Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1 janvier 1956, Octobre
R-243 EDIFICE DESJARDINS -«iklr®*» j._ —[iijÆ J»' .* " -^'=tr '>-^c;ew?^ —' -‘j- j!*"'' H '£a0%L DESJARDINS ¦niniiBlniDiii ?illl ' i#- jy'-ipw v. BILLET - ?- L’AUTOMNE, avec ses soirées plus longues, rend plus favorables les lectures souvent remises, mais toujours nécessaires à la formation de l’esprit, à l’acquisition de connaissances nouvelles.Il y a bien la télévision aussi qui groupera, peut-être encore, quelques membres de la famille : mais la lecture choisie, sérieuse, demeure La véritable nourriture intellectuelle.C’est elle qu il faut encourager dans notre temps de tourbillons et d’amusements.Voici la façon Joliment rusée qu utilise un rédacteur de bulletin pour (( fouetter )) l’attention de ses lecteurs : je vous la donne telle qu'elle : « Une éponge, ça absorbe l’eau et, en la pressant, ça la restitue telle quelle ou à peu prés, souvent un peu plus sale .(( Un entonnoir, ça laisse passer tous les liquides qu’on veut.Sans rien arrêter.Sans rien changer.Sans donner aucun goût .(( Un filtre, ça laisse presque tout passer.Ça ne retient que la lie, le dépôt, les impuretés, les saletés .« Un diamant, ça reçoit la lumière et ça la renvoie plus diffuse, plus belle et plus étincelante .« Tu es comme une éponge, toi qui absorbes cette revue d’un coup, à toute vitesse et qui, de ces quelques pages, n’es capable d’en redonner qu une appréciation banale et déjà ternie .« Tu es comme un entonnoir, toi qui ingurgite cette revue, n admirant rien des faits authentiques qui y sont cités, ne gardant rien des articles que des amis y ont rédigés, ne comprenant rien de l’esprit qui voudrait y passer .« Tu es comme un filtre, toi qui critiques cette revue sur un petit ou un gros mot, sur une belle phrase, sur un court passage, ne retenant que ce qui te déplaît, t agace, te fâche et semble t’offenser .(( Tu es comme un diamant, toi qui lis cette revue, essayant de comprendre et d’assimiler tout ce que.tu y trouves, essayant de t’en mieux pénétrer, pour en parler avec d’autres et pour vivre, avec tous, plus fraternels dans le quartier .» * * * Il ne nous reste qu’à savoir à quelle catégorie nous appartenons- Et ce n’est pas facile : plus aisément nous le saurions pour les autres, nos voisins, nos amis.Mais, au fait, si nous n’avions de place dans aucun de ces groupes ?Faudra it-il alors conclure que nous ne faisons pas de lecture ou que notre formation est complète ?Ne nous étonnons plus si le fils fait « comme papa » : les classes à peine terminées, les livres sont jetés au rebut, les journaux et les revues ne seront distraitement feuilletés que pour retrouver la page du sport, ou la petite nouvelle à sensation .(Suite à la page 153) NOTRE COUVERTURE.— Tempête s'abattant sur Québec, vue prise de Lévis.— (Photo : Service de Cinéphotographie.) P DESJARDINS ÉDIFICE DESJARDINS Organe otllciel de la Ffcdèratien de Quibec des Unions régionales des Caisses populaires Desjardins, société régie par la Loi des syndicats coopératifs de Québec Vol.XXII, N> 10 QUÉBEC Octobre 1956 Sommaire PAGE Billet Jos.Turmel 142 Éditorial: Pourquoi nous opérons ainsi (suite) C.Vaillancourt .143 L'homme à Dieu -.144 Feu l'honorable Adélard Godbout.C.Vaillancourt .146 Vaut mieux prévenir que guérir.Paul-Émile Charron.147 M.A.-Napoléon Lemieux C.Vaillancourt 148 Saint-Thomas-D'Aquin (Sainte-Foy) Jean-Hercule Dubé 149 13e Assemblée générale annuelle de l'Union des Caisses populaires Desjardins du diocèse de Chicoutimi ¦.150 Grandeur et misères du franc (suite).René Sédillot 152 Pour la Caisse scolaire Jos.Turmel 153 Pourquoi pas ?Albertine Desjardins.154 Madame J.-B.Métivier Émile Turmel, pire 155 Le crédit dans la Caisse populaire.Alphonse Desjardins.156 Éducation sociale et coopération.157 Notes et commentaires 157 Service de renseignements 158 Consultations légales Le Conseiller juridique .159 Vrai hier .Vrai aujourd'hui Msr J.-Médard Émard.160 Rédaction et administration LA FÉDÉRATION DES CAISSES POPULAIRES ÉDIFICE DESJARDINS 59, AVENUE BÉGIN, LÉVIS, P.Q.• PRIX DE L’ABONNEMENT Pour les caisses et leurs sociétaires.$1.50 Pour les autres.$2.00 • ^^ RE VUE DESJARDINtS Cji imprimée aux ateliers Charrier c3 Dugal, inc., Québec.Autorisé comme envoi postal de deuxième classe, ministère des Postes, Ottawa. Pourquoi nous opérons ainsi (suite) NOUS continuons, ce mois-ci, d'expliquer notre façon de procéder dans nos Caisses populaires Desjardins.Nous parlerons tout spécialement de la liquidité et des prêts sur hypothèque.LIQUIDITÉ De bons amis nous disent : la liquidité que vous exigez dans vos Caisses populaires Desjardins, soit 50% de leur actif en argent liquide ou en valeurs facilement réalisables, c'est beaucoup trop, 15% serait suffisant.On va même jusqu'à prétendre que nous exigeons plus de liquidité que les Banques n'en ont.Ceux qui parlent ainsi sont de bonne foi, nous l'admettons, mais entre la théorie et la pratique il y a une marge.Les Banques ont souventes fois 50%, 60% et même jusqu'à 70% de liquidité, comme nous pouvons le constater en étudiant leur bilan.Si nos Caisses populaires Desjardins gardent une liquidité de 50%, ce n'est pas pour copier les Banques.La liquidité dans nos Caisses populaires est moins forte que dans les Banques, parce que nos Caisses populaires ne prêtent pas au commerce, elles ne font pas de spéculation.Notre expérience nous dit que 50% de liquidité devrait être suffisant dans nos Caisses populaires.Quand nous disons 50% de liquidité, nous voulons toujours dire 50% en argent liquide ou en valeurs facilement réalisables.L'expérience que nous avons eue dans le passé est assez cuisante pour que nous prenions les mesures nécessaires pour prévenir la répétition des mêmes difficultés que nous avons déjà eu à surmonter.En 1929, les Caisses populaires Desjar-dins existantes avaient un actif de $11,-463,000.En 1933, cet actif s'est réduit à $8,536,000.Quelques Caisses populaires qui avaient jusque-là rendu d'immenses services à leurs concitoyens ont dû alors, à cause du manque de liquidité, suspendre leurs opérations et attendre que les argents, provenant des remboursements sur les prêts en cours, entrent.Quelques-unes de ces Caisses populaires ont suspendu pour un certain temps leurs opérations, elles n'étaient pas en réalité en mauvaise situation financière : les prêts qu'elles avaient faits étaient tout à fait réguliers et parfaitement garantis, mais les emprunteurs ne pouvaient remettre immédiatement l'argent emprunté de la Caisse populaire.Les sociétaires déposants de ces Caisses populaires ont dû attendre les remises sur prêts pour avoir leur épargne.Nous ne voulons pas que ces choses se répètent.Et surtout maintenant que nos gens vivent plus vite qu'autrefois, dépensent davantage, ils viennent aussi retirer leur argent plus rapidement.Nos Caisses populaires doivent de toute nécessité être et se garder en mesure de faire face à ces retraits ; il vaut mieux prévenir que guérir.On nous dira : Si vos Caisses populaires prêtaient plus, elles pourraient faire plus de bien.Oui, mais est-il permis de se mettre dans une situation préjudiciable aux uns pour faire du bien à d'autres?Je ne le crois pas.On nous disait aussi dans le passé : Pourquoi garder tant de liquidité dans vos Caisses populaires, elles ont de bons