Le soleil, 29 août 1998, Cahier S
[" Cahier S LE SOLEIL Le samedi 29 août 1998 .un an plus tard 4 - y / V -1 / W'\u2018 %'\" ;4 îk ';îêj.Mi ijt» k» 4^\" ¦/> \u2022 ' 'iC?4 I fr* \u2022^9» « / / >-m r-îtf La mort de Diana fut comme celle de Kennedy : « chacun se souvient du lieu où il était à ce moment-là » A LIRE (J La presse lave-t-elle plus blanc?52 ü Une vielime consentante 53 ü Autopsie d\u2019un accident 54 ü Diana Inc 55 ü IkCS petits princes S(t ?Iæ monarchie, d\u2019Edouard VIII au prince (\u2019harles S7 Un an après la mort de Diana, princesse de Oalles, les larmes ont séché et les montafînes de fleurs ont été ramassées.Mais son imafje est toujours présente et sa mémoire reste un des principaux instruments de la réforme de la monarchie britannique.Des admirateurs continuent de laisser des bouquets et des messages à la grille d\u2019entrée de Kensington Palace, qui a été sous l\u2019étroite surveillance des caméras de télévision du monde entier pendant les jours qui ont suivi sa mort, le 31 août 1997, dans un accident de voiture à l\u2019aris.Elle ne risque pourtant guère de sombrer dans l\u2019oubli.Son visage célèbre et ses yeux bleus légendaires font toujours la Une des journaux et des magazines au fini glacé.On peut encore voir ses cheveux blonds courts, ceints d\u2019un diadème étincelant sur des calendriers, des tasses et de nombreuses cartes postales.Les segments vidéo montrent, encore et encore, Diana et son amoureux Dodi al-hXVPd déambulant les corridors de l\u2019hôtel Ritz de Paris, en route vers une mort certaine dans un tunnel sous la Seine.On revoit constamment la princesse traverser un champ de mines angolais dans les documentaires et les reportages télévisés.Alors que la mémoire de Diana semble emprisonnée dans les mêmes Images, la monarchie est peu à peu en train de changer.Car, pendant ce temps, la royauté a pris conscience des bienfaits qu\u2019elle pouvait retirer en assouplissant traditions et protocoles, mais surtout en le diffusant largement dans les médias.La reine a même engagé un professionnel en relations publiques afin d\u2019améliorer ses discours au peuple.Maintenant, au lieu de ,se tenir simplement sur un podium pour recevoir un bouquet, elle se fait photographier en train de rire en compagnie d\u2019un chanteur rock aux cheveux roses, de bavarder dans un pub ou de courir à travers un champ pour regarder son mari qui prend part à une course de chevaux.HYSTÉRIE COLLECTIVE ?La mort violente de la jeune femme de 36 ans, dont l\u2019apparente vulnérabilité avait touché le cœur d\u2019un si grand nombre de personnes, a entraîné un soulèvement de la population qui semblait vouloir prendre des proportions incontrôlables.I*résentée comme une hystérie eollective par certains journalistes, cette vague d\u2019émotion sans précédent qui a réuni des dizaines de milliers de personnes devant Kensington Palace, son ancienne résidence, et deux millions de personnes au cortège funèbre, peut difficilement ne pas avoir reflété les sentiments de la nation entière « L\u2019attraction exercée par la princesse Diana était quelque chose qui allait au-delà du fait et du mesurable, c\u2019est pourquoi les gens ont été autant touchés car c\u2019est précisément le genre de chose dont ils ont besoin », croit le psychologue irlandais Bryan Scott-McCarthy.Elle représentait une .solution imaginaire à la vie, une solution romantique et possible, dans un sens, pour tout le monde.» Si le monde entier a pleuré Diana, c\u2019est qu\u2019on la sentait proche de soi, non seulement comme une sorte de soeur dont on suivait les péripéties depuis 1980, mais aussi comme une femme moderne à laquelle il était aisé de s\u2019identifier, analyse le sociologue François de Sin0y.Coauteur d\u2019une étude intitulée L'événement Diana, une vieille histoire F, réalisée cette année à la Sorbonne, il affirme que Diana représente « une forme de héros moderne, sur aucun point parfaite, mais caractérisée par la recherche d\u2019une vie pleine » comme la plupart des femmes d\u2019aujourd\u2019hui, «qui ne veulent