Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Découvrir
Éditeurs :
  • Montréal (Québec) :Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (Acfas),2000-2010,
  • Montréal (Québec) :Acfas, Association francophone pour le savoir
Contenu spécifique :
Avril-mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Interface
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Découvrir, 2008-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
PER ’ADAPTER À LA VITE NUMERI ECOUVR]r LA REVUE DE LA RECHERCHE Énergies bifurquer dès maintenant VOLUME 29, NUMÉRO 2 | AVRIL-MAI 2008 im/avus ^cjawcs ai ci Un regard éthique de surveillance D'autres mond^^o^bles^^^ la topologie/fflpipfé., ON AURAIT DÛ LIRE QUE LE PROJET DE RECHERCHE REÇOIT L'APPUI DE LA FONDATION CANADIENNE POUR L'INNOVATION ET NON DU FONDS CANADIEN POUR L'INNOVATION.FSC Recyclé Contribue A l'utilisation responsable www.fsc.org Certno.SGS-COC-2319 O 1996 Forest Stewardship Council /V Sciences humaines et sciences biologiques Faire du tout plus gue la somme des parties PAR LYNE LÉTOURNEAU Si l’on me demandait quel est le plus beau métier du monde, je répondrais sans hésitation qu’il s’agit de la recherche universitaire.Et si l’on continuait à m'interroger en s’enquérant des raisons qui motivent ma réponse, je ferais état de ma situation privilégiée de chercheuse en sciences humaines travaillant en étroite collaboration avec des chercheurs en sciences biologiques, dont les travaux sont porteurs à divers degrés d’interrogations à caractère éthique et sociétal.Bien que parsemé d’embûches, ce profil de carrière n'a eu cesse d’élargir mon horizon intellectuel et de soutenir l’affirmation de mon individualité professionnelle.En effet, pour un chercheur en sciences humaines, l’intégration fructueuse et dynamique à une équipe de sciences biologiques exige une certaine part de flexibilité dans l’orientation thématique de ses travaux.À l’inverse d’une recherche qui s’organise dans une logique purement disciplinaire, la sienne doit se révéler pertinente dans le contexte des travaux réalisés par ses collègues.En d’autres termes, il doit « arrimer » sa recherche à celle de ses collègues, de manière que ses résultats éclairent sous d'autres angles une programmation de recherche déjà bien établie.Or, pour ce faire, il est indispensable d’accepter d’explorer de nouvelles perspectives de recherche, ce qui, tout en éloignant du noyau dur d’une expertise de départ, fournit le stimulant défi intellectuel d’apprivoiser et de s’approprier des lieux de pensée différents.À s’éloigner des sentiers battus, on peut toutefois risquer de se perdre en raison d’un certain éparpillement dans les activités de recherche, d’un manque de cohérence sur le plan de la thématique générale, etc.Comme l’affirme le dicton, beaucoup trop souvent, « qui trop embrasse mal étreint » ! Cependant, cette expérience porte en elle un puissant potentiel de découverte.Abordée judicieusement en fonction de choix formulés sur la base d’intérêts de recherche véritables, et non de choix dictés par le simple opportunisme, une telle exploration permet souvent de mettre en lu- mière des liens insoupçonnés qui enrichissent les connaissances de départ tout autant qu’ils les étendent, les transforment et les restructurent.Ceci étant dit, plusieurs chercheurs en sciences biologiques ont une perception limitée, et de ce fait inadéquate, de la contribution que peut apporter un collaborateur issu des sciences humaines.Signe d’une époque axée sur l’innovation, qui constitue aujourd’hui la clé de voûte de tous les discours portant sur la science, le « volet sciences humaines » est perçu trop souvent comme devant être « au service » de la recherche en sciences biologiques.Destiné à paver la voie de l’acceptabilité sociale, on le cantonne à l’étude des dimensions éthiques et réglementaires, et à l'analyse de l’opinion publique.Bien qu’utiles, de telles réflexions ne fournissent pas toujours le degré requis d’originalité sur le plan de l’avancement des connaissances.Or, s’y restreindre bloque l’examen d’autres questions intéressantes soulevées par le développement technoscientifique, telles que l’imposition de limites au développement de la science et de la technologie, les responsabilités du cher- cheur envers la société civile prise dans son ensemble, l’intégration de considérations éthiques et sociales dans le traitement réglementaire des produits issus de la biotechnologie, la légitimité de l’intervention de l’État, etc.Le chercheur en sciences humaines ne doit pas craindre de proposer sa vision améliorée d’un «volet sciences humaines ».Toutefois, l’atteinte d’un tel objectif n’est pas toujours aisée.Plusieurs conditions doivent être réunies, dont la volonté authentique de travailler ensemble, le respect mutuel, la confiance réciproque, l’ouverture d’esprit, le désir de faire figure de proue.Or, ce travail de rapprochement est d’autant plus facilité que le chercheur en sciences humaines partage le même environnement physique de travail que ses collègues de sciences biologiques.Il est à déplorer que nos structures institutionnelles universitaires entravent à plusieurs égards ce type d’initiatives, qui s’inscrivent pourtant dans la foulée du décloisonnement et de l'interdisciplinarité réclamés de tous.J’espère qu’à l’avenir, à l’image de mon expérience personnelle, le privilège de travailler en étroite collaboration avec des chercheurs en sciences biologiques sera offert à un plus grand nombre de chercheurs en sciences hu maines.?Lyne Létoumeau Docteure en droit Professeure au Département de sciences animales Université Laval « Plusieurs chercheurs en sciences biologiques ont une perception limitée [.] de la contribution que peut apporter un collaborateur issu des sciences humaines.» 5 | DÉCOUVRIR | AVRIL-MÂHiôôîrj SOUr'cE : LYNE LÉTOURNEAU CETTE PAGE VOUS APPARTIENT écrivez-nous À decouvrir@acfas.c Tribune Science et renaissance de la société Notre société vit le passage entre une époque qui disparaît et l’émergence d’une autre, phénomène largement reconnu.Mais cette renaissance est plus difficile à saisir pour qui envisage notre société de manière passéiste (posf-mo-derne, post-industrielle, etc.).Difficile aussi pour ceux et celles qui trouvent leur sécurité scientifique dans les données les plus fiables en apparence, celles coulées dans le béton du passé.À cause de ce manque de prospective, la dynamique vivante de la société leur échappe.La famille des sciences de la prospective n’est pas une discipline à part, mais une partie intégrante de la pratique de sciences arrivées à maturité.C’est une question d’attitude d’abord, de « quincaillerie méthodologique» ensuite.Les signes de renaissance se manifestent partout : besoins et aspirations des sociétés, science, innovation technologique, société civile, grappes industrielles, personnalisation du travail, souci pour l’environnement, éthique, bref, tous les domaines de notre existence.[.] Qu'on le veuille ou non, nous sommes toujours assis entre deux chaises : d’un côté la renaissance, de l’autre le déclin de la société.À chacun de nous de reconnaître si nous sommes davantage des citoyens chercheurs ou des chercheurs citoyens.de temps à autre.Alejandro Rada Donath Sciences humaines, UQAC Recherche collégiale et innovation Dans un contexte de _____ mondialisation et d’ouverture des marchés, la créativité et l’innovation des PME sont la clé du positionnement stratégique du Québec sur la scène internationale.La force des 35 centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) réside en leur capacité à accompagner, au quotidien, les PME du Québec vers l'innovation, et ce, par de la recherche appliquée, du soutien technique, de la formation ou de l’information.Alors que le gouvernement du Québec soutient activement l’innovation et les PME à l’aide de différents programmes d'aide financière, le réseau Trans-tech travaille à tisser des liens entre les entreprises, les collèges et ses centres.Comme le disait si bien Henry Ford : « Se réunir est un début; rester ensemble est un Conférences de consensus ou boutiques de sciences?Les pays européens utili- nent tout autrement.Organi- sent des dispositifs participatifs originaux, destinés à donner forme au dialogue entre le monde de la recherche scientifique et la société civile.Les conférences de consensus, en particulier, sont devenues un outil fort utilisé pourfournir aux décideurs « une information nuancée sur des sujets controversés».Elles consistent à réunir un panel de io à 15 citoyens qui, après avoir reçu une formation intensive sur le thème choisi, sont invités à formuler des questions à plusieurs experts.Puis, les citoyens préparent un rapport final avec leurs recommandations.Le tout se déroule en un mois ou deux.Les boutiques de sciences fonction- sations permanentes, elles consistent à mobiliser des chercheurs, en général des étudiants de 2e et 3e cycles, pour répondre de manière participative à des demandes de recherche ou de synthèse de connaissances issues de la société civile.Dans le premier dispositif, l’agenda reste fixé par les décideurs; le savoir de référence est celui des experts, dont les citoyens doivent apprendre la « langue » avant de pouvoir dialoguer.Dans le second cas, en revanche, le point de départ du dialogue réside dans les préoccupations de cîtoyens ou de groupes sociaux.Le travail de médiation de la boutique de sciences consiste à «traduire» les préoc- cupations de ses « clients » dans le langage de la recherche scientifique afin que celle-ci, si possible, leur propose une réponse adéquate et appropriée; cette médiation est continue et participative.En raison de la source de leur agenda et de leur permanence, les boutiques de sciences me semblent constituer une forme plus durable de rapprochement entre l’univers scientifique et la société civile que les conférences de consensus.Florence Piron Éthique de la recherche Université Laval 1.(http://egov.wallonie.be/boite_ outils_methodes/pao30904.htm) Consulté le 24 février 2008.progrès; travailler ensemble est la réussite.» C’est encore plus vrai aujourd’hui dans le contexte du changement rapide des technologies et des marchés.Claire Boulé Coordonnatrice, Réseau Trans-tech Chercher, puis rechercher Tout chercheur possède _____ au départ ses propres motivations qui le poussent à faire avancer les connaissances.Peu importe son parcours, son champ d’expertise et les découvertes qui l’attendent, il aura toujours un point en commun avec ses collègues : il aura commencé par chercher la réponse à une question pour ensuite, une fois cette réponse trouvée, s’intéresser à d’autres questions suscitées par cette réponse.Il ne cherchera donc plus, mais « re » cherchera continuellement.C’est possiblement cette quête de réponse, cette soif de savoir qui fera de lui momentanément un «trouveur», mais le plus souvent, un chercheur aura plus de questions que de réponses.Or la recherche est-elle réservée aux seuls chercheurs?Il semble bien que non, puisque chaque citoyen cherche et recherche constamment des réponses à ses questions.Ainsi, la recherche ne doit pas être confinée dans les universités et les laboratoires, tout comme elle ne doit pas être l’exclusivité des chercheurs.C’est dans la mise en commun des questions et des réponses des chercheurs de profession et des citoyens chercheurs que l’avancement des connaissances sera le plus considérable.Marie-Ève Mathieu Stagiaire postdoctorale, Université Laval 6 J~bÉCÔÜVRIR | AVRIL-MAI 2008 La rédaction se réserve le droit de réviser les textes. SOURCE : DANIEL LUSIGNAN/HÔPITAL MAISONNEUVE-ROSEMONT SCIENCE Arthroplastie de la hanche C’est au début des années i960 que Sir John Charnley réalisa la première arthroplastie totale de la hanche.Le chirurgien britannique remplaça l’articulation en insérant une prothèse, qu’il avait d’ailleurs lui-même fabriquée.Par la suite, sa méthode s'améliora à tel point qu'aujourd’hui, au Canada, on réalise chaque année près de 25 000 arthroplasties de la hanche.Du grec arthron, « articulation », cette opération consiste à restaurer les articulations usées ou ankylosées.À l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, une équipe de chirurgiens se spécialise dans ce type d’intervention.« Nous opérons 600 personnes par année, quatre fois plus qu’il y a 10 ans, souligne le Dr Martin Lavigne.Nos patients, dont l’âge moyen se situe autour de 65 ans, désirent poursuivre leurs activités physiques le plus longtemps possible.Même si certains peuvent vivre avec une hanche usée ou douloureuse, beaucoup choisissent l’opération afin d’améliorer leur qualité de vie.Mais c’est chez les patients de moins de 50 ans qu’on note l’augmentation la plus importante d’arthroplasties.» À la fois chercheur et chirurgien orthopédiste, le Dr Lavigne apprécie de travailler sur deux tableaux en même temps.Cette situation lui permet d'optimiser l’avancée de ses recherches en étant lui-même un uti- lisateur.Dans ses travaux actuels, financés par le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), il tente de qualifier les différences entre les modèles de prothèses, ou implants, afin que la rééducation d’un patient soit le plus rapide et le plus normale possible.Il étudie aussi les techniques d’insertion d’implants qui sont moins effractives et qui permettent de préserver au maximum les tendons et les muscles.Les deux types d’implants étudiés par le Dr Lavigne sont ceux qui sont privilégiés par l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont : les prothèses courantes à tige fémorale et les prothèses de resurfaçage.«L’implantation d’une pro- thèse à tige fémorale mène à une arthroplastie totale de la hanche, alors que celle d’une prothèse de resurfaçage mène plutôt à une intervention, beaucoup moins effractive, explique le chercheur.Pour la prothèse à tige fémorale, on insère une tige directement dans l’os de la cuisse, le fémur.Pour ce faire, on coupe une par- tie de l’os à la hauteur du col pour la remplacer par la tige.Le bout de cette tige a la forme d’une demi-boule faite d’un mélange de carbone, de chrome et de cobalt.Ce bout s'articulera avec une autre pièce métallique fixée au bassin et ayant la forme d’un demi-pamplemousse creux.C’est cette dernière pièce qui jouera le rôle de l’articulation.Quant à l’autre type d’implant, la prothèse de resurfaçage, il a l’avantage de conserver la presque totalité de l’os parce qu’on n’a pas besoin de le couper.On n’installe qu'une tête fémorale directement au bout de l’os ainsi qu'une pièce métallique au bassin.Aucune tige n’entre alors dans le fémur.» Une des études du Dr Lavigne et de son collègue, le Dr Pascal-André Vendittoli, menée auprès de 191 patients, visait à comparer ces deux types d’implants.Les premiers résultats laissent penser que les prothèses de resurfaçage surpassent les prothèses à tige fémorale, du moins à court terme.En effet, un an après leur opération, 72 p.100 des patients ayant reçu une prothèse de resurfaçage avaient repris leurs activités sportives, par exemple, contre 39 p.100 des patients ayant subi une arthroplastie totale.De plus, l’arthroplastie de surface entraîne un séjour plus court à l’hôpital et un plus grand pourcentage de retour au travail : 96 p.100 dans le premier cas contre 66 p.100 dans le deuxième.Un autre avantage important est la préservation de l'os fémoral.Cependant, les deux sortes d’implants sont ex æquo en ce qui concerne le taux de satisfaction des patients et le taux de complications postopératoires.Ces dernières comprennent notamment des dislocations, des fissures ou des fractures de l’os fémoral, ou encore, des infections.« Bien que nous n’ayons pas encore de données à long terme, nous mettons beaucoup d’espoir dans les prothèses de resurfaçage, conclut le Dr Lavigne.Elles sont utilisées plus fréquemment en Amérique du Nord depuis le début des années 2000, mais en Europe, les chirurgiens en implantent depuis plus de 15 ans.» CAROLINE VÉZINA Radiographie d’un patient ayant deux types d’implants : à gauche, prothèse à tige fémorale; à droite, prothèse de resurfaçage.7 DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 SCIENCE Le social fait son entrée dans l’analyse du cycle de vie L’analyse du cycle de vie (ACV) est un outil d’évaluation des impacts environnementaux d’un produit, d’un service ou d’un procédé.Pour l’équipe de recherche du CIRAIG-UQAM, le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services, cet outil, qui se veut aussi au service d’un développement plus durable, est encore nettement incomplet.En effet, l’ACV ne tient pas compte d'un aspect pourtant fort important : la dimension sociale.Dans un contexte d’échanges planétaires, l’ACV permet d’évaluer les impacts d’un produit ou d’un service «du berceau au tombeau ».Si elle est reconnue pour sa capacité à éviter le déplacement des impacts environnementaux d’un maillon à l’autre du cycle de CIRAIG a développé une méthodologie innovatrice intégrant les impacts sociaux au cycle de vie d'un produit.L’approche consiste à recueillir, à chacun des maillons de production, des indices d’impacts sociaux à l’aide d’indicateurs : de l’environnement, de la société et de l’économie.Souhaitant entamer leur processus de validation avec un produit simple, les chercheurs du CIRAIG ont d’abord choisi la tomate de serre, son statut de deuxième légume le Cycle de vie d’un produit Fabrication v Assemblage \ Emballage Acquisition des Distribution Entreposage Transport Utilisation Gestion en fin de vie rv.Réparation 'Y ?Réutilisant Recyclage Les chercheurs du CIRAIG travaillent sur l’intégration des impacts sociaux au concept plus général de cycle de vie d’un produit.Ils ont commencé leurs travaux avec un produit simple : la tomate de serre.y- '/ 9 r ' ^-^ vie d’un produit, un effet pervers peut toutefois s’insinuer dans le processus.Effectivement, certaines entreprises peuvent être tentées d’améliorer leurs performances environnementales tout en aggravant des problématiques sociales, telles que la pauvreté.Pour remédier à cette situation, l’équipe de recherche du 8 J DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 heures de travail et périodes de repos, respect des droits humains, organisation du travail, sécurité sociale et avantages sociaux, conciliation travail-famille, etc.Ces indicateurs fournissent un bilan des performances d’une entreprise et favorisent le véritable esprit du développement durable : une approche intégrée plus cultivé au monde et la réalité de sa production industrielle faisant d’elle un bon prototype.L’étonnant parcours de la tomate a révélé l’étendue du «jardin » dont il faut tenir compte.La production des graines des tomates de serre québécoises, par exemple, est la plupart de temps effectuée en Chine.Puis, elles sont traitées en Europe et réexpédiées au Canada, où les semis sont cultivés en Ontario avant, enfin, de revenir au Québec.Cette recherche a démontré que le premier tiers des fournisseurs, soit les producteurs de tomates de serre du Québec, représentaient plus de 75 p.loo des heures de travail du cycle de vie complet.Malgré la sous-évaluation possible des heures dédiées aux activités de production dans les pays en voie de développement, ces chiffres suggèrent que l’entreprise de production des tomates pourrait avoir avantage à investir ses efforts à l’interne et avec ses fournisseurs immédiats.Pour Catherine Benoit, coordonnatrice de la recherche, il est essentiel d’intégrer la considération des aspects sociaux afin de se donner aussi des moyens d’agir sur certaines pratiques humainementques-tionnables.En ce sens, il est indispensable d’équiper les décideurs d’un tel outil non seulement pour rendre les entreprises plus responsables, mais également pour offrir aux consommateurs des produits acceptables au point de vue social et environnemental.Bien que le CIRAIG, un regroupement stratégique du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) et du Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT), soit un leader international quant à l’analyse du cycle de vie, la recherche canadienne portant sur le volet social n’en est qu’à ses débuts.Dans un contexte de développement durable et de responsabilité sociale des entreprises, il.se révèle impératif de faire la lumière sur les impacts et les bénéfices sociaux réels engendrés par la production.L’économie n’est pas une fin en soi, mais bien un moyen pour contribuer au développement des sociétés.PEGGIE GOSSELIN SCIENCE D’autres mondes possibles: la topologie symplectique Trouver comment faire passer un chameau par le chas d’une aiguille sans déchirer l’animal, mais en l’étirant et en le déformant à volonté.Imaginer des espaces où les notions de cercle, de distance et de parallèles n’existent pas.Concevoir des espaces et des outils mathématiques qui aident les physiciens dans leur tentative d’unifier les grandes théories qui régissent notre univers.Voilà quelques-uns des rôles que se sont donnés la topologie et la géométrie symplectiques.Mais au-delà même de tout lien avec le monde réel, ces jeunes sciences sont aussi l'expression du moteur fondamental de l’avancement des connaissances : l'imagination.«Les mathématiciens se fichent de savoir que le monde est tel qu’il est.Ils veulent plutôt comprendre tous les mondes possibles, qu’ils soient réels ou virtuels», lance avec passion François Lalonde, professeur au Département de mathématiques et statistiques de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en géométrie différentielle et en topologie.Ce chercheur, dont les travaux sont en partie financés par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT), tient à préciser que malgré le lien très étroit qui existe entre physique et mathématique théorique, l’attitude des acteurs de ces deux disciplines diffère.« Les physiciens veulent réaliser des expé- thématiciens comme Vladimir Arnold et Mikhaïl Gromov lui ont donné sa forme mathématique actuelle.La topologie symplectique est encore plus jeune.Elle existe seulement depuis 1985.