Québec science, 1 janvier 2007, Novembre
Le Québec dans la course aux diamants Astéroïdes attention.danger! Les incroyables aventures du capitaine Bemier I ¦ .Ë- {BAnQ Science Æ 3NDAGE EXCLUSIF eurs médicales, ections socomiales, tes d’attente.dgré tout, les ébécoisfont ¦ anceàleurs I cteurs.A 065385637616 YiO'^è W CENTRE DES SCIENCES DE MONTRÉAL ¦mi m// mm K; "mt centredessciencesdemontreal Hydro Certifié Qualité tourisme TE LU S" Canada W SOCIÉTÉ DU VIEUX-PORT DE MONTRÉAL NOVEMBRE 2007, VOLUME 46, NUMERO 3 www.cybersciences.com Espace-temps 8 Le ciel va-t-il nous tomber sur la tête?Un gros caillou pourrait entrer en collision avec la Terre.Les scientifiques s'organisent.Par Olivier Rey La Terre et nous 10 Des sacs, du sable et du feu Au Niger, on fabrique des pavés avec de vieux sacs de plastique.Par Stéphane Blais La vie, la santé 12 De l’or gris en banque Pour étudier ce qui se passe dans notre tête, il faut trouver des cerveaux.Par Francois X.Côté Inno techno ÉiiC 14 Un ordinateur à ADN Un cégépien de 18 ans a imaginé un ordinateur liquide pour diagnostiquer les cancers.Par Joël Leblanc Planète ADN 16 Décode-moi mon génome )La médecine génétique prédictive, K J I il h i 6 7 8 nfê c'est pour demain.Mais à quoi Sk cela va-t-il servir?0 Par Jean-Pierre Rogel 17 ENQUETE SUR NOS MEDECINS 18 Le pouls du monde Les Québécois font confiance à leurs médecins, révèle un sondage exclusif de Québec Science.20 Médecins de1 Ils ne sont pas des héros.Ils ne s des machines.Tous les jours, ils de se tromper et, par-dessus to mourir leurs patients.Par Marie-Pier Elie loulfent; ils ont peur : peur de voir 29 Des chiffres et des soins 30 L’épreuve du feu Comment transforme-t-on un étudiant en médecin?Par Catherine Dubé 35 Les frontières de la médecine Les médecins formés à l'étranger sont deux fois moins nombreux au Québec que dans l'ensemble du Canada.Nos exigences sont-elles trop élevées?Par Catherine Dubé La ruée vers le nord 36 Un bouclier de diamants On vient d'extraire 4 000 carats de diamants dans la région des monts Otish, dans le nord du Québec.Le Klondike?Par Thomas Gervais Trous de mémoire 40 Kapitaikallak Au nom du Canada, le capitaine Joseph-Elzéar Bernier a revendiqué l'archipel arctique au complet.Histoire d'un héros oublié.Par Stéphane Despatie Science culture lance Portfolio 49 Cabine avec vue Bien Vu! 50 La médecine paradoxale Sauver des vies, soulager la souffrance, écouter le malheur.N'est-ce pas beaucoup demander aux médecins?Par Serge Bouchard et Bernard Arcand 45 Aujourd'hui le futur Par Philippe Desrosiers 46 Jeux Par Jean-Marie Labrie 48 Suivez le guide.Par Julie Picard IBillet Par Raymond Lemieux t- : ti-i' l: Tant qu'y m'restera que'qu'chose dans le frigidaire r I) I: I», , ne montagne qui accouche d’un castor pas de dents ! » Claude Villeneuve est en verve, comme souvent.Ce biologiste - notre « Monsieur Atmosphère » rien de moins (1) - joue les rabat-joie pour parler de la nouvelle version du Protocole de Montréal, produite en septembre dernier.Cet accord, conclu une première fois il y a maintenant 20 ans, vise à restaurer la couche d’ozone en haute altitude.Il est unanimement considéré comme une réussite en droit international de l’environnement: les pays du monde ont trouvé le moyen de s’entendre pour éliminer les gaz qui s’attaquent au bouclier nous protégeant des rayons cosmiques mortels.Le Protocole a été amendé cinq fois au fil des progrès de la chimie industrielle.Des produits moins nocifs sont maintenant en usage, de sorte que la couche d’ozone pourrait être complètement réparée en 2070.Mais la dernière version du Protocole a de quoi laisser perplexe plus d’un écologiste.Les signataires ont accepté de bannir les hydrochlorofluorocarbones (HCFC) pour laisser une plus grande place aux hydrofluorocarbures (HFC).C’est ça, le castor pas de dents ! Quelques notions de chimie s’imposent ici.Les HCFC contiennent du chlore, la molécule du diable pour notre fragile couche d’ozone.Bien qu’ils soient moins nocifs que les halons et les fréons que l’on utilisait abondamment il y a 20 ans, ils perturbent tout de même le ciel et l’équilibre de la haute atmosphère.Les HFC, eux, ne contiennent pas de chlore.Mais si ces heureux HFC ne font aucun mal à la couche d’ozone, ils sont parmi les gaz à effet de serre inscrits à l’autre protocole, le gros, celui de Kyoto.Vous l’aurez compris : ils favorisent le réchauffement climatique.Et pas à peu près ! Ils sont jusqu’à 24 000 fois plus dommageables que le gaz carbonique.La Communauté européenne avait d’ailleurs émis un avis officiel il y a trois ans pour bannir ces HFC dans les climatiseurs des véhicules automobiles.On corrige un problème environnemental pour en aggraver un autre ?L’Alliance pour une politique atmosphérique responsable fait 4 Québec Science | Novembre 2007 lO' lu lit.a:r.- te kr: \ I h la promotion des HFC.Mais de qui exactement est composé cet organisme ?National Refrigerants, Honeywell, Dupont, Dow.Bref, tout ce qui œuvre dans la réfrigération et dans la chimie.Le Protocole de Montréal est-il devenu leur affaire ?C’est là que j’ai appelé Claude Villeneuve à l’Université du Québec à Chicoutimi.Il comprend à peu près tous les travers, toutes les subtilités sociales, politiques et scientifiques entourant les enjeux environnementaux.Même les ministres le consultent.« Les pays blêmes (on comprend qu’il ne s’agit pas des pays |e-s.d’Afrique ou d’Asie.) avaient sonné l’alarme au début des années 1980 quand les scientifiques ont découvert que la couche d’ozone s’amincissait dangereusement et que cela pouvait provoquer jusqu’à 100 millions de morts par cancer de la peau », rappelle-t-il.« Puis, on a trouvé une solution) de remplacement aux gaz réfrigérants.Une solution payante pour 1’industriells-Q chimique.C’est en fin de compte[ assez simple.» Le plus fou dans tout ça ?« On al applaudi la Chine, signataire du Pro-K-, tocole de Montréal, parce qu’elle abE; décidé de bannir les HCFC d’ici 2030 plutôt que 2040.Elle en fera tout de même usage pendant encore 25 ans et, puisque ce sont des gaz qui ne contribuent pas à l’effe fc de serre, elle obtiendra des « crédits de carbone », autremen dit des droits d’émettre du C02, amplifiant ainsi le problètm nettement plus complexe des changements climatiques.» Dans les prochaines années, nos réfrigérateurs seront peutj:;’ être importés de Chine.Sans HCFC, mais bourrés de HFC.El on fermera notre gueule de castor-pas-de-dents.Il y a quelqnf:; chose qui me dit qu’un bon matin, on finira peut-être par le regretter.P' - (1) Claude Villeneuve a signé un ouvrage très bien fait sur le climat en mutation : Vivre les changements climatiques, aux Editions Multimondes.Le livre vient tout juste d’être réédité et mis à jour.Une référence ! ISdence Rédacteur en chef Raymond Lemieux rlemieux@quebecscience.qc.ca Rédactrice en chef adjointe Pascale Millot p.millot@quebecscience.qc.ca Reporters Catherine Dubé, Marie-Pier Elie et Noémi Mercier Collaborateurs Bernard Arcand, Stéphane Blais, Serge Bouchard, François X.Côté, Stéphane Despatie, Philippe Desrosiers, Thomas Gervais, Jean-Marie Labrie.'Joël Leblanc, Julie Picard, Olivier Rey et Jean-Pierre Rogel Correcteur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Yves Beaulieu, Frefon, Marie-Claude Hamel, Yves Médam, Yves Provencher Direction Sylvie Bergeron Adjointe administrative Nicole Lévesque Responsable de la diffusion Sylvie Bergeron ;dj|]$Il PUBLICITE LOCALE ET NATIONALE Mc3 média Michel Laurier 1514) 397-4000 jtdtflJu michel.laurier® mc3media.ca «fs, 5ITES INTERNET qiitse www.cybersciences.com .i Responsable: Noémi Mercier •'1 n.mercier@quebecscience.qc.ca www.cybersciences-junior.org depW Responsable: Catherine Dubé ;])lvir; courrier@cybersciences-junior.org Abonnements taxes incluses) Au Canada : 1 an = 43,04 $, A l'étranger: 1 an = 54 $, 2 ans = 95 $, 3ans= 139 î 5our abonnement et changement d'adresse towecom France, rue de ta Prairie, Villebon sur Vette, 91763, Palaiseau cedex, France ï|cflfc' igiticulage électronique et impression : Interweb iqrit listribution en kiosques : Les Messageries Benjamin 11 épôt légal : Bibliothèque nationale du Québec roisième trimestre 2007, ISSN-0021-6127 Répertorié dans Repère , t dans l’Index des périodiques canadiens.11'P Copyright 2007 - La Revue Québec Science.Tous droits de iproduction, de traduction et d'adaptation réservés.i m jflf 11024.Retournez toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de j.les exigences publicitaires.Les journalistes de Québec Science sont tenus de f Bu® specter le guide de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes i Québec.Québec Science, magazine à but non lucratif, est publié 10 fois l'an par , revue Québec Science.U direction laisse aux auteurs l'entière responsabilité de s ; |’{j|{t urs textes.Les manuscrits soumis à Québec Science ne sont pas retournés.Les res, sous-titres, textes de présentation et rubriques non signés sont attribuables b rédaction.Le contenu de ce magazine est produit sur serveur vocal par .ludiothèque pour les personnes handicapées de l'imprimé, nu*® léphone : Québec (418) 627-8882, Montréal (514) 393-0103 Minlttén du Diveloppemtnt économlqut._ —™ „„ Canada Quebec an ébec Science est supporté par le Cégep de Jonquière et reçoit l'aide financière iiPr ministère du Développement économique de l'Innovation el de l'Exportation.us reconnaissons l aide financière accordée par le gouvernement du Canada r nos coûts d'envoi postal el nos coûts rédactionnels par l'entremise du ramme d'aide aux publications et du fonds du Canada pour les magazines La Revue Quebec Science 4388, rue Saint-Denis, bureau 300 Montréal (Québec) H2J 2L1 Tél.: 15141 843-6888 Téléc.: 15141 843-4897 courrier@quebecscience.qc.ca Magazines du Québec CEGEP de Jonquière Courrier courrier@quebecscience.qc.ca Et le bonheur dans tout ça?Pour Denis Carrier, de Notre-Dame-du-Nord, nous ne sommes pas tous égaux devant le bonheur, comme l’écrivait notre rédacteur en chef, Raymond Lemieux, dans son Billet (septembre 2007).«Comment ignorer que la stupidité est un préalable au bonheur?Etre conscient que nous sommes tous alignés dans le corridor de la mort est, je crois, un obstacle majeur au bonheur.Etre capable de “ne pas penser” est une prérogative des Roger-bon-temps et autres lunatiques-nés.» Le Québec a le vent dans les voiles Éric Gagnon, de Montréal, a une suggestion à faire aux politiciens à la suite de la lecture de notre article sur l’énergie éolienne («La ruée vers l’air», septembre 2007).«Merci d’avoir élargi - ou plutôt rehaussé - le débat à plus de mille mètres du sol! Mais j’aurais aimé que vous souligniez le fait que ces ballons et cerfs-volants possèdent deux atouts majeurs: ils sont invisibles et inaudibles à partir du sol! Combien de fois par mois entend-on des commentaires sur le bruit et la laideur des éoliennes classiques?J’aimerais qu’un Gaspésien interrogé à la radio ou à la télévision dise un jour: “Pourquoi ne nous installerait-on pas un ballon à pales à la place?J’ai lu ça l’autre jour dans Québec Science/” Qui sait?Il y aura peut-être un politicien à l’écoute.» À la lecture du même article, Michel Roy, de Sept-Iles, aurait souhaité que nous abordions une autre façon de conserver l’énergie du vent: transformer l’eau en hydrogène et en oxygène pour ensuite s’en servir comme combustible.«C’est totalement écologique, sans compter que l’on n’a pas besoin de cheminée pour brûler l’hydrogène.En effet, celle-ci se consume en laissant de l’eau comme seul résidu.Il n’y a pas de perte, le rendement de la combustion approche les 100% et on peut accumuler l’hydrogène dans les réservoirs, comme le propane.En outre, la ma- jeure partie de l’énergie consommée l’est pour le chauffage, c’est une solution que les gens sérieux envisagent, avec les piles à combustion.» Pour la rédaction de ce reportage, notre journaliste, Joël Leblanc, a effectivement exploré les autres méthodes de stockage de l’énergie éolienne, mais aucune d’elles ne s’avère vraiment satisfaisante pour le moment, et surtout pas l'hydrogène.