renoncer à aucune dimension de leur vie, professionnelle ou privée».Le .sociologue ne croit pas pour autant à l\u2019éternité du mv1he Diana, faute « du soutien d\u2019une institution, contrairement aux saints ou aux hommes politiques ».Cette ferveur a néanmoins permis d\u2019affaiblir le tabou culturel britannique au sujet des manifestations publiques d\u2019émotion, qui n\u2019étaient visibles, par le passé, que lors des matchs de football.Et, plus important, cela a donné une ouverture d\u2019esprit aux gens.Mais malgré la vague de tristesse qui s\u2019est emparée de la société britannique à la mort de « la princesse du peuple», peu de choses ont apparemment changé dans la culture du pays, toujours marquée par son individualisme et son consumérisme.« La mort de Diana n\u2019a pas réussi là où too années de p.sychothérapie ont échoué, estime le Dr Rodney Barker de la London School of Economies.Les donations n\u2019ont pas augmenté et les gens ne sont pas plus proches des vieilles dames dans la rue.» « La mort de Diana et ses répercussions sont une expérience que personne d\u2019entre nous n\u2019avait vécue dans le pays et qui sans doute ne se reproduira plus », affirme pour sa part Richard Harding, auteur de Flowers in the Park, une pièce de théâtre sur lu semaine qui a suivi la mort de Diana et présentée cette année au festival d\u2019Edimbourg.«C\u2019était comme la mort de Kennedy: chacun se souvient du lieu où il était à ce momcnt-là.» (sonrees : AP et AFP) Le mythe Diana ne sera pas étemej car, contrairement auj^samb, ejje ne bénéficie pas du soutien d\u2019une institution s 2 LE SOLEIL LK SAMKItl 29 A OIT 199 S Ci-dessowt.quelques clichés qui ont fait la fortune des paparazzi : Les vacances de Soél avec ses fils dans nie de \\eris.aux ( araibes, en 1992; a la fin de son workout matinal en 1994; sur la route du jardin d\u2019enfants en 19H9; la célébré page couverture du \u2022 Sunday Mirror» en 199.% ou la princesse avait été photographiée grâce a la complicité du directeur de rétablissement; arec son ami Dodi al-Fayed en 1997, peu de temps avant leur décés.Trêve de plaisanterie R E -G L E -M E N T S DE COMTE Vilipendée par le comte Charles Spencer lors de la mort de sa soeur Diana, la presse britannique s\u2019est littéralement déchaînée contre lui, en décembre, en déversant dans ses colonnes les détails les plus sordides de .son divorce.Soigneusement décrit comme le parfait goujat, après avoir eu une douzaine de liaisons en cinq mois alors que son épouse V ictoria était soignée en clinique psychiatrique pour boulimie et alcooli.s-me, le comte a pu lire dans toute la presse la reproduction des lettres qu'il avait envoyée à sa maîtresse.(AP) Hôpital Pitié Salpêtrière m 4^»\tT'',»\tJ «I M, 0 SAINT-MARCEL ^ 12 ' 52 Ir'-, Un photographe à l\u2019qffût devant l\u2019hôpital parisien où avait été transportée Diana, après l\u2019accident.La concurrence féroce entre les journaux aura toujours raison des bonnes manières ÉRIC MOREAI I.T BAISER V\u2019OLÉ Le père de Dodi al-Fayed, .VIo-hammed, a réussi à obtenir, le printemps dernier un montant de 12 500 S en dommages-intérêts du magazine Paris-Match pour avoir publié la photo du baiser échangé par son fils et la princesse Diana, en compensation pour «atteinte à l\u2019intimité de la \\ie privée».Le cliché, publié le 27 août, aurait rapporté 4 millions S à son auteur.(AFP) Le Soleil ¦ Une trêve, par définition, ne peut être que temporaire.L\u2019attention qu\u2019ont portée les tabloïds à Diana finii*a iné\\itablement par se tourner vers ses deux fils.Déjà la retenue observ ée par les feuilles à scandale après sa mort s\u2019amenuise.Une situation propre à l\u2019.Ulbion et à l\u2019extrême compétitivité de sa presse populaire aux 12 millions d\u2019exemplaires quotidiens.es journaux sont extrêmement pru- I\tdents au sujet des deux princes.On ^ m I\tmarche sur des œufs pour ne pas Æ Æ I .créer de scandale.C'est temporaire.I i Quand ils vont avoir 18 ans, ça va changer », avance l\u2019atrick VVhite, un journaiiste québécois qui rentre au bercail après un séjour d\u2019un an à Londres pour l\u2019agence de presse Reuter.L\u2019avis est partagé par Lord Deedes, ancien rédacteur en chef du Daily Telegraph.