Écrits du Canada français, 1 janvier 1992, No 76
du Canada français m MONTREAL et son DESTIN LITTERAIRE * Liminaire Jean-Guy Pilon Présentation : Jean-François Chassay Allocution inaugurale nterventions Marcel Ttudel, Jane Everett, Jean Éthier-Blais, Renée Legris, Michel Gaulin, Robert Major, Marco Micone, Claude Jasmin de la Médaille de l’Académie canadienne-française (1991) allocution du président : Jean-Guy Pilon réponse du récipiendaire : Réginald Martel Commentaires i Pierre Vennat, Lucie Côté Neuvième colloque organisé par l’Académie canadienne-française en collaboration avec le Centre québécois du RE.N.International, l’Union des écrivains québécois, la Société des écrivains canadiens et l’Association des écrivains acadiens.m écrits du Canada français ÉCRITS DU CANADA FRANÇAIS Fondés en 1954 Publiés par les Ecrits du Canada français, société sans but lucratif constituée en vertu de la partie III de la loi sur les compagnies du Québec.Le Conseil d’administration Président : Vice-président : Secrétaire-trésorier Administrateur : Paul Beaulieu Jean-Louis Gagnon Roger Beaulieu, c.r.Pierre Trottier Le vérificateur : Michel Perron, C.A.Note de gérance Les Ecrits du Canada français publieront tout manuscrit inédit qui aura été accepté par le conseil de rédaction.Le prix de chaque volume : 6,50 $ L’abonnement à quatre volumes : Canada : 25,00 $ ; Institutions : 35,00 $ ; Étranger : 35,00 $ payable par chèque ou mandat à l’ordre de Les Écrits du Canada français.Le Conseil de rédaction : Paul Beaulieu, Pierre Trottier.Secrétaire de la rédaction : Marie Beaulieu LES ÉCRITS DU CANADA LRANÇAIS 5754, avenue Déom Montréal (Québec) H3S 2N4 écrits du Canada français 76 MONTRÉAL 1992 Le Conseil des Arts du Canada a accordé une subvention pour la publication de cet ouvrage Maquette de la couverture : JEAN PROVEN CHER Dépôt légal 4e trimestre 1992 Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada ISSN 0013-0729 Copyright ©, Les Écrits du Canada français Les Écrits sont membres de la Société de développement des périodiques culturels québécois. MONTRÉAL ET SON DESTIN LITTÉRAIRE Neuvième colloque des écrivains organisé par l’Académie canadienne-française en collaboration avec le Centre québécois du P.E.N.International, l’Union des écrivains québécois, la Société des écrivains canadiens et l’Association des écrivains acadiens à l’auberge Mont-Gabriel, Mont-Rolland, les 1er, 2 et 3 novembre 1991. 7 MONTRÉAL ET SON DESTIN LITTÉRAIRE Depuis le numéro spécial que la revue Liberté avait consacré à Montréal il y a déjà plus de vingt-cinq ans, de nombreux textes et des ouvrages ont été consacrés à Vétude du phénomène encore un peu mystérieux de Vhistoire sociale, culturelle, politique, démographique et littéraire des Montréalais.Comment reprendre cette thématique d'une manière originale et vivante dans un colloque d'écrivains qui précédera le déferlement des manifestations et des publications en 1992 ?Nous avons établi trois champs de réflexion.D'abord, nous posons des questions ayant trait à la dimension historique de l'évolution des idées et de la culture à Montréal, tenant compte bien entendu de l’édition, puisque nous souhaitons aussi cerner des aspects particuliers du «destin littéraire» de Montréal.Ensuite, deux séries d'exposés traiteront de problèmes littéraires à proprement parler : Montréal dans l'écriture, et quelques témoignages portant sur des « topographies » de l'imaginaire montréalais.Nous sommes parfaitement conscients que nous n'aurons pas ainsi parcouru de façon exhaustive un champ d'investigation aussi vaste.Mais les questions soulevées et les discussions suscitées inviteront, du moins nous l'espérons, à poursuivre le travail amorcé. PRÉSENTATION PRESENTATION Jean-Guy Pilon Président de l’Académie canadienne-française Bienvenue à ce neuvième colloque des écrivains que l’Académie organise chaque année en collaboration avec le Centre québécois du P.E.N.international, la Société des écrivains canadiens, l’Association des écrivains acadiens et l’Union des écrivaines et écrivains québécois.L’Académie remercie les représentants de ces associations pour leur amicale collaboration.C’est grâce à des subventions spéciales du ministère des Affaires culturelles du Québec, du Conseil des Arts de la Communauté urbaine de Montréal et du Conseil des Arts du Canada que l’Académie peut prendre la responsabilité de ce colloque.Chaque année, en vous souhaitant la bienvenue, je me dois de rappeler le souvenir des écrivains qui nous ont quittés: Robert Choquette, un des membres fondateurs de l’Académie, décédé le 22 janvier dernier; Alain Pontaut, romancier et critique; Willie Chevalier et Marcel Valois, deux journalistes qui étaient très près de la littérature et, tout récemment, il y a à peine une semaine, Yves Dubé, qui devait présenter une communication à la séance de ce matin.À leur mémoire, je vous propose d’observer une minute de silence.*** Évidemment, nous avons choisi le thème de ce colloque, Montréal et son destin littéraire, en pensant aux fêtes du 350e anniversaire de Montréal qui s’en viennent et dont le moins qu’on puisse dire, à ce moment-ci, est qu’elles comporteront un volet littéraire très mince, pour ne pas dire inexistant.Aujourd’hui, ce sera pour nous tous l’occasion de réfléchir sur les rapports multiples et parfois secrets entre la ville et l’écrivain, sous toutes ses formes.Cette année encore.Monsieur Jacques Folch-Ribas a très aimablement accepté de diriger les débats.Je l’en remercie et lui cède, sans plus tarder, la parole. ALLOCUTION INAUGURALE MONTRÉAL ET SON DESTIN LITTÉRAIRE (LE FIL D’ARIANE) MONTREAL ET SON DESTIN LITTÉRAIRE (le fil d’Ariane) Jean-François Chassay « La vie n’est pas difficile : elle est originale.» C’est ce que déclare le narrateur de la Conscience de Zéno d’Italo Svevo.Affirmation heureuse sans doute, à conseiller aux névrosés et dépressifs chroniques en guise de thérapie, car elle relève le moral.Voilà également une phrase qui sied bien à la ville et, d’ailleurs, la paronomase ville/vie accentue le désir de remplacer le premier substantif par le second.Pour plusieurs individus (aussi bien dans la fiction que dans la réalité, si ce dernier mot peut encore avoir une signification), la vie sans la ville n’a pas de sens, parce que le sens n’existe que là, c’est-à-dire dans la nouveauté, l’originalité, la révolution permanente des palabres et des discours, la beauté des images et du mouvement, la féerie du toc et du strass, la symbiose de demain et d’après-demain qui, par définition, se produit dans l’horizon du citadin et l’oblige à se maintenir au sommet de sa forme, impliqué dans un marathon permanent, pour être au fait des modifications perpétuelles de la cité.La difficulté ne consiste pas à vivre mais à suivre le rythme de la ville, la course folle de ses transformations.C’est là, effectivement, que s’affirme, de la manière la plus spectaculaire et la plus rapide, l’originalité d’une société.«Tout homme qui s’ennuie au sein de la multitude est un sot ! Un sot et je le méprise ! » s’exclamait naguère Constantin Guys.La ville est le plus perfectionné des logiciels et nous sommes tous, Montréalais et Montréalaises, des chips du système informatique.On imaginera sans peine que tous ces exercices épuisent et on lit parfois des choses qui paraissent épuisées avant même d’avoir été commencées.Ecrire «Montréal» peut donc être une façon de ne rien écrire mais permet d’indiquer qu’on est doué pour la gymnastique.La vacuité intellectuelle n’empêche pas d’avoir de gros biceps.Il y a des précédents.Soudainement, l’approche d’un anniversaire aidant, la ville, par sa seule existence dans la littérature québécoise, devient la solution ad hoc à tous les problèmes littéraires.Autrement dit, «Montréal», dans la production des écrivains québécois, depuis quelques années, qu’on le voit comme mythe, symbole ou tarte à la crème littéraire, est devenu une forme de panacée, le remède à tous les ennuis.C’est évidemment un danger.Ces prolégomènes posés, il ne faudrait pas vous imaginer que vous avez invité le loup dans la bergerie et que je vais m’attaquer à tout ce que Montréal représente (et peut représenter) sur le plan littéraire.Après dix ans de travail sur la littérature montréalaise, il faudrait être singulièrement masochiste.Mais j’éprouve parfois certains regrets en constatant que l’effet de mode produit par Montréal, au cours des dernières années, tend à souvent faire de la ville un lieu sans ombres, sans aspérités, sans coins sombres et sans passé.Surtout sans passé.C’est d’abord ce passé oublié, cette mémoire enfouie qui m’intrigue et dont je voudrais parler aujourd’hui.Pourtant Montréal n’est pas née d’hier dans la littérature, et certains seront sans doute surpris d’apprendre que le pourcentage de romans montréalais dans la production québécoise des années trente est plus important que dans celle des années soixante-dix.On commence à peine à découvrir Montréal dans la littérature et on croit évidemment que la ville est née avec nous.Au cours de la prochaine année, nous risquons d’avoir droit au tourbillon melliflu des discours politiciens qui s’escrimeront à vanter Montréal et son Histoire, sans pour autant que cette Histoire fasse sens, sans qu’elle soit autre chose, souvent (je le prévois et ne crois pas m’avancer beaucoup avec cette affirmation), qu’un terme creux, sans beaucoup de résonances.Ceci s’explique par le fait que Montréal n’est souvent qu’une apparence, le fantôme d’une grande ville qui manque de chair, de nerfs, de muscles.Cela transparaît dans l’ensemble du discours social actuel et on en voit le reflet dans les textes littéraires.J’aime Montréal et j’aime sa littérature mais tout cela (tout cela, c’est-à-dire ce corpus de textes, cette ville toujours en chantier comme si elle était à jamais l’ébauche de quelque chose, comme si elle avait peur de s’arrêter pour regarder le résultat) me laisse parfois sceptique.« Destin » littéraire de Montréal, donc : on définit le destin comme une puissance supérieure qui semble mener le cours des événements vers une certaine fin.Bref, une fatalité, quelque chose d’inéluctable, qu’on ne peut déjouer. Hegel faisait du destin l’équivalent tragique de ce qu’est la vérité logique, puisqu’il dessine le mouvement, souvent contrarié, par lequel l’être se réalise dans l’Histoire, d’abord sous une certaine raison d’objectivité abstraite et coercitive.Bref, immergé dans un contexte singulier, on n’échappe pas facilement au destin.On pourrait croire ainsi que parler du destin littéraire de Montréal implique une clôture, nécessite d’en discerner une forme de fin, comme si tous les discours ne pouvaient donner sens qu’à un itinéraire possible.En fait ce n’est pas si simple évidemment, nous ne sommes pas dans un quizz où une réponse permettrait de remporter le gros lot.N’oublions pas Italo Svevo: la vie est originale et nous réserve toujours des surprises.Mais à la lumière de ce qui a été écrit jusqu’à maintenant sur Montréal, on peut souligner des manques, des absences, regretter la précarité de certaines images de la ville, rapidement disparues ; on peut imaginer aussi tout ce qu’on n’en a pas encore dit, toutes ces fictions urbaines qui restent latentes, auxquelles les textes refusent de donner une nouvelle existence.Le destin a peut-être moins à voir avec ce qui est produit qu’avec ce qui ne l’est pas (encore).Dans le roman francophone — puisque c’est, parmi le corpus montréalais, le genre que je connais le plus et sur lequel je me pencherai au cours de la prochaine demi-heure —, depuis la Terre paternelle de Patrice Lacombe en 1846 (à la fois premier roman de la terre et premier roman montréalais) jusqu’à aujourd’hui, tant de choses restent dissimulées aux yeux des lecteurs et des lectrices qu’on peut parfois se demander, quitte à être polémique, si l’importance de Montréal est si grande.Disons donc que je renverse le titre 19 de la conférence pour en faire une question : « Est-ce que Montréal mérite qu’on se préoccupe de son destin littéraire ?» Je ne sais pas si la question appelle une réponse définitive, mais je partirai de là pour frayer un chemin à travers la production romanesque, pour à la fois indiquer quelques voies ouvertes mais peu empruntées et faire part aussi de certaines frustrations.* ** J’ai placé cette conférence sous le signe d’Ariane, pour plusieurs raisons.Ancienne déesse crétoise, elle devient dans la mythologie grecque la fille de Minos, roi de Crète, là où naît la cité moderne.Nicole Brossard ne s’y est pas trompée qui, dans French kiss, son roman le plus montréalais, parmi de nombreux signes renvoyant à la Grèce antique, parle à un certain moment du «bruit de fond» de la ville, « tapage de machines à boules et free game pour les résistants minoens du labyrinthe urbain».Dans un roman où un personnage se nomme Delphie, ce genre de rappel ne doit pas surprendre.Ariane est aussi, depuis la fin des années soixante-dix, le nom d’une fusée spatiale, non pas grecque cette fois mais néanmoins européenne, développée en vue du lancement de satellites d’application sur orbite géostationnaire.Symbole de la cité grecque et des origines de la culture occidentale, Ariane renvoie donc aussi à une des fictions les plus prégnantes de l’époque contemporaine, celle d’un déchirement du continuum spatio-temporel, d’une quête des espaces intersidéraux et d’une utopie, celle de bâtir « ailleurs » de nouvelles villes. On pourrait dire cependant, si vous voulez bien me passer l’expression, que la réputation d’Ariane ne tient qu’à un fil.Celui, bien sûr, qui permit à Thésée de retrouver son chemin dans le labyrinthe après avoir abattu le minotaure, cet être à la fois humain et inhumain (ce qui correspond bien à une définition courante aujourd’hui des mégapoles, cités inhumaines, dit-on, où néanmoins et bizarrement les humains s’entassent pour vivre).Dans une entrevue qu’il m’accordait l’année dernière, le romancier américain Paul Auster racontait que Oliver Sacks, dans un de ses livres, écrivait que chaque personne normale, saine, passe son temps à se raconter l’histoire de sa vie.On suit un fil narratif intérieur et c’est ce qui donne la possibilité de vivre, c’est ce qui donne l’idée du passé, du présent, de l’avenir et forme l’individu.Chez les gens blessés psychologiquement, ce fil narratif est rompu.En lisant le corpus des quelque 700 romans qu’on peut qualifier, globalement, de montréalais (et qui ont été répertoriés dans une Bibliographie descriptive du roman montréalais à laquelle j’ai travaillé pendant deux ans), on pourrait s’interroger sur la résistance de ce fil narratif.On a plutôt l’impression que dans le dédale constituant l’histoire de la ville, le fil s’est très vite rompu et que dans le lacis de ses galeries, chaque auteur a emprunté un chemin et a décidé d’y emménager un espace (de s’y terrer parfois) et de ne s’intéresser qu’à celui-ci, oubliant que l’idée de départ était de trouver la sortie, lieu d’origine, point de fuite ou point d’arrivée.J’arrondis les angles (ce n’est pas toujours évident dans un labyrinthe).Je ne me vois pas faire du cas par cas et je ne voudrais pas qu’on m’accuse d’oublier les exceptions. 21 je sais qu’elles existent.Cela dit, je ne crois pas pour autant fausser le portrait général avec pareille affirmation.Le roman montréalais tend à s’identifier à la célèbre devise du Québec qui est, comme chacun s’en souvient, «Je ne me souviens pas».Je ne regrette pas l’absence du roman historique qui, trop souvent, resituant des faits dans une banale structure événementielle pour donner un cadre au développement psychologique des personnages, néglige d’intégrer vraiment l’Histoire à son propos.C’est moins le peu de rappel de l’anecdotique qu’il faut déplorer que la rareté d’une réflexion sur Montréal.La dimension épistémologique est absente de la production romanesque montréalaise ou peu s’en faut.Le roman n’a pas su jusqu’à maintenant proposer une archéologie de la ville et de sa culture.La ville est un espace organisé, construit, pensé, mais à lire le roman, on croirait plutôt à un espace naturel, un paysage de toute éternité.Pourtant Montréal, justement, n’est pas le fruit du hasard, elle n’est pas née du rassemblement naturel des individus.C’est plutôt une ville intentionnelle, pensée à distance par les autorités françaises, représentants de l’aristocratie et du clergé.Ville-Marie est investie d’une mission sacrée et n’existe que grâce aux « secrets ressorts de la divine providence, sans laquelle rien n’arrive», comme l’écrit Marie Morin dans les Annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal, ajoutant que ce «cher Montréal dans son commencement était une image de la primitive Église.» Depuis, les choses semblent aller de soi.Il existe à Montréal une rue de l’Inspecteur.C’est un bon point de départ pour partir à la recherche de la ville et fouiller ses méandres.Dans sa brillante et stimulante étude sur Charles Baudelaire, Walter Benjamin étudie une série de types qui seraient propres à Paris au 19e siècle.Parmi ceux-ci, une des figures fondamentales est celle du flâneur.« Quand Pécrivain s’était rendu au marché, écrit-il, il regardait autour de lui comme dans un panorama.» Ce panorama lui révèle la foule, où se cachent impudemment le criminel, le conspirateur, l’asocial, cachés ainsi de leurs poursuivants.Dès lors le flâneur, justifiant son oisiveté, peut se métamorphoser en détective.« L’observateur», écrit Baudelaire cité par Benjamin, «est un prince qui jouit partout de son incognito.» De là le roman policier grâce à qui la quête, qui légitima Babel, cette utopie urbaine, se transforme en enquête dans la métropole moderne.Mais le roman policier, qui a depuis longtemps acquis ses lettres de noblesse un peu partout en Occident, a peu d’écho ici dans la production littéraire.L’intérêt du roman policier tient à sa construction logique mais aussi à la qualité des analogies qu’il peut créer, nécessaires pour trouver la clé, la réponse, souvent imprévisible, dans le fourbi des faits et des discours.Le roman d’enquête est celui de la recherche du sens et la pléthore des signes urbains nécessite une fouille particulièrement méthodique.Le jeu des associations, le travail de l’induction montre que la vérité est toujours à reconstruire et le sens, affaire de situation.L’enquête policière tâche toujours, à partir de là, de reconstruire un passé à partir d’un présent manquant.L’absence du roman policier à Montréal peut être lue comme un symptôme de ce désintérêt pour la quête de la ville.Pourtant les choses s’annonçaient bien.Le Québec HKCTOR BRKTHKLOr \7QArpp PQ ROMAN DE MŒURS DC rix qu’ils devront payer.: Par logo de cinq places, $200, • soit-!?40 - par place, on des sièg.e§, réservés à raison de $20.L’admission générale sera de $10.G- Nos amateurs auront Uoccasion de voir un assaut dc:boxo extrêmement intéressant vendredi,’, le J9 courant.Steve O'Donnell, un box*, cur de haute volée, qui s'entraîne avec Jim Corbett, à Ashbury-Park, N.-Y., .se mesùieni.avec^.Billy Woods, bien connu de nos lecteurs.La rencontre aura',lion au.patinoii* Cristal.L’assaut ysera dfâquinze reprises.On affirme de toufeS parks qu-c le champion Corbett assistera à l’assaut et donnera avant la Ùhtailh'.une représentation intéressaiité en montrant son habileté à frapjpcr le sac de son tel quUl le fait tous les jours afin de se préparer à lîyTutte qu’il doit soutenir contre.Fitzsimmons.' v Fjtzsimmons qui, aprè8 avoir tué (l’un coiip de poing le boxêiîf Riordan pendant une représentation à l’opéra de Syracuse, avait - été .arrêté sous l’accusation d’homicide, vient d’être acquitté." • •* © • • - 1 Fairy ¦ Gilmore, J’cx-chamin'on 11 light-weight ” du .monde, bien connus -de tous nos sports montréalais a une rude envie dose mesurer avec Jack Burke.- Il pourrait lui en coûter.'." • © - Stanton Abbott qui s’est, mesuré avec Jack Burke, il y a trois semai-.nés vient de battre Billy Dunn à Baltimore.Gyr-ctsa famille remportent de vifs succès partout où ils donnent des représentations tant aux Etats-* Unis qu’au Canada.Notresamson nous reviendra d’ici à quelques semaines.v Voici quelques observations curieuses mais consciencieuses que j'ai eu le plaisir de faire sur- les bicy-cJystes : Les bicyclistes semblent avoir la même afi'cction pour leur machine (pic les Arabes pour leurs chevaux et chacun d’eux est convaincu qu’il a la meilleure machine du monde.Personne, h J est trop vieux ni trop .61 l’humeur du chroniqueur; c’est surtout ici d’ailleurs que l’on entend la voix «éditoriale».On passe ensuite à la rubrique « Théâtres et Concerts»33, où l’on annonce les spectacles à venir — au Parc Sohmer, à l’El Dorado, au Monument National, au Théâtre Français, au Royal, au Queen’s Theatre, aux Variétés, au Grand Central Theatre, au Conservatoire, à l’Académie de Musique, au Théâtre Russell, à la salle Windsor.—, et où l’on donne parfois une appréciation en un ou deux mots des spectacles récents.C’est ici, par exemple, que l’on rendra compte des séances publiques de l’École littéraire de Montréal34.Mais il ne s’agit pas de la critique théâtrale ou littéraire au sens propre du terme ; le but de la chronique est surtout de renseigner, d’encourager et, au besoin, de rappeler aux artistes et aux gérants que le public montréalais n’est ni naïf ni tout à fait inculte.Mais elle ne vise pas à former le goût.C’est surtout dans la «Chronique de Quinzaine» et parfois aussi dans les «silhouettes» que l’on fait une critique plus ponctuelle, ou que l’on déplore les déficiences de la scène montréalaise, que l’on discute en termes très généraux des moyens pour améliorer le jeu des comédiens, l’interprétation des musiciens ou le goût du grand public.La même rubrique permet d’apprécier la place qu’occupaient les associations, les cercles, les troupes et les sociétés d’amateurs dans la vie culturelle et intellectuelle de l’époque.On allait aux spectacles montés par ces amateurs un peu comme on allait aux spectacles dits professionnels.Et ce sont ces amateurs, sans doute, qui formaient une bonne partie du public lecteur du Passe-Temps et de ses pages musicales.On trouve du tout dans celles-ci : de Beethoven, Schumann, Saint-Saëns et Fauré aux chansonnettes de music-hall en passant par les vers de Hugo, de Musset, de Théodore de Banville, de Sully Prudhomme ou de Verlaine mis en musique ; il y a encore des polkas, des valses, des menuets, des extraits d’opéras et d’opérettes, des chansons traditionnelles françaises et canadiennes, des noëls et des romances populaires «honnêtes»35.de quoi alimenter les répertoires de bien des amateurs et rendre intéressantes bien des soirées intimes.Dans le même ordre d’idées, la revue offre, dès la première année et à presque tous les numéros, des monologues en vers et en prose, des « choses à dire » qui doivent aider ces mêmes amateurs à faire passer les longues soirées de l’hiver montréalais36.Ces morceaux à lire, à réciter ou à déclamer varient beaucoup eux aussi, on en trouve pour tous les goûts et pour tous les âges.La plupart sont en fait destinés à des catégories d’interprètes spécifiques : enfants, jeunes gens, jeunes filles, gens plus âgés.Le registre est surtout sentimental ou comique, le ton peut être mélancolique, enjoué, mélodramatique, badin, ironique, parfois didactique, rarement tragique.La langue populaire ou paysanne, l’accent provincial ou anglais sont particulièrement affectionnés dans les textes comiques.L’humour est caractérisé par le ton complice, le petit clin d’œil fait au bon entendeur, les lieux communs que nous retrouvons dans les « situation comedies» de l’époque contemporaine.Presque tous ces textes à réciter sont d’origine française, et beaucoup semblent venir du milieu du théâtre des variétés parisien plutôt que des hautes sphères littéraires françaises : on trouve quelques textes épars de François Coppée, de Hugo, de Rostand et d’Anatole France, mais la plupart des auteurs ne figurent pas dans le « canon ».On pourrait en dire autant des origines des feuilletons, des contes et des nouvelles qui sont une autre composante importante du Passe-Temps.Entre 1895 et 1900, la revue publie trois feuilletons très longs : Le secret de T orpheline d’André Theuriet, Le drame de V Hôtel de Bourgogne de Jean Rameau et Seule ! d’Adolphe d’Ennery.On trouve aussi quelques romans plus courts, dont Deux vieux de la veille.Roman militaire inédit d’un auteur anonyme, Le roman d'une honnête füle de Mario Donal, Le portrait de Berthe ! d’Émile Richebourg, Le secret de Zippelius de Jules Lermina et Fleur de mer de Pierre Mael.Ces textes sont généralement caractérisés de «passionnants», de «dramatiques» ou de «palpitants» sinon des trois adjectifs à la fois et appartiennent grosso modo au genre mélodramatique-sentimental.Les contes, nouvelles et autres récits brefs représentent le même éventail de tons et de styles que les monologues.Ici encore, beaucoup d’auteurs peu ou pas connus de nos jours.On notera toutefois les contributions d’auteurs aussi divers que René Ghil, Alphonse Daudet, Jules Renard, Gyp, Jules Lemaitre, Georges Courteline, Guy de Maupassant et Victor Hugo.Reste la composante «Poésie».Presque tous les numéros contiennent au moins une pièce de vers ; ce sont de loin les textes littéraires les plus nombreux entre 1895 et 1900.On compte environ 150 poèmes d’auteurs français, environ 50 poèmes d’auteurs québécois, pour ne pas dire montréalais.La proportion d’auteurs connus est plus grande aussi.Parmi les auteurs français cités plus d’une fois, a nommons : François Coppée, Sully Prudhomme, Jean Richepin, Edmond Rostand, Victor Hugo, André Theuriet et Edmond Haraucourt.Les membres de l’École littéraire de Montréal représentent à eux seuls les trois quarts des poèmes québécois, les plus «généreux» étant Arthur de Bussières, Albert Lozeau, Henry Desjardins et Joseph Melançon.Louvigny de Montigny, A.J.Beaulieu, Jean Charbonneau, E.