Québec science, 1 janvier 2006, Supplément 1
La femme de rêve : un mystère mathématique ! Génétiquement supérieure?Le blues de la ménopause L'étrange rituel de l'ovule en ‘uî r Science Mars 2006 www.cybersciences.com 4,95 $ Ml I 5 Notre matière première: l’innovation! Nos employés ont fière mine Et ils ont bien raison d’être aussi fiers.Car en plus de pouvoir innover chaque jour dans leur travail, ils font tout pour permettre à l’entreprise de contribuer sans cesse à la qualité économique, sociale et environnementale de la région.Pourquoi?Parce que, chez QIT-Fer et Titane, nous croyons que la croissance de notre entreprise passe aussi par la croissance des régions où nous sommes établis.Et, que ce soit à Sorel-Tracy, tout près de Montréal ou à Havre-Saint-Pierre, nous avons bien l’intention de continuer, pour le bien des générations futures.Pour en savoir plus sur nos activités et sur notre façon de voir la vie, visitez notre site Internet : www.qit.com une force mondiale www.qit.com QIT-Fer et Titane COUVERTURE : MICHAEL SLOBODIAN/DANSEURS : MARIO RADACOVSKY ET SUSAN GAUDREAU MARS 2006, VOLUME 44, NUMÉRO 6 www.cybersciences.com FEMME DE RÊVE L'équation de Vénus Quoi?Vénus réduite à une formule mathématique ?C'est la dernière lubie des chercheurs pour comprendre cette chose qui les déroute tant : la beauté.par Noémi Mercier L'ÉVOLUTION TRANQUILLE 9 Pareils.mais un peu différents Contrairement aux apparences, hommes et femmes sont très semblables.Sauf que par Jean-Pierre Rogel LA TÊTE QU'IL FAIT, LA TÊTE QU'ELLE A Cerveau d'hommep cerveau de femme ?Les deux sexes partagent les mêmes caractéristiques cérébrales, estime la neurologue Catherine Vidal.Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon SAUTES D'HUMEUR Histoire de filles Les femmes sont ainsi faites qu'elles doivent éviter les excès et, bien sûr, les plaisirs de la chair.C'est ce que le corps médical a cru jusqu'à l'époque moderne.ou voulu croire, par Denis Goulet LES ORIGINES DE L'HOMME, C'EST LA FEMME Au commencement était la femme La femme est une véritable mosaïque chromosomique.Elle détient même la recette de base de la génétique humaine.par Marie-Pier Elie NŒUF MOIS PLUS TÔT Madame ovule attend son prince L'ovule serait loin d'être passif dans le processus de reproduction.La plus grosse cellule du corps humain lancerait même un appel aux spermatozoïdes pour les attirer dans son giron, par Marie-Pier Elie CIEL, MES HORMONES! Le blues de la ménopause À la ménopause, une femme sur cinq fait une dépression.La faute aux œstrogènes?par Catherine Dubé 30 Bien vu ! « Nul ne se relève de la beauté des femmes, nul ne se relève de leur présence au monde.» par Bernard Arcand et Serge Bouchard Mars 2006 i Québec Science 3 Institut de recherches et d’études féministes L’UQAM entre dans la nouvelle vague Certificat en études féministes ^ Un nouveau programme d'études sur les femmes, le féminisme et les rapports sociaux de sexe ^ Une formation offerte par des spécialistes engagées dans les débats contemporains ^ Une banque de cours diversifiée : histoire, politique, sociologie, littérature, psychologie, communication, géographie, sexologie, études religieuses, travail social, etc.^ Une formation unique dans les universités québécoises francophones UQAM Prenez position RENSEIGNEMENTS (514) 987-6587 www.iref.uqam.ca Billet ?par Pascale Mi Ilot Coup de balai Il s'en trouve encore Dans son livre Trop belles pour le Nobel, Nicolas Witkowski s’indigne de cette phrase de Montaigne: «La plus utile et la plus honorable science à une femme, c’est la science du ménage.» C’était il y a longtemps.D s’en trouve pourtant, en 2006, pour penser que femme et science ne font pas bon.ménage, justement.Comme le président de la prestigieuse université Harvard qui, l’année dernière, affirmait que le cerveau des femmes n’était pas fait pour les matières scientifiques, en particulier pour les mathématiques.De telles déclarations contribuent à perpétuer « cette histoire truquée où les femmes sont soit des curiosités de la nature, soit des muses, soit des potiches », poursuit Witkowski.Bien sûr, les avancées de ladite science nous prémunissent aujourd’hui contre des inepties telles qu’en rapporte notre collaborateur Denis Goulet (voir à la page 12).S’en souvient-on ?, au XDC siècle, on croyait dur comme fer que la taille du cervelet donnait la mesure de l’appétit sexuel.Evidemment, les hommes l’avaient plus grosse (la taille du cervelet!).