Découvrir, 1 janvier 2010, Janvier-février
VOLUME 31, NUMERO 1 JANVIER-FEVRIER 2010 LA REVUE DE LA RECHERCHE DE L'ACFAS Surfaces A-522 En profondeur BAnQ Entrevue Uji liydriJ'MjUL! à J'ÿry de Robert Leconte P 32 Dialogos • .v-s • .jRa'-3^8" ’ - j’ I r ) C | -1 tlUIJ , ^ f Il p.52 (l)8£xx l/z/g Kincophone pour le savoir - Acfas, 42; ntion de vente relative aux env 1 L*- .ij.• , ^ ^ ¦:: y§r ¦:v V.;-.f ¦ THE 9ZH DÙ LP§a;uow î L°H snu ‘g/zz [P6a[ ;odap np uoipas oaqanù np sateuoL^PN saAtqoav anba^0L[qLg 8Z09E a'Uchetière Est, Montréal (Québec) H2L 2M7 tiens canadiennes 40063507 - PAR 11055 *s» mV/- fait partie du programme • 80 programmes de maîtrise et de doctorat • Plus de 100 chaires et centres de recherche • 3200 personnes travaillant en recherche Participer à une culture d'innovation.Collaborer à des découvertes majeures.Laisser sa passion nous mener très loin.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE www.USherbrooke.ca/etudes-superieures VOLUME TRENTE ET UN NUMÉRO UN I JANVIER-FÉVRIER 2010 4 MOT DU PRÉSIDENT DE L’ACFAS Pierre Noreau 5 PAROLES DE SCIENTIFIQUES Andrée De Serres DÉCOUVRÎr in .6 MOT DE LA RÉDACTION Johanne Lebel 7 TRIBUNE l'i TOP 9 SCIENCE CLIPS LES CELLULES CANCÉREUSES FONT DE LA RÉSISTANCE • ABRACADABRA! • CHASSE AU BPA • LES ÉTATS-UNIS D’AFRIQUE, TOUJOURS EN CHANTIER • STRESS, CŒUR ET SEXES • CARTOGRAPHIE SOUS-MARINE • PRÉVENIR LE CANCER DU COL DE L’UTÉRUS • ENDIGUER LES RÉSIDUS MINIERS • CYBERCONCENTRATION DE L'INFORMATION • UN SOMMEIL ÉTOUFFANT • MIEUX COMPRENDRE LE SUICIDE.CHEZ LES CELLULES • LA MÉMOIRE BIENTÔT DÉBUSQUÉE • RECHERCHE AMBULANTE AUX CARAÏBES • LA MATIÈRE NOIRE DE L’ADN 32 ENTREVUE SCIENCE ET SOCIÉTÉ ROBERT LECONTE : UN HYDROLOGUE À L’ÈRE DE L’ANTHROPOCÈNE Bruno Lamolet 36 RELÈVE PETITS CONSOMMATEURS AVERTIS LES INNUS ET NOUS RECHERCHE 40 SURFACES : EN PROFONDEUR Les surfaces sont incontournables, même si elles semblent insignifiantes.Au delà des apparences, elles sont loin d’être.superficielles, car elles sont au cœur des phénomènes physicochimiques.Anick Perreault-Labelle 52 DIALOGOS TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION : SURMONTER LES HANDICAPS Catherine Fichten et Joan Wolforth 56 ZOOM LES NOUVELLES FRONTIÈRES DE LA PROCRÉATION ASSISTÉE André Lemelin 5» 60 coÛT^ tprrrmH'nsrAOm • 4^ f 'Pês* méco"Çue* s \ Took Aunt ms OBSTACLES..face produites par l’équipe de Peter Grütter.À droite, on aperçoit un détail de l’une de ces cavités.Sa profondeur est celle d’un atome.Au fond de la cavité, chaque petite bosse équivaut à un ion de bromure.DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2Qio~Bf RiCHiRCHE 44 dent leurs propriétés à des températures variant entre quelques dizaines et une centaine de degrés Kelvin.« Actuellement, la plupart des laboratoires tentent de produire ces supraconducteurs en mélangeant le tableau périodique dans un creuset, mais leur niveau de succès est assez faible », dit Patrick Fournier, en admettant caricaturer un peu.Son approche est différente : pour faire émerger la propriété voulue, il combine dans une multicouche deux matériaux qui ne sont pas supraconducteurs.Le tout, ici, représente plus j que la somme de ses parties! « Chaque matériau doit toutefois posséder au i moins une caractéristique de la supraconductivité à haute température critique; par exemple, l’antiferromagnétisme pour l'un et la métallicité pour j l'autre », précise-t-il.« INVENTÉ » PAR PATRICK \ UN ORDINATEUR PLUS E-QUI STOCKERAIT LES À LA FOIS ÉLECTRIQUE ET Aimant en lévitation au-dessus d’un matériau supraconducteur, c'est-à-dire qui ne présente pas de résistance électrique.Dès 1911, on constate que le mercure possède des propriétés supraconductrices lorsqu’il est porté à une température proche du zéro absolu.Depuis, on a découvert plusieurs matériaux qui sont supraconducteurs à des températures de moins en moins froides, ce qui ouvre la porte à de nombreuses applications.Molécule de Ceo déposée sur une surface d’un sel, le bromure de potassium.Cette nanostructure de 60 atomes de carbone peut modifier les propriétés électroniques et magnétiques des surfaces.En comparaison, des structures naturelles de carbone, comme le diamant et le graphite, comportent respectivement cinq et six atomes.MÉLANGER LES ELEMENTS DU TABLEAU PÉRIODIQUE.À l'Université de Sherbrooke, le physicien Patrick Fournier, tel un chef cuisinier devant les arrivages du marché, mène avec son équipe des expériences avec les matériaux existants pour en créer de nouveaux qui auront des propriétés inédites.Par exemple, il empile sous forme de couches minces deux matériaux antiferromagnétiques, c'est-à-dire qui n'ont pas les propriétés d'un aimant, comme de l’oxyde de lanthane et de cobalt, et de l'oxyde de lanthane et de manganèse.À leur interface, cependant, ces deux métaux agissent.comme un aimant! En jouant sur l'épaisseur des couches, l'équipe peut même faire varier l'intensité ferromagnétique de l'ensemble.