Les cahiers des Compagnons : bulletin d'art dramatique, 1 janvier 1946, Janvier-Février
I I o LES CAHIERS DES Montréal — .TANvmR-FÉvRiKn 1916 Volume II — Numéro I LES CAHIERS DES [ Une seconde série des Cahiers Cette livraison amorce la seconde série de nos Cahiers.Elle coïncide avec le renouvellement du calendrier, et se poursuivra durant toute l’année 1946.Sans périodicité exacte, mais au rythme normal de six livraisons par année.Ainsi nos abonnés seront servis scrupuleusement.* * * Qu’on fasse de la publicité à nos Cahiers.Nous aurions besoin pour équilibrer notre budget d’au moins 1500 abonnés supplémentaire.Ils seraient faciles à trouver surtout dans les milieux de jeunesse.Rappelons, pour mémoire, le tarif extrêmement bas: $1.25 les six livraisons.Étudiants: $1.00.États-Unis: $1.50.t ¦ w j „ VOLUME II - NUMÉRO 1 MONTRÉAL, JANVIER 1946 _ -Zil domjiacjnoni.oj-fizni tzuïiL mzitCziiXi, vozux à tou*.Czun ami±; t/i tzar xzfizéznt [zux votoniz dz izrvix, fizuxzux toujouiï dz xznc.ontxzx unz tz[[z coxdiatitz autoux d'zux.— ^Hz± domj2a^non± 1 le drame et la nmstque Paul Claudel a magistralement et définitivement exprimé la place que doit occuper la musique au théâtre.On ne peut plus fortement ni plus clairement dire là-dessus ce qu’il y a à dire.C’est l’évidence même.Voici donc ces quelques pages extraites du Christophe Colomb.On ne saurait trop les méditer et s’en imprégner).« .Mon propos réel est de voir l’usage que les dramaturges peuvent faire dp la musique.Il y en a un dont nous pouvons nous débarrasser tout de suite: c’est quand la musique intervient dans l’action en qualité de hors-d’œuvre ou de numéro, par exemple, quand l’un des personnages a à exécuter une petite chanson ou qu’un concert d’instruments ou de voix a pour une raison ou pour une autre à prendre place.Il n’y a rien de plus dangereux.On ne fait jamais sa part au musicien qui, en général, se moque complètement de la pièce et n’a qu’une idée qui est de placer sa petite partition.Il faut que toute l’action reste suspendue, un pied en Pair, si je peux dire, en attendant que Messieurs les exécutants aient fini Heur agréable tapage.De plus, il y a entre l’atmosphère de la parole pure et cellfe de 1# musique, une différence presque douloureuse et le passage de l’une à l’autre a pour effet de détruire complètement l’enchantement où le pauvre poète s’est donné tant de mal pour plonger ses spectateurs.D’ou vient donc que non seulement le théâtre grec, mais tous les théâtres primitifs, jusqu’à et y compris le mélodrame des années quarante à quatre-vingt, aient fait usage de la musique?.)) Paul Claudel, au Japon, voit lès représentations du Théâtre National (dit Kabouki) : «Je compris alors ce qu’était la musique dramatique,c’est-à dire employée par un dramaturge et non par un musicien, ayant en vue non pas la réalisation d un tableau sonore, mais la secousse et le train à donner à notre émotion par un moyen purement rythmique ou timbré, plùs direct et plus brutal que la parole.Par exemple, nous sommes au dénouement d’un drame.L’atmosphère est chargée d orage.Quelqu’un vient.Quelque chose va arriver.C’est une des circonstances où en Europe tout un orchestre trouverait à s’employer.Au Japon, il y a simplement un petit homme jaune juché sur une estrade, avec une minuscule tasse de the à cote de lui et devant lui un formidable tambour sur lequel son rôle est de taper.Je 1 appelle le préposé au tonnerre.Ce coup unique et caverneux répété d abord a longs intervalles, puis plus fort et plus précipité, jusqu’au moment ou 1 apparition effroyable et attendue vient enfin nous tordre lès nerfs suffit,^ sans orchestre et sans partition, à nous placer dans l’ambiance voulue.De même quand la colere monte et que deux coqs humains sont près d’en venir aux prises, ou si quelque intervention péremptoire vient à se produire, trois ou quatre claques violentes et sèches administrées avec un battoir sur le plancher de la scène, suffisent à imposer silence à la parole et a ouvrir passage à l’autorité, est comme un maître dans une classe qui tape avec une règle sur son pupitre 2 pour se faire écouter.Pour employer un autre exemple, dans Tristan et Yseult, quand les deux amants, ayant avalé le fatal breuvage, tournent l’un vers l’autre des yeux égarés et sentent dans leur âme la passion dévorante tout-à coup qui prend la place de la haine, le trémolo du violon, pareil à la vibration de l’âme prête à se rompre, est tout ce dont le dramaturge a besoin et le reste du commentaire orchestral lui paraît inutile.Le bruit, le rythme, le timbre d’une cymbalje ou d’une cloche, n’ont pas avec ia parole parlée un contraste aussi tranché que la musique qui appartient à une sphère différente.D’autre part, le maintien d’un orchestre moderne dont le chemin est implacablement tracé par de petits signes noirs et par des barres de mesure sur la portée rigide n’a pas la vie et la souplesse nécessaire.Sur le théâtre japonais, le musicien lui-même est un acteur.Il suit le drame de l’œil et le ponctue librement au moment voulu à l’aide de l’instrument, guitare quelconque ou lyre, si vous voulez, ou marteau, qu’on lui a mis dans la main, ou simplement de la voix, car c’est là un élément magnifique du théâtre japonais, dont je m’aperçois que j’ai oublié de vous parler.A côté de la voix articulée, il y a la voix inarticulée, le grognement, l’exclamation, le doute, la surprise, tous îfes sentiments humains exprimés par de simples intonations et confiés à ces témoins officiels là-bas, accroupis dans leur petite loge.Quand nous sommes empoignés par le drame, nous sommes reconnaissants à cet anonyme qui pousse les cris à notre