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Titre :
Écrits du Canada français
Revue littéraire de haute tenue qui accueille les textes d'auteurs établis et d'auteurs émergents [...]

Créée en août 1954 par Jean-Louis Gagnon, journaliste, et Claude Hurtubise, la revue littéraire Écrits du Canada français, rebaptisée Les Écrits en 1995, propose des oeuvres d'imagination et d'analyse (poèmes, nouvelles, extraits de romans, essais, pièces de théâtre, études) d'auteurs québécois d'expression française. Il s'agit du plus ancien périodique littéraire du Québec encore en production. Publiée à Montréal, selon une fréquence irrégulière d'abord, la revue vise une cadence de trois numéros par année à partir de 1982.

Les Écrits du Canada français participent de la volonté du milieu des lettres canadiennes-françaises de se doter d'instances de production et de légitimation. Ce projet s'affirme à compter des années 1940, décennie qui voit naître La Nouvelle Relève (qui succède à La Relève), Gants du Ciel et, surtout, Amérique française, qui connaît son zénith au moment de la création des Écrits du Canada français. Ces derniers offrent tôt une forte concurrence à Amérique française, qui disparaîtra définitivement en 1964, faisant des Écrits la principale revue littéraire au Québec.

Le manifeste de fondation sur lequel s'ouvre le numéro inaugural des Écrits du Canada français rallie 28 auteurs, journalistes et critiques d'allégeances variées, au nombre desquels se trouvent plusieurs collaborateurs de la revue d'idées Cité libre (Gérard Pelletier, Pierre Elliott Trudeau, Gilles Marcotte). Le texte de présentation met de l'avant la liberté des oeuvres retenues, autant dans la forme que dans le contenu, de sorte que le souci d'authenticité et la qualité intellectuelle représentent leurs seuls points de convergence. Les signataires récusent ainsi une ligne de conduite idéologique qui aurait prescrit un engagement politique. Dès la création, les fondateurs caressent le projet de faire des Écrits du Canada français une revue s'adressant aussi bien aux lecteurs québécois qu'aux lecteurs étrangers.

Les principaux auteurs et penseurs québécois actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale sont publiés dans les Écrits du Canada français : Hubert Aquin, Marcel Dubé, Anne Hébert, Marie-Claire Blais, Yves Thériault, Pierre Vadeboncoeur, Claude Gauvreau, Gilles Marcotte...

L'année 1981 marque un tournant dans l'histoire de la revue, qui traverse alors une période houleuse caractérisée par des difficultés administratives et financières : afin d'y remédier, les Écrits du Canada français se constituent en corporation à but non lucratif. Paul Beaulieu assure la présidence du nouveau conseil d'administration, succédant au fondateur, Jean-Louis Gagnon. Le numéro double 44-45 témoigne de remaniements majeurs, parmi lesquels la réduction de la longueur des textes, l'impression sur un papier de meilleure qualité et une nouvelle maquette de couverture. Le tirage est fixé à 1 000 exemplaires.

En vertu d'une lettre d'entente signée le 1er février 1994, les Écrits du Canada français sont cédés à l'Académie des lettres du Québec, alors que Jean-Guy Pilon en devient le directeur. En 1995, le nom de la revue est abrégé pour devenir Les Écrits. À cette époque, la revue prend résolument le parti de publier surtout des textes de création littéraire, elle qui faisait auparavant paraître autant des oeuvres de création que des travaux d'analyse.

Naïm Kattan et Pierre Ouellet occupent successivement le rôle de directeur après Jean-Guy Pilon. À partir de 2010, une place de choix est accordée dans les pages de la revue aux arts visuels, qui y côtoient désormais les arts de l'écrit. Les rênes des Écrits sont confiées à Danielle Fournier, l'actuelle directrice, en 2016. Sous sa gouverne, la revue déploie des efforts pour s'ouvrir davantage au reste de la francophonie.

Sources :

AUDET, Suzanne, « De l'arbre à ses fruits - Étude de la collection "L'arbre" de la maison d'édition Hurtubise HMH (1963-1974) », mémoire de maîtrise, Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2000, http://savoirs.usherbrooke.ca/bitstream/handle/11143/2133/MQ61701.pdf?sequence=1&isAllowed=y (consulté le 14 juin 2017).

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1987, vol. 8, p. 272-273.

BEAULIEU, Paul, « Les Écrits du Canada français, mai 1981-21 février 1994 », Les Écrits du Canada français - 50 ans d'écrits libres (numéro spécial), 2004, p. 11-15.

BIRON, Michel, François DUMONT et Élisabeth NARDOUT-LAFARGE, Histoire de la littérature québécoise, Montréal, Boréal, 2010, p. 271-288.

DUQUETTE, Jean-Pierre, « Les "nouveaux" Écrits du Canada français », Voix et images, vol. 8, no 1, automne 1982, p. 149-151.

GIGUÈRE, Richard, « Amérique française (1941-1955) - Notre première revue de création littéraire », Revue d'histoire littéraire du Québec et du Canada français, nº 6, été-automne 1983, p. 53-63.

