Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1 janvier 1975, Vol. 41, no 1
1 1S75 LA REVUE ¦¦¦ 1K T* I if.m * S.-_i k.V «làêSr^f' T 'l MMi! - «ri :-':rr-%v . r f SOMMAIRE Le Mouvement des Caisses populaires Desjardins: une continuité se renouvelant.(Pierre Brousseau) xY'.Vi* il Le 75e anniversaire Desjardins.Le prix annuel Desjardins.Une vue prospective du M.C.P.D.— Roland Parenteau.Le Québec économique d'il y a cent ans Les caisses populaires existent depuis 75 ans ! — Paul-Émile Charron.Ramassez les miettes — Philibert Grondin.Communiquer grâce à la radio, au cinéma et à la télévision — Michel Beauchamp.VOLUME 41 N° 1 1975 LA REVUE DESJARDINS est l'organe officiel de La Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins, 150, avenue des Commandeurs, Lévis, Québec, Canada.Ce numéro est tiré à 21,000 exemplaires.Il est imprimé aux ateliers Charrier & Dugal (1965) Limitée.Le prix de l'abonnement annuel est de $3.50.Affranchissement numéraire au tarif de la troisième classe, permis n° 110.Port payé à Québec.ISSN 0035-2284 DIRECTION /COMMUNICATIONS INTERNES: MADELEINE JOUBERT CHEF DE LA DIVISION / INFORMATION : CLAUDE MOQUIN RESPONSABLE DE LA RÉDACTION: MICHEL BEAUCHAMP COLLABORATION / RÉDACTION : DENISE BOUTIN-GRÉGOIRE MAQUETTISTE: PIERRE BROUSSEAU DROITS ET RESPONSABILITÉS Il n'existe aucun droit de reproduction ou de traduction pour les articles de cette Revue.Par ailleurs, les éditeurs vous seraient reconnaissants de bien vouloir identifier la source quand vous prendrez la liberté de nous reproduire.Les opinions émises dans les articles publiés pour La Revue Desjardins n'engagent que la responsabilité de leur auteur.DÉPÔTS LÉGAUX: Bibliothèque nationale du Québec, Montréal.Bibliothèque nationale du Canada, Ottawa.Ont réalisé ou animé 29 Popularité de « Joindre les deux bouts », « Droit de cité » et « Vivre ».Jean-Paul Lefebre: l'animateur.— Entrevue avec Jean-Paul Lefebre.Oser communiquer ! — Michel Beauchamp.34 Alphée Hallé, 50 ans au service d'une caisse populaire.Où trouver les sources de l'histoire du Mouvement coopératif Desjardins?— Louise Tremblay.2 c\ I'D / Le 75e anniversaire Desjardins WÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊBBÊ^^^M ^ zas} .JjïtitîLZi»:.* I BraH@96a!.QUELQUES ASPFPTS DU PROGRAMME Le Mouvement des Caisses populaires Desjardins célèbre cette année son 75e Anniversaire de fondation.Pour marquer cet événement, le Conseil d'administration de la Fédération a confié à un Comité ad-hoc le soin d'élaborer un programme propre à sensibiliser toutes les instances du M.C.P.D.à cet important anniversaire et à stimuler l'intérêt des dirigeants, des membres et du personnel.Font partie de ce Comité outre le président, M.P.-E.Charron, M.Léon Bérubé, M.Léon-G.Cantin, M.R.Tremblay et Mlle M.Joubert.M.Yvan Forest agit à titre de secrétaire et de coordonnateur des activités.En janvier, lors d'une conférence de presse, monsieur Alfred Rouleau présentait les grandes lignes d'un programme qui cherche non seulement à mettre en relief les valeurs historiques et fondamentales de la grande famille Desjardins, mais s'interroge également sur son devenir dans une société en changement et fort différente de celle des années 1900.Diverses activités se dérouleront au cours de l'année.Pour le moment nous en retiendrons quelques-unes quitte à compléter l'information dans nos prochaines communications.Le projet majeur, le « plat de résistance » sera sans nul doute le Colloque international sur «les Coopératives d'épargne et de crédit et leur avenir», colloque qui se tiendra à la Place des Arts, Montréal, au début de l'automne.L'objectif général de cette rencontre est de permettre à des universitaires et praticiens de la coopération de cinq continents de réfléchir et d'échanger sur la façon dont ils voient le rôle des institutions coopératives et mutualistes d'épargne et de crédit, dans un environnement qui a peu de choses en commun avec celui qui les a vues naître.Le défi est d'autant plus de taille que les responsables de ce Colloque ont la ferme intention de tout mettre en œuvre pour favoriser la participation et la rétroaction rapide des penseurs, dirigeants, praticiens du Québec ayant les mêmes centres d'intérêts.Déjà des invités de choix nous ont assuré de leur présence et le dialogue promet d'être fort enrichissant.Nous pouvons, en outre, compter sur la réalisation d'émissions spéciales à la radio et à la télévision, dans le cadre de cet événement.D'ailleurs, les media d'information seront largement mis à contribution au cours de 1975.Nous songeons à exploiter divers thèmes qui ont fait l'objet de mini-publications, avec, bien sûr, la collaboration de ceux et celles qui, année après année, ont vécu et bâti le Mouvement.Rappelons aussi que le gouvernement fédéral a annoncé pour le mois de mai, l'émission d'un timbre poste à l'effigie d'Alphonse Desjardins.Ce geste est de nature à faire connaître davantage le fondateur des Coopératives d'épargne et de crédit en Amérique du Nord.Du côté des publications de la Fédération, vous avez déjà en main le présent numéro de La Revue Desjardins qui témoigne du passé et se tourne vers demain.En avril, nous lancerons un livre de format populaire sur Alphonse Desjardins, sa vie, son œuvre.L'auteur de cet ouvrage est M.Yves Roby.Tiré à des milliers d'exemplaires, ce livre de poche sera vraisemblablement traduit en plusieurs langues.Un livre de contes au contenu axé sur les bases économiques de l'épargne populaire sera offert aux jeunes dès septembre prochain.POP et L'ÉPARGNE POPULAIRE présenté avec humour, largement illustré se veut à la fois attrayant, éducatif et bien de chez-nous.Mme Suzanne Rocher en est l'auteur.Nul doute que ces publications recevront un accueil favorable.À chaque mois, une activité particulière devra souligner au niveau provincial le 75e Anniversaire Desjardins, sans compter les initiatives qui seront prises par les caisses populaires, les unions régionales et les institutions du M.C.P.D.Déjà la Caisse populaire de Lévis est à réaliser un programme d'activités qui fait appel aux ressources du milieu.Le 75e est bien engagé.Avec la collaboration de tous, ce sera un succès! 3 Le prix annuel Desjardins Le Mouvement des Caisses populaires Desjardins engagé depuis le début du siècle dans le développement socio-économique des Québécois veut souligner le 75e Anniversaire Desjardins par un geste significatif: la création d un prix annuel Desjardins.Lors des assemblées générales annuelles du Mouvement des Caisses populaires Desjardins, le président du Mouvement proclamera le gagnant de ce prix de l'ordre d'au moins $5,000.Soucieux d'apporter son appui aux Québécois d'expression française qui partagent des objectifs semblables, mais dont les ressources financières sont limitées, le MCPD décernera ce prix annuel à un groupe ou organisme privé, sans but lucratif, pour la réalisation d'un projet à caractère communautaire.Afin de garantir l'objectivité indispensable dans le processus de sélection, les candidats et les projets qu'ils soumettront devront répondre à un ensemble de normes et critères pré-établis.Cinq persones désignées à l'avance selon certaines modalité feront office de jury pour l'évaluation et le choix des projets.Les normes et critères d'admissibilité au PRIX DESJARDINS Les normes et critères d'admissibilité devront s'appliquer aux groupes et organismes requérants de même qu'aux projets pour la réalisation desquels on souhaite recevoir une aide financière.POURRONT AINSI ÊTRE ÉLIGIBLES AU PRIX DESJARDINS • LES GROUPES OU ORGANISMES: 1.privés, sans but lucratif, constitués et opérant depuis au moins trois ans, ayant un statut juridique reconnu ou encore fonctionnant selon les règles reconnues de la démocratie; 2.normalement agréés par la communauté régionale ou locale dans laquelle ils œuvrent; 3.ayant déjà à leur actif la réalisation d'au moins un projet ou programme, et cela à la satisfaction des personnes concernées par les activités reliées au projet ou programme; 4.dont les activités s'exercent dans : les services communautaires (santé, habitation, garderies, environnement.etc.) ; le secteur coopératif (artisanat, alimentation, agriculture, pêcheries, consommation, petite industrie, épargne et crédit .etc.) ; la culture populaire (formation de leaders, connaissance du milieu, apprentissage, information .etc.) 5.qui n'émargent pas aux dons ou subventions du MCPD durant l'année où le PRIX DESJARDINS est accordé.