terre ) ?Hi -j.y* UQÀM Université du Québec à Montréal I ' ' 40 Québec Science ~ Novembre 2002 dustrie minière a connu au Québec un sommet qu’elle n’atteindra plus, estime Marc Vallières.L’amiante en crise, le fer auquel on trouve de plus en plus de matériaux de remplacement, le cuivre qui ne vaut plus grand-chose, même l’or qui stagne font perdre de la vitesse à ce secteur économique.» Un avenir difficile à prédire en fait.Le sous-sol québécois, constitué à 90 % de roches précambriennes (plus de 570 millions d’années), est propice à la découverte de plusieurs types de gisements.Et comme ce bouclier du Grand Nord est relativement peu exploré, de belles surprises attendent les géologues et pros- pecteurs.Mais encore faut-il qu’il soit associé à une demande mondiale.Ces richesses qui dorment pourront éventuellement être exploitées lorsque le marché sera favorable, autrement dit lorsque la demande sera assez forte pour faire gonfler les prix.Mais les minéraux précieux constituent une classe à part, et ils font toujours leur petit effet.Par exemple, des indices prometteurs de diamants ont été découverts dans le secteur des monts Otish au nord du Québec en décembre dernier.Cela a suffit pour que la province connaisse une des plus importantes ruées au jalonnement de son histoire.De nouvelles villes champignons en perspective?.QS Bennet Mines, Thetford Mines chrono Pour en ^ savoir plus I VALLIÈRES, y Marc.Des mines 4 et des hommes.£ Histoire de g l'industrie miné-ÎS raie québécoise : k des origines au g début des années 5 1980, Québec, Les S publications du g Québec, 1989.D Q 3 CLAVEL, Ber-g nard.Harricana, < le royaume du u Nord, Paris, g Éditions Albin Michel, 1983.• Un roman d’aventures et d’histoire qui nous plonge dans la vie périlleuse de ces prospecteurs d’une autre époque.Des sites à visiter au Québec : ¦Mines Capelton, North Hatley (près de Sherbrooke), 819-346-9545.Mine JM Asbestos, 819-839-2911; et le musée minéralogique et d’histoire minière d’Asbestos, 819-879-6444.Centre d’interprétation du cuivre de Murdochville, 1-800-487-8601.Mines Seleine, Grosse-Ile (Iles-de-la-Madeleine), 418-985-2931.Le mont Wright, Fermont, 418-287-3506.Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, 418-335-2123; et Visites minières Tourisme Amiante à Thetford Mines, 418-335-7141.Cité de l’or/ Village minier de Bourlamaque, Val-d’Or, 819-825-7616.Musée régional des mines, Malartic, 819-757-4677.Noranda inc., fonderie Home, Rouyn-Noranda, 819-762-7764 poste 2012.La French Mine à Shefferville 1944 Douze gisements de fer prometteurs sont localisés dans l'arrière-pays de la Côte-Nord.Les années suivantes, le train désenclave de futures villes : Schefferville, Gagnon et Fermont.1965 Création de la Société Québécoise d'Exploitation Minière, la S0QUEM.1972 Un dôme de sel est découvert par la S0QUEM sous les îles-de-la-Madeleine.Les mines Seleine amorcent la production commerciale de sel en 1982.C'est près de 1,5 million de tonnes de sel gui sont exportées chague année sur le continent et gui servent au déglaçage hivernal des routes.1973 Une enguête médicale à grande échelle dans la région de l’amiante révèle les dangers de l'exposition à la fibre d'amiante.Les conditions de travail des ouvriers seront grandement améliorées par les entreprises.Mais de nombreux pays bannissent l'amiante : c’est l'écroulement du marché.2002 La mine, située sous Murdochville, a livré tout ce qu'elle avait de rentable en minerai de cuivre.En août, par voie de référendum, les habitants appuient la fermeture de leur ville, 49 ans après sa création Québec Science - Novembre 2002 41 ANCmn^TORD/FONDSMOC ’éC~' 'i V 4 • Petite sœur de la réalité virtuelle, la « réalité augmentée » part à la conquête du vrai monde ! œs D'ii ià '¦¦v sm s ÿ ongtemps négligée, la réalité augmentée sort enfin des laboratoires pour s'aventurer sur le terrain.L'idée remonte même aux années 1960, avec les travaux d'Ivan Sutherland (1), pionnier de la réalité virtuelle à l'université Harvard.Contrairement à la réalité virtuelle, où l'on cherche à créer un monde de toutes pièces, la réalité augmentée (augmented reality ou mixed reality en anglais) cherche plutôt, comme son nom l'indique, à « augmenter » la réalité en plaquant des éléments virtuels (textes, images en trois dimensions, séquences vidéo, etc.) sur ce que l'on voit.Les applications sont vastes - des plus pratiques aux plus fantaisistes.