« La topologie symplectique est en quelque sorte le livre dont un des chapitres serait la géométrie symplectique», explique François Lalonde.dant, la complexité de cette discipline dépasse rapidement celle des représentations dans le plan.En effet, les mathématiciens généralisent la structure symplectique à des dimensions supérieures et travaillent le plus souvent dans des espaces de très grandes dimensions, voire de dimensions infinies.Ce sont ces espaces qui permettent, par exem- ^00® La topologie concerne l’étude des déformations spatiales par des transformations continues.Dans ce type de recherche, il est permis de modifier des objets, sans les rompre.Cette branche des mathématiques permet même de transformer une tasse en beignet (ou tore, en termes mathématiques).riences dans le monde qui existe.Les mathématiciens, quant à eux, n’ont même pas la prétention d’affirmer qu’un espace est plus réel qu’un autre.» Bien qu’elle ait puisé ses sources aux 18e et 19e siècles dans les travaux des physiciens Lagrange et Hamilton sur la mécanique classique, la géométrie symplectique n’a réellement pris forme que vers les années i960, lorsque des ma- Mais en quoi consistent ces édifices mathématiques?La géométrie symplectique n’est qu’une des multiples géométries définies par les mathématiciens modernes.Ici, les notions classiques de la géométrie euclidienne dans le plan que sont le cercle, la distance et les parallèles n’existent plus.Les triangles, quant à eux, deviennent tous équivalents si leur aire est identique.Cepen- ple, de concevoir et d’exprimer mathématiquement des théories comme celle des supercordes, dans laquelle les particules de matière sont remplacées par de microscopiques cordes vibrantes.La topologie, quant à elle, s’intéresse à définir ce qu'est un espace et quelles en sont les propriétés.Les topologues travaillent à classer les différents espaces, en plus d’en étudier ¦ ‘T/1 ¦mt' Oméga-3 et Parkinson Agence Science-Presse — La consommation d’oméga-3 aiderait le cerveau à combattre la maladie de Parkinson.Une alimentation riche en « bons» acides gras, en effet, permettrait de lutter contre la perte de neurones producteurs de dopamine, l’un des symptômes de cette maladie dégénérative.« C'est un procédé compliqué que l’on ne connaît pas encore bien.Ce que l’on sait, c’est que le cerveau en est avide et les privilégie », explique Frédéric Calon, professeur à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval.Les résultats de cette étude, déjà publiés en ligne, seront décrits dans le numéro d’avril 2008 du Federation of American Societies for Experimental Biology Journal.Au sein du cerveau, les oméga-3 seraient intégrés à la membrane des neurones et contribueraient à la bonne communication des synapses entre elles.Ces acides gras polyinsaturés permettraient même de lutter contre les inflammations et d’autres maladies dégénératives, telle l’Alzheimer.9 | DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 SCIENCE les déformations et les invariants.Par exemple, topologi-quement parlant, un cercle est équivalent à une ellipse, le pre-mier pouvant donner le second, simplement par étirement.De même, en trois dimensions, une sphère est équivalente à un ellipsoïde.D’où la blague de mathématicien : Qu’est-ce qu’un topologiste?Une personne qui ne sait pas distinguer un beignet d’une tasse ! Tous ces concepts mathématiques sont sans aucun doute d’une esthétique fascinante, mais à quoi peuvent-ils bien servir ?En réalité, la géométrie symplectique est le cadre idéal de la mécanique classique, mais aussi de bien des domaines de la physique d’aujourd’hui, comme la relativité générale et la mécanique quantique.Elle permet de solutionner des problèmes tel celui du mouvement d’une planète sous l’influence de ses soeurs et du Soleil (problème à n corps), ceux impliquant des espaces courbes ou à géométrie complexe-comme c’est le cas de notre univers, dont Einstein a prédit une courbure non nulle - ou encore, des systèmes dynamiques, tel que l’on en trouve en dynamique des fluides.Alors, la prochaine fois que vous observerez les remous provoqués par une roche au sein d’une rivière, pensez à ces mathématiciens qui rêvent d’espaces tordus pour exprimer la complexité et la beauté de notre univers.BENOÎT LACROIX Pour en savoir plus : animation sur Wikipedia.org, catégorie Topologie.10 Champions de la compression Plus de trois milliards de téléphones cellulaires sont utilisés actuellement partout sur la planète.Oui sait pourtant qu’une parcelle du génie québécois se cache au cœur de 95 p.too d’entre eux ?Et que ces artisans sont de véritables leaders dans le monde de la recherche en télécommunications, aux côtés de géants tels Ericsson, Motorola ou Nokia ?Au début des années 1990, le Croupe de recherche sur la parole et l’audio (GRPA) de l’Université de Sherbrooke s’est démarqué sur la scène internationale en faisant adopter la technologie ACELP comme standard de compression de la voix dans les téléphones cellulaires de première génération.Les algorithmes d’ACELP se sont ainsi retrouvés au centre des premiers protocoles internationaux qui permettaient d’encoder et de décoder la voix transmise par téléphonie cellulaire.En remportant la compétition contre de prestigieux organismes comme les Bell Labs américains, le petit groupe de recherche universitaire jusque-là inconnu a vraiment accompli un exploit digne d’une médaille d'or aux Jeux olympiques des télécommunications ! « À l’époque, la compression de la voix était la clé de voûte pour faire fonctionner la technologie numérique», raconte Roch Lefebvre, l’actuel directeur du groupe de recherche.La technologie ACELP s’est depuis développée à une vitesse fulgurante, toujours dans le domaine de la standardisation de la compression de la voix.Elle est maintenant partie indissociable des protocoles dont se servent 2,4 milliards d’utilisateurs de téléphones cellulaires et cumule près de 700 brevets dans différents pays.Aujourd’hui associée à la compagnie Voice Age et subventionnée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), l’équipe du GRPA refuse de s’asseoir sur ses lauriers ettravaille d’arrache-pied à améliorer les standards de compression : «L’un des grands défis actuels, c'est d’augmenter la fonctionnalité ou l’étendue des applications des standards existants», explique le chercheur.C’est qu’en parallèle de cette explosion de l’usage des téléphones cellulaires, les besoins de l’industrie en matière de compression de la voix évoluent d’année en année.Les téléphones cellulaires de 2008, dits de troisième génération, sont devenus de véritables petits ordinateurs portatifs, pouvant transmettre fichiers MP3 et vidéo, ce qui augmente considérablement les défis de compression de la voix.Pour illustrer l’importance de ces changements, Roch Lefebvre évoque l’évolution de la télévision : « En téléphonie cellulaire, on est en train de passer de l’équivalent de la télévision en noir et blanc à la télévision couleur! » La technologie ACELP est aussi largement utilisée dans Internet, notamment pour l’usage de la transmission de la voix sur IP (mieux connue sous le sigle anglais VoIP, pour Voice over Internet Protocole), qui permet de communiquer en audio ou en vidéo avec un autre usager.ACELP loge aussi au cœur des protocoles essentiels au décodage des fichiers Signal vocal 0J0J10J0010J10J Flux compressé de bits Encodage (sur DSP, un processeur spécialisé dans le traitement des signaux) La technologie ACELP se trouve également ici Livre audionumérique Radio sur Internet Lecteur MP3 DÉCOUVRIR [ AVRIL-MAI 2008 | SOURCE : ROCH LEFEBVRE/U NI VE RSITÉ DE SHERBROOKE MP3, RealAudio et Microsoft Media Player.« Un autre défi, c’est d’augmenter la fonctionnalité ou l’étendue des standards existants tout en maintenant la compatibilité avec les versions antérieures», explique Roch Lefebvre.Car pour des services utilisés à si grande échelle, on ne peut demander aux fournisseurs et fabricants de changer leurs systèmes et appareils chaque fois qu’un standard est modifié.Il est ainsi primordial de maintenir l’interopérabilité entre les différentes versions des protocoles pour qu’ils continuent à fonc-tionner conjointement.La compatibilité entre les standards, qui varient parfois entre __________science HTHH Régénération: la piste de l’axolotl certains pays, représente aussi un enjeu majeur de la recherche dans le domaine.Près de 20 ans après le dépôt du premier brevet ACELP, l’équipe de Roch Lefebvre fait toujours figure de proue dans le secteur, décrochant pas moins de six standards internationaux depuis 2001.Son prochain défi : développer des protocoles audio universels pour compresser à très bas débit des contenus mixtes de parole et musique en utilisant une technologie unique.Le Graal du codage! Parions qu’avec tous les succès que le GRPA accumule depuis une vingtaine d’années, il a d’excellentes chances d’y parvenir.MARIANNE BOIRE Agence Science-Presse — L’axolotl tient dans le creux d’une main et vit dans l’eau douce.Cette petite salamandre mexicaine possède la fantastique capacité de régénérer la plupart de ses organes endommagés ou amputés : pattes, doigts, cristallin de l’œil.jusqu’au lobe olfactif de son cerveau.Une équipe de recherche de l’Université de Montréal vient d’élucider une < partie du mystère : elle a identifié un gène, le TGF Ri - de la z famille des Transforming Growth Factor-beta -, qui pilote la voie de signalisation cellulaire de la régénération.« C’est le principal acteur exprimé au moment de cette reconstitution », relève Mathieu Lévesque, doctorant en biochimie.Actif au cours de la première phase de la régénération chez l’axolotl, l’importance du TGF Ri vient d’être démontrée dans un récent article publié sur le site de PloS ONE.Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies L'innovation sur mesure.Nos bourses en milieu de pratique BMP Innovation Former ensemble pour innover, un choix intelligent et payant ! BMP Innovation veut développer le potentiel et la culture d'innovation dans les entreprises, en initiant des partenariats entreprise-université en recherche et développement.•Vous êtes une entreprise qui avez des besoins en R-D?•Vous vous intéressez aux nouvelles connaissances mais ne savez trop comment en tirer profit?•Vous savez qu'il faut innover pour survivre dans votre secteur et vous voulez accélérer le mouvement?•Vous êtes actifs en R-D et vous avez déjà bénéficié des avantages associés à l’embauche d'étudiants boursiers dans votre entreprise?Si vous répondez oui à l'une de ces questions, communiquez avec nous pour savoir comment vous pouvez innover à peu de frais.www.fqrnt.gouv.qc.ca ou www.crsng.gc.ca m^kCRSNG .J NSERC La mission du Fonds Nature et Technologies est de promouvoir et de développer la recherche, d'assurer sa diffusion et d'encourager la formation par la recherche dans les domaines reliés principalement aux sciences naturelles et au génie.Fonds de recherche sur la nature et les technologies Québec E9 E9 C3 EJ n | DÉCOUVRIR | AVRIL-MaT2008~J[ Afrique : ressources minières, environnement et gouvernance « Pauvres », « démunis » : deux termes couramment employés pour désigner les pays d'Afrique.Pourtant, «[.] ils regorgent d’une richesse inouïe», assure Bonnie Campbell, directrice du Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (GRAMA) et titulaire de la Chaire C.-A.Poissant de recherche sur la gouvernance et l’aide au développement, fai- reconnu», ajoute-t-elle.En 2000, face à ces considérations, le Groupe de la Banque mondiale (GBM) commandait une importante étude sur le rôle que la Banque devait jouer dans la promotion des activités au sein du secteur des industries extractives sur le plan international.Le rapport de la Revue des industries extractives (EIR), déposé en 2003, conclut sur une terminer sous quelles conditions législatives, économiques, sociales et environnementales les activités minières seraient en mesure de contribuer au développement durable des communautés et régions africaines concernées.L’équipe de chercheurs, réunissant des experts d’ici et de là-bas, procéda par études de cas portant sur cinq pays : Ghana, Mineurs artisanaux du site de l’Étoile à La Ruashi, au Katanga (République démocratique du Congo).________a sant référence aux ressources minières et pétrolières dont disposent les pays africains.L’ennui, c’est que ceux-ci n’arrivent pas à exercer un contrôle suffisant sur la mise en valeur de leurs ressources : « Il y a des dérapages malheureux dans l’activité minière : de faibles retombées économiques, des déversements de substances toxiques dans l’environnement, des ressources minières qui servent à entretenir des conflits armés, [.] et ce constat est maintenant mondialement série de recommandations divisées en trois grands enjeux : une gouvernance publique et industrielle favorable aux pauvres; des politiques sociales et environnementales plus efficaces; et le respect des droits de la personne.Soutenu financièrement par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), le GRAMA a entamé en 2004 un projet de recherche visant à pousser plus loin le questionnement sur ces trois enjeux.L’objectif était de dé- Guinée, Mali, Madagascar et République démocratique du Congo, en se concentrant chacun sur une des problématiques ciblées par l’ElR.Plusieurs éléments ressortirent des résultats, notamment le fait que les États manquent de capacités institutionnelles et techniques ainsi que de ressources humaines et financières pour assurer le respect et le suivi des réglementations, lorsque celles-ci existent.Les problèmes engendrés par les activités des compa- gnies minières en Afrique n’étaient plus à démontrer, mais leurs causes demeuraient peu documentées.Aujourd’hui, les résultats reçoivent un accueil très positif, selon Mme Campbell.Avant même leur publication, la Commission économique pour l’Afrique, qui tenait une table ronde avec les grands bailleurs de fonds et décideurs du secteur minier, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, tout comme le groupe consultatif mis sur pied à Washington par les grandes institutions financières (GBM, Fonds monétaire international, entre autres), invitaient le GRAMA à présenter les données de leurs travaux.Plusieurs documents méthodologiques produits en cours de projet, tels que des guides pour saisir les effets des activités minières ou pour comprendre comment analyser un code minier, servent à la recherche en Afrique.« Nos résultats ont été repris dans les arènes de décision, note la chercheuse.Il y a des retombées directes à la fois pour alimenter les débats nationaux et internationaux, pour ouvrir l’espace de discussion et pour renforcer les connaissances et les capacités de recherche dans les pays concernés.» Ainsi, par la diffusion des connaissances acquises au cours de ses recherches, le GRAMA contribue à la mise en valeur des ressources au service du développement des pays africains.ALBANIE LEDUC DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 _______SCIENCE EHEO Manger pour survivre à ses brûlures Pour un microbe, les plaies des grands brûlés sont de grandes portes ouvertes fort invitantes.car, une fois entré dans l’organisme, il ne rencontrera sur son chemin qu'un système immunitaire très affaibli.Le risque que l’infection se généralise et tue le patient est alors très élevé.Jacques Bernier, du laboratoire de l’Institut national de la recherche scientifique - Institut Armand-Frappier, cherche à comprendre pourquoi l’immunité des grands brûlés s’effondre.Avec Dominique Garrel, du Département de nutrition de l’Université de Montréal, il tente aussi de mettre au point un traitement basé sur la nutrition.Une stratégie douce pour des patients très fragiles.Quand le corps subit de grandes brûlures, le système immunitaire réagit en deux temps.Tout d’abord, une réponse très forte.Puis, une pha- se où l’on peut dire qu’il devient amorphe.« À la première phase, la forte activation du système immunitaire incite l’organisme à produire une importante quantité d'hormones dites de “stress”, le cortisol notamment, explique Jacques Bernier.Ce sont ces grandes quantités de cortisol qui assomment l’immunité du patient.» Habituellement, cette hormone empêche le système immunitaire de s’emballer.Mais dans le cas présent, c'est elle qui s'emballe.Elle va même jusqu’à entraîner certaines cellules du système immunitaire, appelées CD4+, à se suicider.Or, ce sont ces cellules qui entendent les signaux d’alarme provenant des régions infec- tées etqui indiquentaux cellules guerrières d’aller chasser les envahisseurs.Mais, lorsque le nombre de CD4+ chute, les cellules soldâtes dorment quand les microbes passent.« Notre approche vise à diminuer l'intensité de la réponse immunitaire initiale afin de prévenir la production excessive de cortisol par l’organisme et ainsi éviter la paralysie du système immunitaire.» Or, cette réponse dépend en partie A#*?Les plaies des grands brûlés affectent leur système immunitaire de diverses manières.Ici on peut voir, à gauche, une cellule CD4+, et à droite, la représentation d’une molécule de cortisol, hormone dite « de stress » et entrant enjeu dans la réponse immunitaire initiale.Un outil contre le décrochage scolaire : les portfolios électroniques £/ah &/ah &/a/i £/ûJl Les étudiants disent souvent que ce qu’ils apprennent à l’école est inutile, alors qu’il est reconnu que le manque d’engagement dans leur apprentissage représente un facteur important dans le haut taux de décrochage.Eva Bures, professeure en éducation, évalue comment les portfolios électroniques peuvent remédier à cette situation.Ses travaux aideront les enseignants à mieux utiliser les portfolios électroniques en classe et définiront des critères d’analyse pour évaluer l’apprentissage et la performance des élèves.À l’Université Bishop’s, les activités de recherche et l’enseignement de premier cycle vont de pair.Que ce soit en arts, en sciences humaines ou en sciences de la nature, nous sommes déterminés à relever les défis d’un monde en mutation.L! M V K R S I T E BISHOP’S U N I V E R S I T V www.ubishops.ca Une petite université une grande institution | DÉCOUVRIR | AVRIL-MÂTsôôîrj^ de molécules messagères, les prostaglandines.Et comme celles-ci sont fabriquées à l’aide des gras présents dans notre alimentation, Jacques Bernier a eu l’idée de faire passer de 30 à 15 p.100 la part de lipides dans les repas des grands brûlés.Moins de lipides, moins de pros- taglandines.Donc, un système immunitaire plus calme, des glandes qui ne produisent pas de trop fortes quantités de cortisol et, par conséquent, plus de CD4+ alertes pour réveiller les autres cellules du système immunitaire.Résultat : le taux de mortalité des grands brûlés baisse.Un second changement au menu, l’ajout de glutamine, diminue par trois le nombre de bactéries dans le sang.Ce supplément alimentaire, bien connu des sportifs, augmente le nombre de cellules CD4+, ce qui compense pour leur taux de suicide élevé.«La prochaine étape consistera à reprendre cette expérience dans d'autres hôpitaux pour déterminer comment le traitement en général des patients peut affecter l’efficacité de ce régime alimentaire », ajoute le scientifique.Dans une autre tentative de diminuer la vulnérabilité du système immunitaire, Jacques Bernier s’attaque maintenant aux HDAC.Ces protéines, qu’on trouve dans les cellules immunitaires, collaborent avec le cortisol.Le chercheur veut bloquer leur action pour rendre le cortisol moins efficace et ainsi permettre à ces cellules, surtout les CD4+, de mieux lui résister.« Des bloqueurs de HDAC, il y en a dans certains aliments, par exemple dans les fibres, et on en s’en sert aussi déjà comme médicaments dans la lutte contre le cancer, indique le scientifique.On les connaît assez bien.» BRUNO LAMOLET Jeunes femmes à risque Agence Science-Presse — Ce sont des rencontres amicales qui tournent mal et laissent un goût amer : moqueries dégradantes, coups et blessures, voire viol.La « violence dans les fréquentations » serait courante chez les jeunes, particulièrement chez les jeunes femmes, soutient Torn Caplan, directeur de la Clinique de violence domestique de l’Université McGill.Ces femmes sont généralement plus influençables et possèdent une moins bonne estime d’elles-mêmes que les plus âgées.« Elles subissent aussi beaucoup de pression de la part de leurs pairs pour avoir un petit ami à tout prix », explique-t-il.La violence dans les fréquentations et la violence domestique se ressemblent beaucoup, en commençant par la spirale du cycle de violence, qui peut durer en moyenne.sept ans ! DÉCOUVRIR 1 AVRIL-MAI 2008 | PHOTO : 4U/I STOCK SCIENCE Prof, envers et contre tout Il n’y a pas que les élèves qui décrochent de l’école : près d’un enseignant du primaire et du secondaire sur cinq quitte définitivement sa classe après moins de cinq ans dans le métier.Les conséquences sur les écoles, les finances publiques et les autres professeurs sont énormes.« L’explication la plus plausible est le décalage entre leur perception de l’enseignement et la réalité », dit Christine Le-bel, professeure au Départe- aiderait les étudiants à mieux comprendre pourquoi ils veulent faire ce métier et favoriserait la persévérance », juge Christine Lebel.Avec l’aide du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSO), la chercheuse a donc interrogé des professeurs québécois et franco-ontariens - ayant peu ou beaucoup d’expérience -pour savoir ce qui les fait revenir en classe, jour après jour.Concrètement, elle a demandé On s’est beaucoup intéressé au phénomène du décrochage scolaire, tant celui des étudiants que celui des enseignants.Une étude menée actuellement à l’Université du Québec à Trois-Rivières prend la question à l’envers et cherche à établir ce qui motive les enseignants à persévérer.ment des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières.En effet, même s'ils ont effectué des stages, ils ne se sentent pas préparés à gérer la turbulence d’une classe ou la communication avec les parents.Ce sombre portrait pourrait faire oublier que la majorité d’entre eux restent en poste -et pas seulement pour les fameux deux mois de vacances ! « Si on savait ce qui retient ces enseignants, les universités pourraient mettre en place une formation initiale plus axée sur la connaissance de soi.Cela à une soixantaine d’entre eux de leur relater un événement heureux de leur carrière.Ensuite, elle et son équipe en ont tiré une dizaine d’éléments communs.Par exemple, le mentorat qui n’est pas imposé, l’amour du travail, la reconnaissance des supérieurs et la capacité à travailler sans obtenir de résultats immédiats.Par la suite, l’équipe de Trois-Rivières a demandé à des groupes de quatre ou cinq enseignants de parler entre eux de ces éléments.Pour lancer la discussion, Mme Lebel a pris trois des énoncés au hasard et demandé aux professeurs lesquels étaient les plus semblables, et pourquoi.L’originalité de cette démarche tient notamment à l’outil utilisé : l’analyse de construit.Ce procédé, très nouveau dans les recherches en éducation, consis- te à faire participer les personnes qu’on étudie à l’interprétation des données.