« Mélanger ces deux matériaux dans un creuset n'entraîne pas cet effet, précise Patrick Fournier; pour qu'ils se comportent comme des aimants, il faut les séparer, puis les empiler en couches.» Le nouveau matériau qu'il a « inventé » pourrait mener à un ordinateur plus puissant - voire quantique - qui stockerait les informations sous forme à la fois électrique et magnétique.Le chercheur de Sherbrooke cherche aussi à créer de toutes pièces de nouveaux supraconducteurs à haute température critique, c'est-à-dire qui gar- LE NOUVEAU MATÉRIAU FOURNIER POURRAIT MENER / PUISSANT-VOIRE OUANTIOUI INFORMATIONS SOUS FORME MAGNÉTIQUE.nprnuvRiR | janvier-février 2010 SOURCE: WIKIPÉDIA Bourse Fernand-Seguin Concours organisé par : 2010 ACS Bourses et stages en journalisme scientifique associé à un stage de six mois dans les organisations participantes dont trois mois à l’émissions Découverte de Radio-Canada.Deuxième prix de 4 OOO $ associé à deux mois de stage dans les organisations participantes.Date limite d’envoi de dossier : 6 Pour toute information, veuillez contacter : Association des communicateurs scientifiques 514-844-4388 poste 250 acs(s>acs.qc.ca - www.acs.qc.ca ?u consulter le site Internet de l’émission Découverte : radio-canada.ca/decouverte Avec la collaboration de Développement économique.Innovation et Exportation a i E3 E3 Québec ci ci IRSC C1H R O MERCK FROSST jr- de fctbeithe léSoleil cyberpresse.ca DÉCüUVRÎr QS mOU'MK >> AGENCE SCîerçcg CK K y 3 LE CODE CHASTENAY J Association des ' communicateurs scientifiques du Québec RADIO TELEVISION!INTERNET il * æÊèÊZ Photo : Jardin botanique de Montréal Aui fft-te ûwi A vti Girt Ltl wiwcote UiSfNf U M\n it* \ MoiHi! ym Tvrr /// mm Québécois ont eté35/:Gn200l.2007 qu’en ZU Libérez-vous des idées reçues LE DEVOIR .com Le superordinateur Columbia de la NASA.Aujourd'hui, les ordinateurs codent l’information sous forme binaire : des o et des i définis par le passage - ou non - d’un courant électrique.Si l’on était capable d’utiliser non pas les propriétés physiques de l’électron, mais ses propriétés quantiques pour coder l’information, on pourrait fabriquer un ordinateur quantique, bien plus performant! Ce projet pourra se réaliser notamment grâce aux surfaces multicouches étudiées par Patrick Fournier, chercheur à l’Université de Sherbrooke.SURFACES QUANTIOUES « La science des surfaces, souligne Sjoerd Roorda, a beaucoup à voir avec la physique quantique, car l'électron se comporte différemment selon le lieu où il se trouve.Lorsqu'il est à l'intérieur de la matière, il se déplace comme une particule alors que, sur une sur-face, il se propage comme une onde, à la manière d’une vague.Ainsi, parce que le comportement des électrons change, les propriétés du matériau changent aussi », explique ce professeur du Département de physique de l'Université de Montréal.RECHERCHE ¦¦¦ S/*W IL.che, les particules magnétiques s'alignent ou non et laissent donc passer plus ou moins facilement le courant électrique.« Ce phénomène n'apparaît pas dans une couche isolée de cuivre ou de cobalt, ni lorsque seulement verse, chauffer légèrement l'ensemble a eu pour effet de mobiliser les atomes, de les replacer au "bon endroit" et de rétablir le phénomène.» Au minimum, ces résultats indiquent aux théoriciens qu'ils doivent tenir compte de cet effet « LA SCIENCE DES SURFACES A BEAUCOUP À VOIR AVEC LA PHYSIQUE OUANTIOUE, CAR L’ÉLECTRON SE COMPORTE DIFFÉREMMENT SELON LE LIEU OÙ IL SE TROUVE.» — SJOERD-ROORDA La magnétorésistance géante - ou la modulation d'un courant électrique à l'aide d'un champ magnétique - est un bon exemple d’un phénomène qui se produit à une interface, ajoute le chercheur.Grâce à elle, la mémoire de nos disques durs est passée de quelques mégas à 10 gigas! Concrètement, la magnétorésistance géante provient d'une alternance de couches d'un matériau magnétique et d'un autre qui ne l'est pas : par exemple, du cobalt et du cuivre.On peut assembler ainsi de 20 à 50 épaisseurs.Selon le champ magnétique appliqué à cette multicou- deux couches de ces métaux sont superposées; ils doivent absolument être organisés en multicouches et celles-ci doivent être bien nettes », décrit Sjoerd Roorda, également directeur du Groupe de recherche en physique et technologie des couches minces.7 Son équipe et lui ont bombardé d'ions la surface d'une telle multicou-che afin de déplacer, aux interfaces des deux métaux, les atomes de cobalt et de cuivre d'environ un demi-nanomètre.« Ce léger dérangement a suffi pour éliminer complètement la magnétorésistance!, raconte le scientifique.À l'in- aux interfaces pour expliquer la magnétorésistance.Le physicien fait aussi l'analyse des multicouches.Par exemple, celle d'une surface de silicium recouverte d'une fine couche de manganèse (un matériau magnétique), de plomb, puis de silicium.L'objectif est de développer un semi-conducteur qui puisse interagir avec les électrons selon leur spin, c'est-à-dire leur orientation magnétique.Tbut comme les recherches de Patrick Fournier, ces travaux pourraient mener à la conception d’un ordinateur doté de propriétés quantiques.DÉCOUVRIR [ JANVIER-FÉVRIER 2010 RECH1RCH1 Le problème, pour l'instant, est que la dernière strate de silicium tend à rejoindre son « semblable », plus bas, ce qui fait.remonter le manganèse à la surface! Pour « voir » l'agencement des matériaux et savoir à quel point les atomes se déplacent, Sjoerd Roorda et son équipe bombardent d'ions la strate et, par spectrométrie de rétrodiffusion Rutherford, analysent l'énergie des atomes qui reviennent.ACCROCHER LES MOLÉCULES Le défi premier du « génie » de la surface est d'accrocher solidement les molécules d'intérêt sur le matériau désiré.48 Québec Université A de Montréal FW1 UNIVERSITE DE tfij SHERBROOKE ?McGill ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL Les matériaux de demain pour la haute technologie ¦ 60 équipes de recherche: 300 étudiants aux cycles supérieurs et 50 stagiaires postdoctoraux formés pour relever les défis technologiques de demain ¦ Des études fondamentales aux procédés et applications, nos chercheurs conçoivent, synthétisent et caractérisent de nouveaux matériaux et dispositifs ¦ Un réseau de collaboration dynamique, reconnu internationalement ¦ Nos infrastructures et notre expertise sont au service de la communauté universitaire et industrielle RQMP LE REGROUPEMENT QUÉBÉCOIS SUR LES MATÉRIAUX DE POINTE www.rqmp.ca DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2010 ¦’v.Image en microscopie électronique d’un film de nanotubes utilisé pour concevoir des diodes organiques électroluminescentes.