Québec science, 1 janvier 2006, Mai
uueoec Découverte québécoise majeure Alzheimer: réversible?Le docteur Serge Rivest, chercheur au CHUL à Québec Mai 2006 www.cybersciences.com Duo d enfer pour les poumons Nos microbes sont-ils en train de contaminer l'Univers?ne rencontre u troisième type ourrait se produire sur js planètes explorées par homme.Les protagonistes es bactéries terrestres t extraterrestres La gueire du riz .e rehausse-t-il le goût du vin?0 ______________________ « 06538563761605 I r-* ' m IbWL* icccn; r* CHUQ CENTRE HOSPITALIER I UNIVERSITAIRE DE QUÉBEC 1 x «¦« IK t ^ 262 chercheurs ^749 étudiants gradués 90 M$ Nos priorités 1 l'avancement des pratiques de soins 1 l'innovation 1 l'arrimage des pratiques médicales aux résultats de la recherche Nos axes de recherche • cancer • endocrinologie moléculaire • neurosciences • santé vasculaire et rénale • infectiologie et immunologie • reproduction, santé périnatale et santé de l'enfant • santé des populations et environnementale • transfert des connaissances et évaluation des technologies et des modes d'intervention J S 4, J Æ v ¦ Te % Actualités 7 Souvenir d’une partie de chasse Pour la première fois au Québec, on a découvert une grotte ornée.La demeure d'un sorcier algonquien ou le repaire d'un chasseur?par Raymond Lemieux 9 Faut-il avoir peur des poêles à frire?N'allez pas vous faire cuire un œuf trop vite: votre poêle en téflon est probablement cancérigène.par Steve Proulx 11 La surprise d’Encelade Un geyser géant vient d'être observé sur l'un des satellites de Saturne.Ses particules d'eau seraient à l'origine de l'anneau externe de la planète géante.par Joël Leblanc Innovation 14 Tous aux abris! Une étudiante en architecture a conçu une «maison d'urgence» qui se monte en moins de deux heures.Prêt pour le prochain ouragan ! par Gaëlle Lussiaà-Berdou Planète ADN 15 Un fantôme dans vos gènes Les caractères acquis peuvent-ils se transmettre à la descendance?par Jean-Pierre Rogel MAI 2006, VOLUME 44, NUMÉRO 8 www.cybersciences.com Astronomie 16 Nos microbes sont-ils en train de contaminer [’Univers?Une rencontre du troisième type pourrait avoir lieu sur des planètes explorées par l'homme.Les protagonistes : nos bactéries et des formes de vie extraterrestres.Des biologistes craignent une «collision des écologies».par Anne-Marie Simard 24 Feu sur lalzheimer! Le remède contre la maladie d'Alzheimer se trouve peut-être dans.la moelle des os.par Catherine Dubé Alimentation 28 La bataille du riz Cette céréale indispensable à la survie de milliards de personnes est convoitée par d'avides chasseurs de gènes.par Fabien Gruhier Environnement 32 Mal de bronches Le nombre de véhicules qui sillonnent les rues ne cesse d'augmenter.L'asthme aussi.Louche.par Catherine Dubé Des idées pour demain 36 Supermath! Quand les jeunes se désintéressent des mathématiques, Jean-Marie De Koninck vole à la rescousse.Sa mission: sauver la science de demain, par Mélanie Saint-Hilaire Tendances Culture 40 En verre et contre tout Les cristalleries nous font miroiter des merveilles.Mais le verre rehausse-t-il le goût du vin?par Mélanie Saint-Hilaire 43 Jeux par Jean-Marie Labrie 44 Aujourd'hui le futur par Philippe Desrosiers Portfolio 45 Vaisseau de savoir Bien vu! 46 Dans une galaxie près de chez vous La vie sur Terre est venue d'ailleurs.La vie ailleurs pourrait venir de microbes terriens.par Bernard Arcand et Serge Bouchard IBillet »»par Kaymond Lemieux Salut Léo ! On avait voulu l’honorer quand Québec Science avait soufflé ses 40 bougies, en 2002.Il avait refusé.Pourtant, c’était de lui cette idée de revue scientifique.Mais il était comme ça : un peu entêté malgré son air débonnaire et amical.Fou de la mer aussi, de la terre et de la nature.Ce qu’il voulait, c’est que tous puissent apprécier la vie comme lui.Avec intelligence.Léo Brassard était de la race des pionniers.De ceux qui savent faire les choses avec peu.Pionnier?Il faut relire le Viateur naturaliste qui deviendra plus tard le jeune naturaliste pour comprendre l’esprit d’une époque que l’on qualifierait volontiers de «préscientifique» au Québec.Enseignant au séminaire de Joliette, ce clerc de Saint-Viateur avait résolu de produire, en 1952, cette brochure de quelques dizaines de pages, qui devait éveiller les jeunes aux sciences naturelles.Sa vocation: la vulgarisation scientifique.Ses sujets ?Le gammare, la mouffette, la chasse aux papillons, les libellules.On y proposait aussi des méthodes d’identification des champignons et des expériences à réaliser au microscope.« Ça pouvait choquer! m’avait confié Léo Brassard.On m’avait renvoyé un numéro qui traitait d’une dissection de grenouille en prétextant que c’était trop vulgaire.» Il n’empêche que, pour apprécier la vie et pour goûter au plaisir de la connaissance, il faut savoir lire, pensait Léo.Lire sa revue, bien sûr, mais aussi lire la vie, la nature, la mer.En 1955, Léo Brassard fonde les Jeunes Explos (devenus Explo-nature en 1999).j Ces clubs permettent à des élèves du secondaire d’effectuer des stages d’été à Port-au- Saumon dans Charlevoix, à Cap-Jaseux au Saguenay, aux Grandes Bergeronnes sur la Côte-Nord et à Sainte-Luce dans le Bas-Saint-Laurent.Ce sont autant d’occasions pour des jeunes de faire leurs premiers pas dans le monde de la science.Leurs observations sont colligées et alimentent même des études savantes.Léo Brassard avait pris sa retraite en 1995 - du moins, c’est ce qu’il avait annoncé - pour se reposer.Mais, on le devine, il n’était pas du genre à vraiment cesser ses activités.La preuve : l’année suivante, il fonde une petite organisation appelée « Lire la mer » et commence la mise sur pied d’une « bibliothèque de la mer».Quand j’étais allé le rencontrer à Sainte-Luce, il y a quelques années, son engagement et son plaisir de la vulgarisation scientifique étaient toujours aussi palpables.« Vous ne pouvez pas vous imaginer ! combien je trouve encore le moyen de m’instruire, disait-il.Ce n’est pas banal, la science, et on ne vieillit pas vite lorsque les choses ne nous apparaissent pas banales.Mais j’ai l’impression que la culture scientifique est devenue une affaire d’argent et c’est bien dommage.Je ne me reconnais plus tellement là-dedans.» Il m’avait promis une randonnée de vélo pour respirer l’air salin du Golfe, dont il ' louait les vertus.Il ne pouvait pas se passer du Saint-Laurent.Ni de la Laurentie, comme disaient les naturalistes dans les années 1950.Certes, le monde a été passablement défriché.Mais il restera toujours des pans entiers de la connaissance à décoder et à comprendre, affirmait Léo en soulignant que l’alphabétisation scientifique ne sera jamais acquise.Oui, il faut continuer d’enseigner à lire la mer et à lire la terre.On a bien compris la leçon monsieur Brassard ! Et cette balade à vélo alors ?.- ^ M'S?iSdence Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.miUot@quebecscience.qc.ca Reporters Catherine Dubé, Marie-Pier Elie et Noémi Mercier Collaborateurs Bernard Arcand, Serge Bouchard, Philippe Desrosiers, Fabien Gruhier, Jean-Marie Labrie, Joël Leblanc, Gaëlle Lussiaà-Berdou, Steve Proulx, Jean-Pierre Rogel, Mélanie Saint-Hilaire et Anne-Marie Simard.Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Louise Bilodeau, Arsenio Corôa, Christian Fleury, Frédéric Fontaine, Daniel Heon Direction Sylvie Bergeron Adjointe administrative Nicole Lévesque Promotion et relations médias Dominique Owen PUBLICITÉ LOCALE ET NATIONALE : Siège social à Montréal Tél.: 1514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 Julie Gagnon poste 26 jgagnon@quebecscience.qc.ca Ginette Hamel poste 23 ghamel@quebecscience.qc.ca SITES INTERNET www.cybersciences.com Responsable: Noémi Mercier n.mercier® quebecscience.qc.ca www.cybersciences-junior.org Responsable: Catherine Dubé courrier@cybersciences-junior.org Stagiaire multimédia: Joël Landry Abonnements (taxes incluses] Au Canada : 1 an = 43,45 $, 2 ans = 74,85 $, 3 ans = 103,95 $.À l'étranger : 1 an = 54 $, 2 ans = 95 $, 3 ans = 139 $.Pour abonnement et changement d'adresse Tél.: (514) 521-5376 ou 1 866 828-9879 Québec Science, Service à la clientèle, 1251, rue Rachel Est, Montréal IQuébecI H2J 2J9 Pour la France, faites votre chèque à l'ordre de : Rowecom France, rue de la Prairie, Villebon sur Yvette, 91763, Palaiseau cedex, France Pelliculage électronique et impression : Interweb Distribution en kiosques : Les Messageries Benjamin Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Premier trimestre 2005, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère et dans l'Index des périodiques canadiens.© Copyright 2005 - La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés.Poste : Convention de la poste-publications n° 40064577, n° d'enrégistrement 08024.Retournez toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information bbre et de qualité en mabére de sciences et de technologies.L’éditeur n'est pas lié à quelques exigences publicitaires.Les journalistes de Québec Science sont tenus de respecter le guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.Québec Science, magazine à but non tucratil, est publié tO fois l’an par la revue Québec Science.La direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les titres, sous-titres, textes de présentabon et rubriques non signés sont attribuables à la rédacbon.Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par l'Audiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé.Téléphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 393-0103 'YT'tyT’.i /"t ii*i Québec " s Canada Québec Science est supporté par le Cegep de Jonquière et reçoit l'aide financière du ministère du Développement économique de l'innovabon et de LExportabon.Nous reconnaissons laide financière accordée par le gouvernement du Canada pour nos coûts d'envoi postal et nos coûts rédactionnels par l'entremise du Programme d'aide aux publications et du Fonds du Canada pour les magazines.__ La Revue Québec Science P M B 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2J 2L1 Tél.: (514) 843-6888 Téléc.: (514) 843-4897 courrier® quebecscience.qc.ca 4 Québec Science I Mai 2006 CEGEP de Jonquière Courrier courner@quebecsdence.qc.ca L’évolution fait jaser.Marcel Gagnon de Trois-Rivières, est un professeur de philosophie qui a réagi à la lecture de l’entrevue avec le biologiste évolutionniste Cyrille Barette (avril 2006) où ce dernier dit : « L’évolution n’est pas une théorie, c’est un fait.Les théories, ce sont les mécanismes qu’on a proposés pour expliquer ce fait.» Selon M.Gagnon : « Les faits, ce sont les milliers de fossiles que l’on a trouvés, les nombreuses ressemblances, mais aussi les différences, entre les espèces vivantes qui semblent témoigner d’une “évolution”.Car l’évolution n’est pas quelque chose que l’on “voit” ou qu’on pourrait “voir”.Si c’était le cas, on ne se chicanerait pas à son propos.La génétique: pas chez Darwin! Mathieu Ouellet tient à rectifier im fait relaté dans l’article de Noémi Mercier, « L’œuvre de Dieu, la part du singe » (avril 2006) : « Darwin n’a pas proposé les mutations aléatoires comme mécanisme, écrit-il.Cette hypothèse est apparue en 1901.De plus, elle n’aurait pas pu apparaître du vivant de Darwin, la génétique étant encore trop mal connue.» Danger! Yvon Courtemanche, de Témiscouata, écrit à propos du billet publié dans notre numéro d'avril : « “Odieux” est une épithète bien choisie pour décrire cette situation.on croirait revenir au temps de l'Inquisition.