LAVOIE, Sébastien, « Les écrits en fête », Lettres québécoises, no 155, automne 2014, p. 58-59.

PLANTE, Raymond, « Les agneaux sont lâchés », Liberté, vol. 14, no 3, juillet 1972, p. 109-123.

« Présentation », Les Écrits du Canada français, vol. 1, no 1, 1954, p. 7-8.

REVUE LITTÉRAIRE LES ÉCRITS, « Histoire et structure », http://www.lesecrits.ca/index.php?action=main&id=5 (consulté le 14 juin 2017).

ROYER, Jean, Chronique d'une académie 1944-1994 : de l'Académie canadienne-française à l'Académie des lettres du Québec, Montréal, L'Hexagone, 1995, p. 138-145.

Éditeurs :
  • Montréal :Écrits du Canada français,1954-1994,
  • Montréal :Académie des lettres du Québec
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No 12
Genre spécifique :
  • Revues
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    Successeur :
  • Écrits (Montréal, Québec)
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Références

Écrits du Canada français, 1962, Collections de BAnQ.

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r li^-~ IP: BIBLIOTHEQVE MINT^YLPIGE«ml fl MMilMlMlMMi&A Bibliothèque et Archives nationales Québec I 7^ I *7 Ecrits du Canada français Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 ÉCRITS CANADA FRANÇAIS NOTE DE GÉRANCE Les Écrits du Canada français seront heureux de publier tout manuscrit inédit qui aura été accepté par le comité de rédaction.Les manuscrits refusés ne seront pas retournés.Le prix de chaque volume: $2.50 L’abonnement à quatre volumes: $8.00, payable par chèque ou mandat à l’ordre des Écrits du Canada FRANÇAIS.Le comité de rédaction: Robert Elie Gérard Pelletier Jean-Louis Gagnon Marcel Dubé Gilles Marcotte Pierre Elliot Trudeau Administrateur: Claude Hurtubise ÉCRITS DU CANADA FRANÇAIS 1029, côte du Beaver Hall Montréal 1 ECRITS DU CANADA FRANÇAIS XII 1962 MONTRÉAL Tous droite réservés, Canada 1962.Copyright by Les Ecrits du Canada français, 1962 SOMMAIRE LÉON DION Opinions publiques et systèmes idéologiques.9 NOUVELLES GÉRARD BESSETTE L’Accident — L’Emplâtre.175 CHARLES SOUCY Une visite à la mer — Une lettre pour mon aimée — La Candeur de l’enfance .205 FRANÇOISE CHOLETTE-PÉRUSSE Chronique d’une enfance.253 ALICE POZNANSKA Les Solitudes humaines.277 MINOU PETROWSKI La Cloison.308 LÉON DION OPINIONS PUBLIQUES ET SYSTÈMES IDÉOLOGIQUES LÉON DION — Né à Saint-Arsène de Rivière-du-Loup en 1923.Docteur en Science Politique (1954); sujet de thèse: L’Idéologie politique du national-socialisme.Etudes classiques: Rimouski.Etudes Universitaires: Laval, La Sorbonne, Zurich, Cologne.Séjours de recherches à Harvard, durant les mois d’été de 1948 à 1950; de 1953 à 1959 et en 1961.Directeur du Département de Science Politique (I960); professeur titulaire à Laval (1961).Membre de plusieurs sociétés savantes dont L’AC-FAS, la Canadian Political Science Association et Y International Association for the History of Ideas.Auteur de plus de trente articles en langue anglaise et en langue française.L’auteur remercie le Centre de Recherches de la Faculté des Sciences Sociales de même que le Conseil des Arts du Canada pour leur assistance financière fournie en plusieurs occasions. INTRODUCTION 1 — Actualité du phénomène des opinions publiques DANS LA SOCIÉTÉ CANADIENNE-FRANÇAISE.Nous prenons graduellement conscience de l’ampleur de l’évolution dans la mentalité collective qui a accompagné la profonde transformation des structures de la société canadienne-française depuis une vingtaine d’années.L’émancipation politique de la province de Québec à la suite de la chute du régime Duplessis, par la suppression des obstacles qui bloquaient la libre circulation des idées, nous a brusquement mis en présence de courants d’opinions dont le caractère et l’orientation étonnent ceux-là même qui avaient contribué à l’élaboration d’une pensée radicale dans notre milieu.Nous nous rendons maintenant compte que le régime Duplessis a opéré à la façon d’un barrage: il a bloqué la libre circulation des idées, mais il les a laissées s’accumuler en réserve.Maintenant que les digues sont rompues, le flot des opinions se déverse dans toutes les directions sans que personne ne sache comment les canaliser ni les utiliser de façon à produire une énergie créatrice d’entreprises et de projets constructeurs.2038:! 