Québec science, 1 janvier 2005, Octobre
CE QUE NE VOUS DIT PAS UN PALMARES DES ECOLES ER s vraies raisons du décrochage.4 / }p précoces, les ados?y Octobre 2005 Science Troubles d’apprentissage : comment les reconnaître • Les gars avec les gars, les filles avec les filles ?• Surdoués : le défi de l’intégration Le rôle de la mémoire Plus de sport pour mieux apprendre 06538528279310 w/ 'm'i / o E v'- % Votre potentiel.Notre passion." Microsoft / A/ He: Otlà! Fk h- !*;' 1' / 'v -* '¦*.* ;*$ '•¦«* ***“*r.y I ¦«' ' ‘ • ¦¦ '¦>.v'.'_ • ,:V.' ^ - ,» A- •1 , ; ?• • ; • ¦ ; iV • ¦ .1 ''' p::.' ^ < :ÿ}.1 ^V”’.•-V"-*?-.'’ r* r-' (?''• -y .• .* ¦ .i .¦ !mi.•:t-.¦ • .v .• .-VT-'.;>y.'v*.¦y- ¦ ¦¦¦¦¦ : y.- •, ¦ • • j-' > • *.-7- ;/ : ,• " ^ ^ * T.-.-.vy-.w • • ï.v-.^ \ • •• ^ y - *V>V4•' V " •: ' ,• -if- ^.1 .^î; OBJECTIF EDUCATION Il y a les doués, les «bollés», et il y a ceux qui bûchent pour rien.Les mécanismes de l'apprentissage sont complexes, ont démontré les scientifiques.Une chose est sûre : nous ne sommes pas tous égaux devant l'école.- M- " y" •• "• ’ VÙ’-rC-yÿy -, .ÏB V ' • ; J*-VA y *.,X s.V :’ .-i1.•• «•«SL.; ¦ , • •-.‘ff+y y* y Octobre 2005 [ Québec Science 21 KARI PEMBERTON/SUPERSTOCK POURQUOI L’ECOLE NE REUSSIT PAS À TOUS Ces enfants d'apprendre iiinMTïfn éÊÈBËÊ 22 Québec Science Octobre 2005 Quand l'alphabet ne veut rien dire et que les chiffres deviennent des ennemis, l'école peut être un vrai cauchemar.Comment aider les enfants souffrant de troubles d'apprentissage ?par Mélanie Saint-Hilaire Fin 2003, Jacques Desgagné et Christine Frigon déposent une requête en recours collectif contre le ministère de l’Éducation et neuf commissions scolaires de la région de Montréal.Les dyslexiques ne reçoivent pas de services adéquats à l’école, plaident-ils.Leur fils Thierry, 15 ans, a redoublé sa deuxième et sa troisième années avant qu’on lui propose, en guise d’aide, une classe spéciale regroupant des enfants turbulents et déficients.« La dyslexie est vue comme une maladie, tonne leur avocat, maître Cilles Gareau.Avant le cégep, il n’y a aucun accommodement pour ces élèves.( .’est immoral ! » Cette cause - une première au Canada - posera deux questions cruciales.Qu’est-ce qu’un trouble d’apprentissage ?Ft comment y remédier ?Chaque année, des gamins peinent comme des galériens pour apprendre à lire, à écrire u à calculer.I etir cauchemar |v nie un nom compliqué : dyslexie, dyscalculie, dysphasie." ( .es enfants sont intelligents, mais ils ont un problème neurologique qui rend difficile l’apprentissage d’une matière précise >>, explique Lgide Royer, professeur en sciences de l’éducation à l’I Jniver-sité Laval.Ils souffrent d’un trouble spécifique, un mal permanent qui n’est attribuable à aucun retard mental, handicap sensoriel ou trouble émotionnel.Ce sont des maux à géométrie variable dont les symptômes Octobre 2005 I Québec Science 23 r < w-'i \/s/-5Qci L,.1 / 6 ;XÇV ' .;:ij gr Eastlyn Flemming, éducatrice spécialisée à l'Hôpital Douglas, à Montréal : « Beaucoup de problèmes se vivent d'abord à la maison et se répercutent sur l'apprentissage.» varient d’un individu à l’autre.Certains ont du mal à voir les lettres à l’endroit, à lire sans sauter de ligne ou à percevoir certains sons.D’autres mêlent les lettres des « toms » - pardon, des mots.Ils peuvent éprouver des difficultés à saisir des concepts abstraits, à répondre à des questions (langage sollicité) ou à écrire lisiblement (motricité fine).Dans certains cas, la mémoire à court terme est atteinte, et ils oublient les explications du professeur.Combien sont-ils ?Impossible de le savoir précisément tant la définition de ces troubles demeure floue.L’Association québécoise pour les troubles d’apprentissage dit représenter entre 10 % et 15 % de la population.Mais des spécialistes invitent à la prudence.Car il ne faut pas confondre difficulté et trouble d’apprentissage.De Chaque contribuable québécois verse en moyenne 2 510 $ par année pour l'éducation, ce qui couvre le coût des pupitres, le salaire des enseignants, l'entretien des écoles et le reste.Au total, cela représentait 11,8 milliards $ en 2004, selon les plus récents chiffres du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport.C'est 25,3% du budget total du gouvernement et 3,4% de moins qu'il y a 10 ans.Pendant la même période, l'argent alloué à la santé est passé de 35,1 % à 42,6 %.Au Québec, chaque élève diplômé du secondaire coûte 100 138 $ (chiffres de 2002-2003).Un bachelier, quant à lui, coûte 196 261 $.« Si de 12 % à 15 % des enfants vivent des difficultés, 2 %, tout au plus, présentent des atteintes neurologiques », évalue Égide Royer.Alors que les difficultés d’apprentissage sont causées par des circonstances peu propices à l’étude - comme un milieu défavorisé, un divorce ou un deuil -, les troubles proviennent d’une dysfonction du système nerveux central.Certaines zones du cerveau (cortex, système limbique, noyaux gris centraux ou formation réticulaire) sont bizarrement « branchées », ce qui force l’information à emprunter des circuits alternatifs.Voilà ce que révèle l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, qui montre nos neurones en action.Ainsi, en lisant, les dyslexiques sévères mobilisent les zones de la mémoire au lieu de celles normalement sollicitées par le langage, d’après une étude parue en 2003 dans la revue Biological Psychiatry.La cause de ces troubles demeure obscure.La plupart des enfants hériteraient le mal d’apprendre de leurs parents, par les gènes.D’autres le devraient à des débuts éprouvants (alcoolisme fœtal, manque d’oxygène à la naissance) ou à un accident ayant causé des atteintes neurologiques.Certains polluants pourraient aussi perturber le système neuroendocrinien qui orchestre le développement du cerveau dans les premières semaines de la grossesse.Avant que le psychologue Samuel Kirk ne définisse les troubles d’apprentissage, en 1963, combien d’enfants ont passé pour des cornichons fauteurs de troubles ! Ou encore, pour des déficients légers.«À mes débuts, on disait de ces enfants qu’ils souffraient de minimal brain damage (lésions cérébrales mineures) », se souvient Sandra Wesley, la responsable de l’école Angrignon, l’établissement d’enseignement de l’Hôpital Douglas, à Montréal.Elle a consacré 39 ans à scolariser les petits patients de cette institution psychiatrique.Désirée Chaker, elle, se faisait traiter d’insolente par sa tutrice.Vive léusÿ (fi.tm as®' sonfcaffi pavai ssiffli avïta DM® f£|at elle ae \hiïï 24 Québec Science | Octobre 2005 «aliti vweaiï fctMïij tnteèl1 «,n et inventive, cette fille de professeurs avait tout pour briller à l’école.Sauf que lire était un calvaire.Pour réussir, la fine mouche inventait des stratagèmes comme le Club du petit-déjeuner.Chaque mois, elle préparait un brunch pour 10 de ses camarades qui, en retour, lui faisaient un exposé sur une matière, qu’elle enregistrait sur cassette ! Elle avait déjà décroché son baccalauréat lorsqu’un jour, le diagnostic est tombé : dyslexie.Elle avait un niveau de lecture de sixième année.«L’intervenante qui administrait les tests m’a dit avec douceur que je pourrais finir mon secondaire, rigole cette polyglotte de 48 ans.Quand je lui ai dit que j’avais terminé l’université, elle ne m’a pas crue.» Aujourd’hui, Chaker donne des ateliers d’insertion en emploi à l’Association québécoise pour les troubles d’apprentissage (AQETA).Il y a toujours eu des écoliers en perdition.Ce qui est nouveau, c’est que la société s’attend à ce qu’ils terminent leur scolarité.« Il y a 20 ans, chez les Québécois francophones prédominait la mentalité du “si tu n’es pas fait pour l’école tu iras travailler”.Mais ça devient difficile de survivre sans diplôme », note Denise Destrempes-Marquez, ex-directrice de l’AQETA.L’an dernier, son organisme a reçu 12 500 appels de parents qui cherchaient une aide pédagogique pour leur rejeton.« Si on essaie de leur apprendre à lire comme les autres, ces jeunes risquent de décrocher en troisième année, tellement ils sont démotivés.» Les problèmes persistent bien au-delà de l’école, même si beaucoup réussissent à intégrer le marché du travail.Chaque trimestre, Louise Brazeau-Ward enseigne le français à quelque 50 fonctionnaires anglophones dyslexiques de la région d’Ottawa.« Ils savent s’exprimer dans la langue seconde, le français.Mais à l’examen oral, ils ne répondent pas bien aux questions.L’examinateur croit qu’ils manquent de connaissances linguistiques, alors que c’est dû à leur dyslexie.» Ces personnes ont du mal à communiquer leurs idées oralement, surtout lors d’un examen.Leur handicap est plus ardu à compenser dans une langue étrangère.Lorsque Louise Brazeau-Ward a réalisé que son fils butait sur des obstacles énormes en lecture, à la fin des années 1980, peu de Canadiens savaient épeler le mot « dyslexie ».Elle avait dû se rendre à New York pour obtenir un diagnostic.Comme fiston dépérissait, elle l’a sorti de l’école pour lui enseigner en s’inspirant de la méthode Orton-Gillingham développée aux États-Unis.L’année suivante, elle avait 40 élèves.L’Académie Héritage, seule école spécialisée en dyslexie au Canada, a ouvert ses portes en 1989.Tous ses diplômés, sauf un, se sont rendus à l’université, affirme Louise Brazeau-Ward.Son secret?La méthode EMS (enseignement multisensoriel simultané).«Les personnes dyslexiques pensent en images, explique la directrice.Souvent, elles ont appris à deviner les mots à leur silhouette.» Avec sa méthode, les étudiants réapprennent à lire lettre à lettre, en associant le symbole « t » au son /t/, « ta » à /ta/, etc.Ce qui manque aux dyslexiques, c’est la conscience phonologique : la faculté d’associer phonèmes et graphèmes.« Vers trois ou quatre ans, les enfants commencent à remarquer que “patate” commence comme “parapluie”, illustre avec hu- Dyslexie L'enfant confond des sons voisins (s/ch, u/ou), inverse des lettres, a du mal à découper les mots en syllabes; le sens d'un texte lui échappe souvent Ce trouble de la lecture est un cousin de la dysorthographie (trouble de l'écriture) et de la dyscalculie (trouble du calcul).Au fil des ans, les dyslexiques se sont soumis à mille thérapies : lunettes teintées, exercices d'équilibre, capsules d'acides gras polyinsaturés, logiciel de rééducation auditive, etc.Autant de symptômes de.l'incertitude des chercheurs.La dyslexie est-elle due à une instabilité de la fixation oculaire, à une dysfonction du système auditif, à une anomalie des magno-cellules des voies sensorielles ?Probablement à un déficit du traitement phonologique.La personne a du mal à établir des liens entre les sons et les lettres, et à manipuler les phonèmes.Parmi «câlin», «kilo», «télé», elle ne trouve pas l'intrus qui commence par un son différent On pense que les chromosomes 6 et 18 seraient impliqués.L’oi ào u; J>î qe, à WoV -sjola b Jonrlei/n Pblbi p l'bco\3 le eo ta ts uqa 4 /\i lia 1 s .Sun b i ou t> e si I a.t au ai c.iu i sr Dictée d'un élève dyslexique.Traduction ; «Mon école.J'ai eu le bonheur d'aller à l'école primaire, à l'école de mon village.» QU’EST-CE QU’UN TROUBLE D’APPREN- TISSAGE?Les spécialistes ne s'entendent pas sur la définition des troubles d'apprentissage.Par exemple, en Europe, le terme «dyslexie» est appliqué à tous ceux qui éprouvent des difficultés avec le langage écrit, soit jusqu'à 30% des élèves.En Amérique, son acception est généralement beaucoup plus stricte et touche tout au plus 5 % des petits.Celle proposée par le manuel diagnostique des maladies mentales DSM-IV, en usage dans nos hôpitaux, est vague à souhait: « Les troubles d'apprentissage sont diagnostiqués lorsqu'un individu, lors de tests standards administrés individuellement en lecture, en mathématiques et en expression écrite, réussit bien en deçà de ce que l'on attend d'un élève de son âge, de son éducation et de son niveau d'intelligence.» Ces problèmes doivent nuire au succès scolaire de façon significative et se traduire par un écart notable entre les résultats aux examens et les tests de quotient intellectuel; ils peuvent être dus à des anomalies dans les processus cognitifs.D'autres organismes, telle la Learning Disabilities Association of America, insistent au contraire sur l'origine neurologique de ces problèmes scolaires.D'ici quelques années, les chercheurs en neurobiologie devraient pouvoir préciser la nature des différents troubles d'apprentissage et leur traitement.Octobre 2005 I Québec Science 25 mour Renée Béland, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie de TUniversité de Montréal.Chez certains, toutefois, cette conscience se développe difficilement.À six ans, ils ne sont pas prêts à apprendre le “code secret” de l’alphabet.» Pour les aider, la spécialiste a lancé le logiciel Métafo, grâce auquel les joueurs doivent jongler avec des mots inventés.« C’est pour éviter qu’ils se fient au sens.Quand on demande si “chat” rime avec “rat”, certains répondent non, parce que l’un mange l’autre ! » André Courcy, étudiant au doctorat à l’Université de Montréal, a testé la méthode avec 13 élèves de première année en difficulté d’apprentissage; 13 autres faisaient des exercices phonologiques basés sur le langage réel; 13 écoliers sans problèmes particuliers servaient de groupe contrôle.« Après 10 semaines, les enfants qui avaient reçu l’entraînement Métafo avaient rejoint ou dépassé ceux de la classe régulière; on a dû entraîner les 13 autres en difficulté, par souci de justice.Un an plus tard, les 26 avaient tous intégré une classe normale.» Renée Béland tente maintenant d’adapter le jeu pour les malentendants, qui, sans stimulus sonore, peinent aussi à lire.« Parfois, c’est le cerveau qui est un peu sourd », dit Véronique Dumont, coordonnatrice à l’Institut Raymond-Dewar, à Montréal.Chaque année, ce centre de réadaptation pour malentendants reçoit plus de 400 gamins aux oreilles parfaites.La plupart de ces petits ont un trouble auditif central.Ils saisissent mal les messages lancés dans le brouhaha.« Certains montrent simplement une maturation plus lente du système auditif central.Vers 12 ans, ils redeviennent normaux, bien qu’ils aient développé des retards scolaires.Mais d’autres auront des problèmes permanents.» Trouble auditif central L'enfant a du mal à traiter l'information reçue oralement Il entend difficilement dans le bruit, confond des mots similaires (« pain », « main », « bain ») et met du temps à décoder un message.Les explications verbales le rendent parfois distrait Son oreille fonctionne bien; ce sont les voies auditives supérieures et les zones cérébrales connexes qui font défaut Parfois, il s'agit d'une simple immaturité de certaines aires du cerveau.Ce trouble menace l'acquisition du langage et l'apprentissage, car les professeurs donnent beaucoup de consignes de vive voix.Un audiologiste peut évaluer l'enfant dès que celui-ci a atteint l'âge de six ans.Bancs.Plus de 1,8 million de Québécois occupent les bancs de l'école.Quelque 86 703 fréquentent la maternelle ou la prématemelle; 550 000 se retrouvent au niveau primaire; 465 000 au secondaire; 195 000 dans les institutions collégiales; 260 000 dans les universités.Mais le Québec a un des taux de scolarisation des jeunes enfants les plus bas de l'OCDE.À quatre ans, seulement un enfant sur cinq fréquente la maternelle.Et contrairement à la situation de la plupart des pays développés, les Québécois de trois ans ne sont pas scolarisés.coi co en Q.< Z < U Pour déjouer les troubles d’apprentissage, il faut développer des stratégies compensatoires, pense Silvy Lessard, psychoéducatrice à Sherbrooke.Pour ceux qui souffrent d’un trouble déficitaire de l’attention, tous les moyens sont bons : afficher son horaire dans sa chambre et dans la cuisine, inscrire ses rendez-vous à plusieurs endroits, dresser des listes de choses à faire pour contrer son agitation mentale.Bien que le déficit d’attention ne soit pas un trouble d’apprentissage au sens strict, ses symptômes, dont le plus important est une difficulté à se concentrer, nuisent drôlement aux devoirs et aux leçons.« Environ 90 % de ces enfants ont un rendement scolaire perturbé», poursuit Silvy Lessard, qui est intervenante pour PANDA (Parents aptes à négocier le déficit d’attention), en Es-trie.Son groupe offre une ligne d’écoute et des ateliers pour aider parents et profs à apprivoiser ces oursons sauvages qui vivent parfois aussi des troubles d’opposition et de provocation, de comportement, de l’humeur, etc.Psychiatre à la clinique de troubles de l’attention de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, à Montréal, Philippe Lageix n’est pas du genre à dégainer le « fusil à Ritalin » à la vue d’un gamin remuant.Mais, parfois, la controversée pilule accomplit des miracles, jure-t-il.« Il faut considérer la mésadaptation de l’enfant.A-t-il des problèmes de rendement à l’école ?Est-il considéré par ses pairs comme un emmerdeur fini ?Le prof a-t-il envie de le foutre dehors toutes les cinq minutes ?Si oui, le médicament peut changer sa vie.» Prudence, toutefois.L’an dernier, le médecin a évalué 100 patients qui avaient reçu le diagnostic de déficit d’attention.La batterie d’examens (questionnaires comportementaux, historique médical, tests neuropsychologiques, entrevue avec un psychiatre) a révélé un taux énorme de faux positifs : 40 % ! « Il y a des enfants que l’on soigne pour un déficit d’attention mineur; ils s’améliorent.26 Québec Science | Octobre 2005 : t-y Comme des milliers d'enfants dans le monde, Andy, 11 ans, prend sa dose quotidienne de Ritalin.rmais pas beaucoup.Quand on creuse, on découvre un trouble d’ap-v v 1 prentissage très sévère, comme une dyslexie mixte.» Son équipe Isatila con?u 11116 méthode d’évaluation standardisée qui tient compte ~ j de ces observations.Elle tente aussi d’implanter un réseau in- 5D»æl^ afctttt jlefap- jpiMt (Jevoils iJtHlftt If [«Il l,®6' :rsfl liiitnt life oHèffsj joishl Lato- nef I I formatique qui permettrait aux professionnels de la santé et de l’éducation de conjuguer leurs interventions.Les troubles d’apprentissage non dépistés génèrent une souffrance insondable.Prenez cette jeune fille de quatrième secondaire hospitalisée pour une dépression sévère : personne n’avait repéré J sa dyslexie.« Elle étudiait trois heures par soir, ne sortait plus, n’avait | plus d’amis.Elle avait très bien réussi à compenser son handicap, mais elle était en train de craquer sous la pression», raconte I Marie-Claude Béliveau, orthopédagogue à l’Hôpital Sainte-Justine, à Montréal.À l’inverse, dans J’ai mal à l’école (Éditions de l’Hôpital Sainte-j Justine, 2002), la spéciahste présente des têtes blondes si pleines I de troubles affectifs qu’elles ne pouvaient plus rien absorber.Comme ce gamin qui refusait de dépasser son père, analphabète, en apprenant à lire : inhibition intellectuelle.Ou ce petit de neuf ans, hospitalisé pour un ulcère d’estomac : stress de performance.Ou encore, cette adolescente qui échouait à ses examens à force de soliloquer dans sa tête ( « Ah non ! pas un autre test ! Je vais le rater », etc.) : anxiété.Car il n’est nul besoin de trouble neurologique pour ne pas apprendre ! « Quand une automobile a un problème, on change la pièce et c’est réglé.Quand un humain a une difficulté, si on met le doigt sur le bobo, il se protège.L’enfant en échec va désinvestir l’école pour se protéger.» Laurier Fortin, directeur du département de psychoéducation à TUniversité de Sherbrooke, a d’ailleurs entrepris, en 1996, de mieux comprendre les causes du décrochage en analysant une cohorte de 800 élèves (l’étude doit se poursuivre jusqu’en 2007).Oui, les faibles notions en français et en maths se sont révélées des facteurs de risque.mais les moins importants sur une échelle de sept, derrière le manque de soutien parental et le défaitisme des professeurs ! En première place ?La dépression, dont souffrent de 12 % à 15 % des jeunes de 12 et 13 ans.