[.] Quand la religion, quelle qu 'elle soit, est prise en charge par des extrémistes.cela signifie “danger”.[.] Où allons-nous en effet, en rejetant les découvertes des nombreux chercheurs de toutes nationalités, qui tentent, souvent au prix d’un dur labeur et de nombreux sacrifices, de nous éclairer sur l'histoire de la planète et de son occupation par les humains que nous sommes devenus aujourd'hui ?Espérons que la raison aura le dessus sur toutes ces tergiversations.» Simone contre Aristote Carole Leroy, de la Société littéraire de Laval, aurait préféré que notre joumahste Marie-Pier Elie cite Aristote plutôt que Simone de Beauvoir pour présenter son texte sur la différenciation sexuelle dans son article «Au commencement était la femme » (mars 2006).«Pourquoi ne pas la lemrne de rwe un myslwe mathèmalique ! Génétiquement supérieure?le Mues de la ménopause l'étrange rituel de l'orule ISdence Monsieur Tout-le-monde contre Monsieur Muscle! l'homme a-l-ï vraiment évolué?L'androparse.cette Incomprise l'epcustouüait voyage du sprrmaoode^ avoir cité ce misogyne d’Aristote dont s’inspire toute notre culture occidentale et qui disait: “La femme se situe entre le minéral et le végétal.” Cette entrée en matière aurait été certes plus idoine et en harmonie avec la pensée de l’auteur.» Un objet de collection None numéro de mars (D/Elle) a rappelé de bons souvenirs à Jacques Rivest de Québec, professeur à l’Université Laval : « Vous avez présenté votre publication sous la forme d’un journal binaire.[.].Pendant sept ans (1983-1990), j’ai publié un journal mensuel communautaire, Le mini-journal de Beau-rivage, déformé binaire (Aujourd’hui/Autrefois).[.] J’ai recommandé la lecture de Québec Science de mars aux nombreux étudiants et étudiantes de mes cours en les incitant à acheter le numéro pour sa forme et pour son contenu.Il deviendra sans doute un objet de collection.Et sa publication m’a donné l’occasion de leur rappeler les circonstances et les caractéristiques de la conception du journal binaire.» Nature ou culture?Daniel Baril de Montréal, aurait souhaité que notre numéro de mars (IlÆlle) évoque davantage la mécanique darwinienne de la sélection sexuelle.«Les textes de Noémi Mercier présentent des travaux reposant sur cette approche, mais c’est parfois pour la discréditer.“L’histoire ne dit pas si ces messieurs gagnent vraiment à se réclamer de l’homme des cavernes.”, écrit-elle au sujet de l’attraction que ressentent les hommes face aux caractères sexuels secondaires féminins.[.] Presque partout ailleurs dans le magazine, lorsqu’il est question de biologie des différences, c’est toujours de la mécanique proximale immédiate (gènes, hormones, neurones) dont il est question et jamais des causes ultimes ou lointaines (adaptatives) de ces différences.À défaut de présenter la théorie unificatrice de la sélection sexuelle qui explique de façon satisfaisante les différences observées et qui leur donne du sens, il ne reste que les explications culturalistes, comme celles de Catherine Vidal, pour qui c’est la culture qui fabrique les différences émotives inter-sexes, et celles de Bernard Arcand, pour qui les différences inter-sexes se réduisent à un détail anatomique et le genre à une vue de l’esprit.Difficile d’expliquer pourquoi et comment les hormones obéissent à une vue de l’esprit.» Nous remercions Mme Diane Roy-Plantin, fidèle abonnée depuis février 1976, qui nous a généreusement offert sa collection de magazines Québec Science.Nous avons fait suivre ce précieux fonds d'archives à la Bibilothèque Jeunesse Maritime du Saint-Laurent, de Métis-sur-mer, qui a pour mission la vulgarisation scientifique.Cet organisme à but non lucratif a été mis sur pied par le fondateur de Québec Science, le frère Léo Brassard, décédé le mois dernier.Vous pouvez nous faire parvenirvos commentaires et suggestions à l’adresse suivante: Québec Science, 4388, rue Saint-Denis, bureau 300, Montréal (Québec] H2J 2L1 Téléc.: (514) 843-4897 ou par courriel: courner@quebecscience.qc.ca La rédaction se réserve le droit de publier les extraits les plus significatifs et les plus informatifs.Merci d'indiquer votre nom complet et votre lieu de résidence.Mai 2006 I Québec Science 5 Dieu a-t-il sa place dans les cours de science?C’est la question que nous avons posée à nos lecteurs.L’avalanche de réponses reçues sur notre site cybersciences.com montre bien que le débat sur le créationnisme et le dessein intelligent ne s’arrête pas à la frontière avec les États-Unis.Æpàk u « Je suis favorable à ce que la religion soit enseignée, É| et je déplore que le gouvernement l’ait sortie si vite des écoles sans consultation du public québécois qui, à mon avis, y est favorable.Les jeunes ont besoin de savoir qu’il y a quelqu’un de plus puissant qu’eux et c’est du même coup une explication logique à la beauté de la diversité naturelle.» Jérémie Denis Vaillant, Saint-Marc-des-Carrières.« Oui, Dieu a sa place dans les cours de science, car celle-ci n’explique pas tout! Mais la notion de Dieu est trop galvaudée et limitée aux représentations religieuses ou philosophiques.Est-ce un "super-homme” qui a construit l’homme ou une “super-cellule” qui a donné le feu vert pour en réunir des milliards d’autres et construire l’être humain à Son image ?Et s’il a pu le faire, alors la science n’a pas fini son pèlerinage pour savoir comment Dieu a créé les galaxies, les étoiles et, finalement, les planètes.La science a plutôt sa place en Dieu.» Irène De Brae, Belgique.« Bien sûr que Dieu a sa place dans la science puisqu’il connaît tout, sinon II ne pourrait être Dieu.Donc, Il connaît la physique, la chimie, la cosmologie, etc.[.] Essayer de Le concevoir dans cette optique - ce qu’il est maiment - donnerait à plusieurs une autre façon de voir les choses, ce qui ne ferait de tort à personne.» Serge Brousseau, Saint-Nicéphore.« Oui, car la science n’a pas réponse à tout.[.] Plusieurs scientifiques sont croyants, comme le fut Pasteur, mais ne tiennent pas à s’engager dans un débat sans fin.[.] Trop de scientifiques se prennent pour Dieu, alors que leur talent vient du Créateur.[.] Un esprit scientifique ouvert est la plus grande richesse pour l’avancement de ce monde.» Yvon Lemelin, Lac-Etchemin.-nJ.1 Peut-être « Les États-Unis, le seul pays véritablement laïc en ce qui concerne l’enseignement, a vu son intérêt pour la chose religieuse exploser depuis les 30 dernières années.et d’une façon anarchique.[.] Je ne sais pas si Dieu a sa place dans un cours de chimie.Mais je sais que le matérialisme n’y a pas sa place; et je sais que Dieu a sa place dans les écoles.Maintenant qu’il en a été chassé - alors que 85 % des parents ne le désiraient pas -, les croyants s’organisent, comme ils l’ont fait aux États- Unis, pour transmettre leurs valeurs.» Christian Duchesne, Québec.« Dieu devrait être confiné aux cours de re-ligion.Trop d'abus de toutes sortes, au I ^ ¦ m fil des siècles, ont été perpétrés au nom de Dieu.Quand ferons-nous enfin consensus sur les valeurs humaines, qui sont communes à tous, plutôt que sur les valeurs divines, qui diffèrent d’un Dieu à l’autre et d’une religion à l’autre ?» Claudette Nantel, Saint-Jean-sur-Richelieu.« Je ne crois pas qu’on devrait intégrer la religion dans les cours scientifiques, cela minerait l’essence même de la science; c’est- à-dire la somme de connaissances qu’un individu peut acquérir par l’étude, la réflexion et l’expérience! uj/e crois que la spiritualité, qui pour-^ rait être décrite comme son op-%posé, est aussi importante; peut-être devrait-elle avoir sa place dans les écoles, mais certainement pas dans un cours de science.Il faut aider les étudiants à développer leur sens critique et ce n’est pas en leur demandant de croire sans rien remettre en question qu’on y arrivera.» Nathalie Mathieu, Montréal.« Je ne crois pas que Dieu ait sa place dans les cours de science.Notre sympathique barbu n’est pas observable et encore moins mesurable! Toutefois, qu’un enseignement religieux propose qu’un être supérieur soit une réponse à ce que la science n’est pas capable d’expliquer (avant le big-bang, au-delà de l’Univers, etc.) ne me froisse pas du tout.» Pierre Lefebvre, Repentigny.« Cela nous a pris assez de temps à abolir les cours de religion au primaire ! Il ne faudrait pas que la religion revienne en force.» Hervey Lagrandeur, Sherbrooke.« Plus on met d’espoir dans un être supérieur, plus on réduit l’espoir de l’humanité.Il y a tant à apprendre et à découin-ir qu’il est inutile de surcharger l’école avec des simulacres de théories fumeuses.Laissons tout cela dans le domaine des contes et légendes.» Pierre Blumenthal, Épinay-sur-Orge, France.« Dieu n’a rien à faire en science.En revanche, les enseignants ne peuvent ignorer que des croyances et idéologies diverses ont tenté, au cours des siècles, d’apporter des réponses à des questions aujourd’hui considérées comme étant de nature scientifique.Le retour du créationnisme et la théorie du dessein intelligent donnent raison à Einstein : “U n’y a que deux infinis, l’Univers et la bêtise humaine.” Au sujet de l’Univers, j’ai encore des doutes.» Gilles Lavoie, Gatineau.6 Québec Science I Mai 2006 es sir iscin •Th.àm lïïj'Cffl- imjw juifair- mof- târhs kr.w Himst- km’ 010 ÿf/lll SlfBSfl' Souvenir d’une partie de chasse dessin découvert dans une caverne près de Rivière-du-Loup est bien mystérieux.Ornait-il la demeure d’un sorcier algonquien ?par Raymond Lemieux ^ARCHEOLOGIE m * s mm.La plupart des fresques pariétales retrouvées jusqu'id au Québec sont tracées à l'aide d'ocre rouge mélangé à du gras animal, à des blancs d'oeuf ou à de la sève.Le dessin de la grotte du Bas-Saint-Laurent est fait avec du charbon de bois.Il reste à comprendre sa signification.lé1"' I C’est une scène de chasse.La proie -probablement un cervidé - est attaquée par deux chasseurs dessinés comme des bonshommes allumettes.Ce croquis très simple, mais extrêmement précieux, a été découvert en novembre dernier sur le mur d’une grotte, dans le Bas-Saint-Laurent.Il aurait été tracé au charbon de bois il y a plus de 1 500 ans.« Le dessin est sommaire.Mais il pourrait être hautement significatif», dit l’archéologue Daniel Arsenault, professeur à l’Université du Québec à Montréal.D’abord, parce qu’il s’agit d’une première : jamais on n’a découvert de grotte ornée au Québec; jamais non plus, de dessin si ancien fait au charbon de bois.« Il s’agit peut être d’un site archéologique important, et il est probable que des fouilles dans la grotte permettront de mieux comprendre l’œuvre et de la mettre en contexte.Elles pourraient fournir des informations sur les rituels auxquels se livraient les ancêtres amérindiens.Mais au Québec, personne n’a encore effectué de fouilles archéologiques dans une grotte.Cela nécessite une expertise nouvelle.» L’histoire de la découverte du site (pas question pour l’archéologue de divulguer le lieu précis de la grotte avant d’être sûr qu’elle sera protégée) ressemble à un jeu de piste.En octobre dernier, Daniel Arse- Mai 2006 I Québec Science 7 nault reçoit un appel téléphonique d’un technicien en aménagement du territoire qui lui indique la présence d’un signe étrange gravé sur une pierre près d’un sentier de randonnée.