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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juin-Août
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2008, Collections de BAnQ.

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R .’a vage, et des gens inconnus en sortent, tout écaillés de fer.D’où sont-ils venus ?Qui a pu les amener par-dessus les mers ?Qui a mis le feu en leur disposition ?Sont-ce les enfants du Soleil ?Car assurément ce ne sont pas des hommes.» C’est ainsi que, grâce à l’exploration du monde, on ouvre tout grands les esprits, et qu’on les prépare à accueillir des idées nouvelles.Comme cette constatation inouïe -en tout cas au XVIIe siècle - que les peuples, pour se gouverner, n’ont nul besoin de foi, de roi, de lois, de juges, ni même de prêtres.Ce sont justement deux curés qui l’affirment ! Deux pères jésuites, cités dans un livre incontournable de Geoffroy Atkinson, qui s’étonnent de découvrir en Amérique du Sud des villages bien construits, avec « des rues égales» et des préceptes sanitaires.Ces bourgades abritent des paysans bénéficiant d’un «juste partage des terres», et sont administrées par « des juges choisis chaque année parmi les sages ».Difficile de condamner avec plus d’évidence, surtout à cette lointaine époque, la monarchie absolue.La justice, la démocratie - voire le socialisme ou les « droits de l’homme » - se trouvent donc préconisés par des jésuites.En Nouvelle-France, il arrive à Samuel de Champlain de déclarer que « les Indiens n’ont pas de chef », ou alors que « celui-ci doit plaire, sinon il ne sera pas obéi ».Encore cette idée biscornue de la démocratie ! Sans en avoir l’air, divers auteurs de récits de voyage se sont même payé le luxe - en plein XVIIe siècle - de ridiculiser le christianisme en prétendant, par exemple, qu’il n’y avait rien de plus banal, dans les mythologies des « Sauvages », que ces prétendus prophètes nés d’une mère restée vierge.Pour bousculer l’ordre établi, le marquis de Vauban, un économiste et un in- Le Sacrifice des f is premiers-nés au roi et cérémonies rituelles, dessiné par J.Le Moyne de Morgues, tiré des Grands Voyages de Théodore de Bry.génieur militaire soucieux de faire avancer son projet de «r/zx/Wi?royale » - un impôt enfin juste -, ose bousculer Louis XTV.Il prétend s’appuyer sur l’« exemple des Mogols», ou du «Roy de la Chine», lesquels « s’en servent pour le bien de leurs pais».Il paraîtrait même, Votre Majesté, que « les Espagnols s’en servent dans leur empire d’Amérique ».Où Vauban a-t-il trouvé ça ?Sans doute dans des récits de voyage, réels ou fictifs.Tout cela en pleine période de monarchie absolue, et catholique de surcroît.De cette façon, sous prétexte de narrations exotiques, les germes sont semés.On sait avec quelle vigueur, un peu plus tard, ils fleuriront tous.cieno© „ on t urn® ! 1967-2007 Fédération lecégep des cégeps pour tous La Fédération des cégeps et le comité directeur du concours félicitent tous les lauréats de la FINALE NATIONALE 2008; SUR£A ri Prix du défi Prix du mérite Prix de la communication Prix de l'ingéniosité Prix du design Prix du recyclage sot.bdeb.qc.ca François Hogan et Geneviève Patry du Collège Laflèche Cédrick Boivin, Laurent Paradis et Valentin Hay du Cégep du Vieux Montréal Anne-Marie Lanouette et Geneviève Gagnon du Collège Édouard-Montpetit Dany Laforest-Lavoie, Francis Thibault et Mikhaël Simard du Cégep de Chicoutimi Jérémy Villeneuve et Marc-Antoine Fiset du Cégep régional de Lanaudiere à L'Assomption Loïka et Sabrina Maltais du Centre d etudes collé à Chibougamau ?laies COLLABORATEURS • COLLEGE D'ALMA COLLEGE AHUNTSIC COLLÈGE DE BOIS-DE-BOULOGNE COLLÈGE ÉDOUARD-MONTPETIT COLLÈGE GÉRALO-GODIN • COLLÈGE SHAWINIGAN ÉCOLE NATIONALE D'AÉROTECHNIOUE DU COLLÈGE ÉDOUARD-MONTPETIT RÉSEAU INTERCOLLÉGIAL DES ACTIVITÉS SOCIOCULTURELLES DU QUÉBEC Prix coup de coeur Éric Blais, Mathieu Lapointe du jury et Vincent Bilodeau du Cégep de Sherbrooke Prix de participation Marie-Corinne Cyr du Centre des filles d'études collégiales de Carleton Pierre Drouin des garçons du Collège Ahuntsic Prix de participation r AVEC L’APPUI DE Québec a a Québec c OC » Qh Hydro Québec Ordre Ides ingénieurs du Québec 16 Québec Science I Été 2008 1 i I i.: nipo Ipit- aiB » raw (Ç, unie eilf it dt Quant aux progrès de la science véritable, ils furent abondamment servis, aussi bien par les contraintes techniques de la navigation que par les descriptions de contrées étranges.Naviguer vers des horizons lointains, ce n’est pas une science occulte.À chaque instant, il faut faire face aux nécessités réelles.Sous la menace du naufrage imminent, on a besoin de résultats concrets et reproductibles.Rien à voir avec la médecine, la théologie, l’astrologie ou l’alchimie.Un certain Melchisedec Thévenot (1620-1692) - oublié bien à tort - a écrit des pages étonnantes en constatant que « les grands voyages nous ont découvert une étendue du monde plus grande que celle que les Grecs, Romains, Orientaux nous ont décrite.Nous savons par leurs moyens que les Anciens ont presque toujours été trompés dans ce qu’ils nous ont rapporté».La fameuse querelle des Anciens et des Modernes se trouve donc tranchée : il faut se méfier des Anciens ! Le même Thévenot s’extasie encore : « Si les navigateurs eussent imité les médecins et les philosophes, et qu’ils se fussent arrêtés à ces raisonnements qu’ils font, nous serions encore tous d’accord de l’impossibilité de traverser la Zone Torride [l’équateur].Nous condamnerions comme hérétiques ceux qui assureraient le contraire, et qu’il peut y avoir des hommes de l’autre côté de la ligne.» Thévenot enchaîne sur « la nécessité de faire des expériences et des observations pour y savoir quelque chose ».Ces phrases, extraites d’une Relation de divers voyages curieux qui n’ont pas encore été rapportés, publiée à Paris en 1696, peuvent être considérées comme un premier plaidoyer en faveur de la science expérimentale, et de l’obligation de faire des observations pour dégager la vérité - ce qui était révolutionnaire à une époque où l’on se contentait le plus souvent de commenter, selon la méthode scolastique, les affirmations éternelles des auteurs antiques.C’est le fondement de la science moderne, et c’est à la navigation qu’on le doit.Par bonheur, les récits de voyage ont aussi été porteurs d’extraordinaires utopies.Selon Geoffroy Atkinson, en Nouvelle-France, au XVIIe siècle, un certain père Le Jeune entendait fonder « une colonie idéale de Français dans le Nouveau Monde».Il s’agissait de «bannir les méchantes coustumes de l’ancienne France, etd’en introduire de meilleures ».Le père Le Jeune entendait y créer « une nouvelle Hiérusalem bénite de Dieu, composée de citoyens destinés pour le ciel ».C’est bien ce qui est arrivé, non ?S s* 2 É ÉLES robots seront les ALLIÉS DES HUMAINS.99 [ 'S?»- Alain Berinstain est directeur du programme d’exploration planétaire et d’astronomie spatiale à l’Agence spatiale canadienne.Les nouveaux mondes de demain seront-ils plus loin que la Lune ou Mars?La Lune et Mars ne sont que des points de départ.Je ne peux pas dire si l’homme sera capable de se rendre sur les planètes les plus éloignées de notre système solaire ou sur des planètes extrasolaires.Grâce à la technologie qu’on a développée au cours des 100 dernières années, nous avons pu explorer la Terre et une petite partie de l’Univers.On peut donc raisonnablement espérer que les 100 prochaines pourraient nous permettre de développer les technologies nécessaires pour aller encore plus loin.Quels autres astres suscitent votre intérêt?Plusieurs astéroïdes méritent d’être explorés.D’une part, ces objets célestes sont souvent composés de roches similaires à celles qui existaient lors de la formation de notre système solaire, il y 4,5 milliards d’années.Ils pourraient nous permettre de mieux comprendre d’où nous venons.D’autre part, si nous réussissons à développer les technologies nécessaires, certains astéroïdes et comètes pourraient représenter des sources d’eau et de carburant (oxygène et hydrogène) pour les futures missions d’exploration de très longue durée.< < Q- LO O O < Avec l’utilisation des sondes robotisées, est-ce que l’exploration humaine a encore sa place?Oui.Les missions robotiques permettent d’explorer les planètes afin de préparer l’arrivée de futurs astronautes.Elles présentent moins de risques et nous aident à répondre à certaines questions.Par exemple, est-ce que l’environnement est sécuritaire pour les humains ?Cependant, comme les délais de communication sont très longs, opérer des robots à partir de la Terre devient extrêmement complexe.C’est pourquoi des astronautes devront se rendre sur place pour faire des observations et des recherches plus poussées.Quels sont les défis que nous devrons relever pour poursuivre l’exploration de notre système solaire?Il y a bien sûr les questions techniques, comme la protection des astronautes contre le rayonnement cosmique.Mais également, compte tenu de la durée des missions qui va s’accroître - allant jusqu’à plusieurs mois, voire quelques années -, il faudra trouver des stratégies pour diminuer le stress psychologique que subiront les équipages.S.L.Été 2008 I Québec Science 17 HhmP ¦ ' •A -'ai # ^ « : Québec est située à 46° 48’ 59” Nord et 71° 12’ 25” Ouest.Mais les marins d’alors ne le savaient pas.Ils mettaient cap à l’ouest en se laissant guider par les courants, le vent, les étoiles et le soleil.îs navigateurs d’aujourd’hui savent mieux où ils vont, ils sont toujours dépendants des caprices de la mer. Québec400 À l’autre bou L’Atlantique.Le grand océan.Il a bien fallu l’apprivoiser pour conquérir le Nouveau Monde.Par Raymond Lemieux n mer et contre tous ! Contre les poulpes géants, tritons, chimères, sirènes et dragons; les pirates et corsaires; les tempêtes, icebergs et blizzards.Car c’est tout cela qu’il fallait affronter pour atteindre l’autre côté de l’océan.Et dire que ces paysans et ces artisans du XVIIe siècle n’avaient pour la plupart jamais vu la mer ! Les prières à saint Nicolas - patron des écoliers et des marins I-, saint Sauveur, saint Christophe ou sainte Anne donnaient bien 1 un peu de courage, mais que pouvait vraiment le ciel contre les forces de l’océan ?« Les premiers colons français à destination du * Canada partent sans trop savoir à quoi s’attendre», explique ’ Thierry Sauzeau, un des rares historiens « maritimistes », professeur I à l’Université de Poitiers.«À vrai dire, le voyage vers le Nouveau Monde devait être assez effroyable.Le taux de mortalité pendant les traversées était très élevé (10 %, voire 15 %).Avec un peu de chance, un missionnaire était aussi du voyage; ça rassuritîf car lé pire était de mourir sans avoir reçu les derniers sacrements.» Les historiens évaluent à quelque 6 000 le nombre de départs de bateau depuis les ports de France vers le Québec en gestation.Plus de 50 000 personnes, dont des marins, des soldats, des administrateurs et des missionnaires, ont osé le voyage.Ils sont partis de Dieppe, de Saint-Malo et de Honfleur, mais I surtout de La Rochelle, véritable plaque tournante de l’histoire coloniale française.Aujourd’hui comme hier, les tours qui gardent l’entrée du J port ont l’air de fantômes drapés dans la brume.