place et qui veut bien se charger d’exprimer nos sentiments par quelque chose de moins conventionnel que des applaudissements ou des sifflets.La musique dans le drame classique du Japon et de la Chine a encore un autre rôle qui est d’exprimer la continuité.EIl et aussi dans celui de la technique même de l’art qui n’a pas tant d’occa- gions de renouveler ses références et d’élever son humanité.Mais si Jeanne d’Arc est un sujet qui présente trop de caractère nationaux pour ne pas pouvoir être réservé, on doit le plus souvent regretter que la plupartdes autres ne soient interdits aux non-initiés.Quelquefois même, les intentions sont excellentes, et toutes les précautions ont été prises avec scrupule, comme il a été fait, semble-t-il, pour ce Frère Soleil de M.Emmanuel de Pio, qui a péché par audace et ignorance du métier, malgré ses toutes pures ambitions.A côté du théâtre pour le « peuple fidèle » — qui est surtout une foule méfiante à apprivoiser et rassembler — le « théâtre chrétien pour le monde » est une formule qui doit s’imposer: n’était-ce pas là, d’ailleurs, le dernier projet que notre cher Henri Ghéon avait médité et caressé?L’Odéon avait ouvert sa saison 1941-12 en créant le Comédien pris d son jeu, premier titre du Comédien et la Grâce que Ghéon avait destiné depuis près de vingt ans à emporter un jour », avec les Trois Miracles de sainte Cécile, le Pauvre sousV escalier, Scint Mauriceet Bernard de Menthon, «les défenses dressées depuis des siècles entre l’art dramatique cathfdique et le grand public »: l’œuvre après cette longue attente, très justement jouée et avec fougue par la troupe, du second théâtre français, recevait un tel accueil que Ghéon sans doute jugea le moment opportun pour installer le théâtre chrétien dans la Cité.Avec Jacques Reynaud, il fonde quelques mois après l’Association des Spectacles de l’Arbre qui devait être l’embryon d’un théâtre régulier, permanent, chrétien, et la première pièce qu’il présenta ainsi au public fut les Aventures de Gilles à la salle d’Iéna en juin 1944.La troupe, composée de professionnels, jeunes, ardents, ayant le goût du jeu et le sens plastique de l’espace théâtral, connaissant la valeur du geste et sachant l’inscrire dans l’aire des tréteaux, avait compris et surtout senti la surnaturelle beauté de la légende.Sa conviction passa au public et même à la critique blasée que la qualité dramatique et technique de la pièce séduisit.En même temps une autre tentative de moindre intérêt mais dont le concours n’était pas négligeable était faite au Palais de Chaillot où Pierre Aldebert créait dans le texte d’Henri Ghéon et dans ses décors la pièce de Tirso de Molina, le Damné pour manque de confiance: un public plus vaste et plus mélangé était questionné par l’intermédiaire d’acteurs dont le principal avantage était de se trouver tout naturellement à l’unisson de l’ensemble des spectateurs dans la malléabilité et l’indécision.L’enquête de Ghéon avait encore porté sur un public spécialisé et artiste lorsqu’il avait, quelques mois auparavant, présenté au cours des séances théâtrales du Salon des Artistes décorateurs, au Palais de Tokio, le Jeu de la Visitation, sorte de méditation commentée et scéniquement adaptée d’une des plus belles pages de l’histoire sacrée; Jean Sermaize et les Comédiens Errants, c’est-à-dire une troupe point spécialement catholique, l’interprétaient dans un rythme très poétique et dans un ton de véritable émotion.Les réponses étaient donc concluantes : le public n’était pas rebelle, les troupes les plus diverses pouvaient aborder le répertoire, et la forme de celui-ci existait, point tellement éloignée, moins en tous cas qu’on aurait pu le supposer, de sa forme pure; mais avant tout elle exigeait une grande sûreté technique.Cependant la mission de fonder ce théâtre chrétien pour profanes, ce n’était pas à l’auteur de Pranzini et de Violante qu’elle était dévolue: Ghéon mourut alors que les Aventures de Gilles tenaient encore l’affiche, mais la première salle de ce genre qui s’édifiera en plein Paris ne devra-t-elle pas inscrire à son fronton l’appellation : il y a de ce point de vue une confusion autour de l’œuvre de Claudel qui fausse sa portée, et il en résulte qu’une grande partie du public qui l’acclame n’est pas en mesure de le comprendre et se laisse emporter plus ou moins sincèrement par une beauté verbale extérieure, alors que le public avec lequel il devrait être en communion de pensée ne reconnaît pas son langage.Les représentations du Soulier de Satin, déformé sans doute un peu par des allégements nécessaires, et de ce fait clarifié par endros ts et obscurci par d’autres, permettront, si elles se poursuivent régulièrement, de rétablir, nous le pensons, la logique, et en dépassant l’immédiateté du succès d’en creuser les fondations.Nous touchons là à une sorte d’inactualité du dramaturge chrétien d’aujourd’hui qui semble, quoique bien participant à son temps, œuvrer pour plus tard.Ce pourrait être l’indication de son authenticité, car l’art véritable devance toujours son époque en l’embrassant et en la tirant en quelque sorte hors d’elle-mê-me pour lui donner comme une vie éternelle.Ghéon n’a, du moins en France, pas pu rassembler les masses pour qui son théâtre est fait; Claudel atteint un public qui n’est pas celui qui lui est destiné, hors le public littéraire.Et au moment où Ghéon semble découvrir un auditoire à l’intérieur du monde profane, voilà que lui, Ghéon, fait défaut.C’est l’aventure même des précurseurs et, dans la renaissance religieuse populaire qui se prépare, ils joueront l’un et l’autre un role essentiel car ils auront ensemble tout dit, tout préparé, tout mûri.Francis Jammes se joindra-t-il à eux?Son œuvre théâtrale ne comprend guère que la Brebis égarée, ressortie à l’Oeuvre par les « Jongleurs de Paris )) au mois de mai dernier, mais cette émouvante banalité sonne d’un ton si purement 16 chrétien et harmonisé si intimement aux notes humaines que le genre réaliste « tranche de vie » a trouvé là son chef d’œuvre; cependant ici encore aucun public ne l’a reconnu.Mais que ce public est donc instable et que ses engouements sont donc inattendus! Voici que, tout dernièrement, au printemps 1945, il a fait avec les Gueux du Paradis d’André Obey et G.