Relations, 1 avril 2013, Avril - Mai
[" PP CONVENTION : 40012169 \\V V> ReLatiQNS Pour qui veut une société juste NüméRO 764 mai 2013 Le Nord pour tous, vraiment?Halte à la grande braderie! Des communautés nordiques fragilisées Peuples autochtones: des ententes à géométrie variable Repenser le développement du Nord Virginia Pésémapéo Bordeleau: La mort de ton oncle 6,00 $ ARTISTE INVITÉ: MARC-ANDRÉ PAUZÉ 725274858798 ReLatioNs \"JO M ASÿ^vL^fmAÇasït Numéro 764, avRiL-mai 2013 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Kateri Tekakwitha: une sainte, mais pour qui?Louis Cyr, s.j.\t9 LE CARNET DE JOSÉ ACQUELIN Cœurs étroits et corps à l\u2019écart\t10 CONFIDENCES À EMMA-ROSE CHRONIQUE LITTÉRAIRE La mort de ton oncle Virginia Pésémapéo Bordeleau\t28 AILLEURS Démocratie de façade au Honduras Ismael Moreno Coto\t30 REGARD La banalisation d\u2019un attentat Marc Chabot\t33 DÉBAT L\u2019éolien au Québec: qu\u2019est-ce qui ne tourne pas rond?Gabriel Sainte-Marie Jean Bédard\t36 37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture : Témiscamingue.Photo: © Marc-André Pauzé/Waseya Images dossieR LE NORD POUR TOUS, VRAIMENT?Que ce soit sous la bannière du Plan Nord libéral ou du «Nord pour tous» du Parti québécois, l\u2019exploitation des ressources situées au nord du 49e parallèle est bel et bien en marche.La logique financière et extractiviste derrière cette ruée vers le Nord fragilise déjà les communautés locales et bouscule nos relations avec les Premières Nations et les Inuits.Le gouvernement Marois fait donc face à d\u2019importants défis s\u2019il souhaite vraiment un développement du territoire qui se fasse au bénéfice de tous.Ce dossier tentera d\u2019en identifier certains, tout en explorant différentes propositions pour repenser le développement nordique.Le Nord pour tous, vraiment?\t11 Emiliano Arpin-Simonetti Halte à la grande braderie!\t13 Robert Laplante Minières et stratégies d\u2019évitement fiscal\t16 Alain Deneault Des communautés nordiques fragilisées\t17 Bertrand Schepper La réforme de la Loi sur les mines\t18 Emiliano Arpin-Simonetti Peuples autochtones : des ententes à géométrie variable 20 Virginie Larivière Les femmes autochtones et le Plan Nord\t22 Aurélie Arnaud Repenser le développement du Nord\t23 Table ronde avec François L'Italien, Suzann Méthot et Normand Mousseau L\u2019imaginaire du Nord québécois\t24 Christian Morissonneau ARTISTE INVITÉ Marc-André Pauzé, photoreporter, est un raconteur d\u2019humanité.Il s\u2019est donné pour mission d\u2019explorer et de raconter l\u2019humain par la photographie, afin d\u2019informer, mais aussi pour lui rendre hommage et lutter contre l\u2019oubli.Également professionnel de la santé, sa démarche en est une d\u2019accompagnement de ses sujets.Son regard humaniste s\u2019est porté principalement sur des nomades, des paysans et des Autochtones.Invité d\u2019honneur à la 8e Rencontre de la photo de Chabeuil, en France, en 2008, il était finaliste aux Grands Prix du journalisme indépendant, pour son reportage La Loi du silence, en 2009, puis pour son documentaire multimédia Le voyage de Frank, en 2012.Il a publié Les Carnets Humani Afrika (éd.Blurb.com, 2011)..foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis plus de 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Emiliano Arpin-Simonetti TRADUCTION Jean-Claude Ravet DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gilles Bibeau, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Mouloud Idir, Nicolas Milot, Agusü Nicolau, 'Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau, Cécile Sabourin COLLABORATEURS José Acquelin, Gregory Baum, André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Vivian Labrie, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Érudit, Repère, EBSCO et dans l\u2019Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 40 $ (taxes incluses) Deux ans: 70 $ (t.i.) À l\u2019étranger : 55 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec: ISSN 0034-3781 Version numérique : ISSN 1929-3097 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.CanadS BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca 2^ avril-mai 2013 RELATIONS La grande tâche du pape En choisissant le nom de François, le nouveau pape a ouvert une brèche symbolique dans l\u2019institution de l\u2019Église catholique, dont les symboles autant que la pratique renvoient à un modèle impérial et absolutiste qui est non seulement d\u2019un autre temps, mais carrément antiévangélique.En effet, François d\u2019Assise, dit «le petit pauvre», a initié, au XIIe siècle, un vaste mouvement qui allait à contre-courant de la toute-puissante Église de l\u2019époque.Avec ses frères, il a cherché à incarner une Église fraternelle, solidaire des exclus, pauvre parmi les pauvres, se donnant le nom de «frères mineurs» - minores désignant en ce temps-là la classe des dépossédés.Le nom, certes, ne suffit pas.Mais il devient une promesse quand il est accompagné d\u2019une manière d\u2019être humble, proche des gens, sans flafla, déconstruisant la façon toute hautaine et cléricale à laquelle nous étions habitués.Winneway, en Abitibi-Témiscamingue.Photo © Marc-André Pauzé/ Waseya Images 'J Nous connaissons les grands chantiers de réformes radicales qui attendent le nouveau pape.Ils concernent les structures ecclésiales modelées sur des pouvoirs antidémocratiques, héritées de la longue fréquentation de l\u2019Église avec les puissances de ce monde, et sa manière toute doctri- naire d\u2019être gardienne d\u2019une tradition qu\u2019elle refuse de revisiter en l\u2019interprétant pour en faire une tradition vivante plutôt que pétrifiée.La marginalisation des femmes, à cet égard, est un véritable scandale.Tout cela est devenu plus que jamais un écran masquant l\u2019Évangile, une chape qui rend l\u2019Église inaudible et insignifiante.Comment en effet imaginer Jésus, aujourd\u2019hui, dans ces intrigues de la curie, ces jeux de pouvoirs et d\u2019argent, ces pompeux cérémonials?Et le voir complice d\u2019une posture patriarcale qu\u2019il remettait radicalement en cause en son temps?Le pape François ne pourra ouvrir ces chantiers sans rallier d\u2019autres ouvriers à cette tâche.Nous attendons donc la nomination des différents responsables des conseils de la curie - exemple-type, jusqu\u2019à présent, d\u2019un pouvoir religieux occulte et sectaire, déconnecté de la base.Ce sera le test révélateur de ses intentions et motivations.Aura-t-il le courage de nommer des laïques à ces postes?Travaillera-t-il à redonner aux Églises locales plus d\u2019autonomie et la possibilité de choisir leurs évêques, rompant ainsi avec le modèle pyramidal que, de toute évidence, il exècre?Le pape François a aussi montré des signes encourageants d\u2019ouverture au monde, qui rompent avec la représentation de l\u2019Église portée par son prédécesseur, celle d\u2019une forteresse assiégée protégeant un trésor dont le monde moderne serait indigne parce que sécularisé.Cela ne veut pas dire qu\u2019il doive suivre l\u2019air du temps, mais plutôt engager le dialogue avec les forces vives de la société, en étant attentif à l\u2019esprit de Dieu qui souffle dans le monde; écouter le cri des pauvres et de la Terre; rendre sa dignité à l\u2019humanité jetable et superflue que « fabrique » à la chaîne notre société technicienne et capitaliste; témoigner d\u2019une transcendance enracinée dans la condition humaine; être la voix des sans-voix.Suivre simplement les traces de Jésus.Ne pas le faire serait, pour l\u2019Église catholique, faire le vide autour de soi, encourageant un ritualisme infantilisant, une mentalité soumise, une spiritualité désincarnée.Dans une entrevue qu\u2019il donnait peu avant le conclave, Ber-goglio ne disait-il pas : « si l\u2019Église demeure refermée sur elle-même, autoréférentielle, alors elle dépérit »?L\u2019Église-peuple de Dieu, comme le monde actuel, n\u2019ont pas besoin d\u2019un pape doctrinaire, agissant comme propriétaire de la vérité, qui joindrait sa voix aux élites économiques et politiques qui maintiennent la population sous le joug de la résignation -au nom du «marché» ou de la « loi de Dieu», qu\u2019importe.Mais d\u2019un pèlerin de l\u2019Évangile, équipé de l\u2019amour de Dieu et du monde comme boussole, entraînant l\u2019Église tout entière à sa suite hors les murs des pouvoirs, dans les quartiers malfamés de la vie, fragile et souffrante, pour y planter sa tente, accomplissant le rêve du poète et évêque brésilien Pedro Casaldaliga : « Moi, pécheur et évêque, je me confesse / de rêver d\u2019une Église / vêtue seulement de l\u2019Évangile et de sandales.» Lorsqu\u2019il était archevêque de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio vivait dans un modeste appartement d\u2019un quartier populaire - comme avant lui Dom Hélder Câmara, évêque de Recife, au Brésil, qui avait laissé son palais épiscopal pour habiter dans un bidonville, ou encore Pedro Casal-daliga, qui vit toujours dans une petite maison au milieu de son peuple amazonien, même s\u2019il est menacé de mort par des latifundistes qui n\u2019apprécient guère sa solidarité avec les peuples autochtones.Maintenant qu\u2019il est évêque de Rome, osera-t-il le faire?Osons le croire.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS avril-mai 2013 actuaLités I Cinquante ans de lutte pour les droits et libertés Forte d\u2019un passé riche en réalisations, la Ligue des droits et libertés voit les défis se multiplier dans le contexte de la montée inquiétante de lois liberticides.L'auteur, retraité, est membre du C.A.de la Ligue des droits et libertés MARCEL DUHAIME Le 29 mai 1963, pour «protéger tous les droits de l\u2019homme», des avocats et des intellectuels influents1 de la société civile québécoise fondaient, à Montréal, l\u2019une des plus anciennes organisations de défense des droits humains dans les Amériques : la Ligue des droits de l\u2019homme qui deviendra, en 1978, sous l\u2019influence de Simonne Monet-Chartrand, la Ligue des droits et libertés (LDL).Entrée en scène à la faveur de la Révolution tranquille, la Ligue s\u2019est d\u2019abord consacrée à la défense des droits civils et politiques : égalité, liberté d\u2019opinion, d\u2019expression, d\u2019association, etc.Puis, au cours de la décennie 1970, politiques, concernant le droit à l\u2019avortement et les droits des immigrants ou des Autochtones, par exemple.Elle sera au cœur de la démarche qui conduira à l\u2019adoption de la Charte des droits et libertés de la personne en 1975, et à la création du Tribunal des droits de la personne, en 1990.Membre de la Fédération internationale des Ligues des droits de l\u2019homme (FIDH), la LDL participe, en 1993, à la Conférence mondiale sur les droits de l\u2019homme à Vienne.À ce moment charnière de la réaffirmation des droits humains comme étant «universels, indivisibles, interdépendants et intimement liés», elle accentue davantage son action d\u2019éducation et de soutien aux droits économiques, * L/r\\! Rassemblement contre les poursuites-bâillons, en 2010.Photo: Écosociété dans un contexte de montée des luttes sociales, la Ligue défendra à la fois les droits individuels et collectifs.Elle sera un acteur majeur dans la protection et la promotion des droits humains, initiant de nombreuses campagnes d\u2019éducation et s\u2019associant à d\u2019autres, plus sociaux et culturels.S\u2019appuyant sur le Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels, signé et ratifié par le Québec et le Canada en 1976, la Ligue va examiner, critiquer et dénoncer auprès du comité d\u2019experts de l\u2019ONU, les manque- avril-m RELATIONS LIGUE DES DROITS ET LIBERTÉS ments graves du Canada et du Québec aux engagements pris lors de leur adhésion2.Cette action, conduite en étroite collaboration avec des groupes communautaires et des syndicats aux prises quotidiennement avec des violations des droits économiques et sociaux, poussera ses partenaires et la société civile québécoise à recourir plus systématiquement au Pacte comme levier dans la lutte pour le respect des droits et de la dignité.Depuis une dizaine d\u2019années, les citoyens font face à la montée de lois liberticides.Sous prétexte de «guerre au terrorisme», de protection de «l\u2019économie» supposément fragile ou encore de préservation de la « paix sociale», les droits et libertés - aussi bien civils et politiques que sociaux, économiques et culturels - sont attaqués.Au Canada des conservateurs, des organismes de défense des droits (par exemple, Kairos ou Droits et Démocratie) se voient couper les vivres ou sont carrément sabotés, puis détruits.Une hiérarchisation vicieuse des droits humains cherche à s\u2019imposer, en particulier à travers le nouveau Bureau de la liberté de religion.Des lois spéciales cassent les grèves rapidement.L\u2019assurance-emploi est brutalement révisée à la baisse et on viole effrontément la vie privée des chômeurs et chômeuses.On ferme les frontières aux demandeurs d\u2019asile, définis désormais comme des abuseurs potentiels.1.\tParmi ses fondateurs et fondatrices : Frank Scott, Thérèse Casgrain, Henri Morgentaler, Alban Flamand, Bernard Landry, Yves Michaud, René Hurtubise, Jacques Hébert et P-É.Trudeau, inspirés notamment par leurs luttes sous le « régime » Duplessis.2.\tLire les Observations finales du Comité des droits économiques, sociaux et culturels, 22/05/2006. actualités Au Québec, voici que la police ajoute le Code de sécurité routière (l\u2019article 500.1 notamment) à son arsenal de répression de la liberté d\u2019expression et du droit d\u2019association, pendant que les pouvoirs ont cherché, par la loi 12, à saper la contestation sociale et à criminaliser « la rue », le printemps dernier.Heureusement, la résistance et la lutte ne sont pas vaines.Nous arra- chons quelques précieuses victoires, que ce soit par des voies parlementaires (l\u2019adoption d\u2019une première loi québécoise et canadienne contre les poursuites abusives), ou par la rue et les urnes (l\u2019abrogation de la loi 12).La Ligue ne baissera pas les bras.Avec ses alliés des mouvements social, populaire et syndical, elle publiera sous peu un nouveau rapport sur la situation de tous les droits humains au Québec et au Canada, un outil précieux qui ciblera les défis à relever.Et elle prendra le temps de fêter! Pour marquer son 50e anniversaire, elle proposera diverses activités de réflexion (dont un bulletin spécial), de délibération (un colloque) et de réjouissances (une soirée-anniversaire en octobre).\u2022 Vers un nouveau Forum social des peuples « L\u2019effet Harper » force l\u2019émergence et la consolidation de la solidarité entre les forces progressistes du Québec, du Canada et des Premières Nations.PIERRE BEAUDET Le Forum social mondial (FSM), inauguré au Brésil en 2001, regroupe des milliers de mouvements sociaux dans le monde, dans l\u2019idée de faciliter un dialogue permanent, constructif et pluraliste entre tous ceux et celles qui se battent pour la justice sociale, la paix, la démocratie.C\u2019est d\u2019ailleurs avec éclat que le FSM a réalisé son édition de 2013 à Tunis, épicentre du «printemps arabe».Mais le FSM, c\u2019est également une approche, une «méthodologie» qui a permis à bien des mouvements et des initiatives citoyennes de se concerter dans plusieurs pays, régions et secteurs.Au-delà du grand rassemblement mondial (tous les deux ans), il y a plus de 500 forums organisés chaque année d\u2019un bout à l\u2019autre de la planète.L\u2019idée de ces forums est de créer un espace où les participants débattent, discutent, cherchent et proposent des alternatives à la globalisation capitaliste, sans velléité de centralisation ni de produire une ligne de conduite unique s\u2019imposant à tous.C\u2019est dans ce contexte que les mouvements sociaux d\u2019ici ont organisé deux forums québécois (2007 et 2009) ainsi que des forums régionaux tels que ceux du Bas-Saint-Laurent, de Québec Chaudière-Appalaches, de Laval, etc.Dès 2004, les organisations québécoises ont mené une consultation auprès de divers mouvements canadiens et autochtones dans l\u2019espoir de lancer un nouveau processus.Il a fallu cependant attendre jusqu\u2019à récemment pour que cette idée débouche.C\u2019est qu\u2019en réalité, les mouvements populaires québécois, canadiens et autochtones n\u2019ont pas une grande habitude de la concertation, voire de la solidarité.Dans le reste du Canada, l\u2019image du Québec est plutôt embrouillée (pour parler poliment), no- FORUM SOCIAL! forum Social des peuples - peoples social forum tamment à cause du travail de sape des médias-poubelles (dont le réseau Sun News, qui appartient paradoxalement à l\u2019empire Quebecor) qui présentent souvent les Québécois comme d\u2019éternels chialeurs et profiteurs.Tandis qu\u2019au Québec, l\u2019option majoritaire, à gauche, est qu\u2019il faut mener la lutte pour la justice de pair avec la lutte pour la souveraineté, ce qui débouche sur un manque d\u2019intérêt pour les dynamiques communes pancanadiennes.Quant aux Premières Nations - et c\u2019est peut-être le point commun des mouvements populaires au Québec et au Canada -, elles sont restées généralement ignorées et à l\u2019écart.Mais voilà que le vent tourne.Il y a ce qu\u2019on peut appeler «l\u2019effet Harper».Le nouveau pouvoir s\u2019avère un adversaire redoutable pour ceux et celles qui aspirent à plus de démocratie et de justice sociale dans l\u2019espace canadien.Peut-être plus que jamais, la réalité de l\u2019État et de l\u2019économie politique au Canada fait en sorte que les classes populaires et les mouvements sociaux «d\u2019un océan à l\u2019autre» ont des tas de batailles à mener ensemble.La «révolution» de droite en cours les bouscule L'auteur est professeur à l'École de développement international et de mondialisation de l'Université d'Ottawa RELATIONS avril-mai 2013 actuaLités L'auteur, qui a été directeur du Centre justice et foi (20012007), est provincial des jésuites du Canada français et d'Haïti et impose la nécessité de penser à de nouvelles stratégies.La lutte étudiante au Québec sert d\u2019inspiration.Elle a fait prendre conscience aux mouvements hors Québec de la force, de l\u2019imagination et de la détermination qui existent au Québec pour mettre des (gros) grains de sable dans la «machine».Plusieurs ont été impressionnés par ce « printemps érable » et semblent prêts à dépasser leurs vieux préjugés.L\u2019essor du mouvement Idle No More attire aussi l\u2019attention de tous ceux et celles qui cherchent comment bloquer le « bulldozer » Harper.C\u2019est là une initiative qui a de toute évidence des racines profondes et qui s\u2019exprime dans un langage politique et un style qui facilitent le dialogue.Tout cela converge.Ainsi, depuis quelques mois, à l\u2019initiative de la CSN, d\u2019Alternatives et de plusieurs syndicats et mouvements populaires québécois et canadiens, avec la participation de divers réseaux autochtones, l\u2019idée d\u2019or- 3\t- u».~ Assemblée de fondation du Forum le 26 janvier 2013.Photo: Arij Riahi ganiser un grand forum social des peuples prend forme.Réunies en assemblée générale à Ottawa les 26 et 27 janvier dernier, plus de 150 personnes ont lancé officiellement le processus en vue de tenir ce forum à l\u2019été 2014.De nombreux obstacles devront être surmontés et il faudra convaincre un très large éventail de groupes et de réseaux de l\u2019importance d\u2019un tel événement et de la nécessité morale et politique de créer un espace réellement ouvert et respectueux des dynamiques de chacun.