• LES PROJETS OU PROGRAMMES: 1.susceptibles d'apporter des éléments de solution à un ou des problèmes plutôt que d'en diagnostiquer les causes, i.e.des projets ou programmes tournés vers l'action ; 2.où les bénéficiaires apportent eux-mêmes une contribution à la mesure de leurs moyens soit sous forme de travail, de financement ou, encore, d'une autre façon ; 3.qui impliquent et/ou stimulent la participation active de la communauté régionale ou locale concernée ; 4.qui, compte tenu du support moral et financier apporté, pourront normalement se poursuivre au terme de cette assistance du MCPD; 5.susceptibles de servir d'inspiration ou de modèles à des groupes ou organismes dans d'autres communautés régionales ou locales, en raison de leur caractère novateur ou encore de l'intérêt particulier qu'ils présentent; 6.ayant, de préférence, une incidence marquante sur le développement socio-économique de la région ou de la localité qu'ils concernent.Le jury d'évaluation et de sélection des projets Le Conseil d'administration de la Fédération des Caisses populaires Desjardins désignera cinq (5) personnes qui feront office de jury dans I évaluation et la sélection des projets ou programmes auxquels seront attribués annuellement le PRIX DESJARDINS.Ce jury sera composé de personnes reconnues pour leur intérêt envers les initiatives de développement communautaire, leur connaissance des groupes et organismes du milieu et leur sympathie pour les activités privilégiées par les divers projets aptes à répondre aux critères établies.En aucun cas les membres du jury ne devront être reliés d'une façon ou d'une autre aux projets soumis à leur discrétion.Trois (3) de ces membres seront désignés parmi les dirigeants et/ou les cadres de la Fédération, des unions régionales ou des institutions du MCPD; Deux (2) seront choisis à l'extérieur du MCPD selon les critères précités.Afin d'assurer une certaine continuité dans le processus d'évaluation et de sélection des projets ou programmes, les membres du jury seront nommés pour quatre (4) ans, trois (3) ou deux (2) ans selon des modalités précisées à l'avance.Les membres du jury, soumis à une stricte confidentialité, devront se réunir au moins tous les trois (3) mois.La marche à suivre pour soumettre un projet ou programme en vue de l'obtention du PRIX DESJARDINS Quiconque désire soumettre sa candidature au PRIX DESJARDINS doit faire parvenir au président du jury, avant le 31 décembre de chaque année : — le nom et l'adresse du groupe ou organisme candidat ainsi que les nom et titres de son responsable ; — des indications concernant le type d'organisme ou groupe, ses buts, son statut légal et son numéro d'enregistrement au Ministère du revenu national (s'il y a lieu), sa date de fondation, son champ d'activités, ses principales réalisations des dernières années (nature, objectifs, résultats) ; — le nom, l'adresse et le titre (s'il y a lieu) du responsable du projet ou programme soumis au jury; — le titre du projet, ses objectifs, le nombre de personnes impliquées et une description sommaire de la façon dont on entend le réaliser: étapes à prévoir, modalités de fonctionnement, implications pour le milieu .etc.— le budget total y compris le montant assumé par le candidat (groupe ou oragnisme), celui versé par le PRIX DESJARDINS et toute autre somme due à une collaboration extérieure; la répartition de ce budget dans les différents postes; — les dates limites i.e.celles du commencement et de la fin du projet.rt De l'imagination, naissent les projets collectifs . Une vue prospective du Mouvement des Caisses populaires Desjardins Roland Parenteau * _________________; ¦ ¦¦¦ S IM — M'étant endormi l'autre jour, après avoir consacré une partie de la soirée à relire le compte-rendu du 12e congrès généra! des Caisses populaires Desjardins, voilà que m'apparait en rêve une foule encore plus considérable que celle de 1973.Cette foule, où l'on retrouvait évidemment beaucoup de figures connues mais un nombre encore plus grand de nouveaux venus, et particulièrement des jeunes, participait au congrès de 1980, qui marquait la fin d'une période quinquennale de développement, amorcée en 1975.L'allocution d'ouverture de ce congrès, préparatoire au lancement d'un nouveau plan quinquennal, présentait en un raccourci saisissant les innovations introduites ou du moins propagées dans le mouvement entre 1975 et 1980, en réponse au « défi coopératif)).Voici, rapportés le plus fidèlement possible, les mots du président du M.C.P.D.: Les cinq dernières années ont marqué un progrès notable, pour ne pas dire sensationnel, dans le développement du M.C.P.D.A la suite du Congrès de 1973, qui s'intitulait «le défi coopératif », beaucoup de sociétaires sont retournés chez eux en ruminant beaucoup des idées, parfois classiques parfois saugrenues, qui avaient été émises.De cette vaste cogitation, qui s'est propagée à travers tout le Québec, sont sorties une foule d'initiatives qui ont fait leur chemin d'une caisse à l'autre, d'une région à l'autre, de sorte qu'on peut dire sans exagérer que le Mouvement a trouvé au cours de ces années une nouvelle jeunesse.Cela lui a permis non seulement de consolider ce qu'il avait si bien entrepris dans le passé, mais de s'aventurer dans des sentiers nouveaux.Alors qu'il y a une dizaine d'années, on pouvait encore dire que les caisses populaires, malgré leur développement phénoménal, vivaient quelque peu en marge de l'économie québécoise, elle-même fortement intégrée à l'économie nord-américaine, on peut désormais affirmer que le M.C.P.D.a pris l'initiative et qu'il exerce maintenant un leadership non seulement dans les domaines qui ont fait traditionnellement sa force, mais dans des domaines nouveaux, tel le développement économique.C'est ainsi qu'il a compris sa mission d'identification avec l'ensemble de la population québécoise, considérée à la fois sous l'angle de ses intérêts de consommateur et sous celui de ses intérêts de producteur.Permettez-moi dans les quelques minutes qui vont suivre de vous rappeler brièvement nos réalisations communes des cinq dernières années, sujet que je développerai en quatre points: a) la situation présente des caisses du point de vue de leur organisation et de leur importance dans le milieu ; b) les innovations introduites en matière de services financiers aux membres; c) l'amélioration sur le plan de la collaboration avec les autres secteurs du mouvement coopératif ; d) la participation au développement économique.A — La situation présente des caisses Je n'insisterai pas sur les données statistiques.Vous les connaissez aussi bien que moi.Si le nombre de caisses n'a pas augmenté au cours de ces années, — il a même diminué quelque peu —, en revanche chacune est devenue beaucoup plus importante et en même temps plus solide.De même, le nombre de sociétaires s'est accru de façon sensible.On remarque simultanément une modification des caractéristiques des sociétaires.Alors qu'autrefois ceux-ci se recrutaient surtout dans les milieux populaires à bas revenus, désormais les Caisses atteignent davantage les classes moyennes, ou même bourgeoises, qui auparavant se piquaient de faire affaire uniquement avec les banques, de préférence anglo-saxonnes.On peut dire que le mouvement présente vraiment l'image du milieu canadien-français, puisqu'il atteint toutes les classes de la population.Autre fait à remarquer: le rapprochement du syndicalisme ouvrier.Alors que, pendant de nombreuses années, on peut dire que de larges factions du mouvement syndical boudaient à toutes fins pratiques les caisses populaires, un changement notable s'est produit depuis quelque temps.Il semble que le mouvement ouvrier — je parle bien entendu des cadres, puisque les ouvriers eux-mêmes en tant que sociétaires ne nous ont jamais fait défaut — a fini par comprendre qu'une similitude fondamentale existe entre les fins poursuivies par les deux mouvements, et que la protection des classes laborieuses doit s'appuyer sur une coopération plus large.Peut-être ce rapprochement est-il attribuable aux désillusions que le mouvement ouvrier a éprouvées dans ses relations avec l'État.Parmi