« Le fait est que rien n\u2019a changé en ce bas monde.La concurrence féroce aura toujours raison des bonnes manières », déclarait-il récemment à l\u2019AFl\u2019.Dans ce contexte, les princes William et Harry fascinent.Mais les vertueuses promesses sont bien difficiies à respecter.En juin, \\vMail on Sunday a parti ie bal en publiant en Une, pour ie 16*' anniversaire de VV'illiam, que la liste des possibles « fiancées » du prince était soumise à l\u2019assentiment de Buckingham.f^u après, le Sunday Mirror entre dans la danse en révélant les détails d\u2019une fête que les deux adolescents organisent pour Charles.IVtit problème, il s\u2019agissait d\u2019une surprise, irrémédiablement « gâchée ».-Vlais c\u2019est le Sun, le plus puissant des journaux à scandale avec le.l//rror, qui s\u2019est réservé la dernière danse \u2014 pour l\u2019instant.Le journal de Rupert Murdoch noircit trois pages sur la première rencontre de la maîtresse de Charles, Camilla l\u2019arker-Bowles, avw l\u2019aîné William.Les deux princes se sont plaints à la Press Complaints Commission (PCC) qui a adopté, en décembre, un des codes de conduite les plus exigeants en Europe.Sauf que la commission n\u2019a qu\u2019un pouv(»ir de recommandation et aucune loi ne protège la vie privée des individus en Grande-Bretagne.Le code révisé exige des journaux obsédés par la famille royale qu\u2019ils adttptent un corn- Aucune loi ne protège la vie privée des individus en Angleterre DailyZExprFM THtaâ»TIV1I.S Scjmminn b«t fM> dtvtKrr ^ I (of\t__ lENDOFTHE Jevirvtale HiEETO BE HAPPY Les premieres pages des Journaux britanniques rapportant la séparation du prince et de la princesse de dalles, en 1992.Encadrés par quatre tabloids (le \u2022Daily Express.\u2022 Dtday», le \u2022Sun » elle \u2022Mirror»), deux Journaux grand format et plus sérieux, le » Times » et le \u2022 Daily Telegraph ».portement plus respectueux de la vie privée, évitent le harcèlement, les intrusions, ia couverture des enfants et privilégient ce qui est d\u2019intérêt public.¦Au Québec, un journaliste doit se demander si ce qu\u2019il va révéler « relève de l\u2019intérêt public ou piutôt de ia curiosité du public».Ce genre de scrupules n\u2019exi.ste pas en .Angleterre, où l\u2019appétit insatiable du peuple pour la royauté est aussi vieux que i\u2019invention de Gutenberg.«C\u2019est super vendeur.Les journaux anglais ont évolué mais, honnêtement, on se rend compte que les journaux sont agressifs et qu\u2019ils ne lâcheront pas prise », affirme l\u2019atrick White.l\u2019our donner une idée de cette obsession, il ne suffit pas de savoir que chacun de ia quinzaine de quotidiens de Londres a au moins un correspondant qui épie les faits et gestes des « royaux » ; en outre, les journaux anglais ont consacré plus d\u2019espace rédactionnel à la mort de Diana que tout autre événement, même la Seconde Guerre mondiale ( !).Mais il faut connaître le contexte.RÉCUPÉRATION Cette couverture «complètement disproportionnée» a renversé plusieurs journalistes.«On a de la misère à imaginer ça ici, commente l\u2019atrick White.On savait qu\u2019elle était populaire, mais pas à ce point.La réaction du peuple a été récupérée par les médias, iis ont été surpris, mais ils ont embarqué très vite.» Une démesure qui frisait l\u2019hystérie au pays du five o\u2019clock tea.Le Evening Standard n\u2019a pas hésité à publier un cahier spécial de (55 pages sur l\u2019événement et certains journaux ont tiré une demi-douzaine d\u2019éditions le jour des funérailles.Une situation impensable ici.Mais les British, les Londoniens en fait, ont des habitudes qui diffèrent largement de celles des .Nord-.Américains.Ainsi, il n\u2019est pas rare qu\u2019une seule personne lise deux à trois quotidiens chaque jour dans ce marché dominé par la presse à sensation.i.es «grands» journaux comme le Times et The (îuardian tirent entre .