À l’opposé, on estimait que, chez les femmes, une vie sexuelle trop active, «par irritation de l’organe», affectait non seulement le tempérament, mais aussi le jugement.Plus près de nous, dans les années 1960, les filles partaient avec un handicap quand elles voulaient s’inscrire dans les aujourd'hui facultés de médecine.En d’autres termes, être née avec ' deux chromosomes X les pénalisait avant même d’entrer à l’université.Cela est bien fini.Depuis 20 ans, les filles sont plus nombreuses que les gars dans les universités du Québec.Mieux: elles investissent plus massivement que leurs confrères des secteurs comme les relations industrielles, l’architecture, la dentisterie, l’administration et l’agriculture.En médecine, elles constiment près des deux tiers des résidents.L’année dernière, elles représentaient 80% des inscriptions à ce programme auprès de l’Université de Montréal ! C’est bien beau, mais une fois sur le marché du travail, elles sont encore moins payées que les hommes et moins nombreuses à occuper les plus hauts postes.Pourquoi?Parce que, étemelle litanie, il demeure très difficile de concilier la vie personnelle et la vie professionnelle.Et ce sont toujours les femmes qui, malgré des progrès que personne n’oserait nier, écopent de l’essentiel des tâches ménagères et familiales, auxquelles s’ajoute de plus en plus le poids de la culpabilité.Car des voix accusatrices s’élèvent maintenant pour reprocher aux mères qui travaillent de négliger leurs enfants, et les rendre responsables de tous les maux qui affectent les jeunes.Au fond, on dirait que personne ne sait trop quoi penser de ces «nouvelles femmes » qui travaillent tout en élevant leurs enfants dans un monde de plus en plus compétitif.Ce n’est pourtant pas si compliqué.D faudrait que, une fois pour toutes, la société décide de s’adapter à cette réalité.H faudrait que les employeurs répondent aux besoins des mères (et de plus en plus des pères) qui veulent marier les exigences |de la vie professionnelle et de la vie familiale.Il y aurait alors sans doute plus de j femmes en génie électrique ou en physique, des domaines où elles sont sous-< représentées.Les chaires de recherche du Canada seraient un peu mieux partagées ! entre les deux sexes.Les sciences gagneraient en sensibilité et en diversité.Mais pour 5 cela, il faudrait aussi que les hommes acceptent de faire le ménage.pour penser que femme et science ne font pas bon ménage.£ Science Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporters Catherine Dubé, Marie-Pier Elie et Noémi Mercier Collaborateurs Bernard Arcand, Serge Bouchard, Marie-Claude Bourdon, Denis Goulet, Jean-Pierre Rogel.Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Christian Fleury, Tara Hardy, Bruce Roberts, Michael Slobodian Direction Sylvie Bergeron Adjointe administrative Nicole Lévesque Promotion et relations médias Dominique Owen PUBLICITÉ LOCALE ET NATIONALE : Siège social à Montréal Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 Julie Gagnon poste 26 jgagnon@quebecscience.qc.ca SITES INTERNET www.cybersciences.com Responsable: Noémi Mercier n.mercier ©quebecscience.qc.ca www.cybersciences-junior.org Responsable: Catherine Dubé courrier@cybersciences-junior.org Abonnements (taxes incluses) Au Canada : 1 an = 43,45 $, 2 ans = 74,85 $, 3 ans = 103,95 $.