« Si l’on veut que des lunettes s’assombrissent au soleil, il ne faut pas seulement ajouter des filtres; il faut aussi s'assurer que ceux-ci resteront bien en place même si on nettoie nos verres de temps en temps! », illustre M.Martinu.Les chimistes se sont creusé la tête, d'ailleurs, pour relever ce défi.Le professeur Martinu en donne la clé.« Le plastique du verre contient du carbone; si on expose ce dernier à des molécules d'oxygène ou à de l’azote, il se transforme en oxyde de carbone (CO) ou en nitrure de carbone (CN).Si on met ensuite cette surface en présence d'atomes de silicium ou de titane, ils s’attachent à l'oxygène du CO ou à l'azote du CN et forment des liens sur lesquels les oxydes de silicium ou de métal viennent ensuite s'attacher.» Et filtrer la lumière.LE DÉFI PREMIER DU « GÉNIE » DE LA SURFACE EST D'ACCROCHER SOLIDEMENT LES MOLÉCULES D'INTÉRÊT SUR LE MATÉRIAU DÉSIRÉ.NANOTUBES DE CARBONE Le postdoctorant Pierre Lévesque observe justement ces interactions moléculaires aux surfaces.Le jeune homme étudie avec Richard Martel, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les nanostructures et les interfaces, et examine plus précisément, à l'aide de nanotubes de carbone, les interactions chimiques sur des surfaces d'oxyde de silicium.Le silicium est à la base de la majorité des circuits intégrés et autres puces électroniques.Puisque la taille de ces dispositifs ne cesse de diminuer, les limites du silicium seront toutefois bientôt atteintes.À cause de leurs propriétés électriques exceptionnelles et de leur géométrie unique, entre autres, les nanotubes de carbone seraient un candidat de choix pour développer de nouvelles technologies.« Depuis les premiers transistors à base de nanotubes de carbone, en 1998, les chercheurs croyaient que ceux-ci ne conduisaient, règle générale, que des charges positives, dit Pierre Lévesque.Or, nous avons démontré que ce n’est pas le cas lorsqu'on remplace le substrat d’oxyde de silicium du l RECHERCHE nanotube par un substrat de parylène, un polymère.Dans ce cas, les propriétés électriques des nanotubes changent totalement : ils transportent à la fois des charges positives et négatives.» Bref, l'interface contrôle en grande partie les propriétés du matériau.Le jeune physicien a découvert pourquoi.L'oxyde de silicium est hydrophile et l'humidité de l'air s'attache donc à sa Pour façonner les pores, le chercheur a recours à plusieurs méthodes.L'une d'elles consiste à utiliser l'une des quelque 150 zéolithes existantes.Ces cristaux, venus de terrains volcaniques ou d'un laboratoire, sont surnommés « pierre qui bout ».« Quand on les chauffe, ils libèrent l’eau ou certaines des molécules organiques qu'ils contiennent, ce qui crée des micropores de taille moléculaire et les transforme en tamis “.À gauche, le ZIF-ioo, pour Zeolitic Imidazolate Framework.Cette zéolithe artificielle appartient à la famille des matériaux micro- ou méso-poreux qui adoptent des structures cristallines très semblables à celles des zéolithes naturelles, aussi appelées « pierres qui bouent ».À droite, un fragment de stilbite, la première zéolithe naturelle découverte en 1756.surface.Ces quelques couches d'eau - invisibles à l'œil nu -absorbent l'oxygène de l'air.Le mélange oxygène/eau produit une réaction électrochimique à la surface de l’oxyde de silicium, ce qui modifie l'environnement du nanotube de carbone et, ainsi, ses propriétés de transport électrique.Avec une surface hydrophobe comme le parylène, l’eau ne s'accumule pas et la réaction n’a pas lieu.Cette réaction entre les nanotubes et la surface de silicium pourrait permettre de fabriquer des détecteurs de gaz nocifs, comme le C02.CATALYSE EN SURFACE Depuis plus de 40 ans, Serge Kaliaguine s'intéresse aux catalyseurs.Ces derniers - qui déclenchent, accélèrent ou retardent une réaction sans y participer eux-mêmes d’un point de vue chimique - sont un autre phénomène de surface.« Leur surface possède une variété de propriétés, dont des caractéristiques chimiques ainsi que la taille et le volume des pores », explique cet ingénieur chimiste de l'Université Laval.Plus la surface de ces « facilitateurs chimiques » est grande, plus ils sont efficaces.« Les catalyseurs sont généralement très poreux : un seul gramme abrite parfois jusqu'à 500 mètres carrés de surface! », poursuit le professeur.Ces pores, par ailleurs, peuvent avoir une kyrielle de formes et de tailles et, conséquemment, agir comme un « tamis moléculaire », c’est-à-dire filtrer certaines molécules.LES NATIONS OBSCURES lËï LES NATIONS OBSCURES Une histoire populaire du tiers monde Vijay Prashad Traduit pour la première fois en français, Vijay Prashad nous raconte le XXe siècle tel qu'on ne l'a jamais lu, du point de vue du mouvement des non-alignés.De La Paz au Caire en passant par Abuja, Bali et Téhéran, il rassemble une somme impressionnante d'informations sur l'histoire méconnue de nombreux pays du Sud.C’esf le premier essai d'histoire politique qui traite en détail du tiers monde comme concept et comme projet.Un rappel des faits indispensable pour repenser l'histoire et construire aujourd'hui un programme politique viable.Immanuel Wallerstein écosociété En librairie le 19 janvier 2010 www.ecosociete.org 49 DECOUVRIR | JANVIER-FEVRIER 2010 SOURCE : PETER CRÜTTER RECHERCHE moléculaire », explique le professeur Kaliaguine.Dans les catalyseurs mésos-tructurés, ce ne sont plus des molécules qui produisent les pores, mais des micelles, c'est-à-dire des associations de molécules tensioactives.