\u2018500 0 00 et .500000 exemplaires chaque jour, l\u2019exception étant le Daily Telegraph qui atteint le million.En revanche, les tabloïds s\u2019écoulent à raison de deux à trois millions d\u2019exemplaires.Nos feuilles de chou ne sont que de bien pâles succédanés.Ici, les journaux à potins préparent souvent des articles approuvés par les artistes.Dans l\u2019île de Lady Tatcher, on n\u2019écarte aucun détail sordide ou croustillant p()ur égratigner le lustre des personnages publics.«.Je ne me souviens pas d\u2019histoire comme ça icri, même pas quand Pierre Elliott Trudeau et Margaret Sinclair se sont séparés alors qu\u2019il était premier ministre», commente .Marcel Pépin, l'ombudsman de Radio-Canada, «(^\u2019a ne veut pas dire que nous sommes inm-ulés (contre ce mal) à l\u2019heure de la communication planétaire.» Évidemment, tout ce qui touche Diana de près ou de loin n\u2019a pas fini de faire couler de l'encre.Le premier anniversaire de sa mort .sera noyé sous un déluge de publications.LE .SOLEIL n\u2019y échappe pas, comme en témoigne ce cahier spécial.Michel Samson, le directeur à l\u2019informatitm, souligne qu\u2019av(>c l\u2019intérêt « plus grand que nature » suscité par l\u2019évé-n('ment et le personnage, un tel cahier s\u2019imposait.«A cause de notre situation politique particulière, on s\u2019est beaucoup intéressé à la mftnarchic', avec notre regard pntpre.» LE GROS PRIX Rien à voir avec les pratique's de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique (ou américaines).« Ils entrent dans tous les détails et la vie privée des gens.Ils ne reculent devant rien, ni personne», témoigne le journaliste de Reuter, un peu effaré par ce qu\u2019il a lu.Ce qui signifie aussi sortir le chéquier pour acheter une bonne histoire ou une bonne photo.I.e corps de Diana n\u2019avait pas encore refroidi que déjà les phot«»s de l\u2019accident Les journaux anglais ont consacré plus d'espace à la mort de Diana qu'à tout autre événement, même la Guerre 39-45 se retrouvaient dans les mains des éditeurs qui n\u2019avaient pas hésité à aligner les zéros.Par contre, s\u2019empresse-t-il d\u2019ajouter, la publication est presque toujours rigoureusement exacte.Chaque détail est contre-vérifié, dans la grande tradition de rigueur et d\u2019exactitude de la presse britannique.Et tout n\u2019est pas mauvais ; les médias s\u2019appuient sur une liberté et un sens critique particulièrement développé qui fait cruellement défaut ici, estime Patrick White.« La presse est très indépendante et très forte.» « La presse britannique se transforme », ajoute-t-il.Pas dans le sens d\u2019un changement des pratiques, mais bien dans la « tabloïdisation » des grands formats.Lord Wakeham, le président de la PCC, affiche la prudence et la modération toutes britishs qui siéent à son poste, mais son commentaire reste significatif : « Il faut attendre plus longtemps pour découvrir quels .seront les changements permanents découlant des événements (d\u2019il y a un an) », a-t-il confié à Reuter.La pres.se populaire s\u2019est d\u2019ailleurs rabattue sur le malheur des gens ordinaires ou sur les pédophiles.En publiant leur photo en Une et en révélant où ils habitaient, plusieurs ont dû se réfugier dans les postes de police pour éviter d\u2019être lynchés.Résultat : un record de plaintes \u2014 2944 \u2014 déposées à la P(-'C.Le public est responsable de la demande.Un sondage de la British Standards Commission réalisé dans les mois suivant la mort de Diana a établi que 11 % des gens trouvaient les nouvelles et les émissions d\u2019affaires publiques importunes et 4,(5% les estimaient injustes.Lorsque l\u2019émotion s\u2019est estompée, un autre sondage sur les mêmes questions a révélé une tout autre réalité : les pourcentages sont tombés à 1,9% et à 1,4 %.TOUS LES COUPS SONT PERMIS En attendant que les princes vieillissent, les médias ont tourné leurs projecteurs vers le prince Charles.Ce dernier a compris \u2014 comme futur roi \u2014 qu\u2019il avait tout avantage à profiter de cette situati«tn.