« Le symbole, selon la description qu’on m’en faisait, n’avait rien d’exceptionnel.Il semblait même d’une facture moderne.» La blague d’un tagueur ?Arrivé sur les lieux, le scientifique comprend vite qu’il ne s’agit pas d’un canular.« C’est une étoile de quelque 70 cm de diamètre dans un cercle.» Pour les ancêtres des Malécites, le peuple amérindien qui vit encore dans cette partie du Bas-Saint-Laurent, ces signes auraient pu être des « panneaux de signalisation ».Chaque pointe de l’étoile indiquerait un lieu sacré.« En inspectant les environs, nous avons remarqué tout près, un mot mystérieux, “mbcd—bmmpr”, bordé de fioritures nuisant à sa lisibilité.Puis, la grotte.Nous y sommes entrés.À première vue, le lieu est assez banal mais sur une paroi, j’ai aperçu la scène de chasse tracée au charbon de bois.Cette découverte que je devinais exceptionnelle m’a profondément ému.» Qu’a voulu exprimer l’artiste ?« Il s’agit probablement d’une représentation visant à remercier les esprits - ou à les implorer -pour une bonne chasse.Mais des fouilles devraient nous en apprendre beaucoup plus.» Une vingtaine de sites d’art pariétal sont actuellement répertoriés au Québec, dont cinq dans le Nunavut.Il s’agit de peintures ornant des falaises ou des rochers.Ces sites sont peu accessibles, mais peuvent être aperçus par des excursionnistes qui s’aventurent en canot dans ces coins reculés.Les plus connus sont celui du Rocher-à-l’oiseau, aux abords de la rivière Outaouais, celui du lac Wapizagonke, dans le Parc de la Mauricie, et celui de Nisula, sur la Basse-Côte-Nord.À l’instar des autres sites d’art rupestre, la grotte près de Rivière-du-Loup aurait pu être choisie par un chaman, comme lieu de communication avec l’au-delà.Toutes ces œuvres ont été tracées sur de la roche.Or, les failles de la matière minérale pouvaient servir, selon les croyances amérindiennes, de voies de communication privilégiées par lesquelles les sorciers acheminaient des messages - des tshissinasbtakan - aux esprits.La grotte avait-elle donc cette fonction ?Autre mystère : de quand date précisément le dessin ?La présence de personnages munis de javelots laisse croire qu’il serait antérieur à l’usage des arcs et des flèches chez les Amérindiens.Mais il fau- *ARCHÉ0L0GIE dra une analyse au carbone 14 pour confirmer son âge exact.« J’ai déjà expédié dans un laboratoire de Toronto un peu de charbon de bois que j’avais prélevé d’une marque laissée sur le mur, un peu à l’écart de la figure.Malheureusement, avec les instruments d’analyse disponibles au Canada, l’échantillon n’était pas assez important pour procéder à la datation.Il faut maintenant que je m’adresse à un laboratoire mieux équipé en Nouvelle-Zélande.» Dans l’immédiat, la découverte de cette grotte ornée alimente une controverse bien terre-à-terre.Les Amérindiens de la réserve de Cacouna revendiquent en effet une portion du littoral.La preuve d’une ancienne occupation de la région leur donnerait un argument de poids contre un promoteur qui souhaite installer un port méthanier dans le même secteur.Les résultats des analyses au carbone 14 prendront vraisemblablement une signification qui ne sera pas seulement archéologique.QB À première yue, il s'agit d'une représentation visant à remercier les esprits - ou à les implorer - pour une bonne chasse.Mais des fouilles devraient nous en apprendre beaucoup plus.À l'instar des autres sites d'art rupestre, la grotte aurait pu être choisie par un chaman, comme lieu de communication avec l'au-delà.Choisissez le bon climat d’études.L'UQAM offre la seule formation universitaire francophone en Amérique du Nord en météorologie et en sciences de l'atmosphère.Nos programmes de 1er, 2e et 3e cycles offrent des perspectives d’emploi fort prometteuses : ^ Encadrement attentif et accès aux laboratoires et équipements de pointe ^ Intégration aux équipes de recherche, dont le Centre ESCER pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale, affilié au Consortium Ouranos, le GÉOTOP-UQAM-McGill et la Chaire de recherche du Canada en modélisation régionale du climat ^ Soutien financier et possibilités d'emploi sur le campus people.sca.uqam.ca UQÀM Prenez position 8 Québec Science I Mai 2006 SANTE PUBLIQUE -in' [UrK Faut-il avoir peur des poêles à frire?N’allez pas vous faire cuire un œuf trop vite: votre poêle en téflon est probablement cancérigène.par Steve Proulx 1 w ¦L I Al La bonne vieille poêle Tefal, fleuron des ustensiles domestiques de l’après-guerre, nous aurait-elle empoisonnés pendant un demi-siècle ?L’Environmental Protection Agency (l’équivalent états-unien de notre ministère de l’Environnement) a en tout cas jugé l’APFO, utilisé dans la fabrication du téflon, assez suspect pour demander aux industries d’en réduire de 95 % l’utilisation d’ici 2010, et de bannir carrément la substance d’ici 2015.L’APFO, ou acide perfluorooctanoïque, est utilisé comme lubrifiant dans la fabrication de plusieurs « fluoropolymères »: les revête- ments de poêles antiadhésives, mais aussi certains produits antitaches et lave-glaces, des tissus imperméables comme le Gore-Tex et des emballages alimentaires.Normalement, l’APFO ne devrait pas se retrouver dans les produits finis.Plusieurs analyses ont toutefois démontré le contraire.La charge a surtout porté contre les poêles antiadhésives.Ainsi, l’Environ-mental Working Group (EWG), un groupe écologiste des Etats-Unis, a avancé que le revêtement antiadhésif d’une poêle chauffée pendant deux à cinq minutes pouvait se décomposer et relâcher dans l’air des particules d’APFO suffisamment toxiques pour faire mourir des oiseaux de compagnie gazouillant à proximité.Une nouvelle spectaculaire, certes, mais qui ne prouve pas grand-chose selon Louis Saint-Laurent, agent de recherche à l’Institut national de santé publique du Québec.« De petits oiseaux pourraient subir le même sort s’ils se trouvaient à proximité d’une poêle ordinaire où chaufferait du beurre, dit-il.Leur métabolisme est extrêmement sensible.C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on emportait autrefois des canaris dans les mines pour détecter les émanations de substances toxiques.» En d’autres termes, si des oiseaux sont in- Mai 2006 | Québec Science 9 La science en ACTION pour un monde en évolution Ensemble pour un monde en santé Première et seule institution de recherche en Amérique du Nord associée au Réseau international des Instituts Pasteur, le centre INRS - Institut Armand-Frappier participe à l'effort mondial de lutte contre les maladies infectieuses.En collaboration avec les 28 autres instituts membres du Réseau dispersés à travers le monde, les équipes du centre de recherche INRS-Institut Armand-Frappier sont notamment engagées dans la lutte contre : :: la grippe et le SRAS :: le sida et l'hépatite C :: la salmonellose et la leishmaniose S'appuyant sur cette reconnaissance internationale, le Centre renforce ses activités de recherche, de formation et de transfert technologique qui visent à préserver et à promouvoir la santé publique.Université du Québec Institut national de la recherche scientifique Téléphone : (450) 687-5010 *SANTÉ PUBLIQUE commodés par l’APFO, cela ne signifie pas nécessairement que la substance est dangereuse pour l’humain.Il n’empêche qu’une étude présentée par un comité indépendant chargé de conseiller l’EPA nous apprend que l’APFO serait «probablement cancérigène ».Des chercheurs de plusieurs universités des Etats-Unis ont mené des tests en exposant des rats à différents dosages d’APFO.Les pauvres rongeurs ont bel et bien développé des tumeurs cancéreuses.Mais, là encore, il ne faudrait pas tirer de conclusions trop hâtives.« Les taux d’APFO utilisés pour tester la toxicité sur des animaux sont assez élevés, nuance Louis Saint-Laurent.De plus, les mécanismes qui causent le cancer chez le rat ne sont pas forcément les mêmes que chez l’humain.» Alors que faire avec nos poêles en téflon ?Les seuls à nous offrir un avis tout à fait rassurant sur la question sont les fabricants de.poêles antiadhésives.Jusqu’ici, admet Louis Saint-Laurent, on n’a retracé qu’un seul cas documenté d’une personne qui aurait souffert de fièvre à cause d’une exposition à l’APFO.« Actuellement, confirme le directeur du département de chimie de l’Université de Montréal, Robert E.Prud’homme, il ne semble y avoir aucune preuve indiquant que les infimes émanations d’APFO, même dans le cas du surchauffage d’une poêle, soient dommageables pour l’être humain.» Dans cette mer de doute, une seule certitude : l’APFO est présent dans l’environnement, et ce, partout dans le monde.« Y compris dans le Grand Nord », dit Louis Saint-Laurent, en précisant que la substance, soluble dans l’eau, a probablement été transportée là par les courants océaniques.On sait aussi que l’APFO est «biopersistant»: il s’accumule dans les êtres vivants.En 2004, des scientifiques de plusieurs centres de recherche et d’universités dans le monde ont analysé des échantillons de sang provenant de 473 personnes, sur 5 continents.Leur étude, publiée dans la revue Environmental Science & Technology, conclut à une « contamination sur une grande échelle » par l’APFO (et d’autres substances apparentées comme le perfluorooctane sulfonate, ou PFOS).En outre, l’APFO resterait plusieurs années dans l’organisme, selon une autre étude portant sur des travailleurs exposés à la substance pendant 27 ans en moyenne.Toutes ces indications ont conduit Santé Canada et Environnement Canada à mener une évaluation conjointe visant à mesurer les risques réels de cette substance.Les résultats devraient être connus cette année.De leur côté, les industries qui utilisent l’APFO cherchent des solutions de remplacement.Il reste que pour Marc Geet Éthier, auteur de Zéro toxique (Tré-carré) - un essai dénonçant l’abondance des produits chimiques dans notre environnement - le véritable enjeu est ailleurs : dans les ratés entourant l’autorisation de l’ensemble des nouveaux produits chimiques.« La révolution chimique des 50 dernières années a généré plus de 75 000 nouvelles substances dont l’impact sur la santé humaine n’a pas été sérieusement évalué, dit-il.Nous sommes donc condamnés à vivre dans un monde d’incertitudes.Or, si un produit semble douteux, ne pourrait-on pas adopter d’emblée le principe de précaution ?» Ce qui permettrait peut-être d’éviter, dans les années à venir, quelques milliers de cancers.05 -> Les produits domestiques nous empoisonnent-ils ?Donnez votre opinion sur notre site ¦r?î?«aî53S 10 Québec Science | Mai 2006 GASTRONOMIE illA' ^lU' La surprise d’Encelade Un geyser géant vient d’etre observé sur l’un des satellites de Saturne.Ses particules d’eau seraient à l’origine de l’anneau externe de la planète géante.par Joël Leblanc Il y a longtemps, un combat féroce opposa les dieux de la Grèce antique aux géants.L’un de ces derniers, Encelade, voulut déserter lâchement le champ de bataille.Le voyant fuir, la bouillante Athéna l’écrasa en lui lançant l’île que les humains baptiseraient plus tard la Sicile.Depuis, l’haleine de feu d’Encelade sort par la bouche du volcan Etna.Hasard du destin, on vient de découvrir qu’un petit satellite de Saturne baptisé Encelade est le siège d’une activité volcanique.C’est, après la Terre, lo et Triton, le quatrième astre du système solaire où l’on a observé un tel phénomène.