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Titre :
Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins
Éditeur :
  • Québec :La fédération des caisses populaires,1941-2004
Contenu spécifique :
Vol. 41, no 5
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
autre
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Revue Desjardins : organe officiel de la Fédération des caisses populaires Desjardins, 1975, Collections de BAnQ.

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LA REVUE 5 ÉLARGIR NOS SOLIDARITÉS. LA REVUE 5 1075 ÉLARGIR NOS SOLIDARITÉS.À l'occasion de la Rencontre internationale, notre graphiste Odette Duchesne souligne l'importance pour les communautés du globe d'élargir leurs solidarités afin de favoriser une certaine «ouverture sur le monde ».VOLUME 41 N° 5 1975 LA REVUE DESJARDINS est l'organe officiel de La Fédération de Québec des Caisses populaires Desjardins, 150, avenue des Commandeurs, Lévis, Québec, Canada.Ce numéro est tiré à 22,500 exemplaires.Il est imprimé aux ateliers Charrier & Dugal (1965) Limitée! Le prix de l'abonnement annuel est de $3.50.Affranchissement numéraire au tarif de la troisième classe, permis n° 110.Port payé à Québec.ISSN 0035-2284 DIRECTION /COMMUNICATIONS INTERNES: MADELEINE JOUBERT CHEF DE LA DIVISION / INFORMATION : CLAUDE MOQUIN RESPONSABLE DE LA RÉDACTION: MICHEL BEAUCHAMP COLLABORATION / RÉDACTION : DENISE BOUTIN-GRÉGOIRE MAQUETTISTE: ODETTE DUCHESNE DROITS ET RESPONSABILITÉS Il n'existe aucun droit de reproduction ou de traduction pour les articles de cette Revue.Par ailleurs, les éditeurs vous seraient reconnaissants de bien vouloir identifier la source quand vous prendrez la liberté de nous reproduire.Les opinions émises dans les articles publiés pour La Revue Desjardins n'engagent que la responsabilité de leur auteur.DÉPÔTS LÉGAUX: Bibliothèque nationale du Québec, Montréal.Bibliothèque nationale du Canada, Ottawa.SOMMAIRE Une Rencontre vraiment internationale !.3 L'urgence de se concerter au plan international ! — Michel Beauchamp.4 Prendre une place qui nous appartient — Alfred Rouleau.7 Les Caisses populaires et le développement du Cameroun.Entrevue avec Jean-Louis Rouleau.12 Le développement des coopératives du sud-est asiatique — Yvon Dan eau.15 Expansion des caisses populaires de l'Ontario.Entrevue avec André Martin.18 Caisses populaires et banques à charte: institutions différentes ! — Louis Tardif.20 Adaptation ou innovation: un dilemne pour les Caisses populaires Desjardins — Francine Bernard.22 Après le « non » à la carte de crédit .— Raymond Blais 27 Le problème de la participation en est-il vrai- ment un?— Mario Desmarais.30 Le financement des clubs alimentaires.32 Campagne de publicité 75-76.36 Les fondements économiques de l'action coopérative — Georges Davidovic.39 La Caisse populaire: une idée qui a fait le tour du monde — Michel Beauchamp.49 95049 VS Coopération d'épargne et de crédit Une Rencontre vraiment internationale! ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦H WM mmmm ¦¦¦HH ¦ Les participants à la Rencontre internationale traitant de la coopération d'épargne et de crédit sont une trentaine de théoriciens et de praticiens de la coopération recrutés dans divers pays et qui fourniront leur collaboration, à titre personnel.Ce ne sont pas des délégués d'organismes ni des représentants nationaux.Cependant ils seront porteurs des valeurs de leur milieu et leurs interventions nous feront partager les fruits de leur expérience respective.¦ Voici les noms des personnalités qui ont accepté de participer à la Rencontre: Alphonse, Ivan D.(Suisse), Amédégnato, Apéli P.Ménoukon (Togo), Braun, Théo (France), Charbonneau, G.-A.(Ontario/ Canada) Charron, Paul-Émile (Québec / Canada), Dabiré, Alain (Haute-Volta), Desroche, Henri (France), Dykstal, Henri (États-Unis), Edelmann, A.(Suisse), Florquin, Alex (Belgique), Heart-Martinez, Eduardo (Panama), Hellie, R.(États-Unis), Keri- nec, Roger (France), Kowalak, Tadeusz (Pologne), Kwak, Chang Ryul (Corée du Sud), Lacour, Pierre (France), Légère, Martin (Nouveau-Brunswick / Canada), Light, Thomas H.(États-Unis), Morin, André (Québec / Canada) Nagapen, Amé-dée (île Maurice), Podovinikoff, Peter (Colombie - Britannique / Canada), Romer Amado E.J.