0 12 LÉON DION Parmi toutes les questions sociales qui nous confrontent actuellement, nous devrons dorénavant accorder une importance particulière aux opinions publiques.Que nous le voulions ou non, leur existence même nous obligera, durant les prochaines années, à les mesurer, à les interpréter et à les utiliser.Nous ignorons leur intensité, leur poids et leurs centres de gravitation.Nous ne connaissons pas les facteurs ni les groupes qui les sous-tendent.La variété, de même que le caractère apparemment insolite de certaines de ces opinions constituent un signe évident non seulement de la complexité accrue mais aussi de la démocratisation de notre société.Les élites traditionnelles, pour conserver leur position de prestige, devront tenir compte de courants de pensée qui sans doute parfois leur paraîtront incompréhensibles; inversement, les élites nouvelles, chercheront probablement à trouver en eux un appui dans la lutte pour la reconnaissance sociale dans laquelle elles se trouvent engagées.Le présent travail ne porte pas sur les opinions publiques telles qu’elles se présentent de façon spécifique dans la société canadienne-française.Néanmoins, il nous semble que ce travail ne sera pas tout à fait dénué d’intérêt pratique pour le lecteur.Il le familiarisera avec un ordre de questions que notre littérature, même scientifique, a presque ignoré; il lui permettra de voir comment les problèmes ont été ailleurs posés et comment les enquêtes ont été menées; il le mettra en présence d’éléments de solution.Bref, le présent travail voudrait procurer au lecteur des outils intellectuels qui lui seront utiles, sinon nécessaires, dans les recherches, maintenant devenues urgentes, sur les opinions publiques dans notre milieu. OPINIONS PUBLIQUES 13 2 — Facteurs de l'émergence des opinions publiques DANS LA SOCIÉTÉ MODERNE.Selon J.Djordjevic, l’expression « opinion publique » fut utilisée pour la première fois en Angleterre, en 1159, par John Salisbury qui considérait l’opinion publique comme une arme utilisée par le Parlement dans sa lutte contre la royauté1.Mais ce n’est pas avant la fin du XVIIIe siècle européen que l’expression commence à se généraliser.Les facteurs favorables à la généralisation de cette expression sont d’ailleurs faciles à dégager: des groupes sociaux nouveaux se constituent par suite de l’érosion des féodalismes; les luttes religieuses et les crises des monarchies détruisent l’unité des cultures et font surgir des systèmes idéologiques opposés à la recherche d’appuis populaires; la philosophie rationaliste et les idées libertaires émergent et proclament l’émancipation de l’individu et la promotion sociale de la bourgeoisie; de nouveaux systèmes de communications et de nouveaux mass media, liés au démarrage industriel, se développent et créent des publics à distance; les progrès techniques et une meilleure utilisation de la main-d’œuvre accroissent la productivité et permettent des loisiers accrus chez les groupes les plus favorisés de même qu’ils tendent à élever le niveau des masses.Plus récemment, d’autres facteurs ont fait peser leur influence pour stimuler les recherches sur les opinions publiques.Parmi ceux-ci mentionnons: les intérêts financiers, commerciaux et industriels qui provoquèrent le dé- 1.Djordjevic, J., «Le problème de l’opinion publique dans la démocratie socialiste », dans l’Opinion publique, deuxième session du Centre de science politique de l’Institut d’études juridiques de Nice, P.U.F.Paris.1957.388. 14 LÉON DION veloppement de techniques complexes d’analyses des marchés et d’études dans le domaine de la publicité; les activités gouvernementales accrues, par suite de la crise économique des années ’30 et surtout de la deuxième guerre mondiale, qui firent naître le besoin de nouveaux moyens d’information et d’échanges entre le gouvernement et les groupes sociaux et surgir de nouvelles techniques d’influence sur la masse en conformité avec les conditions du moment; enfin, l’impulsion économique et politique a développé chez les chercheurs un désir désintéressé de contribuer à l’accroissement des connaissances scientifiques dans les divers domaines qui touchent, de près ou de loin, à l’opinion publique.Déjà au XVIe siècle, Machiavel déclarait que le Prince doit tenir compte des attitudes et des comportements populaires.La complexité croissante des structures sociales et politiques, à laquelle s’est ajoutée l’émergence des idéologies collectives, tend aujourd’hui à placer le phénomène de l’opinion publique parmi les premières préoccupations tant de l’homme de science que de l’homme d’action.3 — L’opinion publique vue dans une perspective SOCIOLOGIQUE.L’opinion tient à la fois de l’attitude et de la conduite.C’est pourquoi l’étude de ce phénomène constitue un domaine privilégié de la psychologie individuelle et de la psychologie sociale.De nombreux ouvrages de psychologie ont été publiés afin d’élucider la nature et les caractères de l’opinion, la distinction entre opinion privée et opinion publique, l’évaluation, la détermination et la distribution OPINIONS PUBLIQUES 13 des opinions.Dans la présente étude, nous n’avons pas l’intention de reprendre ces travaux.Qu’il suffise ici de renvoyer le lecteur au volume classique de Jean Stoetzel Des auteurs récents déplorent cependant le fait que les recherches sur les opinions aient été orientées presque entièrement du côté de la psychologie et que la contribution de la sociologie ait été relativement minime.Tarde, qui fut le premier à aborder le phénomène des opinions de façon systématique, ouvrit la voie à cette orientation: «.la division d’une société en publics, division toute psychologique, et qui correspond à des différences d’états