-M.Martens un triomphe — et il a eu raison — à un genre que Henri Brochet et Ghéon lui offraient vainement depuis longtemps! Et il a goûté de T.S.Eliot un poème diff icile, Meurtre dans la Cathédrale, qu’il est vrai, Jean Viller avait admirablement monté.Que ce théâtre chrétien pour public du monde puisse, ou non, un jour s’élever du milieu de la Cité parmi les scènes profanes, il existera toujours maintenant, vraisemblablement, ou encore pendant de longues époques, deux peuples.Et le peuple fidèle à mesure qu’il prendra conscience du rôle du théâtre pour la vivacité de sa foi, exigera une nourriture plus abondante.Les temps, à Paris, n’ont guère été favorables à un tel développement, et le peuple fidèle manque de toute initiative: on ne peut guère citer que celle du Centre de Jeunesse de la rue Oudinot qui a fait appel à Henri Ghéon et à quelques éléments des « Compagnons de Jeux » d’Henri Brochet, pour monter, outre Jeanne écoute, les Travaux et les Jeux dans la maison du Roi.Mais tout le théâtre chrétien est fondé sur l’amateurisme (qu’il faut prendre à son sens original: amour), et l’impossibilité où furent les « Compagnons de Jeux » d’apporter leur concours à des séances privées et de donner des spectacles par séries comme avant la guerre (il y avait déjà là un essai de théâtre régulier, mais d’une forme spéciale: théâtre régulier pour peuple fidèle, et non théâtre chrétien régulier pour grand public) priva à peu près la capitale de toute vie féconde.Il y a donc nécessité à Paris d’une troupe sur l’exemple des « Compagnons de Jeux » ou des « Compagnons de Notre-Dame )) à qui rien d’ailleurs n’interdit maintenant de se confondre et de renaître: les amis de Ghéon, nous le savons, y songent (1).La province a été beaucoup plus active; les amateurs se sont rassemblés plus facilement; des groupes de « Jeune France » ont, en 1941-42, animés par Pierre Schaeffer, Raymond Cogniat et A.-Ch.Gervais, parcouru la zone libre, ainsi que des Comédiens Routiers; le public de nos départements s’est d’une façon générale pendant ces dernières années, ouvert au théâtre avec une largeur inaccoutumée.La « Compagnie du Masque au Genêt », à Angers, a su en profiter, participant à des spectacles de variétés ou créant elle-même des pièces, tel ce Comme un lion rugissant de Léo de Vriès, et cette Passion, notre Espérance d’Henri Brochet, œuvre inspirée directement de l’actualité qui rattache le grand drame du Golgotha au drame de la France et rapproche l’homme souffrant de nos jours de l’Homme-Dieu supplicié dont la résurrection impose la réalité de VEspérance.René Ra-bault, qui dirige la Compagnie, a porté cette Passion sur la scène du Grand Théâtre d’Angers et sur celle de Nantes.(1) Une « Association des Amis d’Henri Ghéon » vient d’être fondée .dont le président d’honneur est Jacques Copeau, le président Jacques Reynaud, le vice-président Henri Brochet; le siège est 101, rue du Bac à Paris.17 Tout récemment, c’est l’Otage qu’il a monté à Angers et à Rennes, où l’excitation intellectuelle a, du coup, dans tous les milieux, été poussée à un degrf jusqu’alors inconnu.A Auxerre, Henri Brochet a fondé, dans le cadre provincial, des « Compagnons de Roger Bontemps », qui sur le modèle de leurs frères parisiens forment un centre régional en meme temps que chrétien; Brochet a ainsi, engageant l’amour-propre de ses concitoyens, ressuscité des personnages du pays: Hippolyte Auger, auteur auxerrois du XYTIïe siècle, et le célèbre Cadet Roussel, qui sans être un saint local est tout de même « jongleur de Notre-Dame ».Ici comme là, la réussite fut complète dans toutes les classes de la société, y compris le clergé et les municipalités: Angers et Auxerre s’affirment comme les deux capitales actuelles du théâtre chrétien et prennent rang parmi les autres centres régionaux déjà peut-on dire célèbres, tels que Bussang ou Saint-Félicien d’Ardèche.Poitiers pourrait y prétendre aussi quelque jour grâce à sa célébration du Saint Martin de Ghéon par les étudiants de la ville, et pourquoi pas aussi Saint Laumer dans le Perche pour qui Henri Cochard écrivit trois actes savoureux joués par le village, renouant la vieille tradition en l’honneur de son saint ermite?Nous pouvons noter à ce propos que Chartres, sans avoir pu retrouver les grandes manifestations populaires d’avant-guerre, a tout de même pu accueillir, à la Pentecôte de 1942, les étudiants de Paris venus avec un Triomphe de Notre-Dame, écrit pour les solennités du voile (2).Mais la plus grande célébration, le triomphe le plus marquant, ce fut bien le Miracle du Pain Doré que Copeau monta à Baune à l’occasion des fêtes du cinquième centenaire des Hospices, et où, entouré de ses « Copiaux » étendus et renforcés d’amateurs locaux, de professionnels parisiens et des chœurs de la cathédrale de Dijon, il réapparut en maître d’œuvre devant un par-terre^d eveques, d’abbes et de menu peuple.Dans le cadre à peine aménagé de la cour hi torique de l’Hos ice, toute une ambiance était recréée.