-Z.Massicotte et Albert Ferland en contribuent aussi37.On remarquera également la diversité des formes et des tendances représentées par les poèmes publiés dans la revue.Personne n’ira jusqu’au vers libre, mais toutes les autres expériences formelles y passent.Le sonnet à tendance symboliste ou parnassienne est évidemment à l’honneur, surtout parmi les Québécois, mais on y trouve aussi des rondeaux, des ballades, des madrigaux et d’autres formes, notamment les longs poèmes narratifs écrits en alexandrins.Les sujets traités varient beaucoup: l’amour, la patrie, la Nature dans toutes ses manifestations, la vie.11 y a aussi des sujets historiques, qui prêtent très bien au mélodrame ; certains poèmes sont de nature religieuse.Il y a très peu de pièces de circonstances.Les membres de l’École littéraire de Montréal en commettent bien quelques-unes, à l’occasion de l’anniversaire d’une jeune fille ou du départ d’un ami, mais le plus souvent ils traitent, selon leur orientation esthétique, de sujets exotiques, ou personnels, ou «philosophiques»; le ton varie en conséquence de l’intime à l’impersonnel, du mélancolique ou dégoûté au froidement exalté.Pour ce qu’il est des choix formels, nos poètes affectionnent particulièrement les poèmes courts, à vers réguliers le plus souvent, mais pas nécessairement.La recherche du mot rare, le jeu des sonorités caractérisent aussi ces poètes.Mais j’arrête là l’analyse formelle; elle dépasserait le cadre de cet exposé et ferait double emploi avec les nombreuses excellentes études qui ont déjà été faites sur le sujet.La revue se croit tenue d’encourager les poètes de l’École littéraire de Montréal, comme elle encourage et loue les efforts des autres groupes d’amateurs.Il est vrai que l’un des ses collaborateurs les plus fidèles, Gustave Comte, est membre de l’École.Mais il est également vrai que tout en ouvrant ses pages aux poètes de l’École, Le Passe-Temps cherche à conserver sa distance critique par rapport à eux.Cela se voit notamment dans la série de silhouettes littéraires qui leur sont consacrées.Le samedi 27 mai 1899, par exemple, Gustave Comte dira de Jean Charbonneau que « [.] c’est un critique littéraire consciencieux, aux opinions justes mais sévères», mais il refusera d’aller plus loin dans son analyse, «d’abord, dit-il, parce que le cadre de notre journal ne nous le permet pas, ensuite nous n’avons pas prétendu faire une étude littéraire d’une simple esquisse où la pure et franche camaraderie domine avant tout»38.Tout en protégeant Comte d’une accusation éventuelle de parti pris littéraire, ces remarques le protègent aussi des exigences de l’amitié.Albert Ferland a également droit à un portrait, tout aussi succinct que celui de Charbonneau.Dans ce texte, Gustave Comte fait un court historique de la fondation de l’École, puis enchaîne sur les vertus de Ferland39.Comte semble plus à l’aise lorsqu’il parle de Ferland, peut-être parce que celui-ci a déjà acquis une certaine légitimité aux yeux de la critique, fait que Comte ne manque d’ailleurs pas de signaler.En mai 1900, on salue la publication des Soirées du Château de Ramezay en reproduisant en page couverture les portraits de Fréchette, Larose et Massicotte, respectivement président honoraire, président actif et secrétaire de l’École, et en publiant un court article à la deuxième page, où l’on reproduit une partie de la préface du volume.Le chroniqueur anonyme conclut son petit texte en disant: « Nous croyons que le constant effort de nos jeunes mérite toute l’approbation et l’encouragement spontané du public canadien.»40 Avouons que c’est une conclusion un peu anémique vu le nombre de poèmes que les membres de l’École ont publiés dans Le Passe-Temps.Le numéro du 9 juin 1900 contient une «Silhouette littéraire» d’Arthur de Bussières, amateur, selon l’auteur anonyme, du sonnet et de l’exotisme.La forme du sonnet convient bien au talent du poète, dit l’auteur, et il ne faut donc pas lui demander d’écrire des pièces de longue haleine, car «dans de telles pièces son lyrisme s’épuiserait vite et nous aurions l’amer regret d’avoir voulu chasser le naturel qui fait le charme de ce jeune et sympathique poète»41.Une autre silhouette, signée « Émile Bélanger »42 et portant sur Louvigny de Montigny, est moins équivoque que la précédente.Le chroniqueur présente une courte biographie tout à fait banale et conventionnelle du poète et se contente, en guise de conclusion, de prédire que de Montigny aura un jour sa place dans le panthéon des lettres canadiennes43.Le même chroniqueur rédige, quinze jours plus tard, une autre silhouette littéraire.Elle commence ainsi : 67 Une certaine crainte que je ne m’explique pas, un malaise étrange, indéfinissable, comme celui qu’on ressent au moment d’oser un pas périlleux, s’empare de moi au moment où je vais tenter d’esquisser cette figure si peu ordinaire.M.Émile Nelligan, voyez-vous, n’est pas un homme comme les autres : c’est un poète, un vrai poète, un poète idéal, pareil à ceux qui hantent les rêves des jeunes pensionnaires, portant sur son front le signe distinctif de la vocation44.Cet article paraît à peine un an après l’internement de Nelligan45, ce qui explique peut-être le malaise de Bélanger.Il continue avec le portrait physique de Nelligan, mentionnant entre autres, ces yeux dont la prunelle « brille parfois d’un feu étrange».Mais Bélanger n’ose pas vraiment se prononcer sur la poésie de Nelligan.Il préfère citer « Joseph Saint-Hilaire» (pseudonyme collectif de plusieurs anciens collègues de Nelligan46) qui suggère, dans un article publié dans Les Débats, que la poésie de Nelligan, « “dilettante du mysticisme”», frise l’impiété, et qu’elle tombera vite dans l’oubli, parce que le poète «“[.] possède trop le culte du mot et de l’épithète, parce qu’il recherche l’éclat de la phrase, qu’il se laisse bercer à sa musique et qu’il croit au prestige des sonorités” »47.Et Bélanger de conclure : «Nelligan est de l’école symboliste et ne peut être que de cette école.»48 (Paul Wyczynski a d’ailleurs analysé ces deux articles dans sa magistrale biographie de Nelligan49.) Le discours sur la littérature dans Le Passe-Temps n’est pas vraiment de la critique littéraire ; mais il ne prétend pas l’être non plus.En fait, la revue se soucie peu de justifier 68 ses opinions, en même temps qu’elle évite de se laisser identifier à une position esthétique trop exclusive.De plus, les rédacteurs et les collaborateurs ne ressentent apparemment pas le besoin de s’engager dans des polémiques, ou de justifier constamment leurs choix et leurs positions, comme cela est si souvent le cas dans les journaux de combat ou dans les grands quotidiens, quoique pour des raisons fort différentes.Le Passe-Temps rend compte d’activités que d’aucuns qualifieraient sans doute de frivoles, d’immorales ou de vulgaires et livre à ses lecteurs et lectrices un aliment culturel représentatif de goûts et de valeurs parfois très différents.Mais c’est peut-être cette largeur de vision qui contribue à la survie de la revue ; on peut difficilement condamner globalement une revue qui publie et des morceaux de Saint-Saëns et des gaudrioles de music-hall, par exemple, et des sonnets comme le «Dégoût de vivre» d’Arthur de Bussières50 et des poèmes comme «Les voyages d'une puce» de Villemer51.À ses détracteurs, la revue ne présente donc qu’un flanc à la fois, à moins que l’on veuille s’en prendre justement à son caractère hybride, source de sa stabilité financière.Mais le ton plutôt imperturbable et serein qui me semble caractériser la voix de la revue ne peut pas provenir exclusivement de la conscience d’être dans une position financière stable, quoique cela y est sûrement pour quelque chose52.L’absence d’un discours auto-justifiant ne signale pas forcément un refus cavalier d’admettre l’existence ou la validité des préoccupations morales ou culturelles d’autrui.Elle n’implique pas non plus une neutralité et une indifférence totales à l’égard des sujets traités dans la revue, car ÏSO LE PASSE-TEMPS • M.Léonce Tout le monde connaît Léonce, le chanteur -si gai^i populaire et si jovial dopt nous publions le portrait plus loin.^ Depuis les quelques années qu’il est parmi nous, il a brillé un peu pju'tout : au théâtre de l’Opéra, au Parc Sohmer, l’Edcn Musée, avec la troupe franco-canadienne, autant que son précieux concours était tou- Vl Vil tkl V4lulol3tlIlil "j'purs-^«rtlisposi biou-dcs-oi-gîin isa-)-l es“ar)gles et "en doîïblan t‘ ‘ les clôt teufs ddls fêtes de charité pour les concerts.Toujours aiïable et courtois, Xconcc ne sait pas refuser un service et, malgré ses quarante ou cinquante ans, n’a pas vu un seul ohe-.vcu.tomber de sa tête par la main de l’ennemi.- .C’est Un chanteur'Némérite, .possédant une voix' sonore et r;j .agréable il entendre.'LT possède un répertoire inépuisable * de bonnes vieilles chansons patrio- tiques, de chansonnettes popu- ty-4>, laircs et de refrains gais et en- y ‘,;y .traînant».- •« • WgMiîÉSÊÊÊÈÊ Ajoutez a cela, son aii'fcrejoui, ses joues dodues, son |hhêf pi'cs-qife poli comme lui-même,/avec un embonpoint yk.v/c àj/bin^pour ne pas être désagréable à son propriétaire, et vous aurez 'une silhouette, tracée à granus epups de crayon, de l’ami Léo Ace.charpentiers qui seuls peuvent se reconnaître au milieu de tous ces bouleversements de chaises, de co-lonncs?de cloisons, de planchers et de portes.Les travaux ne seront terminés que dans six semaines.Il ne faut pas oublier- que tous ces travaux ont été accomplis daps le but \1’augmenter l’effet de Tac-coustique dans toutes les parties de la salle, et cela par la suppression des courants d’air; en arondissant sons et les planchers autant dans la salle que sur hvscène.Une autre importante amélioration sera, ausslfaite à rentrée de la rue Ste Catherinc.Le couloir conduisant à la salle sera deux fois plus-large et, pour éviter l’cncombrc-ment au contrôle, mie rotonde sera portable dans la salle.La réouverture est fixée au 19 d’août, L’Eden Musée, où.M.Léonce remplit les .fonctions de régisseur, fait .de briHantés affaires.Le programme varie sans cessèl • Les fêtes françaises au parc Sohmer ont pendant trois jours attiré ‘la foulé.OïIlîStiiiiciVpTÔsrdcri^ûOO ND B SPECTAELES M.- Durieu m’écrit de Paris que la .troupe de.l’Opéra-Français est en bonne voie de forma tion et que plusieurs engage ments ont été conclus, compte mint premier ténor, premier té n’or léger, chanteuse légère, ba ryton, Üme Dugazoact plusieurt choristes.Les quatre prénüierf sujets engagés, dit 'M.Durkju, ,0' forment une bonne homogénéité de savoir, de talent scénique.La chanteuse légère, MYIc Gouti, a piiru sur toutes les principales scènes européennes et est une élève de M.Giraudet, aujourd’hui pro-lesscur d’opéra.au Conservatoire.Pour mieux compléter la présentation aux» lecteurs et lectrices du Passe-Temps, je donnerai.(Iunj> un prochain -.numéro une biographie ’ avec portrait de cette artiste.Le théâtre de la rue Sle-C'athè-rjnc traverse actuellement une période de transformation qui, à l’issue, doit le métamorphoser en un palais véritable.La vaste salle est .lemplic du bruit des marteaux des iiü ms®* l'.v> v: M.Léo.nce construites mi-clicmiu entre l’entrée rue Ste-Catlrerino et la salle.Itien ne sera n6(;lii;é non'plus dans les décorations de la salle et de.la scène.* Le but .des directeurs" est de faire de notre théâtre français une des.plus .belles salles du Canada.Leurs prévisions, je u’en ai aucun doute, vont se réaliser.Le théâtre Loyal vàent de fermer ses portes, suivant ^onNîla l'exemple des autres théâlces de la métropole.11 était temps, car il commençait â faire une chaleur presque iusup-' le produit net des recettes des trois jours.' Le ' programme à ce populaire lieu d’amusements comprend-en-tr’autres : .y - ‘ -Les Meers bros.sur fil de fer ; le grand succès de “Koster Bial,” de New-York, durant .trois mois'/'.W .ÏJeBoé, célèbre équffibris-te-sur trapèze.Mjlg Imogène- Corner, la'reino deâ/clCûtatricés ¦ de: New-York (•geutjTdéscriptif)." Ledal et Karl, triple.barre horizon taie.-".Wallace, le fameux lion indomptable avec le.dompteur Boccacio.' .’.Grand panorama, principales vues des batailles dlL-NapoléOn 1er.Lô .ckm ' de.Ces représentations, c’est l'apparition-du-lion “ Wallace,”, fauve indompté, (pii appartient à sir .Charles Woumbell; de Londres (Angleterre).V - Le lion'.“ Wallace ” a vm'e his'-toire exui ne laisse pas.d’6trc terrifiante.C’est Jui 'qui; en' 1S!I3, s’.est échappé nuitamment il New-York.On.lc chercha pendant 64 iieurcsj'.au- bout ; desquelles on le découvrit dans une écurie, repu par l’ingestion d’un, malheureux Cheval, viotim'e dosa férocité.En Angleterre, il a dangereusement blessé : plusieurs dompteurs et il en a déchiré trois, dont deux sous les yeux-du public., Le travail que le dompteur Boc-caeio doit accoinplir ne cesse d’être terrifiant.'.Il lui faut â chaque représentation pénétrer de force dans la cage du lion.qui en défend l’en-tiéo avec acharnement.Aussi la lutte ne cesse un instant d’être remplie do péripéties émouvantes 'et terribles.La ménagerie d’animaux savants avec le cirque de parnum et Bailey sera à Montréal les 22 et 23 juillet prochain.Le uiatin, il y aura pàra-I de dans les rues.L’emplacement j choisi par les propriétaires de ce I cirque est le magnifique terrain 'des I/K PASS10-TKMPS LA MOLE Manledii pour «ortie de iliéd-Ire.—Il sc confectionne en une 6toQ'o de laine brochée j ¦ le dos, rapporté, est en vq-.lom-s noir.Il est ajusté et, .•sous la taille, il forme des plis couchés.Les deux autres ' parties du inanfccatKSwnt-tail-s "nées en rond et raecoruée.s au ~ plastron de velours, sous la •‘bertlie.¦ - Devant, do.cliaqué côté, le maiitcau fait des plis.Le'.ve-' leurs, qui fait enipitepment, est repercé et doublé de drap r beige.La bértbe esl bordé de f; jais.Col et bords du manteau bordés de renard.On double > de fourrure on de soie ouatée, s Fichus de dentelle.—Le Xo 1; 1 est en tulle brodé sur lequel on a appliqué des motifs de guipure.'-Le col est’.en pointe devant et derrière ; on le borde d'un volant/rlc .dentelle froncée, surmentéiq d’épanlettes en dentelle egah-' lenient froncée.—Le Xo 2 est ¦ eu.guipure écruo Lfil est fait d’un plastron et luirdéd'un volant, dont la.partie, de der-'riéré reste .dans/,tqvite sa largeur, tandis (ÿit-à-la.Ifiiutcnr indiquée.par nôtre gt'àv.urc, on di;ap(v-l_a partiçÿducdevaut cn.hfpixant parju! clinu.Sons les, .pjis (Ut devant ’’so'Irtil'tissciofelés.cn.'pans.Jji'ès ¦ cnnHS.’ LA CUISINE .Si Ton est 0.04uet de son .ménn^e, on (K-eorc de bandes de.paplév il^i-oùpé, blanches -•on én eoulçttr,;:lcs rayonssup- lH)i( a'jic^es^ Ci’steiLsi les.• Tn(>îtiVnîS/vde-';paille s'u- sent rapideLnorit^ pirî'ce-qn’on a VUaVkUiiac^icv-.s'en servir ci pour aftiWttTe aux objets élevés.On se félicitera d’en avoir une garnie d’une simple planche, très forte,- laquelle sera uirpeu dure mais, eu éc.hangi dt; ce léger incon veulent, rêndr: Aux ménagères dés] rouges de posséder une .bonne balance, je signaTo tc'sÿstèjno^ca-(Iran, coûtant'deux >lolldÿ.sS partir de cinq-livres,-cfcVdug-mentant ¦natnrcllcmenfc,:.de prix avec la force: • ÿ> Cette balance a l’énorme' avantage .de, ‘supprimer.;.poids encombrants et trop fa- -ci les àégare.r.• Loisqu'on a cassé le goulot d'une carafe, il faut faire cou-.l>or la cjisSurc régulièrement ])ar le 'vitrier.—On obtient souvent ainsi un sucrier ou un récipient d’une, forjne.peu eomnîunc.et .toiyQur'sJ.très utile.Xc quittons pas la cuisine, puisquenousÿ'sonimcs entrés, sans descendre s\ un détail prosaïque*,'et sans.apprendre aux ménagères que les mauvaises odeurs .exhalées.parfois, par les plombs se corrigent si l’on jette dans les conduits un peu de sulfate de 1er.^Jnnteau pour sortie do MiéAt d’un scab.de 1 nbn : soi vices.-Mlle .sera également utiicconi-.me marchepied* et-pour aider au d é c h a r gement d es.fardeaux.• CE QUE FEMME VEUT.Un journal de Londres raconte qu’uq baiscr: a joué un i ôle important dans lav.Vie de rhOinmcd'Eta.t belge M.Frère-Orban, a'ct.ûellémeut gravement nValadc.- : ' • Dans sa jeunesse, le futur ifiinistre-irétnit qu’un pauvre étudiant porfant; le sinïple nom de Frère.Il avait à peine de quoi suffire aux frais de ses études universitaires j cela ne Fcmpécha pas de tomber -éperdument anipureux d’une riche héritière nommée ' Or- .ban.Il fut éconduit jiar les l>arents de la jeune.iilJe.' —Si vous passez demain votre examen.avec succès, lui dit-elle un jour, présentez-vous demain soir au -théfitre, la loge (pic j’occupe avec mes parents.hMideniajii, riiéure convenue,.le diplôme dans sa poche, il pénétra dans la loge où se trouvait Mllé'Or-' bain., ; VT : .La'jeune Itille se leva immédiatement et l’embrassa.'Les parents étaient furieux ; mais, ils finirent par consentir an mariage, il la.condition, tjmtcfois, que le jeune homme ajou terni tù.son tiom celui d’Orban.' IJ le fit et a rendu ee.noin célèbre. les rédacteurs et les collaborateurs expriment leurs opinions librement.Seulement, ils le font avec une confiance et un naturel tels qu’on ne peut s’empêcher de conclure qu’ils prennent pour acquis que leur discours correspond tout à fait à ce que les lecteurs veulent entendre, et qu’il est représentatif d’une position logique, normale et moderne — mais pas plus moderne qu’il ne le faut.En d’autres mots, ils ne croient pas tenir un discours qui fasse peur aux Montréalais et aux Montréalaises, qui étaient passablement plus «modernes» sans doute qu’on a tendance parfois à le supposer.Ainsi, que l’on parle de politique ou de vaudeville, des vers d’Albert Ferland ou d’un feuilleton «palpitant», de Beethoven ou de chansonnettes, du travail d’enfants ou de nouvelles mondaines ; qu’on s’indigne ou qu’on s’attendrit; que l’on rit ou que l’on juge ; que l’on ironise ou que l’on prêche, la revue reste fidèle à elle-même, résolument engagée dans la voie de la modernité mais se réservant le droit de la critiquer lorsqu’elle se montre déraisonnable, c’est-à-dire lorsqu’elle interroge les présupposés ou souligne les contradictions d’un certain libéralisme plus ou moins bourgeois.On trouve, dans un article intitulé « La femme économe », une observation qui est assez révélatrice à cet égard.Le Passe-Temps aurait même pu la prendre comme devise, car les sentiments exprimés me semblent correspondre très bien à son point de vue.Je laisserai donc les derniers mots à une chroniqueuse anonyme, qui déclare qu’en attendant de voir ce que Paris propose pour la saison prochaine, la femme économe peut facilement remettre à la mode du jour des toilettes un peu dépassées : Un peu d’ingéniosité va suffire, car la Mode (avec un grand M, s’il vous plaît.Mesdames), n’évolue pas aussi rapidement qu’on se plaît à le croire.Il faut, en effet, que notre œil s’habitue aux formes nouvelles, vu qu’un changement brusque de la ligne nous choquerait et nous porterait à trouver contraires au bon goût les nouveautés, si johes qu’elles puissent être53. NOTES 71 1.André Beaulieu et Jean Hamelin, La presse québécoise des origines à nos jours, tome III, Québec, Presses de l’université Laval, 1977, p.335.Ils précisent que la revue est mensuelle entre 1917 et 1927.2.Ibid., p.336.3.Ibid.4.Voir là-dessus Jean de Bonville, La presse québécoise de 1884 à 1914.Genèse d’un média de masse, Québec, Presses de l’université Laval, 1988, pp.205-251.De Bonville ne traite pas spécifiquement de revues comme Le Passe-Temps, mais ses observations au sujet des transformations du champ, des apports des nouvelles techniques et des nouvelles technologies sont valables pour l’ensemble du champ.5.Les Éditeurs, « Au public », Le Passe-Temps, vol.I, n° 1 (2 février 1895) : 1.6.Les numéros complets retenus : vol.I, no 1 (2 février 1895) ; vol.II, n° 44 (21 novembre 1896) ; vol.III, n° 72 (25 décembre 1897) ; vol.III, n° 73 (8 janvier 1898) ; vol.IV, n° 98 (samedi 24 décembre 1898) ; vol.V, n° 123 (samedi 9 décembre 1899) ; vol.VI, n° 134 (samedi 12 mai 1900).J’ai également étudié les chroniques d’actualité ou les profils de personnalités littéraires dans quatorze autres numéros: vol.II, n° 25 (1er février 1896) ; vol.III, n° 68 (30 octobre 1897) ; vol.III, n° 69 (13 novembre 1897) ; vol.Ill, no 71 (11 décembre 1897) ; vol.IV, n° 78 (19 mars 1898) ; vol.IV, n° 79 (2 avril 1898) ; vol.IV, n° 80 (16 avril 1898); vol.IV, n° 99 (samedi 7 janvier 1899) ; vol.V, n° 103 (samedi 4 mars 1899) ; vol.V, n° 109 (samedi 27 mai 1899) ; vol.V, no 115 (samedi 19 août 1899) ; vol.VI, n° 136 (samedi 9 juin 1900) ; vol.VI, n° 140 (samedi 4 août 1900); vol.VI, n° 141 (samedi 18 août 1900).Enfin, j’ai fait l’inventaire des textes littéraires (poèmes, récits brefs, feuilletons, monologues en prose et en vers) contenus dans tous les numéros, de février 1895 jusqu’en janvier 1901.7.André Beaulieu et Jean Hamelin, op.cit., p.335.Prince n’y reste pas très longtemps, paraît-il ; en tout cas, dès 1898, il est rédacteur à La Presse (voir Jean de Bonville, op.cit., p.339).8.La chronique de l’actualité s’intitule d’abord « La Quinzaine » et est rédigée par « Silvio ».Le 7 décembre 1895, « Silvio » est remplacé par « Nada-Mas », « La Quinzaine » par « Chronique de Quinzaine ».À partir du numéro du 18 juillet 1896, « Nada-Mas » signe de son vrai nom, Léon Famelart ; d’après une « Note des éditeurs », celui-ci aurait renoncé à son pseudonyme à la demande des propriétaires [vol.II, n° 36 (18 juillet 1896) : 190].« Silvio » reprend la chronique dans le numéro du 2 avril 1898.Dans la livraison du 23 juin 1900, il signe « Henricus » ; un mot à la fin de sa chronique explique le changement : « Le pseudonyme de Silvio, pris par notre chroniqueur, prêtant à équivoque en ce sens qu’on attribue ces articles à un individu plus ou moins lettré qui porte ce nom, nos chroniques seront désormais signées du pseudonyme HENRICUS » [vol.VI, n° 137 (samedi 23 juin 1900): 242], On peut se demander si le « Silvio » « plus ou moins lettré » dont parle « Silvio/Henricus » est le même « Silvio », jamais identifié, qui a publié des poèmes en prose dans Le Monde illustré et La Samedi entre 1895 et 1901 (voir André Renaud, « Silvio, poète prosateur», dans Paul Wyczynski, dir., L’École littéraire de Montréal, 2e éd., Montréal, Fides, 1972, « Archives des lettres canadiennes - II », pp.335-351).Se peut-il que le poète-prosateur et « Silvio/Henricus » soient la même personne ?J’ajouterais que « Henricus » continue à signer la « Chronique de Quinzaine » jusqu’à la fin de septembre 1901 ; deux numéros après le chroniqueur « H.R.», responsable de la « Tribune » (lettres envoyées à la revue), disparaît lui aussi.Ce n’est peut-être pas une coïncidence.9.Voir la note 8 supra ; voir aussi André Beaulieu et Jean Hamelin, op.cit., pp.207 et 352.10.Voir la note 8, supra.11.Voir, à propos de Gustave Comte, Paul Wyczynski, Louis-Joseph Béliveau et la vie littéraire de son temps, suivi d’un Album-Souvenir par l’École littéraire de Montréal, Montréal, Fides, 1984, pp.108-109.Le premier article signé de Comte est du 3 octobre 1896 (vol.II, n° 41 : 272).Comte écrit des « silhouettes » musicales, artistiques et littéraires, l’une des rubriques constantes de la revue.Voir la note 31 infra.12.Voir Le Passe-Temps, vol.II, n° 33 (6 juin 1896) : 1.13.Voir Le Passe-Temps, vol.IV, n° 75 (5 février 1898) : 1.Le nouveau sous-titre : « Littérature, Musique, Théâtre et Mondanités ».14.Voir Le Passe-Temps, vol.IV, n° 91 (samedi 17 septembre 1898): 1.15.André Beaulieu et Jean Hamelin, op.cit., p.336.16.Voir Le Passe-Temps, vol.I, 19 (2 novembre 1895).17.Voir Le Passe-Temps, vol.V, n° 113 (samedi 22 juillet 1899) : 226; vol.V, n° 114 (samedi 5 août 1899): 250; et vol.V, n° 126 (samedi 20 janvier 1900) : 538.18.Voir Le Passe-Temps, vol.I, n° 22 (21 décembre 1895) : 338.19.