À l'université de Columbia, aux États-Unis, l'équipe de Steven Peiner a mis au point o un système de réalité augmentée bap-gtisé MARS (2).Composé d'un ordinateur oportatif, d'un récepteur GPS et d'un qcasque de visionnement, MARS permet tune promenade augmentée du campus au | cours de laquelle l'utilisateur peut voir les § bâtiments qui se dressaient jadis sur les lieux, regarder des documentaires historiques intégrés dans l'environnement, etc.Tout ça en virtuel, évidemment.A Olympic, l'été dernier, grâce à un dispositif du nom d'Archeoguide (3), quelques touristes pouvaient contempler, sur les ruines des temples dédiés à Zeus et à Héra, des représentations virtuelles des statues et édifices tels qu'ils apparaissaient il y a plus de 2 500 ans.Dans le stade antique, ils pouvaient aussi assister à des épreuves - toujours virtuelles - de course à pied, de lancer du disque, entre autres, comme on les pratiquait dans l'Antiquité.Un projet similaire est en chantier pour les Jeux olympiques d'été de 2004, à Athènes.Les visiteurs pourront alors découvrir le Parthénon tel qu’il était à l'époque de sa splendeur, avec son fronton « restauré » grâce à des images numériques de la pièce originale qui se trouve aujourd'hui au British Museum, à Londres.D'ici quelques années, le bon vieux audioguide risque de faire bien pâle figure ! La réalité augmentée permet de « reconstruire » des œuvres du passé, mais elle pourrait aussi aider à réaliser celles de demain.A l'université de Columbia, on s'intéresse beaucoup aux possibilités offertes dans le domaine de la construction (4).Par exemple, pour faciliter une tâche de montage complexe, un ouvrier pourrait êtte guidé par des instructions virtuelles accompagnant une représentation « 3D » des pièces correctement assemblées.La NASA s'intéresse à cette technologie qui serait d'un grand secours pour assister les astronautes lors de leurs travaux de construction et d'entretien dans l'espace (5).D'autres professionnels pourraient aussi profiter d'une « augmentation ».Au laboratoire iMAGIS (6), près de Grenoble en France, l'un des prototypes permet à des chimistes réunis autour d'une table de discuter d'une molécule, de voir sa représentation virtuelle en 3D flotter entre eux, et même de manipuler celle-ci.Ce type d'application serait d'ailleurs plus efficace que les scénarios 100 % virtuels.« Avec la réalité virtuelle, on a constaté que l'immersion totale était difficile à gérer, surtout avec plusieurs utilisateurs à la fois, car le système doit Ml lui 0I3( 01[ lï® : 42 Québec Science ~ Novembre 2002 r Groupe de « touristes de la réalité augmentée » à l'université de Toronto par Philippe Chartier chartiep@cybersciences.com recréer tous les gestes de chacun, explique Raphaël Grasset, étudiant-chercheur à iMAGIS.En réalité augmentée, ce n'est pas nécessaire puisque les utilisateurs gardent constamment le contact réel avec l'environnement et ses interlocuteurs.» D'ailleurs, il faut souligner que, pour cette même raison, la réalité augmentée ne donnerait pas la nausée - un symptôme assez fréquent lorsqu'on expérimente la réalité virtuelle, et qui doit figurer parmi les facteurs responsables du déclin, depuis quelques années, de l'enthousiasme pour les jeux vidéo en immersion virtuelle.utre filon : la guerre augmentée.Depuis quelques années, l'armée américaine finance un ambitieux projet baptisé Battlefield Augmented Reality System (7).Conçu pour assister les soldats lors de combats en zone urbaine, le système BARS agira comme une sorte de guide virtuel, identifiant les rues, les édifices et d'autres attractions, comme la position des tireurs embusqués, le mouvement des troupes amies et ennemies, etc.Le système doit être testé sur le terrain vers 2004.D'ici là, cette technologie pourrait tomber entre les mains.des amateurs de jeux vidéo.Des chercheurs de la University of South Australia ont créé une ver-sion augmentée du célèbre jeu vidéo Quake : ARQuake (8).Au lieu d'être enracinés