* * * Ces quatre années de malheur, le théâtre chrétien ne les aura pas perdues.Il ne s est pas contente de maintenir des positions si diüicilement acquises au cours de vingt ans d’efforts, il les a améliorées dans certains cas, il a maintenu les liens et les contacts qui doivent préparer les temps meilleurs à venir.En continuant, même sous format réduit par les circonstances, sa revue Jeux Tréteaux et Personnages, Henri Brochet doit permettre, par sa courageuse persévérance, l’éclosion de la grande Revue d’Art théâtral chrétien qu’il nous doit et qui est nécessaire (3) Henri Ghéon a, de son côté, inauguré et tenu dans un hebdomadaire une chronique régulière de critique théâtrale où, pour la première fois, croyons-nous, ont été jugées du point de vue chrétien, en même temps qu’artistique, toutes les pièces de valeur parues sur tous les théâtres quels qu’ils soient, sans négliger bien enten- (2) N’oublions pas cependant Bordeaux où les « Compagnons du Bon Vouloir » de ean Lageme ont organisé en 1943 un cycle de conférences sur l’Histoire de l’Art dramatique français, qui fut confié à Henri Ghéon secondé par Henri Brochet, Jacques Reynaud et Tii1^eUr ^ ce,s,V^.s\?est,dlTre son esprit.Le cycle fat répété au Théâtre des Célestins de yon, grace a 1 initiative de Jean Beaumont et du directeur du Théâtre Charles Gantillon.omettons pas non plus Nancy et les (( saintes poupées » (marionnettes à gaine) du R.P.nrfr^e BrandlCAnrt S' J’ 111faudrait aussi parler du théâtre chrétien dans les camps de P °nan’er?.,en A‘lemagne sur lequel on possède encore peu de renseignements, mais où nous nnmhr^L a ^ d?pièces composées sur place et des représentations assez nombreuses du Noel sur la place, de Ghéon. ¦ «s du les efforts des catholiques: cette initiative fut symbolique, elle est une prise publique de position, elle fut une déclaration de participation, elle affirme un droit de contrôle et d’appréciation sur toutes les productions profanes, surtout celles dont l’influence est redoutable comme le théâtre, et ce droit a été trop longtemps négligé pour qu’on puisse l’abandonner désormais.Nous devons à la mémoire du fondateur du Théâtre Chrétien moderne de le maintenir, comme nous devons à son exemple conduire ce théâtre à son triomphe populaire par la double voie qu’il nous a tracée et où s’est déjà engagée à sa suite la cohorte vaillante et résolue des Henri Brochet, Jacques Reynaud, Pierre Humaine, R.P.Roguet (spécialiste aussi du théâtre chrétien à la Radio, du « théâtre d’anges » comme il dit, autre moyen d’introduire le Théâtre chrétien dans la Cité), René Rabault, Pierre Schæffer, Léon Chancerel, Charles Forot, Louis Pize.et de tant d’amis et sympathisants rassemblés dans les jeunes troupes issues de Copeau.Michel FLORISOONE.(3) Notons cependant que Jeux, Tréteaux et Personnages publia un nombre important de pièces inédites, non seulement d’Henri Brochet (dont voici Ncël, notre joie, second volet du diptyque dont la Passion, notre Espérance était le premier), mais aussi de Pierre Humaine, Jean Touraine, Henri Ghéon.(Êdit.Billaudot.).L’Art Sacré, aux Éditions du Cerf.m « Je ne sais pas d’état qui demande des mœurs plus pures que le théâtre.» (Hiderot) (( Si vous appelez amateurs ceux qui ont horreur du métier passé à l’état de routine, du cabotinage qui tue la sincérité, de cette aisance prétendue qui ne cache que la paresse d’un travail imprécis.Oui, nous sommes des amateurs.» (X.de Courville) 19 la eliaaisoa française Mon collègue et bien cher ami Brugère me dit que les Canadiens n’ont pas tout à fait perdu le souvenir du vieil ambassadeur qui, autrefois, est venu à deux reprises leur porter le salut de la France ancienne, et contempler les assises de cette France nouvelle qui s’édifie, solidement fondée sur la langue et la religion sur les deux rives du Saint-Laurent.Depuis, ma pensée se reporte bien souvent à cette terre puissante où les vertus antiques ont pris de nouvelles racines et où la famille, sans desserrer les liens consolidés par l’épreuve, s’est élargie aux dimensions d’une patrie dont la charte est un sacrement.Par lés échos qui, de temps en temps, m’en arrivent, par ceux en particulier que me portait, il y a quelque temps votre vénéré cardinal Villeneuve, je sais que l’on aime à écouter là-bas la voix d’un poète qui a puisé son inspiration non pas dans les traités de rhétorique, dans la prosodie des auteurs païens et dans ces manuels d’une galanterie surannée que nous ont légués les siècles périmés, mais dans le chant des psaumes autour du lutrin de son village, dans la véhémence du prédicateur chrétien, dans la complainte du laboureur qui, au travers d’une terre consacrée, renouvelle le sillon de l’espérance, et dans le conseil de l’alouette.Aussi, appelé de nouveau par la bienveillance d’un ami à me rapprocher de mes frères du Canada et à m’asseoir à leur foyer,c’est de la chanson française,de cette chanson qui comme un vin généreux a si souvent réchauffé 5é cœur de leurs pionniers et doré, si je peux dire, de sa naïve douceur les lèvres des aïeules et des fiancées, c’est de cette chanson, patrimoine des simples et des braves que je voudrais vous dire quelques mots.Je sais que souvent oubliée dans le vacarme des grandes villes, elle a gardé au Canada le prestige et la sainteté d’un trésor national.Le XVIIe et le XVIIIe siècles qui ont vu l’implantation et le dévelloppement de la nation française au Canada ne sont pas pour notre poésie des siècles pleinement heureux.Certainement, nous devons à Racine, à Chenier et surtout à La Fontaine, les accents purs et modulés d’une langue parvenue à la suprême fleur de la délicatesse et de la politesse.Mais