(Antilles), Schiffgen, Heran (Allemagne), Sommerhoff, Walter (Chili), Suzuki, Tsunemasa (Japon), Szeskin, Léon (Israël), Teixeira Mendes, Maria Teresa (Brésil), T'Serstevens, Didier (Corée du Sud), Zaouchi, Mohamed (Tunisie), Zoa, Jean (Cameroun).¦ Dans le numéro de la Revue Desjardins qui paraîtra après la Rencontre internationale, nous essaierons de faire le bilan des discussions qui auront eu lieu dans le cadre de la Rencontre internationale/Coopération d'épargne et de crédit.,22 ‘ iS l V' 1 rc/ '.S tmm ~ '%- *1 3 photo: information canada L’urgence de se concerter au plan international! Certains coopérateurs québécois s'intéressent aux questions internationales.Parmi les thèmes qui peuvent retenir leur attention, signalons les thèmes suivants : 1.la «mondialisation» et la gravité de certains problèmes socio-économiques.2.la critique de l'action de quelques institutions internationales «établies».3.le rôle susceptible d'être joué par les coopératives au plan international.4.la nécessité de susciter un changement des mentalités.La gravité des problèmes actuels La pollution, la faim dans le monde, l'inflation, la croissance démographique et l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins militaires sont désormais considérées comme quelques-unes des questions d'envergure mondiale (à ce sujet, lire — ailleurs — dans le présent numéro les extraits d'une allocution de M.Alfred Rouleau).Plusieurs autorités en matière de questions internationales, dont certains chercheurs ou représentants des pays du Tiers-Monde, tentent de Michel Beauchamp sensibiliser l'opinion publique à l'urgence qu'il y a de solutionner certains problèmes actuels.Si ces derniers n'étaient pas solutionnés, ils risqueraient de mettre en péril l'avenir même de notre société.Or, pour régler ces problèmes, il apparaît de plus en plus pertinent que les communautés du globe se concertent en vue de définir et de concrétiser certains programmes d'action.Mais comment dépasser le stade des «tergiversations diplomatiques»?Comment dépasser le stade d'un certain attentisme un tant soit peu dilettante, cynique, machiavélique?Et qui peut — dans le cadre des débats internationaux — intervenir de façon originale en proposant des solutions susceptibles de modifier la présente situation dans le sens des « intérêts supérieurs» de l'ensemble des communautés?L'action des institutions « établies » L'action de certains organismes internationaux «reconnus» et «officiels» s'avère, très souvent, timide ou peu efficace et ce, à cause des multiples enjeux sous-tendant les décisions prises au sein 4 de ces organismes.D'où les inévitables et « régulières» menaces d'expulsion ou de retrait qui font la une des journaux .En fait, la crédibilité de certaines des institutions internationales «établies» s'effiloche progressivement et il devient de plus en plus difficile de valoriser le rôle de ces mêmes institutions.Les coopératives — de même que certains autres organismes à vocation socio-économique — pourraient prendre la relève des institutions internationales «établies» et parrainer différentes propositions ou analyses susceptibles de résoudre les difficultés auxquelles fait face la société.« Intervenir » au lieu de « subir » Selon M.Romeo Maione*, actuel responsable de la Direction « Organismes non-gouvernementaux » (O.N.G.), à l'Agence canadienne de développement international (ACDI) il faut, en effet, «croire à l'action d'organismes tels les coopératives, les associations de consommateurs, les syndicats ou les groupes de citoyens, au plan international ».Si les coopératives, pour ne citer qu'un seul exemple, ne jouent pas leur rôle au plan international «elles n'ont pas — non plus — de rôle à jouer au plan national », d'affirmer M.Maione.L'économie étant, par ailleurs, de plus en plus internationale, « il faut que les coopératives prennent position sur certaines questions socioéconomiques contreversées (par exemple, la montée inflationiste), qu'elles cherchent à influer sur le devenir économique international et qu'elles refusent de toujours «subir» les conséquences des décisions prises par d'autres puissances économiques ou politiques», de poursuivre M.Maione.Bref, les coopératives n'ont pas à assumer l'odieux des décisions prises ailleurs que dans leurs rangs.Aussi les coopératives doivent-elles sensibiliser l'opinion publique aux préoccupations qui leur sont propres et participer au «renouveau international» qui se dessine actuellement dans les différentes parties