« Et cette activité produit assez de chaleur pour que de l’eau souterraine reste liquide ! » s’extasie John Spencer, astronome au Southwest Research Institute à Boulder, au Colorado, qui est un des scientifiques de la mission Cassini.Partie de la Terre en 1997, la sonde est en orbite autour de Saturne depuis 2004; elle y observe les anneaux et les satellites.À la NASA, on n’en revient pas encore : de l’eau liquide dans un monde aussi petit et aussi froid ! Cassini a bel et bien photographié sur Encelade un grand panache de particules qui s’échappent dans le cosmos.Selon les chercheurs, il ne peut s’agir que d’un geyser qui projette de l’eau liquide.On le compare même à ceux du parc Yellowstone.« La quantité de matière éjectée est similaire, dit John Spencer.Mais, compte tenu de la faible gravité qui prévaut sur Encelade, le jet s’élève dans l’espace à des centaines de kilomètres.Il est peut-être à l’origine des particules qui forment l’anneau E de Saturne, le plus ténu de tous qui est aussi le plus éloigné.Chaque seconde, le phénomène fournirait au moins 150 kg de matière à l’anneau, principalement de l’hydrogène et de l’oxygène obtenus à la suite de la scission des molécules d’eau, mais aussi Le grand panache de particules d'eau récemment photographié par la sonde Cassini.du dioxyde de carbone, du méthane, de l’azote et du propane.» Les photos de la surface d’Encelade révèlent par ailleurs un pôle sud géologiquement très jeune par rapport au reste de l’astre.Alors que de très nombreux cratères d’impact parsèment la surface d’Encelade au nord, toute la région au sud du soixantième parallèle est à peu près intacte.Des phénomènes géologiques, comme le déplacement de la croûte de surface sur l’eau liquide, renouvelleraient donc constamment le sol et effaceraient les cratères, comme cela se produit sur la Terre.Les caméras infrarouges de Cassini ont d’ailleurs observé de grandes fissures légèrement plus chaudes que le sol qui les entoure.Cela prouve que de l’eau réchauffée sous la surface émerge de ces crevasses.Mais comment un corps de seulement 505 km de diamètre - la longueur de l’île de Vancouver - peut-il générer suffisamment de chaleur pour maintenir l’eau sous forme liquide ?Comme sa masse est insuffisante pour que son centre soit resté en fusion et qu’une activité nucléaire s’y développe, les chercheurs de la NASA se questionnent sur les autres mécanismes qui permettraient de générer de la chaleur.On croit que les plaques de surface qui se déplacent et se compressent les unes contre les autres à cause de l’énergie rotative du satellite pourraient en être responsables.Bien sûr, une grande question taraude les scientifiques : cette eau aurait-elle pu donner naissance à une quelconque forme de vie ?Si oui, de quoi a-t-elle l’air ?Déjà, la NASA révise les plans de vol de Cassini pour passer plus souvent près du petit astre au cours des prochaines années.CE Mai 2006 I Québec Science 11 ILLUSTRATION: FREFON te ticules Une ou deux tasses ?Mauvais pour le cœur le café?Tout dépend de vos gènes ! La caféine peut en effet soit augmenter soit diminuer le risque de souffrir d’une maladie du cœur.Pour en avoir le.cœur net, des chercheurs de l’université de Toronto ont soumis 4 000 personnes, dont la moitié avaient déjà subi une crise cardiaque, à des tests génétiques.C’est le gène CYP1A2, responsable du métabolisme de la caféine, qui COMPTE FAIT C'est le nombre de pathogènes connus qui menacent l'humanité.Car en plus des bactéries et des virus, il faut se méfier de certains champignons, des protozoaires (animaux unicellulaires responsables, par exemple, du paludisme) et des helminthes (les parasites de la famille des vers).Près de 60% de ces organismes causent des maladies transmissibles de l'animal à l'homme (comme la rage et le SRAS) ou l'inverse, a affirmé le docteur Mark Woolhouse de l'université d'Edimbourg, en Écosse, lors de la réunion annuelle de l'Association pour l'avancement des sciences des États-Unis, qui s'est tenue à Saint-Louis (Missouri) en février dernier.Y a-t-il de quoi s'inquiéter?Peut-être, car le nombre de ces petits envahisseurs croît à une vitesse impressionnante : au cours des 25 dernières années, 38 pathogènes nouveaux sont apparus.La faute à qui?On soupçonne le déboisement, l'urbanisation et le réchauffement climatique, qui modifient l'environnement des animaux, les forçant parfois à se rapprocher des zones habitées.L'élevage intensif, qui a fait considérablement augmenter la population de certaines espèces, y est aussi pour quelque chose.B départage les chanceux des malchanceux.Si vous êtes né avec une mutation de ce gène, deux tasses de café par jour suffiront à vous rendre plus vulnérable aux maladies de cœur ! Par contre, ceux qui possèdent une version normale du fameux gène métabolisent la caféine rapidement.Pour ceux-là, une dose d’une à trois tasses chaque jour pourrait au contraire avoir un effet protecteur, en particulier s’ils ont moins de 50 ans.Comment savoir si vous devriez rayer Y espresso de votre menu ou vous gaver de moka java matin, midi et soir ?À moins d’avoir accès à un laboratoire de génétique qui décryptera votre ADN, mieux vaut vous limiter à deux cafés par jour, recommandent les chercheurs.La peste a joué sur le climat Au XIVe siècle, la peste noire a ravagé le tiers de la population européenne.Comme si ce n’était pas suffisant, voilà qu’on l’accuse maintenant d’avoir déclenché le petit âge glaciaire, ce refroidissement climatique survenu entre le XVIe et le XIXe siècles.En étudiant des restes de pollens et de feuilles dans les sédiments lacustres, Thomas van Hoof, chercheur à l’université d’Utrecht, aux Pays-Bas, a découvert que des millions d’arbres ont recouvert les terres des fermes abandonnées à la suite de la pandémie.Ces arbres auraient ensuite absorbé suffisamment de dioxyde de carbone pour que le taux de ce gaz dans l’atmosphère baisse progressivement, jusqu’à entraîner un refroidissement.Pour étayer cette hypothèse audacieuse, l’équipe de Thomas van Hoof a étudié la densité des stomates sur les résidus de feuilles.Ces dernières cherchent à absorber le plus de gaz carbonique possible.Ainsi, plus la concentration de celui-ci est élevée, plus les stomates sont nombreux.L’idée, pour le moins originale, ne fait cependant pas l’unanimité.Pour d’autres scientifiques, le petit âge glaciaire s’explique plutôt par une baisse du rayonnement solaire, par une augmentation de l’activité volcanique ou par un changement dans la circulation des courants océaniques.12 Québec Science I Mai 2006 \ ¦( IvJ-i •V: Coton métissé Les inseaes lépidoptères fileront bientôt im mauvais coton.Ces bestioles qui envahissent les champs égyptiens, causant des pertes importantes pour les paysans, vont trouver sur leur route un adversaire de taille : un plant de coton capable de leur résister.En croisant deux variétés, dont Time est naturellement résistante aux insectes, les chercheurs du Centre de recherches agricoles du Caire ont obtenu des hybrides qu’ils ont par la suite à nouveau croisés avec du pur coton égyptien reconnu pour ses très longs fils.Ce croisement devrait permettre de restreindre l’utilisation des pesticides et surtout le travail des enfants, employés pour faire la chasse aux larves.Un herbier dont vous êtes le héros .uelle végétation les premiers colons | ont-ils dû arracher pour défricher leurs terres ?Le site Internet Flore Québec 2008 soulignera le 400e anniversaire de Québec, en retraçant l’évolution de la flore de Cap-Rouge à Limoilou, depuis l’établissement de la ville en 1608 jusqu’à aujourd’hui.Les internautes pourront ainsi comprendre comment certaines espèces indigènes ont disparu, comment d’autres ont pris racine; comment ces changements ont modelé le paysage floristique.Pour ce faire, on numérisera des collections de plantes, actuellement conservées dans les grands herbiers de Paris, qui ont été recueillies à Québec par des explorateurs et des scientifiques français.Mais c’est surtout l’herbier Louis-Marie (du nom du père Louis-Marie Lassonde, responsable du laboratoire de botanique d’Oka pendant 40 ans) qui alimentera le site.Cette collection de plantes, l’une des plus anciennes et des plus importantes au Canada (770 000 spécimens, dont 500 000 sont déjà répertoriés), est conservée et soigneusement entretenue dans les sous-sols de PUniversité Laval, http ://www.herbier.ulaval.ca Kalmia angustifolia récolté dans une tourbière maintenant disparue dans le quartier Sillery à Québec./ / En hausse Le roseau eurasien Les roseaux qui bordent nos routes ne sont pas québécois, mais eurasiens.Rien à voir avec le roseau commun indigène, très clairsemé sur Le territoire, comme le décrivait Marie-Victorin dans La Flore laurentienne.Il y a Longtemps que le roseau asiatique est présent sur notre territoire.Des analyses génétiques, effectuées par une équipe de L'Université Laval sur des spécimens conservés dans des herbiers, ont permis d'établir qu'il poussait au Québec au début du siècle dernier.Mais il était très peu répandu.Le portrait a bien changé.En parcourant le Québec d'ouest en est, l'équipe dirigée par François Belzile et Claude Lavoie a constaté que 99% des colonies situées sur le bord des autoroutes sont aujourd'hui composées de roseaux exotiques.Notre roseau ne pousse plus que dans six zones refuges, dont La baie des Chaleurs et les îles de Sorel.C'est vers 1960 - ce qui coïncide avec la construction des autoroutes -que l'envahisseur a trouvé le moyen de bien s'installer.Trois fois plus résistant au sel de déglaçage que le roseau indigène, il constitue un habitat de piètre qualité pour la faune et obstrue les fossés de drainage.L'éliminer ?C'est peine perdue.On peut seulement espérer ralentir sa progression.Son point faible : il ne tolère pas l'ombre.En baisse L’argent de la science Au Québec, les secteurs de la recherche, de la science, des technologies et de l'innovation traversent une bien mauvaise période.En un an, les investissements publics dans ces secteurs ont chuté de plus de 25%, passant de 670 millions en 2002-2003, à environ 500 millions, en 2004-2005.Les domaines les plus affectés : les programmes d'aide à l'innovation, la recherche et le développement.Le début d'une petite noirceur?Mai 2006 | Québec Science 13 < GISELE FRASER Tous aux abris! Une étudiante en architecture a conçu une «maison d’urgence» qui se monte en moins de deux heures.Fret pour le prochain ouragan ! par Gaëlle Lussiaà-Berdou m ____—¦ ' cm - .L'abri design imaginé par Gisèle Fraser peut accueillir une famille de quatre personnes.Gisèle Fraser a été bouleversée par les images de l’ouragan Katrina qui a balayé le sud des États-Unis, en août 2005.Aussi, quand le département d’architecture de l’Université Laval a lancé un projet sur « la construction d’abris d’urgence en zone sinistrée », elle a sauté sur l’occasion.