«Le rendement de la conversion électricité-hydrogène est bien inférieur à 100%, confirme le professeur au département de génie électrique de l’Université Laval, Maxime Dubois.On doit d'abord obtenir l'hydrogène par élec- des sciences ^ Québec des sciences Les médecins méritent-ils notre confiance?Animé par Yanick Villedieu (tes Annees-Zum/ère, Radio-Canada) Le mardi 13 novembre 2007 de 17h30à19h30 au bistro Zonorange, 291, rue Saint-Vallier Est, suite 002, Québec L’entrée est libre, mais assurez-vous d'avoir une place en vous inscrivant au (514) 843-6888 poste 21.H iScience www.cybersciences.com À Montréal Le mercredi 21 novembre 2007 à 18 h, au Cégep de Saint-Laurent, 625, avenue Sainte-Croix, arrondissement Saint-Laurent Pour informations : Katryne LaChance au (514) 747-6521 poste 7461 Novembre 2007 I Québec Science 5 La ruée vers l’air On sait maintenant stocker l'électricité produite par les éoliennes.EDe pourrait même être transportée par navire.trolyse de l'eau.Des essais effectués à l'Institut des Technologies de l'Hydrogène, à Trois-Rivières ont permis de mesurer que le rendement énergétique de ce procédé n'est que de 58,6% (énergie investie vs énergie effectivement stockée).Puis, lors de la reconversion de l'hydrogène en électricité, les meilleures piles à combustibles ont offert un rendement de 45%.Donc, le rendement total de la chaîne n’est que de 26,4 % (58,6 % x 45%).Il est aussi possible d'obtenir l'hydrogène en l'extrayant du gaz naturel par une série de réactions chimiques.Le rendement est aussi inférieur à 50% et cette solution n'est valide que tant qu'il nous reste du gaz naturel en quantité suffisante sur la planète.» Les condensateurs, qui stockent de l’énergie sous forme de champs magnétiques, coûtent quant à eux beaucoup trop cher.Utiliser l’éolienne pour pomper de l’eau dans un barrage construit spécialement à cette fin et accumuler ainsi de l’énergie potentielle coûterait aussi trop cher.Et si on utilisait l’éolienne pour comprimer de l’air dans un grand réservoir et utiliser cet air comprimé pour faire tourner des génératrices lorsque nécessaire?Rendement plutôt faible ici aussi.Les piles rechargeables, qui stockent de l’énergie chimique, ont une espérance de vie trop courte et doivent être remplacées tous les cinq ans.Mario Boyer, de Saint-Sauveur, est un lecteur de Québec Science depuis plus de 30 ans.Il a lui aussi des choses à dire sur la «Ruée vers l’air».«Selon moi, la quantité d’énergie produite par les éoliennes est beaucoup trop importante pour être emmagasinée dans des volants sous forme cinétique.Néanmoins, ce serait une excellente idée pour, par exemple, accélérer un autobus ou un camion lorsque le feu passe au vert, lesquels auraient utilisé l’énergie emmagasinée dans le volant d’inertie.Ou encore, ils pourraient tirer leur énergie d’une pente descendante pour mieux en monter une autre.Reste à concevoir les moteurs-générateurs, les contrôles et les commandes qui pourraient prendre l’énergie du camion à vitesse variable et la transférer dans le volant d’inertie, lui aussi à vitesse variable, et vice-versa.Voilà peut-être une solution efficace pour économiser le carburant.» Vers et glace Pour éviter toute confusion, la dernière période glaciaire s'est terminée ily a environ 10 000 ans et non pas 100 000 ans comme pourrait le laisser croire une phrase de notre article «Les soldats de l'ombre» (septembre 2007).Par ailleurs, la majorité des forêts du sud du Québec (90%) poussent dans des sols acides.On ne retrouve dans le Québec méridional que de faibles étendues de forêts dont le sol présente un pH neutre à calcaire : c’est uniquement dans ces sols que vivent les vers de terre.6 Québec Science I Novembre 2007 ENCONTRES INTERNATIONALES DU DOCUMENTAIRE DE MONTRÉAL DU 8 AU 18 NOVEMBRE 2007 Volet science et environnement présente par Télé-Québec au Coeur des sciences de ('UQAM 19 documentaires -> Plusieurs premières mondiales ou nord-américaines -> 26 projections -> Nombreux événements spéciaux www.ndm.qc.ca www.coeurdessciences.uqam.ca cœur des sciences UQÀM EcoCamera est organisé avec la collaboration de UQÀM Montréal $5Î Le centre d’imagerie médicale RésoScan CLM, Polyp - une porte ouverte sur votre corps Des services de très haute technologie : V Tomographie par Émission de Positrons (TÉP/CT), pour la détection précoce et précise des cancers et leur suivi V Imagerie par Résonance Magnétique (IRM), pour une investigation détaillée surtout des problèmes neurologiques, musculo-squelettiques et de la colonne vertébrale V Tomodensitométrie (CT Scan) à multi-détecteurs, les indications sont essentiellement neurologiques, pulmonaires, abdominales et dentaires (implants, art.Temporo-mandibulaires) Coloscopie virtuelle, permet le dépistage précoce et précis, sans sédatif, des polypes, précurseurs du cancer du colon 'S Échographie, examen précis et polyvalent, sans radiation, de l’abdomen, du foetus (3D), du coeur, des organes gynécologiques, des articulations et des vaisseaux sanguins (Doppler) V 'S Mammographie, pour le dépistage, le diagnostique et le suivi du cancer du sein.Centre accrédité par le Programme Québécois pour le Dépistage du Cancer du Sein (PQDCS) V Radiologie numérique, sans film, efficace et précise Ostéodensitométrie, étudie la densité osseuse et l’ostéoporose V Le plus IMPORTANT centre d'imagerie médicale en Montérégie V Rendez-vous rapides V Technologies avant-gardistes V Accueil Chaleureux V Environnement convivial V Médecins radiologues et nucléistes hautement spécialisés RésoScai clm 2984, Boulevard Taschereau, Greenfield Park À proximité de l’hôpital Charles LeMoyne 450-671-6173 www.resoscan.com temps Le ciel va-t-il nous tomber sur la tête?Un gros caillou pourrait entrer en collision avec la Terre.Les scientifiques s’organisent.Par Olivier Rey iwm \ '¦ s : -m C'est dans le cadre de la mission ' A:-} L’espèce humaine pourrait-elle disparaître comme les dinosaures, anéantie par un énorme astéroïde ?Le risque est minime, mais il existe bel et bien.Cette probabilité est en tout cas suffisamment prise au sérieux pour que l’Association des explorateurs de l’espace (ASE) travaille actuellement sur un rapport qu’elle remettra à l’ONU en 2009.Apophis, un bel astéroïde de près de 400 m de long, a été détecté en 2004.Les calculs des scientifiques sont formels : il viendra frôler la Terre en 2029.À son passage il pourrait d’ailleurs faucher un ou deux satellites géo stationnaires naviguant à 36 000 km au-dessus de nos têtes Les astronomes estiment à un million le nombre d’ob jets géocroiseurs (qui présentent un risque d’entrer en : contact avec la Terre) d’environ 40 m de diamètre « Les plus dangereux font plus de un kilomètre de dia mètre.Nous estimons en avoir repéré 75 %.Mais il er existe sûrement de nombreux autres, plus petits », ex 8 Québec Science I Novembre 2007 plique Andrés Galvez, responsable scientifique de la mission Don Quichotte, à l’Agence Spatiale Européenne (ESA).Ce Don Quichotte ne chargera pas les moulins à vent; la mission a un but plus prosaïque : tenter de faire dévier de sa trajectoire un astéroïde qui s’aventurerait un peu trop près de nous.La NASA aussi a du pain sur la planche.Elle doit répertorier 90 % des géocroiseurs de plus de 140 m de diamètre d’ici 2020.Mission qui, même si elle est menée à bien, n’empêchera pas quelques tueurs de rester tapis dans l’ombre.« Certains objets, comme les comètes, ont des orbites qui les éloignent aux confins du système solaire pendant des milliers d’années, dit Andrés Calvez.L’un d’eux pourrait revenir vers nous dans un temps relativement court.» Alors, que faire contre un astéroïde qui-s’aventurerait un peu trop près de nous ?Pour Rusty Schweickart, un ancien astronaute, fondateur de l’ASE I et responsable du rapport destiné à l’ONU, plusieurs moyens existent.11 Un satellite pourrait être mis en orbite autour de l’astéroïde et servir de «tracteur gravitationnel».L’ESA prévoit quant à elle d’envoyer une sonde (un «impacteur kinétique») qui pourrait percuter l’astéroïde.Mais il faudra s’y prendre au moins 10 ans à l’avance.Le principe est le même que pour un pétrolier géant qui, lancé à pleine vitesse, commence à braquer des kilomètres avant lorsqu’il faut modifier sa trajectoire.Autre difficulté: construire un satellite suffisamment massif pour qu’il ait une influence gravitationnelle sur un astéroïde.En dernier recours, si le temps manque, ou si le tueur est du genre iultra-costaud, « on ne peut pas écarter e recours à une charge nucléaire ancée sur l’astéroïde pour le dé-.j tourner ou le faire exploser», ex-| plique Andrés Calvez.Pour Rusty Schweickart, il serait ^ m tout cas grand temps que les nations en se réveillent.Pour l’instant, seuls les •(i# Qiflt Etats-Unis s’attachent à traquer les meurs potentiels.Et seule PESA entend Qla faire un essai de déviation d’un as istéroïde entre 2012 et 2015.22 Allah est partout.même dans l’espace Le 10 octobre dernier, le Malaisien Sheikh Muszaphar Shukor est devenu le premier musulman à se rendre dans l’espace pendant le ramadan.La Station spatiale internationale se prête-t-elle au jeûne que les croyants doivent observer du lever du soleil au crépuscule, pendant cette période?Le ministère des Affaires islamiques de Malaisie a concocté à ce sujet un petit guide qui sera traduit en russe, en arabe et en anglais.Le fascicule donne le choix à l’astronaute : faire un jeûne de remplacement une fois de retour sur Terre, ou jeûner selon l’heure de Baikonour, au Kazakhstan, d’où il a décollé.Lïsiam exige également cinq prières quotidiennes de ses fidèles.Là-haut, cela équivaudrait à 80, puisque la Station fait le tour de notre planète 16 fois en 24 heures.Heureusement, le Ministère a autorisé Sheikh Muszaphar Shukor à se contenter du nombre de prières observé sur Terre.Du nouveau sur la fin des dinosaures 0n a peut-être enfin trouvé l'origine du météorite qui a provoqué l’extinction des dinosaures en s’écrasant à Chicxulub, dans la péninsule du Mjcatan, il y a 65 millions d’années.Selon des astronomes du Southwest Research Institute de Boulder, au Colorado, le rocher fautif serait «né» ii y a 160 millions d’années.À l’époque, une collision entre deux «cailloux» de la ceinture d’astéroïdes (un géant de 170 km de diamètre et un plus petit) aurait créé un ensemble de fragments appelés «la famille Baptistina ».La plupart seraient restés entre Mars et Jupiter, mais d’autres auraient abouti dans nos parages.Un morceau particulièrement massif aurait percuté la Terre, engendrant une réaction en chaîne qui a signé l’arrêt de mort des dinosaures.Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs se sont basés sur des simulations informatiques.Gomme antique Quoi de plus désagréable que de trouver sous sa semelle une vieille gomme à mâcher qu’un autre a négligemment jetée?Sauf s’il s’agit d’une relique vieille de 5 000 ans ! Une étudiante écossaise en archéologie a en effet découvert, lors de fouilles en Rnlande, le plus vieux chewing-gum du monde.Composé de goudron d’écorce de bouleau, il porte même de belles traces de dents ! Les gens du Néolithique se servaient de cette résine comme antiseptique contre les infections aux gencives et l’utilisaient aussi comme une colle pour réparer les poteries et les flèches.Avant d’annoncer sa découverte, la jeune femme a étudié attentivement sa trouvaille.«J’avais peur qu’il s’agisse d’un bout de crotte fossilisée», a-t-elle confié à un quotidien écossais.Novembre 2007 I Québec Science 9 GRIMAGES et nous Des sacs, du sable et du feu Au Niger, un des pays les plus pauvres du monde, des artisans ont réussi à fabriquer des pavés en recyclant de vieux sacs de plastique.Par Stéphane Blais .¦ «.Comme dans bien des villes d'Afrique, les sacs de plastique prolifèrent à Niamey, capitale du Niger.Ces «fleurs nationales» sont un fléau pour l'environnement.Dans un terrain vague, en banlieue de Niamey, 600 tonnes de sacs de plastique s’amoncèlent dans un hangar.Ils ont été ramassés dans un seul quartier de la ville par des membres de l’organisme RESEDA, un réseau d’entreprises qui a trouvé une manière pour le moins originale de les recycler : en faire des pavés pour construire des routes.« On fait d’abord fondre les sacs de plastique dans un four; on obtient ainsi une pâte, à laquelle on ajoute du sable.Au bout de 30 minutes, on verse la mixture obtenue dans des moules », explique le responsable de la production, Osseinni Amadou.En moins de 45 minutes, les pavés sont prêts à être utilisés.Très économiques, ces briques plastifiées sont aussi sans danger pour l’environnement.