du monde.r m / Certains changements s'imposent Les gens qui prennent conscience de la signification et de la gravité des problèmes actuels en viennent à avoir une vision globale de la situation.Conscients et informés, ces individus établissent des liens entre certains phénomènes.Ils identifient les causes ou évaluent les effets probables des décisions prises ça et là dans les différents secteurs de l'activité socio-économique.Ils essaient— quotidiennement et modestement— de voir comment ils pourraient contribuer à modifier le cours des événements ou sensibiliser leur milieu à certains aspects de l'actualité internationale.Mais on ne devient pas préoccupé par ce qui se passe au sein de notre collectivité — ou ailleurs — du jour au lendemain.Cela suppose, entre autres, une critique des rouages et des objectifs propres à la société de consommation (contrôle de la production, profit, individualisme, etc.) Cela suppose aussi, selon certains, qu’il faille opter pour la coopération au lieu de la compéti- * M.Maione a été président international de la Jeunesse ouvrière catholique, responsable des affaires internationales au sein du Congrès du travail du Canada et directeur de l'organisme « Développement et Paix ».Il est actuellement responsable de la Direction «Organismes non-gouvernementaux», à l'Agence canadienne de développement international.Nous avons eu un entretien avec lui.5 PHOTO: STUDIO DE GREEFF tion, car, comme nous l'affirmait M.Romeo Maione, lors d'une récente entrevue, «l'urgence de régler tous « ces-nouveaux-problèmes-qui-font-peur» nous incite à revenir à la coopération ., l'ère de la compétition aveugle étant révolue .» Un nombre — croissant — d'individus partagent le point de vue de M.Maione.La création de communes, de petites coopératives et de fermes communautaires ou la concrétisation de certains autres projets collectifs, répond, en partie, aux aspirations de personnes contestant les rouages et les objectifs de la société de consommation.Bien sûr, on peut sourire devant ces tentatives un peu naïves et spontanées — en apparence — de critiquer l'ordre établi.Mais ce sont pourtant des expériences du genre qui peuvent provoquer des changements favorisant une certaine «ouverture sur le monde» et permettant un élargissement des solidarités.Toutefois, les changements culturels et fonctionnels ne s'effectuent pas «automatiquement» et il est parfois difficile de changer des habitudes acquises ou de critiquer des rouages ou objectifs traditionnels.; $W7 ».sa» Dans une commune, par exemple, ou encore au sein d'un groupe de citoyens, le risque existe — là aussi — de vivre en cercle fermé, de ne lutter que pour promouvoir les intérêts de l'ensemble des membres ou de favoriser l'émergence d'une sorte de système autarcique.En effet, si des individus — même des individus impliqués sincèrement au niveau de la démarche d'un petit groupe — n'atteignent pas un certain niveau de conscientisation, ils risquent de privilégier le « court terme » et d'opter pour des solutions partielles.Ils risquent aussi de ne pas avoir le sentiment d'être les agents d'un changement plus global.Un peu comme si les membres de coopératives de production ne collaboraient pas avec les membres de coopératives de consommation au nom de certains intérêts qu'ils identifieraient «à court terme ».Le pari international Si les multinationales cherchent à atteindre leurs objectifs en se concertant au plan international, pourquoi les coopératives ne chercheraient-elles pas, elles aussi, à se concerter au plan international pour atteindre les objectifs qui leurs sont propres?Parions qu'elles pourraient réussir.Parions aussi que les citoyens du Québec engagés dans l'action coopérative pourraient assumer pleinement leur identité collective en intervenant sur la scène internationale sans craindre, pour autant de perdre ce « petit pain » pour lequel ils seraient nés ! « Prendre une place qui nous appartient »* Alfred Rouleau ¦¦¦¦¦ On a commencé à prendre conscience qu'on s'est peut-être illusionné devant les milliards de dollars que représente le produit national brut des pays développés.Depuis quelques années, on réalise que cet indice économique ne recouvre pas uniquement des éléments positifs pour la société.Tout ce qui est fait à tort ou pour réparer les destructions causées à la nature, est compté comme un enrichissement.Notre