Découvrir, 1 juin 2008, Juin-juillet
^HISTOIRE SAWS FRONTIERES )ECO BAnQ k/UE DE LA RECHERCH VOLUME 29, NUMÉRO B | JUIN-JUILLET 2008 lynamiques comole écosystèmesâm'mat et humai p.56 5,95$ Messageries Dynamiques 0 3 Pierre De Coninck p.28 « Cannabis » endogène et dépres^ftfn p.8 Bataille navale entre tradition p.13 Géométrie végétale P-25 m Marie Curie, la scientifique jet la fem Association francophone pour h?saydTr: Acfas*_425, rue De La Gau Z Protéger les médicaments jus- 5 qu’à ce qu’ils arrivent au bon ° endroit, s'ouvrent et libèrent g leur contenu.« Nos vecteurs 3 prennent plusieurs formes : g certains ont un extérieur rigide de type lipidique et un intérieur aqueux tandis que d’autres sont un mélange de médicament et de polymère», explique le chercheur, qui vient de recevoir pour ses travaux une bourse commémorative E.W.R.Steacie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).Dans tous les cas, leur enveloppe externe est pourvue de molécules qui s’attachent pré- cisément aux tissus malades.Créer ces capsules demande beaucoup de doigté.« Nous les concevons pour qu’elles restent intactes pendant tout le voyage, mais aussi pour qu’elles soient assez fragiles pour se désintégrer en atteignant leur cible », dit le professeur.Sans compter que ces corps étrangers doivent passer incognito près du système immunitaire.La vectorisation des médicaments existe depuis une qua- Jean-Christophe Leroux.« Cette science a beaucoup progressé au cours des dix dernières années.Nous savons mieux quelles protéines distinguent les cellules malades et, donc, lesquelles cibler pour y attacher nos vecteurs.Les maté- SCIENCE CTTT1 riaux formés de nanoparticules ont aussi beaucoup évolué ; ils réagissent maintenant à la chaleur, à l’acidité ou à la lumière », dit-il.Concrètement, un médecin pourrait donc donner un médicament vectorisé à une personne malade, puis chauffer uniquement la partie du corps où il veut qu’il agisse ! Le professeur passe maintenant à une deuxième étape : déplacer à volonté les nanocapsules dans le corps humain.Par exemple,en collaboration avec Sylvain Martel, de l’École polytechnique de Montréal, il développe des vecteurs qui ont des propriétés magnétiques.«On pourra les guider tout simplement avec un appareil d’imagerie par résonance magnétique », explique-t-il.rantaine d’années, souligne Immunoliposomes sensibles au pH pour le ciblage et la libération contrôlée des médicaments Principe actif encapsulé (ex., anticancéreux).Vecteur colloïdal (ex., liposome préparé à base de lipides) permettant de protéger un principe actif d'une dégradation potentielle et d’augmenter l’efficacité thérapeutique ou de diminuer les effets indésirables.Polymère hydrophile et flexible contribuant à augmenter les temps de circulation in vivo du vecteur lorsqu'il est administré par voie intraveineuse.Polymère ancré dans la bicouche lipidique et favorisant une libération immédiate et contrôlée du principe actif en périphérie ou à l'intérieur des cellules ciblées (ex., tumeurs, tissus inflammés) après un stimulus (ex., changement de pH, température).Ligand (ex., anticorps) permettant fde diriger le vecteur vers un organe ou des cellules cibles.Les travaux du Dr Leroux portent sur la mise au point de nouvelles formes pharmaceutiques afin de rendre les médicaments plus efficaces et moins toxiques.Le principe consiste à associer la molécule active à un «véhicule» qui la protégera contre une dégradation prématurée causée par le milieu environnant tout en la conduisant à son site d’action.Le type d’im-munoliposomes ci-dessus constituent un exemple de vecteurs nanométriques très innovateurs et prometteurs.DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 « Nous avons un projet qui est à la limite de la formulation de médicaments, poursuit-il fièrement : un polymère qui traite les personnes intolérantes au gluten.» Le gluten est une protéine qu'on trouve notamment dans le blé; les gens qui en consomment et qui y sont intolérants souffrent entre autres de troubles gastro-intestinaux et risquent davantage de développer le o cancer.Jean-Christophe Leroux et son équipe ont conçu une capsule dont les polymères se lient spécifiquement à la glia-dine, l'élément du gluten qui le rend toxique chez certains individus.Le plus beau : ce système n’interagit pas avec le corps et est évacué dans les selles.« On espère commercialiser cette nouvelle technologie d'ici cinq à dix ans », dit le chercheur.Un autre type de système pourrait quant à lui agircomme une « nanoéponge » et servir d’antidote à quelqu’un quia avalé trop d’antidépresseurs.ou d’aspirine.Enfin, le scientifique est en train de mettre au point un liquide, injectable, qui se solidifie une fois injecté.Cette technologie est présentement testée sur des animaux avec un médicament contre la maladie d’Alzheimer.« Cela pourrait servir à poser un implant à quelqu’un sans pratiquerd’in-cision », explique M.Leroux.L’optimisation à son meilleur.ANICK PERREAULT-LABELLE 16 ]U~DfcÔuVR[R | JUIN-JUILLET 2008 | Dompter l’électron par l’atli L’industrie pharmaceutique fait face à tout un problème : pour chaque kilo de médicaments qu’elle produit, elle peut générer jusqu'à 100 kg de déchets ! Ces résidus comportent notamment une foule de molécules sans utilité thérapeutique et dont les chimistes ne savent que faire.« Ces derniers n'ont aucun contrôle sur l’électron,explique André Bandrauk, professeur au Département de chimie de l’Université Sherbrooke.Or, c’est l’électron qui est responsable de toutes les réactions chimiques, car il permet aux molécules de se former en liant ou en séparant des atomes.Le rêve de tous les chimistes est de contrôler les électrons.» Ce faisant, ils pourraient neutraliser les tonnes de déchets.Le problème ?Selon la physique quantique, l’électron a une double nature; en effet, c’est une particule, mais il devient une onde lorsqu’il se retrouve dans une molécule! Or, par définition, les ondes sont partout et il se révèle bien difficile de les localiser.André Bandrauk et son équipe ont trouvé la solution pour voir ces particules qui ondulent :des impulsions laser très intenses et très courtes.« Les molécules absorbent cette énergie; les électrons nous la renvoient sous forme de flashs, ce qui nous permet de les voir », dit le chimiste, qui vient de recevoir le prix John-C.-Polyani du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).Les impulsions initiales sont très courtes, elles ne durent qu'une centaine d’attosecon-des.Une attoseconde, c'est 0,0000000000000000001 s ou un millionième de millionième de millionième d’une seconde.« Puisque l’électron bouge très vite, il faut que l’impulsion laser soit courte pour qu’on arrive à le capter.C’est comme un appareil photo : l’image est floue si la lentille ne se referme pas assez rapidement.Or, il faut à peine 150 attosecondes à un électron pour faire le tour d’une molécule ! », s’exclame le chercheur, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie computationnelle et photonique moléculaire.Toutes les expériences d’André Bandrauk et son équipe se font sur le superordinateur le plus puissant du Canada, avec des molécules et des lasers virtuels.«On l’appelle le Mammouth : sa puissance équivaut à celle de 1000 ordinateurs personnels, et elle sera multipliée par huit dans quelques mois », dit M.Bandrauk.Les chercheurs n’ont guère le choix de travailler virtuellement : il existe seulement cinq lasers à attosecondes dans le monde,dont un qui est en construction à Varennes, à l’Institut national de recherche scientifique, section Énergie, Matériaux et Télécommunications.La prochaine étape consiste à déplacer les électrons à l’endroit souhaité - toujours avec des impulsions laserd’une centaine d'attosecondes - pour qu’ils se lient avec le « bon » atome.« L’intensité ou la cou- leur du laser influenceront la manière dont l'électron bougera.La façon de le déplacer dépendra aussi de la taille et de la structure de la molécule, entre autres », note André Bandrauk.9.0 R [a.u.] L'attochimie vise à contrôler le mouvement des électrons à l'intérieur des molécules avec les impulsions laser les plus courtes au monde, les impulsions attosecondes.L'échelle de l'attoseconde (1 as = io-'8 s) renvoie au temps naturel des électrons.Les impulsions attosecondes sont le résultat d'une interconversion entre des électrons attosecondes et des impulsions de photons attosecondes.De très courte durée (actuellement -200 as), elles permettent d'analyser des processus très rapides dans les atomes, les molécules et les solides.Ci-dessus, mouvement (saut) de l’électron après excitation par une impulsion laser d’une durée de 300 as.[i a.u.= o,i nm] stiiwcE nrm himie Une des applications possibles pourrait être de réduire la quantité de déchets produite au cours de la fabrication de médicaments.D’ici cinq à dix ans, « l’attochimie » pourrait aussi traiter le cancer de la peau.« Les rayons ultraviolets forment des lésions en collant les molécules de l’épiderme.Le corps se défend en utilisant des électrons pour séparer de nouveau ces molécules.Le cancer se développe quand les lésions sont trop nombreuses et que le corps ne fournit plus », dit André Bandrauk.Des électrons déplacés avec des impulsions laser lui seraient sûrement utiles.L’attochimie est une nouvelle science, dit le chercheur, qui organisera le premier symposium sur le sujet en 2009, à l’occasion de la réunion annuelle de (’American Chemical Society.Ce sont les travaux de deux Prix Nobel en chimie qui inspirent André Bandrauk et son équipe.Le premier est le Canadien John C.Polanyi, professeur à l’Université de Toronto et corécipiendaire du prix Nobel en 1986, qui a découvert que l’énergie chimique peut se transformer en lumière cohérente.Le deuxième, nobélisé en 1999, est Amhed Zewail.Cet Américano-Égyptien,qui enseigne au California Institute of Technology, a vu les atomes bouger au sein des molécules.Pour ce faire, il a utilisé des impulsions laser de quelques dizaines de femtosecondes, c’est-à-dire 1000 fois plus lentes que celles d’André Bandrauk.Décidément, on n’arrête pas le progrès ! ANICK PERREAULT-LABELLE La censure tisse sa toile En septembre 2007, la Birmanie vit une crise politique majeure : pendant deux mois, la population manifeste pacifiquement, tandis que la junte militaire réplique violemment, causant plusieurs morts et des centaines de blessés.Le 28 septembre, le gouvernement birman bloque l’accès à Internet durant deux semaines.En mars 2008, en pleine révolte tibétaine, le site Google chinois filtre l’événement.De plus en plus fréquents, ces exemples soulignent l’importance d’un projet comme l’Open Net Initiative (ONI).Depuis 2002, les chercheurs de l'ONI surveillent les pratiques de censure numérique d’une quarantaine de pays à travers le monde.En 2007, l’ONI-Asie voit le jour.« LAsie est le continent des extrêmes : on y trouve d’un côté la Corée du Sud, avec 89 p.100 de foyers connectés, et de l’autre la Birmanie, avec moins de 1 p.100 d’internautes, souligne François Fortier, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa et directeur du projet.Soutenue financièrement par le Centre de recherche pour le développement international (CRDI), son équipe étudie alors 13 pays1 avec la collaboration de 16 partenaires locaux.Plus ambitieux que son prédécesseur, le présent Pour contourner la surveillance des autorités, les experts asiatiques transmettent leurs informations sous forme de courriels cryptographiés.Ils disposent aussi d’une connexion Internet libre grâce au logiciel Ps/phon, développé par Ron Dei- projet asiatique prévoit de compléter les recherches techniques par des études juridiques, sociologiques et politiques de la censure numérique dans ces pays.Il s’organise en trois étapes : constituer un réseau d’experts sur place, rassembler des preuves de pratiques de censure, puis organiser des débats publics.bert et son équipe du Citizen Lab, membres fondateurs de l’ONI.Le principe de ce logiciel est simple : un internaute non censuré l’installe sur son ordinateur.Il obtient alors une URL, un nom d’utilisateur et un mot de passe, qu’il pourra envoyer à un proche vivant dans un pays pratiquant le filtrage pour lui permettre de surfer librement sur le réseau des réseaux.Les premiers résultats indiquent que les politiques divergent selon les États.Avec plus de 130 millions d’internautes, la Chine a investi énormément dans des logiciels de filtrage, s’attaquant particulièrement aux sites qui s'expriment dans les langues locales.Il suffit de lancer une recherche en chinois L’Open Net Initiative (ONI) effectue des analyses dans une quarantaine d’États où l’on pratique un certain filtrage d’Internet.Depuis 2007, une antenne Asie permet de mieux connaître l’ampleur de la censure dans chaque pays du continent.Ces experts doivent contourner la surveillance des autorités.sur les termes « massacre de Tiananmen » pour juger de l’efficacité redoutable de ces filtres : 90 des 100 premiers résultats proposés par Google sont bloqués.En Birmanie, 85 p.100 des sites de courriel Web sont inaccessibles.Même constat au Vietnam, qui suit l’exemple chinois et arrête également les cyberdissidents.Selon les chiffres de Reporters 17 DECOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 SCIENCE mm sans frontières, 62 internautes sont actuellement emprisonnés pour leur activité sur le Net, dont 50 en Chine.Au contraire, d’autres pays asiatiques, comme Singapour, filtrent peu -hormis les sites pornographiques -, mais jouent plutôt la carte juridique, multipliant les procès en diffamation pourfor-cer les internautes à s'autocensurer.Certains pratiquent la censure temporaire.En mars 2007, lors d'élections locales, la commission électorale du Cambodge a ainsi interdit pendant deux jours l’utilisation des messages SMS, sous prétexte de protéger les électeurs contre les envois massifs des candidats.Les recherches de l’ONI-Asie devraient s’étendre aux pays occidentaux, où l’on assiste à une privatisation de la censure.« Dès qu’une grande compagnie veut faire retirer une vidéo de YouTube ou MySpace, il lui suffit d’invoquer la propriété intellectuelle, s’insurge François Fortier.Par crainte de poursuites juridiques, les responsables de sites Internet suppriment d’eux-mêmes les images incriminées.» Entre pratiques d’intimidation et censure drastique, Internet aura grand besoin de notre vigilance pour tenir ses promesses initiales : créer un nouvel espace de liberté.MATHILDE LOCHER 1 La Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, la Birmanie, la Corée du Sud, l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, l’Indonésie, Singapour, la Malaisie et les Philippines.L’histoire spatiale du Québec La collection des Atlas historiques du Québec permet de voyager dans le temps et dans l’espace québécois.« Le souci à la base de cette publication est de produire des ouvrages de synthèse, donnant un portrait général de l’histoire du Québec dans ses dimensions spatiale et territoriale.La collection est également une vitrine pour faire valoir les résultats des recherches de pointe menées par les membres du Centre de recherche interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ) », explique Donald Fyson, p rofesse u r-chercheur au Département d’histoire de l’Université Laval.Fondé en 1993; le CIEQ est l’un des regroupements stratégiques du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC).Il est formé de deux constituantes : l'une basée à l’Université du Québec à Trois-Rivières,dirigée parYvan Rousseau; l'autre à l’Université Laval, dirigée par Brigitte Cau-lier et Donald Fyson.La collection se révèle un projet fédérateur au sein de la communauté scientifique.«Chaque volume entraîne la création d’une plateforme de travail interdisciplinaire sur laquelle une équipe de chercheurs se réunissent autour d’un objectif collectif », précise M.Fyson.Cette configuration motive les échanges au sein du CIEQ ainsi qu’avec la communauté scientifique élargie.Ce llftid Québec sont, en effet, pas moins de 169 collaborateurs qui développent actuellement les ouvrages.Parmi eux, 54 membres du CIEQ (chercheurs et étudiants), 58 autres chercheurs du Québec, 33 du Canada hors-Québec et 24 de l’étranger.Une première génération d’atlas a été publiée entre 1995 et 2001 : Le Nord : habitants et mutations; La paroisse.Québec: ville et capitale; L’institution médicale; Le territoire; Population et territoire; Le pays lau-rentien au XIXe siècle.Les pre- au Québec ou Le fait urbain, nécessitent des recherches beaucoup plus longues.Il faut éplucher des archives de toute nature, reconstituer les noyaux de peuplement à partir des recensements, étudier les tableaux statistiques et autres documents officiels de l’époque, et ainsi de suite.» Grâce à ce travail, le CIEQ a d’ailleurs pu établir d’importantes bases de données, qui seront mises à la disposition de l’ensemble de la communauté scientifique.De nombreuses compéten- " y r'-ru , Intérieur de l’atlas La Paroisse, lauréat en 2002 du prix Clio-Ouébec de la Société historique du Canada.miers atlas de la deuxième génération vont passer sous presse dès cette année, dont Le patrimoine de la Nouvelle-France (hors collection) et La formation des campagnes au XVIIIe siècle.Cinq autres sont attendus avant 2011 : La francophonie nord-américaine, Le fait urbain, Les missions, L’école au Québec et L’État au Québec.Ce délai peut paraître long, mais M.Fyson explique : « Si la moyenne pour produire un atlas est d’environ quatre ans, certains sujets, tels que L’École ces sont nécessaires pour réaliser un atlas : chercheurs universitaires de plusieurs disciplines, cartographes, spécialistes en systèmes de traitement de l’information géographique, concepteurs graphiques.Ces ouvrages renferment, en effet, une riche iconographie.Les cartes y occupent une place centrale, car elles resituent les contextes historiques.On y trouve également de nombreux graphiques et illustrations qui viennent agrémenter et préciser le contenu.DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 SOURCE : CIEQ SCIENCE pr-Éi&m.Malgré un tirage moyen de 1500 exemplaires, certains volumes sont déjà épuisés.Pour répondre à cet engouement, de nouveaux projets émergent.Le comité scientifique du CIEQ, par exemple, a donné son aval à un projet de création de sites Internet didactiques pour rendre certains atlas plus accessibles au grand public, notamment pour Québec, ville et capitale.Dans une autre perspective, le Centre prévoit la traduction d’une sélection de textes de la collection, rassemblés dans un volume destiné au public anglophone.La collection des Atlas historiques du Québec est destinée Les Atlas historiques du Québec renferment une riche iconographie qui témoigne de l'histoire de la province.Ci-contre, le dernier titre de la collection, Les traces de la Nouvelle-France au Québec et en Poitou-Charentes, coproduit avec la France.au grand public ainsi qu’aux chercheurs.Le contenu est accessible et se base sur des résultats de recherche récents.C’est à ce titre que le volume La paroisse a reçu en 2002 le prix Clio-Québec de la Société historique du Canada, décerné aux meilleurs livres en histoire régionale.L’expertise acquise par les chercheurs du CIEQ à travers cette collection a donné lieu à des collaborations outre-mer.Marc St-Hilaire a ainsi dirigé un ouvrage paru ce printemps et réalisé en association avec la France : Les traces de la Nouvelle-France au Québec et en Poitou-Charentes,dont le CIEQ a assuré le montage cartographique et graphique.PERRINE POISSON Géographie à la mode crie Agence Science Presse - Une meilleure reconnaissance de la culture et des droits des Autochtones passe aussi par une plus grande diffusion de leur vision du monde.Dans cet esprit, les peuples des Premières Nations pourraient sortir gagnants de l’émergence de nouvelles technologies et recherches en géographie.Un jeune chercheur en géographie de l’Université McGill s’est intéressé à la manière dont les Cris nomment les lieux et les places, et à leur façon de les catégoriser afin de construire une géographie ontologique à la sauce amérindienne.