« Cela demande aux participants de négocier entre eux pour arriver à une réponse commune.Il s’agit là d'un prétexte pour les faire interagir afin qu’on entende ce CtRCtRC Programme d’aide à la recherche industrielle PARI-CNRC Aider les entreprises canadiennes Le Programme d'aide à la recherche industrielle du CNRC (PARI-CNRC) offre un éventail de services de consultation de nature technique et commerciale ainsi qu'une possibilité d'aide financière à des petites et moyennes entreprises canadiennes innovatrices.Le programme est dispensé par un vaste réseau intégré de 260 personnes réparties dans 100 collectivités d'un océan à l'autre.Travaillant directement avec ces clients sur les lieux de l'entreprise, le PARI-CNRC soutient la recherche et le développement novateurs et la commercialisation de produits et services nouveaux.Pour trouver un conseiller ou une conseillère dans votre collectivité, veuillez communiquer avec nous au : 1-877-994-4727 ou visiter notre site Web, à pari-irap.cnrc-nrc.gc.ca You can obtain this information in English at our web site.1+1 de recherches Canada Council Canada Canada | DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 SCIENCE qu’ils ont à dire », note la chercheuse.C’est aussi une occasion privilégiée pour les participants en question de réfléchir à leur situation, voire de trouver des solutions à leurs problèmes.Les résultats préliminaires montrent que les enseignants avec moins de 10 ans d’expérience persévèrent avant tout pour amener les élèves à apprendre et pour poursuivre la collaboration avec leurs collègues.Ceux qui sont dans le métier depuis 11 à 20 ans ont des motivations additionnelles, dont le plaisir et l’amour du métier.Enfin, ceux qui y sont depuis au moins 25 ans mentionnent plus souvent que les autres qu'il faut apprendre à vivre avec les incohérences du système.Tous âges confondus, un élément majeur de la persévérance est la confiance en soi.« Les enseignants nous disent qu'ils doivent accepter le fait que, même s’ils n’ont pas le contrôle total de leur environnement, ils doivent avoir confiance dans leur réussite », explique Christine Lebel.Reste à savoir comment instiller cette confiance en soi, qui est une aptitude autant professionnelle.que personnelle ! Selon ces premiers résultats, il semblerait que ce soient davantage les savoir-être que les savoir-faire qui déterminent la persévérance.Pour en savoir plus, il faudra toutefois attendre que Christine Lebel rencontre d’autres enseignants - idéalement, plus de 200-au cours des trois prochaines années.Et qu’elle précise avec eux.ce qui les fait rester en classe ! ANICK PERREAULT-LABELLE 16 Chaque chose en son temps Vous croyez pouvoir conduire sans danger tout en entretenant une conversation téléphonique grâce à votre système mains libres?Votre ado vous affirme qu'il apprend mieux ses leçons en regardant la télévision ?Méfiez-vous, car la grande majorité des recherches menées jusqu’ici sur les situations de multitâches ont démontré que celles-ci réduisent les capacités cérébrales et l’efficacité à exécuter chacune d’elles, et qu'elles risquent même de provoquer des défaillances de la mémoire à court terme.Cependant, des données marginales de la littérature scientifique laissent supposer que dans certains contextes, l’ajout d’une deuxième tâche puisse améliorer la performance plutôt que la détériorer.Intriguée, l’équipe du Groupe de recherche en psychologie cognitive de l’Université Laval (GRPC) s’est lancée dans une étude approfondie sur les avantages des multitâches.Sous la direction de Claudette Fortin, les recherches menées avec la collaboration du chercheur Sébastien Tremblay et du doctorant Richard Lapointe-Goupil ont été subventionnées par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT).Centrées sur les no- tions d’acuité attentionnelle et de perception temporelle, elles portent sur l'étude des comportements dans le cadre de tests d’une durée approximative de deux secondes.« De la même façon que les connaissances développées avec des animaux de laboratoire ne sont pas automatiquement transférables à l’humain, ce que nous observons dans un laps de temps très court ne se vérifie pas nécessairement dans des situations plus quotidiennes», explique Claudette Fortin.Mais de telles études peuvent participer au développement d’équipements technologiques dans les secteurs de l'aéronautique ou de l'automobile, où les situations de multitâches sont nombreuses.Elles peuvent également aider à une meilleure compréhension de désordres neurologiques tels que le trouble de déficit de l’atten-tion/hyperactivité et la schizophrénie.Pour ses recherches, le GRPC a soumis des personnes à une De grandes mamans Agence Science-Presse — En Antarctique, mieux vaut être grande pour multiplier ses chances de reproduction.Du moins chez les otaries de l’île Amsterdam, une région aux conditions de vie 5S extrêmes.Les grandes femelles de cette colonie ont enfanté jj|a 71 p.100 des jeunes, contre 27 p.100 pour les moyennes et seulement 2 p.100 pour les plus petites.Les résultats de cette étude s paraissent dans la revue Proceedings of the Royal Society.« Les “ femelles les plus grandes possèdent un plus grand succès repro-o ducteur-pas tant pour le nombre de petits que pour leur capacité à les nourrir», lance Gwénaël Beauplet, professeur au Département de biologie de l’Université Laval.Voilà près de 13 ans que son équipe de recherche suit cette population d’otaries résidente de l’île volcanique située au sud de l’océan Indien.Leur étude porte sur la vie reproductive des femelles.DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 SCIENCE CLIPS avalanche de stimuli visuels pendant environ deux secondes, leur demandant de détecter deux chiffres disséminés dans un océan de lettres.Dans un tel contexte, il existe une période dite «d’aveuglement attentionnel » : un délai au cours duquel le traitement du premier chiffre rend presque impossible la perception du second.Ainsi, si le deuxième chiffre apparaît 300 millisecondes après le premier, le sujet ne le distinguera pas.Mais s’il lui Pour cette étude, les sujets sont isolés en laboratoire et soumis à 200 ou 300 essais au cours desquels ils doivent repérer des chiffres au milieu de lettres et, en même temps, déter-miner le temps que dure la séquence visuelle.Ils parviennent très bien à juger de la différence entre une séquence de 1,7 seconde ou une autre de 2 secondes.S’ils détectent effectivement plus souvent les deux chiffres présentés, la période d’aveuglement atten- -— ^ >> Réponse 2 : Identification du second chiffre » Réponse 1 : Identification du premier chiffre L’équipe du GRPC étudie les avantages des pratiques de multitâches.Ces chercheurs font passer des tests très brefs (2 s) consistant à détecter des chiffres isolés parmi des lettres.Ils mesurent ainsi l’acuité attentionnelle et la perception temporelle.est présenté 500 millisecondes plus tard, il parviendra à le reconnaître.« Des études disaient que cette période d'aveuglement attentionnel pouvait être éliminée si, en plus, on demandait aux sujets d'écouter une musique tout en essayant d’y détecter un cri, précise Claudette Fortin.Nous avons voulu savoir si cet effet de facilitation serait observé avec une seconde tâche requérant une attention constante et nous avons donc proposé d’évaluer la durée de la présentation visuelle dans laquelle il faut discerner les chiffres.» tionnel ne diminue que de 5 p.100 et ils commettent plus d’erreurs, signalant des cibles inexistantes.« On peut penser que, dans les études antérieures, une partie du bénéfice de concurrence était dû au fait qu’en situation de surcharge attentionnelle, les gens risquent davantage de réponses, ce qui révèle l’influence du critère de décision dans l’effet de facilitation.Ainsi, quand on analyse tous les aspects de la performance, on déduit qu’il n’y a finalement pas de réel avantage à ajouter une seconde tâche.» FABIENNE CABADO Les 9 et 10 mai 2008 partout au Québec Venez voir la science Boucar Diouf, porte-parole de l'événement durant l'événement -1 Consultez le programme des activités au www.science24heures.com Le site sera en ligne le 11 avril.Participez au concours! Développement économique.Innovation et Exportation a 1 EJ EJ Québec tm Avec la participation de : • Conseil de la science et de la technologie Science °Tous ! O09k I 17 DÉCOUVRIR | AVRIL-MATzôciïrjj N SCIENCE Génomique L’apport La génomique est une discipline scientifique qui a pour but d’inventorier l’ensemble des gènes d’un organisme vivant et d’étudier leurs fonctions.Son développement même repose sur sa capacité d’analyser les milliards de données constitutives de ces gènes.La macromolécule d’ADN, par exemple, est un alignement précis de 3,3 milliards de paires de bases ; s’il y a un problème avec une seule de ces paires, une maladie peut émerger.Le progrès de la génomique est ainsi directement lié à l’apport de deux autres disciplines : la biostatistique et la bioinformatique.« Nous nous retrouvons aujourd’hui avec d’énormes bases de données que nous ne sommes pas en mesure d’analyser et de stocker efficacement», explique Tibor van Rooij, directeur, bioinformatique, au Centre de pharmaco-génomique de Génome Québec et de l’Institut de cardiologie de Montréal.La génomique connaît déjà de nombreux succès : des chercheurs réussissent à établir des corrélations importantes entre certains gènes et des maladies, et leurs travaux sont en train de révolutionner le monde médical.«Cependant, leurs outils d’analyse se révèlent de plus en plus inadéquats pour le type et la quantité de données générées par nos plateformes numériques à haut débit.De plus, nous manquons de personnel pour traiter cette masse d'information ettravaillerà de la bioinformatique et de la son incorporation dans un système d’analyse intégré, accessible aux chercheurs et aux cliniciens», poursuit ce bioinformaticien d’origine néer- versité McGill, a mis au point le logiciel FlexArray, qui sert à l'analyse statistique des puces d’ADN.Une «puce» est un ensemble de molécules d’ADN, Carole Jabet.Les chercheurs du projet de pharmacogéno-mique, entre autres, sont en train de l’adapter à leurs besoins.» P*1* | PCA plot o< expceîî»on~ Data socace: I Al selected data Maintenant que le génome humain est cartographié, se pose le problème de l’analyse des données.C’est là qu’entrent en jeu la biostatistique et la bioinformatique.Ci-dessus : capture d’écran du logiciel FlexArray, disponible gratuitement dans Internet et créé par l’équipe du Dr Robert Nadon, de l’Université McGill.o O < O landaise.Carole Jabet, vice-présidente aux affaires scienti-fiques de Génome Québec, ajoute : « Nous essayons de remédier à ce problème en recrutant des experts de l’étranger, car il est vrai que nous ne formons pas suffisamment de personnel dans le domaine.» Un outil d’analyse récemment développé au Québec pourrait cependant être d’un apport important.En effet, Robert Nadon, biostatisticien et chercheur au Centre innovation Génome Québec et Uni- ou d’oligonucléotides, d’une longueur de quelques dizaines de nucléotides, fixées sur une lamelle de verre ou un autre substrat.Grâce au logiciel, les chercheurs peuvent, par exemple, quantifier le niveau d’expression des gènes dans une cellule d’un tissu donné, à un moment donné et dans un état donné.Compatible avec Microsoft Windows et offert en ligne gratuitement, cet outil est déjà fort bien reçu.« Une centaine de personnes l’ont déjà téléchargé, souligne fièrement Le problème posé par l’analyse des données génomiques s’illustre assez bien dans le cas de la pharmacogénomique, un domaine de recherche qui a pour objet le développement d’une médecine adaptée au code génétique de chacun.Même si les premières études, en cours au Québec, concernent plus modestement la recherche d’intolérances à certains médicaments, ce type de travaux impliquent toujours des cohortes de plusieurs milliers de patients, dont l’ADN DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 | biostatistique doit être prélevé, puis analysé, puis encore, comparé.Si chaque patient possède 3,3 milliards de combinaisons de nucléotides et que les chercheurs veulent les comparer les uns aux autres, ils ont besoin, cela va de soi, de modèles statistiques extrêmement puissants.«Nous n’avons pas de limite côté volume.Ce sont l’organisation et l’analyse adéquate des informations qui représentent un sérieux problème», précise Tibor van Rooij.Pour y remédier, le chercheur a créé le projet pilote PHIMS, pour Pharmacogenomic Health Information Management Systems, ce qui pourrait se traduire par Systèmes de gestion d’information en santé phar-macogénomique.Le but de PHIMS est de rassembler les données en un seul lieu afin que les généticiens, les statisticiens ou les médecins puissent les exploiter selon leurs besoins.Tout cela, bien sûr, dans le respect de la confiden- tialité et des normes sévères «des bonnes pratiques de laboratoire » exigées par la Food and Drug Administration américaine.« La pratique la plus courante consiste à mettre les données, une fois recueillies, entre les mains du biostatisticien », explique Robert Nadon.Mais le statisticien, ou l’analyste de données, entre en scène beaucoup trop tardivement, selon lui.« On nous demande d’analyser les gènes une fois que le travail de collecte est terminé.Or c’est là une grave erreur : si les études sont mal effectuées, elles génèrent de fausses données.» D’où l’importance de faire appel au biostatisticien ou à la biostatisticienne dès le début d’une recherche.Il souhaiterait aussi que les études puissent être financées pour leurs mérites statistiques tout autant que médicaux, comme c’est le cas au National Institute of Health des États-Unis.«Pour l'instant, notre participation est inéquitable, bien qu’elle soit tout aussi vitale », ajoute le chercheur.Dans la recherche de gènes « candidats » potentiellement impliqués dans le développement de maladies, par exemple, une étude peut être bâclée parce qu'on n’a pas porté assez attention à la planification expérimentale avant le début de la collecte des données.«Mais la situation commence à changer : les étudiants d’aujourd’hui, qui sont les professeurs et les chercheurs de demain, auront une meilleure formation en statistique.En attendant, nos généticiens et toutes les personnes qui dirigent les recherches médicales se retrouvent souvent devant des phénomènes qu’ils ne peuvent pas expliquer», souligne Robert Nadon.L’an dernier, l’Université de Montréal a remis le premier doctorat canadien en bioinformatique à Emmanuelle SCIENCE [ Permal, dont les travaux portaient sur « la structure tridimensionnelle des génomes viraux à ARN ».Ses résultats ont révélé «l’existence de motifs structuraux essentiels à la survie des virus de l’hépatite B, de l’influenza de type A et de l’immunodéficience du bovin».Ils ont été obtenus grâce à des outils conçus au Laboratoire de biologie informatique et théorique (LBIT) du Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO) et de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie (IRIC) de l’Université de Montréal.La bio-informatique, ce champ de recherche multidisciplinaire où se côtoient et se côtoieront statisticiens, biologistes, informaticiens, mathématiciens et physiciens, est née du développement combiné de la biologie moléculaire et de l’informatique.L’analyse du génome humain, c’est certain, sera l’un de ses importants champs d’application.VÉRONIQUE MORIN l/émergence de la médecine personnalisée La biostatistique, la pharmacogénomique et l’utilisation des biomarqueurs se combinent aujourd’hui pour faire émerger une médecine de plus en plus proche des particularités individuelles.En février dernier, l'Institut de cardiologie de Montréal et Génome Québec ont inauguré conjointement le Centre d’excellence en médecine personnalisée, un centre de recherche visant le développement intégré de ces trois méthodes.Le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de ITCM et professeur de médecine à l'Université de Montréal, explique : «Ce centre permettra le développement de nouvelles approches afin d'optimiser les thérapies, y compris les médicaments, pour le bénéfice des patients dans une perspective de médecine personnalisée.» La création de ce centre par l’ICM n’est pas un hasard.En 2000, le Centre de coordination des essais cliniques (MHICC), spécialisé dans les essais cliniques de grande ampleur, y ouvrait ses portes.Entre 2005 et 2006, on a introduit à ITCM la pharmacogénomique, puis, plus récemment, l’utilisation des biomarqueurs, ces indicateurs biochimiques permettant d’identifier des pathologies.« L’intégration de la pharmacogénomique et des biomarqueurs dans le développement de médicaments améliorera leur efficacité et leur sécurité en permettant dès le départ d’obtenir le bon médicament pour le bon patient à la dose appropriée », souligne le Dr Tardif.19 DÉCOUVRIR 1 AVRIL-MAnôÔ8~J^ Se diviser pour mieux survivre Comment une espèce peut-elle évoluer et changer au point.d’en devenir deux ?« La réponse à cette question nous aide à comprendre la vie et l’émergence de la biodiversité », lance le chercheur Louis Bernatchez, professeur agrégé à l’Université Laval (biologie) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques.Ce genre d’évolution, qu’on appelle « spéciation », est en train de se passer ici, notamment chez les corégones du lac Témiscouata.L’espèce originale se scinde peu à peu en deux espèces distinctes.Les travaux de Louis Bernatchez et de son équipe d’une vingtaine de membres, touchent l’écologie de base des milieux, la capture de poissons, les analyses morphologiques et génétiques, et enfin, l’observation de certains comportements en captivité.«Nous découvrons aujourd’hui avec fascination que l’évolution peut se dérouler en temps réel, dit le chercheur.C’est quelque chose qu'on peut mesurer, qui peut avoir des conséquences sur la santé, l'économie et la conservation de la biodiversité.» Au début, l’espèce utilise tout l’habitat pour se nourrir.« Mais ensuite, les proies diminuent; dès lors, il y a avantage à se spécialiser pour utiliser des ressources différentes », explique Louis Bernatchez.Ce phénomène, loin d’être unique aux corégones, fait partie intégrante de la vie sur Terre, faite d’évolution et d’adaptation.Entre l’espèce originale et la nouvelle en train d’émerger, la reproduction diminue peu à peu.Quand elle cesse tout à fait, c’est aussi la fin des échanges génétiques, et deux espèces biologiques distinctes cohabitent.L’une, paisible, se nourrit defaune ben-thique au fond du lac; l’autre, nerveuse, plus petite, mange du plancton entre deux eaux en se protégeant sans cesse des prédateurs.« Le comportement, la reproduction, la physiologie et les aptitudes à la nage les différencient tout à fait, explique le chercheur.Le nouveau phénotype de co-régone, que l’on dit nain pour le moment, en raffinant en quelque sorte la composition génétique de l’espèce originale, accomplit désormais des tâches différentes.» Reste à voir ce qui s’est passé au point de vue génétique.C’est précisément le but des recherches fondamentales de Louis Bernatchez, soutenues par une subvention à la découverte du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRNSG), amorcées depuis une vingtaine d'années et qui dureront encore longtemps.Le chercheur a déjà mis en évidence les nouvelles combinaisons génétiques du coré-gone nain.Place, maintenant, à la transcriptomique, c’est-à-dire à l'étude du niveau d’expression des gènes sur l'ensemble du génome.«Nous allons tenter de comprendre d'abord comment ces gènes interagissent, puis comment l’ensemble du génome s’y prend pour maintenir des différences physiologiques et comportementales importantes entre les deux populations.» Ces travaux sur la génétique moléculaire à l'œuvre dans la spéciation ont des retombées importantes sur la compréhension et la gestion des écosystèmes.Par exemple, ils aident à déterminer les ingrédients environnementaux qui favorisent la diversification des espèces.De plus, les décideurs s’en inspirent pour bâtir des politiques de conservation d'habitats générateurs de biodiversité.«Qu’apparaissent de nouvelles espèces est une nécessité, 5 histoire de compenser les iné-| luctables extinctions tant na-“ turelles que découlant de l’ac-S tivité humaine », rappelle-t-il.° « Nous rapportons des faits naturels prouvant solidement que l’évolution n’est ni une fabulation, ni une spéculation, ni juste une affaire de dinosaures », affirme le chercheur.GUY SABOURIN Spéciation chez les corégones Échantillon n D i 1 N xTi ^frrïrJn 11, ATI rC ml r JL DNNNNNNNNNNNNNNNDNNNNNNDDDDDDDNDDDNDDDDDDNDDDDDD ma >¦ ni aiai ¦ Mil Le dendrogramme du haut montre la séparation très nette entre les deux groupes de poissons sur la base du niveau d’expression des gènes.Celui de gauche regroupe les gènes sur la base de leur similarité d’expression.Ainsi, un premier groupe est systématiquement surexprimé chez l'espèce naine (D) (parcelles en rouge sous le groupe des corégones nains), alors qu’un second groupe de gènes est surexprimé chez l’espèce normale (N) (parcelles en rouge sous le groupe des corégones normaux).DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 SCIENCE Respirateur artificiel: automatiser le sevrage Chaque année, plus d’un million de personnes en Amérique du Nord se retrouvent branchées à un respirateur artificiel et ce, pour différentes raisons : insuffisance respiratoire aiguë, coma ou chirurgie avec anesthésie générale.En tenant compte du vieillissement de la population d’ici 2025, les chercheurs prévoient un accroissement de 2,3 p.100 par an du taux de patients qui nécessiteront le recours à un tel appareil.Or, le nombre de cliniciens en charge de ces personnes n’aug- mentera pas dans les mêmes proportions.Dans un tel contexte, le projet du Dr François Lellouche, chercheur à l’unité de pneumologie du Centre de recherche de l’Hôpital Laval, est fort bienvenu.Il s’agit de l’étude des bénéfices potentiels d’un système automatisé de sevrage de la ventilation mécanique, en vue de permettre au patient de retrouver son autonomie respiratoire.Notons que la période de ventilation mécanique s’effectue en deux principales phases : la phase aiguë, durant laquelle le patient in-tubé est endormi, et la phase de sevrage, qui consiste en une baisse progressive de l'assistance respiratoire vers un niveau minimal, de façon à pouvoir ainsi évaluer la capacité de la personne à respirer par elle- même.Dans la plupart des cas, la période de sevrage compte pour presque la moitié du temps de l’intubation.« C’est à cette étape que le système avec lequel nous travaillons se révèle efficace, puis-qu’il conduit automatiquement à la décroissance de l’assistance respiratoire et qu’il avertit le médecin du moment où le patient pourra être ex-tubé.Ainsi, un des objectifs est de réduire de 50 p.100 le temps de sevrage, ce qui permettra de diminuer les taux de morbidité et de mortalité chez les patients, de même que le coût global des soins de santé», soutient le Dr Lellouche, dont le projet est subventionné par le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ).Le chercheurtravaille sur un prototype novateur basé sur une automatisation de certaines tâches de la ventilation mécanique : «À partir d’un algorithme intégré au ventilateur et qui s’appuie sur les mesures de la fréquence respiratoire du patient, du volume Sortie Adaptation automatisée de l'aide inspiratoire Sevrage automatisé Données entrantes Fréquence respiratoire Volume courant C02 expiré Algorithme Système de sevrage automatisé Patient / / / /,/,/,!, t 1'i‘ I ' Au moyen d’un algorithme spécifique intégré au système de ventilation mécanique, le Dr Lellouche cherche à réduire de moitié le temps de sevrage des patients utilisant un respirateur artificiel.Instruments de guerre Agence Science-Presse — Hors de la paix qui règne dans les musées, bon nombre de trésors archéologiques deviennent l’enjeu de batailles partisanes, de l’Irak à la Turquie, en passant par l’Afghanistan.Certains archéologues sont même recrutés pour exercer des rôles d’influence dans ces conflits, au nom de la sauvegarde du « patrimoine de l’humanité ».Il n’y a qu’à se souvenir de la destruction des bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan, par les Talibans en 2001.