comptabilité nationale ne tient pas compte des pertes qui résultent de la détérioration de la nature, du tissu urbain, de la qualité de la vie.La crise de l'énergie et les taux d'inflation sans précédent que nous avons connus en ces dernières années ont sans doute largement contribué à faire prendre conscience à tous de la fragilité de notre cadre de vie matérielle, des limites des ressources naturelles et des gaspillages énormes qu'entraînent certains modes de vie.Aujourd'hui, il n'y a plus seulement des spécialistes qui se demandent où notre civilisation s'en va.L'homme de la rue lui aussi est inquiet et s'interroge.Depuis la naissance du libéralisme économique, la théorie officielle a voulu que le succès économique des entreprises, mesuré en terme de profits, soit une fin en soi suffisante.Cela pouvait être valable dans des sociétés où régnait la pénurie.Tant que chaque citoyen n'avait pas une paire de souliers à sa disposition, il était peut-être normal de privilégier un système qui visait à produire ce bien à un moindre coût économique.À remarquer qu'on aurait certainement pu y arriver autrement.Mais à l'heure actuelle, peut-on encore justifier facilement qu'on puisse produire 5 ou 10 paires de souliers pour chacun de ceux qui en ont les moyens mais n'en ont pas réellement besoin, alors que des minorités importantes ont de la difficulté à s'en procurer quand cela est nécessaire?Statistique Canada exprime cette réalité de façon plus précise en disant: 20% de la popu- .‘8rS, ; ;*-‘v * sj* .mT.‘ 4 «r- "¦PlK -idi' -K.'* * k______ Y.3^; î.,*rr r.-, mÊBk * Extraits d une allocution prononcée par M.Alfred Rouleau devant la « Cooperative Union of Canada » et le Conseil canadien de la coopération en juillet 1975.Certaines publications coopératives ont publié de larges extraits de l'allocution de M.Rouleau.7 lation se partage seulement 4% des revenus; 20% de nantis bénéficient de 45% des richesses.Dans une telle société, dite d'abondance, la croissance pour la croissance est-elle encore justifiable ?Halte à la croissance?Mettons tout de suite une chose au point.Il ne s'agit pas de choisir entre la croissance ou l'arrêt de la croissance mais de déterminer la finalité de la croissance.Il serait absurde d'arrêter la production ou même de la limiter à un moment où dans nos sociétés dites de consommation, il y a encore beaucoup trop de candidats à la consommation de tous les biens essentiels.On n'a pas le droit de l'envisager au moment où ce qu'on appelle le tiers-monde, mais forme plus des 2/3 de la population du globe, est encore à un niveau infiniment plus bas que celui des plus défavorisés de notre pays.Ce qui est en cause et l'essentiel de mon propos, ce sont les finalités de notre croissance et le modèle qui devra l'inspirer.La qualité de la vie de tous Il faut replacer la croissance dans sa véritable perspective sociale et la remettre au service de tous les hommes de notre société et du monde.La croissance économique telle qu'exprimée par exemple à l'aide d'un indice comme le produit national brut s'attache trop uniquement à l'aspect quantitatif de l'accroissement de la richesse nationale, mais ne tient généralement pas compte de l'aspect distribution de cet accroissement.La notion de développement intègre la croissance et s’attache à en assurer les retombées sur tous les individus d'une société de façon à améliorer la qualité de la vie de tous.L'économiste Sismondi disait: «Le but de la société humaine doit être le progrès des hommes, non celui des choses».Dans la même veine, Alexis Carref écrivait: «Le développement de la personnalité humaine est le but suprême de la civilisation.» Pour redonner aux hommes de notre temps le sens de l'effort et de la satisfaction de vivre, il faut les resituer dans une véritable perspective de développement socio-économique.Dans les termes du professeur Gérald Fortin, «développer une société veut alors dire prendre les actions nécessaires pour que chacun des citoyens puisse Mt ¦ .