\u2022 Un pape aux frontières?L\u2019élection d\u2019un pape jésuite laisse espérer une plus grande attention du Vatican aux personnes en marge de l\u2019Église et de la société.JEAN-MARC BIRON Les premiers mots du pape François ont mis en évidence le fait qu\u2019il vient de loin: «pendant le conclave, on choisit l\u2019évêque de Rome.On dirait que mes frères cardinaux sont allés le prendre presque au bout du monde».L\u2019évocation de cette distance pourrait être le symbole d\u2019un changement de cap pour l\u2019Église.L\u2019élection d\u2019un pape argentin a surpris nombre de chrétiens et de chrétiennes par les éléments nouveaux qui ont entouré ce choix.C\u2019est le premier pape qui vient d\u2019outre-Atlantique et, surtout, de l\u2019hémisphère Sud.Il a choisi un nom fort significatif, tout à fait inusité si l\u2019on s\u2019en tient à la liste de ses prédécesseurs.Il se dit inspiré par François d\u2019Assise, dit le Poverello («le petit pauvre»), ce moine du XIIe siècle qui vivait avec ses frères parmi les pauvres.L\u2019archevêque de Buenos Aires n\u2019est-il pas reconnu comme l\u2019évêque des pauvres et pour son humilité?Cependant, étant jésuite - le premier dans l\u2019histoire à être élu pape -, il s\u2019inscrit dans une tradition spirituelle tout à fait différente de celle du fondateur des franciscains.La Compagnie de Jésus, quoi qu\u2019on dise, n\u2019est pas un ordre religieux qui prépare au gouvernement de l\u2019Église.C\u2019est avant tout un ordre missionnaire.Ainsi, l\u2019ensemble de la Compagnie de Jésus comme chacun de ses membres se rendent disponibles pour être envoyés dans les missions que le pape veut bien leur confier.L\u2019un des premiers jésuites, François Xavier, fut ainsi envoyé aux frontières géographiques et culturelles du monde connu à l\u2019époque de la Renaissance : il porta l\u2019Évangile en Inde, en Indonésie, au Japon, jusqu\u2019aux portes de la Chine, où il mourut.Son contact avec des cultures si distinctes de celles de l\u2019Europe l\u2019a même amené à se laisser transformer intérieurement et à reconnaître la nécessité de se mettre avant toute chose à l\u2019écoute de ces cultures et de ces peuples.Dans les années 1970, sous la direction du supérieur général Pedro Arrupe, la Compagnie de Jésus précisait sa mission : la promotion de la justice constitue une exigence absolue du service de la foi.Depuis, on définit souvent l\u2019engagement des jésuites comme une mission qui se déroule aux frontières.Ces frontières ne sont pas seulement géographiques, mais elles sont aussi sociales, culturelles et même religieuses.Lors du dernier rassemblement des délégués jésuites venant du monde entier, le pape Benoît XVI confirmait la mission de la Compagnie de Jésus en ces termes : « L\u2019Église a besoin de vous, compte sur vous et continue de s\u2019adresser à vous avec confiance, pour atteindre en particulier ces régions physiques et spirituelles où d\u2019autres n\u2019arrivent pas ou ont des difficultés à se rendre» (discours à la 35e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus, le 21 février 2008).Habités par cette conviction d\u2019être appelés à aller aux frontières, les jésuites ont été surpris et étonnés qu\u2019un des leurs soit choisi pour diriger et animer l\u2019Église depuis son centre.Que pouvons-nous attendre d\u2019un pape dont les racines spirituelles l\u2019appellent aux frontières?Pouvons-nous espérer ^ avril-mai 2013 RELATIONS actualités de lui que sa mission soit justement de ramener ce qui est en marge de la société et de l\u2019Église au cœur même de ses préoccupations?Quelle place les personnes marginalisées seront-elles appelées à occuper au sein de l\u2019Église?Comment ce pape dont on dit qu\u2019il s\u2019est fait proche des pauvres dans les bidonvilles de Buenos Aires conduira- t-il l\u2019Église à se mettre davantage du côté des plus démunis?Un pape venu du bout du monde pourra-t-il permettre à la diversité des peuples, des cultures et des traditions d\u2019enrichir davantage la manière d\u2019être et de faire de l\u2019Église?\u2022 © CA CûhiDViTÊ VçCAffA'peï DU VMiCAÜ./ Algérie : les dessous d\u2019une prise d\u2019otages Les services secrets algériens seraient-ils derrière l\u2019attaque d\u2019In Amenas?LISE GARON Le 16 janvier 2013, le monde apprenait, de «source sûre», qu\u2019une trentaine de terroristes avaient attaqué le site gazier de Ti-guentourine, en Algérie, dans le Grand Sud saharien.Ils avaient pris en otage 600 personnes, dont des dizaines de travailleurs étrangers.Quatre jours plus tard, on apprenait, toujours de « source sûre », que « la glorieuse Armée nationale populaire» algérienne venait de libérer la base.L\u2019événement a fait la une des médias étrangers qui ont mis en scène une armada de « spécialistes » pour expliquer la crise à chaud, en ignorant la censure militaire à l\u2019œuvre, ne citant que des responsables algériens anonymes ou des communiqués de presse officiels.Le hic, c\u2019est que l\u2019information sur la crise qui se dé- roulait ne provenait que d\u2019une seule source - le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) - et qu\u2019elle contenait plusieurs incohérences.La première a rapport à la surveillance massive des frontières.Pas moins de 7000 gendarmes sont postés à la frontière algéro-libyenne.À la frontière mauritano-nigéro-malienne se trouvent des bases militaires dotées d\u2019avions et d\u2019hélicoptères de combat, de transport et de surveillance, de même que toute une gamme d\u2019équipements high-tech, notamment des L'auteure est professeure au Département d'information et de communication à l'Université Laval RELATIONS avril-mai 2013 actualités radars, des drones, des avions et des ballons de surveillance à haute altitude, tous équipés de caméras sophistiquées.Comment une surveillance aussi imposante de l\u2019armée sur toutes les frontières sahariennes du pays ainsi qu\u2019autour du site gazier n\u2019a-t-elle pas permis d\u2019intercepter un groupe de trente terroristes?Deuxième incohérence : l\u2019identité réelle du cerveau derrière l\u2019attaque, Mokhtar Benmokhtar.Le personnage, ex-émir du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui a par la suite rejoint les rangs d\u2019Al-Qaïda, serait-il un agent double?Son passé actif dans le Groupe islamiste armé, mieux connu sous le sigle GIA, et le GSPC, deux organisations terroristes infiltrées par les services de renseignement, tend à le confirmer1.Resté hors d\u2019Algérie durant l\u2019attaque terroriste d\u2019In Amenas, Benmokhtar sera quand même tué dans une opération militaire au Mali au début de mars : la disparition d\u2019un homme qui en savait trop?Troisième incohérence: l\u2019objectif des terroristes.Selon Alger, les terroristes avaient l\u2019intention de faire exploser les installations gazières.Alors, comment expliquer que c\u2019est la base où logeaient les employés du site gazier que les terroristes ont attaquée, et non l\u2019usine à gaz?Si ces apparentes incohérences dans la version officielle laissent planer le doute quant au rôle joué par les services de renseignement dans la prise d\u2019otages, l\u2019extrême brutalité de l\u2019assaut militaire, lui, porte clairement la signature du DRS.Celui-ci a été créé en 1990 par le général major Khaled Nezzar, de sinistre mémoire - et contre qui un procès pour crimes de guerre est d\u2019ailleurs pendant en Suisse.Le DRS est demeuré depuis au centre du pouvoir occulte algérien, et il possède une longue tradition de secret, de manipulation et de violence.Si son incapacité à prévoir l\u2019attaque terroriste près d\u2019In Amenas surprend étrangement, le dénouement sanglant de l\u2019attaque, lui, était parfaitement prévisible pour qui connaît son style brutal: pas de négociation avec l\u2019ennemi, juste son éradication, et par tous les moyens possibles.L\u2019ampleur du drame ne fut révélée que progressivement.Les quelques morts d\u2019abord annoncés devinrent 38 travailleurs étrangers.Les pertes subies au sein de l\u2019armée lors de l\u2019assaut ainsi que les circonstances du bain de sang ne seront pas divulguées.Pour le moment, il faut s\u2019en remettre aux témoignages recueillis par l\u2019écrivain Habib Souaïdia, ancien membre des forces spéciales de l\u2019armée algérienne, apportant des informations inédites qui mettent à mal la version officielle (source: Algeria Watch, 3 mars 2013).Selon ces témoignages, le mercredi 16 janvier, dans le «bureau opération- nel» établi par les forces de sécurité près de Tiguentourine, étaient réunis des officiers supérieurs de la quatrième région militaire, de la Gendarmerie nationale et du DRS : une cellule de crise sans commandement unifié.Comme on ne parvenait pas à s\u2019entendre, le général major Athmane Tartag (DRS) décida seul d\u2019envoyer trois hélicoptères lancer des missiles sur un groupe de 11 ravisseurs et de 30 travailleurs étrangers.Ce qui explique les corps calcinés retrouvés le dimanche après l\u2019opération.Les forces de sécurité ont ensuite poursuivi la traque des autres membres du commando.Tartag a alors une nouvelle fois imposé la manière forte par une attaque unilatérale et non coordonnée avec les autres corps présents : un hélicoptère a tiré trois fois sur le véhicule des ravisseurs, tuant les terroristes et leurs otages, ainsi qu\u2019une dizaine de militaires présents à proximité.De telles informations jettent un éclairage réaliste sur le drame d\u2019In Amenas, qui s\u2019est joué dans l\u2019ombre du DRS.D\u2019autres informations devront toutefois être révélées pour que la vérité entière soit connue.\u2022 1.Le site de l\u2019organisme Algeria Watch documente largement cette infiltration: .Voir aussi H.Souaïdia, La sale guerre, La Découverte, 2001, et M.Samraoui, Chronique des années de sang, Denoël, 2003.ou au chômage, \\ c B \u2022 v i la dignité \\ avril-mai 2013 RELATIONS HORIZONS Kateri Tekakwitha : une sainte, mais pour qui LOUIS CYR, S.J.Reportons-nous d\u2019abord au milieu du XVIIe siècle.Dans notre environnement laurentien de forêts et de cours d\u2019eau s\u2019affrontaient alors, entre autres, deux cultures de peuples semi-nomades, l\u2019une mohawk et l\u2019autre algonquine, déstabilisées toutes les deux par une culture étrangère et envahissante, surgissant d\u2019un lointain outre-mer.La figure de Kateri Tekakwitha représente la confluence de ces trois cultures: née d\u2019une mère algonquine chrétienne et d\u2019un père mohawk, elle se convertit plus tard au contact des jésuites.Certes, la composante algonquine aura eu une influence plutôt modeste sur Kateri.Après la mort prématurée de ses parents à la suite d\u2019une épidémie fulgurante de petite vérole qui décima toute la région de la rivière Mohawk (New York) alors qu\u2019elle avait à peine quatre ans, Kateri fut recueillie par un oncle et deux tantes mohawks.Restée toutefois fragilisée et affaiblie par la maladie, elle mourut à l\u2019âge de 24 ans, le 17 avril 1680, tout juste quatre ans après son baptême et son exil subséquent sur la rive sud du Saint-Laurent, près de notre Kahnawake actuelle.Morte «en odeur de sainteté», disait-on d\u2019elle.Mais de quelle sainteté s\u2019agit-il donc?Pour esquisser une réponse, reportons-nous trois siècles plus tard, en juin 1980.À la veille de la béatification de Kateri par le pape Jean-Paul II, le grand chef de Kahnawake répondait ainsi à un journaliste: «Vous êtes surpris de ne pas nous voir célébrer avec éclat cet événement?Ce n\u2019est pas un signe d\u2019indifférence que cette discrétion, car, intérieurement, chaque Mohawk, si vous les interrogez tour à tour, vous dira sa joie profonde de voir que la sainteté d\u2019une des leurs ait été reconnue.Mais ce genre de manifestation à grand déploiement pour souligner le succès de l\u2019un d\u2019entre nous n\u2019a pas sa place chez nous, à cause de la manière dont nous concevons notre vie collective.Personne ici ne s\u2019attend à ce qu\u2019on le sorte du rang pour le placer sur un piédestal, afin de souligner un exploit quelconque.» Pourquoi en effet en irait-il autrement pour Kateri?Et, « Le Christ, par les membres de son corps, est lui-même Indien.» Voilà une affirmation claire, lapidaire, audacieuse et même prophétique de notre appartenance à la grande famille sainte d\u2019une humanité en devenir.comme pour amortir le coup, il ajouta : «Il y a un autre motif de réjouissance, c\u2019est que par sa décision de béatifier Kateri, l\u2019Église de Rome, implicitement, nous reconnaît comme peuple et proclame à la face du monde notre existence.» Quelle retenue, quelle modestie il y a dans ce «notre existence», si discret, sans rancune ni vengeance, malgré tout ce que nous avons infligé aux Autochtones depuis l\u2019infâme Loi sur les Indiens de 1876, toujours en vigueur! Car celle-ci visait ni plus ni moins leur extermination totale! Ils semblent indestructibles, ces Mohawks, tout comme l\u2019est cette marque infaillible de leur égalitarisme culturel signalé ci-haut, que rien n\u2019aura pu faire disparaître entre-temps, bien au contraire, et qui n\u2019est qu\u2019une de leurs caractéristiques culturelles parmi tant d\u2019autres à découvrir.C\u2019est le même pape Jean-Paul II qui leur a proclamé, quatre ans plus tard, lors de son voyage au Canada en 1984, de passage au Sanctuaire des saints martyrs jésuites canadiens, à Midland en Ontario, en présence de nombreux représentants de communautés autochtones du pays venus prier avec lui sous une tente: «Le Christ, par les membres de son corps, est lui-même Indien.» Voilà une affirmation claire, lapidaire, audacieuse et même prophétique de notre appartenance à la grande famille sainte d\u2019une humanité en devenir qui cherche à rompre les chaînes de la méfiance et de l\u2019exclusion.Toutes les croyances, toutes les cultures y convergent et cherchent leur place indispensable dans cette mosaï-culture en perpétuelle construction, pierre par pierre, entre tâtonnements et confrontations.«La sainteté de Kateri sera une lumière offerte à tous les peuples et nations, et servira de rappel du fait que tout groupe ethnique, même minoritaire, a ses propres richesses à faire éclore et développer, en vue de réparer les injustices subies dans la suite des temps.» Ainsi s\u2019exprimait dans son plaidoyer final celui qui était chargé de défendre la cause de canonisation, le jésuite Paolo Molinari.Benoît XVI s\u2019en est inspiré dans son homélie lors de la célébration de la canonisation, le 21 octobre dernier, en parlant de Kateri, «elle qui est restée fidèle aux coutumes des siens.En elle, foi et culture s\u2019enrichissent mutuellement! Que son exemple nous aide à vivre là où nous sommes, sans renier qui nous sommes.» Voilà bien comment la sainteté de Kateri rejaillit sur la culture propre dont elle est issue, tout en étant bel et bien une sainte pour tous, mais à travers les siens, pour l\u2019édification d\u2019une humanité nouvelle.Tel est le vrai miracle dont nous fait don la sainteté de Kateri Tekakwitha.\u2022 L\u2019auteur a été le dernier curé jésuite à Kahnawake (19902003) RELATIONS avril-mai 2013 Le caRNet De josé acçueLiN CŒURS ÉTROITS ET CORPS À L\u2019ÉCART Photo: Gabor Szilasi Là, tout doux.S\u2019il le faut, ne fais rien, ne réveille personne.Chacun son mirage: le soleil n\u2019est le sol d\u2019aucun pied mais la racine de tous les yeux.On le sait depuis toujours: le pouvoir corrompt.La nature humaine est ainsi surfaite, surtout depuis qu\u2019elle s\u2019accorde le statut vertical de sur-animal.Cette prérogative arrogante, d\u2019époque en époque, de civilisation en civilisation, est vraiment loin de s\u2019atténuer.Elle ravage l\u2019entourage, elle saccage la terre et dépouille du simple courage quotidien tous ceux qui ne demandent qu\u2019à être heureux sans avoir l\u2019impression de se faire flouer à chaque coin de rue, à chaque décret de loi, à chaque propagande oligarchique, à chaque contorsion ra-toureuse de la Haute Phynance.Labile alibi que celui de ceux qui s\u2019accrochent à leurs privilèges par peur incurable de les perdre.Labile, défaillant, parce que cela révèle leurs failles.Ceux-là confondent avoir et être, vouloir et vivre, pouvoir et présence.Qu\u2019est-ce qui pourrait les faire changer mis à part l\u2019échec, la chute, la déconvenue, la désillusion?Parfois on se dit que la conscience de la très courte durée d\u2019une vie humaine devrait minimalement les convaincre de la fragilité, de la leur comme de celle des autres.Mais non, rien ne semble pouvoir délivrer de leur entêtement les cœurs étroits.Est-ce l\u2019atavique instinct de prédation qui les tient dans ses serres?Est-ce qu\u2019ils s\u2019imaginent qu\u2019en ne cessant de dévorer, ils ne seront jamais avalés à leur tour?N\u2019ont-ils jamais souffert pour continuer à faire souffrir?Ne font-ils que s\u2019étourdir à éluder une douleur profondément ancrée en eux, pour mieux croire ne plus avoir à l\u2019affronter?À quoi et à qui cherchent-ils à échapper?Il y a de quoi se perdre en conjectures fugaces et vaseuses à tenter de comprendre ce qui les encastre dans le décor.Je lâche les cœurs étroits et m\u2019en vais chez un ami au corps à l\u2019écart.Il a besoin de me parler.Il se sent las, épuisé.Il ne ressent aucune envie d\u2019aller ailleurs ou plus loin.Pas plus qu\u2019il ne comprend ce qu\u2019il est, ce qu\u2019il fait ici.Ce qu\u2019il vit ne le persuade plus d\u2019une suite passionnante.Il lui semble que toute relation à autrui commande une capacité à négocier avec une souffrance dont on ne peut discerner dans quelle mesure elle est nôtre ou le reflet de celle de l\u2019autre sur nous.En ce monde de débit ou de crédit, il ne veut même plus savoir ce qu\u2019il doit ou ce qu\u2019on pourrait lui devoir.Il n\u2019en peut plus, et ce, quelle que soit la transaction à accepter ou refuser.Il dit: ce monde est pauvre de nouvelles nouvelles et milliardaire d\u2019inévitables redites.Il se sent exténué et, s\u2019il lui reste une seule envie, c\u2019est de sortir de sa ténuité.Certains meurent pour moins que ça.Il insiste: moi et ce monde?Une seule et même entité informe, corrodée, abusée.Je ne suis qu\u2019un ectoplasme cacochyme, valétudinaire, et je ne vois pas dans quelle incarnation je pourrais m\u2019enrôler à nouveau.J\u2019espère un instant le réconforter en lui faisant remarquer qu\u2019il ne manque pas de mots pour dire ce qu\u2019il vit et ressent.Il me répond qu\u2019il prise de moins en moins cette faveur consentie par son éducation qu\u2019il assimile à un dressage serré sinon étroit.Il dit: naître ne prédit pas l\u2019être, aimer ne verse pas de liquidités et mourir rouvre l\u2019éternel dossier.Je dis : aucune mort ne nous certifie qu\u2019il faille dé-naître.Il dit: et pourtant le jour meurt vite si la lumière vide les yeux et n\u2019ouvre pas la réalité de l\u2019ennui à la clarté de la nuit.Je dis : c\u2019est vrai que bien souvent exister, c\u2019est comme fumer sans feu.La jeunesse n\u2019a pas le temps, l\u2019âge mûr invente des questions, la vieillesse n\u2019a plus de réponses, la durée humaine est incontinente.Il dit : oui, on ne sait pas ce qui nous connaît, on ne regarde pas ce qui nous voit, on ne peut avoir ce que nous sommes, on passe sans comprendre les portes.Je dis: mais vient un moment où l\u2019on doit pardonner à son destin d\u2019avoir été trop dur ou trop facile.Une allumette n\u2019a jamais brûlé le soleil, la jalousie ne nous sert que notre vérité, aucun peuplier ne rejette un chat moqueur, la pluie n\u2019a jamais noyé l\u2019océan.Et la beauté plaint ceux qui l\u2019évitent.Il dit : c\u2019est bien beau, bien poétique tout ça, mais qu\u2019est-ce qu\u2019on fait avec l\u2019usure?Je propose: l\u2019art de vieillir vient de ce qu\u2019on n\u2019a plus besoin d\u2019être.Est-ce qu\u2019une paix de solitude dans le plain-chant du silence serait envisageable?Il dit : dis-moi alors, comment s\u2019arrange le silence avec l\u2019increvable désir?Je dis: il n\u2019y a pas de renoncement au désir, cet élan, cet allant du vivant, il n\u2019y a qu\u2019un désir, qui ne renonce pas à se transformer.Il dit: à suivre donc.