« Champlain, I Cavelier de la Salle, d’Iberville, de nombreuses filles du roi et plusieurs soldats du régiment de Carignan-Salières y ont jeté un dernier regard en quittant le port; vos ancêtres aussi », souligne Jean-Louis Labour, président de l’Office de tourisme de la ville.C’est ce qu’il dit aux centaines de Québécois qui font le voyage | à La Rochelle chaque année. u monde Dans les archives locales, on recense près de 1 300 « contrats d’engagement » ou autres actes notariés liant de futurs colons, comme Jean Mathieu, Jean Baudet ou Pierre Tremblay, à des recruteurs.Il a pourtant fallu quelque temps avant que La Rochelle devienne le point de départ principal vers le Nouveau Monde.Le temps que la France se découvre une vocation maritime.Quand Champlain a commencé à voyager, la marine royale française faisait plus pitié qu’envie : sur le littoral Atlantique, elle ne comptait que sept galères, dont cinq étaient hors service ! La mer, ce n’était pas pour la France, avait décrété Sully, le surintendant des finances - sorte de premier ministre de l’époque -, qui affirmait que l’entreprise maritime était « disproportionnée au naturel et à la cervelle des Français ».La majorité des navires appartenaient donc à des marchands.Quelques milliers de Normands, de Bretons, de Basques, engagés par des commerçants, avaient appris dès le XVe siècle à navi-¦guer sur l’Atlantique pour atteindre les bancs de Terre-Neuve.Ils allaient y pêcher la morue, un poisson alors très prisé dans les pays catholiques où l’on devait s’astreindre, chaque année, à 120 jours maigres, c’est-à-dire sans viande.Ce sont ces marins aguerris qui ont par la suite constitué les équipages accompagnant bien des explorateurs.Sans eux, sans leur savoir-faire, pas de Jacques Cartier, pas de Champlain, pas de Nouvelle-France.Il faut comprendre que les premiers bateaux en partance vers le Nouveau Monde n’étaient pas destinés à transporter des passagers; ils étaient plutôt conçus pour stocker du poisson, du sel et de la fourrure.Ils étaient armés pour « banquer », c’est-à-dire se rendre sur les bancs de poisson (le « banquier » était le bateau où l’on salait la morue immédiatement après l’avoir pêchée).« Ces navires étaient pour la plupart des flûtes achetées d’occasion aux Hollandais », explique Didier Poton, professeur d’histoire moderne à l’Université de La Rochelle.Les flûtes - du néerlandais finit qui veut dire « vaisseau » - sont des bateaux ronds plutôt lents.Ils font une trentaine de mètres de long et jusqu’à 12 m de large.Leur gréement est composé de deux mâts carrés et d’un artimon à voile latine.« Tout indique que l’état des bateaux laissait à désirer, poursuit l’historien.La plupart étaient vieux et pourris.» Des bailles, des barcasses, des rafiots, des sabots, des sapines, des tosse-mer, des bat-la-houle ! Mais vers 1635, tout change.La France, sous l’impulsion du cardinal de Richelieu - véritable premier ministre, celui-là -, entreprend de se doter d’une mission maritime.Une décision qui aura d’importantes répercussions du côté de la France atlantique.À l’époque, La Rochelle est le théâtre d’incessants affrontements I entre catholiques et protestants, et sort d’un siège éprouvant décidé par Louis XIII.Brouage, une autre ville stratégique pour le commerce du sel, est en train de s’ensabler, un phénomène RAYMOND LEMIEUX La Rochelle était considérée comme la porte du Canada, au tournant du XVIIe siècle Dans la tour de la Chaîne (à droite) est maintenant installé le Centre d’interprétation de l’émigration géologique qui a isolé cette petite cité fortifiée du littoral : elle est aujourd’hui située à quelque 5 km de la mer.Louis XFV fait construire, sur d’immenses marécages, la nouvelle ville de Rochefort qui deviendra le fief de la marine royale.On y créera la première école de médecine navale au monde.Philippe Mathieu administre le Musée national de la marine de Rochefort où une extraordinaire collection de maquettes de navires témoigne de l’évolution du savoir-faire maritime.« Au XVIIe siècle, le profil des navires va changer, les gréements vont être améliorés et la proue, affinée, explique-t-il.On construira les bateaux avec du chêne, un bois qui résiste bien aux boulets de canon, tandis que les mâts seront faits de sapin importé de Nouvelle-France.Les navires seront aussi munis de plus nombreux canons.Et aux environs de 1670, les premières frégates, des navires plus rapides et plus maniables, seront mises à l’eau.» Bien qu’aucun naufrage n’ait été enregistré entre 1604 et 1627, sur la route France-Québec, les marchands, tout comme l’Etat, ont compris qu’il faut affréter de meilleurs bateaux.« Le navire, c’est le capital, rappelle Thierry Sauzeau.L’investissement que les marchands font en Les Antilles ou le Québec ?Pour chaque migrant qui choisissait de ^2 partir au Canada, sept optaient pour les colonies antillaises, rappelle Mickaël Augeron, historien et spécialiste de l’histoire coloniale : «Les Antilles étaient plus attirantes.Pour les métropolitains, c'est là qu’on espérait faire fortune.» Grâce au sucre, au café, à l’indigo ou au chocolat.Pourtant, on avait plus de chances de réussir en Nouvelle-France.« Il était plus facile d’y obtenir une terre, note Mickaël Augeron.L’espérance de vie y était plus élevée et les colons de Nouvelle-France ont eu plus d’enfants que ceux des Antilles.» I inW' rLTT’T"' —- affrétant un navire pour le Nouveau Monde rapporte énormément lorsque le bateau revient chargé de fourrures et de poissons.Pas question de risquer de perdre une cargaison à cause d’un naufrage ou d’une attaque.Nous avons des mentions permanentes d’actes de piraterie dans les rapports administratifs que nous avons consultés.» Pour se rendre de l’autre côté du vaste océan, deux routes peuvent être empruntées.Première possibilité : le bateau monte en latitude pour passer au large de l’Irlande.Quatre ou cinq semaines plus tard, il est suffisamment au nord pour profiter des courants froids qui longent les côtes du Labrador et se laisser pousser vers le sud-ouest et le golfe Saint-Laurent.Deuxième option : le pilote profite des alizés et pointe vers les Antilles pour ensuite remonter au nord, vers la Nouvelle-France.Le bateau navigue à la vitesse de quatre à cinq nœuds.En appareillant en mars, il faut compter une cinquantaine de jours avec des vents favorables et les voiles déferlées pour atteindre l’Amérique.Si le bateau est encalminé, c’est-à-dire piégé par une mer sans vent, le calvaire se prolonge.« De vent debout’ sur vent portant, deux fois la route et trois fois le temps », a écrit le poète breton Jean Mer-rien.En sens inverse, le navire poussé par des vents dominants sud-ouest favorables peut parcourir la distance en 20 jours.Dans tous les cas, la croisière ne s’amuse guère.«Les gens étaient installés dans l’entrepont, avec les poules et les cochons », explique Philippe Mathieu.Les lap- las le k fu Me Dit| 1st b4 : 22 Québec Science I Été 2008 MUSEE STEWART (1980.535) Les premiers bateaux en partance pour le Nouveau Monde n’étaient pas conçus pour transporter des passagers mais pour stocker du poisson, du sel et de la fourrure.Québec : une appellation normande?Il a souvent été écrit que le nom de Québec vient d’un mot algonquin qui signifie « là ou le fleuve rétrécit».Mais est-ce vraiment l’origine exacte?Raymonde Litalien fait remarquer que le nom Québec figurait sur une carte de 1601, dessinée par Guillaume Levasseur, de Dieppe.Cela date donc d’avant la fondation de la cité.«Ce sont probablement des pêcheurs normands qui ont indiqué ce lieu.On trouve d'ailleurs, en Normandie, un village appelé Bricquebec.» Tifjôitft* Je L hnjh ihUtpaJe ' hxurrnj' le/ ( mnJmaeie ’Jlt/t (jraiifi '/Jj)- o , >r,y.-/ /rUnJ 'TertXelf- Cn/ift le Je C'a ru real * hu*f/n heek L 1 Huij en Xe/kf./ | May New Sovtwallés .J’m rJ/re fl Are A SI* '"y O l'oWULLE Bketagne 'Gcft J/j t/u '3 it/H'/LS Ju L Torr Cjftv >rXucLj «»>l n/tMtp JCirwiinouJ 'Rer/ue/n/lrJ , XX-.Jslft/ S' Leure^f Inni .YadouJ O ) .ilt/ijmi LU.Je w- » .fltuameauej , ^ eu TitflènfJUano •' NcuuÆ/ fronce ’Jl adouti et ÜrtM JjI/.Ç P „ ^ Gjmiu f Xv.Ar, IryeueiAkoA /.¦¦Se.?• ,.y- * z o 'Oiferenu CïntnSwt^Tltafir Je -Vt/r baui •Jiiafo/on l'V'*/ ans Hit lent Je Sable “•"l* Lee SlLeuis' dt, da Nouvelle \atwt A/H/re.Vtllaae France.M.Y, R O l'L*- FUmens V- et- Man h jU ietn uaient la mer .•/« Chat 7il l j SfsrSi Carte dessinée par Pierre Duval au XVIIe siècle à partir des relevés de Champlain.On y distingue la Nouvelle-France, la Nouvelle-Angleterre mais aussi la Nouvelle-Hollande, la Nouvelle-Suède et la Virginie.ins sont quant à eux bannis, car les marins craignent ces petites bêtes qui rongent la coque et les cordages.« L’entrepont est chargé d’humidité et constamment dans le noir, car les bougies sont proscrites par peur des incendies.On s’y déplace penché à cause du plafond bas », poursuit-il.Ayez une bonne pensée pour vos aïeux lorsque vous traverserez l’Atlantique à bord d’un vieil avion ! Les passagers dorment dans des hamacs, ce qui atténue un peu l’effet du roulis.« Un bateau, ça prend des coups tout le temps, dit Philippe Mathieu qui a servi pendant 30 ans dans la marine.La puissance des flots fait continuellement craquer le bois.Nuit et jour.C’était sans conteste dur pour le moral.» Dur pour l’estomac aussi.Marins et passagers devaient se contenter de poisson salé, de fèves et de « biscuits », des petites galettes sèches cuites deux fois.C’est certes un régime riche en oméga-3, mais le manque de légumes et de fruits frais cause des carences graves en vitamine C.C’est le scorbut.Il affaiblit les muscles et fait tomber les dents.À l’époque, on ne connaissait pas l’utilité du citron contre cette maladie.Et en cas de mal de mer, inutile de chercher les cabinets d’aisance ou les toilettes; il faut se soulager sur le pont où un dalot - en argot marin, on dit « gosier » - permet l’évacuation des déchets de toute nature.L’ancêtre des Mathieu d’Amérique a probablement connu une des pires traversées de l’histoire des relations France-Québec.Comme 30 autres passagers, il s’était embarqué le 2 juillet 1659, sur le Saint-André, un ancien bâtiment de guerre.L’ennui, c’est que le navire avait, peu de temps auparavant, servi de bateau-hôpital.C’était avant Pasteur, personne ne connaissait l’existence des microbes et de la contagiosité.Le voyage a été terrible.De nombreux passagers sont décédés et à peine a-t-il mis le pied en Amérique, en arrivant à Québec le 8 septembre, que Jean Mathieu et bien d’autres ont été hospitalisés.Heureusement, les listes d’attente n’étaient pas trop longues.Aussi cruciale que l’état du bateau, la compétence des pilotes.Mickaël Augeron, professeur à l’Université de La Rochelle, a lu des centaines de documents, actes notariés et contrats faisant état des tractations commerciales de l’époque.« Les meilleurs navi- En dehors de la carte Sans GPS ni radar, naviguer sur l’Atlantique était un art.Même les cartes n’étaient pas fiables.« Champlain a largement contribué à les préciser», dit Raymonde Litalien, conser-vateure honoraire des archives canadiennes.« Il faut dire que les cartes n'avaient pas le même rôle qu'elles ont maintenant.Le capitaine avait besoin de connaître l'orientation des vents dominants, l'existence des courants marins.Il devait savoir mesurer la profondeur de l'eau à l'approche des côtes et en reconnaître le profil.» Si les cartes étaient plutôt approximatives, elles ne constituaient pas moins des documents historiques d'une grande valeur stratégique et commerciale.«Elles servaient à faire du démarchage auprès de commanditaires ou à la cour.Elles permettaient de prouver l'existence d’un territoire et en quelque sorte de confirmer, pour les autorités, les possessions territoriales.Elles servaient aussi à obtenir des fonds pour financer de nouveaux voyages», explique Raymonde Litalien.L’historienne a récemment publié, avec Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, un ouvrage remarquable : La mesure d’un continent.Un éloge à l’art de la cartographie! Été 2008 I Québec Science 23 STUDIO DU PORT-JOLY Ouébec400 —— gateurs étaient connus des marchands qui se les disputaient à prix d’or», dit-il.En ce temps, on naviguait «à l’estime », c’est-à-dire en se guidant sur la topographie, sans carte fiable ni calculs de la longitude.C’était un art qu’on apprenait sur le tas.La science hydrographique ne commencera à être enseignée qu’un peu plus tard, lorsque les écoles seront créées à Dieppe, Brest, Rochefort et Québec, au collège des jésuites, à partir de 1666.« L’expérience et la connaissance du pilote étaient déterminantes.Il devait savoir mémoriser le profil du littoral et identifier des repères.Car les naufrages survenaient la plupart du temps le long des côtes», dit Thierry Sauzeau.En comparaison, le sency - un mot disparu de la langue française désignant la perte d’un navire en pleine mer - était extrêmement rare.