déjà quelques-uns de nos auteurs les plus illustres sentaient que là poésie n’est pas uniquement faite pour donner expression aux détonations et aux fusées de l’esprit, aux artifices du langage, aux démarches enveloppées de la politique,de la courtoisie et de la satire.Déjà,du temps de Mohère, le cœur réclamait ses droits, quelque chose, si je peux dire, à pleins poumons, quelque chose qui engage et fasse retentir et entendre l’homme tout entier, et non pas fait seulement pour être curieusement débité dans un salon par des lèvres disertes, mais pour sonner vaillamment sur le front des armées et sous le dôme du ciel bleu, pour faire pleurer les femmes et sourire les enfants.Au ridicule sonnet d’Oronte, le Misanthrope n’hésite pas à préférer la vieille chanson du roi Henri et j’ose dire que je suis entièrement de son goût.L’histoire littéraire, rédigée par des gens d’esprit étroit et à parti-pris, comporte d’étonnantes lacunes et de monstrueuses injustices qui la défigurent.C’est ainsi qu’elle a fait une place ridiculement exagérée à des œuvres dépourvues de toute valeur comme les romans de Stendhal, et qu’elle n’en réserve aucune au puissant mouvement de fiction et d’invention qui d’Auguste Maquet à Erckmann-Chatrian en passant par Eugène Sue, Paul FéVal et Jules Verne, est un des phé- 20 MONTRÉAL JANVIER 1946 nomènes les plus intéressants du XiXe siècle, et auquel on ne trouve d’analogue que la floraison des Chansons de Geste au Moyen-Age.De même au XVllIe siècle sous la rubrique Poésie, on trouve des noms comme celui de Voltaire ou de Jean-Baptiste Rousseau (Grand Dieu! j’allais oublier Corneille ) qui sont la négation même de toute sensibilité et de toute imagination et l’on ne s’aperçoit pas que cette époque a donné à la France le bouquet merveilleux et incomparable des chansons populaires.Il a été de bon ton de s’extasier sur les lieders allemands et sur les ballades écossaisses, et les traités professoraux ne contiennent pas une ligne sur ces trésors de fraîcheur, de gaieté, de rêve et de sentiment, sans parler de cet excellent langage imprégné de la sève même de notre terroir, que sont ces chansons dont le rythme et la mélodie à cette seule évocation, chers frères lointains, bourdonne dans votre mémoire et mouille vos yeux d’une larme attendrie.Le cœur des enfants, comme celui des hommes et des femmes, est obstinément sourd à tant de déclamations alambiquées, à tant de tirades pseudohéroïques, à tant de préciosités et d’artifices, dont on a essayé de leur bourrer l’estomac.Mais qu’ils entendent des refrains comme « Au pont du Nord )) ou « Auprès de ma blonde » ou « le Chevalier du Guet, » aussitôt l’âme s’émeut, l’œil s’éclaire et lès divines portes du rêve, de la fantaisie et de ce que Dante appelait « le bel amour )) s’ouvrent devant nous, A l’écho de ces chantres anonymes, nous devenons des hommes en redevenant des enfants.La voix de nos pères et celle des petits garçons et des petites filles qui grimpent avidement sur nos genoux pour nous écouter se mêlent à la nôtre.Le passé se ranime, la musique imprègne d’elle-même ces paroles qui ne doivent rien à la convention et qui sortent directement du cœur, nous nous mettons presque sans nous en apercevoir à chanter; oui, c’est comme cela, nous autres, Français, que cela plaise ou non aux Anglais ou aux Turcs, que nous aimons, que nous rêvons, que nous parlons tout seuls à Dieu, à la nature, à cette jeune fille au doux visage dont nous allons saisir la main.Là-bas, c’est le clocher de Senlis, c’est la forêt d’Ardenne, c’est le donjon de Normandie et de Bretagne, c’est le chemin par où passent saint Louis et Jeanne d’Arc, tandis que Villon et Verlaine grimpent sur le talus pour les regarder; et c’est aussi la rude forêt illimitée, fleuve immense que remontent, la pagaie en mains et le mousquet en bandoulière, les héroïques compagnons de Cavelier de la Salle et du Père Marquette.Ce n’est pas seulement la croix et l’épée que nous avons apportées au désert américain, c’est le rossignol intérieur, c’est un certain ton de la voix, une certaine nuance de la couleur musicale, pareille aux fonds de nos vieilles tapisseries qui reste mêlée comme un timbre indélébile à notre (( parlure » française.Réservez, conservez ce trésor, frères Canadiens! Le jour où la musique mécanique, où le dur jazz américain vous aura fait oublier la parole vivante de vos pères, ce jour sera un triste jour pour la Nouvelle-France entre Montréal et l’Acadie, et j’espère de tout mon cœur qu’il ne viendra jamais.Car, quoi que les pédants en disent, non, la chanson française n’est pas morte.Sous la tyrannie sanglante de la Révolution et l’empereur Corse, on n’a pas réussi à l’étoufler, elle a produit les chefs-d’œuvre comme « Cadet Roussel » et « Monsieur Dumollet, comme les chansons des réfractaires; sous la Restauration, c’est le « Roi Dagobert » et « J’ai du bon tabac ».C’est le recueil des chansons de Béranger, où l’on trouve tant de belles choses mêlées aux inspirations d’un anticléricalisme imbécile.Ce sont les refrains de Pierre Dupont, si justement admirés par Beaudelaire.Plus tard, c’est l’amusant Gustave Nadaud et tous les 21 joyeux flonflons de l’opérette.Et de nos jours même, c’est au rythme de la « Madeîon » mêlé à celui de la « Marseillaise, )) que les paysans et les bourgeois de France ont refoulé l’envahisseur.Comprenez, amis Canadiens, que la poésie et la musique, pas plus que le dessin, ne doivent être l’apanage des lettrés et de ces gens désœuvrés de l’écriture que Rimbaud appelle les « Assis ».Tout le monde a le droit et le devoir de chanter.Toute action, tout sentiment, doivent avoir sur