d’esprit, tend, non pas à se substituer sans doute, mais à se superposer de plus en plus visiblement et efficacement à sa division religieuse, économique, esthétique, politique, en corporations, en sectes, en métiers, en écoles, en partis.Ainsi quelle que soit la nature des groupes entre lesquels se fractionne une société, qu’ils aient un caractère religieux, économique, politique, national même, le public est en quelque sorte leur état final et, pour ainsi dire, leur dénomination commune; c’est à ce groupe tout psychologique d’états d’esprits en voie de perpétuelle mutation que tout se ramène » 2 3.Depuis Tarde, la grande majorité des études sur l’opinion ont été menées d’après la formule suivante: « Qui dit quoi, à qui et avec quel effet » 4.Sans prétendre le moins du monde minimiser l’importance toute première des études psychologiques sur l’opinion, 2.Stoetzel, Jean, Théorie des opinions, P.U.F., Paris, 1943, 346 et suiv.Pour des indications bibliographiques, voir: Lasswell, H.D., Smith, B.L., Casey, R.D., Propaganda, communications and public opinion, Princeton, U.P., 1946; Bibliographie française, science politique, Paris, 1960; et les volumes annuels de Bibliographie internationale de science politique publiée par l’UNESCO.3.Tarde, Gabriel, L’opinion et la foule, Félix Alcan, Paris, 2e éd., 1904, 21-22, 28.4.Lazarsfeld, Paul F., Stanton, Frank, eds., Communication re-sarch, 1948-1949, New York, 1949, 13-14. 16 LÉON DION il n’en reste pas moins qu’il faut déplorer le fait que les sociologues se soient jusqu’à récemment assez peu intéressés à ce phénomène et surtout qu’ils soient demeurés si largement tributaires des concepts et des perspectives de la phychologie.Mais une réaction, non pas tout à fait étrangère d’ailleurs aux préoccupations de la psychologie, est en cours qui devrait aboutir à la conquête d’un nouveau domaine d’expérience pour la sociologie.Merton, qui a lui-même dirigé des enquêtes d’opinions, est au centre de ce mouvement.Plus récemment, J.W.Lapierre et Jacques Lambert ont posé les jalons d’une sociologie de l’opinion publique °.Au début de son magnifique volume sur L’Opinion publique en Russie Soviétique, Alex Inkeles plaide en faveur d’une sociologie de l’opinion publique dont « l’analyse se concentrera avant tout sur l’effet que produit un genre particulier de système social sur la structure et le fonctionnement des moyens d’information et l’effet réciproque de ces moyens sur le système social » 5 6.Mais, c’est Stoetzel lui-même, dans le chapitre XIII de son livre, qui a établi avec le plus de bonheur comment la perspective sociologique peut se dégager dans les études de l’opinion publique.Selon lui, l’opinion constitue pour le psychologue un phénomène « embarrassant », parce qu’elle tient à la fois de l’attitude et du comportement.Et il poursuit: « La sociologie, presque entièrement dominée par la notion de valeur, paraît au 5.Lapierre, J.W., « Les facteurs sociologiques dans la formation de l’opinion publique » et Lambert, Jacques, « Structure sociale et opinion publique», dans: L’opinion publique, op.cit., 57-70 et 71-107.6.Inkeles, Alex, L’opinion publique en Russie Sovi'tique, une étude sur la persuasion des masses, les Iles d’or, Paris, 1950.(D’abord oublié en américain sous le titre de: Public opinion in soviet Russia, Harvard U.P., Cambridge, 1950). OPINIONS PUBLIQUES 17 contraire beaucoup mieux préparée à adopter les problèmes d’opinion, à les intégrer à son système.La culture, l’organisation sociale, les processus fondamentaux de l’interaction, la contrainte sociale elle-même et peut-être surtout, trouvent leur explication définitive dans la communauté reconnue des valeurs, dans les opinions .l’opinion publique est l’organe des valeurs sociales.Qu’on les appelle préjugés, conventions, stéréotypes, les choses auxquelles un groupe est attaché, il les contient, il les exprime, il en prend conscience par l’opinion publique ».Prenant comme exemple l’opinion antiprohi-bitioniste de Tom O’Leary et de son groupe, Stoetzel écrit que ce qui est intéressant dans cette opinion c’est « qu’elle prend sa place dans un système de conduites sociales, c’est qu’elle s’enchaîne avec des mœurs, des mesures législatives et administratives, des crimes, des troubles, des campagnes de presse, des intrigues électorales, et qu’elle prépare des bouleversements sociaux, politiques, moraux, dans une grande nation ».D’où, toujours selon Stoetzel, la manière la plus légitime pour la sociologie d’aborder le problème des opinions, « c’est d’étudier, d’une part, la position de l’individu en face de son groupe.et d’autre part, réciproquement, la manière dont la société se présente et s’impose aux individus ».Le problème demeure cependant de savoir sous quelle forme, dans l’opinion publique, se présentent les valeurs sociales.Les distributions des opinions en forme de J ou de U qui, selon tous les auteurs, trahissent en termes statistiques l’existence des opinions publiques, manifestent la présence de facteurs