devant leur ordinateur, les joueurs, coiffés d'un casque 3D et équipés d’un ordinateur portable ainsi que d’un capteur GPS sur le dos, se baladent sur le campus, transformé en immense champ de bataille, où ils doivent, comme dans le jeu d'origine, exterminer des monstres virtuels.mais en prenant un peu d'air frais pour changer ! Parmi d’autres applications envisagées, mentionnons la médecine où, devant sa table d'opération, le chirurgien disposerait sans lever les yeux de diverses informations (données de scanner, radiographie, etc.) venant se superposer au corps de son patient.Ou encore les pompiers et les services de secours qui pourraient plus facilement se déplacer dans les édifices, repérer les sorties, les zones dangereuses, etc.Bref, ce ne sont pas les idées qui manquent (9, 10).Cependant, avant que la réalité augmentée ne devienne une.réalité courante, il faut encore parfaire le mariage entre les mondes réel et virtuel, la principale difficulté.« Pour superposer un cube virtuel et un cube réel, il faut connaître exactement la position de l'objet réel, explique Raphaël Grasset.Cette tâche est plus difficile qu'il n'y paraît, car il faut aussi connaître la position exacte du corps, de la tête et des yeux de l'utilisateur.Quelques centimètres d'erreur, et l'effet est gâché ! » Pour suivre le mouvement du sujet, la technique classique consiste à tapisser la pièce et le corps de l'utilisateur de capteurs et marqueurs (optiques, magnétiques, ultrasons, etc.).Malheureusement, cette stratégie se montre peu pratique lorsqu'on sort du milieu bien contrôlé du laboratoire.À l'extérieur, il faut recourir à d'autres moyens, comme le positionnement par satellite GPS, mais ceux-ci ne sont pas aussi précis.Une autre approche prometteuse et peu coûteuse s'inspire des travaux de robotique sur la vision artificielle : la reconnaissance vidéo.On installe une caméra sur la tête de rutilisateur et un logiciel tente d'identifier les objets dans l'image, mais aussi leur position dans l'espace.Pour y parvenir, tous les moyens sont bons.« Le flou dans une image peut fournir énormément d'information, insiste François Deschênes, professeur-chercheur à l'Université de Sherbrooke ( 11 ).A partir de la quantité de flou d'une image en J'nJ' :if v% u' ®S* ' % ^ - ¦ Yk .re \ : K ' j YY iltc I.V; Y Y ¦.Comment ça marche.L'équipement de base ressemble à celui requis pour la réalité virtuelle : un système de positionnement (GPS, ultrasons, laser, etc.) pour suivre vos déplacements dans l'espace; un ordinateur chargé de stocker les éléments virtuels; un casque de visionnement muni de lunettes spéciales; et, pour finir, quelques capteurs afin de déterminer les mouvements de votre tête et de vos yeux.Selon ce qui se trouve devant vous, l'ordinateur puise dans ses données et intègre les informations, sous forme écrite ou graphique, dans votre champ de vision.Résultat : vous déambulez dans un univers hybride, à mi-che- min entre le réel et le virtuel.Du côté de l'affichage, plusieurs systèmes s'affrontent.Le premier, l'affichage optique, consiste à filmer le monde à l'aide d'une caméra, de combiner par ordinateur scène réelle et éléments virtuels, puis de projeter l'image composite sur de petits écrans de télé placés devant les yeux de l'utilisateur.Ce dernier ne voit plus directement le monde réel.Mais comme aucune caméra ne rivalise encore avec l'œil, cette technique, qui s'apparente à de la réalité virtuelle, n'offre pas une très bonne qualité de l'image.Le deuxième système, l'affichage optique, fonctionne avec un miroir semi-transparent sur lequel se superposent les images virtuelles.Ce système permet un meilleur contact avec la réalité.Par contre, les objets virtuels n'ont pas de consistance, puisqu'on voit toujours au travers.Une variante de ce système inclut, derrière le miroir, un écran à cristaux liquides transparent.Les cristaux s'opacifient selon la forme des objets virtuels, ce qui leur donne plus de consistance et permet même de dessiner des ombres.Le nec plus ultra est l'affichage rétinien (v/'/tua/ref/na/ display en anglais).L'image est dessinée directement sur la rétine par un laser de faible intensité.Cette technologie semble offrir les meilleurs possibilités, surtout du point de vue de la miniaturisation, mais demeure extrêmement dispendieuse pour l'instant.Québec Science ~ Novembre 2002 43 SMi deux dimensions, on peut évaluer mathématiquement la profondeur de la scène et l’endroit où se trouvent les objets.Les ombres, les coins et les jonctions sont d'autres éléments intéressants pour extraire des caractéristiques des objets.» Une technique déjà utilisée, entre autres, pour simuler la forme des montagnes à partir de photos aériennes.On peut aussi rendre les objets virtuels plus réalistes, paradoxalement, en les rendant plus flous.