À l’approche de l’Amérique, les pilotes avaient souvent affaire avec un grand banc de brume causé par la rencontre des courants du Labrador venant du nord (température : entre 4 °C et 8 °C) et le Gulf Stream, venu du sud (température : 22 °C).Mais, au moins, on savait que l’épuisant périple tirait à sa fin.La couleur changeante de l’eau, les odeurs dans l’air, la présence d’oiseaux - caillettes ou hirondelles de mer - annonçaient aux équipages et aux passagers la proximité des rivages.Après quoi, il fallait affronter le golfe Saint-Laurent et le fleuve avec ses battures, ses hauts-fonds et ses récifs.Puis.Québec, vers la fin du printemps.Une fois le premier été passé, une autre grande traversée attendait les nouveaux arrivants.Aussi périlleuse, quatre fois plus longue : on l’appelle l’hiver.S L’or blanc Sans sel, pas de commerce de la morue, et pas d’argent pour financer les expéditions.C’est ni plus ni moins à un partenariat public-privé que le Québec doit sa naissance.Les marchands avaient intérêt à commanditer des voyages au Canada et voyaient d'un bon œil l'installation de comptoirs le long du fleuve Saint-Laurent.Cela ne pouvait que favoriser le lucratif commerce de la fourrure.Si la plupart des expéditions de Champlain sont parties de Honfleur, c’est justement parce que les marchands normands lui fournissaient l'argent.«Honfleur était sur la route du sel», explique Philippe Grenier.Cet ingénieur architecte à la retraite, qui a œuvré sur le chantier du spectaculaire pont de Normandie reliant Honfleur au Havre, s’est reconverti en guide touristique.«Les bateaux arrivaient de Brouage et de la Rochelle avec des cargaisons de sel destinées aux pêcheurs qui repartaient vers les côtes d’Amérique.Le sel, c’était l’or blanc de l’époque puisqu’il permettait de conserver les aliments, surtout le poisson.» C'est à cette époque que Honfleur, coquette cité de 8 500 habitants - autant que de nos jours - connaît son heure de gloire.Aujourd’hui, la petite ville extraordinairement conservée est visitée par quelque 3,5 millions de touristes chaque année.En voix et en voile Hisser les voiles, virer le cabestan, déhaler le navire, c’est avec des chants que les marins se donnaient du cœur à l’ouvrage et rythmaient ces manœuvres de précision.Ces chants marins ont failli être bannis du patrimoine québécois.Mais il existe maintenant un Festival à Saint-Jean-Port-Joli, qui fait revivre cette tradition.Oubliez « Partons la mer est belle » et autres joyeuses chansonnettes.« Ça n’a rien à voir, explique Jean Parent, un des organisateurs du Festival.Pour nous, un chant marin, c’est un chant de travail.C’est fort différent.» Les plus caractéristiques sont les chants à hisser dont le rythme permettait de coordonner les efforts.Les chants à hisser «à grands coups» étaient entonnés pour manœuvrer ou lorsqu’on hissait le grand hunier volant ou le grand perroquet.Ils sont construits selon une alternance de solos et de refrains chantés ' en chœur.On entonne les chants à hisser «à courir» quand les petites voiles (cacatois, perroquets) sont déployées, et parfois pour brasser les vergues; ils ont un rythme de marche rapide et saccadée.Quant aux chants à hisser «main sur main», ils comportent des refrains simples et répétitifs, que l’équipage reprend en chœur.Il y a aussi des chants à haler, à pomper, à ramer.On peut les entendre au www.netmarine.net/tradi/chants/.Ils donnent envie de prendre le large.Pour plus d’information : www.chantsmarins.com 24 Québec Science I Été 2008 J L’ASTROLABE DE CHAMPLAIN 1867, près du lac Green, en Ontario.Un fermier effectue des travaux de défrichage.Sous un arbre abattu, son fils aperçoit un étrange disque en laiton.Il porte la date de 1603.L’objet s’avère être un astrolabe.Des analyses métallurgiques confirment qu’il a été fabriqué au tournant du XVIIe siècle.Mais que faisait-il là?Cet instrument était fréquemment utilisé par les navigateurs.En pointant l’aiguille de l’astrolabe vers le soleil, ils pouvaient connaître l'angle l’inclinaison de l’astre par rapport à l’horizon.Puis, des tables mathématiques leur indiquaient la latitude où ils se trouvaient.Samuel de Champlain ne se séparait jamais de cet outil avec lequel il faisait des relevés lui permettant ensuite de dresser les cartes.L’explorateur s’était rendu, en 1613, dans la vallée de l’Outaouais.Or, les historiens constatent qu’après son passage dans cette région, les cartes fournies par le géographe sont moins précises.Comme s’il avait perdu son astrolabe.La mesure du voyage Les instruments de navigation sont, on le devine, rudimentaires.La boussole, utilisée en Europe à partir du XIIIe siècle, est assortie d’une rose des vents qui indique 32 orientations intermédiaires.L’aiguille donne le cap, tandis qu'on se sert d’une carte nautique - dite « portulan » -pour repérer les ports et les dangers qui les entourent (courants, hauts-fonds, etc.).Sur ces cartes figurent des rhumbs et non des lignes de longitude et de latitude comme celles d’aujourd’hui.L’arbalète, l’astrolabe et, vers 1730, le sextant permettent de mesurer la latitude en prenant en compte la hauteur d’un astre au-dessus de l’horizon.Les pilotes ont aussi recours au loch pour calculer la vitesse du bateau.C’est un morceau de bois attaché à une corde graduée par —s, des nœuds.Il est jeté à W l’eau et, pendant 30 secondes, (le temps que met le sable dans r un sablier pour s’écouler), on 4 compte le nombre de nœuds " déroulés alors que vogue le navire.Cela donne la vitesse.•T F IL FAUT SENTIR LA MER; LA RESPECTER AUSSI.J J Vincent Riou est le vainqueur de l’édition 2004 du Vendée Globe, prestigieuse course de voiliers en solitaire et sans escale autour du monde.Avec la technologie dont le marin d’aujourd’hui dispose, est-ce que l’art de naviguer est devenu une science?La navigation est certainement devenue plus scientifique qu’intuitive.L’utilisation des données météorologiques obtenues par satellite a grandement amélioré la sécurité car, en mer, la vie du marin est dictée par la météo.Cependant, il faut éviter le piège de se fier seulement à ses instruments; la réflexion a toujours sa place.C’est ce que fait un bon navigateur : il observe les vents, la pression atmosphérique, la surface de l’océan, et il prend des décisions éclairées.Lors des courses, c’est particulièrement important, car tout se passe en temps réel et il n’y pas de place pour le hasard.Il faut « sentir » la mer ! Avons-nous apprivoisé les océans ?Apprivoisé ?Peut-être ! Mais pas dompté ! On doit respecter la mer et ses caprices.Il faut jouer avec, tenter de les contourner, mais pas essayer de les maîtriser.On doit se rappeler que les éléments sont beaucoup plus forts que nous, et lorsqu’on oublie ça, c’est alors qu’on prend des risques.Quels sont les principaux ennemis du navigateur?Les aléas de la météo, bien sûr, mais aussi tous les débris qui flottent à la surface des océans.Il y a de la glace, des morceaux de bois, et des tas de déchets jetés des gros navires.Lorsqu’on heurte un de ces débris, on risque d’endommager la coque et de se retrouver en très mauvaise posture.La pollution à la surface des océans est un problème majeur, et il est particulièrement marqué dans l’Atlantique Nord.S.L. e sculpteur québécois Marc Lincourt a préparé cette oeuvre magistrale pour saluer le courage des 400 premières familles du Québec.Intitulée La grande vague, l'installation est constituée de 400 bouquins - des exemplaires d’un roman d’amour qui devait être mis au pilon.Chaque livre, scellé par du plâtre, porte en relief le nom d’une famille.L'effet est spectaculaire et.émouvant. s ont été environ 30 000 à tenter l’aventure de la Nouvelle-France, portés par le rêve d’une vie meilleure, Ils ont appris à vivre avec l’hiver et ont construit un monde bien différent de celui qu’ils ont laissé.n ne cessera jamais de rendre hommage à leur audace. PHOTOS : MICHEL REUSS Québec400 Ils s’appelaient Gagnon, Trembla Ils sont venus par milliers s’installer dans une forêt glacée.Ils se sont battus contre l’hiver, la faim et les Iroquois; ils ont défriché les terres et labouré sans chevaux; ils ont construit des maisons et des églises.Qui étaient-ils ?Pourquoi sont-ils venus ?Quels espoirs et quelles craintes ont-ils apportés avec eux?Par Pascale Millot Ils sont tous passés, les uns après les autres.J’en ai vus au moins 1 500 ! » s’exclame Émile Lévesque en désignant de sa canne la vieille maison de pierre grise plantée au bout de son terrain.Tous, ce sont les Trudel et Trudelle du Québec qu’Émile et sa femme Marguerite, tous deux octogénaires, accueillent année après année dans leur petit village de Parfonde-val, dans le Perche, en Normandie.Il y a eu Mimi, qui a fait baptiser sa fille à l’église du hameau.Il y a eu cet homme qui s’était juré de fouler la terre de ses ancêtres le jour de ses 40 ans.Il y a eu Pauline, Louison, Thérèse, Ghislaine, et les autres venus parfois par groupes de 20 ou 30 personnes pour un pèlerinage sur le lieu de leurs origines.Et puis, il y a eu Marcel.Marcel Trudel, le grand historien québécois, qui, le 5 mai 1977, a signé le livre d’or de la ferme ancestrale reconvertie en gîte.Ils sont tous des descendants de Jean, ce tisserand parti tenter l’aventure du Canada à l’âge de 25 ans.C’était il y a bientôt quatre siècles.Il épousa Marguerite Thomas en 1655, et s’installa à L’Ange-Gar- dien, près de Québec, où le couple donna naissance à 11 enfants dont sont issus les quelque 20 000 Trudel d’Amérique.Jean Trudel est loin d’être le seul Percheron à avoir traversé l’Atlantique à la naissance de la Nouvelle-France.En fait, l’histoire de cette ancienne province, intégrée aujourd’hui au département de l’Ome, est intimement liée à la nôtre.Autheuil, Mortagne, Feings, Champs, La Ferté-Vi-dame, Bellême, Le Pin-la-Garenne, Réveillon., tous ces villages aux noms qui chantent ont vu un de leurs enfants tenter l’aventure du Nouveau Monde, comme en témoignent, dans les églises, les plaques commémoratives qui leur sont dédiées.À Tourou-vre, un vitrail de l’église Saint-Aubin raconte l’histoire de Julien Mercier; un autre y souligne la venue, en 1891, de son illustre arrière-petit-fils, le premier ministre du Québec Honoré Mercier.On y trouve aussi la place du Canada, la maison de retraite Les Lauren- tides, la salle de spectacle Félix-Leclerc et, depuis septembre 2006, La maison de l’émigration française au Canada (les Muséales de Tourouvre), qui raconte l’histoire des Français en Amérique.C’est que le Perche, berceau d’un tout petit noyau de pionniers (280 hommes, femmes et enfants), a joué un rôle pour le moins étonnant dans le peuplement de l’actuel Québec.« On peut affirmer que tous les Québécois sont des descendants de l’un des membres des familles percheronnes, qui sont allés en Nouvelle-France dans la première moitié du XVIIe siècle », explique Bertrand Desjardins, directeur du Programme de recherche en démographie historique, à l’Université de Montréal.Ce noyau a donné naissance aux plus grosses familles d’aujourd’hui et aux patronymes les plus répandus : Bouchard, Boucher, Cloutier, Côté, Drouin, Gagnon, Giguère, Giroux, Guimond, Houde, Maheu, Pelletier, JEAN TFADH.ifci.i f'AJ-TONDKV Une plaque en l’honneur du pionnier Jean Trudel, à Parfondeval, dans le Perche.28 Québec Science I Été 2008 ~ ^ • .' -*+-• &S2&, -_V— v: ***** Marguerite et Émile Lévesque, Le couple d ectogénaires garde bien vivai !?*ru, wmp i 1 ' à é.¦ ^ u'-.*tLr «De ce pays si vert, si vert en tous sens déroulé, où se perd en forêts l'horizon ondulé.» C'est ainsi que l'écrivain du XIXe siècle Sainte-Beuve décrivait le Perche.Le petit village d'Autheuil reflète parfaitement l'âme de cette région.mm Provost, Rivard, Tremblay, Turgeon.Comment un si petit nombre (même pas 3 % des 10 000 immigrants qui se sont mariés et établis au Québec sous le Régime français) a-t-il pu prendre une telle importance génétique et généalogique ?