de conformité sinon de contrainte.Si on envisage ceux-ci sous l’angle des valeurs, on est en droit de supposer l’existence d’une norme sociale non ambiguë à laquelle adhéreraient un grand nombre « 18 LÉON DION d’individus.D’où on peut avec Stoetzel émettre la proposition suivante: « Les valeurs auxquelles le corps social souscrit d’une manière quasi unanime constituent l’objet de référence de l’opinion publique ».De son côté, Halbwachs a insisté sur la nécessité d’étudier les « sentiments de groupe » pour comprendre l’opinion publique.Reprenant les concepts de Pareto, il montre que dans la psychologie collective du raisonnement, une fois écartés les éléments de caractère purement logique, on décèle des résidus, tels que la coutume et la tradition, et des dérivations ou rationalisations servan: à justifier ces pensées extra-logiques.Or, dans les sociétés modernes, la forme sociale la plus générale sous laquelle se présentent les valeurs communes sont les systèmes idéologiques qui sous-tendent l’organisation politique et sociale et qui définissent les buts auxquels doivent être ordonnées les conduites des individus, des groupes et des institutions.A la lumière de l’incursion précédente, on peut donc émettre l’hypothèse générale suivante: dans une société donnée, les opinions publiques tendent à refléter un ajustement entre, d’une part, le système idéologique et, d’autre part, les situations concrètes dans lesquelles le cours des événements place les individus en tant que membres de groupes et d’institutions.Les nombreux corollaires qui se déduisent de cette hypothèse seront formulés au fur et à mesure de l’étude qui va suivre.Il est opportun toutefois de préciser le sens et la portée de l’hypothèse.En premier lieu, il ne saurait y avoir incompatibilité entre cette hypothèse et le postulat de la liberté de l’homme.Sans doute, la conformité des opinions manifeste la contrainte qu’exercent l’idéologie et les contrôles sociaux OPINIONS PUBLIQUES 19 sur la masse des individus.Mais cette contrainte n’aliène pas la liberté essentielle de l’homme.Pour faire comprendre que cette conclusion cache autre chose qu’un paradoxe ou qu’une concession obligée et toute formelle aux impératifs moraux, il suffit de reproduire les admirables remarques que Stoetzel, dans son ouvrage, consacre à ce problème.Les opinions publiques, dit-il en substance, expriment les intentions sociales de l’individu.Si elles appartiennent à la société, elles ne sont pas pensées par le groupe mais par l’individu.« En prenant position, l’individu se situe à l’intérieur ou à l’extérieur de son groupe .Les déterminations externes [les systèmes idéologiques tout autant que le sexe et la race] ne sont pas les causes efficientes de l’opinion.Ce sont les cadres dans lesquels il pense et agit.L’individu peut y être soumis ou s’y rebeller.Il se rallie à l’opinion commune, ou s’en dégage par un mouvement qui est souvent de la révolte ».En second lieu, il faut voir que l’ajustement (adhésion, conformisme, soumission, rébellion, etc.) que reflète l’opinion publique peut ne pas se conformer aux attitudes profondes et aux opinions privées de l’individu.R.L.Schanck ‘ a établi expérimentalement la preuve de la divergence et même parfois de l’incompatibilité qui peuvent exister entre les opinions privées et les opinions publiques.A la suite de plusieurs auteurs, citons cette expérience classique.Il existe deux confessions religieuses à Elm Hollow: l’une baptiste dont la doctrine n’admet que le baptême par immersion et l’autre méthodiste qui ne reconnaît que le baptême par aspersion.Interrogés à titre de membres de l’une ou l’autre confession, les 7.Schanck, R.L., « A study of a community and its groups and institutions conceived as behaviors of individuals », Ps.Mon., no 195, 133. 20 léon dion fidèles répondent conformément aux maximes de leur Église respective: Opinions Méthodistes Baptistes Aspersion seulement 91% 0% Aspersion ou immersion [ou indifférents 9% 33% Immersion seulement 0% 67% Mais interrogés à titre privé, les fidèles fournissent des réponses tout à fait différentes: Opinions Méthodistes Baptistes Aspersion seulement .16% 0% Aspersion ou immersion [ou indifférents 78% 85% Immersion seulement .6% 15% Cette expérience montre que l’opinion publique n’est pas constituée par la somme des opinions privées; elle prouve aussi que l’opinion publique n’engage pas la personnalité entière de l’individu mais existe plutôt comme une structure de pensée qui se superpose à la pensée individuelle sans normalement l’annihiler.En troisième lieu, enfin, le degré de non-conformité entre les grands clichés ou stéréotypes idéologiques et les opinions publiques portant sur des problèmes précis est considérable.Il est facile de conclure superficiellement à l’inconsistance de l’opinion publique.Mais, selon notre hypothèse, la non-conformité des réponses aux questions générales et aux questions particulières résulte de la co-existence de plusieurs systèmes idéologiques divergents