nos lèvres un écho.Il ne s’agit pas de faire quelque chose de beau, l’idée de la beauté et du succès doit être aussi absente de votre cœur qu’elle l’a toujours été de celui des artistes naïfs vraiment grands.Il s’agit de faire plaisir à cet habitant intérieur que nous logeons en nous.Ah! vous n’avez qu’à essayer, vous verrez qu’il n’est pas difficile à mettre en branle, il s’agit d’un tout petit air de flageolet ! J’ai souvent retrouvé dans nos vieux châteaux de France ces albums où nos grand’mères, d’un crayon consciencieux, maladroit et fervent, avaient retracé les spectacles familiers et les figures chéries.Et j’y ai toujours trouvé une qualité d’émotion et de charme que la triste photographie est impuissante à fournir.Et mêlées à ces albums, j’y ai trouvé aussi des chansons où la sensibilité et la bonne humeur de nos aïeux célébraient les événements de la famille et If-s rendez-vous de l’amitié.Conservez, chers amis, cette tradition.C’est l’Eglise même, par la voix des apôtres, qui nous invite à chanter non seulement dans les temples où résonnent tant de beaux cantiques latins et français, mais dans ces petits sanctuaires que sont vos belles families.Dès qu’il y a un rayon de soleil, l’alouette monte au ciel en chantant.Que ne doivent pas faire nos cœurs catholiques continuellement éclairés par le soleil de la vérité?PAUL CLAUDEL 28 mai 1937, reproduit dans Contacts et circonstances, édité chez Gallimard en 1940, pp.150-155.« L’art du théâtre n’est-il pas l’art social par excellence?N’est-ce pas l’art qui peut avoir le plus d’influence sur les hommes?Se peut-il que le gouvernement n’y porte pas tous ses soins, ou, s’il est déficient sur ce point, qu’il ne se forme pas des groupements privés se substituant à lui, dans cette tâche, dans ce devoir.» (Stanislavsky) notes brèves M.Marcel Raymond, rentre de Paris où il vient de faire un séjour attachant et fructueux.Il y a rencontré, comme de juste, les personnalités les plus marquantes du théâtre français: Baty, Cohen, Dullin, Chancerel, Brochet, etc.Ï1 rapporte un carnet bourré de notes dont il tirera toute une moisson.S’il tient parole, il y aura, pour les lecteurs des Cahiers, un long reportage qui remplira bien toute une livraison de notre revue.Marcel Raymond est observateur et il apporte à ses reportages la précision du scientiste et le charme du littérateur.Heureuse conjoncture.* * * Marcel Raymond nous a remis, entr’autres choses, un numéro de « Jeux, Tréteaux et Personnages » consacré à Henri Ghéon.Nous y trouvons, pour un hommage ému, des articles de Brochet, de Copeau, du P.Jean de Dieu, o.m.c., de Chancerel, de Suzanne Ring, de Jacques Reynaud, du P.A.M.Roguet, o.p., de Ch.Forot, de Michel Florisoone, de René Rabault.A la fin de la brochure, une bibliographie complète de l’œuvre dramatique de Ghéon.* * * Le dimanche, 18 février 1945, sous la présidence conjointe de M.le Recteur de l’Académie de Paris et de François Mauriac, hommage public était rendu à Henri Ghéon, dans le grand Amphithéâtre de la Sorbonne.Dans le même hémicycle où jadis on fêtait le 25üe anniversaire de la naissance de Voltaire, on rendait hommage à Henri Ghéon, poète catholique et dramaturge.* * * Il s’est formé à Paris une Association des Amis d’Henri Ghéon.Présidence d’honneur: M.Jacques Copeau.Président: M.Jacques Reynaud, Vice-président: M.Henri Brochet, Secrétaire: M.Michel Florisoone, Trésorier: M.G.Luigi.On voudrait créer un bulletin de liaison, organiser chaque année (( un cycle Henri Ghéon »; fonder un «prix Henri Ghéon.» Le but premier de l’Association est de « grouper dans une vaste fraternité les activités si diverses qu’à suscitées son enthousiasme créateur, de nouer de façon cohérente et sensible les invisibles liens d’amitié que son œuvre a tissés un peu partout à travers le monde, en France, dans l’Empire, au Canada, en Belgique en Suisse, en Hollande, en Pologne, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Italie, en Allemagne même; coordonner les travaux de tant d’artistes chrétiens, poètes, auteurs dramatiques, metteurs en scène, peintres, graveurs, décorateurs, sculpteurs, danseurs, musiciens dont Ghéon, voyageur infatigable, a dirigé, de ville en ville, et encouragé les efforts.» * * * 23 Nous serions heureux de servir d’intermédiaires, au Canada, entre les amis de Ghéon et le secrétariat parisien de l’Association.On pourra nous envoyer noms, adresses et cotisation; celle-ci est fixée annuellement à: 50 francs pour les membres adhérents; 200 francs pour les membres titulaires; 500 francs pour les membres bienfaiteurs.Henri Brochet a repris la publication de (( Jeux, Tréteaux et Personnage », ses sympathiques Cahiers d’Àrt dramatique.L’entreprise est presque héroïque dans l’état actuel des choses en France.Il faut lui aider à tout prix.Envoyez-nous des abonnements: 6 livraisons à partir de juillet.Nous établissons un prix approximatif, étant donnée l’instabilité du change: $2.00.Depuis 1930, Brochet a publié plus de cent cahiers (le numéro 105 paraissait en septembre 1945) contenant 80 pièces de théâtre i/arces, comédies, drames, mystères, jeux et célébrations, moralités, oeuvre françaises et étrangères, anciennes et modernes, des chroniques sur les sujets les plus divers, etc.11 faut aider Brochet, parce que ses cahiers doivent vivre et se développer.IJu’on nous envoie des abonnements # sommaire Une seconde série des Cahiers.1 Le drame et la musique.2 Jean Giraudoux et la musique.4 Perspectives sur les Compagnons.9 Position du théâtre chrétien.14 La chanson française.20 Notes brèves.23 La goutte de miel.25 cum permissu Superiorum © 24 MONTRÉAL JANVIER 1946 Ada, Sella, Noéma, dans