« Nous trions les sacs et nous n’utilisons que ceux qui sont en polyéthylène; ils ne contiennent pas de chlore et ne dégagent pas de dioxine ou de produits toxiques.» Les pavés sont également à toute épreuve, affirme Osseinni Amadou, démonstration à l’appui.« Vous voyez, 10 Québec Science I Novembre 2007 dit-il en en lançant un de toutes ses forces.S’il avait été en ciment, il se serait tout de suite cassé.Le ministère des Travaux publics du Niger a d’ailleurs fait des tests et conclu que nos pavés sont plus solides.» Dans un pays où sévissent famine et pauvreté, cette innovation génère en plus un revenu pour une partie de la population.La cueillette des déchets plastiques est effectuée par des citadins désœuvrés, moyennant une rémunération équivalant à 1 $ pour 16 kg.Depuis quelques années, la chasse aux sacs est ouverte dans plusieurs régions du continent noir.Et pour cause : enfouis dans le sol, ils favorisent la désertification; les animaux qui les mangent meurent d’occlusion intestinale; l’eau de pluie qui s’y accumule offre un nid idéal aux moustiques porteurs du paludisme.On a donc pris des mesures énergiques.En Afrique du Sud, les commerçants qui en font usage risquent une peine d’emprisonnement.Au Rwanda, ceux qui les laissent traîner dans les rues de Kigali encourent une amende très salée, et les touristes se les font confisquer • TFPHANF BLAIS à la frontière.Ils ont été éliminés dans la ville de Lubumbashi, en République démocratique du Congo.Dans l’île Maurice et Pîle de Zanzibar, ils sont tout simplement interdits.Les pavés de sable et de plastique du Niger n’endigueront certes pas P«épi-démie», mais ils pourront peut-être la juguler un peu.Encore faut-il qu’ils trouvent preneur, se lamente Paolo Giglio qui est à l’origine du projet: « On a prouvé que nos pavés sont plus résistants et moins coûteux que ceux de ciment; le gouvernement nous a même remis un prix.Malgré tout, on n’a reçu aucun contrat pour bâtir des routes et on reste pris avec des milliers de pavés.» Sous les pavés, la solution ?ZE Il % 41 ^ % .• V'i' avaiml tififf® îl 32:1 ilOBVtt r Û 4- Un banc de corail canadien Un groupe de biologistes de l'université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador vient de découvrir plusieurs sites de coraux vivant en eau froide, au large de la côte est canadienne.Une trentaine d’espèces rares y auraient été recensées sur une bande de fond marin qui s'étend du détroit d’Hudson jusqu’aux Grands Bancs de Terre-Neuve : des coraux blancs et roses, mais aussi une nouvelle variété d’étoile de mer et une pieuvre argentée.Les coraux seraient toutefois endommagés par les activités de pêche intensive.Les scientifiques recommandent d’ailleurs à l’Organisation des pêches de l’Atlantique nord-ouest de faire cesser la pêche en certains endroits, comme c’est le cas près d’un autre site de coraux, situé à environ 260 km au sud-est de Louisbourg, en Nouvelle-Écosse.Manicouagan : joyau de l’humanité Le Québec abrite une nouvelle réserve mondiale de la biosphère.Choisie par les Nations unies, elle englobe 55 000 km2 et comprend l’environnement marin du fleuve Saint-Laurent, les monts Groulx, la municipalité de Baie-Comeau et le cratère de Manicouagan (incluant le réservoir de Manic-5 et l’île René-Levasseur).Baptisée Manicouagan-Uapishka, elle est en fait la plus vaste réserve de l’UNESCO au Canada.Une large coalition, formée notamment de groupes environnementaux, d’Hydro-Québec, ainsi que d’organismes issus des industries forestière et minière, a appuyé cette initiative.L'UNESCO a fait connaître sa décision en septembre dernier.Cinq cents sites dans le monde bénéficient actuellement de ce statut qui n’est assorti d’aucune contrainte juridique.\ •# t i La coupe écolo?Près de 10% des territoires naturels du Québec pourraient recevoir le statut de réserve protégée sans que cela nuise à l’industrie forestière.Il faut, par contre, mettre en place une foresterie intensive dans d’autres zones, estime le professeur Christian Messier qui tente de développer cette nouvelle approche avec le Centre d’étude de la forêt de l’Université du Québec à Montréal.Le projet, baptisé TRIADE a reçu l’appui du chanteur Richard Desjardins, auteur du documentaire-choc L’erreur boréale.Selon cette méthode de gestion, les forestiers peuvent couper 40% des arbres tous les 30 ou 40 ans.Ces coupes simuleraient les perturbations naturelles.On pourrait ainsi conserver une forêt diversifiée sur près de 70% du territoire.Bientôt à l'écran, La solution boréale?Pôle Nord à la dérive Le couvert de glace arctique a fondu de manière spectaculaire, cet été.Il ne s’étendrait plus que sur 4,8 millions km2.En fait, en deux ans, la banquise aurait fondu de plus du quart, selon le National Snow and Ice Data Center, des États-Unis.Le fameux passage du Nord-Ouest a d’ailleurs été dégagé à la mi-août, cette année, soit trois semaines plus tôt que d’habitude.Du jamais vu! Plus d’une quarantaine .de navires se sont ] rendus dans les eaux 5 arctiques, cet été.Il faut dire qu’en empruntant le passage du Nord-Ouest, le trajet entre l'Europe et le Japon est de 4 000 km plus court.Le Canada a récemment choisi de renforcer sa présence militaire dans le secteur pour faire valoir sa souveraineté sur ce corridor maritime.Novembre 2007 I Québec Science 11 EVAN EDINGER « > CD De Tor gris en banque Pour étudier ce qui se passe dans notre tête, les chercheurs ont besoin de cerveaux.Mais on ne s’approvisionne pas en encéphales humains comme on se pourvoit en souris.Par François X.Côté Vendredi 13, 13 h.Drôle de moment pour visiter pareil lieu.Dans les pièces aux murs blancs, de massifs frigos en inox renferment des provisions pas ordinaires : des tranches d’encéphales humains emballées dans des sacs à congélateur.On se croirait dans la chambre froide d’un grand restaurant pour cannibales excentriques.Nous sommes en fait à la banque de cerveaux de l’Institut Douglas, à Montréal, où l’on conserve bien au froid quelques milliers d’encéphales de femmes, d’hommes et d’adolescents.Fondé en 1980, cet entrepôt très particulier liera bientôt ses activités avec les banques de cerveaux du Groupe McGill d’études sur le suicide et du Centre de 1 P 4S9 H c M-i 1 à '.> i / ; Cerveaux sains et porteurs de pathologies sont soigneusement conservés à la banque de l'Institut Douglas.12 Québec Science ! Novembre 2007 recherche Université Laval-Robert-Giffard pour devenir la Banque de cerveaux du Québec.Cette banque pas comme les autres fournira une matière première - grise - aux chercheurs qui tentent de comprendre ce qui se passe dans nos têtes, et plus particulièrement dans celle des personnes atteintes de troubles mentaux ou de maladies neurologiques.Les tissus cérébraux de la Banque de l’Institut Douglas ont notamment aidé à faire avancer la recherche sur les maladies neurodégénératives, dont le parkinson et l’alzheimer.On les scrute également pour percer les mystères du suicide ou de la schizophrénie.Grâce à quelques centimètres cubes du précieux organe, on peut étudier, notamment, l’anatomie du thalamus ou du lobe frontal, et voir comment ceux-ci diffèrent selon les individus.II suffit par ailleurs de prélèvements de la taille d’une tête d’épingle pour effectuer des analyses génétiques ou biochimiques, extraire de l’ADN ou repérer certaines protéines.Sur chaque cerveau reçu, une autopsie est pratiquée afin de confirmer ou d’infirmer le diagnostic qui peut avoir été posé du vivant de la personne.« Par exemple, on peut se rendre compte qu’un prétendu cas d’alzheimer peut en fait avoir été une démence frontale », explique la coordina-trice de la Banque, Danielle Cécyre.L’autopsie contribue aussi parfois à découvrir quelle maladie se cachait derrière des symptômes atypiques ou inclassables.Des données fondamentales pour aider chercheurs et praticiens à affiner leurs méthodes de diagnostic.C’est aussi grâce à cette banque que le docteur Judes Poirier, professeur au département de psychiatrie de l’Université McGill et chercheur à l’Institut Douglas, a découvert, dans les années 1990, que la présence de la forme déficiente du gène apolipoprotéine E4 ou apoE4 augmente considérablement la probabilité qu’un individu développe la forme la plus répandue de la maladie d’Alzheimer.Cette percée majeure permet aujourd’hui de déterminer la prédisposition d’une personne à souffrir de ce terrible mal.S’approvisionner en tissus cérébraux n’est cependant pas une mince affaire.Il n’existe actuellement pas de grande campagne de promotion, comme c’est le cas pour le don de sang ou d’autres organes.Au Québec, les donneurs sont surtout recrutés par le biais d’un réseau de con- «E ft J TM: tacts développé dans le milieu médical.On recrute en majorité des individus malades, mais on manque cruellement de cerveaux sains, indispensables pour fins de comparaison.N’importe quelle personne de plus de 14 ans peut décider de léguer son cerveau après sa mort.« Mais il ne suffit pas de signer la section du don d’organes de sa carte d’assurance maladie, prévient Mme Cécyre.Il faut une entente spécifique avec la Banque.» La confidentialité est évidemment assurée.Chaque année, la Banque reçoit environ une centaine de formulaires de consentement et une soixantaine de cerveaux qui sont soigneusement préparés et conservés.Lorsqu’un donneur meurt, l’encéphale est prélevé dans un hôpital près du lieu oufe| du décès.Il est ensuite emballé dans des sacs de plastique - hermétiques il va sans dire ! -, puis placé dans une boîte de polystyrène dûment identifiée avant d’être envoyé à l’Institut Douglas.Là, un des hémisphères est découpé en tranches de un centimètre d’épaisseur, qui sont ensuite congelées à -80 °C.Ces tranches serviront aux recherches en biochimie.C’est sur l’autre hémisphère, qui sert aussi aux études anatomiques et génétiques, que l’on pratique l’autopsie.On peut cependant attendre les résultats pendant plus de deux ans : on ne compte en effet que six neuro-pathologistes au Québec.C’est seulement une fois le processus d’autopsie terminé que les tranches d’encéphale pourront être découpées en échantillons et fournies aux chercheurs.Mais ils n’en obtiendront que le strict nécessaire : pas question de gaspiller le moindre gramme d’« or gris »! Avec l’arrivée de son nouveau directeur, en janvier dernier, le docteur Naguib Mechawar, également professeur au département de psychiatrie de l’Université McGill, l’équipe de la Banque espère mieux faire connaître l’importance du don de cerveau et faciliter l’accessibilité à ces -rj précieux tissus au bénéfice de la communauté scientifique.Pour cela, des gens devront continuer de léguer leur cerveau à la science.Alors, si vous ne savez pas trop où donner de la tête.S Pour en savoir plus (514) 761-6131, poste 0.,, www.douglasrecherche.qc.ca LG .i h X iu)ii)i « r ¦ » n 11 « Il n Kflll H II U U i« « i* i» u «* >1 «M< 1»_«______>>__* V_ La carte génétique de Craig Venter : premier séquençage du génome d'un individu.16 Québec Science I Novembre 2007 ïi ENQUETE SUR NOS MEDECINS 18 Leurfait-on confiance?20 Que se passe-t-il dans Leur tête ?sa Sont-ils bien préparés à vous soigner?3a Faut-il donner plus de place aux médecins étrangers ?A / Les séries télévisées nous les montrent en surdoués qui ne flanchent jamais sous la pression.Les journaux, eux, font état des listes d’attente, des urgences qui débordent, des parties de bras de fer avec le gouvernement.Mais que sait-on vraiment du quotidien des médecins?De l’incertitude qui les tenaille quand il faut poser un diagnostic, et vite?Du deuil qu’ils ont à vivre lorsqu’ils perdent un patient?Des étapes à franchir avant de devenir «un bon docteur»?Ce sont toutes ces questions que nous mettons en lumière dans ce dossier entièrement consacré aux médecins, en explorant cette facette intangible - mais centrale -de leur profession : la relation avec le patient. JE SOIGNE, DONC JE SUIS Les Québécois font-ils confiance à leurs Oui, révèle un sondage exclusif de Québi îdecins?Science.Erreurs médicales, maladies nosocomiales, listes d’attente, urgences qui débordent, difficulté à trouver un médecin traitant.Les problèmes qui affectent le réseau de la santé influent-ils sur l’appréciation de la population à l’égard des médecins ?Très peu, nous apprend un sondage exclusif que Québec Science a commandé à la firme Léger Marketing et qui nous révèle que près de 86 % des