« Il y a un lien très fort entre la dépression à l’adolescence et l’échec scolaire.Si on veut que les jeunes finissent leurs études, il faut prendre en considération l’ensemble de leur situation personnelle, sociale et familiale.» C’est aussi la philosophie d’East-lyn Flemming, éducatrice spécialisée à l’Hôpital Douglas, à Montréal.« Beaucoup de problèmes se vivent d’abord à la maison et se répercutent sur l’apprentissage.Il y a des enfants qui se couchent à 2 h du matin.Comment voulez-vous qu’ils apprennent?» Sous ses fenêtres, une demi-douzaine d’enfants jouent au ballon parmi les pisserdits, sous la supervision de deux adultes.Ils rient, courent, se chamaillent un peu.Des jeunes comme les autres.à ce détail près qu’ils se sont fait expulser de l’école pour violence.L’un a lancé une chaise à la tête de son enseignante; l’autre a poussé des camarades dans un escalier.«Je faisais peur aux autres enfants et j’étais méchante avec ma mère », explique Trouble déficitaire de rattention Le trouble défidtaire de l'attention avec ou sans hyperactivité vient en trois « couleurs»; inattentif, hyperactif-compulsif et combiné.Les enfants inattentifs sont dans la lune et désorganisés.Les hyperactifs-compulsifs gigotent sans cesse, se montrent souvent immatures ou d'humeur changeante.«Quand ils abandonnent une activité, ils ont énormément de mal à se réengager, ajoute le psychiatre Philippe Lageix.Si vous vous faites tirer une boulette de papier en classe, vous allez identifier la personne, lui lancer quelque chose, puis vous retourner vers le tableau.Eux n'ont pas ce séquenceur interne qui permet à l'activité cognitive de continuer à se dérouler pendant la distraction.» Le traitement comprend souvent une médication, tel le méthylphénidate (Ritalin) qui augmente dans le corps la quantité de dopamine.Il reste controversé.Des chercheurs espèrent trouver d'iri 15 ans les marqueurs biologiques qui permettraient un diagnostic sûr.On les appelait «maîtres ambulants» ou encore « colporteurs d'intelligence ».Ils parcouraient jadis les campagnes pour offrir les rudiments de la lecture et de l'écriture aux enfants ainsi qu'aux adultes.Avant que le gouvernement du Bas-Canada n'instaure un système d'éducation publique, en 1840, bien des paroisses n'avaient pas d'école ou, lorsqu'elles en avaient une, n'arrivaient pas à recruter d'instituteurs, ou même d'écoliers.Résultat: un enfant sur 20 fréquentait l'école.Les chroniques de l'époque relatent qu'en fait les paysans ne voyaient pas d'un très bon œil cette idée d'apprendre à lire et à écrire, qui détournait les enfants des travaux de la terre.Les curés, quant à eux, souhaitaient voir augmenter le nombre d'écoles afin que les enfants soient mieux préparés à faire leur première communion.Octobre 2005 I Québec Science 27 POURQUOI L'ÉCOLE NE RÉUSSIT PAS À TOUS posément une garçonne à la mèche flamboyante, seule fille du groupe.« Il y a des enfants qui hurlent et qui se débattent si fort qu’il faut les contenir physiquement», raconte Natalie Grizenko, la pédopsychiatre en charge du service.L’hôpital de jour du Douglas soigne 30 jeunes de 6 à 12 ans aux prises avec des troubles oppositionnels et de conduite, souvent en déficit d’attention.Pendant environ six mois, ils acquièrent des habiletés so- DvSDliâSiG dales - comment se faire des anus, éviter les chicanes, lenJfan^ a du mal à employer etc.- tout en poursuivant leur scolarité.Us réintègrent une langue correcte à expli-ensuite l’école normale.Les perspectives de ces en- qUer un concept qu'il semble fants sont bonnes.Selon une étude parue en 1997 dans avoir compris ou à raconter le Journal of the American Academy of Child and Une histoire en respectant Adolescent Psychiatry, 5 ans après leur congé, 73 % l'ordre chronologique.Son fréquentaient l’école régulière.« Si l’enfant avec un langage se développe tardive-trouble ne sent pas qu’il peut faire quelque chose de ment et de façon atypique, bien, il finit par ne même plus essayer.S’il connaît des S'il a du mal à saisir les jeux succès, par contre, il change d’attitude face à l’ap- de mots ou à prononcer prentissage.Il fleurit ! » À condition d’intervenir tôt certains phonèmes sur deman-et intensément, ajoute le médecin.de, il peut être atteint d'une forme particulière appelée ans son bureau tapissé d’affiches dysphasie.Ces troubles sont pédagogiques, Nicole Cancel, de dus à une dysfonction des l’école primaire la Passerelle, en ban- c'rcuits cérébraux impliqués lieue de Québec, a reçu 55 enfants en ^ans ^an9age- En 2001, des 2004-2005.Deux fois tous les six cJhercî’eurs ““ ont jours, l’orthopédagogue les aidait à découvrir leur ! en.tl ®î^c°Uja ( J i-ji j, r le gene F0XP2, dont la propre façon d apprendre.« Plus d enfants au- .raient besoin de services, mais on n a pas les moyens de les voir », regrette-t-elle.Depuis une dizaine d’années, beaucoup de classes spéciales à effectifs réduits ont disparu.Les élèves lents se débattent dans des groupes de 30, et les professeurs composent avec des cas très lourds.«Je connais une enseignante de quatrième qui, cette année, a eu six enfants en difficulté d’apprentissage et deux avec des troubles de comportement ! » La situation a inspiré à Egide Royer un pamphlet hilarant, Comme un caméléon sur une jupe écossaise (École et comportement, 2005).«Vous enseignez à 25 élèves de première année, dont 7 en difficulté d’apprentissage ou de comportement.Comme un caméléon sur un tissu à carreaux, vous allez déployer beaucoup d’effort pour vous adapter à chacun et ça ne fonctionnera pas ! » Surtout que la formation « jurassique » reçue à l’université prépare bien mal à la réafité, regrette-t-il.« Les enseignants ressemblent à des dentistes qui n’auraient eu que des cours sur la philosophie du sourire.» Cet automne, les 80 000 instituteurs du Québec vont sortir leurs crocs.Pour renouveler leur convention collective, ils réclament plus de services pour les élèves en difficulté, notamment un ratio obligatoire de professionnels (orthopédagogues, psychopédagogues, etc.).Des arguments ?Dans un rapport déposé l’an dernier, la vérificatrice générale du Québec constatait que tous les élèves à risque n’obtiennent pas le plan d’intervention exigé par la Loi sur l’instruction publique, ou bien le reçoivent trop tard.Ces cafouillages ont un impact social.Selon le psychiatre Larry Silver, aux États-Unis, 60 % des détenus mineurs auraient un trouble d’apprentissage non traité; 50 % de ceux des prisons fédérales ne sauraient pas lire.D L De à En 2002,100 981 diplômes d'études secondaires ont été décernés au Québec; 52 658 diplômes d'études collégiales et 54 450 diplômes universitaires.Selon les derniers chiffres de l'OCDE, 83 % des Québécois adultes détiennent un diplôme d'études secondaires.C'est plus que les Français et les Italiens (82 %, respectivement), que les Belges (79%), les Américains (73%) et les Suédois (72%).Mais c'est moins que les Finlandais (85%), que les Suisses et les Japonais (92%, respectivement) ou que les Allemands (93%).Association québécoise pour les enfants dysphasiques, forte de 1250 membres, est l’un des organismes qui défendent les droits des écofiers différents.La dysphasie est un trouble du langage qui handicape la communication.« Actuellement, chaque école et commission scolaire interprète différemment la réglementation sur les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation, ou d’apprentissage.Les services offerts varient beaucoup.» Dès cette année, l’Association compte faire plus de.défense de droits individuels, explique la directrice, Guylaine Brûlé.Pour Marie-Claude Béliveau, la cause est entendue : le système scolaire n’est pas fait pour les enfants souffrant de troubles d’apprentissage.L’an dernier, deux de ses protégés, qui ne pigeaient rien en calcul, ont reçu de l’aide.en français.L’école ne pouvait traiter que les problèmes les plus fréquents.« Ce sont des absurdités pareilles qui font que l’enfant se décourage, s’insurge-t-elle.On lui donne l’illusion qu’il a tout ce qu’il faut pour réussir et que s’il ne réussit pas, c’est parce qu’il ne veut pas, qu’il est paresseux.» Et quand le cas devient désespéré, les institutions spécialisées comme l’école Vanguard, à Montréal, restent pratiquement inaccessibles, fulmine-t-elle.Depuis l’an 2000, le ministère de l’Éducation n’exige plus de diagnostic précis pour dispenser des services spécialisés.Tous les élèves «à risque » y ont droit.« Il y avait des effets pervers à les catégoriser par difficulté.D’abord, ils accumulaient un an de retard àvant qu’on puisse établir un diagnostic ! Et comme les catégories de difficultés d’apprentissage étaient associées au financement des services, on attendait pour aider les jeunes.Maintenant, on demande aux professeurs de réagir dès qu’ils constatent qu’un enfant ne progresse pas normalement », explique la directrice de l’adaptation scolaire et des services complémentaires au Ministère, Liette Picard.Pour l’État, les troubles d’apprentissage sont comme des chaussures neuves : inconfortables.En théorie, ils constituent un handicap autorisant un traitement particulier.En pratique, comment gérer ça ?C’est infernal, assure Égide Royer, qui a déjà été chargé du dossier au Ministère.« Un gamin de Westmount se fait diagnostiquer une dyscalculie, et vous allez lui permettre d’utiliser sa calculatrice pour faire ses examens.Un petit d’Hochelaga-Maisonneuve souffre d’un retard d’apprentissage, et vous allez c\ le»» liiirwtf legia co»0( tfllipo- caftiüf fcîa| UnstEuv pè tau W taévo M't Cllk.28 Québec Science I Octobre 2005 Metros bletti wtim «»* iifl! ¦ k I Jltp- leait- lui refuser la calculatrice, parce que s’il n’apprend pas, c’est à cause de son milieu culturel, pas d’un handicap ! » Régulièrement, Marie-Claude Béliveau se rend dans les écoles pour expliquer le profil cognitif d’un dyslexique de 11 ans.« Pour toutes les fonctions affectées par la dyslexie, la lecture par exemple, il a un niveau de 5 ans; mais pour la capacité de synthèse, le raisonnement, il pense en ado de 13 ans.Quand les profs constatent cet écart, ils lui donnent plus de temps en examen pour qu’il trouve ses repères », explique l’orthopédagogue.Le grand enjeu des prochaines années sera d’obtenir des accommodements aux examens nationaux, croit Denise Des-trempes-Marquez.« Le sourd et l’aveugle y ont droit, mais pour le dysorthographique qui écrit trois phrases à l’heure, il n’y a rien ! » Car avec un coup de pouce, Junior pourrait très bien réussir ses études.Il y a cinq ans, le service d’aide aux étudiants handicapés de l’Université Laval comptait 12 % de clients avec des troubles d’apprentissage; aujourd’hui, c’est 24 %! Avec du temps supplémentaire ou un local tranquille pour passer les tests, des textes enregistrés, un ordinateur avec correcteur intégré, ils atteignent leurs objectifs.« On ne dénature pas les programmes d’émdes : les objectifs sont les mêmes, c’est la modalité d’évaluation qui varie, précise Anne-Louise Fournier, conseillère à l’intégration.Les étudiants avec des troubles d’apprentissage font face aux mêmes préjugés que les étudiants aveugles, il y a 15 ans.Mais quand on explique leur situation, les gens comprennent.» Les troubles d’apprentissage ne sont pas qu’une tare (Voir Des maladies qui rendent intelligent, page 30).Pour l’artiste montréalaise Am Müller, elle-même dyslexique, c’est aussi une source d’inspiration.La jeune bachelière de l’UQAM peint des tableaux fragmentés aux titres évocateurs, tel Ourson dyslexique.Son mal lui a appris, dit-elle, à « transformer une erreur en œuvre d’art ».05 lesjs ttoüHes ijuiiie l’écolt Cesont Une œuvre d'Ani Müller, Ourson dyslexique, intégration photo-acrylique.De Encre iaali jwiat È-U ¦ :: Avec de la colle, des résidus carbonisés et des substances aromatiques, les Chinois ont inventé l'encre il y a 2 500 ans.Mais il leur a fallu attendre cinq siècles avant d'avoir du papier sur lequel l'appliquer.C'est un bricoleur appelé Cai Lun qui a trouvé le moyen de fabriquer une pâte à partir d'écorce d'arbre, de déchets de lin et de vieux chiffons.Ce sont les Français, quelque 1 300 ans plus tard, au sortir de leur révolution, qui ont eu l'idée de recycler le papier.Lecole, un compte pour tous.mw 11 ¦r* - s %- IliSTOlBÉ _ ____________ ^ f Ihw fydtvu J meiu etc certain^ ,^1,) troubles^ ^ „ ! fail cérébraux développent une profonde : [((SKI symbiose | JJ avec cet art.| U» ifond Ht) I J®?D’après la théorie des intelligences multiples, proposée en 1983 par un professeur de Harvard, Howard Gardner, il y a sept domaines distincts d’habiletés intellectuelles : visuo-spatiales, musicales, linguistiques, logico-mathématiques, corporelles et kinesthétiques, intrapersonnelles et, enfin, interpersonnelles.Il en existe probablement davantage, croit Daniel Levitin.Lui-même musicien professionnel, il s’est d’abord intéressé aux talents musicaux, parfois extraordinaires, propres au syndrome de Williams.L’un des cas les plus connus est la soprano et accordéoniste Gloria Lenhoff aux États-Unis.Malgré un QI de 65, la quadragénaire s’exprime aisément, connaît par cœur quelque 2 000 chansons et chante en.28 langues.Fuite L'exode des cerveaux s'accentue dans les pays d'Afrique et d'Amérique du Sud.Les dernières données des Nations unies indiquent qu'un million de jeunes doués des pays du Sud ont quitté leur terre natale pour poursuivre leurs études dans les pays riches.Au début des années 1960, ils étaient 245 000.Une augmentation de 500%! « Lors d’un test de production rythmique, nous avons présenté à des sujets des séries de rythmes de plus en plus compliquées qu’ils devaient reproduire en tapant des mains, raconte Daniel Levitin.Les participants atteints de la maladie réussissaient cette tâche aussi bien que les autres.Et quand ils se trompaient, leurs erreurs étaient en harmonie avec la séquence originale trois fois plus souvent que chez les sujets normaux.» Ces « erreurs créatives » seraient selon lui le signe que non seulement l’apprentissage de la musique, mais aussi l’inventivité fonctionnent indépendamment de l’intelligence générale.Dans la seule étude d’imagerie cérébrale menée sur le syndrome de Williams, l’équipe de Daniel Levitin a constaté que ces individus emploient d’autres zones cérébrales que nous lorsqu’ils sont exposés à la musique.Leur cerveau s’allume d’une manière plus diffuse et l’amygdale, le centre émotionnel primitif du cerveau, s’active davantage.Ces résultats pourraient expliquer leur profonde symbiose avec la musique.Les autistes, de leur côté, sont des spécialistes du détail.On sait qu’un sous-groupe particulièrement doué possède l’oreille absolue, ou peut produire des dessins d’une exactitude exceptionnelle sans procéder par essais et erreurs.Mais la plupart sont aussi plus sensibles que nous à toutes sortes de stimulus visuels et auditifs.Leur perception de la hauteur sonore est supérieure à la nôtre : ils peuvent détecter, entre deux sons purs, des différences si minimes qu’elles sont à peine perceptibles pour nous, ou repérer plus facilement un changement d’une seule note dans une mélodie.Ils excellent à réahser des puzzles ou à assembler des blocs à partir d’un modèle.Ces surcapacités ont un point commun, selon Laurent Mottron, chercheur au département de psychiatrie de l’Université de Montréal et spécialiste de l’autisme.« Us sont plus rapides et plus spontanément orientés sur la détection d’éléments séparés et 'f emegis ¦ y foifç màiff coron,! h mot leant faifttî- te,(|ïr.fcîtom fame,tg 32 Québec Science i Octobre 2005 NOUS SOMMES TOUS DES GÉNIES ise îtült ¦Ïlÿlfa -zéc- Le syndrome du «savant» découlerait de lésions à l'hémisphère gauche doublées d'une compensation de l'hémisphère droit, selon le psychiatre Darold Treffert, un spécialiste du phénomène.Des aptitudes musicales ou visuelles semblables à celles des «savants» peuvent également faire surface lorsque ces tissus sont endommagés à l'âge adulte.«Ce n'est pas tant que de nouvelles fonctions se développent dans l'hémisphère droit, mais plutôt que ce dernier est libéré de la "tyrannie" de l'hémisphère gauche», soutient-il.C'est ce qui a poussé des scientifiques à se demander si un « Rain Man » dormait en chacun de nous.Des chercheurs australiens ont vérifié cette hypothèse à l'aide de la «stimulation magnétique transcrânienne», une technique qui permet d'immobiliser temporairement certaines zones du cerveau en inhibant les signaux électriques des neurones.L'équipe d'Allan Snyder, à Sydney en Australie, a appliqué ce traitement à la région frontotemporale de l'hémisphère gauche chez 11 hommes.Quatre d'entre eux ont produit, après la stimulation, des dessins plus complexes et plus vivants, voire plus flamboyants, qu'avant l'expérience.Deux autres ont aussi développé une capacité accrue de repérer des doublons dans un texte.Les chercheurs concluent qu'en «éteignant» une partie du cerveau, on peut favoriser certaines aptitudes - plus précisément le genre d'acuité visuelle et d'attention au détail qu'on observe chez certains «savants».Allan Snyder est de ceux qui croient que les «savants» utilisent des circuits «primaires» du cerveau, qui sont chez nous occultés lorsque nous accédons à un échelon supérieur du fonctionnement cognitif.Nous serions peut-être tous à même de nous rebrancher sur la tonne d'information sensorielle et de détails concrets que nous enregistrons inconsdemment avant que l'hémisphère gauche vienne y faire le tri pour donner du sens à nos expériences.«3e vois lesïidnr jieces» w leoianfe ¦JI#1 Jts^ unidimensionnels, plutôt que d’ensembles complexes.» Les détails et la texture d’une figure les intéressent davantage que son contour, les notes plus que la mélodie, les lettres et les sonorités d’un mot plus que son sens.Les autistes aussi recrutent d’autres parties du cerveau pour traiter certaines informations.« Des tâches de mémorisation de lettres, que nous exécutons consciemment et volontairement avec notre lobe frontal, activent chez les autistes des zones dites de plus bas niveau », explique Laurent Mottron.Tout se passe comme si les autistes pouvaient traiter les lettres comme n’importe quelle autre forme, tandis que nous devons faire appel à des zones qui associent nos perceptions à des concepts et régissent les actions volontaires.our expliquer les points communs entre les aptitudes similaires de personnes qui ne partagent pas le même handicap, Darold Treffert privilégie la thèse de la réorganisation cérébrale : lorsqu’une région du cerveau est endommagée, d’autres prennent la relève au cours de l’enfance.« Le syndrome du “savant” émerge lorsqu’il y a des dommages à l’hémisphère gauche et une compensation par l’hémisphère droit.Les habiletés musicales, artistiques, mécaniques ou spatiales des “savants” sont des spécialités de l’hémisphère droit.» De plus, leurs exploits ne relèvent pas d’une l'hémisphère gauche comme une autoroute à laquelle nous avons appris à nous fier parce qu'elle nous amène à destination efficacement.Mais ce faisant, nous négligeons les routes secondaires de l'hémisphère droit, qui sont aussi celles de l'intuition, souligne Darold Treffert avant d'oser une autre analogie.Le disque dur de mon ordinateur renferme plusieurs logiciels que je n'utilise jamais.Mais si tous ces programmes envahissaient en même temps la mémoire vive, mon ordinateur "gèlerait".Nous sommes peut-être munis d'un mécanisme protecteur qui nous empêche d'accéder à tous ces logiciels installés en chacun de nous.» D'autres études suggèrent qu'il est possible de susciter délibérément le type d'activité cérébrale «pré-consciente» observée chez certains prodiges.Lorsque nous réagissons à un stimulus, ou lorsque nous effectuons une tâche, les ondes électriques déclenchées dans les 100 premières millisecondes correspondent aux opérations mentales élémentaires et immédiates, comme la perception des propriétés physiques d'un objet.Les signaux plus tardifs reflètent l'intervention de l'organe «exécutif» du cerveau, lorsqu'on reconnaît un objet familier ou qu'on tente de résoudre un problème consciemment.Niels Birbaumer, un chercheur allemand, a examiné un génie de l'arithmétique dont les prouesses rivalisent avec celles des plus prodigieux «savants» calculateurs.L'activité électrique du cerveau de cet être hors du commun était plus intense que la normale au tout début de sa réflexion, dans la zone pré-consciente, et plus faible juste avant qu'il donne sa réponse.Niels Birbaumer a aussi enseigné à des sujets normaux à contrôler leur activité cérébrale en visualisant leurs propres ondes électriques sur un écran d'ordinateur.Après plusieurs séances d'entraînement, les sujets étaient en mesure de provoquer plus fréquemment les signaux précoces.