« À nos lecteurs », Le Passe-Temps, vol.III, n° 72 (25 décembre 1897) : 2.20.Voir Jean de Bonville, op.cit., pp.223-226.21.« À nos lecteurs », Le Passe-Temps, vol.I, n° 16 (20 [sic] septembre 1895) : 252.22.Voir Jean de Bonville, op.cit., pp.313-354. 1 74__________________________________________ 23.Les rédacteurs du Passe-Temps font souvent sonner la note utilitaire dans la publicité du livre, mais ils reconnaissent ailleurs que ce qui fait acheter et lire les livres, surtout chez le grand public, c’est le côté divertissant.Les implications de cette perception du livre comme œuvre gratuite et objet d’art sont analysées avec beaucoup de finesse par François Ricard dans un article intitulé « Sur une idée de Léon Gérin ou de la littérature comme frivolité » et qui doit paraître bientôt dans Etudes françaises.24.Voir « Nos primes », Le Passe-Temps, vol.VI, n° 134 (samedi 12 mai 1900) : 191.25.Voir « Nos primes - Livres divers », Le Passe-Temps, vol.III, n° 72 (25 décembre 1897) : 394.26.Voir « Vient de paraître », Le Passe-Temps, vol.II, n° 44 (21 novembre 1896): 318.27.Voir «Bibliothèque choisie du Passe-Temps», Le Passe-Temps, vol.IV, n° 98 (samedi 24 décembre 1898) : 383.28.Voir, à ce propos, Jean de Bonville, op.cit., p.226.29.Voir « Les ateliers de couture », Le Passe-Temps, vol.V, n° 123 (samedi 9 décembre 1899) : 467.Pour un autre article de nature semblable, voir dans le même numéro, page 486, « Les femmes qui fument », et dans vol.V, 113 (samedi 22 juillet 1899) : 228, « La maladie du siècle » (il s’agit de « la névrose », « produit de cette vie à outrance qui emporte la génération actuelle »).30.On notera à propos de cette dernière qu’il s’agit de renseignements envoyés à la revue par les intéressés ; Le Passe-Temps ne fait que les rédiger.Au fur et à mesure que son aire de circulation s’étend, Le Passe-Temps se verra obligé non seulement d’ouvrir la chronique mondaine aux nouvelles venues de Québec, de Sherbrooke, d’Ottawa et d’ailleurs, mais aussi de nommer des correspondants pour les plus grands centres.„ ¦ 75 31.La rubrique « Silhouette » apparaît pour le première fois dans le numéro du 3 octobre 1896 (vol.II, n° 41 : 272).C’est Gustave Comte qui l’inaugure ; c’est aussi le premier article signé de Comte.Avant cette date, ces « silhouettes » étaient rédigées surtout par des auteurs anonymes et portaient comme titre le nom du sujet de la chronique.Voir la note 11, supra.32.Appelée tout simplement « La Quinzaine » au début.Voir la note 8 supra.33.Cette chronique s’intitule « Nos Spectacles » dans les premiers numéros.En décembre 1895, on la remplace par deux chroniques, « Courrier Théâtral » et « Soirées, Concerts, Etc.» [voir vol.I, n° 21 (17 décembre 1899)].La chronique devient «Théâtres et Concerts» en août 1896 [voir vol.II, no 38 (15 août 1896): 223], puis disparaît pendant la morte saison de l’été 1897, pour réapparaître sous le titre «Théâtres, Concerts, Etc.» en septembre 1897 [voir vol.III, n° 64 (4 septembre 1897): 268], Elle a toujours ce titre à la fin de la période étudiée dans ce travail.34.Voir «Théâtres, Concerts, Etc.», Le Passe-Temps, vol.IV, n° 99 (samedi 7 janvier 1899) : 386 ; et «Théâtres, Concerts, Etc.», Le Passe-Temps, vol.V, n° 103 (samedi 4 mars 1899) : 34.Il s’agit de très courts comptes rendus des deux premières séances publiques de l’École.Je n’ai pu trouver de références explicites à celles d’avril et de mai 1899.35.Sur ce qui constitue le divertissement « honnête » aux yeux de la rédaction, voir « Chronique de Quinzaine », Le Passe-Temps, vol.IV, n° 99 (samedi 7 janvier 1899) : 386.36.Voir « A nos lecteurs », Le Passe-Temps, vol.III, n° 69 (13 novembre 1897): 347.37.Arthur de Bussières signe 13 poèmes; Albert Lozeau, 12; Henry Desjardins et Joseph Melançon, 5 chacun ; Louvigny de Montigny, 3 ; A.J.Beaulieu, Jean Charbonneau, E.-Z.Massicotte a et Albert Ferland, 1 poème chacun.Ils ont peut-être contribué d’autres poèmes sous des pseudonymes.Le premier poème signé est de Louvigny de Montigny (« Ma ritournelle.- À une qui est brune»), publié dans la livraison du 3 octobre 1896 {Le Passe-Temps, vol.II, n° 41 : 271).38.« Les Soirées de famille.M.Jean Charbonneau », Le Passe-Temps, vol.V, n° 109 (samedi 27 mai 1899) : 129.39.«Silhouette littéraire.M.Albert Ferland», Le Passe-Temps, vol.V, no 133 (samedi 9 décembre 1899) : 465.Comte raconte qu’il a rencontré Ferland pour la première fois lors de la première réunion de l’École : « [.] il y a bien cinq ou six années de cela.C’était la première réunion de ceux qui devaient fonder l’École littéraire.Presque toute la phalange des jeunes qu’intéressait fort le mouvement littéraire alors, avait généreusement répondu à l’appel de l’ami de Montigny.Ce dernier avait fourni le local et à cause de cela nous l’avions surnommé le sauveur des lettres canadiennes.Nous n’étions pas tous millionnaires et il nous était bien difficile de contribuer à la location d’un palais assez somptueux pour y loger convenablement et nos muses favorites et nos personnalités naissantes.Les poètes et les littérateurs arrivaient à tour de rôle, il y en avait de grands avec de longs cheveux et des yeux vagues, d’autres moins grands avec des feutres à large bord.Enfin, il en vint d’autres mis comme des princes avec de [sic] chapeaux de soie qui reluisaient comme des soleils.Ces derniers avaient déjà fait leur nom dans les lettres et ils étaient père pour la plupart d’un coquet petit volume de vers ou de prose.Mon Dieu ! oui, ils avaient commis des péchés.Et tout ce monde là s’appelait Desjardins, Charbonneau, Dumont, Beaulieu, Massicotte, Comte, de Montigny, Desaulniers, Germain, Melançon, Denault, Bédard, Poitras, de Montigny, Brossard, Surveyer, Ferland, etc.» Selon Comte, Ferland est l’un des membres « les plus assidus » de l’École et « [.] un ciseleur qui travaille son vers et qui n’est pas satisfait si la pensée exprimée n’est pas harmonieuse, si les mots n’ont pas toute la sonorité voulue ».40.«L’École littéraire de Montréal», Le Passe-Temps, vol.VI, n° 134 (samedi 12 mai 1900) : 171.41.«Silhouette littéraire.M.Arthur de Bussières », Le Passe-Temps, vol.VI, n° 136 (samedi 9 juin 1900) : 217.42.L’identité d’« Émile Bélanger» semble inconnue; voir à ce propos Paul Wyczysnki, Nelligan.1879-1941.Biographie, Montréal, Fides, 1987, «Le Vaisseau d’Or», p.346.43.« Silhouette littéraire.M.Louvigny de Montigny», Le Passe-Temps, vol.VI, n° 140 (samedi 4 août 1900) : 1-2.44.« Silhouette littéraire.M.Émile Nelligan », Le Passe-Temps, vol.VI, n° 141 (samedi 18 août 1900) : 337.45.Nelligan est interné à l’Asile Saint-Benoît-Joseph-Labre le 9 août 1899 (voir Paul Wyczynski, Nelligan.1879-1941.Biographie, p.330).46.D’après Gérard Malchelosse, auteur des Pseudonymes canadiens, cité par Paul Wyczynski (ibid., p.345, note 26), il s’agirait «“d’Olivar Asselin, Gustave Comte, Charles Gill, Jean Charbonneau, Germain Beaulieu, Henri-Gaston et Louvigny de Montigny” ».47.Cité dans «Silhouette littéraire.M.Émile Nelligan», Le Passe-Temps, vol.VI, n° 141 (samedi 18 août 1900) : 337-338.48.«Silhouette littéraire.M.Émile Nelligan», Le Passe-Temps, vol.VI, n° 141 (samedi 18 août 1900) : 338.49.Voir Paul Wyczynski, Nelligan.1879-1941.Biographie, pp.344-347. 78.50.Arthur de Bussières, « Poésie.— Dégoût de vivre », Le Passe-Temps, vol.VI, n° 133 (samedi 28 avril 1900): 143.51.Voir Villemer, « Monologue.— Les voyages d’une puce », Le Passe-Temps, vol.II, n° 35 (4 juillet 1896): 176.52.Dans le numéro qui inaugure sa cinquième année, la direction du Passe-Temps se félicite de la longévité relative de la revue (« tous ses prédécesseurs n’ont jamais dépassé deux ans ») et attribue ce succès au fait d’avoir respecté les objectifs déterminés au début et d’avoir répondu ainsi aux besoins du public [voir « Notre cinquième année », Le Passe-Temps, vol.V, n° 101 (samedi 4 février 1899) : 2], 53.« La femme économe », Le Passe-Temps, vol.VI, 134 (samedi 12 mai 1900) : 189.L’article a probablement été reproduit d’une revue française.¦ DEUXIÈME TABLE RONDE Trois générations d’écriture montréalaise participants : Jean Éthier-Blais, Renée Legris, Michel Gaulin PAUL MORIN ET ÉMILE NELLIGAN Jean Ethier-Blais Je me suis permis, étant écrivain et donc spécialiste des remises en question, qui peuvent aller jusqu’à la fausse représentation (et, en ce sens, j’ai laissé tomber pour toujours le manteau d’Elie de l’universitaire) de changer le titre des propos que présente le programme.Je vous parlerai, aussi librement que possible, de deux poètes d’immense talent qui, avant d’avoir 20 ans, ont exprimé le monde qui les entourait, en poésie.Je veux dire Paul Morin et Émile Nelligan.Ils vinrent à Montréal à la même époque, parfaits contemporains leur vie durant.Pourtant combien sont dissemblables leurs destins, personnel et littéraire ?Quelle est la part de Montréal dans leur évolution ?Quelle part devons-nous assumer dans leur notoriété et leur oubli ?Rien n’est plus difficile que de se replacer dans le contexte d’une époque, surtout lorsque les témoins ont choisi de se taire.Nous-mêmes, qui avons connu le déploiement extraordinaire de notre littérature au cours du dernier quart de siècle, quelle image laisserons-nous de notre époque ?Comment les hommes de l’An 2025 interpréteront-ils l’alliage du misérabilisme sociétal et la montée d’une nouvelle bourgeoisie à Montréal?Dans quelle mesure un homme comme Jean Drapeau sera-t-il le symbole de cette prise de conscience culturelle?De quelle façon l’œuvre si pénétrante à maints égards de Michel Tremblay est-elle fidèle et infidèle à la réalité ?Pour comprendre tout cela, il faudra lire attentivement les mémoires de nos prédécesseurs immédiats et de nos contemporains.Ceux de Georges-Émile Lapalme représentent, à cet égard, un document capital qui cherche à cerner la globalité du temps qui va de Taschereau à Lesage.Les écrivains, malgré leur superbe et leur foi en la valeur intrinsèque de leur œuvre, sont peut-être, plus que quiconque, tributaires des contingences historiques.Nous avons peu de ces témoignages, recouvrant toute une existence consacrée à l’écriture.Pour la fin du dix-neuvième siècle, époque qui fait l’objet de cette communication, nous pouvons nous reporter aux souvenirs de Victor Barbeau, à ceux de Robert de Roquebrune, deux esprits féconds et critiques, mêlés de près, comme le fut aussi Ringuet, aux arcanes littéraires de l’ancien Quartier latin.Sous leur plume, deux profils de Montréal ressuscitent.Le premier est celui de Paul Morin.C’est le Montréal bourgeois.Aux abords de 1900, Montréal est une ville double, anglaise d’une part, française de l’autre.Et la part anglaise est tout aussi importante que l’autre.La bourgeoisie canadienne-française se sent des affinités mondaines, des affinités d’argent aussi, avec les puissants Westmountais.Déjà, peu à peu, elle quitte le quartier Saint-Hubert pour cette réplique française de Westmount, Outremont.Dans ses manières, son comportement social, ses goûts même, elle est fortement marquée par les valeurs anglaises.Elle reste française d’esprit, mais au niveau presque imperceptible des réactions culturelles continues, cette bourgeoisie est classe d’imitation.Inutile d’ajouter qu’il n’existe pas de liens véritables entre les deux milieux.Comme les Québécois parlent une langue traduite d’un anglais qu’ils ignorent, ainsi la bourgeoisie du Carré Saint-Louis, intellectuelle et sophistiquée, imite sans véritablement connaître.Paul Morin est le prototype de cette famille d’esprit et de mœurs.Tout en lui est à la fois vrai et un peu faux.Comme Robert de Roque-brune n’est pas Roquebrune, Paul Morin se veut le descendant de gentilshommes normands.L’un de ses poèmes les plus sentis sera consacré aux tombeaux de ces ancêtres opportuns.Devant lui-même et devant les autres, il se valorise, n’allant au Collège Sainte-Marie qu’à cheval, la cravache bien en main giclant sur les bottes, créant une distance infranchissable entre sa personne sacrée et ses camarades, pour ne pas dire, ses professeurs, ne fréquentant que quelques élus appelés à l’entendre lire ses vers et jouer du Liszt, en un mot, l’archétype du bourgeois sûr de lui et sans pareil.Dès son adolescence, il copiait Robert de Montesquieu et Oscar Wilde.Il ne lui manquait que d’être pédéraste.Derrière cette façade de prétention et cachée sous le masque, on trouve un autre univers.C’est celui de la poésie, art qui reste le reflet le plus fidèle de toutes les sociétés.Avant d’avoir vingt ans, travaillant d’arrache-pied, Paul Morin avait écrit Le Paon d'émail l’un des recueils de poésie qui donne son arête au corpus littéraire québécois.Il y retrace l’histoire d’une âme qui sera toujours exilée, d’un appétit d’universel qui ne sera jamais comblé, de la 84 réponse elle non plus jamais proférée à la question que pose la géographie de la sensibilité et cette question est la suivante : Comment, dans le milieu montréalais 1900, échapper aux affres nées de sa sensibilité historique et de la religion, affres qui vous rongent, vous détruisent et peuvent vous conduire au bord de la démence, c’est-à-dire au renoncement à soi et au don de poésie ?En somme, Paul Morin pose le problème des rapports de la littérature québécoise et de la littérature universelle.L’originalité québécoise poussée jusque dans ses derniers retranchements (et ce sera le thème de Gérante et son miroir) débouche-t-elle sur l’universel?L’écrivain québécois est-il condamné au seul public de ses compatriotes?L’univers mental que nous avons créé au cours des siècles ne doit-il pas être transcendé ?N’aurons-nous de véritable littérature qu’au prix de cette transcendance?Dans toute l’œuvre de Morin, on trouve ce rejet du provincialisme.On dira qu’il a recherché la quadrature du cercle.C’est que sa conception de la langue française était universelle.Il ne pouvait concevoir qu’on utilisât un mode d’expression universel pour créer un corpus littéraire qui ne le fût pas.L’homme Morin a fait du tort à son œuvre.Les tenants, à tous les niveaux, de la « littérature de chez-nous » ont saisi le prétexte des foucades et de la manière d’être de l’homme pour occulter le poète et son dangereux message d’universalité.Morin, qui s’endormait au cours de ses propres émissions radiophoniques, était une merveilleuse cible pour les écrivains conventionnels qu’il ne ratait jamais lorsqu’il en avant l’occasion.Mais sa poésie fait appel à un constant élargissement de l’être, à la quête d’un ineffable, à la fuite loin des préceptes à la mode dans la société montréalaise 1900.Elle se dresse dans notre littérature comme un exemple de ce qui, transformé, amplifié, redécouvert, aurait pu être et n’a pas été.Paul Morin et sa poésie sont restés à côté du chemin.Émile Nelligan, au contraire, se situe au cœur même de l’écriture québécoise.Il en est devenu l’ultime référence.Il est le jeune poète de génie, le dépossédé, le magicien qui a su transmuer en poésie nos propres expériences à venir et, cependant, le poète maudit par excellence.C’est, je crois, que, par certains côtés, il correspond aussi bien que possible à notre conception de ce que doit être la littérature.D’abord, il a le sens de l’inachevé.Aucun de ses poèmes qui ne disparaisse dans une sorte de flou psychologique et esthétique.Ceci est normal, car Nelligan cherchait sa pensée et sa forme.Ce qui importe, c’est que ce soit ces tourments inchoatifs que nous ayons retenus comme modèles, dans leur expression la plus immédiate.Il est un imitateur.Ses modèles sont français comme lui, ayant choisi de se limiter à l’introspection primaire, aux élans qui se suffisent à eux-mêmes, aux plaisirs répétés de la déréliction.Nelligan a exploité ce qu’il y a de plus facile en l’homme canadien-français de son époque, le rejet du père, étranger de surcroît, le refus du grand monde extérieur (comme lui, refusant de séjourner en Angleterre, Saint-Denys-Garneau s’enfermera à double tour dans sa chambre d’hôtel à Paris, refusant de mettre le nez dehors ; cette complaisance n’est rien si elle n’est pas morbide), la rengaine du malheur et de la dépossession contre lesquels on ne peut rien.11 faut, dit Nelligan, subir et ne pas hésiter à se plaindre hautement, car il est impossible de changer la vie.Or, à chaque étape de l’évolution de notre poésie, les poètes privilégient, sous une forme ou une autre, l’un des aspects de la personnalité poétique nelliganienne.En sorte que nous tournons en rond sur nous-mêmes, livrant au public des œuvres tronquées où nous refusons d’assumer notre condition universelle.Peut-être cette situation naît-elle aussi du fait que nous sommes la seule nation hautement civilisée qui ait accepté aussi longtemps de vivre à l’ombre d’une autre puissance.Peut-être Nelligan, dans ses poèmes du refus, répond-il, sur le mode le plus profond, à la question que nous nous posons au sujet de ce que nous sommes et de ce que nous deviendrons.En ce sens, Morin n’est-il pas venu un siècle trop tôt ?Si nous revenons à Montréal, dans ce contexte, nous constatons que ces deux poètes, de la même génération et du même âge, ne vivent pas, bien que Montréalais tous deux, dans la même ville.Le Montréal de Morin est celui des apprentis-écrivains qui refusent la bohème, des hommes d’affaires, des esprits tournés vers la France et vers l’Angleterre.Elle est un lieu commode où vivre et, surtout, d’où s’évader vers des cieux nouveaux, les plus exotiques possible.Montréal est le tremplin d’un rêve de haute et immémoriale culture.Lorsqu’après son séjour à Paris et dans le Proche-Orient, Morin reviendra s’établir à Montréal, il tournera le dos et à l’avenue du Parc, où il avait passé sa jeunesse, et à Outremont, devenue l’habitat de la bourgeoisie canadienne-française.Il s’installera résolument à Westmount jusqu’au jour des ultimes pérégrinations.Que conclure, sinon que Morin, emporté par son rêve d’exotisme, ou de cosmopolitisme, a fait abstraction de Montréal, ville dans laquelle il a vécu comme si elle n’existait pas et comme si ses habitants pouvaient tout au plus servir d’exutoires à ses propos de vieux grammairien désabusé.Son ironie s’abat sur nous comme une massue dans les derniers poèmes de Gérante.Le processus de rejet est total.Autre élément, il n’est jamais question de morale chez Morin, qui n’a aucun sentiment du péché, au sens qu’on lui donnait à son époque.Il appartenait à un milieu qui refusait, de toute évidence, cette problématique, dont on ne trouve aucune ombre dans les souvenirs de Barbeau, de Roquebrune et de Ringuet.Nous sommes, comme chez Marcel Dugas, autre témoin de marque, dans un univers qui se veut délibérément à l’écart de la masse croyante et toujours punie.Or, ce qui frappe chez Nelligan, d’une immédiateté fulgurante, c’est qu’on entend chez lui la voix du coupable.Le ton est toujours celui de la confession, des remords sans cause, du désespoir qui accompagne une vie vécue à l’ombre du péché.La ville y est omniprésente, en filigrane, comme porteuse de toutes les fautes, vaste rébus où l’âme se perd.C’est elle qui abrite, vêt, nourrit ces hommes et ces femmes qui composent l’univers de son péché.Et ce péché, quel est-il ?Sans doute d’être né poète dans un pays qui les honnit.Il y a beaucoup de pose et de « littérature » dans cette prise de position de jeune homme.Elle place le poète en merveilleuse situation ; il peut donner libre cours à toutes ses scories et, surtout, transformer son besoin d’inachevé en doctrine de vie.A cet égard, Nelligan, au contraire de Morin, se conçoit d’abord comme un poète qui n’atteindra pas la maturité.Morin accepte de vivre, tout simplement, dans une ville qui lui est de plus en plus indifférente, afin de devenir un vieux poète, celui qui, dans ses derniers vers, résume sa vie tout entière.Nelligan doloriste refuse d’accéder au pessimisme de la vieillesse; Morin, froid cosmopolite, aspire à l’expression I 88.totale de la réalité, des réalités de plus en plus minables, d’une vie.Au démon maléfique par définition, qui poursuit Nelligan jeune dans le dédale des rues de Montréal qui ressemble à un décor de Chirico, Morin oppose les ricanements de l’homme arrivé au terme de son existence, qui en a trop vu.Il associera cette vision à celles de cinémas et de bars typiquement montréalais.Il n’abdique pas.En conclusion, devant les destins si différents de ces deux poètes, je me dis que Montréal, dans son aspect encore inchoatif de 1900, comme aujourd’hui, reste la ville des profonds affrontements.Sans doute, dans un demi-siècle, notera-t-on les contradictions qui ne nous sont pas apparentes, entre la poésie, par exemple de Rina Lasnier et celle de Miron.Morin et Nelligan illustrent bien à la fois cette réalité historique et la richesse psychologique du tuf littéraire montréalais.La littérature ne peut que faire sa provende de ces affrontements.Si l’on va un peu plus loin, on peut se demander si Nelligan et Morin auraient pu se transcender, l’un acceptant la vie, l’autre l’intériorisation.Ils entrèrent en littérature à une époque où l’autonomie collective ne figurait pas au programme de notre nation.Ils sont l’un et l’autre des poètes de la Guerre des Boers, des luttes anti-impérialistes et pro-Canada d’un Bourassa.J’ai évoqué, au début de ce texte, l’interdépendance, à Montréal, des sociétés française et anglaise, ou mieux encore, la dépendance psychologique des francophones, Français soumis au poids radical de l’anglais-maître.On peut donc, à partir de l’exemple Morin-Nelligan, se demander si l’autonomie personnelle est possible sans autonomie collective, si la sujétion psychologique qui naît du rapport objectif de forces inégales, ne constitue pas une entrave impossible à rompre.Peut-être, aujourd’hui, en sommes-nous, nous-mêmes, les victimes insouciantes.À cet égard, Morin et Nelligan seraient les porteurs de notre intériorité, maladive, par la force des choses, à la recherche de l’équilibre et de notre besoin d’évasion collectif, qui trouve son exutoire, pour les intellectuels, à Paris et à New York, pour les autres à Miami.Enfin, pourquoi notre caste littéraire privilégie-t-elle Nelligan, ignore-t-elle Morin?