« Us sont arrivés tôt, dès 1634, et en famille.Plusieurs ont traversé avec des enfants déjà en âge de prendre époux ou épouse», explique Bertrand Desjardins.C’est le cas du charpentier Zacharie Cloutier et de sa femme Xaincte Dupont, du couple formé par Jean Guyon, maçon, et Mathurine Robin, et des deux frères Boucher, Gaspard et Marin.Qui étaient ces gens et pourquoi ont-ils quitté pays, famille, ferme, veaux, vaches, cochons pour nos quelques arpents de neige ?C’est la faute à Robert Gif-fard, chirurgien apothicaire, qui a donné son nom à l’hôpital psychiatrique de Beauport.Robert Giffard, premier seigneur de Nouvelle-France, amoureux de notre froide contrée, passionné de chasse et de pêche, premier médecin de l’Hôtel-Dieu de Québec, et sans doute le plus important « entrepreneur en peuplement » de la colonie naissante.Pour comprendre son rôle, il faut savoir que les débuts de la Nouvelle-France ont davantage été marqués par la détermination des marchands de fourrures à engranger des profits que par une volonté réelle d’établir des colons.Pour traiter avec les Amérindiens dans les comptoirs de pelleteries, ou courir les bois afin de rapporter des peaux de castor, pas besoin de femmes ni d’enfants.Résultat, 20 ans après la fondation de Québec, une centaine de Français tout au plus occupent les rives du Saint-Laurent, dont seulement cinq femmes et six petites filles.Pas de quoi faire des enfants forts ! Quand Richelieu, premier ministre sous Louis XIII, prend en main le destin de la colonie, en 1627, il constitue la compagnie des Cent-Associés qui obtient le monopole de la traite et s’engage à installer 300 catholiques par année.C’est qu’il fallait les défricher ces « Neuves terres », essoucher, labourer, construire des maisons, des hôpitaux, des quais, faire paître les troupeaux, pousser le « bled » et tourner les moulins.L’objectif ne sera cependant jamais atteint, tant s’en faut, car la majorité des recrues -beaucoup d’hommes en mal d’amour et de génitrices - retourneront dans la mère patrie à la fin de leur engagement de 36 mois.Une femme pour six hommes, c’était le ratio de la colonie en 1663.Avec les frères Noël et Jean Juchereau, eux aussi originaires du Perche, et Jérôme Le Royer de la Dauversière, des pays de la Loire, Robert Giffard a certainement été le plus efficace des agents recruteurs, car il réussit non seulement à attirer, mais à installer durablement des familles.Quand il se voit concéder la seigneurie de Beauport, en 1634, ce notable de Mortagne se met à parcourir le Perche « pour lever tous ces jeunes gens désœuvrés », comme l’écrit Marcel Trudel.Pour convaincre bûcherons, paysans, charpentiers, maçons ou boulangers de le suivre de l’autre côté de l’océan, Giffard leur offre des contrats plutôt alléchants en regard de ce à quoi ils peuvent s’attendre en France.Ces ententes, qui lient les engagés au seigneur pour mois ans, comprennent une vache et une maison, le droit de faire du commerce avec les Amérindiens, ainsi que celui de chasser et de pêcher, privilège réservé aux nobles en Europe.Surtout, il leur donne 1 000 arpents de terre, une denrée rare dans une France morcelée au gré de la loterie successorale.Parce qu’il est le premier à avoir distribué sa terre à ses censitaires, Robert Giffard est aussi celui qui a en quelque sorte commencé le dessin du paysage québécois, avec ses rangs bien alignés.« La terre est généralement morcelée en lopins 10 fois plus longs que larges, de 3 arpents sur 30 (environ 180 m sur 1 800 m) qui sont concédés en bandes parallèles, perpendiculaires au fleuve ou à une rivière, parce que c’étaient les seules voies de communication.Les terres bordant la rivière forment le premier rang; puis on ouvre un second rang, et ainsi de suite », explique Jacques Mathieu, professeur d’histoire à l’Université Laval, et auteur de La Nouvelle-France, les Français en Amérique du Nord, XVIe-XVIIIe siècle.Giffard a aussi l’intelligence de faire venir sa main-d’œuvre en famille.Il sait, pour avoir voulu épouser une Amérindienne, combien la disette de femmes à marier peut être un frein à l’enracinement des colons.Au contraire, la venue d’une seule famille a un effet d’en- À l'église Saint-Aubin, à Tourouvre, ce vitrail évoque le départ d'un des plus célèbres émigrants percherons, Julien Mercier, en 1647.30 Québec Science I Été 2008 I l’archéologue amateur !:X ' I René Lévesque a fait : I scanner puis rouvrir une ; : I section de la rue Buade afin •r , ¦ F-l T I repérer le vieux cimetière.' j P I En vain.Sam reste r ifÂ'lâ I introuvable.Été 2008 Québec Science 51 cercle arctique, de Terre-Neuve aux Grands Lacs.Champlain figure au 52e rang de la liste des actionnaires.La charte de la compagnie précise que les Autochtones qui adhèrent au catholicisme obtiennent automatiquement la nationalité française.Du travail pour les missionnaires.1628 Drôle de temps pour la guerre.Bien que la France et l’Angleterre aient décidé de cesser les hostilités, Québec est conquise par les corsaires britanniques.Champlain se démène à Londres et à Paris pour reprendre la colonie.Il devra attendre trois ans avant qu’elle soit restituée à la France.Il en profite pour repasser par Brouage, saluer ses vieux amis et vendre ses deux maisons.1633 Retrouvailles.Trois navires, le Saint-Pierre, le Saint-Jeanle Don-de-Dieumettent le cap sur Québec.Il y a 200 personnes à bord.C’est la renaissance de la ville.Champlain fait alors construire une petite chapelle : Notre-Dame de la Recouvrance.1634 L'élan d’Amérique.Un recruteur, le chirurgien Robert Giffard, convainc une demi-douzaine de familles de s’installer en Nouvelle-France.Jamais Champlain n'en a vues autant.La colonie s’élabore enfin.On entreprend même de fonder un autre comptoir à la demande des Algonquins.Ce sera Trois-Rivières.« Un jour, vos filles épouseront nos fils », dit Champlain.1635 Minuit Champlain.Champlain a 65 ou 55 ans.On ne le sait pas avec certitude, mais sa santé se met à décliner.Il est paralysé et, le jour de Noël, il reçoit les derniers sacrements.C'est pendant l’oraison prononcée par le jésuite Paul Le Jeune qu’il est désigné «Père de la Nouvelle-France ».On ignore aujourd’hui où se trouve sa dépouille.S La première guerre de Québec Ça devait être un grand coup pour faire de Québec une vraie ville.En 1627, près de 400 migrants, des animaux, des vivres et des bœufs sont envoyés de France par la compagnie des Cent-Associés.La population de la bourgade devait quadrupler.Mauvais sort: la flotte est interceptée au large de Rimouski par les navires des frères Kirke, des corsaires anglais.Une bataille s’engage.Elle dure 14 heures.Quelque 1 200 boulets bien comptés sont tirés.Les Français sont battus.Les frères Kirke - des Français aussi, mais à la solde de Londres - retournent en Angleterre avec huit bateaux et ramènent les colons en Europe.Au passage, ils pillent Tadoussac, mais ils laissent Québec tranquille.L’année suivante, les Britanniques remettent ça.Charles Ier, roi d'Angleterre, concède le monopole de la traite dans le Saint-Laurent à la compagnie Merchants Adventurers to Canada dont font partie les Kirke.Objectif secondaire : exclure complètement les Français de l’Amérique du Nord.Les corsaires ne font ni une ni deux, ils partent et s’emparent de Québec.Entre-temps, la paix avait pourtant été conclue entre l'Angleterre et la France.Mais les nouvelles ont tardé à être transmise aux belligérants.C’était avant Internet et CNN.GRAND TOUR L'événement cycliste de l'été Du 2 au 8 août 725$ jusqu'au 6 juin* Incluant repas, hébergement en camping, transport des bagages, encadrement sur route, taxes et contribution de 3,50$ par tranche de 1000$ de services achetés au Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyages.*775$ après le 6 juin Week-end 2 au 4 août 355$ jusqu'au 6 juin* *380$ après le 6 juin en partenariat avec Hydro Québec Qt (©TOYOTA Vélo Québec 514 521-8356 • 1 800 567-8356 velo.qc.ca/voyages/ VOYAGES Titulaire d’un permis du Québec Beauce, lac Mégantic, Maine, Cantons-de l'Est.Un parcours taillé pour des passionnés de vélo.52 Québec Science I Été 2008 photo: Gaétan Fontaine Parc national du Mont-Mégantic .• AU CŒUR DE LA lre RÉSERVE INTERNATIONALE DE CIEL ÉTOILÉ i ¦.ir Sa PU Forfait DE LA TERRE AUX ETOILES • 1 ou 2 nuits (auberge, gîte, chalet, camping ou tipi) • 1 soirée d’astronomie • 10% de rabais sur : - la visite guidée de l’ASTROLab de jour - la visite guidée de l’Observatoire de jour 1 800 665-6527 • 819 888-2941 www.parcsquebec.com • www.astrolab.qc.ca Parcs Québec Conserver.Protéger.Découvrir. Entretien Le choc des idées Notre identité collective repose autant sur notre « américanité » et notre attachement aux valeurs libérales que sur la religion catholique et la fidélité à la France, affirme Wan Lamonde.Professeur à l’Université McGill et auteur de \ Histoire sociale des idées au Québec, l’historien détricote le mythe d'une province repliée sur elle-même.54 Québec Science I Été 2008 À quoi ressemblait la vie intellectuelle en Nouvelle-France?Elle est mal connue, mais on sait qu’il n’y a pas eu d’imprimerie, ce qui est significatif.Les intendants en ont pourtant demandé et les sulpiciens en auraient bien voulu, mais, en France, on préférait garder le contrôle sur l’imprimé.On ne souhaitait pas que soient transposées ici les formes de sédition et les conflits entre catholiques et protestants qui secouaient le royaume à l’époque.Cela dit, l’imprimé a circulé.On le constate dans les inventaires après décès des biens des intendants, des membres du clergé, des gens des professions libérales et même parfois des artisans.Mais on trouve surtout des livres pratiques : des traités de navigation ou des ouvrages sur la coutume de Paris, pour les notaires et les avocats.Qu’est-ce qui change avec la fin du Régime français?D’abord, l’imprimerie, qui arrive en 1764.Puis vient le système parlementaire.Ce sont deux choses très importantes.La colonie, qui était sous le contrôle de la monarchie française, passe sous celui de la puissance anglaise.Dans les deux cas, ce sont des monarchies, sauf qu’il ne s’agit plus d’une monarchie absolue, mais constitutionnelle, basée sur l’équilibre des pouvoirs entre le roi, la Chambre des lords et la Chambre des communes.Quelques années plus tard, en 1774-1775, les Américains, qui se plaignent des taxes excessives que leur impose l’Angleterre - c’est l’époque du Boston Tea Party -, proposeront aux Canadiens de se joindre à eux pour faire l’indépendance de l’Amérique du Nord.Ces derniers ne se laisseront pas àp3: à ré, Ale convaincre, mais il reste qu’une douzaine d’années après qu’ils eurent obtenu le parlementarisme britannique, on leur propose rien de moins que la république.C’est à partir de ce moment qu’ils commencent à réclamer pour eux-mêmes une chambre d’assemblée qu’ils obtiennent en 1791, ce qui fait de la colonie britannique d’Amérique du Nord - qui va devenir le Canada - l’une des premières démocraties dans le monde.