\u2022 2° avril-mai 2013 RELATIONS dOSSieR Le Nord pour tous, vraiment?Kangiqsualujjuaq, au Nunavik.Photo: © Marc-André Pauzé/Waseya Images Zi \" '\t- / i\u20184 EMILIANO ARPIN-SIMONETTI Ressources naturelles, Martine Ouellet, d\u2019ici le mois de juin, et un nouveau régime d\u2019impôt minier entrera sous peu en vigueur*.Ces efforts vont dans le sens de ce que souhaite la population québécoise.Dans un récent sondage sur la perception qu\u2019ont les Québécois de l\u2019industrie minière, commandé en février par l\u2019Initiative boréale canadienne, une majorité de répondants exprimait son soutien à la hausse des redevances minières et à la réforme de plusieurs aspects de la Loi sur les mines, notamment le principe du free mining.Les réformes annoncées par le gouvernement, qui touchent pour le moment la seule industrie minière, ne sauraient toutefois suffire à aiguiller le Plan Nord sur la voie de l\u2019intérêt collectif.D\u2019autant que, comme le rappelle RELATIONS avril-mai 2013\t|ll Le récent changement de nom du Plan Nord - rebaptisé « Le Nord pour tous » par le Parti québécois - nous donne l\u2019occasion de réfléchir au sens de ce projet.S\u2019il est clair que le Plan Nord des libéraux n\u2019avait rien d\u2019un plan et tout d\u2019une campagne de marketing pour spéculateurs miniers, son nouvel avatar pé-quiste profitera-t-il vraiment à l\u2019ensemble de la population du Québec?Le printemps devrait apporter des réponses partielles à cette question.Une nouvelle loi sur les mines doit être proposée par la ministre des * Au moment d\u2019écrire ces lignes, ni les conclusions du Forum sur les redevances minières, tenu le 15 mars dernier, ni le nouveau projet de loi sur les mines n\u2019étaient encore connus. üeR «Le rapport au territoire, dans l\u2019après-mondialisation et l\u2019après-croissance illimitée, est appelé à devenir la base de l\u2019économie (économie de proximité) mais aussi la base de l\u2019identité culturelle.» Roméo Bouchard, La reconquête du Québec.Esdras Minville et le modèle gaspésien Normand Mousseau dans son livre Le défi des ressources minières (éditions MultiMondes, 2012), une multitude d\u2019autres facteurs doivent être pris en considération par l\u2019État dans le développement de cette industrie (ne serait-ce qu\u2019en matière de gestion de l\u2019eau, de protection de l\u2019environnement et des citoyens, d\u2019empowerment des communautés locales ou de restrictions découlant d'accords commerciaux, pour donner quelques exemples).C\u2019est sans parler de la nécessité de développer d\u2019autres filières économiques plus durables, de créer un réel maillage entre les activités économiques du nord et du sud du Québec, ou encore du rôle incontournable des Autochtones dans un tel projet.Ces derniers sont en effet les premiers à être touchés par les chambardements que provoque la ruée vers le Nord ayant cours depuis maintenant quelques années.Et les conditions qu\u2019ils posent au développement industriel sur leurs territoires ancestraux ne sont pas toujours respectées, en raison notamment de l\u2019asymétrie qui caractérise les traités et ententes qui les lient au gouvernement du Québec.Négligée trop longtemps par le précédent gouvernement, la nécessité d\u2019une véritable planification du développement nordique se fait donc pressante.Et avec elle, celle d\u2019une prise de position claire quant aux valeurs qui doivent le guider.Il y a là une occasion à saisir pour changer de paradigme.Savoir si le Plan Nord est oui ou non profitable au trésor public, si « nos ressources » sont vendues à juste prix, ne suffit pas; il est fondamental d\u2019intégrer le Nord à une vision du Québec comme communauté politique, soucieuse du bien commun et du développement intégral et à long terme de ses régions.À cet égard, il serait toutefois faux d\u2019affirmer que l\u2019absence de planification d\u2019ensemble dans la version libérale du Plan Nord équivaut à une absence de vision.Le discours sur lequel Jean Charest a fondé son «chantier d\u2019une génération» s\u2019appuyait sur un mythe profondément ancré dans l\u2019imaginaire politique québécois, soit celui du Nord comme Terre promise encore vierge et mise à notre entière disposition.L\u2019ancien premier ministre a habilement mis cette rhétorique au service de sa vision néocoloniale du déve- loppement nordique, qui consistait à mettre un territoire aux enchères à des fins de spéculation et de profitabilité boursières, sans égard pour ses habitants, et encore moins pour sa beauté naturelle.Il n\u2019est pas anodin de constater que cette vision correspond en tout point à la logique coloniale qui animait les pères fondateurs de la fédération canadienne, logique bien décrite par Alain Deneault et William Sacher dans leur ouvrage Paradis sous terre (Éco-société, 2012).Car dans la vision libérale, l\u2019avenir du Nord québécois se serait joué à la bourse de Toronto, épicentre de la spéculation minière internationale; pas à Québec - et encore moins à Kuujjuaq.L\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un nouveau gouvernement disant vouloir d\u2019un « Nord pour tous » offre donc la possibilité d\u2019un changement de cap bien nécessaire, qui permettrait de recentrer le développement du Nord sur une conception du territoire comme «habitat», celui que le peuple québécois partage avec les Premières Nations et les Inuits, et qui doit être hospitalier pour tous.Cet enjeu est fondamental tant pour l\u2019avenir du développement nordique que pour celui du Québec en tant que communauté politique.Il ne faudrait pas que, sous prétexte de vouloir être «maîtres chez nous», nous nous proclamions «maîtres.chez eux», reproduisant ainsi les schèmes de la domination coloniale.Un peu comme le changement sémantique qui l\u2019accompagne, le changement d\u2019orientation du Plan Nord amorcé par le gouvernement Marois demeure donc encore incertain.Tout comme le nom «Plan Nord», les vieilles logiques semblent tenaces, et les changer s\u2019annonce ardu, d\u2019autant que le gouvernement est minoritaire et les lobbies puissants.Il n\u2019empêche que les phases subséquentes de ce chantier nordique pourraient être l\u2019occasion de revoir en profondeur le modèle de développement actuel, fondé sur un extractivisme à courte vue, largement subventionné par des fonds publics sans promesse de rentabilité et sans grande considération pour l\u2019environnement ou les générations futures.Mais surtout, elles pourraient être l\u2019occasion de repenser les bases d\u2019un vivre-ensemble qui s\u2019étend désormais à la totalité du territoire du Québec.Ce «Québec total», pour reprendre l\u2019expression du géographe Louis-Edmond Hamelin, réconciliant enfin le Québec du sud avec sa nordicité.et avec sa dimension autochtone.\u2022 12| avril-mai 2013 RELATIONS Halte à la grande braderie! Conçu dans une logique du tout-au-marché, le Plan Nord du gouvernement Charest est une véritable braderie.Le gouvernement Marois saura-t-il en reprendre le contrôle au bénéfice du Québec?ROBERT LAPLANTE Domaine spéculatif par excellence, le monde minier carbure très souvent aux superlatifs.Cela a créé des conditions favorables pour une opération élec-toraliste qui a bien failli réussir au Parti libéral de Jean Charest.Le Plan Nord a d\u2019abord été une formidable opération de propagande servant à présenter comme un projet de société ce qui n\u2019était en fait qu\u2019une grande braderie.Dans un document mal ficelé, bourré de généralités pompeuses et truffé d\u2019approximations, le gouvernement libéral a tenté un grand coup.Profitant de l\u2019agitation spéculative que stimule l\u2019augmentation spectaculaire des prix des métaux, le Plan Nord a proposé une importante rupture par rapport au développement du Nord, auparavant centré sur l\u2019exploitation publique de l\u2019hydroélectricité.Il fait en effet porter à l\u2019ensemble des contribuables du Québec l\u2019entièreté des risques encourus pour la construction des infrastructures de production d\u2019énergie et de transport requises pour réaliser de grands projets menés par des entreprises privées.Ce sont 80 milliards de dollars d\u2019investissements publics et privés sur 25 ans que le Plan Nord promettait de mettre à la disposition des exploitants miniers pour que s\u2019accélère le développement.Le retournement annoncé est majeur: auparavant, l\u2019industrie devait assumer les coûts de production de son énergie dans l\u2019analyse de la rentabilité de son exploitation.En transférant, dans la plupart des cas, ce coût aux finances publiques, le gouvernement ne pouvait qu\u2019attiser toutes les convoitises et accélérer les décisions d\u2019investir.Prix à la hausse, réduction spectaculaire des coûts d\u2019exploitation: les conditions devenaient excellentes pour que des projets qui cheminaient depuis déjà longtemps - on connaît le potentiel de la fosse du Labrador depuis le début des années 1950 - deviennent tout à coup pressants.Le document du gouvernement libéral Faire le Nord ensemble.Le chantier d\u2019une génération promet 11 000 emplois durant la phase d\u2019implantation des mines et quelque 4000 durant l\u2019exploitation.C\u2019est peu, finalement, considérant les investissements annoncés.Les emplois de la construction ne sont que ponctuels alors que les autres sont tout à fait approximatifs.Puisque l\u2019emploi dans l\u2019ex- ploitation minière décline depuis au moins 25 ans, tout laisse penser que la tendance se maintiendra.Les gains de productivité réalisés grâce à une technologie qui a favorisé l\u2019accroissement spectaculaire de la taille des mines et transformé leurs conditions d\u2019exploitation ne vont pas cesser, bien au contraire.Que ce soit l\u2019automatisation et le gigantisme des capacités de manutention, le géopositionnement ou l\u2019informatisation et la robotisation des procédés de conditionnement, tous les aspects de l\u2019exploitation font l\u2019objet d\u2019une recherche intensive qui non seulement réduit les emplois dans la mine, mais déplace ces derniers dans des bureaux et des laboratoires fort éloignés des lieux d\u2019exploitation et des communautés locales.Comme le document du gouvernement libéral ne contient que des vœux pieux - évitant toute approche contraignante en ce qui concerne la transformation-, la richesse n\u2019y est considérée, à l\u2019évidence, que pour être exportée.Le nouveau gouvernement péquiste dit vouloir inverser la tendance, mais jusqu\u2019à présent, aucune mesure concrète n\u2019a été prise et l\u2019on a du mal à faire la part des choses entre les bonnes intentions et la détermination réelle de mettre en place les moyens d\u2019obtenir des résultats tangibles.En tout, 11 projets sont considérés.On a fait beaucoup d\u2019éclat avec les gros chiffres : des investissements pouvant aller jusqu\u2019à 13 milliards de dollars pour une seule mine (projet Otelnuk); 5 milliards pour la construction d\u2019un lien ferroviaire; la rhétorique n\u2019en avait - et n\u2019en a toujours - que pour le gigantisme.Et pourtant, en réalité, le Québec est un producteur minuscule à l\u2019échelle du monde et, malgré l\u2019enflure des discours, le secteur minier va continuer de peser peu dans l\u2019économie québécoise.Même s\u2019il est bien souvent la principale source d\u2019emplois et de revenus dans les régions du Nord, il ne représente actuellement qu\u2019environ 2,3 % du PIB, une proportion qui n\u2019augmentera pas de façon radicale avec les projets envisagés.Les répercussions seront donc beaucoup plus grandes pour le territoire que dans l\u2019économie.Les projets proposés sont, en effet, de très grande taille.Les exploitations à ciel ouvert vont provoquer d\u2019immenses échancrures et produire des quantités phénoménales de résidus.Les coûts de restauration ne sont pas connus, mais il est évident qu\u2019il faudra un encadrement juridique et financier très strict avant que ne soit autorisé tout projet.Déjà que la facture actuelle de restauration des sites orphelins, que les contribuables devront assumer, se chiffre à 1,2 milliard de dollars, selon le Rapport du commissaire au développement durable (hiver 2013).Le gouvernement Marois a du pain sur la planche.Il devra trouver de meilleurs moyens de consulter la population, faire des choix clairs de préservation et procéder en prenant appui sur des études d\u2019impacts menées rigoureusement.L\u2019auteur est directeur de L\u2019Action nationale et de l\u2019Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) ?2L RELATIONS avril-mai 2013 dOSSieR ENJEUX GÉOPOLITIQUES Le réchauffement climatique ne fera pas le malheur de tout le monde.C'est du moins ce qui se dit et s'espère dans les capitales des pays qui jouxtent l'Arctique.L'ouverture du passage du Nord-Ouest pendant des périodes de plus en plus longues, voire toute l'année durant, ouvre des perspectives économiques aussi vastes qu'inédites.Déjà les missions de forage pétrolier et d'exploration minière se multiplient à une vitesse vertigineuse.Le Plan Nord propulse d'ores et déjà le Québec dans un complexe réseau d'enjeux internationaux.Alors que le développement minier du Nord est communément envisagé en regardant vers la Côte-Nord et Sept-Îles, c'est bien davantage vers la baie d'Hudson et l'Arctique qu'il faudrait regarder.Car non seulement est-il bien possible que les minerais finissent par y être acheminés en très grande partie (c'est déjà le cas de la production de la mine Raglan), mais il est plus que probable que les enjeux liés à cette exploitation soient avant tout déterminés en fonction de logiques internationales plutôt que par les seules préoccupations provinciales qui dominent les discussions jusqu'à maintenant.Les bateaux qui navigueront par le passage du Nord-Ouest, les richesses qu'ils transporteront, les ports qu'ils feront vivre et les soldats qu'ils mettront aux aguets nous poussent à comprendre que la mondialisation, loin de les dissoudre, force plutôt un réalignement majeur des logiques nationales.R.L.Les fosses ne seront pourtant que la partie congrue des impacts environnementaux.L\u2019ouverture de voies de communication, la construction de barrages, l\u2019établissement de lignes de transmission, pour ne nommer que ces aspects, transformeront radicalement le territoire.Le débat sur les aires protégées, qui s\u2019est envenimé depuis l\u2019annonce du Plan Nord, n\u2019a pas fini de s\u2019intensifier.Plus personne ne sait dire maintenant quelles étaient les intentions réelles de l\u2019ancien gouvernement au sujet de la préservation de 50% du territoire, tant les déclarations contradictoires, les changements de paramètres et le maintien du primat du free mining ont embrouillé les choses.Le gouvernement Marois a du pain sur la planche.Il devra, à l\u2019évidence, trouver de meilleurs moyens de consulter la population, faire des choix clairs de préservation - c\u2019est-à-dire soustraire des territoires à toute exploitation - et procéder en prenant appui sur des études d\u2019impacts menées rigoureusement.Il est actuellement difficile de juger de sa conduite.Quelques dispositions ont été évoquées, des sensibilités réaffirmées, mais, pour l\u2019essentiel, la politique minière reste à venir.Tout laisse craindre cependant que le free mining - qui concède l\u2019accès prioritaire à l\u2019exploration minière - sera conservé de quelque manière.LA VIGILANCE EST DE MISE Une fois dépouillé de ses superlatifs, le développement du Nord reste néanmoins une avenue prometteuse, à la condition, bien sûr, que les choses soient faites correctement et dans l\u2019intérêt général.Après tout, les minerais sont utiles, voire indispensables.Encore faut-il, cependant, que leur exploitation repose sur des principes clairs et des modalités équitables: préserver la qualité de l\u2019environnement, assurer le juste niveau de redevances, associer les populations locales aux décisions et leur garantir des moyens de diver- sifier leur économie pour éviter le choc des fermetures, etc.Sur la foi des maigres documents disponibles et des déclarations des promoteurs, force est de constater qu\u2019en dehors de l\u2019appât du gain et des lieux communs sur la production de richesse, peu de choses ont été faites pour que les intentions annoncées puissent être convenablement mesurées à l\u2019aune de l\u2019intérêt général.Ce n\u2019est pas parce que les perspectives de brasser des milliards suffisent à remplir le Palais des congrès de Montréal de gens d\u2019affaires que le Plan Nord est tout à coup devenu un corps de doctrine et un traité de prospérité.Bien au contraire, rien ne justifie l\u2019empressement qu\u2019avait tenté de provoquer le gouvernement libéral aux abois.Le gouvernement Marois a, pour sa part, multiplié les déclarations pour se montrer ouvert à l\u2019exploitation et désireux de favoriser la réalisation des projets.Mais il faut espérer qu\u2019il prenne le temps de concilier les intérêts divergents et de s\u2019assurer que l\u2019essentiel de la richesse produite revienne à la population du Québec, et que l\u2019exploitation des ressources non renouvelables se fasse avec un souci de justice intergénérationnelle.À cet égard, il faut rappeler que certains des choix les plus cruciaux de ce Plan Nord ont été présentés comme allant de soi (en particulier le choix d\u2019établir des camps de travail, la décision de laisser aux exploitants la liberté de fixer les rythmes d\u2019exploitation, etc.) alors qu\u2019ils engagent l\u2019avenir des populations locales et régionales en les soumettant aux intérêts des minières.Ce n\u2019est pas le moindre des paradoxes de constater que le même gouvernement qui a déposé une loi sur l\u2019occupation du territoire a tout bonnement décrété que le développement du Nord reposerait sur l\u2019implantation de camps miniers temporaires.Pas de débat, pas d\u2019ambition d\u2019y aménager un projet de capitale nordique, pas de préoccupation pour inscrire ce développement dans la trame du peuplement de la Côte-Nord et de l\u2019intérieur du territoire.Les populations locales ont commencé à manifester des signes importants de frustration à l\u2019égard de cette façon de faire, mais le gouvernement Marois n\u2019a guère encore réagi.Le « navettage » d\u2019employés venus de l\u2019extérieur condamnera inévitablement les populations de la Côte-Nord, de la ville de Fermont et des villages autochtones à regarder passer au-dessus de leurs têtes des emplois, des services et des personnes qui ne seront jamais que des étrangers en transit.L\u2019histoire nous enseigne pourtant les effets néfastes de ce genre d\u2019arrangement : trafics en tout genre, prostitution, déstructuration des dynamiques communautaires, etc.Les résidents de Fermont ont déjà commencé à lancer des cris d\u2019alarme.Et leurs plaintes rejoignent celles qui montent des villes et villages de la côte qui constatent que de plus en plus d\u2019emplois leur échappent alors qu\u2019ils doivent subir les effets d\u2019une inflation que les grands projets engendrent d\u2019ores et déjà.Les investissements envisagés concernant les infrastructures de transport restent pour l\u2019essentiel définis en avril-mai 2013 RELATIONS fonction des intérêts des compagnies.Or, consacrer cinq milliards de dollars à la construction d\u2019une ligne ferroviaire qui ne servira qu\u2019à amener de la matière brute au port de Sept-Îles, c\u2019est non seulement engager l\u2019avenir, mais aussi le contraindre à s\u2019inscrire dans une logique de dépendance.Ne pas même songer à relier le chemin de fer à un réseau qui permettrait à la Côte-Nord de se doter d\u2019une infrastructure essentielle pour rendre possible l\u2019acheminement du minerai vers d\u2019autres régions du Québec, favorisant une L\u2019adoption de nouvelles mesures touchant les redevances ne suffira pas à clore le débat.Le mal-développement du Nord est une menace réelle.Il faut une vraie proposition d\u2019ensemble.C\u2019est le défi du gouvernement Marois.éventuelle stratégie de transformation et de diversification économique, c\u2019est sacrifier le bien commun à l\u2019intérêt particulier.Il en va de même pour les projets portuaires tournés vers la baie James et le passage du Nord-Ouest.Toutes sortes d\u2019hypothèses plus ou moins documentées ont été émises sans que ne soit vraiment débattue la logique géostratégique derrière la volonté de sortir le minerai par la voie maritime du Nord.Les projets du côté ontarien et ceux du Nunavut s\u2019inscrivent dans la volonté du gouvernement canadien de s\u2019assurer une maîtrise d\u2019un couloir stratégique.Quelles pourraient être pour le Québec les conséquences -aussi bien économiques que géopolitiques - d\u2019une infrastructure maritime échappant àson contrôle et orientant le développement nordique?On comprendra que le Plan Nord n\u2019a rien d\u2019un plan et que les quelques éléments soulevés ici suffisent à justifier l\u2019exercice d\u2019une vigilance rigoureuse.L\u2019adoption de nouvelles mesures touchant les redevances ne suffira pas à clore le débat.Le mal-développement du Nord est une menace réelle.Il faut une vraie proposition d\u2019ensemble.C\u2019est le défi du gouvernement Marois de l\u2019élaborer et de la proposer, de mettre en place une stratégie qui associera exploitation et transformation pour s\u2019assurer que la plus grande part de la richesse produite reste au Québec, qu\u2019elle sera équitablement redistribuée entre communautés locales et gouvernement national, en ayant le souci de l\u2019environnement et des générations futures.Il est possible de faire les choses autrement, à la condition de ne pas céder à la précipitation et de bien faire la part des choses entre les Aupaluk, au Nunavik.indicateurs de croissance économique et le primat de l\u2019in- Photo: © Marc-André térêt général.