« Une foule a la solitude en commun.La bande, par contre, a la similitude en commun.[.] Le plaisir d'être en bande provient de ce qu'est supprimée ou suspendue l'exigence de s'adapter, au prix d'une tension psychique pénible, à un univers adulte ou social et à ses règles de pensée et de conduite », explique-t-on dans un ouvrage savant (La dynamique des groupes restreints, Presses universitaires de France).C'est d'ailleurs pourquoi certains ados ne ressentent aucun remords à commettre des larcins ou à transgresser des interdits.Les auteurs poursuivent: «[Le sentiment des jeunes] d'être incompris des parents et des grandes personnes, leur a-socialité, leurs tendances perverses, permet de s'abandonner à être soi-même sans contrainte ni remords et justifie d'être comme on est.» Ça dure le temps que ça dure ! Octobre 2005 Québec Science 33 POURQUOI L'ECOLE NE REUSSIT PAS A TOUS pensée analytique, séquentielle, qu’on associe au cerveau gauche, mais d’une sorte d’automatisme qui semble également ancré dans le cerveau droit.Le neuropsychologue Mauro Pesenti et ses collègues ont étudié l’activité cérébrale d’un expert en calcul mental.Lorsque celui-ci procédait de façon systématique, une opération à la fois, l’hémisphère gauche s’allumait davantage que le droit, comme chez les « non-experts ».Mais lorsqu’il se mettait à faire ses calculs prodigieux, il utilisait des zones supplémentaires dans l’hémisphère droit.Les « savants » auraient accès à des circuits plus primitifs qui, chez nous, s’effaceraient au profit des capacités dites de haut niveau, comme le raisonnement, l’analyse et l’interprétation.Lorsque les organes « exécutifs » du cerveau sont atteints à l’âge adulte, les circuits primaires jusque-là dormants peuvent reprendre le dessus, comme l’a observé Bruce Miller, en Californie, chez des patients vieillissants souffrant de démence frontotemporale, une maladie neurodégénérative.Chez 12 patients, soit 17% de son échantillon, il a vu des habiletés visuelles ou musicales naître, ou être épargnées, à mesure que le fonctionnement cognitif, social et linguistique se détériorait.L’un d’entre eux s’est soudainement mis à composer de la musique classique, d’autres à peindre avec acharnement.Chez ces 12 patients, l’hémisphère gauche était plus gravement endommagé que le droit.Les systèmes visuels et musicaux de l’hémisphère droit, suggère Bruce Miller, ainsi délivrés de l’inhibition qu’exerce normalement l’hémisphère gauche, étaient désormais libres d’exprimer tout leur potentiel, d’où ce foisonnement artistique.« Non seulement le langage n’est pas une condition à l’expression de certains types de créativité, écrit-il, mais il peut même les inhiber.» l : Ê Collège de Bois-de-Boulogne A LA HAÜTEÜ Portes ouvertes (514) 332-3000 'w.bdeb.qc.ca Le merer e d i ocLabre 2 ?E à 21 ?e 15 •m « L’inteUigeik mine sous-exploitée :gi montréalaj L’intelligence fonctionnerait-elle donc par paliers, l’un associé au langage et à la pensée abstraite, l’autre à une expérience plus immédiate du monde sensible, des formes et des objets ?Ce modèle est loin de rendre jus- ! tice aux autistes, selon Laurent Mottron, puisque leurs surcapacités ne se cantonnent pas à un palier « inférieur » I de traitement de l’information.En collaboration avec une j chercheuse autiste, Michelle Dawson, le spécialiste a fait passer I deux tests d’intelligence à un groupe de patients : le Wechsler, ! l’échelle la plus utilisée dans le monde, et l’épreuve des matrices ’ progressives de Raven, qui consiste à compléter une suite de figures graphiques en choisissant parmi plusieurs options.« Les non-autistes ne peuvent pas réussir cette tâche de façon perceptive : il faut décortiquer la structure des figures et trouver la logique de la suite.Le test de Raven est considéré comme une I mesure de l’intelligence fluide, une aptitude de haut niveau, qui j permet de manipuler un problème auquel vous n’avez jamais été confronté.» Les autistes obtiennent des scores plus faibles sur l’échelle de Wechsler que les sujets normaux, mais, chose éton- , nante, les surpassent au test de Raven.« On ne peut plus se con- ! tenter de dire que les surcapacités des autistes se limitent aux tâches j de bas niveau.C’est l’ensemble du système qui est différent.» Laurent Mottron considère l’intelligence autiste comme une « mine sous-exploitée ».Et si une idée fait consensus, c’est bien que la réadaptation doit s’inspirer des talents particuliers de J chacun au lieu d’imposer le même moule à tous.L’école Le Sommet, à Montréal, accueille des élèves atteints de divers troubles d’apprentissage.Dans la classe de musique du matin, une dizaine de bouts de chou de sept ou huit ans, assis en cercle parmi une panoplie d’instruments, n’apprennent ni le solfège ni les gammes.Ici, les chansons sont plutôt prétexte à exercer leur atocvte.i la.pel, if! DaiolJ i «feue® cent.demi® ce: k tWaiei detalite lai^jel iciiiti km raillai: oülesdii àleael (en, lors |oéà Mie Soi feemer sœileseii àlafoisr ptissaj Itpiani ¦Misa® iatnil «Kïiïî C'est ainsi que les hépatologues nomment les lobules qui structurent le foie.Ils doivent travailler très fort pour se remettre d'un lendemain de veille ou, pire, d'une séance de «calage» d'alcool comme certains bars étudiants en organisent parfois.Edudalcool a lancé cette année une campagne pour dissuader les étudiants de participer à ce genre d'événement.Il y a de quoi : les plus audacieux peuvent ingurgiter six bouteilles de bière en moins de temps qu'il n'en faut pour dire «tchin ! ».À ce rythme, l'étudiant normalement constitué (68 kg, disons) frôle l'intoxication, puisqu'un tel exercice lui permet d'ingurgiter pas loin de 0,20 mg d'alcool pour 100 ml de sang.Pas très épatant pour les hépatocytes ! p; .fk It fckauîfti 34 Québec Science I Octobre 2005 liste est une 'tse le psychiatre irent Mottron.fers,!’ puisque fieu Mc me ipercep-(mer la ne ttut.me une estfa fade eintsde unuin coordination, compter, prononcer des sonorités difficiles et iden-ifier des animaux.« Certains de ces enfants arrivaient à peine à parler il y a quelques années, note la professeure Brigitte Mayes, .’un de mes élèves communique très peu, et il est incapable de suivre a leçon attentivement.Mais il entend tout, et lorsque je l’interpelle, je découvre qu’il connaît les mélodies parfaitement.» Il faut « exercer le talent plutôt qu’éliminer le défaut », répète Darold Treffert, car ces comportements spontanés constituent des fenêtres vers la normalisation ».Plus on entraîne une région du dfi cerveau à effectuer certaines activités, explique-t-il, plus on lui donne Le de munitions pour soutenir d’autres tâches.C’est un « effet secondaire cognitif ».Des chercheurs de Hong-Kong ont d’ailleurs constaté que les enfants qui suivent des leçons de musique ont plus m de facilité à mémoriser les mots, un facteur clé de l’acquisition du angage.Selon eux, l’instruction musicale stimule une zone par-dculière du cerveau, dans le lobe temporal gauche, et toutes les onctions assignées à cette zone, dont la mémoire verbale, s’en trou-l0B.zent facilitées.« Chez les “savants”, les facilités pour l’art, la musique pu les chiffres ne sont pas des accessoires frivoles, mais une part titale de leur mode de communication, maintient Darold Tref-ert.Lorsqu’on les cultive, il se produit un transfert vers d’autres domaines et on assiste à des améliorations spectaculaires du angage, des habiletés sociales et de l’autonomie.» Ces remarquables dispositions peuvent même, dans certains cas, iboutir à de véritables carrières.C’est ce que tente de favoriser le centre Soundscape, fondé en 2002 à Surrey en Angleterre.L’établissement spécialisé en arts de la scène et en technologie du son, le seul du genre au monde, accueille uniquement les personnes à la fois douées pour la musique et atteintes de troubles d’apprentissage ainsi que de perte de vision.Le pianiste Glenn Gould n’aurait peut-être pas atteint de tels som-nets sans l’affliction singulière qui aurait donné Heu à ses célèbres xcentricités.Plusieurs croient en effet que l’extraordinaire interprète es Variations Goldberg souffrait du syndrome d’Asperger, ;énéralement considéré comme une variante du spectre autistique.>a maladresse sur le plan social, son adhérence très stricte à une ouïe de rituels, ses mouvements stéréotypés (il se berçait et fredonnait sans cesse), sa démarche bizarre doublée d’une motricité fine ex-eptionnelle, son hypersensibilité au froid et sa mémoire musicale Jjphénoménale accréditeraient cette hypothèse.e syndrome d’Asperger se manifeste également par une fascination pour les nombres, les codes, les machines complexes, les systèmes oiganisés.Le magazine Wired l’a même baptisé « le syndrome du geek » - comme on surnomme ces solitaires excessivement portés sur l’informatique -n référence aux tendances autistiques que manifesteraient de nom-preux programmeurs.La maladie serait d’ailleurs particulièrement ourante dans la Silicon Valley, en Californie, berceau de l’industrie les hautes technologies.Certains suggèrent même que la récente ex-osion de cas d’autisme chez les enfants de cet État (leur nombre a plus que triplé en 10 ans) s’epqplique par la concentration élevée de ces gènes chez leurs parents informaticiens - peut-être des geeks tombant quelque part dans le spectre autistique.Les mêmes gènes qui auraient donné une disposition spéciale à ces brillants techniciens auraient également rendu la génération suivante plus vulnérable à des troubles du développement.De la même façon, l’espèce humaine devrait beaucoup à des gènes « malades » qui, paradoxalement, dispenseraient des bienfaits intellectuels.« Le gène des troubles psychotiques semble entraîtier une surstimulation du cerveau, ce qui peut favoriser la pensée créative, avance Jon Karlsson, directeur de l’Institut de la génétique de Reykjavik, en Islande, qui s’intéresse depuis 40 ans aux bases génétiques de l’intelligence.Les porteurs du gène qui ne développent pas la maladie peuvent eux aussi bénéficier de cette surstimulation.» Albert Einstein, James Joyce et Cari Jung avaient tous un proche parent schizophrène.Ridha Joober, professeur au département de psychiatrie de l’Université McGill et chercheur à l’Hôpital Douglas, à Montréal, est loin d’être convaincu que leur fulgurante intelligence ait un rapport avec la schizophrénie.Les gènes ont besoin de nombreuses conditions pour s’exprimer : la présence d’autres gènes ou l’interaction avec l’environnement, notamment.En l’absence de tels déclencheurs, les gènes « schizophrènes » passent complètement inaperçus et sont libres de se transmettre d’une génération à l’autre, même s’ils n’apportent aucun avantage sélectif aux porteurs.« John Nash, prix Nobel d’économie immortalisé dans le film Un homme d’exception est l’arbre qui cache la forêt, soutient-il.La plupart des études montrent plutôt qu’en moyenne les enfants qui vont développer la schizophrénie plus tard ont un retard de quotient intellectuel de 5 à 10 points, avant même de présenter des symptômes.» Jon Karlsson a pourtant observé une relation entre le risque de troubles psychotiques (dont la schizophrénie) et le rendement académique, à partir des dossiers médicaux et scolaires des Islandais nés entre 1851 et 1940.Parmi les meilleurs étudiants de collège et leurs proches parents, on retrouvait une proportion plus élevée de personnes souffrant de troubles psychotiques que dans la population générale.Et l’incidence de la maladie était supérieure à la normale seulement chez les étudiants qui se préparaient à une carrière en mathématiques ou en sciences pures, et non chez ceux qui se dirigeaient en sciences humaines.De toute évidence, il reste encore bien des mystères à élucider sur les liens entre la génétique, les handicaps, l’activité cérébrale et l’intelligence.Une histoire bien plus complexe que ne pourront jamais l’exprimer un résultat d’examen ou un QI.05 De à Nouvel ami de l'école buissonnière, Internet est utilisé par 99% des Québécois de 12 à 17 ans (89% d'entre eux y ont recours de façon régulière).Nés sous le règne des nouvelles technologies, les ados d'aujourd'hui sont capables de surfer sur la toile, d'écouter des fichiers MP3, de clavarder avec leurs amis, de regarder la télévision et.de mâcher de la gomme, le tout simultanément! On appelle ça le multitâche! Il paraît que leurs neurones n'en pâtissent pas.Quant à la vie de famille, c'est une autre histoire.Octobre 2005 | Québec Science 35 La molécule, carrefour de toutes les sciences Les nanotechnologies : pluridisciplinaires par essence Si Les nanotechnologies sont le point de convergence de nombreuses disciplines scientifiques.Les chercheurs qui s'y consacrent ont une variété de profils : ingénieurs, chimistes, biologistes, etc.Dans nos universités, la formation de spécialistes en nanotechnologie est une responsabilité interdisciplinaire dont l'enjeu est de taille.Selon une étude nanotechnologies Michel Meunier nique, 20% dans nologies, et 25% autres domaines, trochimie, l'aérona de Lux Research, les généreront, d'ici 2014, des revenus de 2 600 milliards de dollars.L'économie mondiale aura besoin de deux millions de personnes spécialisées en nanotechnologies.Ces besoins se répartiront ainsi : 30% dans le domaine des matériaux, 25% dans le domaine électro-celui des nanobiotech-répartis dans plusieurs dont l'optique, l'élec-utique et l'énergie.TOUS POUR LA CONVERGENCE Au Québec, on compte environ 1 500 étudiants de niveau maîtrise et doctorat, dont les travaux portent sur les nanotechnologies.D'ici 2008, au moins 500 diplômés additionnels se joindront à eux.Si les universités du Québec n’offrent pas de programmes spécifiques de premier cycle en nanotechnologie, elles envisagent d'en créer un pour les étudiants de deuxième cycle.« L'École Polytechnique et l'Université de Montréal offrent de nombreux cours à saveur nanotechnologique et travaillent conjointement à mettre sur pied un programme de formation spécifique aux cycles supérieurs », confirme Patrick Desjardins, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique de la matière condensée, à l'École Polytechnique de Montréal.Son collègue Michel Meunier, professeur de génie physique et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en micro et nanoingénierie des matériaux par laser, explique : « Notre rôle est de combler les besoins de la société du futur.Notre vision est toujours sur un horizon de 10 à 20 ans.« Pour commencer à s’intéresser aux nanotechnologies, on doit d'abord se donner une formation solide dans un domaine qui s'y prête.Cette pluridisciplinarité est observée dans les autres institutions québécoises.À l'Université McGill, les nanotechnologies sont incorporées au cursus d’étudiants de différentes disciplines.Par exemple, ceux qui ont choisi l’option matériaux dans le cadre de leur cheminement vers le baccalauréat en chimie doivent suivre un cours de nanoscience et nanotechnologies, donné conjointement par les départements de chimie et de physique.« Les discussions portent sur la création d'un programme en nanosciences et nanotechnologies dans lequel seraient engagés des professeurs de Polytech nique spécialisés en génie physique, chimique, bio médical, et d'autres professeurs, de l'Université de Montréal, en physique, en chimie et en biologie.Les étudiants inscrits à ce programme garderaient leur spécialité, mais ils auraient à suivre des cours complémentaires dans d'autres domaines.« Ceci dit, nous offrons déjà de la formation et faisons beaucoup de recherches dans le domaine des nanotechnologies.Nous avons une concentration qui s'appelle micro et nanotechnologie de 30 crédits, soit l'équivalent d'une année de cours, mais nous souhaiterions simplement mieux l'encadrer et aussi se donner plus de visibilité.» Au sein de ces deux départements, environ 80 étudiants de 2e et 3e cycles sont engagés dans différents projets de recherche à saveur nanotechnologique.D'autres étudiants des cycles supérieurs en ingénierie biomédicale, chimique, électrique et mécanique et en dentisterie poursuivent aussi de telles recherches.A Concordia, plusieurs thèses de maîtrise et de doctorat portent sur les polymères nanocomposés.L'Université offre également des séminaires sur le sujet ainsi que sur la nanoélectronique.Enfin, l'École de technologie supérieure, l'Institut national de recherche scientifique, l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke, qui sont, à l’instar des précédentes, partenaires de NanoQuébec, offrent également de nombreux cours en nanotechnologie.polfi èe les! N I I nano québec Sf ittn! l'avenir des nanos est ici nanotech’s future is here , nanoquébec.ca 1*1 il *« MH I M::i I I iMîil I t Je- I icitm I rr: I ¦ e! I ¦i I s sont I ts Je I igiqoe.I élit- I ipeet I jstttie I lient I P'1 polyposes.Èjîle-sot le it le [ieiiü- 'C,C Recherche : le Québec n’est pas en reste Environ 400 MS ont été investis par les universités dans les infrastructures de recherche en nanotechnologie au Québec au cours des cinq dernières années.« Et, fait plutôt inusité dans le contexte institutionnel universitaire, souligne Patrick Desjardins, l'acquisition de ces infrastructures a été le résultat d'une démarche concertée entre les universités.» Minh Tan Ton That Les chercheurs du Québec s'intéressent à une multitude de domaines, allant des travaux de l'Institut neurologique de Montréal, affilié à McGill, en neuronanoingénierie, auxtravaux du professeur Minh Tan Ton That, associé à l'Université Concordia, qui portent sur la fabrication de nanocomposites polymère.« Nous travaillons sur l'amélioration des propriétés électriques, thermiques et mécaniques des polymères afin de les rendre plus solides, conducteurs et résistants à la chaleur jusqu'à plus de 100 degrés centigrades, explique M.Ton That.Les applications envisageables sont en électronique et en aérospatial, notamment pour utilisation sur des satellites, dont ils contribueraient à abaisser le poids afin de réduire les coûts de mise en orbite.