À l'étranger : 1 an = 54 $, 2 ans = 95 $, 3 ans = 139 $.Pour abonnement et changement d'adresse Tél.: 1-866-828-9879 Québec Science, Service à la clientèle, 1251, rue Rachel Est, Montréal (Québec) H2J 2J9 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : Rowecom France, rue de la Prairie, Villebon sur Yvette, 91763, Palaiseau cedex, France Pelliculage électronique et impression : Interweb Distribution en kiosques : Les Messageries Benjamin Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Premier trimestre 2005, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 2005 - La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés.Poste : Convention de la poste-publications n° 40064577, n° d'enregistrement 08024.Retournez toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une informaïon libre et de qualité en madère de sciences et de technologies.L'éditeur n'est pas Ué à quelques exigences pubücitalres.Les journalistes de Québec Science sont tenus de respecter le guide de déontologie de la Fédéradon professionnelle des journaü'stes du Québec.Québec Science, magazine à but non lucrabf, est publié 10 fois l'an par la revue Québec Science.La direcdon laisse aux auteurs lendère responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les dtres, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables à la rédaction, le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par l'Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 593-0103 .4^,1 caca Québec ca ca Canada Québec Science est supporté par le Cegep de Jonquière et reçoit l'aide financière du ministère du Développement économique de l'Innovation et de ['Exportation.Nous reconnaissons l'aide financière accordée par le gouvernement du Canada pour nos coûts d'envoi postal et nos coûts rédactionnels par l’entremise du Programme d'aide aux publications et du Fonds du Canada pour les magazines.La Revue Québec Science 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2J 2L1 Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 courrier@quebecscience.qc.ca l Magazines du Québec CEGEP de Jonquière Mars 2005 | Québec Science XX5 TARA HARDY/COLAGENE.COM Femme de rêve Quoi?Vénus réduite à une formule mathématique ?C'est la dernière lubie des chercheurs pour comprendre cette chose qui les déroute tant : la beauté par Noémi Mercier Mystérieux, les charmes de Marilyn ou d’Audrey Hepbum ?Pas tant que ça.Lèvres pulpeuses, grands yeux, pommettes hautes, visage rond, peau lisse, taille fine et courbes voluptueuses seraient les termes d’une équation indispensable à la reproduction de l’espèce humaine.Tant pis pour le romantisme : l’apparence physique serait d’abord l’expression d’un pedigree biologique de plus ou moins bonne qualité, une mine d’informations que l’homme repère instinctivement chez une femme afin d’augmenter les chances de transmettre ses gènes à la génération suivante.le sexe.Faut-il s’étonner s’ils se laissent si facilement distraire par un joli minois ?«Plus un homme trouve un visage séduisant, plus l’activité augmente dans les noyaux gris centraux qui font partie du circuit de la récompense », explique Vinod Goel, professeur de psychologie à l’université York, à Toronto, qui a observé le cerveau de ses sujets à l’aide d’un scanneur pendant que des visages défilaient devant leurs yeux sur un écran.Les noyaux gris centraux, une région primitive au cœur de l’encéphale, motivent l’individu à agir pour satisfaire un besoin fondamental ou une dépendance.On ne dit pas si d’autres parties du corps s’activent aussi.Stephen R.Marquardt, un chirurgien esthétique californien, a même proposé une explication mathématique à l’attraction qu’exerce une top modèle.Il a constaté qu’un ratio de 1 à 1,618 constitue le dénominateur commun de toutes les formes harmonieuses de la nature : depuis la structure moléculaire de l’ADN jusqu’aux motifs des ailes de papillon, en passant par les pétales d’une fleur et la coquille d’un escargot.C’est le fameux « nombre d’or » ou « nombre Phi », qui a fasciné Léonard de Vinci et qu’on a retracé dans la pyramide de Khéops, le Parthénon d’Athènes et Notre-Dame-de-Paris.