À l’époque, comment sont diffusées les idées nouvelles?Avant d’envahir Montréal, en 1775, les colonies du sud engagent un imprimeur français de Philadelphie, Fleury Mesplet, pour produire en français des « adresses » aux habitants de la province de Québec.Ces messages insistent sur le droit des Canadiens à un gouvernement représentatif, mais ils parlent aussi du droit à des procès devant des jurys impartiaux, du droit de posséder des terres, de la liberté de presse et de la séparation des pouvoirs.Comme une bonne partie de la population est analphabète, les « adresses » sont lues à haute voix dans les cafés et les auberges, dans les marchés publics et sur les perrons d’église.Même si les Anglais réussissent à repousser les Américains, en 1776, leur propagande a trouvé des individus réceptifs.Les nouvelles idées vont d’ailleurs continuer à se répandre grâce, notamment, à la Gazette de Montréal, de Fleury Mesplet qui s’est installé dans la colonie.En octobre 1789, les journaux informent les Canadiens de la prise de la Bastille, qui marque le début de la Révolution française.En 1790, on publie des textes sur l’esprit des Lumières et l’abolition de la féodalité.Les gazettes et les brochures se multiplient pendant la campagne électorale de 1792 et on assiste à des débats passionnés sur des sujets comme « l’intérêt public » ou « le bonheur public », des idées qui ont marqué l’époque.Comment réagit l'Église?Au départ, le conquérant britannique mise sur deux pouvoirs établis pour asseoir le sien : celui des seigneurs, qui seront de moins en moins nombreux, et celui de l’Eglise.On reconnaît son existence, mais elle comprend rapidement que sa survie 1 dépend de sa loyauté à l’égard du pou-¦j voir britannique.On voit régulièrement des membres du clergé prendre position contre la licence des gazettes et les idées qui y circulent, y compris au moment des rébellions de 1837 et 1838.Mais l'Église ne réussit pas à empêcher complètement les idées de circuler.Après la Conquête, elle voit ses effectifs décroître, car les Anglais l’empêchent de faire du recrutement en Europe.C’est d’ailleurs ce qui l’amènera à fonder les premiers séminaires.Les membres des professions libérales, comme Louis-Joseph Papineau, étaient formés dans ces séminaires, mais cela ne les a pas empêchés de faire la promotion des idées nouvelles.Ils ont aussi joué un rôle important dans la préservation de la langue française.On exagère grandement quand on dit que c’est grâce au clergé que la culture française a survécu.C’est surtout la bourgeoisie libérale qui a défendu la langue en récla- mant notamment, dès 1792, des débats en Chambre dans les deux langues.L’Église aura-t-elle davantage d’influence plus tard?A partir de 1840, l’Eglise, qui peut recommencer à recruter de nouveaux prêtres à l’extérieur de la colonie, va sortir de sa période « souffrante » - pour utiliser une métaphore de l’Evangile - et entrer dans sa période « militante ».Entre autres, elle se bat pour que les écoles soient placées sous son contrôle.Puis, de 1880 à 1930, c’est l’Église « triomphante »: elle dispose de ressources humaines importantes et exerce son pouvoir dans les écoles, les librairies, les journaux et les universités.Mais elle ne contrôlera jamais tout et ne pourra empêcher les idées de cir-cttler.Un exemple ?Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, on voit des cercles et des associations se former.L’Institut canadien, par exemple, a pour principes la tolérance, la liberté de pensée et la laïcité.Cette association composée de gens des professions libérales, mais aussi de marchands, de commis et d’artisans, organise des conférences publiques et des débats.Elle dispose de sa propre bibliothèque, dont une grande partie des livres sont à l’index, ce qui amènera la condamnation de l’Église, et même celle de Rome.Avant la Révolution tranquille, cela n’a donc pas toujours été la grande noirceur?Il est vrai que Montréal a été la dernière ville d’importance en Amérique du Nord à avoir une bibliothèque publique, en 1917.Mais ceux qui ont constamment les mots de «grande noirceur» à la bouche démontrent leur méconnaissance de l’histoire.Je ne suis pas en train de dire que les libéraux radicaux ont dominé au Québec, mais ils avaient une voix.En 1930, la crise qui a suivi l’effondrement boursier n’était pas seulement économique et sociale; elle était également politique, religieuse et spirituelle.Après le désordre, on s’est mis à rechercher un nouvel ordre.On voit donc apparaître, sous le gouvernement de Maurice Duplessis, un mouvement de conservatisme qui va venir temporairement renforcer le pouvoir clérical.Mais les ouvertures à la modernité qui avaient commencé à poindre vont continuer entre 1930 et 1960.Le mur de la tradition qui s’est écroulé en 1960 était déjà percé de brèches.S Propos recueillis par Marie-Claude Bourdon • ; V' sB Été 2008 I Québec Science 55 CHAPEAU DE FEUTRE DE CASTOR/1973.1527/COLLECTION DE LA PULPERIE DE CHICOUTIMI Québec400 La ville sortie chapeau En gagnant Paris, la mode du feutre de castor a permis la naissance de Québec.Voici comment un accessoire a changé le look de l’histoire.Par Mélanie Saint-Hilaire Il s’en est fallu d’un poil pour que Québec ne soit jamais fondée; un poil de castor.Si le duvet de cet animal ne donnait pas un feutre lustré, propre aux plus somptueux chapeaux, qui sait si la Nouvelle-France aurait vu le jour ?À tout rongeur tout honneur! Le bièvre (c’est son nom en vieux français) mérite bien quelques louanges.Car c’est sur son dos que s’est bâtie la première «Abi-tationsur la riviere At sainct Laurens».Le castor faisait son « bouleau » en paix quand Jacques Cartier a pris possession du Canada, en 1534.Venus pêcher la morue et chasser la baleine, les Français ont fini par repartir avec des fourrures.Et le petit charpentier des lacs a chamboulé l’économie, la politique.et la mode.Cette histoire, Bernard Allaire la relate avec vivacité dans Pelleteries, manchons et chapeaux de castor.Curieux de ce que les Français fabriquaient avec le pelage des animaux d’Amérique, le chercheur né à Québec, mais établi à Nice en France, a dépouillé les archives des pelletiers et des chapeliers de Paris, capitale de la mode.Six kilomètres d’étagères ! « Le castor m’a servi de boussole », dit l’historien en manteau de cuir.Piégé sans pitié pour son pelage et sa viande, Castor fiber avait quasiment disparu d’Europe au XVIe siècle.Les fourrures qu’on trouvait chez les pelletiers ne pouvaient donc que provenir de Castor canadensis.Ef- fectivement.«Vers 1570, les castors arrivent à Paris après avoir transité par les ports de Rouen, de Bordeaux, de La Rochelle et sans doute de Saint-Malo.» Ce ne sont pas les seules pelleteries qui affluent alors du Canada.Martre, lynx, «loutre de Terre-Neuve».Elles tombent pile-poil: le réseau européen du commerce des fourrures de Sibérie vient de s’effondrer.Mais la mode, cette capricieuse, lève bientôt le nez sur ces nouveaux arrivages.À la peau, utilisée jadis pour la confection des vêtements de luxe, elle préfère désormais la soie.En 1582, le pelletier parisien Mathieu Garnier se plaint d’être encombré de bièvres qu’il ne parvient pas à écouler.C’est alors que quelques chapeliers futés pensent à ressusciter le feutre de castor, un matériau fabriqué selon une technique disparue depuis un siècle.Sous son pelage rêche, la bête cache une épaisse couche de duvet.Ces poils fins, hérissés de menus barbillons, s’enchevêtrent lorsqu’on les presse.Fabriquer le feutre relève d’un procédé complexe : il faut asperger le duvet de nitrate de mercure pour soulever ses écailles - bonjour vapeurs toxiques et ce qui s’ensuit: tremblements et troubles d’élocution ! -, l’aplatir en triangle, le rouler en cône, le faire fouler à l’eau chaude, l’installer sur un moule en bois.Le chapeau est ensuite teint, raidi avec un mélange de laque et de colle, et orné de boutons, de rubans ou de plumes.Le couvre-chef ainsi fabriqué est léger, raide comme du carton, indéformable et imperméable.Il ne se déchire pas et garde sa couleur au soleil.Le fin du fin ?Le « castor gras ».Les Amérindiens cousent ensemble plusieurs peaux et s’en font une sorte de manteau qu’ils portent pendant un an, poil contre peau, la sueur conférant un lustre spécial au duvet.qu’ils vont ensuite vendre.Au XVIIe siècle, la mode devient folie.Au début, le chic accessoire coûte environ 100 sols tournois, contre 30 pour un feutre de laine.Vers 1620, ce ratio passe à 800 contre 75.Bientôt, tous les élégants réclament un «castor».Comme il faut environ cinq bièvres adultes pour fabriquer un couvre-chef, la demande explose.Ce sont donc les artisans parisiens qui, en 56 Québec Science | Été 2008 Si peu farouche le castor?Reconstitution d’une scène de chasse par le photographe William Notman, en 1866.: ' ÏVY.¦ ; •• ^ig ®£Sf / I île.If Biin au est ftiin I et®-1 “ I I tieilf I créant une mode, trouvent un débouché aux pelleteries canadiennes.Et qui procurent ainsi les fonds et les arguments pour envoyer des colons en Amérique.« Le commerce du castor a donné des assises économiques à la ville de Québec, résume Bernard Allaire.La France ne trouvait pas dans ses colonies de matières à vendre.Seule la fourrure apportait une plus-value.» À mesure que la demande augmente en France, les expéditions se multiplient au Canada.En 1600, Pierre Chauvin de Ton-netuit fonde un poste de traite à Tadoussac.Le négoce des peaux, autrefois l’activité secondaire des morutiers et des baleiniers, devient un but en soi.Et les Amérindiens chargent leurs canots de pelleteries, en rêvant du chaudron en cuivre qu’ils en obtiendront.Les Français ne choisissent pas le site au hasard lorsqu’ils fondent la première ville permanente de la Nouvelle-France, le 3 juillet 1608.« En s’installant à Québec, ils Le castor bloquent la route aux navires qui voudraient aller chercher des fourrures dans l’actuelle région de Montréal.» Car la colonie est justement financée par le monopole de traite des pelleteries, accordé par Henri IV au noble huguenot Pierre Du Gua de Monts.Sauf qu’à la mort du roi, en 1610, le monopole tombe.C’est le retour de la Un castor à la mode Le «castor» a régné sur la mode masculine pendant deux siècles et demi.Vers 1600, c’est un simple chapeau à larges bords.Vers 1700, ses ailes retroussent, d’un côté ou des deux.Bientôt apparaît le tricorne, dont les bords relevés forment un triangle, puis le bicorne, coiffe de Napoléon Ier, qui s’étire au-dessus des oreilles.À compter de 1800, les élégants adoptent le haut-de-forme, qui s’élève démesurément.Ces couvre-chefs coûtent la peau des.bièvres, mais ils le valent.«Un chapeau de castor durait toute la vie.Son feutre étant malléable, il pouvait être remodelé quand la mode changeait», explique Christina Bates, historienne au Musée canadien des civilisations, qui a signé une expo sur les coiffures au Canada.www.civilization.ca/hist/hats/hatOOfra.html.-tel qu’on le dessinait au XVIe siècle.traite libre au Canada.Le prix de la peau de castor dégringole de 150 à 60 sols tournois.Inquiet pour sa jeune colonie, Champlain lance une campagne de promotion : il publie une relation de ses voyages en Nouvelle-France, se fait voir à la cour, persuade des marchands d’investir.En 1613, il réussit à faire réinstaurer un monopole des fourrures dans la vallée du Saint-Laurent.Trois compagnies successives vont ordonner le marché, gérer les lieux de traite et apaiser les rivalités entre marchands.Le prix de la peau de castor grimpe à 240 sols.Mais les Français ne sont pas les seuls à traquer les bièvres.En 1670, les Anglais fondent la Compagnie de la baie d’Hudson.Afin d’inciter les Londoniens à investir dans ce tout nouveau négoce, l’entreprise offre.un chapeau de castor! Après la conquête, en 1763, le piégeage se poursuit avec intensité.Si bien qu’au milieu du XIXe siècle, les populations de castors connaissent un dangereux déclin.Les bièvres devront leur salut au prince Albert.L’époux de la reine Victoria s’entiche du haut-de-forme en velours de soie dans les années 1840.L’ère du chapeau de castor est bel et bien révolue.Mais à ce moment, Québec est devenue une communauté florissante, profondément enracinée dans son coin d’Amérique.S Été 2008 I Québec Science 57 I Entretien Dans les murs de Quéfc Québec a longtemps été sur la défensive.Son urbanisme unique et spectaculaire en témoigne bien selon André Charbonneau, responsable des services historiques de Parcs Canada au Québec et coauteur du livre Québec, ville militaire.L’histoire de Québec est une histoire militaire, dites-vous dans votre récent ouvrage.Quels sont les vestiges qui le rappellent?Le paysage de Québec est dominé par l’héritage militaire.Il y a les fortifications, la Citadelle, les tours Martello, le fort de Lévis et l’enceinte urbaine.Le réseau de rues rappelle l’urbanisme militaire : le plan rayonnant et orthogonal.La toponymie aussi est empreinte de ce passé.Que l’on pense à la rue des Remparts (Wall Street), la Grande-Allée (Broadway).D’autres artères ont été baptisées en hommage à des officiers comme Murray, Fraser, Montcalm, Moncton, Bougainville.J’ai aussi relevé 225 plaques commémoratives rattachées à l’héritage militaire sur les deux rives.Il y a plusieurs monuments qui ont eu un impact symbolique majeur : le parc Montmorency, le fort du Château Saint- Louis (aujourd’hui disparu), le Cercle de la garnison, le Manège militaire (qui vient de brûler), la Citadelle.Et on trouve plusieurs musées militaires.Champlain a-t-il choisi le lieu de Québec pour des raisons stratégiques?Il opte en tout cas pour un emplacement qui présente certains avantages pour se défendre.Il s’installe sur la pointe du cap Diamant, dans l’actuelle Basse-Ville, ce qui lui permet de contrôler la circulation fluviale.Quelques années plus tard, il monte dans la Haute-Ville pour construire le fort Saint-Louis, parce qu’il a besoin d’un endroit plus sécuritaire pour coloniser Québec.La construction du fort Saint-Louis a donc influencé le développement de la ville?Oui.Le fort Saint-Louis est devenu le cœur du premier plan urbain de Québec.On s’en 58 Québec Science I Été 2008 rend compte encore aujourd’hui si on regarde une vue aérienne de la place d’Armes qui a été créée par le successeur de Champlain, Charles Huault de Montmagny.Les premières rues, la rue Saint-Louis, la rue Sainte-Anne et la côte de la Fabrique, convergent toutes vers la place d’Armes et le fort Saint-Louis.Au XVIIe siècle, tous les ingénieurs militaires ont respecté ce plan.Par la suite, au XVIIIe siècle, on en adopte un nouveau que l’on place au bout du premier, avec de nouvelles fortifications jusqu’à l’emplacement actuel.Ce plan, inspiré par l’ingénieur français Vauban, s’apparentera à un damier.Ces deux modèles de développement urbain sont encore très évidents.On peut penser que les militaires ont donc été très influents.En 1608, Champlain n’avait pas d’armée.Les premières mentions de la présence de soldats réguliers datent du milieu du XVIIe siècle, mais c’est une petite garnison au fort Saint-Louis qui assure la défense du gouverneur et de la colonie.Petit à petit, on développe un système défensif de plus grande envergure.