dans l’esprit de l’individu: celui-ci formule ses opinions par référence tantôt à un système et tantôt à un autre système.Ainsi, par exemple, selon un sondage OPINIONS PUBLIQUES 21 Gallup fait à la fin de 19408, 97% d’un échantillon national des Américains affirmèrent qu’ils croyaient à la liberté de parole.Mais seulement 23% de ces 97% étaient prêts à concéder la liberté de parole aux fascistes et aux communistes.Un tel écart s’explique ici par le fait que les Américains, dans le premier cas, se situent implicitement par référence à l’idéologie libérale et capitaliste propre aux États-Unis, laquelle, selon eux, permet la liberté de parole, alors que, dans le second cas, ils réagissent en fonction d’idéologies non-américaines qu’ils considèrent comme opposées à la liberté de parole.Cet écart ne révèle donc pas une inconsistance logique entre les deux opinions formulées, comme les auteurs qui s’intéressent exclusivement aux mécanismes psychologiques seraient enclins à conclure9.Il montre plutôt que la conscience de l’incompatibilité des systèmes idéologiques est fortement ressentie chez les Américains et qu’ils se refusent à admettre que ces systèmes alternatifs sont compatibles avec la liberté.Dans nos sociétés contemporaines, au sein desquelles les conflits idéologiques sont si violents et pénètrent si profondément les esprits, il est essentiel de tenir compte des systèmes idéologiques comme l’un des facteurs constitutifs de l’opinion publique.Il faut aussi ajouter, par ailleurs, que la même incompatibilité peut exister entre le système idéologique général et les idéologies de relais que les divers groupes au sein d’une même société élaborent.L’opinion publique reflétera alors ces incompatibilités.8.Cité dans: Cantril, Hadley, et al., Gauging public opinion, Princeton U.P., 1944, 22.9.Voir, notamment, la façon dont Leonard W.Doob traite cet exemple dans son livre: Public opinion and propaganda, Henry Holt, New York, 1948.163. 22 LÉON DION 4 — Position du problème Dans la présente étude, nous chercherons à montrer comment les systèmes idéologiques conditionnent les grandes configurations de l’opinion publique.Le choix de deux ensembles extrêmes, l’Union Soviétique et les Etats-Unis, fera apparaître ce conditionnement avec plus de clarté.Il ne s’agira pas de comparer les opinions publiques des deux sociétés.Une telle comparaison d’ailleurs serait logiquement impossible parce que les opinions publiques dans l’un et l’autre cas réfèrent à des systèmes idéologiques et sociaux différents10.Il s’agit de prouver que les différences dans les processus de dégagement et les caractères des opinions publiques soviétique et américaine tiennent, du moins pour une part, à des différences sur le plan idéologique et institutionnel u.Les conclusions qui se dégageront de l’étude devraient être profitables tant pour les chercheurs qui ont à construire des questionnaires et à interpréter des résultats statistiques que pour les hommes d’action en général qui ont à tenir compte, dans leurs décisions, des opinions de ceux que leurs actes sont susceptibles d’affecter.De même, bien qu’ils constituent des cas limites, les exemples soviétique et américain, devraient nous éclairer sur les conditions des opinions publiques dans les autres sociétés.Ils constituent, selon nous, des cas types, que les 10.Certes, l’impossibilité cÂme comparaison logique n’empêche pas de porter un jugement moral d’après des critères éthiques transcendant les systèmes idéologiques et sociaux.11.Robert K.Merton formule la même proposition sous une forme légèrement différente, lorsqu’il dit que les moyens et les procédés de l’opinion publique diffèrent d’une société ou d’une époque à l’autre, selon les différences entre les structures sociales.Dans: Social theory and social structure, Rev.and enl.edition, The Free Press, Glencoe, 111.1957, 355. OPINIONS PUBLIQUES 23 autres sociétés, qu’elles soient capitalistes ou socialistes, reproduisent de façon approximative.Enfin, cette étude devrait aussi nous permettre d’établir éventuellement des hypothèses précises sur les modalités de dégagement des opinions publiques dans les sociétés afro-asiatiques qui, préférant ne pas opter en faveur de l’un ou l’autre des deux systèmes, s’efforcent d’élaborer des idéologies et de créer des institutions indépendantes.Il est opportun de réfuter à l’avance une critique d’ensemble que d’aucuns ne manqueront pas d’adresser à cette façon de situer le sujet.En effet, plusieurs auteurs, surtout américains, estiment qu’il n’existe des opinions publiques authentiques que dans les démocraties de type occidental.L’opinion publique, selon ces auteurs, postule la liberté préalable de pensée et d’expression et certaines autres conditions que seules présentent les démocraties occidentales.Or puisque la liberté de pensée et d’expression ne peut exister en Union Soviétique parce que celle-ci s’inscrit en faux contre les postulats libéraux, il ne saurait donc y avoir, selon eux, des opinions