À cause du mystère de sa vie?De la richesse des témoignages qui l’entourent?Des motifs de soleil noir de sa poésie ?De la continuité souterraine qui le lie à une série de poètes mineurs français, de même nature mélancolique que lui ?Parce qu’il exprime mieux le débat religieux, que nous acceptons et refusons, qui est au centre de notre nature ?Je pose des questions, sans proposer de réponse.A trente ans, sûr de moi, j’aurais répondu ferme.Aujourd’hui, je questionne le temps et ses œuvres.Il doit en être ainsi lorsqu’on se rapproche inéluctablement du grand point d’interrogation. LA MÉTROPOLE DE ROBERT CHOQUETTE ENTRE L’IMAGINAIRE ET LA RÉALITÉ Renée Legris Robert Choquette est l’un des fondateurs de F Académie canadienne-française, et c’est par son œuvre poétique qu’il s’est acquis la reconnaissance de cette institution vénérable.De son œuvre en prose, moins connue et moins étudiée, c’est à n’en pas douter le radio-feuilleton qui a fait école et qui s’est imposé par son originalité.A l’occasion de cette communication je voudrais rendre un hommage à cet auteur pour l’audace qu’il a eue au cours de sa carrière en relevant le défi d’écrire une œuvre littéraire dans l’éphémérité des médias bien qu’il fût pourtant convaincu de son importance pour la postérité.L’institution littéraire qui nous reçoit aujourd’hui reconnaissait «ce prince des poètes», l’un des piliers de sa génération.Qu’en était-il du feuilletoniste radiophonique qu’on excusait dans les années 40 d’écrire pour «le peuple», ces auditeurs québécois fidèles, à la grandeur du territoire.Nous savons que la critique de l’époque regrettait qu’il gaspillât tant de talent dans les médias.Et pourtant, c’est là qu’il donnait la mesure de son art de feuilletoniste, mais surtout de dramatuge au sens le plus complet du terme, puisqu’il a pendant longtemps réalisé lui-même ses émissions radiophoniques.Il m’a semblé significatif de resituer dans un bref panorama les grandes images de la ville imaginaire dans l’œuvre de Robert Choquette et de retracer, dans un premier temps, la démarche littéraire du poète afin d’éclairer celle du radiodramaturge.Car c’est dans Metropolitan Museum (1931) que se construit l’image initiale — fondatrice — du thème urbain.Pour décrire cet espace poétique, d’abord modelé sur la ville new yorkaise et initié en même temps qu’il prépare les premières esquisses de Suite marine (1953), Choquette développe une double isotopie métaphorique, révélant déjà les analogies qu’il saisit entre la ville de la modernité et la puissance de l’univers marin.La ville autour de moi levait ses bras de pierre, Les bruits heurtant les bruits faisaient un seul clairon ! Vivre [ Fruit amer de la vie.Te mordre ! Être emporté où la fête convie.Sur la barque du bruit sans voile et sans rameurs ! Les foules remuaient, les foules aux marées Contraires, dont les flots emmêlent leur rumeur.Je m’y jetai, d’une âme intense, immodérée.La passion qui soulève le poète happé par cette vie ardente de la ville moderne contraste avec certains motifs d’une vision passéiste de la vie urbaine québécoise, qu’on retrouve dans quelques poèmes de Poésies nouvelles (1932).La ville y est perçue comme dysphorique, dans «Village»: Fils de la ville, enfant de tristesse et de bruit.Ambitieux morose et qui te plains sans trêve (p.205) et dans «Recommencement», la fuite vers la nature et la campagne s’offre comme une compensation à la culture urbaine.Hélas ! je le vois bien moi qui n’eus d’horizon Que les murs sans couleur de la seule raison, Fils de la ville obscure, et qui grandis en elle.Je ne sais presque rien de la terre étemelle, Mais au-delà du motif de la terre cosmique, le sens du poème découvre la quête d’une nouvelle vérité par le retour aux sources mêmes de la nature, une remise en question de l’idéologie traditionnaliste laissée en héritage.Il faut tuer en moi les mensonges latents, Les légendes, les préjugés, les craintes vaines Que le sang des aïeux a glissés dans mes veines ; Abattre le passé croulant comme un vieux mur Où la vérité rampe auprès du mythe obscur, Et je dois oublier tous les noms de l’histoire.« Recommencement», publié en 1932, propose tout un programme à un poète de 27 ans, qui ose questionner les vérités reçues.Sans doute que le défi qu’il se donne, en entrant dans le « monde » de la radio, en ces mêmes années, est-il symbolique pour lui de cette modernité dont il est en quête depuis son voyage, en 1925, à travers les États-Unis1. Ainsi dans sa première œuvre où la ville s’inscrit en force comme thème, mais plus encore comme motif littéraire, Choquette construit une image exemplaire de la modernité, dont New York est l’archétype.Ville de l’évolution technologique2 et des communications3, cette ville de l’avenir se reconnaît choquettienne aux figures du mouvement, aux bruits, à l’agitation humaine qui comme éléments poétiques sont subordonnés à l’isotopie marine.Ces perceptions de l’univers urbain façonnent une image de l’autoreprésentation du poète dans la ville et de son rôle d’interface.«La ville était en moi comme j’étais en elle ! » Cette osmose de l’homme et de l’urbain4 me semble être la clé de toute la démarche littéraire du radiodramaturge Choquette.Et son poème qui proclame : «Je suis l’Homme moderne, aux villes jusqu’aux nues», infère une orientation nouvelle de la littérature québécoise des années 30 qu’il annonce.En effet, Choquette rompt avec le régionalisme littéraire de la poésie et des romans de la terre en pleine éclosion, entre 1933 et 1939, dont Trente arpents est leur chant du cygne, et prépare Le Fabuliste La Fontaine à Montréal.Ecrire pour la radio est pour lui une manifestation de son américanité et une affirmation de la modernité dont Metropolitan Museum inscrit la vision particulière dans l’espace culturel new yorkais5.Montréal dans l’œuvre radiophonique L’année 1932 marque le commencement de sa carrière radiophonique.Deux ans plus tard, délaissant le folklore et les contes ou légendes du Québec, il se propose comme thème T exploration de la vie montréalaise, à l’occasion d’un programme de dramatiques, diffusé par la Commission canadienne de la radiodiffusion à Montréal (CRCM).On y trouve la genèse des motifs urbains de la Pension Velder et de Métropole comme prolongement naturel de cette première série de quinze radiothéâtres.Dans Le Fabuliste La Fontaine à Montréal, tout comme dans les radioromans, le cadre fictif des dramatiques est modelé sur un Montréal apparemment réaliste, mais dont la construction par fragments (unité dramatique des tableaux de la société montréalaise) constitue une cartographie du Montréal imaginaire, enrichie de toutes les connotations relatives à une société hiérarchisée et fictive.L’espace urbain montréalais se présente comme le réseau complexe d’une circulation de signes où s’inscrivent métonymiquement les multiples aspects de la vie sociale, économique, culturelle, interlope.Ces signes se répartissent en éléments de discours (façon dont les personnages s’expriment selon leur milieu social, leur éducation, leur idéal) en descriptions assumées par le narrateur ou des personnages, mais aussi en manifestations sonores de l’activité métropolitaine saisie dans sa quotidienneté, ce que permet la radio et ce qui en fait un élément de son esthétique.Les institutions représentatives de la vie urbaine montréalaise y sont figurées comme espace des actions et des fonctions sociales : Université de Montréal (encore sur la rue Saint-Denis), Bibliothèque Saint-Sulpice, salle de conférences et de concert du Plateau, Cercle universitaire.Palais de justice, hôpital, restaurants, hôtels Windsor ou Ritz, institution d’enseignement (le Mont Saint-Louis), église Notre-Dame, etc.Les principales artères de la ville 96.avec leurs magasins, leur foule, sont évoquées régulièrement, les nombreux déplacements et mouvements des personnages dans les zones commerciales, magasins, boutiques.bars, configurent certains aspects de la ville économique que Choquette fait entendre à ses auditeurs à la radio.De plus, le cadre spatio-temporel, dans lequel les rapports conflictuels de classes se manifestent, prend une valeur psycho-sociale qui fonde une symbolique des espaces montréalais.Et par le traitement sonore et suggestif (conno-tatif) dans lequel Choquette excelle, se transforme la plus banale salle de billard montréalaise en un lieu typique du milieu interlope où se regroupent les petits criminels, fraudeurs, voleurs, délinquants et marginaux que fréquente un temps Alexis Velder pour son plus grand malheur.Une parade de mode ou un concert dans l’un ou l’autre des hôtels de la ville servent de prétexte à introduire l’auditeur dans ces lieux réservés à la classe fortunée, à peindre les mœurs du milieu bourgeois — non sans humour, parfois avec ironie —, et à présenter un modèle de comportements et d’expression sociale, qui a ses codes, ses espaces, son langage.Géographie imaginaire de Montréal La géographie montréalaise de Choquette n’est ni celle de Victor-Lévy Beaulieu, ni celle de Michel Tremblay.Le découpage urbain de La Pension Velder établit comme centre montréalais le quartier Saint-Jacques, où la vie universitaire et culturelle occupe un champ d’activités privilégié.L’espace périphérique c’est le milieu outre montais de la bourgeoisie commerçante et professionnelle, qui entretient des liens avec Westmount.Cette représentation spatiale, marquée par de légères frontières, mais surtout par .97 beaucoup de préjugés, est une construction imaginaire tout à fait différente de celle qui préside à l’image d’Épinal de Montréal, dont le centre axial est la rue Saint-Laurent, délimitant un autre système de valorisation et de signification des espaces de la ville6.Ce premier motif littéraire d’un centre ville défocalisé innove tout autant que le Montréal-Nord/Mort, révélé dans les années 70 par Victor-Lévy Beaulieu.Avec le développement des intrigues au gré des années de diffusion des radioromans, la tension entre deux pôles urbains se modifie et les rapports de force qui se jouaient entre les deux figures magistrales de ces milieux s’atténuent.Mina Latour s’est affrontée à Joséphine Velder sur le terrain de la pension Velder, alors que d’autres combats se feront dans les espaces du milieu des affaires ou même de la vie mondaine.Si Mina Latour souhaite garder l’étanchéité du milieu outre montais et des valeurs bourgeoises qu’elle proclame, elle tente en vain de nier les métamorphoses sociales d’un Montréal en transformation.Au-delà des raisons de cœur qui feront échec à ses projets, c’est la poussée socio-logique des réseaux multiples de la vie urbaine qui lui font la lutte.Les nouveaux rapports sociaux, l’évolution collective et les échanges entre les espaces symboliques finissent par éliminer le clivage social qui polarise l’œuvre à son départ.Le haut plateau outremontais s’oppose pour un temps au bas de la ville.Mais ce bas est aussi son centre vital où les valeurs nouvelles et les nouvelles alliances permettent la modification du système sociétal. 98 Les dangers de la ville : le milieu interlope Si la vie urbaine n’est pas explorée sous l’angle de la vie du prolétariat et des problèmes que génère la vie industrielle, c’est que le Montréal imaginaire de Choquette est surtout marqué par le commerce7.Vie mondaine et vie culturelle occupent les deux pôles du divertissement et des relations dans la ville choquettienne, mais l’aspect le plus spécifique de la vie économique est assurément celui du commerce, entreprises plus ou moins grandes dispersées dans l’espace urbain.Si les images de la crise économique ne sont pas explicitées dans Le Fabuliste La Fontaine à Montréal ni dans La Pension Velder (ces deux œuvres radiophoniques diffusées en cette période cruciale des années 30) cependant la difficulté de trouver de l’emploi pour les jeunes (dont Alexis), qui se transforment en fraudeurs, n’est pas étrangère à la situation de la crise.De même, les besoins financiers de madame Velder émergent-ils avec le contexte économique difficile et ils doivent être lus en regard de ce fait socio-historique.C’est aux interstices de ces espaces socio-économiques que les milieux interlopes stucturent leurs divers projets ajoutant une instance importante à l’univers choquettien de la ville.Ainsi cherchent-ils à rémédier à leur problème de «hors-classes» en exploitant par la ruse et la fraude les milieux d’affaires et les riches.La ville voit donc évoluer d’étranges personnages du milieu interlope, qui menacent surtout la légalité du monde des affaires au gré des actions qu’ils entreprennent.Les délinquants et trafiquants malhonnêtes apparaissent cependant plus souvent comme des marginaux, et comme des victimes du milieu urbain et de 99 ses rencontres hasardeuses que comme de dangereux criminels.Leur action sert de lieu d’ancrage aux intrigues policières8.Recherche des coupables, enquêtes, procès, prison, réadaptation, autant de motifs que Métrople explore.Bibi et Frisé Côté, Crin-Blanc, Fantôme, Dolly, Poignard, Ti-Croche, Madeleine, autant de noms de filous qui dessinent, dans Montréal, les chemins de la quête policière et des conflits qui opposent les tenants de l’ordre et les contrevenants.Ces intrigues policières ont mis en valeur non seulement le suspense, mais une interprétation de la psychologie de ses délinquants qui sont saisis avec une humanité rare et une sympathie dont Choquette avait le secret, à l’instar sans doute de Simenon qu’il lisait et dont il a fait plusieurs adaptations radiophoniques9.Montréal une ville francophone Dans son œuvre radiophonique, Robert Choquette a créé une ville francophone, où ses personnages s’affichent comme maître du territoire10.Si le milieu anglophone est allusivement évoqué, celui des commerces à l’ouest, il est rarement manifesté dans les actions dramatiques où évoluent les personnages, car toutes les activités dans la ville imaginaire se font en français.Affirmation du fait français ! Prophétisme ! Occultation du fait anglais, peut-être !u II est certain que la nécessité de la radio monolingue a permis de donner un pouvoir symbolique au français dans Montréal, et cette perception de la langue de la collectivité a joué autant dans la réalité sociologique et historique que dans l’imaginaire des radiophiles. 100.Ainsi, l’espace urbain que propose Robert Choquette à son public (de la fin des années 30 jusqu’au milieu des années 40) renouvelle l’image de la vie française et va à l’encontre de l’idéologie du roman de la terre qui voyait dans la ville une menace pour la langue et la culture françaises.Et la configuration linguistique de son œuvre radiophonique — qui l’a toujours préoccupé, s’inscrit dans une recherche esthétique et littéraire.La langue parlée des personnages est une langue colorée d’où l’anglicisation est bannie.Le reproche que lui faisaient d’ailleurs certains critiques concernant le manque de naturel de certains dialogues de ses personnages me semble en partie tenir à cette esthétique propre à un français littéraire, assumé par des personnages qui ne reproduisent pas la langue des Montréalais, mais qui en créent une, différente, parce que non mimétique.Et en cela les caractéristiques des styles propres aux personnages urbains dans l’œuvre de Choquette ou de Pierre Dagenais12, et aux personnages ruraux de Claude-Henri Grignon définissent bien l’originalité littéraire de chacun de ces auteurs.L’étranger dans Montréal La question de la langue dans le Montréal choquet-tien a été davantage posée par le fait que deux idiomes de la même langue française sont mis en parallèle que par l’affrontement de l’anglais et du français.On a pu s’étonner de trouver au début de La Pension Velder, une protagoniste immigrée, dont la langue connotait une figure étrangère et se présentait comme signe de la présence d’autres ethnies dans la vie urbaine montréalaise.Choquette avait trouvé par ce subterfuge une solution au parler de son personnage d’un milieu peu fortuné, mais dont la langue avait une qualité indéniable.Joséphine Velder, immigrée de Belgique, s’imposait à divers titres comme le personnage idéal.Sa langue gardait des traits singuliers, (discrets, diraient les linguistes) comme figure des différences ethniques dans la ville.Et grâce à cette identité, Madame Velder pouvait affronter toutes les contestations et trôner pour ainsi dire au centre du Montréal de Choquette, dans lequel elle était tout à fait intégrée.Ces traits de l’ethnicité belge ont servi la cause des amours d’Élise qui, grâce à ses origines bruxelloises, suscite l’intérêt de Mina Latour et de son fils Marcel.De même, après de singuliers combats, Joséphine Velder imposera le respect à Mina Latour.En effet, bien qu’outre montai se mais de souche récente, Mina n’a ni l’auréole de l’héritage européen, ni la langue, ni ce fond de culture que la nationalité belge semble octroyer de fait.Dans l’univers imaginaire des personnages, ces traits définissent une supériorité culturelle sans conteste dont Joséphine usera toujours à bon escient et que le milieu des Latour lui reconnaîtra.Dans Métropole, ces qualités lui seront un atout suprême pour conquérir le cœur de M.de Bienville, descendant des seigneurs de la Nouvelle-France et dont le prestige de l’aristocratie servira à marquer les longues étapes de l’ascension sociale dans le milieu montréalais; la bourgeoisie commerçante n’étant qu’un échelon de la hiérarchie.La figure de l’étranger sera rappelée une autre fois dans Métropole avec le personnage de Simon Karavitch, cinéaste de réputation internationale (et fiancé de Geneviève de Bienville qu’il épousera dans la dernière année du 102.feuilleton, 1956).Cette donnée paraît anecdotique.Elle permet cependant à Choquette de rappeler implicitement un Montréal ouvert au cosmopolitisme, et qui dans sa réalité historique recevait, à cette même époque, de nombreux immigrants des pays de l’Est, ravagés par la guerre et menacés par le totalitarisme soviétique.Nous retrouvons donc dans la configuration de l’étranger intégré à Montréal les notions d’altérité, de différence, de supériorité.L’idéalisation de l’Européen n’est pas un aspect nouveau mais il est donné comme un critère permettant de générer, à partir d’une autre instance, la symbolisation du conflit de classes et sa résolution13, ou alors les convivialités entre personnages partageant les même valeurs.La figure de l’immigré est aussi proposée comme un apport dont s’enrichit la culture montréalaise, tant dans le domaine linguistique qu’artistique.Fin de l’idéologie du roman de la terre Avec ses trois œuvres radiophoniques majeures, Robert Choquette se met en marge du régionalisme littéraire encore représenté dans La Pension Leblanc (1928) et Le Curé de village14.Dans La Pension Velder surtout, la laïcité englobante des valeurs proposées devient une expression de la modernité de la vie urbaine québécoise qui semble s’affranchir des trois paramètres de l’idéologie de conservation : nationalisme, langue et religion.La majorité des personnages se posent comme urbains, sinon de souche du moins par leur acculturation évidente : adaptation aux mœurs urbaines, au travail et aux loisirs, à la rapidité des communications, à la langue (lexique, système référentiel) de la ville.Si le personnage de Pierrot Picotte est un réprésentant sympathique mais souvent dérisoire du milieu villageois, il est l’un des rares à s’inscrire comme personnage de la campagne, dont les comportements sociaux et langagiers l’identifient au monde rural.Il est un faire-valoir de l’urbanité des autres personnages.Dans les radioromans de Choquette, à l’exclusion du Curé de village, la représentation de la famille se profile en contraste avec celle de l’idéologie de la terre.Si les valeurs traditionnelles demeurent, elles sont transformées par le contexte.La femme comme mère affirme bien sûr sa toute puissante dans le domaine de la gestion quotidienne, mais elle se préoccupe davantage de toutes les questions relatives à la culture et aussi de la vie sociale, que les avantages de la classe bourgeoise permettent15.Les activités de Mina Latour sont un modèle que les générations plus jeunes adapteront aux nouvelles exigences de la vie féminine, plus consciente de ses capacités intellectuelles et artistiques.Élise Velder, Gaby Fontaine, Florence Papineau, prolongent les rôles traditionnels, alors que Huguette Latour, Claude Renaud et Geneviève de Bienville orientent leur quête d’identité vers des professions.Ainsi la configuration de la famille nombreuse se transforme, et la jeune génération de femmes dans Métropole se propose des rapports différents dans la vie du couple.C’est aussi dans la famille que la conservation des valeurs linguistiques s’affirme, et les préoccupations de madame Velder tout autant que de Mina Latour à ce propos sont indicatives de la fonction éducative dont la femme demeure dépositaire.Mina Latour en fera son arme d’ailleurs pour marquer sa différence sociale, mettant un grand soin à parler selon les normes les plus correctes.Quant à Marcel Latour, il n’hésite pas à manifester, au-delà de l’usage quotidien de la langue, que la poésie est l’expression la plus haute de son amour pour Élise.L’intérêt pour la langue est également l’apanage des intellectuels (peu nombreux, il est vrai) dans les radioromans, ceux-ci étant relayés par les professionnels, notaire, médecin, juge, publicitaire, professeur, dont la formation permet un élargissement de la culture à leur spécialité.L’idéologie de la terre qui voit la ville comme menace à la langue est modifiée par celle de la manifestation de son usage performant.Comme indices majeurs d’une rupture avec les thèmes du roman de la terre, il faut aussi noter le silence à propos de l’institution ecclésiale et du pouvoir clérical, qui n’ont pas d’influence marquée sur leur culture et la vie familiale des personnages.De même en est-il de l’absence de référence à la vie paroissiale fermée sur elle-même qui fondait la toute puissance de l’éducation religieuse et de la hiérarchie cléricale dans les romans de la terre16.La vie urbaine est laïque, respectant le passé et la tradition de la vie rurale, mais organisée selon un tout autre système référentiel17.La vie religieuse est devenue affaire de conscience, donc plus intériorisée, et elle ne se manifeste collectivement qu’à certaines occasions de la vie sociale : fêtes de Noël, mariage ou baptême.Il faudrait aussi noter que la ville et son caractère composite ne provoque pas, dans les radioromans, la perte de l’identité du sujet et le sentiment crucial de l’anonymat des grandes villes.Par la mise en situation dramatique et l’évolution de l’action, l’auteur suit à la trace ses personnages et par leur énonciation se construit un univers dont ils participent à leur mesure.Dans l’œuvre radiophonique de Robert Choquette et dans la plupart des radioromans qui seront difffusés après 1939, l’acculturation urbaine des personnages est déjà réalisée quand les œuvres commencent.Ainsi une vie collective et culturelle en expansion favorise l’osmose entre un savoir sur la ville et le désir d’en être que suscitent les œuvres de Choquette.La fascination qu’il pouvait opérer dans l’imaginaire de l’auditeur, où qu’il fut à travers le Québec, s’explique sans doute par ce plaisir sonore et par le jeu dramatique qui accompagnaient la découverte d’un univers littéraire nouveau. NOTES 1.Dans un article à paraître de Pierre Pagé, « Montréal et la naissance d’une nouvelle culture publique », l’étude de la publicité faite sur « La semaine de la radio », démontre l’importance de la radio et la communication internationale, au cours de cette même année 1932.«Par le Salon de la radio, le Québec s’insère dans le mouvement du monde moderne, et il quitte du même coup, son isolement et son traditionalisme ».Tel est le leitmotiv d’un discours publicitaire proposé aux Québécois qui répondent massivement à cette nouvelle façon de se situer dans l’espace international.Et Pierre Pagé note : « Le conservatisme québécois, qu’on associait à la vocation agricole de la nation, est éclipsé par le désir de dépasser les frontières et de vivre selon des mœurs nouvelles.C’est ce que propose Choquette qui fait voyager ses personnages jusqu’à New York dès la première année de La Pension Velder.2.« Pourtant : les fleuves détournés, les rocs ouverts D’où jaillissent les trains des belles aventures ?» (p.174).3.« Je mesure au compas les astres exilés.Et je nage secret sous la trame des ondes Ou dérobe à l’oiseau sa gloire d’être ailé ; Et mon verbe électrique a ceinturé le monde,» (p.174).4.« Et de sentir autour de moi Se dérouler la Ville Folle, Je ne sais quel aveugle émoi, Quelle fièvre au delà des paroles Multipliait mon cœur en milliers de rayons ! La ville était en moi comme j’étais en elle ! Essor de blocs ! élans d’étages ! tourbillon De murailles qui font chavirer les prunelles ! [.] 107 Je marchais, je ne savais rien, Hors que vivre est une œuvre ardente.[.] Et du fond de la ville, obscur creuset Où bout le sort futur de l’homme et de la femme, Des voix, qui ressemblaient aux clameurs de mon âme, S’élevèrent brûlantes, et disaient : «Je suis l’Homme moderne, aux villes jusqu’aux nues ! Je suis celui dont le sang continue Le long tourment d’espoir laissé par le passé ! » (Metropolitan Museum, Fides, p.172-175).5.Les deux poètes, Choquette et Alfred Desrochers, ont en partage ce thème de l’américanité dans leur œuvre poétique, cf Legris, Renée, « La Correspondance DesRochers/Choquette ou l’écho des poètes », dans Studies in Canadian Literature, vol.15, n° 2, Spring 1991.6.Comme on le trouve dans Mater Europa de Jean Éthier-Blais.7.La portée du titre de métropole accordé à Montréal est limitée dans les radioromans, trop peut-être, dans la mesure où le commerce international et la manifestation de ses réseaux n’est pas objet de dramatisation par l’auteur.Ce sont plutôt les petites entreprises, magasins et commerces de toutes sortes, ainsi que les travailleurs autonomes qui sont présents comme signes de cette activité.8.Les voleurs et filous, criminels de petites tailles ne sont jamais des figures du danger moral et de la perversion que suggèrent des œuvres comme Trente arpents ou La Terre paternelle à propos de la ville, cf Legris, Renée, Robert Choquette, romancier et dramaturge de la radio-télévision, Fides, 1979, 280 p.