À la suite de l’attaque du Britannique William Phips, en 1690, on construit la première enceinte, une palissade qui vient ceinturer l’embryon de développement de la ville.Au même moment, il y a des colons anglais qui remontent la rivière Richelieu et qui se dirigent vers Québec.Les gouverneurs prennent alors conscience que la petite colonie doit se défendre sur deux fronts : par les terres et par le fleuve.Le rôle défensif de la ville est précisé: Québec devient l’objectif ultime de tout ennemi voulant s’emparer de la colonie française et de ses fourrures.Trois ans après la construction de la première palissade, on décide donc d’ériger une deuxième fortification qui répond au modèle de Vauban.L’objectif est de soutenir la défense assez longtemps dans l’attente de renforts.Comment ont évolué les fortifications par la suite?Lors de la Conquête de 1759-1760, Montcalm ne les a pas utilisées et a plutôt choisi d’attendre l’ennemi à Beauport.On ne sait pas pourquoi.C’est au milieu du XVIIIe siècle qu’est construite l’enceinte définitive de Québec, celle qui délimite aujourd’hui la vieille ville.Le siège de 1775-1776, mené par l’armée américaine, fait beaucoup réfléchir les autorités britanniques qui érigent par la suite la première citadelle de Québec.Puis, à la fin du régime colonial, la principale infrastructure défensive se déplace : on érige le fort de Lévis.Ce déplacement est lié à plusieurs facteurs : le développement de l’artillerie, la construction du faubourg Saint-Jean, qui rend caduque une partie de l’ancienne fortification française, et la mise en place du chemin de fer entre Lévis et Montréal, avec un embranchement pour Portland, dans le Maine.Ainsi, l’ennemi éventuel peut se présenter directement sur la rive sud, Québec étant devenue le principal port d’exportation du bois vers l’Europe.Peut-on dire que les citoyens de Québec vivent dans la peur depuis la fondation de la ville?En tout cas, au début de la colonie, ils sont constamment confrontés à la nécessité de se défendre.De la fin du XVIIe siècle jusqu’à 1759, il y a beaucoup plus de périodes de guerre que de paix.La popu- lation qui vit à l’intérieur d’une ville fortifiée est astreinte à des servitudes.Les citoyens participent à la construction des fortifications, à des corvées.Avant l’installation des casernes, les gens doivent aussi héberger les soldats.Ils payent une taxe pour financer la construction des fortifications et des premières casernes.En temps de guerre, ils sont soumis au couvre-feu.Toutes ces servitudes accentuent la conscience de vivre dans une ville fortifiée.Comment la construction de la Citadelle par les Anglais, à partir de 1820, a-t-elle été perçue par la population?C’est difficile à dire, car on a peu de témoignages.Il est sûr qu’une armée d’occupation a le souci constant de se prémunir contre la population qui pourrait se soulever.On sait que, lorsque les Britanniques quittent Québec à la fin de la période coloniale, en 1871, il y a un mouvement qui demande la démolition des fortifications, car elles représentent toute cette servitude urbaine à laquelle il fallait se soumettre quotidiennement.Heureusement pour nous, le gouverneur général de l’époque, lord Dufferin, tombe sous le charme de Québec.Il réussit à décourager ce mouvement.Il conserve l’enceinte, refait les portes afin de permettre une meilleure circulation, en perce de nouvelles, comme la porte Kent, et crée une promenade sur le sommet des murs.Il laissera aussi un legs important pour la ville : la terrasse Dufferin, en 1879.Québec est-elle encore une ville stratégique sur le plan militaire?C’est toujours une ville de garnison.Val-cartier compris, il s’y trouve près de 6 000 soldats.La Citadelle héberge encore le 2e bataillon du Royal 22e Régiment.Il y a une école navale avec quelques milliers d’étudiants.Il y a aussi des réservistes, parfois jusqu’à 3 000.Mais, on le devine, les fortifications ne servent plus à rien.Reste-t-il des vestiges des anciennes fortifications françaises?Peu de gens le savent, mais le mur qui fait face à l’Assemblée nationale et qui délimite le Vieux-Québec date de la colonie française.Si je regarde l’archéologie du paysage, pour moi, c’est une ville française.C’est aussi une métropole qui a adopté la dichotomie française de la Haute-Ville et de la Basse-Ville.Les Ursulines, les Augustines et le Séminaire sont encore présents à l’intérieur du Vieux-Québec.Ces composantes reflètent elles aussi son caractère français.S Propos recueillis par Julie Lemieux Été 2008 | Québec Science 59 Québec400 Pendant les premières années de la Nouvelle-France, notre conception de l’Univers, du monde physique et du vivant s’est radicalement transformée.Il y a eu aussi un nouveau monde pour la science.par Yves Gingras Au moment où le fondateur de Québec entreprend de traverser l’Atlantique, la cosmologie est en plein bouleversement.L’Univers que l’on croyait clos et immuable montre des signes de changement.Il semble plus vaste que prévu; des étoiles inconnues apparaissent, et un instrument, le télescope, vient modifier radicalement la manière dont les savants observent le monde.La « nouvelle science » se base désormais sur l’expérimentation et la mesure.À cette époque, pour la plupart des scientifiques, la Terre est une sphère au centre de l’Univers.La Lune, le Soleil et les autres planètes tournent autour, tout comme les étoiles.Un modèle - que l’on dit « géocentrique » - vieux de 2 000 ans ! En 1608, une invention extraordinaire va changer radicalement notre vision du monde : c’est la lunette d’approche.Informé par lettre en mai 1609, Galilée perfectionne cet (suite à la page 63) Cette cosmographie représentant le modèle géocentrique a été réalisée au XVIIe siècle par les géographes Schenk et Valck.Cette conception de l’Univers n’allait plus tenir le coup très longtemps.Il était une fois SEPTlle TJ TRIO [A R\C\r r ^SCL'NCV SYSTEMATIC P T O LE: i j.tyrxYtjjtt AaJtd«ed.*Lim ’ ftr o .o nr—Va .*t ÆSbSk V yTp C\T 1 c ÂI ît t .‘GeKABDV^VaI.*.».s/t\i VUS S E v| trot CVS '3SI 5g ILU5AW4 r< \ u.H Y B e\r N V S •S j I V E TROP A TT |T AR/ç r c v L A1ER1 —-ji ’J.* ZZZS.-., A .1 .V’" r 60 Québec Science I Été 2008 ILLUSTRATIONS : PREFON L'état du monde en i6c8 Féru de géopolitique, le journaliste François Brousseau s’est transformé en chroniqueur du XVIIe siècle.EXTRÊME-ORIENT Peut-on évangéliser les Chinois?¦Uh! Il y a déjà un quart de siècle que les premières missions de jésuites sont arrivées en Chine; des pères italiens -mais aussi français - dont le but avoué est d'évangéliser les populations locales.Ainsi, on commence à avoir une petite idée de leur efficacité.Ce qu'on apprend - d’après les premières relations de missionnaires rentrés en Europe ou ayant écrit à leur maison mère - c’est que ces fieffés Chinois ne se laissent pas facilement acculturer! D’abord, les jésuites ont découvert une civilisation bien plus avancée qu’ils ne l’avaient soupçonné.Les Chinois connaissent la poudre à canon et l’écriture; ils tiennent des registres publics sophistiqués, dressent des cadastres et font des recensements.Petite leçon d’humilité pour les Occidentaux qui se croient trop souvent les dépositaires exclusifs de la connaissance et de la vérité.Les jésuites, contrairement à d’autres communautés, sont de l’avis qu’il est avantageux de s'adapter au peuple qu’on veut évangéliser.Ainsi, les missionnaires italiens se sont mis au mandarin, la très complexe langue chinoise, et certains l’auraient apprise fort bien, en quelques années seulement.C’est admirable, mais on pourrait se demander si, à la longue, ces missionnaires originaux - en adoptant la langue, mais aussi les us et coutumes du pays visité - ne courent pas le risque de se faire acculturer eux-mêmes davantage qu’ils ne convertiront les Chinois! Surtout que l’empire du Milieu (c’est ainsi que ces derniers nomment leur pays) ne fait pas montre d’une bien grande ouverture sur le monde.Lorsque la dynastie Ming est arrivée au pouvoir, en 1368, elle a bouté les Mongols hors de Chine.Le début de son règne a été marqué par une fureur exploratrice comparable à celle des Européens; les navigateurs asiatiques se sont ainsi rendus aux Indes et en Afrique.Mais plus récemment - et il en est question dans les relations des jésuites - on a observé un certain repli des Chinois à l’intérieur de leurs frontières et des manifestations nouvelles de xénophobie.Les Han, le groupe dominant, ont suspendu leurs opérations à l’étranger.Il sera intéressant de voir quel succès auront, à long terme, des missions comme celles des jésuites.Les Chinois seront-ils chrétiens au XVIIIe siècle?Ils constituent en tout cas un peuple étonnant, auprès duquel il faut agir avec précaution! Toute attitude conquérante à leur endroit pourrait un jour avoir un effet contraire et qui sait si, demain ou après-demain, ce ne seront pas eux, les conquérants?Été 2008 I Québec Science 61 Une lueur dans le ciel En octobre 1604, l'astronome Johannes Kepler observe une nova (me nouvelle étoile) dans le ciel.Les étoiles ne seraient donc pas fixes et étemelles ?Cette apparition est perçue comme un signe envoyé du ciel que les astrologues doivent interpréter.Est-ce l’annonce d'une nouvelle guerre?D’une épidémie?La nova, qui devient rapidement plus brillante que Mars et que Jupiter, reste visible à l’œil nu jusqu’en mars 1606, puis elle disparait.Nous pouvons la voir de nouveau aujourd’hui grâce à de puissants télescopes comme Hubble, (notre photo).Kepler publie les résultats de ses observations cette même année dans un ouvrage en latin, la langue savante de ( l’époque, De Stella nova (Sur l’étoile nouvelle).En plus de fournir des données sur la couleur de l'astre, l'auteur, qui est aussi astrologue, se penche sur la signification possible de cet étrange événement.Puis en 1609, il publie son Astronomia nova, basée sur les observations que son maître Tycho Brahé a faites de la planète Mars.Cet ouvrage majeur énonce les deux premières 0 ml DU SIROP CONTRE LA TOUX Le sirop d’érable est d’origine autochtone, mais ce sont les Européens qui ont été les premiers à en faire du sucre en faisant bouillir la sève plus longtemps dans des seaux de métal.Une invention franco-amérindienne, donc, qui fera un malheur des deux côtés de l'Atlantique.Les colons se régalent de pains de sucre d’érable jusqu’à en perdre leurs dents.En France, où on l’exporte en grande quantité, il est réputé excellent contre les maux de gorge et de poitrine.Ils dansent avec les chiens «Vos chiens ont plus d’esprit que les nôtres», aurait déclaré un Amérindien outaouais au père jésuite Louis Nicolas, en 1667.Les deux chiens européens que le missionnaire avait amenés avec lui impressionnaient par leurs aptitudes.Ils savaient traîner de gros fardeaux, chasser le gibier à poils et à plumes, même dans l’eau, et poursuivre « la grosse venaison ».Des prouesses dues à un bon dressage que les chiens locaux étaient incapables de réaliser, d'après le père Nicolas.Les Autochtones avaient en effet leurs propres chiens, descendants des premiers arrivants qui avaient traversé le détroit de Béring avec leurs maîtres, des milliers d’années plus tôt.D’autres témoignages écrits démontrent toutefois que les chiens des Amérindiens n’étaient pas si « dénués d’esprit».