les initiatives heureuses des derniers cinq ans, mentionnons le regroupement de toutes les forces coopératives du secteur financier sous la même bannière.Vous savez tous en effet que la Fédération de Montréal des Caisses Desjardins a réintégré le bercail après de longues années d'absence et que la Fédération des Caisses d'Éco-nomie a décidé de s'intégrer purement et simplement.Le principal avantage d'un tel regroupement n'a pas été vraiment l'augmentation du nombre de sociétaires et de l'actif, puisque le M.C.P.D.représentait déjà 80% du secteur, mais l'occasion d'un examen de conscience.Le regroupement a permis en effet à notre mouvement de constater que, si d'autres organismes coopératifs s'étaient développés en dehors de lui, c'est que, par suite d'une attitude trop restrictive, nous avions négligé des formules de coopération qui, pour être différentes des nôtres, n'en répondaient pas moins à des besoins spécifiques de certains groupes de sociétaires.En résumé, on peut affirmer que l'image des caisses populaires s'est grandement améliorée dans le milieu, qu'elle s'est modernisée pourrait-on dire, de sorte qu'on ne peut plus désormais assimiler les caisses à des organismes de qualité médiocre tout juste bons pour des citoyens de seconde zone.Plusieurs facteurs ont contribué à améliorer cette image : a) le fait que physiquement, les Caisses se présentent maintenant avec des locaux bien aménagés et de bon goût, sans être exagérément luxueux, ces locaux étant d'ailleurs situés dans des rues passantes et donc facilement accessibles. b) l'amélioration des qualifications du personnel, qui peut se comparer désormais avec ce que les autres institutions financières peuvent offrir.Il faut mentionner, à cet égard, que, si pendant de nombreuses années les Caisses ont pu compter sur le dévouement et le désintéressement de nombreuses personnes qui malheureusement ne se montraient pas toujours à la hauteur de la situation, cette situation est désormais chose du passé, grâce aux programmes d'entraînement rigoureux et intensifs que nous avons offerts au personnel.c) l'introduction massive dans le Mouvement Desjardins de diplômés d'université, particulièrement en administration, en finances, en informatique et en économie, mais aussi des psychologues, des sociologues, des ingénieurs, des juristes, etc.De ce point de vue, les caisses populaires ne font que suivre le mouvement général qui tend vers des exigences de plus en plus élevées.d) l'utilisation de techniques modernes, comme l'informatique, qui ont permis d'améliorer sensiblement la qualité de nos services tout en réduisant le coût.Je tiens à souligner toutefois que nous veillons à ce que l'apparition des techniques modernes ne se fasse pas au détriment des relations personnelles entre les employés et les sociétaires, ce qui a toujours fait la force des caisse populaires.B — Les innovations en matière de services aux membres Poursuivant un mouvement lancé il y a déjà quelques années, les caisses populaires ont élargi considérablement les services fournis à leurs membres, dans un esprit de diversification, au point que maintenant, dans plusieurs caisses, le sociétaire trouve une gamme très étendue de services reliés à ses besoins économiques, et non seulement des services financiers.Ces derniers sont déjà plus étendus qu'auparavant, et s'expriment par la présence dans un même local de comptoirs représentant les diverses entreprises de groupe: fiducie, assurances, successions, placements sous diverses forme, immeubles, etc.Bien plus, en vue de servir davantage les membres, beaucoup de caisses ont modifié leurs heures d'ouverture pour les faire correspondre davantage aux heures où la plupart des travailleurs sont disponibles.C'est ainsi qu'on ouvre maintenant le samedi et certains soirs, ce qui permet aux sociétaires de faire affaire avec leur caisse en même temps qu'ils font leur « magasinage ».Mais l'initiative dont nous sommes avec raison le plus fies, c'est le service de conseils aux consommateurs qui a été inauguré il y a à peine cinq ans et qui s'est répandu comme une traînée de poudre dans beaucoup de caisses.Ces services, complètement indépendants des services de ventes, ne sont pas destinés à faire mousser les affaires, même du mouvement coopératif.Ils fournissent, grâce à des experts bien entraînés, les renseignements les plus judicieux à l'acheteur, quels que soient ses besoins.Il peut s'agir de conseils sur les meilleurs objets à acheter, compte tenu des qualités, des prix et des ressources propres de l'acheteur: un tel veut renouveler sa voiture, tel autre son ameublement de salon, tel autre veut s'acheter une caméra ou faire un voyage au Mexique.Dans tous les cas, le service en question possède une documentation abondante, issue des meilleures sources publiques et privées, qui lui permet de mettre en garde l'acheteur contre la fausse représentation, de lui conseiller s'il doit rester à loyer ou s'acheter une maison, de lui indiquer quel montant et quel type d'assurance acheter, quel type de placement faire, etc.Ces services ont été créés à une époque où l'opinion publique était de plus en plus sensible à la confusion créée dans l'esprit du consommateur moyen, par la pression constante de moyens publicitaires, eux-mêmes soutenus par un système de crédit à la consommation susceptible d'amener le consommateur sans qu'il s'en rende compte, à dépenser largement plus que ses moyens ne lui permettent.On peut, dorénavant, affirmer que les services de conseils aux consommateurs ont fait plus pour augmenter la rationalité des décisions des acheteurs (qui se prévalent régulièrement de ces conseils) et pour les maintenir solvables, que toute initiative antérieure.Et c'est ainsi qu'après 80 ans d'existence le mouvement des caisses populaires a l'impression d'atteindre vraiment les objectifs que s'était fixés le commandeur Desjardins, quand il fonda la première caisse pour aider jais 74 .5 - * * AS >1 | - • f-' W*lslrx .KMria- i î i i i irtins» ttM/O .«« nm»€T * DU 4 AU 14 JUILLET ' C'csl le beau lempa à Ouebec à Ouebec FESnVAbgKjC Nou Noun awns sau\»mivu SMf irJ 11 J / 7^ 7f \ -V-* ¦ .faite, en évitant le gigantisme de certains centres de type capitaliste.Les centres d'achats coopératifs en effet restent à l'échelle humaine, étant des lieux de rencontre fréquentés par des gens qui font partie de la même grande famille.On n'y sent pas l'énorme pression publicitaire et le caractère impersonnel qui sont parmi les caractéristiques des centres d'achats traditionnels.Depuis que de tels centres d'achats se sont constitués, on a constaté un regain d'intérêt des membres pour leur caisse populaire.Un plus grand nombre d'entre eux assistent désormais aux assemblées générales et participent aux divers comités.Ils n'ont plus l'impression comme autrefois que les affaires transigées avec leur caisse sont une simple alternative aux mêmes opérations transigées avec une banque.Ils sont convaincus qu'on a enfin bouclé la boucle et qu'on peut parler d'un secteur coopératif intégré.D — Développement économique Je voudrais maintenant mentionner une autre orientation importante que le M.C.P.D.a prise au cours des derniers cinq ans, à savoir l'aide au développement économique.Il faut se rappeler qu'au début de la période, la SID (Société d'investissement Desjardins) venait d'être créée et quelle cherchait sa voie.Justement alarmé par l'évolution de l'économie québécoise, de plus en plus soumise aux intérêts étrangers, le M.C.P.D.s'était en fait créé un instrument de développement mais ne savait pas trop comment s'en servir.On sentait que le mouvement coopératif ne pouvait rester cantonné dans l'aide apportée aux individus considérés comme consommateurs (sociétaires de caisses populaires ou de coopératives de consommation) mais qu'il devait venir en aide aux mêmes individus cette fois considérés en tant que producteurs.Vous vous rappelez en effet des conditions économiques de l'époque.On se rendait compte qu'une part de plus en plus considérable de l'économie du Québec était dominée par des entreprises multinationales, dont les intérêts ne pouvaient toujours se concilier avec ceux de la population.Qu'on se rappelle le fameux conflit de la United Aircraft, la vente de la compagnie Price à une firme ontarienne, le passage d'une