« On croit à tort que les architectes ne pensent qu’à l’esthétique et oublient l’individu.Avec ce projet, j’ai le sentiment d’avoir fait quelque chose de vraiment utile », explique l’étudiante de 22 ans.Son « abri design », tout en bois, a fait fureur et a même été sélectionné lors d’un concours d’architecture organisé par l’Université de Saint-Étienne, en France.La «petite maison de bois», comme l’ont désignée les Français, se présente comme une boîte de 2,5 m de côté et de 3,5 m de haut dans laquelle sont rangés les panneaux composant la structure finale.On peut la charger sur un camion, comme un conteneur.Une fois à destination, on dépose le module sur des pieux à l’aide d’une petite grue.L’une des faces verticales de l’abri se détache et devient un mur.Le plancher s’abaisse à la manière d’un lit escamotable.Dans la partie supérieure, deux petits panneaux rephés se déploient ensuite comme des bras : ils servent à soutenir le toit en contreplaqué hydrofuge.Les deux murs manquants sont formés de portes coulissantes qui s’ajustent en fonction des besoins.On pourra par exemple ôter un panneau pour créer une fenêtre supplémentaire.En tout, l’installation prend moins de deux heures ! À l’intérieur, on trouve une cuisine, une salle de bain et une mezzanine qui augmente l’espace disponible et peut servir de chambre.« C’est une structure faite à partir d’un matériau simple et abondant qui s’adapte à différents usages.On peut utiliser l’ossature apparente pour poser des objets, on y trouve un petit coin tranquille à l’abri des regards, une échelle, un toit ouvrant», explique Jacques White, le professeur responsable de l’atelier à l’Univer- sité Laval.Le logement peut aussi être facilement isolé pour s’adapter à un climat plus froid et il peut contenir un poêle à combustible et une cheminée.Et en plus, il est beau! L’étudiante assure que chaque module a la capacité d’accueillir une famille de quatre personnes.un peu à l’étroit.Mais en ôtant une paroi latérale, on peut regrouper deux modules et concevoir un appartement plus spacieux, avec deux chambres et un plus grand espace commun, puisqu’on installera une seule cuisine et une seule salle de bain.« En rassemblant plusieurs unités, on peut aussi imaginer un petit hôpital ou une école et ainsi aménager un véritable village », dit Gisèle Fraser.Après le passage de Katrina, l’Agence de gestion de crise des États-Unis, la FEMA, a commandé 100 000 maisons mobiles à plus de 12 000 $ l’unité.La structure de Gisèle Fraser, elle, coûte environ 7 500 $.C’est encore beaucoup plus cher que les tentes des Nations unies ou les lits de camp alignés par la Croix-Rouge dans des gymnases, mais les sinistrés peuvent y être hébergés pendant une plus longue période.Dans les États touchés par Katrina, des centaines de milliers de réfugiés sont toujours hébergés dans des installations de fortune ou à l’hôtel.Q> PlanèteADN »?> par Jean-Pierre Regel Un fantôme dans vos gènes Les caractères acquis peuvent-ils se transmettre à la descendance?«Di is-moi ce que mangeait ton grand-père, et je te dirai si tu risques d’être cardiaque ou diabétique.» C’est ainsi qu’on pourrait résumer la conclusion terriblement provocante d’une étude publiée il y a trois ans dans le European Journal of Human Genetics.Terriblement provocante, parce que ce résultat suggère que l’environnement pourrait exercer une influence directe sur la descendance d’un individu.Autrement dit, les caractères acquis seraient transmissibles.Or, soutenir cela revient à ressusciter le lamarckisme, la thèse proposée par le Français Jean-Baptiste Lamarck au début du XIXe siècle.Et alors, direz-vous ?Eh bien, le lamarckisme a mauvaise presse.Car, dans l’histoire de la biologie, Lamarck a perdu et Darwin a gagné.L’Anglais a combattu la thèse du Français et a démontré que le moteur de l’évolution est la sélection naturelle et non la transformation des espèces par la transmission des caractères acquis.Par la suite, les découvertes de la génétique ont donné raison à Darwin.Le lamarckisme a été abandonné.Mais regardons de plus près ladite recherche.Les scientifiques ont étudié 320 individus nés en 1890, 1905 et 1920 à Overkalix, un village du nord de la Suède.Comme l’endroit disposait d’impeccables registres paroissiaux, on a pu reconstituer des arbres généalogiques précis.Etant donné que l’endroit possédait aussi les registres des récoltes, on a pu déterminer quels individus avaient subi des famines, à quel moment, et lesquels avaient au contraire bénéficié de périodes de surabondance.Ensuite, les chercheurs ont examiné les maladies de tous ces gens et la cause de leur décès.Conclusion ?Les personnes dont les grands-pères avaient été bien nourris durant leur enfance mouraient des suites du diabète quatre fois plus souvent que les autres.À l’inverse, une famine pendant la jeunesse de l’aïeul semblait protéger les petits-enfants du diabète et des maladies cardiovasculaires.L’effet était nettement plus marqué dans les lignées masculines.Comment expliquer ces résultats ?Les chercheurs écartent plusieurs hypothèses, dont celle de la sélection naturelle qui ne pourrait pas s’exprimer dans un laps de temps aussi court.Selon eux, ce phénomène serait dû à des modifications induites par l’alimentation sur les gamètes mâles avant la puberté.Un effet Hé à J ce qu’on appelle l’empreinte génomique, c’est-à-dire le fait que certains gènes ne s’expriment que par un seul des deux allèles transmis par les parents.La diète aurait induit une « sur-expression » de certains gènes transmis par le père et une « sous-expression » de certains autres.Ces modifications touchant des gènes portés par la lignée mâle se seraient transmises aux générations suivantes par les spermatozoïdes.Auparavant, on avait déjà noté des phénomènes de ce genre (notamment, que les descendants des survivants de l’Holocauste étaient maigres et stressés), mais on n’avait jamais disposé d’une étude scientifique aussi solide.La discussion s’est donc enflammée.Certains ont dénoncé un retour au lamarckisme; d’autres ont critiqué la méthode ou les conclusions.Un chercheur britannique, Marcus Pembrey, a publié un éditorial dont le titre disait tout : « Il est temps de prendre l’héritabilité épigénétique au sérieux.» Par épigénétique (du grec epi, signifiant à la fois le surcroît et l’inflexion d’une trajectoire), on désigne les facteurs ex-j térieurs à un organisme, susceptibles de modifier l’expression de son programme génétique.Par exemple, l’influence du mode de vie sur le déclenchement des cancers.Ce qui pose problème, c’est la notion d’héritabilité épigénétique : l’idée que les effets de facteurs environnementaux soient transmissibles d’une génération à l’autre.C’est là que le spectre de Lamarck réapparaît.Or, la recherche suédoise soutient précisément que certains caractères acquis sont transmissibles, même si on est loin de la manière absolue dont Lamarck envisageait les choses.Ce débat illustre à quel point le passé nous bloque.Parce que, sur le fond, on est en présence d’une hypothèse fascinante.Se pourrait-il qu’il existe un phénomène épigénétique fondamental qui, d’après la généticienne française Claudine Junien, « pourrait servir de rhéostat pour s’adapter rapidement à un environnement donné, contrairement à la sélection darwinienne » ?Se pourrait-il qu’il y ait des fantômes dans nos gènes - une sorte de mémoire de notre passé ancestral susceptible d’être réactivée dans certaines circonstances ?Si tel est le cas, cela changerait radicalement la manière dont nous envisageons le concept d’hérédité.05 Mai 2006 | Québec Science 15 r Astronomie Nos microbes sont-ils en train de contaminer Il y a de la vie sur Mars ! Un milliard ou quelques milliers d’êtres vivants : on ne le sait pas vraiment.Ces visiteurs sont des Terriens arrivés à bord d’un vaisseau spatial.Ils ont survécu à un voyage de 300 millions de kilomètres dans l’espace glacial, puis se sont installés sur un sol bombardé de radiations mortelles, sans eau ni oxygène.Depuis, ils s’y prélassent en toute quiétude.Ces Terriens n’ont ni bras, ni tête, ni REER : ce sont de banales bactéries.« Le genre qu’on trouve sur le capot de notre voiture », dit l’astrophysicien Chris McKay, du Centre de recherche Ames de la NASA.Et alors ?Pourquoi s’inquiéter de quelques milliers de bestioles microscopiques ?Parce que les robots en mission sur Mars cherchent des traces de vie.Or, comme le dit à la blague Dale Andersen, chercheur principal au SETI Institute (Search for Extraterrestrial Intelligence), en Californie : « On ne veut pas se découvrir soi-même ! » Et comment différencier les bactéries apportées de la Terre d’éventuelles formes de vie indigènes ?^ Autre problème plus grave : ces bactéries pourraient envahir la planète rouge ;et y détruire la vie qui y existe peut-être.° Comme les moules zébrées dans les Grands sLacs qui, arrivées à bord des bateaux européens, y ont proliféré en étouffant plusieurs autres organismes marins.§ L’affaire est prise très au sérieux.À la î NASA, le Bureau de la protection planétaire î (Planetary Protection Office) tente d’établir Dans les années à venir, de plus en plus de robots iront sur Mars.Espérons qu'ils n'y emporteront pas la grippe aviaire ! 16 Québec Science I Mai 2006 Une rencontre du troisième type pourrait se produire sur des planètes explorées par l’homme.Les protagonistes: des bactéries terrestres et extraterrestres.Des biologistes craignent une «collision des écologies».par Anne-Marie Simard ¦ ¦ — ._ Y.v.- ' «**- - W ' NASA/JPL/CORNE des protocoles pour permettre l’exploration des planètes, lunes et autres astéroïdes sans les contaminer.Un genre de safe sex entre corps célestes.Cet organisme a été créé en 1967, dans la foulée du Traité de l’espace extra-atmosphérique (Outer Space Treaty) qui met en garde les agences spatiales contre les dangers des échanges entre planètes.Ainsi, quand, en 1976, les sondes Viking ont été lancées vers Mars, la NASA les a désinfectées avec beaucoup d’application.Pas à l’aide d’eau de Javel, mais d’azote gazeux à 117 °C.On y a plongé Vtking 1 pendant 43 heures; et Viking 2,50 heures.Une toilette très onéreuse qui a fait grimper le budget de la mission de 5 %.Au retour des sondes, après analyse des échantillons de poussière et de roches qu’elles ont rapportés, la NASA conclut que le sol martien est stérile.À l’avenir, plus besoin de désinfecter les engins spatiaux puisqu’il n’y aurait rien ni personne à contaminer à la surface de Mars ! Les bio- chimistes se contentent depuis d’évaluer la taille de la colonie bactérienne qui s’accroche aux parois.Avant leur départ, les deux robots Spirit et Opportunity - qui arpentent la planète rouge depuis janvier 2004 - portaient 200 000 bactéries chacun.Malgré les rigueurs du voyage et l’inhospitalité de leur terre d’accueil (une atmosphère torride et un sol oxydé), un certain nombre d’entre elles sont probablement toujours vivantes.Comment ces microorganismes qui peu- Le robot Opportunity se balade sur Mars avec quelque 200 000 bactéries apportées de la Terre.Combien d'entre elles sont encore vivantes ?