« Nous avons également créé un groupe technologique d'intérêt réunissant 18 compagnies de sept pays dans une recherche sur l'intégration d'argile dans une base de polymère pour donner aux plastiques la capacité de résister au feu et de servir de barrière étanche aux gaz.Les laboratoires du professeur Ton That sont situés à l'Institut des matériaux industriels du Conseil national de recherches du Canada, à Boucherville, et regroupent sept chercheurs de disciplines diverses.Nanotube Valley God ••• Comme autre exemple, mentionnons les recherches du professeur Richard Martel, du département de chimie J de l'Université de Montréal, * ^ titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les nanostructures : « Dans mon laboratoire, au Pavillon J-Armand-Bombardier, nous nous penchons sur les nanotubes de carbone.Il s'agit d'une matière en forme de tube constitué de dix atomes, découverte il y a à peine 15 ans.C'est un matériau exceptionnel, dont certaines propriétés dépassent tout ce que la matière nous a présenté jusqu’à présent.Notre objectif est d'en vérifier les attributs théoriques, en termes thermiques, de conductivité, etc.Richard Martel « On estime que cette matière pourrait éventuellement remplacer le silicium, en électronique, rendu au bout de ses limites de performance.Nos recherches visent également à maîtriser la manipulation de ces nanotubes, voir comment on pourrait les intégrer à d'autres structures, comment les assembler, les contrôler en solution, etc.» -T BRÈVES Première canadienne : cinq cégeps de l'Ile de Montréal offriront d'ici 2006 une formation en nanotechnologie.Les cégeps Ahuntsic, Dawson, André-Laurendeau et John Abbott offrent des Attestations d'étude collégiale (AEC) en nanobiotechnologie et en nanomatériaux.Le cégep Maisonneuve offrira à compter de l'automne 2005 une AEC en procédés métallurgiques.Plusieurs initiatives de sensibilisation des jeunes des high scools existent aux États-Unis, notamment le programme NanoKid qui offre plusieurs instruments didactiques.Les États-Unis réclameront près de la moitié des deux millions de travailleurs en nanotechnologies dont le monde aura besoin en 2015. Génial et.décrocheur Pas assez stimulés, des cerveaux particulièrement éveillés risquent de s'éteindre.par Joël Leblanc i f POURQUOI L'ÉCOLE NE REUSSIT PAS A TOUS Elénie entame cet automne un baccalauréat en biochimie à l’Université Laval.Comme bien d’autres, elle doit s’adapter : nouvelle école, nouvel horaire, nouveaux professeurs, nouvelle ville.Et comme les autres, elle compte aussi profiter de ce passage à l’université pour faire un peu de sport, suivre un cours de langue.Mais Elénie n’est pas tout à fait comme les autres : elle n’a que 13 ans.Elle est la plus jeune étudiante de toute l’histoire de l’Université Laval.Surdoués, prodiges, génies; la nature fait parfois preuve de générosité envers certains enfants en les gratifiant d’un cerveau plus efficace que la moyenne des gens.Certains parlent avec facilité à un an et demi.U suffit souvent de leur lire quelques panneaux dans la rue, quand ils sont tout petits, pour qu’ils fassent les associations nécessaires et apprennent à déchiffrer les mots avant trois ans.Es ont les mêmes facilités en langues.D’autres sont gratifiés d’un don en calcul mental ou en musique.Des aptitudes qui leur permettent de traverser l’école primaire en trois ans et de terminer le secondaire en un rien de temps.Mais à partir de quel moment peut-on considérer qu’un enfant est vraiment doué?Aux États-Unis, on se base surtout sur des tests d’évaluation du quotient intellectuel (QI).Grosso modo, le QI de l’enfant doué atteint ou dépasse 130, alors que celui de la moyenne de la population tourne autour de 100.Avec de pareils critères, un enfant sur 45 environ peut être considéré comme un génie en herbe au Québec.Lorsque ce résultat dépasse 145, on parle de surdoué.Chez nous, les spéciahstes se fient aussi à d’autres tests, comme ceux de la personnalité.Es évaluent l’enfant dans son ensemble, pas seulement selon son QI ! « L’enfant doué a d’autres besoins que de développer son talent », dit Jacinthe Baribeau, professeure de psychologie à l’Université Laval, qui a travaillé auprès de nombreux virtuoses de la musique.« Un talent ne s’épanouit vraiment que si la personne est heureuse et équEibrée.L’important est donc le développement complet.Si on ne favorise qu’une facette, on risque de provoquer un bumout à plus ou moins long terme.» Les parents de Louis Beaulieu, 10 ans, l’ont bien compris.Louis savait déjà lire à son entrée à la matemeEe et c’est lui qui racontait les histoires à ses camarades.Aujourd’hui élève de cinquième année à l’école Elisabeth-Turgeon de Rimouski, il exceEe en mathématiques et fait partie du club d’échecs, un jeu où il a le dessus sur ses professeurs.« Les mathématiques et l’école, c’est facEe, as-sure-t-E.Parfois, je m’ennuie un peu, alors j’apporte des livres en classe et je lis durant les cours.L’an passé, ma classe de quatrième était jumelée à une classe de cinquième.Comme j’écoutais les deux niveaux, je connais déjà bien le contenu de la cinquième année.Ça va être encore plus facEe ! » Mais Louis aime aussi les jeux vidéo et le sport, particulièrement le hockey.Son école et ses parents lui permettent heureusement de développer des aptitudes autres que cognitives.Les enfants doués subissent parfois le revers de leur talent.Ils s’ennuient rapidement dans un monde fait pour les cerveaux «normaux», c’est-à-dire «lents» comme les nôtres! Sous-stimulés, ils peuvent perdre le goût des études et finir par décrocher.Es s’ennuient rapidement dans un monde fait pour les cerveaux « normaux », c’est-à-dire « lents » comme les nôtres ! Sous-stimulés, ces jeunes peuvent perdre le goût des études et finir par décrocher.Paradoxalement, les doués n’obtiennent parfois pas de diplôme d’études supérieures, le système scolaire n’ayant pas ce qu’E faut pour les retenir.Seuls en tête de peloton au début, Es ont de la dE-ficulté à trouver des gens qui peuvent échanger avec eux sur les sujets qui les intéressent.Le personnage principal du film Good Will Hunting est un bel exemple de la crise que peuvent traverser des génies : surdoué en maths, le jeune héros se contente d’un métier de balayeur.Pour gommer sa différence, pour s’intégrer au moule qu’on lui propose, le doué peut laisser s’endormir ses capacités.« Mais ce sont des cas d’exception, croit Thérèse Morin-Chassagne, psychologue spécialisée dans la douance.Ces enfants, même s’ils s’ennuient un peu, aiment trop apprendre pour quitter l’école.» Au Québec, quelques tentatives pour adapter l’enseignement aux doués ont porté des fruits.Mais elles ont surtout lieu dans les grandes vüles.Or rien n’indique que le génie est d’abord urbain ! Pour ces cerveaux qui en redemandent, il faut bâtir des programmes qui offrent des stimulations intenses et variées, et les mettre en contact avec des enseignants très disponibles pour répondre aux questions parfois surprenantes de ces enfants.Plusieurs écoles offrent des contenus en- richis dans leurs programmes dits « internationaux », avec des cours de sciences avancés, de langue et de musique, entre autres.L’école primaire Fernand-Seguin de Montréal, par exemple, accueEle tous les ans une soixantaine d’enfants sur la base de tests de raisonnement logique.« Notre école, qui offre un programme enrichi en sciences, répond à un besoin, dit Alain Rouillard, directeur de l’établissement.Dans les écoles régulières, les enfants doués éprouvent des difficultés d’apprentissage parti-culières.C’est dans une école spécialisée comme la nôtre qu’ils peuvent les surmonter.On a affaire à des enfants souvent marginalisés qui communiquent difficilement.Es sont très sensibles pour leur âge.» De Car les enfants doués subissent parfois le revers de leur talent.a Les deux meilleurs amis des élèves francophones ! C'est en effet l'épreuve d'anglais langue seconde que les élèves québécois réussissent en plus grand nombre (94,7% d'entre eux) avec une note d'examen de 81,8% (en moyenne).La matière qui leur donne le plus de fil à retordre : les mathématiques en cinquième secondaire.Le taux de réussite y est de 72,1 % et la note moyenne, de 65,6%.Octobre 2005 : Québec Science 39 POURQUOI LÉCOLE NE RÉUSSIT PAS À TOUS La formation des professeurs joue évidemment un grand rôle.« Ces enfants ont un développement cognitif, psychomoteur et affectif différent de celui des autres, dit Thérèse Morin-Chassagne.Ils sont souvent plus rapides, mais pas de la même manière dans tous les domaines.Leur développement affectif correspond à leur âge physique, mais leur fonctionnement intellectuel leur permet d’analyser des situations qui les dépassent.Ils se retrouvent en décalage, ce qui les déstabilise.Ma tâche consiste à préparer les professeurs aux situations spéciales qu’ils peuvent rencontrer.» Isabelle Jolly, la mère de Louis Beauheu, se souvient très bien de l’avis des psychologues qui ont rencontré son fils.« Selon eux, il avait les capacités intellectuelles pour sauter une année scolaire, mais ils le considéraient un peu trop fragile pour le faire.Il était préférable de le laisser avec ceux de son âge.» La formation psychologique des professeurs de l’école Fernand-Seguin a donc une Prenez position pour l’avenir de la science et de la technologie.L'UQAM propose aux enseignants du secondaire un programme de formation continue novateur qui favorise le développement d'une culture scientifique chez les jeunes.La qualité de la formation, la diversité des approches pédagogiques et l’impact immédiat sur la pratique ont suscité l’enthousiasme des enseignants des premières cohortes.INFORMATION Faculté des sciences de l’éducation École montréalaise pour l'enseignement de la science et de la technologie (514) 987-3000, poste 0300 www.ecoledessciences.uqam.ca UQAM Prenez position 40 Québec Science I Octobre 2005 grande importance.« Les problèmes rencontrés, poursuit Alain Rouillard, sont plus souvent d’ordre personnel et social que d’ordre académique.Il faut parfois apprendre à ces enfants à entrer en communication avec les autres, à régler les conflits, à exprimer leurs préoccupations.Certains élèves ne savent pas comment gérer la pression et les attentes de leurs parents face à leur réussite scolaire.Notre mission n’est pas d’en faire des super-génies, mais de les traiter comme des enfants normaux, en stimulant les multiples aspects de leur intelligence dans un environnement éducatif et affectif favorable à leur épanouissement.» La persévérance de l’élève doué à l’école dépend aussi d’autres facteurs, comme l’explique Jacinthe Baribeau.« Il faut que le talent soit reconnu et valorisé dans la famille pour qu’il s’épanouisse.La présence d’un modèle dans l’entourage de l’enfant joue pour beaucoup.Il peut s’agir d’un professeur, d’une grand-mère ou de quelqu’un qui pratique déjà l’activité et qui lui donne une grande importance.La discipline dans tous les domaines de la vie doit aussi être une valeur familiale qui va de soi.Enfin, il faut bien sûr que l’enfant aime réellement l’activité en question, qu’il ne la fasse pas seulement pour faire plaisir attx autres.» OS Les pizzas, les frites et les boissons gazeuses vendues dans les cafétérias d'école donnent des boutons aux diététistes.Pendant ce temps, nos gamins prennent du poids.Près de 8 % des enfants sont obèses selon Statistique Canada.Il y a 25 ans, ils n'étaient que 3 %.Au banc des accusés : le sucre (un simple petit sachet de ketchup contient l'équivalent d'une cuillerée à thé de sucre) et la sédentarité (c'est-à-dire le téléviseur, le Game Boy et l'ordinateur).Dans une récente édition du Journal of Pediatrics, le docteur Robert Malina prérisait: « La révolution technologique offre de plus en plus de loisirs sédentaires aux enfants, alors que leur consommation calorique est demeurée la même.» Et il n'y a personne pour leur dire d'aller jouer dehors ? 1 'v ‘iSf .'•y*'-, - ¦¦- ' .j?• ••' .¦ • • V?y-.V- '*.ï.Sb- » ! , ¦¦ k -Ai r,:^ va j’.-rA / ' ':,. .rî Rencontrez vos parents biologiques ?v - u \ , / Homo sapiens Quatre belles soirees autour du feu Making of : 19 octobre Long métrage : 20 octobre 2 documentaires : 26 octobre, 2 novembre Télé-Québec ça change de la tele telequebec.tv L'ECOLE AL DE LA CRISI rÿ.• .¦¦¦«¦'VVf&T- — Mi T5» /.C VJ.c.' M " • -i '~J—K., QS Vous avez donc beaucoup appris avec un sourire, car on vous a raconté beaucoup d’histoires quand vous étiez enfant.D L J’aimais surtout que ma grand-mère me rapporte les histoires des membres de ma famille ou de mes voisins.Ma grand-mère, pour moi, était une sorte de préceptrice.Elle me racontait aussi, à sa manière, des événements historiques.Et quand c’est une personne en chair et en os qui vous transmet ces choses, cela paraît beaucoup plus profond, plus vrai, plus humain.Quand elle disait: «J’ai assisté à tel événement », je la croyais plus que je ne crois, aujourd’hui, le lecteur de nouvelles à la télé, car je pouvais voir dans ses yeux ce qu’elle voulait me transmettre.C’est un regard plus dense.Et surtout, j’étais le seul à entendre cette histoire.J’étais dépositaire d’une manière de voir le monde que je devais répéter afin de perpétuer son énergie, toujours plus importante que les anecdotes.C’est ce que j’ai fait en écrivant ces romans qui racontent mon enfance à Petit-Goâve avec elle.C’est cela l’école, selon mon cœur. :QS Vous avez beaucoup appris dans les livres également?D L Oui; très jeune, je lisais beaucoup; le moindre bouquin qui me tombait sous la main.La bibliothèque de mon village avait été constituée grâce au don d’un médecin parti vivre à Paris.Avant de Ijmourir, il avait envoyé tous ses livres en Haïti.C’était une bibliothèque plutôt médicale, et je ne comprenais rien, mais je lisais tous ces ouvrages scientifiques avec avidité.Et comme il n’y avait pas beaucoup de livres à Petit-Goâve, je relisais.C’est extraordinaire, parce que la première fois qu’on ouvre un I bouquin, on lit un auteur.La deuxième fois, on converse avec un ami et la troisième, on connaît le livre mieux que l’auteur.ie|enai | QS Vous n'avez jamais été tenté de retourner à l’école?DL Quand je suis arrivé à Montréal, en 1976, j’ai eu un moment de culpabilité intense, car ma mère s’était ruinée pour ma formation, et je n’avais pas fait les études qu’elle aurait souhaitées.Alors, je me suis inscrit à l’Université du Québec à Montréal en sciences politiques.Quand je suis arrivé, on m’a demandé de rédiger un texte sur les limites du sociologue allemand Max Weber.! On nous avait donné quelques feuilles photocopiées et on nous demandait de parler des limites d’un des penseurs les plus brillants du début du XXe siè-! cle.Je trouvais que c’était une plaisanterie.Je ne voulais pas de ce savoir.Mesurer les limites des gens ?Je n’étais pas un arpenteur.Je suis rentré chez moi rue Saint-Hubert, juste derrière la gare routière.J’ai acheté au Palais du livre une cinquantaine de classiques à un dollar.Je me suis plongé dans ma baignoire et j’ai passé l’été à lire Horace, Virgile et Tacite, entre autres.« Bien sûr qu’il faut mentir aux enfants! Le théâtre, la musique, le cinéma, tout ce qu’on aime est du mensonge; ou si l’on veut, de la fiction.» ! nts?lamiHf àl'irt tenètara! brief® ,-aïoiiiin •ji-effii' QS II me semble pourtant que vous seriez un bon pédagogue.D L Pédagogue ?Je parle toujours pour moi.C’est peut-être ça la pédagogie.Ce qui est important, c’est précisément que l’autre sente que e n’essaye pas de lui enseigner quoi que ce soit.C’est comme l’hu- mour.Dès qu’un type peut enfiler cinq blagues à la suite, il se produit sur une scène, et se fait payer.Mais l’humour perd toute sa vaieup car c’est précisément sa gratuité qui le rend si nécessaire.C’est même de ne pas savoir qu’on est drôle.Les gens qui me font rire sont ceux qui n’ont aucun humour.Au contraire, ils sont très sérieux.Mais ceux que je dois payer me font moins rire.La seule chose qui m’amuse, c’est de voir les gens faire la queue pour aller rire.C’est pareil avec l’éducation : on apprend mieux quand on ignore qu’on apprend.QS Vous avez trois filles.Quelle est leur attitude face à l’éducation?DL Mes filles ont des tempéraments complètement différents.L’aînée, Mélissa, travaille dur.Elle commence toujours avec légèreté et, à un moment, elle saisit la situation, met les bouchées doubles, et fait ce qu’il faut pour réussir.Avec la cadette, Sarah, c’est le contraire.Voici son idée de l’apprentissage.Quand quelqu’un vient à la maison, elle l’embrasse et si cette personne revient quelques temps plus tard et qu’on lui demande à nouveau de l’embrasser, elle répond : « Mais je l’ai déjà fait il y a un mois.Pourquoi devrais-je l’embrasser encore ?» C’est un esprit très pointu qui ne s’intéresse qu’à ce qui est inutile et inexploitable, ces minuscules choses qui font le sel de la vie.Elle a passé une bonne partie de son enfance à Miami dans une culture caribéenne.Et un jour, nous sommes allés au Louvre.La benjamine, Alexandra, qui est très américaine, fonçait à toute allure pour se faire photographier devant la Jo-conde comme si Mona Lisa était la Madonna de son époque.Sarah, elle, s’est arrêtée et a regardé par la fenêtre, en disant : « J’essaie de comprendre comment Marie-Antoinette a fait pour ne pas voir le peuple de Paris affamé.» Pour elle, la culture n’existe pas, tout est toujours vivant.Nous ne sommes pas au Louvre.Mane-Antoinette n’est pas morte.Pour elle, la vie ne peut être que réelle.Moi, je suis pareil : tout doit être dans la vie, sinon je m’ennuie à mourir.CB propos recueillis par Pascale Millot GROUPE ECOBES sdeifr CEGEPde jonquière www.cjonquiere.qc.' ''CREPAS Le CREPAS : une expertise en mobilisation et en transfert de connaissances pour prévenir l'abandon scolaire.s* 1 Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire WWW.Cr6p9S.C|C.< % Branchez-vous sur notre nouveau site interactif d'indicateurs scolaires Évaluez la situation locale, régionale ou nationale : diplomation, décrochage, etc.Comparez des territoires, visualisez les différences entre municipalités ou entre garçons et filles.http://cartodiplome.mels.gouv.qc.ca/ OBJECTIF EDUCATION LESVRAII DU DEC »Ts*-*g»— ffrV\ -le.W< Filles ou garçons, immigrants ou Québécois de souche, pauvres ou riches, les enfants et les adolescents passent la moitié de leur vie à l'école.Mais tous n'ont pas la même histoire, le même bagage, les mêmes peurs ni les mêmes espoirs.Et pour certains, le choc peut s'avérer 1 Y 1 V 'iVi'iY.¦ 'Jv/.v ¦ LES VRAIES RAISONS DU DECROCHAGE Ce n'est pas parce qu'un jeune a vécu des débuts difficiles que sa vie est foutue.Le pédiatre social Gilles Julien aide les enfants meurtris à reprendre une évolution normale.Pour lui, cela passe par l'école.par Pascale Millot Le docteur qui aimait les tannants Il est 8h30 en ce matin de fin d’été.Le docteur Gilles Julien marche vers son bureau du CLSC Côte-des-Neiges à Montréal.«Voyons! j’ai mis deux chaussettes de couleur différente ! s’exclame-t-il en constatant sa distraction.Ça va faire rire les enfants ! » Rire; ils en ont bien besoin les petits protégés de ce médecin pas comme les autres, qui a décidé de consacrer sa vie à la cause des gamins les plus mal pris.Ainsi, ce garçon de 11 ans, contraint de changer d’école parce qu’il dérangeait trop la classe.« C’est un enfant incapable d’identifier correctement les syllabes et les lettres.Il a aussi des difficultés à manipuler des concepts abstraits et il éprouve des troubles d’orientation dans le temps et dans l’espace.Comme c’est un garçon brillant qui se rend parfaitement compte de ses limites, il a développé, par réaction, un comportement dérangeant», explique le spécialiste qui le suit depuis sa naissance.Le gamin fréquentait, dans une école de son quartier, une classe à effectif réduit pour enfants atteints de troubles d’apprentissage.Mais il y a un an, le verdict est tombé : l’école ne voulait plus le garder.Il fallait désormais l’envoyer en classe « TC » (troubles de comportement), loin de chez lui, de ses amis et de sa famille.