Les cahiers des Compagnons : bulletin d'art dramatique, 1 juin 1946, Juin-Juillet
'/¦ LES CAHIERS DES Reportage de Marcel Raymond Un Canadien à Paris —1945 Volume II - Numéro 3 Juin - Juillet 1946 LES CAHIERS DES Canadi en a ans par^ Marcel RAYMOND Délégué par Y Association Canad Lenne-française pour l! A-oancement des Sciences au 64e congrès de Y Association française pour Y Avancement des Sciences qui doit se tenir à Paris, à la Sorbonne, du 20 au 28 octobre, ;e me suis embarqué à Montréal le 6 octobre, à bord du cargo norvégien ELizabeth Bakke.Premier congrès depuis 1939, les organisateurs veulent lui donner un cachet particulier en invitant des délégués étrangers.Mes collègues et amis Jacques Rousseau et James Kucyniak, ainsi que mes deux sœurs Denyse et Claire, m'accompagnent au bateau pour me faire leurs adieux.Vol.II Numéro 3, juin-juillet 1946 33 Le lendemain, 7 octobre, nous levons Tancre au petit jour.Un pilote nous conduit jusqu'à Québec, où un autre vient le remplacer jusqu'à Pointe-au-Père : dernier contact avec la terre canadienne.Nous sommes sept passagers : un prêtre français, capitaine d'armée, qui rentre d'une mission qui l’a conduit de Vancouver à Montréal ; un vieux monsieur qui va retrouver à Paris sa tendre épouse qu'il n'a pas vue depuis douze ans, ce dont il ne semble pas se porter plus mal.Elle non plus, probablement.Il lui apporte une pleine malle de (( linge tin )), nous confie-t-il discrètement, qu’il a mis tremper dans l'eau afin de le défraîchir et de déjouer les douaniers.Mais il s'est muni d'un fer à repasser pour redonner forme à sa cargaison.J'aurai aussi comme compagnon de voyage : une jeune canadienne de Winnipeg qui s'en va retrouver en Bretagne les parents de son mari, un marin qu'elle a épousé au Canada, et un Suisse.Venu au Canada depuis longtemps, il s'y est marié et y a exercé le métier d'horloger.Sa vieille mère le rappelle pour qu'il vienne l'aider dans son commerce.Sa femme et sa fille 1' accompagnent, petite famille charmante.La traversée paraîtra courte.Muller, c'est son nom, a un répertoire d'histoires inépuisable.Tout l'équipage est norvégien.Le capitaine, bon vieux papa, s'enquiert toujours de notre santé.Il vient bavarder avec nous et nous montrer des photographies de sa famille qu’il n'a pas vue depuis plusieurs années, ayant fait le service Angleterre-Valparaiso durant toute la guerre.Il est charmant au point de se livrer à de petits mensonges joyeux pour nous faire plaisir.Muller lui ayant demandé : (( Aurons-nous des tempêtes ?)) Le capitaine répond que non.Muller lui dit : « C'est que j'ai ma caméra et que j'aurais aimé à photographier la mer durant une tempête )).Le capitaine s'active alors pour dire que si, nous aurons une ou même plusieurs tempêtes, que les rapports météorologiques., etc.Il fait tant que nous vivons toute la traversée avec l'espoir de voir une vraie tempête.qui ne vient d'ailleurs pas.Tout au plus un peu de grosse mer au sud de Terreneuve, dans une région peu rassurante : les balayeurs de mines n’y ont pas encore terminé leur travail.La cuisine est splendide et d'une abondance inespérée.34 Tout est méticuleusement propre, astiqué, reluisant.Mousses, garçons de table et de cabine sont de grands garçons blonds.Le steward se plaint de leur fainéantise.Il nous explique que ces jeunes gens ont grandi sous l'occupation, qu'ils ont dû travailler pour les Allemands.Paresser et traînasser faisaient partie du programme de Résistance norvégienne.Seulement, conclut le steward, la guerre est finie et ils croient qu'il faut continuer à ne rien faire : une génération de fainéants.Comment l'Europe pourra-t-elle se relever avec une population fatiguée et tous ces jeunes gens indolents ou épuisés par les rigueurs des camps de concentration.La traversée est reposante, bien qu'un peu monotone.Hier, nous avons aperçu le phare de l'île de Wight et les premières mouettes tant attendues et ce soir, sur la côte, voici une ligne de feux français.Nous ne pouvons entrer dans les bassins du Havre à marée basse.Nous dormirons, le bateau ancré au large.L'impatience et l'absence de bercement auquel nous sommes maintenant habitués prolongent l'insomnie.Le 17 octobre 1945.Dès cinq heures du matin, nous sommes debout.Le pilote monte à bord, et nous échangeons quelques mots avec lui.Son physique me