À la chasse, ils forçaient les cervidés à sortir des bois, repéraient les caches d’ours, dénichaient les castors et rapportaient les canards.Au campement, ils donnaient tua Ai i n /#i fl/f/l a ut tra mt l’alerte lors d’attaques nocturnes.Et, en cas de besoin, ou pour certains rituels, ils pouvaient servir de repas.Selon le père Nicolas, il y avait en Nouvelle-France, comme en Europe, de nombreuses variétés de chiens de différentes tailles et couleurs.Mais toutes avaient des allures de loup: elles hurlaient plus qu’elles n’aboyaient, elles avaient les oreilles courtes et droites et leur épaisse fourrure comptait deux couches de poils.Les ossements d'un spécimen de plus de 4 000 ans trouvés sur le site de l’île-de-Beaujeu (Salaberry-de-Valleyfield) révèlent qu’ils étaient bas sur pattes, avaient le museau allongé et les canines courtes.Qu’est-il advenu de ces toutous ?Les races semblent s’être éteintes, disparues avec les anciens modes de vie de leurs maîtres et suite aux croisements avec les races d’Europe.Seuls les chiens de l’Arctique ont encore leur allure de loup.J.L. Publicité Pour des vacances «•, scientifiques m 1 UNMUSÉÜMNATUREMONTRÉAL de Madagasc 21 juin au 16 novembre j Une faune et une florewiiques Faites leur connaissante au Biod museumsnature.ca 514 868-3000 MUSJ=E DES SCIENCES TECHNOLOOIE nu CANADA Mettez tous vos sens à contribution dans le plus grand musée des sciences et de la technologie du Canada, à deux pas du centre-ville d’Ottawa.Montez à bord de vraies locomotives, livrez-vous à des expériences fascinantes et voyez de vos propres yeux l’influence des sciences et de la technologie dans notre vie quotidienne.1867 boul.Saint-Laurent, Ottawa (Ontario) 1-866-442-4416 Stationnement gratuit sciencetech.technomuses.ca Canada Musses GRANDES EXPOSITIONS ET ACTIVITES ESTIVALES PARTOUT AU QUÉBEC Programmation en ligne: www.musees.qc.ca Société des musées québécois Québec n n Entretien Mon cousin amérindien Mh£ 76 Québec Science | Été 2008 B t Denys Delâge dans le hall de I hotel-musee Huron-Wendat, Premières Nations à Wendake, près de Québec.Les Autochtones nous ont légué bien plus que le pop-corn et les raquettes.Ils ont modifié les rapports sociaux et la politique.Ils ont même nourri le vent de changement qui commençait à souffler sur la France.Entretien avec l’historien Denys Delâge, spécialiste des contacts entre Européens et Amérindiens.Les administrateurs de la Nouvelle-France se plaignent que les colons élèvent leurs enfants «à la sauvage», c’est-à-dire avec peu d'autorité.Les Amérindiens les ont-ils influencés?Les nouveaux arrivants ont dû constater que les petits Amérindiens sont bien élevés et respectueux de leurs parents, même si on les traite de manière plus douce, et cela a dû les inspirer.Marie de l’Incarnation, par exemple, la fondatrice des Ursulines, est très avant-gardiste.Elle aime ses élèves autochtones, apprend leur langue, leur permet ^de porter leurs vêtements traditionnels.^On ne voit jamais une telle attention envers Iles enfants en France.2 II faut dire aussi que les rapports fa-Imiliaux sont devenus moins autoritaires en Nouvelle-France du fait de l’abondance des terres.Les garçons n’ont pas besoin de chercher la reconnaissance paternelle pour espérer un héritage : l’un des fils recevra la terre familiale et ses frères prendront celles d’à côté.Le pouvoir des pères s’en trouve diminué.Et les paysans ont le droit de pêcher, de chasser, de posséder des chevaux et de porter des armes, qui sont autant de signes distinctifs de la noblesse en France.C’est toute la société qui est moins hiérarchisée.Les Autochtones ont-ils eu un impact sur les rapports entre les hommes et les femmes ?J’aurais tendance à le croire.Les femmes autochtones ont à l’époque plus de pouvoir que Is h loi- ' SugOwqShBv PHARMACIE BORÉALE Les chercheurs s’inspirent du savoir millénaire des Amérindiens pour trouver des remèdes.les Françaises.Les Iroquoiens qui pratiquent l’agriculture sont des sociétés matrilinéaires, où l’appartenance au clan se transmet de mère en fille, et matrilocales, où le marié emménage avec la famille de son épouse.Même au sein des groupes de chasseurs comme les Montagnais, les jésuites essaient de convaincre les hommes d’avoir de l’autorité sur leurs épouses; ils ont du mal à convertir les femmes parce que celles-ci ne veulent pas perdre leur droit au divorce.On reproche d’ailleurs aux Montréalaises d’être « ensauvagées », c’est-à-dire contaminées par l’orgueil et l’esprit des Amérindiennes.Par ailleurs, l’abondance des terres affaiblit le pouvoir des maris.Et quand les hommes partent pendant de longues pério-des-chercher des fourrures dans les pays d’en haut, les femmes gèrent seule la maison.Ce sera la même chose avec les bûcherons.Partout en Amérique du Nord, on remarque une émergence du pouvoir des femmes.Les Français quittent une société d’Ancien Régime rigide et sont en contact avec des sociétés qui valorisent le partage et l’autonomie personnelle.Cela aura-t-il des répercussions sur le plan politique?Les jésuites sont très surpris de voir les Amérindiens débattre entre eux avec beaucoup de respect lors des conseils, de manière très codifiée, et de constater l’énorme pouvoir moral des chefs.Ils voient bien qu’au fond, la république, ce n’est pas l’anarchie et le désordre.Mais cela va beaucoup plus loin.Au cours du voyage en canot qu’il fait de Québec à la Nouvelle-Orléans, le père Pierre-François-Xavier de Charlevoix rapporte ses observations sur les peuples autochtones qu’il rencontre.Il développe quatre thèmes : liberté, égalité, fraternité, droit au bonheur.Ce sont les thèmes des révolutions française et américaine ! Il cons- j tare que l’ordre européen ne va pas de soi, J et qu’on peut le remettre en question.Cette discussion n’a pas lieu seulement en | Nouvelle-France; elle existe depuis la Renaissance en Europe.Mais la juxtaposition des colons et des Amérindiens dans un rapport relativement égalitaire nourrit le mouvement du changement social.La littérature des missionnaires et des explorateurs va inspirer les philosophes des Lu- j mières.Quand les États-Unis rédigent leur j Constitution, ils ont sous les yeux les modè- j les de Rome, de Venise, d’Athènes, de même que la constitution iroquoise.Le contact avec les Amérindiens a légitimé la remise en question de l’ordre social et politique.Propos recueillis par Noémi Mercier C'est au cœur de la forêt boréale que les chercheurs du Laboratoire d’analyse et de séparation des essences végétales (LASEVE), à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), cherchent des remèdes contre le cancer.Dans l’huile essentielle extraite des aiguilles du sapin baumier, ils ont identifié deux ingrédients actifs : l’a-humulène, qui s'attaque directement aux cellules cancéreuses, et la p-caryophyllène, qui améliore l’efficacité des traitements de chimiothérapie.«Nous en avons fait la démonstration sur des souris atteintes de tumeurs très agressives aux poumons, explique le chercheur Jean Legault.Ces cancers sont habituellement résistants au taxol, un médicament bien connu.Mais si on l’administre conjointement avec la p-caryophyllène, le médicament s’en trouve activé et les tumeurs régressent.» Jean Legault et ses collègues n'ont rien inventé.Bien avant l'arrivée des Européens en Amérique, les Autochtones utilisaient déjà la gomme de sapin pour traiter les tumeurs.Les colons français n’ont pas tardé à les imiter.Cette gomme est devenue leur « médecine universelle» qui guérit aussi bien les plaies, les brûlures que le scorbut.Il n’y a pas une racine, pas une écorce, pas un végétal dont les Amérindiens ne savaient tirer quelque pommade ou tisane curative.Au temps de la Nouvelle-France, les sabots d'orignal (utiles notamment contre l’épilepsie) et les rognons de castor (considérés comme une panacée) étaient exportés en Europe où ils étaient fort prisés.Les guérisseurs autochtones étaient aussi réputés car, contrairement aux chirurgiens français, ils n’avaient pas la manie d’amputer.«Lorsqu’ils ont des os rompus et des bras cassés, ils y procèdent avec beaucoup de sagesse, de dextérité et d’habileté, et l’expérience fait voir qu’ils guérissent plutôt un blessé en huit jours que nos chirurgiens en trente», écrit Antoine Laumet Cadillac, le fondateur de Detroit.Mais ces connaissances ont peu influencé la médecine «officielle» de l’époque.On rattrape ce retard aujourd’hui.Les chercheurs de l’UQAC se fient aux traditions médicinales des Amérindiens pour choisir des végétaux qu’ils soumettent ensuite à une batterie de tests en laboratoire.Ils ont ainsi isolé des ingrédients anticancéreux dans l’écorce du bouleau, dans celle du mélèze et dans le thé du Labrador.Et ils ont bon espoir de trouver dans les forêts de quoi combattre les virus de la grippe et de l’herpès.Le sapin baumier, l’aulne, le mélèze, l’épi- nette noire, le thé du Labrador, le sorbier et la sarracénie pourpre s’avèrent aussi efficaces contre le diabète, une maladie qui touche un adulte sur cinq chez les Cris.«Ceux-ci sont souvent réfractaires aux pilules prescrites par des Blancs», explique Alain Cuerrier, botaniste de l'Institut de recherche en biologie végétale, au Jardin botanique de Montréal, qui se rend tous les ans dans des communautés cries pour interroger des aînés et des guérisseurs.«On leur propose de renouer avec leur propre culture, dit-il.On veut aussi convaincre les médecins que ce ne sont pas des remèdes de grand-mère et faciliter ainsi l'intégration de ces traitements dans les cliniques médicales des communautés.» N.M.Été 2008 I Québec Science 77 - PHILIPPE BROCHARD édiction \ A l’arrivée des Européens, les Amérindiens sont tombés comme des mouches, décimés par les microbes de l’Ancien Monde.Par Catherine Dubé ls étaient 20 000.Peut-être plus.Les Hurons, cette grande nation installée dans le sud de l’Ontario, sur les bords de la baie Géorgienne, connaissaient leurs ennemi de toujours, les Iroquois.Mais ils n’ont pas vu venir un mal bien plus terrible.La petite vérole, comme on appelait alors la variole, et d’autres maladies infectieuses apportées par les Français se sont répandues parmi eux comme une traînée de poudre.Parce que les peuples autochtones n’avaient aucune immunité contre ces microbes venus d’Europe, ils n’ont pas pu se défendre.En 1634, la première pandémie de Nouvelle-France fait des ravages.Quinze ans plus tard, la puissante nation huronne n’est plus que l’ombre d’elle-même, réduite à quelque 500 personnes.«L’histoire du Québec ne commence pas par le peuplement, mais plutôt par le dépeuplement, dit Denys Delâge, spécialiste de l’histoire autochtone.On estime que 95 % de la population d’origine des Amériques a été éliminée au cours du siècle et demi qui a suivi les premiers contacts avec les Européens.» À l’arrivée de Champlain, on pense qu’environ 15 000 nomades (Montagnais, Micmacs, Algonquins, etc.) vivent sur le territoire de l’actuel Québec; 20 000 Hurons et 40 000 Neutres sont installés dans le sud de l’Ontario et 15 000 Iroquois, au nord de l’Etat de New York actuel.