prêts, elles pourraient faire tellement plus de bien en prêtant davantage.C'est précisément pour 144 LA REVUE DES JARDINS Québec, octobre 1956 obvier aux déficiences et aux erreurs du passé que nous voulons aujourd’hui nous comporter et agir de manière à prévenir les difficultés que nous avons eues.Si nos Caisses populaires ont fait beaucoup de bien, nous ne voulons pas aujourd’hui qu’elles fassent tort demain à qui que ce soit ; nous voulons qu’elles soient toujours bien portantes et en mesure de continuer L'homme à Dieu COMME le rappelle Mgr Fulton J.Sheen, évêque auxiliaire de New-York, dans son livre Lift up your Heart, que la maison Salvator Mulhouse, de Paris, a édité en français sous le titre Dépassons-nous ! le grand drame de la vie humaine c'est la poursuite de Dieu par fame et la poursuite de Pâme par Dieu.Francis Thompson, dans son poème Le Lévrier du ciel, donne une fort émouvante description de la chasse divine à l'homme.Les cinq premiers épisodes du poème, véritable chef-d'œuvre, à huit épisodes, décrivent la fuite de l'âme devant Dieu, et les trois autres, la poursuite de l'âme par Dieu.L'homme, à la fin, se rend bien compte qu'il veut désespérément l'amour, et qu'il en est indigne.Mais il comprend que Dieu, le seul Amour qui puisse combler toutes ses aspirations et assurer à jamais son bonheur, ne permet pas que soient inutiles ses sacrifices et ses souffrances, mais qu'ils sont (( l'ombre de Sa main, tendue avec tendresse )).« Créature étrange, pitoyable, vaine.Qui songerait à te réserver une part d'amour ?Car Moi seul ai de rien fait beaucoup, dit-il.Et l’humaine tendresse exige des mérites humains.Comment l’aurais-tu méritée.Toi, de l'argile humaine la plus pauvre motte ?Hélas 1 Tu ne sais pas Combien peu digne tu es de mon amour.Qui trouverais-tu pour aimer ta bassesse.Sinon Moi, Moi seul ?Tout ce que Je t'ai pris.Je te l'ai retiré.Non pour tes offenses.Mais pour que tu viennes le chercher dans Mes bras.Tout ce que ton erreur puérile Croit perdu.Je te l’ai réservé dans Ma maison : Lève-toi, prends Ma main, et viens.)) Le pas fait halte auprès de moi : Mes ténèbres, après tout, ne seraient-elles Que 1’ ombre de Sa main, tendue avec tendresse ?(( O très infatué, très aveugle, très faible.Je suis Celui que tu cherchais ! Tu repoussais l’amour, toi qui me repoussais.)) P.-É.C.leurs bons services.Nous sommes bien conscients que nos Caisses populaires se doivent d’abord à leurs déposants : les épargnants ont droit d’avoir sur demande les épargnes qu’ils ont confiées à la Caisse populaire, ces épargnes gagnées honnêtement et laborieusement sont leur bien.Une autre remarque qui nous est faite : Les Caisses populaires n’ont pas été organisées par monsieur Desjardins pour acheter des obligations.Ces grands découvreurs de monsieur Desjardins 1 S’ils avaient lu seulement un rapport de la Caisse populaire de Lévis alors que monsieur Desjardins en était le président et gérant, ils se seraient rendus compte que monsieur Desjardins, de son vivant, avait acheté des obligations pour sa Caisse populaire.En le faisant, il aidait ses concitoyens, disait-il, car il avait commencé par acheter des obligations de la ville de Lévis, réalisant qu’il aidait, de ce fait, tous les sociétaires de sa Caisse populaire et qu’en même temps il rendait service à la communauté.Par la suite, il a acheté des obligations en dehors de la ville de Lévis ; il voulait que l’argent confié à sa Caisse populaire fût placé de façon à ce que, tout en rapportant un intérêt substantiel, il permit à sa Caisse populaire d’avoir de la liquidité afin qu’en cas de besoin elle pût escompter ces valeurs ou les vendre et réaliser ainsi de l’argent liquide nécessaire pour honorer les retraits d’épargne, ce qui ne pouvait être fait avec ses prêts sur reconnaissance de dette et sur hypothèque.Monsieur Desjardins se disait aussi : En plaçant un peu de l’argent de la Caisse populaire dans des obligations, pour aider mon voisin, ma ville, la communauté, je fais de la coopération : je fais rapporter cet argent en le faisant fructifier de façon utile aux miens, et la Caisse populaire peut ainsi payer aux déposants un intérêt raisonnable.En outre, ajoutait-il, la Caisse populaire a en mains des effets qu’elle peut réaliser en argent si les retraits d’épargne devenaient trop considérables.Monsieur Desjardins était un homme de bon sens, il a procédé avec bon sens, et nous suivons son exemple qui doit nous servir d’inspiration.Nous assurons ainsi une meilleure protection à nos épargnants Volume XXII, n° 10 LA REVUE DES JARDINS 145 et même à nos emprunteurs en ne les obligeant pas à rembourser plus rapidement qu'ils ne sont capables de le faire.PRÊTS SUR HYPOTHÈQUE Les uns nous disent que nos Caisses populaires devraient prêter plus sur reconnaissance de dette et moins sur hypothèque; en procédant ainsi, selon eux, elles feraient plus de bien.D'autre part, il en est qui demandent à nos Caisses populaires de prêter le plus possible pour l'habitation, parce que l'habitation c'est le toit de la famille, et la sécurité sociale est basée sur la sécurité familiale, et la sécurité familiale c'est le toit qui abrite la famille, qui assure le logement pour l'avenir.Les gens qui sont à loyer n'ont pas cette sécurité familiale, ils ont toujours l'inquiétude du lendemain pour abriter la famille, et si la famille devient un peu nombreuse elle a de la difficulté à se loger.Nous cherchons à accommoder de notre mieux les uns et les autres en étant justes pour tous.C'est pourquoi nos Caisses populaires font des prêts sur reconnaissance de dette et des prêts hypothécaires.En procédant ainsi, nous suivons les directives que nous donnent nos autorités religieuses et civiles, et nous croyons ainsi faire tout notre devoir.En conseillant à nos Caisses populaires de garder une liquidité suffisante pour répondre aux demandes de retraits d'argent, en faisant des prêts hypothécaires raisonnables et des petits prêts sur reconnaissance de dette selon nos moyens, nous faisons comme monsieur Desjardins a fait de son temps, nous observons sa ligne de conduite et nous croyons, de ce fait, mériter la confiance de nos sociétaires.Je dis sociétaires.N'oublions pas que les Caisses populaires sont des organismes coopératifs, et que la coopération c'est l'organisme nécessaire et le plus en mesure d'assurer la sécurité de la classe laborieuse.Oui dit coopération dit union ; dans la coopération, c'est l'union d'une même société, d'une même classe, d'un même groupe, d'une même paroisse.Ceux qui entrent dans la coopération sont des gens qui veulent se sauver ; ceux qui rie veulent pas y adhérer, nous ne pouvons les sauver malgré eux.Il y a un grand principe qui sera éternellement vrai : Dieu nous a faits sans nous mais il ne nous sauvera pas sans nous.Nos Caisses populaires aident leurs sociétaires.Ou'on ne cherche pas à leur faire faire ce que d'autres organismes, en chargeant des prix trop onéreux, essaient de faire.Voilà notre manière de voir, la meilleure à notre point de vue.C'est la façon de voir les choses de tout coopérateur expérimenté, qui a, comme nos bons amis, de bonnes intentions mais qui à la théorie a joint la pratique.Tous, nous voulons le bien et nous essayons de prendre les bons moyens pour l'atteindre.Calendbieb fiebpetuel • Le calendrier perpétuel des Caisses populaires Desjardins (illustration ci-contre) a très belle apparence et sera un ornement pour votre institution.De couleur rouge marron, il mesure 12" X 17" ; les lettres, la feuille d'érable et la bordure sont dorées.Le nom des mois et les chiffres sont blancs et bien visibles.