« Certains archéologues adoptent des approches activistes en oubliant les souffrances des populations.En Irak, certains sont même allés jusqu’à justifier l’invasion américaine», soulevait Nicolas Zorzin, doctorant en archéologie de l'Université de Southampton en résidence à Montréal, lors de la deuxième édition de l’événement «Archéologues québécois autour du monde».Prises dans la meule politique ou guerrière, les ressources archéologiques n’existent alors plus comme domaine de recherche, mais seulement comme instrument pour arriver à un but.| DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 SCIENCE Super Ex sciences Bell 2008 \ ?Découvrez les 100 meilleurs projets de cette grande compétition scientifique! Finale québécoise Du 17 au 20 avril École de technologie supérieure 1100, rue Notre-Dame Ouest Montréal Heures d'ouverture au public Jeudi 1 7 avril 1 3 h à 1 6 h Vendredi 18 avril 9 h à 11 h 45 Samedi 19 avril 9h30à12het13hà17h Dimanche 20 avril 9 h 30 à 11 h 45 Renseignements : 514 396-8444 22 (Wgd^s CONSEIL DE DÉVELOPPEMENT DU LOISIR SCIENTIFIQUE .• Réseau CDLS-CLS Université du Québec École de technologie supérieure www.exposciencesbell.qc.ca DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 | courant et du C02 expiré, le système automatisé pose un diagnostic toutes les deux minutes en faisant la moyenne de ces valeurs.» En d'autres termes, l’algorithme reproduit un raisonnement médical et permet le développement d’un protocole standardisé qui prend en compte les connaissances physiologiques sur le patient.«Tout d’abord, le système devrait limiter les risques de fatigue diaphragmatique induite par la ventilation mécanique en évitant les périodes prolongées de sous-assistance respiratoire.En effet, il réagit automatiquement en augmentant l’assistance respiratoire, ce qui permettrait de préserver la fonction diaphragmatique.Ensuite, en évitant la surassis- tance respiratoire, le système devrait limiter le risque d'apnées associées à une désorganisation du sommeil.Enfin, en détectant les situations engendrées par la surassistance respiratoire, il permettrait de maintenir le niveau d'assistance globalement plus bas et, donc, de limiter les asynchronies entre le patient et le ventilateur», précise François Lellouche, qui aura à tester ces hypothèses.Le système automatisé de sevrage constituerait une véritable révolution dans le domaine de la ventilation mécanique.En effet, nous sommes bien loin des tentatives de ressuscitation par ventilation au soufflet, qui avaient cours encore à la fin du 19e siècle.PIERRE PINSONNAULT L’humain à la carte Agence Science-Presse — Mettre l’être humain au centre des cartes.C’est ce que désirent réaliser des chercheurs de l’Université McGill et de l’Université du Maryland (UMBC).« Près de 80 p.100 de notre Terre subit l’influence du genre humain.Pourtant, en regardant les cartes écosystémiques actuelles, on ne le perçoit pas », relève Ravin Ramankutty, professeur dans le cadre du Programme de sciences de la Terre de l’Université McGill ainsi qu’au Département de géographie.Avec Erie Ellis, son collègue de Baltimore, il a élaboré des cartes interactives centrées sur le facteur humain.Une première publication dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment présentait récemment ces biomes anthropiques ou « anthromes », qui constituent des systèmes dans lesquels l’humain exerce une influence : habitats, villages, terrains cultivés.Les chercheurs ont relevé 18 de ces territoires à partir de l’analyse empirique de la population mondiale de même que des terres occupées et utilisées pour l’habitat, l’agriculture et autres fins.ANTHlOfOCENIC HOUES OE THE WOUD r -;- SOURCE : WWW.EOEARTH.ORG SCIENCE Du filet de pêche aux sushis Depuis plus de cinq siècles, les pêcheurs remontaient des fonds des filets chargés de morues qui alimentaient l’économie des Maritimes.En 1991, l’effondrement des stocks semble imminent.Cette année-là, les prises baissent de 40 p.100, ce qui pousse le gouvernement à imposer un moratoire.Aujourd’hui, on constate que ce moratoire encore en vigueur n’aura pas suffi à constituer les stocks de morue franche dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.« Ce fut une onde de choc, on croyait la ressource halieutique infinie », se rappelle Maurice Beaudin, qui travaillait alors à l’Institut canadien de recherche sur le développement régional à Moncton.Cet effondrement dramatique de l’espèce orientera sa carrière de professeur au campus de Ship-pagan de l’Université de Moncton.« C’est là que le concept de valeur ajoutée est devenu le noyau de mes recherches », se souvient-il.Originaire de l’île Lamèque, Maurice Beaudin pêchait avec son père dès son plus jeune âge.Aujourd’hui, avec l'appui de la Fondation pour l'innovation du Nouveau-Brunswick, il allie ses deux passions pour étudier la valeur des produits marins.L’économiste, également formé en géographie, propose une approche complé-mentaire des sciences de la mer.Il croit que « les contraintes de la ressource ne sont pas seulement biologiques ou chimiques, elles sont également socio-économiques».Ainsi, avec ses collègues des sciences naturelles, il apporte une vision qui va au-delà du chalutier ou de l’usine, pour se rendre jusqu'aux marchés à grande surface.Congelé, frais, saumuré.ces termes ne suffisent plus à décrire les produits de poisson d’aujourd'hui.Aussi, Maurice Beaudin a établi une classification «claire et uniforme, qui pourra être comprise par tous, pêcheur, gouvernement, industrie et acheteurs ».Sa typologie, encore en développement, se base sur un concept actualisé de valeur ajoutée.Par exemple, exporter du poisson frais sur le marché japonais, friand de sushis, ne lui donne pas de valeur ajoutée selon la définition traditionnelle puisqu’il n’a subi aucun apport externe.« Dans ma définition, le sushi représente pourtant une très grande valeur ajoutée.Le riz ne coûte pas cher et un sushi requierttrès peu de poisson », précise l’économiste.Aussi, le poisson vendu aux Japonais, même frais et non transformé, constitue une valeur ajoutée.Il permet d’atteindre une grande marge de profit sur de petits volumes.Par ailleurs, valorisation et transformation sont parfois antonymes.Par exemple, le crabe en boîte peut coûter trop cher à produire et laisser une marge de profit ridicule.Maurice Beaudin a relevé que les pêcheurs exploitent plus de 40 espèces marines dans les Maritimes et que les industries les convertissent en 400 produits différents, des huîtres à cocktail aux repas congelés.Selon lui, une vision concertée aidera à naviguer dans la même direction, ce qui ne pourra qu’être fort profitable à une industrie déstabilisée par la rupture de stocks de certaines espèces.« Les industriels commencent à comprendre que, s’il faut être patient avant que la valeur ajoutée ne rapporte, celle-ci permet de s’ouvrir sur de nouveaux marchés », commente le chercheur.De plus, ce pari pourrait profiter aux petites industries locales, car «elles occupent une niche unique dans le marché avec un produit original vendu en petits volumes, mais avec un bon profit ».AMÉLIE DAOUST-BOISVERT TL ¦*•4 L'étude de la ressource halieutique doit intégrer aussi la dimension socioéconomique.La réflexion de Maurice Beaudin sur le concept de valeur ajoutée vise, entre autres, à permettre un meilleur usage de cette ressource.DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 PHOTO : BARRY GREGG/I STOCK ENTREVUE , SCIENCE ET SOCIÉTÉ Normand Baillargeon Former les citoyens à la pensée PHILOSOPHE, VULGARISATEUR SCIENTIFIQUE, PÉDAGOGUE, TRADUCTEUR, I ESSAYISTE, AUTEUR DE JEUX MATHÉMATIQUES ET LIBRE-PENSEUR, NORMAND BAILLARGEON POSSÈDE UN PARCOURS MARQUÉ PAR LA CURIOSITÉ ET L’ENGAGEMENT.JOHANNE LEBEL Durant son enfance au Cameroun et au Sénégal, dans les années 1960, avec des parents coopérants, il côtoie le racisme et l'inégalité, et il en héritera son désir de combattre l'injustice.Son intérêt pour les sciences humaines et pour les modèles mathématiques que l'on peut y appliquer, l'a d'abord mené du côté de l'épistémologie.C’est à Mario Bunge, physicien et philosophe des sciences enseignant à l'Université McGill, qu'il a alors demandé de l'accompagner dans sa démarche.«Très bien, lui répondit celui-ci.Mais pour se lancer dans l'étude critique d'un domaine, il faut d'abord posséder un doctorat dans cette discipline.» Normand Baillargeon commencera donc par un doctorat dans une science humaine - il choisira l'éducation - avant d'en faire un deuxième, en philosophie.Ses très nombreux écrits, articles, essais, traductions, préfaces et autres témoignent d'un esprit encyclopédique.Le suivre, c'est fréquenter tour à tour Bertrand Russell, Lewis Carroll, Gilbert Langevin ou Albert Einstein.Si l'on connaît bien son engagement sur la place publique, il faut aussi rappeler qu'il initie les bacheliers du programme d’éducation de l'UQAM aux fondements de l’éducation et donc à Platon, John Dewey, Pierre Bourdieu et compagnie.Et il le fait, assure-t-il, avec un grand bonheur.f Découvrir : Vous soutenez qu'une formation scientifique est nécessaire au développement d’un esprit critique, et même essentielle pour former des citoyens et citoyennes capables de penser et d'agir dans le monde.Pourquoi est-il si important de former les gens à la pensée rationnelle en général et à la pensée scientifique en particulier?Normand Baillargeon : Je m’inscris au sein d'une tradition de gens de gauche issue du siècle des Lumières et qui comprend des personnes typiquement rationalistes et, sinon anarchistes, du moins proches d'une tendance libérale très radicale.Des gens comme Condorcet, Pierre Kropotkine, Bertrand Russell ou Noam Chomsky.Comme eux, je suis persuadé que la diffusion de la rationalité est essentielle à l'émancipation des individus et à la survie de l’espèce.Ce qui est mis en jeu par là est une conception de l'être humain et de la rationalité : c’est celle que défendait déjà Aristote quand il affirmait que les êtres humains sont faits pour penser et pour comprendre, et qu’il est dans leur nature d’y prendre plaisir.Mais on y trouve aussi un volet politique, la conviction que nous sommes faits aussi pour coopérer et que la rationalité, indispensable à l'émancipation de l’individu, a aussi un rôle majeur à jouer dans la conversation démocratique, c'est-à-dire dans les délibérations, puis dans l'action collectives.Or, sur ce plan, je pense qu'il se livre dans nos sociétés une véritable bataille, souvent occulte, pour façonner l'opinion, et ceci a une grande importance sociale et politique.Considérez, par exemple, ces firmes de relations publiques qui mettent en œuvre diverses techniques et stratégies pour former l'opinion publique.24 ^["DÉCOUVRIR I AVRIL-MAI 2008 ENTREVUE SCIENCE ET SOCIÉTÉ critique nence.Mais si on prend au sérieux l'idéal démocratique, l'existence de telles organisations rend plus urgent 1er, se trouvent les pseudosciences.Il n'est, hélas, pas besoin de chercher bien loin.Par exemple, le livre le plus vendu au Québec depuis deux ans est Le secret.On y soutient, en un mot, que selon une supposée loi physique dite d'attraction, les choses peuvent arriver par la seule force de nos souhaits.Or, avec un minimum de culture scientifique, il se révèle impossible d’adhérer à ces sornettes.On peut éviter de se faire rouler dans la farine de cette imbuvable et même dangereuse mixture de mécanique quantique mal digérée et de pensée positive.Condorcet serait bien désespéré devant le succès de ce livre.Comme il le serait de constater que la majorité des journaux comportent une rubrique quotidienne d'astrologie - alors qu'ils ne couvrent que très peu l'actualité scientifique, notamment celle qui pourrait avoir une si grande portée politique.Découvrir : Vous avez donc trouvé utile de nous proposer un Petit cours d’autodéfense intellectuelle?N.Baillargeon : En effet.J'ai écrit ce livre, vous l'avez deviné, parce que je suis très préoccupé par le fait, d'une part, que la rationalité n'occupe pas toute la place qu'elle devrait dans nos discussions sociales, politiques et économiques, et d'autre part, que la propagande occupe une si grande place dans nos sociétés, où elle ne rencontre que trop peu de résistance.J'ai en fait rédigé le livre que j'aurais aimé que l'on me donne à 20 ans, quand se développait mon intérêt pour toutes ces questions, à la fois scientifiques, philosophiques et politiques.Découvrir : Vous commencez par présenter deux outils indispensables à la pensée critique : le langage et les chiffres.Pourquoi?N.Baillargeon : Il le fallait.C'est que le langage est un outil extrêmement puissant, et cela, tous les charlatans et tous les manipulateurs le savent bien, Je viens justement de faire la présen- encore, pour le citoyen, le besoin de tation de Propaganda, un livre du prin- développer sa capacité à penser de ma-cipal fondateur de cette industrie, nière critique, d’acquérir des savoirs, Edward Bemays (1891-1995).C’est une des concepts et des habiletés permet-lecture fascinante et instructive.En tant d'apprécier les données et les toute candeur, il explique comment informations qui lui sont proposées, on doit utiliser la psychologie, les La pensée rationnelle permet de se sciences sociales et la psychanalyse prémunir contre des discours, parfois pour faire adopter par la masse des séduisants et qui peuvent sembler vrai-gens des valeurs, des comportements, semblables, mais qui ne résistent pas des modes de pensée.Écrit en 1928, à l’analyse.Parmi ces discours, outre ce bouquin n'a rien perdu de sa perti- cette propagande dont je viens de par- | DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 ENTREVUE , SCIENCE ET SOCIÉTÉ depuis toujours.Considérez, par exemple, ces mots qu'on appelle des «mots-fouines».La fouine attaque un nid d'oiseau en gobant le contenu de l'œuf et en laissant derrière elle une coquille apparemment intacte, mais vide.Les mots-fouines font de même pour des.propositions : ils les vident de leur substance.La publicité en raffole.Telle crème contient jusqu'à 60 p.100 de XYZ, dit-on.Le terme jusgw'ù est un mot-fouine et il pourrait bien abomination.Mais cette affirmation l'est aussi.Pour le constater, comptons - ce qui est un très utile outil d'autodéfense intellectuelle ! Selon le conférencier, 48 000 enfants meurent tous les jours ; en multipliant par 365, nous obtenons plus de 17 millions de morts.Au bout de 10 ans, l’Iraq, un pays de 20 millions, aurait donc perdu plus de 170 millions d'enfants.Cet exercice ne demande que le réflexe de réfléchir à une donnée chif- avoir vidé la proposition de sa substance.Peut, aide, contribue sont autant de mots-fouines potentiels.Vous en reconnaîtrez vite de nombreux autres.Mais l’innumérisme est aussi dommageable que l’illettrisme.C'est pourquoi, après le chapitre sur le langage, je propose dans un assez long chapitre des outils de ce que j'appellerais des «mathématiques citoyennes», comprenant notamment un rappel de notions de statistiques et de probabilités.Celles-ci sont indispensables pour tout le monde, y compris les universitaires.Permettez-moi une anecdote.Je participais il y a quelque années à un colloque universitaire, quand un conférencier a affirmé, très sérieusement, que, chaque heure, 2 000 enfants ira-quiens mouraient du fait de l'embargo américano-britannique, et cela depuis 10 ans.Cet embargo a certes été une frée et ne requiert pas un grand savoir mathématique.En fait, quand une donnée chiffrée est avancée, il est crucial de se demander qui a compté, comment a été défini ce qui est compté et comment on a compté.Cela, encore une fois, peut avoir une grande importance politique.En voici un autre exemple.L'an dernier, quand le président américain ou les porte-parole militaires du gouvernement américain parlaient du nombre de morts en Iraq, un chiffre était régulièrement cité dans de nombreux médias : 30 000 victimes.Pourtant, au même moment, les mêmes officiels américains affirmaient, sans semble-t-il être trop gênés de l'inconsistance de leur discours : «We don't do body count!».Précisément à ce moment-là, la revue The Lancet publiait les travaux d'une équipe d’épidémiologistes ayant 26 DÉCOUVRIR 1 AVRIL-MAI 2008 | mené sur le terrain une enquête sur le nombre de civils morts depuis les débuts de la guerre.The Lancet, comme on sait, est une excellente publication, avec comité de lecture.Or, en utilisant des méthodes épidémiologiques reconnues, l'auteur de l'article arrivait à 654 965 morts.Le plus triste est qu'à peu près aucun des grands quotidiens québécois n'a repris cette information - laquelle s'est cependant retrouvée dans la presse indépendante ou «alternative».On le voit avec cet exemple : être vigilant et multiplier les sources auxquelles on s'informe sont deux stratégies efficaces pour assurer son autodéfense intellectuelle.Découvrir : On peut observer, d'un côté, des systèmes de recherche qui multiplient les efforts de dialogue et, de l'autre, des indices de méfiance du public face aux recherches scientifiques.Quelle posture critique un citoyen devrait-il adopter, selon vous, à l'égard de la science?N.Baillargeon : Disons d'abord qu'il y a de bonnes raisons objectives d'entretenir une certaine méfiance.La science est au centre de notre mode de vie; ses effets sont partout, souvent bénéfiques, voire salutaires, mais certains sont aussi dramatiques, et, depuis Hiroshima, on sait qu'il y en a qui sont proprement terrifiants.On peut ainsi penser en ce moment au réchauffement planétaire, domaine où la courbe d'inquiétude ne cesse de monter, ou à la manipulation du code génétique.Toutes ces questions inquiètent le grand public, qui veut, avec raison, y voir un peu plus clair.Mais ce sont des questions complexes.Pour aller à l'essentiel, je dirai qu'une éducation scientifique digne de ce nom est désormais indispensable aux citoyennes et citoyens, et qu'elle doit se doubler d'une véritable compréhension des enjeux politiques de la science et de la recherche scientifique.Ce qui est ici en jeu est d'une importance qu'on ne peut minimiser.Cela dit, il faut dans cette réflexion résister à la tentation du relativisme, qui nous ENTREVUE , SCIENCE ET SOCIÉTÉ ferait réduire la science à un simple discours parmi d'autres, sans plus de prétention à la vérité.Je me suis beaucoup battu et je me bats encore contre un certain relativisme cognitif, qui a malheureusement investi une partie des sciences humaines.Le manque de culture scientifique est la route qui conduit à de telles positions déplorables.Pour ne pas l'emprunter, il faut persister à penser clairement : notre salut passe par l'usage de notre raison.Découvrir : Vous avez justement participé au Science on blogue de l'Agence Science-Presse, dans la section sur la science sceptique.Un blogue est-il un bon moyen d'échanger avec le public ?N.Baillargeon : Le dialogue qu’un blogue permet d'établir avec les lecteurs et lectrices est souvent riche et stimu- N.Baillargeon : Je suis content de pouvoir revenir sur ce sujet, que je n’ai fait qu'effleurer.Il faut selon moi donner à tous les jeunes une éducation scientifique permettant de comprendre le monde d'aujourd'hui.Et je crois qu'il est possible de le faire.Ce que je privilégierais n’a rien à voir avec l'augmentation du nombre de jeunes qui choisissent d'étudier en sciences à l’université : il s'agit plutôt d'atteindre un accroissement massif et qualitatif d’une éducation scientifique offerte au plus grand nombre possible de gens -je soutiens que cette éducation, telle que je la conçois, est accessible à tout le monde.Et, dans mon esprit, elle est encore distincte de l'éducation technologique, celle qui nous prépare à utiliser les technologies dans nos vies privées et au travail.capacité d'envisager des hypothèses autres, la pratique du doute constructif, la reconnaissance du caractère faillible de nos connaissances, et ainsi de suite.On apprendrait aussi que si la science est une aventure humaine exaltante, elle est égalemént inscrite dans un contexte social et politique.À la fin de ce parcours, on peut espérer que les élèves auraient acquis des vertus épistémiques indispensables aux citoyens.Découvrir : En conclusion, pourrait-on dire que pour être un esprit critique, il faut à la fois posséder les connaissances et une certaine perspective sur elles - ce que vous appelez des «vertus épistémiques»?N.Baillargeon : Je pense que c'est bien là l'essentiel.Car ce n'est pas tout de posséder des savoirs : il faut « C’EST EN FAISANT DES GESTES COURAGEUX QU’ON DEVIENT COURAGEUX », DISAIT ARISTOTE.ET C’EST EN TRAVAILLANT SA PENSÉE CRITIQUE QU’ON DEVIENT UN PENSEUR CRITIQUE CAPABLE D’EFFECTUER DES CHOIX ÉCLAIRÉS.lant.Mais l'exercice est aussi exigeant.La personne qui écrit un commentaire s’attend à une réponse rapide et de qualité, et c'est bien normal.Mais tenir un blogue est aussi un plaisir.L'écriture et la réflexion y sont très libres.Tu lis ton journal ; tu discutes avec des gens; un sujet se pointe; tu rédiges; très vite, il y a des réactions.Tout cela est très libre tant sur le plan des sujets que sur celui de la forme.J’ai ainsi pu traiter, en quelques paragraphes, de la mémoire comme source incertaine de connaissance, mais aussi, en plusieurs pages, de l’ouvrage de Richard Dawkin, The God Delusion, qui est le plaidoyer d'un scientifique en faveur de l’athéisme.C’est à regret, et faute de temps, que j’ai dû mettre un terme à cette aventure.Découvrir : Comme éducateur, comment voyez-vous la transmission du savoir et l'initiation à la pensée rationnelle?Dès la première année, et de manière progressive jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire, il y aurait des cours consacrés à la science, selon un programme cumulatif introduisant aux théories et aux concepts des diverses sciences.L'élève y acquerrait peu à peu un vocabulaire spécialisé, des faits et des théories, mais aussi le sens de l'historicité de la science.Il est possible de faire tout cela, et j'insiste, avec un bagage mathématique minimal.On ferait de la sorte un tour des différentes sciences fondamentales : astrophysique et physique, sciences de la Terre, chimie, biologie, écologie, anthropologie, etc.Parallèlement, les jeunes seraient initiés aux vertus épistémiques : l'honnêteté intellectuelle, l’intégrité, la capacité de soumettre à la critique d'autrui ce qu'on avance, une certaine et indispensable méfiance à l'endroit de nos sens et de notre mémoire, la aussi avoir la détermination de s'en servir et les vertus épistémiques que cela suppose.Parfois, comme dans l'exemple sur l’Iraq cité plus haut, il suffira d'avoir le réflexe de s'arrêter trois secondes pour faire un peu d’arithmétique.Plus généralement, on devrait toujours avoir le réflexe de demander : «Comment le savez-vous?Est-ce que cela a du sens?».Et cela s'apprend en s'exerçant.