> , iJZ.18 Québec Science I Mai 2006 1 - Dale Andersen, et son équipe du SETI Institute, font la pêche aux cyanobactéries en Antarctique.Celles-ci sont apparues sur Terre il y a 3.5 milliards d'années.2 - Vue en contre-plongée à 4.5 m sous la glace du lac Hoare, en Antarctique.3 - « Matelas » microbien au fond du lac Bonney en Antarctique.Vivant dans l'eau glacée, les bactéries extrêmophiles ressembleraient-elles à celles qu'on pourrait trouver sous la calotte glaciaire de Mars ?I I il II I I l I v II I I I 1 SK-1 plent les pelouses des banlieues et les banquettes de restaurant de la Terre, peuvent-elles s’avérer aussi résistantes ?À cause d’un mécanisme de survie extraordinaire : la sporification.Lorsqu’une bactérie se sent menacée, elle produit une petite sphère très dure - la spore - et y abrite une copie de son génome.« C’est comme une mini-combinaison spatiale», dit Chris McKay.À l’intérieur de cette coquille, l’ADN est protégé des impitoyables rayons ultraviolets (UV) provenant du Soleil.Pourtant, même les membres de la coriace famille des Bacillus (dont Bacillus an-thracis, responsable de la maladie du charbon) risquent de passer un mauvais quart d’heure si elles restent accrochées aux parois des robots.« En laboratoire, on a exposé des spores de Bacillus subtilis à des niveaux de radiation comparables à ceux de Mars.Résultat: 99,9% d’entre elles sont mortes en 30 secondes.Après 15 minutes, il ne restait aucune survivante sur une population de deux millions », explique Chris McKay.Même si elle est capable d’encaisser des doses de radiations 1 500 fois supérieures à la dose létale pour l’humain, et malgré sa capacité hors du commun de réparer son ADN, la terrible Deinococcus radiodu-rans, ou « Conan le Barbare », a elle aussi peu de chances de résister aux conditions qui sévissent sur la planète rouge.À moins que la petite bête n’ait eu l’intelligence de se réfugier à l’intérieur du véhicule.Bien à l’abri, protégées des UV, certaines bactéries peuvent survivre.En état d’hibernation, elles attendent.« Elles sont capables de sommeiller ainsi pendant un million d’années, puis de renaître si l’environnement redevient favorable à la surface de Mars», affirme Chris McKay.Mais il faudrait pour cela que l’atmosphère se refroidisse sérieusement et qu’elles trouvent de l’eau, indispensable à la vie.1 y a quelques milliards d’années, les Bacillus subtilis, des bactéries du sol non pathogènes, se seraient sans doute senties à l’aise sur Mars.Les roches que les véhicules Spirit et Opportunity y ont repérées semblent avoir déjà trempé dans l’eau.Mais aujourd’hui, si vie il y a, elle se trouve peut-être dans les eaux souterraines, sous la calotte glaciaire des pôles ou au fond des volcans.Depuis 20 ans, on sait que certaines bactéries peuvent vivre dans des environnements extrêmes, d’où leur nom « extrêmophiles ».Chris McKay les aime tellement que, plusieurs fois par année, il s’habille en homme-grenouille et plonge sous les 4 m à 6 m de glace qui recouvrent les lacs de l’Antarctique.Il n’en remonte pas des petits poissons des chenaux, mais des milliers de cyanobactéries.Dale Andersen, lui, a trouvé dans certains déserts des microorganismes vivant dans le roc.Soumis à une obscurité presque totale, ils ne se développent que lorsqu’un peu d’eau se fraye un passage dans des micro-fissures minérales.« En fait, on ne connaît que 1 % des bactéries », affirme Hojatollah Vali.En 1996, ce docteur de l’Université McGill a découvert des traces de vie bactérienne dans un météorite martien tombé en Antarctique.Il sait à quel point ces petites bestioles ne se laissent pas facilement dompter.« Si on veut caractériser la génétique d’une bactérie, il faut la cultiver en laboratoire, poursuit-il.Or, 99 % des bactéries ne se développent pas dans une boîte de Pétri.» Difficile, dans ces conditions, de prévoir ce qui arrivera des bacilles terrestres installés sur Mars.Comment réagiront-ils si, par hasard, ils croisent des formes de vie extraterrestre ?Tant qu’elles restent à la surface, une « rencontre du troisième type » est peu probable.Mais le scénario pourrait être La coriace Bacillus anthrads pourrait peut-être survivre aux conditions qui prévalent sur Mars ! Mai 2006 I Québec Science 19 : *7 r Astronomie COMMENT DECONTAMINER MARS Lors d'une conférence internationale en 2003, l'astrophysicien Chris McKay a expliqué comment rendre l'exploration de Mars «biologiquement réversible», c'est-à-dire comment effacer le passage des engins terrestres et éliminer toutes les bactéries.Il propose d'abord de retirer tous les morceaux de métal laissés à la surface.Dans le cas des sondes qui se sont écrasées au sol - comme les Soviétiques Mars 2 et Mars 6 lancées au début des années 1970 -, il faudra déterrer les pièces enfouies et vaporiser le sol environnant dans l'atmosphère.« Pour que les microorganismes soient détruits par les rayons UV, il faut que les poussières restent en suspension pendant plusieurs heures», explique-t-il.L'engin qu'il imagine ressemblerait à une souffleuse comme celles qui déneigent les rues de Montréal l'hiver! Un nouveau débouché pour les entreprises québécoises?FOUILLE-MOI -4- J ?On n’est jamais trop curieux » tout autre si les scientifiques se mettent à creuser le sol et y trouvent de l’eau.On risque alors d’assister à une « collision des écologies», explique Chris McKay.«Il suffirait que des bactéries terrestres atteignent une nappe phréatique et elles pourraient se propager rapidement.Et si cette nappe d’eau est étendue, la contamination pourrait altérer la vie martienne de façon irréversible », a-t-il affirmé lors d’une conférence en 2003.Le problème s’est posé sur Terre, lors de la découverte du lac Vostok, en Antarctique.Ce réservoir d’eau, de la taille du lac Ontario, est situé sous 4 km de glace.Des microorganismes y sont scellés depuis plusieurs milbons d’années, alors qu’une luxuriante végétation recouvrait le pôle Sud.« Personne n’a encore creusé la surface, explique Chris McKay.On ne le fera pas avant d’être certain de ne pas contaminer ce lac vierge.» Stériliser un marteau-piqueur est une procédure courante.« Le problème, c’est qu’il se contamine à nouveau au contact de la glace.Il faut donc mettre au point une barrière protertrice autour de la foreuse, jusqu’à son arrivée à l’eau.Ça se fait, mais ça coûte cher.» C’est ce genre de précaution qu’il faudra prendre lorsqu’on atteindra les eaux souterraines de Mars.Le Mars Reconnaissance Orbiter, qui survole la planète depuis peu, est équipé d’instruments capables de détecter la présence d’eau souterraine.Au cours des prochaines années, la NASA prévoit envoyer là-bas une ou deux sondes tous les 26 mois.En 2007, Phœnix se posera au pôle nord et creusera des tranchées dans la calotte glaciaire.Mais c’est 2030 qui est attendu avec le plus d’impatience.Cette année-là, on prévoit envoyer vers Mars la première mission habitée.Après un voyage de six à huit mois, les astronautes resteront sur et autour de la planète rouge plus d’un an.Le problème de la contamination se posera de façon très aiguë.« Les humains sont de véritables sacs à bactéries », dit Dale Andersen.Les passagers devront manger, 20 Québec Science | Mai 2006 respirer et éliminer en système fermé.La locomotion et l’exploration devront aussi se faire dans des conditions d’étanchéité parfaites.Tout un défi scientifique qu’on est bien loin d’avoir résolu.La question à 435 milliards $ (soit le budget de l’exploration martienne : plus de 17 milliards $ par année pour les 25 prochaines années) : « S’établir sur Mars est-il vraiment une priorité pour l’humanité?» Dale Andersen soupire : « On pourrait bien sûr utiliser cet argent pour nourrir les gens qui meurent de faim.Mais, en même temps, découvrir la vie sur Mars nous en apprendra beaucoup sur nos origines.Sur Terre, tous les organismes vivants sont constimés des mêmes 21 acides aminés.Les formes de vie martiennes sont peut-être totalement différentes.» Chris McKay rêve aussi d’y découvrir une « seconde genèse ».« Toute notre médecine, du contrôle des parasites à la mise au point des antibiotiques, est issue de l’étude d’un seul exemple d’architecture de vie.Imaginez les retombées scientifiques si on découvrait de la vie sur Mars.» À condition qu’il ne s’agisse pas, bien sûr, de bactéries humaines mutantes.CE SOLAIRE CONTAMINE r Vénus Mars Titan Avec 38 vaisseaux spatiaux qui s'y sont posés, la Lune est l'astre le plus contaminé.Vénus a fait l'objet de 15 missions; Mars, de 10.L'exploration humaine a gagné Jupiter en 2003; et Titan, en 2005.Accrochées aux sondes Voyager et Pioneer, les bactéries humaines sont maintenant en route vers l'extérieur du système solaire., Mrjyr V*.* ‘ w 1% JËTÆ j Üfil ¦ Jupiter / 777TT r ¦ LJW* W Comment les sciences et technologies influencent-elles votre quotidien?_ Vous aurez 24 heures r.pour le découvrir.Renseignements sur les activités ;ience24heures.com www.sci 12 et 13 mai 2006 Partout au Québec mm Cet événement-est une présentation du réseau des organismes.de culture scientifique et technique et de ses partehaires associés.HM4®y Mai 2006 I Québec Science 21 Nanobiotechnologies : les possibilités de l’infiniment petit Deuxième de deux reportages Vous croyez souffrir d'une grippe.Au lieu de vous rendre à l'hôpital, vous restez chez vous et prélevez une goutte de votre sang que vous analysez vous-même grâce à un dispositif électronique.En seulement quelques minutes, le système détermine la nature du virus et vous permet de prendre le médicament approprié.De la science-fiction?Oui, pour l'instant.Mais plus pour très longtemps grâce aux nanobiotechnologies.Source: Jean-Christophe Leroux - Université de Montréal L-/ «Les nanotechnologies vont permettre aux gens de réagir plus rapidement et d'être plus autonomes en cas d'épidémie», croit le docteur Michel Bergeron, membre du Centre de recherche en infectiologie à l'Université Laval.«Le public panique lorsqu'une épidémie survient.Tout le monde va à l'hôpital et les gens se contaminent entre eux.Pire : lorsqu'il y a une épidémie de grippe, par exemple, on se retrouve en présence de plusieurs sortes de microbes en même temps : l'influenza typique, le SRAS, des bactéries comme le pneumocoque.On peut donc avoir cinq personnes avec des symptômes similaires, mais qui sont contaminées par cinq virus différents ! Pour cette raison, il faut préciser nos méthodes de diagnostic parce qu'on n'administre pas toujours les bons médicaments.» À l’heure actuelle, les patients doivent souvent attendre plusieurs jours avant de connaître la véritable nature de leur pathologie.«On doit prendre un échantillon clinique, l'ensemencer sur une gélose et attendre 24 heures - parfois même plus - pour voir si des microbes ont poussé», poursuit Michel Bergeron.Ces méthodes microbiologiques, mises au point à l'époque de Louis Pasteur, requièrent la présence de personnel qualifié et d'installations coûteuses.Rien pour faciliter les choses.Des avancées en nanobiotechnologie et en génomique pourraient cependant changer la donne.«Cela va permettre un diagnostic beaucoup plus rapide et beaucoup plus sensible que les méthodes traditionnelles», affirme Lucie Brouillette, enseignante et conceptrice de l'attestation d'études collégiales en nanobiotechnologie au collège Ahuntsic de Montréal.Le diagnostic en temps réel, qui permettrait à un patient ou son médecin de prélever un échantillon et d'en faire l’analyse lui-même, est l'une de ces méthodes mises au point par les chercheurs.