£ - fié 'M/vv/£p Adressez vos commandes a LA FEDERATION DES CAISSES POPULAIRES DESJARDINS 59, AVENUE BEGIN, LEVIS, P.Q.Chaque Caisse devrait en posséder un.Le prix de vente est de 146 LA REVUE DESJARDINS Québec, octobre 1956 Feu l’honorable Adélard Godbout LE 18 septembre dernier décédait accidentellement l'honorable Adélard Godbout.Le sénateur Godbout n'était pas très âgé : 64 ans moins quelques jours, mais il avait donné le meilleur de lui-même à son pays, et plus spécialement à sa province et aux siens.L’honorable Godbout, agronome, avait une grande prédilection pour les cultivateurs et la vie rurale ; aussi, les problèmes agricoles l'intéressaient-ils au plus haut point, et les ruraux trouvèrent-ils en lui leur plus fervent défenseur.Premier ministre de la province de Québec durant les années 1939 à 1944, qui furent les années si difficiles de la guerre, l'honorable Godbout a fait tout son devoir pour son pays et sa province.En 1932, l’honorable Godbout, alors ministre de l'Agriculture, a apporté son précieux concours à la fondation de la Fédération des Caisses populaires Desjardins.Aux dirigeants des Caisses populaires d’alors qui lui demandaient de subventionner les Unions régionales pour leur faciliter la tâche devenue très ardue à cause des temps difficiles de la crise économique, l'honorable Godbout répondit dans une lettre du 25 avril 1931 :((.Aussi longtemps qu'elles (les Caisses populaires) ne seront pas fédérées dans un organisme central avec lequel nous pourrons traiter, je ne crois pas qu'il puisse être question pour ni l'un ni l’autre des départements d'intervenir pour les aider.C'est d’ailleurs l'opinion de quelques-uns des dirigeants actuels des Caisses.Nous reconnaissons leur importance et même leur nécessité, et nous serons anxieux, lorsque la Fédération sera formée, de coopérer dans toute la mesure de nos forces pour leur obtenir de la part du gouvernement l'assistance dont elles ont besoin.)) Dès lors, ce qui devait se réaliser un peu plus tard se concrétisa : la Fédération de Québec des Unions régionales des Caisses populaires Desjardins fut fondée, et l'honorable Godbout, alors mi- -?- nistre de l'Agriculture de la province, fit voter par la Législature provinciale un octroi de $20,000.pour aider la Fédération des Caisses populaires à faire l'inspection des Caisses populaires, à organiser la propagande, et à établir un contrôle plus efficace pour une meilleure observance de la loi régissant les Caisses populaires et pour la sécurité administrative des petites épargnes confiées aux Caisses.Grâce à cet octroi, la Fédération des Caisses populaires Desjardins de Québec est L’honorable Adélard Godbout- née et s'est développée pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui.C'est alors que l'honorable Godbout fit préparer une loi concernant les Caisses populaires dites Desjardins.C'était la première fois que dans une loi provinciale on reconnaissait l'importance des Caisses populaires.Nous reproduisons ci-après le texte de cette loi : (( Attendu qu’il est opportun d’encourager le développement des Caisses populaires dites Desjardins, qui depuis leur fondation ont démontré leur utilité générale ; « Attendu que ces Caisses populaires établies dans les villes et les campagnes de cette province.ont sans cesse augmenté leurs prêts essentiellement coopératifs à leurs membres et ont servi à promouvoir grandement les meilleurs intérêts économiques et sociaux des classes laborieuses, ainsi que le prêt agricole ; (( Attendu que la Fédération de Québec des Unions régionales des Caisses populaires dites Desjar-dins, dans les limites de ses statuts et règlements, de sa propre initiative et sous son contrôle autonome, voit à la fondation, au maintien et à l’inspection efficaces desdites Caisses et qu'il est opportun en conséquence d’octroyer un subside annuelà ladite Fédération ; (( À ces causes.Sa Majesté, de l'avis et du consentement du Conseil législatif et de l'Assemblée législative de Québec, décrète ce qui suit : Un montant de vingt mille dollars est affecté annuellement à la propagande et la surveillance efficaces des Caisses populaires dites Desjardins, régies par la Loi des syndicats coopéra-tis de Québec (Status refondus, 1925, chapitre 254).)) Au moment où cette première subvention était accordée, les Caisses populaires Desjardins étaient au nombre de 160 ; (cette subvention est portée aujourd'hui à 75,000.) après 24 ans d'existence de la Fédération, leur nombre est passé à 1,165.L’actif des Caisses populaires Desjardins qui était, en 1932, d'un peu plus de huit millions de dollars, s'est haussé, au 30 juin 1956, à $444,500,000.C'est dire que l'honorable Godbout a donné à la Fédération des Caisses populaires Desjardins un appui bien précieux qui lui a permis de naître et de rendre d'immenses services aux Caisses populaires.Nous rendons hommage à ce grand serviteur de la patrie et au parfait honnête homme qu'il fut toute sa vie.On a pu discuter ses manières de procéder, ses idées politiques, mais tous reconnaissent, cependant, qu’il fut un homme probe et honnête.C.Vaillancourt Volume XXII, n° 10 LA REVUE DES JARDINS 147 Vaut mieux prévenir que guérir CE conseil vaut dans Tordre médical ; il vaut aussi bien dans Tordre économique.Ceux qui limitent leurs dépenses à leurs revenus sont des gens avisés.Et sages sont ceux qui s'efforcent de faire des épargnes et de s'amasser des réserves.On ne saurait en dire autant de ceux qui ne croient plus à la nécessité de l'épargne à notre époque et qui font des achats a crédit ou à tempérament de façon inconsidérée sans trop se soucier de ce qui peut leur arriver demain : ils risquent de payer cher leur imprévoyance.Les dépenses sont devenues telles que le capital, fruit de Té-pargne, ne se développe plus au rythme nécessaire pour répondre demain a la production économique sans cesse croissante.Les associations nationales et internationales des institutions d'épargne et de crédit populaire ont récemment donné l'alerte : Tin-suffisance de l'épargne pourrait bien devenir un sérieux handicap au progrès économique du monde si les peuples plus fortunés continuent à dépenser comme ils le font ces années-ci.Dans les pays occidentaux on tient depuis quelques mois conférence sur conférence dans le but d'aviser aux mesures efficaces pour empêcher l'inflation de produire des troubles économiques graves ou fatals à la prospérité.C'est même devenu le gros problème mondial.Les délégués des soixante nations du monde libre Tont dit et répété sur un ton qui ne laisse pas d'inquiéter lors de la récente conférence annuelle de la Banque mondiale et du fonds monétaire international.Une des pires conséquences de l'inflation c'est la ruine de la monnaie.La dépréciation du pouvoir d'achat de l'argent par suite de la hausse indue des prix peut détruire la confiance dans la valeur de la monnaie.Or, cette confiance dans la stabilité de la monnaie est absolument requise -4- au maintien de la prospérité économique parce qu'elle est nécessaire