\u2022\tPauzé/ Waseya Images ¦ tz.JS®»?H ¦ S'a w ¦hBiniltfc.1 II - -r.ît-y 'V-ï.\t RELATIONS avril-mai 2013 dOSSieR L'auteur, chargé de cours au Département de science politique de l'Université de Montréal, a publié entre autres Paradis sous terre (2012), Offshore (2010) et Noir Canada (2008) aux éd.Écosociété Minières et stratégies d\u2019évitement fiscal ALAIN DENEAULT* Malgré le changement d\u2019équipe gouvernementale en 2012, le «Plan Nord» reste la politique du gouvernement québécois en matière de « développement économique » du secteur minier.C\u2019est d\u2019ailleurs encore sous cette étiquette qu\u2019en décembre dernier, la première ministre Pauline Marois présentait aux investisseurs de NewYork un chantier d\u2019exploitation des minerais que contient notre sous-sol nordique.La Société du Plan Nord cultive toujours une novlangue déconcertante quant à ses «chantiers», allant même jusqu\u2019à les présenter comme favorisant le «développement» de «l\u2019environnement».La population doit par conséquent faire preuve d\u2019une vigilance redoublée en traduisant les termes du débat sur un mode critique.Traditionnellement, une zone franche désigne une aire déréglementée créée par une autorité publique pour favoriser le développement.La Jamaïque, par exemple, a interdit les syndicats et réduit à presque rien les salaires dans la Kingston Free Zone.Les choses se passent différemment au Québec, mais l\u2019esprit est le même.Le gouvernement entend financer un vaste réseau routier, fournir de l\u2019électricité bon marché ainsi qu\u2019une main-d\u2019œuvre bien formée et soignée à même nos systèmes publics, et ce, à des entreprises dont il sait qu\u2019elles ne paieront jamais leur «juste part».Depuis 2009, en effet, on sait que des entreprises minières arrivent à ne pas payer d\u2019impôt du tout au Québec.Le vérificateur général Renaud Lachance l\u2019a démontré dans un rapport accablant1.En 2010, même Minalliance, le lobby des mines, a nui à sa cause en prétendant « générer» 1,3milliard de dollars de revenus pour les gouvernements fédéral et provinciaux.Or, la majeure partie de cette somme consistait en impôt sur le revenu payé par des employés et en revenus tirés de la taxe de vente perçue auprès de clients.Aussi, si l\u2019on en croit ses propres données, l\u2019industrie minière n\u2019a en réalité versé que 349 millions de dollars (droits miniers et impôts) au trésor public à partir de ses propres revenus.Quel est l\u2019état des comptes aujourd\u2019hui?Difficile de le savoir puisque la culture du secret est de rigueur.Le gouvernement péquiste juge «confidentielle» l\u2019information portant sur la contribution réelle de l\u2019industrie au fisc en 20112.Il est par conséquent impossible de savoir quelles entreprises ne paient pas d\u2019impôt.Cela donne au Québec * Ce texte est le fruit de recherches et de discussions du comité mixte ATTAC-Québec \u2014 Réseau pour la justice fiscale/Québec.les allures d\u2019un pays où le secret administratif prévaut pour cette industrie, à l\u2019instar de ce que l\u2019on connaît dans les paradis fiscaux.Cela n\u2019est pas sans conséquence.Par la magie des astuces comptables contemporaines, les entreprises minières peuvent très bien déclarer un profit nul ici, alors que la trésorerie de leurs filiales établies dans des paradis fiscaux affiche des bénéfices.Cette tactique comptable porte le nom de «prix de transfert».Il s\u2019agit de transferts de fonds que les différentes filiales d\u2019une même entreprise effectuent pour le paiement de prestations qu\u2019elles se facturent entre elles.Plus de la moitié des transactions financières internationales relève de ce type de manœuvre.Dans le cas du Plan Nord, par exemple, rien n\u2019empêchera une firme exploitant une mine québécoise de céder les droits d\u2019exploitation de sa marque de commerce ou la propriété de ses machines à une société des Bermudes.Cette filiale pourra ensuite facturer à l\u2019entreprise québécoise des frais pour l\u2019utilisation de la marque ou la location d\u2019équipements utilisés sur le site d\u2019exploitation.Le groupe industriel parvient ainsi à encaisser aux Bermudes des millions de dollars des suites d\u2019opérations factices visant à soustraire des fonds des colonnes comptables de l\u2019entreprise au Québec.Ces scénarios ne sont pas invraisemblables lorsqu\u2019on considère qu\u2019un géant minier comme Arcelor Mittal possède des entités à Londres et au Luxembourg, tandis que RioTintoAlcan est sise directement dans le comté de Zoug, en Suisse.Le Québec s\u2019évertue à attirer chez lui des sociétés qui ne lui rendent en rien ses politesses.On s\u2019étonne de constater autant de déférence publique pour des acteurs aussi agressifs.La gestion du personnel sur le mode du fly-in/fly-out réduit à presque rien les retombées économiques dans des régions nordiques par ailleurs pillées.Aucun impératif de développement lié à la deuxième ou à la troisième transformation n\u2019est à l\u2019ordre du jour.Une société diamantifère comme la Stornoway Diamond a choisi d\u2019utiliser une énergie non renouvelable et polluante - le diesel - pour sa mine des monts Otish, dès lors qu\u2019Hydro-Québec lui a imposé de payer la ligne de transmission d\u2019électricité dont elle avait besoin pour son usage exclusif.Dans ce contexte, du strict point de vue économique, sans même aborder encore les graves enjeux écosystémiques de la politique minière québécoise, on en vient à se poser franchement cette question: pourquoi diantre soutenir le Plan Nord?1.\tRapport du commissaire au développement durable, qui fait partie du Rapport du vérificateur général du Québec à l\u2019Assemblée nationale pour l\u2019année 2010-2011.2.\tA.Shields, « Redevances minières - Qui paie, et combien?», Le Devoir, 17 décembre 2012.avril-mai 2013 RELATIONS Des communautés nordiques fragilisées En échange de la promesse de retombées économiques liées au Plan Nord, les communautés se voient confrontées à de nouveaux problèmes et à la perspective de leur lente extinction.BERTRAND SCHEPPER Alors que le Plan Nord, tel que conçu par le gouvernement Charest, continue à faire couler beaucoup d\u2019encre et que divers intervenants se questionnent sur les véritables retombées économiques qui en découleront, peu de gens se penchent sur les conséquences sociales et humaines liées à l\u2019arrivée massive d\u2019une main-d\u2019œuvre temporaire dans les communautés touchées.Comme le fait remarquer Mélanie Loisel dans « Quelle communauté pour le Nord?» (Liberté, no 298, hiver 2013), la perte la plus importante, et probablement la plus difficile à évaluer, reste la lente extinction des communautés nordiques qui se font tranquillement remplacer par une masse individualisée de travailleurs temporaires sans attache au territoire.Ainsi, bien que certains individus gagnent monétairement à l\u2019exploitation du Nord, il semble qu\u2019un plan bricolé initialement pour plaire aux minières, s\u2019il n\u2019est pas significativement transformé, n\u2019aura pas les effets positifs à long terme promis aux communautés qui y sont déjà établies.1.Statistique Canada, Tableau 281-0024.LE MODÈLE MINIER ACTUEL Cette situation s\u2019explique, dans un premier temps, par le fait que les nouvelles technologies, la mécanisation du travail et la raréfaction des métaux ont largement diminué les incidences de l\u2019industrie minière sur l\u2019emploi.Ainsi, l\u2019extraction minière ne nécessite plus une main-d\u2019œuvre suffisamment importante pour justifier la création de nouvelles municipalités, comme ce fut le cas lors de la fondation de Chibougamau ou de Gagnon au milieu du XXe siècle.En fait, sur 20 ans, entre 1991 et 2010, le nombre d\u2019emplois a chuté de près de 18%' dans le secteur de l\u2019extraction minière et de l\u2019exploitation en carrière au Québec.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi l\u2019industrie minière ne peut être considérée comme le seul fer de lance d\u2019une économie régionale.Pour compenser ce manque, il faudrait développer le marché secondaire de la transformation des minerais, ce que les industriels et le gouvernement refusent de faire.Le cas de la mine de diamants située dans les monts Otish, au nord de Chibougamau, est éloquent : avec le soutien de centaines de millions de dollars de fonds publics, la Stornoway Diamond Corporation exportera finalement les diamants bruts, sans même qu\u2019une partie de leur transformation se fasse dans la région de Matane, comme l\u2019avait pourtant promis le gouvernement en juin 2004.Dans un second temps, les minières préfèrent aujourd\u2019hui faire le navettage de travailleurs entre les villes du Nord telles que Fermont ou Sept-Îles et les chantiers de travail - ce qu\u2019on appelle communément le fly-in/fly-out-, ou encore installer des camps de travail en dehors des municipalités.Ces camps temporaires se trouvent parfois à Kangiqsujuaq, au Nunavik.Photo: © Marc-André Pauzé/Waseya Images L'auteur est chercheur à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS) RELATIONS avril-mai 2013 dOSSieR moins de 50 kilomètres d\u2019une municipalité, ce qui apparaît comme un choix contestable puisque les investissements qui y sont liés pourraient être faits à l\u2019intérieur et au bénéfice de la communauté déjà établie.Ces méthodes de gestion de la main-d\u2019œuvre comportent plusieurs avantages pour les minières : les compagnies n\u2019ont pas d\u2019attachement envers les employés, qui proviennent en grande majorité de diverses provinces du Canada et sont rarement syndiqués; elles n\u2019 ont pas à s\u2019impliquer vraiment dans les communautés et elles détiennent un contrôle complet sur les camps de travail.Ainsi, l\u2019apport de ces minières à la communauté se fait presque exclusivement à travers la consommation de biens et services faite par les travailleurs temporaires.Or, en dehors de l\u2019augmentation des ventes dans certains commerces ciblés tels que les restaurants, les bars et les hôtels, les camps de travailleurs génèrent en réalité peu d\u2019activité économique.Les employés « volants » paient généralement leurs taxes et impôts dans leur ville et province d\u2019origine et ne consomment que le strict minimum dans leur région d\u2019adoption.Dans un autre dossier, mais qui peut servir d\u2019exemple, alors qu\u2019Hydro-Québec espérait générer des retombées économiques locales de l\u2019ordre de 15% avec le projet de La Romaine sur la Côte-Nord, l\u2019association des gens d\u2019affaires de la Minganie estime que les retombées sont plutôt de l\u2019ordre de 1 %2.UN BOOM DE PROBLÈMES Plusieurs observateurs comme le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, voient s\u2019accentuer les problèmes sociaux liés à un développement mal planifié.Ce dernier déplore l\u2019installation de réseaux de prostitution et de trafic de drogue qui bénéficient de l\u2019augmentation accrue d\u2019une population d\u2019hommes seuls disposant d\u2019importants salaires et travaillant dans des conditions particulièrement difficiles.Ces conditions pénibles, l\u2019éloignement et la solitude font également craindre une recrudescence des cas de maladie En créant un plan de «développement» misant strictement sur l\u2019extraction des ressources minières, le gouvernement Charest n\u2019a pas créé son prétendu «chantier d\u2019une génération ».Il a plutôt oublié que la richesse d\u2019une région ne se trouve pas uniquement dans son sous-sol.mentale chez les travailleurs temporaires, une situation qui s\u2019est malheureusement confirmée dans différentes régions où ce modèle existe.Dans un avis intitulé « Les femmes et le Plan Nord: pour un développement nordique égalitaire », publié en octobre 2012, le Conseil du statut de la femme s\u2019inquiétait des conséquences de tout cela pour les femmes et les familles, ainsi que de la hausse prévisible du taux de décrochage scolaire, entre autres.Il semble, en effet, que de nombreux étudiants sont attirés par la promesse d\u2019un gros salaire, ce qui les pousse à quitter prématurément les bancs d\u2019école.2.J.St-Pierre, « Critiques contre le \u201cfly in/fly out\" d\u2019Hydro-Québec», Agence QMI, Canal Argent, 11 mai 2012.L'auteur est secrétaire de rédaction à Relations La réforme de la Loi sur les mines EMILIANO ARPIN-SIMONETTI Depuis quelques années, l\u2019explosion des prix des métaux a entraîné la multiplication des projets miniers au Québec, en particulier des méga-mines à ciel ouvert.Dans ce contexte, de nombreuses failles de la Loi sur les mines, principal cadre légal régissant l\u2019activité minière au Québec, ont été exposées, remettant la nécessité de sa réforme à l\u2019ordre du jour.Les tensions entre des communautés locales et des promoteurs miniers (notamment à Malartic) ont remis en lumière le rapport de force inégal que permet la Loi.Celle-ci donne notamment aux compagnies le droit d\u2019exproprier des citoyens habitant une zone visée par un projet minier.Car bien qu\u2019elle ait été modifiée à plusieurs reprises depuis sa première adoption, en 1880, la Loi sur les mines consacre toujours, dans les faits, le principe du free mining, qui donne préséance à l\u2019exploration et à l\u2019exploitation minières sur toute autre utilisation du territoire.De plus, les projets miniers ne sont pas tous soumis à un processus d\u2019évaluation environnementale.Le pouvoir de décision et de négociation des municipalités et des communautés locales quant au développement minier mené sur leur territoire est donc quasi inexistant en vertu de la version actuelle de la Loi sur les mines.En 2009, un rapport du vérificateur général du Québec révélait de plus d\u2019autres faiblesses importantes dans la législation minière.Il pointait entre autres du doigt le peu de recettes fiscales - voire leur absence totale dans le cas de plusieurs entreprises - générées par l\u2019exploitation minière.Il exposait aussi de graves déficiences dans l\u2019application de la Loi, qui permettent aux compagnies de ne pas payer toutes les sommes exigées pour la restauration des sites miniers.Le gouvernement libéral, soucieux de plaire aux minières, a tout fait pour retarder l\u2019adoption d\u2019une réforme de la Loi.Il finira néanmoins par proposer deux projets pour la modifier, soit le projet de loi 79, à la fin de 2009, et le projet de loi 14, en 2011.Les principaux points de la réforme visaient d\u2019abord à resserrer certaines règles encadrant les activités minières sur les terrains faisant l\u2019objet d\u2019un claim _ü avril-mai 2013 RELATIONS Bien sûr, lorsque les cours miniers sont élevés, les villes minières profitent d\u2019un boom lié à l\u2019augmentation de la construction résidentielle, routière et d\u2019aqueducs.Cependant, la hausse éphémère de population crée un effet de rareté qui a des conséquences sur le quotidien des résidents de longue date.À Fermont, par exemple, le coût de la vie est de 30% plus élevé qu\u2019à Montréal et on prévoit une augmentation de 128 % d\u2019ici 2015, ce qui aura des répercussions sur les taxes foncières, basées sur la valeur à la hausse des maisons.En outre, malgré le nombre accru de logements sociaux prévu dans le Plan Nord, les personnes n\u2019ayant pas accès à des salaires élevés ont peu de chances de se trouver un logis abordable, puisque dans certaines villes, le taux d\u2019inoccupation est près de 0,7% et que les loyers sont largement supérieurs à la moyenne québécoise.Les résidents de longue date sont donc ceux qui paient la note, puisqu\u2019ils subissent les effets d\u2019une forte augmentation de la demande en biens et services provenant d\u2019une nouvelle population éphémère.Alors que plusieurs nouveaux arrivants viennent travailler dans le Nord, certains anciens résidents sont contraints de quitter leur région devenue trop dispendieuse.QUELLE CULTURE COMMUNE?On comprend aisément que du point de vue de l\u2019occupation du territoire, les travailleurs venus dans le Nord ont un faible sentiment d\u2019appartenance aux communautés nordiques et à un territoire vide de sens culturel et historique à leurs yeux.La plupart ne connaîtront malheureusement pas les joies de vraiment vivre dans le Nord.Puisque leur famille est généralement ailleurs, peu d\u2019entre eux s\u2019impliquent dans la communauté durant leurs rares temps libres.Par exemple, une ville de près de 4500 habitants comme Fermont peine à trouver des entraîneurs de hockey pour les enfants.Pour ces travailleurs, la relation avec le Nord se résume au trajet entre le dortoir et la mine.Ils ne feront pas partie d\u2019une culture commune qui, par le passé, a mené au réel développement économique et social du Nord du Québec.Cette situation mène à la lente, mais inexorable destruction du concept du commun, intimement lié à la communauté.On ne peut que déplorer, comme Mélanie Loisel, que les villes nordiques qui se sont fondées à partir « d\u2019un paquet de gens venus de partout, sans histoire commune, et qui ont dû se serrer les coudes pour survivre » afin de bâtir un milieu de vie pour leurs enfants, soient devenues d\u2019immenses camps de travail temporaires.En créant un plan de « développement » misant strictement sur l\u2019extraction des ressources minières, le gouvernement Charest n\u2019a pas créé son prétendu «chantier d\u2019une génération ».Il a plutôt oublié que la richesse d\u2019une région ne se trouve pas uniquement dans son sous-sol, mais aussi dans la culture commune qui lie les résidents à leur territoire et à leur communauté.Le nouveau gouvernement péquiste cessera-t-il pour sa part de voir l\u2019extraction minière comme un moteur économique à court terme pour plutôt tenter de diversifier l\u2019économie du Nord?Cela ne semble malheureusement pas être à l\u2019ordre du jour pour le moment.\u2022 minier et à augmenter le niveau des garanties exigées aux entreprises pour la restauration des sites.Le projet de loi 14 permettait aussi aux municipalités de soustraire certaines parties de leur territoire à l\u2019activité minière - soit les zones urbaines et de villégiature - et comportait un volet visant à faire passer de 7000 à 3000 tonnes le seuil d\u2019assujettissement des projets miniers à une évaluation environnementale publique, avec la tenue potentielle d\u2019audiences du BAPE.Aucun des deux projets de loi ne contenait toutefois de bonification du régime de redevances, que le ministre des Finances de l\u2019époque, Raymond Bachand, avait préféré modifier par une mesure budgétaire faisant passer de 12% à 16% le taux de redevances sur les profits des minières.Les deux projets de loi, qui avaient été jugés insuffisants par de nombreux intervenants lors des consultations publiques, sont finalement morts au feuilleton.Le refus de bonifier le régime de redevances, d\u2019imposer un moratoire sur les mines d\u2019uranium et l\u2019absence de mesures visant à favoriser les deuxième et troisième transformations des minerais au Québec ont été vivement critiqués, notamment par la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, Nature Québec et le Parti québécois (PQ), alors dans l\u2019oppo- sition.Une fois au pouvoir, le PQ a promis de déposer un nouveau projet de loi sur les mines avant juin 2013.Selon ce qu\u2019a laissé savoir la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, ce nouveau projet de loi devrait reprendre une grande partie des principes débattus dans la foulée des projets de loi 79 et 14, tout en en bonifiant certains, notamment le pouvoir des municipalités d\u2019imposer des limites aux activités minières, qui pourrait être étendu.La ministre a par ailleurs laissé entendre que des dispositions concernant les deuxième et troisième transformations de minerais au Québec seraient incluses dans la nouvelle loi, principe auquel s\u2019opposaient les libéraux lorsqu\u2019ils étaient au pouvoir.Toutefois, la question des redevances a été confiée au ministère des Finances et de l\u2019Économie.Au moment de mettre sous presse, la nouvelle mouture de la Loi sur les mines et du régime de redevances se faisaient toujours attendre.En matière d\u2019impôt minier toutefois, la principale option retenue par le gouvernement est l\u2019application d\u2019une redevance de 5% sur la valeur brute du minerai extrait, assortie d\u2019une taxe ou d\u2019un impôt sur le «rendement excédentaire ».