«C'est ce qu'on appelle le bedside parce que le test pourra s'effectuer au lit du patient», explique Normand Voyer, directeur du Centre de recherche sur la fonction, la structure et l’ingénierie des protéines (CREFSIP) à l'Université Laval.«Ces techniques sont si raffinées qu'elles permettront de détecter la présence d'un seul anticorps dans le sang.Actuellement, on a besoin d'une plus grande quantité pour réaliser la même opération.» Communément appelés «laboratoires sur puces», ces dispositifs pourront générer des résultats diagnostiques aussi divers que la présence de tumeurs cancéreuses ou des renseignements sur la qualité du sang.À l'École Polytechnique de Montréal, le chercheur Mohamad Sawan planche sur plusieurs de ces systèmes qui permettront de mesurer ou de caractériser les propriétés des bioparticules ou des cellules.«Une fois prélevées, je fais promener ces cellules dans 10 - 500 nm Microémulsion utilisée comme nanovecteur, constituée d'une phase huileuse, d une phase aqueuse et d'un surfacif.Source: BioTechno, volume 2, numéro 1, juin 2003.Vectorisation de principes actifs: applications présentes et futures, CQVB, www.cqvb.qc.ca nano , quebec l'avenir des nonos est ici nanotech's future is here nano ?uébec.ca Supplément publicitaire Polymère 20-100 nm ENDOCYTOSE CYTOPLASME LYSOSOME Dégradation enzymatique Source: Marie-Hélène Dufresne Auto-assemblage d'une micelle polymère en présence d'un polyélectrolyte et internalisation d'un nanovecteur par une cellule.Source: BioTechno, volume 2, numéro 1, juin 2003.Vectorisation de principes actifs: applications présentes et futures, CQVB, www.cqvb.qc.ca dans l'organisme à partir de l’ADN.Pour ce faire, on analyse un échantillon clinique comme une expectoration que l'on fait aussi passer dans un système de microfluidique.«Nous utilisons des nanobilles de verre pour briser les bactéries et mettre leur ADN à nu», indique le chercheur.Une fois l’éclatement des particules réalisé, on capte l'ADN à l'aide de sondes ou d'anticorps placées à la surface de ces nanobilles.L'étape suivante consiste à filtrer l'échantillon, avant de l'amplifier en augmentant le nombre de copies de la séquence d'ADN : «J'ai développé un système qui permet d'amplifier de très petits volumes, de telle sorte que c’est fait beaucoup plus rapidement qu'à la normale.Au lieu de prendre une heure, on peut faire cela en quelques minutes», soutient-il.B des structures microfluidiques, dans plusieurs microcanaux à la surface d'une puce qui enregistre de l'information», explique Mohamad Sawan.À l'Université Laval, le docteur Michel Bergeron s'affaire lui aussi à développer des tests qui pourraient bientôt remplacer les anciennes méthodes de diagnostic.Au lieu de procéder à une traditionnelle culture bactérienne, l'équipe du docteur Bergeron tente d'identifier les pathogènes présents La dernière étape de cette procédure est la détection.On analyse la séquence d'ADN pour la faire correspondre à celle des bactéries que l'on recherche chez le patient: «La base de tout ce procédé, c'est un disque compact qui, au lieu de lire de la musique, lit l'ADN, continue le docteur Bergeron.Ce sont des tests qui sont faciles à réaliser, qui sont miniaturisés et qui pourront être manipulés même par des gens qui n'ont pas de formation spécifique.Ce sera une véritable révolution.» Selon le docteur Normand Voyer, l'un des défis les plus importants de ces dispositifs sera de réussir à «brancher» une molécule à un circuit capable de lire l'information : «Si l'on veut pouvoir produire ces systèmes en masse, on va devoir trouver une façon de «souder» le dispositif nanostructuré au dispositif nanoélectronique.De plus, un des plus grands défis technologiques pour développer des biocapteurs en temps réel sera la transduction d'un phénomène comme la reconnaissance d'un virus en un signal mesurable.» Le docteur Bergeron, dont certains tests à base d'ADN ont déjà été commercialisés, croit qu'il faudra encore quelques années pour perfectionner les laboratoires sur puces.«Pour l'instant, nous avons des systèmes qui sont séparés - un pour préparer l'échantillon, l'autre pour faire l'amplification et le dernier pour la détection.D'ici cinq ans, nous devrions avoir un prototype complètement intégré.» 50 - 500 nm Liposome utilisé comme nanovecteur.Source: BioTechno, volume 2, numéro 1, juin 2003.Vectorisation de principes actifs: applications présentes et futures, CQVB, www.cqvb.qc.ca Évaluer les risques potentiels On commence à peine à connaître les effets des nanomatériaux sur la santé.Pour cette raison, les scientifiques doivent s'assurer de la biocompatibilité des nanoparticules utilisées dans la fabrication d’équipement médical.À l'École Polytechnique de Montréal, le Laboratoire d'innovation et d'analyse de la bioperformance de dispositifs médicaux (LIAB) vérifie la toxicité des nanomatériaux, tout en les améliorant pour les rendre plus compatibles avec le corps humain : «Nous disposons d'équipement unique au Québec, souligne L'hocine Yahia, chercheur au LIAB.À Montréal, nous sommes les seuls à pouvoir nous assurer de la biocompatibilité des nanotechnologies.» L'objectif principal est de s'assurer que les nanomatériaux n'introduisent pas de toxines à l'intérieur du corps.On veut aussi éviter les possibles altérations génétiques qui pourraient être provoquées par ces particules : «Les nanomatériaux sont si petits qu'ils peuvent atteindre le noyau des cellules, explique L'hocine Yahia.Par exemple, ils peuvent s'insérer dans un fragment d’ADN et faire une modification génétique indésirable.C'est pour prévenir ce genre d'incident que les tests de compatibilité sont effectués à l'échelle moléculaire.» Précisons toutefois que les laboratoires sur puces ne présentent presque aucun danger pour l'être humain : ces nanodispositifs restent à l'extérieur du corps et n'entrent donc pas en contact avec les cellules.Il existe plusieurs façons de vérifier la biocompatibilité d'une nanoparticule.L'un des tests les plus fréquemment utilisés consiste à mettre le matériel nanométrique en contact avec des cellules in vitro.«Si l'on voit qu'il y a mortalité cellulaire, on sait que c'est toxique, affirme le docteur Yahia.Bien sûr, tous les nanomatériaux ne sont pas nocifs.La toxicité dépend de plusieurs facteurs comme la forme, les alliages qui sont utilisés, etc.L'important est de sensibiliser les gens aux risques potentiels et, surtout, de poursuivre les recherches.» m * :7 > ¦ i Santé .§j> * ••«¦ j|A.- J»K par Catherine Dubé es dernières semaines, le docteur Serge Rivest a reçu plusieurs courriels de gens dési- Les médicaments actuels n’arrivent pas à freiner le déclin cognitif; ils le ralentissent tout au plus.En demeurant actifs intellectuellement (grâce à des exercices de mémorisation, des mots croisés, etc.), les personnes atteintes créent de nouvelles connexions dans leur cerveau, qui compensent pour un temps celles qui s’éteignent.Tôt ou tard, cependant, l’ennemi finit par avoir le dessus.Mais cela pourrait changer.Serge Rivest, a décelé un mécanisme que personne n’avait encore compris.Sa découverte n’est pas passée inaperçue : le chercheur québécois spécialiste du système immunitaire a fait la une de la revue Neuron.Le mot « alzheimer » explique sûrement l’intérêt réservé à ces travaux pourtant très pointus.Tout progrès dans la compréhension de cette maladie neurodégénérative ranime l’espoir des familles des quelque 300 000 Canadiens qui en souffrent.Le plus surprenant dans cette découverte, c’est que le remède se trouverait peut-être chez les patients eux-mêmes, dans leur moelle osseuse plus précisément.À mesure que l’alzheimer fait son œuvre, des plaques constituées de protéines (appelées bêta-amyloïdes) recouvrent les neurones jusqu’à les étouffer.Évidemment, ces derniers ne se laissent pas faire.Une armée de microglies, les principales cellules immunitaires protégeant le système nerveux central, accourent et se massent au- 24 Québec Science I Mai 2006 * ^ Sur ces coupes de cerveau de souris atteintes de la maladie d'Alzheimer, on peut voir à l'œuvre les microglies issues de la moelle osseuse.Pour bien visualiser ces cellules du système immunitaire, différents colorants ont été utilisés.Les deux photos du haut : les microglies (les longues cellules brunes) encerclent une plaque de bêta-amyloïdes (en bleu).Les quatre photos du bas : les microglies (leurs longues ramifications sont teintes en vert et leur noyau en bleu) s'attaquent à une plaque de bêta-amyloïdes (en rouge). Le remède contre la maladie d’Alzheimer se trouve peut-être dans.la moelle des os.Mai 2006 Quebec Science 25 tour des plaques.Malheureusement, les pauvres microglies ne semblent pas très douées pour ce combat.Elles sécrètent de multiples substances, dont certaines sont nocives pour les neurones eux-mêmes, et ne font ainsi qu’augmenter l’inflammation, sans pour autant détruire les bêta-amyloïdes.Les plaques continuent donc de s’étendre jusqu’à ce que les neurones meurent et que les symptômes apparaissent.« Quand les pathologistes font l’autopsie de personnes atteintes, ils trouvent beaucoup de microglies près des plaques.On a donc toujours pensé qu’elles faisaient partie du problème.Je pense plutôt qu’elles font partie de la solubon », postule Serge Rivest.Si ce dernier est convaincu à ce point du rôle bénéfique que peuvent jouer les microglies, c’est qu’il les connaît bien.Cet expert mondialement reconnu dans le domaine de la recherche sur ces cellules sait notamment qu’il n’y a pas qu’un seul type de microglies, mais bien deux : celles issues du cerveau et celles provenant de la moelle osseuse.À première vue, ces dernières ressemblent beaucoup aux autres, mais elles sont autrement plus compétentes.Leur périple commence dans la moelle des os (une mini-usine à cellules souches qui donnent naissance, entre autres, aux cellules immunitaires).Elles sont ensuite entraînées par la circulation sanguine, jusqu’au cerveau.Il y a deux ans, Serge Rivest a en effet démontré que les microgfies de la moelle osseuse peuvent pénétrer dans cet organe, alors qu’on le croyait emmuré derrière la barrière hématoencéphalique.Une fois cette muraille traversée, les microgfies atteignent leur pleine maturité.Munies de longs bras, capables de reconnaître l’ennemi et de le dévorer, elles sont prêtes au combat.Elles sont d’ailleurs appelées en renfort dès qu’une menace plane sur le précieux Ê2 I contenu de notre boîte crânienne, comme lorsque survient un accident cérébrovasculaire ou une infection.Pourquoi ne seraient-elles pas aussi envoyées au front lors du déclenchement de l’alzheimer?Pour le savoir, Serge Rivest a mis à contribution ses souris de laboratoire, génétiquement programmées pour développer la maladie.Après quelques manipulations donnant aux microglies de moelle osseuse une fluorescence verte - pour les distinguer des microglies du cerveau -, il a pu observer ce que nul autre n’avait encore vu.Avant que la maladie ne remporte finalement la bataille, les microglies de moelle osseuse sont bel et bien présentes dans le cerveau et elles travaillent d’arrache-pied pour limiter la propagation des plaques de protéines bêta-amyloïdes.Les preuves recueillies par l’équipe de Serge Rivest sont limpides.Sur les images du cerveau des souris, obtenues avec un puissant microscope après que les petits rongeurs eurent légué leur corps à la science, on distingue clairement les microglies vert fluo massées autour des plaques de protéines.Leurs longs bras y plongent profondément.La reconstitution en 3D montre sans équivoque qu’elles sont en plein festin : des morceaux de bêta-amyloïdes se trouvent à l’intérieur des microglies.Lorsque les souris ont cinq ou six mois, au moment où les plaques amyloïdes commencent à envahir le cerveau, les microglies de moelle osseuse sont massivement recrutées par l’organisme.Mais, après cette bataille, leur nombre diminue.