a l'épargne, source du capital, facteur nécessaire de la production : les gens n'épargnent plus quand ils redoutent l'anéantissement de leurs épargnes, fruit de leur labeur.MESURES CONTRE L’INFLATION Des mesures économiques sont prises visant à contrôler ou contenir l'inflation : hausse du taux de l'escompte bancaire, contrôle des prêts, régularisation des investissements, etc.Toutes ces mesures anti-infla-tionnaires suffiront-elles pour enrayer l'inflation ?Il est à craindre qu'elles seront, bien que nécessaires, insuffisantes : le crédit à la consommation doit être aujourd'hui soumis à un certain contrôle si nous voulons que toutes les mesures prises jusqu'ici pour enrayer l'inflation aient toute leur efficacité.Il y a actuellement dans notre monde un appétit vorace de crédit à la consommation qui est en train de tout dévorer, et qui est devenu une sérieuse menace pour notre économie.Trop de gens, actuellement, en abusent.La raison cède chez un nombre sans cesse croissant de citoyens devant l'appétit aiguisé par une publicité tapageuse ; ils en viennent à croire qu'ils peuvent tout avoir avec les facilités de paiement qui leur sont offertes, et ils s'imaginent enfin qu'ils ne peuvent être heureux a moins de satisfaire tous leurs désirs de confort et de divertissement.En boissons alcooliques seulement, nous avons consommé plus de $7,000,000,000.au cours des derniers dix ans.Le financement des contrats de ventes de détail au Canada excède présentement $1,000,000,000.La grande partie de cette finance concerne les automobiles.Les prêts ou crédit de consommation sous toutes ses formes totalisent actuellement $2,500,000,000.On escompte un bel avenir.Sera-t-il tout-à-fait selon l'idée qu'on s'en fait aujourd'hui ?Que de déboires l'imprévoyance de trop de nos compatriotes leur ménage 1 Nous sommes en train d'anéantir notre pouvoir d'achat des prochaines années et de nous préparer une catastrophe.LA MODÉRATION S'IMPOSE TOUJOURS Ces dépenses exagérées s'expliquent par un manque de prévoyance et de sens de la mesure ou de la modération dans le train de vie.Nous devons apprendre à être prévoyants et à user de tempérance et de modération dans la satisfaction de nos besoins.Si chacun de nous s'efforçait de s'en tenir dans ses achats à ses revenus actuels, le problème de l'inflation perdrait vite de son acuité.La grande déficience qui est à l'origine des causes de l'inflation paraît être le manque de mesure et de modération d'un peu tout le monde : modération dans les demandes d'augmentation de salaire, modération dans les profits.Salaires plus élevés et profits plus forts se traduisent dans notre économie capitaliste par des prix plus élevés pour les consommateurs.Ceux-ci paient en définitive les augmentations de salaires, tout comme les hausses des prix, qui, suivent de près les augmentations de salaires.La modération chez les producteurs et les salariés, d'une part, et chez les consommateurs, d'autre part, s'avère nécessaire pour enrayer l'inflation.Toutes les mesures anti-inflationnaires peuvent bien s'avérer inefficaces sans la modération, la tempérance que chacun devrait mettre dans son train de vie et dans ses exigences.L'économie repose sur des données humaines.La raison, le bon sens, la mesure sont pour quelque chose dans la santé économique d'une nation. 148 LA REVUE DES JARDINS Québec, octobre 1956 L'Allemagne de l'Ouest a prévenu la hausse des prix et des salaires ; ses dirigeants ont fait appel à la coopération des industriels, des salariés et des distributeurs, à leur esprit de discipline, de travail et de modération dans leurs exigences.Elle a empêché la hausse du coût de production, elle a protégé ainsi le pouvoir d'achat des nationaux, activé la production à meilleur compte, et favorisé la prospérité générale.POUR UNE RÈGLEMENTATION DU CRÉDIT À LA CONSOMMATION Devant cette expansion inquiétante du crédit à la consommation dont abusent trop de nos gens, et devant cette inflation des prix, qui, pour être contenue dans notre économie actuelle et l'état d'esprit de notre peuple, requiert un contrôle effectif de la consommation, nous nous demandons si les autorités gouvernementales provinciales qui ont juridiction en la matière, ne devraient pas se concerter sans délai et adopter une législation établissant une règlementation des ventes à tempérament.Les acheteurs seraient tenus, en vertu d'une loi à cet effet, d'exiger un acompte substantiel des acheteurs au moment de la vente.Cet acompte pourrait s'élever au Vs du prix de vente, disons, pour les articles de nécessité courante, et à la moitié du prix de vente pour les articles ou marchandises qui ne sont pas considérées de nécessité courante mais plutôt de luxe.A tout événement, si une telle classification des objets ou marchandises présente dans la pratique des difficultés quasi insurmontables, le moins qu'on puisse faire, c'est d'adopter une législation qui établisse l'obligation pour les vendeurs d'exiger un acompte raisonnable déterminé au moment de la vente pour tous articles ou marchandises, avec un terme-limite raisonnable pour le paiement final des marchandises.De la sorte, les citoyens devront user de discernement et de mesure dans leurs dépenses, ils devront s'amasser des épargnes pour se procurer les choses necessaires d'abord, et les autres moins nécessaires ensuite.Ils seront incités à la prévoyance et à une meilleure administration de leurs affaires.La raison reprendra enfin ses droits, s'efforçant de contrebalancer l'influence néfaste de la publicité tapageuse qui amènent bien des gens à prendre des engagements qui excèdent leurs capacités de remboursement, et qui sont a l'origine de dissensions dans trop de foyers.Une telle règlementation du crédit a la consommation favorisera la prospérité économique en contribuant efficacement à enrayer sinon contrôler l'inflation de notre économie.Elle aidera les familles dans l'administration de leur budget et protégera beaucoup de foyer contre les conséquences déplorables d'une administration imprévoyante.Paul-Emile Charron M.Napoléon Lemieux -?- LA mort vient de nous enlever le dernier survivant des membres-fondateurs de la Caisse populaire de Lévis, la première établie par le commandeur Alphonse Desjardins, le 6 décembre 1900 : le 12 septembre dernier, M.A.-Napoléon Lemieux, de Lévis, un des 17 signataires de la Monsieur A.