«C'est en faisant des gestes courageux qu'on devient courageux», disait Aristote.Et c’est en travaillant sa pensée critique qu'on devient un penseur critique capable d'effectuer des choix éclairés.La contribution que des citoyens et citoyennes ayant acquis de telles habitudes et habiletés peuvent apporter pour rendre notre monde meilleur est incommensurable, et nous en avons aujourd’hui plus que jamais besoin.?27 DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 JULIE AUGER Sécurité nationale et santé publique Le Canada tient-il compte de la -santé publique lorsqu'il s’agit de sécurité nationale ?« C’est une question en apparence très simple, dont la complexité est insoupçonnée », répond la politologue Julie Auger, qui a analysé cette question au cours de ses études Julie Auger est la récipiendaire du prix Acfas - Desjardins, niveau maîtrise, 2007.Ses travaux sur l’influence du bioterrorisme et des maladies infectieuses sur le processus décisionnel au Canada et aux États-Unis l’ont amenée à réfléchir sur la santé publique en tant qu’enjeu de sécurité nationale.de maîtrise à l’UQAM.Dans un mémoire déposé en septembre dernier, la jeune femme de 25 ans analyse la menace que représentent les maladies infectieuses à la lumière des politiques visant à contenir le terrorisme chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN), ainsi que les pandémies naturelles provoquées par des agents infectieux tels que le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).La littérature scientifique s’enrichit ainsi d’une pensée critique originale que l’Acfas a reconnue en décernant à Julie Auger le prix Acfas - Desjardins d'excellence pour étudiants-chercheurs à la maîtrise 2007.C'est la crise du SRAS, en 2003, qui est à l’origine du choix de son sujet.Fraîchement diplômée en science politique, la chercheuse est alors intriguée par le fait qu’il n’est nullement question de pandémies lorsque les chercheurs abordent la question de la sécurité intérieure.Pourtant, les risques d’épidémies naturelles ou provoquées par un attentat sont bien présents.« Dans un sens, les pandémies naturelles et les actes terroristes à grande échelle doivent être traités par des infrastructures sanitaires similaires.On doit être prêts à répondre rapidement à une grande demande immédiate de soins, par exemple.On doit avoir accès à des laboratoires spécialisés, à des services de sécurité particuliers.C’est pourquoi, à mon avis, les deux menaces devraient être analysées sur un même pied.» C’est justement là que le bât blesse.Cette idée en est encore à ses premiers balbutiements analytiques et pratiques.Avec sa politique de sécurité intérieure publiée en 2004, le gouvernement canadien fait cependant un pas important en reconnaissant la santé publique comme enjeu de sécurité natio- nale, et surtout, en créant l’Agence de santé publique du Canada.Mais Julie Auger met en garde les personnes intéressées par son mémoire.« Il s'agit d’une réflexion théorique.En d'autres termes, je propose des réponses complexes à une question simple ! », précise-t-elle en riant.Au cours de ses études de maîtrise en science politique à l’UQAM, Julie Auger a participé activement aux travaux de la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangères et de défense canadiennes concernant les relations canado-américai-nes en matière de sécurité.Après avoir été agente de recherche à l’École nationale d'administration publique, elle a orienté ses réflexions autour des grands enjeux de sécurité, particulièrement en ce qui a trait au Canada et à ses relations avec les États-Unis.Au terme de ses études, on a offert à la jeune femme un poste d'analyste politique à la Direction générale des politiques de sécurité nationale de Sécurité publique Canada, à Ottawa.Poste qu’elle adore, mais à propos duquel elle ne peut rien dire de plus, la confidentialité des dossiers étant de mise dans son nouvel emploi.Tout un changement pour une femme qui avait connu jusque-là le parcours typique d'une universitaire.Mais elle n’a pas rejeté l’idée de revenir dans ce milieu quand la fonction publique lui aura permis d’accumuler une expérience pertinente.MATHIEU-ROBERT SAUVÉ DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 2007 PHOTO : ROBERT ETCHEVERRY RELÈVE Taiî Les carrefours giratoires : petit tour de la question Si l’on vous demandait quels sont les principaux types d’intersections routières que vous connaissez, vous penseriez certainement aux intersections avec des feux tricolores, ou à celles avec des panneaux «Arrêt».Mais combien d’entre vous songeraient aux L’art de tourner en rond Au début du 20e siècle, la densification des villes et de la circulation automobile commença à provoquer de nombreux embouteillages.Eugène Hénard, architecte parisien, eut alors l'idée originale de placer au centre des intersections problématiques un îlot central, que les véhicules seraient forcés de contourner.Ce type d’intersection, le rond-point, crée un flux ininterrompu de véhicules autour de l'îlot central.Mais, dans les années 1950, la popularisation de l’automobile entraîna de nouveaux problèmes de congestion et les ronds-points perdirent de leur popularité.Cependant, l’idée de tourner en rond ne fut pas délaissée chez les Britanniques.Ainsi, en 1966, au Royaume-Uni, on établit un nouveau régime de priorité.Désormais, les véhicules entrant dans l’intersection devraient céder la priorité à ceux y circulant déjà.Ce changement, allié à plusieurs modifications géométriques, sonna alors l’avènement d’un tout nouveau type d’intersection : le carrefour giratoire.Une intersection qui a fait le tour du monde Depuis, après le Royaume-Uni, le carrefour giratoire a conquis tour à tour l’Europe continentale, l’Océanie, puis toutes les autres régions du globe.En France, le succès est phénoménal : de quelque 500 carrefours giratoires au début des années 1980, on en compte plus de 25 000 vingt ans plus tard ! carrefours giratoires ?Pourquoi un tel succès?En raison de deux principaux atouts que les ingénieurs apprécient particulièrement : la capacité et la sécurité.Aux intersections converties en carrefours giratoires, on observe une augmentation de 30 p.too de la capacité.L’absence de feux ou de panneaux « Arrêt », imposant des arrêts inutiles, se traduit ainsi par une diminution de la durée du temps de parcours.De plus, la conversion des intersections traditionnelles en carrefours giratoires diminue fortement le nombre des accidents -jusqu’à plus de 80 p.100 - et leur gravité.Deux particularités du carrefour giratoire expliquent ces résultats.Premièrement, la présence de l'îlot central, qui oblige les automobilistes à ralentir avant d’entrer dans l’intersection.Deuxièmement, la géométrie générale de l’intersection, qui empêche les collisions violentes à angle droit.Dans les faits, le potentiel du carrefour giratoire est tel qu’un véritable phénomène de mode s’impose parfois de façon incontrôlable.Ainsi, les planificateurs et les entrepreneurs l’implantent souvent, au mépris du bon sens et des recommandations des chercheurs, provoquant des problèmes d’efficacité et de sécurité.Pourtant, chaque mise en place de carrefour giratoire devrait s’accompagner d’un examen de son environnement pour qu’il intègre au mieux, dans sa géométrie et sa signalisation, les particularités régionales et locales telles que la longueur et le poids des véhicules, les limites de vitesse ou le climat.Le Québec entre dans la ronde Actuellement, le carrefour giratoire est en voie de s’imposer au Québec.Si, en l’an 2000, il n’y en avait qu’un seul véritable sur le réseau provincial - il était situé dans le Technoparc de Saint-Laurent-, aujourd’hui, on en compte déjà plus de 50.Cependant, avant de l’introduire à plus grande échelle encore, il est nécessaire de se poser quelques questions.Quelles sont les caractéristiques d’aménagement qui amèneront un résultat optimal, à la fois en termes de sécurité et de capacité ?Devrait-on s’aligner sur les directives anglaises, françaises, australiennes, américaines.?Et quelles sont les S particularités québécoises à prendre en 3 considération pour établir les normes de u construction?En 2002, le ministère des q Transports du Québec a publié un guide de g conception basé sur les expériences étrangères, mais ce document n’a pas force de loi et ne tient pas compte des caractéristiques locales.Les chercheurs veulent donc aller plus loin et adapter au mieux le concept de carrefour giratoire au contexte québécois.pour que nous puissions, finalement, nous aussi tourner en rond efficacement ! LUC PELLECUER ____Concours vulgarisation Le carrefour giratoire, bien implanté en Europe, connaît de plus en plus de succès en Amérique du Nord.Il permet de réduire la vitesse, de diminuer le nombre et la gravité des accidents, et de gérer efficacement la circulation.29 DÉCOUVRIR | AVRIL-MaTTciÔFJ^ RECHERCHE Energies : bifurquer fr > Xj'f //> / ^r/s A/> > PHOTO : C.DOMINGUEZ/SPL/PUBLIPHOTO RECHERCHE maintenant « L'âge d’or que l'humanité a vécu dans les cinq dernières décennies est attribuable à une rente énergétique pratiquement gratuite et continue.Le passage d’un système d’approvisionnement énergétique à l’autre, par exemple de l’énergie musculaire au couple charbon-vapeur et au pétrole par la suite, s’est souvent fait dans la douleur, créant des désordres économiques et sociaux importants.Le prochain ne se fera pas sans heurts non plus.La transition vers le nouvel âge de l’énergie sera semée d’embûches, dont certaines seront très longues à résoudre.Elles sont d’ordre géopolitique, social, économique, technologique et environnemental.» — Gaëtan Lafrance, Vivre après le pétrole, mission impossible?PAR JOHANNE LEBEL ET SYBILLE PLUVINAGE Installation de traitement des sables bitumineux au nord de Fort Mc Murray, en Alberta.LA FIN DE L'ÂGE D’OR Cet âge d'or dont parle Gaëtan Lafrance aura vu l'émergence d'une civilisation planétaire interreliée en temps réel, exponentiellement productive, mobile, créative et batailleuse.Quelque 6,5 milliards d'individus, 26 mégalopoles de plus de 10 millions d'habitants chacune, 1,2 milliard d'internautes, 900 millions d'automobiles.Un tel développement a demandé un effort énergétique sans précédent.À ce jour, près de 900 milliards de barils de pétrole, sans compter le gaz naturel et le charbon, auront permis cet âge du fossile.Mais cet âge d'or, c'est aussi la libération dans l'atmosphère de tonnes de C02 emprisonnées dans la biomasse fossilisée.Un phénomène qui a saturé l'atmosphère de gaz à effet de Serre, provoquant des changements climatiques dont l'effet domino se révèle toujours plus dramatique à chaque nou- veau rapport scientifique : de la fonte des glaciers à la modification des courants océaniques, de la montée des eaux à l'augmentation du nombre de tempêtes extrêmes, etc.LE FOND DU BARIL Nous sommes sur le point de toucher le pic de l'énergie fossile facilement exploitable, ce moment où la production atteint son plus haut sommet avant d'entamer sa dernière descente.Pour ce qui concerne le pétrole conventionnel, le pic serait déjà atteint ou près de l'être, et pour le gaz naturel, ce serait vers 2030.Quant au charbon, les réserves semblent plus abondantes, mais les chiffres sont discutés, l'utilisation est polluante et il est de moins en moins facile d'y avoir accès.Le charbon chinois, par exemple, se trouve actuellement à plus de 1 km sous la surface.Plusieurs pays, dont les États-Unis, tentent de développer du charbon propre, mais ces projets très coûteux ont été retardés, selon New Scientist, de quelques années.31 | DÉCOUVRIR | AVRIL-MÀT~20q8~^[' PHOTO : DAVID DODGE/PEMBINA INSTITUTE PHOTO : WIKIPEDIA.ORG «Toutes les formes d'énergie, du pétrole à l'éthanol, sont désormais sujettes à des rendements pauvres», souligne Gaëtan Lafrance, professeur-chercheur au centre de recherche Énergie, Matériaux et Télécommunications de l'Institut national de recherche scientifique (INRS-EMT).Le pétrole que l'on tire des sables bitumineux, par exemple, en plus d'être prohibitif sur le plan énergétique, implique l’exploitation de larges superficies de terres, sans compter les importants rejets de polluants.Aussi, avec une demande toujours en croissance, la marge de manœuvre se rétrécit-elle.Selon l'Agence internationale de l'énergie, l'augmentation de la demande d'énergie primaire se poursuivra jusqu'en 2030, avec un taux de croissance annuelle de 1,6 p.100.BIFURQUER AVEC LA RECHERCHE Pour que la transition, inévitable, se fasse en douceur, une seule solution : bifurquer dès maintenant vers la sobriété, l'efficacité et les énergies renouvelables.C'est le message qui ressort des travaux de recherche en énergie au Québec comme ailleurs.La modélisation informatique et le développement de nouveaux matériaux ou procédés physicochimiques industriels, sont parmi les principaux objets des recherches.Des recherches transdisciplinaires, interuniversitaires et intersectorielles.Pile à combustible de type PEM (polymer electrolyte membrane) modèle MK5 de Ballard.Cette pile a une puissance maximale de 5 kW.Lorsqu'elle est alimentée en hydrogène et en air, elle transforme l'énergie contenue dans l'hydrogène directement en électricité et en chaleur, et ne rejette que de l'eau.Ce modèle a été produit au début des années 1990.Les piles à combustible d'aujourd'hui peuvent produire jusqu'à 20 fois plus de puissance.Véhicule à hydrogène avec moteur à combustion «classique», mis au point dans le cadre du programme BMW CleanEnergy.LES « NÉGAWATTS >» DES INDUSTRIES CANADIENNES Certains scientifiques estiment que l'on pourrait exploiter aujourd'hui un important «gisement» énergétique tout simplement en augmentant l'efficacité technologique.Ainsi, selon Nicolas Galanis, professeur-chercheur à l'Université de Sherbrooke, si l'on arrivait à récupérer ne serait-ce que la moitié des pertes énergétiques des Répartition des usages du pétrole Usages du pétrole Pourcentage Transports 58 Chauffage, production d'électricité 36 Pétrochimie 6 ______ SOURCE : LEFÈVRE-BALLEYDIER, L'APRÈS-PÉTROLE: LORSQUE LES PUITS SERONT À SEC, PETITE ENCYCLOPÉDIE LAROUSSE, 2006.industries canadiennes, l'impact environnemental équivaudrait à ce que le protocole de Kyoto exige pour le secteur industriel d'ici 2010.« En moyenne, les pertes dans le secteur manufacturier s'élèvent à 70 p.100, précise le chercheur.Dans l'industrie, une gran- de partie de l'énergie est rejetée sous forme de chaleur.Or, plutôt que de se débarrasser d’une eau à 80 ° G, par exemple, on pourrait l'utiliser pour le chauffage des bâtiments.» Autre exemple : dans un aréna, d'immenses compresseurs rejetant de grandes quantités de chaleur maintiennent la glace en bon état.Au même moment, on utilise de l’énergie pour chauffer l’aréna.La conception d’une machine produisant à la fois du chaud et du froid contribuerait à diminuer la consommation énergétique.De plus, étant donné qu'environ 10 p.100 de la consommation totale de l'énergie au Canada sert à produire du froid, une amélioration de 1 p.100 de l'efficacité énergétique suffirait pour économiser l’équivalent de 1,3 million de barils de pétrole.Depuis peu, Nicolas Galanis dirige la nouvelle Chaire de recherche du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRNSG) en efficacité énergétique industrielle, dont les travaux se feront en partenariat intersectoriel.En effet, en plus du CRSNG et de l'Université de Sherbrooke, on y retrouve Hydro-Québec, Rio Tinto Alcan et Ressources naturelles Canada.L'objectif : transformer les rejets thermiques en énergie renouvelable.Le développement de DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 | 2 Montage d’essai pour moteur à combustion interne à hydrogène.Il s’agit d’un moteur de 2 voiture commun (en l’occurrence, un Nissan 1,6 11994), dont a modifié les systèmes d’ali-^ mentation et de contrôle afin de pouvoir l’alimenter en hydrogène, et ce, grâce à des 2 injecteurs spécifiquement conçus pour les carburants gazeux.Le dosage du carburant x ainsi que 1’avan.ce à l’allumage sont contrôlés par un module programmable.Le moteur est couplé à un dynamomètre (à gauche sur la photo), lequel permet la caractérisation sous charge des courbes de couple et puissance en fonction du régime moteur.D’autres instruments servent à prendre des relevés de température à différents endroits sur et dans le moteur (l’équipement à droite sur la photo), ainsi que des relevés d'émissions, particulièrement celles de NOx (à gauche sur la table orange).[Les composés analysés par les réseaux d’alerte et de mesure de la pollution de l’air sont NO et N02, regroupés sous le terme générique d’oxydes d’azote (NOx)] technologies de réfrigération avancée, la récupération des rejets thermiques industriels et la diminution de l'intensité énergétique des procédés industriels sont au programme.TRANSPORT : NOUVELLES ÉNERGIES, NOUVELLES HABITUDES Les transports, voiture et avion en tête, consomment 58 p.100 du pétrole mondial.De ce pourcentage, la moitié est liée au trafic urbain.Selon l'/n-ventaire des gaz à effet de serre (GES) produits par l'activité humaine au Québec de 2005, les transports contribuaient ici pour 38 p.100 du total des émissions de GES, un peu devant le 32,5 p.100 du secteur industriel.Pour le transport urbain, on con- Lafrance, le transport est l'un des secteurs où nous avons le plus à gagner en termes d’efficacité énergétique parce que, entre autres, c'est un domaine où nous avons peu agi.D'ici 2050, on pourrait réaliser des gains d'efficacité de 50 p.100 en changeant nos habitudes et en adoptant des véhicules moins énergivores, moins polluants.Depuis 1994, l'Institut de recherche sur l'hydrogène (IRH) de l'UQTR s'intéresse à cette question.«Une pile à hydrogène ne génère que de l'électricité, de l'eau et de la chaleur.De plus, Le stockage de ce carburant gazeux, léger et « volumineux » à bord de véhicules automobiles représente un défi important.À l’IRH, on cherche dans diverses directions : l’adsorption sur les carbones, l'absorption dans les hydrures métalliques, les gaz comprimés et la liquéfaction.«Aujourd'hui, nous pouvons fournir une autonomie routière d'environ 300 km, soit l'équivalent de la moitié de celle d'une petite voiture à essence», souligne le chercheur.Un autre grand défi est celui d'arriver à exploiter l’hydrogène sans pro- « LE TRANSPORT EST L’UN DES SECTEURS OÙ NOUS AVONS LE PLUS À GAGNER EN TERMES D’EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE PARCE QUE [.] C’EST UN DOMAINE OÙ NOUS AVONS PEU AGI.» — GAËTAN LAFRANCE naît déjà les solutions : transport en commun avec service de qualité, voies pour cyclistes et piétons, partage de voitures (12 000 Québécois se partagent, par exemple, les 530 voitures du réseau Communauto, soit une voiture pour 23 personnes).Selon Gaëtan l’hydrogène est l’élément le plus abondant dans l'univers», lance d'entrée de jeu Richard Chahine, directeur de l'IRH, résumant les forces de cette approche.«Cependant, il reste encore plusieurs barrières techniques à franchir», poursuit-il.duire de gaz à effet de serre.« L’hydrogène est extrait soit des molécules d’eau par électrolyse, soit du méthane par reformage, et ces deux procédés nécessitent de l'énergie.On expérimente donc l’emploi d'énergies renouvelables et non polluantes pour la DÉCOUVRIR | AVRIL-MAÎ~20o8~^^ RECHERCHE production de ce gaz», poursuit Richard Chahine.Plusieurs pays investissent actuellement de façon significative dans l'hydrogène.Clean Urban Transport for Europe (CUTE), par exemple, est l'un des projets les plus innovants.On teste à grande échelle, dans différentes villes européennes, la viabilité d'un transport urbain «zéro pollution» à l'aide de bus fonctionnant à déglaçage des lignes.L’équipe de Louis-A.Dessaint, de l'École de technologie supérieure (ETS), par exemple, s'est jointe à Hydro-Québec pour travailler à l’optimisation de la conception et de l'exploitation du réseau de transport d'électricité, devenu plus complexe puisque en constante interaction avec de multiples autres réseaux.Le chercheur développe des modèles de simulation de diverses considérée comme le quatrième marché mondial.«Sur le plan économique, l'éolien devient de plus en plus compétitif par rapport aux sources d'énergie conventionnelles, remarque Gaëtan Lafrance.Si on combine les objectifs de Kyoto et la perception relativement positive pour cette énergie renouvelable, on comprend sans surprise que tous les continents aient des objectifs extrêmement ambitieux LA PROCHAINE ÈRE ÉNERGÉTIQUE POURRAIT ÊTRE CELLE DE L’ÉLECTRICITÉ : TRANSPORTS ÉLECTRIQUES, PROCÉDÉS ÉLECTRIQUES POUR L’INDUSTRIE, RÉSEAUX NUMÉRIQUES, ETC.34 l'hydrogène.À Berlin, on trouve deux stations-service «hydrogène» ouvertes au public.Au Canada, une vingtaine d'autobus à hydrogène devraient circuler à Whistler durant les Jeux olympiques d'hiver 2010.HYDROÉLECTRICITÉ : OPTIMISER D’ABORD L'hydroélectricité fournit environ 96 p.100 de l'électricité du Québec, ce qui fait de nous la société la plus électrifiée au monde, avec 38 p.100 du bilan énergétique.C'est là, selon Gaëtan Lafrance, un avantage certain puisque la prochaine ère énergétique pourrait être celle de l'électricité : transports électriques, procédés électriques pour l’industrie, réseaux numériques, etc.Les travaux actuels à l'Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ) visent, en bonne partie, à optimiser les installations existantes afin, entre autres, de minimiser les impacts environnementaux de l'aménagement de nouveaux barrages.Plusieurs projets, qui se font en collaboration avec les universités, les centres de recherche g < et les industries du Québec, portent ^ sur l'amélioration de la performance % des turbines, la production et le stoc- o kage d'énergie, l'entretien des barra- ° CL.ges, les systèmes de distribution et le composantes de réseaux électriques de transport à très haute tension.Cette modélisation permet, entre autres, d'optimiser la conception des systèmes de commandes et de protection.ÉOLIEN : UN GISEMENT SOUS-DÉVELOPPÉ?Avec une croissance annuelle de 28 p.100 depuis 1980, l'énergie éolienne, inépuisable, est devenue l'un des principaux enjeux du marché énergétique mondial et, parmi les énergies nouvelles, celle qui devrait avoir le plus d'impact à moyen terme.Plus de 73 p.100 de cette capacité est aujourd'hui produite par l’Europe.L'Inde est dans ce secteur.» Les objectifs européens sont d'atteindre 180 000 MW en 2020 et 300 000 MW en 2030, soit 22,5 p.100 de la production d’électricité.Sachant que les nouveaux parcs seront offshore et loin des centres de consommation, une telle cible n’est atteignable, selon le chercheur, qu'à deux conditions : 1) investir massivement dans de nouvelles lignes de transport ; 2) avoir une toute nouvelle approche régionale d'exploitation des systèmes électriques.En d'autres mots, il faut repenser complètement la gestion des réseaux électriques.