Québécois font confiance aux médecins.Même si, selon l’Institut canadien d’information sur la santé, 10 % des Canadiens malades signalent avoir reçu un mauvais médicament ou une mauvaise posologie au cours des deux dernières années.Même si 15 % disent avoir été victimes d’une erreur médicale, et qu’un adulte sur 10 ayant séjourné dans un hôpital en 2002 y a contracté une infection nosocomiale.Malgré cela, rien ne semble vouloir entacher l’image du bon docteur ! En règle générale, les hommes font plus confiance aux médecins que les femmes (90 % contre 84 %).La confiance est cependant moins grande chez les personnes de 45 à 55 ans (82 %).C’est à Montréal qu’on est le plus méfiant: 18% des répondants de la métropole J (presque un sur 5) affirment ne pas faire ^confiance ou faire peu confiance aux 3 médecins.5 Soit.Mais quelles sont les qualités ou ^les attributs qui influent sur ce senti-Iment de confiance?Surprise.La per- ception des patients ne varie que très peu en fonction de l’origine ethnique ou du sexe du professionnel à qui ils ont affaire.Seule l’expérience de ce dernier ferait une différence.Que le médecin soit anglophone ou francophone, d’origine vietnamienne, chinoise, bolivienne ou italienne, peu importe.Et ce, indépendamment que le patient soit issu d’un milieu francophone ou qu’il parle une autre langue que le français à la maison; qu’il vive en région ou à Montréal.C’est chez les 65 ans et plus que la question de l’origine ethnique se pose davantage.Près de 21 % d’entre eux disent faire « peu confiance ou pas du tout confiance » à des médecins d’une origine différente de la leur.Homme ou femme médecin ?Cela ne dérange en rien 90 % de nos répondants.Mieux : les 18-24 ans n’affichent aucun sexisme puisque 100% d’entre eux ne voient pas de différence de compétence chez les hommes médecins et chez les femmes médecins.Cela compte un peu plus pour les 45 à 55 ans, dont 14 % estiment que le sexe de leur médecin est « tout à fait ou assez important ».Nous serions plus préoccupés par l’ex- penence-’âge, pour-rait-on déduire - de nos médecins.Ce facteur compte davantage pour les personnes âgées (86 % d’entre elles estiment que c’est « important ou très important ») que pour les 45 à 55 ans (73 %) ou pour les jeunes de 18 à 24 ans (76 %).Les moins exigeants par ' rapport au bagage professionnel des docteurs ?Les personnes qui ont un salaire élevé (80 000 $ et plus ) : 32 % d’entre elles soutiennent que cet aspect est « peu ou pas du tout important».Pour en savoir plus L’intégralité des résultats du sondage est disponible sur notre site cybersciences.com.On trouve sur le site de Statistique Canada (www.statcan.ca) les chiffres de i’Institut canadien d’information sur la santé.Il faut cependant naviguer dans un dédale de chiffres et de statistiques.Bonne chance ! 1 18 Québec Science I Novembre 2007 Pas du tout confiance Est-il important que votre médecin ait la même origine ethnique que vous?Tout à fait important Assez important Peu important Pas du tout important Est-il important que votre médecin ait beaucoup d’expérience?¦ De façon generale, diriez-vous que vous faites confiance aux médecins d'aujourd'hui7 P Pleinement confiance Assez confiance Peu confiance Comment expliquer ce niveau de confiance des Québécois à Vendroit des médecins ?On a posé la question à Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit de la santé.4 4 Les Québécois sont de ^ ^ bons patients.Ils sont portés à faire confiance d’emblée et n’ont pas une attitude défensive à l’endroit du réseau de la santé, comme c’est souvent le cas aux Tout a fait important Assez important Peu important Pas du tout important ntrea IIOOP* Est-il important que votre médecin soit du même sexe que vous?Tout a fait important important Peu important Pas du tout important * Le sondage de Leger Maiteting a ete realise au début du mois de septembre auprès de 1008 personnes.La marge d'erreur est de plus ou moins 3,4 %, 19 fois sur 20.Novembre 2007 i Quebec Science 19 États-Unis.Si les patients perdent confiance, c’est principalement à cause de la manière dont les médecins ont géré la relation avec eux.Au Québec, les gens acceptent que les médecins se trompent; mais ils n’acceptent pas que les médecins les trompent.Les principales récriminations que j’entends de la part de mes clients à propos des médecins, c’est qu’ils les abandonnent lorsque survient une complication.Les gens se plaignent aussi de ne pas être écoutés et que les consultations sont trop courtes.Quand je donne des conférences aux médecins sur la façon d’éviter les poursuites, je leur dis : “Soyez présent auprès de vos patients ^ ^ quand ça tourne mal”. Il s'appelle Hugo, c'est le bébé de Karine Perrutel, «accueilli» par la docteure Yolande Leduc.20 Québec Science Novembre 2007 Yolande Lediir.médecin de famille spécialisée dans le suivi des grossesses : « L’être humain m’impressionne toujours ! » YVES BEAULIEU La médecine n’est pas une science exacte.Tous les jours, les soignants doivent vivre avec le doute, l’incertitude, la peur de se tromper, la mort qui rôde, et des conditions de travail de plus en plus difficiles.Par Marie-Pier Elie e n’est pas l’odeur de chair brûlée qui vous fait grimacer, docteure Leduc, alors qu’on achève de cautériser les vaisseaux sanguins de la patiente allongée sur la table d’opération.Non, ce qui vous fait grimacer, Yolande Leduc, c’est la réponse des infirmières à votre question : quel âge a-t-elle?À trente ans et des poussières, on n’est pas censé se battre contre le cancer, comme cette femme aura à le faire ! Car avant même qu’on achemine le prélèvement de tissus mammaires chez la pathologiste pour analyse, vous savez bien que des ganglions de cette taille - plus de 1,5 cm -n’augurent rien de bon.Une fois de plus, le doute réussit à s’immiscer dans votre esprit.Et si le médecin avait demandé une biopsie six mois plus tôt ?Même quand vous faites de l’assistance chirurgicale, une discipline plus technique, plus mécanique que la médecine familiale et l’obstétrique, qui occupent la moitié de votre temps de travail, vous semblez avoir bien du mal à « vous blinder », docteure Leduc.Vous qui, sur 30 années de pratique, en avez mis au moins 10 à cesser de repenser constamment à vos décisions passées.« Quand la porte de mon bureau se ferme et que je suis seule avec mon diagnostic, cela reste toujours troublant.» Chaque année, vous aidez une centaine de bébés à voir le jour.Vous êtes présente à la plupart des accouchements de vos patientes, même la nuit.« Sinon, j’ai l’impression de manquer la fin d’un film.» Dans la grande majorité des cas, l’histoire se termine bien.« L’être humain m’impressionne toujours ! Vous auriez dû voir cette femme minuscule accoucher en deux heures d’un bébé de plus de 3,5 kg.» Et les films qui finissent mal ?« Perdre un nouveau-né, c’est terrible.Mais le perdre parce qu’on s’est trompé, c’est encore pire.» Se tromper.Etrange concept dans un domaine ou, parfois, LA bonne réponse n’existe pas.Car on prend souvent à tort votre discipline pour une science exacte.« La médecine ne sera jamais de l’astrophysique ! Pour faire décoller une fusée, il n’y a qu’à tenir compte d’une multitude de paramètres : la gravité, la puissance des réacteurs, la vitesse et la direction du vent.Dans le corps humain, il y aura toujours une part de mystère.» Après une brève analyse des tissus, la pathologiste confirme : le cancer est partout.Dans ce cas-ci, c’est évident.Mais parfois, c’est beaucoup moins clair.Les spécialistes de l’interprétation - pathologistes et radiologues - travaillent souvent en zone grise, comme l’a démontré une étude menée en 2006 par E.James Potchen, de la Michigan State University.Il a présenté à plus de 100 radiologues une série de radiographies en leur demandant de trancher : normal ou pas ?Ils étaient en désaccord dans 20 % des cas.Lorsqu’on leur a présenté à nouveau la même série de clichés, dans 5 % à 10 % des cas, ils ont contredit leur diagnostic initial.Dans le doute, le médecin est donc confronté à cet éternel dilemme : traquer la moindre anomalie, quitte à provoquer inutilement angoisse et détresse chez un patient en parfaite santé, ou prendre le risque de retarder un traitement vital.Vous, Robert Patenaude, urgentologue à l’Hôpital Honoré-Mercier, à Saint-Hyacinthe, savez qu’une science inexacte peut tout de même faire des miracles.Il y a plus de 25 ans, on Novembre 2007 I Québec Science 21 YVES BEAULIEU JE SOIGNE, DONC JE SUIS vous a annoncé que vous étiez atteint d’une leucémie incurable qui ne vous laissait plus que quelques mois à vivre.Mais vous avez fait la rencontre d’un jeune chercheur qui fondait beaucoup d’espoir dans la greffe de moelle osseuse, une procédure expérimentale pratiquée aux Etats-Unis.«Je suis un miraculé», dites-vous.L’une des toutes premières personnes sauvées par ce traitement qui a révolutionné la médecine moderne.Mais vous savez aussi que cette même médecine est parfois synonyme d’impuissance.«Il faut apprendre à ne pas tout faire pour sauver nos patients.» Et parfois, même quand on fait tout.il n’y a rien à faire, comme vous l’a appris cette douloureuse rencontre racontée dans votre livre, 24 heures à l’urgence (Québec Amérique, 1999).« Je ne veux plus mourir.» C’est ce que la belle adolescente vous a dit à son arrivée à l’hôpital.Vous avez eu le temps de discuter avec elle, de blaguer, même, alors qu’on la perfusait avec des intraveineuses et qu’on prélevait son sang.Mais la centaine d’aspirines qu’elle avait ingurgitées ont accompli leurs ravages sous vos yeux.Tout d’abord, des saignements anormaux au point d’insertion des aiguilles, suivis d’un sifflement persistant dans les oreilles de la jeune patiente.Les vomissements, la fièvre, l’accélération du rythme cardiaque, la perte de la vision.Puis les cris résidence.« On n’a pas le choix d’apprivoiser la rriorC philosophez-vous, à moins d’opter pour une spécialité où elle ne rôde pas continuellement: dermatologie, santé communautaire.» Soit.Mais peut-on vraiment apprivoiser l’incertitude et l’impuissance tout en incarnant la toute-puissance dans les fantasmes des patients ?Vous habituerez-vous réellement un jour à ce mélange de tristesse, de culpabilité et de révolte, cette persistante angoisse dont il n’est nullement fait mention dans le serment d’Hippocrate ?En plus de terminer votre spécialisation en psychiatrie cette année, vous êtes président du Comité du bien-être de la Fédération des médecins résidents du Québec.La détresse psychologique, vous connaissez : celle de vos patients, mais aussi celle de vos collègues.« Quand cette détresse nous envahit, on se sent inadéquat, car depuis notre entrée, à la faculté de médecine, on nous répète qu’on est la crème de la crème.Et le droit à l’erreur n’existe pas vraiment dans notre domaine.» Sur vos 109 camarades de classe de première année de médecine, deux se sont suicidés.« Tout le monde connaît ou a entendu parler d’un collègue qui l’a fait.» Selon une étude menée en 2003 par l’Association médicale canadienne, près de la moitié des médecins sont à un stade Près de la moitié des médecins sont à un stade avancé d’épuisement professionnel.Le risque de suicide est 41% plus élevé chez les hommes médecins que dans la population, tandis que pour les femmes médecins, le pourcentage grimpe à 130%.devant ces monstres rouges et noirs qui voulaient la dévorer, les convulsions, la chute de pression et, finalement, les hémorragies à l’estomac, aux poumons et au cerveau, qui ont eu raison d’elle, raison de vous, raison de tout.Vous, François Bourque, devenu « François Bourque, M.D.», le 1er juillet 2003, trouvez parfois ces deux lettres bien lourdes à porter.L’exaltation que vous auriez pu ressentir en vous faisant appeler « docteur Bourque » pour la première fois, au tout début de votre résidence, a été bien vite éclipsée par l’angoisse, écrasée sous le poids de vos nouvelles responsabilités, de vos nouveaux devoirs, de vos nouveaux pouvoirs.Dont celui de tracer la frontière entre la vie et la mort.