À Buckingham Palace, les spécialistes des relations publiques savent bien qu\u2019il faut nourrir les fauves si on ne veut pas qu\u2019ils rôdent.Ils ont adopté une attitude de « give-and-take ».Pour les 1(5 ans de William, ils ont préparé un document de presse spécial et des ph(»tos.« Bien sûr, respecter la vie privée des princes ne signifie pas ne jamais rien publier sur leur croissance et leurs progrès.Le palais a toujours reconnu que le public a le droit d\u2019être informé sur la façon dont ils grandissent \u2014 et que les journaux (tnt le droit de l\u2019écrire», commente Lord Wakeham.Si la presse épargne \u2014 relativ('mcnt \u2014 la famille royale pour l\u2019instant, elle va vite retomber dans l\u2019ornière parce que « les mentalités n\u2019ttnt pas changé et que le marché est trop compétitif.Ils ne s\u2019empêcheront jamais de publier une histoire juU'use», estime l\u2019atrick White.À ce propos, il faut se rappeler c(' qu\u2019écrivait après l\u2019accident Yves Alavo, prt'sident du -lOURDEM, une ONG spé-cialisé'e dans l\u2019éthique, la déontologie et les méthodes journalistiques.« Le monde des médias est devenu un espace qui permet (les actions et des transactions .sans aucun contrôle que celui de la cu|)idité et de la voracité de certains propriétaires d\u2019organes de presse ou responsables d\u2019agences d\u2019information avides de profits rapides sur le dos d\u2019un publie victime et complice à la fois de ces pratiques pour le moins déplorables.«On constate alors que tous les coups sont possibles.Les journalistes, les nu'diateurs, sont devenus si complices des personnages et des lieux du pouvoir, des \u201ccélébrités\" (lu moment et surtout des \u201cdécideurs\u201d économiques et des performers financiers, qu\u2019ils n\u2019ont plus ni l\u2019espace, ni lu (listance (arm lenght) lu'cessaire à l\u2019indépendance indispensalde à l\u2019exercice responsable du journalisme.» K m Lk sam Kit I 2 9 A») (I 1998 LE SOLEIL DIANA ET LES MEDIAS Une Victime \u2022 J rk* r.\t.\t.\tSOLEIL ARCHIVES Le somptueux manage de Diana Spencer et du prince Chartes, te 29Juillet 1981, ai'oit été retransmis sur les télés du monde entier.Ce Jut le début d'une longue histoire d^amour-haine aiec tes médias.La presse prétend que je suis manipulatrice, disait la princesse.Mais quelle est l\u2019alternative: s\u2019asseoir et les laisser fabriquer votre image?¦ Quand on cherche un coupable, c\u2019est parce qu\u2019il y a une victime.Après le terrible accident qui a causé la mort de Diana, les médias se sont retrouvés au banc des accusés.Mais la relation trouble qu\u2019entretenait la princesse de Galles avec la presse en faisait plus que souvent une victime.consentante.Voire, la met-teure en scène de sa propre représentation dans les journaux.ÉRIC Morkaci.t Le Soleil La presse et la princesse se nourrissaient mutuellement.De jeune fille timide et effarouchée par l\u2019attention médiatique, elle s\u2019est mé-tamorphost'e en femme bien au fait du pouvoir des médias.On n\u2019a qu\u2019à se rappeler la fameuse entrevue qu\u2019elle a accordée à la BBC, en novembre 199r), où elle avouait son aventure avec .lames Ht'witt, et partait franchement de sa boulimie, de sa détresse et de son mariafîi' raté.PERIGO ^ lE SOlfIL ARCHIVES Sa popularité dan» la prriute lui permellail oumM de faire paxeer non mennage dans les causes qu'elle t^fferlionnait, comme sa campagne pour faire bt^nir les mines antipersonnel.En fait, lorsque son mariage battait de l\u2019aile, il n\u2019était pas rare qu\u2019elle se donne en spectacle aux photographes au moment même où le prince Charles devait prononcer un discours important.Dans une entrevue récente, l\u2019historien et critique de la monarchie Hugr) Vickers soulignait : «Chaque fois qu\u2019il annonçait quelque chose, il apprenait que sa femme avait dit autre chose ou qu\u2019elle avait été vue portant une nouvelle tenue.» L\u2019image de Diana \u2014 celle qu\u2019elle voulait bien projeter \u2014 était beaucoup plus vendeuse que les déclarations, souvent à forte teneur intellectuelle, de