« Cela crée des pores plus larges, disposés de manière très régulière », explique le scientifique.Le professeur Kaliaguine participe présentement à un vaste projet dont les résultats contribueront à diminuer les émissions de gaz à effet de serre d'une façon à la fois écologique et économi- le glycérol.En fait, les surfaces sont vraiment partout, de l'informatique.à l'environnement! LA NOUVELLE FRONTIÈRE L'interface entre le vivant et le non-vivant est depuis quelques années exploré tant par les biologistes, les chimistes que les phycisiens comme Peter Grütter.Ce dernier s'intéresse, entre autres, aux surfaces biologiques, dont celles où se joue la communication neuronale.« Les neurones tâtent transmet l’influx nerveux, et permet d'interagir avec un vrai neurone.Ces travaux permettront de comprendre différentes mécaniques biologiques pour éventuellement appliquer cette rétroin-génierie au développement de nouveaux matériaux.Une partie des étudiants diplômés du chercheur travaillent pour leur part sur les cellules osseuses; en exerçant de légères pressions sur leur surface, ils cherchent à comprendre comment ces contacts affectent le comportement des cellules.|.v sr.\ jr ^ V Grâce à la microscopie à force atomique, on peut visualiser la topographie d’une surface, mais on peut aussi intervenir sur cette surface.Ici, la pointe du microlevier du microscope entre en interaction avec des neurones in vitro.Sur cette pointe, le chercheur a placé une bille recouverte d’un composé organique, le polylysine, sur lequel les neurones viennent adhérer à partir de leurs boutons synaptiques.50 quement rentable.Le projet - qui implique le Centre collégial de transfert de technologie en oléochimie industrielle, le Centre de recherche sur les biotechnologies marines, le Centre de recherche industrielle du Québec, l'Université du Québec à Rimouski et l’Institut national de la recherche scientifique - porte sur la production de biodiésel à partir de microalgues et sur la valorisation de coproduits, dont leur environnement en cherchant à s'arrimer à leurs congénères.Comment savent-ils qu'ils doivent s’attacher là plutôt qu'ailleurs et qu'ils ont trouvé le bon endroit?», s'interroge le chercheur.Pour répondre à sa question, il a créé un appât synthétique afin d'attirer un neurone vivant : une sphère de plastique recouverte de polylysine.Enduite d'une molécule chargée, la sphère agit comme une synapse, cette zone où se La compréhension des interactions entre les surfaces biologiques et les surfaces construites à topologie physique et chimique contrôlée, ouvre non seulement un vaste champ de recherche, mais aussi des possibilités d'application qui déjà trouvent leur chemin en génie tissulaire et en génie de l’environnement, où l'on travaille, entre autres, à mettre les bactéries au service de la dépollution.JPdÏcOUVRIR [ JANVIER-FÉVRIER 2010 DÉCOUVRIR ¦ AUJOURD'HUI CE QUE SERA DEMAIN Université de Montréal r HEC Montréal • Ecole Polytechnique Congrès de l’Acfas Plus de 200 colloques percutants > Programme interactif facile à consulter > Inscrivez-vous sur www.acfas.ca > Tarifs préférentiels jusqu’au 31 mars Association francophone pour le savoir Ad m b économkpjî^innovBtion ef Exportation Québec E9 CI E9E9 Q£YQÏÏébec H€C MONTRÉAL «-W- ÉCOLE POLYTECHNIQUE MONTRÉAL A Université de Montréal DI ALOCOS 52 Technologies de l’information Catherine Fichten enseigne la psychologie au Collège Dawson, en plus de codiriger le Réseau de recherche Adaptech, qui étudie Tutilisation des technologies adaptatives par les élèves du postsecondaire ayant des incapacités.Joan Wolforth est directrice du Bureau de soutien aux étudiants en situation de handicap à TUniversité McGill et chercheuse adjointe à la Faculté des sciences de l’éducation.Toutes deux collaborent depuis plus de 20 ans à des projets de recherche portant sur l’impact de l’évolution des technologies sur ces étudiants souvent marginalisés.Découvrir a rencontré les deux chercheuses, qui sont bien décidées à faire des nouvelles technologies un atout pour tous les élèves.Propos recueillis par Jean-François Venne DÉCOUVRIR : Quelle place occupent les nouvelles technologies de l'information dans les cégeps et les universités?JOAN WOLFORTH : Tout passe par là! L'étudiant fait sa demande d'admission, ses choix de cours, ses demandes de financement par Internet.Les professeurs utilisent des technologies comme WebCT, un logiciel éducatif d'apprentissage en ligne, ou PowerPoint.Les systèmes des bibliothèques sont entièrement informatisés.CATHERINE FICHTEN : Plusieurs manuels sont en ligne, aussi.JOAN WOLFORTH : Nous nous intéressons de très près à cet aspect des choses parce que si les étudiants qui ont des handicaps n'ont pas accès à ces technologies, ou s'ils n'acquièrent pas les capacités de s'en servir, ce qui devrait constituer pour eux un énorme atout devient un terrible obstacle.CATHERINE FICHTEN : J'ai en tête une citation de Mary Pat Radabaugh, qui écrivait dans une étude sur les technologies informatiques destinées aux personnes handicapées : « Pour les personnes sans handicap, la technologie rend les choses plus faciles.Pour les personnes avec un handicap, la technologie rend les choses possibles.» C'est exactement ça.DÉCOUVRIR : Comment évaluez-vous le degré d’accessibilité aux nouvelles technologies dans nos cégeps et universités?CATHERINE fichten : L'accessibilité est bien meilleure qu'il y a quelques années, et d'une grande utilité pour les étudiants.JOAN WOLFORTH : La question de l'accessibilité ne dépend pas toujours de la technologie elle-même.Certaines personnes sont plus à l'aise que d'autres avec les technologies, même si elles partagent le même handicap.CATHERINE FICHTEN : Et souvent personne ne leur enseigne à se servir des technologies adaptatives! DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2010 