À partir de cette seule proportion, Stephen R.Marquardt a développé un « masque de la beauté» qui se superposerait exactement aux faciès des plus belles femmes, toutes époques, cultures et origines ethniques confondues.Il l’a utilisé pour planifier des chirurgies esthétiques.La largeur idéale de la bouche, la forme triangulaire du nez, l’écart entre les yeux; bref toute la structure de la parfaite frimousse peut, selon lui, se décomposer en figures géométriques issues de ce même ratio.C’est sur la base de cet archétype du visage idéal, imprimé dans notre code génétique, que les êtres humains se reconnaîtraient et se jugeraient entre eux - un équivalent visuel les phéromones que les animaux utilisent pour identifier leurs congénères.Si la beauté est mathématique, elle est aussi hormonale.Le secret de Vénus ?Un taux élevé d’œstrogènes, si on en croit une étude Ce radar serait si nécessaire à la perpémation de l’espèce qu’à peine sortis du ventre de leur mère, les bébés savent déjà reconnaître la beauté.Dès l’âge de deux mois, ils regardent plus longtemps les photos de beaux visages que celles de visages disgracieux, selon les expériences menées par la psychologue Judith Langlois, de l’université du Texas, dans les années 1980.« Dès la naissance, notre système visuel est programmé pour préférer certaines propriétés, comme les courbes, la symétrie ou le contraste créé par de grands yeux, explique Michael R.Snyder, professeur de psychologie à l’université de l’Alberta et spécialiste de la beauté.Ce sont des traits semblables qui nous attirent plus tard, à la puberté, et qui influencent notre choix d’un partenaire.Au-delà de l’apprentissage, un facteur biologique fondamental serait donc en jeu.» Le visage d’une belle femme allume d’ailleurs chez les hommes les mêmes aires cérébrales que la nourriture, l’eau, la drogue ou réalisée à l’université de Saint Andrews, en Écosse.Sur la soixantaine de jeunes femmes photographiées par les chercheurs, celles qui présentaient les plus hauts niveaux d’œstrogène étaient considérées comme les plus séduisantes.Ces femmes avaient d’ailleurs des traits plus « féminins » que les autres : de plus grands yeux, des lèvres plus charnues, une mâchoire et un nez plus fins.Le cycle menstruel, lui, ne dispense pas que des crampes et des sautes d’humeur : quelques jours par mois, il donne à toutes un éclat supplémentaire.Une équipe de l’université de Newcastle, en Grande-Bretagne, l’a remarqué chez une cinquantaine de femmes photographiées à deux moments de leur cycle.Dans la majorité des cas, une même personne était jugée plus belle lorsqu’elle ovulait (le stade le plus fécond) que dans la phase lutéale qui suit l’ovulation.Ce genre de rapprochement entre la beauté d’une femme et sa 6XX Québec Science I Mars 2006 4M jj; I r V- : IW M3 F rvr reve fertilité ravit les tenants de la psychologie évolutionniste qui explique les comportements humains par le mécanisme de la sélection naturelle.Selon ces chercheurs, qui sont loin de faire l’unanimité, les hommes auraient acquis, au fil de l’évolution, une prédilection pour des caractéristiques comme des lèvres gonflées, des hanches et des seins développés, qui apparaissent à la puberté sous l’influence des œstrogènes.À la ménopause, lorsqu’une femme perd sa capacité de procréer, la taille s’épaissit, les lèvres se flétrissent et les seins s’affaissent, tandis que les rides se creusent.Les hommes attirés par une apparence jeune et « féminine » - des signes de fécondité - auraient eu plus tendance à choisir une partenaire fertile et, ainsi, à léguer leurs gènes à la postérité.L’évolution aurait donc préservé dans la population mâle un penchant « naturel » pour les jeunes demoiselles pulpeuses.L’histoire ne dit pas si ces messieurs gagnent vraiment à se réclamer de l’homme des cavernes.f l&v ême la supposée préférence des hommes pour les blondes est attribuée à l’air juvénile que donnerait cette couleur J de cheveux ! Quant aux talons j| hauts, ils apporteraient une illu- gj sion de fécondité maximale en ac- S centuant les seins et la cambrure des id fesses.On pourrait d’ailleurs quan- ^ tifier la silhouette féminine qui dé-1! tourne à tout coup les regards.En 2a modifiant le rapport taille-hanches g d’une série de poupées Barbie, le | psychologue Devendra Singh, de 1/11 l’université du Texas, est arrivé à la conclusion que les hommes privilégient systématiquement un ratio de 0,7 (la taille mesurant 70 % de la largeur des hanches), ce qui correspondrait également au profil idéal du point de vue de la santé.Bien qu’un monde sépare la voluptueuse Marilyn Monroe de la longiligne Twiggy, elles auraient toutes deux un rapport taille-hanches d’environ 0,7, tout comme Sophia Loren et la Vénus de Milo! «Une jeune fille pré-pubère, tout