« Une façon à la fois philosophique et personnelle d’appréhender le taidacnSâkSvj taadïâ'aukamikwi ’mftik" taaciskvvaasfr L^nicrtaachââk'irriikw ^ûsh ' y^ayjiihaauchimaau mimshtikv^\£ iiiinn aaihtaaf kampaniiuminishtikw territoire», explique Christopher Wellen.Ce chercheur du laboratoire de GIS (Geographic Information Systems) de l’Université McGill a présenté ses avancées à la conférence des chercheurs canadiens en GIS, la Spatial Knowledge and Information Canada (SKI), en février dernier.Presses de l'Université du Québec L'innovation sociale Émergence et effets sur la transformation des sociétés Le développement social au rythme de l'innovation Le développement social Un enjeu pour l'économie sociale Sous la direction de Juan-Luis Klein et Denis Harrisson INNOVATION SOCIALE Cet ouvrage propose de revoir le concept d'innovation en plaçant la société au centre de son analyse.DÉVELOPPEMENT SOCIAL AU RYTHME DE L'INNOVATION Sous la direction du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture développement social Un enjeu pour l’économie socinle i Sous la direction de Marielle Tremblay, Pierre-André Tremblay et Suzanne Tremblay Quels sont les enjeux du développement durable ?Disponible chez votre libraire ou au www.P JIJQ .ca Québec ïï “ DÉCOUVRIR I JUIN-JUILLET 2008 SCIENCE Vers une autre mondialisation Où sont prises les décisions majeures concernant l’avenir de la planète ?« Dans les salles de réunion d’entreprises », répond Satoshi Ikeda,titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la sociologie politique des perspectives mondiales et professeur au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Concordia.« L'économie mondiale est dirigée par les propriétaires d’entreprises et les hauts gestionnaires gouvernementaux.» Le contrôle du système international par ces quelques acteurs économiques crée de profondes inégalités.Sociales tout d’abord.Aujourd’hui, un cinquième de l’humanité consomme les quatre cinquièmes des richesses mondiales.Alors que la mondialisation permet de connecter l’ensemble des pays par la circulation des biens, des idées, des institutions et des personnes, seule l’élite sociale de ce système en profite, laissant de côté une grande majorité de la population.Mais pour M.Ikeda, plus encore que les inégalités sociales, la mondialisation crée des problèmes majeurs en environnement.Le commerce international entraîne de lourdes conséquences pour les écosystèmes, comme la surexploitation des richesses naturelles renouvelables et non renouvelables, la production de déchets de toute sorte, la perte de biodiversité et une consommation énergétique accrue en raison du transport des biens et marchandises sur de longues distances.Ces conséquences risquent de s’aggraver avec les initiatives visant à libéraliser davantage le commerce international.« Devant cette situation, il est impératif de trouver des options socialement et écologiquement plus durables»,dit M.Ikeda.Selon lui, une des options consiste en un retour au local, en un changement d’échelle, qui permettrait de favoriser les petites entreprises, d’établir un lien direct entre le producteur et le consommateur et de réduire les transports.« Prenons l’exemple de l’agriculture, propose le chercheur.Actuellement, la majorité de la production bovine se fait dans des fermes d’élevage intensif où le bétail est enfermé dans de minuscules enclos et où son ali- mentation est à base de grains, ce qui diminue la valeur nutritive de la viande.De plus, la production de bœuf sur de petites surfaces entraîne de gros volumes de déjections animales.Celles-ci sont épandues sur les sols destinés à la culture du maïs et d’autres plantes néces- saires à l’alimentation des bœufs.Enfin, l’enrichissement parfois excessif des sols en nutriments contamine directement les cours d’eau par ruissellement et érosion.Ce type d’élevage est donc loin d’être durable.En revanche, le recours à des méthodes plus traditionnelles, c’est-à-dire un élevage extensif, diminuerait significativement ces effets néfastes.L'herbe des prairies fournit une alimentation adéquate et ne nécessite pas d’entretien particulier.» Une autre solution proposée par M.Ikeda pour réduire les empreintes écologiques consiste à opter pour une agriculture écologique.«Au Québec, le Réseau de l’agriculture soutenue par la communauté (ASC), coordonné par l’orga- nisme Équiterre, permet à des producteurs biologiques locaux de vendre à l’avance le fruit de leur récolte directement aux consommateurs intéressés.« La réponse à la mondialisation néolibérale réside dans le changement des mentalités.Et avec les changements climatiques et la hausse du prix de l’énergie, nous devrons de gré ou de force changer nos habitudes de vie.» SYBILLE PLUVINAGE Les options durables sur les plans social et environnemental et susceptibles de remplacer les pratiques économiques et politiques mondiales actuelles, dominées par des impératifs de profits sans égard aux coûts collatéraux, font l'objet de toujours plus de recherches.20 U DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 | Les bassins versants sous l’œil de la géomaiique La gestion de la ressource « eau » exige qu’on dispose de données probantes de tout ordre si l’on veut pouvoir prendre des décisions appropriées.Plusieurs disciplines scientifiques contribuent à la collecte de cette information, dont la biologie, la chimie, l’agronomie, l’économie, la politique et.la géomatique.La géomatique permet de traiter des données à référence spatiale par ordinateur en faisant notamment appel à la télédétection,à la cartographie et à la photogrammétrie.Les chercheurs et chercheuses de cette discipline travaillent à concevoir, par exemple, des outils pouvant faciliter le diagnostic des zones propices au ruissellement de surface dans les champs agricoles.C’est dans le cadre de ce projet qu’intervient l’équipe d’Aubert Michaud, chercheur en conservation des sols et de l’eau à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA).«Nous menons plusieurs projets de recherche-action en collaboration avec des agriculteurs et des conseillers agricoles dans quelques bassins versants du Québec.Un bassin versant est un territoire plus ou moins grand dont les eaux se déversent au même endroit.Nos territoires expérimentaux occupent une superficie en culture de 3 à 40 km2, l’équivalent de 6 à 60 fermes.Notre but est de fournir un soutien scientifique aux acteurs de ces bassins versants en agissant sur deux plans : l’échelle parcellaire, qui nous permet d’obtenir un diagnostic fin et des données très précises, et l’échelle du territoire^ portée plus stratégique, qui nous donne un diagnostic global.» L’équipe du chercheur Mi-chaud, aussi professeur associé au Département de géomatique appliquée à l’Université de Sherbrooke, s'attarde particulièrement au ruissellement de surface afin de tenter de limiter la diffusion du phosphore, cet élément fertilisant associé aux trop populaires algues bleues ou cyanobactéries des lacs.Au Québec, le ruissellement de surface se produit dans les champs où le sol devient rapidement saturé : il se gorge d’eau, et l’eau supplémentaire, ne pouvant plus s’y infiltrer, s’écoule à la surface.Plusieurs éléments entrent en cause : le type de sol (un sol argileux absorbe moins d’eau qu’un sol sableux, par exemple), la proximité de la nappe phréatique, une position basse dans le relief, ou encore, la convergence de plusieurs cours d’eau.Deux outils de télédétection sont particulièrement utiles à l’échelle parcellaire pour mieux comprendre le phénomène : les images numériques et le modèle numérique d'élévation « de haute précision ».Les images numériques, satellites ou aériennes, sont habituellement prises au printemps, quelques jours après uneforte pluie.Leur traitement numérique permet alors de mettre en relief les endroits encore humides.Les chercheurs peuvent ensuite y associer les marques d’érosion, l’état général du cours d’eau ainsi que les manifestations du ruissellement et de la stagnation de l’eau dans les champs.Le deuxième outil, le modèle numérique d’élévation, donne une idée très fine du parcours de l’eau dans le champ.Les résultats sont présentés sous la forme d’une carte topographique offrant une précision de l’ordre du centimètre.« Le modèle est très détaillé, souligne le professeur Michaud, et toutes les données sont regroupées dans un atlas électronique convivial qui permet aux conseillers et aux agriculteurs d’avoir sous la main une série d’informations techniques très utiles à l’aménagement des terres.En effet, il leur est plus facile ainsi de minimiser le ruissellement de surface et, par conséquent, les exportations de phosphore vers les cours d’eau.» D’ailleurs, en plus des atlas, des logiciels libres seront bientôt mis en ligne, tel l'Outil de diagnostic des exportations de phosphore (ODER), afin d’aider les acteurs de bassins versants à prédire la quantité de phosphore exportée selon différents scénarios de gestion.Ces outils ont été conçus grâce aux données obtenues à petite échelle, puis généralisées à l’échelle du territoire, sous forme de modèles hydrologiques.CAROLINE VÉZINA 'oms humides lins soûler Ainv Indice de brillance Élévation (cm) Sol humide ou terre nom H ïnj ;5' tMàm.- t Image numérique aérienne multispectrale (a), modèle numérique de terrain et parcours du ruissellement (b) de la portion aval du bassin versant (intervention du ruisseau Walbridge).Les bassins versants expérimentaux du ruisseau aux Castors et Walbridge se trouvent dans la portion aval du bassin de la rivière aux Brochets, principal tributaire de la baie Missisquoi en territoire québécois.21 | DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 SOURCE : AUBERT MICHAUD/IRDA ¦ e wee mmn Une histoire des services sociaux à Québec, 1850-1950 En cette année du 400e anniversaire de Québec, un grand pan de l’histoire de la ville vient d’être dévoilé : l’implantation de son réseau de services sociaux entre 1850 et 1950.« Avec le tragique épisode des orphelins de Duplessis, on a occulté tout ce qui avait été mis en place dans les domaines de l’assistance avant 1950, explique l'historienne Johanne Daigle, chercheuse au Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ) de l’Université Laval.Il n’existait jusqu’à aujourd'hui aucune synthèse de tous ces réseaux d’aide présents à Québec dès 1850.» Ces premiers réseaux émergeront d’abord dans un contexte d'urgence.La crise dans l’industrie du bois, l’épidémie de typhus de 1847 et de nombreux incendies laissent une importante partie de la population affaiblie et sans logement.Dans les quartiers populaires Saint-Roch et Saint-Sauveur, des congrégations religieuses s’organisent.Les Sœurs de la Charité ouvrent des orphelinats qui accueillent pêle-mêle «vrais» et «faux» orphelins.«Pendant toute la période étudiée, on y compte de moins en moins de véritables orphelins, indique Johanne Daigle.Ainsi, en 1948, l’orphelinat d’Youville recevait moins de 3 p.100 d'enfants véritablement orphelins,contre 32 p.100 placés en institution parce que leur mère était malade et 19 p.ioo d’orphelins de mère.» Les Sœurs du Bon-Pasteur accueillent pour leur part les « filles-mères » et ouvrent une «crèche» pour prendre soin des nouveau-nés confiés pour adoption.Ces institutions font constamment face à de graves difficultés financières, la municipalité privilégiant la lutte contre la délinquance plutôt que la protection de l'enfance.À 12 ans, les garçons qui n’ont pas été adoptés sont considérés trop vieux pour vivre avec des religieuses et, pour des raisons de convenance, doivent quitter les orphelinats.Pour limiter le vagabondage, le gouvernement du Québec met en place et finance à partir de 1869 des « écoles de réforme » et des « écoles d’industrie », les premières pour les enfants délinquants, les secondes pour ceux qui ont besoin de protection.Les filles sont plus rarement placées dans des écoles de réforme, le « vagabondage » féminin étant généralement assimilé à de la prostitution.Parallèlement, des prêtres créent en 1917 l’œuvre des Vendeurs de journaux, une institution qui éduque et emploie une clientèle mixte : des orphelins de plus de 12 ans, des enfants sortis des écoles de réforme et d’industrie,et des enfants pauvres envoyés par leur famille pour y travailler.De son côté, l’œuvre Notre-Dame-du-Bon-Conseil accueille les filles-mères, les jeunes filles sorties des orphelinats à 14 ans et les campagnardes arrivées à Québec pour travailler comme domestiques et ayant perdu leur emploi.Des femmes laïques occupent également une place importante dans les réseaux d'aide de la ville de Québec.«Au début du 20e siècle, la mortalité infantile est telle qu’un quart des enfants n’atteignent pas leur première année, en particulier en raison de la très mau- vaise qualité du lait et de l'eau, ajoute Johanne Daigle.Les femmes allaitent peu, trop occupées à leurs travaux domestiques et persuadées que leur lait est trop pauvre pour nourrir convenablement leurs enfants.» Le lait n’étant pas ¦ ~ * ____________________ *- RLhuui! T’.EPKtM»! K Hi «DIS rs-f- îi* Dans le cadre du 400e anniversaire de la fondation de Québec, l’exposition Naître et grandir à Québec (1850-1950) présentera, entre autres, les travaux de Johanne Daigle sur l’histoire des services sociaux à Québec, à la bibliothèque Gabrielle-Roy, du B juin au 24 août 2008.Ci-dessus : les Vendeurs de journaux.DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 | SOURCE : ARCHIDIOCESE DE QUÉBEC/BANQ/CENTRE DE QUEBEC Aux sources de l’altérité pasteurisé, de nombreux enfants meurent de gastroentérite.Inspirées d’une initiative européenne, des dames patronnesses mettent en place dès 1915 le réseau des Gouttes de lait, dont le principe est simple :fournirdu lait pasteurisé aux familles afin de réduire la mortalité infantile, et offrir des consultations médicales gratuites, grâce à l’aide de médecins bénévoles.La municipalité intégrera les activités des Gouttes de lait en 1965, lorsque la ville de Québec organisera, bien tardivement, un service médical municipal et centralisé.Les Gouttes de lait, les orphelinats et les écoles de réforme et d’industrie ont donc constitué, jusque dans les années 1950, les premiers réseaux d’assistance de la ville de Québec.Avec le soutien financier du Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FORSC), Johanne Daigle et son doctorant Dale Gilbert explorent les multiples facettes de l’assistance dans ce Québec de l’entre-deux-siècles, permettant ainsi de tracer un portrait plus juste et plus nuancé d’un domaine un peu maltraité.MATHILDE LOCHER Agence Science Presse - Notre héritage génétique se révèle plus complexe et plus fascinant que jamais.Des scientifiques canadiens viennent de découvrir que de modestes variations dans l’expression de nos gènes pourraient avoir d’énormes conséquences, particulièrement sur notre vulnérabilité aux maladies.« Une simple variation de position d’un nucléotide produit 10 000 changements.Nous ne soupçonnions pas qu’une place pouvait être si importante», relève Jacek Majewski, professeur au Département de génétique humaine de l’Université McGill.La façon unique dont nos gènes travail- lent entraînerait une cascade de retombées au niveau moléculaire.Cette recherche découle de l’information rassemblée dans le cadre du projet international HapMap (Haplotype Map), véritable catalogue des variations génétiques fréquentes chez l'humain.Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Genetics en janvier dernier.Programme de formation de l’IRCM en recherche sur le cancer (IRSC) IflETîi NOUS RECHERCHONS DES PASSIONNÉS.* ^ Lee-Hwa Tai - Mélanie Laurin - Manishha Patel - Sardar Sindhu La recherche biomédicale vous captive?Venez poursuivre votre formation scientifique à l’Institut de recherches cliniques de Montréal! Depuis sa fondation en 1967, l’IRCM offre à ses étudiants diplômés et stagiaires postdoctoraux une formation de qualité dans un environnement multidisciplinaire performant et un accès à des équipements ultramodernes.Nos chercheurs, reconnus sur la scène internationale dans de nombreux domaines, vous préparent à une carrière scientifique prometteuse.Renseignez-vous dès maintenant au sujet de nos programmes d’études supérieures et de formation postdoctorale.Les possibilités d’obtenir une bourse sont aussi excellentes.www.ircm.qc.ca admission@ircm.qc.ca (514) 987-5527 0IRCM Institut de recherches cliniques de Montréal | DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 SCIENCE Prévoyant comme Noé Les pluies diluviennes de 1996 au Saguenay, le grand verglas de 1998, les toitures effondrées à Québec l’hiver dernier.Selon le Groupe d'experts expérimental sur l’évolution du climat (GIEC), les épisodes météorologiques extrêmes devraient se multiplier et s'intensifier Au moment de la construction d’un barrage, un ingénieur s’intéresse à la récurrence des phénomènes hydrométéorologiques extrêmes - en particulier aux crues, cette élévation périodique ou anormale du niveau d’un cours d'eau.Il doit concevoir ses plans sur la base minimal durant toute la vie de l’ouvrage, même si les évènements extrêmes se font plus fréquents et plus intenses.M.Ouarda élabore des outils statistiques pour faire face à ce changement de régime dans les précipitations.Parce qu’on érige souvent les barra- HP, T| _______ - .-ZZ” '*.-v T*' z*.