«La recherche canadienne s'est longtemps limitée au développement U DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2Qo8~j RECHERCHE de systèmes de petites dimensions, tel l’éolien-diesel pour les communautés autochtones», poursuit Gaëtan La-france, qui, depuis 1996, se penche sur l'intégration des grands parcs éoliens aux réseaux actuels, en collaboration avec les chercheurs de l’IREQ.Ces travaux sur le couplage hydro-éolien ont d’ailleurs mené à la politique du gouvernement québécois visant à adjoindre 4000 MW d’énergie éolienne au réseau d'Hydro-Québec d'ici 2015.« L'intégration des éoliennes aux réseaux existants constitue en fait la principale préoccupation de l'heure, y compris au Québec», dit le chercheur.Cela explique qu'Hydro-Québec et plusieurs équipes de recherche universitaires, dont celle de M.Lafrance, mettent beaucoup d'efforts dans Capacité éolienne actuelle Monde 74 328 MW Allemagne 18 427 MW États-Unis 9142 MW Espagne 10 028 MW Canada 1856 MW Québec 422 MW SOURCE : WWW.CANWEA.CA, BTM CONSULT WINDPOWER MONTHLY AND Marine Current Turbines (MCI) travaille à la mise en place d’un prototype d’usine d’énergie hydrolienne de 1000 kW en Irlande du Nord.L’objectif est de récupérer l’énergie liée aux mouvements des courants marins en immergeant des machines dans des zones à fort courant, si possible à proximité des côtes.Cet équipement fournirait l’électricité à 6oo foyers de la région.Hydro-Québec est en train d’évaluer le potentiel hydrolien du Québec.ce domaine.De même, on effectue des activités de recherche importantes à l'INRS-Énergie, Matériaux et Télécommunications (EMT) et à l’IREQ en collaboration avec Environnement Canada et l’École de technologie supérieure (ETS), pour développer des outils de prévision de vent.L'expertise québécoise s'est aussi développée à partir de technologies européennes.Les éoliennes danoises, par exemple, n’ayant pas résisté à l'air plus dense des grands froids gaspésiens, auront permis de mettre en place des programmes de recherche complémentaires aux compétences européennes.La Chaire de recherche sur l'aérodynamique des éoliennes en milieu nordique de l'ETS, dirigée par Christian Masson, s'intéresse, par exemple, à l'exploitation de la ressource éolienne en climat nordique.La modélisation avancée de l'aérodynamique et le développement de procédures de tests pour les éoliennes et les parcs éoliens sont deux axes importants de ces travaux.Aux portes de la Gaspésie, haut lieu de l’éolien québécois, les chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski De la découverte à l'innovation.Organisme national de recherche et de développement, le Conseil national de recherches Canada (CNRC) a pour rôle d’aider le Canada à réaliser son potentiel en tant que pays innovateur et compétitif.Vous pouvez faire une différence au CNRC! Programme de postes d’attachés de recherche (AR) Le Programme de postes d’attachés de recherche (AR) du CNRC est un programme d’affectations qui offre à des scientifiques et à des ingénieurs nouvellement diplômés des possibilités d’avancement de carrière en leur donnant l’occasion de travailler dans des laboratoires du CNRC, à des projets de recherche complexes d’intérêt pour l’organisme.Vous désirez en connaître davantage sur ces défis?Visitez notre site web : http://carrieres-careers.cnrc-nrc.gc.ca.Vous êtes intéressées à être considéré(es)?Postulez en ligne à l’inventaire du programme AR.Le CNRC souscrit aux principes d'équité en matière dèmploi.Nous remercions tous les candidats, toutefois, nous ne communiquerons qu’avec les personnes dont la candidature sera retenue pour la suite du processus.This information is available in English at the above-noted website.1^1 National Research Conseil national Council Canada de recherches Canada Canada 35 DÉCOUVRIR | AVRIL-MAi^ôÔ8~J' RECHERCHE Taille des éoliennes La taille des éoliennes permet de gagner sur deux tableaux : le vent est plus fort en hauteur, la puissance est proportionnelle à la surface balayée.Nord est le mieux servi sur ce continent.Et selon Gaëtan Lafrance, «c'est là aussi que se trouve le plus grand réservoir hydraulique du continent, celui du Québec et du Labrador.Dans un sens, c'est avantageux, car la déréglementation du secteur électrique aux États-Unis, accompagnée d’une réglementation verte, favorise l'harmonisation du potentiel hydroéolien.Les recherches l'ont bien démontré.» Compte tenu des coûts associés à la construction des lignes de transport, les distances envisagées constituent LES IMPACTS SUR LES PAYSAGES, L’ENVIRONNEMENT ET LA FAUNE, LE BRUIT ENGENDRÉ PAR LA CONCENTRATION DES ÉOLIENNES EN « PARC » [.] SONT I DES PARAMÈTRES ANALYSÉS.(UQAR) mettent aussi l'épaule.à la pale.Le Groupe éolien, entre autres, a mis au point un système électronique permettant de réduire les coûts de fonctionnement des éoliennes de petite puissance (moins de 300 kW).Plus récemment, il a développé une technologie de surveillance par satellite des éoliennes, laquelle permet de savoir à tout moment l'état de fonctionnement de chacune de ces gigantesques machines, où qu'elle soit située.De même, depuis plus d'un an, l’Unité de recherche sur le développement territorial durable et la filière éolienne, coordonnée par Carol Saucier, professeur-chercheur, s'intéresse aux questions de l'acceptabilité sociale et environnementale de cette filière énergétique.S'y joignent des chercheurs en développement terri- Double digesteur anaérobie, construit récemment à Témiscaming pour le traitement des effluents de la compagnie Tembec.Ce sont des réacteurs de type IC (Internai Circulation) mis au point par la compagnie hollandaise Pâques.Chaque réacteur a un volume de 2600 m3, soit un potentiel de production de 67 000 Nm3 de biogaz par jour.[Le Nm3 est une unité normalisée de mesure des gaz qui équivaut à 1 m3 de gaz sec, à la pression 101,3 kPa, à 273 K (o °C).] torial, en génie, en économie de l’environnement et en biologie.On réfléchit sur la place de la participation citoyenne aux différentes étapes des projets.Les impacts sur les paysages, l'environnement et la faune, le bruit engendré par la concentration des éoliennes en «parc», le calcul des redevances ou l'entretien à effectuer durant et après la vie utile des installations sont des paramètres analysés.Le souffle d'Éole est capricieux, mais le nord-est de l'Amérique du cependant un facteur discriminant.«De plus, l'extrême sensibilité à la présence des éoliennes dans le paysage peut défaire les rêves les plus logiques.Dans ce contexte, il faut d’abord favoriser les modèles les plus évidents, ceux qui ont fait leurs preuves dans le passé», explique Gaëtan Lafrance.En Amérique du Nord, l'exemple le plus probant est celui des échanges entre le Québec (y compris le Labrador) et les États américains au sud du Québec.Peut-on aller plus t .-rs*-.-, • [4M •.v C.J DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008^ PHOTO : BRUNO DUFOUR/TEMBEC INC. RECHERCHE loin ?Oui, soutient le chercheur.Mais deux nouveaux débats publics seront alors nécessaires : 1) Étant donné la saturation de la demande interne, doit-on construire pour l'exportation?2) Si oui, comment convaincre la population du Québec qu'une telle entreprise est valable ?BIOÉNERGIE : TECHNOLOGIES La bioénergie est dérivée de la matière «vivante».La biomasse brute inclut «des produits forestiers, tels que les arbres inappropriés pour la production de bois d'œuvre ou de pâte à papier, des produits agricoles, tels que des herbes, des récoltes et des fumiers ou lisiers, des produits aquatiques, tels que des algues et du goémon ».La biomasse est dite secondaire si elle a subi des changements physicochimiques importants : papier, coton, produits dérivés de la transformation des aliments ou huiles de cui- La biomasse et les matières organiques déjà transformées peuvent répondre à divers besoins énergétiques.Les procédés pour les obtenir peuvent se classer en deux grandes catégories : a) la voie thermochimique, qui profite du pouvoir calorifique de la biomasse pour la chauffe ou la production d’électricité ; b) la voie biologique, qui transforme la biomasse ou la matière organique en carburant ou en biogaz.sine usagées.Cette biomasse peut servir à produire diverses formes de bioénergies : carburants, chaleur ou électricité.Celles-ci sont issues, principalement, de la combustion du bois, des biocarburants, comme des huiles produites à partir du tournesol ou du colza, et du biogaz.L'Institut de recherche en biotechnologie du Conseil national de recherches du Canada (IRB-CNRC), le plus important centre de recherche en biotechnologie au Canada, met présentement à contribution sa longue expérience en digestion anaérobie (DA) dans des projets de collaboration avec les universités, d'autres départements gouvernementaux ou des industriels.«À court terme, notre objectif est d'améliorer les rendements de conversion de la matière organique en biogaz riche en méthane, souligne Valorisation énergétique de la biomasse Voies thermochimiques Combustion Vapeur Gazéification Pyrolyse Turbine Charbon de bois Électricité Chaleur Voies biologiques Fermentation alcoolique mzr.æsm Éthanol Fermentation mécanique Pressage et raffinage Biodiésel .- v • I L'innovation technologique, une énergie créatrice pour le développement durable.Hydro Québec Institut de recherche www.hydroquebec.com/technologie | DÉCOUVRIR | AVRIL-MATzooiT^J' SOURCE : GAËTAN LAFRANCE PHOTO : WIKIPEDIA.ORG SOURCE : RESSOURCES NATURELLES CANADA 38 RECHERCHE DU BIOGAZ, PRODUIT PAR LA DÉGRADATION DE RÉSIDUS AGRICOLES, DE DÉCHETS MUNICIPAUX OU DE BOUES DE STATIONS D'ÉPURATION, EST RÉCUPÉRÉ, PUIS EXPLOITÉ COMME SOURCE D'ÉNERGIE RENOUVELABLE.Serge Guiot, agent de recherche principal à l'IRB-CNRC.Pour nos recherches à long terme, on s'intéresse à trois voies anaérobies de production de biohydrogène.D'abord, la fermentation acidogénique, première étape incontournable dans la conversion de matière organique complexe (p.ex., biomasse).Nous travaillons ensuite sur la bioélectrolyse par pile à combustible microbienne assistée.La troisième voie est la fermentation hydro-gènogène du monoxyde de carbone, que l'on pourrait utiliser pour enrichir en hydrogène le gaz synthétique produit par gazéibcation des résidus secs (paille, déchets de bois, écorces, etc.).» Naturellement, dans les marais ou les tourbières, la digestion anaérobie produit un biogaz composé de 60 à 70 p.100 de méthane.Cette dégradation de la matière organique en l'absence d'oxygène est un procédé qui est, depuis plusieurs années, domes- tiqué et employé à des fins commerciales.Du biogaz, produit par la dégradation de résidus agricoles, de déchets municipaux ou de boues de stations d'épuration, est récupéré, puis exploité comme source d’énergie renouvelable.« La digestion anaérobie possède le double avantage de produire un combustible gazeux qui émet beaucoup moins de GES que le gaz naturel ou d'autres combustibles fossiles, et de réduire la charge polluante des déchets et des effluents», précise Serge Guiot.Le biogaz peut être utilisé pour produire de l'électricité, de la chaleur ou même comme carburant.«En Suède, 60 000 voitures fonctionnent au biogaz purifié et liquéfié.» D'après le rapport de la Banque mondiale, le biogaz permettrait d'alimenter 10 millions de foyers en électricité dans les pays en voie de développement.Bien que la production de biogaz soit encore limitée au Québec, Serge Cartes de l’ensoleillement et du potentiel d’énergie solaire photovoltaïque au Québec La carte de gauche présente l’ensoleillement global quotidien moyen au Québec - entre 3,3 à 4,2 kWh/m2 (en vert foncé) jusque 4,2 à 5 kWh/m2 (en vert pâle).La carte de droite présente un estimé de la quantité d’électricité pouvant être produite par des systèmes photovoltaïques pendant une année -entre 900 kWh/kW (vert pâle) et 1300 kWh/kW (orange).Ressources Naturelles Canada possède des cartes pour chaque mois ou année, selon six orientations possibles des panneaux photovoltaïques.Ici, pour les deux cartes, les systèmes sont inclinés vers le sud à un angle équivalent à la latitude.Pour en savoir plus : www.nrcan-rncan.gc.ca tséfciSSà BP"- Guiot est confiant : la digestion anaérobie devrait se développer d’ici quelques années.à condition de créer des incitatifs financiers.«Déjà, la Bourse du carbone de Montréal devrait encourager les entreprises à utiliser la bioénergie étant donné le faible impact de cette ressource sur le cycle du carbone», explique-t-il.BIOÉNERGIE : GÉOPOLITIQUE Pour qtie cette forme d'énergie soit viable et durable, il faut aussi s'assurer que la provenance de la biomasse ne cause pas de problème.Le cas des agrocarburants le démontre bien.L'huile de palme, dont la culture est quatre fois plus productive que celle du colza, est prisée sur le marché des biocarburants.Cependant, elle provient désormais essentiellement de l'Indonésie, où déjà 72 p.100 des forêts ont disparu.En Suède, premier consommateur d’éthanol en Europe, ^~HLTUVRIR I AVRIL-MAI 2008~] SOURCE : WIKIPEDIA.OR< RECHERCHE déjà plusieurs milliers de voitures peuvent rouler avec 85 p.100 d'éthanol.Mais pour le moment, souligne le Monde diplomatique, «cet agrocarburant provient de la canne à sucre cultivée au Brésil, où les conditions de productions intensives ont de lourdes conséquences sociales et environnementales».La Suède, cependant, mise sur le bois de ses forêts pour produire de nouveaux agrocarburants plus rentables et plus respectueux de l'environnement.Et le Québec, avec la venue de la Chaire de recherche industrielle en éthanol cellulosique, dirigée par Esteban Chomet, professeur à l'Université de Sherbrooke, prend aussi cette direction.On y mènera différents projets de recherche pour produire de l’éthanol à partir de déchets forestiers, d'une part, et de résidus domestiques et agricoles, d'autre part.ÉNERGIE SOLAIRE : COMBINER LES TECHNOLOGIES « La Terre reçoit une quantité d'énergie solaire qui équivaut à 6000 fois les besoins en énergie nécessaire pour alimenter l'ensemble de la population mondiale», lance Benoît Marsan, professeur au Département de chimie de l'UQAM, électrochimiste et spécialiste des piles solaires.Pour capter une partie de cette formidable énergie, on dispose de trois approches : le solaire passif, thermique et photovoltaïque.Le solaire passif consiste à maximiser l'apport direct du rayonnement par la conception architecturale ou l'isolation thermique.Le solaire thermique transforme le rayonnement en énergie thermique, le principe étant de concentrer les rayons solaires en un seul endroit pour chauffer un fluide caloporteur, de l'eau par exemple.L'électricité produite par transformation directe d'une partie du rayonnement solaire avec une cellule photovoltaïque définit la troisième approche; l'effet photovoltaïque résulte de l'absorption de photons dans un En Europe, il existe déjà des maisons qui tirent un profit maximal de l'énergie solaire.Au Canada, le Réseau de recherche sur les bâtiments solaires collabore au développement d’un projet de ce type : la maison ÉcoTerra construite par Les maisons Alouette.matériau semi-conducteur d’où émerge une tension électrique.La croissance annuelle des ventes de systèmes photovoltaïques, de l'ordre de 30 p.100 depuis 1999, exprime l'engouement pour cette forme d'énergie.Parmi les différents dispositifs proposés, la pile solaire électrochimique, conçue par Benoît Marsan et son équipe, représente une technologie prometteuse.«Grâce à la flexibilité du matériau et la quasi-transparence du dispositif, on vise l'introduction de la pile à l'intérieur même d'une fenêtre ou l'augmentation de son efficacité en la roulant sur elle-même», dit-il.L'objectif du chercheur est d'abaisser les coûts de production de la pile à moins de 1 dollar le watt produit.«L’électricité produite par des piles au silicium, qui occupent plus de 90 p.100 du marché des piles solaires, coûte actuellement environ 6 dollars le watt produit, comparativement à un dollar pour les combustibles fossiles», explique le chercheur.Toutefois, selon Benoît Marsan, d'ici quelques années, l’énergie solaire concurrencera les énergies fossiles.Déjà, le prix des panneaux solaires a diminué de moitié en 10 ans et cienc® on tournr ! I Fédération 167 • Z007 Jî 2 cégep ÎutVous I AN! des cégeps 16e edition FINALE NATIONALE 3 MAI 2008 COLLÈGE D'ALMA eoAde* 675, B0UL.AUGER OUEST, ALMA DE 8 H À 17 H sot.bdeb.qc.ca SCIENCE, ON TOURNE EST ORGANISE PAR LA FEDERATION DES CEGEPS COI LABORATEURS • COLLÈGE D'ALMA • COLLÈGE AHUNTSIC • COLLÈGE DE B0IS-DE-B0UL0GNE • COLLEGE ÈD0UARD-M0NTPETIT • COLLÈGE GÉRALD-G0DIN • COLLÈGE SHAWINIGAN ÉCOLE NATIONALE D'AÉROTECHNIQUE DU COLLÈGE ÉD0UARD-M0NTPETIT • RÉSEAU INTERCOLLÉGIAL DES ACTIVITÉS SOCIOCULTURELLES DU QUÉBEC AVEC L’APPUI DE Québec ran QuéD€C TKMwiocm» nomyoNNiu 39 DECOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 RECHERCHE le rendement des cellules solaires au silicium cristallin (en modules) est passé de 6 à 15 p.100 depuis son introduction sur le marché.BÂTIMENTS SOLAIRES : VISER LE «ZÉRO ÉNERGIE» Selon les données du Réseau de recherche sur les bâtiments solaires (RRBS), «lesbâtiments consomment environ 30 p.100 de toute l'énergie utilisée au Canada, soit environ 50 p.100 de la consommation d'électricité et 28 p.100 des émissions de GES».Les rayons solaires captés durant une année par une maison canadienne contiendraient plus d'énergie que requis pour satisfaire ses besoins.«Il est possible, par conséquent, de réduire la consommation énergétique moyenne annuelle d'un bâtiment à zéro en optimisant sa conception et en utilisant l'énergie solaire pour produire de l’électricité, de l'éclairage, du chauffage, et de la climatisation.» Andreas K.Athienitis, professeur à l'Université Concordia, est le directeur scientifique et le chercheur principal de ce réseau intersectoriel réunissant des chercheurs universitaires et des partenaires industriels.Ses travaux, tout comme ceux du RRBS, visent à concevoir des bâtiments où un système intégré de technologies avancées joint à une utilisation optimale du solaire passif mènerait à une PÉDAGOGIE COLLÉGIALE RECHERCHES ET PRATIQUES PÉDAGOGIQUES EN ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR — Innovations pédagogiques — Didactique des disciplines —“ Fondements théoriques — Intégration des technologies — Évaluation des apprentissages — Conception de programmes _ Recherches pédagogiques au collégial et à l'université — Etc.Publié 4 fois par année par l'Association québécoise de pédagogie collégiale Pour abonnement: info@aqpc.qc.ca Tel.: 514-328-3805, Téléc.: 514-328-3824 7000 rue Marie-Victorin, Montréal (Québec) H1G 2J6 ocpc Association québécoise de pédagogie collégiale 40 m: g H! ' ' ' En 2005, le professeur Athienitis et son équipe ont construit, dans le cadre du Décathlon solaire de Washington, une maison solaire entièrement autonome.Cette maison a depuis été assemblée sur le campus Loyola de l'Université Concordia à Montréal.consommation énergétique près du zéro, tout en demeurant abordable et en assurant une qualité de vie.Les technologies solaires passives, simples en apparence, nécessitent cependant une conception architecturale attentive.« L'un des principaux défis consiste à mieux former les architectes et les ingénieurs à tirer parti de ce potentiel : orientation des bâtiments, fenestration adéquate, matériaux de recouvrement performants, etc.» À cette optimisation du passif, se joint alors la haute technologie.«Nous avons développé, par exemple, des systèmes photovoltaïques thermiques intégrés au bâtiment, qui génèrent de l’électricité et de la chaleur à partir de toitures solaires.Nous avons aussi mis en place des outils de modélisation informatiques pour conceptualiser l'intégration de tels systèmes à l'architecture et des algorithmes de contrôle pour exploiter avec souplesse l'ensemble des systèmes.» ET LE NUCLÉAIRE?Le nucléaire fournit présentement 17 p.100 de la production mondiale d'électricité.Au Québec, il représente moins de 2 p.100, et en France, près de 80 p.100.L'énergie nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques.De ce fait, plusieurs écologistes la voient comme la solution à la crise climatique.- DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 La collection des 10 c/: a; T Les choix en matière de santé et la participation du patient : vers une prise de décision partagée Sous la direction de Lyne Lalonde et France Légaré 10 Développer des compétences en enseignement Quelle place pour la réflexion professionnelle ?Sous la direction de Julie Desjardins, Hélène Hensler, Olivier Dezutter et André Beauchesne A Acfas & A c f a s www.acfas.ca/cahiers Actes de colloques en vente chez votre libraire du congrès de l'Acfas La tenue d'un colloque est une occasion d'échanges mais aussi un bon moment pour faire le point en publiant un ouvrage collectif.La collection des Cahiers scientifiques de l'Acfas est là pour mettre en valeur le contenu de ces échanges et de ces recherches.Cette collection est constituée exclusivement d’actes de colloques présentés lors du congrès annuel de l’Acfas.Dernières parutions : Le curriculum de la formation générale des adultes : défis et perspectives d’une réforme.Sous la direction de Alain Mercier, Moussadak Ettayebi et Fidèle Medzo La pratique professionnelle en santé : données, résultats et savoirs probants.Sous la direction de Diane Morin La fibrose hépatique et les agents antifibrosants : physiopathologie de la fibrose hépatique et son traitement.Sous la direction de Alexis Desmoulière et BeatrizTuchweber Littérature pour la jeunesse : les représentations de l’enfant.Sous la direction de Suzanne Pouliot et Noëlle Sorin Éducation et environnement : un croisement de savoirs.Sous la direction de Lucie Sauvé, Isabel Orellana et Étienne van Steenberghe Éthique et recherche qualitative dans le secteur de la santé : échanges sur les défis.Sous la direction de Hubert Doucet, Édith Gaudreau et Marie Angèle Grimaud Technologie langagière et apprentissage des langues.Sous la direction de Lise Duquette et Claude Saint-Jacques La collection est soutenue financièrement par le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation Vos recherches vous passionnent?Parlez-en , .-n avec brio! I Suzanne Grenier Sylvie Bérard Sophie Maiavoy Dans le Guide pratique de communication scientifique, vous trouverez.GUIDE PRATIQUE DE COMMUNICATION SCIENTIFIQUE Comment captiver son auditoire '«.'4V .