Charles.TÊTE-À-TÊTE AVEC L\u2019ÉDITEUR Autant que ses sujets, la princesse était une accro des tabloïds.Et elle étudiait attentivement tout ce qui se publiait sur elle.Dans un article publié dans JJie Spectator en septembre 1997, le journaliste Mark Honigsbaum rapporte que la princesse lisait chaque matin, en déjeunant, le Sun, le üaily Mirror ,\\eüaily Mail et l'Express.Contrairement au peuple, elle ne lisait pas par intérêt mais par nécessité.Elle déplorait le fléau que représentait la publication de photos de paparazzi dans ces feuilles jaunes.Mais elle était assez intelligente pour comprendre qu\u2019on lui accordait beaucoup plus d\u2019espace que les journaux traditionnels quand il s\u2019agissait de ses causes humanitaires.Elle en connaissait si bien le fonctionnement, d\u2019ailleurs, que tout suggère que, pendant sa séparation et son divorce subséquent, la princesse Diana s\u2019assurait d\u2019avoir les tabloïds « de son bord ».IViur ce faire, il lui arrivait de convoquer en tête-à-tête, à Kensington Balace, les éditeurs de ces journaux, qu\u2019elle appelait même par leur prénom.Peu ou prou d\u2019informations ont filtré sur la teneur de ces discussions, mais un éditeur a confié à Honigsbaum une anecdote représentative de ce modus vivendi : Son journal avait avisé Kensington Palace qu\u2019il allait publier une nouvelle sur un discours privé que la princesse avait prononcé dans une clinique pour personnes souffrant de problèmes de nutrition.1.Æ princesse a elle-même contacté le journal et, pendant 40 minutes, a détaillé le contenu de son discours, pnVisant ce qu\u2019elle tentait de réaliser et racontant sa propre souffrance.11 était implicite que l\u2019article ne citerait jamais directement Diana.Le lendemain matin, la princesse émettait un communiqué à la presse, déplorant la publication de l\u2019article, à la grande surprise de l\u2019éditeur en question.«.l\u2019ai immédiatement téléphoné pour la féliciter de sa brillante opération, .l\u2019étais amusé de constater qu\u2019elle prétendait qu\u2019elle ne savait rien de l\u2019histoire avant sa publication alors qu\u2019elle me l\u2019avait elle-même racontée.» De plus en plus de correspondants royaux commencent à admettre que la « source digne de confiance» citée dans leurs papiers était, en réalité, la princesse elle-même.LE B.AISER Il y a aussi l\u2019affaire Will Carling.Lasse des attentions que lui portait le joueur de rugby, Diana a avisé lu presse d\u2019une visite qu\u2019il allait rendre aux jeunes princes pour leur apporter des chandails aux couleurs de son équipe.La \\isite.Chaque matin, Diana se gisait un deyoiNe lire les Journaux populaires pour savoir ce que la presse (lisait d\u2019elle qu\u2019il croyait confidentielle, s\u2019est transformée en cauchemar lorsqu\u2019il a réalisé qu\u2019une armée de photographes l\u2019attendait.Peu après, sa femme entreprenait les procédures de divorce.Quant à son indignation devant la publication des photos du baiser échangé avec Dodi al-I'Xvf'd, elle était en grande partie feinte.«Elle était plus qu\u2019heureuse qu\u2019elles sortent, a affirmé un éditeur.Avec les ressources de la famille Fayed, il est clair que si elle n\u2019avait pas désiré être vnie, nous ne l\u2019aurions pas vue.Nous avons même proposé de rappeler notre photographe, mais on nous a dit que ce n\u2019était pas nécessaire.11 y avait une claire \u2014bien que sous-entendue\u2014 coopération.» Bien consciente que l\u2019intérêt de la presse pour son fils, le prince William, n\u2019allait cesser de croître, Diana l\u2019a même emmené avec elle à une de ces rencontres informelles avec un éditeur.« Je le préviens constamment à propos des médias, les dangers qu\u2019ils représentent, et comment il doit les comprendre et interagir avec eux», confiait-elle à l\u2019ex-éditrice du Aew Yorker, Tina Brown.La princesse espérait que son fils devienne aussi habile que John Kennedy fils à les tenir en respect.Les aptitudes de Diana à manipuler les médias ont toujours été largement reconnues, tout au long de sa vie.Mieux qu\u2019une attachée de presse, elle agissait comme une vTaie « spin doctor».