~iTFiiT^c» Il y a près de 20 ans, à Drummondville, la rivière Saint-François inonda plusièurs maisons.La recherche sur les variables hydrologiques permet de modéliser les phénomènes hydrométéorologiques extrêmes et d’offrir des outils d’aide à la décision, entre autres, aux ingénieurs civils et aux gouvernements.dans le futur.Même si cessaient aujourd'hui les activités émettrices de gaz à effet de serre, les changements climatiques se poursuivraient.Il faudra donc s’adapter, et des chercheurs travaillent spécifiquement à cette question.Le professeur Taha Ouarda, parexemple.de l’Institut national de la recherche scientifique - Eau, Terre et Environnement (INRS-ETE), étudie les effets de ce nouveau spectre de variabilité climatique sur les cours d’eau.Sa spécialité : la modélisation statistique à l’échelle régionale.du pire scénario en termes de pression subie.Or, le débit des rivières canadiennes tendrait à augmenter,et selon M.Ouarda, « les prévisions sont généralement sous-estimées, car on ne prend pas en compte l’augmentation des valeurs extrêmes et de la variabilité du débit.Un barrage est construit en fonction du débit et des précipitations extrêmes prévus à la fin de son “existence” estimée.Si l’on sous-évalue, on s’appuie sur un faux sentiment de sécurité », précise le chercheur.Autrement dit, comme pour tout édifice, le risque doit rester ges dans des régions isolées, il développe des méthodes qui permettent de faire des prévisions locales ou régionales dans ces zones à partir des données recueillies grâce à des stations de relevés.Les modèles et les logiciels élaborés sont utilisés dans le monde entier dans de nombreux domaines publics ou privés : le transport fluvial, l’agriculture, la foresterie, la pêcherie, la construction, les assurances.Les études portent à la fois sur des variables quantitatives et qualitatives.Il est possible, par exemple, de modéliser l’augmentation de la demande en eau pour l’agriculture durant les sécheresses.En pêcherie, les données servent à la protection des milieux aquatiques.L’augmentation de débit et de température dans les rivières perturbe, en effet, l’habitat des poissons et entraîne la disparition de nombreux lieux de frayage.Les assureurs,eux,consultent l’INRS-ETE après une catastrophe naturelle pour déterminer si elle relève d’un phénomène extrême et si l’ampleur des pertes était prévisible ou non.En fonction de l’avis des experts, ils peuvent alors intenter un recours contre les gestionnaires si ceux-ci n’ont pas pris les mesures nécessaires pour limiter les dégâts.Plus globalement, ce sont la gestion et la prise de décision relatives aux ressources en eau qui profitent de ces travaux.Au Canada, un grand nombre de rivières coulent vers le nord, mais on manque de structures pour les exploiter.Quant aux eaux qui partent vers le sud, leur qualité se détériore et leur partage avec les É.-U.est une source potentielle de conflit.« La perception que nous avons de nos ressources en eau est erronée : elles ne sont pas illimitées.C’est quand on se croit le plus en sécurité que l’on est le plus en danger : le Canada est bel et bien en situation de risque quant à une pénurie en eau potable», prévient M.Ouarda.Face aux changements climatiques qui s’annoncent, la recherche devra encore s’intensifier, de même que les échanges et le dialogue avec l’ensemble des acteurs sociaux.La question de l’eau est première.MATTHIEU BURGARD 24 U DÉCOUVRIR I JUIN-JUILLET 2Q08~| SOURCES : PIERRE DUTILLEUL/U NI VE RSITÉ MCGILL/UWEN HAN CLIPS SCIENCE Géométrie végétale L’arborescence est une forme commune dans la nature.Il s’agit, en effet, d’une structure idéale pour collecter, transporter ou distribuer de l’énergie ou de la matière.Pensons aux rivières, aux vaisseaux sanguins.Dans le monde végétal, on la trouve dans l’organisation sein de SÈVE, un centre de recherche interinstitutionnel en amélioration végétale, subventionné par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies.« L’interception de la lumière par une plante dépend de sa bran-chaison.Imaginons deux plan- recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI) ont permis l’acquisition respectivement d’un tomodensitomètre hélicoïdal (CT), utilisé auparavant dans un hôpital, et de l’équipement d’une puis- nées permet de reconstituer une image de la plante en 3D.Comme les feuilles et les branches n'ont pas la même densité, il est possible de les distinguer et de retirer les feuilles du modèle pour visualiser uniquement la branchaison.Il s’agit de la première méthode 3D non destructrice conçue pour ce type d’analyse.Auparavant, 500 400 300 200 100 Session de travail au Laboratoire de tomodensitométrie pour Projection bidimensionnelle (à gauche, vue d’en haut; à droite, vue de face) de la la recherche agricole et environnementale, sur le campus Mac- branchaison squelettisée d'un jeune cèdre (Thuja occidentalis, Fastigiata), créée à donald de l’Université McGill.Le spécimen est un jeune cèdre partir des données de tomodensitométrie.(Thuja occidentalis, Fastigiata).des branches et du système racinaire.Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la branchaison complexe d’un arbre en hiver.Au printemps, les branches portent les feuilles, et leur agencement spatial influence la quantité de lumière captée par l’arbre.C’est précisément ce qu’étudie Pierre Dutilleul, du Département des sciences végétales de l’Université McGill, au tes ayant la même surface foliaire, l’une avec des feuilles disposées en colonne les unes pardessus les autres,et l’autre avec les feuilles disposées en coupole.La quantité de lumière captée par les deux plantes sera très différente », explique M.Dutilleul.Pour étudier les branchai-sons, l’équipe du chercheur a mis au point une procédure novatrice.D’abord, le Conseil de santé salle de calcul.Grâce à ce matériel, il est possible de scanner une plante vivante pouren obtenir un modèle numérique en trois dimensions.Le CT est composé d’un tube à rayons X qui tourne à 360° autour de l’échantillon.À l’opposé, des capteurs mesurent la quantité de rayons X résiduelle : plus la zone traversée est dense, plus la quantité de rayons reçue est faible.L’ensemble de ces don- on prenait des photos 2D de la branchaison après avoir effeuillé la plante, ce qui la tuait.L’avantage du CT est de permettre de mener une étude à long terme, et donc d’analyser la structure de la branchaison à différents stades de développement.À partir de ces modèles, on peut calculer la dimension fractale de la branchaison grâce à un logiciel mis au point par La clé magnétique des supraconducteurs Agence Science Presse - La pénétration d’un champ magnétique dans le cœur moléculaire d’un supraconducteur permet une nouvelle avancée dans la compréhension de ce matériau de l’avenir.Une récente expérience menée par Andréa D.Bianchi, physicien à l’Université de Montréal, montre que non seulement le champ magnétique parvient à pénétrer le supraconducteur et à interagir avec ses électrons, mais il y provoque même une sorte de tornade magnétique bien particulière.Les résultats de cette étude sont expliqués dans l’édition du 11 janvier 2008 de la prestigieuse revue Science.25 DECOUVRIR I JUIN-JUILLET 2008 La collection des 1 10 Développer des compétences en enseignement Quelle place pour la réflexion professionnelle ?Sous ia direction de Julie Desjardins, Hélène Hensler, Olivier Dezutteret André Beauchesne A 10 La collaboration de l'école, de la famille et de la communauté à l'apprentissage Sous la direction de Rollande Deslandes A c f a s A A c f a s www.acfas.ca/cahiers Actes de colloques en vente chez votre libraire du congrès de l'Acfas La tenue d'un colloque est une occasion d'échanges mais aussi un bon moment pour faire le point en publiant un ouvrage collectif.La collection des Cahiers scientifiques de l'Acfas est là pour mettre en valeur le contenu de ces échanges et de ces recherches.Cette collection est constituée exclusivement d'actes de colloques présentés lors du congrès annuel de l'Acfas.Dernières parutions : 101 La pratique professionnelle en santé : données, résultats et savoirs probants.Sous la direction de Diane Morin 102 La fibrose hépatique et les agents antifibrosants : physiopathologie de la fibrose hépatique et son traitement.Sous la direction de Alexis Desmoulière et BeatrizTuchweber 103 Littérature pour la jeunesse : les représentations de l'enfant.Sous la direction de Suzanne Pouliot et Noëlle Sorin Éducation et environnement : un croisement de savoirs.Sous la direction de Lucie Sauvé, Isabel Orellana et Étienne van Steenberghe Éthique et recherche qualitative dans le secteur de la santé : échanges sur les défis.Sous la direction de Hubert Doucet, Édith Gaudreau et Marie Angèle Grimaud Technologie langagière et apprentissage des langues.Sous la direction de Lise Duquette et Claude Saint-Jacques Les choix en matière de santé et la participation du patient : vers une prise de décision partagée Sous la direction de Lyne Lalonde et France Légaré La collection est soutenue financièrement par le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation l’équipe.Cet indice quantifie la complexité géométrique de l’organisation des branches et peut être intégré à différents modèles afin d’en améliorer les caractères explicatif et prédictif.Par exemple, les premiers modèles prédisant l’interception de lumière par une plante ne tenaient pas compte de la branchaison.Une récente étude de l'équipe a montré que la loi de Beer et Lambert, qui est utilisée pour mesurer l’absorption de lumière par la canopée, est plus précise lorsqu’on y introduit la dimension fractale de la branchaison.Plus récemment, Pierre Dutilleul a commencé à étudier, à l’aide du CT, le développement de systèmes racinaires dans différents types de sol.Ses recherches permettront peut-être de développer des modèles expliquant l’exploitation du sol par une plante en fonction de son architecture racinaire.Ces techniques d’analyse trouvent d’ores et déjà des applications en phytopathologie.Un étudiant supervisé par M.Dutilleul vient d'examiner le développement de la gale commune sur les organes souterrains de la pomme de terre, et il a montré que les racines infectées n’ont pas la même densité que les racines saines.En effet, la méthode permet d’observer les racines directement dans le sol et rend ainsi possible le suivi du développement de la maladie.Dans l'avenir, ces observations aideront à mieux comprendre comment la gale affecte le développement du système racinaire, ce qui sera utile pour la combattre plus efficacement.PERRINE POISSON ____________________________SCIENCE fflU Presque un battement de cœur Agence Science Presse -100 000.C’est le nombre de battements quotidiens d’un cœur en santé.Des chercheurs québécois ont récemment simulé une fraction de l’un d’eux, plus exactement cinq millisecondes, afin de mieux comprendre le cœur et ses affections.Il a fallu deux heures-et une modélisation de près de deux mil- *••• ¦ îïj 10m •n: liards d’équations - pour que Mark Potse, chercheur à l’Institut de génie biomédical, et son collègue Alain Vinet, du Laboratoire de modélisation biomédicale de l’Université de Montréal, réalisent la première simulation mondiale de ce genre.Ils ont utilisé pour ce faire l’un des superordinateurs partagés du Réseau québécois de calcul de haute performance (RQCHP).L'Altix 4700, doté de 384 processeurs et 1536 gigaoctets, se révèle 1000 fois plus puissant que l’ordinateur domestique ! Université d'Ottawa I Préparer l'avenir.Ça part d'ici.Depuis 2002, l'Université d'Ottawa a embauché plus de 500 nouveaux professeurs réguliers.En 2008, elle compte ajouter 120 nouveaux professeurs dans des postes conduisant à la permanence.Ces nouveaux professeurs, venant de tous les horizons, diplômés des meilleures universités, spécialistes de domaines de pointe, enseignants passionnés, viennent enrichir un corps professoral déjà renommé.Ils contribueront de façon notable à la qualité des programmes d'études et à l'expansion du savoir.L'Université d'Ottawa souhaite la bienvenue à ces nouveaux collègues.Ça part d'ici.www.rh.uottawa.ca/carrieres/ u Ottawa DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 PHOTO : ALEXEY KHLOBYSTOV/ISTOCK Pierre De Coni La société des objets LES OBJETS NAISSENT, VIVENT ET MEURENT.OU SE RECYCLENT.SELON LE PROFESSEUR DE DESIGN INDUSTRIEL PIERRE DE CONINCK, C’EST L’ENSEMBLE DE CE CYCLE QUI DOIT ÊTRE PRIS EN COMPTE DANS LEUR CONCEPTION SI L’ON VEUT POUVOIR MAÎTRISER LEURS IMPACTS SOCIAUX ET ENVIRONNEMENTAUX À CHACUNE DES ÉTAPES.BRUNO LAMOLET C'est par goût de l'aventure que l'étudiant français Pierre De Coninck débarque au Québec avec son diplôme d’ingénieur-designer en poche au début des années 1980.Il a préféré une bourse de maîtrise qui lui a fait traverser l'Atlantique plutôt qu'un poste à Paris.Son sujet : les attitudes envers les personnes handicapées ont-elles évolué avec le progrès technique ?Par exemple, les personnes en fauteuil roulant.À cette époque, elles revendiquent un accès plus grand au marché du travail.Mais elles se font encore dire d'attendre à l’entrée du bâtiment.le temps que la neige fonde et que les pneus sèchent.C'est l’occasion pour le jeune homme d’acquérir une vision plus globale des interrelations entre la technique, la science et la société.Les objets sont en partie le reflet de notre rapport au monde, affirme-t-il.Et ils ne sont pas neutres socialement.Pas plus que leur production et leur consommation.Leurs effets sur l'environnement, la santé publique et les comportements individuels ont des répercussions à leur tour sur la société.Aujourd'hui professeur à l'École de design industriel de l'Université de Montréal, Pierre De Coninck estime que la conception de nouveaux produits ne doit pas dépendre que du progrès technoscientifique.Il sensibilise ses étudiants au fait qu’il ne suffit pas de considérer les objets comme de simples ensembles de composantes ou de fonctions techniques, mais plutôt comme des systèmes, car ils sont également empreints des dimensions sociales, culturelles, économiques et environnementales, voire éthiques.Il cherche aussi à intégrer à la pratique du design une méthode de consultation des citoyens sur des questions d'ordre social et environnemental.Cette technique, dite du consensus informé, est considérée par plusieurs comme la forme de consultation la plus démocratique à l'heure actuelle.Appliquée en particulier au design industriel, elle servirait à éclairer les pouvoirs politiques dans l'établissement de normes autour de la conception et de l’utilisation de certains biens de consommation.# Découvrir : Vous affirmez que la conception d'un nouveau produit, un téléphone cellulaire par exemple, doit tenir compte de toutes les étapes de la vie de ce produit, « du berceau à la mort ».Pour quelles raisons?Pierre De Coninck : Parce que toutes les étapes de la vie de ce produit, de l'extraction des matières premières jusqu'à son élimination, en passant DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 ENTREVUE SCIENCE ET SOCIÉTÉ \ «TOUTE DES MATI EN PASS SUR L’EN par son usage, peuvent avoir des impacts sur l'environnement et incidemment sur la société.Dans le cas des téléphones cellulaires, que l’on considère de plus en plus comme des produits jetables, ils finissent trop souvent encore par se retrouver dans un site d'enfouissement.Or, les métaux toxiques qu’ils contiennent augmentent le risque de contamination des nappes phréatiques, d'où les gens pompent leur eau potable.Et on en arrive à un problème de santé publique.Pourtant, on pourrait récupérer ces ÉTAPES DE LA VIE DU PRODUIT, DE L’EXTRACTION PREMIÈRES JUSQU’À SON ÉLIMINATION, PAR SON USAGE, PEUVENT AVOIR DES IMPACTS NNEMENT ET INCIDEMMENT SUR LA SOCIÉTÉ.» matériaux pour les recycler.Mais, pour pouvoir le faire le plus efficacement possible, il faut planifier, dès l'étape de la planche à dessin, la façon dont on va pouvoir démonter l'appareil afin de récupérer le maximum de ses composantes et de ses matériaux, à la fin de l’usage.C'est ce qui se passe avec les automobiles en Europe.Pour lancer un nouveau modèle sur le marché, une compagnie doit d'abord prouver qu'elle est capable de recycler cette voiture à 96 p.100 et qu'elle dispose effectivement des installations pour le faire.Au moment de la conception de véhicules, on ne se préoccupe donc plus seulement de leur performance et de la sécurité des passagers.On pense aussi à la façon de désassembler le véhicule et aux matériaux qu'il faudra séparer les uns des autres au 29 DECOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 ENTREVUE , SCIENCE ET SOCIETE moment de leur récupération, le tout de la façon la plus rapide et efficace possible afin d’assurer un niveau de rentabilité optimale.Découvrir : Est-il possible de prévoir, au moment de la conception d’un produit, ses impacts environnementaux à chaque étape de sa vie ?Pierre De Coninck : Il existe aujourd’hui des méthodes de calcul pour évaluer ces impacts.La plus puissante est l'analyse du cycle de vie (ACV).Elle permet d'évaluer le coût environnemental d'un objet à chacune des phases de sa conception et de sa production en tenant compte, par exemple, de l’extraction des ressources premières, de son transport, de sa consommation d'énergie, de la quantité de gaz à effets de serre émis, de son usage, et bien sûr, de ce qu'on en fera après son utilisation.Cet outil ne s'applique pas qu'aux objets.Par exemple, il a permis au nouveau bâtiment de l’École Polytechnique de Montréal de recevoir la certification internationale LEED (Leadership in Energy and Environmental Design).Cela dit, l'ACV se limite aux impacts environnementaux.Et l'un des objectifs de mes travaux consiste à introduire l'humain dans l'équation.Découvrir : Dans quel but?Pierre De Coninck : Nos sociétés de surconsommation se sont développées en partie grâce à l'exploitation des matières premières dans les pays en voie de développement, ce qui a contribué à créer les inégalités qu'on connaît entre pays du Nord et pays du Sud.Cela soulève des questions.Les 81 personnes les plus riches de la planète valent ensemble le PIB de la Chine.Et 20 p.100 de la population mondiale consomme plus des trois quarts de l’énergie mondiale alors que 80 p.100 vit avec moins de deux dollars par jour! En tant que designer, je me sens visé.Nous avons une part de responsa-30 H DÉCOUVRIR I JUIN-JUILLET 2008 | bilité.On ne peut plus continuer à lancer des produits seulement parce que les progrès scientifiques et technologiques le permettent ou que le marché le souhaite.Nous devons être en mesure de mieux justifier et légitimer nos choix de conception selon des critères sociaux, culturels et environnementaux.« analyse sociale » au cycle de vie pour intégrer ces questions.Mais ce n’est pas toujours simple.Même quand il s'agit d'enfants.On oublie qu’au Québec, il n’y a pas si longtemps, le travail des enfants dans les fermes, à aider les parents, était socialement acceptable.Alors, si les enfants sont bien traités, qu'ils travail- lent dans des conditions sécuritaires et qu’il y a une conciliation travail -école.peut-être.Je crois qu'il faut tenir compte du contexte.Dans certains pays, le revenu apporté à la maison par l'enfant est essentiel pour nourrir la famille.Et on ne veut pas non plus ajouter des problèmes sociétaux au nom de notre morale d’Occidental.C'est de ce genre de questions dont il faut débattre.Découvrir : Le choix de collaborer ou non avec des usines ou ateliers qui emploient des enfants, par exemple ?Pierre De Coninck : Voilà.Pour moi, un produit qui exploite des enfants dans sa fabrication, même s'il est esthétiquement «joli», n'est pas un bon produit.Il y a toute une éthique et des outils équivalents à l'ACV à mettre au point.Je tente d'apporter ma contribution en développant un volet Découvrir : Et les consommateurs ont aussi des choix à faire.Pierre De Coninck : Oui.Mais ils choisissent parmi ce qu'on leur propose.Et ce qu'on leur propose est bien plus souvent issu de ce que les producteurs ont décidé de leur vendre ou de nos capacités technologiques.On peut d'ailleurs se questionner parfois sur le degré de sophistication de ces produits! Regardez les machines à laver.Il y en a qui ont plus de 20 programmes! Alors que les gens en utilisent un, peut-être deux ou trois.Ces machines n'ont pas été conçues pour répondre à un besoin réel.C'est essentiellement un argument de vente qui s'inscrit dans une logique de consommation.Et puis, il y a tous ces baladeurs numériques qui sont sur le marché depuis quelques années.On peut trouver ça utile.