ü RELATIONS avril-mai 2013 dOSSieR Peuples autochtones: des ententes à géométrie variable Les relations de nation à nation sont un enjeu central de la concertation avec les communautés autochtones en vue du développement du Nord.VIRGINIE LARIVIÈRE L'auteure est doctorante en sciences de l'environnement à l'UQAM Kangirsuk, au Nunavik.Photo: © Marc-André Pauzé/ Waseya Images Le développement des territoires nordiques du Québec, proposé par l\u2019ex-gouvernement libéral, est toujours à l\u2019ordre du jour malgré l\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois.La première ministre Pauline Marois affirme toutefois vouloir modifier certaines façons de faire, notamment en ce qui a trait à la participation des peuples autochtones.Dans cette optique, elle a rapidement accepté l\u2019invitation de l\u2019Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador à participer au Sommet sur les territoires et les ressources, organisé au début de décembre 2012.Disant vouloir s\u2019inspirer de ses prédécesseurs péquistes, notamment de Bernard Landry, à qui on doit la signature de la Paix des Braves avec le Grand Conseil des Cris, Pauline Marois dit souhaiter rétablir des relations « de nation à nation» avec l\u2019ensemble des peuples autochtones concernés par l\u2019exploitation des ressources naturelles sur leur territoire.Son gouvernement a ainsi annoncé la tenue d\u2019une table de travail où seraient discutés les enjeux de gouvernance et de conservation du territoire ainsi que la question des consultations et des retombées économiques de l\u2019exploitation des ressources naturelles.S\u2019il est encore trop tôt pour analyser ces nouvelles façons de faire, on peut dire d\u2019emblée que les premières interventions de Pauline Marois témoignent d\u2019une écoute et d\u2019une ouverture nouvelles que les peuples autochtones accueillent à la fois avec espérance et méfiance.Il faut dire que les attentes sont nombreuses, diverses et modulées en fonction de l\u2019existence - ou de l\u2019absence - d\u2019ententes historiques.Sous le gouvernement libéral, le Plan Nord regroupait quatre nations autochtones à sa «Table des partenaires», toutes présentes sur le territoire visé, soit les Inuits, les Cris, les Innus et les Naskapis.Le tracé arbitraire et artificiel de la frontière sud du Plan Nord, le long du 49e degré de latitude nord, n\u2019est pas sans poser de problème, puisqu\u2019il détermine A > CKfttj' l I -v JE W' \u2022 v .-\u2022 * / \u2022 -K 20 avril-mai 2013 RELATIONS l\u2019inclusion ou l\u2019exclusion des nations autochtones au nombre des partenaires.Ainsi, à cause de ce cadre géographique, les Atikamekws et les Algonquins en ont été d\u2019emblée exclus - sans égard à leur présence ancestrale sur ce territoire - parce qu\u2019ils n\u2019y habitent plus.C\u2019est une des raisons pour lesquelles la démarche de concertation mise sur pied par le gouvernement libéral, où devait se forger une vision commune, a suscité tant de critiques et de divisions au sein des communautés autochtones.Un autre point litigieux est que les relations « de nation à nation » tant souhaitées se limitent jusqu\u2019à présent aux communautés cries, naskapies et inuites, signataires d\u2019accords leur reconnaissant certains droits politiques et institutionnels chaudement négociés durant les années 1970 à la suite du «projet du siècle », soit la construction du complexe hydro-électrique La Grande.De leur côté, les Innus ne comptent pas sur le même type de reconnaissance.Il faut Les réflexes d\u2019écoute et de consultation, pourtant bien développés avec les communautés «conventionnées », demeurent malheureusement déficients avec celles qui ne le sont pas, comme en font foi le Plan Nord et sa Table des partenaires.rappeler qu\u2019avant d\u2019exploiter le potentiel hydro-électrique sur les territoires de la baie James, le gouvernement du Québec n\u2019accordait que très peu de légitimité à ces nations autochtones ainsi qu\u2019à leurs contestations.Signée en 1975 et issue de l\u2019opposition des Cris et des Inuits, la Convention de la Baie-James et du Nord québécois représente la première entente qui reconnaît des droits territoriaux aux populations autochtones du Canada.En 1978, une entente similaire a été signée avec les Naskapis, lesquels bénéficient depuis de la Convention du Nord-Est québécois.Aujourd\u2019hui encore, l\u2019importance de ces conventions dans le maintien des relations dites de « nation à nation» apparaît évidente.En effet, d\u2019autres ententes de partenariat sur le développement économique et communautaire ont été signées en 2002, nommément l\u2019entente Sanarrutik avec les Inuits et la Paix des Braves avec les Cris.Plus récemment, et directement en lien avec le Plan Nord, le gouvernement du Québec et le Grand Conseil des Cris signaient, à l\u2019été 2012, l\u2019Entente sur la gouvernance dans le territoire d\u2019Eeyou Istchee Baie-James, laquelle cristallise la cogestion du territoire en créant un gouvernement régional paritaire entre Cris et Jamésiens.Du jamais vu au Canada! Cette entente cautionne l\u2019idée d\u2019un réel partenariat entre Québec et les peuples autochtones, comme Jean Charest s\u2019est plu à le répéter.Il convient toutefois de souligner que les cas des Innus, des Atikamekws et des Algonquins font 1.Ekuanitshit, Matimekush Lac-John, Pessamit, Uashat Mak Mani-Utenam et, depuis 2009, Unamen Shipu.mentir tant l\u2019optimisme de l\u2019ancien premier ministre que sa propension à poser en exemple ce partenariat pour convaincre la population des saines relations que le gouvernement entretient avec l\u2019ensemble des peuples autochtones.DES INCLUS ET DES EXCLUS En effet, les règles sont loin d\u2019être les mêmes pour les uns et pour les autres en ce qui concerne les enjeux de gouvernance du territoire et de gestion des ressources naturelles.Le territoire traditionnel des Innus, des Atikamekws et des Algonquins chevauche les frontières établies par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.Or, cette dernière a mis fin, sans leur consentement et sans compensation, à leurs droits ancestraux.En effet, la reconnaissance par la Convention de certains droits réclamés par les Cris et les Inuits fait en sorte que toute revendication d\u2019une autre nation autochtone sur les mêmes territoires se heurte à la présence de droits déjà reconnus.Depuis 30 ans, les Innus tentent ainsi, sans succès jusqu\u2019à maintenant, d\u2019obtenir justice pour récupérer ces droits.Ces nations ne jouissent presque d\u2019aucun soutien institutionnel et juridique concernant ces droits ou en matière de retombées économiques et de protection de l\u2019environnement, de leur culture et de leur mode de vie.Les réflexes d\u2019écoute et de consultation, pourtant bien développés avec les communautés « conventionnées», demeurent malheureusement déficients avec celles qui ne le sont pas, comme en font foi le Plan Nord et sa Table des partenaires.En réaction à ce manque de consultation et afin de faire reconnaître leurs droits, quatre communautés innues1 créent, en 2008, l\u2019Alliance stratégique et boycottent le processus de consultation du Plan Nord, qu\u2019elles considèrent biaisé.Seules les communautés de Nutashquan et de Mashteuiatsh y participent, adhérant au processus de négociation territoriale avec Québec et Ottawa appelé «l\u2019approche commune», qui leur offre une certaine protection que les autres communautés n\u2019ont pas.Cette division des communautés innues entre celles qui adhèrent au Plan Nord et celles qui le rejettent affaiblit leur capacité de mobilisation politique et réduit leurs moyens d\u2019action.Ceux-ci se sont notamment traduits par des actions citoyennes, comme le blocus de la route 138 qui, initié en 2010 et répété à quelques reprises depuis, vise à perturber les activités d\u2019exploitation sur leur territoire.Voulant également dénoncer le Plan Nord, un groupe de femmes innues a marché depuis la Côte-Nord jusqu\u2019à Montréal, l\u2019an dernier.L\u2019aboutissement de ce périple à pied coïncidait avec les célébrations liées au Jour de la Terre et visait à faire connaître leur situation.Par ailleurs, toujours en attente de partenariat avec le gouvernement, les compagnies minières et de construction sont de plus en plus nombreuses à approcher les communautés autochtones afin d\u2019en tirer des ententes de gré à gré.La journaliste Anne Panasuk, de l\u2019émission Enquête à RELATIONS avril-mai 2013 dOSSieR Radio-Canada, a dévoilé, à l\u2019automne 2012, que les actionnaires du sud du Québec bénéficiaient beaucoup plus largement de ces contrats que les actionnaires innus, pourtant majoritaires.Une situation pleine d\u2019irrégularités décriée par plusieurs Innus.Quant aux Atikamekws, des négociations bilatérales entamées avec le gouvernement libéral se poursuivent avec le gouvernement péquiste dans le but d\u2019arriver à une entente sur la gestion des ressources naturelles d\u2019ici juillet 2013.Du côté des Algonquins, tout est encore à faire.Les inégalités qui caractérisent les relations entre le gouvernement du Québec et les diverses nations autochtones sont au cœur de nombreux reproches que suscite le Plan Nord.La table de travail promise par Pauline Marois ne manque donc pas de défis à relever.Le premier sera probablement de rétablir la confiance avec les communautés autochtones qui ont été mises à l\u2019écart dans le processus de concertation des libéraux tout en poursuivant les avancées réalisées avec celles ayant signé des conventions.Pour le moment, la première ministre se fait rassurante envers les Premières Nations et les Inuits.Il faut toutefois garder en tête qu\u2019elle a adopté la même attitude sécurisante envers les investisseurs étrangers, arguant que le Plan Nord demeurait à l\u2019ordre du jour et que les changements qu\u2019elle compte y apporter ne seront pas de nature à les contrarier.\u2022 L'auteure est responsable des communications à Femmes autochtones du Québec Les femmes autochtones et le Plan Nord AURÉLIE ARNAUD Vantée par le précédent gouvernement comme la solution au chômage et à la pauvreté dans les régions, le développement minier dans le Nord québécois semble ne pas offrir les mêmes promesses aux femmes qu\u2019aux hommes.En effet, « seule une faible proportion des emplois miniers et des emplois de construction seraient occupés par des femmes», selon l\u2019avis du Conseil du statut de la femme, intitulé «Les femmes et le Plan Nord: pour un développement nordique égalitaire».Cela est particulièrement vrai chez les femmes autochtones.Seulement 1 % des femmes de la communauté innue de La Romaine travaillent sur le chantier hydroélectrique et la majeure partie occupent des emplois dits féminins : femmes de ménage, cuisinières, assistantes.Dans la communauté de Mingan, aucune femme ne travaille sur le chantier.L\u2019absence de services de garderie dans les entreprises est un obstacle majeur à la participation des femmes dans l\u2019industrie minière, et en particulier des femmes autochtones.Or, les compagnies sont très réticentes à l\u2019idée d\u2019en ouvrir, selon plusieurs études.Près du tiers de la population dans les régions du Nord est constitué d\u2019enfants de moins de 15 ans.Les grossesses adolescentes y sont nombreuses, ainsi que les mères monoparentales.Les femmes en âge de travailler se retrouvent bien souvent responsables de plusieurs enfants - les leurs, ceux de leurs enfants ou ceux qu\u2019elles ont adopté d\u2019autres membres de leur famille.Les horaires atypiques et l\u2019éloignement compliquent d\u2019autant plus la conciliation travail-famille.De plus, tous les rapports portant sur l\u2019emploi des femmes autochtones dans les milieux professionnels non traditionnels constatent de nombreux cas de harcèlement.Ils recommandent l\u2019adoption d\u2019une politique de tolérance zéro ainsi que des formations de sensibilisation aux difé-rences culturelles, car les femmes autochtones subissent une double discrimination: à la fois sexiste et raciste.Des cas de viols sur le chantier de La Romaine et autour de Schefferville, par exemple, ont été rapportés, mais sont restés impunis, car les femmes préféraient abandonner les accusations par peur d\u2019être stigmatisées.D\u2019autres ont dû se résigner à quitter leur emploi, ne supportant plus le harcèlement dont elles étaient victimes.Ce genre de comportements de la part des travailleurs n\u2019est pas étranger au fait qu\u2019ils se sentent de moins en moins attachés à la région dans laquelle ils travaillent.Par ailleurs, les Centres d\u2019aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel accueillent une part grandissante de jeunes filles, ce qui pourrait être relié à des cas de prostitution déguisée : de plus en plus d\u2019entre elles se voient proposer de la drogue ou de l\u2019alcool en échange de services sexuels.Devant cette situation complexe, la participation des femmes tout au long du processus de consultation et de décision concernant les projets de mines est absolument nécessaire, même si elle n\u2019est pas toujours spontanée.L\u2019exemple de la mine de nickel deVoisey\u2019s Bay, au Labrador, à la fin des années 1990, en témoigne.Grâce à Condition féminine Canada et à des organisations de femmes, la participation des femmes des communautés innues et inuites s\u2019est significativement accrue lors des consultations en vue de l\u2019installation de la mine.Cela a permis aux femmes de faire valoir leurs points de vue sur les différentes conséquences que le développement minier aurait pour elles et de participer, par la suite, aux négociations de l\u2019entente sur les retombées et les bénéfices pour la communauté.Cette entente a donc pris en compte les besoins des femmes en matière d\u2019emploi et leurs mises en garde en ce qui a trait à la discrimination.avril-mai 2013 RELATIONS Repenser le développement du Nord Table ronde i=?>'-» fSp, v 1» Un développement du nord du Québec dans une perspective durable, écorespon-sable et respectueuse de la souveraineté des peuples autochtones est-il possible?Si tel est le cas, de quoi devrait-il avoir l\u2019air?Extraits choisis de la discussion que nous avons eue avec trois personnes ayant réfléchi à la question sous différents angles.AVEC: FRANÇOIS L'ITALIEN, PROFESSEUR ASSOCIÉ AU DÉPARTEMENT DE SOCIOLOGIE DE L\u2019UNIVERSITÉ LAVAL ET CHARGÉ DE PROJET À L\u2019INSTITUT DE RECHERCHE EN ÉCONOMIE CONTEMPORAINE (IRÉC); SUZANN MÉTHOT, DIRECTRICE RÉGIONALE POUR LE QUÉBEC DE L\u2019INITIATIVE BORÉALE CANADIENNE ET COPRÉSIDENTE DU GROUPE DE TRAVAIL SUR LA CONCERTATION ET LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DU PLAN NORD; NORMAND MOUSSEAU, PROFESSEUR DE PHYSIQUE À L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL ET AUTEUR, ENTRE AUTRES, DE L\u2019AVENIR DU QUÉBEC PASSE PAR L\u2019INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE (2009) ET DE LE DÉFI DES RESSOURCES MINIÈRES (2012), PUBLIÉS AUX ÉDITIONS MULTIMONDES.elations: Doit-on développer le nord du Québec et est-il possible de le faire de façon durable?Suzann Méthot: La question de savoir si cela est souhaitable et de quelle façon procéder devrait être posée à l\u2019ensemble de la population du Québec, et particulièrement à la population qui habite le territoire nordique, qui est la grande oubliée de tout le processus initié par les libé- raux.Tout le monde a son mot à dire, sachant que certains ont plus d\u2019intérêts que d\u2019autres ou subissent les effets de façon plus directe.Pour ma part, je crois que le Nord doit être développé avant tout pour répondre aux besoins des populations locales.Et cela, de façon durable, planifiée dans une vision d\u2019ensemble, sans se limiter uniquement au développement minier «projet par projet».Il faut ce qu\u2019on pourrait appeler une «planification écologique» et intégrée, où les décisions sont prises à partir d\u2019une évaluation rigoureuse des bénéfices et des effets sur l\u2019environnement, l\u2019économie et la population.Or présentement, ce n\u2019est pas du tout l\u2019approche privilégiée.Ça se fait pourtant ailleurs.En Ontario par exemple, qui a elle aussi son «Plan Nord», chaque communauté doit réaliser un plan intégré pour tous les nouveaux projets, et c\u2019est sur cette base que les nouveaux droits miniers sont accordés.François L'Italien: Les critiques adressées au Plan Nord ont montré qu\u2019il y a des conditions à poser à sa réalisation.Il doit d\u2019abord y avoir une vision plus cohérente du développement de cette région.On a vu dans le passé que le développement minier s\u2019est fait d\u2019une manière assez cowboy; les communautés qui sont restées après les booms miniers en ont gardé de mauvais souvenirs, comme à Fer-mont ou à Schefferville.Ces communautés n\u2019ont touché aucune part de la rente minière, essentiellement captée par les grandes compagnies qui y ont opéré.Leur dépendance à un modèle basé sur l\u2019extraction et l\u2019exportation de la ressource les a privées d\u2019un contrôle sur les principaux leviers de leur développement.Un des grands problèmes avec le Plan Nord tel que présenté jusqu\u2019à maintenant, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a aucun maillage cohérent avec le reste de notre économie nationale.C\u2019est une politique de «bar ouvert» dans laquelle l\u2019État se propo- Quaqtaq, au Nunavik.Photo: © Marc-André Pauzé/ Waseya Images RELATIONS avril-mai 2013 23 dOSSieR t*5R53 Parent, en Haute-Mauricie.Photo: © Marc-André Pauzé/ Waseya Images sources du milieu.C\u2019est donc avant tout l\u2019occupation du territoire qu\u2019il faut viser avec le développement du Nord.Ça rejoint la question du développement durable qui, pour l\u2019être véritablement, doit inclure tous les aspects sociaux, environnementaux et de planification à long terme.Or, ce volet est laissé de côté actuellement, du moins en ce qui concerne les ressources non renouvelables.On ne dit pas, par exemple, de quelle façon on va gérer, à l\u2019échelle planétaire, les métaux que l\u2019on veut extraire.Même les mesures fondées sur une vision plus étroite du développement durable, telles que contenues dans la Loi sur le développement durable notamment, ne sont toujours pas appliquées.On n\u2019a qu\u2019à penser aux mesures qui permettent aux communautés de survivre aux cycles miniers, à l\u2019arrivée et au départ d\u2019une mine, ou encore à celles qui encadrent la restauration des sites.La Loi sur le développement durable a se d\u2019accompagner et de financer des grands joueurs du secteur minier sans adopter de politique industrielle.Il y a donc une déconnexion avec ce qui se fait déjà au Québec en termes de production de biens utiles, de leviers financiers ou d\u2019aménagement du territoire.S\u2019il y a un développement à faire dans le nord du Québec, il ne doit pas être coupé de celui du sud.Il doit d\u2019abord se faire en harmonie avec les activités qui sont déjà présentes sur tout le territoire.Normand Mousseau : Chose certaine, on a le temps.Il y a toujours des investisseurs pour dire qu\u2019il faut se décider vite, qu\u2019on doit agir demain matin.Ce n\u2019est pas vrai.Les ressources ne vont pas disparaître.Il faut se donner le temps de mettre en place un modèle adéquat tout en prenant conscience que la richesse qui va se créer au Québec dans l\u2019avenir ne passera pas avant tout par les ressources naturelles.L\u2019industrie minière, par exemple, ne représente que 2% ou 3 % du PIB du Québec.Par contre, pour les gens, les peuples et les communautés du Nord, il est certain que le développement économique passe par un développement local et des industries qui s\u2019appuient sur des res- L'auteur, professeur au Département d'histoire de l'Université du Québec à Trois-Rivières, a notamment publié La Terre promise : le mythe du Nord québécois (Hurtubise, 1978) L\u2019imaginaire du Nord québécois CHRISTIAN MORISSONNEAU Le Nord lointain, le Nord-Ouest d\u2019abord, est notre «frontière» depuis les XVIIe et XVIIP siècles et, depuis le XIXe siècle, il est devenu notre Far West, avec tout ce que cela peut signifier dans la mémoire, la légende et l\u2019histoire.C\u2019est à cette époque que naît ce que j\u2019ai appelé ailleurs le mythe du Nord, forgé de discours et d\u2019images qui ont construit notre identité aux lendemains de l\u2019échec des rébellions des Patriotes en 1837-1838, suivi du rapport Durham, en 1839, appelant à l\u2019assimilation des Canadiens français au nom du Progrès et prétextant leur plus grand bien.Le mythe du Nord apparaît également comme une riposte à la migration, devenue exode, des habitants de la vallée du Saint-Laurent vers les villes industrielles des États-Unis.En temps de crise, les chemins et les voies de l\u2019imaginaire, notamment sous la forme de mythes et d\u2019utopies, sont bien plus qu\u2019un déni du réel; ils jouent un rôle salutaire et donnent sens à la présence, à l\u2019héritage et à l\u2019avenir.Dans les années 1850, le Français Rameau de Saint-Père promeut une occupation de tout le nord du continent.Ses idées intéressent l\u2019élite canadienne-française de l\u2019époque: la reconquête est possible.