partie importante d'une industrie typiquement québécoise, celle de la moto-neige, sous contrôle américain, les aléas de l'industrie de raffinage du pétrole manipulée au gré des intérêts des grandes multinationales.Tous ces phénomènes par leur diversité et leur ampleur avaient fini par créer une certaine inquiétude dans la population, qui se rendait compte que la maîtrise de son développement économique lui échappait.il L'État avait fini par intervenir, à défaut d'une reprise en mains de l'industrie québécoise par des industriels québécois anglophones ou francophones.Ceux-ci, en effet, on le sait, sont de moins en moins nombreux et manquent totalement de dynamisme.Toutefois, les aventures de l'État dans le domaine industriel n'ont pas toujours été couronnées de succès, vous le savez.Pensons à la fermeture de Soma il y a quelques années, aux difficultés de Sogefor et plus généralement de la S.G.F.Il ne s'agit pas ici de porter un jugement sur ces expériences et sur les aptitudes à l'État à devenir industriel.Mais la réalité brutale est là avec ses désillusions, et il est facile de comprendre pourquoi le M.C.P.D.a décidé alors de porter un grand coup.Par ailleurs, se réclamant d'une prudente sagesse qui l'avait bien servi dans le passé, il ne voulait pas se risquer dans n'importe quelle aventure.En particulier, il n'était pas prêt à faire porter tout son effort sur la prise de contrôle des nombreuses entreprises plus ou moins «flageolantes» qui s'offraient à lui pour une bouchée de pain.Il souhaitait en d'autres termes exercer un impact décisif sur le développement économique en s'intéressant aux secteurs de croissance et non pas se contenter de rescaper des entreprises en difficultés ou même de se substituer aux propriétaires d'entreprises prospères, mais à avenir limité.Son instrument privilégié de développement, la SID avait en particulier compris qu'on ne s'improvise pas industriel du jour au lendemain, que c'est une illusion de penser qu'on a tout réglé les problèmes d'une industrie en lui fournissant les fonds en abondance.Voilà pourquoi la SID dès le début de ses opérations s'est mise à la recherche d'administrateurs compétents, objectif qu'elle a réussi à atteindre grâce au choix que lui offrait la sortie de plus en plus abondante de diplômés canadiens-français de nos universités et aussi l'apport technique irremplaçable de spécialistes étrangers, particulièrement américains.On a à cet égard, en effet, assisté depuis cinq ans à un curieux phénomène.Alors qu'aupara-vant la tendance se manifestait dans le sens d'une prise de contrôle des industries québécoises par des intérêts américains, qui continuaient d'utiliser les effectifs administratifs et techniques autochtones, depuis quelques années l'inverse 12 se produit.Grâce à l'intervention stimulante de l'État et aux capitaux du M.C.P.D., nous avons repris le contrôle d'une partie de notre industrie, mais nous avons dû faire appel à la compétence et surtout à l'expérience de nos voisins américains, incomparablement plus nombreux que nous à pouvoir assumer des postes de cadres dans l'industrie.Cette évolution a été facilitée par le fait que d'une part, il existe un surplus de spécialistes américains, qui préfèrent travailler au ûuébec plutôt que dans certains pays en voie de développement et, d'autre part, par le fait que même si un nombre croissant d'ingénieurs et d'administrateurs sortent de nos universités, la plupart sont en début de carrière et ne possèdent donc pas encore l'expérience désirable.Cette situation, toutefois, va se corriger d'elle-même avec les années.On prévoit que le management de nos industries deviendra surtout québécois d'ici dix ans.Nous aurons alors profité au maximum du « knowhow » américain qui, il faut bien le reconnaître, demeure encore le meilleur au monde.Si l'on me permet de caractériser la situation actuelle en une phrase, l'intervention du M.C.P.D.dans le développement économique permet de passer d'un stade où la propriété et l'animation technique des entreprises sont surtout québécoises à un stade où la propriété reste québécoise, par le truchement des caisses populaires, mais l'animation technique est confiée largement à des étrangers salariés.Une telle solution permet de garder le contrôle de nos entreprises chez nous, mais pas au détriment d'une perte d'efficacité et d'une désuétude trop vite installée dans les méthodes et les comportements.Mais il ne suffirait pas d'identifier le besoin et de justifier la participation du M.C.P.D.au développement industriel.Encore fallait-il déterminer le «comment».Et d'abord délimiter de façon plus précise les secteurs d'intervention.Plutôt que de nous lancer dans toutes les directions à la fois, comme le font les sociétés de portefeuille qui veulent diversifier leurs placements, nous avons préféré nous concentrer dans certains types d'activités, quitte plus tard à élargir nos interventions à d'autres secteurs.Nos priorités étaient, d'une part, de conserver au Québec une certaine maîtrise de son expansion par le développement de secteurs-clés, soit dans l'exploitation des richesses naturelles ou dans le domaine des industries de biens de consommation et, d'autre part, de fournir encouragement et aide au dynamisme local.a) Sur ce dernier point, je rappelle ce que j'ai dit précédemment de l'aide apportée au financement des coopératives de production.Celle-ci-étant situées en général dans les régions éloignées, ne reçoivent pas leur juste part des investissements industriels.Dans le cas de ces opérations qui concernent très souvent des entreprises régionales de moyenne dimension, l'objectif est de fournir non seulement le capital mais les ressources en management.D'ailleurs, l'aide du M.C.P.D.n'est pas uniquement disponible aux coopératives de production, mais aussi aux industriels locaux.On sait que beaucoup d'individus un peu partout, possédant l'esprit d'innovation et d'entreprise, éprouvent des difficultés à trouver des bailleurs de fonds.Les grandes institutions financières, en effet, sont situées dans les grands centres et s'intéressent assez peu au développement des régions.Ce n'est pas le cas des caisses populaires, dont l'organisation très décentralisée en fait le cadre idéal pour une certaine décentralisation industrielle.Dans tous ces cas évidemment, les caisses populaires ne s'embarquent pas dans n'importe quelle aventure.Il existe des critères de choix très rigoureux, parmi lesquels intervient évidemment la rentabilité de l'entreprise, mais aussi certains critères sociaux.Dans presque tous les cas, l'intervention de la S.I.D.quand elle s'avère nécessaire, s'accompagne d'un effort déployé par les organismes coopératifs régionaux.b) Le deuxième secteur où le M.C.P.D.est entré, est celui de la transformation des matières premières des domaines forestier ou minier.On sait que, sous prétexte qu'une bonne partie de la production de ces industries prend le chemin de l'étranger, s'était développée graduellement l'idée que les entreprises étrangères devaient y conserver le leadership.Or, comme on le sait, beaucoup de ces industries ne sont pas intéressées à transformer ici leurs produits, ce qui prive notre économie de nombreux emplois.Depuis notre intervention et grâce, il faut le dire, à un vigoureux appui gouvernemental, par l'entremise en particulier de Soquem et de Rexfor, cette situation est en train de changer.C'est ainsi que nous avons été amenés à devenir partenaires, via la SID, d'entreprises qui transforment le cuivre, le fer, l'amiante et évidemment le bois.Il est encore trop tôt pour se prononcer sur l'impact à venir mais on peut d'ores et déjà dire que l'objectif est d'arriver à la transformation complète de ces matières premières.Il faut mentionner à cet égard que les ventes sont beaucoup moins dépendantes qu'autrefois d'un seul marché, celui des États-Unis,mais sont réparties dans beaucoup de pays d'Europe et de pays en voie de développement.Et cela, sans compter la part croissante qu'absorbe le marché national.13 c) Enfin un dernier secteur d'intervention est celui de produits surtout destinés à la consommation nationale.Ici non plus nous n'avons pas voulu éparpiller nos efforts dans tous les secteurs, mais concentrer nos interventions sur l'industrie agroalimentaire, l'industrie du meuble, l'industrie