rappelle celui de certains Canadiens ; mal vêtu et sans doute mal nourri, nous le verrons au déjeuner, tout à l'heure, dévorer gruau et bacon and egg bombardée et presqu'aux deux tiers détruite, de trouver une camipnnette pour transporter nos nombreux bagages à la gare.Les agents de l'immigration nous amènent dans leur automobile pour que nous essayions de nous débrouiller.Le spectacle, au fur et à mesure que nous voyons la ville en détail, est de plus en plus navrant.Des prisonniers allemands, à la centaine, tous très jeunes, hagards, résignés, travaillent sous la surveillance de soldats américains à déblayer les décombres.Ils sortent une à une les briques et les pierres, les nettoient du mortier qui y adhère et les empilent.Us sont aussi dépenaillés que la population civile.La promenade, que nous continuons à pieds, nous en fait voir de belles.Les gens urinent en pleine rue.Pas un siège dans la gare.Impossible de trouver une chambre où que ce soit.Des gens sont venus au Havre chercher des amis ou des parents.Le bateau a du retard et ils doivent retourner à Paris chaque soir ; il n'est pas question de coucher dehors : ils se feraient couper la gorge.Un jeep passe à toute vitesse, un soldat américain au volant et une créature en cheveux, dont le fard et le costume disent assez le métier, cramponnée à lui.Pendant ce temps-là, impossible de trouver un taxi ou une voiture.Nous allons d'abord à la sous-préfecture où le secrétaire nous reçoit gentiment.Il me parle longuement du Canada et de la reconnaissance qu'ont les Havrais pour les soldats canadiens.Ce sont les premiers alliés qu'ils aient vus entrer dans la ville.Il a grande confiance en Mauriac et il dit quel réconfort c'est pour lui que de lire ses articles dans Le Figaro.Mais de voiture, point, malgré la lettre de l'Ambassadeur de France au Canada que brandit l'abbé.Le sous-préfet a eu un accident d'automobile ces jours-ci et sa voiture est dans un piteux état.Il nous montre une photographie du Havre détruit recouvert de neige : spectacle saisissant que cette immense plaine blanche bosselée de ruines dont la neige adoucit les contours.Certains coins du Havre avaient beaucoup d'atmosphère, nous explique-t-il.Marcel Carné est venu y tourner Quai deo brumeo.Autre démarche inutile chez l'officier de liaison de l'Armée Américaine.Il ne peut nous aider non plus pour toutes sortes d'autres raisons.Tout au plus pourrait-il m'amener à Paris, seul et sans bagage.Rien à faire que de retourner au bateau où l'on nous offrira l’hospitalité pour la nuit.Nous ne pourrons donc partir que demain par le train de l'après-midi, puisque c'est le seul qui prend les bagages.Il faut rester collés dans cette ville de désolation, où la misère morale, au fur et à mesure que nous la visitons, nous apparaît plus grande que la misère physique : prostitution, marché noir, combines, vol, exploitation de toutes sortes.De plus, les chèques de voyageur dont je suis muni ne sont échangeables qu'à Paris et malgré l'assurance que m'avait donnée le Consul de France à Montréal que tout s'arrangerait au Havre, rien ne s’arrange, et nous sommes, les sept voyageurs de Y Elizabeth Bakke, forcés de nous livrer à des expédients pour trouver l'argent français qu'il faut pour payer les transports de nos bagages du bateau à la gare (2000 francs, soit à ce moment-là $40.00) et s'acheter chacun un billet de chemin de fer.A la Croix-Rouge où nous allons expliquer nos embarras financiers le spectacle est lamentable de vieilles femmes à demi-folles de chagrin, d'enfants mal vêtus qui ne savent pas où sont leurs parents et qui ont faim.Les nurses font de leur mieux mais tout est à faire et il semble qu'il n'y aura jamais assez d'argent, de vivres et de vêtements pour parer à toutes ces misères, assez de réserves de bonté pour faire oublier tant de larmes et de ventres serrés.Les douaniers nous attendent au bateau.Ils sont très gentils pour nous, malgré que nous ayions fait une infraction aux lois en nous absentant du bateau avant leur visite.Nos malles ne sont même pas ouvertes : on nous avait pourtant peint les douaniers français comme des croque-mitaines.Les formalités terminées, nous retournons à terre.Les rues, dans les quartiers épargnés, sont noires et grouillantes de monde.Nous entrons boire un cidre infect, malgré la chanson qui vante les