comme une femme ménopausée, a un rapport taille-hanches qui se rapproche plutôt de 1.Ni l’une ni l’autre ne sont de bonnes candidates à la reproduction, souligne Michael R.Snyder.Une silhouette trop filiforme ou épaisse signale à l’homme que la femme est trop jeune, trop vieille ou en trop mauvaise santé pour mener une grossesse à terme.» Mais l’attraction se résume-t-elle à une simple fraction mathématique ?Outre que la magie des rencontres en prend pour son rhume, cette vision des choses fait l’impasse sur les critères culturels qui influencent aussi nos goûts.Il suffit de comparer les belles C’est au fil de l’évolution que l’homme aurait acquis une prédilection pour les lèvres gonflées, les hanches et les seins développés.V Ji Le «masque de la beauté » du Dr Marquardt appliqué sur les visages de la reine Nefertiti et de Marilyn Monroe potelées de Renoir aux mannequins faméliques d’aujourd’hui pour constater à quel point le corps idéal a évolué.L’impératif de la minceur, par exemple, est un diktat plutôt récent dans l’histoire des sociétés occidentales.Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la notion même de silhouette était étrangère à la définition de la beauté.Le bas de la robe, très évasé, ne dévoilait aucune forme, servant plutôt de piédestal au torse, raconte Georges Vigarello, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris.« C’est la manière de regarder qui a changé, dit-il.Au début de la modernité, le regard était fortement centré sur les parties hautes du corps : sur le visage, les épaules et le buste.Vers la fin du XIXe siècle, il s’ouvre pour prendre en compte les parties basses : la largeur des hanches, le dessin des jambes.Cela reflète une véritable histoire culturelle.» La popularisation des miroirs en pied et des armoires à glace, par exemple, crée une nouvelle conscience de la ligne du corps.Les robes épousent graduellement les hanches au lieu de les masquer; puis, au début du XXe siècle, le corps débarrassé des corsets acquiert une nouvelle fluidité.« Les contours deviennent d’autant plus surveillés qu’ils sont moins dissimulés », écrit le professeur dans Histoire de la beauté: le corps et l’art d’embellir de la Renaissance à nos jours (Seuil).Les pratiques d’embellissement, jusqu’alors limitées aux fards et aux gaines, embrassent la silhouette tout entière, qui devra désormais être fine et élancée : c’est la naissance de l’industrie de l’amincissement.À partir des mensurations des mannequins des pages centrales du magazine Playboy, Maryanne Fisher, professeure de psychologie à l’université Saint Mary’s, à Halifax, a constaté que la silhouette de rêve a continué de se transformer au cours des dernières décennies.En épluchant les 577 numéros parus entre 1953 et 2001, elle a vu émerger des corps plus androgynes et de plus en plus minces, qui sont loin de correspondre au profil de la procréatrice parfaite.« Les modèles ont désormais des hanches plus étroites et des tailles plus larges, tandis que leur indice de masse corporelle a diminué au point où certaines seraient considérées comme sous-alimentées par l’Organisation mondiale de la santé.Si on accepte l’idée que les hommes recherchent d’abord des candidates saines et fécondes, on peut se demander pourquoi ils seraient attirés par des femmes d’une telle maigreur, à la fertilité douteuse.» La réponse se trouve peut-être dans la disponibilité de la nourriture, suggère Maryanne Fisher, sans cacher que cette hypothèse peut soulever bien des controverses.« Les femmes enrobées sont considérées comme plus séduisantes dans les environnements où les ressources manquent, et où les réserves adipeuses sont essentielles pour traverser les périodes de disette.Là où les ressources abondent, la maîtrise de soi devient une qualité plus recherchée, d’où une préférence pour la minceur.» Comme quoi la beauté serait aussi dans.l’estomac de celui qui la regarde.05 H II' Cou te-;.-;, 8XX Québec Science I Mars 2006 11 Point aidais «oèl, Mà dstalaJ pinia I 3sei!i I 'OlllTi »æ:ljl «fed tel., h 9 des ai-iemia loiasfc àir 'think itetsaoî ïHlflOl evoJ tranquille iii ifli Jkl_SÏ (
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