des véhicules (autobus, camions, tracteurs et moto-neiges) et celle des communications (presse et radio-télédiffusion).Il est évident qu'en cinq ans, nous n'avons pas réussi à renverser totalement la tendance à l'aliénation progressive de notre industrie, mais nous en avons au moins stoppé le déclin.Aussi constate-t-on que l'intervention des caisses populaires dans le développement industriel, à titre très souvent d'actionnaire minoritaire, a eu valeur d'exemple et a stimulé l'intérêt des épargnants en les incitant à souscrire eux-mêmes au capital des entreprises dont ils se sentent solidaires en quelque sorte.On assiste ainsi à un phénomène dont on avait toujours naguère déploré la modicité: la participation croissante des Canadiens français à leur propre développement économique.Ft c'est ici que mon réveil-matin m'a arraché à ce rêve.Mais en y réfléchissant bien, s'agit-il d'un rêve tout-à-fait chimérique comme on en fait souvent.Ou bien, ne s'agit-il tout au plus que d'une projection de choses qui peuvent très bien se réaliser .si l'on s'y mettait vraiment.V* 4 ¦% -V- vl ¦H, v «x ¦'"H.,-** * M.Roland Parenteau a été professeur aux Hautes Études Commerciales pendant quinze ans.Il a été directeur du Conseil d’orientation économique du Québec de 1964 à 1969 et responsable de I Office de planification du Québec en 1968-69.M.Parenteau a également été directeur de l’École nationale d’administration publique (1969-1 974), institution où il occupe actuellement un poste de professeur.M.Parenteau a publié de nombreux articles et ouvrages.L’article le plus récent qu’il a écrit : « Vers une politique de développement régional dans le contexte fédéral canadien ».Cet article est l’un des textes que l’on retrouve dans un ouvrage publié à l’Université d’Ottawa et dont le titre est Regional Economie Development (1974).14 Le économique d'il y a 100 ans ¦MlMlIlj mm Voici quelques extraits d'un texte qui a été préparé par MM.Jean Hameiin et Yves Roby sur « L'évolution économique et sociale du Québec — 1851-1896 ».Ce texte a été publié dans le cahier Recherches sociographiques de l'Université Laval, Vol.X, n°s 2-3, 1969.Les sous-titres sont de la Revue Desjardins.Aspects quantitatifs de l'évolution économique du Québec 1851 1871 1901 Population : 890 261 1 191 516 1 648 898 % de la population francophone 75.2 78.2 80.3 % de la population rurale 80.0 77.2 60.3 % de la population catholique 84.4 85.7 86.8 Population de Montréal 57 715 107 225 267 730 Population de Québec 42 052 59 699 68 840 Main-d'œuvre active (%) : Secteur primaire 50.0* 47.1 48.3 Secteur secondaire 10.0* 19.2 25.2 Secteur tertiaire 40.0* 33.7 26.5 Production brute en $ courant: Pêcheries 1 093 000 2 174 000 Agriculture 65 000 000* 86 327 158 Manufactures 77 205 182 158 300 000 * Évalution.La Confédération canadienne, qui est une réponse politico-économique au problème du marché que la fin du système mercantiliste a posé, coïncide en gros avec la fermeture du marché américain aux produits canadiens (1866).Plus que jamais le destin de l'économie québécoise est lié à celui de l'ensemble des colonies anglaises.La Confédération, en réunissant en un vaste Zollverein les colonies anglaises de l'Amérique du Nord, crée un marché national dont le Québec va bénéficier.Il est indéniable que sans le marché canadien de nombreuses industries québécoises, dont celles du textile et de la chaussure, n'auraient pu naître ou à tout le moins prospérer.Les déclarations enthousiastes de nombreux entrepreneurs québécois ne laissent aucun doute à ce sujet.La Confédération ne supprime pas cependant les influences de la géographie nord-américaine.En fait, à partir de 1867, l'économie québécoise subit l'influence de deux plans de développement économique: le canadien et l'américain.Les deux ont les mêmes traits : barrière douanière élevée, immigration intensive, chemin de fer, mise en valeur de l'ouest, spécialisation régionale.La proximité géographique fera que le plan qui progressera le plus vite entravera les progrès de l'autre.Un grand départ La crise de 1874-1878, qui amorce la longue dépression du dernier quart du XIXe siècle, a un impact différent sur les deux plans de développement économique.La baisse des prix frappe plus durement le Canada que les États-Unis.Grâce à leurs ressources naturelles, à la technologie nouvelle, à la concentration financière, au volume de leur marché national, les Américains réussissent à abaisser les coûts de production au fur et à 15 mesure que les prix baissent et, partant, à sauvegarder leurs bénéfices.En dépit de la baisse des prix, la croissance économique américaine s'accentue, prenant appui sur la spécialisation régionale.Ainsi le développement spectaculaire de l'ouest américain et l'industrialisation rapide de la Nouvelle-Angleterre exercent de fortes pressions sur le Québec.Plus de 500,000 Canadiens-français émigrent aux États-Unis: quelques dizaines de milliers s'en vont dans l'ouest américain s'embaucher comme agriculteurs, mineurs ou bûcherons; la grande majorité, attirés par les promesses d'une vie meilleure, gagnent les briqueteries et les manufactures de textile de la Nouvelle-Angleterre et des états de l'Atlantique moyen.Le Canada dont le marché national est plus limité que le marché américain ressent vivement les contrecoups de la baisse des prix en Europe.La mise en valeur de l'ouest canadien marque le pas, même si le CPR est ouvert en 1885.Les millions d'immigrants attendus n'arrivent pas.Cependant, le développement agricole de l'ouest canadien est suffisamment important pour influencer le Québec qui doit délaisser la culture du blé, réviser l'orientation de son agriculture et songer à créer des industries qui vont œuvrer pour le marché national.L'industrialisation du Québec La politique nationale (tarif 1879) favorise ('industrialisation du Québec, notamment de Montréal, en dépit d'une conjoncture difficile.Le tarif de 1879, en augmentant les droits d'entrée sur les objets de luxe, ouvrés et semi-ouvrés, stimule le secteur secondai/re.Le dumping américain durant la crise 1876-1879 avait conduit à la ruine nombre d'entreprises canadiennes et découragé les entrepreneurs.La politique tarifaire de 1879, qui est l'aboutissement d'une prise de conscience nationale commencée, dans les années 1850, permet la naissance de plusieurs industries.Dès 1882, les cimenteries de Hull et d'Hochelaga ont éliminé du marché québécois les ciments américains.Des Américains établissent dans le Québec des succursales pour contourner le tarif, notamment des fabriques spécialisées dans la parfumerie et les produits pharmaceutiques.Par ailleurs, le tarif sauve plusieurs industries d'une faillite certaine.Les ateliers des grandes compagnies de transport engendrent l'industrie lourde.Montréal, grâce à son port océanique, devient l'emporium du Canada.Surtout, les entrepreneurs, profitant à plein d'une main-d'œuvre à bon marché, développent à l'abri du tarif des industries légères (textiles.Nouvelle voie pour le cultivateur Les facteurs qui favorisent la naissance du secteur secondaire exercent aussi une influence déterminante sur l'agriculture après 1867.Le non-renouvellement du traité de réciprocité en 1866 accentue la concurrence des produits agricoles canadiens sur le marché québécois.En effet, dans les années 1870, les agriculteurs ontariens sont en quête de débouchés.Ils augmentent leurs exportations vers Montréal, au moment où les fermiers du Manitoba commencent la culture extensive des céréales.Les producteurs canadiens se disputent les marchés du Québec avec d'autant plus d'âpreté que la crise internationale de 1873-1879 enraye les mécanismes d'échange entre le Canada et l'Angleterre.Vue dans cette perspective, la crise de 1873-1879 prend un caractère dramatique.Le cultivateur du Québec, qui ne peut concurrencer le producteur de l'ouest canadien, n’a qu'une alternative: abandonner sa terre ou accélérer la transformation de son exploitation.Le choix est difficile.Nombreux sont ceux qui partent vers les paradis de la Nouvelle-Angleterre.