« Auparavant, on était incapable d'évaluer le flou que devait avoir un objet, explique François Deschênes.Les objets virtuels paraissaient donc trop nets, alors qu'ils se trouvaient dans une zone hors champ - ce qui n'est pas naturel.» L'analyse des images sert également à tenter de prédire - à très court terme - les mouvements de l'utilisateur et ainsi améliorer le temps de réponse.Pour l'instant toutefois, faute d'ordinateurs et d'algorithmes suffisamment puissants, ces analyses ne se déroulent pas encore en temps réel.Autre problème à ne pas prendre à la légère : le poids.Trimballer de 10 kg à 20 kg de matériel hétéroclite sur ses épaules n'est pas de tout repos, et les concepteurs travaillent donc à réduire la taille et le poids de l'attirail nécessaire.L'objectif : remplacer l'encombrant casque de visionnement par une simple paire de lunettes à affichage rétinien (voir l’encadré) communiquant par ondes radio avec un petit ordinateur porté à la ceinture.Cet appareil, si l'on en croit Steven Peiner de l'université de Columbia, est destiné à devenir le walkman du XXIe siècle, aussi commun que le téléphone et l'ordinateur personnel.On peut rêver.Oui, mais.Chargée de données et graphiques mis à jour à chacun de nos pas, doit-on craindre que la « réalité » devienne trop riche, voire indigeste ?Au contraire.Selon Steve Mann, pionnier du wearable computing (12) et aujourd'hui professeur à l'iini-versité de Toronto, la même technologie pourrait servir « à protéger sa solitude et éviter le vol de son attention ».Au lieu d'ajouter de l'info à votre quotidien, elle est tout aussi en mesure de la filtrer.Pour combattre la prolifération de la pub dans les espaces publics, le système pourrait, suggère le chercheur, remplacer les affiches publicitaires au-dessus des urinoirs (auxquelles on ne peut échapper - à moins d'être une femme, bien sûr) par une vidéo de chute d'eau (beaucoup plus dans l'ambiance).C'est ce qu'il appelle la « réalité diminuée ».Et des « lunettes roses à bonheur augmenté » à travers lesquelles le monde serait toujours beau et gentil ?On y travaille sûrement.Q5 »’ ."v'Ressources (1) Ivan Sutherland (Sun) www.sun.com/960710 /feature3/alice.html (2) MARS, Mobile Augmented Reality System (université de Columbia) www.cs.columbia.edu/graphics /projects/mars/mars.html (3) Archeoguide archeoguide.intranet.gr (4) Augmented Reality for Construction (université de Columbia) www.cs.columbia.edu/graphics /p reject s/a rc/a rc.h t m I (5) Augmented Reality Applications (NASA) science.ksc.nasa.gov/payload /projects/borg/areal.html (6) iMAGIS www-imagis.imag.fr (7) Battlefield Augmented Reality System (BARS) ait.nrl.navy.mil/vrlab/projects /BARS/BARS.html (8) ARQuake www.tinmith.net/arguake.htm wearables.unisa.edu.au /arguake/ (9) Augmented Reality www.augmented-reality.org (10) Mixed Reality Systems Laboratory www.mr-system.co.jp/project /index_e.html (11) François Deschênes (Université de Sherbrooke) www.dmi.usherb.ca/~deschene/ (12) Steve Mann wearcam.org/mann.html par Jean-Marie Labrie ^ eux Encore Tan 2002 et les âges André et Marie ont trois enfants.La somme du carré de l'âge de l'aîné, du cube de l’âge du deuxième et du carré de l'âge du benjamin est 2002.Quel est l'âge de chacun des trois enfants ?Problème tiré de l'anthologie grecque Diophante, mathématicien au IVe siècle, resta enfant le sixième de sa vie; après un autre douzième, ses joues se couvrirent de barbe; après un septième, il alluma le flambeau du mariage; et cinq ans après, il lui naquit un fils; mais celui-ci mourut arrivé à peine à la moitié de l’âge atteint par son père.Diophante vécut encore quatre ans, adoucissant sa douleur par des recherches sur la science des nombres.