«A la fin du Régime français, il ne reste que 7 000 Amérindiens sur l’ensemble de ce territoire », estime Denys Delâge.Les virus à l’origine de la pandémie de 1634 sont arrivés à bord de navires en provenance de France.En juillet, les Algonquins des environs de Trois-Rivières tombent malades.De quoi?Difficile de poser un diagnostic à partir des symptômes décrits dans les récits des missionnaires : « ardeurs violentes » (fièvre subite), suivies « d’une espèce de petite uerolle» (éruptions cutanées), de « flux de ventre » ou encore « d’obscurcissement de vue ».On pense cependant qu’il s’agit de la variole.Les Hurons, qui visitent Trois-Rivières cet été-là pour la traite, rapportent le virus dans leurs villages.Il y a tant de malades qu’on ne peut faire les récoltes.Peu après, les Montagnais, les Algonquins et les Iroquois sont eux aussi affectés.L’épidémie est si universelle « parmi les “Sauvages” de notre connaissance, que je ne sais si aucun en a évité les atteintes », rapporte Jean de Brébeuf, dans les Relations des jésuites, ces chroniques des missionnaires qui sont une précieuse source d’information pour faire l’histoire des épidémies.Influenza en 1636, scarlatine (ou une maladie qui lui ressemble) en 1637, et, la pire de toutes, encore la variole, en 1639; les pandémies se succèdent.Les Algonquins n’ont même pas le temps d’enterrer leurs morts qui finissent mangés par les chiens.« L’Amérique du Nord avait été exempte de ces pathogènes jusque-là, parce que les Amérindiens n’avaient jamais fait d’élevage», affirme Parchéologue-paléoan-thropologue Robert Larocque qui a reconstitué le déroulement des épidémies par une approche à la fois historique et épidémiologique.Les plus meurtriers de ces virus sont en effet tous trois d’origine animale : la rougeole et la variole proviennent du bétail, tandis que l’influenza infecte les porcs et les oiseaux de basse-cour.Pour que ces zoonoses finissent par devenir des maladies humaines, il a fallu un contact soutenu entre l’animal et l’homme, ce qui est survenu il y a bien longtemps en Europe, à la faveur de la domestication de ces espèces (après le néolithique).Ces maladies contagieuses se sont ensuite répandues dans les premières villes, l’accroissement naturel de la population fournissant sans cesse un bassin de nouvelles victimes.Il y a une quinzaine d’années, Robert Larocque a analysé des collections de centaines de squelettes hurons de différentes Été 2008 I Québec Science 79 époques, conservés à l’université de Toronto.Ces ossements proviennent de fosses communes découvertes en Huronie.Comme les infections telles que la rougeole ou Pinfluenza ne laissent pas de traces sur les os, c’est en faisant le décompte des morts que le paléoanthropologue a décelé les ravages d’une épidémie dans une collection datant d’environ 1590, soit presque 20 ans avant le contact officiel entre Champlain et les Hurons.C’est que Vikings, explorateurs, pêcheurs et marchands de fourrure ont tous fréquenté le fleuve et le golfe Saint-Laurent avant lui.L’analyse des crânes et des tibias des défunts confirme que la fosse contenait autant d’hommes que de femmes, dont beaucoup de jeunes gens.Un scénario qui colle tout à fait avec celui d’une épidémie : elle frappe durement les jeunes adultes dont le métabolisme, très actif, réagit plus violemment aux attaques virales.C’est le même phénomène qui se produit actuellement en Asie avec la grippe aviaire.Mais ces microbes n’auraient pas causé d’épidémie majeure à ce moment, car les Amérindiens vivaient en groupes nomades dispersés sur le territoire, ce qui a constitué leur meilleure protection ! Les contacts de plus en plus étroits avec les missionnaires et les colons a tout changé.En 1611, les Micmacs sont frappés par la maladie et le font savoir au père Pierre Biard : ils « se plaignent souvent de ce que dès que les Français [.] ont commerce avec eux, ils se meurent et se dépeuplent [.] qu’à mesure qu’ils ont plus commencé à trafiquer avec nous, ils ont plus été ravagés de maladies ».Les grandes pandémies correspondent à l’installation en territoire amérindien de missionnaires, bien déterminés à sauver ces âmes en perdition, et à l’arrivée de familles de colons.Le virus XV'-V Vv X v' X-Ov >\ V v-»y> k If» Le Codex florentin àècrW ici la variole, une maladie omniprésente en Nouvelle-France, et qui tue en quelques jours.T Dans la cour de la maison des jésuites, à Sillery, un quartier de Québec, des croix rappellent la présence d’un cimetière amérindien où on enterrait les victimes des terribles épidémies du XVIIe siècle.de la variole a en effet toutes les chances de survivre sur un bateau en provenance de France.À cause de sa longue période d’incubation (10 à 14 jours) et de contagiosité (10 jours), il suffit que 2 ou 3 personnes soient infectées l’une après l’autre pour que le virus soit toujours actif après la cinquantaine de jours de traversée.Et contrairement à la plupart des autres virus, qui meurent rapidement à l’extérieur d’un être vivant, celui de la variole a la redoutable capacité de survivre des années, dans une couverture ayant servi à un malade, par exemple.En France, à cette époque, elle revient rôder tous les 5 à 10 ans, mais elle ne touche alors que les enfants nés depuis la dernière épidémie, les seuls qui ne sont pas immunisés.Chez les Amérindiens, tout le monde peut être atteint : les chefs de conseil, les meilleurs artisans et guerriers, les femmes en âge de procréer.Comme la plupart des colons de la Nouvelle-France ont eu ces infections durant leur enfance, ils sont relativement épargnés.Ce n’est qu’après plusieurs décennies que la population de la Nouvelle-France se sera suffisamment renouvelée pour être à nouveau vulnérable aux épidémies de rougeole (1687) et de variole (1699).La résistance aux maladies des premiers colons sert d’ailleurs d’argument aux jésuites qui tentent de convaincre les Amérindiens qu’ils sont protégés par Dieu.C’est ce qu’ils répètent sans relâche aux Montagnais de la région de Québec qu’ils veulent évangéliser.En 1637, ils ont réussi à convaincre quelques familles d’installer leurs wigwams à proximité de la maison qu’ils viennent de bâtir sur la rive du fleuve.Le lieu, qui s’appellera désormais Sillery, est très accueillant : il est situé dans une anse riche en anguilles et à proximité de sources d’eau.Les conversions sont nombreuses; certaines sincères, d’autres obtenues par la peur.Cependant, la maladie n’épargne pas les nouveaux convertis.Comme les jésuites baptisent les Autochtones mourants pour les sauver de l’enfer, les Amérindiens en viennent à penser que c’est le baptême qui fait mourir.Ils croient aussi que le sucre et les autres aliments que les prêtres donnent aux malades sont des poisons ou des sortilèges.Comment expliquer autrement les fléaux qui s’abattent sur eux ?Dans la maison des jésuites, à Sillery, aujourd’hui vieille de plus de trois siècles, on relate les conséquences de la rencontre entre les hommes de Dieu et les peuples amérindiens.Seules de modestes croix de bois rappellent les malheurs qui se sont abattus sur leur peuple.Un peuple qui ne pouvait pas savoir que cette malédiction ne venait pas du ciel, mais de l’autre côté de l’océan.80 Québec Science I Été 2008 GN PLGIN XIP^ Recevez votre à la maison et obtenez gratuitement 2 numéros du nouveau magazine une économie de 47 % du prix en kiosque de Nature sauvage (valeur de 11,90$ en kiosque) 514) 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 504 www.geopleinair.com Cette offre expire le 20 juin 2008 Québec400 te: jttk % JB LE •i K •Richer, en 1683.Mais les deux déclarent « ne pas avoir signé».Énigme.François Brousseau est né à Montréal.Il est chroniqueur au journal Le Devoir et à RadioCanada.Dubé Mathurin Dubé est né en Vendée.Il s’est marié à Sainte-Famille de Hie d’Orléans, en 1670, avec Marie Campion, originaire de Rouen, en Normandie.Catherine Dubé est née à Rivière-du-Loup.Elle est journaliste scientifique depuis 10 ans.Emond Le premier s’appelle René.Il est né vers 1640 à nie de Ré, près de la Rochelle.Il a rencontré Marie Faye Delafaye Lafaye avec qui il s’est marié, à Québec, en 1663.Près de 350 ans plus tard, François Émond est notre directeur artistique.Gingras Charles Gingras, ou Gingreau, de Saint-MichetLeClou, en Vendée, a épousé Françoise Amioten novembre 1675 à l’église Notre-Dame de Québec.NVes Gingras est né à Montmorency.Il est physicien et professeur d’histoire des sciences à l’Université du Québec à Montréal.Gruhier Fabien Gruhier a découvert le Québec à l’été 1966.Tombé amoureux de ce pays en marche vers l’indépendance (!), il y est retourné, entre 1969 et 1974, pour préparer son doctorat en chimie à l’Université Laval.Il a épousé Constance Chamberland, de Saint-Philippe-de-Néri, qui l’a suivi en France, où ils vivent toujours.Fabien est journaliste au Nouvel Observateur.Leblanc La plus importante famille acadienne n’a qu’une seule souche : Daniel LeBlanc, né en France vers 1626.Arrivé en Acadie avant 1650, il a épousé Françoise Gaudet.Le couple a eu 6 fils qui ont engendré 35 fils, dont 31 se sont mariés.Paléontologue de formation et Gaspésien de cœur, Joël se spécialise dans la communication et le journalisme scientifiques.Lemieux Gabriel Lemieux est né à Rouen le 10 avril 1630.Immigrant « illégitime », il a d’abord épousé Marguerite Leboeuf, en 1658, à Québec, puis Marthe Beauregard en 1671.Raymond Lemieux est né à Montréal, il y a plusieurs années.Il est diplômé en sciences de la communication de l’Université du Québec à Montréal.Julie Lemieux est née à Montmagny.Elle est diplômée en droit de l’Université Laval et est journaliste au So/e//, à Québec.Mercier Julien Mercier est parti de Tourouvre, dans le Perche, où il né en 1621.Il s’est marié enl654 avec Marie Poulin, une des premières natives de Trois-Rivières.Noémi Mercier est née à Lorette-ville, près de Québec.Elle a une formation en psychologie à l’Université McGill à Montréal.Millot JeanClaude Milot a épousé Marie Marthe Pinçon, à Montréal, en 1654.Il venait de la région de Bourgogne ou il est né vers 1628.Marthe, elle, était originaire de l’Anjou.Pascale Millot est arrivée beaucoup plus tard au Québec.Née à Bondy, près de Paris, elle est diplômée en littérature française et comparée de l’Université d’Amiens.Saint-Hilaire Guillaume Guérin, dit Saint-Flilaire, est né en 1668 à Saint-Symphorien, en Normandie.Il s’est marié le 6 octobre 1704, avec Marie-Anne Guillot, de Saint-Pierre de llle d’Orléans.Mélanie Saint-Flilaire est née à Québec.Elle a une formation en lettres anglaises et allemandes.Terradillos Les premiers Terradillos vivaient en Espagne, entre Avila et Salamanque, il y a des siècles.Jean-Luc est né à Loudun, la ville des possédées, dans le nord de la Menne.Il est rédacteur en chef de la revue L'Actualité Poitou-Charentes.Nous tenons à remercier tout spécialement pour ses précieux conseils et son plaisir contagieux quand il nous raconte les anecdotes sur la cohabitation entre Amérindiens et Français.Marie Bachelin et Carole Rauber du comité départemental du tourisme de l'Orne ES du Conseil départemental du Calvados H du Comité départemental du tourisme de la Charente-Maritime féru d'histoire, qu’elle soit petite ou grande ) Niort à La Rochelle, et sa directi ;e madame Jouineau Mont-Saint-Hilaire du Musée national de la marine de La Rochelle de la Maison de la France à Mo Montréal de l'Office de tourisme de Flonfleur sculpteur et plasticien www.lagrandevague.com de l’Office du tourisme de La Rochelle historien, pour ses commentaires et ses coups de gueule de la Commission de la capitale nationale de Québec Wde la Commission sur les lieux de mémoire du Poitou-Charente archéologue principal à la ville de Québec g du Comité régional de tourisme de Normandie ^ directeur adjoint des Archives départementales de la Seine-Maritime ^muséologue au Musée des augustines de l’FlôteFDieu de Québec Et un merci tout particulier à pour ses ouvrages éclairants et la détermination dont il a fait preuve afin de préserver une histoire que nous avons failli perdre à jamais.98 Québec Science | Été 2008 100keV dQ ui-Chaobonus/dt ^iqq NXQ Cd-prey 7 À I’lNRS, la recherche et la formation se font thématiques et s’inscrivent dans des secteurs stratégiques porteurs d’avenir.Centre - Eau Terre Environnement Centre - Énergie Matériaux Télécommunications Centre - INRS-Institut Armand-Frappier Centre - Urbanisation Culture Société WWW.INRS.CA Traction intégrale)^ Voici le système XWD - la traction intégrale évoluée.Avec le système XWD, la traction Intégrale passe au niveau supérieur.La nouvelle 9-3 berline sport XWD Aero de 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