« Il devait être 4 h 30 du matin.» Vous avez oublié l’heure exacte, inscrite à la dernière page du dossier médical de votre premier mort.Un homme dont les reins avaient déjà flanché lorsqu’on vous a réveillé, alors que vous étiez de garde.Sans trop y croire, vous avez prescrit un ultime traitement.Les autres organes vitaux ont abdiqué à leur tour.Vous vous êtes aussitôt demandé : « Est-ce ma faute ?» Pourtant, vous saviez très bien à quel étage vous vous trouviez : soins palliatifs.Et les miracles ne faisaient pas partie du parcours académique de votre formation inachevée.Mais comment évacuer tout doute de votre esprit au moment d’annoncer la nouvelle aux proches ?Vous avez oublié l’heure exacte; mais pas la sensation avec laquelle vous devrez apprendre à composer avant la fin de votre avancé d’épuisement professionnel.Une recherche publiée en 2004 dans Y American Journal of Psychiatry conclut que le risque de suicide est 41 % plus élevé chez les hommes médecins que dans la population, tandis que pour les femmes médecins, le pourcentage grimpe à 130 %.Prochaine patiente au bloc opératoire : une dame dont il faut retirer la vésicule biliaire par laparoscopie.Une procédure de routine.L’incision est faite dans l’ombilic.Le chirurgien tente d’insérer ses instruments, mais se bute à une étrange paroi : un filet de polypropylène, mis en place lors d’une chirurgie précédente, afin de pallier la faiblesse des muscles abdominaux.Impossible de passer au travers.« Dans des situations comme celle-là, il faut savoir improviser », direz-vous, docteure Leduc, en assistant le chirurgien.Forcé d’insérer la caméra plus haut, celui-ci s’éloigne de sa « zone de confort ».Les angles sont modifiés; l’immense foie envahit l’écran et obstrue la vue.Il finit par repérer la vésicule, un petit sac bleu mauve qu’il tente maintenant de saisir à l’aide d’une pince.Il y perce un trou.Il ne s’y attendait pas : la bile brunâtre s’écoule dans l’abdomen.On distingue clairement les minuscules pierres noires qui obstruaient la vésicule, dans le liquide.« Succion, SVP ! » Rien de grave, heureusement.La vésicule est presque complètement détachée du foie.L’intervention a été quatre fois plus longue que prévu ! L’université ne peut préparer les futurs médecins à savoir quoi faire chaque fois que l’imprévu survient.Vous, Raymond Lalande, vice-doyen de la faculté de médecine de l’Université de Montréal, êtes le premier à l’affirmer : « La médecine d’aujourd’hui est à la fois une science et un art.» Les étudiants auront beau mémoriser des encyclopédies 22 Québec Science I Novembre 2007 i> ' !•',* I I1 U ' !i I,.IL I Docteur Francois Bourque, médecin psychiatre : « On n’a pas le choix d’apprivoiser la mort, à moins d’opter pour une spécialité où elle ne rôde pas continuellement comme la dermatologie ou la santé communautaire.» Jean-Sébastien Delisle, hématologi Les patients exigent des garanties, des certitudes que nous ne pouvoi leur donner.» WH» 3 mm ¦ r :æ JO., ÿOU ' ^ nJ entières, prendre part à des simulations par ordinateur, disséquer des cadavres, s’exercer sur des cochons ou sur Stan, le mannequin patient high-tech, impossible de prévoir toutes les simations atypiques auxquelles ils seront confrontés.Car le corps humain a de ces complexités, de ces excentricités.«J’ai déjà été témoin d’un infarctus sans douleur à la poitrine et sans essoufflement, qui en sont pourtant normalement les symptômes les plus évidents.» Le patient se plaignait simplement d’une douleur à l’épaule.Même les symptômes les plus banals réservent parfois de cruelles surprises.Un mal de tête, par exemple.À vous de déterminer s’il est attribuable à une migraine, à une méningite ou à une tumeur au cerveau.La poussée de fièvre de la nouvelle maman n’est-elle qu’une réaction normale à sa première montée de lait ou les prémices de l’infection qui la mènera au choc septique en moins de 24 heures ?Et que dire de ce grand classique : la douleur à l’abdomen, championne des motifs de consultation à l’urgence, qui peut masquer une appendicite risquant de dégénérer en péritonite, une crampe menstruelle, une grossesse ectopique, tm syndrome du côlon irritable ou un stress mal géré.Dans ce joyeux cafouillis, parfois, les symptômes de différentes maladies s’entremêlent pour vous compliquer encore la tâche.idée de ce qui cloche en moins de 20 secondes.Dans ces situations critiques où tout se passe trop vite, pas le temps de raisonner, il faut décider.Là, maintenant, tout de suite; alors que le patient, sous vos yeux, se tord de douleur, se vide de son sang, se noie dans ses vomissures, cherche son air en bleuissant, est secoué de convulsions ou se bat contre ses hallucinations.Vous n’êtes pas une machine.Et même les machines les plus sophistiquées sont parfois inutiles face aux situations auxquelles vous êtes confronté.Pas un scanner n’arrivera à sonder les idées suicidaires d’un patient, amené à l’urgence au beau milieu de la nuit, pour déterminer s’il faut le garder à l’hôpital ou le renvoyer chez lui.Pourtant, docteur Bourque, vous devez prendre ce genre de décision chaque semaine.«J’ai une liste de points à vérifier.Est-ce sa première tentative?A-t-il accès à une arme?Est-il bien encadré par ses proches ?A-t-il des symptômes psychotiques ?Dans les faits, je ne peux jamais être certain de ce que je fais à 100 %.» Vous n’êtes pas une machine et, surtout, même si nous aimerions croire le contraire, vous n’êtes pas un dieu.Vous, Yves Lamontagne, psychiatre et président du Collège des Médecins, l’avez pleinement réalisé le jour où une de vos patientes s’est jetée devant le métro.Une patiente à haut risque, à laquelle vous 0 OOl I \ c J uaM Dans ces situations critiques où tout se passe trop vite, pas le temps de raisonner, il faut décider.Là, maintenant, tout de suite; alors que le patient se tord de douleur, se vide de son sang, se noie dans ses vomissures, est secoué de convulsions ou se bat contre ses hallucinations.Sans compter que le savoir évolue sans cesse.« Alors qu’avant, on valorisait beaucoup l’acquisition de connaissances, maintenant, on mise plutôt sur les capacités de raisonnement, ces fameuses compétences transversales qui, en médecine, prennent tout leur sens », soulignez-vous en bon vice-doyen, nous invitant à prendre part à une séance d’apprentissage au raisonnement clinique (ARC).Les étudiantes (toutes des filles ce jour-là; la féminisation de la profession n’est pas un mythe!) s’y réunissent en petits groupes.Lime d’entre elles joue le rôle du malade, auquel les autres doivent poser les bonnes questions, histoire d’établir tm diagnostic et de proposer un traitement.La fausse patiente se plaint de douleurs au bas-ventre et aux seins, 10 jours après son accouchement.Au tableau, on établit un « diagnostic différentiel », énumérant tout ce qui pourrait expliquer ces symptômes : mastite, abcès tubo-ovarien, péritonite, septicémie, thrombo-phlébite pelvienne, etc.Puis, on investigue : questionnaire élaboré, formules sanguines et cultures diverses.Avec un peu d’aide de leur professeur, les étudiantes finissent par diagnostiquer une endométrite, puis par prescrire le bon antibiotique.Bravo ! À l’hôpital, elles n’auront toutefois pas un professeur expérimenté, un tableau vert et 60 minutes pour élaborer leur raisonnement.Vous, Jerome Groopman, professeur de médecine à la Harvard Medical School, l’exprimez clairement dans votre best-seller, How Doctors Think : « Le problème, c’est que les écoles de médecine n’enseignent pas les raccourcis.» Alors que les recherches démontrent que des émdiants et leur professeur mettent de 20 à 30 minutes pour en arriver à un diagnostic lors d’un exercice didactique, un clinicien expérimenté se fera une aviez commencé par donner une journée de congé, la fin de semaine, en demandant à son mari de ne jamais la laisser seule.« Ce jour demeure le plus triste de ma carrière », écrivez-vous dans Confidences d’un médecin (Québec Amérique, 2003).Mais le mythe du médecin omnipotent a la vie dure.Vous, Jean-Sébastien Delisle, hématologue, le constatez après huit années de pratique : « Les patients exigent des garanties, des certitudes que nous ne pouvons leur donner.» En plus de votre travail de clinicien, vous faites partie de l’équipe de recherche du docteur Claude Perreault, ce visionnaire qui a sauvé la vie du docteur Robert Patenaude grâce à une greffe de moelle osseuse.Depuis, votre équipe a multiplié les prouesses médicales, mais votre discours demeure réaliste : « Un médecin n’est pas un dieu ! » Vos patients n’acceptent cependant pas que vous évoquiez un taux de mortalité de 30 %, sans leur dire si eux font partie de ce 30% ou des 70% qui vont guérir.«Je l’ignore moi-même ! La greffe de moelle osseuse est l’un des plus grands défis de la médecine moderne.» Un défi qui ferait trembler les dieux.En bref, on détruit le système sanguin et immunitaire du patient par des doses létales de radiations et de chimiothérapie.Tout y passe : globules rouges, lymphocytes B et T, neutrophiles, monocytes, plaquettes, etc.On injecte ensuite au patient des cellules souches issues de la moelle osseuse d’un donneur compatible, cellules qui, en se dévelop- Novembre 2007 I Québec Science 25 BRAND X/CORBIS JE SOIGNE, DONC JE SUIS pant normalement, assureront le remplacement de celles qu’on a détruites.Mais ce nouveau système immunitaire, chargé de neutraliser les intrus, peut parfois confondre l’organisme qui l’héberge avec un corps étranger.Les lymphocytes T, censés sauver une vie, s’attaquent alors plutôt sans merci à leur nouvel hôte.Docteur Patenaude, vous avez échappé à ces mortelles complications, et sauvez maintenant à votre tour des vies chaque semaine.Mais à quel prix ?«Je vais devoir travailler moins, car je ne peux plus continuer comme ça.» Quand vous dites « comme ça », vous ne faites pas référence aux déchirantes prises de décision, aux imprévisibles caprices du corps humain ou à votre impuissance devant la grande faucheuse, mais à ce système où « les bureaucrates prennent la place des médecins ».Telle semble être la norme chez vous et vos collègues : la désagréable et continuelle impression de devoir vous battre.Un exemple entre mille, lorsqu’une mammographie révèle quelque chose de louche chez une patiente, le plus pénible n’est pas toujours de trouver les mots pour le lui annoncer, mais de dénicher un spécialiste qui assurera le suivi.Docteure Leduc, chaque fois que cela arrive, vous décrochez vous-même le téléphone et multipliez les tentatives.À l’aube de votre carrière, docteur Bourque, vous savez déjà à quel point cette chasse au spécialiste peut s’avérer éreintante : «À moins que l’on se défonce à l’ouvrage, le patient attendra longtemps.» Même lorsque chaque minute compte.Docteur Patenaude, vous vous souvenez avoir dû téléphoner à trois hôpitaux universitaires avant de réussir à transférer une accidentée de la route gravement blessée aux soins intensifs.Aucun lit n’était disponible pour elle.Même pas moyen de la faire admettre aux urgences de l’un ou l’autre de ces hôpitaux : trop de malades dans les couloirs, c’est le règlement ! En feuilletant votre journal, vous avez plus tard appris que l’hôpital ayant finalement accepté votre patiente subissait les réprimandes de la Régie régionale de la santé et des services sociaux, car le nombre de malades sur civière y dépassait les quotas du Ministère.Quant à l’un des deux autres hôpitaux, il recevait des félicitations pour avoir amélioré ses statistiques.« Malheureusement, la performance des hôpitaux n’est pas mesurée au nombre de patients sauvés, mais aux heures d’attente et au nombre de civières occupées.» Cela ne devait pas être - et ne sera pas - un énième plaidoyer contre « le système ».Mais comment éviter d’en parler ?« Dans le contexte où l’on travaille, il est certain que l’on fait des erreurs », répétez-vous, docteure Leduc, en grimpant à la hâte les escaliers qui mènent du bloc opératoire à la salle d’accouchement.Dans les couloirs de l’hôpital, on jase du burn-out d’un collègue comme de la pluie et du beau temps; de la fracassante démission d’un autre; de cette infirmière inexpérimentée qui a provoqué un arrêt cardiaque chez un patient (qu’on a heureusement ranimé) en lui injectant le mauvais dosage d’un puissant médicament, entre autres erreurs plus anodines de ces «CP», ou «candidates à la profession », pas encore diplômées, mais appelées en renfort pour combler la pénurie.Docteur Bourque, vous sem-blez vaguement regretter votre choix de carrière, lorsque vous évoquez l’attitude du gouvernement envers la profession médicale.