(p.194 ss.). 108.9.cf Pagé, Pierre, Renée Legris et Louise Blouin, Répertoire des œuvres de la littérature radiophonique québécoise 1930-1970, Fides, 1975, 820 p.10.De l’Est montréalais (autour des rues Delormier et Fullum) à l’ouest (qui conduit les personnages au-delà de la rue Guy), du sud (qui découpe l’espace judiciaire du Palais de justice où pratique Marcel Latour) et de la Place d’Armes (où émerge l’église Notre-Dame mais aussi la vie active du monde des affaires dont le journal La Presse) à la partie nord et nord-ouest (dont Outremont, puis Westmount et Ahuntsic balisent les limites) se construit le Montréal imaginaire choquettien.IL Pourtant Choquette, Américain de naissance, réinséré en 1915, à l’âge de dix ans, dans Montréal, n’a rien d’un anglophobe.Plus encore, il s’est toujours fait le défenseur de la culture francophone au cours de ces années où son œuvre littéraire se construit, et il a choisi de mettre en valeur ce qui dans sa conscience d’écrivain était un bien absolu : la langue de ses pères marque son identité québécoise qu’il a préférée à son droit à la nationalité américaine.12.Faubourg à m’iasse (1948-1952) de Pierre Dagenais a aussi proposé une vision très originale de la vie urbaine, celle d’un milieu pauvre de Montréal, milieu d’artisans qui, loin des usines, cherchent encore à survivre et qui péniblement découvrent les entraves de la pauvreté à l’éducation et au développement individuel et collectif.Ce milieu du faubourg est confronté aux trafiquants de drogues, dont Charcoal est le grand «patron» recherché par la police, et qui se sert des jeunes et des marginaux du milieu comme intermédiaires.La grande quête du détective François Rivard révèle le réseau caché et permet une confrontation des pouvoirs dont il sera la victime.La langue de ce radioroman est particulièrement marquée par la couleur locale et populate, elle représente dans la modification de certains traits phonétiques un parler québécois urbain, conçu comme un travail de création dramatique, antérieur à ce que Michel Tremblay a tenté de faire au théâtre.13.Le Voleur de parcours (p.63) cite entre autres la problématique de Michel Morin et Claude Bertrand, dans Le Territoire imaginaire de la culture (HMH, 1979, p.103 à 156) à propos de la vision de la culture québécoise et de la figure de l’étranger chez les écrivains des années 60.14.Il s’agit d’une œuvre commandée par les commanditaires Dow en 1935 et diffusée à CKAC (1935-1937).Elle est publiée partiellement en 1936.15.cf R.Legris, « La Condition féminine en mutation : le radio-feuilleton québécois 1930-1970», dans L’Annuaire théâtral, Société d’histoire du théâtre du Québec (SHTQ), no 7, printemps 1990, p.9-34.16.Monsieur Sicotte, professeur de musique au Mont Saint-Louis, est un laïque.17.Le thème religieux dans Métropole sera évoqué de façon ponctuelle et comme une part de la culture religieuse toujours active dans la société québécoise.On y trouve le personnage d’un oncle religieux et l’entrée au couvent de Geneviève de Bienville, qui n’y demeure pas longtemps. IMAGES DE NOTRE BOURGEOISIE: MONTRÉAL DANS L’ŒUVRE DE JEAN ÉTHIER-BLAIS Michel Gaulin Chaque homme porte dans son cœur un pays étranger.Il ne devient lui-même qu’après l’avoir découvert et exploré.(proverbe allemand)1 Dans toute l’œuvre de Jean Éthier-Blais, on aurait sans doute trop des doigts d’une seule main pour compter les évocations de la vie rurale.Celles-ci se limitent, en réalité, à quelques allusions (la glèbe du cimetière de Saint-Ours, au sein de laquelle dorment les ancêtres, le « magasin général» de l’enfance de Marcel Dugas), ou encore à des descriptions parfaitement idylliques de la campagne, telles celles de la ferme où vivent les parents de Simon Beauvais, l’un des jeunes collégiens des Pays étrangers. C’est donc dire que Jean Éthier-Blais est essentiellement l’écrivain de la ville.« Notre petite ville », dit-il toujours en évoquant le lieu de ses origines et de son enfance.Sturgeon Falls, en Ontario.Dès ce moment, l’autre pôle de son existence, c’est encore une ville, Ottawa, où étudient déjà ses aînés, et d’où proviennent par leur entremise les précieux livres qui nourrissent l’intelligence et l’imagination vives de cet enfant précoce.Ottawa, c’est aussi le lieu du premier triomphe intellectuel, ce concours de français remporté au printemps de 1938 et dont le prix, fabuleux pour l’époque, donnait droit à huit années d’études chez les Jésuites, à Sudbury.C’est donc dans cette autre ville perdue du nord de l’Ontario que s’affinera la sensibilité adolescente, que prendront forme le caractère et la personnalité, que s’accroîtra, à bouchées doubles, le bagage des lectures.Et puis, un jour de la fin de l’été 1946, déjouant à la fois les visées de ses professeurs qui le destinaient à la prêtrise, et celles de sa famille qui eût aimé faire de lui un avocat, le futur écrivain arrive à Montréal pour y poursuivre des études de lettres.Cette ville, il la connaît déjà par ses maîtres jésuites — dont plusieurs, Hertel au premier chef, se considéraient sans doute en exil à Sudbury — qui lui en ont abondamment parlé.Mais il aura maintenant l’occasion de l’explorer par et pour lui-même, de se pénétrer à fond de son climat intellectuel et moral pendant ces deux années, de 1946 à 1948, au cours desquelles s’achève la carrière de professeur de l’abbé Groulx à l’université de Montréal, tandis que Borduas et ses disciples, de leur côté, préparent le coup de boutoir de leur Refus global.Mais bientôt, au hasard combiné des études et d’un début de carrière diplomatique, d’autres villes appellent: Paris, Munich, Hanoï 113 même, avec, en contrepoint, Ottawa de nouveau, où s’opère le passage de la diplomatie à l’enseignement.Mais, à l’orée des années soixante, c’est Montréal qui appelle une fois de plus: dès lors, le sort en est jeté, c’est à Montréal qu’Éthier-Blais fera sa carrière de professeur et d’écrivain, c’est là que pendant près de trente ans il tiendra chronique au Devoir, c’est là, au bas mot, que s’accomplira son destin d’homme et d’écrivain.Montréal figure donc parfaitement dans sa vie ce «pays étranger» que l’on «porte dans son cœur» et au contact duquel on ne devient soi-même «qu’après l’avoir découvert et exploré».Pour le citadin qu’est Jean Éthier-Blais, il va donc de soi que la littérature ne puisse être autre qu’un phénomène urbain.Déjà, dans l’un de ses premiers livres, Signets II, paru en 1967, il posait à cet égard le principe suivant: « [.] la littérature canadienne-française est née avec les villes et en particulier avec Montréal.Le climat des villes est partout nécessaire aux lettres ; c’est cet air qu’elles respirent le mieux »2.Cela ne veut pas dire pour autant que la naissance de la littérature dans la pleine acceptation de sa vocation urbaine ait été facile.Éthier-Blais poursuivait en effet : Il ne s’ensuit pas [.] que les écrivains canadiens-français entrèrent de plain-pied dans cette atmosphère nouvelle.Au contraire, ils écrivirent d’abord dans l’effroi.Les nouveaux citadins transportèrent leurs craintes maléfiques, depuis la campagne, avec leurs pénates.Ils tentèrent de reconstituer à la ville leur mode de vie ; les bicoques entourèrent l’église et le presbytère, la vie continuait, sauf que l’usine 114 (la célèbre «manufacture») avait remplacé les champs.La ville demeurait psychologiquement lointaine; Montréal était une entité anglaise, donc protestante et donc souillée {ibid.).C’est cette conception vieillotte de la ville comme lieu de transgression et de péché, conception empruntée, faut-il le rappeler, à l’idéologie du terroir et à son expression littéraire, le roman de la terre, qui expliquera le mieux, pour Jean Éthier-Blais critique, le sens de l’entreprise poétique de Nelligan, par exemple.3 Mais, plus remarquable encore, dans cette citation, me paraît être la description de la ville elle-même dans sa laideur : ces bicoques qui entourent l’église et le presbytère, comme elles le faisaient jadis à la campagne.Dans son œuvre d’imagination, Jean Éthier-Blais rejettera cette conception passéiste de la ville, en particulier en ce qui a trait à Montréal.Guère pour lui, en effet, le misérabilisme que dépeignait encore, en 1945, le Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy.Au contraire, le Montréal de Jean Éthier-Blais écrivain d’imagination est le Montréal de bon ton de notre bourgeoisie, d’où le titre que j’ai donné à cette étude dans laquelle je voudrais me livrer à un examen rapide de l’image de Montréal telle qu’elle se dégage, notamment, des deux romans publiés en 1982 et 1988 respectivement.Les Pays étrangers et Entre toutes les femmes4, et de la nouvelle éponyme du recueil paru en 1986, Le Désert blanc5.*** Il convient d’abord d’observer que chez Jean Éthier-Blais, l’espace physique montréalais est à peine esquissé: 115 il se limite, à toutes fins utiles, à deux axes nord-sud, la rue Saint-Denis, d’une part, avec ses espaces bien caractérisés (l’ancien Quartier latin, le carré Saint-Louis), l’avenue du Parc, d’autre part, depuis P Hôtel-Dieu jusqu’à l’avenue Laurier par laquelle on accède à Outremont.Autrement, tout juste les points de repère qu’il faut pour créer une atmosphère (à Outremont, par exemple, l’église Saint-Germain ; à Westmount, Saint-Léon), soit encore pour évoquer un souvenir littéraire (le tombeau de Nelligan au cimetière de la Côte-des-Neiges) ou servir de symbole à une leçon de choses d’ordre historique (la statue de George-Étienne Cartier, à flanc de montagne, avenue du Parc; sa maison dans le Vieux-Montréal).En réalité, le Montréal qui intéresse Jean Éthier-Blais, c’est le Montréal mythique, celui des écrivains et du souvenir qu’ils ont laissé.C’est à ce moment-là que la configuration physique de la ville a pour lui son utilité, comme en témoigne ce passage des Pays étrangers, à l’occasion d’une errance nocturne de Germain Laval, prête-nom de François Hertel, dans la ville assoupie : Germain Laval aimait Montréal, ses rues étroites aux maisons délabrées, l’incongruité des palais du commerce ou de la finance surplombant un quartier de bicoques, les chaussées à ornières, le peuple montréalais au regard triste et à la répartie vive.Il se retrouva au Carré Saint-Louis.[.] Il regardait l’Institut des sourdes-muettes où avaient vécu Fréchette et Marcel Dugas.[.] Il était seul dans ce jardin, entouré d’ombres d’écrivains, Fréchette, Dugas, Nelligan, Roquebrune, tous les hommes du 116.Nigog.Il eut envie de s’adresser à eux, comme aux dieux tutélaires de la seule race à laquelle il appartînt de plein gré, la race des hommes de la plume (p.316-317).A ce titre, les Pays étrangers, la première œuvre romanesque de longue haleine, encore soumise à l’empire des souvenirs et des impressions patiemment emmagasinées, constitue une vaste fresque de ce que l’on pourrait appeler le « Montréal des intelligences » à la fin des années quarante.Y défile en effet toute une élite intellectuelle et sociale, depuis l’abbé Groulx jusqu’à Borduas, en passant par des personnages aussi divers que Gertrude Gendreau et René Ristelhueber, l’ancien ministre de la France pétainiste à Ottawa.C’est, dans l’un de ses aspects de surface, un roman émaillé de noms.Je m’empresse toutefois de corriger la nuance péjorative que pourrait suggérer la phrase qui précède.Ce n’est évidemment pas dans l’étalage des noms que réside la force de ce roman, si ce n’est dans la fonction qui leur est impartie, celle de contribuer à une atmosphère au sein de laquelle pourront évoluer les personnages proprement romanesques, ceux que le romancier aura tirés en droite ou indirecte ligne de son imagination.Car là où, à mon avis, Jean Éthier-Blais excelle en tant que romancier, c’est dans l’évocation des atmosphères et des états d’âme.Et quelle autre classe sociale que notre bourgeoisie, avec ses intérieurs feutrés, son aisance de bon aloi, son savoir-vivre discret, aurait pu lui fournir, à ce propos, le champ qu’il lui fallait ?Certes, on est ici dans un monde de fourrures et de parfums, de déjeuners au Ritz et d’interminables parties de 117 bridge, mais ces femmes de notaire et de médecin (car les hommes, dans l’oeuvre romanesque d’Éthier-Blais, sont souvent relégués au second plan, leur seule fonction étant apparemment d’assurer l’aisance de leurs familles en soignant leur carrière) ces femmes de notaire et de médecin n’en animent pas moins les Matinées symphoniques ou Pro Musica, reçoivent les conférenciers de l’Alliance française, etc.L’aisance que leur procure la profession de leurs maris leur permet d’accrocher dans leurs salons des toiles de J.W.Morrice, de Suzor-Côté, d’Antoine Plamondon, de Théophile Hamel, d’Ozias Leduc, ou de Stanley Cosgrove, dont on aurait pourtant mauvaise grâce de croire qu’elles ne flattent que leur amour des grands noms.Beaucoup d’entre elles ne sont pas encore allées en Europe, mais quand elles en ont l’occasion, elles savent d’instinct identifier les valeurs sûres, bien que celles-ci ne sortent guère des sentiers battus : dans leur esprit.Milan évoque automatiquement la Cène de Léonard de Vinci, et Fontainebleau la figure de Nadia Boulanger.Dans ce monde privilégié, la vie donne l’apparence d’être étale, toujours égale à elle-même.«Une famille unie qui se retrouvait chaque dimanche midi ‘autour la poule au pot’ » nous dit « Le Désert blanc » en empruntant les mots mêmes du père, monsieur Maisonneuve (p.66).Le même homme, en rentrant le soir de son cabinet d’avocat d’affaires «passait un pantalon d’intérieur, une chemise de soie, mettait un nœud papillon clair, des souliers souples, une veste de velours à brandebourgs et descendait retrouver sa femme.Elle l’attendait au salon, rayonnante sous les schalls, comme, dans sa niche, une statue d’amour et de fidélité» (p.67).Nous savons pourtant que sous ces images d’Épinal d’un bonheur de convention, présentes tout autant dans Les Pays étrangers et Entre toutes les femmes que dans la nouvelle que je viens de citer, se dissimulent en fait des drames : mariages, de convention eux aussi, pour lesquels le consentement a été davantage arraché que donné, natures passionnées tenues trop longtemps en laisse et qui ne donnent que l’apparence d’avoir été mâtées: dans pareilles conditions, le meurtre qui clôt Entre toutes les femmes n’a pas de quoi nous étonner.C’est dire que Jean Éthier-Blais n’est pas dupe pour autant de ce milieu qu’il décrit avec complaisance, parfois même, il faut bien l’avouer, avec une lueur d’admiration.En fait, il ne se départit jamais de son regard ironique sur la réalité.L’un des meilleurs exemples que l’on puisse donner de cette ironie corrosive reste encore, à mon avis, la description de la messe de minuit de Noël 1947, à Saint-Germain d’Outremont, dans Les Pays étrangers : L’église ressemblait, mutatis mutandis, au grand salon de première du Normandie : partout des fleurs, des éclairages savants, de la musique en douceur et l’attente d’un événement transcendantal.[.] Ni foi éclairée, ni celle du charbonnier, mais un souci de rectitude à l’intérieur d’un précis de comportement.La religion, chez les Montréalais de ce Noël 1947, était la société.Les mystères?L’au-delà?Dieu?Les problèmes métaphysiques ?La grâce ?Tout était réglé comme du papier à musique, sans aucune note fausse, mieux encore, sans note aucune.[.] Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.Il suffisait d’apprendre à s’y cacher.Accepter la réalité, 119 sans vouloir la changer.Ainsi se porte-t-on bien.Ne jamais poser de question, surtout (p.233).En somme, l’honnête aurea mediocritas, qui a toujours été la clé de voûte de la réussite bourgeoise : se fondre tout simplement dans le décor.Ainsi donc, pour peu que l’on s’arrête à y réfléchir, on constate que le portrait de notre bourgeoisie auquel il s’adonne dans ses œuvres d’imagination n’est qu’une autre façon pour Jean Éthier-Blais de poursuivre, sur un mode différent, la critique de fond de notre société et son explication, à laquelle il n’a cessé de se livrer par et à travers son œuvre critique.Pour reprendre les mots qu’il met dans l’esprit d’un de ses personnages, Philippe Aycelin, dans Les Pays étrangers, Éthier-Blais a toujours souhaité «que son peuple eût [.] ce sens du national, de la sauvegarde des intérêts fondamentaux, de la continuité historique » (p.200).Dans toute son œuvre, il n’a cessé de dénoncer le vieil immobilisme qui a toujours poussé notre société à s’attarder, dans un repliement frileux, aux problèmes immédiats plutôt que de s’attaquer aux questions de fond.À la suite de son maître à penser, l’abbé Groulx, il n’a cessé de formuler à l’endroit de la société canadienne-française (on dirait sans doute plutôt aujourd’hui «québécoise») une exigence à laquelle il n’a, en définitive, trouvé que peu d’échos.Ce n’est pas, pourtant, que manque le matériau humain qui permettrait le redressement souhaité.C’est justement, à mon avis, l’un des mérites des Pays étrangers que d’avoir montré, à travers les deux personnages attachants de Madame Soublière et de sa fille, Madame Dupré, que ce matériau se trouve, pour peu qu’elle veuille en prendre conscience, au sein même de notre bourgeoisie, par ailleurs si amorphe.Car ces femmes, que tout destinait à se couler tranquillement dans le moule de leur classe, font en fait, par l’ouverture de leur galerie d’art, une révolution dans leur milieu d’Outremont.Fille et femme de notaire, rien ne destinait, en principe, Madame Soublière à entrer en discussion serrée avec des hommes comme Borduas ou Claude Gauvreau.Mais c’était oublier qu’au delà des caractéristiques les plus superficielles de sa classe, Madame Soublière portait en elle un substrat qui la rendait capable, piour peu qu’elle le veuille, d’aller plus au fond des choses.Ecoutons le narrateur nous la décrire dans la galerie de sa fille : « Directe et sans façons, la vieille dame, chaussant et déchaussant ses lunettes, fonçait dans le tas des idées et des expressions de sensibilité, forte de son expérience de la vie, de ses antécédents familiaux, des livres qu’on avait lus autour d’elle.Son gros bon sens tranchait, sous forme de questions» (p.114).C’est ce fond de vieux bon sens, sans doute, qui la portera à affirmer à Claude Gauvreau, à propos d’une des expressions à l’emporte-pièce qui allaient faire la fortune de Refus global : « [.] eh bien ! la tuque et le goupillon, je ne les ai jamais vénérés, ni mes parents, ni personne dans ma famille.On a un peu trop tendance à nous mettre tous dans le même sac » (p.256).Plus timide, plus réservée que sa mère, Madame Dupré n’en est pas moins la digne héritière de cette femme de tête.Voici comment Jean Ethier-Blais la présente au moment où elle s’apprête à ouvrir sa galerie : Madame Dupré, forte de son milieu, de sa mère, de son ignorance des querelles et des rites qui régissent 121 la vie des peintres, pourrait servir de catalyseur.[.] Puisqu’il s’agissait d’une aventure, madame Dupré n’allait pas la tenter du côté de Maillard.Enfant, jeune fdle, sac au dos, à côté de son fiancé, elle ne s’était jamais perdue en forêt.On eût dit qu’elle la choisissait exprès pour s’y enfoncer sans s’y perdre (pp.45-46).Voici deux femmes telles que les aime Éthier-Blais : fortes, décisives, sachant où elles vont et laissant aboyer tandis que passe leur caravane.Tout au long de son œuvre, Jean Éthier-Blais a fait preuve d’une dilection particulière pour les êtres qui ont refusé de se laisser couler dans le moule que leur proposait la société à laquelle ils appartenaient ; il a toujours proclamé son admiration pour ceux qui ont réussi à transcender leur milieu et sa mentalité ambiante : François Hertel et l’abbé Groulx, Borduas dans son genre, en tant que phare dans la grande noirceur de l’après-guerre, ou encore des êtres plus secrets et moins connus du grand public, tels Marcel Dugas, par exemple, qui ont eu le courage d’assumer leur différence et leur originalité dans une société où la conformité était le mot de passe.Il n’en reste pas moins, s’agissant de Marcel Dugas, en tout cas, que cette affirmation de la différence s’est faite au prix de l’exil, intérieur tout autant que physique, et d’une œuvre restée, en définitive, assez mince.*** Mais, puisqu’il s’agit, à l’occasion de ce colloque, plus particulièrement de Montréal, je voudrais terminer en évoquant un texte peut-être moins connu d’Éthier-Blais, celui qu’il a consacré, en 1972, dans l’un des Cahiers de VAcadémie canadienne-française6, à cette figure si typiquement montréalaise, pur produit du « beau quartier Sherbrooke-Saint-Denis» (p.100), celle de Mgr Olivier Maurault.J’évoque ce texte parce que, une bonne dizaine d’années avant de le faire dans ses œuvres d’imagination, Jean Ethier-Blais y a parfaitement cerné, à travers Mgr Maurault, le malaise de notre bourgeoisie tel que j’ai tenté de le décrire ici.Jean Éthier-Blais reconnaît à Olivier Maurault le courage d’être demeuré un esthète dans une société qui portait peu d’intérêt à ces questions et où son statut sacerdotal le destinait à quelque chose de plus prestigieux.À ce titre, Mgr Maurault fut lui aussi un exilé de l’intérieur.Mais Jean Ethier-Blais lui sait gré d’avoir servi de garant à des hommes tels Borduas et Hertel dont il n’approuvait pas nécessairement toutes les idées, mais qui incarnaient néanmoins à ses yeux le courage d’« hommes qui osent, en face de la société, s’affirmer dans l’être »(p.101).Malgré son courage et sa perspicacité, Mgr Maurault reste néanmoins, aux yeux de Jean Éthier-Blais, un parfait représentant de sa classe en ce sens qu’il est, en dernière analyse, resté en deçà de ses virtualités.Il parle à son propos d’âme de cérémo-niaire, d’homme à qui a manqué la force de ceux qu’il a protégés ou encouragés et qui a préféré se réfugier «dans les secrètes délices des cortèges et des réceptions »(p.101).Mais Éthier-Blais va plus loin encore, se servant du cas de Mgr Maurault pour faire le saut du particulier au général et en tirer des leçons qu’il applique à notre existence collective : 123 Mgr Olivier Maurault, homme de charme et d’esthétique, a été la victime d’une société sans histoire.Il accepta d’en devenir le prêtre, officiant par des majestueuses entrées en scène et des discours spirituels, au premier acte de la disparition.[.] Les bas violets et les souliers à boucle d’argent sont, dans une société cléricale, l’ultime symbole de la dépossession (pp.101, 103).Dans ce jugement dur, en définitive, qu’il porte sur Mgr Maurault et, à travers lui sur notre société, on retrouve la marque de cette noble et haute exigence avec laquelle Jean Éthier-Blais a sans cesse promené son regard sur notre collectivité de façon à nous en renvoyer l’image.Cette noble exigence, elle a maintes fois été déçue et continue de l’être — pareille déception se trouve partout, également, dans les Mémoires de l’abbé Groulx — mais il faut savoir gré à Jean Éthier-Blais de la maintenir sans cesse présente à nos yeux.Venu d’ailleurs pour découvrir et explorer Montréal, cette terra incognita, ce pays étranger, Jean Éthier-Blais a su tirer de ses explorations des observations éclairantes pour notre âme collective.Il a bien mérité de la société québécoise parce qu’il a su en déranger la bonne conscience.s j ) NOTES 1.Inscription liminaire aux Pays étrangers, Montréal, Leméac, 1982.2.Signets II, Montréal, Cercle du livre de France, p.24-25.3.Voir, entre autres, « École littéraire de Montréal — À l’ombre de Nelligan », Signets II, p.82-83.4.Entre toutes les femmes, Montréal, Leméac, 1988.5.Le Désert blanc, Montréal, Leméac, 1986.6.