-Napoléon Lemieux.déclaration de fondation de la Caisse-mère, et administrateur, de sa fondation en 1900 jusqu'à 1934, décédait à l'âge de 95 ans et 10 mois.M.Lemieux fut un des plus zélés collaborateurs de l'œuvre de M.Desjardins.Il ne lui a pas ménagé ses efforts, ni son temps.Marchand dans les abouts de la ville de Lévis, au coin de la route de Saint-Henri, M.Lemieux fit longtemps la cueillette des petites épargnes dans le quartier (( Ville-mai )).Ceux qui ont assisté aux dernières manifestations du congrès international des Caisses populaires Desjardins, tenu à Lévis à l'occasion du cinquantenaire de fondation de la première Caisse populaire, se rappellent sans doute ce vénérable vieillard qui, dans une brève mais combien émouvante allocution, exprima sa joie de participer aux fêtes du cinquantenaire de la Caisse populaire à la fondation de laquelle il eut le bonheur de participer avec son concitoyen Alphonse Desjardins, et de voir se réaliser le rêve qu'il caressait depuis plusieurs années de vivre assez longtemps pour voir pareil événement.Les coopérateurs se rendent compte aujourd'hui devant le succès considérable qu’a remporté l’œuvre de M.Desjardins, de la haute signification de l'appui fidèle et de la coopération indéfectible qu’ont assuré au fondateur ses collaborateurs immédiats.Les coopérateurs auront certes une pensée de reconnaissance dans leurs prières pour un si bon coopérateur.Daigne le Seigneur lui donner le repos éternel.C.Vaillancourt Volume XXII, n° 10 LA REVUE DES JARDINS 149 Saint-Thomas-D*Aquin (Sainte-Foy) SAINT - THOMAS - D’AQUIN, magnifique paroisse de la cité de Sainte-Foy, fut fondée en 1950.Avantageusement située, elle est bornée à Test par la cité de Québec, au sud par la cité de Sillery, au nord par le chemin de fer, et à l'ouest par la cité universitaire.On y compte actuellement 800 familles, auxquelles viendront s'ajouter 400 autres d'ici deux ou trois ans.Le 17 mars 1955 sera une date mémorable pour M.Jos.Turmel, propagandiste des Caisses.En effet, pour la première fois de sa longue carrière, il fondait deux Caisses le même soir.Après Cap-Rouge, c'était Saint-Thomas-d'Aquin.Les 36 membres-fondateurs avaient déposé la somme de $860.Aujourd'hui, la Caisse compte 375 sociétaires ayant des dépôts pour l’imposante somme de $105,000.Ce chiffre fera peut-être sourire les dirigeants de grosses Caisses, mais pour nous, le résultat est très satisfaisant, sachant tout le travail qui reste à faire.La Caisse possède un contrat d’assurance-prêt avec l’Assurance-Vie Desjardins, et de plus a un groupe de sociétaires qui sont membres de « Les Services de santé du Québec », mutuelle d'assurance-maladie.Dès sa première année d'existence, les directeurs ont tenu à commencer le travail d'éducation de l'épargne chez les jeunes.Le travail s'est limité surtout à 5 classes des garçons.Sur le groupe de 140 élèves, 75 sont devenus sociétaires de la Caisse, y déposant durant l'année la somme de $1,533.Pour l'année scolaire qui commence, ce Service s'étendra aux 450 élèves qui fréquentent les écoles de la paroisse.Un autre Service sera ajouté en janvier prochain, et c'est celui des Caisses de Noël.Le Service de l'éducation est très important, et la Caisse populaire de Saint-Thomas-d'Âquin se réjouit de pouvoir profiter de l'hospitalité de l'hebdomadaire de Sainte-Foy, Le Réveil.Des annonces de la Caisse sont fréquemment publiées, et de plus l'on a reproduit plusieurs articles ayant paru dans la Revue Desjardins.Et voilà une jeune Caisse en marche, une Caisse qui va progresser grâce au dévouement et à la coopération de part et d'autre, une caisse qui, dans quelques an-nés, accumulera un million et plus, et qui comme bien d'autres, aura enseigné la belle vertu de l'épargne, tout en ayant aidé aux moins fortunés.Jean-Hercule Duré, secrétaire-gérant.DE LES DIRIGEANTS DE LA CAISSE POPULAIRE SAINT-THOMAS-D’AQUIN De gauche à droite : M.Faut Hudon, directeur, M.Jacques Gosselin, vice-président, M.Jules G ingras, président, M.Jean-Hercule Dubé, secrétaire-gérant, M.Aimé Ere nette, directeur ; deuxieme rangée : M.Paul Bordeleau, président corn, crédit, M.Robert Daigle, membre, AI.Raymond Tardif, membre.AI.Hector Roberge, président cons.surveillance, Al.Lucien Létourneau, c.a., membre, et Al.Sarto Kirouac, membre.—-(Photo : Le Réveil, par Roger Côté.) Photo prise lors de la réunion des assistants-gérants de la Caisse de ! école Saint-Thomas-d’Aquin.De gauche à droite: Pierre Plamondon, Louis-Alarie Hudon, J .-Hercule Dubé, gérant de la Caisse populaire de Saint-Thomas-d’ Aquin, Jean Corriveault, Jacques Samson et Claude Nolet ; deuxième rangée : Al.l’abbé Léopold Talbot, vicaire, Al.Jacques Gosselin, vice-prés, de la Caisse, et le Rév.Frère Herman, directeur de l’école Saint-Thomas.— (Photo Le Réveil, par Roger Côté.) 150 LA REVUE DESJARDINS Québec, octobre 1956 L'Union des Caisses populaires Desjardins du diocèse de Chicoutimi en congrès à Saint-Jérôme 13e ASSEMBLEE GENERALE ANNUELLE DE L’UNION DIMANCHE, le 23 septembre, se tenait à Saint-Jérôme de Métabetchouan la 13e assemblée annuelle de l’Union régionale des Caisses populaires du diocèse de Chicoutimi.Plus de 250 personnes dont plusieurs personnalités de marque ont pris part aux assises de la journée.Quarante-neuf des 71 Caisses affiliées à l’Union régionale étaient officiellement représentées dont 12 Caisses sur 19 de Chicoutimi, 9 sur 11 venant de Jonquière et 19 Caisses sur 27 du comté de Roberval, etc.L’actif actuel des Caisses populaires du diocèse s’élève à $17,859,000.et le chiffre d’affaire pour l’année sociale 1955-56 a été de $130,453,599.ce qui constitue une augmentation appréciable sur les opérations de l’année dernière.Le congrès a débuté par une messe célébrée en l’église paroissiale de Saint-Jérôme par Son Excellence Mgr Marius Paré, évêque auxiliaire à Chicoutimi et délégué de Son Exc.Mgr Mélan-çon.Le curé de la paroisse, M.l’abbé Ludger Larouche, a souhaité la bienvenue à Son Excellence et à tous les congressistes.Au cours du sermon de circonstance qu’il a prononcé, Mgr Paré a démontré qu’en Jésus-Christ se trouvait toutes les richesses et que l’homme composé d’un corps et d’une âme, créé par Dieu pour travailler uniquement pour Lui, ne doit pas établir de distance entre sa vie surnaturelle et la vie qu’il doit mener tous les jours dans la pratique.Comme tout se tient dans le plan de Dieu, de dire Son Excellence, l’enfant de Dieu, par l’application du grand principe de la charité et le perfectionnement de son travail, devra chercher continuellement à orienter sa vie de telle sorte qu’elle soit un hommage constant à la royauté du Père.Pour terminer, Mgr Paré exhorta les congressistes à Sur la photo apparaissent Son Excellence Mor Marius Paré, évêque auxiliaire de Chicoutimi, et représentant de Son Excellence Msr Melançon, adressant la parole aux congressistes, M.J.-A.Plourde, n.p., président de l’Union régionale de Chicoutimi, M.J.-A.Marion, président de la Fédération provinciale des Caisses populaires Desjardins, M.le curé Larouche, de Saint-Jérôme, M.Paul Simard, gérant de l’Union régionale de Chicoutimi, M- Paul-Emile Charron, assistant-secrétaire de la Fédération, qui représentait l’honorable Cyrille Vaillancourt, gérant de la Fédération et président de l’Union régionale de Québec, M.J.-P.Langlois, représentant de l’Assurance-Vie Desjardins, M- Jean-Marie Gagnon, gérant de la Caisse populaire de Lévis, et secrétaire de la Société d’Assurance des Caisses populaires, M.René Croteau, assistant-gérant de l’Union régionale de Québec, et les administrateurs de L’Union régionale de Chicoutimi et autres personnalités qui les entouraient n apparaissant pas sur cette photo prise au cours de l’assemblée.14 I ; i f fît : Volume XXII, n° 10 LA REVUE DES JARDINS 151 progresser en ce sens, qu'à la lumière de la pensée du Christ, plus conscients de la grandeur et de la beauté de l'œuvre à accomplir, ils réalisent le plus parfaitement possible le plan de Dieu et la doctrine sociale de l'Eglise afin de procurer une saine aisance à la communauté et d'assurer les conditions favorables à l'amour de Dieu, dans la paroisse, au diocèse et dans le pays tout entier.* * * Après l'enregistrement des délégués à la salle paroissiale, M.J.