ÿs.Su*® épanouir pleinement ses ressources plus ou moins limitées.Développer une société devient synonyme de rendre adulte chacun de ses membres».Les matériaux de base du développement ne sont plus les capitaux ou la volonté de puissance d'une bureaucratie, mais les possibilités et les talents des êtres humains.Cette conception repose en dernière analyse sur la foi dans les capacités des hommes d'assumer leur propre développement.Le développement ne viendra jamais du dehors ou d'en haut mais du dedans et par en bas.Il n'est pas possible à un étranger de donner à un homme l'orgueil et la confiance en lui.Cela doit être créé par l’homme, par ses propres actions.Ce serait faire de l'angélisme que de prétendre que le développement étant affaire de promotion des capacités personnelles, il faut répudier tout système socio-économique et laisser à chacun le soin de créer ses propres conditions de maturation de ses ressources.Nous courrions droit à l'anarchie.Au contraire, la société doit fournir à ses membres un modèle de développement qui photo: direction générale du tourisme intègre les valeurs humaines essentielles: la dignité, la fraternité, l'égalité, la liberté.Il doit y avoir un cadre d'action fondé sur des principes simples qui permettent d'assurer le progrès de l'ensemble de la société par le développement des ressources de chacun.Quand les pionniers de Rochdale ont fondé la première véritable coopérative, les objectifs fondamentaux qu'ils se sont fixés apparaissent dans leurs statuts sous l'énoncé suivant: «la société a pour objets et pour plans de prendre des arrangements pour l'avantage pécuniaire et pour l'amélioration des conditions sociales et familiales, de ses membres .» Plus qu'une nouvelle formule juridique de propriété, c'est un véritable projet de développement qui intègre l'économique et le social que formulent les fondateurs de la coopération.r X * Les principes qu'ils se donnent pour s'assurer que ces bonnes intentions deviennent toujours davantage réalités sont peu nombreux mais d'une efficacité éprouvée.Ils nous sont parvenus pratiquement intacts.Ces principes ont donné naissance à des règles qui visent à assurer aux usagers, la propriété, le contrôle démocratique effectif et les bénéfices de l'entreprise coopérative d'une part.Mais aussi, et certains ont tendance à l'oublier, ils visent par l'éducation et la coopération entre coopératives à créer un véritable mouvement de solidarité formé de membres résolus à partager leur idéal et à transformer les conditions générales de leur milieu, de la société où ils vivent et du monde.Le modèle coopératif existe ! Il me semble que l'heure est venue où il ne suffit plus aux coopérateurs de développer leurs entreprises individuelles mais où il faut imprégner la société entière de leur idéal.Plusieurs conditions sont réunies qui nous dictent ce devoir.Les hommes de sciences commencent à s'interroger sérieusement sur le sens du progrès technique.Les économistes, devant les difficultés pro- / 9 photo: information canada duites par notre système, cherchent une alternative raisonnable.À noter l'apparition depuis quelques années d'indicateurs sociaux dans l'appareil statistique du Conseil Économique du Canada.Des hommes politiques ont manifesté leurs bonnes intentions dans des slogans comme «la société juste », la « qualité de la vie ».Nous pouvons leur offrir le modèle qui leur permettra de remplir leurs promesses.Il est déjà fort bien implanté au Canada.Cela ne sera pas facile, mais le temps apparaît propice aux coopérateurs de convaincre l'ensemble de la société et les différents niveaux de gouvernement de l'alternative que représente la coopération, à la croissance trop souvent déshumanisée que nous connaissons.Malgré la faiblesse des moyens de nos origines, nous pensons avoir suffisamment fait nos preuves pour ne plus devoir sans cesse recommencer à expliquer nos caractéristiques propres, chaque fois qu'il nous faut faire valoir nos droits, face aux gouvernements.Il me semble qu'il n'y a plus de prétextes possibles pour justifier l'ignorance et une mé- connaissance de la réalité coopérative, que manifestent encore certains hommes publics et hauts fonctionnaires, pourtant par ailleurs fort cultivés et bien renseignés.Et l'action des gouvernements?Une analyse rationnelle de la situation, dans la perspective du bien commun à poursuivre, devrait normalement déboucher sur des gestes gouvernementaux permettant d'étendre davantage les bienfaits de la coopération.Ce que nous demandons entre autres aux gouvernements, comme manifestation de leur volonté politique de privilégier le développement par la formule coopérative, est de s'assurer que leur législation générale tient toujours compte de la présence des coopératives et des exigences que