«Mgr Olivier Maurault », dans Cahiers de l’Académie canadienne-française, 2e série, n° 14, Montréal, 1972, p.98-107. TROISIÈME TABLE RONDE Topographies de l’imaginaire montréalais participants : Robert Major, Marco Micone, Claude Jasmin PARTI PRIS MONTREALAIS 127 Robert Major «Parti pris montréalais», c’est mon titre.Ce n’est pas ma position.Car de parti pris montréalais au sens courant, je n’en ai point.Je ne suis pas Montréalais, ni de naissance, ni de formation, ni d’adoption.Et je nourris, à l’égard de la métropole, ce mélange ambigu de fascination, d’attirance et de rejet — pas d’opinion ferme, donc — qui est le propre des provinciaux, renforcé en l’occurrence par le fait que ce provincial particulier est Franco-Ontarien de souche.Ceci dit, en tant que Québécois d’adoption et professeur de littérature québécoise, je ne peux certainement pas éviter Montréal.Cela m’a plutôt amusé de recevoir l’invitation de Jean-Pierre Duquette à participer à ce colloque en vous parlant du mouvement Parti pris.Amusé parce que ce mouvement littéraire et politique est passé de la scène montréalaise depuis presque un quart de siècle, déjà.Or, la notion de «destin» est lié pour moi à l’avenir, à ce qui adviendra, et je ne suis pas sûr que ce que Parti pris incarnait ait encore voix au chapitre pour influencer cet avenir ou que le mouvement puisse participer, de façon posthume, au destin littéraire de Montréal.Il y a longtemps, par exemple, que je n’ai pas entendu le mot « décolonisation» dans la bouche d’un intellectuel québécois.Aujourd’hui, le projet national est la chasse gardée des économistes ! D’autre part, j’étais quelque peu amusé d’une invitation à parler d’un mouvement à prétention marxiste, qui voulait littéralement faire la révolution québécoise, au moment même où le marxisme, à l’échelle planétaire, s’essouffle et s’effondre.Depuis deux ou trois ans, le marxisme semble devenir anachronique très rapidement et l’affirmation de Sartre selon laquelle il était la philosophie indépassable de notre temps, affirmation qui constituait la pierre angulaire de la pensée partipriste, a un fumet suranné, qu’on pourrait juger presque sympathique, si ce n’était de notre connaissance du lourd héritage de cette idéologie totalisante et totalisatrice.Sans doute voulait-on un regard rétrospectif et quelque peu nostalgique sur notre histoire récente.Un examen de notre passé immédiat, qui nous révèle qui nous sommes et d’où nous venons pour nous aider peut-être à percer le destin incertain.Jean-Pierre Duquette m’a demandé de m’en tenir au mouvement Parti pris comme phénomène montréalais, difficilement concevable ailleurs qu’à Montréal et spécifique à la métropole.Voilà donc mon propos.Toutefois, j’espère qu’on me permettra en finale une incursion qui me semble autorisée par le titre donné à cette séance.Les « topographies de l’imaginaire » invite à un mot sur la vision de Montréal qu’on trouve chez Parti pris.D’abord quelques rappels, même si presque tous ici semblent avoir atteint l’âge canonique et sont donc aptes à se rappeler ce qui se passait à Montréal entre 1963 et 1968.À l’automne 1963 paraissait le premier numéro de la revue, d’un beau rouge vif, comme il sied à une revue révolutionnaire, et en octobre, évidemment, comme il sied à une revue marxiste.Ce premier numéro, avec des titres incendiaires en page couverture : «De la révolte à la révolution », «Vers une révolution totale», «Poème de l’antérévolution », «Chronique d’une révolution», donne le ton aux numéros qui suivront.Le dernier numéro paraîtra à l’été 1968.Entre ces deux dates, le groupe Parti pris publiait 53 numéros de revue en 39 livraisons.C’est peu, et pourtant c’est suffisant pour changer la face du Québec.À la revue s’ajoutent rapidement une association politique, le Mouvement de libération populaire, où on se réunit pour parler d’actions concrètes, de stratégie révolutionnaire, de manifestations, de lutte contre le pouvoir, et une maison d’édition, les Éditions parti pris, qui survivra à la revue et qui publiera des textes fondamentaux.La naissance de Parti pris suit de près les premières manifestations violentes du FLQ, qui sont d’avril 1963.On fait volontiers le rapprochement : Parti pris est le Front intellectuel de libération du Québec, la revue fait sauter la boîte aux lettres nationales, selon la belle expression de Jacques Allard.Ces images de lutte et de violence sont tout à fait pertinentes : la revue redéfinit avec violence et brio la situation québécoise, en puisant largement à des sources diverses, marxisme, existentialisme sartrien, socialisme décolonisateur.La vision d’un Québec aliéné, colonisé, dépossédé se répand comme une traînée de poudre : les yeux sont dessillés.«Montrer c’est changer», comme le voulait Sartre : « Si la société se voit et surtout si elle se voit vue. 130.il y a par le fait même contestation des valeurs établies et du régime : l’écrivain lui présente son image, il la somme de l’assumer ou de se changer1 ».Sous les charges répétées de Parti pris, le Québécois n’a plus le choix : il doit maintenant s’accepter ou changer.Certes, Parti pris n’est pas seul.Cité libre continue son travail d’analyse critique, Socialisme l’entame, Révolution québécoise fait quelques pas malhabiles, des mouvements et des partis politiques sont fondés : RIN, MSA, plus consistants et plus larges que les Alliance laurentienne ou les Parti socialiste du début de la décennie.Toutefois, Parti pris, par sa qualité, par sa tenue, par l’ampleur de ses vues, par la conjonction souvent brillamment articulée de l’indépendance, du socialisme et du laïcisme comme réponse totalisante à une situation aliénante, par son intransigeance et l’effet décapant de sa critique, par son effet rassembleur, finalement, occupe une position privilégiée dans cet ensemble.Peut-on concevoir un tel mouvement littéraire et politique ailleurs qu’à Montréal, au début des années soixante ?Difficilement.La métropole réunit un certain nombre de conditions essentielles que, au risque de formuler des évidences, je dois rapidement évoquer.La culture, la vie intellectuelle, est fonction de l’importance et de la densité d’une population et aussi de sa stratification sociale.Un public, un auditoire, des consommateurs sont indispensables à l’existence d’une revue.Une classe relativement aisée, relativement instruite, relativement oisive.En d’autres mots, une classe d’intellectuels (au sens le plus large du terme: étudiants, professeurs) qui dispose de la sainte trinité des ressources : argent, savoir, temps. 131 C’est ainsi qu’une métropole de la dimension de Montréal présente des structures qui sont de véritables pépinières pour l’éclosion de mouvements idéologiques : en l’occurrence, des collèges nombreux et une université d’une certaine importance.Les animateurs de Parti pris sont très jeunes (début vingtaine), ils sont tous Montréalais.Le noyau fondateur, André Major, André Brochu, Pierre Maheu, Jean-Marc Piotte, Paul Chamberland, a tissé des liens au Collège Sainte-Marie ou à l’université de Montréal.Même André Major, décrocheur, qui ne fréquente pas l’université de Montréal, s’en rapprochera néanmoins, grâce à sa participation aux Cahiers de l’A.G.E.U.M.et à sa fréquentation, par le biais des milieux littéraires, de la faune estudiantine.D’ailleurs, les futurs animateurs de la revue, d’origine variées, les Raoul Duguay (Abitibi), les Gabriel Gagnon (Gaspésie), les Gaëtan Tremblay (Mauricie), tout comme les Luc Racine, Montréalais d’origine, passeront tous par l'université de Montréal.L’université de Montréal, qu’on y soit étudiant en philosophie, en lettres, en sociologie, en sciences politiques, ou jeune professeur, comme André Brochu, est le vestibule de la revue.À ces pépinières que sont les collèges et l’université s’ajoutent des structures d’accueil, de reconnaissance et de légitimation.Dès son premier numéro, Parti pris sera signalé, donc accueilli (avec joie, avec effarement ou avec une certaine bonhomie condescendante, c’est selon), par des instances comme Liberté, Cité libre.Relations, Maintenant, Le Devoir.D’ailleurs, Montréal offre déjà une certaine tradition, limitée certes, mais tradition néanmoins, de revues d'idées et de combat.Ainsi, on pourrait affirmer que le premier numéro de Parti pris a été publié six mois avant 132.la création de la revue lorsque Liberté a ouvert ses pages à cette plus jeune génération.Ce fut le dossier «Jeune littérature.jeune révolution» dans Liberté, n° 26, mars-avril 1963, où André Major, porte-parole, annonce la création prochaine du groupe révolutionnaire.Cité libre, auparavant (en 1962), avait également encouragé la jeune génération à s’exprimer dans ses pages.André Major se servira des deux tribunes.D’ailleurs, André Major faisait déjà ses gammes depuis quelque temps à La Revue socialiste de Raoul Roy.Il y avait établi des liens avec la jeune et la moins jeune gauche québécoise et -fait un certain nombre de lectures séminales (Fanon, Memmi), qu’il s’évertuait à diffuser, avec des copies piratées au besoin.L’université de Montréal, Cité libre, Liberté, La Revue socialiste, le Mouvement laïque de langue française, l’Action socialiste pour l’indépendance du Québec, voilà le riche terreau montréalais d’où sortira Parti pris.Lorsque les premières bombes du F.L.Q.exploseront, ces jeunes seront prêts à foncer et se sentiront obligés d’agir.La métropole est donc d’abord, dans l’optique qui est la mienne, ce milieu intellectuel.On se rencontre à l’Université, aux réunions du R.I.N.ou de La Revue socialiste, aux lancements de livres, aux mêmes tavernes.On lit les mêmes textes, on fait les mêmes découvertes.Il n’est pas indifférent, par exemple, que Jacques Berque, l’auteur de Dépossession du monde, soit en 1962 professeur invité au Département d’Anthropologie de la Faculté des sciences sociales de l’université de Montréal.Les traces de ce passage sont très évidentes dans Parti pris, première manière, et dans les analyses de Pierre Maheu et de Paul Chamberland.Une métropole comme Montréal est d’ailleurs un carrefour 133 où se rencontrent non seulement ces étrangers de passage, mais aussi les nationaux, retour d’Europe, avec dans leurs bagages toutes sortes de nouvelles notions.Espace ouvert, éminemment perméable aux courants internationaux, la métropole est donc le lieu de croisement des individus et des idéologies qui se fécondent réciproquement et rapidement.Voilà pour le versant positif de Montréal.Il est un autre versant, toutefois, l’envers négatif de ce tableau en quelque sorte, et tout aussi important que l’endroit.Montréal est le lieu du quotidien, du vécu des jeunes partipristes, et cette expérience montréalaise est tout à fait déterminante.En effet, la situation coloniale se vit avec toute son intensité à Montréal ; d’abord parce que les deux groupes linguistiques y sont en nombre suffisant, ensuite parce que les rapports entre ces deux groupes sont tracés de façon nette et précise.La métropole offre à qui veut voir le spectacle quotidien d’un peuple conquis, dominé, exclu de la vie économique de son propre pays, gouverné par des rois-nègres, parlant une langue dégradée et abâtardie.Le clivage très net de la ville, clivage spatial, économique, ethnique, l’expérience constante de l’exploitation, la morgue des possédants qui forcent à parler anglais dans leurs usines, à acheter en anglais dans leurs commerces ou à quêter en anglais dans leurs rues, l’exemple éloquent de ceux qui, pour réussir, singent les possédants, autant de leçons qui ne sont pas perdues pour les partipristes, autant de souffrances intimes qui sont à l’origine de la revue.Ainsi, à deux niveaux Parti pris est-il impensable en dehors de Montréal.La population métropolitaine, nombreuse et dense, crée une vie intellectuelle et les conditions optimales de gestation d’une revue d’idées; par ailleurs, la 134 ville présente aussi à l’état pur le tableau désolant d’un pays colonisé.Je dirais aussi, très rapidement, que la réalité particulière de Montréal joue à un troisième niveau.La ville offre aussi un avantage notable, ou du moins peu banal en 1963 : la sécurité ou l’immunité relative.Attaquer de front les valeurs clerico-bourgeoises à Montréal, où le pouvoir est étendu mais diffus, et où les alliés gauchisants, libéraux, socialisants sont présents, ce n’est pas tout à fait la même chose que de livrer ce même combat à Rouyn ou à Trois-Rivières.C’est ainsi que les quelques efforts de dissémination du mouvement Parti pris en région ne porteront guère de fruits.Il est difficile d’être libre penseur à Québec ou à Rimouski en ces années, par exemple ; encore plus d’être révolutionnaire et de le clamer par l’appartenance à un groupe constitué.Ainsi, plutôt que d’essaimer, malgré quelques efforts en ce sens, Parti pris attirera à lui.Très rapidement on gravite vers la revue.Dès le troisième numéro, par exemple, le trifluvien Gérald Godin s’y retrouvera.À ce sujet, le témoignage d’un Jacques Pelletier a une certaine valeur exemplaire.Dans ses « Notes pour un auto-portrait politique d’un intellectuel petit-bourgeois des années I9602 », la dichotomie Montréal-région est très marquée : En octobre 1963, Parti pris était fondé dans l’enthousiasme général, du moins de ma génération.Je n’ai pas participé à l’aventure.Je le regrette.Mais le centre était à Montréal.J’étais à Québec et j’étais s jeune.[.] Comme des centaines d’autres, j’attendais chaque numéro de la revue avec impatience et je le ti 135 dévorais d’une couverture à l’autre.Cette aventure intellectuelle, je l’ai vécue à un haut niveau d’intensité.La revue parvient donc en régions ; elle est lue, commentée.Elle suscite des enthousiasmes, provoque même des activités analogues : groupes de discussion, actions politiques.Elle influence aussi le journalisme étudiant.Jacques Pelletier, par exemple, est au Carabin et actif dans la Presse étudiante nationale.Mais cela se fait par procuration, à distance.Le centre, comme le dit si bien Pelletier, est à Montréal.Parti pris est donc un phénomène montréalais, inconcevable ailleurs au Québec en ces années.Mais Parti pris n’est pas pour autam une revue montréalaise dans le sens où on dit d’un quotidien qu’il est montréalais parce qu’une bonne partie de son contenu est local.La revue veut cerner et dénoncer la réalité québécoise et non montréalaise.Sa problématique n’est pas urbaine ou métropolitaine ; elle est générale, essentialiste et totalisante.Certes, la revue a consacré son treizième numéro, celui de décembre 1964, à Montréal : «Montréal, la ville des autres».Mais elle avait auparavant consacré son huitième numéro à la réforme agraire ! L’objet d’étude de Parti pris n’est pas Montréal.Il se trouve dans les titres de ces numéros exemplaires que sont celui de l’été 1964: «Portrait du colonisé québécois», celui de l’été 1965: «La difficulté d’être québécois», celui de janvier 1965: «Pour une littérature québécoise», ou celui de l’été 1967: «Numéro du centrentenaire; aliénation et dépossession», remarquable livraison quadruple.À l’intérieur de chacun de ces numéros, c’est l’être-au-monde québécois, tissu de contradictions et d’ambiguïtés, être absurde, pitoyable et scandaleux, qui est l’objet du propos.Les références 136.sont toujours au Québec, à l’homme québécois, à la situation québécoise, et jamais à son incarnation montréalaise.Le Québec est à libérer, et le socialisme décolonisateur est le moyen de cette libération.Ce Québec, dans les analyses de la revue, est un espace absolu, à la fois immédiat et général, tout à fait comme le Pays, omniprésent dans la poésie de l’époque.La sensibilité partipriste a été formée à Montréal, mais les rédacteurs de la revue sentent d’instinct que la métropole n’est que la vitrine où se voient, de manière crue, les effets pervers d’une situation qui accable, l’ensemble de la collectivité.Ils se sentent donc habilités à parler du Québec et de l’homme québécois de façon absolue, puisque leurs analyses valent aussi bien pour les habitants de Temiscaming, de Baie-Comeau ou de Shawinigan.Par ailleurs, quand arrive le moment d’écrire leurs œuvres, de passer de l’analyse théorique à la représentation, les partipristes redonnent tous ses droits à Montréal.André Major, Jacques Renaud, Claude Jasmin, Pierre Vallières sont des écrivains montréalais.Les quartiers populaires délabrés, l’odeur surette de pourriture qui émane des ruelles surpeuplées d’enfants, la brutalité des relations quotidiennes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des familles, le chômage, le sous-emploi, la solitude, l’errance, la pauvreté physique et spirituelle, toute cette thématique misérabiliste est au centre de leurs œuvres.Montréal n’est pas le lieu du grand affrontement apocalyptique.Le colonisateur, en réalité, est absent.Fanon l’a bien montré, en parlant de la violence et de la criminalité des colonisés : dans une situation coloniale, les indigènes sont entre eux et chacun cache à l’autre l’ennemi national.Ainsi en est-il des œuvres partipristes, comme de l’ensemble de notre littérature, d’ailleurs.La 137 seule exception se trouve dans La Nuit de Jacques Perron, où Montréal est l’espace de l’affrontement et de la rédemption.Mais Jacques Perron, on le sait, considérait Montréal comme un lieu exotique.Peut-être est-ce lui qui, au fond, avait raison.NOTES 1.Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature, Paris, Gallimard, (coll.Idées), 1964, p.104-105.Postface à Lecture politique du roman québécois contemporain, Montréal, université du Québec à Montréal, 1984, p.147.2. 139 DE LA VILLE IMAGINAIRE À L’IMAGINAIRE DE LA VILLE Marco Micone Des camps de réfugiés de l’Extrême-Orient aux favelas brésiliennes, de la steppe russe au terroir méditerranéen, Montréal est sans cesse rêvée, imaginée, inventée et souvent convoitée par ceux qui ont vu leurs proches ou amis venir s’y installer.Déjà dans les années cinquante, elle avait gravé sa marque indélébile dans l’imaginaire collectif de dizaines de villages du sud de l’Italie.Dans mon cas, la veille du départ de mon père, Montréal m’apparut tel un monstre anthropophage pouvant engloutir des communautés entières.J’avais six ans.Au salon de barbier, où les mâchoires trop creuses des vieillards édentés étaient gonflées par l’index boudiné que le barbier introduisait dans la bouche de chacun, quatre paysans subissaient impassibles la harangue du figaro aviné : «Vous croyez vraiment que vous allez vous enrichir?L émigration est pire que la guerre.De la guerre, beaucoup en reviennent tandis que de l’émigration, personne.Dans quelques années, je vais devoir déménager mon salon à Montréal.» Seul mon père osa riposter : «Pour nous, dit-il, il n’y a qu’une chose pire que l’émigration: c’est de ne pas émigrer», et il sortit en me traînant par la main.Le lendemain matin, quelques minutes avant de prendre 1 autobus qui devait emmener mon père jusqu’au port de Naples, parents et amis glissèrent dans ses poches une dizaine de lettres à l’intention de leur parenté émigrée.Sur les enveloppes, on pouvait lire me Wolfe, Saint-Laurent, Dante, Jean-Talon et, sur l’une d’elles, une femme qui n’avait plus de nouvelles de son mari, avait écrit: Taverne Mozart.Connu de tous au village, ce lieu de beuveries, où s’abolissaient les classes sociales, donnait l’occasion aux anciens métayers et journaliers de se venger des propriétaires terriens émigrés.C’était aussi l’endroit où ces hommes seuls se renseignaient sur les emplois, les pensions et les maisons closes.En remplaçant le salon de barbier, la taverne en avait aussi multiplié les fonctions.L’autobus était à peine parti qu’on m’appelait déjà le fds de l’Américain.Ce nouveau statut me valut presque immédiatement des habits neufs.Pour mes amis, cependant, dont les pères avaient déjà émigrés, je ne devins leur égal qu’au moment où je pus leur montrer un billet de deux dollars reçu dans la première lettre.Je me hâtai aussitôt de l’échanger contre des pièces de cinquante lires que je faisais tinter dans mes poches chaque fois que je croisais un enfant.Dans la lettre suivante, il n’y avait pas d’argent.Après l’avoir lue, ma mère la déchira.Mon père y décrivait en détail le chantier de construction où il travaillait et la chambre qu’il partageait avec les deux adolescents de sa cousine dans un galetas de la rue Wolfe.11 y disait surtout qu’il avait l’intention de rentrer le plus tôt possible et que l’image de prospérité de Montréal était une fabrication d’agents d’émigration et de politicards.Mais il aura honte de rentrer.Il ne voulait pas être ridiculisé comme Gennaro qui n’avait pas réussi à vivre plus de trois mois loin de sa femme et de ses enfants.Lorsque celui-ci raconta qu’il avait vu bien plus de pauvres à Montréal qu’au village, on le traita de menteur.Mais quand il décrivit ces «souliers bizarres avec des couteaux sous les semelles que les enfants chaussaient pour jouer sur la glace», le diagnostic fut unanime: « Gennaro est fou ».Les lettres de mon père arrivaient à intervalles réguliers.Par alternance, elles exprimaient son désir de nous voir tous réunis ou sa volonté de rentrer pendant que le village continuait de se vider.À treize ans, quelques semaines avant mon départ, je reçus une lettre de mon meilleur ami émigré depuis peu.Il y disait ceci: «Va sur ton balcon.Si c’est brumeux, attends que ce soit clair et que tu puisses voir Santa Croce, Rotello et Bonefro.Tu vois cette immense vallée avec ses centaines de champs de blé ?Imagine-la parfaitement plate et sillonnée de rues asphaltées 142 se croisant à angle droit, avec des milliers de maisons carrées en briques rouges.C’est ça, Montréal.Au milieu, il y a une montagne pleine d’arbres où mes parents m’ont emmené, pour la première fois, dimanche dernier.Je n’ai jamais rien vu d’aussi laid.Seule la vue du fleuve au loin a pu me faire oublier un instant les milliers de toits goudronnés.Je suis tout seul dans la maison de ma tante.Il est quatre heures de l’après-midi.J’espère que tu vas venir bientôt et que tu vas habiter tout près.Nous pourrions même tous rester dans le même logement.Il y a une pièce presque vide avec seulement un divan, un fauteuil et un appareil de télévision.Dans la maison où j’habite, il y a aussi une famille au deuxième étage et une autre au sous-sol.Quelqu’un frappe à la porte.Ma tante m’a dit de n’ouvrir à personne.Jamais.On cogne de plus en plus fort.Je cours mettre une chaise derrière la porte sans faire de bruit.Je me rassois.Mes mains tremblent.J’arrête d’écrire un moment.Un homme crie dans l’escalier.Il monte au deuxième étage.Je l’entends marcher.Je.J’ai échappé le crayon au moment où le téléphone a commencé à sonner.Ma tante m’a dit de ne pas répondre.J’entends l’homme rugir au deuxième étage.Je m’enfuirais par la porte arrière, si je ne devais pas surveiller la sauce tomate en train de cuire.Deux heures d’esclavage tous les après-midi.Un jour, j’écrirai une pièce de théâtre sur ces heures de galère.Une clé tourne dans la serrure.Je.Je viens de passer une demi-heure avec le propriétaire.J’ai compris qu’il aurait préféré que j’ouvre moi-même la porte.D’un geste brusque, il m’a pris le bras et m’a conduit dans la salle de bains, qui est juste sous la nôtre, pour me montrer le plâtre boursouflé du plafond.Il est ensuite remonté avec moi et est reparti après avoir bouché la douche.Ecris-moi.Ton ami, Luca.» Vingt ans plus tard, je transposai dans ma pièce de théâtre, Addolorata, ces moments de peur et de claustration on ne peut plus urbaines.Sur le coup, je n’eus plus envie de venir rejoindre mon père.Puis ma mère me fit comprendre que si la moitié du village avait choisi de rester à Montréal, il devait bien y avoir quelques raisons.Quels étaient ces liens imperceptibles que ces gens avaient noués avec la ville tout en rêvant de retourner vivre un jour sur leur colline ?C’est à cette question que j’essaie de répondre depuis que j’écris des textes de fiction et d’analyse.