À quel âge sont morts Diophante et son fils ?Une régularité exceptionnnelle ! Combien faut-il de chiffres pour écrire tous les nombres depuis 1 jusqu'à 99 999 inclusivement ?Solutions 134 Rectangle découpé Solution suggérée : 1) La surface du rectangle est 16 cm X 36 cm ou 576 cm2.2) Le côté du carré doit avoir 24 cm.3) Il suffit de séparer le rectangle de la façon suivante : 44 Québec Science ~ Novembre 2002 4) En recollant les deux morceaux, on obtient le carré demandé : Niveaux H débutant ^intermédiaire expert mm 10* f'.?• 1/ #4 es joies se essor la Dioptate I 57È®2' PHOTO : ALAIN GAUVIN Québec Science, des antennes uniques Offre spéciale > Abonnez-vous pour trois ans et obtenez gratuitement le magnifique ouvrage publié par les Éditions Fides « Nos lacs, les connaître pour mieux les protéger » de M.André Hade, professeur de chimie à l’Université du Québec à Montréal.Une valeur de 24,95 $ ! Valable jusqu'à épuisement des stocks de Québec Science.Détachez et expédiez à 13061*106 ou remplissez le coupon en page 42 Service des abonnements : 525, rue Louis-Pasteur, Boucherville (Québec) J4B 8E7 ou téléphonez au : (514) 875-4444 ou 1 800 667-4444 ou télécopiez au : (514) 523-4444 ou par Internet : www.cybersciences.com/abonnement ?1 an (10 numéros) 41,35 $ 2 ans 71,25$ 3 ans 98,87 $ Tout abonnement souscrit dès maintenant est admissible aux promotions du 40e.| Nom Adresse app.ville code postal téléphone courriel 1 Chèque H Visa Chèque à l’ordre de Québec Science D MasterCard Facturez-moi N° de carte Date d'expiration / Signature www.cybersciences.com ' elf portable La télévision portable est pour bientôt, croit France Télécom qui vient de développer un écran de fibre optique tissé, que l'on peut appliquer à une veste ou à un t-shirt.Alimenté par une pile, cet écran permet pour l'instant de télécharger une image avec une résolution de 8 X 8 pixels.Les chercheurs pensent que cette prouesse n'est qu'une première étape : nous pourrons bientôt regarder nos émissions favorites sur la bedaine de la personne en face de nous.www.rd.francetelecom.fr KM: *—— .¦ ¦' .: • • - Les plaisirs de la « mauto » Vous n’arrivez pas à choisir entre l'achat d'une voiture ou d'une moto ?Optez donc pour un mélange des deux : le Vanderbrink Carver a un habitacle et un volant, comme une voiture, mais s'incline vers l'intérieur des courbes, comme une motocyclette.Son moteur permet d'atteindre 180 km/h.Vous n'aurez pas à voyager en solitaire : le Carver offre deux places disposées de façon telle que le passager peut admirer tous les détails de votre nuque pendant la balade.Petit défaut : à plus de 80 000 dollars pièce, il est peut-être plus économique d'acheter une voiture ET une moto.www.carver.nl Au doiq et à l'œil ! Comment éliminer les encombrants claviers de nos ordinateurs ?Carsten Mehrinq, un ingénieur en mécanique de l'université de Californie, a peut-être trouvé la solution.Il propose de fixer une série de contacts sur chacun des doigts gui, correctement agités, établissent des connections afin de générer des lettres.Les signaux sont acheminés à une montre gui relaie l'information à l’ordinateur.Selon cet ingénieur, son appareil est plus facile à maîtriser gue ses compétiteurs à cause de la similitude entre son utilisation et celle d'un clavier normal.Reste à savoir évidemment si on ne troquerait pas simplement la crampe du poignet pour celle de la phalangette, www.kittytech.com 46 Québec Science ~ Novembre 2002 I PIERRE-PAUL PARISEAU par Raynald Pepin la dimensioncachée s « Clés en main Elles ont des dents et ne mordent pas.Mais quand on les oublie, elles se vengent.D’ailleurs, où avez-vous mis vos clés ?eur nombre dans le trousseau reflète l'importance, la richesse ou parfois la vanité de leur propriétaire.Elles nous suivent presque partout; même au lit, puisqu'il y en a une, semble-t-il, pour les songes.Pourtant, une clé toute seule ne sert à rien, il lui faut absolument son complément, la serrure, pour prendre tout son sens.Que se passe-t-il dans le trou noir de la serrure quand on y insère une clé et qu'on la tourne ?Pour le comprendre, considérons le type de serrure le plus répandu, la serrure à goupilles (Yale), mise au point au milieu du XIXe siècle.