Étienne Parent, alors fonctionnaire, proposera la colonisation du Nord comme projet pour assurer «notre avenir comme nation franco-américaine».Le curé Labelle et ses « complices» - Buies, Langelier, Montigny, Nantel et l\u2019abbé Provost - partageront ces idées.Dans un contexte difficile, une élite inquiète devient optimiste après avoir tourné son regard vers cet horizon de tous les possibles.Il existe bel et bien un refuge pour se protéger et se fortifier : le Nord.Le rêve québécois d\u2019émancipation, au XIXe siècle, passe donc par l\u2019appropriation d\u2019un territoire vu comme neuf et sans limites, à l\u2019abri de l\u2019Anglais, par la distance et le froid.Joue aussi le mythe américain de la nature infinie et inépuisable offerte à l\u2019homme avec toute son abondance, où la seule contrainte à sa maîtrise serait technique.Ce qu\u2019il restait de l\u2019Amérique perdue, dans ce Nord quasi prédestiné -à en croire les idéologues nordiques de l\u2019époque -, c\u2019était son immensité et sa richesse en ressources naturelles, qui assureraient le devenir national des Canadiens français.On entend l\u2019écho de ce rêve d\u2019expansion dans le « Maître chez nous » de la Révolution tranquille, au cours i± avril-mai 2013 RELATIONS certes beaucoup de défauts, mais elle constitue quand même une base minimale qui doit devenir centrale.Dans cette perspective, il faut aussi changer la Loi sur les mines, pour cesser de fonctionner à la pièce, mine par mine, et donner au gouvernement et aux communautés le contrôle sur le développement minier.Il faut renverser la vapeur.F.L.: Il faut arrêter d\u2019opposer la protection de l\u2019environnement et le développement économique, et essayer de repenser l\u2019économie comme un tout intégré.La logique extractiviste est aujourd\u2019hui dépassée.En ce début de XXIe siècle, pas une journée ne passe sans qu\u2019un rapport nous dise qu\u2019on va frapper un mur sur le plan écologique, notamment avec le réchauffement climatique.Le Nord, c\u2019est une chance - une des dernières - de mettre en place un nouveau modèle.Nous allons devoir être inventifs.S.M.: C\u2019est d\u2019autant plus vrai que la forêt boréale du Québec stocke une quantité phénoménale de carbone.Dans les arbres, mais surtout dans le sol.Or chaque coup de pelle qu\u2019on donne libère du CO2 ou du méthane.Et on ne le comptabilise pas dans nos émissions.Le jour où on comptabilisera les émissions de gaz à effet de serre causées par le creusage d\u2019une route ou l\u2019exploitation forestière, par exemple, la facture va exploser.Il faut en être conscient.N.M.: Il ne faut pas oublier par contre, si on prend l\u2019exemple de la taxation sur les émissions de CO2, que le Québec peut difficilement aller de l\u2019avant seul.C\u2019est un problème qu\u2019il va falloir régler au niveau du gouvernement fédéral, qu\u2019on a un peu ignoré jusqu\u2019à présent mais qui a un rôle à jouer dans le Nord.Lui seul peut signer les protocoles internationaux, comme celui de Kyoto.Rel.: Le développement local est essentiel à un véritable développement durable du Nord.Comment faire en sorte que les communautés locales puissent tirer leur épingle du jeu?F.L.: Il est vrai qu\u2019elles sont les premiers bénéficiaires, mais il y a des enjeux qui débordent assez largement de leur champ d\u2019action, car elles n\u2019ont pas tous les outils ou tous les leviers pour agir.On doit certes avoir un cadre réglementaire qui leur donne des moyens et des ressources pour intervenir, mais le tout à l\u2019intérieur d\u2019un plan d\u2019ensemble établi au niveau national.Par ailleurs, sur le plan économique, il faut développer des modes de captation et de redistribution régionale de la rente, qu\u2019elle soit minière, forestière ou éventuellement éolienne.Cette rente permettrait de capitaliser trois types de fonds.D\u2019abord, un fonds de diversification économique régional, parce que c\u2019est une malédiction pour une communauté de se développer uniquement sur une base mono-industrielle.Ensuite, un fonds de répartition inter- Le Nord, c\u2019est une chance - une des dernières - de mettre en place un nouveau modèle.Nous allons devoir être inventifs.de laquelle l\u2019autonomie du Québec est grandement gagnée grâce au «Nord hydro-électrique», dans les années 1960.Dix ans plus tard, le grand projet de la baie James est réalisé, avec l\u2019ensemble hydro-électrique de la Grande Rivière, puis la Convention de la Baie-James est signée avec les Autochtones.Une réussite autant technique que politique.Ainsi le Nord tant réel qu\u2019imaginé, lieu des Eldorados où la nature est à la fois perçue comme répulsive et attirante, occupe une place importante dans la singularité québécoise.Dans les présentes années de grisaille et de morosité, la concurrence internationale, sinon la mondialisation, obligent donc à redire le mythe, autrement dit forcent les politiciens à tourner à nouveau le regard vers le haut de la carte et à redéployer le mythe du Nord-Terre promise.C\u2019est cette vision idéologique que portait le «Plan Nord» de Jean Charest, au-delà de sa formulation technocratique.En ce début de XXIe siècle, il faut poursuivre une géopolitique appuyée sur le territoire, qui est peut-être le plus significatif des héritages.Comme toujours et partout, dans le Nouveau continent, l\u2019espace est imaginé avant d\u2019être occupé.Risquant le jeu de mots, je dirais que le Québec doit se rappeler de son histoire et connaître sa géographie pour ne pas perdre le Nord.Et ne pas perdre son âme.Le développement ne peut plus se faire dans la démesure, il doit être durable et partagé.Ce doit être le «Nord pour tous», pour reprendre le nouveau slogan du gouvernement péquiste.Désignant jadis la région au nord de Montréal, le Nord est aujourd\u2019hui une région administrative couvrant toute la zone au nord du 49e parallèle, sans oublier la Côte-Nord.Cet espace, où la nature est maîtresse et où vivent depuis longtemps les Premières Nations, ne doit pas être seulement la promesse d\u2019un territoire exploitable, mais celle du pays agrandi.Au lieu d\u2019être un plan dans des rapports à boudins, le «Plan Nord» doit incarner le Québec en construction; un Québec qui garde en mémoire d\u2019avoir conclu les premières ententes franco-amérindiennes dès le XVIIe siècle, si fragiles furent-elles.Il doit également se souvenir que le Nord est le miroir de notre société : il reflète le doute et l\u2019espoir.Autrement, nous irons saccager les derniers kilomètres carrés d\u2019un monde préservé.il RELATIONS avril-mai 2013 dOSSieR générationnelle pourrait aussi être envisagé, puisqu\u2019il s\u2019agit de ressources non renouvelables dans le cas de l\u2019industrie minière.Finalement, un fonds de transition écologique serait aussi nécessaire, car les effets des changements climatiques sur les communautés nordiques vont être assez importants dans les prochaines années.On doit d\u2019ores et déjà penser à leur donner des leviers supplémentaires pour y faire face.Pas seulement pour s\u2019adapter, mais aussi pour trouver de nouvelles niches économiques qui leur permettraient de s\u2019insérer au sein de l\u2019économie nationale et de valoriser leur territoire et leur situation géographique.Dans les deux cas, il s\u2019agit ici de penser la répartition d\u2019une partie de la rente localement et à long terme.N.M.: Cette question-là est cruciale.S\u2019il faut revoir tout le système des redevances, c\u2019est d\u2019abord parce qu\u2019il faut être capable d\u2019en faire profiter les régions.Présentement, pour une région ou une communauté locale, les seules retombées économiques d\u2019une exploitation minière, par exemple, sont les emplois et les taxes foncières.Elles n\u2019ont pas la capacité de penser plus loin parce qu\u2019elles n\u2019ont pas les moyens de dire non à une minière.Il faut que le gouvernement redonne des pouvoirs aux communautés, mais aussi qu\u2019il les accompagne.Pas pour décider à leur place, mais pour leur offrir un plus grand pouvoir de négociation face, notamment, aux grosses compagnies minières, qui ont d\u2019énormes moyens financiers et juridiques à leur disposition pour faire valoir leurs intérêts.Il s\u2019agit de rééquilibrer un tant soit peu le rapport de forces.S.M.: Finalement, on se rend compte que l\u2019industrie minière est peut-être un frein à un réel développement durable du Nord, même si elle constitue dans les faits un des leviers du développement économique.Ça ramène la question de fond portant sur la forme d\u2019économie, de développement et de richesse que l\u2019on veut et celle de l\u2019importance de diversifier pour faire place à d\u2019autres formes d\u2019activités, comme le développement touristique ou l\u2019économie sociale.Rel.: Quelles sont vraiment les options de diversification dans les régions touchées par le Plan Nord?Qu\u2019en est-il, par ailleurs, des projets de transformation des ressources?F.L.: Une possibilité intéressante réside du côté de l\u2019énergie éolienne.Un des meilleurs « gisements » éoliens en Amérique du Nord est dans le nord du Québec.Il y a là un potentiel incroyable qui peut être développé, et nous avons une société d\u2019État qui peut créer les conditions pour mettre en place l\u2019infrastructure nécessaire.Il n\u2019est donc pas interdit de penser qu\u2019on puisse trouver de nouvelles manières de coupler la production énergétique de masse, qui profiterait essentiellement au sud du Québec, et le développement de petits circuits économiques locaux qui gravitent autour de l\u2019éolien.Il y a là toute une série d\u2019expertises locales à développer, en matière d\u2019aménagement et de planification du territoire, par exemple, qu\u2019on n\u2019a pas encore explorées à mon avis.L\u2019une des raisons à celà est qu\u2019Hydro-Québec ne joue pas son rôle de pivot dans la transition écologique du Québec.Depuis 1996, la société d\u2019État est devenue plutôt un courtier en énergie, gérant un portefeuille énergétique qui s\u2019adapte - plus ou moins bien - au POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BOUCHARD, Roméo, La reconquête du Québec.Esdras Minville et le modèle gaspésien, Montréal, Écosociété, 2011.BOUCHARD, Serge et DÉSY, Jean, Objectif Nord, le Québec au-delà du 49e, Montréal, Éditions Sylvain Harvey, 2013.DENEAULT, Alain et SACHER, William, Paradis sous terre.Comment le Canada est devenu la plaque tournante de l'industrie minière mondiale, Montréal, Écosociété, 2012.MORISSONNEAU, Christian, La Terre promise: le mythe du Nord québécois, Montréal, Hurtubise, 1978.MOUSSEAU, Normand, Le défi des ressources minières, Montréal, Éditions MultiMondes, 2012.REVUES ET ARTICLES À bâbord, dossier « Aux voleurs! Nos ressources naturelles et le Plan Nord », no47, décembre 2012-janvier 2013.HAMELIN, Louis-Edmond, « La dimension nordique de la géopolitique du Québec», Globe: Revue internationale d'études québécoises, vol.8, no 1, 2005.LAPLANTE, Robert, « Emparons-nous du Nord!», L'Action nationale, vol.102, no 2, février 2012.Recherches amérindiennes au Québec, dossier « Plan Nord, éducation et droit», vol.XLI, no 1, 2011; dossier «Les Inuits, les Premières Nations et le développement minier », vol.XL, no 3, 2010.Relations, U.Lapointe, « Le Plan Nord au bénéfice de qui?», no 752, novembre 2011; F.L'Italien, « Habiter le pays », no 749, juin 2011; G.McKenzie, «Le Plan Nord sans boussole», no 736, novembre 2009; F.Lasserre, « Le Nord, un lieu de convoitises», no 737, décembre 2009.SCHEPPER, Bertrand, «À qui profite le Plan Nord», Institut de recherche et d'informations socio-économiques, 14 mars 2012.FILMS Le Nord au cœur de Serge Giguère, 2012.Trou story de Richard Desjardins et Robert Monderie, 2011.L'or des autres de Simon Plouffe, 2011.SITES : Centre d'études nordiques de l'Université Laval : Plan Nunavik de la Société Makivik : Campagne citoyenne relative à la Loi sur les mines : Documentaire Web interactif sur le Grand Nord québécois : Coalition pour que le Québec ait meilleure mine avril-mai 2013 RELATIONS marché nord-américain.Si elle revenait à une vision de développement durable endogène au Québec, on pourrait penser un développement maîtrisé du Nord qui serait plus diversifié et bénéfique pour les communautés locales.N.M.: La question des deuxième et troisième transformations des ressources est un dossier prioritaire, surtout en matière de minerai.Dans ce domaine, il n\u2019y a pas une seule réponse.Pour le fer, par exemple, il n\u2019est pas possible d\u2019exiger une transformation complète au Québec.Ce n\u2019est pas la même situation si on parle des terres rares, une famille d\u2019éléments dont certains entrent notamment dans la fabrication d\u2019appareils électroniques.Présentement, 97% de celles-ci sont transformées en Chine, une situation de quasi-monopole.Il y a donc de la place pour d\u2019autres transformateurs, qui pourraient rassurer les grands consommateurs de terres rares.Les deuxième et troisième transformations exigent donc à la fois une vision d\u2019ensemble et des réponses ciblées pour chacun des éléments en tenant compte des particularités de chaque marché.Mais il est clair qu\u2019il y a moyen de développer une industrie de transformation dans le Nord québécois qui permettrait de créer des emplois de qualité, pas seulement des postes d\u2019opérateur de machinerie lourde.Rel.: Comment faut-il envisager nos relations avec les Premières Nations et les Inuits qui vivent sur le territoire?S.M.: Il faut d\u2019abord demander la permission aux Autochtones pour aller dans le Nord, ne serait-ce que parce qu\u2019ils ont des droits, des titres sur ce territoire.Mais ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est qu\u2019ils sont prêts à le partager et à participer à la prise de décisions.Ils cohabitent d\u2019ailleurs depuis longtemps avec les Blancs, entre autres à Sept-Îles.F.L : Des modèles de cogestion avec les peuples autochtones existent déjà, mais il faut évidemment une volonté politique pour les mettre en application.Il est clair que les Autochtones doivent être au cœur du développement du Nord, sinon ce sont eux qui feront les frais de la contradiction entre l\u2019habitation du territoire et l\u2019extraction de ses ressources, qui est au cœur du modèle de développement actuel.Ce sont les premiers habitants du territoire et, sans tomber dans le folklore, on peut dire aussi qu\u2019ils en sont d\u2019une certaine manière les gardiens «locaux ».Et ce sont eux qui vivent les premiers les effets de toutes les transformations induites par le modèle extractiviste.S.M.: Une des premières actions que le gouvernement provincial pourrait faire, c\u2019est d\u2019accorder aux Autochtones tout le volet de la surveillance environnementale.Ce sont eux qui connaissent le mieux le territoire, et c\u2019est un des aspects liés au développement auquel ils sont ouverts et qu\u2019ils réclament.Mais il faut être conscient que les Autochtones ne vont pas retourner vivre dans des tipis et des iglous, bien qu\u2019ils aient gardé un lien avec leurs traditions.Le lien avec le territoire est primordial pour eux, mais ils sont en 2013 et ils veulent aussi participer au développement économique.Il faut donc leur donner le même droit de décision que celui qu\u2019on se donne sur le territoire.C\u2019est ça la condition, et c\u2019est ça qu\u2019ils demandent.Au Labrador, par exemple, notamment dans le cas de la mine de Voisey\u2019s Bay, les Inuits et les Innus ont réussi à imposer des conditions visant à prolonger la vie de la mine en réduisant le volume produit par jour, à créer un fonds de diversification socioéconomique, etc.Des mesures pour protéger l\u2019habitat des caribous ont aussi été introduites dans les réglementations, dans certaines parties de lois ou dans des ententes, par exemple.Le Plan Nord aurait pu créer ce genre de conditions au Québec, et c\u2019est d\u2019ailleurs pour cette raison que les Autochtones ont accepté de s\u2019asseoir à la Table des partenaires.Maintenant, il faudra voir ce que ça va donner.Mais il y a certainement une ouverture qui est démontrée, de leur part et de celle du nouveau gouvernement.Il est clair cependant que ça prendra aussi une mobilisation du côté autochtone.Dans le cas de la Convention de la Baie-James, ce qui a permis la signature d\u2019un traité, c\u2019est l\u2019unité des Inuits et des Cris, au sein même de leurs communautés respectives et entre les deux nations.Cette unité reste à faire dans le cas des Innus du Québec, entre autres.Ils en sont d\u2019ailleurs très conscients.Les neuf communautés innues, tant qu\u2019elles ne se mettront pas ensemble pour négocier et revendiquer leurs droits, auront beaucoup de difficulté à faire des gains sur ce front.\u2022 PROPOS RECUEILLIS PAR EMILIANO ARPIN-SIMONETTI Kangiqsualujjuaq, au Nunavik.Photo: © Marc-André Pauzé/ Waseya Images Il est clair qu\u2019il y a moyen de développer une industrie de transformation dans le Nord québécois qui permettrait de créer des emplois de qualité, pas seulement des postes d\u2019opérateur de machinerie lourde.iZ.RELATIONS avril-mai 2013 coNfipeNces à emma-Rose CHRONiçue LittéRaiRe La mort de ton oncle TEXTE ET ILLUSTRATION : VIRGINIA PÉSÉMAPÉO BORDELEAU Lors de ma dernière confidence, Emma-Rose, je t'avais dit que la tristesse faisait partie de la vie.Tu es encore un bébé, pourtant il y a des événements qui te touchent, comme la mort.Elle aussi fait partie de la vie.Je ne saurais pas t'expliquer ce qu'est la mort, sinon comme l'envers de toute chose; la disparition, l'anéantissement des corps; l'absence soudaine et définitive; le vide là où il y avait un souffle, une respiration; le silence là où une voix murmurait des mots tendres ou banals; une toile blanche là où un bel être se mouvait et souriait.et le chagrin pour ceux qui restent.Nous avons perdu Simon, emporté par la maladie.Il était le petit frère de ta maman, donc mon fils.Jamais je n'aurais cru possible de devoir vivre une telle expérience, je pensais même que pire n'existait pas.Pourtant c'est arrivé.Cela nous est arrivé, car nous avons tous été ébranlés par le départ de ton oncle.Nous étions à son chevet depuis quelques jours aux soins intensifs, les médecins ne nous donnant plus aucun espoir; il y avait ton grand-père et ta mère avec moi.Tout ce que nous pouvions lui donner c'était notre amour et une présence avant son grand saut, il n'y croyait pas et arrivait même à faire des blagues.Quelques amis sont passés, des membres de la famille afin de lui faire un dernier câlin.Son cœur a lâché, un soir, alors que tu étais déjà endormie depuis quelques heures.Ton papa était seul à la maison avec toi et ta grande sœur.Ils ne savaient pas que Simon venait de partir.Mais toi tu t'es réveillée en criant et en pleurant très fort.Papa t'a prise dans ses bras pour te consoler; tu montrais quelque chose sur le mur où il n'y avait rien, en disant : - Veux ça! Veux! Veux! Tu ne fais jamais de cauchemar, alors qu'as-tu vu ce soir-là à l'instant de la mort de ton oncle que tu aimais?Ton père a dû te bercer longtemps pour te rendormir, tes sanglots continuant à te faire trembler comme une petite fleur sous la brise.Pendant ce temps, maman et moi sombrions dans un abysse de souffrance noire et sans fond.Ton grand-papa s'était retiré, ne supportant pas de voir un cadavre à la place de son fils si vivant et joyeux par moments.Je ne pouvais simplement pas me détacher du corps, cesser de le caresser, de l'embrasser.Une douleur si vive me taraudait le ventre que j'avais la certitude que j'allais mourir là, à côté de lui.Un voile sombre m'est tombé sur les yeux, j'ai failli m'évanouir.Au bout d'une heure, j'ai pris ma brosse à cheveux et j'ai peigné sa longue crinière brune.Il ressemblait à un samouraï avec son teint foncé, sa petite barbe et sa moustache aux poils clairsemés.Ta maman a dit : - Comment allons-nous pouvoir le quitter.?Je ne savais pas.C'était m'arracher le cœur.Sa chevelure abondante, emmêlée, m'a donné du fil à retordre, mais cette activité me calmait en surface; j'étais encore une mère qui prenait soin de son enfant, même s'il était adulte depuis longtemps et qu'il était immobile dans la mort.Son visage a rajeuni, sa peau est devenue lisse et sa beauté naturelle m'a éblouie une dernière fois.Il semblait tranquille, endormi profondément.Puis, autour de minuit, au passage de l'heure, j'ai ressenti une grande chaleur dans ma poitrine, une paix m'a envahie semblable à une lumière dans les ténèbres, à un phare qui me guidait vers la sérénité, vers l'acceptation de l'inconcevable.