Ça permet d'écouter sa musique préférée dans le métro.Sauf que pour l’entendre clairement Découvrir : Vous encouragez donc la conception de produits utiles et socialement acceptables.Pierre De Coninck : On ne peut pas laisser la technoscience guider nos choix à elle seule.Ce n'est pas parce que c'est possible que c’est souhaitable.Remarquez bien que je ne suis pas contre la technologie.Je suis ingénieur de formation.Mais nos choix de concepteurs se doivent d'être responsables non seulement sur les plans technique et économique, mais aussi sur les plans environnemental, social et culturel.Découvrir : Que suggérez-vous ?Pierre De Coninck : Une participation des consommateurs en amont de la conception.Je voudrais les placer en mode de collaboration plutôt qu'en mode de réaction, comme c'est le cas présentement.Les consommateurs sont des « experts » après tout.En tant qu'usagers, ils ont une expérience quotidienne avec les produits.Un concepteur de voitures peut avoir une vision du véhicule idéal.Mais cette vision correspond-elle vraiment aux besoins des consommateurs?Va-t-elle à l'en- sus informé ».Ça consiste à réunir une douzaine de représentants du public -hommes, femmes, jeunes, personnes âgées - pour les consulter sur un sujet présentant des enjeux sociaux controversés.Ce comité de citoyens a des experts à sa disposition et il peut les interroger pour alimenter sa réflexion.L’objectif consiste à obtenir un jugement éclairé et collectif, plutôt qu'une somme d’opinions individuelles comme dans les sondages.Découvrir : Ça ressemble à un jury lors d'un procès.Pierre De Coninck : Sauf qu’ils ne rendent pas de verdict! Ils émettent des recommandations appuyées qui seront transmises aux décideurs.Et c'est sur cette base que l'on établira les règlements ou des lois.Par exemple, à quelles conditions pourrait-on imposer une limite sonore aux baladeurs numériques?Les compagnies gagneraient aussi à utiliser cette méthode.Elles pourraient concevoir des produits qui répondent vraiment aux besoins de leurs clients, tout en tenant compte de leurs préoccupations sociales et environnementales.«ON NE PEUT PLUS CONTINUER A LANCER DES PRODUITS SEULEMENT PARCE QUE LES PROGRÈS SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES LE PERMETTENT OU OUE LE MARCHÉ LE SOUHAITE.» dans le métro ou dans un autre lieu public, les utilisateurs poussent le niveau sonore au-delà des limites de tolérance de l’oreille interne.Il y a des ados dont les oreilles ont une sensibilité équivalente à celle d'ouvriers de l’industrie métallurgique âgés de 40 ans.Or, ce type de dommage est irréversible.Voilà un exemple de tensions entre la liberté d’usage et les risques pour la santé.contre de leurs préoccupations sociales?Je souhaiterais que la société puisse baliser le travail des concepteurs et établir le cadre à l’intérieur duquel ils peuvent évoluer.Découvrir : Comment pourrait-on faire ça concrètement?Pierre De Coninck : Avec l’un de mes collègues, je suis en train de préparer un livre sur une méthode danoise de consultation des citoyens, le « consen- C’est certain que des difficultés liées au secret professionnel pourraient surgir.Mais, imaginez une discussion sur l'utilité et l'acceptabilité sociale et environnementale du Hummer! Pas le modèle militaire, le civil.Celui que son propriétaire ne veut pas amener à la campagne de peur de l’abîmer ou de le salir.?DÉCOUVRIR | JUIN-JUIlIËT1ÔÔ8~J[ M RELEVE Myriam Drouin De quel bois se chauffe-t-elle?Depuis longtemps, la forêt fait partie de la famille de Myriam Drouin.Son grand-père était propriétaire d’un moulin à scie et de plusieurs terres à Sainte-Agathe-de-Lotbinière, dans la région de la Chaudière-Appalaches.Aujourd’hui, la famille exploite encore ces lots pour la production forestière, la production de sirop d'érable et la villégiature.«J’ai eu la chance de passer mon enfance dans cet environnement.J’en garde de très beaux souvenirs.» Fidèle à cet héritage, la jeune Myriam choisira l’aménagement et l’environnement forestiers comme discipline de baccalauréat, combinant ainsi ses deux champs d’intérêt : les sciences naturelles et le design.Puis, pour ses études supérieures, elle s'orientera naturellement vers les sciences du bois.«Je suis très intéressée par les applications que l’on fait du bois en design.C’est une matière qui m’inspire beaucoup.» Actuellement, Myriam Drouin poursuit ses études doctorales au sein du Centre de recherche sur le bois (CRB), à l’Université Laval.Ce centre est d’ailleurs situé dans un nouveau pavillon écologique tout en bois, ce qui en fait une excellente vitrine pour présenter les différentes utilisations de cette matière.Dans le cadre de ses travaux, la jeune chercheuse vise à développer en particulier des approches efficaces de mise en valeur du bouleau à papier, ou Betula paryrifera.« Au cours des dernières décennies, les difficultés d’approvisionnement en essences feuillues nobles comme l’érable à sucre, le chêne, le frêne, ont poussé l’industrie à se tourner vers d’autres arbres, tel le bouleau à papier.» Mais les variations de couleur du bois de cette essence d’arbre se sont révélées tout un défi pour l’industrie du meuble, le consommateur préférant des produits en bois de couleur uniforme.Qu’à cela ne tienne! Une imperfection pour certains, représente pour d’autres une occasion de recherche.La lauréate du prix Acfas - Ressources naturelles 2007, Myriam Drouin, mène des recherches en sciences du bois.Son projet de doctorat vise à optimiser l’utilisation du bouleau à papier dans l’industrie de la transformation du bois, celle du meuble en particulier.32 Le bois d'aubier, soit la partie claire du bouleau à papier, est d’une teinte pâle et homogène.Il trouve facilement preneur pour toutes sortes d’usages.Par contre, dans certaines tiges, le bois est plus foncé, brun rougeâtre.« Ce phénomène n’est pas le fruit de la duraminisation - la transformation en duramen ou bois de cœur - mais plutôt d’origine traumatique», explique la chercheuse.En d’autres mots, il résulte d’un stress de l’arbre.Une tige intacte, jamais blessée, pourra donc ne contenir que du bois d’aubier, contrairement à certaines essences comme le noyer, qui développent de façon naturelle du bois de cœur à une certaine étape de leur évolution.Son projet de recherche vise, entre autres, à caractériser la coloration du bouleau à papier, c’est-à-dire à établir la tonalité, à déterminer l’ampleur des zones de bois coloré et à relever les facteurs de variabilité à l’aide de paramètres tels l’âge de l’arbre, sa dimension, sa vigueur, etc.En comprenant les causes des changements de cou- VvV\Vï leur, on pourra mieux sélectionner les arbres ou ses parties de façon à répondre aux goûts et aux besoins des consommateurs.De plus, le bouleau à papier étant présent sur de larges portions du territoire québécois, on l’utiliserait de façon optimale pour l’industrie du meuble, dans le respect de l’environnement.Myriam Drouin partage son temps entre ses cours, les manipulations sur le terrain, le travail en laboratoire et l’analyse à l’ordinateur.Elle dispose, entre autres, d’un logiciel qui l’aide à examiner la couleurde planches de bois d’abord numérisées par un scanner industriel.Dans le cadre de son projet, elle effectue actuellement un séjour de six mois en Scandinavie, le bouleau blanc étant très présent dans cette partie du nord de l’Europe.Là-bas, on a mené plusieurs projets de recherche sur la corrélation entre le séchage du bois de bouleau et sa coloration.Ce séjour lui permettra de profiter de l’expérience d’une région fortement reconnue pour son expertise dans les sciences du bois.À la fin de son doctorat, prévue pour l’été 2009, la jeune femme aimerait pouvoir conjuguer sa passion pour le design et ses connaissances de l’industrie du bois à l’intérieur de sa future profession.« Les compagnies québécoises produisent des meubles de haute qualité aux tendances recherchées.Selon moi, la variabilité de coloration du bouleau pourrait être exploitée et inspirer de nouveaux designs.» MAGALI LARTIGUE 2007 DECOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 Ml RELÈVE T Le renard arctique, l’oie et le corbeau Chaque année, au début de juin, des milliers d’oies des neiges arrivent du sud pour nicher à même le sol de la toundra.Des oies aux œufs d’or.Pour le renard arctique, voilà qui transforme le décor désertique en une énergisante oasis.C'est que les protéines et lipides contenus dans un seul œuf d’oie fournissent à un renard de 3,5 kg l’équivalent d’une vingtaine d’œufs de poule pour un humain de 60 kg! Durant la période de ponte, les oies passent la plupart de leur temps à manger et ne viennent au nid que pour pondre.Des milliers d’œufs apparaissent par-ci, par-là, en petits tas de 4 à 8 œufs.On le voit dans les yeux du renard arctique : c’est un buffet à volonté ! En très peu de temps, l’animal peut ramasser une énorme quantité d’énergie qui sera fort bienvenue.quand l’hiver sera venu.Si le rusé animal réussissait à cacher 200 œufs en été et à les retrouver en hiver, il pourrait, en théorie, survivre six mois.« Emboulé » dans son manteau, au repos à -40 °C, il ne consomme, en effet, que 900 kJ par jour, ce que contient un œuf d’oie.L’œuf d’oie est une ressource aussi abondante qu’éphémère.Après une semaine de ponte, les oies couvent leurs œufs, qui finissent par éclore 23 jours après.Le renard doit faire vite s’il veut en constituer des réserves pour l'hiver.Très vite.Un buffet à volonté.À la course au milieu d’une colonie d’oies, le renard cherche des nids laissés sans surveillance.Lorsqu’il en trouve un, il doit se hâter s'il veut pouvoir amasser tous les œufs, car le couple d’oies reviendra défendre ce nid dès qu’il aura aperçu le prédateur.Cependant, il est relativement difficile pour un renard de manger un œuf.Imaginez-vous sans assiette et portant des mitaines sans pouce.Le renard réussit tout de même à percer délicatement la coquille, sans la casser complètement, et à y lécher le contenu liquide.Cela lui prend environ 5 minutes, ce qui est long compte tenu des circonstances.Trop long.pour emporter, s.v.p.Le renard peut cacher un œuf d’oie en moins de 2 minutes.Le nez dans un nid rempli d’œufs, il en prend un premier dans sa gueule et part à la course.Il cache les premiers œufs près du nid, puisqu’il a l’intention d’y revenir.Une fois le lieu idéal trouvé, donc, il creuse un trou avec ses pattes d'en avant et y dépose l'œuf.Avec son nez, il recouvre l’œuf du matériel excavé.Son habileté à dissimuler est surprenante; aucune trace visible aux yeux d’un humain.Aussitôt le premier œuf caché, le renard retourne au nid pouren prendre un deuxième.Et ainsi de suite jusqu’au dernier.ou jusqu’au retour des oies.Après avoir pris le dernier œuf, il laisse une crotte ou de l’urine pour signaler que ce nid est vide et que ce n’est pas la peine d’y revenir.Il se permet de prendre plus de temps pour cacher le dernier œuf, car il n’y a plus d'urgence.Puis il repart à la découverte d’un autre nid.Il pourra ainsi cacher jusqu’à 20 œufs en 45 minutes ! À chaque œuf son panier Puisqu’il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier, le renard ne met jamais plus d’un œuf par cache.Le défi ?Retrouver tous ses œufs ! On le voit alors fouiner partout, le nez au sol.Puis, il s’arrête pour déterrer un œuf dont la couleur est maintenant dorée par la terre.Parfois, il le mange, mais souvent, il le recache.Comme il a dû faire vite pour vider un nid, les premiers œufs sont « mal » cachés.Une fable de La Fontaine inversée Maître renard, à son insu épié, tenait en sa gueule un œuf.Maître corbeau, par la vue alléché, attendait.Le corbeau exploite les compulsions de cache du renard et espionne ses manœuvres.Après le départ de l’animal, il se rend à la planque pour en récupérer le contenu.Nous savions que les corbeaux avaient l'habitude de se voler des caches entre eux ; maintenant, nous savons qu’ils peuvent très bien voler celles des autres espèces.Le renard, honteux et confus à son retour à la cache maintenant vide, jura, mais un peu tard, que l’on ne l’y prendrait plus.Lorsqu'un renard aperçoit un corbeau à proximité d’une de ses caches, il la défend en tentant de repousser le corbeau, qui ne fait qu’esquiver les charges, en gardant l’œil sur la cache.Impuissant devant un voleur ailé et déterminé à rester, le renard attend que le corbeau quitte les lieux avant de faire de même.Ce récit d’histoire naturelle moderne, ressemblant étrangement à une fable de La Fontaine, ne dit pas encore si le corbeau reviendra à la cache la nuit venue, alors que le renard n’y sera plus.VINCENT CAREAU Concours jvulgansatior^ l’Acfas 33 DÉCOUVRIR | JUIN-J U IlIËïIÔoS^JI PHOTO : NICOLAS LECOMTE RECHERCHE Dynamiques complexes rpiïm S DECOUVRIR JUIN-JUILLET 2008 PHOTO : AARON KOBLIN/SPL/PUBLIPHOTO RECHERCHE écosystèmes, climat et humain Tout est lié, rien n'est isolé.Les événements, les phénomènes, les individus ou les idées sont interconnectés, rétroagissent les uns sur les autres, tout en évoluant simultanément.Tout est lié et tout est mouvement.Les humains transforment les écosystèmes en y puisant de l’énergie et des ressources, les écosystèmes perturbés transforment le climat, qui à son tour transforme toutes les activités humaines.La réalité se révèle ainsi un vaste réseau de systèmes complexes, cellules, humains, marchés financiers, Internet ou villes.Ces systèmes sont eux-mêmes des réseaux de réseaux distincts, mais inséparables.BENOIT LACROIX ET JOHANNE LEBEL COMPLEXITE ET SIMPLICITE MODELISER LA COMPLEXITE La réalité est complexe parce que des quantités incommensurables d’atomes, de molécules, de cellules, d'animaux, de plantes, d'humains, de technologies sont interreliés et interagissent simultanément à plusieurs niveaux de réalité.De plus, chacun de ces éléments est un système complexe en soi, constitué de milliards d'autres éléments finement «tissés»; des milliards de molécules pour constituer une cellule, des milliards de cellules pour constituer un humain, des milliards d’humains pour construire une civilisation mondiale, etc.La réalité est simple parce qu'il existe des principes communs qui organisent l'émergence, la dynamique d’évolution et la structure des systèmes complexes.Parmi ces principes, on trouve la non-linéarité, la sensibilité aux conditions initiales, les boucles de rétroaction, l'auto-organisation, l'émergence ou l'invariance d'échelle.Ainsi, de cette complexité mue par un certain nombre de lois, émergent une grande diversité d'espèces, de comportements et d'innovations de toutes sortes.Pour comprendre ces systèmes, déterminer des principes, il faut pouvoir «observer» leur comportement complexe dans le temps et dans l'espace.Pour ce faire, les chercheurs font appel à plusieurs approches : théorie du chaos, sciences de la complexité, dynamique des réseaux, dynamique des systèmes non linéaires, etc.Ces wmË mm îKîSJav kIœSHSs» Les systèmes complexes partagent des dynamiques de changement similaires, telles la non-linéarité et l’auto-organisation.Ils partagent aussi des similarités du côté des formes.L’arborescence, par exemple, permet à un système, qu’il soit rivière, réseau sanguin, arbre ou feuille, de faire circuler efficacement de l’énergie ou de la matière dans un espace limité.35 DECOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 RECHERCHE t t J • Plantes •Amphibiens •Mammifères Mousses •Reptiles Invertébrés • Lichens •Oiseaux • Nœuds additionnels V______________________________________________________________________________________________________________/ Deux exemples de réseaux «petit-monde », un mode de connexion très fréquent dans les systèmes complexes.Ces réseaux possèdent un grand nombre de nœuds faiblement branchés et un nombre restreint de nœuds fortement réseautés.À gauche, le réseau trophique du mont Saint-Hilaire et à droite, le réseau de relations entre les contenus du YouTube japonais, le Nicovideo.approches systémiques ne remplacent cependant pas l'approche analytique.Elles la complètent en offrant un portrait d'ensemble.Si l'approche analytique s'intéresse aux éléments, l’approche complexe ou systémique s’intéresse à ce qui les relie, mais aussi à leur évolution dans le temps et dans l'espace.Tbutes ces approches font appel à la formidable puissance de calcul de l’ordinateur.En fait, cet outil a changé radicalement les questions mêmes que l'on pouvait poser.L'ordinateur a augmenté la vitesse d'analyse, mais aussi la complexité des problèmes qui peuvent être abordés.« Pour comprendre un système, il faut le simplifier sans tomber dans la trivialité», explique Jacques Bélair, mathématicien à l'Université de Montréal et spécialiste de la modélisation des systèmes physiologiques.Ce chercheur s'intéresse aux dynamiques biologiques complexes tels le contrôle neuromusculaire, les com- graphie de l'Université de Montréal, qui travaille à la modélisation des écosystèmes afin d’en saisir la dynamique.systèmes forestiers ou le réseau trophique du mont Saint-Hilaire, soit les liens établissant le «qui mange qui» à l'intérieur d'un écosystème.SI L’APPROCHE ANALYTIQUE S'INTÉRESSE AUX ÉLÉMENTS, L’APPROCHE COMPLEXE OU SYSTÉMIQUE S’INTÉRESSE À CE QUI LES RELIE, MAIS AUSSI À LEUR ÉVOLUTION DANS LE TEMPS ET DANS L’ESPACE.36 munautés de cellules et les réseaux neuronaux, en faisant usage, entre autres, d’équations différentielles.Selon lui, il est impossible de comprendre un système complexe si on ne le simplifie pas un tant soit peu.Un modèle mathématique qui collerait parfaitement à la réalité serait incompréhensible, puisqu'il serait aussi complexe que le vrai système.Par ailleurs, un modèle trop simpliste ne permettrait pas de prédire le comportement du système.«Il faut donc trouver un compromis"entre les deux, ni trop réductionniste ni trop holistique», souligne Lael Parrott, professeure au Département de géo- UN LABORATOIRE D’ÉCOSYSTÈMES À l'Université de Montréal, au Laboratoire de systèmes complexes, Lael Parrott, une poignée de chercheurs affiliés ainsi qu'une quinzaine d'étudiants s'intéressent à la dynamique des écosystèmes.Cette équipe multidisciplinaire de géographes, biologistes, ingénieurs et physiciens travaille à modéliser cette dynamique, en empruntant ses outils et concepts, entre autres, à la physique, aux mathématiques et à l’informatique.Les chercheurs développent aussi des méthodes pour caractériser la complexité écologique en étudiant, par exemple, les récifs coralliens, les éco- J?