« Environ 80 % des serrures sont à goupilles, dit Michel Piché, serrurier montréalais.Ce sont celles dont les clés sont plates et présentent un profil en dents de scie.Le cœur de ces serrures est un cylindre, ou barillet, constitué de deux parties concentriques.Le stator ne bouge pas; le rotor, lui, peut pivoter si on insère la bonne clé et qu'on la tourne.» Le pivotement du rotor fait tourner une came, une pièce de métal comportant une encoche, qui tire et ramène le pêne à l'intérieur de la porte.De nombreuses serrures comportent un ressort; ce dernier repousse le pêne (dans la gâche si la porte est fermée) dès qu'on relâche la clé.Si le pêne est dormant, il faut tourner la clé (ou un bouton) pour l’insérer dans la gâche.Les serrures à pêne dormant sont plus sûres que celles à ressort, car avec ces dernières il y a moyen de repousser assez facilement le pêne afin d'ouvrir la porte.Dans une serrure à barillet, stator et rotor comportent des cavités cylindriques, généralement au nombre de cinq.Dans chaque cavité coulissent deux Hi ,4., c mOm f goupilles (voir figure) : une « goupille du haut » et une « goupille du bas », larges d'environ 2,5 mm.« En l'absence de clé, un ressort repousse les goupilles qui bloquent alors tout mouvement du rotor et empêchent l'ouverture de la porte, explique Michel Piché.Les goupilles ne tombent pas au fond du trou, car elles sont arrêtées par des rainures correspondant à celles de la clé.L'insertion de la clé repousse les goupilles de façon à ce que, dans une cavité, la jonction entre deux goupilles se trouve précisément vis-à-vis du point mort, c’est-à-dire la frontière entre le rotor et le stator.Le rotor peut alors tourner.» Québec Science - Novembre 2002 47 la dimensioncachée Tailler une clé revient à faire correspondre ses échancrures à la longueur des goupilles d'une serrure donnée.Le numéro sur une clé neuve indique d'ailleurs la profondeur des échancrures et donc la longueur des goupilles du bas.Plus un chiffre est élevé, plus l'échancrure correspondante est profonde et plus la goupille est longue.« La plupart des fabricants utilisent des goupilles de 10 longueurs différentes, de 0,165 po à 0,360 po (4 mm à 9 mm), Ressorts les pousse de façon à ce qu'une jonction entre goupilles se trouve vis-à-vis du point mort.Le passe-partout déplace les goupilles de façon à profiter de l'autre jonction.Dans les deux cas, la clé et le rotor peuvent tourner.Une serrure protège nos biens contre la convoitise.mais aussi contre nous-mêmes, quand nous oublions notre clé.Que fait donc un serrurier si on a recours à lui ?« Il commence par essayer de crocheter Rotor Point mort Stator Goupilles indique Michel Piché.Ceci permet 105 combinaisons de goupilles, donc 105 serrures différentes.Ce nombre est encore augmenté par la multitude de formes de clé existantes, qui différent par la position et la forme de leurs rainures.» Bref, les probabilités que vous réussissiez à ouvrir la porte du voisin avec votre clé sont très faibles ! Dans un système qui comporte des passe-partout, une clé ordinaire n'ouvre qu'une serrure mais le passe-partout en ouvre plusieurs.Par exemple, celles de tous les bureaux d'un étage.Comment arrive-t-on à ce résultat ?Pour des serrures de type Yale, certaines cavités comportent trois goupilles plutôt que deux.La clé ordinaire la serrure, rapporte Michel Piché, ce qui permet de l'ouvrir sans l'endommager.Nous utilisons des rossignols, des lames très minces de différentes formes, pour remonter les goupilles une par une en commençant par celle du fond.» Le gentleman-serrurier commence par appliquer une torsion sur le rotor à l'aide d'une barre insérée dans le trou de clé.Cette torsion tourne légèrement le rotor dans le stator : les cavités du rotor sont un peu décalées par rapport à celles du stator, ce qui crée un petit rebord.Le serrurier soulève ensuite une paire de goupilles de façon à ce que le bas de la goupille du haut dépasse le point mort et s'appuie sur le rebord.Tout en maintenant la torsion, il opère de la même façon sur les quatre autres goupilles, avant de pouvoir enfin tourner le rotor.Crocheter une serrure est tout un art.