-A.Plourde, n.p., président de l'Union régionale des Caisses populaires, a fait l'ouverture de l'assemblée en souhaitant la bienvenue à Son Excellence, d'abord, et à tous les délégués.On procéda ensuite à la formation des divers comités et le résultat fut le suivant : au comité des « Lettres de créances )), M.Wenceslas Simard, de Péribonka, Renaldo Lavoie, de Saint-Laurent de Jon-quière, et M.J.-E.Mercure, de Normandin.Au comité des (( Résolutions )) les nominations ont été les suivantes : M.Arthur Bourdeau, d'Alma, M.François Laroche, d'Arvida, et M.René Laplante, de Roberval.M.Paul Simard, directeur-gérant de l'Union régionale, a ensuite donné le rapport des activités de l’année.Ce rapport a révélé des chiffres très intéressants puisque les Caisses du diocèse ont augmenté au cours de l'année de $2,157,515.73, pour l'épargne seulement, et que l'augmentation totale de l'actif a été de $2,327,787.74.Dans le domaine des prêts et des remboursements, il y a eu également une forte augmentation, tout en maintenant le pourcentage de liquidité exigé.M.J.-A.Bergeron, de Jon-quière, président de la Commission de crédit, a présenté le rapport des activités et des prêts consentis au cours de l'année, et M.François Laroche d'Arvida, en charge du Comité de surveillance, a donné connaissance de son rapport annuel.Ce travail de surveillance consiste à contrôler les achats d'obligations, à vérifier les dépenses, à s'assurer que les résolutions adoptées par le bureau de direction sont respectées, en un mot de voir à ce que tout le travail fait par l’Union régionale soit le plus exact possible dans tous les domaines.* * * Au cours de l'avant-midi également, on a procédé aux élections de nouveaux officiers remplaçant ceux sortant de charge.Il s'agissait de M.J.-A.Pourde, n.p., de Saint-Jérôme, président de l'Union régionale, qui a été réinstallé sur proposition de Me Bertrand Gagnon, de Dolbeau, secondé par M.Théophile Pilote, de Sainte-Monique.M.J.-R.Potvin, de Saint-Prime, administrateur de l'Union régionale, et M.Pierre-Eugène Lajoie, commissaire de crédit, ont été réélus sur propositions acceptées à leur charge respective.M.Emile Vincent, d'Albanel, a également été réélu à la charge de conseiller de surveillance.La séance de l'avant-midi s’est terminée par quelques conseils aux gérants par M.Armand Parent, assistant-gérant à l'Union régionale.Parmi les nombreuses personnalités qui ont pris part aux délibérations de la journée ont remar- LE BUDGET FAMILIAL ?¦ Brochure de 32 pages.¦ Format commode (5^" X 8") ¦ Couverture illustrée.¦ Présentation simple.¦ Utilisation facile.C'est un article de propagande de premier choix pour la Caisse populaire, et chaque sociétaire souhaitera posséder et utiliser ce livret de budget.Prix : $0.10 l’unité 0.75 la douzaine 5.00 le cent 45.00 le mille • Vos commandes seront complétées sans délai, au comptoir de papeterie de la Fédération des Caisses populaires Desjardins de Québec.quait, outre son Excellence Mgr Paré, M.l'aumônier diocésain, l'abbé Gérard Levesque, M.le curé Ludger Larouche, de Saint-Jérôme, M.Abel Marion, président de la Fédération des Caisses populaires.Desjardins de Québec, M.Paul-Émile Charron, délégué du sénateur Vaillancourt, gérant de la Fédération, M.Jean-Paul Langlois, de l'Assurance-Vie Desjardins, les directeurs et les membres du conseil d'administration de l'Union régionale du diocèse, M.Jos.Bouchard, de Saint-Bruno, président de la Fédération de l'U.C.C., M.Roland Desmeules, maire de Saint-Jérôme, M.Jacques Martin, de Chicoutimi, etc.M.François Laroche, d'Arvida, responsable des Caisses scolaires pour le diocèse, a donné le rapport des activités de l’année.Les caisses scolaires en opération depuis 1950, ont un nombre de 11,841 déposants avec une moyenne de dépôt de $9.98 par élève.M.Wellie Deschesnes a annoncé la Caisse scolaire d'Hébertville-Station comme gagnante du trophée Desjardins, pour l’année courante.Au cours de l'après-midi plusieurs orateurs ont adressé la parole, ce sont : l'abbé Gérard Levesque, M.J.-P.Langlois, de l'Assurance-Vie Desjardins, M.Paul-Emile Charron, représentant du sénateur Vaillancourt, et M.Abel Marion, président de la Fédération des Caisses populaires Desjardins.M.Paul-Émile Charron a fait remarquer que les Caisses populaires Desjardins n'étaient pas seulement des prêteurs, mais qu'avant tout elles avaient pour but de développer l’esprit d'épargne, de faire acquérir des habitudes de tempérance de vie et de développer le sens de l'économie et de la prévoyance.M.le curé Ludger Larouche a clôturé la journée en souhaitant des heureux fruits de ces délibérations pour l'année à venir ; il a également loué le magnifique travail des Caisses scolaires qui inculquent le sens de l'économie à nos jeunes.{Le Progrès du Saguenay, 29-9-56.) 152 LA REVUE DES JARDINS Québec, octobre 1956 Grandeur et misères du franc (suite) LA Banque de France n'obtint qu'en 1803 le privilège de l'émission à Paris ; elle n'obtint qu'en 1848 le privilège pour la France.À cette date seulement, soit un demi-siècle après sa création, le billet de banque reçut le cours légal, c'est-à-dire qu'il ne fut plus possible de le refuser en payement, mais l'émission fut dès lors contenue dans les limites rigoureuses d'un plafond, d'abord inférieur à 500 millions, puis relevé par étapes prudentes.En 1914, il circulait seulement 6 milliards de billets contre 7 milliards d'or et d'argent, tandis que l’encaisse métallique de la banque s'élevait à 4 milliards.Plus de 100 années durant, le franc de germinal avait tenu bon, oh 1 certes pas tout à fait sans à coups.Il avait fallu suspendre la convertibilité à plusieurs reprises, à plusieurs petites reprises.Pendant 4 mois, au moment de Trafalgar, en 1805 ; pendant 3 mois, lors de la débâcle de 1814 ; pendant 2 ans bé durant la Révolution de 1848 ; plus de 5 ans après la guerre de 1870.Mais jamais la dépréciation ne fut profonde, ni durable ; chaque fois le franc de germinal put être sauvé.Par quel miracle ?Car c'est bien d'une sorte de miracle qu’il s'agit.Dans la carrière des monnaies, nous l'avons vu, et il faut bien le dire, l'accident est la règle et la stabilité est l'exception.Le franc de germinal offre un cas à peu près unique de longévité.Heureux temps où l'on n'avait d'autres sujets de discussion que le bimétallisme ou la frappe des pièces de 5 francs 1 Le secret de cette étonnante stabilité, dans un siècle pourtant riche en invasions et en révolutions, il est d'abord dans l'essor prodigieux de la production, puis dans le remarquable équilibre de l'économie française : de 1816 à 1913, le déficit total des budgets n'atteignit pas 1 milliard (notre déficit actuel d'une demi-journée).-?