Était-ce Simon prenant conscience du changement de son essence, venu me dire qu'il était toujours vivant?Cette douce rivière avril-mai 2013 RELATIONS * « Mr V.P(V«4(X£> B 'uicka- êù ypv'.; Explosion, 2010, acrylique sur toile, 102 x 76 cm.Photo: Daniel Gingras d'amour a coulé un long moment sur ma vie, atténuant la peine, me rendant l'avenir encore possible.J'ai fermé les yeux et j'ai prié.C'est alors que j'ai eu la vision de ton oncle marchant dans l'obscurité, ses cheveux flottant autour de lui, se dirigeant, comme une ombre chinoise, vers un trou lumineux dans les nuages.Son pas était ferme, porteur d'une certitude de bonheur qui transpirait de tout son être.Mon état de grâce était si dense qu'il a rejoint ta mère.Nous savions que l'âme de ton oncle s'était détachée de cette enveloppe inerte qui gisait dans ce lit.Nous avons posé les lèvres une dernière fois sur son front et nous sommes parties.\u2022 RELATIONS avril-mai 2013 29 aiLLeuRS Démocratie de façade au Honduras Le pays est en crise depuis le coup d\u2019État de 2009.Indifférentes au sort de la population, les élites oligarchiques font de la démocratie une mascarade, et de l\u2019impunité leur bouclier.ISMAEL MORENO COTO L'auteur est directeur de la Radio Progreso et de l'équipe de réflexion, d'information et de communication des jésuites du Honduras LJ instabilité politique règne au Honduras depuis le coup d\u2019État ¦ de l\u2019armée et de l\u2019oligarchie qui a renversé le président élu Manuel Zelaya, en juin 20091.C\u2019est donc dans un contexte de crise nationale et après une campagne électorale qui aura duré un an, caractérisée par la fraude et la corruption, que des élections primaires ont eu lieu le 18 novembre dernier afin de désigner les candidats aux élections présidentielles prévues en novembre 2013.Juan Hernandez du Partido Nacional au pouvoir, Mauricio Villeda du Partido Liberal et Xiomara Castro - épouse de Manuel Zelaya - du parti Libertad y Refundacion seront de la course.Mais ces élections primaires ont confirmé que le processus électoral autant que les partis politiques actuels sont devenus une partie du problème et non de la solution à la profonde crise que vit le pays.Soutenir la démocratie au moyen d\u2019un processus électoral marqué par des pratiques antidémocratiques, malhonnêtes et délictuelles ne peut conduire qu\u2019à une impasse.Or, les GOLFE DU MEXIQUE MER DES CARAÏBES MEXIQUE IONDURAS GUATÉMALA Tegucigalpa EL SA NICARAGUA* :osta Rica OCÉAN PACIFIQUE PANAI politiciens honduriens ne sont pas disposés à apprendre des erreurs du passé.Ils continuent d\u2019accumuler tricheries par-dessus tricheries pour accaparer le pouvoir, sans égard à l\u2019illégalité de leurs gestes.Non seulement ces élections primaires font douter de la transparence des prochaines élections générales, mais elles ont confirmé que les «solutions» avancées jusqu\u2019à présent pour résoudre la crise n\u2019ont été qu\u2019un stratagème pour éviter de chercher un véritable consensus national minimal satisfaisant tous les secteurs de la société.En d\u2019autres termes, on a voulu soigner un malade en phase terminale avec un analgésique pour le mal de tête.LE DIVERTISSEMENT ÉLECTORAL Durant les trois années qui ont suivi le coup d\u2019État, le gouvernement aurait pu emprunter, s\u2019il avait voulu, divers che ins pour trouver une solution à la crise nationale.Les secteurs oligarchiques à la tète de l\u2019État ont plutôt opté pour de raccourcis superficiels et à court terme, qui laissaient intacts leurs intérêts et pri ilèges.Le remier de ces raccourcis a été la tenue d\u2019élections générales en 2009, comme si cela pouvait faire oublier le coup d\u2019État.Ces élections se sont déroulées dans un contexte d\u2019irrégularités généralisées et dans un climat de peur.Ceux-là mêmes qui en furent les protagonistes ont avoué s\u2019être mis d\u2019accord pour bourrer les urnes avec plus de votes qu\u2019il n\u2019y avait d\u2019électeurs.La créativité populaire a bien illustré cette manigance en qualifiant le nouveau gouvernement, dirigé par Porfirio «Pepe» Lobo, de Pepe inflado (gonflé) ou encore de Pepe robo (voleur).Une fois le gouvernement élu, ce «pacte des élites» s\u2019est poursuivi avec une consigne claire : regagner la confiance de la communauté internationale.À cette fin, des cabinets ministériels multipartistes ont été formés, à la satisfaction de divers grands intérêts et intégrant des députés de l\u2019opposition de droite qui avaient avalisé le coup d\u2019État.On a appelé cela, sans dérision, « un gouvernement d\u2019unité et de réconciliation nationale»! Peu de temps après, Porfirio Lobo a pris deux autres décisions pour contenter la communauté internationale qui posait comme conditions à la reprise de son aide financière le respect des droits humains et le retour au pays (pas au pouvoir) de Manuel Zelaya, en exil depuis le coup d\u2019État.Premièrement, il a transféré une bonne part du travail de la Commission nationale des droits humains - passablement discréditée après avoir défendu le coup d\u2019État - au Secrétariat d\u2019État à la Justice et aux droits humains.Deuxièmement, il a créé une Commission de vérité et de réconciliation avec des commissaires reconnus nationalement et internationalement.Celle-ci a bien rendu public son rapport en juillet 2011, condamnant le coup d\u2019État et proposant 80 recommandations pour éviter qu\u2019un tel événement se repro-uise.Mais le gouvernement semble les avoir oubliées aussitôt après s\u2019être engagé à les mettre en œuvre.Cette apparente ouverture tramée par l\u2019élite politique et économique s\u2019est poursuivie avec les Accords de Carthagène.Ceux-ci ont été conclus le 22 mai 2011 entre le gouvernement hondurien et l\u2019ex-président Zelaya, grâce à la médiation des présidents Juan Manuel Santos de Colombie et Hugo Chavez du Venezuela, tous deux symbolisant la polarisation idéologique qui divise le Honduras comme 30 avril-mai 2013 RELATIONS aiLLeuRS une grande partie de l\u2019Amérique latine.Ces accords ont imposé le retour au pays de Manuel Zelaya et de tous les exilés politiques, la réinsertion du Honduras dans l\u2019Organisation des États américains et la reconnaissance du mouvement de résistance aux putschistes en tant que force politique légitime.Ils sont en quelque sorte le point de passage vers un pacte de gou-vernabilité faisant des élections l\u2019espace où les secteurs antagoniques peuvent régler leurs conflits, incluant la gauche qui accepte de participer à un processus électoral dominé par une puissante machine bipartiste de droite.Cette entente conjoncturelle entre les élites politiques, qui a rendu possible la tenue des élections primaires de novembre dernier, est davantage source d\u2019inquiétude que d\u2019espoir.Car elle laisse intacts les mécanismes qui sabordent l\u2019interaction sociale, à savoir l\u2019impunité qui protège ceux qui renforcent leur pouvoir et accroissent leurs capitaux grâce à la délinquance, la violence et l\u2019illégalité.La lutte contre l\u2019impunité a malgré tout avancé, presque par hasard, sur une voie parallèle au pacte de gouvernabi-lité.Elle a réussi à se frayer un chemin dans l\u2019espace public.En effet, l\u2019enquête sur l\u2019assassinat, par des policiers, de deux jeunes universitaires (dont le fils de la rectrice de l\u2019Université nationale autonome du Honduras, le 22 octobre 2011) et du responsable de la lutte contre le narcotrafic, un mois plus tard - a déclenché la révélation d\u2019une série de preuves attestant de la corruption à grande échelle qui sévit au sein de la Police nationale.Cela a toutefois exacerbé la volonté de vengeance chez les officiers de police et certains fonctionnaires affectés par les remaniements, les congédiements et les menaces d\u2019enquêtes et de poursuites judiciaires à leur endroit.Il faut savoir que les forces policières sont en bonne partie responsables du triste record mondial de morts violentes que détient le pays, où l\u2019on dénombre entre 86 et 90 homicides pour chaque tranche de 100 000 habitants par an.En décembre 2012, l\u2019Université nationale autonome du Honduras rendait publique une enquête sur la criminalité policière qui révélait, en effet, que la police avait commis au moins 149 assassinats au cours des 23 derniers mois.Afin d\u2019expurger les forces policières de ses éléments corrompus, le gouvernement a certes créé, en mai 2012, la Commission de réforme de la Sécurité publique.Mais celle-ci n\u2019a toujours pas obtenu de budget suffisant pour mener à terme sa mission.De plus, elle se heurte au mur de l\u2019impunité.CONFRONTATION ET VIOLENCE À L\u2019HORIZON Un dicton dit: la veille on sait déjà comment se passera la fête.Ainsi, les confrontations vécues pendant la course aux primaires de 2012 laissent présager encore plus de violence et d\u2019instabilité en 2013.La crise économique que traverse le Honduras n\u2019a rien pour nous rassurer.La monnaie nationale, le lempira, perd de plus en plus de sa valeur par rapport au dollar.Pour la majorité de la population qui vit pauvrement, cela signifie une augmentation du prix des aliments de base, la perte constante de son pouvoir d\u2019achat et la menace de perdre son travail.En 2012, le chômage a touché près de la moitié de la population active du pays.Rien de tout cela ne sera prioritaire en cette année électorale, avec un gouvernement qui consacrera le temps et les ressources qui lui restent à sa campagne et aux groupes qui exercent le pouvoir réel, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur du cadre institutionnel.Au moyen de «pactes politiques », l\u2019élite politique et économique évite constamment d\u2019aller à la racine des conflits qui trouvent leur source dans la violence et l\u2019insécurité sociale, la précarité économique et la concentration des richesses et des ressources entre les mains d\u2019une minorité.Ce faisant, elle augmente le nombre et la gravité des conflits et retarde leur résolution.Les élections présidentielles de 2013 se réaliseront ainsi dans une société plus divisée que jamais.Le défi d\u2019établir un nouveau pacte social sur la base de la participation de tous les secteurs de la société reste entier.\u2022 Des étudiants réclamant le retour du président Manuel Zelaya affrontaient la police anti-émeute à l'Université nationale de Tegucigalpa, le 5 août 2009.Photo: CP/Arnulfo Franco L il 1.Lire C.Morin, « Honduras : le coup d\u2019État de l\u2019oligarchie », Relations, no 739, mars 2010.RELATIONS avril-mai 2013 PROCHaiN NUméRO Le numéro de juin de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies le 31 mai.Pensez à le réserver.Il comprendra notamment un dossier sur la décroissance Depuis le rapport Halte à la croissance?du Club de Rome, paru en 1972, le concept de décroissance a fait du chemin, remettant en question le paradigme au cœur de nos sociétés capitalistes : la croissance économique.Nourrie de plusieurs courants idéologiques et théoriques parfois contradictoires, elle bouscule néanmoins les notions de richesse et de développement telles que nous les concevons généralement.Comment la décroissance peut-elle être envisagée au Québec?Comment l\u2019est-elle dans les pays du Sud, où le développement est souvent perçu comme un droit?Quelles sont ses dérives potentielles?Ce dossier scrutera l\u2019idée d\u2019une décroissance qui n\u2019est pas synonyme d\u2019austérité.À lire aussi dans ce numéro : \u2022\tun débat sur la souveraineté alimentaire; \u2022\tun regard sur l\u2019AFRICOM; \u2022\tune analyse de la situation sociopolitique en Jordanie; \u2022\tle Carnet de José Acquelin; \u2022\tla chronique littéraire de Virginia Pésémapéo Bordeleau; \u2022\tles œuvres de notre artiste invitée, Raphaëlle de Groot.Raphaëlle de Groot, Collections, (masque), 2012 Recevez notre infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d'envoi sur la page d'accueil de notre site Internet : .Élargir I espace de délibération Z Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) encourage la réflexion critique sur les grands enjeux économiques de notre époque et souhaite élargir l\u2019espace de délibération entre les divers acteurs socio-économiques et politiques.Il encourage la recherche en économie tant générale que politique ou sociale afin de chercher, avec d\u2019autres, les meilleures voies de réalisation du bien commun.www.irec.net 32 avril-mai 2013 RELATIONS RegaRD La banalisation d\u2019un attentat La couverture médiatique de l\u2019attentat du 4 septembre dernier, au Métropolis, met en évidence un fait inquiétant : la propension à ne pas penser.MARC CHABOT « C\u2019est un crime de rendre les hommes tristes.» Simone Weil LJ un des grands étonnements de l\u2019humanité fut le procès d\u2019Adolf Eichmann, tenu à Jérusalem en ¦ 1961.On attendait à la barre un fou ou un monstre : l\u2019homme avait organisé la solution finale.Tout aurait été tellement simple si on avait pu avoir devant nous un individu qui détestait l\u2019humanité et particulièrement le peuple juif.Tout aurait été dans l\u2019ordre des choses.Mais, constatait la philosophe Hannah Arendt, ce n\u2019était pas le cas.Eichmann était un homme bien ordinaire.Il ne contestait même pas les accusations qu\u2019on avait préparées contre lui.La philosophe finit par écrire, dans son célèbre essai Eichmann à Jérusalem (Gallimard, 1966), qu\u2019elle avait devant elle un homme qui portait en lui toute «la banalité du mal».Ce que nous considérons maintenant comme une avancée dans la compréhension du nazisme ou du totalitarisme ne doit pas être oublié.Il est évident qu\u2019il est beaucoup plus simple, même pour un système judiciaire, de condamner un monstre ou un fou.Les pouvoirs aiment bien que les peuples ne se mettent pas à philosopher.Ils fomentent même souvent, pour se légitimer, la montée de la violence.Aussi, force est d\u2019admettre que le concept de «banalité du mal» est encore méconnu de la plupart d\u2019entre nous.Mais si Eichmann n\u2019est ni un monstre ni un fou, qui est-il?Comment peut-il commettre l\u2019horreur s\u2019il est un être humain?Pourquoi a-t-il accepté (comme bien d\u2019autres d\u2019ailleurs) de servir un régime aussi barbare?Hannah Arendt est revenue sur la question de la banalité du mal dans un texte moins connu.Elle y soulève une hypothèse qui n\u2019a pas encore été assez approfondie et qu\u2019on pourrait résumer ainsi : il y a des humains qui ne pensent pas et cela les dispose à commettre le mal.«C\u2019est cette totale absence de pensée [chez Eichmann] qui a attiré mon intérêt.[.] La question qui s\u2019est imposée d\u2019elle-même était: l\u2019activité de penser en tant que telle, l\u2019habitude d\u2019examiner et de réfléchir à tout ce qui arrive, quel que soit le contenu spécifique et indépendamment des résultats qui s\u2019ensuivent, cette activité peut-elle être de nature à \u201cconditionner\u201d les hommes à ne pas commettre le mal?» Hannah Arendt, « Pensée et considérations morales » dans Responsabilité et jugement, Paris, Payot, 2005, p.186-187.Que signifie ne pas penser?Peut-on se contenter d\u2019exister?Se contenter d\u2019affirmer «la loi c\u2019est la loi»?Ne faut-il pas, pour penser, accepter de prendre du recul, d\u2019arrêter quelques instants la vie, de s\u2019éloigner du réel, de se donner un espace de liberté pour être soi?Hannah Arendt, dans le même texte, revient aussi sur cette question.«Les clichés, les expressions toutes faites, l\u2019adhésion à des codes d\u2019expression et de conduite conventionnels et standardisés possèdent la fonction socialement reconnue de nous protéger contre la réalité, c\u2019est-à-dire contre l\u2019exigence de notre attention pensante que tous les événements et les faits éveillent en vertu de leur existence » (Ibid., p.186).LA PARESSE DE PENSER Le 4 septembre 2012, le Québec porte au pouvoir le Parti québécois et, pour la première fois de son histoire, une femme est élue première ministre.Notre joie et nos festivités auront été de bien courte durée.Pauline Marois n\u2019aura même pas le temps de terminer son discours qu\u2019elle deviendra la cible d\u2019un tireur.Attentat politique raté, mais qui fera quand même un mort et un blessé.Traumatisme collectif.L\u2019ensemble des journalistes de tous les réseaux s\u2019empressent alors de commenter les événements quitte à dire n\u2019importe quoi.Voilà un tireur fou.Voilà un malade.Voilà un dérangé.Il faut absolument calmer la donne.Il faut absolument tout expliquer immédiatement.Il faut que la personne qui vient de commettre l\u2019attentat ne nous ressemble pas.La paresse de la pensée consiste à tout expliquer même quand on n\u2019a pas encore les moyens de le faire.Le problème vient du fait que nos analyses, nos interprétations se font à toute vitesse tout de suite après que l\u2019événement tragique s\u2019est produit.Ce qui aurait dû être l\u2019occasion d\u2019une vraie réflexion a été évacué par l\u2019importance du direct.Dix, vingt, cent fois on nous montrera les mêmes images de l\u2019arrestation de l\u2019individu.On peut entendre le tueur crier: «Les Anglais se réveillent, les Anglais se réveillent», comme s\u2019il avait voulu nous dire, avant de monter dans la voiture de police : «Je ne suis pas seul, je suis venu défendre ma communauté linguistique.» Des images, beaucoup d\u2019images.Tout pour les yeux, rien pour le sens, rien pour l\u2019intelligence.Il aurait fallu garder silence et ruminer l\u2019événement.Renvoyer à la maison tout individu qui refuse la simple hypothèse de la folie, défendre la dictature des images, c\u2019est nous empêcher de vivre dans notre histoire.L\u2019auteur est philosophe et parolier ?33 RELATIONS avril-mai 2013 RegaRD Lino.Innocence, 2001, acrylique et collage Inconsciemment, les médias nous invitaient à ne pas penser.Tout cela étant désormais remis entre les mains de la justice et des spécialistes en psychiatrie.Même quand c\u2019est notre histoire qui devient folle, elle ne nous appartient pas; tout se passe comme s\u2019il fallait se taire, laisser à d\u2019autres le soin de penser toute la réalité.«L\u2019exigence de notre attention pensante», comme l\u2019écrit Arendt, n\u2019est jamais au rendez-vous.Je peux très bien comprendre la communauté anglophone de s\u2019empresser de se dissocier de l\u2019attentat commis par Richard Henry Bain.Mais est-ce que cela suffit?Il me semble qu\u2019il y a des exigences pour penser le réel.Chaque communauté a le devoir de penser son histoire, d\u2019interpréter les faits, de semer de l\u2019intelligence au lieu de crier au racisme chaque fois que le Parti québécois prend le pouvoir.Quand on lit dans le Calgary Herald (6 septembre 2012) que le gouvernement du Québec est mené par «le parti le plus raciste de l\u2019histoire canadienne», on peut sérieusement se demander à qui servent de telles affirmations.Peut-on, avec autant de légèreté, fabriquer de la haine, découdre les consciences?Puis s\u2019en laver les mains quand les événements s\u2019emballent?Ne pas penser, c\u2019est se contenter des clichés, se contenter de la superficialité des choses, refuser de vivre dans l\u2019histoire et surtout refuser de la lire autrement.Il y a des paniques communautaires qui sont orchestrées par les médias.Aussi, les francophones doivent être en mesure de dire la peur de l\u2019assimilation et de la disparition de leur communauté.Les chiffres et les faits parlent à ce sujet.Il y a partout, en ce Québec, un mal d\u2019être qui doit se dire.La démocratie n\u2019est pas une vaine chose, c\u2019est la violence qui est une vaine chose.La suprématie des images sur la pensée n\u2019aide en rien nos capacités d\u2019analyse.Ces images, encore et toujours ces images.Mille fois les avions qui s\u2019écrasent sur le World Trade Center, mille fois les gardes du corps de la première ministre qui l\u2019emmènent dans les coulisses, mille fois la Polytechnique, mille fois Denis Lortie assis sur le siège du président de l\u2019Assemblée nationale.Tout ce spectacle n\u2019a rien à voir avec la réflexion.Une image ne vaut pas mille mots.Une image est une image.J\u2019ai besoin du sens, de la réflexion, de l\u2019interpré- tation, des analyses, de la pensée, de la critique, de la vie de l\u2019esprit.Nous avons besoin de notre réflexion pour sortir de la banalité de ces malheurs.C\u2019est la pensée de chacun qu\u2019on assassine chaque fois que, le plus rapidement possible, on empêche tout le monde de réfléchir.Mais ce faisant, c\u2019est aussi la possibilité de mettre ensemble nos raisons de vivre que l\u2019on empêche.Penser, c\u2019est s\u2019arrêter.Penser, c\u2019est faire silence.C\u2019est apprendre à lire le monde au lieu de le voir défiler sous nos yeux.C\u2019est affronter le vrai monstre en nous qui nous pousse vers l\u2019insignifiance, l\u2019indifférence, le préjugé, l\u2019habitude, le raccourci, l\u2019invective, le préjugé, le non-dit, la censure et, toujours, l\u2019aliénation de soi.