« Nos responsabilités n’ont jamais été aussi grandes, mais nous n’avons jamais eu si peu d’autonomie», résumez-vous.Parler «du système », ce n’est pas seulement parler de budget et de temps d’attente, de quotas, de coupures et de ticket modérateur : c’est aussi parler de ces patients psychotiques en proie aux hallucinations que l’on doit hospitaliser en plein couloir, parce qu’il n’y a pas d’autre place pour eux.« Disons que ce n’est pas très thérapeutique pour ces malades qui auraient besoin de repos et d’une absence de stimulation», confiez-vous, désolé de devoir ainsi chaque jour violer le Primum non nocere - d’abord ne pas nuire - prévu dans le serment d’Hippocrate.e qui vous attend en haut de l’escalier, docteure Leduc, n’a rien de rassurant: un foetus qu’on doit extirper de son bain amniotique au plus vite.En concentration anormalement élevée dans le sang de la future maman, les globules blancs luttent contre un microbe qui a envahi l’utérus par la grande porte, puisque les membranes sont rompues depuis plus de 24 heures.Pas question de faire une péridurale qui offrirait une entrée supplémentaire à l’agent infectieux : on effectuera la césarienne - » « Monsieur, vous allez mourir i» Y a-t-il une façon de faire lorsque vient le temps de couper court à tous les espoirs en annonçant au patient sa mort imminente?/\ertains ne sont jamais capables », ditJean- w Sébastien Delisle, qui trouve lui-même extrêmement difficile de gérer cette « montagne russe de l’espoir et du désespoir».«Après avoir parlé au patient de la greffe qui pourrait le sauver, je dois lui parler de la leucémie postgreffe qui va le tuer.» C’est justement quand il a été trop optimiste qu'il s’en est le plus voulu.«Il n’y a rien de pire que voir un patient se décomposer en apprenant qu’il va mourir alors qu’il ne s’y attendait pas du tout » Avant toute chose, insiste-t-il, il fautjaugerà quel point la personne tient à le savoir.Mais concrètement, dans l’affirmative, les prononce-t-il, ces mots fatidiques «vous allez mourir»?«Il faut le faire ! » Dans la réalité, admet-il, le mot «mourir» est très difficile à prononcer, et ça ressemble plutôt à «la maladie est revenue, il n’y a plus grand-chose qu’on puisse vous offrir pour guérir.» Parfois, enchaîne-t-il, le plus difficile n'est pas tant l’idée de mourir que la peur d’être abandonné.« Il serait facile pour le médecin de considérer un patient en phase terminale comme une défaite et de s’en désintéresser, alors que c'est justement à ce moment qu’il a besoin de nous, plus que jamais.» Car dans l’attente de la mort, la relation de confiance entre le patient et son médecin acquiert une tout autre dimension.Il arrive même que ie patient condamné s'inquiète pour son médecin autant que ce dernier s’inquiète pour lui.Celle-là, le docteur Delisle l'a entendue souvent: « Ça doit être dur pour vous de vivre des échecs comme ça.» 26 Québec Science I Novembre 2007 1)® si I etfn sous anesthésie générale.Avant d’endormir la patiente, l’inhalothérapeute lui demande si elle attend une fille ou un garçon.« Un garçon », répond-elle, la voix tremblante, avant de sombrer dans le sommeil.On badigeonne l’immense ventre strié de vergetures d’une solution antiseptique rouge, jusque dans les moindres replis du nombril.L’anesthésiste insère un long tube entre les cordes vocales, jusque dans la trachée, puis surveille attentivement les signes vitaux.La gynécologue prend son bistouri et trace une entaille horizontale dans la peau du ventre.Elle écarte les muscles abdominaux, puis incise l’utérus.Le voilà, le petit être bleuâtre qui refuse de briser le silence.« Allez, garnement ! » insiste l’anesthésiste.On comprime le ballon noir qui l’approvisionnera en oxygène en attendant qu’il respire par lui-même.S’il finit par respirer.Il est né il y a maintenant cinq minutes et n’a toujours pas émis un son, toujours pas gonflé les alvéoles de ses poumons tout neufs.L’anesthésiste demande Qu’est-ce qu’un bon patient ?Dans les cabinets des médecins, les variantes du genre humain se déclinent à l’infini : les imprécis, les indécis, les irritables.I es pires, ce sont les revendicateurs.Ceux qui exigent qu’on '' Laleur donne tout et pour lesquels je ne suis jamais à la hau Lleur donne tout et pour lesquels je ne suis jamais à la hau leur», confie Yolande Leduc.On peut observer de tels Lexamen ne révèle rien d’anormal chez votre petite.C’est sans doute une gastro.Vous voyez bien qu’elle ne va pas du tout, je pense qu’elle serait mieux a l’hôpital qu’a la maiso Ce ne sera pas nécessaire.Il suffit de suivre cette diète progressive.Non ! Ma fille est malade et moi je n’en peux plus, gardez-la quelques jours et guérissez-la ! Qu Àl qu’on injecte à la maman une dose de.Impossible d’entendre le nom du médicament, couvert par les «1-2-3» rythmés que répète le pédiatre en appuyant sur le minuscule sternum.Trois interminables minutes s’écoulent avant qu’enfin, un petit son plaintif finisse par se faire entendre.Le bébé ouvre les yeux.Il gémit doucement, mais ne respire pas.Il passe du bleu au rose, mais ne respire pas.À.la neuvième minute, une petite bosse prend naissance sur sa poitrine, du côté droit.La bosse que tous attendaient: sa première respiration.« On le réchappe ! » D’un ton suraigu, l’inhalothérapeute s’adresse au nouveau-né: « Bonjour ti-bébé! » La mère encore endormie commence à s’agiter.«Elle lutte contre l’intubation», dit l’anesthésiste en lui injectant un léger narcotique.À moins qu’elle ne veuille simplement féliciter son petit rescapé au plus vite.Docteure Leduc, vous voudriez ne jamais décrocher de cet instant où vous déposez l’enfant dans les bras de son papa.Et pour cet homme ému aux larmes, ça ne fait aucun doute : parfois, les médecins sont un peu des dieux.S Que puis-je faire pour vous?A l'abdomen ou au thorax?Un peu partout en avant ici, là.Qu'est-ce que vous ressentez, exactement?Un serrement?.Un brûlement?Ça vous arrive lors de circonstances particulières?À quelle fréquence?Quelle est la date de vos dernières menstruations?C’était quand, déjà, chéri ?Il me semble qu’on était chez ma belle-sœur.oui, c’est arrivé une journée plus tôt que prévu, tu te souviens, attends.On était allé magasiner juste avant, Sophie et moi, il suffit que je retrouve la facture de la robe, quelque part dans mon sacàmain.Jesaisque, deux jours après, je suis allée à mon cours de yoga et que je n’osais pas mettre mon pantalon blanc, c’était quand, chéri ?Tu es venu me rejoindre avec l’auto et on est allé souper, après.Attendez.ce n’était pas lundi dernier, peut-être le lundi précédent., ou mardi.spécimens à loisir dans leur environnement naturel : les salles d’urgence.Robert Patenaude ne compte plus le nombre de « patients impatients» qui déversent leur fiel sur lui à la moindre occasion, ces grippés éplorés qui pestent contre le système et la trop longue attente avant qu’un médecin débordé s’intéresse à leur nez qui coule.«Au moins 25% des gens qui se pointent à l’urgence n’auraient même pas besoin de voir un médecin ! Au moins ! » insiste-t-ii.Même ceux qui arrivent en ambulance se trompent souvent.«Trop de gens font appel à l’ambulance sans raison valable, croyant que cela diminuera le temps d’attente à l’urgence.» Il y a aussi ces patients qui réclament des arrêts de travail à qui mieux mieux, les parents trop occupés pour visiter leur fils hospitalisé après une tentative de suicide, ceux qui «placent» leurs grands-parents à l’hôpital durant le temps des fêtes, ceux qui perdent les pédales à la moindre investigation plus poussée.(« Mais pourquoi me faire passer une échographie si vous êtes certain que ce n’est rien, cette bosse au sein, hein, pourquoi, pourquoi, POURQUOI?Est-ce que j’ai le cancer, est-ce que je vais mourir?») On se demande souvent ce que les patients attendent de leur médecin.Mais qu’est-ce que les médecins attendent de leurs patients ?« Qu’ils se responsabilisent un peu », répondent-ils en chœur.À commencer par se pointer à leur rendez-vous ! « Au moins une fois par semaine, un patient ne se présente pas en salle d’opération, parfois pour des interventions complexes qui mobilisent toute une équipe durant 90 minutes», déplore Yolande Leduc.Sans compter ces patients qui annulent leur rendez-vous prévu une demi-heure plus tard, à la clinique, et qui sont outrés qu’elle ne puisse les recevoir dès le lende-s main.Puis elle ajoute, à l’attention de sa clientèle féminine : « Connaître la date de ses dernières menstmations lorsqu’on vient passer une cytologie, c’est la base ! Mais j’ai tellement perdu de 1 temps avec ça que, maintenant, c'est ma secrétaire qui vous le e demandera.» Pour le docteur Patenaude, la responsabilisation du patient passe par des connaissances de base qui font cruellement défaut.« On s’énerve parce que les gens n’ont pas de médecin de famille, comme s’il s’agissait de la chose la plus grave au monde.Ce qui est vraiment grave, c’est qu’on a enlevé à la population les moyens de se traiter elle-même.» Selon lui, des notions de médecine élémentaire devraient être inculquées dès le secondaire, afin que l’on cesse de s’inquiéter pour des banalités « et qu’on ne nous amène plus, à l’urgence, des enfants présentant une légère fièvre depuis à peine quatre heures, sans même leur avoir administré d’acétaminophène ».Soins de base ne veut pas dire auto-diagnostic.À l’ère d’Internet, il est si facile d'entrer quelques symptômes sur Google pour découvrir ce qui cloche.On se pointe ensuite chez son médecin avec un diagnostic tout prêt, parfois même en lui commandant le bon traitement comme si une connexion haute vitesse équivalait à sept années d’études. Éric Dubuc, étudiant au doctorat en médecine Celena Dubuc, étudiante à la maîtrise en radiobiologie iiTJ4r«kfl4 U N IVERSITE DE LEADERS L'esprit créatif d'hommes et de femmes guidés par leur audace.Une culture entreprenante qui pousse au dépassement.De l'espace pour exercer son leadership.L'Université de Sherbrooke souligne le leadership de sa Faculté de médecine et des sciences de la santé.Par son enthousiasme, son audace et son dévouement, cette communauté de leaders se positionne parmi l'élite mondiale en enseignement et en recherche.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE www.USherbrooke.ca 2 uoumm et des ¦ chiffres soins PLEIN DE MEDECINS! Le Québec est l’une des provinces qui comptent le plus grand nombre de médecins, soit 215 par 100 000 habitants.On en dénombre 188 en Alberta, 176 en Ontario et 190 dans l’ensemble du Canada.A) Au Québec, 64% des médecins sont des hommes et 36% sont des femmes; au Canada, ces proportions sont de 67,5% et 32,5 %.Les docteures sont plus nombreuses en médecine familiale (44%) que dans les autres spécialités (30%).Le Canada compte six appareils d’imagerie par résonance magnétique pour chaque million d’habitants.Le Québec est au-dessus de la moyenne avec 7,3 appareils par million; l’Ontario est en dessous de la moyenne avec | 5,1.Les champions mondiaux sont de loin le Japon (35,3) et les États-Unis (26,6).COMBIEN CA COUTE?[{ : *• ' A jti A j.\m*i VIRAGE AMBULATOIRE Le nombre d’admissions a diminué de 13% en 10 ans dans les hôpitaux canadiens.Ôn fait d’ailleurs 17% moins de chirurgies avec hospitalisation qu'il y a 10 ans; et davantage de chirurgies d’un jour (31 % de plus).La durée moyenne d’un séjour à l’hôpital est de 8,4 jours au Québec; 2 jours de plus qu’en Ontario.La moyenne canadienne : 7,2 jours.URGENCE! Les Canadiens sont plus nombreux (38 %) à être allés dans un service d'urgence au cours des 2 dernières années que les États-Uniens (34 %), les Australiens (29 %) ou les Britanniques (29 %).Environ 57 % des visites à l’urgence en 2003-2004 étaient attribuables à des problèmes de santé considérés comme peu urgents ou non urgents.Les dépenses en soins de santé (secteurs public et privé confondus) ________________ ont totalisé 4 548 $ par habitant en 2006 au Canada.C’est pratiquement trois fois plus qu’en 1975, si on tient compte de l'inflation.C’est au Québec qu’on dépense le moins par habitant dans les soins de santé, soit 3 878 $; c’est en Alberta qu’on dépense le plus, soit 4 820 $.Le Canada est parmi les cinq pays du monde où l'on dépense le plus dans les soins de santé.On est encore loin derrière les États-Unis, qui mènent le bal avec 6102 $US par habitant Au Canada, le secteur public assume 70 % des dépenses en santé contre seulement 45 % aux États-Unis.Les hôpitaux accaparent 30% des dépenses en soins de santé; et les médicaments, 17%.Quant aux médecins, ils comptent pour 13 % des dépenses.