À ceux qui restent, les agronomes, avec une certaine hésitation, conseillent de se spécialiser dans l'industrie de la betterave à sucre, dans l'élevage des animaux de boucherie ou dans l’industrie laitière.Après quelques années de tâtonnements, les besoins de l'Angleterre en beurre et en fromage incitent le cultivateur à s'orienter vers l'industrie laitière.Les progrès extrêmement rapides de cette industrie transforment le visage des paroisses québécoises.La spécialisation agricole qui procure des espèces sonnantes aux fermiers ouvre le monde rural aux industries des villes et, partant, engendre des industries locales.En effet, le fermier préfère dorénavant acheter à la ville ou au village ce qu'autrefois il fabriquait sur la ferme.Les petites chaussures) fondées sur une forte intensité de main-d'oeuvre et travaillent pour le marché canadien.16 » -HtV V- *¦ * * v •’:¦ •; •¦• " .-V Sr ~ ." ' — .¦ ¦ :x ‘jigf L m ' V-T ; \ ^ •:•,•>.*;.k.,'*! •% • '• ,f .• .¦¦! EBBS rQÿïJI IL - mHb ii.^uüt«jai!H* J|y|;ngg >*v ^ ^ V 'Va " ¦ "M f$ *\.ZW'*,A •- .•>V .s', #¦ ¦¦ :.:.‘',.V ' y %{***\ * .• *r ' ’ - ./.• , > - .H .• r „£ »»5 !.i:v ' à/- 4>' T.?*"• îbec * - 1 / -, ;#4.2^J ;*.V,' Tm 1 •4#.-n- ,t\ ->?'?L*- *V* < A) ISp ^r>* v>^ jlisef daos dans s de 2 des féfèie fie c® île o' tfiché boutiques et les magasins généraux se multiplient dans toutes les paroisses.Le développement des moyens de transport permet aux industries de transformation oeuvrant pour le marché local de se regrouper dans des centres manufacturiers.La spécialisation agricole engendre aussi l'utilisation des instruments aratoires qui libère un pourcentage élevé de la main-d'œuvre rurale.D'où deux types d'émigration: dans les régions dynamiques, comme le Richelieu, la machine est facteur d'émigration et dans les régions où la routine persiste, les mauvaises récoltes sont l'élément moteur de l'émigration.Le surplus des populations rurales s'oriente dans différentes directions.Des ruraux vont s'établir dans les villes du Québec.Cependant le faible rythme de croissance économique permet aux villes de n'absorber qu'une minime partie des émigrants ruraux.La satellisation du Québec Rendant que la conjoncture économique, les impératifs géographiques et la politique nationale déterminent les transformations structurelles de l'économie québécoise, des conditions nouvelles apparaissent qui préparent le grand jeu du XXe siècle En premier lieu, le géant américain commence à lorgner les ressources naturelles québécoises.La demande de bois scié dans les années 1850, de cuivre dans les années 1 860, de fer dans les années 1970, d'amiante et de pâte dans les années 1880 préfigure la satellisation du Québec au XXe.En second lieu, les éléments de la deuxième révolution industrielle apparaissent dans les années 1880 avec l'utilisation de l'électricité.Cette révolution énergétique jointe à la demande américaine lancera à la fin du XIXe siècle le Québec dans une prospérité sans précédent et accélérera la mutation de son économie.Les transformations des structures économiques se répercutent sur le plan social.La zone occupée s'agrandit beaucoup durant la période 1851-1901 : le lac Saint-Jean, le nord de Montréal, le Témiscamingue, l'arrière-pays du Bas-du-Feuve, sont occupés; des régions peu peuplées, comme l'Outaouais, les Cantons de l'est, la Gaspésie accroissent leurs effectifs démographiques.Par contre, dans certaines régions, celle de Montréal et celle de Québec, les comtés ruraux se dépeuplent.Ainsi le monde agricole perd relativement de son importance: la population urbaine 17 passe d'environ 20% à 40% de 1851 à 1901.L'équilibre démographique est définitivement rompu en faveur de la région montréalaise qui draine une partie des populations rurales.La région de Québec marque le pas.L'urbanisation a peu touché la société québécoise.Les élites canadiennes-françaises, plus impressionnées par l'émigration aux États-Unis, la croissance des milieux urbains, les valeurs véhiculées par le monde moderne que par l'évolution irréversible des structures économiques, n'ont pas vu sans crainte s'effondrer l'ordre traditionnel et se dessiner un ordre nouveau qui sapait leur emprise.Autant par crainte de l'inconnu, par ignorance que par souci de conserver leurs intérêts, les élites se sont accrochées au modèle de la chrétienté rurale en terre lauren-tienne.Influencées par les courants de pensée ultramontains et agriculturistes d'Europe, elles ont, les yeux fixés sur Rome et non sur la réalité québécoise, raidi leurs positions idéologiques et fait passer leurs mythes par l'école, le prône, le confessionnal, la presse.Le retard du social sur l'économique contribue à accentuer le retard du mental sur l'économique.Le ghetto culturel Le destin des entrepreneurs canadiens-français au XIXe siècle constitue une preuve frappante que l'évolution psychologique du Canada français suit une trajectoire opposée à son évolution économique.Il n'est pas étonnant que les entrepreneurs canadiens-français soient dans une situation d'infériorité par rapport à leurs collègues anglophones.La plupart, en effet, sont prisonniers d'un ghetto culturel naturel : ils n'ont pas dans les autres régions du Canada, en Grande-Bretagne et aux États-Unis de partenaires qui les renseignent sur la situation des marchés, les introduisent dans les circuits de la finance internationale.En tant que groupe, ces entrepreneurs ne peuvent s'appuyer sur les capitaux et les techniques des pays anglo-saxons.Mais il y a plus.Le ghetto culturel a consolidé des structures sociales répulsives aux entrepreneurs.Il est évident qu'ils ne peuvent s'arc-bouter sur leur milieu.La lecture des journaux de l'époque illustre bien cette situation.Tandis que le Montreal Herald et le Montreal Gazette ne cessent de valoriser l'esprit d'entreprise et les entrepreneurs, les journaux canadiens-français font l'éloge du colon, de la vie frugale et austère des ancêtres.Étrangers dans une société axée sur l'au-delà, les entrepreneurs canadiens-français sont étouffés par leur milieu qui lésine sur le prestige et leur impose un système de valeurs qui les entrave: leur milieu circonscrit leur destin aux confins du marché local.Quand la révolution industrielle au début du XXe siècle broiera en quelques années les structures sociales, le retard accusé des mentalités sera-t-il un frein qui empêchera la collectivité canadienne-française de s'adapter aux conditions de la vie urbaine et d'assumer son destin ?18 (Article déjà paru dans la Revue Desjardins, 1971, no 1, p.13.) Les "caisses populaires" existent depuis 75 ans! Paul-Émile Charron mmii Le 6 décembre 1900, Alphonse Desjardins, avec le concours de quelques concitoyens, fondait à Lévis, sa ville natale, la première coopérative d'épargne et de crédit; et, dans un souci de proclamer d'une façon non équivoque sa vocation, il la désignait sous l'appellation « La Caisse populaire de Lévis».Il invitait ainsi ses compatriotes à se doter d'une nouvelle institution intégrée à la communauté paroissale, avec mission de promouvoir l'économie et d'organiser efficacement leurs épargnes, de façon à se créer avec elles une source de crédit sain pour tous ceux qui en ont besoin pour améliorer leur condition de vie économique et sociale.L'année 1975 marque donc le soixante-quin-zième anniversaire de fondation de la première caisse populaire dans notre continent nord-américain.La Revue Desjardins se propose, en cette année de célébration du jubilé de diamant du Mouvement des Caisses populaires Desjardins, de rendre un hommage particulier à son fondateur.Elle estime qu'elle ne saurait mieux faire à cet égard que de rappeler à nos concitoyens les objectifs que son fondateur assigna à la caisse populaire et d'évoquer la lucidité, le réalisme, le courage, l'audace, la ténacité et la générosité dont il fit preuve dans la conception de cette institution nouvelle et dans le travail surhumain qu'il s'imposa pour l'établir.Les caisses populaires, qui ont eu des débuts modestes, est-il nécessaire de le rappeler, ont rencontré des difficultés sans nombre et vécu des temps sombres où elles se sont interrogées sur leur survie.Si elles ont surmonté tant d'obstacles de toutes sortes au cours des premières décennies et n'ont pas sombré dans le découragement, elles le doivent sans doute en grande partie à la ferme détermination et au généreux courage de leur fondateur; elles le doivent aussi à sa lucidité et à son réalisme: il a su bien adapter sa caisse populaire à la mentalité, aux aspirations et aux besoins de ses contemporains.Il