** I v » ^ DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 Cette représentation du réseau trophique du mont Saint-Hilaire, soit les différentes chaînes alimentaires de l’écosystème, montre des espèces qui sont fortement reliées aux autres et certaines plus faiblement.Ces réseaux dits «petit-monde» affichent une extrême sensibilité si l’on en retire les espèces les plus connectées.Le réseau neuronal, le réseau mondial d’aéroports et le réseau Internet sont de ce type.L’outil le plus utilisé par l’équipe est sans conteste l'ordinateur.Sans lui, il serait impossible d'effectuer les interminables calculs nécessaires pour faire «tourner» les modèles mathématiques.Le WIST (Weather-driven, Individual-based, Spatially explicit, Tferrestrial ecosystem model) est l'un des outils de modélisation utilisés au laboratoire pour simuler le comportement de plantes ou d'animaux à l'intérieur d’un écosystème.Il est constitué de différents «objets» tels que l’atmosphère, les plantes, les animaux, les cours d’eau, le sol et ses constituants, etc.Ces éléments sont mis en relation par des boucles de rétroaction qui représentent les échanges de matière entre les éléments du système.Les matières échan- Les récifs coralliens, des écosystèmes d’une richesse et d’une biodiversité exceptionnelles, subissent de plus en plus la pression des activités anthropiques.Une approche non linéaire peut contribuer à leur restauration.Non-linéarité Les systèmes linéaires possèdent un comportement prévisible.Une balle qui voyage dans le vide, par exemple, est un système linéaire, il est possible de prévoir son comportement.Les systèmes naturels, pour leur part, sont essentiellement non linéaires.La turbulence de l’air provoquée par le passage d’un avion, entre autres, est non linéaire, il est impossible de prévoir de façon exacte le mouvement de l’air.La non-linéarité résulte du nombre élevé de variables qui interagissent ensemble au moyen de multiples boucles de Vortex provoqué par le bout d’une aile d’avion et rendu visible par l’utilisation de fumée colorée.Il s’agit d’un bel exemple de la complexité du mouvement dans les systèmes non linéaires.Les ouragans en sont un autre exemple.rétroaction.Ainsi, la dynamique de changement des systèmes complexes n’est pas constante.Ils connaissent des moments de relative stabilité, des phases d’accélération ou de décélération, ou encore, ils peuvent s’effondrer.Leurs trajectoires sont imprévisibles, mais à l’intérieur d’un espace déterminé.Auto-organisation Les systèmes complexes s’auto-organisent, c’est-à-dire que leur organisation interne gagne en complexité, sans l’aide d’agents extérieurs.En physique, le phénomène de cristallisation est un bel exemple.Dans les systèmes biologiques, on peut penser aux bactéries qui s’auto-organisent en biofilm et qui, de ce fait, développent de nouvelles propriétés.Dans les systèmes sociaux, on peut observer l’autoorganisation de groupes communautaires qui créent, réseautent et consolident la société localement.37 DÉCOUVRIR | JUIN-JUIL1 ft SOURCE : NASA RECHERCHE gées sont, entre autres, l’eau, l'oxygène, le gaz carbonique et l'azote.Mme Parrott estime que l'approche complexe permet de mieux saisir la dynamique de réseautage des écosystèmes, chose que l'écologie classique ne peut réaliser.La méthode se distingue de l'approche plus analytique par sa façon d'appréhender un système dans sa globalité, considérant, pour un écosystème donné, tant le niveau moléculaire et cellulaire que celui des espèces pluricellulaires animales et végétales, tout en tenant compte du cycle de l'eau, du climat, de la composition du sol, etc.«L'approche conventionnelle décrit les systèmes à un seul niveau d’organisation - individu ou communauté, par exemple - mais pas les deux simultanément.L'approche com- revégétalisation d'une forêt, un écosystème d'importance dans les recherches de son laboratoire.«Dans l'approche classique, on plante directement les espèces que l'on veut obtenir, sans se soucier de préparer le terrain.» Cependant, cette manière de faire ne respecte pas la dynamique naturelle d'auto-organisation de cet écosystème.En effet, des essences d'arbres de transition sont nécessaires à l’émergence des espèces désirées.« L'idée est d’aider ou de diriger l'auto-organisation de l'écosystème en imitant son comportement complexe», décrit la chercheuse.De plus, il est nécessaire d'établir des indicateurs plus holistiques afin de mesurer l'état de la forêt.Les indicateurs actuels, comme le décompte des espèces et la présence de certains nutri- < 4> ; -V - ' « L'APPROCHE CONVENTIONNELLE DECRIT LES SYSTEMES A UN SEUL NIVEAU D’ORGANISATION - INDIVIDU OU COMMUNAUTÉ, PAR EXEMPLE - MAIS PAS LES DEUX SIMULTANÉMENT.L’APPROCHE COMPLEXE, ELLE, PERMET LA COHABITATION DE PLUSIEURS NIVEAUX HIÉRARCHIQUES.» — _ AC DA DD, Désordre Régularité Ordre ?plexe, elle, permet la cohabitation de plusieurs niveaux hiérarchiques », note Lael Parrott.Cette vision d'ensemble mène nécessairement au développement de nouvelles méthodes de travail.Mme Parrott donne l'exemple de la 38 J DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 | ments dans le sol, ne sont pas suffisamment représentatifs de la dynamique d'une forêt.Autre exemple, celui des récifs coralliens.Ces écosystèmes d'une richesse et d'une biodiversité exceptionnelles subissent de plus en plus la pression humaine.La méthode utilisée actuellement pour évaluer leur état consiste à tracer des parcours linéaires à travers le récif, en le photographiant en plusieurs points du trajet.Les scientifiques mesurent ensuite, sur chacune des photos, le pourcentage de la superficie qui contient du corail vivant.Selon Lael Parrott, cette méthode est trop simpliste, puisqu'elle ne tient pas compte de la structure complexe d'un récif et de la dynamique non linéaire de la disparition des espèces.En réalité, le récif corallien ne subit pas une décroissance linéaire.Sa biodiversité peut diminuer avec régularité pendant un temps, puis, tout d'un coup, chuter radicalement.«C’est par une analyse plus fine et en développant de meilleurs indicateurs, basés sur l'évolution spatio-temporelle des espèces plutôt que sur un seul critère "vivant/mort'', RECHERCHE t\ ) -V mm ym-K F; vît que l’on pourra modéliser et comprendre les récifs coralliens», de résumer la chercheuse.Toutefois, la construction de ces indicateurs holistiques est une tâche ardue.Selon elle, c'est même là l'un des défis principaux à relever dans ce domaine.Enfin, il faqt aussi connaître les limites inhérentes au développement de modèles prédictifs des systèmes complexes.«Il s'agit plutôt d'une approche descriptive.On ne peut pas prédire précisément le parcours ou le comportement d'un système de ce type, sinon à quelques jours près, comme c'est le cas avec le système climatique», explique Lael Parrott.Toutefois, il est possible de viser la précision dans la description.Aussi, comme l’évoque le mathématicien Jacques Bélair, «les modèles des systèmes complexes peuvent permettre d'éliminer des évolutions probables des systèmes comme d'en mettre en évidence de nouvelles, que l'expérimentation seule n'aurait pas permis de découvrir».EFFET GOÉLAND ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES Là où le développement d’une forêt peut dépendre d'une seule espèce végétale de transition, le temps qu'il fait ici peut être influencé par le battement des ailes d'un.goéland au Brésil ! L'effet papillon, vous connaissez?Mais saviez-vous qu'en réalité, c'est par l'image du battement des ailes d'un goéland, et non d’un papillon, que le mathématicien et météorologue Edward Lorenz a d'abord illustré, en 1963, l'idée qu'un léger changement dans l’état de départ d'un système peut engendrer une modification majeure de son état final ?Ce fut un moment clé de l'évolution des sciences de l'atmosphère, qui basculèrent alors dans l'univers de la dynamique non linéaire.En langage scientifique, l'effet papillon est ce que l'on nomme la «sensibilité aux conditions initiales».Et si le battement des ailes d'un goéland peut modifier la météo, imaginez ce que les activités de milliards d'humains peuvent produire, à long terme, sur le climat.Invariance d’échelle Les propriétés d’un système montrant une invariance d’échelle sont les mêmes quelle que soit l’échelle d’observation.C’est une propriété bien illustrée par les fractales, des structures géométriques issues de l’étude du chaos.Les lois de puissance, pour leur part, permettent de décrire les phénomènes présentant une invariance d’échelle.Ainsi, les lois de puissance et r Æj k à >.y Image modélisée d’une fougère fractale.On peut voir que la forme générale de la plante se répète à toutes les échelles; c’est l’invariance d'échelle.l’invariance d’échelle, par leur abondance dans la nature, sont deux indices qui laissent supposer l’existence possible d’une certaine universalité dans la dynamique des systèmes complexes.Sensibilité aux conditions initiales La sensibilité aux conditions initiales, c’est l’effet papillon; le battement d’une aile de papillon au Québec causant une tempête en Chine.C’est l’idée que des variations mêmes minimes dans les paramètres de départ peuvent être amplifiées pour ensuite provoquer des changements majeurs dans un système donné.Notre lieu de naissance ou notre bagage génétique, par exemple, influent sur nos trajectoires de vie possibles.39 DÉCOUVRIR | JUIN-JUILÜT^Tg PHOTO : JILI HODECEK/ISTOCK SOURCE : WIKIPEDIA.ORG RECHERCHE Émergence Le concept d’émergence est presque toujours lié à celui d’auto-organisation.Il s’agit pourtant de deux idées distinctes.L’émergence, c’est l’idée que « le tout vaut plus que la somme de ses parties ».Du travail commun surgissent des inventions et des connaissan-cesqui ne pourraient émanerd’un seul individu.De la combinaison de milliards de molécules émerge une nouvelle forme d’organisation, la cellule.De même, une seule abeille ne sait pas fabriquer une ruche, alors qu’une colonie oui.Il y a émergence quand, à partir d’un seuil critique de développement d’un système, apparaissent de nouvelles propriétés.Boudes de rétroaction Dans un réseau, quelle que soit sa nature, plusieurs éléments interagissent entre eux et s’influencent mutuellement; il y a rétroaction.Au cours d’une discussion, par exemple, les pro- pos de chaque individu modifient l’opinion des autres : Jacques influence Jeanne qui influence Paul qui influence Jacques, et ainsi de suite.La rétroaction est positive si elle amplifie le signal initial, et elle est négative si elle le réduit.Dans les dernières décennies, par exemple, il y a eu une boucle de rétroaction positive entre le développement des banlieues et la multiplication des autoroutes, l’un venant amplifier l’autre.Le développement des transports en commun, s’il est suffisamment puissant, agira en rétroaction négative et affaiblira la première boucle.40 ^["DÉCOUVRIR [ JUIN-JUILLET 2008 r Modèle conceptuel du système Terre Système climatique Énergie et humidité terrestres Écosystèmes terrestres Changement climatique Biogéochimie marine Dynamique des océans Humidité planétaire Physique et dynamique atmosphériques luiE Cycles biogéochimiques Polluants Les changements climatiques font bien ressortir l’interdépendance entre tous les sous-systèmes composant le système « Terre », présenté ici.Plusieurs de ces sous-systèmes voient leur dynamique perturbée par un réchauffement global qui perturbe ensuite les dynamiques voisines.Le climat est complexe, nul ne peut le nier.En fait, il s’agit probablement du système complexe le plus populaire de l’heure, changements climatiques obligent.Bruno Tremblay en sait quelque chose.Climatologue et professeur au Département des sciences atmosphériques et océaniques de TUniversité McGill, il travaille à modéliser le climat et à recueillir des données sur le terrain.En 2006, lui et quelques collaborateurs publiaient une étude dans laquelle ils prévoyaient que vers 2040, en été, les glaces pourraient complètement disparaître dans l’Arctique.« Et les mesures que nous avons effectuées depuis montrent que cela pourrait se produire encore plus tôt», prévient le chercheur.Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les changements climatiques en cours sont « sans équivoque » et risquent d'avoir des effets abrupts et «irréversibles».De plus, les spécialistes observent que « plusieurs systèmes naturels sont affectés par les changements climatiques, et tout particulièrement par l’augmentation de la température».Il y a donc lieu de se préoccuper de l'évolution de ce système, puisque celle de notre espèce y est intimement liée.Le climat évolue de façon non linéaire, comme la neige sur une pente abrupte, qui peut demeurer relativement stable pendant une certaine période de temps, puis, rapidement, connaître un changement majeur : une avalanche.Le phénomène peut même survenir sans cause anthropique.En effet, ce comportement est inhérent à tout système complexe.Il suffit que, sous l’effet de fluctuations naturelles, plusieurs boucles de rétroaction s’enclenchent simultanément pour que le système s'emballe.Le premier domino tombe et les autres suivent.Dans le cas actuel des changements climatiques, toutefois, les facteurs extérieurs sont mis en cause : la pression exercée par l'humain, en l’occurrence.Le terme consacré en climatologie pour une «avalanche» est «changement abrupt de climat».Selon Bruno Tremblay, ce type d’événement s'est déjà produit dans le passé.C'est le cas, par exemple, de périodes glaciaires, pendant lesquelles des variations locales de température de l'ordre de SOURCE .AF.PARROT’* /TRADUC 11()\ CATHERINE BROWN RECHERCHE 1 5 à 6 degrés Celsius se sont produites en moins d’une décennie.Mais même sans «avalanche» du climat, les changements climatiques provoqueront des modifications majeures.«Thus les modèles s'accordent pour dire, entre autres, que le niveau des mers augmentera, les tropiques seront plus secs, les températures extrêmes seront plus fréquentes et les précipitations seront plus abondantes chez nous», signale M.TVemblay.Une autre caractéristique que partagent les modèles climatiques et les autres modèles complexes, c’est la quantité phénoménale de variables et de boucles de rétroaction qu'ils mettent en jeu.Quantité qui croît inévitablement avec la puissance de calcul disponible.Le tout se mesure mainte- rétroaction qui fait l'essence de la complexité du système climatique.Dans le cas précis de la fonte des glaces en Arctique, domaine d’expertise de Bruno Tremblay, une rétroaction positive majeure amplifie le phénomène de réchauffement global de la planète.La fonte des glaces en été libère de gigantesques masses d’eau.Comme l’eau absorbe davantage les rayons solaires, sa température augmente.La fonte de la glace restante s'accélère alors, et la boucle est bouclée.Une boucle de rétroaction positive est en fait.un cercle vicieux.Selon Bruno Tremblay, le message essentiel à retenir à propos des changements climatiques, c'est qu'il est urgent d'agir pour les « ralentir ».Car le problème actuel avec ce système matière, est critique.«Une augmentation moyenne de 5 degrés en 1000 ans, c’est acceptable; la même augmentation en 10 ans, c'est une catastrophe», lance M.Tremblay.L'exemple de la forêt est probant.«Celle-ci, au moment d'un changement de climat, doit migrer et entraîner avec elle les espèces et les populations.» Mais, comme nous pouvons nous en douter, une forêt ne migre pas à la même vitesse que des humains qui fuient un feu de forêt.LE CORPS, LE STRESS ET LES MAMMOUTHS Le corps, lieu de la complexité par excellence.Jour 1 : un ovule est fécondé.Le processus d'auto-organisation se met en branle.Jour 280 : un systè- LE CLIMAT ÉVOLUE DE FAÇON NON LINÉAIRE, COMME LA NEIGE SUR UNE PENTE ABRUPTE, QUI PEUT DEMEURER RELATIVEMENT STABLE PENDANT UNE CERTAINE PÉRIODE DE TEMPS, PUIS, RAPIDEMENT, CONNAÎTRE UN CHANGEMENT MAJEUR: UNE AVALANCHE.nant, pour un seul supercalculateur, en téraflops (1012 ou mille milliards de flops, c'est-à-dire d'opérations par seconde) et même en pétaflops (1015 ou un million de milliards de flops).Mais qu'insèrent donc les climatologues dans leurs modèles?L'abondance des variables que Bruno Tremblay met en relation étonne : la quantité de glace et de neige et l'énergie solaire qu'elles réfléchissent (albédo), les types de nuages (solides ou liquides) et leurs propriétés radiatives, les débits d'eaux salées et d'eaux douces et les courants océa- _ niques, l’interaction air-océan dans | Q les zones couvertes de glace, la pou- ° drerie et la couverture de neige, etc.1 Malgré la diversité des facteurs qu'il | étudie, il ne s'agit là que d’une goutte ^ d'eau dans l’océan des variables o affectant le climat et comprises dans â les modèles climatiques.C'est ce dé- ïï luge de données et de boucles de o complexe, ce n'est pas tant qu'il soit en évolution, puisque tout système dynamique est en constante évolution, c'est plutôt la rapidité des changements.L'échelle de temps, en cette me complexe voit le jour; appelons-le Jean.Jean est en réalité constitué de plusieurs en interaction : systèmes physiologiques, organes, cellules, etc.Et •Cortex J Hippocampe Hypophyse ^^"Hypothalamus L Glucocorticoïdes 1 ACTH | Boude de rétroaction négative de réponse au stress.Lorsqu’un événement stressant surgit, le cerveau, par l’intermédiaire de l’hypothalamus, produit une hormone, la CRH (Corticotropin-Releasing Hormone).Celle-ci stimule la sécrétion par l’hypophyse d’une seconde hormone, l’ACTH (adrénocor-ticotropine).L’ACTH circule dans le sang et amène les glandes surrénales à libérer des glucocorticoïdes, dont la principale est le cortisol, ou « hormone du stress ».C’est elle qui fait augmenter la pression et le taux de sucre dans le sang, afin de fournir au corps l’énergie supplémentaire nécessaire au moment d’un événement stressant.Toutefois, lorsqu’il y a suffisamment de cortisol dans le sang, les récepteurs de glucocorticoïdes situés dans le cerveau inhibent la production de CRH.La dépression est caractérisée par un mauvais fonctionnement de cette boucle de rétroaction, qui cause une surproduction de cortisol.41 | DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLËTzÔÔFJ' RECHERCHE comme tout système complexe, selon sa robustesse ou son degré d'usure, il pourra s'adapter plus ou moins aux stress extrêmes.Jour 11 230 : Jean fête ses 30 ans.Il est au travail et son patron lui demande de se présenter d'urgence à son bureau.Jean sait très bien que l’entreprise éprouve des difficultés financières.Son cœur bat soudain plus vite, ses pupilles se dilatent, ses mains deviennent moites et se mettent à trembler.Heureusement, une boucle de rétroaction négative permet de maintenir son taux d'hormones de stress dans une plage acceptable, ce qui peut lui éviter une possible dépression.Dans quelques minutes, tout redeviendra comme avant.Enfin presque ! Comme le récif corallien, dont les propriétés dites «émergentes» proviennent des multiples boucles d'interactions entre ses constituants, le corps humain est capable d'effectuer une pléiade de tâches qu'aucune de ses cellules, prise individuellement, ne peut réaliser.Le corps n’est qu'un vaste réseau.Un réseau de cellules, mais aussi, à une autre échelle, un réseau de réseaux (sanguin, nerveux, hormonal, etc.).De plus, il possède une autre caractéristique essentielle à tout sys- tème complexe, celle de renfermer un très grand nombre de variables.Il n'y a qu’à imaginer toute l'information que peuvent échanger les 60 000 milliards de cellules constituant notre corps pour avoir le tournis.Et si Jean ne répond pas toujours au stress avec la même intensité, c'est qu'il manifeste une dynamique non li- néaire.Il peut rester de glace devant son patron qui le congédie, et à un autre moment de sa vie, sombrer dans la dépression sans raison apparente.