- La balance des comptes de la France, de son côté, fut largement excédentaire à ce point que les Français, sur leurs économies, purent prêter au monde entier.Le prestige du franc fut alors tel qu'il servit de modèle et d'étalon à de nombreuses monnaies.Sur le type du franc de germinal furent créés ou alignés le franc belge, le franc suisse, la lire italienne, la peseta, le leu roumain, la drachme grecque, le peso argentin, et bien d'autres.Le franc fut tenu pour une unité immuable, tout comme le mètre, le litre ou le gramme.En même temps que le système métrique, le système franc conquérait les nations.Comme nous sommes loin de cette apothéose ! Aujourd'hui, de toutes les monnaies qui s'étaient ralliées au franc, aucune ne perpétue plus le franc de germinal ; les deux dernières, je crois, furent le franc suisse qui lâcha sa parité en 1936, et le franc albanais qui sombra avec l'Albanie en 1938.Notre franc de France, pour sa part, a cessé le 5 août 1914 d'être convertible en or sur la base de la définition de germinal et il s'en est éloigné opiniâtrement.Je ne vais pas ici vous conter une histoire que nous avons vécue.Quelques chiffres sommaires suffiront à suivre le franc sur la pente déclive.Tout d'abord, les chiffres qui mesurent l'inflation.6 milliards de billets en 1914, 30 milliards à la fin du premier conflit, 60 lors de la stabilisation Poincaré, 100 à la vieille du second conflit, 600 à la libération, 2,600 aujourd'hui, soit, si je compte bien : 430 fois plus qu'en 1914 et 26 fois plus qu'en 1938, ou, si vous voulez, 800 fois plus qu'au plus fort du système de Law, et 60 fois plus qu'au temps des assignats.Ces chiffres vertigineux ne nous font même plus peur.Mais voici ceux de l’encaisse-or.Cette fois, je ne compte plus en francs, ce qui ne voudrait pas dire grand chose, mais en tonnes de métal fin.En 1914, 1,000 tonnes à la Banque, et près de 2,000 dans les bas de laine ; en 1932, au temps où le franc Poincaré attire tous les capitaux du monde, 5,000 tonnes dans les caves de la Banque ; en 1938, 2,000 tonnes ; en 1944, 1,300, tonnes ; aujourd'hui, 500 tonnes sans compter, bien entendu, les disponibilités en devises qui doublent au moins ce montant et les réserves du fonds de stabilisation des changes et, surtout, sans compter 2,000 ou 3,000 tonnes de réserves plus ou moins clandestines au fond des coffres privés.La Banque est relativement pauvre ; les Français le sont beaucoup moins qu'ils ne veulent bien le dire.Passons au rapport entre cet or et ces billets ; le rapport est rompu en droit entre le franc et le métal.La Banque a cessé en 1936, comme elle l'avait fait de 1914 à 1928, de rembourser les billets en or ; l'or se venge en s'appréciant.La pièce de 20 fr.valait 1,000 fr.en 1941, 7,000 fr.en janvier 1946 ; elle cote ce soir 1,850, soit à peu près 140 fois sa valeur de germinal.De cette chute du franc, échelonnée sur 40 ans, les responsabilités sont extrêmement claires ; il est trop simple d'accuser la fatalité.Les guerres, en ce domaine, nous opt moins coûté que les après-guerres.Le xxe siècle, qui n'a pas hérité de la sagesse du XIXe se complaît dans les déficits budgétaires, les déficits commerciaux, les déficits à perpétuité.Tous ces déficits, c'est le franc qui les a payés.Que représente-t-il aujourd’hui, notre pauvre franc ?À peine plus de 2 milligrammes d'or fin, exactement et officiellement 2.52.Il est devenu une monnaie infinitésimale à l'usage des balances pharmaceutiques.Le franc, c'est deux fois moins que le centime de nos arrières grand'mères ; c'est à peine un Volume XXII, n° 10 LA REVUE DESJARDINS 153 quart du penny britannique.Ses sous-multiples sont morts tour à tour.Le centime est mort, le sou est mort, et la pièce de 2 sous, et les jetons de 5 sous, et les jetons de 10 sous ; rien ne vaut plus un franc.Il en faut 15 pour acheter le journal du matin ou pour affranchir une lettre.Les comptables ne peuvent plus compter par franc ; ils arrondissent à la dizaine, à la centaine, parfois au millier.Le langage populaire arrondit lui aussi : il dit un sac, une brique, une unité.Le franc de 1955, même après trois années de consolidation, ce n'est plus que le fantôme décharné d'une monnaie.René Sédillot {Le Journal des Caisses d’épargne, France.) {La fin au prochain numéro.) Pour la Caisse scolaire LA rentrée des classes s'est faite comme tous les ans : pour certains écoliers studieux, le retour était une fête : pour d'autres, c'était le recommencement de la corvée : pour une minorité, c'était de l'indifférence, tout simplement, dans cela comme dans le reste.Après des vacances, où le repos et la distraction n'ont pas manqué, les grands et les moyens élèves doivent comprendre que le retour aux études, c'est le retour au travail : plus heureux que leurs parents qui, à part deux ou trois semaines appelées vacances, sont restés rivés à leur terrible besogne quotidienne, ils ont pu, eux, jouir d'une liberté saine sans doute, mais fatigante à la longue.Bien sûr qu'il faut, dès le début, reprendre sa tâche avec enthousiasme, afin de ne refuser aucun des moyens de formation qui vont s'offrir dans le cours de l'année.Le cœur et l'intelligence, la mémoire et le raisonnement auront leur rôle à jouer : les professeurs feront appel à toutes les facultés de l'étudiant pour en faire un homme complet : la semence tombera-t-elle en terre bien préparée ?Tout cela est bien.Mais c'est demain que l'enfant deviendra adolescent, et celui-ci adulte : Seront-ils alors désemparés devant les problèmes de notre vie économique ?Ceux qui seront pauvres, comment réagiront-ils en face de leur pauvreté ?-?- Les riches seront-ils égoïstes et durs dans leurs richesses ?Voilà ce que pense la Caisse scolaire lorsqu'elle aussi veut s'en aller en classe, et travailler, avec ses moyens à elle, à faire des hommes complets avec tous ces jeunes qui ont tant de ressources à exploiter.Garder bien en vie une Caisse scolaire demande du travail, c'est évident : là aussi, on n'a rien pour rien : aussi faudra-t-il la contribution désintéressée et charitable des autorités de l'école, le dévouement coopératif de la Caisse populaire, du gérant en particulier, l'éveil et la mise à profit dü sens social des élèves.Ce ne sera pas du temps perdu : toute leur vie, les écoliers conserveront un beau souvenir reconnaissant de ceux qui les auront aidés.Ils garderont souvenir des autres aussi.N'est-ce pas à l'enfant et à l'adolescent qui ont de l'argent qu'il faut apprendre à partager ?Il y a le nécessaire, l'utile, l'amusement, mais il y a aussi la prévoyance.La Caisse scolaire apprendra comment arriver à une honnête aisance, et de quelle façon il faut utiliser ce surplus que la Providence a confié à nos soins.Quant au pauvre, si nous ne l'avons pas aidé véritablement, il pourrait bien apprendre trop tôt comment il faut partager 1 .M.le commandeur Desjardins avait vite compris l'importance de l'épargne des sous chez les enfants.(( Le 4 octobre 1914, note-t-on dans les dates lévisiennes, au prône de l'église paroissiale, Mgr Gosselin donne le relevé de l'épargne du sou dans les diverses écoles de la paroisses pendant la dernière année scolaire.Le total s'est élevé à $2,754.54 et celui des sept années de ce régime de l'épargne du sou : $12,678.18.)> Dès 1907 donc, la Caisse scolaire, sous une forme ou une autre, existait avec la collaboration de notre fondateur.Faut-il insister davantage pour vous dire jusqu'à quel point nous voudrions que les jeunes de chez nous apprennent des gens de chez nous à déposer leur argent dans des institutions de chez nous ?Chaque jeune vivra dans une espèce de vanité égoïste et illuminée, si on ne place pas chaque jeune en face de ses reponsabilités présentes et futures.Qui veut nous aider dans ce merveilleux travail ?Qui refusera de faire appel à la classe étudiante et lui dire avec nous : Apportez-nous votre jeunesse, nous vous donnerons tout notre effort.Jos.Turmel BILLET (Suite de la page 142) Donnons donc l’exemple : c’est notre devoir autant pour la lecture sérieuse, tonifiante, que pour le reste.Donner un conseil, ça ne coûte pas cher et ça n’engage pas celui qui le donne.Mais donner l’exemple, c’est se lier, s’obliger.Peut-on vous y inviter 7 Jos.Turmel 154 LA REVUE DES JARDINS Québec, octobre 1956 Pourquoi pas ?