le “ NOE ” d’Obey chex les Compagnons, 1945. ndpantolne a goutte de mie e,t mi±e.sn ±akn.E Léon Chancerel fioui aincj anoxcutc* voulez-vous du travail?Nous reproduisons ci-après un texte de Chancerel qui propose un excellent programme de travail à une équipe dramatique sérieuse et décidée à trimer patiemment.Sans exagération il y a de quoi s’efforcer pendant au moins trois mois.Je dis: au moins, parce qu’en pareille matière on n’est jamais au bout du compte.Je vois très bien un groupe de cinq étudiants constituer une sorte de laboratoire dramatique: il faut « trouver » des gestes, des attitudes, une plastique: il faut maîtriser une rythmique; il faut se mettre le jeu dans les jambes, dans les bras; il faut se mettre le texte en bouche, il faut.Le programme est illimité* Mais quel profit pour chacun des artisans.Et quel intérêt pour les spectateurs, le soir où l’on jouera.Encore un coup, qu’on se mette en garde contre des résultats trop immédiats et trop faciles.Une récitation chorale comme « La Goutte de miel » exige au moins trois mois de travail intense.No 1.— Il était une fois.No 2.— Un brave épicier.(Le No 4, qui est l’épicier, se détache du groupe choral et fait deux pas vers Ife cour.) No 1.— Il était une fois.No 3.— Un brave berger.(Le No 5 qui devient le berger, se détache du groupe et fait deux pas vers la face.) No 2.No 3.No 1.No 3.No 2.No 1.No 5.No 4.No 1.No 2.No 1.No 3 — Oui, c’est ainsi.— C’est ainsi que ça a commencé.— Par un beau soir d’été.(Pause) — Ça a commencé, parce qu’un soir.— Un tendre, beau, cl^air soir d’été.— Un fort, grand, beau, brave berger, Avec son chien vint à entrer Dans la boutiqu’ de l’épicier.(Le No 5 — le berger — va vers le No 4 — l’épicier, souriant et la main tendue.) — “ Monsieur l’épicier, avez-vous du miel à me vendre ?— Du miel excellent, cher berger.Je vous en vendrai volontiers.Bonne mesure et juste prix.” — Ainsi, fraternellement conversaient, Par un clair, beau, doux soir d’été, Le Vendeur et lie Chaland.— L’épicier et le berger.(Pause) — Or, tandis que le brave épicier, Honnêtement, pesait le miel.(Ce que mime le No 4.) i — Le beau miel ambré Que nos blondes sœurs fes abeilles, Avaient tiré des fleurs vermeilles, Pour notre régal assurer (Ici, le No 2 se baisse brusquement pour voir à terre quelque chose qui vient de tomber entre 4 et 5.) 26 No 2.— Toc.No 5.— Une goutte de miel ambré.No 4.— Sur le pljàncher de la boutique.(Tous se rapprochent de l’endroit où est tombée la goutte, et, la désignant du doigt :) Tous.— Une toute petite goutte est tombée.No.1 — (à Pauditoire).— C’est ainsi que ça a commencé.(Pause) (Ici, tous imitent le bruit d’une mouche.11,^ lèvent la tête et cherchent à repérer la mouche.Le No 3 la voit le premier.Il désigne du doigt un point de l’espace.) No 3.— Une mouche.(Tous regardent.Le bruit reprend.Us suivent les évolutions de la mouche.Le bruit va decrescendo.La mouche descend jusqu’au sol.Les choreutes ne Pont pas quittée des yeux.) No 4.— Une mouche qui était là.No 1.— Vint se poser sur la goutte.No 3.— La toute petite goutte.Sur Ife plancher tombée.No 5.— Ce qui était tout à fait dans sa logique de mouche.Voulez-vous posséder la collection complète des CAHIERS Abonnez-vous pour les prochaines livraisons: $1.25 (6 numéros) (Le No 1, ayant regardé vers l’avant-scène-jardin, attire l’attention des autres.(“Psst ! Psst ! Hein ?”) Il indique du doigt quelque chose.) No 1.— Le Chat.(Tous regardent dans cette direction et ayant vu, ils font : Ah I) No 1.— Sous l’armoire.No 2.— Le bon gros chat du brave épicier, No 1.— Depuis longtemps guettait la mouche No 5.— (Ce qui était tout à fait dans sa logique de chat.) No 1.— Miaou.(Tous suivent de la tête le parcours du chat depuis où il était jusqu’à ce qu’il soit sur la mouche.Quand il y est ils font : “ Psschou ”, mimant le bondissement.) No 1.— Le chat bondit sur la mouche.No 2.— Et la mangea.(Aussitôt le No 4 se retourne vers le fond : “ Ouah ! ” Il imite l’aboi d’un gros chien.Tous se retournent au bruit, ils voient le chien que désigne le No 5.) No 5.— Le Chien.No 2.— Le gros pataud de chien de berger.No 3.— Effrayé par le bondissement du chat No 1.— Et croyant que c’était à lui qu’il en voulait No 5.— (Ce qui était tout à fait dans sa Ipgique de chien) (Le No 2 suit des yeux le bond du chien du fond de lp scène presque s ur le chat.) No 2.— Le chien bondit.No 4.— « Ouah! » No 3.— Et sans lè faire exprès No 1.— Miaou! (Les nos 3, 4, et 5, font mine d’étrangler le chat: « Crrr ».Le No I fait le cri du chat étranglé.Le No 4 passe au jardin en poussant des gémissements, puis il mimera ce qui est dit dans les deux répliques suivantes, assommant l|b chien sur < V’ltatn ».) No 2.— L’épicier saisit un gros bâton.No 4.—Et V’ijan! No 3.— Pauvre innocent chien de berger.28 No 2.— Mort à côté du chat.No 1.N* 2.No 4.No 5.No 2.No 1.No 4.No 3.No 5.No 2.No 5.No 4.No 3.No 5.No 2.(Alors le No 5 passe à l’avant-scène, court en poussant des cris de colère.Il mime lui aussi l’action de saisir un bâton et de le brandir.Il marche sur l’épicier.) — Et le beau, grand, fort, brave berger (Le bâton s’est abattu sur l’épicier qui tombe à la renverse dans les bras du No 1.) — Etendit mort sur le pavé.Le brave petit épicier.— Oui, c’est ainsi que ça a commencé.— Dans la boutique de l’épicier.— Par un beau soir d’été.