«Nous voulons attraper les gens avant que le premier domino ne tombe!» C'est de cette manière que la chercheuse Sonia Lupien, directrice du Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H.Lafontaine, affilié à l’Université de Montréal, et fondatrice du Centre d'études sur le stress humain, illustre la possible avalanche d'hormones causée par une réponse au stress disproportionnée.Il s’agit d’une cascade d'évé- 42 JJ DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 200?PHOTO : CHRISTINE BALDERAS/ISTOCK RECHERCHE nements liés les uns aux autres, puisque faisant partie d'un seul et même réseau.Le climat subit de multiples pressions humaines qui sont amplifiées par des phénomènes de rétroaction positive et aboutissent à une hausse de plus en plus rapide de la température.Le réseau hormonal, aux deux sources de stress, en produisant des hormones.«Pour nous, il s'agit d'un dérèglement, mais pour notre corps, il ne s’agit que d'une adaptation.» Toutefois, ce que les chercheurs observent, c’est qu’après une certaine période de stimulation continue des hormones de stress, le donné, la charge allostatique permet de tenir compte des facteurs génétiques ainsi que des autres facteurs individuels comme les habitudes de vie et le profil historique de réponse au stress.Considérant la masse énorme de données à traiter pour analyser de cette manière le système hor- « LA DIVERSITÉ DANS LA FORMATION DES MEMBRES D’UN GROUPE DE RECHERCHE PERMET D’ÉTABLIR LA DYNAMIQUE NÉCESSAIRE À LA COMPRÉHENSION DES SYSTÈMES COMPLEXES.» — LAEL PARROTT quant à lui, est continuellement soumis à des agents stressants qui peuvent faire boule de neige et provoquer une crise majeure au sein du corps.Il y a similarité entre l'avalanche d'hormones et ce qu’il y a derrière l'approche «catastrophiste» des systèmes complexes, développée par le physicien danois Per Bak à partir de la fin des années 80.Celui-ci décrit l'évolution de ces systèmes par un modèle dit du «tas de sable» : au fur et à mesure que l'on ajoute des grains de sable à un tas et que les pentes augmentent, le système se rapproche d'un état critique où il se mettra à subir des avalanches de taille variable.Il devient complexe.Impossible alors d’en décrire la dynamique par les propriétés individuelles des grains de sable, puisque c’est dorénavant une dynamique globale qui prédomine.Per Bak nommait ce phénomène la «criticalité auto-organisée», laquelle expliquait, selon lui, l'émergence de la complexité.Pour établir le parallèle avec l'effet domino des hormones décrit par la neuroscientifique Sonia Lupien, il faut décrire la réponse du corps au stress.Selon elle, notre corps ne fait pas la distinction entre un mammouth qui fonce sur lui et la pression que nous fait subir notre patron.Il réagit de la même manière face corps, comme si l'on avait ajouté trop de grains de sable, finit par réagir en déclenchant une cascade de diverses autres hormones.Il en résulte un dérèglement généralisé du corps et, éventuellement, la maladie.La similitude avec les avalanches dans le tas de sable est frappante.Afin de caractériser la dynamique du stress, Sonia Lupien et son équipe suivent depuis 17 ans un groupe de personnes âgées.Elles tentent de dégager des profils de dérèglement du système hormonal, mais se heurtent à une importante variabilité individuelle.En effet, les individus ne présentent pas tous le même profil de réponse au stress.Dans certains cas, c’est telle hormone qui s'emballe en premier et cela aboutit à un diabète, dans d'autres, c'est une autre qui commence le bal et le tout se termine en maladie cardiovasculaire.Selon la chercheuse, le développement de critères tels que la «charge allostatique» est une approche prometteuse pour caractériser la dynamique du stress.La charge allostatique est un indice global du stress accumulé par le corps.Elle permet en quelque sorte de mesurer l’usure générale que le corps subit à force d'être soumis à des cycles répétés d'adaptation au stress.De plus, comme il s'agit d'un critère basé sur la réponse physiologique d'un individu monal d'un groupe de patients, la bio-informatique est absolument essentielle, croit Sonia Lupien.DE LA COMPLEXITÉ L’approche «complexe» est reconnue et utilisée dans de nombreux domaines : en physique, en biologie, en économie, en climatologie.Mais est-ce une science?Lorsqu'on lui pose la question, Lael Parrott hésite longuement avant de conclure : «Ce n'est peut-être pas une science, mais c'est à tout le moins un domaine d’étude.» Malgré tout, elle le souligne, certains organismes majeurs de financement de la recherche, comme la National Science Fondation américaine, la reconnaissent comme telle.Aussi, depuis 1984, le Santa Fe Institute, au Nouveau-Mexique, se dédie totalement à la recherche sur les systèmes complexes, et ce dans presque tous les domaines d’applications imaginables.Quant à savoir de qui relève l'étude de la complexité, la réponse se trouve dans le modus openmdi des chercheurs qui s'y intéressent, et il se résume en un seul mot : multidisciplinarité.Comme le remarque Lael Parrott, ingénieure de formation, «la diversité dans la formation des membres d'un groupe de recherche permet d'établir la dynamique nécessaire à la compréhension des systèmes complexes».?| DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 ENJEU L'HISTOIRE SANS FRONTIERES ji Xiü*' '"ï S x r Ji; , 3?ïïv^ ^ V»5\ 11W' >> '> vv ^ S^Srji '¦•^V’'WAV- ' >; Vr^- h * > > )• > ÏA- C.K'vC .r.x^ W*riv (ttV.jx, ;V;*y Ta*/’ *- ' > i*.ÏÎS»fe'&v = '“T-•> 'Wêï’ïA i"Vi ‘f7* •Vr-i * ¦ - * *- I l'S't ^ *"AA Z*t ; A>- 0?A >,• t.'v M X'ivtï, rë C -lf ,1 w - 7, / AQT.V / mvs DÉCOUVRIR I JUIN-JUILLET 2008 ; ENJEU l’histoire SANS FRONTIÈRES A ai La mondialisation des échanges, les informations sans frontières circulant dans Internet et le développement d'une conscience planétaire nous poussent aujourd’hui à regarder par-dessus les « clôtures » nationales pour comprendre notre époque, mais aussi pour saisir le contexte qui l’a façonnée.Un nombre croissant d’historiens s’intéressent ainsi aux dynamiques intercivilisationnelles d’hier à aujourd’hui, s’inscrivant dans une démarche où l’on prend en considération l’interdépendance des phénomènes à l’échelle mondiale.On parle d’« histoire globale » dans le monde francophone, de World History ou Connected History chez les Anglosaxons.MARIANNE BOIRE Témoignant des récentes avancées de cette tendance, un groupe de chercheurs du Département d'histoire de l’Université Laval publie ce printemps un ouvrage au titre évocateur : Québec, Champlain, le monde.« L’histoire de cette ville, depuis sa création, s'inscrit dans un faisceau d'influences multiples dont la compréhension oblige à considérer une dynamique planétaire ancienne à court, moyen et long terme.Québec a été fondée dans un contexte de planétarisation des échanges et s'est développée en conjonction avec d’autres phénomènes similaires dans le monde», peut-on lire d'entrée de jeu en introduction.Pour Michel De Waele, vice-doyen à la recherche et instigateur de ce projet, cette publication est non seulement une participation de son département aux commémorations du 400e, mais aussi l’occasion de présenter Champlain sous un angle différent : « Je craignais que ces fêtes ne soient extrêmement centrées sur le personnage de Champlain, sur Québec et sur les deux rives du Saint-Laurent, alors qu'il y a derrière cette aventure des forces qui dépassent le navigateur-cartographe et la France ou l'Europe.Ce sont les forces de la mondialisation.» La mondialisation s'est amorcée il y a longtemps, sur les routes de la soie ou des épices, par exemple.Les civilisations ont grandi en interdépendance, ce phénomène s'accélérant au fil du développement des transports et autres avancées technologiques.« Au 17e siècle, la France se joint à ce mouvement en se lançant dans de grandes découvertes de l’autre côté de l’océan, explique Michel De Waele.La fondation de la Nouvelle-France participe d'une dynamique politique, économique, commerciale se déployant à la grandeur de la planète.» Vu dans cette perspective, l'apport de Champlain prend une autre dimension.L'ouvrage sur Champlain, auquel ont collaboré des spécialistes de l'Université Laval en histoire, histoire de l'art, archéologie, ethnologie, archi-vistique et muséologie, traite ainsi des échanges de richesses, de pratiques culturelles ou de savoirs.Martin Paquet, collègue de M.De Waele et codirecteur de cette publication, précise que l'histoire globale complète la micros-toria, une approche forte-2 ment influencée par l’an-S thropologie historique et se ° concentrant sur de micro- QliôOtCy (y/uUfj/Üfik ft m(hn/t Michel De Waele ci Martin Paquet I 45 DÉCOUVRIR 1 J UIN - J UIL LËT~20oîr~^[~ ¦ si ENJEU l’histoire SANS FRONTIÈRES \\ V événements.Il cite en exemple les travaux de sa collègue Andrée Courtemanche, qui s'est penchée il y a quelques années sur les différentes migrations des Chaberti, une famille de Provence de l'époque médiévale, en vue de mieux comprendre la dynamique des flux migratoires.Dans un mouvement inverse, l'histoire globale prend l’autre bout de la lorgnette, en partant du macro.Ce grand angle permet, entre autres, de dégager des processus différents et des phénomènes jusque-là insoupçonnés, comme cet immense système d'immigration prolétaire de niasse dont Québec fut l'une des importantes plaques tournantes au 19e siècle.Débarquement d'immigrants à la fin du 19e siècle.En arrière-plan, le Séminaire de Québec.L'histoire globale s'intéresse notamment à l'immense système d'immigration prolétaire de masse dans lequel la ville de Québec a joué un rôle prépondérant.PEDAGOGIE COLLEGIALE RECHERCHES ET PRATIQUES PÉDAGOGIQUES EN ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR — Innovations pédagogiques — Didactique des disciplines Fondements théoriques — Intégration des technologies — Evaluation des apprentissages —- Conception de programmes _ Recherches pédagogiques au collégial et à l'université — Etc.Publié 4 fois par année par l'Association québécoise de pédagogie collégiale Pour abonnement: info@aqpc.qc.ca Tel.: 514-328-3805, Téléc.: 514-328-3824 7000 rue Marie-Victorin, Montréal (Québec) H! G 2J6 oqpc Association québécoise de pédagogie collégiale 46 Les lecteurs et lectrices de Québec, Champlain, le monde seront ainsi invités à s'intéresser non seulement à l’Amérique du Nord du 17e siècle, mais aussi à l'Amérique latine, à l’Afrique et même à l'Asie contemporaines de Champlain.« Ce qu'on propose, c’est un regard beaucoup plus latéral, poursuit Martin Pâquet.Au lieu de faire un zoom de la métropole française vers sa nouvelle colonie, on procède à un mouvement panoramique qui englobe la Nouvelle-France, mais aussi les autres aires géographiques.» D'un point de vue d'historien, c'est toute une révolution que de travailler ainsi avec les jeux d'échelle, mais aussi de faire l'effort intellectuel d'appréhender les événements au-delà des frontières géographiques et symboliques habituelles.Pour Anya Zilberstein, professeure d'histoire à l’Université Concordia, l'histoire globale implique aussi de se détacher du point de vue profondément eurocentriste qui a longtemps caractérisé les manuels d’histoire : « Les spécialistes en histoire globale, comme moi, n'étudient pas les cultures en vase Deux poignards attribués à John Rodgers Jewitt, un prisonnier des Nootka sur l’île de Vancouver de 1803 à 1805.Ils ont été le point de départ d'une histoire beaucoup plus globale, celle des réseaux de commerce et d'échanges en Amérique du Nord aux 17e et 18e siècles.Ces objets ont été donnés à la East India Marine Society de Salem, au Massachusetts, au début du 19e siècle.J DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 | ENJEU L’HISTOIRE SANS FRONTIERES clos.Ils cherchent plutôt à comprendre l'intégration grandissante de peuples initialement dispersés et à expliquer comment l'expansion des peuples européens a profondément façonné le monde en propageant non seulement leur hégémonie économique, politique et culturelle, mais aussi leurs maladies, leurs plantes et leurs animaux domestiques.» Une vision qui s'étend ainsi au-delà des modes de pensée habituels de notre culture, remet nécessairement en perspective l'expansion occidentale et la suprématie culturelle européenne, en nous faisant voir le point de vue des peuples qui en ont fait les frais.Mme Zilberstein s'intéresse tout particulièrement à l'expansion des réseaux de commerce et d'échanges qui se tissent en Amérique du Nord aux 17e et 18e siècles.Elle a notamment analysé le parcours de deux poignards de fer retrouvés au début du 19e siècle sur l'île de Vancouver et confiés à un musée du Massachussetts, afin de mieux comprendre les circuits culturels et commerciaux émergents qui se dessinaient alors entre les côtes Atlantique et Pacifique de l’Amérique du Nord.Une approche globale lui a ainsi permis, en suivant à la trace la route de ces deux objets, de faire ressortir les premiers mouvements de la globalisation nord-américaine et l'intégration croissante entre les peuples de l'Amérique.On peut ainsi retracer l'histoire de la coévolution des sociétés en suivant un phénomène ou un objet du début à sa fin et dans toutes ses dimensions.Même si elle commence à peine à imposer ses vues dans les universités francophones, l’histoire globale traîne derrière elle un riche passé intellectuel, marqué par les œuvres d’historiens de renom comme Fernand Braudel, auteur de La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, ou Pierre Chaunu, auteur de Démographie historique et système de civilisation, qui ont ouvert la porte aux autres disciplines et repoussé les frontières thématiques, demeurant ainsi fidèles à l'esprit de l'école des Annales.Ce courant historique, fondé par Marc Bloch et Lucien Febvre dans la pre- mière moitié du 20e siècle, refusait l’histoire-bataille et voulait sortir de l'histoire nationale pour s'attarder aux sociétés et aux mentalités, aux structures plutôt qu'aux événements.Pour sa part, l’historien anglais Arnold Tbynbee a été l'un des premiers à transformer la démarche de sa discipline en proposant une histoire du monde classifiée en 26 civilisations, en 1934.Mais ces pionniers de l'histoire globale adoptaient une approche bien différente de celle des historiens d'aujourd'hui.«À l'époque de Tbynbee, explique Martin Paquet, les gens qui faisaient de la World History - même si on n'utilisait pas ce nom-là - étaient des érudits exceptionnels qui travaillaient souvent seuls, qui lisaient énormément et qui avaient une approche très systémique, très déconnectée d’une recherche de terrain empirique.» L'historien souligne que, à partir des années 1960, tel un retour du balancier, l'observation directe des sources sur une échelle extrêmement réduite favorise un regard plus local sur les phénomènes, favorisant l'émergence de l’anthropologie historique et de la microstoria.avec des scientifiques sur I Au-delà du 7e ciel Sur les traces d’Einstein Le business de la science L'actualité disséquée Le globe sous la loupe L’ADN en questions Planète en péril La Science à poils CLIQUEZ http://blogue.sciencepresse.qc.ca, 47 DECOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 On n’est jamais trop curieux.—?— www.ledevoir.com LE DEVOIR ENJEU - Réalisée par le cartographe allemand Martin Waldseemueller (1507), cette carte est la première men-3 tionnant le nom Amérique pour désigner le « nouveau » continent.3 -»»/ ; v - Æ H mm — 'c- -rg' mm* s « Dans les années 1980-90, le travail i scientifique se transforme de nouveau, D Z raconte Martin Paquet, en grande partie grâce au développement du réseau-tage international favorisé par l’expansion rapide des moyens de communication.» Les chercheurs en histoire peuvent désormais consulter en ligne, par exemple, les archives nationales d’un pays étranger.Encore mieux, les correspondre à la réalité multiethnique de l’Amérique du Nord.Cela peut en partie expliquer l’émergence de la World History, entraînant du même coup une remise en question du chauvinisme des Western Civilization Studies.La période de la guerre froide aurait aussi passablement influencé les intérêts de recherche et encouragé les Américains à étudier à l’étranger pour les plans économique, politique, social, religieux, etc.Or, durant le 16eou le 17e, et jusqu’à la fin du 18e siècle, le principal joueur économique mondial, ce ne sera pas l’Occident, ce ne sera pas l’Europe, ce sera l’Asie, et particulièrement la Chine et l’Inde.» Pour Michel De Waele, il s'agit là d'une information extrêmement précieuse qui nous permet de mieux comprendre l'expansion commerciale actuelle de l’empire du Milieu.Est-ce à dire que l’histoire nationale n'a plus sa raison d'être?Les chercheurs sont unanimes : elle a toujours droit de cité.«On a besoin de l'histoire nationale pour bâtir une histoire globale, croit Michel De Waele.Et vice versa.» Anya Zilberstein abonde : «Au premier abord, l'histoire globale peut sembler s'opposer à l'histoire nationale, surtout pour les personnes qui étudient celle-ci par intérêt patriotique ou qui sentent leur nation plus vulnérable, comme ce peut être le cas au Québec.Mais il me semble plus exact de voir l’histoire « IL ME SEMBLE PLUS EXACT DE VOIR L'HISTOIRE NATIONALE ET L'HISTOIRE GLOBALE COMME DEUX RÉCITS QUI S'ENRICHISSENT MUTUELLEMENT.» — ANYA ZILBERSTEIN organismes subventionnaires encouragent maintenant les longs séjours à l'étranger, ce qui permet à de nombreux chercheurs non seulement d'étudier un sujet en dehors de leur pays, mais aussi de renforcer leur réseau de contacts internationaux.Plus question de travailler seul dans son bureau : « Désormais, l’histoire globale, ce n'est plus une histoire produite par des érudits solitaires, s’enthousiasme Martin Pâquet, c'est beaucoup plus une histoire redevable à l'érudition collective.» Du côté anglophone, l'histoire globale s’est imposée un peu plus rapidement.À partir des années 1970-80, explique Anya Zilberstein, les programmes universitaires de sciences humaines furent peu à peu remaniés pour mieux combler des besoins diplomatiques et politiques.Multiculturalisme, intérêts politiques, mondialisation des marchés : ces préoccupations contemporaines modulent profondément notre manière d'interroger le passé.