« Ça prend beaucoup de pratique, dit Michel Piché.Il faut bien écouter : on entend les goupilles bouger.Un bon serrurier crochète une serrure en moins de 10 minutes.Mais il ne réussit tout de même que 75 % du temps.Certaines caractéristiques des goupilles peuvent en effet rendre une serrure plus difficile à crocheter, comme avec les “goupilles champignons” dont le rebord accroche quand on essaie de les"monter.» En cas d'échec, il est toujours possible de percer le barillet près du point mort afin d'insérer un fil métallique pour remonter les goupilles du haut.Si le fil ne réussit pas, le serrurier peut essayer d'atteindre le mécanisme (tige et came) et de tourner directement (dans ces cas, évidemment, la serrure est foutue).Par la suite, il reste encore le TNT, le lance-flammes ou le bulldozer.Si le crochetage est réussi et que l'on retrouve les clés, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.Si les clés ont vraiment disparu, il n'est pas nécessaire de se défaire de la serrure.Le serrurier peut la démonter et changer les goupilles du bas de façon à adapter la serrure à une nouvelle clé.^ Il existe d'autres types de ser-§ rures, dont plusieurs plus sécu-x ritaires (et plus coûteuses) que la s serrure Yale.Les serrures finlandaises Abloy, par exemple, ne comportent pas de goupilles mais plutôt des disques rotatifs, un peu comme les cadenas à combinaison.Les anciennes clés à longue tige cylindrique ouvraient des serrures à leviers, utilisées plus rarement aujourd'hui.Ces serrures comportent des leviers qui bloquent le mouvement du pêne, sauf quand ils sont levés par la rotation de la clé qui le fait coulisser.QS Pour en savoir plus Sur les cadenas à combinaison : www.howstuffworks.com/inside-lock.htm CRANE, H.Richard.“The Lock Everybody Has Opened”, Physics Teacher, volume 34, sept.1996, pages 358-359.48 Québec Science - Novembre 2002 science/culture ESSAI Requiem pour Stephen Jay Gould Les dernières réflexions sur l’histoire naturelle du merveilleux Stephen Jay Gould nous arrivent dans le neuvième tome de ses chroniques.Epoustouflant ! par Jean-Pierre Rogel v-* ¦ clectique, brillant, passant des faux fossiles marocains à ¦I ¦ Dolly la brebis, avec un crochet à propos du score de McGwire au baseball, le neuvième recueil des célèbres chroniques de « réflexions sur l’histoire naturelle » de Stephen Jay Gould tient toutes ses promesses.On le lit avec un pincement au cœur en pensant que l’homme qui l’a écrit est décédé ce printemps à 60 ans.« Les chênes qu’on abat.», avait un jour titré André Malraux, en parlant des grands disparus, et la mort de Gould y fait penser.Chef de file de la nouvelle théorie de l’évolution, superbe vulgarisateur à l’érudition époustouflante, Gould constitue une marque dans le domaine de la pensée sociale sur la science.Je dois avouer que la lecture de certains de ses essais, ceux de ce recueil et ceux du passé (notamment dans Le sourire du flamant rose, et dans Quand les poules auront des dents) me laisse pantois et plutôt jaloux.Quel talent ! Son approche très personnelle allie la biographie ou l’anecdote intriguante aux grandes questions des sciences de la vie.Ce faisant, Gould n’accepte pas de compromis.Il amène son lecteur dans les profondeurs conceptuelles qui sont du niveau des articles spécialisés pour scientifiques.Mais il le fait lentement, posément, avec une élégance toute littéraire et en se servant de l’histoire comme fil conducteur.En ce sens, il vulgarise différemment : il ne simplifie pas les concepts avec des comparaisons (comme autrefois Cari Sagan, ou Hubert Reeves maintenant, par ailleurs tout aussi excellents), il ne ruse pas.Comme par ailleurs il possède un esprit d’humaniste de la Renaissance égaré en un siècle matérialiste, cela rend ses textes parfois un peu touffus.Mais on y gagne toujours en compréhension profonde.Et la beauté de sa collection d’essais, c’est la variété des thèmes sur lesquels il nous attire.Ainsi, le lecteur peu au fait des débats sur l’évolution trouvera-t-il peut-être les chapitres 21 et 22 plus ardus, mais il pourra