DI ALOCOS DIALOGOS, de dia-, « à travers », et logos, « parole » « Dialoguer, c'est moins communiquer à autrui des pensées déjà faites, que s'efforcer de les reproduire en acceptant de s'exposer à la critique.» —Pierre Kahn r=r cm JOAN WOLFORTH : C'est vrai.A McGill, nous avons deux laboratoires informatiques où deux techniciens informatiques montrent aux étudiants handicapés à se servir des technologies.CATHERINE FICHTEN : Il y en a un à Dawson.JOAN WOLFORTH : Cela semble peu, mais c'est beaucoup comparativement à plusieurs autres établissements où il n'y a aucun support.Dans ces cas-là, les personnes qui sont déjà à l'aise, ou qui ont des aptitudes, apprennent à utiliser des outils très spécialisés, mais celles qui sont moins douées n'arrivent jamais à utiliser la technologie à son plein potentiel et à en tirer tous les avantages.Il y a aussi toute cette question de la transformation rapide des systèmes informatiques.Par exemple, dans les cégeps et les universités, le personnel en charge des nouvelles technologies effectue régulièrement des mises à jour.Or, à peine vous êtes-vous familiarisé avec une page numérique accessible par une technologie adaptative que déjà les techniciens la modifient, de sorte qu'elle ne peut plus être lue par l'ancienne version.Il faut sensibiliser les administrations à l'idée que, quand elles optimisent leurs technologies en installant les dernières innovations, cela peut nuire grandement à un groupe d'étudiants.Catherine fichten : Il y a aussi la question de l'argent.La plupart de nos recherches démontrent que les étudiants ayant des incapacités peuvent difficilement se payer les technologies adaptatives.Surtout les personnes qui ont, par exemple, des troubles d'apprentissage.Elles n'ont droit à aucune aide financière, et ce type de technologie coûte cher! JOAN WOLFORTH : Si un étudiant a ce que le gouvernement du Québec appelle une « déficience fonctionnelle majeure K.CATHERINE FICHTEN : .S'il est aveugle, sourd, ou s'il a recours à une chaise roulante, par exemple.JOAN WOLFORTH : Dans ces cas-là, ils ont accès à une aide financière du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport.CATHERINE FICHTEN : Ces cas représentent environ un tiers des étudiants qui en auraient besoin.JOAN WOLFORTH : Les étudiants avec des troubles d'apprentissage ou des 53 DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2010 DI ALOCOS incapacités moins sévères n'ont pas accès à cet appui financier.Dans les autres provinces, l'appui est moins généreux, mais plus de gens y ont accès.Le système québécois est vraiment très bon, mais il s'agit maintenant d'en faciliter l'accès en élargissant la définition d'une personne ayant une déficience.Un autre problème concerne plus directement les gens qui fournissent des services à ces étudiants.Avec de bonnes autres étudiants et les mêmes taux d'obtention de diplôme - sauf qu’ils l'obtiennent en moyenne un semestre plus tard - et ils décrochent des emplois.Cela illustre bien que si on appuie les étudiants qui ont des handicaps, ils deviennent des citoyens productifs, non dépendants de l'État.JOAN WOLFORTH : C'est vrai! Quand j'ai commencé mes recherches dans ce domaine, il y a 20 ans, la plupart des versitaires sur l'accessibilité aux technologies pendant leur cheminement scolaire, 80 p.100 d'entre eux répondent qu'à l’école secondaire, il n’y avait à peu près rien de disponible.Soudainement, ils arrivent au cégep et tout un monde de technologies s'ouvre à eux! C’est très regrettable parce qu'au cégep, ils sont déjà très occupés par leurs études, et ils doivent en plus apprendre à travailler avec des technologies adaptatives.Sou- « CERTAINES PERSONNES QUI FOURNISSENT DES SERVICES AUX ÉTUDIANTS AYANT UNE DÉFICIENCE ONT TENDANCE, MALGRÉ LEURS BONNES INTENTIONS, À ÉVITER LES TECHNOLOGIES, À OFFRIR DES VOIES DE CONTOURNEMENT OU CARRÉMENT À EFFECTUER ELLES-MÊMES LES TÂCHES.» — JOAN WOLFORTH i N £< PiPlio n intentions souvent, certains ont tendance à éviter les technologies, à offrir des voies de contournement ou carrément à effectuer eux-mêmes les tâches - comme l'inscription, par exemple.CATHERINE FICHTEN : C’est plus facile, plus rapide! JOAN WOLFORTH : Je crois qu'il y a plus que cela.Les personnes qui travaillent dans le secteur des services ont souvent choisi ce type d'emploi parce qu'elles veulent faire des choses pour les gens, plutôt que d’aider les gens à faire des choses pour eux-mêmes.C'est un classique! De mon côté, j'essaie d'être très claire avec les conseillers de notre service à McGill.Notre objectif est d'aider les personnes handicapées à compléter leurs études avec succès, mais aussi de les préparer à vivre à l’extérieur de l'université.Elles ont besoin de savoir quelle technologie répond à leurs besoins, de bien comprendre ce qu'implique leur handicap.De cette manière, elles pour- ront par la suite se présenter devant un employeur et lui expliquer clairement comment elles vont faire le travail, en utilisant quel type de technologie.Elles deviennent ainsi très autonomes.CATHERINE FICHTEN : VOUS savez, nos recherches le démontrent : les étudiants handicapés ont les mêmes notes que les 54 étudiants avec handicap s'inscrivaient en sciences sociales.Maintenant, on en trouve dans tous les secteurs.Quand ils terminent leurs études, ils exercent les professions d'avocat, de médecin, d'ingénieur, etc.Ils sont aussi de plus en plus nombreux à la maîtrise et au doctorat.DÉCOUVRIR : Vous étudiez la question de l'accès aux technologies adaptatives auprès des élèves du collégial et de l’universitaire, mais ce problème ne se pose-t-il pas beaucoup plus tôt de nos jours, dès l'école primaire en fait?CATHERINE FICHTEN : Lorsque l'on questionne les étudiants