«L'histoire globale nous oblige à prendre en considération des données et des histoires que l'on n'enseigne pas et que l'on ne connaît guère, analyse Michel De Waele.Elle nous oblige surtout à relativiser la vision que l'on a du passé de l'Occident.Par exemple, on a longtemps cru que la mondialisation avait débuté aux 15e et 16e siècles avec les grandes découvertes européennes, que les Européens étaient le moteur derrière cette mondialisation, qu’ils domineraient vite la planète sur nationale et l'histoire globale comme deux récits qui s’enrichissent mutuellement.» En cette époque d'abolition des frontières économiques et culturelles, l’histoire laisse elle aussi tomber ses barrières pour nous aider à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.Ce virage est non seulement bienvenu, mais nécessaire, comme le soulignait judicieusement le journaliste Laurent Lestoy dans un éditorial du magazine Sciences humaines : «Si la montée en puissance de la Chine et de l'Inde aboutit à désoccidentaliser le monde, celui-ci a plus que jamais besoin d’une histoire partagée, qui transcende les cadres nationaux autant que les clivages civilisationnels.» ?49 | DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008'J' ZOOMZOOMZOOMZOOMZOOMZO OM Miser sur le plein pot d’innovation < A l’instar des dirigeants de plusieurs pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le gouvernement du Québec a reconnu l’importance pour les entreprises d’investir davantage en recherche et développement.Avec la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SORI), rendue publique en décembre 2006, il plaçait la recherche et l’innovation au cœur même du développement économique.Dans ce contexte, le Conseil de la science et de la technologie (CST) a reçu le mandat du ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l'Exportation d’effectuer un suivi des résultats obtenus par le Québec en matière de recherche, de science et d’innovation.Dans son Rapport de conjoncture 2008, intitulé Innovation et mondialisation, le CST a choisi d’analyser l’état du système national d’innovation (SNI) québécois en lien avec les enjeux majeurs que présente la mondialisation, puis de proposer des pistes d'action pour améliorer la performance du Québec en matière d'innovation.Une attention particulière a été portée aux entreprises du secteur manufacturier, rejoignant un des axes prioritaires de la SORI,soit celui de « mieux appuyer la recherche industrielle et l’innovation en entreprise ».Diagnostic du SNI québécois Précisons que le SNI du Québec offre une vision holistique permettant de rendre compte de façon globale et intégrante de l’ensemble des facteurs qui contribuent à l’innovation, notamment des relations entre les entreprises, les organisa- 50 J—DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 | tions gouvernementales ainsi que les établissements de recherche et d’enseignement.« Le schéma préconisé par le Conseil englobe toutes les catégories d’entreprises et tous les types d’innovations.Il prend en considération l’ensemble des déterminants de l’innovation au sein de l’entreprise innovante elle-même, de son environnement immédiat et de son environnement global », explique M.Réal Pelland.qui a coordonné la production du- rapport.Selon le CST, le Québec dispose d'atouts pour faire face à la compétitivité des pays émergents et profiter des occasions que présente la mondialisation.Par exemple, il peut compter sur un bon régime fiscal, une main-d'œuvre scolarisée et qualifiée, des réseaux originaux de valorisation et de transfert des résultats de recherche, de même que sur une base scientifique de calibre international.Selon M.Pelland, « le Québec s’appuie également sur une structure industrielle ayant évolué efficacement vers une économie du savoir, entre autres grâce à un engagement fort du gouvernement en vue de soutenir le développement de la recherche et de l’innovation ».D’où l'accroissement du nombre d’entreprises actives en recherche, qui est passé d’environ 5000 en 2001 à 7026 en 2005.Malgré ces réussites, le Conseil relève certains défis à surmonter et propose des pistes d’action.D’abord, depuis 2001, il observe un plafonnement en recherche publique en même temps qu’un recul des investissements du Québec en R-D industrielle.Le Rapport de conjoncture souligne que ce mouvement éloigne progressivement le Québec de l’objectif principal de la SORI, soit de porter l’effort du Québec en recherche industrielle à 2 p.100 du PIB d’ici 2010.Pour corriger cette tendance, il importe notamment de favoriser les investisse- ments étrangers en R-D, tou- 1 s jours plus difficiles à attirer, et I y d’inciter les PME québécoises à être davantage actives en cette ] C matière.fl U Le second défi tient compte du fait que les économies reposant sur le savoir doivent s’assurer d’une disponibilité suffisante de ressources humaines en science et technologie (RHST).En effet, les travailleurs et travailleuses hautement qualifiés sont considérés comme des «acteurs du progrès» au service du développement de la société.Cette vision se concrétise au Québec : de 2003 à 2006, le type d’emplois en lien avec les RHST a augmenté de 3,5 p.too, soit deux fois plus rapidement qu’entre 2000 et 2003.Toutefois, le Conseil note que la sous-utilisation de certaines compétences de niveau universitaire, la sous-performance en formation continue et la proportion insuffisante de res- O O ZOOMZOOM ntiël u Québec PIERRE PINSONNAULT vy Conseil de la science et de la technologie Québec E3 El E3 E3 sources professionnelles actives en R-D montrent que des efforts restent à faire au Québec pour demeurer concurrentiel.Concernant la disponibilité de la main-d’œuvre hautement qualifiée, une étude récente menée par le Centre d’étude sur l’emploi et la technologie (CETECH) pour le CST conclut que des pénuries généralisées ne sont pas encore en vue.À cet effet, les dernières données démontrent même un léger Québec lovatimg^ hondiaiïsation rr accroissement des taux de chômage chez les personnes diplômées des cycles supérieurs, leur nombre ayant crû davantage que celui des emplois hautement qualifiés.Malgré cela, le Conseil constate que des problèmes d’ajustements sectoriels régionaux et disciplinaires se font ressentir et commandent des actions spécifiques ainsi que des analyses plus poussées.Enfin, le Conseil cible les activités de commercialisation et d’exportation, qu’il considère comme les maillons faibles du SNI.À ce titre, des résultats d’enquêtes révèlent des écarts significatifs entre les entreprises québécoises et ontariennes dans plusieurs activités de commercialisation : études de marché, lancements publicitaires, plans de marketing, analyses de rentabilité, essais d’acceptation par les consommateurs, méthodes de protection de la propriété intellectuelle.En fait, il semble que la culture d’entreprise québécoise soit peu tournée vers la commercialisation.Alors que la croissance constante des exportations à l’échelle mondiale devient une variable incontournable, il importe de renforcer ce maillon £ de la chaîne de l’innovation en 5 mettant l’accent sur le dévelop-o pement d’une culture de mise £ en marché pour augmenter la 0 performance des entreprises 1 du Québec.Par exemple, la I connaissance du marketing ° international et la maîtrise de plusieurs langues sont essentielles pour les entreprises qui veulent réussir à exporter leurs innovations.Soulignons qu’à la lumière des données empiriques de l’enquête Innovation 200s réalisée par Statistique Canada, le Rapport de conjoncture 2008 propose une analyse sectorielle du Vers un Sommet québécois de l’innovation?Par son Rapport de conjoncture 2008, le CST rappelle que l’innovation est l’affaire de l’ensemble du gouvernement et de la société québécoise.Il importe donc de maintenir une vision globale et intégrée de l’innovation pour assurer une cohérence de l’action d’État, comme c’est Influence du contexte de la mondialisation sur le système national d’innovation » Environnement global scientifique de réglementaire et » Environnement immédiat Signaux du marché étrangères.clients, fournisseurs.d'entreprises publications scientifiques) Gestion stratégique de l’innovation Recherche et développement Acquisition de connaissances et de technologies Personnel scientifique et technique Commercialisation et exportation \.Organisation du travail / (dont capital de risque) d'enseignement supérieur et organismes étrangère publics d'aide à l'innovation scientifique et technique et d’entrepreneurship Accords internationaux (commerce, normalisation, développement durable-) Marchés internationaux (y compris taux de change) Investissements étrangers Dans son Rapport de conjoncture de 1998, le Conseil de la science et de la technologie proposait un schéma relativement simple, inspiré de l’OCDE, pour décrire et analyser le système québécois d’innovation.Structuré en trois sphères concentriques, ce schéma permet de distinguer dans l’analyse les ordres de facteurs qui influent sur l’innovation des entreprises, de replacer ces facteurs dans la vision d’ensemble du système, mais aussi de dégager des niveaux d’intervention pour les pouvoirs publics.Certains autres aspects majeurs de ces effets sur des déterminants de l’innovation ont été ajoutés.SNI québécois.Pour la première fois,cette analyse montre,d’une part, que les sous-secteurs du secteur manufacturier n’innovent pas de la même façon ni au même rythme et, d’autre part,que l’innovation est stimulée par un large éventail de facteurs.Ces constats militent en faveur d’une action gouvernementale mieux adaptée.le cas dans certains pays nordiques, par exemple au Danemark ou en Finlande.En fait, la question de l’innovation transcende les ministères et doit engager tous les acteurs concernés dans l’élaboration de la prochaine stratégie.Pour le Conseil, un Sommet québécois de l’innovation constituerait un autre pas dans cette direction.?51 | DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2Qo8~^^ SOURCES : CONSEIL DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE la fine pointe ASSOCIATION DE L’ALUMINIUM OU CANADA L'Association de l'aluminium du Canada (AAC) regroupe les trois entreprises productrices d’aluminium de première fusion ; ces entreprises exploitent onze alumineries au Canada, dont dix au Québec.Aluminium en formes m Au Québec, les industries qui travaillent avec l’aluminium transformé doivent relever de nombreux défis : rendre un avion plus léger, augmenter l’absorption des pare-chocs d’automobiles ou entreposer des déchets radioactifs.Mais les industriels n’ont pas nécessairement l’expertise suffisante pour concevoir des produits ou des processus qui répondent à leurs besoins.tion de nouveaux matériaux et alliages.Le premier thème de cet axe se concentre sur les nanomatériaux, c’est-à-dire des matériaux constitués d’agrégats de la taille de i à too nanomètres et ayant des propriétés exceptionnelles.« Par exemple, lorsqu’on ajoute à l’aluminium des nanotubes de carbone, un matériau aussi dur que du diamant, nos pièces de- lat représentent ce qu’on y ajoute pour en améliorer les propriétés.Par exemple, dans le cas des déchets radioactifs, on ajoute du B4C, une céramique qui augmente les propriétés d’absorption des émissions radioactives du matériau.» Les principaux défis liés aux matériaux composites : leur fabrication complexe et leur coût élevé.Les chercheurs veulent notamment améliorer la mouil- Le dernier thème a trait aux nouveaux alliages aluminium-lithium-cuivre.De plus faible densité et plus rigides que les alliages traditionnels d’aluminium-cuivre, d'aluminium-silicium ou d’alumi-nium-silicium-magnésium, ces alliages permettront de diminuer considérablement le poids des structures des véhicules et des aéronefs.Aussi, beaucoup d’activités de recherche portent sur la mise au point d’alliages visant à réduire le fluage des blocs-moteurs diesels, soit la déforma- ' .\:t.t * fx t A #V I La fabrication de nouveaux matériaux et alliages permet aux industries de l’aluminium de rester compétitives.Ci-dessus, site à matrice d’aluminium utilisé par l’industrie nucléaire.Au centre, nanotubes de carbone recouverts de particules de d’aluminium permettant l’absorption d’énergie d'accident dans des pièces d’automobile détachées.à gauche, micrographie d’un compo-2 nm de palladium.À droite, mousse Ainsi, le Centre de recherche sur l’aluminium - REGAL, un réseau de six universités, un cégep1 et dix-huit membres associés provenant des secteurs public et privé, et subventionné par le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT), les aide à mieux s’approprier l’aluminium.«Nous conduisons notamment des recherches fondamentales sur des applications qui seront commercialisées dans un futur rapproché», affirme Mathieu Brochu, professeur au Département des mines et des matériaux à l’Université McGill et responsable de l’axe de recherche sur la fabrica- viennent plus légères, et leur conductivité thermique et électrique est nettement améliorée.De plus,elles résistent mieux à la torsion ou au pliage.» Ce type de matériau pourrait avoir des applications sans limites, si ce n’était de son coût : 100 $ le gramme ! Par ailleurs, le REGAL aide l’industrie nucléaire en lui fournissant l’expertise pour concevoir des matériaux composites capables d’encapsuler les déchets.«Un matériau composite, c’est comme un biscuit aux brisures de chocolat, ajoute en souriant le professeur Brochu.Le biscuit,c’est la matrice composée d’aluminium, et les morceaux de choco- labilité de l’aluminium afin qu’il soit uniforme entre les particules de céramique plutôt que concentré à des endroits précis.Un troisième thème de recherche concerne les mousses d’aluminium,des versions métalliques d’éponges, où l’on enferme des bulles d’air nommées « pores ».Les chercheurs doivent arriver à contrôler l’uniformité des pores afin que les propriétés des mousses soient uniformes.Plusieurs entreprises utilisent déjà les mousses d’aluminium, principalement dans le domaine du transport aérien et routier.tion du moteur causée par de très hautes températures.» Nous sommes très encouragés partou-tes nos recherches,conclut le professeur Brochu.Les entreprises sont toujours à l’affût de nos résultats et nous faisons tout pour répondre à leurs demandes.La collaboration, c’est la clé du succès ! » i.École Polytechnique de Montréal, École de technologie supérieure, Université Laval, Université McGill, Université du Québec à Chicoutimi, Université de Sherbrooke, cégep de Trois-Rivières CAROLINE VEZINA DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008 SOURCE : GRANT CHEN/CAMILLE PROBST/PAULA PROA-FLORES la fine pointe IRSCCIHR InttMut» da recharch* Cfnadxn Invntul Les IRSC forment l'organisme de recherche en santé du gouvernement du Canada.Au nombre de 13, ils offrent leadership et soutien à plus de 10 000 chercheurs et stagiaires en santé dans toutes les provinces du Canada.Amour maternel et expression des gènes Si les mamans enveloppent leurs bébés d’une pléiade de soins maternels, les rats femelles débordent elles aussi d’affection pour leurs rejetons, qu’elles lèchent et relèchent, certaines plus généreusement que d’autres.Ces séances de léchage sont essentielles pour la survie des petits, et on peut penser que l’évolution a retenu ce comportement et qu’il est inscrit dans les gènes.Mais l’environnement social aurait-il une influence ?Des études financées par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et dirigées par Michael Meaney, professeur au Département de psychiatrie et au Département de neurologie et neurochirurgie à l’Université McGill, apportent des éléments de réponse.Suivons d’abord une famille de rats.Imaginons une mère rat (génération i) très attentionnée qui prodigue moult léchages à son bébé rat femelle (génération 2).À l’adolescence, le rat G2 est placé dans une cage exiguë le privant de tout contact avec ses congénères.Ce rat femelle sera une mère peu attentionnée.Inversement, s’il a été peu dorloté par sa mère, mais qu’il est placé dans un milieu ludique favorisant les échanges avec ses congénères, il bichonnera plus tard ses petits (génération 3).Les mères G2 n’ont pas hérité du comportement de leur mère Gi.Celui-ci a été modelé par l’environnement à l’adolescence.Avançons d’une génération et suivons le devenir des derniers-nés G3.Élevés dans un milieu standard, ils hériteront du comportement de leur mère G2.Plus exactement, ils hériteront de la modification que l’environnement a exercée sur le comportement maternel de leur mère.Hérédité ou influence du milieu ?En réponse à l’environnement, le génome peut subir des modi- fications qui conditionnent le fonctionnement des gènes.C’est l’épigenèse.Des groupements chimiques, des groupes méthyles viennent alors s’ajouter au début des gènes.Cette méthylation ne change pas la séquence nucléotidique des gènes.Elle se fait en surface - comme les accents dans la langue, qui ne modifient pas l’ordre des lettres d’un mot.Cependant, la méthy- lation régule l’activation des gènes, et si elle est trop forte, elle inhibe le gène.Michael Meaney a observé que chez les femelles léchant peu leurs petits, les gènes du récepteur d’œstrogène et du récepteur de glucocorticoïde sont trop méthylés.La synthèse de ces récepteurs s’en trouve inhibée.Or, explique le chercheur, «c’est la quantité de récepteurs d’œstrogène qui détermine un comportement maternel adéquat ».Dans '''¦¦¦¦H le cas des récepteurs de glucocorticoïde, la méthylation est transmise à la génération suivante, ce qui pourrait expliquer comment la modification du comportement se maintient d’une génération à l’autre.Ainsi, en réponse à l’environnement, l’épigenèse sculpte le génome et module les comporte- ments.« La transmission du comportement maternel est assez stable à moins que n’advienne un changement environnemental déterminant pouvant en modifier le cours », souligne le chercheur.Est-ce nouveau que de penser que les comportements se modifient génétiquement après la naissance ?« Oh oui ! », répond-il en riant, expliquant qu’on admettait que l’épigenèse se mettait en place une fois pour toutes pendant le développement embryonnaire.«On ne pensait pas que cela puisse être réversible », insiste-t-il.Peut-on transposer ce résultat chez l’humain ?À cet égard, « les rats sont des animaux de laboratoire très intéressants.Ils démontrent une plasticité absolument incroyable, ils habitent partout sur la planète.comme l’être humain »,explique Michael Meaney.Hommes et rats partagent une même capacité d’adaptation.On peut alors penser qu’en réponse à l’environnement, l’épige-nèse modifie aussi le comportement maternel de la femme ou d’autres comportements.D’ailleurs, ses travaux en collaboration avec GustavoTurecki, directeur du Groupe McGill d’études sur le suicide, à l’hôpital Douglas de Montréal, ont montré que la méthylation du gène des récepteurs de glucocorticoïdes se retrouvait également chez les personnes suicidées ayant subi de la maltraitance pendant leur enfance.VALERIE LEVEE 53 DÉCOUVRIR | JUIN-JUILlI7~2Ôo8-J[ Chez les rats, l’environnement social peut nuancer le fonctionnement des gènes.Ainsi, un bébé rat femelle en mal d’affection ne reproduira pas le comportement maternel s’il est en contact avec ses congénères à l’adolescence.Et inversement.N’est pas inné celui qui croyait prendre! Vos recherches vous passionnent?Parlez-en .