cidres de Normandie.Un soldat américain est entré avec un gamin un peu trop déluré qui parle anglais.Ils demandent un cognac.Je suis leur manège.Le garçon de café vient les servir, une longue serviette blanche sur le bras gauche.Il s'appuie un moment sur la table, fait mine de tenir une conversation, pendant que le soldat américain déverse le contenu de ses poches : des paquets de cigarettes que le (( garçon )) enfouit sous la serviette.Le garçon s en va à la caisse, dispose de son achat derrière le comptoir et revient avec des billets.Je crois que le marché a été bon.Dans certains milieux, en France, les cigarettes américaines servent presque de monnaie.Un cirque forain, vide-poche pour soldats américains, s'est installé sur un square.J'ai plaisir à me mêler à la foule et à écouter la musique malgré ma hâte d'être à Parjs.Je rencontre les marins de l'équipage, descendus eux aussi, qui ne songent qu'à retourner à leur hamac.On a cherché à les empoisonner avec des alcools douteux.Je bavarde avec un ouvrier à béret.Je le fais surtout causer politique.De Gaulle, ne sera pas élu, dit-il.Il n'a rempli aucune de ses promesses.Nous crevons de faim depuis la libération.11 voudrait qu'on mette Pétajn à mort : il a fait pleurer trop de mères.De Laval, il parle peu et on sent qu'il n'est pas très fier de la manière dont les choses se sont passées.D'ailleurs la conduite peu sérieuse des procès de Pétain et de Laval et leur illégalité est une tache à toute cette histoire d'épuration qui mécontente les étrangers et qui ne donne satisfaction à personne en France.On s'échauffe et alors que le relèvement dy pays est relégué au dernier plan, on s'endort à l'abri d'un patriotisme de paroles creuses. Le l8 octobre 1945.Entrés à l'église, durant la messe des enfants.Turbulents et dissipés comme il convient à leur âge ; le sermon qu'on leur fait avaler est plus près du soporifique que du calmant.Le vocabulaire est aussi de leur âge : transsubstantiation, espèces, accidents.En somme, un sermon aussi inadapté que dans la catholique province de Québec.Décidément, nous n'avons rien à envier.J l jLe restaurant où nous nous sommes risqués est une (( maison )) d'un type assez spécial : on n'y voit que de vieilles dames que ]a présence de l'abbé d’ailleurs vêtu en clergyman gêne un tantinet.(( Ce doit être un ministre dit l'une, car si c'était un curé, il n'aurait pas de pantalons I — Si c'est ton tour de tournée, mon p'tit, fait une vieille édentée à tête blanche, je prendrai bien un petit cognac )).Nous expliquons à la tenancière que nous n'avons pas de tickets d'alimentation, que nous venons de débarquer, mais que nous voudrions bien manger.(( Du moment que vous n'êtes pas de la police, dit-elle, vous pouvez vous asseoir.)) Atmosphère très Carco.Un jeune soldat américain, air ingénu, lunettes, type étudiant, entre, un livre sous le bras.« Pour vous Monsieur ?)) D'un coup d'œil circulaire, il a compris et recule, la main sur le bec de cane : (( Nothing, commence-t-il, nothing.)) et part terrifié.Lettres et télégrammes expédiés au Canada, ;e téléphone à Paris à Monsieur Gustave Cohen, pour le prévenir de mon arrivée.Joie d'entendre sa bonne voix.Regain d'impatience de le revoir.La journée est longue à tuer jusqu'au train de quatre heures.On vend des livres et des journaux à un kiosque de la gare : le dernier roman de Sartre est là et Led Nouoetted Ltté-raired contiennent un article de Monsieur Cohen, avant-goût de la vie intellectuelle parisienne qui console un peu de piétiner sur place ici.40 (Photo Georges SAAD) Monsieur Gustave Cohen chez lui. Auvers-sur-Oise, ses petites rues montantes, dernier sé-; our du pauvre Van Gogh. Enfin, les bagages sont dans le train et nous aussi.Nous faisons connaissance avec Monsieur Joseph Pâturel, du Havre, un monsieur cultivé dont la conversation est un régal.Il regrette les paroles malheureuses et maladroites de Duhamel contre les rééditions de livres français faites par les Canadiens.Il connaît bien André Siegfried dont la famille protestante est havraise.L'éminent académicien vient régulièrement visiter les siens et se reposer un peu.Mon compagnon de voyage me fait promettre au retour d'arrêter chez lui : nous irons à bicyclette jusqu'à Cuverville, qui est tout près, voir la maison de campagne d'André Gide, dont il est si souvent