lui assigna des objectifs qui rejoignent les aspirations profondes de notre peuple et lui suscitent une puissante motivation à l'action constructive.Il lui confia un rôle d'agent dynamique de développement personnel et communautaire dans l'intérêt de tous ceux qui veulent y adhérer et s'en servir.Il l'instaura au cœur même d'une société démocratique de développement qui favorise à la fois le développement économique, le progrès social, la formation morale et culturelle des citoyens.kJ' -Al ’ti 'Ml * 19 20 Un enseignement fécond Le fondateur des caisses populaires a été profondément influencé par l'encyclique Rerum Novarum publiée en 1891 par Léon XIII.Dans sa Charte des Travailleurs, Léon XIII écrit: « L'expérience que fait l'homme de l'exiguïté de ses forces l'engage et le pousse à recourir à la coopération étrangère.» Il fit observer que les classes laborieuses doivent découvrir en elles-mêmes les ressources qui leur apportent les éléments de solution à leurs problèmes par la coordination de leurs actions dans des institutions leur permettant de devenir les propres agents de leur développement personnel et communautaire.Il fit appel aux associations inspirées par la volonté commune de leurs membres de s'aider eux-mêmes et de s'entraider.Un tel enseignement exprime une foi profonde dans les puissances que possèdent, à l'état latent, les être humains et indique comment ils peuvent les développer pour atteindre à leur plein épanouissement.Et il fut donné au monde en une période de l'histoire où des réformateurs sociaux préconisaient déjà avec autant d'enthousiasme que d'éloquence les uns la démocratie chrétienne et, les autres, la démocratie sociale qui camouflait un socialisme égalitaire.Dans la société fortement hiérarchisée du monde occidental d'alors qui mettait tous ses espoirs de réforme dans les classe dirigeantes ou ce qu'on appelait les élites, des esprits plus clairvoyants tels Léon Hamel, industriel français, et Albert de Mun, avaient déjà osé enseigner que les classes besogneuses (qui étaient exploitées à la limite par un capitalisme pris d'une soif insatiable de gains toujours plus grands) devaient trouver en elles-mêmes, grâce à la mise en commun de leurs ressources intimes et à leur volonté de s'entraider au sein d'associations, les éléments nécessaires de solution à leurs problèmes.C'était l'affirmation de la foi nécessaire en la valeur des efforts personnels et en la puissance de l'entraide mutuelle.Ils préconisaient la démocratisation de la vie économique, sociale et culturelle par une action commune des intéressés eux-mêmes qui fait appel à leurs efforts personnels et à leur entraide mutuelle s'ils veulent assurer leur propre développement et celui de la communauté où ils s'intégrent.Ils rappelaient la solidarité humaine dont le sentiment profond rend possible et sou- tient la loyale coopération.Ils indiquaient que les activités économiques, sociales, culturelles et morales s'interpénétrent et se soutiennent réciproquement et que la voie d'accès au développement personnel et communautaire est celle de la coopération économique, sociale et culturelle entre les citoyens et les classes sociales.Nécessité de se réaliser dans l'action coopérative L'Auteur de la nature, pour reprendre une expression du philosophe français Gustave Tibon, a créé l'homme le moins possible.Il a mis dans l'homme, à l'état latent, des puissances merveilleuses, telles l'intelligence, la volonté, la faculté d'aimer, et II a voulu l'honorer en l'associant à sa création.Il nous invite tous à participer à son œuvre en nous créant nous-mêmes par le développement des puissances insoupçonnées qui sont en nous.Il nous invite aussi à faire appel à la coopération de nos semblables dans le parachèvement de cette création qui ne peut se faire sans cette coopération acceptée comme un bien désirable entre les hommes.Le fondateur des caisses populaires a emprunté cette voie de la coopération qui l'a conduit à faire de sa caisse populaire une coopérative d'épargne et de crédit.Les classes populaires y assument elles-même la responsabilité d'organiser, d'opérer, d'administrer, de contrôler leurs propres services d'épargne et de crédit en fonction de leurs besoins personnels et de ceux de la communauté.S'efforçant d'administrer au mieux leurs affaires personnelles, elles réalisent des épargnes et consentent à les mettre à la disposition de ceux qui veulent s'en servir pour améliorer leur condition de vie économique et sociale.En lui introduisant les principes de la coopération, elles font d'une institution d'épargne une coopérative d'épargne et de crédit; elles en deviennent les propriétaires, les usagers, les bénéficiaires; elles mutualisent l'épargne et le crédit au moyen de cette institution qui est leur et qu'elles utilisent en fonction de leurs besoins personnels ou communautaires.C'est ainsi que se fait la démocratisation de l'épargne et du crédit et que se franchit une première phase de démocratisation de la vie économique. Le fondateur des caisses populaires vit en elles l'amorce de cette démocratisation nécessaire de notre vie économique et sociale.En plus d'initier leurs membres à la pratique de la coopération, les caisses populaires leur permettent d'amasser les capitaux nécessaires à l'établissement d'entreprises coopératives dans d'autres domaines de l'activité économique et dans des services.« Z.a voie à suivre, à écrit Alphonse Desjardins dans sa brochure sur la caisse populaire éditée en 1911, pour le peuple désireux de faire ses propres affaires, sans la tutelle onéreuse de personne, est de prendre les avantages comme les responsabilités qui résultent d'un contrôle entier et d'une accession à la vie économique complète, corollaire indispensable de /'émancipation civile et politique dont nous jouissons.» Une conception nouvelle Au siècle dernier ont été fondées en Europe, aux États-Unis et au Canada des institutions d'épargne qui ont connu un grand développement, mais qui n'accordaient pas cependant de crédit aux classes besogneuses.Par ailleurs, à la suite de la grande disette qui a sévi en Europe en 1848, ont surgi, notamment en Allemagne et en Italie, des coopératives de crédit, qui étaient des institutions dont les paysans et les artisans se servaient collectivement pour contracter des emprunts auprès des banques commerciales et des prêteurs capitalistes dans le but de se procurer les fonds nécessaires à leurs opérations agricoles et artisanales.Alphonse Desjardins fit des institutions d'épargne des coopératives d'épargne et de prêts; les déposants qui y mettent leurs épargnes en commun en deviennent les membres et les utilisent pour satisfaire leurs besoins de crédit.Le cadre paroissial, où les ressortissants, qui font partie de diverses classes sociales ou exercent des professions ou métiers différents, se connaissent, a favorisé singulièrement l'établissement et le fonctionnement de cette coopérative d'épargne et de crédit, qui devait d'abord, faut-il le rappeler, se gagner la confiance populaire en prouvant son efficacité tout en assurant aux déposants la sécurité de leurs épargnes.Cette expérience était d'autant plus difficile et redoutable qu'on accordait alors bien peu de confiance aux classes populaires pour adminis- 21 trer efficacement une institution financière.Le fondateur des caisses populaires vit dans nos institutions sociales des exemples de coopération efficace qu'il utilisa d'ailleurs dans ses conférences à travers la province pour développer la confiance de la population dans cette institution nouvelle qu'il voulut instaurer chez nous.Et, avec l'appui du clergé et des dirigeants qui jouissaient de la confiance populaire, il mena à bien cette expérience qui exigea de lui une grande détermination, beaucoup d'abnégation, de courage et de ténacité, à l'égal de son amour pour les siens et pour son pays.Une expérience concluante L'expansion prise par le mouvement dont il fut l'inspirateur et l'initiateur rend hommage à ses qualités intellectuelles et morales et démontre sa juste perception des hommes et de la valeur des objectifs qu'il poursuit.Les caisses populaires y sont demeurées fidèles.Le contexte économique et social dans lequel elles opèrent s'est sans doute profondément modifié au cours des dernières décennies.Elles doivent s’adapter aux conditions changeantes du milieu afin de mieux répondre aux besoins personnels et communautaires qui évoluent sans cesse.Elles doivent témoigner du même esprit d'adaptation dont a fait preuve leur fondateur, qui a tenu compte de la réalité économique et sociale de son temps et de la mentalité et des habitudes de ses concitoyens de la caisse populaire.L'esprit qui l'anime doit cependant demeurer le même, puisque l'objectif essentiel, qui demeure le même, est pour tous ceux qui y adhèrent, de contribuer, dans une unité de pensée et d'action, à leur développement personnel et au développement du milieu où ils s'intégrent.La caisse populaire doit toujours être un facteur dynamique de développement personnel et social.Les quelques chiffres qui suivent nous indiquent que les caisses populaires qui poursuivent un tel objectif, répondent aux besoins de la population.C'est pourquoi elles ont été acceptées puis intensément désirées, et elles se sont répandues à travers tout le Québec, en ont franchi les frontières, se sont implantées dans les autres provinces canadiennes, chez nos voisins du Sud, et par la suite dans les pays de l'Amérique latine, en Afrique et en Asie.ifiSSM W-;1 .v^ ~ "J-'SXT.XZîÀ/* ¦Jf .