publiques authentiques dans ce pays.Notons que les Soviets aboutissent exactement à la même conclusion, mais en l’inversant: il n’y aurait pas de véritable opinion publique aux Etats-Unis, parce que tout ce qui se pense et se dit dans ce pays serait dicté par les intérêts de ceux qui possèdent les moyens de production et d’expression.Une pareille objection ne peut être retenue, précisément parce qu’elle confond deux ordres différents, l’ordre moral et l’ordre scientifique.Quand nous disons que l’opinion publique doit être libre nous exprimons par là un jugement moral; nous voulons dire que l’éthique commande à ceux qui occupent les positions de puissance et de décision (« decision makers ») de ne pas inter- 24 LÉON DION venir par la violence ou autrement dans les opinions de leurs subordonnés, soit en leur fournissant des informations biaisées, soit en faussant délibérément les mécanismes de leur perception et ainsi de suite.Nous voulons dire aussi que les démocraties occidentales reposent sur un postulat fondamental qui est l’autonomie essentielle du citoyen par rapport à l’Etat.Mais il ne s’ensuit pas que la liberté soit un critère scientifique de l’opinion publique, c’est-à-dire que seules les idées librement exprimées puissent être considérées comme opinions publiques.S’il en allait ainsi, il appartiendrait aux seuls moralistes, et non aux hommes de science, de définir ce qui constitue ou ne constitue pas l’opinion publique.Et si l’on en juge d’après l’état de pessimisme qui règne généralement chez les moralistes de tous les pays, le domaine de l’opinion publique s’en trouverait dangereusement réduit.La transgression des genres conduit à la confusion des objets; la science et la morale qui en découlent sont également mauvaises12.En définitive, il n’y a de science que parce que des facteurs de conditionnement enveloppent l’action libre de l’homme.Il n’existe des opinions publiques que parce qu’interviennent des facteurs de conformisme, parce que pèse 12.Le même raisonnement pourrait être repris pour ce qui concerne tous les jugements moraux: l’opinion publique doit être « vraie », « éclairée », « bien informée », « compétente », « non superficielle », « consciente d’elle-même », etc.Il est à remarquer que les jugements moraux inversent précisément les « constatations » psychologiques où on déclare que l’opinion publique est « stéréotypée », «ambiguë», «ignorante», «incompétente», «superficielle», « inconsciente », etc.On voit par là les conséquences, sur le plan scientifique, du choix inconscient de prémisses éthiques considérées à tort comme des postulats de la démarche scientifique.En conséquence, beaucoup d’études des opinions publiques aboutissent en définitive à des plaidoyers pro domo, confirmant le lecteur dans sa conviction préalable d’une supériorité de son système idéologique et social. OPINIONS PUBLIQUES 25 sur l’homme libre la contrainte des systèmes idéologiques et sociaux.A la morale revient la tâche d’établir les conditions et les limites de cette contrainte de façon à ce que les individus soient en mesure de faire servir à la production d’actes libres les déterminismes qui s’exercent sur eux.Mais il appartient à la science de reconstituer les processus, la structure et les fonctions des phénomènes et des comportements.Alfred Sauvy nous fournit notre conclusion aux remarques qui précèdent: « L’opinion publique, cette puissance anonyme, est souvent une force politique, et cette force n’est prévue par aucune constitution » 13.5 — Plan de l'étude.L’étude comprendra deux parties: dans une première partie, prenant comme exemple l’Union Soviétique, nous montrerons comment les prémisses idéologiques qui servent de normes aux individus dans la définition de leurs rôles sociaux permettent en même temps de fixer les modèles de participation des groupes et des individus à la vie sociale et politique de même qu’à établir les conditions et les modalités concrètes par lesquelles les opinions publiques se manifestent; dans notre seconde partie, nous reconstituerons une analyse similaire en prenant l’exemple des États-Unis.Dans notre conclusion, nous aborderons de façon systématique le problème des jugements de valeur.13.Sauvy, Alfred, L’opinion publique, P.U.F., Paris, 1956, 6. PREMIÈRE PARTIE L’OPINION PUBLIQUE ET L’IDÉOLOGIE COMMUNISTE (RUSSIE SOVIÉTIQUE) « Le régime soviétique, écrit Alex Inkeles, a créé l’un des systèmes les plus vastes et les plus complexes d’information publique du monde.Le parti communiste a forgé un système parallèle de contrôle, plus minutieux et complet qu’aucun autre qui existe encore depuis la guerre » 14.Dans cette première partie, nous allons résumer la théorie qui gouverne le fonctionnement de ce système de contrôle, identifier le groupe qui exerce les contrôles, décrire les techniques au moyen desquelles ce groupe cherche à gagner la masse du peuple à ses vues, reconstituer les modalités selon lesquelles la masse fait connaître aux dirigeants ses impressions et ses désirs