(Pause.Toute cette première partie doit être menée dans un rythme rapide et sur l|e ton d’un récit familier.C’est une histoire qu’on raconte.On peut croire que c’est une histoire comique.Maintenant le ton va changer.) (Les choreutes courent affolés de la cour au jardin et du lointain à la face, donnant l’impression d’une foulte qui s’amasse, se bouscule et s’énerve.Ils poussent des cris: No 3.: « Au meurtrel », No 5.: « A l’asssasin! », No 2.: «Arrêtez-le! », No 4.: «Tue! Tue! Tue! ».Us imitent des bruits de sirène, de cloches, de pompiers, etc .Seul le No 1.est resté immobile à l’avant-scène, côté jardin.) — Toute la ville est ameutée.Toute la ville est affolée.L’alerte est donnée Voici Tes pompiers et l’armée Et les cloches de ding-dinguer Et lés sirènes de beugler.(Les Nos 2, 3, 4, 5 se trouvent alors rassemblée centre-face.Ills miment la foule qui discute, grommelots.) Devant la boutique, accourue La foule s’amasse et se rue.— Le crime était prémédité.— C’est une agression présparée.— La Montagne contre la Plaine.— Les marchands contre lès bergers.— Race maudite.— Race impie.— Sus aux bergers.— Vengeance.— Honneur outragé.(Pause) 29 No 1.— Mobilisation proclamée.(Le chœur se divise, menaçant.D’un côté (cour), Nos 2 et 4, de l’autre Nos 3 et 5 qui vont rejoindre No 1 au jardin.) Nos 1, 3, 5.—Exterminons les boutiquiers.Nos 2 et 4.— Anéantissons les bergers.No 1.— On va chez ces gens-là acheter lïeur camelote Qu’iîjs font payer des prix exorbitants.No 5.— Et ils trichent encore sur le poids.No 2.— Et par dessus le marché, les croquants Assassinent les braves gens.(Ils se précipitant les uns sur les autres en poussant des cris de haine.Ils forment un groupe centre, dos à dos.Voix lointaines, sur une plainte sourde qui va diminuendo, après « Mutilez ».Les quatre dernières répliques doivent être dites dans l’accablement.) No 5.— Ilrûlez les villages.No 4.— Minez les ponts.No 2.— Empoisonnez les citernes.No 3.— Mutilez les jeunes garçons.No 4.— Champs dévastés.No 3.— Arbres coupés.No 2.— Filles violées.No 5.— Otages fusillés.No 1.— Bon, ça peut durer.Les corbeaux auront d’quoi manger.(Les Nos 3 et 5 gagnent le jardin, accablés.Nos 2 et 4 vont de même à la cour, pendant que No 1 qui n’a pas bougé poursuit:) Doux miel des abeilles, Fluide et sucré.Douces abeilles .Qui l’aurait pensé! (Dès qu’ils sont en place, les deux groupes deviennent poste d’émission de T.S.F., Nos 2 et 3 faisant le bruit du télégraphe, 4 et 5 faisant les hauts parleurs.No 1.— La T.S.F.de par lie monde diffuse les communiqués.No 4.— Sauvons la civilisation (bis) No 5.— Qui prend parti pour le droit?(bis) (Quand 4 et 5 ont lancé deux fois leur appel, No 1 fait le geste de tourner un bouton de radio.Aussitôt le bruit et lès appels s’arrêtent.Siîfence).No 1.— Pour le triomphe de la justice, Tonnez, canons; crachez la mort.No 3.— No 1.— (Il a dit cela dans un sentiment de douloureuse ironie.Cependant, les Nos 2, 3, 4 et 5 font les bruits de canons, de balles, de mitrailleuses.En même temps, dans un sentiment de terreur intense qui les courbe et les fait se cacher le visage avec l’avant-bras, ils se regroupent autour du No 1.Le bruit peu à peu s’apaise et se transforme en une sourde rumeur, sur quoi parlera No 1.) No 1.— Et sur toute Ip création.Le manteau rouge de la guerre.L’épouvantable odeur de la guerre.Nos 2, 4 et 5.— En place des maisons des vivants Poussent les maisons des morts.Nos 1 et 3.— De tombes Notre mère la Terre, Se tuméfie et se boursoufle.No 4.— Mais pourquoi?No 5.— Mais comment?No 2.— Pourquoi tout celp?No 1.—Pourquoi en sommes-nous arrivés là?No 3.— Comment cela a-t-il commencé?(Pause.Ici l’on reprend le ton du récit choral, direct, face à l’auditoire) No 2.— Jamais on n’avait vu telle hécatombe.No 1.— Tant de moyens de tuer mis en œuvre à la fois.No 5.—Tant de sanguinaire folie.No 4.— Tant de cruauté par ie monde.No 3.— Et cela dura des années.No 5.— Des centaines et des centaines d’années.(Pause) No 1.— Il n’y avait phis qu’un métier.No 2.— Il n’y avait phis qu’une industrie.No 5.— Il n’y avait phis qu’une vocation humaine.Tous.—La guerre.No 4.— Et la famine vint.No 5.— Et la peste avec elle.No 2.— On n’a même plus Ije temps d’enterrer les morts.No 1.— Il y a des montagnes de morts Et des fleuves de sang.No 3.— La fumée obscurcit le ciel.No 4.— On ne sait plus ce que c’est qu’un arbre vert.No 2.— Une rivière bleue.No 1.— Tout est rouge et noir.No 5.— Epais et gluant.No 3.— Tout n’est plus que cendres.° •) 31 No 1.No 2.No 4.No 1.No 1.No 2.No 1.No 4.No 5.No 4.No 5.No 4.No 5.No 4.No 1.No 3.— Sang.— Et boue.(pause) — Goutte de meil I — Goutte de miel ! (Pause) — On se tua tant et tant pendant des siècles Qu’un jour il ne resta plus, Face à face, Que deux soldats.(Les Nos 4 et 5 sortent du groupe; ils sont ces deux soldats.No 4 vers la cour, No 5 vers le jardin.No 5 marche sur 4 comme s’il y allait à la baïonnette.Nos 1, 2, 3 dégagent vers le jardin au lointain.) — Ils s’étaient embrochés l’un-I’autre.Et ils restaient ainsi debout Epaule contre épaule.— Et se regardaient dans les yeux Dans le moment qu’ils allaient rendre l’âme.(Effectivement, Nos 4 et 5 sont appuyés l’un contre l’autre.Au fur et à mesure des répliques suivantes, ils fléchiront peu à peu sur leurs jambes, comme si la vie les abandonnait peu à peu.) — Mais pourquoi?— Mais comment?— Comment cela a-t-il commencé?— Je ne sais pas.— Moi non plus (No 5 tend la main à No 4 qui la prend.) — Mourons donc sans savoir pourquoi.— Sans savoir pourquoi, mourons.(Tous deux tombent à terre, doucement.Pause) — Goutte de miel.— Par un beau soir d’été! (Nos 4 et 5 se relèvent et reviennent prendre leur place dans la formation chorale parmi les Nos 1, 2 et 3.) Qui ne monte sur le théâtre aux Jtns de servir, dans un sentiment d’amour, de charité, d’abnégation totale, ne m’intéresse pas.Léon Chancerel.T nregislré à Montréal comme matière postale «le seconde classe
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