se rattraper aux chapitres 11 à 20, notamment avec les courts textes sur le sport ou sur Mozart.Personnellement, j’ai apprécié son analyse de la « paresse » de Darwin (chapitre 8), et l’histoire des pierres truquées, qui donne le titre à l’ouvrage.Mais je ne vais pas commencer à vous la raconter.Q5 GOULD, Stephen Jay.Les pierres truquées de Marrakech.Sciences ouvertes, Seuil, Paris, 434 p.Stephen Jay Gouio Les pierres truquées de Marrakech Québec Science ~ Novembre 2002 49 MICHEL LAROSE Suspecte santé Pour la médecine moderne, il est désormais inconcevable qu'un être humain meure en santé.Bernard Arcand : Vu de loin, on dirait que la médecine moderne n’a pas abandonné sa démarche traditionnelle face à la maladie.Entre l'injection et la chirurgie, elle s'interroge sur la nature du mal : tumeur interne qu'il faut extirper du corps ou malaise passager qui sera surmonté par l'introduction d'un puissant agent curatif ?Les Anciens guérissaient avec de la fumée ou des potions magiques; ils faisaient semblant d'extraire des cailloux et laissaient couler le mauvais sang.La démarche demeure comparable.Ce qui est nouveau, au-delà des outils modernes de la médecine, c'est bien sur l'hyper « compartimentalisation » ségrégationniste dont fait l’objet le corps humain.Les critiques sont unanimes : au rythme actuel, les spécialisations médicales se distingueront bientôt orteil par orteil.La maladie s'est transformée en ennemi identifiable que l'on doit isoler pour mieux le vaincre.Brigitte Gemme : Les médecins ont maintenant la vue si étroite - bien que si profonde - que l’approche multidisciplinaire devient une utopie : chacun ne peut voir que les problèmes qui relèvent de pa spécialité.En groupe, ils peuvent à peine se comprendre.Les spécialistes d’aujourd’hui sont des menuisiers qui n’auraient qu’un marteau dans leur boîte à outils : à leurs yeux, tous les problèmes ont l’air d’un clou et ils vous prescrivent deux coups énergiques pour bien l’enfoncer, où qu’il soit.Que les médecins officiels viennent ensuite râler que la médecine alternative leur pique des patients ! Sans défendre les thérapies dites « traditionnelles », qu’on offre à fort prix aux désespérés de la santé, il faut avouer qu’elles répondent à un besoin que la médecine officielle a créé.BA Les Modernes qui s'intéressent aux médecines traditionnelles ont tendance à leur faire une place soit à la pharmacie soit à l'église.Certains voient en elle un pur produit thérapeutique, similaire à tout ce que l'on trouve couramment en pharmacie - « la tisane d'écorce de cèdre qui soulage la migraine ».D’autres en font la clé d'une remise en ordre de l'Univers entier - « le rééquilibrage des courants vitaux de l'énergie cosmique ».Dans les faits, c'est _________________________ à un tout autre niveau qu'intervenaient la plupart des médecins traditionnels.Leur objectif premier visait à bien faire comprendre à la personne que sa maladie était un indice de vulnérabilité communautaire, que sa maladie déplaisait à son oncle et que son propre gibier, par effet de contagion, risquait d'en souffrir.Bref, la médecine traditionnelle cherchait à engager tout le poids du corps social ! sur le chemin de la guérison.| Alors que, de nos jours, je peux bien m'intéresser à ces | médecines exotiques, en faire même ma religion, mais mes voisins regardent la télévision et se soucient assez peu de mes ennuis de santé.BG Mais qu’entendent-ils à la télé ?Qu’on ne pourra bientôt plus payer pour la santé de tous nos vieux qui n’en finissent plus de vivre.Bientôt, il y aura un politicien pour proposer qu’on fasse place à une tradition « thérapeutique » millénaire.Comme dans la légende amérindienne, quand les vieux auront fait leur temps, ils iront prendre une marche sur la montagne et ne reviendront jamais, laissant les précieuses ressources du clan aux plus jeunes.Evidemment, ceux qui auront bien garni leur bas de laine pourront rester plus longtemps.Q5 Bernard Arcand est un malade tout à fait traditionnel.Brigitte Gemme étudie ses amis médecins en cachette.Elle espère qu'ils ne lui en tiendront pas rigueur.50 Québec Science ~ Novembre 2002 T h
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