« Ils (les médias) prétendent que je suis manipulatrice, disait-elle à Tina Brown.Mais quelle est l\u2019alternative : s\u2019asseoir et les laisser fabriquer votre image pour vous?» Ce souci de la représentation allait au-delà de la barrière entre les tabloïds et les journaux grands formats comme le Times, The Guardian et \\e üaily Telegraph.« Elle ne privilégiait pas les uns par rapport aux autres, mais établissait plutôt une distinction entre les journalistes qui lui étaient sympathiques et ceux qui ne lui étaient pas », estime Ross Benson, le chroniqueur du Daily Express.« Si elle était contente de ce que vous aviez écrit, elle vous le faisait savoir.Mais si elle ne l\u2019était pas, vous l\u2019appreniez encore plus vite.» 1a' charme et le magnétisme de la princesse Diana étaient indéniables.Sa relation amour-haine avec les médias lui servait fréquemment à influencer l\u2019opinion publique.Elle aura ainsi contribué \u2014 directement et indirectement \u2014 à moderniser l\u2019image de la monarchie et les relations de celle-ci aviH* les médias.En contrepartie, elle était consciente qu\u2019elle devenait la proie ultime pour les chasseurs d\u2019images.A cette partie de cachen'ache, elle se servait habilement de toutes les ressources à sa disposition \u2014 il était implicite que tant la victime que ses poursuivants avaient intérêt à ce que le jeu se prolonge le plus longtemps possible.Malheureusement, la «victime» a été prise à son propre piège.FEMME DU SIÈCLE Pour près d\u2019un Français sur deux (49%), Diana est la femme qui a le plus marqué le XX\u2019\u2019 siècle, devançant nettement Marilyn Monroe (13%), Jackie Kennedy (13%) et (Jrace de Monaco (11%), selon un sondage publié par l\u2019hebdomadaire é/Vy/rt.(AJ*) .Souvent, la «source digne de foi» était la princesse elle-même s 4 LE SOLEIL Lh s A MK 1)1 2 9 AOl'T 1998 Autopsie d\u2019un accident Entre la thèse du complot et l\u2019enquête officielle, plusieurs questions restent en suspens ¦ La mort de Diana, une succession de mauvais hasards qui ont conduit à un bête accident de la route?Ou une conspiration fomentée par les services secrets à la demande de la Couronne britannique, qui ne pouvait accepter l\u2019idée que la fortune de la princesse de Galles passe aux mains des Arabes, voire qu\u2019elle puisse donner naissance à un bébé musulman ?Un an après l\u2019accident, l\u2019affaire est loin d\u2019être classée.LE PÈRE DE TOUS LES MOTS Le tempérament belliqueux de Mohammed alloyed fait de lui un des meilleurs prétendants au titre de l\u2019homme le plus détesté de Orande-Breta-gne.Non seulement le propriétaire du chic magasin Harrods de Londres a largement contribué à la défaite des tories en mai 1997 \u2014après avoir dé-voUé que deux secrétaires d\u2019État conservateurs avaient accepté ses pot-de-vin\u2014, mais ses déclarations incendiaires ont fait les choux gras de la presse.\u2022Mnsi, il a affirmé que la mère de Diana n\u2019est qu\u2019« une snob anglaise qui se prend pour la reine deSaba»et Lord Spencer, un esprit « mercantile » qui fait de l\u2019argent sur la mort de sa soeur avec laquelle il était « brouillé ».(AFP et AP) FOLLES POUR- SUITES Les procédures civiles risquent de se multiplier en marge de l\u2019enquête sur la mort de Diana, .\\insi, le garde du corps TYevor Rees-.Jo-nes pourrait intenter une poursuite contre le Ritz, l\u2019employeur du chauffeur Henri l^ul, soupçonné d\u2019avoir conduit la ¦Mercedes du couple en état d\u2019ébriété.1a?code civil français prévoit en effet une «res-pffnsabilité du fait d'autrui» et plus spécialement de l'employeur vis-a-vis des fautes de ses employés, ce qui ouvre le droit a une indemnisation des victimes 1a*s paparazzi impliqués dans l\u2019affaire, qui avaientpousuivi l\u2019an dernier l\u2019au-teure d\u2019un livre intitulé//.s /\u2019owf menacent eux aussi de faire df\t,.î '\t' ¦v î».ft r% (i ,ÿ-,\tJi -fii\t1' \"\"\t,
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