comportent leurs modalités particulières d'organisation, de répondre aux besoins véritables dans la législation propre à la coopération et de consentir l'aide financière nécessaire avec la même générosité qu'ils le font pour l'entreprise privée ou pour les sociétés multinationales. Solidarité et intercoopération Il ne me semble pas y avoir de chance d'arriver à nos objectifs dans un minimum de temps, si nous ne débordons pas les sentiers que nous avons suivis jusqu'à maintenant.Il nous faudra, par exemple, collectivement intensifier nos efforts d'information et d'éducation et mettre l'accent sur la solidarité à développer par l'intercoopéra-tion.L'implantation de la formule coopérative dans beaucoup de secteurs d'activités économiques a été longue et difficile.Les résultats obtenus jusqu'à présent sont encourageants.Mais l'objectif d'étendre les bienfaits de la coopération à toute la population et d'être reconnus par les divers niveaux de gouvernements, pour se réaliser, va exiger que nous projetions un message beaucoup plus cohérent.Il me semble que si la coopération entre coopératives peut produire des résultats valables pour l'ensemble du mouvement coopératif, c'est bien dans le domaine du message coopératif que cela a le plus de chance de se produire.À I heure actuelle, chaque secteur, chaque fédération, chaque coopérative a, la plupart du temps, ses propres moyens d'éducation et de communication.On y est cantonné presque exclusivement à ses activités et préoccupations particulières.Cela est tout à fait normal, mais il nous est permis de douter que nous pourrons ainsi atteindre, informer et éduquer le grand public.Il me semble que nous devrions commencer à nous interroger sur des façons de porter, dans chaque foyer, le message coopératif, son projet social et ses principes d'action.Il m'est difficile d imaginer qu'un instrument particulier ou un groupe particulier puisse y parvenir.Les hommes de notre temps sont trop sollicités par toutes sortes d'idées empruntant de multiples moyens de pénétration pour que cela soit possible.Mais ensemble, en nous donnant la main, il est possible de I espérer.Il n'est peut-être même pas nécessaire de créer des mécanismes nouveaux.Une ligne de pensée et d'action commune sera sans doute suffisante.Sans renoncer à nos personnalités propres Il n est pas nécessaire de renoncer à nos personnalités propres pour travailler ensemble.Au J contraire, pour faire équipe efficacement, il faut accepter d'être différents pour pouvoir mieux se compléter.L'expérience nous l'a prouvé, les coopératives de milieux et de secteurs différents sont capables de collaborer dans la poursuite d'objectifs communs.Il est bien évident qu'il y va de l'intérêt de tous d'être solidaires dans les batailles que nous aurons à livrer ensemble dans la poursuite de nos objectifs.Les dirigeants du mouvement coopératif, peu importe où ils se trouvent, devront se concerter davantage pour soutenir de telles positions, soit auprès de leurs membres, soit auprès du public en général.En tant que militants du mouvement coopératif (et ici j'inclus autant les dirigeants que les cadres), nous ne pouvons accepter aveuglément le système actuel, même si parfois nous sommes dans l'obligation de composer avec lui.Notre but ultime est de travailler au bien-être de tous les mêmes hommes, de toutes les familles et spécialement pour ceux et celles qui, malheureusement, sont très souvent victimes d'un système économique et d'une philosophie politique beaucoup plus axés sur le capital que sur l'homme.Rappelons-nous que l'entreprise coopérative est d'abord un regroupement d'hommes et de femmes avant d'être un regroupement de capitaux.Tous et chacun d'entre nous devons être des fervents et des ferments de la justice sociale. Les Caisses populaires et le développement du Cameroun ENTREVUE AVEC JEAN-LOUIS ROULEAU R.D.Vous avez, il y a quelques années, participé à une expérience de coopération en Afrique.Dans quels pays avez-vous séjourné et à quel titre ?J.-Ls.R.Jai été au Cameroun pendant deux ans, soit de juillet '72 à juillet '74.J'habitais à Yahoundé, la capitale du Cameroun.J'étais conseiller technique auprès de «l'Œuvre de l'Épargne » du diocèse de Yahoundé .R.D.Est -ce que la formule coopérative est répandue en Afrique?Peut-elle, par ailleurs, être utile aux gens de ce milieu ?J.