question dans le Journal.M.Pâturel a beaucoup souffert de la guerre : il a vécu six mois au rutabaga.Il me vante la gentillesse des soldats canadiens et la correction des officiers anglais.Je retrouverai partout, durant mon séjour en France, ce culte du combattant canadien.Il fait très noir, lorsque nous arrivons à Paris et la Gare Saint-Lazare ressemble à toutes les gares.Paris n'est pas éclairé et je ne verrai, de la camionnette du Ministère des Affaires Etrangères qui est venue prendre le courrier diplomatique et où on m'a offert une place, que l'Arc de Triomphe dans la nuit.Voici l'Ecole Militaire et l'Avenue de Suffren plantée de marronniers.Il est près de minuit quand j'arrive chez Monsieur Gustave Cohen.L'éminent médiéviste n'a pas changé.Peut-être ses jambes se font-elles un peu plus paresseuses.La vie new-yorkaise les ont beaucoup fatiguées.Comme j'ai plaisir à le revoir chez lui et son émotion à me retrouver n'est point feinte.Je décrirai demain son appartement, ses occupations, sa vie.Pour le moment, une bonne petite soupe bien chaude, préparée par Gaby, dévouée bonne et infirmière, et je vais me coucher. Le 19 octobre 1945.Au lever.Monsieur Cohen a une pensée profonde et gentille : (( J'étais heureux de savoir que nous dormions dans la même maison, avec les mêmes pensées, les mêmes prières )).Il me parle avec enthousiasme du Canada qu'il veut revoir.Il y a longtemps que je ne l'ai vu.Parti de New-York, le 14 décembre 1943, avec le Père J.-T.Delos, o.p.et Marthe Simard, il s'est arrêté à la Nouvelle-Orléans, à la Guadéloupe, à la Martinique, pour arriver à Alger, après une croisière de cent jours, (( record de lenteur )), comme il l'a écrit plus tard.Après la libération, il est rentré à Paris, au moment des pires misères, pour trouver son appartement privé de lumière, pillé de ses livres, de son fichier, de ses manuscrits et de ses meubles.L'odieux sceau de la kommandantur est encore visible sur la chambranle des portes.Une large baie éclaire son vaste bureau qu'ornent un magnifique bahut de bois sculpté et, sur la cheminée, le buste de son père, œuvre de Ganesco.Depuis sa rentrée en France, la maison petit-à-petit se repeuple de livres.Ses étudiants sont venus faire le tour de son appartement, avant la venue des Allemands, et ont emporté tous les livres qu'ils jugeaient précieux, notamment ceux qui étaient autographiés.Il les lui ont rapportés à son retour.Il y a là de magnifiques Valéry, Barrés, D'Annunzio, Duhamel, Fauchois, Mauriac, Farrère décorés de précieuses dédicaces.Et aussi, un petit enfer, que j espère momentané, où se cachent Chardonne et Giono en somptueuses éditions.Dans la salle à manger, un beau portrait à l'huile, œuvre de Van Thuyl, offert par la Hollande reconnaissante au grand blessé de l'autre guerre qui est allé fonder chez elle la Maison Descartes.Par la fenêtre, c'est tout Paris : le dôme des Invalides en face, au delà de l'Ecole Militaire.L'enceinte sévère s'égaie un peu des éternels marronniers dont les plus hautes branches, décorées de leurs fruits épineux, montent à hauteur des portes-fenêtres à balcon.Un peu à gauche, c'est l'immense Champs de Mars et la Tour Eiffel.Deux arrondissements con- 42 finent ici : le Vile plutôt aristocratique ; le XVe grouillant et populaire avec son métro aérien, ses bals musettes, ses chanteurs (passez la monnaie I), les mauvais garçons et les romanichels de la Place Cambronne.Toutes ces misères : Texil, le retour pénible et la vie dure dans un appartement non chauffé, en butte aux perpétuelles pannes d'électricité, n'empêchent pas Monsieur Gustave Cohen de déployer une effarante activité.Tout l'hiver, il a enseigné dans la glaciale Sorbonne, le manteau sur les épaules, n'ayant que son enthousiasme pour réchauffer les étudiants.En mars dernier, les Théophiliens qui s'étaient dépensés depuis l'Armistice à présenter des spectacles, à organiser des galas de poésie et des conférences, ont tenu à célébrer dignement le retour de leur fondateur.Ils jouaient en son honneur au Palais de Chaillot, deux œuvres de leur répertoire, dont une (La condamnation de Banquet — 1507) créée en son absence.Un peu plus tard, ils allaient à Chartres, durant le pèlerinage annuel des étudiants catholiques auxquels Monsieur Cohen s'était joint, donner sur le parvis Jeu d’Adam et Eve.L'orage faillit