« Ce sont des classes où l’on met l’accent sur la discipline et l’encadrement, poursuit Gilles Julien.Et les enseignants ont peu de temps pour s’occuper des troubles d’apprentissage.Depuis qu’il est là-bas, le garçon est découragé et très anxieux; il se sent coincé.S’il reste là, il ne s’en sortira pas, et il le sait.» Des enfants coincés entre leur histoire et le système scolaire, le docteur Julien en voit tous les jours dans Hochelaga-Maisonneuve.C’est dans ce quartier défavorisé de l’est de Montréal qu’avec l’aide de la fondation Chagnon, il a mis sur pied une clinique unique au 1 Québec : le centre Assistance d’enfants en difficulté (AED).Une équipe de spéciafistes et de bénévoles y appliquent depuis 15 ans les principes de la pédiatrie sociale, une médecine différente qui considère que, pour soigner un enfant, il faut s’intéresser autant à son passé, à sa famille et à son environnement qu’à ses bobos.Oubliez les cabinets de médecin aseptisés ! Dans cette grande maison où l’on accueille près de 700 patients, les jeunes circulent librement de la cour au salon.Dans la cuisine, on prépare les repas du soir pour les petits; au deuxième étage, quelques enfants font leurs devoirs; dans une autre pièce, un art-thérapeute encourage des gamins à s’exprimer par le dessin.Avec une douceur infinie, le docteur Julien reçoit ses patients en consultation au rez-de-chaussée.Mais c’est aussi à l’extérieur des murs de son bureau que le médecin dispense « ses soins ».Partir à la recherche d’une mère toxicomane dans les rues de la ville, convoquer une famille au complet (y compris les grands-parents) pour décider des moyens à mettre en œuvre afin de secourir un enfant en détresse, consulter un guérisseur vaudou pour aider un adolescent haïtien, trouver du travail à un père sortant de prison ou un logement à une mère qui s’est fait expulser, voilà autant de tâches qui peuvent incomber à ce bûcheur acharné, qui a décidé de prendre le taureau des inégalités sociales par les cornes.Car pour venir en aide à ceux qui sonnent à sa porte, Gilles Julien ne croit pas aux recettes miracles.Il mise plutôt sur le temps, l’écoute et l’attention, et s’appuie sur une équipe de spécialistes (médecins, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, enseignants, etc.), qui forment autour de l’enfant et de sa famille une bouée de sauvetage.Issu d’une famille modeste de Grand-Mère en Mauricie, Gilles Julien a fait ses études de médecine dans les années 1960 à l’Université Laval, avant d’ouvrir un cabinet à Lévis.Mais il s’ennuyait ferme ! Le well baby care, comme disent les anglophones, très peu pour lui ! « Près de 80 % des enfants que je voyais à l’hôpital ou à mon cabinet se portaient plutôt bien et j’avais une clientèle assez bourgeoise.Je n’étais pas devenu médecin pour ça.Je sentais que je pouvais être plus utile ailleurs ! » C’est dans une île des Comores, au début des années 1980, qu’il Octobre 2005 I Québec Science 65 LES VRAIES RAISONS DU DECROCHAGE trouvera un premier défi à la mesure de ses aspirations.En mission pour les Nations unies avec sa femme et ses trois enfants, il met sur pied une unité de soins de base, participe à des programmes de vaccination et forme des responsables de la santé dans les villages.Un an plus tard, des divergences de vue avec le gouverneur de Me le forcent à rentrer au Québec.Mais il a décidément la bougeotte.H accepte la proposition du Centre hospitalier de Laval qui le mandate dans le Grand Nord québécois pour la réalisation d’un plan de santé communautaire et pédiatrique.Pendant sept ans, il dirigera un programme de prévention des otites et des troubles de l’audition, très fréquents chez les Inuits.C’est là qu’il commencera à être confronté à de nombreux cas d’abus et de négligence envers les enfants.De retour à Montréal, dans les années 1980, il devient directeur du département de santé communautaire de l’Hôpital Sainte-Justine, avant de mettre sur pied les deux projets de pédiatrie sociale qu’il dirige encore aujourd’hui : AED, dans Hochelaga-Maisonneuve, et le Centre de services préventifs à l’enfance (CSPE), dans le quartier Côte-des-Neiges.Un moment fatidique.Un mauvais coup, un mot dit de travers et le châtiment tombe : il faudra recopier 350 fois une phrase banale après la classe.Les punitions sont-elles utiles ?C'est le grand psychologue états-unien Frederic Skinner qui a établi qu'un système de punition ou de renforcement pouvait induire des comportements voulus par l'éducateur.Il ne faut pas confondre dressage et éducation, rétorquaient ses détracteurs en critiquant cette « méthode de la carotte et du bâton ».N'empêche : tout le monde aime recevoir des médailles.Les « affections » dont souffrent les patients du docteur Julien ne se soignent généralement pas avec du sirop pour la toux.Malnutrition et hygiène déficiente; retards de croissance, de développement et de langage; abus sexuels, violence, alcoolisme fœtal; c’est un ensemble de problèmes physiques, psychologiques et sociaux qu’il faut attaquer de front, tout en faisant en sorte que les enfants s’intégrent à l’école.« Comment voulez-vous que des gamins qui ne se nourrissent pas bien, qui n’ont pas de cadre, qui ont été placés, déplacés, négligés, qui ont vécu des traumatismes, de la violence et des abus soient prêts psychologiquement à entrer à l’école ?Pour cela, il faut avoir des connaissances de base, mais il faut surtout être motivé, être capable de se détacher de ses parents, de se lier à d’autres personnes, et de vouloir leur plaire.Le contrat est gros.» À tous ces maux s’ajoute bien souvent le fameux TD AH - trouble de l’attention avec hyperactivité - qui fait des ravages auprès de sa clientèle.« Ce trouble d’immaturité cérébrale est jusqu’à cinq fois plus fréquent dans les milieux défavorisés.On ne sait pas exactement pourquoi, mais on pense que l’alimentation, la consomma- SONY Les écoles y gagnent! étudiants y gagnent! Educat Connecting Education andMTechnology Maintenant, les éducateurs se méritent des TRA Credit de Sony.des rabais instantanés sur achats de produits Sony.Csony.ca/xtracreditsJ ¦ ¦ ¦¦¦¦ ¦ m ¦ mÊ^m m 2005 Sony du Canada Ltée.Tout droits résen/és.La reproduction partielle ou en totalité sans permission écrite est interdite.Les dispositifs et spécifications sont sujet à changement sans préavis.Itmii «ai Ntii| émou, lie ai b-k.n'oapl fei Ulïfï; far m Isc esr.l'ooi'vi 3'fOrt Ppoîtl Wse sbii tt,; , 66 Québec Science I Octobre 2005 «Comment voulez-vous que des gamins qui ne se nourrissent pas bien, qui ont été déplacés ou négligés, qui ont vécu des traumatismes, de la violence et des abus soient prêts à entrer à l’école?» d üàqui ¦ b' aoïKjte moe- losomm- a il! d {tut liais | 'aüV ! iVllj1 ; don d’alcool et de drogue pendant la grossesse et les mauvaises conditions d’hygiène ont une influence.Il faut voir la quantité de médicaments qui sont dispensés dans ces quartiers.» N’empêche, le Ritalin, reconnaît-il, peut s’avérer une béné-iction.Par contre, déplacer un élève en difficulté d’une école à une autre aboutit presque toujours à un désastre, car « la soutien ne se trouve jamais à l’extérieur du milieu de l’enfant ».« Quand on envoie un gamin de six ou sept ans dans un établissement loin de chez lui, on coupe les liens fragiles qu’il a la-orieusement réussi à tisser.Moi, je le perds et les parents n’ont plus aucun contrôle.» Alors que faire ?Avant toute chose, explique-t-il avec la conviction de celui qui a tout vu, il faut reconstruire chez ces petits à la dérive une base affective, seule façon de leur redonner la capacité de ie faire confiance aux autres.Comment y parvient-on ?« Tout sim-ement en s’attachant à eux, dit-il.On leur porte une attention exagérée.Ils sont importants pour nous et ils en sont très conscients.Ills savent que si les parents se fichent de leur bulletin, nous pas.On essaie aussi de leur faire vivre des succès, car c’est la seule façon de compenser les échecs.Et on travaille en collaboration avec l’école pour qu’ils y expérimentent le moins de déceptions possible.» Le pédiatre en est convaincu : on peut réparer les dégâts et, si l’on s’y prend suffisamment tôt, on peut aussi espérer donner la chance à ces enfants blessés de mener un parcours scolaire qui, à défaut d’être exemplaire, leur permettra de trouver un boulot et de vivre correctement.Au CSPE, en collaboration avec le CLSC Côte-des-Neiges et l’école Lucille-Teasdale, il a mis en place un nouveau programme : le projet Accès à l’école.Un groupe de spécialistes identifie, plusieurs mois avant la rentrée, les enfants qui risquent d’avoir des difficultés à s’intégrer et les prépare à ce grand saut avant même qu’ils entrent à la maternelle.C’est une première et un véritable succès.« Certains enfants n’avaient jamais tenu une paire de ciseaux de leur vie; d’autres étaient incapables de laisser partir leur mère; quelques-uns ont pleuré pendant une semaine », explique la coordonnatrice du projet, Léa Blandin.Mais après plusieurs rencontres avec les parents et les enfants, et deux semaines de camp de jour l’été dernier, ils semblaient prêts pour la rentrée.Les obstacles sont parfois de taille.Car il n’y a pas que les enfants qui ont besoin d’être encadrés : il faut aussi convaincre les parents, les enseignants et les autres éducateurs de se parler.« Beaucoup de parents ont détesté l’école; ils dénigrent le prof; ils engueulent le directeur sur le trottoir.Notre rôle est de réussir à ramener les parents à l’école et de faire comprendre aux enseignants les raisons de ces comportements qui les déstabilisent complètement.» Pour sensibiliser les profs à ses méthodes, Gilles Julien se rend tous les mois dans quatre écoles d’Hochelaga-Maisonneuve et dans cinq autres de Côte-des-Neiges.Ces quelques heures suffisent souvent à changer radicalement le regard du prof sur « ces “tannants” qui foutent le bordel dans la classe ».Signe de l’influence que ce médecin des moins nantis commence à exercer : Robert Cadotte, un ancien commissaire d’école dans Hochelaga-Maisonneuve, a mis sur pied, à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal, le Centre de formation sur l’enseignement en milieux défavorisés.Les futurs diplômés doivent effectuer un stage dans des écoles réputées difficiles.Et la pédiatrie sociale est depuis peu enseignée dans les quatre facultés de médecine : McGill, Concordia, Laval et Sherbrooke.Le jeu en vaut la chandelle, insiste le pédiatre en racontant l’histoire de cette petite fille qu’il a prise un jour sous son aile.« La première fois que je l’ai vue dans une école, elle avait un œil au beurre noir; je l’avais invitée à partager mon lunch et je lui avais fait goûter un avocat.» Abusée sexuellement pendant des années, la petite présentait de graves retards de développement.Il a fallu cinq ans avant qu’elle accepte de révéler ce dont elle avait été victime.« Quand j’ai été appelé à témoigner en cour, j’ai dit tout le bien que je pensais de cette enfant.J’ai surtout affirmé que je ne croyais pas qu’elle était déficiente, même si elle agissait comme telle.» Quelque temps après, l’adolescente a rendu visite à son protecteur et, assise sur la balançoire dans la cour, elle lui a dit à quel point cette simple phrase, prononcée publiquement, avait changé sa vie : « Tu as dit à tout le monde que je n’étais pas folle ! » Cette jeune fille ne deviendra jamais professeur d’université.Mais, aujourd’hui, elle est autonome, vit en appartement avec une colocataire et se porte plutôt bien.Gilles Julien en est persuadé : l’important, c’est de donner à ces enfants qu’on croit perdus les moyens de retrouver une emprise sur leur vie et de surmonter les coups durs.06 Pour en savoir plus : JULIEN, Gilles.Soigner différemment les enfants, deux tomes, Éditions Logiques, 2004.Le quotient intellectuel est une mesure héritée du début du XXe siècle pour mesurer l'intelligence.Le psychologue français Alfred Binet avait en effet remarqué que plus les enfants grandissent, plus ils sont capables de résoudre des problèmes difficiles, mais que chaque enfant ne progresse pas au même rythme.Pour identifier les élèves « retardés », selon ses mots, il publie en 1905 une échelle métrique de l'intelligence, qui permet de mesurer l'âge mental d'un individu en fonction de son âge physique.Ce travail sera le point de départ de nombreux autres tests, dont celui du fameux QI.La psychologie a heureusement bien changé.Octobre 2005 Québec Science 67 JEAN-FRANÇOIS LEBLANC/AGENCE STOCK Age critique Un grand saut dans le vide : voilà ce que peut représenter l’entrée au secondaire pour des ados parfois déboussolés.par Marie-Eve Cousineau e ne le reconnais plus ! » Combien de parents ont assisté, médusés, à la métamorphose de leur enfant franchissant le seuil de l’adolescence.Car la puberté transforme, souvent brutalement, les jeunes : ils grandissent à vue d’œil, les voix muent, les hanches et les seins s’arrondissent, beaucoup sont en proie à des sautes d’humeur, ils deviennent souvent plus taciturnes et semblent rejeter en bloc les adultes «full poches».Les poussées d’hormones affectent aussi les processus neurologiques (voir texte page 74).L’adolescence est également la période de la vie où l’on recherche des sensations fortes, quitte à adopter des comportements risqués.Les problèmes de dépendance à la nicotine, à l’alcool et aux drogues commencent souvent à cet âge.« Les adolescents vivent encore beaucoup dans le présent, dit Patrick Laplante, enseignant et directeur adjoint par intérim à l’école Georges-Vanier, à Montréal.Ils ne réfléchissent pas toujours aux conséquences de leurs gestes.Le plaisir passe avant tout.» Un comportement caractéristique de la jeunesse qui serait peut-être dû à une immaturité de l’aire préfrontale, une zone du cerveau responsable notamment de l’établissement des priorités et du contrôle des impulsions, et qui serait une des dernières structures cérébrales à se développer complètement.Cette hypothèse n’a pas été démontrée, estime pourtant Kurt Fischer, directeur du centre de recherche Mind, Brain & Education, de l’École d’éducation de l’université Flarvard aux États-Unis.Les connexions neuronales qui se multiplient à l’adolescence favoriseraient le développement de la capacité de planification.Si des aspects du développement cérébral des ados demeurent encore mystérieux, on en sait davantage sur les modifications que subit l’horloge biologique, située dans l’hypothalamus.Dès la fin des années 1970, Mary A.Carskadon et son équipe ont invité des adolescents à effectuer des séjours de sommeil dans leur laboratoire de Stanford, aux États-Unis.Leurs recherches ont montré que le besoin de dormir des adolescents reste élevé - au moins neuf heures par nuit - et que ces derniers ont tendance à se coucher et à se lever de plus en plus tard.On attribue ces bouleversements à un décalage de l’horloge biologique, qui contrôle no- 68 Québec Science I Octobre 2005 camment la sécrétion de la mélatonine et la température corporelle.Plus on vieillit et plus la mélatonine, l’« hormone de la noirceur » est libérée tard le soir.Le pic et le creux de la courbe de température (respectivement vers 18 h et vers 4 h) sont eux aussi décalés.Le soir, la température des ados reste élevée plus longtemps, ce qui les garde éveillés.Et elle remonte plus tard le matin, ce qui leur donne un mal fou à se tirer du lit.Entre 10 et 13 ans, le coucher serait reporté de près de une heure.C’est ce que révèle une étude menée auprès de 1146 jeunes de cet âge et publiée en 2001 dans le Journal of Sleep Research par le chercheur Luc Laberge, professeur associé au département de psychologie de l’Université du Québec à Chicoutimi.On ignore à quoi est dû ce décalage de l’horloge biologique, mais une chose est sûre : la majorité des jeunes ne comblent pas leurs besoins de sommeil.Seuls 15 % des ados américains dorment plus de huit heures.À entendre les commentaires des jeunes interrogés, la fonction « snooze » sur le réveille-matin est très populaire au Québec ! Sébastien Tremblay dort environ six heures et demie par nuit.« Je me rattrape les fins de semaine.Je me couche vers 2 h, mais je me lève vers 13 h », dit ce grand gars à l’air nonchalant.Le manque de sommeil a évidemment des conséquences sur l’apprentissage scolaire.« Des travaux ont démontré que les étudiants qui ont les plus mauvaises notes sont aussi ceux qui dorment le moins », dit Luc Laberge.D’autres études suggèrent que les nuits courtes pourraient nuire au contrôle des émotions et entraîner une perte de l’inhibition.Dès 1996, dans les écoles d’Edina, une petite ville du Min- LES VRAIES RAISONS DU DECROCHAGE nesota, aux États-Unis, on a repoussé l’heure du début des cours de 7 h 25 à 8 h 30.Cette mesure a porté ses fruits : les élèves ont dit se sentir plus reposés et alertes tout au long de la journée, et plus particulièrement durant leur première heure de classe.Outre des phénomènes physiologiques qui interfèrent avec la capacité d’apprendre et l’attention, la motivation joue pour beaucoup dans les résultats scolaires.Selon Jacquelynne Eccles, chercheuse et professeure en psychologie de l’université du Michigan, les étudiants perdent de la motivation après leur entrée à l’école secondaire.Selon elle, les institutions sont trop grandes, trop rigides et impersonnelles, et ne répondent pas aux besoins des adolescents, en quête d’expression et de relations, notamment avec les adultes.Vrai ?Faux ?Thérèse Bouffard, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, est plus nuancée.Elle a mené deux études, en 2001 et 2002, auprès de quelque 1 600 élèves québécois du secondaire.Ses conclusions sont bien plus encourageantes.« Le jugement des étudiants envers leur nouveau milieu scolaire est nettement plus positif que négatif, affirme-t-elle.La baisse de la motivation, quant à elle, ne s’est avérée que pour le tiers des élèves sondés.» N’empêche, passer du statut de plus vieux de la petite école à celui de plus jeune de la polyvalente nécessite une adaptation.Environ 30 % à 40 % des élèves de première secondaire de l’école Georges-Vanier éprouvent des problèmes académiques, selon Patrick Laplante.«À la première étape, beaucoup de parents n’en reviennent pas des changements chez leur enfant.» La majorité d’entre eux voient leur situation s’améliorer dans la deuxième partie de l’année.Pour d’autres, c’est le début d’une longue descente qui se termine souvent par l’abandon scolaire.En 2002-2003,19,6 % des jeunes de 19 ans ne détenaient pas de diplôme d’études secondaires et ne fréquentaient pas l’école, selon le ministère de l’Éducation du Québec.Pour Michel Perron, chercheur associé au Groupe ÉCOBES (Groupe d’études des conditions de vie et des besoins de la population) du cégep de Jonquière, le sentiment de compétence à l’école détermine pour beaucoup la persévérance scolaire.L’expert s’appuie sur une étude que son Groupe a menée en 2002 auprès de 1 901 étudiants du secondaire.Sa conclusion : « Un élève convaincu de ne pas être compétent à l’école aura des problèmes de motivation.» Mais le manque d’estime de soi n’est pas le seul facteur de Il existe une bonne différence entre le rendement scolaire des jeunes des régions et ceux des centres urbains du Québec.En tête de liste, les étudiants de la ville de Québec obtiennent un taux de réussite de 88,8%, suivis de très près par ceux de la banlieue sud de Montréal (88,1%) et de Laval (87,7%).Ce sont les élèves de la Côte-Nord qui ferment la marche avec un score de 77,3 %, juste derrière les élèves du Nord-du-Québec (79,2%).TROP PRECOCES, NOS ENFANTS?Ils ont des cours de musique, de ballet, de théâtre, de natation, de patinage et d'anglais, entre autres.Certains enfants ont un agenda aussi rempli que leurs parents.Un saut trop rapide dans le monde des grands ?« Les tenants de l'approche behavioriste pensent qu'on doit stimuler l'enfant le plus tôt et le plus intensivement possible», dit Nathalie Bigras, professeure au département d'éducation et de pédagogie de l'Université du Québec à Montréal.«Quant aux adeptes de l'approche développementale, adoptée par les Centres de la Petite Enfance, et dont je suis, ils pensent qu'il faut laisser le temps au jeune de vivre sa petite enfance, et se préoccupent surtout de son besoin de sécurité psychoaffectif.Selon eux, le jeu est très important dans la stimulation des enfants de moins de cinq ans.» Paul L.Gendreau, professeur au département de psychoéducation de l'Université de Montréal, estime que la stimulation est importante tout au long de la jeunesse.«Il faut exposer les enfants à des tâches au-dessus de leurs capacités afin qu'ils puissent développer des compétences, dit-il.Ce qui est dommageable, ce n'est pas de stimuler les enfants, c'est de vouloir qu'ils "perfor-ment".» Ou de ne pas respecter leur rythme.«Il faut équilibrer le temps que notre enfant consacre à L'apprentissage d'une langue, par exemple, et celui qu'il investit dans le jeu», croit Martin Dudos, chargé de cours pour le certificat en petite enfance de l'Université de Montréal.Il reste que les enfants surstimulés sont une minorité au Québec, d'après Richard E.Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l'enfant de l'Université de Mont-réaL Selon Lui, Le problème se situe plutôt du côté des parents: «Ils n'ont pas le temps de s'occuper de leurs enfants.» cktdii Mifil Is® àlîtil par::: U àmtvj prex ku 'Etsi! pa::;: re décrochage.L’influence des pairs joue un rôle important.L’encadrement familial aussi.Pour « raccrocher » ceux qui ne parviennent pas à «passer à travers», - on recense deux décrocheurs pour une décrocheuse au Québec -, on évoque souvent l’idée de rétablir des classes non-mixtes (voir texte page 73).« Les études les plus sérieuses montrent que la non-mixité a peu d’effets sur le rendement et la motivation scolaires », affirme pourtant Roch Chouinard, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.Sauf peut-être d’empêcher les garçons, gonflés à la testostérone, de lorgner le string qui dépasse du jean des filles.«Le plus dérangeant pour les élèves, ce n’est pas que les classes soient mixtes, mais que la mode soit si exagérément sexuelle», dénonce la sexologue Jocelyne Robert.La direction de l’école Georges-Vanier a d’ailleurs décidé de mettre fin aux « tops bedaine », ces t-shirts qui laissent voir nombril des adolescentes.Un polo scolaire est désormais imposé.« L’école doit rester un lieu d’apprentissage», dit Patrick Laplante.OS œiied One ptfe dit: pt ioW iCfiti son Vf/ 70 Québec Science I Octobre 2005 Entre Fenfance et Fâge adulte.C’est à l’adolescence que l’on franchirait pfepï itijil fse fai seÉiits it Jé,C£ ÎOI- é:i1s l’étape de la pensée formelle.«T JLj ’adolesœnce, c’est pas si épouvantable que ça ! » s’exclame Sébastien Tremblay, un grand montréalais de 17 ans à l’air nonchalant.Bien sûr, il s’est déjà levé le matin déprimé sans trop comprendre pourquoi.Oui, il s’est comparé aux autres.Et il s’est herché.Mais il a fini par se trouver.L’adolescence, que l’on situe de nos jours entre 13 et 18 ans environ, n’est pas la grande noirceur que l’on dépeint souvent.« Le développement des adolescents est très intense », dit Richard Cloutier, professeur à l’École de psychologie de TUniversité Laval et spéciaHste de l’adolescence.« Ds s’interrogent sur leur identité, leur sexualité, leur image et cherchent à s’intégrer socialement.Us ont de nombreuses préoccupations.Mais 85 % des jeunes passent à travers sans trop de difficulté.» Car la vie est ainsi faite que l’existence se complexifie à mesure que notre développement nous permet d’ap- %r' préhender cette complexité.Contrairement aux en-fants, les adolescents sont aptes à se projeter dans le futur.\ « Et s’ils ont la contestation facile, c’est qu’ils ont les ca- ' pacités cognitives pour défendre leur point de vue », fait , remarquer Thérèse Bouffard, professeure au département 7 de psychologie de l’Université du Québec à Montréal et ipofflt mère de quatre ex-ados ! On croit souvent que le cerveau cesse de se développer dans la petite enfance.C’est faux.« C’est un mythe de croire que la ma-vE'-.chinerie [neurologique] se complète pendant cette période », explique Paul L.Gendreau, professeur au département de psychoéducation de l’Université de Montréal et spéciaHste de la biologie du développement psychosocial.Certes, le cerveau d’un enfant de six ans a déjà atteint 95 % de |son volume maximal, mais tout n’est pas joué à cet âge ! Plusieurs changements se produisent ensuite, notamment dans le lobe frontal (responsable de la pensée abstraite, entre autres choses) et le lobe temporal (associé à la fonction du langage et à la mémoire).Selon le célèbre psychologue suisse Jean Piaget, l’adolescent franchit l’étape de la pensée formelle.C’est-à-dire qu’il acquiert la capacité d’élaborer des raisonnements hypothético-déductifs.C’est ce qui lui sert notamment à isoler des variables dans un problème mathématique.Avant ce stade, on serait incapable de déduire, par exemple, que la fréquence d’oscillation d’un pendule est déterminée par son poids, la longueur de la corde, la force donnée, etc.[ Au cours de ses études, échelonnées sur 25 ans, Kurt Fischer, directeur du centre de recherche Mind, Brain & Education, de l’université Harvard aux États-Unis, a pu distinguer quatre étapes de développement des capacités cognitives.L’enfant de 10 ans peut a j'jik ise ta jirtexn comprendre et expliquer une abstraction à la fois, comme le concept d’addition ou de multiplication.«À 15 ans, il est capable d’expliquer le lien entre ces deux abstractions », dit Kurt Fischer.Cinq ans plus tard, l’individu peut associer plusieurs abstractions entre elles, et à 25 ans, il est apte à les intégrer à un principe plus large.Tout vient à point à qui sait attendre.(M.-E.C.) ulairs rntpf®' tone, if île ¦ Fini les bavures sur les copies et les taches plein les mains.Les parents doivent une fière chandelle à un journaliste hongrois, Ladislao José Biro, inventeur du stylo à bille.C'est en regardant des enfants jouer aux billes qu'il remarque qu'après avoir roulé dans l'eau sale, elles laissent une traînée noire.Installée à la pointe d'un stylo, une petite bille favorisera un séchage rapide de l'encre, constate-t-il.C'est le baron Bich qui achète le brevet du journaliste et qui commercialise l'invention, en 1949, sous le nom de pointe Bic.Dans la plupart des écoles du monde, l'usage du stylo à bille ne sera autorisé qu'au milieu des années 1960.En 1965, l'Américain Paul C.Fisher, mettra au point, pour le compte de la NASA, le Fisher Space Pen, le premier stylo à bille qui permet d'écrire quelle que soit sa position, et même en apesanteur.Octobre 2005 ! Québec Science 71 NOUVEAUTE OCTOBRE 2005 NOUVEAUTE OCTOBRE 2005 Dans la meme collection 49.95$ une nouvelle génération d’encyclopédies qui donnent accès au meilleur d’Internet 384 pages couleurs , Format 283 x 220 mm LES THEMATIQUES DE **.95$ 4+ 4 4 .NOUVEAUTÉ I ?1 ^ J OCTOBRE 2005 I encyclonedua) Les dinosaure: ^^5 sa Une toute nouvelle collection d’albums documentaires pour les 9-14 ans 96 pages 19,95$ 6 livres : 6 sites • 2500 liens Internet • 1500 images téléchargeables Visitez : http://encyclopedia.erpi.com UNE PLONGÉE = PASSIONNANTE J] ’ AU CŒUR DE TOUT jl CEQUI FAIT L'ÊTRE HUMAIN 512 pages couleurs Format 312 x 260 mm Plus de 3000 photographies 79.95$ ’ Dans la même collection ANIMAL: PTE rre* æ / ! é: mm m $ 1 ANATQMlt.PSYCHOLOGlt MiW s E/B:-P« wêkêÊ - 79.95$ -V - 79.95$ LO www.erpi.com/documentaire ta cour.Les gars avec les gars, les filles avec les filles ?par Annick Duchatel Tank, robot démineur, hélicoptère, camion de pompiers, ambulance.En 2003, l’école secondaire La Ruche, de Magog, a mis le paquet pour motiver ses quelque 700 garçons.Au cours d’une journée intitulée Gars Show, elle leur a offert des activités à haute teneur en testostérone.But de l’opération : réconcilier les gars avec l’école.Pendant ce temps, les filles étaient conviées à un spectacle d’humour.Si certaines écoles déploient de tels efforts pour stimuler l’intérêt des garçons, c’est qu’ils s’y ennuient ferme.Du moins si l’on se fie à leur rendement scolaire.Dès le primaire, ils sont moins bons en lecture et en écriture, plus nombreux à accumuler les journées de suspension et à redoubler.Au secondaire, ils passent moins de temps à faire leurs devoirs et ils sont moins nombreux que les filles à obtenir leur diplôme.« La structure même des examens défavorise la plupart des garçons, dit Marie-Claude Béliveau, orthopédagogue à l’Hôpital Sainte-Justine et auteure de J’ai mal à l’école (Éditions Sainte-Justine).Ils portent souvent sur des points de détail, ce qui avantage les filles, plus analytiques; alors que les garçons, qui ont un esprit plus synthétique, ont tendance à “tourner les coins ronds”.» (suite page 75) Octobre 2005 I Québec Science 73 JEAN-FRANÇOIS LEBLANC/AGENCE STOCK LES VRAIES RAISONS DU DÉCROCHAGE Et les hormones dans tout ça ?Le décrochage scolaire : et si c'était la faute à la testostérone ?Csp?Slp Oûif faillis ut fois Apprendre, ce n’est pas qu’une question de cerveau.«Le boum hormonal pubertaire est un grand dérangement qui crée un déséquilibre important chez les filles comme les garçons », dit Céline Boisvert, psychologue clinicienne à l’Hôpital Sainte-Justine et auteure de Parents d’ados (Éditions Sainte-Justine).«Tous deviennent très préoccupés par le corps, la séduction.Et cette énergie-là est soustraite à l’école, à l’apprentissage.» On sait qu’il y a, au cours de la vie, des montées d’hormones importantes (testostérone pour les garçons, œstrogènes pour les filles, bien que chaque sexe sécrète les deux types d’hormones) : avant la naissance, pendant la période postnatale et à la puberté.Selon les travaux de la psychologue canadienne Doreen Kimura, de l’université Simon Fraser en Colombie-Britannique, cet afflux hormonal a pour effet de différencier les aptitudes masculines et féminines.Chez les garçons, la force musculaire, l’agressivité, l’orientation spatiale, le raisonnement mathématique, la vision de loin, le goût du risque et le lancer de précision se développent surtout à l’adolescence.Chez les filles, les œstrogènes auraient pour effet d’aiguiser la dextérité manuelle, le raisonnement verbal et la mémoire qui y est fiée, la perception des similitudes et des différences entre les objets, l’aptitude à l’arithmétique, les relations sociales, la vision des couleurs, l’ouïe et l’odorat.Il semble aussi que les œstrogènes aident à la formation des connexions cérébrales : ceUes-ci sont plus nombreuses chez les filles.D’après l’anthropologue Helen Fisher, qui se base sur l’observation de tribus africaines, ces comportements différents, « activés » par les hormones, trouveraient leur origine dans une lointaine évolution.Pour la survie de l’espèce, mâles et femelles ont été programmés pour jouer des rôles très distincts - chasse pour les uns, cueillette et soin des enfants pour les autres.Ce qui expliquerait selon elle l’aptitude au langage et à la communication chez les femmes.« H ne fallait, dit-elle, que quelques mots pour aller à la | chasse.U en fallait beaucoup plus pour élever un enfant.» fl est cependant fascinant de constater que les aptitudes à la géométrie, à peu près égales chez les filles et les garçons avant l’adolescence, penchent nettement en faveur des garçons après celle- ci.Et que certaines fillettes nées avec une maladie congénitale des glandes surrénales, qui cause un excès de testostérone, adoptent des comportements proches de ceux des garçons de leur âge : turbulentes, très «physiques», elles montrent plus d’intérêt pour la mécanique que pour les poupées.Doit-on en déduire que nous sommes irrémédiablement programmés par nos hormones ?Doreen Kimura estime que oui, et qu’il faut adapter la scolarité des filles et des garçons en fonc- ! tion de leurs atouts et de leurs handicaps.Voilà qui fait bondir g la neurobiologiste française < Catherine Vidal, auteure de I 0 1 Cerveau, sexe et pouvoir (P>e\m).\ ïï C’est compter, objecte-t-elle, g sans la «plasticité cérébrale», I 1 mise en lumière par les nou- ¦ £ velles techniques d’imagerie.Le 2 cerveau est en constante évolution tout au long de la vie et « chaque individu a sa propre façon d’activer et de façonner son j cerveau ».En d’autres termes, comme le dit François Jacob, prix Nobel de biologie : « Nous sommes programmés, oui, mais pour apprendre.» Un exemple : placez des filles et des garçons dans un labyrinthe.Les filles trouveront la sortie grâce à des repères; les garçons, en se fiant à la géométrie.Mais privez les filles de repères, elles solutionneront aussi le problème par la géométrie des lieux.Au Québec, la performance des filles en mathématiques ou en sciences au primaire et au secondaire est d’ailleurs à peu près égale à celle des garçons, même si elles sont toujours beaucoup moins : nombreuses à choisir des carrières scientifiques.05 (A.D.) Poussée d'hormones entre deux cours faces’ lésa fmiim importa lieiïïsc moias t ftai Mi ficom tuiles: Hveat raine créait itielpi la vie, t Certa patent ¦ife k pat lixtes pk ml «sam sexes n1: kœiüc K03> - les ga:;i dit F; dlni ; le de si; ' C'est i PtlU;;.parte:, Satisfos; berets ai%n j( Nvi 74 Québec Science I Octobre 2005 radiale raèià li' ipqiisl futéri IIHtp) itmoDes tefoii iscokii b en te téta iterae jlEetn Ces problèmes ne datent pas d’hier.Déjà, en 1989, le Conseil supérieur de l’éducation du Québec attirait l’attention sur l’écart le réussite entre les sexes.Et la situation est loin d’être unique; dans nous les pays d’Europe et d’Amérique du Nord, les garçons traînent de la patte.Comment y remédier ?Sur ce terrain glissant, les points de vue féministe (pas question de freiner l’avancée des filles !) et masculiniste (laissez les gars être des gars !) s’entrechoquent.On a pointé du doigt le corps enseignant (composé à 75 % de femmes), la multiplication des familles monoparentales (presque une fois sur deux, c’est une femme qui est maître de maison) et le manque de modèles masculins.Mais faut-il pour autant Iparler de « garçons victimes », dans un système scolaire qui n’est plus adapté à eux, et prôner le retour à la non-mixité.La prudence s’impose.Les arguments physiologiques (les cerveaux masculins et [féminins fonctionnent différemment) justifient peu la nécessité d’apprentissages séparés, puisqu’il existe des écarts au moins aussi importants entre individus Garçons et filles diffèrent dans leur «llièi [de même sexe.Et que dire sscele des disparités entre les mieux socioéconomiques et ethniques, plus ou i,(]raaiis moins éclipsées par ce ébat sur les sexes ?itspiodiij D’école n’a-t-elle pas justement pour but de diriger chacun vers le domaine qui correspond à ses apti-tudcs ?Marie-Claude Béliveau, elle, en est con-(]MOBj|vaincue : la non-mixité créerait un contexte artificiel puisque tout, dans la vie, est mixte ! Certains spécialistes pensent cependant que la mixité est un désastre pour jdjoiidi les gars.« Les écoles mixtes sont les lieux les plus inhospitaliers pour les garçons, [en ne reconnaissant pas] que les deux sexes n’apprennent pas de la même façon : les filles en écoutant et en observant; les garçons en agissant», façon d’apprivoiser les connaissances.On admet généralement que les garçons, moins verbaux, ont besoin de bouger.La présence des pairs, de la «gang», plus marquée chez eux, serait peut-être «un facteur qui influence l’adoption d’une culture anti-école».fills1 dit William Pollack, psychologue clinicien à l’Ecole de médecine de Harvard et auteur de De vrais gars (Éditions L’Art de l’apprivoiser).C’est vrai : garçons et filles diffèrent dans leur façon d’apprivoiser les connaissances.On admet généralement que les garçons, moins verbaux, ont besoin de bouger, alors que les filles satisfont plus aux attentes de l’école basées sur la discipline, la civilité et l’empathie.Les garçons préfèrent les apprentissages concrets au cours desquels ils peuvent manipuler des objets.Ils aiment jouer, se distraire, et passent plus de temps à faire des travaux rémunérés.La présence des pairs, de la « gang», plus marquée chez eux, serait peut-être « un facteur qui influence n bien placés pour apprendre www.fedecegeps.qc.ca SAVOIR SAVOI SAVOIR SAVOIR Fédération % des cégeps Octobre 2005 I Québec Science 75 LES VRAIES RAISONS DU DÉCROCHAGE l’adoption d’une culture anti-école», selon une analyse du ministère de l’Éducation du Québec publiée en 2004, La réussite des garçons, des constats à mettre en perspective.Bref, les filles apprécieraient plus l’école.Pas étonnant qu’elles réussis- sent mieux.Alors, separate but equal (séparés mais égaux)?Jean-Claude St-Amant, chercheur à l’Université Laval, agite à dessein le vieux slogan ségrégationniste des années 1950.Non, répondait, Si le phénomène du décrochage sème toujours le désarroi chez les professionnels de l'éducation, il a grandement diminué depuis 25 ans.En 1979, 26,2% des jeunes de 17 ans avaient abandonné leurs études; en 2003, ils n'étaient plus que 11,6%.Cela cache toutefois un phénomène troublant: deux fois plus de garçons que de filles (27% contre 13 % ) délaissent leurs études avant d'avoir obtenu un diplôme d'études secondaires.Il faut dire que les jeunes enseignants ne prêchent pas par l'exemple : 20% d'entre eux décrochent dans les 5 ans qui suivent leur entrée sur le marché du travail.en 1999, un document du Conseil supérieur de l’éducation, Pour une meilleure réussite des garçons et des filles, dans lequel on déconseillait aux écoles de revenir à la non-mixité.Et au Québec, rares sont celles à avoir fait ce choix, du moins au sein du système public.Au plus, certains établissements, comme l’école secondaire anglophone James-Lyng, dans le quartier Saint-Henri, à Montréal, ont-ils décidé de former des classes non-mixtes, pour certaines matières où filles et garçons ont de la difficulté à s’exprimer face à l’autre sexe.Par exemple, les garçons, moins verbaux, peuvent être gênés dans l’apprentissage de la langue première, et les filles ressentent parfois le même malaise en mathématiques et en science.À l’école James-Lyng, ce choix a porté ses fruits : le taux de décrochage des garçons a baissé de 15 % en cinq ans.Rien n’indique pourtant que la non-mixité totale soit si bénéfique pour les garçons; ni au Québec ni ailleurs.Une étude australienne indiquait en 2002 qu’elle n’a pas d’effet sur la réussite des garçons, ! et des recherches en France ainsi qu’en Grande-Bretagne tendent à prouver que cela favoriserait surtout les filles, celles-ci n’étant plus exposées à une dynamique de groupe dominée par les garçons.Le vrai défi de l’école, c’est de créer un sentiment d’appartenance, de devenir un milieu ((cool», porteur de sens pour des jeunes sans cesse bombardés de stimulations.pQl joint® : iin soil bin pib leur ses Icff La Faculté des sciences de l'éducation offre de nombreux programmes de formation continue axés sur vos besoins.Grâce à une approche pédagogique novatrice et personnalisée, ces programmes vous permettront d'acquérir des compétences pratiques, transférables et conformes aux exigences de la réforme.MICROPROGRAMMES (15 crédits) Département d'administration et fondements de l'éducation » Administration des systèmes d'éducation et de formation » Évaluation des compétences » Gestion du changement en éducation » Administration de l'éducation » Éducation Département de didactique >» Didactique » Didactique et intégration des matières » Éducation Département de psychopédagogie et d'andragogie » Intégration pédagogique des technologies de l'information et de la communication (TIC) » Insertion professionnelle en enseignement » Formation à l'enseignement postsecondaire » Éducation Information : (514) 343-7622 scedu.umontreal.ca DIPLÔMES D'ÉTUDES SUPÉRIEURES SPÉCIALISÉES - DESS (30 crédits) Département d'administration et fondements de l'éducation » Administration des systèmes d'éducation et de formation » Administration de l'éducation Département de didactique » Éducation, option didactique Département de psychopédagogie et d'andragogie » Éducation, option intervention éducative 41, Université de Montréal 76 Québec Science | Octobre 2005 Me leu Au Québec, la population reste ma-oritairement attachée à la mixité.D’après an sondage de Léger Marketing effectué ;n 2002, 82 % des Québécois ne sou-aaitaient pas changer cet état de fait.Reste donc à aménager la scolarité pour rider les élèves en difficulté, quel que soit eur sexe.Car le vrai défi de l’école, c’est de créer un sentiment d’appartenance, de devenir un milieu « cool », porteur de ens pour des jeunes sans cesse bombardés de stimulations.Les actions con- crètes ?D’abord, la réforme implantée depuis six ans au primaire et mise en place à la rentrée au secondaire où la réussite des garçons est une préoccupation.La pédagogie par objectifs, trop abstraite, cède le pas à la notion de projet, centrée sur l’action, et à celle, plus souple, de compétences.À la CSDM (Commission scolaire de Montréal), le nouveau Plan stratégique tient lui aussi largement compte de la nécessité d’adapter la pédagogie pour NOS CAHIERS NE SONT PAS ÉPAIS.NOS LECTEURS NON PLUS.r- r_n; ïâ-v >»»*•'" ,, v „,, ¦ ® * Vwi* W ' ^- » * a ¦ ' * ® U ?On n’est jamais trop curieux ?motiver les élèves en culottes courtes.