collégiaux et uni- vent même, ils n’ont personne pour les assister.JOAN WOLFORTH : Nous avons organisé des ateliers sur ce sujet l’an dernier avec des parents d’élèves du secondaire qui avaient des troubles d'apprentissage.Les questions des parents étaient malheureusement les mêmes qu'il y a 20 ans : Comment faire pour que l'école réponde à nos besoins?Comment obtenir du soutien?Comment convaincre les gens de l'importance de cette ques- ^ tion?Je comprends très mal que les élèves du primaire et du secondaire n'aient pas encore accès aux technologies adaptatives.H DÉCOUVRIR [ JANVIER-FÉVRIER 2010 1 DI ALOCOS DÉCOUVRIR : Y a-t-il certains handicaps qui compliquent, plus que les autres, l'utilisation des nouvelles technologies?CATHERINE FICHTEN : Les étudiants aveugles sont parmi ceux qui ont besoin du plus grand nombre de technologies adaptatives, et ce sont aussi ceux qui y ont le plus accès.Ils peuvent utiliser un logiciel comme JAWS, qui décode et lit un document électronique, ce qui leur permet d'en écouter le contenu.Certains élèves ont recours par ailleurs à un affichage automatique qui leur fournit un texte en braille.Et ce ne sont que deux exemples parmi toute une panoplie d'instruments.JOAN WOLFORTH : Un autre groupe d’étudiants qui peuvent éprouver des problèmes à utiliser les nouvelles technologies, ce sont ceux qui ont des paralysies sévères, comme les gens atteints de paralysie cérébrale.Pour eux, si la technologie se révèle fort prometteuse, son utilisation est souvent très laborieuse.Ils doivent se servir d’une manette ou d'un pointeur.Les technologies de reconnaissance vocale qui transcrivent la voix en texte, comme Dragon, ne fonctionnent pas très bien pour certaines de ces personnes, car elles ont souvent des difficultés à articuler les mots.La situation des personnes sourdes est plus intéressante : auparavant, elles avaient de grandes difficultés à s'intégrer aux autres étudiants et à communiquer avec eux.Le Blackberry a tout changé.Elles peuvent prendre des rendez-vous, communiquer avec leurs amis, etc.C'est devenu leur outil de prédilection! DÉCOUVRIR : Comment s’articule la collaboration entre une chercheuse universitaire et une chercheuse collégiale?JOAN wolforth : Une des difficultés que je rencontre est le manque de personnel pouvant m’assister dans les recherches que nous menons en collaboration.Contrairement à ce que l'on pourrait penser, c'est Catherine, la chercheuse collégiale, qui dispose de toute une équipe à Dawson pour l'épauler, équipe dont je fais d'ailleurs partie.Mon rôle est souvent d’exploiter ma connaissance du milieu universitaire lorsque l'on établit les méthodes de recherche.Je peux dire, par exemple, « ce questionnaire ne fonctionnera pas bien chez nous » ou « cette question ne s'applique pas aux étudiants universitaires ».Je crois aussi que le fait que nous soyons une équipe interordre, cégep et université, rend plus pertinentes nos demandes de bourses, car nous couvrons un champ de recherche plus vaste.CATHERINE FICHTEN : Le fait de travailler avec Joan et d'autres collègues universitaires me procure une perspective différente.La collaboration fonctionne très bien.Nous apprécions les contributions de chacun et chacune en fonction de son expertise, et non du lieu de travail.Je travaille présentement avec une chercheuse de mon collège, Shirley Jorgensen, et des collègues d'autres cégeps, soit Laura King (Cégep André Laurendeau), Odette Raymond (Cégep du Vieux Montréal) et Zohra Mimouni (Collège Montmorency).Mes collègues universitaires sont Rhonda Amsel, Eva Libman et Jo Ann Lévesque de l'Université McGill, Phil Abrami et Rick Schmid de l'Université Concordia, Jacques Viens de Université de Montréal, et Jhli Heiman de l’Université d’Israël.Pour mes recherches sur les troubles du sommeil, je bénéficie aussi de collaborations cégep-université.Tbutefois, en tant que professeure au collégial, je ne peux être admissible aux programmes des organismes subventionnaires québécois.C'est le contraire du côté du CRSH ou des IRSC.Je ne peux pas non plus réduire ma tâche d’enseignement pour tenir compte du temps que je passe à mener mes recherches, contrairement à ce qui se fait à l'université.Il faut vraiment aimer faire de la recherche pour s'y consacrer pleinement! Matériaux Hydrologie Énergie Climat .'fOï Presses internationales Polytechnique www.polymtl.ca/pub 55 DECOUVRIR I JANVIER-FEVRIER 2010 ZOOMZOOMZOOM ZOOMZOOMZO OM Les nouvelles frojiti de la procreation LA PROCRÉATION ASSISTÉE RENVOIE À L’ENSEMBLE DES TECHNOLOGIES ET PRATIQUES MÉDICALES PERMETTANT DE CONTOURNER DES DIFFICULTÉS EMPÊCHANT OU RETARDANT LA CONCEPTION D’UN ENFANT.L’EXPRESSION DÉSIGNE AUSSI LES TECHNOLOGIES VISANT À DIAGNOSTIQUER L’ÉTAT DE SANTÉ D’UN EMBRYON DANS L’UTÉRUS {IN UTERO) OU À L’EXTÉRIEUR DU CORPS DE LA FEMME {IN VITRO).SI LE RECOURS À CES TECHNIQUES DEMEURE UN CHOIX PERSONNEL, ELLES N’EN PRÉSENTENT PAS MOINS DES ENJEUX COLLECTIFS SUR LES PLANS SOCIAL, ÉCONOMIQUE ET ÉTHIQUE.À l’automne 2007, le ministre de la Santé et des Services sociaux confiait à la Commission d’éthique de la science et de la technologie (CEST) le mandat d’explorer les enjeux éthiques de trois importantes pratiques de procréation assistée.D’où le titre de l’avis que la Commission vient de faire paraître : Éthique et procréation assistée : Des orientations pour le don de gamètes et d’embryons, la gestation pour autrui et le diagnostic préimplantatoire (septembre 2009).