-Ls.R.La formule coopérative telle qu'on la connaît ici n'est pas tellement répandue.Les «crédit unions» sont assez bien implantées dans quelques pays.Par exemple, au Ghana, au Zaïre, au Kenya .Certaines expériences sont également en cours au niveau des coopératives d'épargne et de crédit au Cameroun et en Haute- Volta.En fait, en ce qui concerne du moins l'Afrique équatoriale, le mouvement coopératif n'est pas tellement présent.La formule coopérative pourrait, par ailleurs, être réellement utile aux Africains .Dans le contexte mondial actuel, c'est une formule d'avenir.Il est dommage, cependant, de constater que dans certains milieux gouvernementaux, on «craint» la formule coopérative qui privilégie, on le sait, l'éducation « à la base ».R.D.Lors de votre séjour, quelle a été l'approche que vous avez privilégiée au niveau de votre travail quotidien ?J.-Ls.R.Dans un premier temps, j'ai privilégié la formation et l'information des gens et, dans un second temps, l’animation.J'ai également, dès le départ, mis sur pied un système comptable pour assurer un contrôle efficace des fonds confiés.' * M.Jean-Louis Rouleau a travaillé pendant plusieurs années — à titre d'inspecteur — au sein du Mouvement des Caisses populaires Desjardins.Il est depuis quelques mois à l'emploi de l'Union régionale de Gaspé.12 R.D.Quelles sont, en général, les attentes des Africains ?J.-Ls.R.Soyons honnêtes, ils attendent de l'argent.Ils croient qu'on peut leur apporter de l'argent.Cette attente est d'ailleurs un obstacle majeur à l'implantation des coopératives d'épargne et de crédit.qui ne sont pas des organismes de «bienfaisance» ou de «dons».Les gens attendent aussi qu'on leur fournisse certaines «recettes».Le meilleur insecticide.Le meilleur moyen d'installer un aqueduc, etc.Compte tenu de ces attentes, il faut les amener à prendre conscience du fait que la solution à plusieurs de leurs problèmes n'est ni l'argent «donné» ni certaines «recettes» faciles.Il faut leur faire comprendre qu'il est important de se prendre en main et d'utiliser au maximum les ressources qu'ils possèdent.R.D.Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées dans le cadre de votre travail ?J.-Ls.R.C'est de comprendre les gens, de découvrir leurs aspirations.leur culture.C'est une tâche énorme, mais cela peut être fort gratifiant.Les Cameronnais sont des gens qui vivent près de la nature.Ils sont, pour la majorité d'entre eux, très humains.Ce sont d'éternels palabreurs.Après six mois, j'ai connu certains moments fort difficiles.Je me sentais «dépaysé», «perdu».Par la suite, je m'y suis fait.R.D.Comment réussir à «adapter» la formule coopérative ?J.-Ls.R.Je me suis préoccupé dès le départ à démontrer que je croyais au rôle et à l'utilité des organisations communautaires.Je me suis associé des collaborateurs du milieu.Au début, il est difficile de ne pas nous «transplanter», mais on apprend progressivement à mieux respecter la culture du milieu.Il faut, de plus, accepter d'être critiqué par les gens du milieu et savoir se donner des moments d'arrêt pour évaluer ce qu'on fait.R.D.Le fait que les Africains soient — historiquement et culturellement — enclins à souscrire à des objectifs communautaires a-t-il facilité votre tâche ?JMSP J.-Ls.R.À court terme, oui .Par exemple, ces gens aiment se rassembler pour discuter.mais cette solidarité est, dans certains cas, un peu intéressée et elle ne vient pas toujours d'un sentiment intérieur profond mais plutôt — chez certaines personnes — d'une absence d'autonomie.Cette absence d'autonomie s'explique par l'existence de contraintes sociales que l'on retrouve au sein du clan, du village, etc.R.D.Est-ce que certaines caisses populaires ont pu être implantées?J.-Ls.R.Avant mon départ, il n'y a pas eu de caisses populaires qui ont officiellement été implantées.Il y avait des « pré-caisses ».Je pense que ces entreprises connaîtront le succès à condition que le gouvernement en encourage le développement.R.D.Que pensez-vous de la formation de jeunes cadres africains?J.-Ls.R.Les cadres africains doivent, selon moi, être formés localement.Ils doivent «aller sur le terrain » en plus de se donner une formation théorique.Exceptionnellement, quelques Africains auraient avantage à venir faire de courts stages au Québec.Il faut former des «gens 13 K- 5'^ ’ d'action » et éviter que les gens formés ne travaillent pas dans leur pays.R.D.Faut-il réellement craindre que la formule coopérative ne soit «récupérée» par certaines élites locales ?J.