\ ' Ww' PATIENTS CHERCHENT MEDECINS Seulement 20% des médecins de famille québécois ont accepté de nouveaux patients en 2004.Dans l'ensemble du pays, les généralistes des régions rurales ont été plus nombreux à accueillir de nouveaux patients (34%) que ceux des régions urbaines (18%).Le Québec a perdu des praticiens au profit d’autres provinces ou territoires entre 2001 et 2005.Au contraire, l’Alberta et la Colombie-Britannique, elles, ont profité des déménagements des médecins à l’intérieur du pays.OURS! Un patient sur 3 000 se réveille après une opération avec un objet dans le corps; une éponge ou un instrument chirurgical, par exemple.Plus de 150 praticiens ont été radiés du Collège des Médecins du Québec en 2006, sur un total d’environ 20 000 membres.ATTENDRE SON TOUR En 2005, pourvoir un médecin à l’urgence, la moitié des patients ont attendu moins d’une heure; 10 % ont attendu au moins 3 heures; 10 % des patients dont le cas était plus grave (arrêt cardiaque, traumatisme majeur, état de choc, par exemple) ont attendu 45 minutes ou plus.Avant de voir un spécialiste pour un nouveau problème de santé, la moitié des patients ont attendu quatre semaines et moins.Pour une chirurgie non urgente, la moitié ont attendu 30 jours et moins; 10 % ont attendu 6 mois et plus.Pour un remplacement de la hanche, la moitié l'ont subie dans les quatre mois et demi suivant le diagnostic; 10% ont attendu 15 mois et plus.En ce qui concerne les médicaments, le Canada arrive au troisième rang parmi 17 pays de l’OCDE, avec des dépenses de presque 700 $ par habitant en 2004, derrière les États-Unis (940 $) et la France (749 $).DES MEDECINS SATISFAITS En gros, 68 % des médecins de famille et 77 % des spécialistes se disent assez ou très satisfaits de leur vie professionnelle.Ce qui détermine leur niveau de satisfaction, c’est d’abord l’équilibre entre leur travail et leur vie personnelle, suivi, dans une moindre mesure, des relations qu’ils a entretiennent avec leurs patients.f » Ce sont les médecins spécialistes du Québec qui affichent le taux de satisfaction le plus élevé (83%) au Canada.Les médecins de famille de l’Ontario sont les moins satisfaits (61%).Ces statistiques proviennent de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), un organisme indépendant à but non lucratif.On peut consulter les statistiques en ligne au www.icis.ca.Novembre 2007 | Québec Science 29 P;» Comment transforme-t-on un étudiant en médecin?A Par Catherine Dubé 30 Québec Science I Novembre 2007 ***** ; wmmjêtè&Sltm iSlIÉÉÉiiiwIP X | Stéphanie Castonguay sera microbiologiste-infectiologue dans un an et demi.C'est en travaillant au quotidien avec des médecins expérimentés comme le docteur Jocelyn Delorme qu'elle apprend son métier.hilippe, 24 ans; Alexandra, 19 ans; Christine et Lianne, toutes deux 21 ans; Thusanth, 28 ans.Ils viennent de commencer leurs études de médecine à l’Université de Montréal.Dans six ans, certains seront généralistes; d’autres seront peut-être, dans 9,10 ou 12 ans, anesthésistes, neurochirurgiens ou endocrinologues.L’un d’eux sera peut-être votre médecin.Pour l’instant, ils ressemblent à des étudiants comme les autres, sac au dos, t-shirt et livres sous le bras.Mais les études qu’ils entreprennent sont loin d’être « comme les autres ».Certes, ils passeront leurs deux premières années entre les murs de l’université.Pourtant, ce n’est pas dans une salle de classe que l’on apprend à poser les bonnes questions à un patient, à l’ausculter ou à reconnaître les signes cliniques d’un infarctus, mais bien dans un hôpital.C’est donc là, face à de vrais patients, qu’ils poursuivront la majeure partie de leurs long apprentissage.Josée Turcot est à pied d’œuvre à l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont.L’exercice de cette externe (voir glossaire page 33), ce matin : interroger une patiente arrivée la veille avec une vilaine infection.Son pied est très enflé; il présente de grosses vésicules et la douleur s’étend dans la jambe.Josée dispose d’environ une heure pour parler avec la patiente, observer et palper les lésions, puis établir un diagnostic.Son professeur, le microbiologiste-infectiologue Jocelyn Delorme, viendra ensuite valider (ou invalider !) le tout.Josée conclut qu’il s’agit sûrement d’une « cellulite causée par la flore cutanée ».En clair : une méchante bactérie s’est introduite par une fissure en dessous de l’orteil et a infecté les cellules situées sous la peau.«Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une fasciite nécrosante [NDLR: la redou-; table bactérie mangeuse de chair], mais je ne peux le certifier, car je n’en i ai jamais vue », précise l’étudiante.1 Le docteur Delorme refait l’examen de la patiente.Josée a raison, : il s’agit bien d’une cellulite, peut-être causée par la bactérie Staphy-; lococcus aureus.Pour s’en assurer, le médecin commande un nouveau j prélèvement.j L’exercice n’a pas été trop difficile, car Josée en a déjà vu d’autres : : les étudiants en médecine rencontrent leurs premiers patients en chair h.Kim Anderson, résidente de première année en méderine interne, écoute attentivement les enseignements du docteur Delorme.4 4v m JE SOIGNE, DONC JE SUIS « et en os à peine quelques mois après le début de leur formation, lors d’un stage d’observation.On espère ainsi en faire des médecins plus humains, intéressés aux gens autant qu’à leur maladie.La formation d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle que j’ai suivie, dit le docteur Réjean Hébert, médecin depuis 25 ans.On passait deux ans et demi assis dans un amphithéâtre à écouter des professeurs pas toujours bons pédagogues.On voyait notre premier patient en troisième année.» Aujourd’hui doyen de la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, il est bien placé pour affirmer que les études en médecine ont changé.Normal : les patients ont changé, les technologies ont changé et les maladies aussi, à mesure que le Québécois moyen a vieilli et pris du poids.Nous, patients d’aujourd’hui, sommes plus exigeants qu’avant à l’égard de notre médecin.Nous avons confiance en lui, comme le démontre notre sondage en page 18, mais nous ne sommes pas prêts à gober tout ce qu’il nous raconte sans poser de questions.« Le principal motif de récrimination porte sur la relation du médecin avec le patient, confirme le docteur Yves Robert, secrétaire du Collège des Médecins.Les gens se plaignent de ne pas être écoutés ou de ne pas recevoir suffisamment d’explications.» Les quatre facultés de médecine du Québec (celles de l’Université de Montréal, de l’Université McGill, de l’Université Laval et de l’Université de Sherbrooke) ont bien reçu le message.Elles enseignent donc maintenant la communication en bonne et due forme : techniques d’entrevue, écoute active, reformulation, etc.« En prenant le temps de demander à son patient: “Qu’est-ce qui vous inquiète ?” on réussit à obtenir plus d’informations et on peut poser ainsi un meilleur diagnostic », dit la médecin de famille Norma Bélanger, qui enseigne aux résidents à l’unité de médecine familiale de l’Hôpital Saint-François-d’Assise, à Québec.Avant de procéder à un examen physique sur de vrais patients, l’apprenti médecin a aussi l’occasion de tester ses techniques sur ses compagnons de classe ou avec des comédiens qui jouent alors le rôle du patient difficile ou qui se prê- I \ \ "IL ' tent à un examen gynécologique ! Les « vieux » docteurs ont quant à eux acquis ces compétences sur le tas.Le pneumologue Marcel Julien, également directeur du programme d’études médicales de premier cycle à l’Université de Montréal, se souvient du jour où on lui a appris à annoncer une mauvaise nouvelle, il y a une trentaine d’années : « Le médecin qui me supervisait a allumé une cigarette et en a offert une au patient.Puis il lui a dit : “Monsieur, on ne pourra pas vous faire de pontage, mais on va vous donner des médicaments, ça va bien aller”.Il est ressorti de la chambre en me disant que son chronomètre, c’était le temps que prend la cigarette pour brûler, pas plus ! » Heureusement, on ne fume plus dans les hôpitaux et, depuis les années 1990, le Conseil médical du Canada oblige les nouveaux médecins à se soumettre à un test d’aptitudes en communication avant de leur accorder leur droit de pratique.Comme par hasard, ce sont ceux qui ont obtenu les notes les plus basses à ces examens qui font par la suite l’objet des plaintes les plus nombreuses.Au Québec, le Collège des Médecins leur impose une petite mise à niveau en leur faisant suivre une série d’ateliers tels que « Comment an- noncer une mauvaise nouvelle » ou « La relation médecin-patient ».Les facultés aussi se sont récemment astreintes à un examen de conscience.L’Université McGill a ainsi décidé de revaloriser le rôle de «soignant», par l’introduction d’une série de cours intitulée « The Physician as Healer & Professional» («Le médecin: soignant et professionnel»).À l’Université Laval, c’est à la docteure Norma Bélanger qu’on a confié la lourde I responsabilité de dépoussiérer le programme de médecine qui n’avait pas subi de révision majeure depuis 1982.Les [ étudiants admis cet automne ont donc eux aussi eu droit à des nouveautés, comme les quatre cours « Médecin, médecine et so-ciété».Car il ne suffit pas de connaître parfaitement le fonctionnement de la « ma-1| chinerie » humaine et de ses défaillances, d’avoir décortiqué le système cardiaque, le système respiratoire, les hormones et les cellules immunitaires.« Les étudiants doivent réaliser qu’on traite un patient dans sa globalité.Il a une douleur quelque part, mais cette douleur, il la vit comme personne, avec ses inquiétudes et ses attentes », dit la docteure Bélanger.On a aussi intégré des notions d’éthi- tete 32 Québec Science [ Novembre 2007 I * N) La jeune docteure Anderson ausculte Erik Kudelka, un patient arrivé à l'urgence de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.Elle devra poser un diagnostic et proposer un traitement.Grosse responsabilité ! 'dm nf.P 11115*1 iProl alourdi |f pro- ipiüiiH g.lrt donc»» la*»] m irJu^ onftfk IDtOld |il(IW il a»*® A ijsd^1 que, de multiculturalisme, de soins de fin de vie, et bien d’autres réalités qui tissent le quotidien du praticien contemporain.« Si on accueille deux patients pour un infarctus, l’un de 93 ans qui souffre de démence, et l’autre de 50 ans sans autres problèmes de santé, les traite-t-on de la même façon pour bien les soigner ?» demande la docteure Bélanger.On a aussi élagué les cours de sciences fondamentales qui s’étaient mis à souffrir d’une enflure démesurée, à force d’y intégrer les découvertes médicales.« Avant, on pensait qu’un médecin devait connaître toutes les maladies.Mais il est aujourd’hui impossible de tout savoir », dit Norma Bélanger.On a donc fait des choix.« Avez-vous déjà entendu parler de sarcoïdose?D’histoplasmose ?interroge le docteur Marcel Julien.Sûrement pas, parce que ce sont des pathologies pulmonaires rares.On les enseigne dorénavant aux résidents en pneumologie, plutôt qu’à l’ensemble des étudiants de deuxième année.» Les étudiants acquièrent donc désormais une très bonne base de connaissances fondamentales, mais ils doivent surtout intégrer une attitude : celle d’être prêt à apprendre toute leur vie.C’est essentiel, le microbiologiste-infectiologue Jocelyn Delorme peut en témoigner : « Il y a quelques jours, j’ai traité un cas de psychose nocturne causée par l’acy-clovir, un médicament contre les “feux sauvages”.Je n’avais jamais vu ça.À force de chercher, j’ai trouvé une publication scientifique allemande relatant 14 cas de ce type.» Congrès, conférences, stages, lectures, tous les moyens sont bons pour être au fait des dernières avancées scientifiques.Les différentes associations médicales exigent de leurs membres qu’ils s’astreignent chaque année à un certain nombre d’heures de formation continue.Depuis juillet 2007, le Collège des Médecins procède à une vérification beaucoup plus systématique de la nature de ces formations.