-4- FidlU à une tradition déjà assez vieille, Mlu Alberti ne Desjardins a donné, au cours de t’assemblée générale de l’Union régionale de Québec de 1955, un travail que nous sommes heureux de publier.Nos lecteurs en retireront un bénéfice particulier, du fait qu ils prendront connaissance de quelques traits intimes de la vie de notre jondateur.— J.T.EH ! bien oui pourquoi ne pas prolonger, par une causerie tout intime », le centenaire de naissance du fondateur des Caisses populaires ?Le 9 novembre 1954, les dirigeants de la Fédération célébraient avec éclat, cet anniversaire.Plusieurs d’entre vous n’ont pas pu assister à cette journée du souvenir 1 À la soirée académique tenue en cette salle, j’ai évoqué, oh très brièvement, la personnalité intime de mon père.J’ai cru vous intéresser en vous parlant aujourd'hui, d’une qualité dominante chez lui ; celle de (( l'œuvre bien faite ».Ce fût, à mon sens, le principal facteur du magnifique succès de son œuvre.Si loin que remontent mes souvenirs, je puis vous assurer que papa n’a jamais rien fait à moitié.Quelle que fut la tâche qu’il avait à fournir il s’y donnait tout entier comme s’il n’avait eu que celle-là à exécuter.Je parle en connaissance de cause.Je lui ai servi de clavigraphiste pendant cinq sessions à Ottawa et quatre années à la maison.Il exigeait que nous fassions notre travail le plus parfaitement possible.Quand on est jeune, on est porté à taxer de minutie et d’exagération ce souci de l’œuvre bien faite.Parfois, je l’avoue que ses observations m’agaçaient 1 Ecoute, ma fille, disait-il, si tu veux travailler, fais ton travail de ton mieux ou ne le fais pas du tout.Il ajoutait : « Tout ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait.» Comme vous le constatez, il profitait de l'occasion pour nous éduquer en ce sens.J’ajouterai que, du côté de maman, nous n’avions aucun recours.Elle aussi était très exigeante pour la qualité du travail dans les soins du ménage.J’ai vieilli depuis, et, plus d’une fois, j’ai réalisé combien tous deux ont eu raison de nous avoir donné une telle formation.Tout dernièrement, je causais avec un chef de bureau.Il déplorait chez un trop grand nombre de ses employés le peu de zèle à leur travail, le désir trop visible d’en finir au plus tôt, les yeux tournés bien plus vers l'horloge libératrice que sur le labeur leur assurant le pain quotidien.Grâce à Dieu, nombreux encore sont ceux qui aiment leur emploi et le remplissent consciencieusement.Ceux-là comprennent que le travail est une loi divine en même temps qu’un besoin naturel, c’est ainsi que l’entendait mon père.Chaque matin, il organisait sa journée.Rien n’était laissé au hasard.Ses heures de correspondance l'avant-midi à la maison, après quoi il se rendait au bureau de la Caisse, de même que l’après-midi.Le soir, il allait prendre sa marche, le plus souvent sur l’avenue Mont-Marie, veillait avec nous jusque vers les dix heures, puis s'enfermait dans son bureau pour écrire (à la main) jusqu’à une heure très avancée de la nuit.Ceux qui ont vu les documents trouvés après sa mort dans son pupitre ne peuvent douter de la méthode, de la clarté et du soin qu’il apportait à tout ce qu’il faisait.Savez-vous que toute sa correspondance était soigneusement étiquetée ?Que des centaines et des centaines de feuilles couvertes de sa fine écriture pourraient former de nombreux volumes ?H y traitait à peu près tous les problèmes intéressant la coopération.Evidemment, nous ne sommes pas tous appelés à créer des œuvres d’envergure, mais tous, tant que nous sommes, avons notre tâche à accomplir ici-bas.Notre devoir tant individuel que social est de la remplir intégralement, d’y mettre le meilleur de nous-même parce que nos actes nous suivent.En outre, nous vivons en société et solidaires les uns des autres.Si nous ne donnons pas notre pleine mesure, il y aura certainement lacune quelque part et d’autres souffriront de notre négligence.Mon père a étudié dans l’ombre pendant dix ans avant de jeter les bases de la première Caisse populaire.C'est long, n’est-ce pas, dix ans d’étude ?Ça peut paraître paradoxal de dire que ce fut la préparation immédiate de son œuvre et pourtant, c’est vrai.La préparation éloignée, je la vois justement dans le soin apporté à bien faire chaque chose.Dirai-je que même sa mort a été l’objet d’une longue préparation ; je vais vous le prouver.J'ai découvert, ces jours derniers un tout petit calepin et voici ce qu’ily avait écrit.« Dimanche le 13 août 1915.Je me remets sous les soins de mon médecin ordinaire, le Dr J.-E.Ladrière.Il déclare ma maladie incurable et ajoute en termes formels que voici : Je suis mortellement atteint, donc inguérissable au point de vue humain.Alors, je me tourne vers le Sacré-Cœur de Jésus, et, par l’intercession de la Sœur Thérèse de l’En-fant-Jésus et de la Sainte Face du Carmel de Lisieux, France, j’implore, avec une grande confiance, ma complète et parfaite guérison et mon prompt retour à la santé dont je jouissais autrefois afin de continuer mon œuvre si Dieu le veut.» Et plus bas : «Le 16 août 1916, mon poids était de 183 livres ayant perdu 12 livres, depuis juillet 1916.» C’est dire que durant quatre ans il a eu la vision de sa mort survenue en 1920.Vous figurez-vous sa souffrance morale ?Cependant l’œuvre si cher à son cœur l’a soutenu et lui a donné le courage de se dépenser pour elle jusqu’à la fin, malgré sa faiblesse physique.D’où lui venait cette Volume XXII, n° 10 LA REVUE DES JARDINS 155 énergie, cette force morale quasi surhumaine ?Sans aucun doute, dans la prière.Cependant, Dieu se sert souvent de causes secondes pour réaliser ses desseins.Pour ce grand malade qu’était alors mon père, la cause seconde, ce fut la volonté opiniâtre d’assurer la survie des Caisses populaires.Permettez-moi de soumettre à vos réflexions quelques pensées qui m’ont vivement impressionnée parce qu’elles peignent sur le vif non seulement toute la vie de mon père mais aussi la vôtre puisque c’est précisément à cause de lui que vous êtes ici.Je cite (( Ce n’est pas beaucoup voir qu’il faut pour savoir ; c’est beaucoup regarder et beaucoup réfléchir.Voyez donc quels sont les plus doctes et les plus influents des hommes.Pas ceux qui se repaissent de nouvelles et qui auscultent tous les bruits de leur temps.Mais ceux de la même « idée » avec laquelle ils conversent toujours et qu’ils poursuivent avec âpreté ; dont ils imprègnent et comme pétrissent leur âme.Voilà les puissants et les forts ; les hommes de la vie intérieure et qui font rejaillir la fécondité de cette vie autour d’eux pour le bonheur d’autrui.)) En parlant de bonheur, il me vient à l’esprit une observation que me faisait tout récemment un monsieur que je qualifierais volontiers de sociologue.Voici : (( notre siècle de progrès apporte au monde beaucoup de bien-être, de jouissance, de plaisir de toutes sortes ; de bonheur, assez peu.)) En y réfléchissant bien, comme c’est vrai.
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