-Ls.R.Si une coopérative est vraiment née d'un besoin, il est improbable que certains individus puissent en tirer d'énormes profits personnels .R.D.Quels sont les dangers qui sont inhérents aux expériences de coopération?J.-Ls.R.Le plus grand danger serait que les gens du milieu ne soient pas suffisamment persévérants.De plus, une certaine indiscipline et un manque de rigueur technique peuvent ébranler la crédibilité de certains projets.En ce qui concerne l'Afrique, il faut susciter l'adaptation de la formule coopérative au milieu africain et respecter la « pensée africaine ».R.D.En vous référant à votre propre expérience, comment concevez-vous la coopération qui pourrait exister entre le Québec et les pays du Tiers-Monde ?J.-Ls.R.Si nous voulons réellement coopérer au plan international, il faut être capable d'offrir non seulement des services financiers mais également les services de ressources humaines.Sur place, il faut collaborer très étroitement avec les gens du milieu.Il faut que la coopération repose sur la consultation et l'échange .Une expérience en Haute-Volta .¦ L'expérience d'épargne et de crédit dans la région de Diébougou, en Haute-Volta, a connu différentes phases : — période de préparation des populations à partir des «groupements villageois pré-coopératifs».(1967) — formation du personnel et campagnes d'éducation coopérative.— mise sur pied de quatre «clubs d'épargne» qui se sont transformés depuis fin 1974 en une structure plus définitive appelée « Caisses populaires d'épargne et de crédit ».(Source: Rapport Préault, F.Q.C.P.D.1975) ¦ La Compagnie internationale de développement régional (France) et la C.I.D.R.Ltée (Lévis) ont parrainé les différents projets d'éducation coopérative en Haute-Volta.¦ Les quatre caisses populaires actuelles sont celles de Dissin, Koper, Dano et Diébougou.¦ En d'autres endroits, le travail d'information et de préparation se poursuit en liaison avec les «groupements villageois pré-coopératifs».(Gaoua, Dolo, Kampti, etc.) 14 Le développement des coopératives du Sud-est asiatique Yvon Daneau ' Au cours de novembre dernier, M.Yvon Daneau était invité par l'Alliance Coopérative Internationale à participer à l'évaluation du travail accompli par son bureau régional de New-Delhi dans le Sud-est asiatique.M.Daneau accomplissait ce travail en collaboration avec trois autres coopérateurs : un de Suède, un des Philippines et un de la Corée du Sud.U y a quelques mois, suite à cette expérience, M.Daneau était invité par la Co-operative Union of Canada et l'Agence Canadienne de Développement International à exprimer son point de vue sur le développement coopératif dans cette partie du monde.Lors d'un séjour dans le Sud-est asiatique, j'ai eu l'occasion d'établir certains constats 1.quant aux besoins des coopératives de ces communautés, 2.quant à leurs relations avec les gouvernements et 3.quant aux incidences culturelles sur le développement.Modifications dans les besoins des coopératives En 1960, lorsque le Bureau régional de l'Alliance Coopérative Internationale situé dans le Sud-est asiatique fut organisé, il était facile et important de transmettre des connaissances (know how) des pays développés aux pays en voie de développement.Les connaissances requises à l'époque étaient plus particulièrement d'ordre général.‘M En 1975, il m'est apparu que les coopératives de la plupart de ces pays avaient besoin de supports et de connaissances beaucoup plus spécialisés et davantage articulés aux conditions économiques et sociales particulières que l'on retrouve dans chacun de ces pays.En effet, la croissance économique des pays visités requiert souvent une plus grande spécialisation des coopératives.Cette spécialisation nécessite un vaste éventail de connaissances reliées aux techniques de la mise en marché, de la promotion des ventes, etc.Par exemple, le désir d'organiser un centre international de commerce (International Trade Centre) à Singapore oblige à organiser des sessions d'étude bien différentes de celles qui à l'origine étaient davantage axées sur l'enseignement des principes coopératifs.En d'autres mots, le travail des coopératives est grandement influencé par les politiques écono- > ^ - - 15 PHOTO: OXFAM CANADA 16 m .J» ' •• >
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