« On s’est aperçu que certains médecins incompétents avaient pourtant accumulé une somme phénoménale de crédits de formation continue», dit le docteur Yves Robert.Le Collège a donc fourni à ses membres un outil pour les aider à évaluer leurs faiblesses, les invitant gentiment à orienter leur formation continue en ce sens.Dans les facultés, on enseigne l’autonomie aux étudiants dès la première semaine ! Assis autour d’une grande table avec six autres garçons et filles, Philippe, Alexandra, Christine, Lianne et Thu-santh assistent au cours « Croissance-développement-vieillissement », donné selon la fameuse méthode « d’apprentissage par problème ».En médecine, il y a belle lurette que cette méthode est utilisée : l’Université de Sherbrooke l’a importée des Pays-Bas il y a 20 ans.Pas de prof, pas de grand discours.La tutrice présente plutôt un cas, sur papier, mais qui pourrait bien être réel : « Bernard, 15 ans, est admis à l’urgence pour une fracture du coude.Il est tombé de vélo après avoir trop bu avec ses amis.Durant la consultation, il vous semble très préoccupé par sa petite taille.Vous apprenez aussi que la situation financière est précaire à la maison, etc.» Les étudiants décortiquent le problème, et Lianne se porte volontaire pour inscrire au tableau les thèmes qu’ils Il f .y Ui Glossaire Année préparatoire en médecine À rUnîversité de Montréal et à l'Université McGill, impossible d'entrer en médecine directement depuis le cégep.Les étudiants admis doivent d'abord faire une année préparatoire, tout comme les candidats ayant un baccalauréat dans un autre domaine que la santé.Doctorat en médecine (quatre ans) C'est le programme de premier cycle.C'est l'équivalent du baccalauréat dans les autres cursus.• Préexternat ou années précliniques Ces deux premières années se déroulent principalement à l'université, sauf les stages d'immersion en hôpital et certains cours d'introduction à la clinique.• Externat Les deux années suivantes sont principalement constituées d'une succession de stages en milieu hospitalier, qui couvrent des spécialités comme la chirurgie, la pédiatrie, la psychiatrie, l'obstétrique-gynécologie, etc.Résidence (deux à huit ans) Les étudiants doivent ensuite choisir une des 35 spécialités et obtenir un poste de résident dans un hôpital où ils compléteront leurformaflon.Fellowship Année de formation complémentaire à l'étranger pour acquérir une expertise particulière avant de revenir pratiquer au Québec.Examens du Collège des Médedns Passage final obligé pour obtenir un permis de pratique.Les médecins méritent-ils notre confiance ?Donnez votre opinion sur notre site www.cybersciences.com Novembre 2007 I Québec Science 33 :x- :'S; I I JE SOIGNE, DONC JE SUIS devront approfondir : croissance et changements psychologiques à la puberté, socialisation à l’adolescence, etc.Ils disposeront de deux jours pour lire des centaines de pages sur ces sujets.Au prochain cours, ils pourront discuter du cas de Bernard et déterminer s’il a une croissance et des comportements normaux pour son âge.Stéphanie Castonguay est résidente à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis plus de trois ans.Elle peut déjà apposer les lettres « M.D.» à la fin de son nom, mais elle n’a pas encore obtenu son droit de pratique.Dans un an et demi, elle sera microbiologiste-infectiologue.Elle a beau dire qu’elle ne se sent pas prête à pratiquer, elle maîtrise déjà une compétence qui peut faire la différence entre un bon et un mauvais médecin : le jugement clinique.Car il ne suffit pas d’avoir en main des résultats d’examen pour décider du traitement à prescrire.Il faut aussi savoir évaluer le tableau d’ensemble, puiser dans ses vastes connaissances, se fier parfois plus aux symptômes qu’aux analyses de laboratoire.Ce matin, Stéphanie fait la tournée des chambres en compagnie du docteur Jocelyn Delorme.Ils doivent revoir une patiente entrée à l’hôpital pour une chirurgie gynécologique assez simple, mais qui a eu le malheur de développer une infection nosocomiale.Elle souffre de diarrhée sévère et on craint que la bactérie C.difficile soit en cause.Pourtant, les analyses de laboratoire n’ont pas révélé la présence du redouté microbe, ni d’aucun autre.Stéphanie a tout de même prescrit un antibiotique il y a cinq jours.« Bonjour, comment allez-vous ce matin?» demande Stéphanie en entrant dans la chambre.« Beaucoup mieux ! » lui répond la femme.Une fois dans le corridor, le docteur Delorme la félicite.« Le jugement clinique doit toujours avoir priorité ! » s’exclame-t-il.Les symptômes ressemblaient trop à ceux causés par C.difficile pour que la jeune docteure Castonguay mette cette possibilité de côté, en dépit des résultats de laboratoire.Elle a choisi le traitement antibiotique en conséquence, même si le reste de l’équipe traitante n’y croyait pas trop.Le sourire de sa patiente vient de lui donner raison.La médecine est à la fois une science et un art, répète-t-on aux étudiants.Un art qui, parfois, demande un talent hors du commun.JE 34 Québec Science I Novembre 2007 ülL,.Mon ami Stan Stan est un mannequin.Malgré son visage peu expressif, il a des réactions étonnamment humaines : il a un pouls, il respire, il parle et il cligne des yeux.Stan permet aux futurs médecins de s'entraîner « sur son dos » au Centre de simulation médicale de l'Université McGill et au Centre apprentiSS de l'Université Laval.Le mannequin électronique est programmé pour présenter certains symptômes comme un rythme cardiaque anormal ou une insuffisance respiratoire.Il réagit ensuite aux traitements, pouvant même présenter des complications, comme une hémorragie soudaine ! En plus de mettre à l'épreuve leurs compétences cliniques, ces simulations permettent aux étudiants d'apprendre à travailler en équipe, comme dans une salle d'opération ou une salle d'urgence.Pour savoir comment faire des points de suture ou insérer un cathéter, la peau caoutchouteuse de Stan n'est cependant pas idéale.C'est sur des pattes de porc que les étudiants s'exercent ! Vous avez dit pénurie ?On manque de médecins?Pourquoi ne pas augmenter le nombre d'admissions ?Parce que c'est déjà fait! Au cours des sept dernières années, le nombre d'étudiants admis dans les facultés de médecine du Québec a doublé.Il serait difficile d'en accepter davantage à l'heure actuelle.Plus moyen de trouver de médecins pour enseigner ou pour superviser des stages, ils sont débordés ! Ce sont 845 heureux candidats qui ont été acceptés en médecine, cet automne.Université de Montréal 270 Université Laval 207 Université de Sherbrooke 196 Université McGill 172 Pratiquer en région Depuis l'an dernier, la faculté de l'Université de Sherbrooke offre une formation médicale complète, dispensée à Ville de Saguenay : 24 nouveaux étudiants y feront L'ensemble de leur apprentissage.L'Université de Montréal offre un programme semblable à Trois-Rivières.L'État a tenté plusieurs approches pour inciter les médecins à travailler en région.« Mais il a été démontré que ce qui fonctionne le mieux, c'est d'avoir fait sa formation, en tout ou en partie, en région, dit le docteur Réjean Hébert.Les étudiants tombent amoureux de l'endroit (ou de quelqu'un !) et ils restent.» i* "'Ifei ¦ 1111WM R A Les médecins formés à l’étranger sont deux fois moins nombreux au Québec que dans l’ensemble du Canada.Nos exigences sont-elles trop élevées?Le docteur Comlan Amouzou n’a plus de docteur que le titre.Ce Togolais d’origine, qui a pratiqué la médecine à Paris pendant huit ans, aimerait bien soigner son prochain.Mais au Québec, il n’en a pas le droit.Depuis son arrivée, en 1995, son diplôme de premier cycle a été reconnu et il a réussi les examens du Collège des Médecins.Mais pour obtenir son droit de pratique, il devra « refaire sa résidence ».Pénurie de praticiens ou pas, le Collège des Médecins ne fait pas de passe-droit.Seuls les docteurs des Etats-Unis et ceux des autres provinces canadiennes en sont exemptés car, là-bas, les programmes d’enseignement sont semblables à celui du Québec.« Les médecins étrangers nous disent que le corps humain est partout pareil.C’est vrai, mais la discipline, elle, n’est pas la même partout, dit le secrétaire du Collège, le docteur Yves Robert.Greffer un médecin d’un système de santé à un autre est tme opération délicate.Certains n’ont jamais vu un appareil de résonance magnétique de leur vie, alors qu’ici, on prescrit ce type d’examen tous les jours.Ils ont l’habitude de traiter des maladies infectieuses rares, mais n’ont vu que quelques cas d’infarctus au cours de leur carrière.» Les années de résidence permettent aussi à ces médecins de comprendre le fonctionnement du système québécois et d’intégrer quelques subtilités culturelles : « Il y a des pays où le docteur a un statut très élevé.Si son patient le questionne sur son traitement, il peut aussi bien répondre que ça ne le regarde pas », note Yves Robert.Même les praticiens européens doivent parfois refaire leurs classes.Les gynéco- Le docteur Comlan Amouzou, président de la coalition Médedns d'ailleurs.logues français, par exemple, n’ont pas de formation en chirurgie, un problème quand vient le temps de faire une césarienne.Après s’être pliés à un stage d’évaluation clinique de trois mois au terme duquel on décide de leur sort, ces médecins refont donc leurs études, en tout ou en partie.S’ils se contentent d’un permis restrictif, limitant leur droit de pratique à un hôpital en particulier et à certains actes, cela peut être assez rapide.C’est plus corsé pour ceux qui doivent faire leur résidence.Au printemps dernier, plus d’une centaine de médecins venus d’ailleurs sont restés sur le carreau, alors que 81 places de résidents demeuraient vacantes dans les hôpitaux.Ils ont formé la coalition Médecins d’ailleurs, présidée par le docteur Amouzou, et ils ont porté plainte devant la Commission des droits de la personne, qui a accepté de faire enquête.Il est vrai que la proportion de médecins formés à l’étranger est deux fois plus faible au Québec (11 %) que dans l’ensemble du Canada (22 %).Les facultés, responsables des admissions des résidents, se défendent pourtant bien de faire de la discrimination.La situation est épineuse, reconnaît le docteur Réjean Hébert, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine : « Quand on admet en résidence des gens formés à l’étranger, ils ont plus de difficultés que les autres », note-t-il.Les universités en admettent, et même plus qu’avant.Leur nombre est passé d’une quinzaine au tournant des années 2000, à plus de 50 par année depuis 4 ans.Mais le taux d’échec (abandon ou exclusion) de ces médecins formés à l’étranger est de 11 % alors qu’il n’est que de 2 % pour les autres.Le docteur Jocelyn Delorme, qui a déjà supervisé des résidents étrangers, le confirme : « Certains ont des lacunes tellement majeures qu’ils sont dangereux dans un hôpital.» Comment alors séparer le bon grain de l’ivraie ?Comlan Amouzou a une suggestion : « Plusieurs provinces canadiennes offrent un stage d’immersion de 6 à 12 mois, destiné spécifiquement aux praticiens diplômés à l’étranger.Leur taux de réussite pendant la résidence est ensuite beaucoup plus élevé.» Le docteur Hébert n’est pas contre.Mais où trouver les médecins pour les superviser, alors qu’ils sont déjà débordés ?En attendant, pour ne pas perdre la main, le docteur Amouzou offre ses services à Médecins du monde.Il est allé au Soudan, soigner les victimes de la crise du Darfour.Là-bas, on n’a pas les moyens de refuser les services d’un médecin, peu importe sa formation initiale.Novembre 2007 I Québec Science 35 M'wm LA RUEE VERS LE NORD Un bouclier de On vient d’extraire 4 OOO carats de diamants dans la région des mont Otish, au nord du Québec.Le Klondike?Par Thomas Gervais Des « carottes de roche » de plusieurs centaines de mètres de long sont soigneusement entreposées sur le site d'extraction.Elles permettent de déterminer la qualité des gisements diamantifères et de reconstituer leur forme, en trois dimensions, à l'aide d'un ordinateur.Expédition au cœur de la cheminée kimberlitique Renard 2, qui deviendra peut-être la première mine de diamants au Québec.36 Québec Science I Novembre 2007 # J * (é, ¦ 4X •tffFRR»HI IMAINElWIwB m % t ) m :^l00*f00^ &jjéÊ J 1 2 K ^ ‘ Sri* r 1 DISPONIBLES DANS TOUTES 4506110 LES BONNES^ LIBRAIRIES I mr^r^rSN/il BIODOME DE MONTRÉAM LE RÈGNE ANIMAL (2002) PLANÈTE TERRE (2004) L'ÊTRE HUMAIN (2005) LE CIEL ET L’UNIVERS (2006) UNMUSÉUMNATUREMOI.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.