«Nous voulons présenter plus de modèles masculins, encourager la participation des pères à certaines activités, sportives par exemple», dit Catherine Harel-Bourdon, commissaire du quartier de Tétreaultville, à Montréal, et présidente du Comité sur la réussite des jeunes et des adultes.Pierrette Bouchard et Jean-Claude St-Amant, de l’Université Laval, ont mené des études montrant que les pères s’occupent moins que les mères des travaux scolaires de leurs enfants, mais que lorsqu’ils le font, leur présence est bénéfique.Mais au-delà des différences, selon Jean-Claude St-Amant : « fl ne faut pas perdre de vue que la majorité des garçons se débrouillent bien.Les trois quarts obtiennent leur diplôme d’études secondaires.» Ü ne faudrait pas non plus oublier que 20 % des filles sont en difficulté.« Depuis cinq ans, on voit apparaître de plus en plus de filles qui, comme les garçons, peinent à s’exprimer, note Marie-Claude Béflveau.Les enfants sont en train de changer et c’est peut-être un effet de la civilisation de l’image et de l’électronique.» Et si on éteignait la télé plutôt que de séparer garçons et filles ?CB Avec leur accoutrement suggestif qui montre leur nombril, bien des ados font dresser les cheveux sur la tête de leurs parents et de leurs enseignants, qui se mettent à réclamer le retour de l'uniforme.« Entre 9 et 12 ans, avec la prépuberté, le corps commence à se transformer, mais il ne correspond pas du tout aux modèles stéréotypés.Alors le jeune ne se trouve pas beau, il peut être inquiet.À l'adolescence, il se demande s'il est normal», expliquait la sexologue Jocelyne Robert dans Québec Science en mai 2003.« Il est important que l'enfant soit entouré de gens qui lui proposent des modèles différents.» Des grandes sœurs cool, mais pas trop hot?Octobre 2005 | Québec Science 77 101% pour les immigrants Ils viennent d'ailleurs.Et puis après ?L'école d'ici leur réussit très bien.par Laurent Fontaine Au printemps dernier, Winidata, Roboto et Suki-l’étoile-de-mer ont connu leur heure de gloire.Tout droit issus de l’imagination des élèves de l’école primaire Barclay, à Montréal, ces petits héros ont tenu en haleine de nombreuses familles du quartier Parc-Extension.De rebondissements en péripéties, les histoires commencées par les plus petits ont trouvé leur point d’orgue entre les mains des grands de sixième année, pour former quatre ouvrages.« Un livre, c’est quelque chose que l’on fait ensemble », disait la directrice Irène Harper, en félicitant les dizaines d’enfants assis dans le gymnase, quelques jours avant les vacances d’été.L’école de ce quartier défavorisé ne s’est pas lancée dans ce projet d’édition pour le simple plaisir de la littérature.Suki, Winidata et Roboto avaient une mission : aider les 720 élèves issus de 40 ethnies différentes à vivre ensemble.Patel, Sebastiampila, Tally, Rai, Choker.L’an dernier, à l’école Barclay, seule une trentaine d’enfants avaient un parent né au Québec.Dans ce quartier surnommé Little Bombay, Pakistanais, Bengali et Sri Lankais remplacent peu à peu Haïtiens et Latinos.L’école Barclay reflète une réalité de plus en plus répandue : au Québec, un écoher sur cinq est né hors du Canada, d’un parent d’origine étrangère ou d’une mère qui ne parle pas français.En 10 ans, le nombre d’écoliers immigrants est passé de 160 000 à 200 000, tandis que le nombre de petits Québécois de souche a fortement diminué.Et c’est surtout dans la métropole que se concentrent la majorité de ces enfants immigrants.« Ma famille est arrivée il y a six ans, raconte Jelena, une jeune originaire d’ex-Yougoslavie, en quatrième secondaire, à l’école de filles Marguerite-de Lajemmerais à Montréal.Je ne connaissais personne.Les enfants riaient de moi, car je ne parlais pas français.» Avec elle, il y a aussi Rukan, une Kurde de Turquie, Lena la Bulgare, Yan, une Sino-cambodgienne, et Mimi la Vietnamienne.Ces çaii-Eii I)» oudiea :se»| ®p- irç*.’ ilall«l- I jeunes savent ce que leurs parents ont fui en immigrant au Québec : des guerres, des économies à la dérive ou des régimes répressifs.Certaines familles ont transité dans des camps de réfugiés; d’autres ont été attirées par la perspective d’un bon emploi ou parce que l’un des parents prépare un doctorat : « Mais on ne se sent pas déracinées, dit Irena.Ici, on a le meilleur des deux mondes : celui de nos parents et celui du Québec.Et si une élève tenait des propos racistes, on est tellement nombreuses à venir d’ailleurs que c’est la moitié de la classe qui la remettrait à sa place ! » Il y a 30 ans, plusieurs de ces jeunes filles auraient probablement commencé leurs études en anglais.Mais depuis que la Charte de la langue française a été adoptée, en 1977, tout enfant doit être instruit en français, sauf si un de ses parents a suivi sa scolarité en anglais au Canada.Une génération après la fameuse loi 101, 95 % des nouveaux arrivants et 78 % des allophones fréquentent l’école française.« U y a encore des immigrants qui tombent des nues en apprenant qu’on parle français au Québec, explique Irène Harper.Mais très peu se plaignent: ils savent que maîtriser plusieurs langues est un atout dans la vie.» Pour les nouveaux arrivants, qu’ils soient de niveau primaire ou secondaire, l’école commence par un test de français et de mathématiques, afin d’évaluer leur maîtrise de la langue et leur niveau Les 75 000 élèves de la Commission scolaire de Montréal parlent plus de 160 langues maternelles: espagnol, arabe, créole, anglais, chinois, vietnamien, tagalog, bengali, tamoul, russe.Plus du tiers de ces enfants n’entendent parler ni l’anglais ni le français à la maison.scolaire.Une étape essentielle : « En 2002, près de 7 % des enfants arrivant au Québec accusaient un retard de trois ans ou plus de scolarité», dit Marielle Messier, conseillère pédagogique à la Commission scolaire de Montréal.La moitié des nouveaux arrivants devront passer par une classe d’accueil.Le modèle varie selon les commissions scolaires (classe fermée, échanges avec des classes régulières, etc.), mais l’objectif est le même : franciser et enseigner les bases du « métier d’élève » en 20 mois maximum au primaire, et 30 mois au secondaire.« C’est la ligne de front de l’intégration, résume Michel Pirro, un enseignant qui a œuvré dans une des 169 classes d’accueil de la CSDM.Les enfants viennent d’arriver, ils ont une réelle fraîcheur, c’est leur premier contact avec la ville, l’école, leur quartier, la langue et l’hiver.Il y a des petits “tannants”, mais la plupart veulent apprendre, et ils ont un grand respect pour leur professeur.» Répartis en sous-groupes pour rompre la glace, ces enfants reçoivent un enseignement exclusivement en français dans des classes aux effectifs réduits (19 élèves au lieu de 29).On utilise la méthode OLE (Oral, Lecture, Ecriture) en commençant par le vocabulaire de base : les objets quotidiens, ce qu’on trouve dans une école ou une maison, etc.Après quelques mois, la plupart intègrent les classes régulières.L’ar- Octobre 2005 | Québec Science 79 LES VRAIES RAISONS DU DECROCHAGE rimage se fait sans trop de heurt.Une forte majorité des élèves arrivés au préscolaire ou au primaire connaît un parcours normal et même un taux de diplômation supérieur à la moyenne.On ne constate aucun retard pour 37,6 % d’entre eux, constate Marie McAn-drew, professeure à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal dans son livre Immigration et diversité à l’école.« Un phénomène en soi remarquable, note-t-elle, puisqu’il suppose que ces élèves ont été suffisamment “performants” pour compenser leur séjour en classe d’accueil.» Des succès qui ne tombent pas du ciel : beaucoup de parents immigrants valorisent énormément l’école.« Nombre de familles se sacrifient pour que leurs enfants réussissent», constate Irène Harper, tout en vérifiant que les rangs sont calmes et que la discipline règne dans les couloirs.« Ma mère me dit souvent: “Toi, tu peux faire des études; profites-en, c’est comme cela que tu te feras respeaer”», dit Rukan qui entre en qua-trième secondaire.« Certaines élèves ont plus de difficultés en géographie ou en histoire, parce qu’à la maison, elles ne baignent pas dans la culture du Québec, constate Anne Poirier, directrice adjointe de l’école Marguerite-de Lajemmerais.Elles compensent par le travail.J’ai même connu une élève qui maîtrisait peu la langue, mais qui a obtenu 98 % en composition : pour y arriver, elle avait appris absolument tout ce qu’elle voulait écrire par cœur ! » Pour soutenir les élèves, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) a mis sur pied le Programme d’enseignement de la langue d’origine, un projet qui dure maintenant depuis 25 ans et qui permet aux jeunes immigrants d’ajouter trois heures de cours par semaine au programme régulier pour progresser dans leur langue d’origine.Car une meilleure maîtrise de la langue maternelle facilite l’acquisition d’autres langues et, surtout, renforce la confiance en soi de jeunes qui cherchent leurs repères.Les cours de grec, d’italien ou de portugais, moins en demande, font place aujourd’hui à des cours d’arabe, de bengali, de tamoul, de chinois et de créole.C’est pour mieux identifier les parcours qui favorisent la réussite scolaire que Michèle Vatz-Laaroussi, professeure au département de service social à l’Université de Sherbrooke, a dirigé une recherche auprès d’une trentaine de familles d’immigrants.« Nous voulions identifier les causes, non pas de l’échec mais de la réussite », dit Fasal Kanouté, professeure à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, qui a participé au projet.Sénégalaise d’origine, la psychopédagogue a vécu le dédale du système d’accueil en arrivant au pays avec des jeunes d’âge scolaire : « S’intégrer, c’est plein de petits détails, dit-elle.Il y a la paperasserie, les horaires de classe incompréhensibles au début, une manière différente de dialoguer.» Ce qui frappe les chercheurs, c’est que le soutien aux enfants ne se fait pas forcément de la même manière que dans les familles québécoises, où ce sont essentiellement les parents qui interviennent.« C’est aussi l’oncle, la tante, la grande sœur qui servent de référence, ou le cousin resté au pays et qui occupe un poste de responsabilité.L’école soutient encore mieux ces élèves quand elle parvient à collaborer avec les personnes qui les aident réellement dans leurs études.«Ma mère me dit souvent: “Ibi, tu peux faire des études; profites-en, c’est comme cela que tu te feras respecter”.» Ta camèrecfé6f l'avenir anotechnologie Allumé par les phénomènes physiques ?Passionné de technologie ?Intrigué par l'électronique ?Fasciné par les lasers ?Étudier en Technologie physique au Cégep André-Laurendeau, un bon choix pour toi Le programme de Technologie physique du Cégep André-Laurendeau est un programme de formation collégiale technique qui permet d'accéder au marché du travail ou de poursuivre des études universitaires en génie.On y étudie les nanotechnologies, la photonique, l'acoustique, l'optique et la physique des matériaux, et ce dans des laboratoires à la fine pointe de la technologie.P» CEGEP ANDRÉ-LAUREN DEAU 1111, rue Lapierre Montréal, arr.LaSalle (514) 364*3320 poste 459 Angrignon Informez-vous au www.claurendeau.qc.ca Venez visiter les laboratoires et rencontrer les enseignants Mercredi 9 novembre 2005, de 16h à 21h 80 Québec Science | Octobre 2005 : ~.,c: a^di; :ûiv - .11 vali Vi':.:.V; oi-Cej RIB,Oil Bfillife.I SUJET TABOU L'ensemble des immigrants réussissent plutôt bien à l'école.Mais certaines communautés ont beaucoup de difficulté.Les élèves immigrants réussissent aussi bien que la majorité des jeunes Québécois.Les échecs sont plus attribuables aux différences socioéconomiques qu'ethniques.Voilà pour le discours officieL Mais tous les immigrants réussissent-ils aussi bien à l'école?«Aucune communauté ne tient à vivre avec une étiquette dans le dos.Mais s'il y a des problèmes, nous devons les regarder en face», dit Fasal Kanouté, professeure à l'Université de Montréal.Pour obtenir un portrait fiable de la situation, la direction des services aux communautés culturelles du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) a commandé à ses experts plusieurs études sur la question de la réussite scolaire des immigrants, dont les premiers résultats devraient être publiés cet automne (le Ministère n'en disposait pas depuis 10 ans!).En suivant la cohorte des élèves qui ont commencé leur primaire en 1994-1995, le MELS constate ce que l'on soupçonnait: plus un nouvel arrivant accède tard au système scolaire, plus il a du mal à rattraper le temps perdu, surtout si sa scolarité a souffert d'au moins trois ans de retard.Toutes origines confondues, 69,4% des jeunes de cette cohorte ont décroché leur diplôme après sept ans de scolarité au secondaire.Mais ce chiffre cache des nuances importantes : 71% des Québécois et 74% des immigrants nés au Québec ont bien réussi; mais parmi les immigrants nés en dehors du Canada, seulement un élève sur deux (49,5%) a terminé son secondaire.Les chercheurs ne sont cependant pas en mesure de faire la part entre les nouveaux arrivants qui échouent réellement, ceux qui décrochent ou ceux qui ont tout simplement migré hors du Québec.Enfin, l'analyse plus poussée des données confirme la «rumeur» dont parle la chercheuse Marie McAndrew dans une de ses publications: l'échec scolaire touche davantage certaines communautés, entre autres la totalité des Antillais anglophones et une part non négligeable des créolophones (dont les Haïtiens), particulièrement ceux qui sont nés en dehors du Canada.Pour y arriver, l’enseignant doit notamment considérer la différence culturelle dans la manière dont il aborde le jeune.» C’est que beaucoup de choses se jouent dans ce face à face entre le professeur et l’élève, qui vont influencer la relation du jeune avec la société québécoise.« Si on leur demande quels sont leurs modèles de réussite, beaucoup d’élèves citent un de leurs profs », souligne Lilyane Rachédi, doctorante en construaion identitaire.« Quand un lien plus que scolaire existe, presque affectif pourrais-je dire, cela peut aider les élèves à surmonter leurs difficultés parce qu’ils se sentent reconnus.» Cet arrimage entre l’école et la famille est aussi au cœur des préoccupations de Bergman Fleury.Conseiller pédagogique au service des ressources éducatives, il est devenu le « monsieur intégration » de la CSDM.Sur les étagères de son bureau, une Bible cohabite avec le Coran, la Bhagavad-Gîtâ et des tas de livres sur la tolérance.Des parents ne veulent pas que leur enfant participe aux activités d’Halloween parce qu’on y parle de sorcières ?Une maman refuse que son enfant musulman mange dans le sous-sol d’une église où les élèves doivent aller faute de locaux ?C’est vers lui que peut se tourner le personnel enseignant pour chercher un « accommodement raisonnable » tout en s’assurant que l’élève suive bien le programme obligatoire du Ministère.« Mais il y a finalement peu de frictions culturelles ou à caractère ethnique », constate-t-il.Pour encourager les jeunes immigrants qui ont plus de difficulté, Bergman Fleury dispose désormais d’un modèle de réussite supplémentaire : Michaëlle Jean, la nouvelle gouvemeure générale dont la famille a fui Fiaiti pour se réfugier au Canada.Signe incontestable que rien n’est impossible aux immigrants dans ce pays.05 Vacances Synonyme : été.Pour les enfants, cette période commence par une journée de juin qui n'est jamais ordinaire.C'est l'annonce du passage en classe supérieure et l'apprentissage de la nostalgie avec les au revoir aux camarades et à l'institutrice.Mais le plus beau congé est toujours celui que l'on n'attendait pas.Il survient avec la complicité de la météo - une tempête de neige - ou des enseignants qui décident de faire grève.(Mais ça c'est le point de vue des élèves, bien entendu !) « génétiques Foire Aux Questions du site HumGen que sont les cellules souches eJb Inlernaiiono/" -De l’information accessible sur des aspects scientifiques, éthiques, juridiques et sociaux de la génétique humaine.-Par des chercheurs de l’Université de Montréal.WWW.HUMGEN.UMONTREAL.CA/FAQ ?B Faculté de droit Université fm de Montréal Octobre 2005 | Québec Science 81 Entievue Carole Lévesoue V La chasse ou la classe ?« Il y a, de la part des Premières Nations, une quête de reconnaissance qui prend appui sur la connaissance », dit l’anthropologue Carole Lévesque.Inuits, Cris, Naskapis, Innus, Abénakis, Mohawks, Micmacs.Carole Lévesque a séjourné dans plus de 35 communautés autochtones du Québec depuis le début des années 1970.Professeure-chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Urbanisation, Culture et Société), elle travaille en étroite collaboration avec les organisations autochtones du Québec.Elle dirige d’ailleurs Dialog, le réseau québécois d’échange sur les questions autochtones.Parmi ses nombreuses recherches, l’anthropologue s’intéresse aux liens qu’entretiennent les communautés avec l’institution scolaire et la place des savoirs autochtones dans l’enseignement et l’apprentissage.Québec Science : Près des deux tiers des jeunes Autochtones ne terminent pas leur secondaire.Peut-on parler de sous-scolarisation?Carole Lévesque : On serait tenté de le faire.Mais il faut tenir compte de l’histoire et se méfier des chiffres.On compare cette population, dont la tradition scolaire n’a pas 50 ans, avec notre système qui en a près de 150 ! Trop souvent, on ne regarde que les échecs des jeunes Autochtones.Or il y a plus de réussites qu’on le pense : il y a plus d’enseignants autochtones qu’avant; de plus en plus de jeunes poursuivent des études collégiales et universitaires; il y a aujourd’hui des avocats, des infirmières, même des médecins autochtones.Certains deviennent aussi de très bons mécaniciens ou d’excellents ouvriers.Pour bien juger de la situation, nous 82 Québec Science | Octobre 2005 devons la regarder en tenant compte de leurs avancées, pas seulement de nos critères.QS Que voulez-vous dire?CL En milieu autochtone, le succès ne se mesure pas seulement par une note.Le vrai gain, c’est que le jeune puisse acquérir la capacité de choisir de poursuivre des études ou de devenir chasseur s’il le souhaite.Le jeune qui choisit la voie traditionnelle doit simplement comprendre qu’il ne chassera plus comme son grand-père.Il exercera un métier spécialisé qui répondra aux besoins actuels de sa communauté.QS Parce que ces besoins ont beaucoup changé.CL On compte environ 80 000 Autochtones au Québec.Leur croissance démographique est au moins deux fois supérieure à celle des Québécois.En quelques générations, on est donc passé de groupes nomades autosuffisants de 20 à 25 personnes à des communautés sédentaires de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’individus.Cela change nécessairement les besoins et les manières de vivre.QS Qu'est-ce que cela signifie dans le domaine de l’éducation?CL Pendant des siècles, les savoirs ont été transmis dans un contexte familial.Maintenant, il n’est plus possible, à l’intérieur de la famille, que le grand-père enseigne la chasse à tous ses petits-fils.Au dernier recensement (2001 ), 22 % des Amérindiens et 28 % des Inuits étaient âgés de 5 à 14 ans : un quart de la population A « i v kÆ ! k À LES VRAIES RAISONS DU DÉCROCHAGE ¦£ retrouve donc sur les bancs de l’école ! L’enjeu actuel est de trouver comment faire passer à des classes entières des savoirs qui se ransmettaient autrefois à l’échelle de l’individu et des familles.nmesc 3S Comment définir ces savoirs autochtones?