Émigrer d’un village de l’Italie du sud à Montréal à la fin des années cinquante, c’était passer d’un monde univoque à la multiplicité des voix obligatoirement conflictuelles; c’était aussi quitter le dénuement matériel pour l’empire des choses sans nécessairement être moins pauvre ; c’était finalement accepter de voir les actes les plus quotidiens dépouillés de leur dimension symbolique au profit de l’utilitaire.Atomisation de la communauté d’origine, solitude, incompréhension et incommunicabilité : telles furent mes premières expériences de citadin en plus du refus essuyé à l’école française.C’est aussi ici, à Montréal, que je pris conscience d’être un méridional.Au contact d’Italiens septentrionaux méprisants, j’eus soudain honte de mon patois : ma langue maternelle.Je trouvais l’accent chuintant préalpin plus beau que mon parler saccadé de cul-terreux. La conformité entre ma situation linguistique et celle des francophones du Québec fit en sorte que la défense du français se substitua petit à petit à celle de mon patois.En même temps que je m’appropriais la langue française, j’apprivoisais la ville.Lorsque j’eus l’impression d’habiter autant la langue que la ville, j’entrepris le projet de tracer l’itinéraire de ces dizaines de milliers de ruraux jouant les citadins, les uns, comme Antonio (le protagoniste de Gens du silence) enclavés entre le boulevard Métropolitain et trois carrières de ciment ; les autres exhibant avec fierté figuiers et lauriers roses de Ville-Émard à Rivière-des-Prairies.Antonio a tout sacrifié pour payer sa maison en briques blanches semblable à toutes celles de son quartier.C’est là qu’il se sent le plus près de son village d’origine malgré les toits goudronnés, car ses voisins viennent de la même région que lui.Il a appris le français avec ses camarades de travail tandis que son fils a fréquenté l’école anglaise.Mais pour communiquer, ils utilisent leur patois mâtiné d’anglais et de français.Ni plus tout à fait rural ni encore urbain, ce « rurbain » verra son univers éclater devant la révolte de sa progéniture citadine.Pendant que sa fille, enseignante, lui reproche sa phallocratie typiquement méditerranéenne, son fils, jeune décroc heur ne vivant que pour sa rutilante Trans-Am, l’accuse d’être resté un paysan lui suggérant ainsi de retourner dans son village.Mais le retour, comme dans Déjà l'agonie (ma troisième pièce), est possible à la seule condition que le village soit complètement dépeuplé pour que ces hybrides puissent, comme sur un palimpseste, inventer un monde à leur image. Dans Addoloraîa, la métaphore de l’immeuble à 13 étages, dont chacun est occupé par une communauté ethnique parlant une langue différente, représente la difficile intégration des allochtones à la société québécoise, mais surtout montréalaise.L’écriture théâtrale, étant réfractaire à l’analyse des phénomènes socio-culturels, je trouve nécessaire d’expliciter périodiquement, par des interventions publiques, ce qui est dit de manière allusive ou métaphorique dans mes textes de fiction.C’est ce que je vais faire en guise de conclusion.Montréal hérite d’un passé lourd de conséquences et dont on ne peut faire abstraction.Les anglophones de vieille ascendance ainsi que les immigrants francisés ou non forment, avec les autochtones et les francophones, la trame de notre histoire.S’il est légitime pour les Québécois francophones d’être attachés à leur langue et à leur culture, il l’est tout autant pour les autres citoyens du Québec.Il est faux d’y voir une stratégie analogue à celle du multiculturalisme qui sévit depuis vingt ans au Canada.L’alternative de l’interculturalisme, adoptée surtout dans le milieu scolaire québécois, n’occulte aucunement les cultures immigrées ni ne préconise la disparition des langues autres que le français.L’interculturalisme est fondé sur l’échange entre les cultures et la transformation de chacune d’entre elles tout en admettant que chacune des cultures immigrées est aussi transitoire qu’indispensable et, qu’à défaut de pouvoir survivre comme telle, fécondera la culture québécoise et pourra ainsi s’y perpétuer.Ville de contradictions et de retards historiques, Montréal traverse une période de transition aux plans linguistique, culturel et social que l’incurie (sinon l’ineptie des pouvoirs publics) et un certain nationalisme ne facilitent guère.Non seulement on y confond francisation et intégration mais on essaie aussi de faire coïncider langue et culture.Dans cette ville cosmopolite où bon nombre d’anglophones de vieille ascendance baragouinent à peine le français et où une majorité de jeunes allophones a fréquenté les écoles anglaises en toute légalité jusqu’à la promulgation de la Loi 101, sans compter tous ces immigrants qui n’ont réussi à apprendre ni l’anglais ni le français, peut-on dire que le peuple québécois n’est constitué que des francophones?Peut-on ajouter à cette aberration celle de croire que la culture québécoise ne peut être exprimée qu’en français?Les œuvres de Mordecai Richler, de Leonard Cohen et de David Fennario ne traduisent-elles pas en anglais ce qu’il y a de particulier et d’universel dans la culture québécoise?De même, le paysan d’origine grecque ou italienne, vivant à Montréal depuis vingt ou trente ans, n’expriment-ils pas dans leur langue vernaculaire une manière d’être québécois, une sorte de québécitude?Quant à moi, aussi longtemps que les mots de mon enfance évoqueront un monde que les mots d’ici ne pourront saisir, je resterai un immigré habité par une ville et un village. MONTRÉAL TENDRE : UNE CARTE Claude Jasmin — 1 — Partie nord ouest.Cadastre à vérifier.Ruelle cimentée.Circa: 1945.Âge du soupirant.Moi.14 ans.Nom de la cible humaine : Angela Collangelo.Même âge.Il y a souvent du vent.Là c’est un lundi.On pavoise.Partout du linge à sécher.Ça bouge beau, dit-on.Angela baisse toujours les yeux rue Drolet, rue Alma ou rue Dante.Elle sourit timidement.À moi en particulier.Alors, oui monsieur Cabin, il fait très beau.La petite Italie m’est devenue un paradis.Davantage.Angela danse un peu.En tournant autour de la portière de sa cour.En vélo, je lui fais ma cour.Va et vient insignifiant.Peu de mots.La peur de dire mal. Premières amours.Angela la beauté.Mieux que ces anges collants collés et enseignés.Jamais vu.Enfin, près de moi, un ange réel : Angela Col-langelo.Sous les halles du marché Jean-Talon : elle m’apparaît.Prudence.Sa mère.Courir chercher mon vélo en réparation pas loin, chez Baggio.Ça chante, au loin : « On a des choux, des radis, des oignons, des carottes .du beau blé d’Inde.» J’entends : Du beau blé dingue ?« On a .» Rêver.Angela m’aime peut-être.Il y a son père.Yeux mauvais ! Les filles ne peuvent pas .Les garçons, si.Plus facile de contrôler les étrangères, ces canadiennes-françaises et les intégrer dans la tribu des .macaronis.Rien à faire.Son papa a compris.Danger ! Dès que j’approche : « Angela ! !! Vat-in à la casa, prompto.Prompto ! » Fin de l’idylle.Sortir de la ruelle Drolet et aller voir ailleurs.Suivez le guide.Ouvrez la carte vers la gauche._ 2 — Ancienne montée Saint-Louis.Ancien «mile end».Son château : Laurier et Saint-Laurent.La rue Villeneuve.Vieille rue.Circa 1947.Presque le centre-ville de Montréal.Maison de briques sombres.Numéro civique dans le 4900. Pas loin, le beau boulevard Saint-Joseph et son tertre vert qui le sépare en deux.Rue à docteurs, dentistes, avocats, notaires.Et aussi pour le rabouteux « Desfossés ».Célèbre.Coin de la rue Villeneuve et Saint-Laurent : Miche.Gitane on dirait.Cheveux fous, longs, peau sombre.Taille ?D’abeille ?Des yeux d’un café .brûlant.Père ?militaire : ouille ! Mère ?débonnaire, laxiste.Ah ! Maison de chambres à louer.Comme dans Dubé-Chambre à louer.Tramways à prendre l’hiver.L’attendre à un joli carrefour, là où le tram tourne au pied du Mont-Royal.Cabanon blanchi.Promenades dans le parc Jeanne-Mance à la haute statue angélique.Miche.Études chez Rhéaume-Business-College, rue Saint-Denis.Moi : derrière année chez les « suppliciens ».Ça suffit ! Âge des deux tourtereaux bien attendris : 15 ans, elle ! 16, moi.Cher petit parc devant son église du saint-enfant-jésus du mile-end.Ouf! Espagnolade, «jésuistisme », baroque lyrique : on se chante la pomme.Des moineaux partout.Des pigeons.Des bancs.Peynet à Montréal ! On est seuls au monde, ça se chante beaucoup en 1947.Et la guerre est finie depuis deux ans. 150 Le papa militaire s’interpose : « ce garçon est sans avenir ! » Elle me répète cela et « Il va quitter son « classik », il veut aller aux beaux-arts ! Stop.Rompez ! Au printemps : adieu Miche.On pleure.L’eau fond dans les caniveaux.Veaux.— 3 — Dépliez carte vers le bas.Traverser la pointe Saint-Charles ! Saint-Henri.Circa : 1948.Avant la vision Godbout de l’office du film.Rue Agnès.Petit parc.Statue.Une.Louis-Cyr ?Homme fort.Quartier chaud, modeste.Usines pas loin.Par exemple, les chemises Took.Gisèle y sue.Souvent descendre à partir du Forum par la me Atwater et marcher, marcher vers Gisèle ! Escalier branlant, à l’étage.Trois jolies sœurs.Mon hésitation.Gisèle me surveille.La mère ?Veuve noire me guette.A l’ouest, un grand parc, vaste, George-Étienne Cartier.Un canal passe droit, passe plate.Des ponteaux.Dans le ciel, fumée ! Un train siffle.Trois fois ?Gisèle pleure souvent.Pour un non.Pour un oui.Ouvrière depuis déjà des années.J’ai dix sept ans et une envie de bonheur.Elle a vingt ans et elle pleure ! Pas d’occasion, ce bonheur, madame Gabrielle Roy, pas d’occasion, de grâce.Gisèle a peur.Me repousse.Mère veuve, père malade depuis si longtemps.Petite misère connue madame Roy. 151 Ici aussi on est au pied d’une pente douce et Lemelin, 1991, novembre, est sous chimiothérapie ! (Et meurt en 1992 !) Gisèle, elle, a le plus beau sourire : celui des enfants tristes.Je la mords.J’ai peur moi aussi.L’avenir est inconsistant.Insignifiant.M’en aller?Voyager?Où ?Demande de bourse parisienne.Paul Sauvé m’écrit : « Non ! » L’école de céramique dans l’École du meuble n’arrive pas bien à m’incarner.Je lis trop.Éluard, Char, Desnos, Supervielle .trop ! Je rêve trop.Gisèle caresse du flou : moi.La ville est osseuse par ici.La peau et les os.À la maigre et miséreuse rue Ropery, je stoppe : ma mère, ma Germaine vient de cette pauvre rue.Que ça ne recommence plus.Fuir.Assez de cette reproduction.Gilles Archambault étudie là-haut à Côte Saint-Paul, sérieux déjà?Yvon Deschamps joue au moineau pas loin.Je me sauve .Lâche?— 4 — On remonte.Partie nord-ouest.Bien beau quartier monsieur André Breton.Beau quartier vraiment.Abri.Sous la montagne: un long tunnel tout neuf! Au nord, à l’ouest, une cité modèle.Je roule, cher vélo indispensable, en face de la gare Jean-Talon.Traverser le boulevard des Persilliers.Devenu de l’Acadie.Jolies avenues.Vision d’architecte par ici.Des arbres et des parterres généreux.Des fleurs multicolores.Coquets logis dans des rues ombragées.Lise ! Parents discrets.Invisibles.Lui, chef psychiatre là où logeait Nelligan ! Asile dans l’est.Lise est de mon côté : les arts plastiques ! L’école de la me Saint-Urbain ! Beaux arts.Beauté ! Quand Mordecai Richler, même me, jonglait à comment devenir étranger et écrivain.Lise : cheveux blonds, frisés.Meneuse : cheffe de la Masse ! Se sentir un chien monsieur Ferré.Pas drôle.Entrer et sortir du côté de la serre.Ne pas salir les tapis de Turquie et le bois franc ciré ! « On ne visite pas ! » Comme au musée particulier.Ville Mount-Royal me snobbe.Lise proteste.Lise est blessée.Lise se défend et me défend.En vain.Moi je suis habitué.Ici je suis loin de ma me Bélanger bien sale.Tout est luxe, calme .la volonté se réserve.Je vais regarder les trains s’engouffrer dans le mont-Royal.Vulve ?Electriques ces trains.Pas de fumée.Progrès.Partout des gens pressés.Muets.Mallettes noires ou grises.Aucun des vacarmes de Villeray.Des gens bien, monsieur Brel, ces gens-là î Lisez : « Vivian Avenue.» Lise n’y arrivera pas.Résistance des parents.Le potier par ici est une personne déplacée.Ramène tes boues, ta glaise .par ici tout est glaçure, glaçante, glaçage ! Email délicat sur les décorations bizarres des murs des riches.Un code : « no pedlars and do not pass on the grass.Please ! » Alors, adieu jolie Lise ! Va rassurer papa-maman : c’est un adieu ! — 5 — Dépliez votre carte vers l’est, vers le sud aussi.Le faubourg.Ma mère, c’est bien son tour, qui ose: «sors donc pas avec c’te p’tite fille-là, est pas de not’ monde.» Oh! Plus bas encore que le parc Lafontaine : plus pauvre que ceux de Michel Tremblay ! Le pont au-dessus de la mansarde.Vibrations.Tintamarre léger et curieux : des verres se cognent dans l’armoire vieillotte.Oh Maryse, ma mal habillée, ma mal pommadée, ma mal partie, ma petite Potvin ! Pas loin, Yves Dubé, mort un samedi récent de ’92, revisite sa rue Logan, pas loin.Marcel le dramaturge note et manque : Florence ! Le pont joue le vieux mammouth étendu sur le Saint-Laurent ! Maryse rit.Dents cassées.Hanches de Vénus.Callypige ! Ses rires francs ! La santé moral des démunis ! Une leçon.Ça grouille de monde dans ce pauvre logis mal tapissé, mal calfeutré, mal installé .L’hiver: sifflements.Le dur hiver.Moi?grelotter, en veillant sur le sofa démoli.À côté, rue Delorimier: Ripopelle dit «je reviendrai pas».Il quitte.Rue Cartier, jadis, un petit garçon se nomme Wilfrid Pelletier. Le père Ambroise parle au coin des rues en culotte de scout pour adulte.En bas, c’est la mélasse dans l’air, c’est aussi la « Dominion Chose».Odeurs de caoutchouc qui brûle.Du prélart en sort ! Fleuri.Nature morte.A l’horizon : sifflet d’un paquebot sous des hangars.Geneviève Bujold enfant, rêve ! Au bout de sa rue : un cargo se rince.Saleté ! Plus haut, derrière le jardin du frère Victorin : Jean Hamelin, mort, écoute les mmeurs jusque dans son Hochelaga ! Maryse ?c’est impossible.Maryse ?je suis destiné.à rien.Maryse regardera ailleurs.Un long zoot-suit, un beau maquereau, un débrouillard viendra et «l’artiste» se retire la mort dans le cœur.Moi.Le sans avenir.Bon ! Montréal continue.J’irai ailleurs.Montréal est plein de filles ! MEDAILLE DE L’ACADEMIE CANADIENNE-FRANÇAISE La Médaille de l’Académie pour l’année 1991 a été remise à Monsieur Réginald Martel par son président, Monsieur Jean-Guy Pilon, à l’issue du Colloque des écrivains, le 2 novembre 1991.Allocution du président : J’aurai le très grand plaisir, dans quelques minutes, de remettre la Médaille de l’Académie canadienne-française à Monsieur Réginald Martel, critique littéraire au journal La Presse.Fondée en 1944 par Monsieur Victor Barbeau — qui a célébré au mois d’août son 95e anniversaire de naissance — l’Académie décernait sa Médaille pour la première fois, en 1946, à Gabrielle Roy.J’aurais donc pu intituler cette petite allocution: «De Gabrielle Roy à Réginald Martel».En 1947, la Médaille de l’Académie fut remise à Germaine Guèvremont, mais de 1948 à 1984, elle ne fut remise qu’ occasionnellement.En 1984, Madame Fernande Saint-Martin, vice-présidente, Monsieur Jean-Pierre Duquette et moi-même décidâmes d’attribuer cette Médaille chaque année, comme un hommage à un écrivain ou à ce que l’on appelle un animateur de la vie littéraire pour l’ensemble de son œuvre ou de son action.C’est ainsi que la Médaille a été décernée en 1984 à Madame Anne Hébert, en 1985 à Luc Lacourcière — qui incidemment fut un des maîtres de Monsieur Martel à l’université Laval — et par la suite à Messieurs Marcel Dubé, Félix Leclerc, Gratien Gélinas, Paul Beaulieu et, l’année dernière, à Gaston Miron.Votre nom s’inscrit donc.Monsieur, sur une belle page de la littérature québécoise.Le titulaire de la Médaille est choisi par tous les membres de l’Académie, à partir d’une liste de cinq ou six noms établie par le Bureau.Le vote secret et anonyme se fait par correspondance et on ne peut pas poser sa candidature à la Médaille de l’Académie.Monsieur Réginald Martel est né à Amos, il y a à peine plus de cinquante ans.C’est donc très jeune qu’il a entrepris ce qui allait être une carrière de critique littéraire, exemplaire à plus d’un titre, nous pouvons le reconnaître maintenant.Depuis 25 ans, avec patience et régularité, avec beaucoup d’exigence envers les écrivains et leurs œuvres, mais aussi envers lui-même, il a suivi à la trace le roman québécois, son évolution, ses hauts et ses bas.Il a été durant toutes ces années — et nous espérons qu’il le sera longtemps encore — un critique d’une grande générosité, j’allais dire d’un grand cœur, toujours attentif à la personnalité des écrivains.Il a été sévère, parfois, pour des raisons qu’il savait exposer et qui n’avaient rien à voir avec l’humeur, mais il a toujours été exigeant, et je dirais même intraitable, envers la langue employée par les écrivains et, autre façon d’être exemplaire, en écrivant lui-même une langue irréprochable. 157 Rétrospectivement, l’on pourrait penser qu’il a, inconsciemment, renoncé à sa propre carrière de romancier pour faire œuvre de critique.Mais, qui sait ?En filigrane de vos articles, Monsieur, vous avez aussi — très souvent — su attirer discrètement notre attention sur des valeurs autres que la littérature, ou contenues dans la littérature : la tendresse, l’amour, les jours de soleil ou de printemps, le regard des enfants ou l’amitié que vous savez pratiquer à un très haut et très noble niveau.En plus de ses articles de critique littéraire, Monsieur Réginald Martel, journaliste, a su rendre compte avec un bel esprit de synthèse des événements majeurs de la vie littéraire du Québec : par exemple, ce Colloque auquel il assiste depuis les débuts ou la Rencontre québécoise internationale des écrivains dont les comptes rendus sont remarquables.Et je mentionnerai aussi tous les entretiens élaborés qu’il a eus et qu’il continue d’avoir avec des écrivains québécois ou étrangers.Je voudrais aussi mentionner cette autre carrière que Monsieur Martel a menée à la radio depuis 20 ou 25 ans, dans les domaines littéraire, économique ou culturel au sens très large du terme.Je me souviens en particulier de ces remarquables entretiens avec Pierre Seghers, Paul Beaulieu ou Roger Brien.Monsieur, cette tâche difficile et délicate de critique littéraire au journal La Presse, tâche que comporte sûrement de nombreuses journées grises, vous l’avez toujours accomplie avec humilité et générosité, dans le respect des autres, avec loyauté, et dans une perspective qui dépasse les cadres du journal quotidien ou de l’article hebdomadaire. En vous décernant sa Médaille, l’Académie cana-dienne-française veut souligner la haute teneur littéraire de vos articles, qu’il s’agisse d’entretiens, de reportages ou de critiques, la qualité et la pertinence des jugements que vous portez de même que votre grand souci de la langue.La littérature québécoise vous doit beaucoup, Monsieur.J’ai l’honneur et le plaisir de remettre la Médaille de l’Académie canadienne-française pour 1991, à Monsieur Réginald Martel.Réponse de Monsieur Réginald Martel D’abord, j’ai été étonné.Depuis le début de mes activités professionnelles dans les médias, il y a trente ans, on m’avait épargné prix et médailles.Étonné pour cause: recevoir la Médaille de l’Académie canadienne-française, c’est entrer dans un cercle de morts et de vivants qui représentent à mes yeux la richesse fondatrice de notre culture, la littérature.On a beau avoir quelque orgueil, et parfois hélas ! quelque vanité, on se sent tout petit quand on lit son nom dans une liste qui comprend, pour les seules années récentes, Mme Anne Hébert, Luc Lacourcière mon maître, M.Marcel Dubé, Félix Leclerc, M.Gratien Gélinas, M.Paul Beaulieu et M.Gaston Miron ; ce sont des créateurs, des chercheurs, des animateurs qui à mes yeux sont des géants.Et puis voilà ! Les jours passent et ce sont des jours très doux, qui vous apportent les mots d’amitié et d’encouragement de ceux qui veulent partager avec vous ce qui, depuis la surprise initiale, est devenu joie et émotion.Il y a aussi dans la liste que j’évoquais il y a un instant un nom qui mérite une anecdote.J’avais un jour moqué Jean Bruchési, que ses obligations professionnelles avaient fait séjourner tantôt à Montréal, tantôt à Québec.Il avait accoutumé de dire aux gens de Québec que les Montréalais lui en voulaient de vivre dans la capitale.Aux gens de Montréal, il disait que les Québécois partageaient le même ressentiment.Jean Bruchési, qui n’avait pas apprécié l’ironie du jeune homme que j’étais encore, avait écrit au président de La Presse.Il le sommait presque de faire ce qu’il avait à faire en l’occurrence, chasser le jeune blanc-bec qui l’avait humilié.Le président d’alors, qui ne savait que faire d’une telle demande de renvoi — et qui savait certainement que les journalistes sont syndiqués —, avait transmis la lettre au rédacteur en chef, qui l’avait transmise à un adjoint, qui l’avait transmise à mon chef de service, qui me l’avait finalement transmise.La jeunesse est impitoyable : c’est donc moi qui ai fait savoir au célèbre écrivain que je n’allais pas me congédier.Ma décision, et mon insolence, me permettent de recevoir aujourd’hui une médaille dont j’aurais été privé, si Jean Bruchési avait réussi à mettre un terme à mes activités.J’espère que l’honneur que nous partageons désormais nous réconciliera dans les siècles des siècles.J’aimerais maintenant dire quelques mots à propos du métier que je pratique depuis si longtemps, avec une ferveur variable mais un espoir constant.C’est un métier difficile, qui vous apporte en proportions inégales, heureusement, l’estime des uns et le mépris des autres.Personne ne se plaint de l’estime, bien sûr.Le mépris est autre chose et nous avons eu l’occasion, samedi dernier, d’en voir un exemple désolant dans Le Devoir de Montréal.Ce que nous 160 avons vu, c’est une authentique tentative d’assassinat médiatique.Sous prétexte de faire la recension de son très beau livre, la Main cachée, on a fait le procès de M.Jean Royer.Celui-là même qui, sans compter, a donné aux pages littéraires du Devoir son talent, son dévouement et sans doute un peu sa santé, celui-là était présenté comme un intrigant, tout juste intéressé à abuser de son pouvoir.Je n’avais pas vu depuis longtemps tant de hargne et de bassesse, traduites dans cette langue confuse dont se sert parfois, comme d’un argot, certain ghetto.D’ailleurs tout à fait légitime, sauf quand il érige sa différence en système d’exclusion de ce qui ne lui ressemble pas.Ce qu’on a fait à M.Royer, qui paradoxalement en sortira grandi, c’est le contraire exact de ce que doit faire la critique littéraire.Pour faire ce métier il faut aimer les livres, bien sûr, il faut aimer aussi ceux qui les font ; il faut juger les livres, mais respecter les écrivains.C’est d’autant plus important quand il ne s’agit pas de critique savante, mais journalistique.Après tout, que faisons-nous ?J’aime ce qu’en écrit La Bruyère dans ses Caractères : « La critique souvent n’est pas une science; c’est un métier, où il faut plus de santé que d’esprit, plus de travail que de capacité, plus d’habitude que de génie.» Cette définition du moraliste français me convient tout à fait.Elle est une leçon d’humilité, dans un milieu qui n’en abuse pas ; elle est aussi une leçon de politesse, dans une société où elle se raréfie.Je n’oublie pas que je suis ici pour vous dire merci.Merci aux membres de l’Académie canadienne-française, qui m’accordent généreusement cette médaille.Merci à ceux qui m’ont permis, à Radio-Canada et à La Presse, de faire connaître notre littérature et de défendre de mon mieux la langue écrite et parlée.Parmi ceux-là, je veux remercier tout particulièrement celui qui fut mon patron, mon collègue et mon ami à La Presse pendant tant d’années heureuses, M.Jean-Claude Dussault.Le plus gros merci est destiné à vous tous, chers écrivains.Ne trouvez-vous pas qu’il y a pour moi quelque chose d’ironique dans le fait de recevoir une médaille pour l’ensemble de votre œuvre ? DOSSIERS NOTES EXPLICATIVES Dans un esprit de coopération avec l’Académie ca-nadienne-française, les ÉCRITS consacrent leur numéro 76 aux Actes du neuvième colloque célébrant « Montréal et son destin littéraire».Comme à l’accoutumée sont reproduits à la suite des interventions quelques articles de journaux de Québec et de Montréal, notamment Le Soleil et La Presse, qui recréent l’atmosphère des réunions et commentent les discussions.La Société Radio-Canada, en vue d’une série d’émissions, a enregistré les présentations des participants et les débats qu’elles ont provoqués.Les Actes des huit précédents colloques furent publiés dans les numéros suivants des Écrits : 1983: Écrire au Québec, ruptures et continuité 1900-1980 1984: Pourquoi écrire aujourd’hui ?1985 : Québec/USA 1986: Québec/Francophonie 1987 : Littérature et médias 1988 : Revues culturelles et littéraires 1989 : Critique(s)/écrivains/lectures (N° 52) (N° 55) (N° 58) (N° 60) (N° 64) (N° 67) (N° 70) 1990: La place de la littérature dans l’éducation (N° 73) Ces numéros sont disponibles au prix réduit de 5,00$ le volume ou de 30,00$ pour la collection.Veuillez adresser vos commandes, en y joignant votre chèque à l’ordre de Les Écrits du Canada français, au 5754, avenue Déom, Montréal, Qué.H3S 2N4, tél.: 738-9296.RB. LE 9e COLLOQUE DES ÉCRIVAINS « Montréal et son destin littéraire » sera le thème du 9e Colloque des écrivains, organisé par l’Académie canadienne-française en collaboration avec l’Union des écrivains québécois, la Société des écrivains canadiens, le Centre québécois du P.E.N.international et l’Association des écrivains acadiens.L’allocution inaugurale sera prononcée par Jean-François Chassay.Les travaux seront répartis en trois sous-thèmes : Histoire littéraire, intellectuelle et culturelle : Marcel Trudel parlera des rivalités intellectuelles entre les villes de Québec et de Montréal, Jane Everett des revues montréalaises et Yves Dubé de l’édition.Trois générations d’écriture montréalaise : Jean Éthier-Blais a intitulé sa communication Nelligan et Montréal, Renée Legris la Métropole de Robert Choquette et Michel Gaulin Montréal dans l’œuvre de Jean Éthier-Blais.Topographie de l’imaginaire montréalais : une étude de Robert Major sur Montréal et Parti pris et des témoignages des écrivains Marco Micone et Claude Jasmin.Comme chaque année, le Colloque des écrivains sera l’occasion du lancement du numéro des Écrits du Canada français consacré aux actes du colloque de l’année précédente ; occasion aussi de la remise de la Médaille de l’Académie canadienne-française.Le grand public est invité à assister gratuitement au colloque, qui aura lieu à l’Auberge Mont-Gabriel de Mont-Rolland les 1er, 2 et 3 novembre 1991.On offre un service gratuit d’autocar pour la journée du 2 novembre, pendant laquelle sont concentrées la plupart des activités.Les personnes intéressées peuvent réserver leur place au 488-5883 avant le 31 octobre 1991.La Presse 13 octobre 1991 MEDAILLE DE L’ACADEMIE CANADIENNE-FRANÇAISE La médaille de l’Académie canadienne-française pour l’année 1991 est décernée à M.Réginald Martel, critique littéraire à La Presse.L’an dernier, c’est le poète Gaston Miron qui avait mérité cet honneur.Parmi les autres récipiendaires, citons Gabrielle Roy, la première à avoir été décorée en 1946, suivie notamment de Germaine Guèvremont, Anne Hébert, Marcel Dubé, Félix Leclerc, Gratien Gélinas.C’est le président de l’Académie, M.Jean-Guy Pilon, qui remettra la prestigieuse médaille à M.Martel, le 2 novembre prochain, lors du Colloque des écrivains qui se tiendra dans le nord de Montréal.Le Soleil 16 octobre 1991 166.L’ACADÉMIE CANADIENNE-FRANÇAISE DÉCERNE SA MÉDAILLE À RÉGINALD MARTEL L’Académie canadienne-française honore Réginald Martel, chroniqueur littéraire à La Presse en lui décernant sa Médaille.Cet honneur lui sera conféré officiellement le samedi 2 novembre, lors du colloque annuel des écrivains que l’Académie organise, au Mont-Gabriel, conjointement avec les autres associations d’écrivains.Dans un communiqué émis hier, le président de l’Académie canadienne-française, Jean-Guy Pilon, déclare qu’en décernant sa Médaille à celui qui, depuis 25 ans, est responsable de la critique du roman québécois à notre journal, en plus d’être animateur de plusieurs émissions radiophoniques à Radio-Canada, l’Académie veut souligner la haute teneur littéraire de ses articles, la qualité de ses jugements nuancés et pertinents portés sur la littérature québécoise, ainsi que sa grande exigence envers la langue française et l’édition.L’an dernier justement, au sortir du colloque annuel des écrivains, Réginald Martel dressait l’état de situation suivant du livre au Québec : — l’industrie du livre, au Québec, dans le domaine littéraire et dans les autres, est devenue hautement professionnelle ; — pour s’offrir de meilleurs garanties de survie et d’expansion, des maisons d’édition fusionnent ; — les salons du livre, grands et petits, mettent tout en œuvre — et tous à l’œuvre — pour que les livres, littéraires ou non, puissent atteindre leurs divers publics ; — les instituteurs et professeurs qui veulent vraiment enseigner la littérature sont presque obligés de travailler dans la clandestinité.