et, enfin, décrire la nature et les modes d’opération des principaux moyens d’information et d’expression.14.Inkeles, Alex, L’opinion publique en Russie Soviétique, op.cit., 291.Dans cette première partie, nous avons largement puisé dans les matériaux contenus dans cet ouvrage.Dans « Recent Developments in Soviet Mass Communications» (Gazette, International Journal of the Science of the Press, (1959) Inkeles a relevé les développements concernant ce sujet qui se sont produits en U.R.S.S.entre 1950 et 1959. OPINIONS PUBLIQUES 1 — Théorie du système de contrôle.27 D’après Lénine, de même que pour tous les théoriciens subséquents, le régime soviétique, dans sa forme actuelle, présente encore certaines des formes étatiques traditionnelles.Cependant, assure-t-on, l’État prolétarien diffère grandement de l’État libéral bourgeois tout en conservant certains caractères de celui-ci.L’État prolétarien s’apparente à l’État libéral bourgeois en ce qu’il comporte encore un résidu de violence.Mais, à la différence de ce dernier, la violence est ici reconnue seulement comme un moyen nécessaire pour conduire la société soviétique à la phase supérieure du communisme tandis qu’elle constitue l’essence même de l’État libéral bourgeois.La violence, même en régime soviétique, est un moyen nécessaire afin de permettre la suppression des trois grands facteurs qui empêchent l’établissement immédiat du communisme intégral: l’insuffisante industrialisation de la Russie, l’existence du socialisme en un seul pays (ou en un petit nombre de pays) et, enfin, la nécessité de former les hommes à la mentalité communiste.Au troisième Congrès des Soviets, Lénine avait quelque peu refroidi l’enthousiasme de ses auditeurs en déclarant: « Il n’est jamais entré dans la tête d’aucun socialiste de « promettre » l’avènement éventuel de la phase supérieure du communisme.[Les grands théoriciens socialistes] présupposaient à la fois une productivité du travail différente de la productivité actuelle et un être humain différent de l’homme qu’on rencontre aujourd’hui dans la rue ».Et ailleurs, parlant de l’éducation comme du premier souci du régime soviétique, Lénine comparait le difficile processus d’éducation à la mentalité commu- 28 LÉON DION niste à une lourde chaîne qui se transforme par l’habitude de la porter en chaînon d’or.Dans les conditions actuelles, le régime soviétique, tout comme l’État bourgeois lui-même, repose donc sur un équilibre de coercition et de persuasion.La persuasion, c’est-à-dire l’effort systématique pour influencer les attitudes et les comportements, est considérée comme la forme première et normale de contrôle; la coercition, c’est-à-dire l’usage de la force publique pour punir les adversaires et les récalcitrants, est un procédé de dernier recours.« Nous devons, a dit Lénine, convaincre d’abord et garder la force en réserve ».Cette position, certes, n’exprime pas le désaveu du recours à la force.Mais elle affirme que celle-ci ne doit pas constituer l’unique support du régime communiste en Russie.Emus à juste titre par le déploiement de la violence généralisée en ce pays, les auteurs récents ont tendance à minimiser le rôle de la persuasion comme mode de contrôle alternatif lo.Bien que la présente étude doive porter uniquement sur le contrôle par la persuasion, il est opportun de souligner que la contrainte représente à sa façon un moyen qu’utilisent les dirigeants pour contrôler l’état d’esprit du peuple: à toutes les époques et dans tous les pays, les rapports, notamment ceux de la police politique, fournissent de précieux renseignements sur les opinions privées et secrètes — par opposition aux opinions publiques et manifestes dont il s’agit ici — des individus.Dans un pays dictatorial, il est clair que l’écart entre les deux formes d’opinion est susceptible d’être relativement grand et il s’ensuit que 15.Sur le phénomène, les modalités et le rôle de la coercition en Union Soviétique, voir: Feliks Gross, The seizure of political power in a century of revolution, Philosophical Library, New York, 1958. OPINIONS PUBLIQUES 29 la fonction d’information remplie par la police politique (observation de la rumeur populaire, des idées qui ont cours dans des institutions comme l’école, les Eglises, les Clubs sociaux, les sociétés secrètes et ainsi de suite) a d’autant plus de valeur aux yeux du groupe dominant.On a dit de l’État libéral qu’il est l’ami de tous et l’ennemi de chacun.L’État prolétarien se dit aussi l’ami de tous, mais, étant donné ce qu’il représente dans la vie des citoyens, il ne doit être l’ennemi de personne.« Le prolétariat, écrivit Lénine, a besoin du pouvoir de l’État, d’une organisation centralisée de la force, de l’organisation de la violence, tant pour briser la résistance des exploiteurs que pour guider la grande masse de la population — les paysans, la petite bourgeoisie, les semi-prolétaires — dans le travail d’organisation de l’économie socialiste » 1
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