~ Association francophone pour le savoir •« nj A c f a s • Des trucs pour cibler votre message et aller à l'essentiel • Des outils pour transformer un plan de travail en un discours captivant • Des procédés pour garder votre public en haleine • Des règles pour maximiser l'usage des aides visuelles • Une grille d'évaluation et des exercices pour mettre votre talent en pratique • Et les précieux conseils d'orateurs chevronnés Disponible en librairie • 12 $ Association francophone pour le savoir A c f a s RECHERCHE « LA SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE CONSISTE À RÉDUIRE LES GASPILLAGES DANS TOUS NOS CHOIX INDIVIDUELS ET SOCIÉTAUX : RÉDUIRE LES PERTES DE CHALEUR, PRIVILÉGIER LES ALIMENTS PRODUITS LOCALEMENT, ORGANISER INTELLIGEMMENT L'ESPACE [.] CETTE SOBRIÉTÉ EST EN QUELQUE SORTE À L'OPPOSÉ DE NOTRE ÉBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE ACTUELLE.» — THIERRY SALOMON, président de l’association négaWatts Même James Lovelock, l'auteur de l'hypothèse Gaïa, incite à passer au nucléaire.Ce serait la possibilité de faire rapidement la transition du fossile au renouvelable.Peut-on, si on choisit cette option, en réduire les impacts négatifs par la recherche ?L’énergie de l'atome est considérée comme une des options pour le très long terme.Mais le nucléaire classique, basé sur la fission, fait face à deux problèmes majeurs : des réserves limitées d'uranium 235 et la gestion des logie est loin d'être maîtrisée.Au mieux, les surgénérateurs seront en fonction vers 2040, et la problématique de la gestion des déchets restera entière.Il y a aussi les pressions déformantes issues des énormes intérêts financiers derrière ces technologies.Cette question doit être soumise aux chercheurs en sciences sociales comme en génie nucléaire.DE LA FISSION À LA FUSION À part les grandes énergies renouvelables et le surgénérateur, deux gran- Les installations de Superphénix, centrale nucléaire de Creys-Malville située en France.déchets radioactifs.Pour l'industrie de la fission nucléaire, la seule voie pour augmenter son marché est le passage aux neutrons rapides, qui permet de recycler d’autres composés fossiles comme le plutonium.C'est l’idée des réacteurs nucléaires Phénix et Superphénix, en France.Les réserves confirmées sont alors multipliées par un facteur de 80-100.Mais la techno- des options, il y a aussi le potentiel issu de la géothermie profonde.« Pourquoi ne pas domestiquer l'ultra-chaud, la fusion thermonucléaire ?La fusion d’atomes aurait beaucoup moins d'impact radioactif, tout en pouvant compter sur des réserves pratiquement infinies de deutérium extrait des eaux marines», lance Gaëtan Lafrance.Cette solution a mené à la création du centre INRS-Énergie en 1969 et au célèbre projet Tokamak de Varennes.Plusieurs chercheurs québécois travaillent toujours dans cet axe de recherche, dont Horst Pacher, de l’INRS-EMT, qui fait partie de l’équipe internationale de la conception d'ITER, un projet international basé à Cadarache en France et axé sur la fusion par confinement magnétique, où de puissants champs électromagnétiques sont employés pour porter le combustible aux conditions de température et de pression désirées.Ces travaux visent à mener cette approche à la commercialisation.CHANGER DE PARADIGME Malgré la pertinence des recherches qui se font présentement au Québec et Canada, selon Gaëtan Lafrance, comme les Américains, nous avons pris du retard par rapport à l'Europe.Les années 1970 ont vu l'avènement de projets importants tant du côté du nucléaire, de l'électricité que du solaire, puis on a ralenti.Contrairement à l'Europe, on a cessé d'appuyer les équipes en place alors que la continuité est centrale pour ces travaux qui ont besoin du moyen et du long terme.« Face au réchauffement climatique et à l’éventuelle pénurie de pétrole, on doit changer de paradigme énergétique, souligne Gaëtan Lafrance.Il faut casser la boucle de rétroaction positive entre le développement économique et la consommation d’énergie, et passer au "produire moins et mieux”.» Bifurquer dès maintenant et y mettre tout l'effort de recherche nécessaire.On a peu de temps pour le faire.On a toutes les raisons de le faire.?43 | DÉCOUVRIR | AVRIL-MÂnôôïTJ' ENJEU | TECHNOSTRESS Technostress ’^["DÉCOUVRIR I AVRIL-MAI 20o8~~| ENJEU TECHNOSTRESS Courriels, cellulaires, Blackberry, webcouférences, MSN, RSS, progiciels de gestion intégrés, intranet, et alouette! Les technologies de l’information et de la communication (TIC) nous libèrent de tâches fastidieuses, nous permettent de multiplier nos réseaux de collaborateurs et nous délivrent des quatre murs de notre bureau.Mais maintenant qu’elles sont toutes en réseau, il y a un effet d'accélération tel, un bouleversement si important des pratiques, que nous nous retrouvons souvent en situation de déséquilibre.MARIANNE BOIRE « Les technologies de l'information ne nous simplifient pas la vie.Au contraire, on est à leur merci», soutient Jean-Pierre Brun, professeur et chercheur à l'Université Laval.Titulaire de la Chaire en gestion de la santé et sécurité du travail dans les organisations, il porte un regard très critique sur l'apport des nouvelles technologies au monde du travail : « On doit répondre dans des délais insensés.On fait de plus en plus de choses en même temps et la quantité d'informations à traiter ne diminue pas.Au contraire, elle est en augmentation.C'est ce qu'on appelle l"'infobésité".» Les statistiques sont vertigineuses.Nous sommes déjà plus d'un milliard à nous retrouver réseautés comme des neurones dans cet « organisme numérique» appelé Internet.Chaque jour, à l'échelle planétaire, près de 40 milliards de courriels sont échangés.À l'échelle individuelle, même démesure : en 2008, le cadre professionnel moyen recevra quotidiennement plus de 140 messages.Et gare à ceux qui croient pouvoir y échapper : selon Jean-Pierre Brun, tous les secteurs professionnels seraient touchés par cette nouvelle pression organisationnelle.Rythme de travail imposé par les technologies, superposition des tâches à exécuter, surcharge de demandes.Pour le chercheur, ces trois éléments sont au cœur du «technostress», un néologisme introduit il y a quelques années par le psychologue américain Larry D.Rosen.En plus de cadencer le rythme des journées de travail, les TIC rattrapent maintenant leurs utilisateurs à toute heure du jour et de la nuit.Les professionnels qui collaborent avec des étrangers trouvent souvent au petit matin leur boîte de courriels déjà gonflée de plusieurs messages entrés pendant la nuit, en provenance des quatre coins du globe.Une telle situation entraîne, croit M.Brun, une perte d'étanchéité entre la sphère du travail et celle de la vie privée.Une autre conséquence de cette course contre la montre, déplore le chercheur, est la disparition des temps morts, ces temps de silence essentiels à la réflexion et à l'équilibre mental.Selon lui, l’être humain a besoin de périodes d’arrêt au cours desquelles il n'est pas sollicité, pour faire avan- cer son travail sans être perturbé ou pour simplement.se reposer.Quand on pense qu'un employé de bureau est en moyenne interrompu toutes les 8 minutes, soit 50 à 60 fois par jour, chaque seconde de temps mort prend valeur de pesant d'or.Aussi, les cycles de décision sont de plus en plus courts.Entre l'envoi de notre message et la réception de la réponse, il n'y a plus ce temps de mise à distance, la vitesse des échanges ayant comme effet pervers de créer un faux sentiment d’urgence.Dans le cadre de ses activités de consultant auprès des organisations, Jean-Pierre Brun est souvent appelé à étudier des situations dysfonctionnelles en milieu de travail.Même si aucun de ses travaux de recherche ne 0 portait directement sur le stress élec- ° tronique comme tel, ses analyses l'ont g amené à constater que ce stress nou-1 veau genre est de plus en plus ré-g pandu dans les milieux profession-g nels et qu'il entraîne des symptômes | très semblables aux symptômes clas- < siques du stress au travail : fatigue, ° O fébrilité, et surtout, irritabilité.Cette ï dernière serait très caractéristique du | DÉCOUVRIR | AVRIL-MÂÎToÔFJ' ENJEU TECHNOSTRESS J'^i ï^î OHE &TW& itfTtpE&AHXE 50(?L'cNEf^X^E- P'i’MFopwVn^M cfis!>ç,ée PAP fj^refZMBr.y La proportionnalité de la réponse à l’insécurité : Une demande insatiable de sécurité provenant de la population après des événements spectaculaires, comme des attentats terroristes, pourrait mener à un déploiement disproportionné des NTSC, avec la réalité des risques.> L’acceptabilité sociale : Connaître les opinions des citoyens à l’égard des NTSC est primordial afin de favoriser un déploiement acceptable pour la société et accepté par la société.> Le consentement : Compte tenu de la nature même des NTSC, il est difficile, parfois même impossible, d’obtenir un consentement individuel, libre et éclairé des personnes surveillées.> Le respect des finalités : Le respect des finalités est un principe qui tend à prévenir les détournements d’usage et certaines formes d’abus et de dérives.Or, l’exploitation de toutes les utilisations possibles des NTSC permettrait probablement d’accroître la sécurité.Mais à quel prix?> La protection des renseignements personnels : Les renseignements personnels en disent long sur la vie privée des personnes et ils sont souvent vus comme une source riche d’informations permettant d’améliorer la sécurité.Quel est l'équilibre à atteindre entre la vie privée des citoyens et l’amélioration de leur sécurité ?50 DECOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 ZOOM O AA LAURENT FONTAINE surveillance surveillance gressivement intégrés à la lutte à la petite délinquance ou à la surveillance commerciale.Découvrir : Est-ce que le contexte sécuritaire a vraiment changé depuis septembre 2001 ?B.Gagnon : On a effectivement l’impression que les paramètres i| de la sécurité ont changé.Mais il se faisait déjà de la surveillance avant, et la volonté d'im-11 planter de nouvelles technolo- gies existait avant les attentats.Ces événements ont surtout créé un momentum.Découvrir : Est-ce que la population se sent en sécurité ?B.Gagnon : Le sentiment de sécurité est difficile à cerner.D'un côté, les Canadiens se disent en sécurité, et de l’autre, ils jugent que leur pays pourrait faire plus.Mais c’est une opinion peut-être moins para- doxale qu’il n’y paraît : dans nos sociétés, que le sociologue Ulrich Beck qualifie de «sociétés du risque», l'appétit des gestionnaires et des citoyens pour l’information est grand.Nous voulons calculer, gérer, mais aussi réduire, voire éliminer les risques.C’est probablement le grand moteur derrière notre appétit de technologies de sécurité.La collecte d’information en vue d’effectuer de la surveillance n’est pas en soi un nouveau phénomène.C’est l’orientation des méthodes de collecte qui l’est.L’objet de surveillance concerne désormais non seulement la population « à risque », mais toute la population.Celle-ci est placée sous surveillance en vue de cibler des interventions vers des personnes jugées à risque.Découvrir : Qui fait pression pour implanter ces technologies?B.Gagnon : Le secteur privé joue un rôle de premier plan, en proposant une panoplie de techniques et de produits.La sécurité est un marché, et comme dans plusieurs domaines, on nous vend l'idée que nous avons des besoins.Conseil de la science et de la technologie__ ca ca Quebec ca ra Découvrir : Est-ce qu’il y a danger de prolifération de systèmes sophistiqués et donc inquisiteurs ?B.Gagnon : Quand on parle des NTSC, on pense d’abord aux applications déployées par les gouvernements parce qu’elles sont plus visibles - la théâtralisation de la sécurité est un des éléments de gestion du pouvoir.Mais pour le moment, presque rien n’empêche un particulier de transformer sa résidence en forteresse.Les installateurs ne connaissent pas nécessairement les règles.On considère que c’est au client que revient la responsabilité de se conformer aux lois.La question est de savoir comment encadrer la prolifération de ces systèmes.On ne peut probablement pas m’empêcher d’acheter une clef USB biométrique.Mais serait-il légitime qu’une grande surface installe un système biométrique pour gérer le va-et-vient de son personnel ?A-t-elle le droit de prendre les empreintes digitales de ses employés?Est-ce légal?Il faudra être très vigilant.?Citoyens SOUS surveillance — Du défi technique à l’enjeu éthique Où?Pour discuter de ces questions, la Commission de l’éthique de la science et la technologie (CEST), la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM ainsi que le Coeur des sciences de l’UQAM organisent deux jours d’activités.Au programme : salon des exposants, présentations sur les développements à venir, match Information : www.ethique.gouv.qc.ca / www.coeurdessciences.uqam.ca / www.dandurand.uqam.ca d’improvisation suivi d’un débat, projections de films et conférence grand public.La CEST profitera de cet événement pour lancer son avis sur les enjeux éthiques associés aux technologies de surveillance et de contrôle.Cœur des sciences de l’UQAM Agora Hydro-Québec 175, av.du Président-Kennedy Métro Place-des-Arts Quand?9-10 avril 2008 51 DECOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 la fine pointe Le stress.une question d’hémisphère?Au Canada, actuellement, près de trois millions de personnes souffrent de dépression et d’anxiété, et les femmes sont deuxfois plus nombreuses que les hommes à être atteintes.En effet, au cours de leur vie, de 5 à 12 p.100 des hommes connaîtront au moins un épisode de dépression profonde, contre io à 25 p.100 des femmes.Pourquoi ?Les chercheurs commencent à comprendre et à agencer les pièces du casse-tête.Le cerveau des femmes et celui des hommes régulent le stress lié à ces deux troubles de manière très distincte.De nombreuses fonctions cérébrales, telles que la mémoire, la gestion des émotions ou la mise en place des comportements sociaux, fonctionnent différemment selon le sexe d’un individu.Il en est de même pour les mécanismes de contrôle du stress.Or l’explication pourrait se trouver dans l’hémisphère cérébral en jeu : le droit chez les hommes et le gauche chez les femmes.Grâce à l’aide financière de l’Institut de recherche en santé du Canada (IRSC) et du Conseil de recherches en sciences natu-relles et en génie du Canada (CRSNG), le docteur Ron Sullivan, de l’Université de Montréal, et son équipe, cherchent à définir plus précisément ces différences et leurs conséquences.52 « Les mécanismes de régulation du stress sont des phénomènes très complexes qui mettent en jeu plusieurs structures cérébrales ainsi qu’un grand nombre d’hormones et de neurotransmetteurs, explique-t-il.Nous nous sommes intéressés en particulier à deux structures : le cortex préfrontal et les amygda- les basolatérales, lesquelles jouent un rôle primordial dans la régulation du stress.» Des expériences fondamentales sont menées au centre de recherche Fernand-Seguin.Par exemple, pourdeuxgroupesde rats soumis à une activité anxiogène, on mesure, avec des microélectrodes, le relâchement de dopamine par ces structures.Ce neurotransmetteur est produit durant une phase de stress, afin de réguler les fonctions vitales a posteriori.Pour le groupe femelle, le cortex préfrontal et l’amygdale basolatérale sont sollicités de préférence dans l’hémisphère gauche, alors que pour les mâles, c’est l’hémisphère droit qui entre principalement en jeu.Auparavant, on avait analysé exclusivement des individus mâles.La preuve de ces asymétries fonctionnelles est donc assez récente.Elle permet de faire le lien avec des observations de l’humain au moyen des techniques d’imagerie cérébrale.Ce serait ainsi à cause de différences dans leur système de régulation que les femmes seraient plus sensibles au stress que les hommes.Mais pas seulement.Des distinctions dans le fonctionnement hormonal sont également en cause.Par exemple, il semble que le système sérotoninergique des femmes soit significativement moins efficace que celui des hommes (la sérotonine est un autre neurotransmetteur de contrôle du stress).De plus, les femmes ont de façon naturelle un taux de cortisol plus élevé que celui des hommes.Or, un taux trop élevé de cette hormone favorise des pathologies telles que la dépression.Toutes ces différences jouent un rôle certain dans l’explication de la vulnérabilité féminine aux troubles dus au stress et à l’anxiété.Et comme, à l’heure actuelle, entre 30 et 40 p.100 des patients ne répondent pas du tout aux antidépresseurs existants, il est indispensable de mettre au point de meilleurs traitements, adaptés à chaque sexe.PERRINE POISSON En matière de régulation du stress et des émotions, des résultats récents obtenus chez des rats suggèrent que les mâles ont tendance à employer préférentiellement les structures du cerveau droit, et les femelles le gauche.Une meilleure compréhension de ces différences fondamentales des fonctions du cerveau, permettra d’améliorer les traitements spécifiques au sexe pour les maladies reliées au stress, comme la dépression et l’anxiété.J DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 | la fine pointe IRSCCIHR Les IRSC forment l'organisme de recherche en santé du gouvernement du Canada.Composés de 13 instituts, ils offrent leadership et soutien à plus de 10 000 chercheurs et stagiaires en santé dans toutes les provinces du Canada.De jeunes cerveaux à protéger Alors qu’elle avait toujours été un ange, la petite Florence (nom fictif), 8 ans, est devenue une peste en classe.Du jour au lendemain.Sa concentration faisait défaut.Elle était irritable.Ses notes baissaient.Un orthopédagogue a dû l’aider.L’élément déclencheur?Une commotion cérébrale au soccer.«Les gens banalisent les commotions cérébrales, alors que les données montrent que c’est tout sauf bénin », insiste Louis de Beaumont, qui termine un doctorat en neuropsychologie à l’Université de Montréal.Son sujet d’étude : les effets à long terme des commotions cérébrales.Encadré par Maryse Lassonde et Dave Ellemberg, il vise à déterminer si ces traumatismes affectent les enfants de 6 à 17 ans de la même manière que les adultes.Combien de temps dure leur récupération ?Le cerveau est-il commotionné de la même manière ?On connaît bien les conséquences chez les adultes.Chez les jeunes cerveaux, on défriche encore.Après le choc, la plupart des adultes éprouvent, entre autres, de la difficulté à se concentrer et des problèmes de mémoire ; les effets aigus durent environ 10 jours.Chez les enfants, ce serait beaucoup plus long, selon les premiers résultats.Pour Florence, le rétablissement complet s’est opéré en six mois.Pourquoi ?« Le jeune cerveau est en maturation, les régions sont en voie de spécialisation, explique Louis de Beaumont.Parce qu’il fonctionne de manière plus holistique que chez l’adulte, une commotion peut toucher plusieurs fonctions cognitives à la fois.» Pour cette étude, on cherche des jeunes qui viennent de subir une commotion cérébrale.Actuellement, ilyen a unedizaine qui passent périodiquement les tests.D’abord, les tests « papier- crayon », où on évalue les fonctions cognitives en général comme la mémoire, la concentration et la vitesse de traitement de l’information.Ensuite, un casque muni d’électrodes, placé sur sa tête, « lit » les ondes cérébrales du jeune au repos et au cours du travail cognitif.C’est l’électroencéphalographie.«Après le traumatisme, on remarque un ralentissement du traitement de l’information et une diminution des capacités d’attention dans le cerveau, note le chercheur.Ce sont des variations minimes, mais on peut s’imaginer que dans une tâche complexe, la différence puisse être significative.» Le recrutement de sujets, dans des ligues mineures de hockey, de soccer et de football de Montréal, est ardu.L’occur- rence des commotions est faible chez les jeunes sportifs, notamment en raison de leur moins grande force physique que les professionnels.Aussi, parents et entraîneurs sont-ils parfois réticents à déclarer une commotion.Sachant qu’un jeu- ne devient alors plus susceptible d’en subir d’autres, cela peut compromettre sa progression dans des ligues plus avancées.Autre obstacle : la méconnaissance du phénomène.« La commotion cérébrale n’implique pas nécessairement un coup à la tête, explique Louis De Beaumont.Lorsque le corps en mouvement est arrêté d’un coup sec, le cerveau se cogne contre la boîte crânienne.Ça peut être banal comme accident.» Une période de confusion de quelques minutes suit la commotion.La personne peut pleurer, agir étrangement, demeurer muette ou répéter les mêmes phrases.Souvent, des maux de tête suivent.« Pour un enfant qui ne sait pas ce qui se passe, ce peut être fort traumatisant », ajoute-t-il.Il suggère de consulter un médecin immédiatement pour s’assurer qu’il n’y a pas de séquelles.Un volet secondaire de l’étude porte sur les casques protecteurs en sport de glisse.Quelques études canadiennes et états-uniennes ont déjà montré que le casque diminue le risque de blessures à la tête.Selon M.de Beaumont, il faut se responsabiliser, surtout avec les enfants en bas âge, qui sont moins habiles et tombent plus fréquemment.« Pourquoi courir le risque ?», conclut-il.MELANIE ROBITAILLE 53 En période hivernale particulièrement, mais toute l’année, les risques de chute chez les enfants au cours de la pratique de certains sports sont importants.Le port du casque permet souvent d’éviter les commotions cérébrales, qui peuvent avoir des conséquences malheureuses.| DÉCOUVRIR 1 AVRIL-MÂTIôôFJ' la fine pointe ASSOCIATION DE L'ALUMINIUM OU CANADA L'Association de l'aluminium du Canada (AAC) regroupe les trois entreprises productrices d'aluminium de première fusion ; ces entreprises exploitent onze alumineries au Canada, dont dix au Québec.Aluminium : optimiser les procédés L’aluminium prend de plus en plus de place dans notre quotidien : au-delà des fameuses canettes, on trouve l’aluminium dans les automobiles, les avions, les batteries de cuisine, les maisons, les bijoux, les raquettes de tennis.et, à la base de tous ces produits, des procédés innovateurs, complexes et en constante évolution.Une évolution assurée notamment par une quinzaine de chercheurs membres du Centre de recherche sur l’aluminium -REGAL, un réseau de six universités, un cégep1 et dix-huit membres associés provenant des secteurs public et privé, et subventionné par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT).« Nous tentons d’optimiser et d’adapter les procédés selon les produits à fabriquer, ce qui demande de simuler virtuellement le comportement du matériau et du procédé et de tester expérimentalement la mise en forme ainsi que la résistance du produit fini », explique Michel Guillot, professeur au Département de génie chimique de l’Université Laval et responsable de l’axe de recherche sur les procédés.Entre autres projets, le soudage par friction-malaxage.Ce nouveau procédé utilise la friction et la rotation entre deux éléments afin de générer assez de chaleur pour ramollir le métal, sans jamais le rendre liquide.Il est ainsi possible de joindre des plaques et des profilés métalliques bout à bout ou avec chevauchement.