—S'- X* •»*?*" ./ aipôt I ’men! 1 ;ai$se I apièS' I favoit 1 anatie I it ^ 1 cision I )j[ les I payé! Oiois.] 5aleife Travailler à promouvoir les intérêts d'une collectivité.par année.Les augmentations étaient minimes.Le maximum qu'on caissier pouvait gagner par semaine était $25.00.Le gérant lui-même s'était fixé un maximum de $3,600.00.Il disait que la caisse était une Oeuvre, et qu'il fallait économiser.C'était un homme qui travaillait beaucoup.G.B.— Avez-vous connu le fondateur de la caisse, M.Alphonse Desjardins?A.H.— Je l'ai connu sans savoir que c'était lui.Je le voyais souvent sortir de sa maison mais je ne savais pas que c'était lui.Une fois au Collège de Lévis, en 1917, ils nous ont tous réunis dans le grand amphithéâtre.Moi, j'étais dans les jubés.J'ai vu arriver un homme de six pieds avec une moustache.Il s'est dirigé vers la scène et s'est assis devant une table recouverte d'un drap rouge.Il y a déposé ses papiers et s'est mis à nous parler.Pour nous, c'était du «chinois».Je l'ai trouvé ennuyant au possible.Il parlait toujours sur le même ton.Vers la fin de son discours, il a fait une envolée et tout le monde s'est mis à applaudir.J'étais loin de m'imaginer qu'un jour, je travaillerais pour lui.C'était un homme, il faut l'admettre.J'ai beaucoup d'admiration pour lui.G.B.— En 1939, la caisse accordait un prêt important à une industrie locale, l'industrie d'aluminium l'Hoir.L'aide à l'entreprise faisait-elle 39 partie de la politique générale des prêts de la caisse populaire ?A.H.— Non, c'était rare.Ce prêt fut un des premiers.La caisse prêtait plutôt sur billet.Ceux qui en profitaient le plus, c'était les communautés religieuses.G.B.— L'assistance aux assemblées générales annuelles était-elle très élevée?A.H.— En moyenne, il venait à peu près 100 personnes.C'était de la routine.Il n'y avait rien d'intéressant.Toutes les résolutions étaient préparées d'avance.Lorsqu'ils ont changé le bureau de direction, ce ne fut plus pareil.Aux assemblées, chacun avait son directeur à faire élire.Après 1930, c'était animé.Il se faisait beaucoup de «cabale».Parfois, au moment le plus inattendu, survenait une résolution visant à présenter tel homme contre tel autre.Avant, ils donnaient le rapport annuel, un individu lisait une proposition secondée par un autre, puis, ça applaudissait et ça «passait».J'ai toujours appris que c'était normal que ça se fasse de même.Ceux qui étaient là, c'était d'abord les directeurs, puis les membres du personnel, des parents, des anciens directeurs et quelques sociétaires.C'était toujours les mêmes personnes.Les assemblées générales dans ce temps-là étaient préparées d'avance.La spontanéité aux assemblées n'était qu'apparente.G.B.— Durant ses premières années d'opérations, la Caisse populaire de Lévis a mis l'accent sur les parts sociales.En 1914, elle décide de hausser le taux d'intérêt de 3 à 4% afin, cette fois-ci, de favoriser le dépôt d'épargne.Pourquoi ?A.H.— Raoul Desjardins nous en a parlé.Au début, Alphonse Desjardins conseillait au monde de prendre des parts.Un jour, Raoul dit à son père: «On ne peut plus arriver.Il va falloir augmenter l'épargne pour pouvoir payer les dividendes sur les parts».C'est là qu'il a décidé son père à écrire aux caisses pour leur demander s'ils voulaient déposer à la caisse-mère.Ils ont eu de bons montants: $10,000., $15,000., $20,000., même $75,000.au total .On leur payait 4%.Nous autres, ça nous permettait de payer un meilleur dividende sur les parts.Là, le gérant, pour que le capital n'augmente pas trop, hausse la taxe d'entrée.C'était un peu comme fermer une porte.Les gens prenaient moins de parts et les dépôts augmentaient.Pour Alphonse Desjardins, le capital, c'était plus stable.Si quelqu'un prenait pour $100.00 de parts et qu'il le retirait durant l'année, il perdait son dividende.Celui-ci était voté à l'assemblée générale.Aujourd'hui, ils paient le dividende couru sur le nombre de mois.G.B.— Pour terminer, M.Hallé, vous gardez toujours un bon souvenir de votre travail à la Caisse populaire de Lévis?A.H.—Ah! Oui.J'ai été bien traité.Je suis à ma pension depuis 1970 mais ils m'ont laissé continuer à travailler.J'aime bien ça.Et puis, on voit les progrès de la caisse.Ça augmente tout le temps.Quand on a connu ça avec un actif d'un million et que c'est rendu aujourd'hui à 26 millions, ça fait toute une différence.Dans ce temps-là, on aurait jamais pensé ça.Desjardins lui-même disait que si la caisse parvenait à un million d'actif, ce serait amplement satisfaisant.Il ne tenait pas à ce que la caisse devienne trop grosse.(*) Soi la Fé jdmif prises Caissi Les coope cet as inique etdei DID Étud iaCoi (*) Gilles Beaulieu est étudiant en histoire à l'Université Laval de Québec (maîtrise).Ses services ont déjà été retenus par le service de Documentation de la Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins.ARÈS, iss Ci 20 p, T k c i$iï.1967. Où trouver les sources de l'histoire du Mouvement coopératif Desjardins?Louise Trembiay Service de la documentation Sous la responsabilité du Secrétaire général et adjoint au Président, le Service de la documentation a pour fonction de recueillir, conserver et diffuser les documents résultant de l'activité de la Fédération.Les buts poursuivis sont d'ordre administratif, ces documents étant essentiels aux prises de décision présentes et futures et d'ordre historique, car ils nous révèlent l'évolution des Caisses populaires.Les différents dossiers contiennent des renseignements uniques sur le Fondateur des Caisses populaires, les Unions régionales, les organismes coopératifs d'ici et d'ailleurs.De nombreux volumes, périodiques, rapports, viennent compléter ces informations.Nous vous présentons ici une courte bibliographie sur le Mouvement des Caisses populaires Desjardins; la lecture de ces ouvrages contribuera, nous l'espérons, à vous faire connaître cet aspect important de l'histoire socio-économique du Québec et des coopératives d'épargne et de crédit.Bibliographie Études générales ANGERS, FRS.-ALBERT La Coopération : de la réalité à ta théorie économique.Vol.I —«Z.e monde vivant de la coopération)).Coll.Bibliothèque économique et sociale.Éditions Fides.1974.226 p.ARÈS, RICHARD, SJ.Les Caisses populaires et la communauté Canadienne-Française.Montréal.Ed.Bellarmin.1961.20 p.BAUER, MILTON The Caisse Populaire Movement in Quebec: 1932-1950.The University of Chicago, Sept.1967.105 p.(Thèse de Doctorat en Philosophie) BOYLE, GEORGE The Poor Man's Prayer.Pub.Harper & Bross., New York, 1962.207 p.CHARRON, PAUL-ÉMILE Les Caisses populaires Desjardins.27e Cours à domicile.Pub.Union Catholique des Cultivateurs.1953.1 62 p.CROTEAU, J.T.The Caisses Populaires Desjardins of Quebec.Washington D.C., Department of Economie, Catholic University of America.1950.DUGAS, GÉRARD Essai de prospective en coopération.Institut Coopératif Desjardins, Lévis.1967.110 p.FAUCHER, ALBERT 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Fx fcl FJ i.-lz.15 m.b/6 BIBLIOTHÈQIÆ NATIONALE DU QUÉBEC IMPRIMÉ AU CANA
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