interrompre la représentation que les autorités religieuses permirent de poursuivre à l'intérieur de l'historique cathédrale, renouant ainsi une ancienne tradition : le théâtre est né aux pieds des autels.Monsieur Gustave Cohen a fait, durant l'été, une cure à Néris-les-Bains qui a un peu amélioré l'état de sa jambe.Il a retrouvé ses amis, les artistes Ganesco et a écrit une belle étude sur eux dans Léo Arto.C'est là qu'il a appris la mort de son ami Paul Valéry, dont il conserve précieusement une des dernières lettres.Il lui a consacré quelques articles, dont l’un dans les Cahiers du Sud, l'autre, dans une revue inconnue ici : Style en France.Ses activités universitaires seraient à elles seules suffisantes avec tout ce qu'elles comportent : préparation des cours, rendue difficile par le manque de livres et de notes accumulés depuis si longtemps, réunion de professeurs, conseils particuliers aux étudiants, surveillance des thèses en préparation.Il a l'énergie d'y ajouter d'innombrables autres besognes.Il a fait une tournée de conférences en Belgique.Zû Bataille, Led Nouvelles Liltératred, T^ed Lettred Françaided, Tempd Prêdent, Ljed Artd publient ses articles.Paru lui dépêche un journaliste pour Tinterviewer.Il parle à la radio.On lui adresse des manuscrits^ on lui demande des conseils.Il est aussi président d’une Commission chargée de la fédération du Théâtre Universitaire et Amateur, dont André Obey est le président d’honneur.Monsieur Gustave Cohen réunit les membres chez lui.Le premier travail de la Commission est le recensement de tous les groupements de théâtre amateur, ce qui, en France, n’est pas une mince affaire.Mais au-dessus de l’universitaire respecté, de l’écrivain actif, de l’animateur enthousiaste, ;e place l’homme bon, paternel, compréhensif, (( plus que père )).Malgré les privations et les restrictions de toutes sortes, tout le temps de mon séjour à Paris, il m’offrira une royale hospitalité : couvert et gîte, symbolisée par la remise des clés de la maison, le jour même de mon arrivée.Dans quelques jours, je connaîtrai sa femme, actuellement en Belgique pour y chercher des meubles.Artiste-décoratrice, amie de nombreux écrivains et peintres, d’une sensibilité et d’un goût rares, sa compagnie et sa conversation resteront parmi mes plus précieux souvenirs parisiens.Dans l’après-midi, M.Cohen m’amène à Auvers-sur-Oise, où il a une maison de campagne.La banlieue de Paris porte les traces de la guerre : les bombardements ont été durs et des pâtés de maisons ne sont plus que briques, ferrailles, literie et plâtras.Sur l’Oise, on reconstruit des ponts.On voit des tanks abandonnés dans les champs.Sans doute, craint-on encore les espions.A deux reprises, notre voiture est arrêtée et nous devons produire nos papiers.Le passeport canadien fait toujours l’admiration de tous ceux qui le regardent.Mais tout cela fait atmosphère de guerre et on n’a pas l’impression d’aller vers la paix.Nous traversons Pontoise, dont Villon avait blagué {né à Parid empréô Pontoise) et suivons le cours capricieux de l’Oise.La vue de quelques jardins maraîchers rassure un peu : il y a tout de même des légumes à manger.Tous les arbres ici ont des reflets verts sur leurs troncs dus sans doute à la présence d’une algue.Les boules de gui dans les arbres sont un spectacle nouveau pour moi.Voici Auvers-sur-Oise et la Villa Musette, entourée de murailles, où M.Cohen me dit avoir passé de nombreux week-endé et avoir beaucoup travaillé.Les Théophiliens y sont venus.44 Pendant qu’il s’entretient avec des voisins, je fais un brin de visite, d’abord au jardin bien enclos avec son figuier prisonnier et ses pommiers en espalier.Je vois ces murailles et ces barrières bien fermées auxquelles nous sommes si peu habitués au Canada, pays de bon voisinage et de larges espaces.Les cours des habitations voisines communiquent entre elles par un chemin où des oies trottinent dans des flaques de purin.Les rues en terre battue suivent des parcours capricieux, contournent une habitation.Devant la maison, un sympathique tilleul pourvoyeur de tisane, un noyer dans un coin et partout ce lierre qui rampe, grimpe et dissimule presque l’entrée d’une cave voûtée où Mme Fontaine nous raconte qu’elle allait se cacher durant les bombardements.
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