«Il permet notamment de conserver les propriétés mécaniques du métal et de souder sur une grande profondeur», signale Michel Guillot.Ce procédé, inventé dans les années 1990, est encore peu connu au Québec, mais plusieurs entreprises sont intéressées à se l’approprier.« Il faut cependant apprendre à maîtriser la technologie en l’expérimentant avec divers produits, selon divers paramètres.Par exemple, nous voulons développer des têtes de robots en vue de rendre le procédé automatique pour des profils 3D.Il faut également concevoir des outils pour faciliter le soudage, puis évaluer la durabilité de la soudure.» Notamment, les chercheurs travaillent à intégrer le procédé dans une entreprise québécoise qui fabrique des remorques en aluminium.Dans un autre projet, les chercheurs du REGAL et les compagnies Spectube, CROI, Cycles Devinci et Alouette, en collabo- ration avec le Centre des technologies de l’aluminium (CTA), ont lancé un programme de recherche pour concevoir des pièces au moyen d’un enchaînement de procédés de mise en forme des tubes d’aluminium.L’hydroformage de tubes est une technologie de fabrication relativement nouvelle qui permet d’obtenir une pièce unique aux formes complexes.Les avantages : une réduction du poids et des produits de qualité supérieure à des coûts inférieurs.La technologie a notamment été adoptée par l’industrie automobile, où elle est maintenant considérée comme un procédé de fabrication compétitif pour la production de massé.Les chercheurs du REGAL et leurs partenaires industriels effectuent des tests de caractérisation des matériaux, la modélisation et l’optimisation du procédé d'hydroformage tubulaire, pour développer, par exemple, des pièces d’hélicoptères plus performantes et moins coûteuses à produire.Un projet soutenu par Pratt & Whitney et Bell Hélicoptères.Cycles Devinci s’intéresse à l’hydroformage pour des pièces de vélos.Quant à CROI, elle désire l’adapter à la 5 fabrication de sièges ergonomiques pour machinerie lourde et autres véhicules de transport terrestre.« Dans tous ces projets, on s’occupe de l’analyse du procédé jusqu'au développement d'un prototype à tester en usine ou sur la route », précise M.Guillot.Le bien livrable à l’entreprise?L’expertise et, parfois, un prototype, prêt à l’emploi ! 1 École Polytechnique de Montréal, École de technologie supérieure, Université Laval, Université McGill, Université du Québec à Chicoutimi, Université de Sherbrooke, cégep de Trois-Rivières NATHALIE KINNARD Procédé de soudage par friction et malaxage sur des tôles et des plaques d'aluminium, (a) Approche de l'outil, (b) pénétration verticale, (c) avance et soudage, et (d), sortie et retrait de l'outil.54 ^["DÉCOUVRIR I AVRIL-MAI 2008 la fine pointe Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales Le Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CHRP) a pour mission de contribuer à l'amélioration des pratiques de prévention et d'intervention psychosociales, à la hausse de la qualité et de la pertinence de la recherche psychosociale et à l'élaboration des politiques sur les enjeux à caractère psychosocial.Déficit de sommeil r La société souffre d’une pénurie de sommeil! S’il est normal de connaître de brèves périodes de perturbation du sommeil, près de la moitié des individus souffrent de troubles plus sérieux.Des troubles qui peuvent engendrer de nombreux autres problèmes sur le plan physique, mental, social et professionnel.« En fait, la somnolence et le manque de sommeil comptent parmi les causes importantes des accidents industriels et de la route, explique la Dre Bianca D’Antono, chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal, et chercheuse associée à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et au Département de psychologie de l’UQAM.Les coûts associés aux troubles du sommeil ont été estimés à plus de 150 milliards de dollars au début des années 1990.» Ou’est-ce qu’un bon sommeil?Les besoins en sommeil varient d’un individu à un autre, selon les différences physiologiques et le rythme de l’horloge biologique de chacun.Toutefois, un bon sommeil implique de dormir de 6 à 9 heures suivant lesquelles on se sent reposé, alerte et rempli d’énergie.Il permet de récupérer du stress quotidien, de consolider les apprentissages et de nourrir la créativité.Un sommeil normal est composé de cinq étapes distinctes qui alternent dans des cycles de 90 à 120 minutes.En général, on rêve davantage pendant la deuxième moitié de la nuit, au cours de l’étape REM [rapid eye movement), alors que le sommeil profond se produit peu après l’assoupissement.Une nuit complète peut contenir de quatre à six épisodes de REM, mais ces caractéristiques changent selon l’âge : plus on vieillit, plus le nombre d’heures de sommeil diminue.Ce qui trouble le sommeil Ces précieuses heures de sommeil sont souvent gaspillées au profit du travail, de la télévision, des jeux vidéo ou d’Internet.Avec le rythme effréné de la vie actuelle, l’horloge biologique ne parvient parfois plus à suivre la cadence.La population se lève plus tôt, se couche plus tard, et est aux prises avec de nombreux facteurs de stress et d’anxiété qui l’empêchent de bien dormir.En plus de l’insomnie - un trouble qui touche un Canadien sur sept -, environ 80 troubles du sommeil ont été répertoriés.« Si vous souffrez d’un trouble du sommeil et qu’il persiste, consultez un spécialiste, conseille la Dre D’Antono.Il vous fera passer une entrevue clinique suivie, éventuellement, d’examens pour calculer l’activité électrique de votre cerveau et de votre respiration lorsque vous dormez.Le médecin pourra alors être en mesure de vous prescrire un traitement spécifique à vos besoins.» Pour bien dormir Avant tout traitement, il est essentiel d’adopter une bonne hygiène de sommeil.Parmi les nombreux conseils des spécialistes, retenons les suivants : > Réduire le stress quotidien et la consommation de stimulants comme la caféine et la nicotine; > Respecter un horaire fixe de coucher et de lever; > Éviter les siestes; > Ne pas s’imposer le sommeil en sedisantqu’ilfautdormir; > Dissocier la chambre à coucher de toute activité incompatible avec le sommeil.Pour en savoir davantage sur les troubles du sommeil et leur traitement, consultez la chronique sur l’insomnie de la Dre D’Antono sur le site Internet du Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP).• Pour en savoir plus : www.clipp.ca, chroniques du CLIPP.SYBILLE PLU VIN AGE 55 Le sommeil, qui occupe près d’un tiers de la vie humaine, est souvent troublé.En plus de l’insomnie, qui touche un Canadien sur sept, environ 80 problèmes du sommeil ont été répertoriés.Avant de choisir un traitement, il est essentiel d’adopter une bonne hygiène de sommeil.| DÉCOUVRIR | AVRIL-MaT2008~J[ Penser la science PAR ARIEL FENSTER La «chimiophobie».et comment s'en protéger Le téléphone sonne et une dame avec une voix angoissée me demande si sa santé est compromise du fait qu'elle boit régulièrement de l'eau en bouteille.Les médias viennent de lui apprendre que cette eau est contaminée avec de l’antimoine, une substance « dont la toxicité est semblable à celle de l’arsenic».C’est ce genre d’appels que nous recevons régulièrement à l'Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.Les manchettes nous bombardent : bis-phénol A dans les boîtes de conserve, mercure dans le poisson, aluminium dans les anti-sudorifiques.Il n’est pas étonnant que pour plusieurs d’entre nous, l’adjectif automatiquement associé à «produit chimique» soit «toxique».Pas étonnant non plus que les dames qui font goûter des échantillons d’aliments dans les supermarchés affirment sans ambages : « Ce produit ne contient aucun produit chimique».D’emblée, je leur demande pourquoi elles m’offrent du vide.Que de chemin parcouru depuis le slogan des années 1930 de la compagnie DuPont, qui nous promettait « de meilleurs produits pour une qualité de vie meilleure.grâce à la chimie ».Les raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là sont complexes et variées.L'industrie chimique, d’abord, a une grande part de responsabilité.Pendant trop longtemps, elle a ignoré les problèmes qu’elle générait elle-même.Elle justifiait, par exemple, le déversement de déchets dans les cours d'eau par cette phrase à l’emporte-pièce : « La solution à la pollution est la dilution».Ensuite, les chercheurs sont aussi coupables : il leur arrive d’annoncer de manière prématurée des résultats qui sont invalidés par des études subséquentes.La saga du café me vient à l’esprit.Dans les années 1980, une étude établissait un lien entre la consommation de café et le cancer du pancréas.Plus tard, une autre étude plus poussée nous rassurait en nous informant qu’il n’y avait pas de relation entre les deux.Puis récemment, des chercheurs de l’Université Rutgers, au New Jersey, nous apprenaient que leurs études avec des souris indiquaient que la caféine offre une protection contre le cancer de la peau, à condition.d'être appliquée sur la peau ! Enfin, les médias eux-mêmes contribuent grandement à cette chimiophobie avec des manchettes spectaculaires.Il y a quelques années, un quotidien claironnait à la une qu’on avait découvert dans les pommes un composé potentiellement toxique, la morpholine.Après vérification, on a déclaré que la morpholine ne représentait pas vraiment un danger.Le quotidien en question a eu l'intégrité d’apporter une brève correction quelques jours plus tard, en page 5.L’arbitre ultime demeure le public, qui dispose de certains outils pour évaluer de manière rationnelle les nouvelles qui risquent de l’affecter.Tout d’abord, il ne faut pas fonder son jugement sur une annonce faite par communiqué de presse, par exemple.Avant de paniquer, il faut attendre qu’un consensus émerge de plusieurs études publiées dans des sources approuvées par la communauté scientifique.Mais ensuite, et avant tout, cette évaluation demande une compréhension de la notion de risque.Il importe de savoir que, comme le disait déjà Paracelse au 16e siècle -.«Sola dosisfacitvenenum »-c’est la dose qui fait le poison! L'antimoine dans l’eau embouteillée, par exemple, provient de la fabrication du plastique des bouteilles, où on l’utilise comme catalyseur.Les concentrations d’antimoine trouvées par les chercheurs étaient de l’ordre maximal de 500 milliardièmes de gramme par litre d’eau.Pour excéder la quantité d’antimoine qu’on peut ingérer sans danger, une personne de 70 kilos devrait boire un minimum de 250 000 litres d’eau en une journée.En comparaison, l’eau comme telle est bien plus toxique.Plusieurs personnes sont mortes après avoir bu aussi peu que 8 litres d'eau.Ainsi, nous nous inquiétons au sujet de quantités infinitésimales de toxines alors que nous gaspillons l’énergie et contribuons à l’effet de serre en utilisant de l'eau embouteillée.Dans plusieurs villes, l’eau du robinet est pourtant d’excellente qualité.Un autre facteur à considérer est que corrélation ne veut pas dire causalité.Il est possible que deux phénomènes se produisent en même temps sans qu’ils soient reliés l’un à l’autre.Lorsqu’on me dit : «.quand Israël a réduit l’utilisation des pesticides, le taux des décès dû au cancer du sein a chuté de plus de 30», je rétorque «.et savez-vous qu’en Europe, le taux de natalité a diminué en même temps que les populations de cigognes ?».Il importe enfin de savoir que beaucoup d’expériences menées avec des animaux ne sont pas vraiment applicables à l’être humain.Une étude a démontré que le colorant rouge n° 3 - celui qui colore les cerises dans les salades de fruits en boîte-causait des tumeurs de la thyroïde chez les rats mâles (pas les femelles).Ces tumeurs se développaient après l’ingestion de l’équivalent humain de 14 000 portions quotidiennes de salade de fruits pendant 70 ans.Selon moi, le problème avec ces soi-disant salades de fruits réside surtout dans les énormes quantités de sucre qu’elles contiennent.En conclusion, pour avoir le plus de chances de vivre longtemps et pleinement, il faut se concentrer sur les facteurs de risque responsables de la majorité de décès prématurés en Amérique du Nord, soit l’obésité et le tabagisme.Il y aussi le stress.Quand vous apprenez qu’une nouvelle étude cause tel ou tel problème, prenez cela avec un grain de sel, sans plus.nous en consommons déjà trop.Et puis, la situation n’est pas si catastrophique.L’année dernière, nous avons établi un nouveau record d'espérance de vie, à savoir 80,2 ans.?56 DECOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 LIVRES LA CONDITION Esul sir l'iffraé tKfcntofi'M LA CONDITION INHUMAINE : ESSAI SUR L’EFFROI TECHNOLOGIQUE Ollivier Dyens Flammarion 277 pages Ollivier Dyens, professeur au Département d’études françaises de l’Université Concordia, réfléchit depuis un temps déjà au devenir humain à l’âge des technologies.Il nomme ici « inhumains » les outils, la technologie, bref ce qui s’ajoute à la réalité biologique.Et comme le laisse présager le titre, c’est la tension qui est au centre du livre.« L’humain et l’outil coévoluent, la survie de l’un dépendant de l’autre.[.] sans outil, l’humain contemporain, celui de la civilisation n’existerait pas.» L’auteur propose de cesser de définir séparément l’humain et la technologie.Il s’agirait là d’un seul et même système.« Sans outil, l’humain aurait été incapable de transformer son univers en une vaste représentation et en une infinie conceptualisation qui lui permettent de vivre plus longtemps et de se reproduire plus souvent.» JOHANNE LEBEL ¦ IMMIGRANTS L’ENSEIGNEMENT “"SCIENCES >.;,MCMes LA LANGUE ET L’INTÉGRATION DES IMMIGRANTS : SOCIOLINGUISTIQUE, POLITIQUE LINGUISTIQUE, DIDACTIQUE Sous la direction de James Archibald et Jean-Louis Chiss L’Harmattan 430 pages Le moins que l’on puisse dire de cette question, c’est qu’elle est plurielle.Nos pratiques langagières sont mouvantes, surtout inconscientes et utilisées pour mener « politiquement » nos vies.Comme le souligne Jean-Louis Chiss, «[.] définir des orientations didactiques pour l’enseignement/apprentissage du français destiné aux adultes et aux jeunes issus de l’immigration, cela suppose un examen de leur situation sociolinguistique et des aspects sociaux, politiques et éducatifs du contexte d’insertion ».Cet ouvrage aider à naviguer à travers la dynamique plurilinguistique et multiculturelle de cette question.Il est issu des réflexions présentées lors d’un colloque international tenu simultanément à l’Université Paris 3 et à l’Université McGill en 2005.REGARDS MULTIPLES SUR L’ENSEIGNEMENT DES SCIENCES Sous la direction de Patrice Potvin, Marin Riopel et Steve Masson Éditions Multimondes 464 pages Dans les directives données aux auteurs des 33 textes composant ce recueil, on demandait que le titre commence par « Enseigner les sciences par/selon/en/ pour.».Laissés libres de présenter leur éclairage original sur la question, il en résulte un ouvrage tout aussi éclectique que stimulant.Hervé Fisher, entre autres, y souligne que ce sont les origines théologiques de la science qui font qu’encore aujourd’hui, les gens attendent qu’elle leur révèle la vérité.Avec Étienne Delagrave, on apprend à décoder les raccourcis empruntés par les médias quand ils présentent des études épidémiologiques.Et pour sa part, Marie-Françoise Legendre explique qu’enseigner les sciences suppose une rupture avec les représentations préalables des élèves tout en devant, paradoxalement, se faire en continuité par rapport à leurs connaissances « naïves ».-^ DE NOUVELLES BOURSES GÉNÉREUSES OFFERTES POUR DES RECHERCHES EFFECTUÉES EN ENTREPRISE Vous êtes un étudiant qui souhaite faire de la recherche dans un milieu de pratique et ainsi participer à l’innovation au sein d’une PME ?Le programme de bourses en milieu de pratique, volet innovation, du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FORSC) est pour vous ! Vous êtes professeur ?Faites la promotion de ce programme auprès de vos étudiants ! Conçu pour des étudiants de maîtrise et de doctorat, ce programme vise la réalisation de recherches portant sur des thèmes prioritaires pour les entreprises, d’une part, et la familiarisation des étudiants avec ces milieux de pratique, d’autre part.Toutes les facettes de l’innovation sont visées : nouvelles pratiques, nouveaux services, développement de marchés émergents, etc.Pour ce faire, le candidat boursier ou la candidate boursière doivent réaliser la majorité de leurs activités de recherche dans l’entreprise et poursuivre leur projet dans les domaines des sciences sociales et humaines, arts et lettres.Les montants offerts sont de 21 000 $ par année pour une bourse de maîtrise et de 27 000 $ par année pour une bourse de doctorat.Les demandes peuvent être déposées en tout temps.Renseignez-vous auprès du service des bourses de votre établissement et consultez le site Web du FORSC : www.fqrsc.gouv.qc.ca Fonds de recherche sur la société et la culture Québec ïï h Épëjp&j Éiai DÉCOUVRIR | AVRIL-MAI 2008 A-2A SOURCE : WIKIPI point Albanie Leduc 1 e 17 petits cochons clonés C’est à l’Université McGill, au Département de zootechnie, que sont nées les trois premières portées de porcelets clonés au Canada.Tous issus de cellules prélevées sur un même adulte et clonés par la même technique que celle utilisée pour la célèbre Dolly, dix d’entre eux se développent actuellement normalement.Les sept autres ont été euthanasiés et autopsiés afin de détecter toute ano- Protéine de contrôle de la croissance osseuse Le mécanisme moléculaire par lequel l’ostéocrine protéique contrôle la croissance osseuse est désormais connu grâce à une équipe de l’Hôpital Shriners et du Département de génétique humaine de McGill.Après avoir observé des gibbosités et des allongements osseux sur des souris génétiquement modifiées pour qu’elles sécrètent de l'ostéocrine, une pro-g téine produite par les cellules 5 responsables de l’ostéoformation, les chercheurs ont compris que celle-ci contrôlait l’approvisionnement local des os en hormones de régulation de la croissance osseuse.Cette avancée permettra de mettre au point des traitements pour les maladies osseuses.Communiqué McGill 58 malie qui pourrait être due au clonage.L’émergence de cette expertise au Canada favorisera la mise au point de cellules animales spécifiques pour l’étude de diverses maladies humai- nes.Communiqué McGill Une banque de données génétiques pour soigner l’asthme Dans le but d’améliorer le traitement de l’asthme en ciblant les gènes responsables de l’inflammation qui le caractérise, Catherine Laprise, professeure au Département des sciences fondamentales de l’UQAC, a mis au point la banque de données Du blé antigel sans OGM Certaines espèces de blé tolèrent mieux les basses températures que d’autres.Jean Dany-luk, professeur au Département de biologie de l’UQAM, tente de comprendre les variations géné-tiques à la base de cette différence.Selon lui, environ 10 p.100 du génome est en jeu dans les ajustements biochimiques, physiologiques et métaboliques qui permettent la résistance au froid.Pour obtenir un blé idéal, il suffirait de croiser un cultivar d’élite avec le génotype qui accroît la tolérance au gel, ce qui représenterait un processus sans OGM.Ces croisements pourraient rendre possible la culture de blé d'hiver au Québec, un type de blé par ailleurs 50 p.100 plus productif que celui que nous cultivons actuellement.Journal L’UOAM génétiques la plus complète et détaillée en la matière dans le monde.Pour ce faire, elle a échantillonné au delà de 2000 ADN.Jusqu’à maintenant, l’expression de plus de 156 gènes, dont deux nouveaux gènes associés à l’asthme, et leur application ont été observées.UOACtualité Décrypter l’art chrétien Il n’est pas simple d’interpréter correctement les oeuvres d’art d'inspiration chrétienne, car il c faut savoir faire le lien entre l’objet esthétique et l’objet spirituel.Pour faciliter cette tâche, Robert Bertrand, doctorant en théologie à l'Université Laval, vient de définir une grille d'analyse basée sur les principes d’esthétique théologique établis par le théologien catholique Hans Urs von Balthasar.Cette grille fait appel au processus d’intel-lection de la «figure du Christ » comme base de modélisation du protocole d’analyse artisti- Des étoiles à l’atmosphère de carbone pur Une naine blanche est un cadavre d’étoile dont l’atmosphère est formée d’hélium et d'hydrogène.C’est du moins ce que l’on croyait avant qu’un diplômé du Département de physique de l’Université de Montréal, Patrick * u O Dufour, ne provoque tout un émoi dans la communauté des astrophysiciens en découvrant qu’au moins huit naines blanches parmi les 10 000 connues font exception : leur atmosphère est entièrement composée de carbone.Plusieurs équipes tâchent maintenant de comprendre ce phénomène qui défie le modèle théorique de l’évolution des étoiles et qui demeure inexpliqué.Forum Université de Montréal que, un concept qui englobe tout ce qui a été dit sur le Christ dans l’Ancien et le Nouveau Testament.Au fil des événements Université Laval ^^~DÉCOUVRIR I AVRIL-MAI 2Qoi~~| Pr Alexandre Blais invente le premier bus quantique, pièce maîtresse vers la construction de l'ordinateur du futur Dépasser les limites L'Université de Sherbrooke offre un cadre de recherche exceptionnel pour combler vos désirs de dépassement.• La position de tête parmi les meilleures universités canadiennes pour nos installations de recherche (recherche selon The Globe and Mail) • 65 chaires de recherche • Des budgets de recherche qui ont progressé de plus de 60 % depuis 2001 • 12 équipes, 28 centres et 4 instituts reconnus pour l’excellence de leur recherche entre autres en nanotechnologies, inflammation, organisation du travail, supraconductivité, télédétection, génie parasismique, intervention éducative, pharmaceutique, matériaux nouveaux, compression de la parole • Près de 2700 personnes travaillant en appui aux activités de recherche • Des redevances de brevets parmi les plus élevées dans le réseau des universités canadiennes • La création de 26 entreprises actives et la détention de plus de 324 brevets établis ou en instance • Plus de 150 accords de coopération internationale avec 39 pays • Une politique avant-gardiste pour protéger la propriété intellectuelle www.USherbrooke.ca/larecherche UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE .-c 7é> Congrès de l'Acfas w Lq rencontre du avec 400 ans d histoire Soyez des nôtres du 5 au 9 mai 2008 pour ce rendez-vous scientifique exceptionnel ?Plus de 140 colloques percutants ?Des conférences midi Acfas animées ?Plusieurs autres activités spéciales Pour plus d’information sur le programme, l’inscription et l’hébergement, consultez le www.acfas.ca Université du Quebec Développement économique.Innovation www.inrs.ca www.acfas.ca Institut national de la recherche scientifique Association francophone pour le savoir Acfas et Exportation Vv , | E9 E9 Québec C9 a
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.