À la suite de quoi, Réginald Martel conclut que le ministère de l’Éducation a conçu et imposé une pédagogie de l’enseignement de la langue qui confine au rejet de la littérature.«À quoi servent les efforts de tous, si l’État lui-même ne sait pas ce qu’est la langue ?», écrivait-il alors.La littérature québécoise, la mal aimée Ce n’était pas la première fois que notre confrère, qui ne mâche pas ses mots lorsque la situation l’exige, revenait dans l’une de ses chroniques, sur le fait que la littérature québécoise est mal aimée.« Peut-on croire que des profs de français ne lisent pas deux livres par année ?», titrait-il un jour.«Je me demandais récemment de quoi se mêle le ministère de l’Éducation, qui propose aux professeurs de français des listes d’ouvrages littéraires à étudier dans leurs classes.Je croyais que nos professeurs, mieux que quiconque, pouvaient faire des choix qui répondent aux besoins de la pédagogie, en proposant des livres qu’ils ont «lus et aimés».« Les fonctionnaires du ministère, certainement débordés, n’ont pas réagi.Une ex-responsable de bibliothèque d’école secondaire a été plus vive.Je suis naïf, car dit-elle, 80 p.cent des professeurs de français ne lisent pas deux 168 livres par année.Si c’est vrai, j’espère au moins qu’ils écrivent des livres, puisque ceux qui existent ne leur conviennent pas », conclut notre confrère.Dix-huitième prix Réginald Martel devient le 18e titulaire de la Médaille de l’Académie et succède à des noms illustres.Les autres titulaires furent, dans l’ordre: Gabrielle Roy (1946); Germaine Guèvremont (1947); Raymond Barbeau (1958); Jean Bruchési (1959); Paul Morin (1961); Pierre Daviault (1962); Geneviève Massignon (1963); Robert de Roquebrune (1967); Gilles Marcotte (1974); Séraphin Marion (1980); Anne Hébert (1984); Luc Lacourcière (1985); Félix Leclerc (1987); Gratien Gélinas (1988); Paul Beaulieu (1989) et celui de l’an dernier, le poète Gaston Miron.Quant au colloque lui-même, il aura pour thème, Montréal et son destin littéraire.Le romancier Jean-François Chassay, prononcera l’allocution inaugurale.Suivront ensuite trois tables rondes.La première, sur l’Histoire littéraire et intellectuelle de Montréal, réunira Jane Everett, Marcel Trudel et Yves Dubé ; la deuxième, ayant pour thème Trois générations d’écriture montréalaise, réunira Renée Legris, Jean Éthier-Blais et Michel Gaulin, tandis que Robert Major, Marco Micone et Claude Jasmin parleront de topographies de l’imaginaire montréalais.Pierre Vennat La Presse 16 octobre 1991 POUR LES ÉCRIVAINS, MONTRÉAL EST ENCORE UN TERRITOIRE EN FRICHE Montréal mérite-t-elle qu’on se préoccupe de son destin littéraire?Après une journée de colloque sur ce thème, sous l’égide de l’Union des écrivains, auquel ont participé une dizaine d’experts de la tribune et une bonne trentaine d’autres écrivains, on est tenté de répondre : « Oui, mais ! ».Car le Montréal de la Petite Patrie de Claude Jasmin a bien peu en commun avec celui, beaucoup plus bourgeois décrit par Jean Éthier-Blais.Le Montréal du Plateau Mont-Royal de Michel Tremblay n’est pas celui des communautés ethniques, de Marco Micone, ni celui du quartier juif où a grandi Mordecai Richler.Et pourtant, toutes ces descriptions différentes, c’est bel et bien Montréal ! Marco Micone a d’ailleurs eu le courage, ou la naïveté, de rappeler à un auguste cénacle d’écrivains francophones que Montréal ne leur appartient pas, que décrire un Montréal anglophone, ou juif, ou italien, ou grec, est tout autant la réalité.Bref que s’il y a bien eu un Montréal de La pension Velder de Robert Choquette ou du Faubourg à m’lasse il y a en a d’autres, tout aussi vrais, que les auteurs francophones ont toujours, ou presque, ignoré.Dans cette ville cosmopolite où bon nombre d’anglophones de vieille ascendance baragouinent à peine le français et où une majorité de jeunes allophones a fréquenté les écoles anglaises en toute légalité avant la Loi 101, sans compter tous ces immigrants qui n’ont réussi à apprendre ni le français, ni l’anglais, peut-on dire que le peuple québécois n’est constitué que de francophones ?Peut-on ajouter à cette aberration celle de croire que la culture québécoise ne peut être exprimée qu’en français ?Croire qu’un colloque puisse apporter des réponses claires à de telles questions relève de l’utopie, mais au moins, les questions ont été posées.Parce que, de toute façon, comme l’a démontré Jean-François Chassay, de l’université de Montréal, dans l’allocution inaugurale qui a lancé le débat, peu de romanciers ont vraiment réfléchi sur Montréal.Le roman n’a pas su jusqu’à maintenant, proposer une archéologie de la ville et de sa culture.En soirée, l’Académie canadienne-française a décerné sa médaille à Réginald Martel, en qui le président, Jean-Guy Pilon, a reconnu un véritable « maniaque » de la qualité de la langue, aussi sévère envers lui-même qu’il a pu l’être envers les autres.Pierre Vennat La Presse 3 novembre 1991 LA PERSEVERANCE, À LA MANIÈRE DE RÉGINALD MARTEL L’Académie canadienne-française, qui tient ce week-end son colloque annuel des écrivains, a remis hier soir sa médaille à Réginald Martel, critique littéraire de La Presse, « pour souligner, précise Jean-Guy Pilon, le président de l’Académie, son exigence envers le français, les auteurs et lui-même, ainsi que la justesse et la pertinence de ses jugements ».«C’est un peu un prix de persévérance, cette médaille», remarque Réginald Martel, flatté de se retrouver en très bonne compagnie avec, notamment, Gaston Miron, Anne Hébert et Félix Leclerc, qui ont reçu cette médaille au cours des dernières années.« Il ne faut pas se faire d’illusions, poursuit le critique, si on me remarque aujourd’hui, c’est qu’il n’y a personne d’autre, à ma connaissance, dans la presse quotidienne du Canada français, qui ait tenu ainsi une chronique pendant 25 ans ».«J’ai été aidé énormément, à mon arrivée à La Presse, par celui qui m’a embauché, Antoine DesRoches, qui attachait beaucoup d’importance, comme moi, à la correction, à la qualité et à la beauté de la langue, se souvient Réginald Martel.La langue, au fond, m’intéresse peut-être plus que la littérature.Il n’y a pas beaucoup de différence pour moi entre fouiller dans Le Grand Robert et le bonheur». Ses critiques parfois très sévères, féroces, implacables même, n’ont pas toujours rendu Réginald Martel précisément populaire auprès de ses victimes.«J’ai toujours eu l’impression qu’un journaliste culturel s’adresse d’abord au public, pas au créateur, signale le critique.Mais ça m’est arrivé, quand un livre me paraissait en dessous des possibilités d’un écrivain, d’être très dur et de le regretter, parce que ce n’était pas utile.Souhaitons, tout de même, que ces passages plus sévères aient aidé le lecteur éventuel d’un auteur à avoir une idée, pas la plus précise ou la plus juste de l’œuvre, mais la plus utile, celle qui va le pousser à la lecture et à entreprendre, à partir d’une démarche personnelle et subjective, sa propre démarche.» La notion de subjectivité est très importante pour Réginald Martel qui commente : « Cette subjectivité est une richesse, c’est une information pertinente pour le lecteur.Ce n’est pas La Presse qui parle, c’est une personne, qu’on finit par aimer ou détester et qui devient, avec le temps, un point de repère.» Les bons, les mauvais Malgré le peu d’espace disponible dans un journal, malgré le nombre peu élevé de livres dont on arrive à parler, Réginald Martel trouve important de signaler aussi les mauvais livres.« C’est une drôle de conception de la critique ou de la chronique littéraire de souhaiter qu’on ne parle que des bons livres, s’étonne-t-il.Il faut parler de tout, puisqu’on ne s’adresse pas à l’auteur.J’essaie honnêtement de donner un bon panorama de ce qui se passe.Je pense qu’il faut des livres mauvais pour qu’une littérature existe, des livres moyens pour que les grands livres existent.Je trouve que notre littérature est importante, riche, extrêmement prometteuse, et je vais tout faire pour continuer à la soutenir.» L’espoir toujours présent de tomber justement sur un de ces grands livres est ce qui donne envie à Réginald Martel de continuer à lire.Son dernier grand coup de cœur a été l’automne dernier, La Mauvaise foi, de Gérald Tougas, qui a remporté le prix du Gouverneur général.« Ce livre ne cesse pas de me hanter.Découvrir un nouvel auteur comme Tougas, c’est le bonheur total, on a l’impression extraordinaire de servir la littérature québécoise en parlant de son livre.On a toujours le goût d’aller voir, aussi, comment tel écrivain, qui était un peu dans une impasse, rebondit, dans un nouvel imaginaire ou dans une nouvelle forme d’écriture, et comment finalement l’œuvre se bâtit, malgré les cahots.Sans cette motivation, ce serait parfois désespérant.» Lucie Côté La Presse 3 novembre 1991 PETIT DICTIONNAIRE BIO-BIBLIOGRAPHIQUE JEAN-FRANÇOIS CHASSAY : né à Montréal en 1959.Enseigne au Département d’études littéraires de l’université du Québec à Montréal.Critique littéraire à la radio de Radio-Canada, a publié dans de nombreuses revues au Québec et à l’étranger et participé à des ouvrages collectifs.Rédacteur à la revue Spirale depuis 1984, il en est le codirecteur depuis 1986.ŒUVRES : A publié, avec Monique LaRue, Promenades littéraires dans Montréal (Québec/Amérique, 1989) ; Obsèques (roman chez Leméac, 1991) et Le jeu des coïncidences : La vie mode d’emploi de Georges Perec (HMH et Le castor astral, 1992).JEAN ÉTHIER-BLAIS : né à Sudbury, 1925.A été professeur, critique littéraire au Devoir.Il a étudié à l’université de Montréal, à l’École normale supérieure, à l’École pratique des hautes études de Paris et à l’université Laval.Ses Signets I et II ont été couronnés par le Prix France-Canada en 1967.Prix Duvernay 1983, en 1989 Prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre et prix du Journal de Montréal pour son roman Entre toutes les femmes.ŒUVRES : Exils, essai.Montréal, Presses de l’université de Montréal, 1964.32p.Signets I et II, essais.Montréal, Cercle du livre de France, 1967, 2 vol.Mater Europa, roman.Montréal et Paris, Cercle du livre de France, Grasset, 1968, 170 p.Asies, poésie.Paris, Grasset, 1969.93 p.Signets III : La condition québécoise, essai.Montréal, Cercle du livre de France, 1973.269 p.Ozias Leduc et Paul-Émile Borduas.En collaboration avec François Gagnon et G.-A.Vachon, Montréal, Presses de l’université de Montréal, 1973.153 p.Le manteau de Rubén Dario, nouvelles.Montréal, HMH.1974.158 p.Coll.«L’Arbre».Dictionnaire de moi-même, essai.Montréal, La Presse, 1976.197 p.Coll.«Échanges».Autour de Borduas.Montréal, Presses de l’université de Montréal, 1977.Petits Poèmes presque en prose.Montréal, Huitubise HMH, 1978.100 p.Coll.« Sur parole».Les pays étrangers, roman.Montréal, Leméac, 1982.468 p.Le Prince Dieu, poésie.Montréal, Leméac, 1984.100 p.Voyage d’hiver, Leméac.Entre toutes les femmes, roman.Leméac, 1988.Fragments d’une enfance, Leméac, 1989.Le choix de Jean Éthier-Blais, éditions Guérin.Le seuil des vingt ans, Leméac, 1992.JANE EVERETT : née à Montréal.B.A.en études françaises de l’université Bishop’s, M.A.en études canadiennes de l’Institut des études canadiennes de l’université Carleton, Ph.D.en littérature québécoise de 1 université McGill.A publié des articles sur les locutions en moyen français, sur le régionalisme littéraire québécois, sur l’hétérodoxie et l’orthodoxie littéraires au Québec vers 1900, sur l’idée de la littérature dans L’Action nationale entre 1930 et 1945, sur les rapports entre le critique Camille Roy et, les écrivaines québécoises.Directrice de Littératures, revue du Département de langue et littérature françaises de l’université McGill, et professeure adjointe, enseignant la traduction et la littérature, dans le même département.MICHEL GAULIN : né à Ottawa en 1941.Diplômé des universités d’Ottawa, de Montréal et de Harvard (Ph.D., littérature française, 1973).Professeur titulaire de littérature française et canadienne-française à l’université Carleton (Ottawa).Ses travaux portent sur les rapports entre la littérature et le mouvement des idées tant dans le XVIIIe siècle français qu’au Canada français des XIXe et XXe siècles.Collaborateur régulier aux revues Lettres québécoises et Liaison (Ottawa) ; il est également membre du Conseil d’administration du Centre québécois du P.E.N.Club international.ŒUVRES : A donné en 1986, aux Presses de l’université Carleton, une édition d’une traduction de L’Appel de la race de l’abbé Groulx [The Iron Wedge).Un ouvrage sur le concept de l’écrivain, en France, à l’époque de Y Encyclopédie a paru à New York en 1991.CLAUDE JASMIN : né à Montréal, en 1930.A touché à tout : marionnettes, théâtre, télévision, radio.Il fut scénographe durant trente ans à la Société Radio-Canada, aux émissions de variétés.A fait du journalisme depuis 1961 et collabore encore parfois à des magazines.Fut professeur d’histoire de l’art moderne à l’Institut des arts appliqués.A fait des études au collège André-Grasset et puis obtenait un diplôme de céramiste en 1951 à l’École du Meuble fondée par Jean-Marie Gauvreau.ŒUVRES : A publié une quarantaine d’ouvrages depuis 1960, romans, récits, essais, pamphlets, théâtre, dramatiques-télé, etc.Voici quelques prix illustrant sa carrière encore active : Prix du Festival du Dominion pour Le veau dort (théâtre-Leméac), Prix Wildemess-Anik pour Chemin de croix dans le métro 1970.Prix du CLF, pour La Corde au cou, 1960, Prix France-Canada pour Éthel et le terroriste, roman.1963, Prix France-Québec pour La sablière, Mario, roman, 1980, prix Ludger Duvernay de la SSJB, en 1981 pour l’ensemble de son œuvre.Certains de ses ouvrages sont étudiés dans des universités des USA ; il a eu quelques traductions.RENÉE LEGRIS : née à Montréal en 1936.Licence en Lettres (u de M, 1967).Doctorat en Lettres (Sherbrooke, 1972).Membre fondateur du département d’Études littéraires à l’UQAM (1969), elle y est professeure et directrice de recherches sur la radio-télévision.Membre associé du Center of Broadcasting Studies de Concordia University et du CRELIQ.université Laval.Membre fondateur de la Société^ d’histoire du théâtre du Québec \SHTQ\ (1976) et de l’Association des Études de la radio-télévision canadienne (1978).Présidente de la SHTQ de 1986 à 1991.Membre d’honneur de l’Association for Studies in Canadian Radio and Television (1990), Prix Jean-Cléo Godin (1991).ŒUVRES : Comme Harfang de braise, (Maxime, 1991), Robert Choquette romancier et dramaturge de la radio-télévision (1979), Dictionnaire des auteurs du radio-feuilleton québécois (1981), Propagande de guerre et nationalismes dans le radio-feuilleton 1939-1955 (1981), en coll.: Le Théâtre au Québec 1825-1980 — Repères et perspectives (1988), Le Comique et l'humour à la radio québécoise 1930-1970 (1977 et 1979), Répertoire des dramatiques à la télévision québécoise 1952-1977 (1975), Répertoire des œuvres de la littérature radiophonique québécoise (1975).Articles sur la radiodramaturgie dans: L'Annuaire théâtral (1986-1991), The Oxford Companion to Canadian Theatre (1989).Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, tome II et III.ROBERT MAJOR : né à New Liskeard (dans le Témiskaming ontarien) en 1946.Ph.D.de l’université d’Ottawa en 1977.Professeur au Département des lettres françaises de l’université d’Ottawa, chroniqueur à Voix et images, auteur d’études dans des revues savantes (Canadian Literature, Revue de l’université d’Ottawa, Études canadiennes.Contemporary French Civilization.) S’intéresse particulièrement à la sociocritique des textes littéraires, et à la voile. ŒUVRES : Parti pris : idéologies et littérature, prix France-Québec 1980, et Jean Rivard ou l’art de réussir, Idéologies et utopies dans l’œuvre d’Antoine Gérin-Lajoie, 1991.MARCO MICONE : né en Italie en 1945, est arrivé au Canada en 1958.A tait la plupart de ses études à l’école anglaise, puis a obtenu une maîtrise en littérature française à l’université McGill, où il a produit un mémoire sur le théâtre de Marcel Dubé.Enseigne l’italien au collège Vanier depuis 20 ans.ŒUVRES : A d’abord écrit pour le théâtre, des pièces qui ont été créées à La Licorne en 1982 (Gens du silence) et en 1984 (Addolorata).A aussi écrit pour le théâtre Déjà l’agonie, une version remaniée de Bilico, une pièce également créée à La Licorne.En 1989, a publié aux éditions Vice Versa, Babel, et a fait paraître plusieurs articles dans des journaux et des revues.Déjà l’agonie a obtenu le grand prix de théâtre du Journal de Montréal en 1989.Ses pièces ont été traduites en anglais.Il prépare un essai-fiction sur l’émigration.JEAN-GUY PILON : né à Saint-Polycarpe en 1930.Licence en droit de l’université de Montréal (1954).Entre à Radio-Canada dont il a dirigé pendant plusieurs années le Service des émissions culturelles.Animateur de premier plan dans le secteur culturel, il fut associé aux Édition de l’Hexagone dès leur origine, directeur-fondateur de Liberté (1959), président de la rencontre québécoise internationale des écrivains.Membre de la Société royale du Canada, président de l’Académie canadienne-française (1982).Prix de poésie du Québec (1956), Prix Louise Labé (1969), Prix France-Canada (1969), Prix du Gouverneur général (1970), Prix David (1984).Officier de l’Ordre du Canada (1987).Chevalier de l’Ordre national du Québec (1987).ŒUVRES : La Jiancée du matin, poésie (1953) ; Les Cloîtres de l’été, poésie, préface de René Char (1954) ; L’Homme et le Jour, poésie (1957) ; La Mouette et le Large, poésie (1960) ; Recours au pays, poésie (1961) ; Pour saluer une ville, poésie (1963) ; Solange, récit (1966) ; Saisons pour la continuelle, poésie (1969) ; Poèmes 70 (1970) ; Poèmes 71 (1972) ; Silences pour une souveraine, poésie (1972) ; réédition de l’ensemble de l’œuvre sous le titre Comme eau retenue (1986).MARCEL TRUDEL : né à Saint-Narcisse-de-Champlain en 1917 ; licence ès lettres et doctorat ès lettres de l’université Laval (1945) ; études à l’université Harvard, 1945-1947 ; professeur à l’université Laval, 1947-1965; à l’université Carleton, 1965-1966; à l’université d’Ottawa, 1966-1982 ; professeur émérite de l’université d’Ottawa, docteur honoris causa de l’université Laval et de l’université du Québec, membre de l’Académie canadienne-française, chevalier de l’Ordre national du Québec, officier de l’Ordre du Canada; prix du Gouverneur-général (1967), Molson (1980), MacDonald (1984).ŒUVRES : A publié une trentaine de volumes en histoire du Canada, dont 13 sur la période d’avant 1663, et récemment un Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires au Canada français (490 p.). TABLE DES MATIERES NEUVIÈME COLLOQUE Liminaire 7 Jean-Guy PILON Présentation 11 Jean-François CHASSAY Allocution inaugurale Montréal et son destin littéraire 15 PREMIÈRE TABLE RONDE Marcel TRUDEL Montréal / Québec rivalités intellectuelles 41 Jane EVERETT Montréal en revues 51 DEUXIÈME TABLE RONDE Jean ÉTHIER-BLAIS Paul Morin et Émile Nelligan 81 Renée LEGRIS La métropole de Robert Choquette entre l’imaginaire et la réalité 91 Michel GAULIN Images de notre bourgeoisie : Montréal dans l’œuvre de Jean Éthier-Blais 111 TROISIÈME TABLE RONDE Robert MAJOR Parti pris montréalais 127 Marco MICONE De la ville imaginaire à l’imaginaire de la ville 139 182 Claude JASMIN Montréal tendre : une carte 147 MÉDAILLE DE L’ACADÉMIE CANADIENNE-FRANÇAISE Jean-Guy PILON Allocution du président 155 Réginald MARTEL Réponse du récipiendaire 158 DOSSIERS Notes explicatives 162 Neuvième colloque des écrivains 163 Médaille de l’Académie canadienne-française 165 Pierre VENNAT L’Académie canadienne-française décerne sa médaille à Réginald Martel 166 Pierre VENNAT Pour les écrivains, Montréal est encore un territoire en friche 169 Lucie CÔTÉ La persévérance, à la manière de Réginald Martel 171 Petit dictionnaire bio- ¦bibliographique 175 ÉCRITS DU CANADA FRANÇAIS Fondés en 1954 par un groupe d’écrivains, les ÉCRITS ont accueilli les écrivains les plus représentatifs et ont contribué à lancer nombre de débutants qui aujourd’hui comptent parmi les meilleurs créateurs de la jeune génération.Laissant complète liberté aux collaborateurs de toutes les disciplines intellectuelles, mais en respectant scrupuleusement la tenue littéraire et l’intégrité de l’esprit, les ÉCRITS ont publié des textes des plus divers : poèmes, nouvelles, essais littéraires, pièces de théâtre, textes anciens.Ils offrent par cette ouverture une synthèse de l’évolution culturelle et de l’orientation des différents courants de pensée.Je désire m’abonner à partir du no .Nom.Adresse.Code postal .Abonnement à quatre volumes : individu : $25.00 institutions : $35.00 Étranger : $35.00 Payable par chèque ou mandat postal à l’ordre de : LES ÉCRITS DU CANADA FRANÇAIS 5754, avenue Déom Montréal, Qué.H3S 2N4 Photocomposé par Mégatexte.Imprimé par les Ateliers graphiques Marc Veilleux Inc.le 15 septembre Mil neuf cent quatre-vingt-douze.Imprimé au Canada Printed in Canada
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