Édith Deleury, présidente de la Commission, a répondu à nos questions sur l’une de ces pratiques, le diagnostic préimplantatoire (DPI), qui soulève des problèmes particuliers.Admis dans plusieurs pays, comme les États-Unis, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, il est à toutes fins utiles interdit en Allemagne, en Autriche, en Italie et en Suisse, où les conditions d’accès à la procréation assistée sont beaucoup plus strictes.Découvrir : En quoi consiste exactement le DPI?Edith Deleury : Dans le cadre des protocoles de fécondation in vitro (FIV), quand l’un des membres de la famille est atteint d’une maladie génétique, le DPI permet d’identifier à un stade précoce des anomalies génétiques.Il est aussi possible de trouver, dans le cadre de ces protocoles, des anomalies chromosomiques, comme des translocations, des inversions (on parlera alors d’anomalies structurelles), ou encore, des aneuploïdies (nombre anormal de chromosomes), et donc de connaître le sexe.C’est une technique qui permet de sélectionner les embryons, et d’éviter ainsi de passer par le diagnostic prénatal et un éventuel avortement.C’est pour cela qu’on essaie aussi de l’utiliser non pas pour détecter une maladie, mais pour augmenter les chances de succès de la FIV quand il y a eu des échecs d’implantation répétés ou des avortements spontanés inexpliqués après implantation.Mais l’utilisation du DPI dans ces deux derniers cas est très contestée, parce que les résultats obtenus jusqu’à présent tendent à démontrer que la technique n’est pas efficace, en plus d’être coûteuse et de comporter des risques pour l’embryon.Par ailleurs, cette technique offre la possibilité de diagnostiquer des prédispositions à des maladies qui ne sont pas nécessairement héréditaires, mais u if M H * i v * • * ,i ô '-ï \\ : 12 3 4 plutôt multifactorielles, comme le cancer, ou à des maladies dégénératives d’apparition tardive.Des femmes voudront y recourir pour s’assurer que leurenfant ne soit pas susceptible d’être exposé à ces maladies.Cela pose un problème sur le plan éthique.Il en va de même quand l’un des parents est porteur hétérozygote d’un gène défectueux.Rappelons que dans nos cellules, chaque gène est présent en deux exemplaires, l’un provenant de la mère, l’autre du père.Dans le cas des maladies récessives, lorsqu’un individu possède une seule copie du gène affecté, il est dit « porteur hétérozygote ».Dans un tel cas, le couple risque de transmettre le gène, mais l’enfant à naître qui en serait porteur ne développera pas nécessairement la maladie; il risque par contre de transmettre le gène.Enfin, le DPI est utilisé à des fins non médicales, la première 1 v O J « 1 .# * ,4 il,, 1 A» 11?44 ** * Vï ” 5 6 7 8 étant la sélection du sexe.Même si les associations professionnelles n’y sont pas favorables à cause de l’aspect discriminatoire, la sélection du sexe en l’absence d’indication médicale représente environ 9 p.100 des cas de DPI aux États-Unis.On a également recours à cette technique dans des pays où l’on exerce un contrôle des naissances.Il existe aussi ce qu’on appelle \e family balancing, l’équilibre familial : j’ai trois garçons, maintenant je veux une fille.C’est une pratique très contestée, mais qui est tolérée dans certains pays; en Israël, par exemple, elle est autorisée dans le cas des couples qui ont déjà mis au monde quatre enfants du même sexe.Découvrir : Quelles sont les principales conclusions de vos travaux en ce qui concerne cette technique?Edith Deleury: La principale conclusion est que le DPI devrait être accessible aux couples ou (H?flâ Caryotype normal d'une femme, comprenant 22 paires de chromosomes et ^ une paire de chromosomes X.56 ^[""découvrir I JANVIER-FÉVRIER 2010 ZOOM André Lemelin etes ssistee Commission de l'éthique de la science et de la technologie Québec EJ EJ EJ EJ aux personnes qui présentent un risque avéré de concevoir un enfant atteint d’une maladie héréditaire grave, invalidante et pour laquelle il n'existe pas de traitement connu.Nous croyons qu’un organisme devrait être chargé de dresser une liste des maladies qui correspondent à ces critères.Cette liste pourrait être évolutive, mais il faudrait au moins qu’il y ait des indicateurs solides.Parallèlement, pour éviter tous les problèmes de discrimination et de stigmatisation à l'égard des personnes atteintes de maladies génétiques ou qui présentent des anomalies génétiques, il faudrait que l’on bonifie les programmes visant à répondre à leurs besoins et à favoriser leur intégration dans la société.En ce qui concerne le dépistage, Les « bébés médicaments » sont des enfants conçus dans l'optique de soigner leur grand frère ou leur grande sœur par greffe de moelle osseuse.Cette pratique, qui implique une sélection de l'embryon, est autorisée dans certains pays.notamment le dépistage des porteurs hétérozygotes, on recommande de ne pas l’autoriser lorsqu’un seul parent est porteur.On ne voudrait pas non plus que le repérage des gènes de susceptibilité aux maladies multifactorielles soit retenu comme une pratique par le gouvernement.Par ailleurs, nous sommes contre la sélection du sexe pour des raisons autres que médicales, comme nous sommes contre une éventuelle sélection de caractéristiques spécifiques, ce qu’on appelle le « bébé médicament » ou le « bébé du double espoir ».Il s’agit de la sélection d’un embryon présentant une compatibilité sur le plan immunologique et dont on peut utiliser le sang du cordon à la naissance, cet enfant devenant éventuellement un donneurde moelle osseuse, et ce possiblement à plusieurs reprises.Ce faisant, on agit dans l’intérêt d’autrui, pas dans celui de cet enfant, dont on fait un donneur à l’avance.Certains pays acceptent cette pratique, dans la mesure où ce n’est pas le seul objectif poursuivi par les parents.Mais c’est bien difficile à évaluer, et c’est lourd pour g l’enfant,que l’on instrumentalise ^ et que l’on réifie en quelque z sorte.0 g Découvrir: Croyez-vous que le 1 DPI connaîtra un développement ^ important?