ü L On fait généralement référence à des informations issues d’un node de compréhension de l’univers dans lequel les éléments de a matière, la nature et les phénomènes ne sont pas appréhendés le manière cartésienne comme nous le faisons - il s’agit d’une autre ntionalité.Par exemple, les frontières de classification entre les hu-nains et les animaux ne sont pas les mêmes que les nôtres.Ces in-ormations émanent aussi d’une relation particulière à la namre, l’un apprentissage par l’expérience, de l’observation ou du récit, le l’oralité.Si on oppose cependant les savoirs des Autochtones lux savoirs scientifiques, on risque de hiérarchiser les connaissances alutôt que de comprendre leur nécessaire coexistence.Au cours des 30 ou 40 dernières années, au fur et à mesure qu’ils ont investi l’espace public et la scène politique, ils ont fait :omprendre que leurs savoirs avaient quelque chose de spécifique.La connaissance est aussi devenue un moyen de reconnaissance.Il y a une tension entre l’école et les savoirs autochtones.Mais pourquoi vouloir éliminer une de ces réalités, alors qu’elles sont icon- toutes les deux essentielles ?œmè speats- bS Le rôle des parents dans la transmission des con-ttè : naissances a rapidement changé.Qu'en est-il aujourd'hui ?iiim 3L II arrive parfois que la réussite scolaire soit perçue comme s.ineaiiàj incp®| Bîfc: pkicllT! «Mb xalioii?« Il y a une tension entre l'école et les savoirs autochtones.Mais pourquoi vouloir éliminer une de ces réalités alors qu'elles sont toutes les deux essentielles ?» dit l'anthropologue Carole Lévesque.Classe de l'école secondaire Otapi de Manawan dans la Haute-Mauricie.un rejet de la culture du groupe.Mais de plus en plus de familles expriment le souhait que les enfants poursuivent leurs études, surtout si l’enseignement fait une réelle place à leur culture.C’est vrai que c’est difficile pour des parents qui n’ont pas été à l’école d’encourager les enfants.Mais c’est tout à fait possible.Pensez aux familles québécoises de ma génération; il y a des parents qui avaient à peine deux ou trois ans de scolarité et ils ont soutenu leurs enfants.QS Qu’est-ce qu'il vous paraît important de préserver dans les savoirs autochtones?CL Le monde et les techniques changent, mais il est possible de transmettre les principes qui sous-tendent les connaissances et sur lesquels se fondent le mode de vie des Autochtones.Par exemple, le respect de la nature peut se conjuguer aujourd’hui avec une prise de conscience de l’importance de l’écologie, au sein des communautés.Il n’est pas nécessaire d’être chasseur ou de vivre sur le territohe pour transmettre aux enfants le respect des animaux, de la nature ou des aînés.Les jeunes doivent aussi apprendre les raisons pour lesquelles leur histoire n’est pas celle des Québécois.Des cultures différentes se sont construites en de mêmes lieux.Il faut faire reconnaître cette différence, faire saisir qu’elle existe.Je suis convaincue que les jeunes Québécois entendent davantage parler de cultures du Moyen-Orient ou de l’Afrique que des cultures autochtones qui ont contribué à constmire la société dans laquelle ils vivent eux-mêmes.On ne peut pas vraiment opposer modernité et tradition.On peut parler de voies différentes à partir desquelles on arrive à construire la modernité en milieu autochtone.Dans certains cas, elles seront très proches des nôtres, et dans d’autres non ! Mais il est prétentieux d’imaginer que la seule modernité possible pour ces peuples soit celle que nous connaissons ! QS Dans bien des communautés, on parle encore la langue maternelle.Comment l’enseigne-t-on à l’école?CL La langue maternelle est abondamment utilisée chez les Cris, les Naskapis, les Inuits, les Innus, les Atikameks, les Algonquins et, de plus en plus, chez les Mohawks (où on l’a revitalisée).Cette langue prévaut dans les échanges à l’intérieur de la communauté.Cependant les instances officielles du monde de l’éducation agissent comme si elle était une langue seconde.Dans le meilleur des cas, on enseigne en langue autochtone dans les deux ou trois premières années du primaire.Puis on passe au français ou à l’anglais, sans vérifier que les jeunes maîtrisent vraiment leur langue maternelle.Ce travestissement du statut de leur propre forme d’expression affecte beaucoup d’adultes et davantage encore les aînés.Cela dit, les Autochtones pourraient bien nous surprendre, car beaucoup ont des capacités de communication hors du commun.Au Nunavik, par exemple, où l’inuktitut, le français et l’anglais sont toutes des langues officielles, il est maintenant courant de rencontrer des jeunes trilingues.Or, quand vous maîtrisez trois langues, vous pouvez en apprendre beaucoup d’autres.Vouloir protéger sa langue n’est pas un geste de repli : c’est une manière d’acquérir une identité qui propose une ouverture sur le monde et qui permet de renforcer sa culture.propos recueillis par Laurent Fontaine Octobre 2005 I Québec Science 83 ¦o — NO X'O o ® ® POESIES UX CH OISISII Com le B a vie i 1 nes l»w yen age lécoim rem canoi G cl lisle Gran -s V Chant EDTJC A' Lecture Bannes le.« i.r Écriture.s d’angles .a*/m.Exercices, p Langue française.Le Langage des animaux.Dessin les Caries.Plans e| Les Langage^^Bjyinmm / > u^'Zxn Aging, à l’université de Tufts, à Boston, des souris d’âge mûr subis-rn^etlt ;ent un test de mémoire au cours duquel elles doivent retrouver une s autrs, plateforme cachée dans un bassin rempli d’eau, en utilisant des repères Une bénévole du Club des petits-déjeuners au milieu des élèves de l’école Sainte-Claire à Brossard.simés dans la pièce.Or, les rongeurs qui ont mangé de l’extrait de bleuet, de framboise ou d’épinard apprennent beaucoup plus vite à s’orienter.À Montréal, le chercheur Charles Ramassamy, de l’INRS-santé, tente de comprendre pourquoi.« Le bleuet contient des antioxydants qui protègent les neurones des toxines et qui pourraient aussi ralentir le vieillissement du cerveau, explique-t-il.Mais on ne comprend pas encore de quelle façon ce petit fruit agit sur la mémoire.» D’autres aliments bénéfiques, comme l’huile d’olive, le vin blanc et le curcuma pourraient avoir les mêmes effets.Pour bien apprendre, bien manger ne suffit pas.Il faut aussi bien dormir.Et pas seulement pour reposer son organisme.On sait depuis quelques années que les étudiants qui acquièrent de nouvelles connaissances les retiennent mieux s’ils dorment par la suite, car le cerveau utifise le temps de sommeil pour stocker les nouvelles informations dans la mémoire.Le psychologue Carlyle Smith, de l’université Trent en Ontario, et le neurologue Pierre Maquet, de l’Université de Liège en Belgique, ont convaincu 18 volontaires d’étudier - et de dormir ! -dans un scanner (tomographie à émissions de positrons).Grâce à cette technique d’imagerie, les chercheurs ont constaté que les zones cérébrales, stimulées lors de l’apprentissage, se réactivaient durant le sommeil paradoxal, comme si le cerveau « répétait » ce qui avait été appris durant la journée.Par contre, lorsqu’ils étaient privés de sommeil paradoxal, les participants retenaient beaucoup moins bien les connaissances nouvellement acquises.Il existerait aussi un lien entre la durée du sommeil paradoxal et la capacité d’apprendre.À l’Université d’Ottawa, le psychologue Joseph de Koninck a observé le sommeil d’étudiants en classe d’immersion pour l’apprentissage d’une langue.Chez ceux qui avaient fait le plus de progrès, le sommeil paradoxal avait augmenté de 50 %.Or, il est impossible de prolonger la durée de ce stade de sommeil.« La seule façon d’obtenir notre ration de sommeil paradoxal, c’est de dormir suffisamment », explique Joseph de Koninck.La première moitié de la nuit, surtout consacrée au sommeil profond, Les zones cérébrales, stimulées lors de l’apprentissage, se réactivent durant le sommeil paradoxal, comme si le cerveau «répétait» ce qui a été appris durant la journée.Octobre 2005 I Québec Science 87 ¦amnujiMiiEn.na» sert d’abord à la réparation des tissus.Il renforcerait aussi la mémorisation « par cœur », comme les conjugaisons et les tables de multiplication.Ce n’est que lorsque le corps est reposé, dans la deuxième partie de la nuit, que les périodes de sommeil paradoxal augmentent.Si nos nuits sont écourtées, le corps va parer au plus pressé - la récupération des fonctions physiologiques - et tant pis pour l’apprentissage.D’autres moments du sommeil sont utiles à la mémoire : ce que les chercheurs nomment le stade 2 nous permettrait de retenir des mouvements ou de maîtriser des réflexes; les danseurs, les sportifs et même les enfants qui commencent à faire de la bicyclette bénéficient de ce stade de sommeil.Mais dormir suffisamment, ça veut dire quoi ?Chaque enfant est unique, mais on estime que les bambins de moins de 5 ans devraient dormir 15 heures par nuit; les enfants d’âge scolaire, de 11 à 12 heures.« Dans un monde idéal, les enfants feraient une sieste jusqu’à l’âge de 10 ou 11 ans, dit Geneviève Forest, neuropsychologue à l’Université du Québec à Trois-Rivières.Une sieste > T V NOUS RECHERCHONS DES PASSIONNÉS.ET NOUS EN DÉCOUVRONS Maud Nguyen_____________________________ Boursière 2005-2007 du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada, Maud est étudiante au doctorat à l'unité de recherche en chimie bio-organique.Son projet porte sur le développement de nouvelles approches à la synthèse de molécules bioactives complexes d’intérêt médicinal.; * U La recherche biomédicale vous captive ?Poursuivez votre formation dans un environnement multidisciplinaire performant.Centre de recherche en pleine expansion orienté vers le succès, l’IRCM offre un encadrement de grande qualité et l’accès à des équipements ultramodernes.Nos chercheurs, reconnus sur la scène internationale dans de nombreux domaines, vous préparent à une carrière scientifique de premier ordre.Renseignez-vous dès maintenant au sujet de nos programmes d'études supérieures et de formation postdoctorale.Les possibilités d'obtenir une bourse sont aussi excellentes.www.ircm.qc.ca admlssion@ircm.qc.ca (514)987-5527 Institut de recherches cliniques de Montréal La fumée secondaire: mauvaise poux le rendement scolaire La fumée provenant de la cigarette des autres est dommageable pour la santé.Mais elle nuit aussi au rendement scolaire.En analysant des données relevées par le gouvernement des États-Unis entre 1985 et 1994, la psychologue Kimberley Yolton, de l'École de médecine de l'université de Cinrinnati, a découvert que la fumée secondaire interfère avec les aptitudes cognitives des enfants et des adolescents.«Des concentrations, même très faibles, diminuent la performance en mathématiques, en lecture et en logique», explique la chercheuse.de 30 minutes ne nuit pas au sommeil nocturne et augmente la concentration, la mémoire, ainsi que la performance durant les 2 heures qui suivent.Chez les enfants, comme chez les adultes.» Les ados devraient dormir de 9 à 10 heures, mais ils y parviennent rarement, car pour des raisons biologiques, leurs cycles de sommeil et de veille sont décalés.Et leurs nuits trop courtes peuvent On estime que les bambins de moins de 5 ans devraient dormir 15 heures par nuit; les enfants d’âge scolaire, de 11 à 12 heures; les ados de 9 à 10 heures.pourquoi les ados font autant d’erreurs de jugement ! » Si on ne peut prolonger la durée du sommeil paradoxal, certaines habitudes de vie peuvent l’abréger de façon radicale.«Vous voulez oublier une partie de ce que vous avez appris durant la journée ?Buvez de l’alcool avant d’aller au lit ! » lance Carlyle Smith.Le psychologue a fait mémoriser une suite d’exercices logiques et mathématiques à des étudiants âgés entre 19 et 24 ans.Puis, il a leur a fait boire trois verres d’alcool, à différents moments de la journée.«Une quantité équivalente à ce que consomment des jeunes lors d’une sortie », précise-t-il.L’alcool bu dans l’après-midi n’a pas nui à l’apprentissage.Mais les verres avalés juste avant l’heure du coucher ont causé plusieurs trous de mémoire.« L’alcool réduit la durée du sommeil paradoxal et du stade 2, explique avoir des conséquences fâcheuses.Les régions du cerveau les plus affectées par un déficit de sommeil sont les lobes frontaux, responsables du jugement et de la planification.« Or, chez les adolescents, la maturation de cette partie du cerveau n’est pas complétée, ex-plique Joseph de Koninck.Ajoutez à cela le manque de sommeil et vous comprendrez Wernicke.Règle générale, il faut toute sa tête pour bien apprendre.Carl Wernicke, un neurologue allemand, a étudié en détail le rôle que joue une région stratégique du cortex cérébral.On la nomme aire Wernicke.Elle est située juste derrière l'oreille que les profs tiraient autrefois.88 Québec Science | Octobre 2005 n Faux : il collégial Ça ne change rien au collégial ?y a bel et bien un effet privé qui tend à améliorer la réussite au : le taux d'obtention du DEC dans la durée prévue a tendance à être plus élevé et cela se manifeste dès la première session, avec un meilleur taux de réussite de tous les cours ! C'est juste pour les bollés ?C! Faux : en général, les moyennes au secondaire lors de l'admission au collégial sont similaires à celles des élèves inscrits au collégial public, légèrement plus élevées au préuniversitaire, et légèrement plus faibles au technique ! C'est réservé aux mieux nantis ?H Faux : les revenus bruts individuels moyens des parents sont à peine plus élevés que ceux des parents du secteur public ! Ça coûte cher ?p Faux : les frais de scolarité sont limités et font l'objet de crédits d'impôt, tout comme les intérêts payés sur les prêts étudiants et le montant relatif aux études, qui réduisent les impôts de manière à récupérer une bonne partie de cet investissement ! Faire son collégial au privé ?Un atout indéniable à plusieurs points de vue ! LE LIEN VERS LES COLLÈGES PRIVÉS SUBVENTIONNÉS DRUMMONDVILLE Collège d'affaires Ellis MONTRÉAL Centennial College Collège André-Grasset Collège international des Marcellines Collège Jean-de-8rébeuf Collège LaSalle Collège international Marie-de-France Collège Mother House Collège O'Sullivan de Montréal Collège Stanislas Conservatoire Lassalle École de musique Vincent-D'lndy École nationale de cirque Institut Teccart 2003 irianopolis College (819) 477-3113 (514) 486-5533 (514) 381-4293 (514) 488-0031 (514) 342-9342 (514) 939-2006 (514) 737-1177 (514) 935-2532 (514) 866-4622 (514) 273-9521 (514) 288-4140 (514) 735-5261 (514) 982-0859 (514) 526-2501 (514) 931-8792 GATINEAU Collège préuniversitaire Nouvelles Frontières (819) 561-8922 Multicollège de l'Ouest du Québec (819) 595-1115 QUÉBEC Campus Notre-Dame-de-Foy Collège Bart Collège Mérici Collège O'Sullivan de Québec Petit Séminaire de Québec TROIS-RIVIÈRES Collège Laflèche École commerciale du Cap SHERBROOKE Séminaire de Sherbrooke Association des collèges privés du Québec 1940, boulevard Henri-Bourassa Est, Montréal QC H2B 1 Téléphone : (514) 381-8891 Télécopieur : (514) 381-4086 Courriel www.acpq.net (418) 872-8041 (418) 522-3906 (418) 683-1591 (418) 529-3355 (418) 694-1020 (819) 375-7346 (819) 691-2600 (819) 563-2050 ¦annnuJfiîSTETîTSSE le docteur Smith.Pour contrer cet effet pervers, il faudrait aller au lit lorsque notre organisme a réussi à éliminer tout l’alcool avalé.» Le chercheur a fait une autre découverte : boire de l’alcool peu de temps avant d’aller dormir, et ce 48 heures après s’être préparé pour un examen, nuit également à la mémorisation.Ce qui confirme que le cerveau traite et emmagasine les nouvelles informations non seulement dans la nuit qui suit l’apprentissage, mais aussi lors des nuits suivantes.Un esprit sain dans un corps sain.» Cette vieille maxime aurait un fond de vérité.Il a en effet été prouvé que l’activité physique améliore le rendement scolaire.En 2001, dans le cadre d’une enquête réalisée par le California Department of Education, on a mesuré la capacité cardiovasculaire, la flexibilité, la force musculaire ainsi que la performance académique de 954 000 élèves.Résultat : les jeunes qui étaient en meilleure condition physique ont obtenu les meilleures notes en mathématiques et en lecture.Une revue de 44 études publiées en 2003 dans Pediatric, Exercice, Science conclut par ailleurs que l’activité physique améHore le développement cognitif chez les enfants du primaire et du secondaire.Le nerd nul en sport, mais qui excelle à l’école, serait donc un mythe ! « Chez les animaux qui font de l’exercice, le nombre de neurones augmente dans l’hippocampe, cette partie du cerveau qui est reliée à l’encodage des informations dans la mémoire, explique François Trudeau, professeur et chercheur en physiologie de l’exercice à l’Université du Québec à Trois-Rivières.Il est probable qu’il en est de même pour l’être humain.» Cégep Mdrie-Victortn ^„pedagogie,o,1egemv.q,oa,fences/ ences * 3 e'»/, yM- G Cégep 'mm Marie-Victorin La Cigrrp du nord-ast da IVa de Montréal www.collegemv.qc.ca ¦ TOOMueMarieÂiÜXonn 'Quebec) HlG^b f K.-J Tft- : (5Uj 325-0150.Le sucre rend-il hyperactif?Dans les années 1970, un médecin états-unien.Benjamin F.Feingold, a affirmé que le sucre était responsable de troubles d'apprentissage et de comportement chez les enfants.Cette croyance a la vie dure.«Cette affirmation n'a aucun fondement scientifique, explique la nutritionniste Louise Thibault.Mais nous avons beau le répéter depuis des années, les gens continuent d'y croire.La vérité, c'est que, en plus d'être le principal carburant du cerveau, le sucre aide à produire de la sérotonine, qui aurait plutôt des effets calmants sur nos neurones.» Ce n'est quand même pas une raison pour bourrer les enfants de bonbons.MES- :er tris -!a*i e iCfdloi.L’exercice permettrait aussi de libérer deux facteurs de croissance, le BDNF (Brain Derive Neurotropin Factor) et le IGF 1, (Insuline Growth Factor) qui stimulent la croissance des neurones.« Nos enfants restent assis en classe 25 heures par semaine, sans compter le temps passé devant l’ordinateur ou la télé, alors que l’être humain est fait pour bouger », affirme le chercheur.Si l’hippocampe se développe grâce à l’exercice, c’est qu’il réagit à notre environnement.Or, cette partie du cerveau est également sensible au stress.À l’Hôpital Douglas à Montréal, on a observé le cerveau de personnes âgées à l’aide d’imagerie par résonance magnétique.On a également mesuré leur taux de cortisol - une hormone de stress.Les personnes dont le cortisol sanguin était élevé avaient un plus petit hippocampe et de moins bons I don: ici c mh::: itr ; avail Les membres de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec m 'e’:'!KUv fai de la réussite étudiante fneeqss www.fneea.ac.ca 90 Québec Science | Octobre 2005 ésultats aux tests de mémoire.« Par contre, chez les enfants |ui souffrent de stress, la taille de l’hippocampe est normale, ex-•lique Sonia Lupien, directrice du Centre d’étude sur le stress hu-nain et responsable de la recherche.Cela indique que les dom-nages au cerveau prennent des années à se manifester.» C’est pour ette raison que la chercheuse travaille à un projet de gestion du tress dans les écoles : « Si nous pouvions apprendre aux en-ants comment y faire face, leur santé et leurs résultats scolaires eraient meilleurs ! » D’autant plus que l’on sait désormais que certains traits de caractère nous rendent plus vulnérables.L’équipe du docteur Lupien a mesuré le volume de l’hippocampe de volontaires jeunes et moins jeunes, après avoir évalué leur estime de soi.Résultat: plus les participants avaient une haute opinion d’eux-mêmes et plus leur hippocampe était volumineux.Avoir la grosse tête serait donc bénéfique pour la mémoire ?Pas rut à fait.Selon la chercheuse, les gens qui ont confiance en eux e craignent pas de tenter de nouvelles expériences, parce qu’ils ira es èdoutent moins l’échec.D faut noter que le volume de l’hippocampe ;e modifie aussi sous l’influence d’un autre facteur environ-icmental : la stimulation.Placez un rat dans une cage et conten-cot ez-vous de lui donner à manger.Placez-en un second dans une autre citai® age et donnez-lui, en plus, des jeux pour le stimuler.C’est évidem-moiasta rient le deuxième rat qui aura le plus gros hippocampe.« Plus on Vous voulez oublier ime partie de ce pie vous avez appris iurant la journée?hiBuvez de l,al
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