« Comme si elles abandonnaient la partie devant l’ampleur de la tâche », dit Serge Rivest.Les microglies du cerveau restent seules au front, démunies.En quelques mois, le nombre et le volume de plaques de bêta-amyloïdes doublent dans le cerveau des souris.C’est le début de la fin : « Elles ont l’air normal, mais quand on les soumet à des tests d’apprentissage et de mémoire, on voit que la maladie d’Alzheimer a commencé à attaquer leurs neurones », dit Alain Simard, un étudiant au doctorat qui a cosigné l’article dans Neuron.Pour étayer encore davantage son hypothèse, Serge Rivest a eu recours à une autre astuce.Il a produit des souris dotées d’une double modification génétique : elles étaient programmées pour développer la maladie d’Alzheimei; mais étaient également dépourvues des microglies issues de la 26 Québec Science I Mai 2006 «Au début de la maladie, les neurones ne sont pas morts, ils sont surtout désorganisés.Grâce à un traitement rapide, instauré dès les premiers signes de déclin cognitif, ces cellules nerveuses pourraient être sauvées», dit le docteur Serge Rivest.moelle osseuse.Comme le chercheur l’avait prévu, elles sont tombées malades beaucoup plus rapidement que leurs congénères qui pouvaient compter (pour un temps au moins) sur l’ardeur de leurs microglies.Fort de ces résultats, Serge Rivest a donc procédé à un petit bricolage génétique, pour que ces cellules immunitaires combattent l’ennemi mieux et plus longtemps.Les quatre souris blanches qui trottinent dans leur cage sont les premières volontaires soumises à cette technique.Rien n’y paraît, mais elles viennent de bénéficier d’une thérapie génique qui protégera peut-être leurs neurones contre les envahissantes plaques de bêta-amyloïdes.Le chercheur a prélevé des cellules souches de leur moelle osseuse et leur a ajouté des gènes augmentant leur aptitude à digérer les plaques.Il a ensuite réinjecté ces cellules « améliorées » aux souris.Comment s’assurer ensuite qu’elles se dirigent vers le cerveau ?C’est la beauté de la chose : les microglies sont naturellement attirées par les plaques de bêta-amyloïdes, grâce à leurs récepteurs conçus pour repérer les pathogènes.De plus, comme on traite chaque souris à partir de ses propres cellules souches, il n’y a aucun risque de rejet.Cette façon de s’attaquer au mal sournois qui guette une partie des personnes âgées suscite l’intérêt de la directrice générale de la Fédération québécoise des sociétés alzheimer, Nathalie Ross : « Cela semble prometteur, puisque cette thérapie n’agirait pas seulement sur les symptômes, contrairement aux médicaments actuels», commente-t-elle.Le directeur scientifique du Centre de recherche de l’Hôpital Douglas, Rémi Quirion, une sommité dans le domaine, estime aussi qu’il s’agit d’une percée prometteuse, mais il pense que cette maladie doit être attaquée sur plusieurs fronts.« D’autres stratégies intéressantes sont actuellement mises au point par des équipes un peu partout dans le monde, souligne-t-il.Dans le futur, la maladie d’Alzheimer sera probablement traitée grâce à une combinaison de médicaments et d’approches, un peu comme le cancer ou l’hypertension aujourd’hui.» Serge Rivest souhaite évidemment que sa technique y figure en bonne place.Les résultats mitigés obtenus à ce jour par les cellules souches dans le traitement des maladies neurodégénératives n’entame en rien son enthousiasme.«Jusqu’à maintenant, les chercheurs ont injecté des cellules souches embryonnaires dans le cerveau en espérant qu’elles deviennent de nouveaux neturones.Mais ces fragiles cellules ne peuvent pas survivre dans un milieu inflammatoire, hostile et rempli de débris cellulaires », explique Serge Rivest.Les cellules souches de moelle osseuse, destinées à devenir de redoutables microglies, survivent au contraire très bien dans ce milieu.« Pour que le traitement soit efficace, il faudra probablement soumettre ces cellules immunitaires à plusieurs modifications génétiques », croit Alain Simard.Mais les deux hommes ne sont pas à court d’idées.Pour asservir davantage de microghes, ils comptent leur ajouter un gène qui augmentera leur sensibilité aux chimiokines, des molécules sécrétées en quantité par un cerveau en proie à l’inflammation.D’autres gènes pourront augmenter leur appétit pour les plaques.Des dizaines de petites souris attendent sagement dans leur cage de pouvoir servir la science en testant toutes ces hypothèses.Et des dizaines de patients attendent les résultats.« Une fois qu’ils ont un diagnostic d’alzheimer, ils savent ce qui les attend », dit Serge Rivest.Malheureusement, les essais cliniques ne seront pas pour tout de suite.Le temps de raffiner le procédé, son équipe a encore du boulot pour 10 ans.« Si tout va bien, nous pourrions alors com- mencer les essais cliniques, qui dureraient cinq autres années », précise Alain Simard.Grâce à leur technique, les deux chercheurs espèrent stopper l’accumulation de plaques de bêta-amyloïdes, et même arriver à les faire régresser.« Au début de la maladie, les neurones ne sont pas morts, ils sont surtout désorganisés par l’accumulation de bêta-amyloïdes», poursuit Serge Rivest.Grâce à un traitement rapide, instauré dès les premiers signes de déclin cognitif, les neurones pourraient peut-être échapper à la mort.« Une fois libérés de l’emprise des plaques, ils pourraient se réorganiser et créer de nouvelles connexions entre eux.» La plasticité neuronale, cette capacité de régénération du cerveau, est effectivement un phénomène de plus en plus reconnu, confirme Rémi Quirion.Alors, réversible l’alzheimer?C’est optimiste, mais pas impossible.QS D'autres pistes prometteuses ?C'est en 1906, il y a tout juste 100 ans, que le neurologue allemand Alois Alzheimer identifie pour la première fois la maladie qui porte son nom.À la suite du décès d'un patient, il pratique une autopsie et remarque les « plaques » qui recouvrent les neurones.Un siècle plus tard, on en connaît beaucoup plus sur la composition de ces plaques de protéines (bêta-amyloïdes) et sur la façon dont elles s'accumulent dans le cerveau.Mais on ne comprend pas encore quel est le (ou les) déclencheur de ce processus.«Il est possible que l'on découvre un jour que ces plaques amyloïdes ne sont en fait que la conséquence d'un autre dysfonctionnement du cerveau dont on ignore tout pour l'instant», souligne Rémi Quirion, directeur scientifique du Centre de recherche de l'Hôpital Douglas.On n'a pas non plus trouvé de traitement pour guérir les malades qui en sont affectés.Les médicaments le plus souvent prescrits (Aricept, Exelon et Remynil) augmentent la concentration d'un neurotransmetteur déficitaire chez les malades, l'acétylcholine.Un nouveau venu, la mémantine (Ebixa), bloque les récepteurs du glutamate, un neurotransmetteur agissant sur la mémoire, qui se trouve en excès dans le cerveau des patients.Ces pilules diminuent les symptômes, mais ne stoppent pas la maladie.Dans les laboratoires, on s'affaire donc à trouver d'autres solutions, comme s'attaquer aux funestes plaques de bêta-amyloïdes.En plus des travaux de Serge Rivest sur les microglies, une compagnie de Laval, Neurochem, a mis au point un médicament qui semble permettre à l'organisme d'éliminer les fameuses protéines avant qu'elles ne s'accumulent en trop grande quantité.Son produit, Alzhemed, est actuellement testé chez l'humain.D'autres équipes misent sur un vaccin.Les premiers essais cliniques menés par des chercheurs de l'université du Michigan (financés par deux compagnies pharmaceutiques.Elan Corporation et Vtyeth Pharmaceuticals) ont cependant mal tourné.Quelques patients ont subi des encéphalites et on a suspendu les essais en 2002.L'autopsie de ces patients (décédés plus tard d'autres causes) a convaincu les chercheurs de se remettre au travail: leur vacdn avait effectivement réduit les plaques.Ils ont donc conçu une autre préparation injectable, contenant des anticorps plutôt que la protéine elle-même.Mai 2006 I Québec Science 27 r Alimentation Cette céréale, indispensable à la survie de milliards de personnes, est convoitée par d’avides chasseurs de gènes.Le riz sera-t-il un jour privatisé?par Fabien Gruhier La bataille Peu de gens le savent mais, en 1998, le riz basmati a bien failli devenir la propriété du prince de Liechtenstein, un des plus petits et des plus riches pays du monde ! Cette année-là, RiceTec, une compagnie de biotechnologie texane obtenait un brevet exclusif sur le riz basmati, sous prétexte de l’avoir « inventé» à la suite du croisement de variétés traditionnelles indiennes et pakistanaises avec des riz nord-américains.RiceTec est la propriété à 100 % du prince souverain Hans Adam II de Liechtenstein.Ainsi, le richissime potentat d’une microscopique principauté d’Europe, où jamais ne poussa le moindre épi de riz, faisait main basse sur un patrimoine naturel et culturel développé au fil des siècles par des paysans asiatiques.Théoriquement, ces derniers auraient même dû payer des.royautés au prince, pour continuer à cultiver cette céréale.En tout cas, les importations de riz basmati aux Etats-Unis auraient été taxées, pour alourdir encore un peu l’escarcelle du monarque sans scrupule.Heureusement, c’était trop gros.Ce cas flagrant de biopiraterie a suscité une contre-attaque internationale de diverses ONG alliées au gouvernement indien, auquel cette action judiciaire a coûté cher, notamment en frais d’avocats.Aux dernières nouvelles, le brevet princier a été en grande partie cassé; seules trois variétés spécifiques de « croisements avec basmati » demeurant la propriété de leur « inventeur », RiceTec.Cette victoire relative ne satisfait pourtant pas les pays asiatiques concernés.Car, comme beaucoup d’autres espèces végétales, le riz, nourriture de base de plus de 2 milliards de personnes vivant dans les pays en développement, est devenu l’enjeu d’une bataille économique planétaire.La société RiceTec s’est même payé le luxe de récidiver en développant, en collaboration avec l’université de Floride, une variété du fameux riz jasmin thaïlandais.« Il s’agit d’un cas flagrant de biopiraterie qui va mettre l’existence de nos paysans en péril », constate un juriste du ministère de l’Agriculture de Bangkok.Les exportations de ce riz, « parfumé subtilement comme la fleur blanche du jasmin », représentent l’une des principales sources de 28 Québec Science I Mai 2006 fA .4^ TP ^t/ î Su, .^ ‘ - .-^ Wr Jt u Mai 2006 | Québec Science 29 u-Ji iïfcr^ l.^ .•'ii -r '\ ' "Ti :y*-£ I -'
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