-^ avec brio! sous la direction de Comment captiver son auditoire Suzanne Grenier Sylvie Bérard Sophie Malavoy GUIDE PRATIQUE COMMUNICATION SCIENTIFIQUE Association francophone pour le savoir A c f a s ~ — Dans le Guide pratique de communication scientifique, vous trouverez.• Des trucs pour cibler votre message et aller à l'essentiel • Des outils pour transformer un plan de travail en un discours captivant • Des procédés pour garder votre public en haleine • Des règles pour maximiser l'usage des aides visuelles • Une grille d'évaluation et des exercices pour mettre votre talent en pratique • Et les précieux conseils d'orateurs chevronnés Disponible en librairie • 12 $ Association francophone pour le savoir A c f a s la fine pointe Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales Le Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP) a pour mission de contribuer à l'amélioration des pratiques de prévention et d'intervention psychosociales, à la hausse de la qualité et de la pertinence de la recherche psychosociale et à l'élaboration des politiques sur les enjeux à caractère psychosocial.Panique à bord Le trouble obsessionnel- Ça y est! Palpitations, bouffées de chaleurs et serrements à la poitrine vous envahissent de nouveau.Voilà trois fois que vous consultez un médecin et aucun diagnostic n’a été posé.Vous êtes pourtant persuadé que vous faites une crise cardiaque.En réalité, vous souffrez peut-être d’un trouble anxieux sans le savoir.Au Québec, près du quart des patients qui se présentent à l’urgence pour des douleurs à la poitrine souffrent de troubles d’anxiété.Ceux-ci constituent les troubles psychologiques les plus répandus et touchent 10 à 15 p.100 des personnes qui consultent un médecin de famille.S’ils ne sont pas traités, ils peuvent devenir chroniques et affecter la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes.Pourtant, un très grand nombre d’entre elles ne consultent jamais le médecin et souffrent en silence.« Les troubles d’anxiété ne sont souvent diagnostiqués et traités adéquatement que bien longtemps après leur apparition, affirme la Dre Bianca D’Antono, chercheuse à l’Institut de cardiologie de Montréal, et chercheuse adjointe à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et au Département de psychologie de l’UQAM.En plus d’obtenir peu d’information de la part du patient sur ses symptômes psychologiques ou émotifs, un médecin se concentre généralement principalement sur les problèmes physiques et peut éprouver de la difficulté à reconnaître les troubles anxieux.» Un trouble anxieux inclut habituellement l’expérience de peur et d’anxiété.Contrairement à la peur, qui met le corps en état d’alerte face à une menace réelle, l’anxiété est plus vague et reflète davantage l’anticipation d’un danger éventuel.Ces deux émotions sont communes et souvent nécessaires à la survie et à la motivation.Elles cessent généralement lorsque la menace disparaît.Toutefois, certaines personnes éprouvent ces symptômes à une intensité et pour une durée qui sont exagérées par rapport à la menace réelle ou perçue.Leur état est alors considéré comme anormal et peut constituer un trouble anxieux.Parmi les nombreux troubles anxieux, les principaux sont les suivants.La phobie spécifique : c’est une peur irrationnelle, intense et persistante qui est déclenchée par l’expérience ou l’anticipation d’un face à face avec un objet ou une situation très spécifique.Cela peut être une phobie de l’orage, de l’ascenseur, des petits animaux, etc.Le trouble panique : il se manifeste par l’apparition d’attaques de panique récurrentes et inattendues qui peuvent être accompagnées d’une crainte de se retrouver dans des endroits ou des situations d’où il pourrait être difficile de s’échapper.compulsif : il consiste en la présence d’obsessions sur des sujets particuliers comme la saleté, les maladies et les agressions,et de compulsions qui portent souvent sur la vérification, l’ordre ou le nettoyage excessif.Ce trouble se manifeste par une détresse marquée, une perte de temps - d’au moins une heure parjour-ou un handicap significatif quant au fonctionnement quotidien de la personne.Le trouble d’anxiété généralisé : c’est une anxiété excessive en rapport avec un nombre d’événements ou d’activités tels que la famille, l’argent, le travail, la maladie, etc., et qui a comme caractéristique de persister dans le temps, soit au-delà de six mois.Différentes interventions psychologiques et pharmacologiques ont prouvé leur efficacité dans ce domaine.Il est donc recommandé de consulter un psychologue ou un psychiatre si vous souffrez d’anxiété depuis plusieurs mois.Les chroniques de la Dre D’Antono sont disponibles sur le site Internet du Centre de liaison sur l’intervention et la prévention psychosociales (CLIPP).Pour en savoir plus : www.clipp.ca, rubrique Chroniques du Clipp.SYBILLE PLUVINAGE 55 [ DÉCOUVRIR | JUIN-JUILLET 2008"^ Penser la science PAR ARIEL FENSTER Marie Curie, la scientifique et la femme Pour certains, les scientifiques sont des êtres complètement pris par leurs recherches et incapables de sentiments.La vie de Marie Curie démontre amplement que ce n’est pas le cas.Venue de Pologne à Paris pour y étudier, elle y rencontre son futur mari, Pierre.Leur travail commun sur la radioactivité leurvaut le prix Nobel de physique en 1903.00 sait que ce fut un mariage heureux, tous deux partageant les mêmes passions.En 1906, Pierre Curie meurt dans un accident et Marie se retrouve seule pourcontinuer leurs travaux.Elle n'aura pas la tâche facile dans la France misogyne et xénophobe de l’époque.Malgré toutes les embûches, elle s’affirme.Reprenant la chaire de son mari, elle est la première femme à enseigner à la Sorbonne.Mais en 1910, une controverse qui divisera la France éclate.Marie Curie se présente comme candidate au siège de physique de l’Académie des sciences.Depuis la création de cette institution en 1666, c’est la première fois qu’une femme postule ce poste.Son principal adversaire est Édouard Branly, un des contributeurs au développement de la télégraphie sans fil (TSF), terme utilisé pour désigner la radio à l’époque.En 1909, l’Italien Guglielmo Marconi, l’inven- Les Curie et les Nobel teur principal la radio, reçoit le prix Nobel de physique pour sa découverte.Cela déchaîne la colère des nationalistes qui, pour venger « l’honneur national », font campagne pour Branly, un «Français», contre Marie Curie, une «étrangère».Depuis l'affaire Dreyfus, la France est profondément divisée entre la gauche libérale, dont Marie et ses amis font partie, et la droite cléricale et nationaliste.Tout naturellement, ces derniers se font les champions défenseurs de Branly, catholique convaincu (il est professeur à l'Institut catholique de Paris).On peut difficilement imaginer aujourd’hui la férocité de la campagne à laquelle Marie Curie devra faire face.Non seulement la presse nationaliste attaque ses origines polonaises, mais elle proclame en plus que la place d’une femme n’est pas à l’Académie, mais bien au foyer à élever des enfants.Parmi les fausses rumeurs alimentées par les médias de droite, on prétendra de plus que Marie Curie est juive.Dans l'atmosphère antisémite de l’époque, voilà quia l’effet d’enflammer davantage les passions.Un des journaux de l'époque ira même jusqu’à publier des exemples d’écriture de Marie Curie pour tenter de démontrer qu'elle a une « écriture juive ».Bien que la renom- mée scientifique de Marie Curie,déjà Prix Nobel, soit bien supérieure à celle de Branly, la campagne de salissure fait son effet.Branly remporte l’élection par deux voix.Marie Curie ne se représentera plus jamais à l’Académie.En 1911, un bien plus grand esclandre éclabousse la vie de Marie Curie : la presse à scandales révèle qu’elle a une relation amoureuse avec Paul Langevin, un ancien élève de Pierre Curie.Marie a alors 44 ans et Paul est de cinq ans son cadet.Le scandale est d’autant plus grand que Paul Langevin a quitté sa femme et ses quatre enfants pour venir vivre avec Marie.Au même moment, on apprend que celle-ci reçoit un second prix Nobel -de chimie cette fois - pour la découverte du radium et du polonium.La presse ne décolère pas et continue d’alimenter la querelle.Marie est traitée d’« étrangère voleuse de maris» et même de «vestale du radium».Des journalistes propagent d’autres fausses rumeurs affirmant que la liaison avec Paul avait commencé alors que Pierre était toujours vivant, ce qui l'aurait poussé à se suicider.Une foule en émeute se masse devant la maison de Marie Curie, et ses enfants doivent se réfugier chez des amis.Svante Arrhenius, le secrétaire du Comité Nobel, lui demande de renoncer à son prix.Marie refuse et maintient sa dignité tout au long de cette affaire.Mais le scandale touche sa relation avec Paul Langevin, et ils se séparent.Bien que cette histoire d'amour ne finisse pas comme dans les contes, elle a tout de même un bel épilogue.En effet, deux générations plus tard, Hélène Joliot-Curie, la petite-fille de Marie Curie, devient amoureuse d’un élève de l'École de physique de Paris, où elle fait ses études.Elle l’épouse, et ils ont ensemble une longue vie heureuse.Cet étudiant, Michel Langevin, est le petit-fils de Paul Langevin ! Marie Curie est la première femme Prix Nobel.Elle est aussi la première personne à avoir reçu deux prix Nobel dans des disciplines différentes (physique 1903, chimie 1911).La seule autre personne qui partage cette distinction est Linus Pauling (chimie 1954, paix 1962).Mais l’association de Marie Curie avec les prix Nobel s’étend à sa famille.Son mari, Pierre Curie, partage avec elle le prix Nobel de physique.Sa fille Irène reçoit en 1935 le prix Nobel de chimie pour la découverte de la radioactivité artificielle, prix qu’elle partage avec son mari Frédéric Joliot-Curie.L’autre fille de Marie Curie, Ève, n’a pas suivi les pas de ses parents et de sa sœur, et n’a donc jamais été dans la course pour un prix Nobel.Par contre, en 1954, elle épousa le diplomate américain Henri Labouisse qui, en 1965, reçut le prix Nobel de la paix au non de (’UNICEF.56 J~DÉCÔUVRIR | JUIN-JUILLET 2oôïf LIVRES Une brève histoire des idées de Galilée à Einstein UNE BREVE HISTOIRE DES IDÉES DE GALILÉE À EINSTEIN Claude Boucher Fides 285 p.Avant d’en venir aux idées derrière Wrigine des espèces, Claude Boucher nous aura présenté cet étudiant curieux que son père croyait nonchalant et voyait déjà comme « le déshonneur de la famille ».Mais le jeune Charles ne pouvait tout simplement pas se résoudre à une éducation basée sur des dogmes.Puis l’auteur nous décrira ce qui fondera la pensée du scientifique.Tel ce « voyage [à bord du HMS Beagle qui] fit de lui un homme de science aventureux et indépendant, ayant assez de lucidité et de courage pour éventuellement énoncer sur l’origine des espèces d’êtres vivants des réflexions nouvelles destinées à bouleverser les idées reçues à son époque ».Voici un formidable recueil d’aventures qui replace les idées de Galilée, William Harvey, Pascal, Darwin, Freud et Einstein dqns un contexte où ça sent la terre, la sueur et le doute.JOHANNE LEBEL PARLONS SCIENCES PARLONS SCIENCES : ENTRETIENS AVEC YANICK VILLEDIEU SUR LES TRANSFORMATIONS DE L’ESPRIT SCIENTIFIQUE Yves Gingras Les Éditions du Boréal 267 p.CI OJ O ¦4—» co PROFESSION : GEOGRAPHE Rodolphe De Koninck Les Presses de l'Université de Montréal 74 P- La collection Profession des Presses de l’Université de Montréal renferme déjà une douzaine de titres, du sinologue à l’urbaniste, du traducteur à l’astronome.Oui sont ces chercheurs, que font-ils, quel est leur parcours?Voilà les questions qu’aborde cette série d’ouvrages où les réponses multiples et personnelles composent autant de chemins singuliers.Le géographe Rodolphe De Koninck, pour sa part, nous entraîne sur un trajet international à travers son autobiographie professionnelle qu’il ponctue de réflexions sur l’état du monde et sur l’exercice de son métier.« Tous les universitaires le diront : associer la recherche à l’enseignement, ou chercher pour apprendre et enseigner, est un défi qui, lorsque relevé, représente une immense source de motivation et d’inspiration.» La science n’est pas facile à penser.On la croit vérité, alors qu’elle nous parle d’évidences ; on la décrit par sa méthode alors qu’il y en a plusieurs.Pour naviguer sur ce territoire fascinant et foisonnant, les entretiens entre l’historien-sociologue des sciences Yves Gingras et le journaliste Yanick Villedieu offrent de multiples repères.La science est ici discutée à travers ses méthodes, ses institutions, ses controverses, ou encore, ses relations à l’économie, à la culture ou aux religions.« On peut chercher à définir [la science] à l’aide de concepts complexes, mais j’ai toujours cru que la meilleure définition se résumait en quelques mots.Faire de la science, c’est rendre raison, expliquer.Et pour ce faire, il faut pouvoir reproduire l’expérience ou l’observation, soit sur le même objet, soit sur un autre de la même classe », résume Yves Gingras.DE NOUVEAUX PROGRAMMES : STAGES INTERNATIONAUX ET BOURSES FRONTENAC Le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FORNT) est fier d’annoncer la mise en oeuvre d’un programme de stages internationaux réservé aux regroupements stratégiques afin de favoriser la mobilité internationale des étudiants et étudiantes inscrits à la maîtrise et au doctorat.Les regroupements stratégiques soutenus par le Fonds pourront soumettre la candidature de leurs élèves en tout temps à compter de maintenant et au plus tard le 31 mars 2010.Par ailleurs, le programme de bourses Frontenac, géré par le FORNT et soutenu par le ministère des Relations internationales et le Consulat général de France à Québec, offre un soutien financier aux doctorants et doctorantes inscrits eh cotutelle de thèse franco-québécoise.Ce programme vise à faciliter la mobilité de ces personnes entre le Québec et la France dans le cadre de leurs études, encourage le développement de réseaux scientifiques et contribue à mettre l’éducation au cœur de l'action internationale du Québec.Les règles et les formulaires relatifs à ces programmes sont disponibles sur le site Internet du FORNT : www.fqrnt.gouv.qc.ca Fond, de la recherche sur la nature et les technologies Québec SS 57 DECOUVRIR I JUIN-JUILLET 2008 point Albanie Leduc 1 e De Faction à l’être Le linguisteTaki Kanaya,expert en grammaire nip-pone, estime que le japonais est une langue d’être et le français, une langue d’action.Cette différence s’exprime notamment par le fait qu’en japonais, le «je » n’existe que comme pronom et est très peu utilisé,tandis qu’en français, il place le sujet à l’extérieur de l’action.Par exemple, un francophone affirmerait « Je t'aime » alors qu’un Japonais dirait « L’amour est présent entre nous ».À l’origine, le français aurait été une langue d’être, mais le « réveil de soi », influencé par le monothéisme, aurait établi cette distinction.Forum Université de Montréal Les petits soins pour le mal de chien La prévention de la douleur est étudiée trois fois plus longtemps par les futurs vétérinaires que par les futurs médecins.Le Dr Éric Troncy remarque que l’empathie n’est pas la seule motivation à soulager la douleur des animaux : à la suite d’une douleur profonde, des séquelles, comme la baisse de lactation chez une vache, pourraient survenir.Un troupeau de vaches laitières est actuellement suivi par le chercheur afin de valider cette hypothèse.Forum Université de Montréal Alerte aux PBDE Les polybromodiphényléthers (PBDE) sont des produits ajoutés à différents objets tels que les textiles ou les plastiques pour les rendre moins inflammables.Les résultats préliminaires d’une étude menée par Larissa Takser, toxicologiste environnementale, semblent montrer que les PBDE, facilement absorbés par l’organisme, pourraient affecter le développement du foetus et [ engendrer des complications de la grossesse chez les femmes exposées à ces produits.Aucun règlement ne tient actuellement compte de la vulnérabilité foetale à ces composés chimiques.Liaison, Université de Sherbrooke Maison intelligente Bruno Bouchard, spécialiste en intelligence artificielle, tente de mettre au point un système informatique qui faciliterait le maintien à domicile des personnes souffrant d’Alzheimer.À partir de capteurs disséminés dans la maison, un ordinateur enregistrerait les gestes faits ou non par la personne et l’informerait en cas d'oubli.Le système préviendrait aussi une personne-ressource à l’extérieur du domicile.En outre, ces données pourraient servir à analyser le comportement de la personne atteinte, ce qui permettrait d’améliorer son traitement.UOACtualité Un coup de vieux de 50 000 ans ! Selon les analyses génétiques, la première population humaine se serait, en cours d’histoire, divisée en deux grands groupes à l’échelle du continent africain.Souhaitant découvrir à quel moment était survenue cette scission, le généticien Damian Labuda a réalisé l’analyse génétique de 600 individus provenant de tous les continents.Ses résultats lui indiquent que la séparation remonterait à plus de 200 000 ans.Il en découle que l’apparition de l’Homo sapiens La puissance de la pensée Selon une étude récemment menée par Erin Shackwell, il serait possible d’acquérir de la force physique par un simple entraînement mental ! La chercheuse a observé trois groupes : le premier ne faisait rien d’inhabituel, le deuxième se soumettait à un entraînement physique précis et les sujets du dernier groupe visualisaient les séances d’entraînement du deuxième groupe.Une augmentation de la force, de l’ordre de 30 livres de charge, a été mesurée à la suite de cette expérience chez les sujets qui n’avaient que visualisé les exercices.www.ubishops.ca/ research/wnew.html aurait eu lieu avant cette date, ! soit environ 50 000 ans plus tôt que les estimations jusqu’ici acceptées.Forum \ Université de Montréal 58 ^["DÉCOUVRIR 1 JUIN-JUILLET 200?PHOTO : BOB AINSWORTH/l STOCK PHOTO : HUBERT CRUNER/I STOCK LA GRANDE RENCONTRE SCIENCE A] SOCIÉTÉ w 12 et 13 novembre 2008 • Jardin botanique de Montréal Présenté par l’Association francophone pour le savoir - Acfas en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde Acfas INSTITUT DU NOUVEAU MONDE V Soyez au rendez-vous ! Inscriptions en ligne dès septembre www.acfas.ca À l’INRS, la recherche et la formation se font thématiques et s’inscrivent dans des secteurs stratégiques porteurs d’avenir.Centre - Eau Terre Environnement Centre - Énergie Matériaux Télécommunications Centre - INRS-Institut Armand-Frappier Centre - Urbanisation Culture Société WWW.INRS.CA 8
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