| Edith Deleury : C’est une tech-^ nique qui est encore peu développée au Québec et dont le prix est élevé (entre 15 000 $ et 100 000 $ selon ce que l’on recherche et selon la sonde utilisée).Il y a des équipes à l’Université McGill, par exemple, mais les autres cliniques où la technique est offerte au Canada ont généralement recours à des labos américains, ce qui augmente encore les coûts.En conclusion, je crois qu’une grande prudence s’impose, car c’est une importante frontière que l’on est en train de franchir.Il y avait un consensus, jusqu’à ces dernières années, à l’effet que le DPI devait être réservé à des cas où il y a risque de transmission d’une maladie monogénique grave, invalidante et incurable au moment du diagnostic.Mais on voudrait l’étendre aujourd’hui à des maladies multifactorielles, c’est-à-dire à la prédisposition à des maladies qui ne sont pas nécessairement héréditaires, le cancer par exemple.Or il y a maintenant des maladies de ce type qui se traitent, et qui se traiteront de mieux en mieux.La technique évolue dans les deux sens, et l’on fait face à des situations un peu délicates.Ce qui est incurable aujourd’hui sera peut-être curable dans trois ans, cinq ans.À tout le moins, on arrive à maintenir en vie pendant de nombreuses années des personnes qui sont atteintes de ces maladies.Alors, bien sûr, l’utilisation de cette technique n’est pas sans poser problème, du point de vue de l’éthique.-* 57 | DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 20m [P fine pointe ASSOCIATION DE L'ALUMINIUM DU CANADA 1 a Une voiture plus légère, moins gourmande en carburant et moins coûteuse.Certains en rêvent.D’autres y travaillent concrètement depuis une quinzaine d’années.À l’Université du Québec à Chicoutimi, l’équipe du professeur Fawzy Hosny Samuel concentre ses recherches sur le développement de nouveaux alliages d’aluminium pour des applications automobiles.« Un de nos objectifs est de mettre de nouveaux alliages d’aluminium à la disposition des industriels.Ces alliages de nouvelle génération présentent des performances équivalentes ou supérieures à celles des anciens alliages, mais à un coût moins élevé », souligne le professeur Samuel.Son équipe a mis au point des alliages présentant une densité plus faible et offrant d’excellentes propriétés mécaniques.Utilisés pour mouler des pièces maîtresses comme le bloc moteur, ils permettent de réduire le poids du véhicule.Selon le chercheur, « la consommation d’essence diminue alors.La voiture est aussi moins chère à l’achat, car l’alliage est moins coûteux.Une bonne nouvelle pour le consommateur et pour le développement du marché automobile, très friand de voitures écoéner-gétiques.» Titulaire de la chaire de recherche industrielle CRSNG-GM-UQAC sur la technologie avancée des métaux légers pour les applications automobiles (TAM-LA) depuis sa création en 2000, DÉCOUVRIR | JANVIER-FÉVRIER 2010 L’Association de l’aluminium du Canada (AAC) regroupe les trois entreprises productrices d’aluminium de première fusion; ces entreprises exploitent onze alumineries au Canada, dont dix au Québec.Léger comme une voiture le professeur Samuel précise que ces recherches reçoivent le support financier de partenaires industriels comme General Motors du Canada, Nemak, ABB-Bomem et la Fondation de l’Université du Québec à Chicoutimi.Deux alliages mis au point par son équipe sont utilisés chez tion chimique (secrète), le traitement thermique et la technologie de fabrication de la pièce », indique le professeur.Pour le traitement thermique, par exemple, tout se passe après la coulée de la pièce.Le but est de lui faire subir des transformations de structure grâce à des cycles pré- conserver ses propriétés de résistance mécanique.» À l’avenir, la transmission, la coque extérieure, les cylindres et le bloc moteur de nos automobiles seront tous faits en aluminium.Le châssis devrait rester en acier, car il requiert des caractéristiques mécaniques — ; — » i ¦ — Dans le laboratoire de Fawzy Hosny Samuel, ce four permet de former et de couler des alliages d’aluminium en lingots afin d’étudier leurs propriétés.General Motors.L’un d’entre eux se retrouve déjà dans les véhicules.Le second devrait être introduit dans la chaîne de production dès que le prototype de bloc moteur, coulé prochainement, sera approuvé.Le transfert de technologie du laboratoire vers l’industrie constitue la phase la plus délicate du développement de nouveaux matériaux.Les échanges entre les industriels et les chercheurs universitaires sont alors constants.Mais le parcours pour arriver à de tels résultats n’est pas des plus simples.« Il faut jouer sur trois paramètres : la composi- déterminés de chauffage et de refroidissement.Ce traitement sert à augmenter les propriétés mécaniques de la pièce comme la ductilité, l’élasticité, la dureté.Pour réduire les coûts de fabrication, on essaie alors de diminuer le temps tout en maintenant la qualité de l’alliage produit.Pour le professeur Samuel, « la pièce moulée doit aussi avoir le moins d’inclusions ou défauts possible pour permettre de bonnes performances.Pour un bloc moteur, c’est important.Quand le moteur chauffe, le bloc doit que les alliages en aluminium ne peuvent procurer.Pour l’heure, le chercheur s'intéresse au recyclage de l’aluminium issu des alliages, un procédé moins coûteux que l’extraction à partir du minerai de bauxite.Selon lui, le défi est de taille, car « il faut contrôler les impuretés contenues dans ces métaux pour éviter des perturbations au moment de la fusion et obtenir ainsi un aluminium de qualité.» Ses recherches devraient l'occuper encore quelques années! BRUNO GEOFFROY 4 IRSCCIHR ntt
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