«Une société n\u2019est pas un amas de groupes, ni un torrent d\u2019individus, mais le théâtre où se joue, tragique et comique, la raison de vivre.La raison de vivre nous vient du langage.Une maxime des juristes dit ceci : \u201cOn lie les bœufs par les cornes et les hommes par les paroles\u201d.» Pierre Legendre, La fabrique de l\u2019homme occidental, Paris, Mille et une nuits, 1996, p.17.On ne peut pas se contenter de fabriquer de la banalisation.Les faits doivent être pensés.La commission Charbonneau peut nous y aider.La banalité du mal éclate aux yeux de tous.La banalité de la corruption et de sa mise en système.À tel point qu\u2019un témoin peut venir nous raconter avec le sourire aux lèvres que tout allait pour le mieux.C\u2019est ainsi que va le monde.Il pouvait côtoyer un membre de la mafia mais il s\u2019agissait d\u2019un chic type, d\u2019un homme respectueux, d\u2019un bon père de famille, d\u2019une belle 3± avril-mai 2013 RELATIONS RegaRD personnalité.Ce témoin n\u2019arrive même plus à penser.La corruption est une chose banale.Elle est une chose normale.Elle est ce qui devait être.PENSÉE ET CONSCIENCE COÏNCIDENT Après l\u2019attentat politique contre la première ministre, j\u2019ai entendu le comédien Yves Desgagnés dire qu\u2019il devrait peut-être y avoir une enquête indépendante sur la sécurité de nos élus.À peine quelques minutes après son intervention, un supposé débatteur télévisuel affirmait : « Si le comédien a fait dans sa culotte, qu\u2019il rentre chez lui pour se changer.Va faire ton deuil à la maison et laisse la police effectuer son travail.» Où, dans une telle remarque, reste-t-il de la place pour la réflexion?Comment continuer de penser?Comment travailler ensemble sur nos raisons de vivre?Penser, c\u2019est d\u2019abord et avant tout se doter d\u2019une conscience.Débattre, c\u2019est commencer par admettre que nos idées ne sont pas une mise en spectacle du n\u2019importe quoi.Les petites exclusions préparent toujours les grandes.Le hasard et l\u2019héroïsme d\u2019un individu ont fait que nous avons évité un carnage.Il serait grand temps de nous servir de l\u2019occasion pour recommencer à penser.Renvoyer à la maison tout individu qui refuse la simple hypothèse de la folie, défendre la dictature des images, c\u2019est nous empêcher de vivre dans notre histoire.Il faudrait peut-être écrire: de nos histoires.C\u2019est dans l\u2019histoire que s\u2019inscrivent les raisons de vivre des êtres humains.Où est la folie dans cet événement?La folie, c\u2019est de refuser de se mettre à penser.C\u2019est de s\u2019imaginer que tout est dit parce que les médias viennent d\u2019en décider ainsi.La folie est dans le faire-semblant de l\u2019explication, dans notre peur d\u2019interroger le réel, dans notre contentement devant l\u2019hypothèse de la folie individuelle.L\u2019humain ne se fabrique jamais seul.Il vient au monde dans une histoire.Il serait bon de se le rappeler au lieu de mépriser cette histoire, ces histoires.Sans même vouloir en saisir les dangers, on a trop dit aux communautés culturelles et anglophones du Québec que l\u2019arrivée du Parti québécois provoquerait le chaos, le désordre, la violence.À force d\u2019appeler le diable, il finit par venir.La violence est une fabrication des humains.Elle vient quand on refuse à la pensée d\u2019exister, elle vient quand on choisit les pauvres raccourcis de la pensée binaire du type: « Je suis l\u2019économie et l\u2019emploi.Vous êtes la rue et l\u2019intimidation.» Marteler de telles affirmations quotidiennement, c\u2019est aliéner nos raisons de vivre.La violence n\u2019est pas venue du côté d\u2019où on l\u2019attendait, mais elle est venue.Même les dérapages de la pensée ont des conséquences.Pendant tout le printemps 2012, les députés libéraux faisaient la file devant les micros des médias pour dénoncer la violence des jeunes, pour dévaloriser notre jeunesse, pour en nier même l\u2019existence.Maintenant, c\u2019est le silence, maintenant c\u2019est encore et toujours le refus de se mettre à penser.Une nouvelle forme de banalisation, une nouvelle forme d\u2019abolition des raisons de vivre.Je ne sais même pas si nous sommes prêts à penser autrement, à penser ailleurs, à sortir de cet enfermement dans la dualité.Je sais seulement qu\u2019autour de moi, on commence à se dire qu\u2019il est temps de réintégrer l\u2019histoire au lieu d\u2019en nier la valeur.\u2022 Sans même vouloir en saisir les dangers, on a trop dit aux communautés culturelles et anglophones du Québec que l\u2019arrivée du Parti québécois provoquerait le chaos, le désordre, la violence.À force d\u2019appeler le diable, il finit par venir.Des programmes souples répondant à des besoins de formation diversifiés.» Quatre nouveaux programmes de premier cycle en théologie et en sciences des religions.» ftsr.umontreal.ca j*6L Université rm de Montréal RELATIONS avril-mai 2013 DeBat L\u2019éolien au Québec : qu\u2019est-ce qui ne tourne pas rond?L'auteur, chercheur à l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC), enseigne l'économie au Cégep de Joliette Hydro-Québec n\u2019a pas joué le rôle qui lui revenait pour bien développer l\u2019éolien.GABRIEL SAINTE-MARIE Le potentiel éolien du Québec est immense, même plus enviable que celui de l\u2019Europe.Toutefois, notre filière hydraulique - une énergie renouvelable à très faible coût - a retardé le déploiement de parcs éoliens.Maintenant que le coût des nouveaux barrages va en augmentant, les meilleurs sites ayant été exploités en premier, la filière éolienne devient plus intéressante sur le plan économique.Compte tenu d\u2019importants développements technologiques au cours des dernières décennies, elle constitue aujourd\u2019hui, en termes de coûts et de stabilité, une alternative tout à fait concurrentielle aux énergies thermiques.C\u2019est ce qu\u2019affirme l\u2019Agence internationale de l\u2019énergie.Lorsque le Québec ne sera plus en surplus énergétique, l\u2019éolien devrait donc constituer une filière prioritaire.Mais encore faudra-t-il bien la développer.UNE IMPLANTATION DÉPLORABLE Malheureusement, jusqu\u2019à maintenant, cette filière a été implantée de façon cavalière et non optimale, nous privant ainsi de plusieurs de ses avantages.La haute direction d\u2019Hydro-Québec l\u2019a d\u2019abord boudée et il a fallu des pressions gouvernementales pour qu\u2019elle s\u2019y mette, à reculons.Il faut rappeler que certains de ses dirigeants, à commencer par son PDG, Thierry Vandal, tout comme son prédécesseur, André Caillé, travaillaient chez Gaz Métro avant de diriger Hydro-Québec.Ils partagent davantage la culture du gaz que celle du vent.Prétextant un manque d\u2019expertise en la matière, notre société d\u2019État s\u2019est contentée de lancer des appels d\u2019offres, laissant l\u2019entreprise privée - qui n\u2019avait pourtant pas plus d\u2019expérience qu\u2019elle dans ce domaine - développer les parcs éoliens.Les compagnies retenues doivent acheter les éoliennes à d\u2019importantes multinationales.Or, pour faire baisser les prix des équipements et accroître les retombées locales, il aurait fallu faire jouer la concurrence entre ces fabricants, pas entre des promoteurs qui, absurdement, vendent ensuite l\u2019électricité à.un producteur d\u2019électricité - Hydro-Québec! De plus, le gouvernement et Hydro-Québec ont laissé chaque promoteur négocier avec chaque propriétaire de site, dans un rapport de force inégal et un manque flagrant d\u2019information.Il était impératif de tenir de vraies consultations publiques, entre autres, pour établir la proportion des revenus qui devrait bénéficier à la population locale et à la municipalité.Nous nous retrouvons aujourd\u2019hui avec de gros parcs éoliens en milieux habités qui ont souvent semé le conflit dans les communautés, qui nous coûtent très cher et sont exploités par des entreprises privées.LE RÔLE D\u2019UNE SOCIÉTÉ D\u2019ÉTAT En plus de la qualité des vents d\u2019un site et du prix d\u2019achat de chaque éolienne, le coût de l\u2019électricité produite par un parc éolien dépend grandement aussi du coût du financement du projet.Dans ce domaine, à peu près aucune entreprise ne peut rivaliser avec Hydro-Québec, qui jouit d\u2019une stabilité financière exceptionnelle, de quantités de capitaux propres, d\u2019une excellente cote de crédit et de la capacité d\u2019emprunter à de très faibles taux.Il est déplorable qu\u2019Hydro-Québec n\u2019ait pas développé elle-même cette filière, d\u2019autant plus que c\u2019est Électricité de France (EDF), l\u2019Hydro-Québec des Français (bien que partiellement privatisée) qui, comble de l\u2019absurdité, a remporté le principal appel d\u2019offres éolien.Cela montre bien que ce dossier est à situer dans un contexte mondial de libéralisation et de privatisation croissantes dans le secteur de l\u2019énergie, qui n\u2019est pas étranger à ce qui se passe d\u2019inquiétant chez Hydro-Québec.A-t-on jamais voulu réussir l\u2019implantation de cette filière en lui donnant une place d\u2019importance au Québec?On peut sérieusement en douter.Chose certaine, pour y réussir, il vaut mieux viser le Nord, car les grands parcs éoliens s\u2019implantent difficilement en milieu habité.Et c\u2019est sans l\u2019ombre d\u2019un doute Hydro-Québec qui est la mieux placée pour le faire, par exemple à proximité des lignes à haute tension déjà existantes, où la qualité des vents est supérieure et où la densité de population est beaucoup plus faible.Si cela se fait dans l\u2019avenir, il faudra par ailleurs négocier avec les Autochtones afin d\u2019obtenir leur accord et pour qu\u2019ils puissent bénéficier des retombées des activités menées sur leur territoire.\u2022 avril-mai 2013 RELATIONS Le vent de l\u2019indignation souffle dans bien des communautés divisées en raison de projets éoliens implantés en milieu habité, sans débat ni contrôle démocratique suffisants.L\u2019intérêt privé prime sur l\u2019intérêt public.Nos auteurs invités en conviennent tout en voyant différemment la question.Le développement de l\u2019éolien est tout simplement injustifié au Québec.JEAN BÉDARD Depuis l\u2019apparition des premières éoliennes de Cap-Chat, durant les années 1980, beaucoup de vent a soufflé sur les dessous de cette industrie qui semblait prometteuse.L\u2019approche insidieuse des promoteurs et la faible rentabilité des turbines ont complètement changé la donne.La chute du prix du gaz naturel a fait le reste.LE VOLET ÉCONOMIQUE De l\u2019avis de nombreux et renommés analystes en énergie comme Jean-Thomas Bernard, Jean-François Blain et Pierre-Olivier Pineau, il appert non seulement que la filière éolienne n\u2019est pas rentable - si au moins elle l\u2019était, elle serait tolérable - mais qu\u2019elle est en fait fortement déficitaire.Dans un contexte de déficit budgétaire étatique important, combiné à un surplus énergétique anticipé au-delà de 2023, cette forme d\u2019énergie est donc tout à fait inacceptable au Québec.La fermeture récente de Gentilly-2 et l\u2019abandon de plusieurs projets de mini-centrales électriques annoncés par le gouvernement péquiste nous rappellent l\u2019importance de la mobilisation populaire quant à nos choix de société et pour contrer le gaspillage de fonds publics.Des surplus générés à plus de 10 cents le kWh pour vendre de l\u2019électricité aux Américains à 4 cents le kWh ne peuvent plus se justifier.Cette politique inconséquente coûte cher aux contribuables québécois.La déclaration de la première ministre Pauline Marois, en février der- nier, alléguant que les surplus de production «constituent une opportunité», révèle le guêpier dans lequel le gouvernement s\u2019est jeté en refusant de prendre ses distances par rapport aux lobbies.Comment justifier, en effet, l\u2019abandon de projets de mini-centrales en raison de ces surplus, mais le maintien du développement éolien au mépris des mêmes arguments?Une des principales raisons pour lesquelles Hydro-Québec a toujours été réticente à s\u2019engager dans l\u2019éolien (en plus du caractère aléatoire du vent) est qu\u2019elle ne peut en intégrer que 10% à 15% à son réseau de distribution.Il est contre-performant pour la société d\u2019État d\u2019investir dans une main-d\u2019œuvre spécialisée dont elle aura peine à se départir, une fois les projets en route.LE VOLET SOCIÉTAL C\u2019est dans le cas des mégaparcs en milieux habités que le développement éolien au Québec montre toute son absurdité.Dans le cas des projets imposés dans Chaudière-Appalaches, par exemple, le «principe de précaution» a clairement été écarté.De vagues engagements de suivi, proposés par les promoteurs, ont été jugés suffisants, malgré les réserves exprimées par le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).Le déchirement social provoqué par l\u2019absence de consultation des citoyens concernés et l\u2019impatience des propriétaires fonciers et des acteurs économiques régionaux ont pour leur part été considérés comme des effets collatéraux négligeables et insignifiants par la classe politique.Le changement de gouvernement n\u2019y a rien changé jusqu\u2019à présent.Après tout, le tissu social ne fait pas partie des paramètres du PIB.Quant aux maux de tête, nausées, dépressions, insomnies et à leurs conséquences sur le travail, la famille, etc., ces problèmes restent totalement ignorés par les gouvernants aussi bien que par bon nombre de groupes écologistes - comme l\u2019est d\u2019ailleurs le principe de précaution qui devrait prévaloir en cas de doute.Pourtant, partout dans le monde, les effets néfastes sur la santé de la proximité des mégaparcs éoliens des habitations ont été maintes fois répertoriés par la communauté scientifique.La distance minimale de 500 mètres entre les éoliennes et les résidences, acceptée par le ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs, est nettement inférieure à celle de deux kilomètres prônée dans plusieurs études ainsi que dans le documentaire Wind Rush, diffusé récemment par la CBC, qui démontre que le «syndrome éolien» est un phénomène bien réel.C\u2019est la population locale qui devra vivre plus de 20 ans avec les conséquences de l\u2019imposition précipitée des mégaparcs éoliens, dans Chaudière-Appalaches comme ailleurs au Québec, les autorités publiques ayant abdiqué de leurs responsabilités.L\u2019aménagement du territoire devrait pourtant se faire dans le respect et avec la collaboration des citoyens.Pour l\u2019instant, s\u2019il y a un endroit au monde où l\u2019éolien est inutile, en plus d\u2019être une source d\u2019électricité aléatoire et néfaste à plusieurs égards, c\u2019est bien au Québec: nous nageons dans les surplus énergétiques qui nous coûteront une fortune, en argent, en coûts sociaux et en dénaturation de nos paysages.\u2022 L'auteur est membre d'un comité de citoyens opposé à l'implantation de plusieurs parcs éoliens dans Chau-dières-Appalaches E.RELATIONS avril-mai 2013 eN BRef VIA CAMPESINA Le mouvement paysan international Via Campesina, fondé en 1993 à Mons, en Belgique, souligne cette année ses 20 ans de lutte pour la souveraineté alimentaire et contre les politiques agro-alimentaires néolibérales.Réunissant quelque 150 organisations paysannes à travers le monde - dont l\u2019Union paysanne, au Québec -, le mouvement entend profiter de cet anniversaire pour poursuivre sa lutte.Le 17 avril dernier, il appelait d\u2019ailleurs à une mobilisation massive à l\u2019occasion de la Journée internationale des luttes paysannes.Des activités (manifestations, débats publics, expositions, marchés paysans, etc.) ont été organisées dans plusieurs pays par des organisations membres, entre autres pour dénoncer l\u2019accaparement des terres ayant cours dans plusieurs régions du monde.Consulter : .PACEM IN TERRIS \u2022V A l\u2019occasion des 50 ans de l\u2019encyclique Pacem in Terris, publiée en avril 1963, le réseau Pax Christi de Montréal fera paraître sous peu aux éditions Novalis un ouvrage dirigé par Gregory Baum, éminent théologien et collaborateur du Centre justice et foi.Le livre explorera la façon dont les problèmes soulevés par cette encyclique pour la paix du pape Jean XXIII ont été traités au Québec au cours des 50 dernières années.En posant Pacem in Terris comme base d\u2019une réflexion critique sur l\u2019état du monde contemporain, l\u2019ouvrage mettra en lumière le chemin parcouru et les moyens à mettre en œuvre pour faire avancer chez nous les conditions de la justice et de la paix.Lire à ce sujet : G.Turcot, « Une voix pour la paix », Relations, no 763, mars 2013.DÉFENSE DES DROITS AU GUATEMALA Le Projet Accompagnement Québec-Guatemala a amorcé, en février dernier, une tournée nord-américaine de conférences portant sur la criminalisation des défenseurs des droits socio-environnementaux dans les Amériques, principalement au Guatemala et au Canada.Des conférenciers du Nord et du Sud exposeront les liens entre cette criminalisation et la politique étrangère canadienne en faveur des minières (lire : M.-D.Langlois et V.Girouard, « Minières et répression», Relations, no 762, février 2013).L\u2019objectif de ces conférences est entre autres de favoriser un rapprochement entre le milieu académique et la société civile, et d\u2019explorer les alternatives au développement économique fondé sur l\u2019extractivisme.Pour plus d\u2019information sur cette tournée : .LE SILENCE TUNISIEN La sociologue Lise Garon, auteure du livre Le silence tunisien, paru en 1998, a été honorée à Tunis en compagnie d\u2019autres militants qui ont soutenu dans le passé des opposants en exil au régime de Ben Ali.Les participants ont été reçus par le président tunisien et le président de l\u2019Assemblée nationale constituante.Le livre de Lise Garon a été l\u2019un des premiers à révéler, en Occident, le caractère despotique du régime de Ben Ali, régime qui a longtemps bénéficié de la complaisance des grandes puissances.Une première traduction arabe de l\u2019ouvrage devrait paraître sous peu, augmentée d\u2019une mise à jour sur la révolution tunisienne de 2010-2011.LES INEGALITES, VOUS EN PROFITEZ OU VOUS LES SUBISSEZ?RENDEZ-VOUS STRATÉGIQUE INÉGALITÉS SOCIALES DE L'INSTITUT DU NOUVEAU MONDE VOUS AVEZ DES QUESTIONS?DES SOLUTIONS?Une tournée citoyenne passera près de chez vous en mai.Plus d'informations: inm.qc.ca/inegalites INSTITUT DU NOUVEAU MONDE avril-mai 2013 RELATIONS DVD IE PRIX LE PRIX DES MOTS RÉALISATION:JULIEN FRÉCHETTE MC2 communication média, EN COPRODUCTION AVEC L'ONF CANADA, 2012, 74 MIN.Lorsqu\u2019un livre s\u2019attire pour 11 millions de dollars en poursuites en diffamation, le prix des mots est incontestablement exorbitant.D\u2019où le titre si bien choisi de ce documentaire de Julien Fréchette qui relate ce qui est souvent appelé «l\u2019affaire Noir Canada1 ».La nouvelle tombe le 30 avril 2008 : la compagnie minière Barrick Gold, après avoir tenté d\u2019empêcher la sortie du livre Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique, poursuit en diffamation, pour six millions de dollars, ses auteurs - Alain Deneault, William Sacher et Delphine Abadie -ainsi que la maison d\u2019édition Écoso-ciété.Plus tard, la compagnie Banro en rajoute une louche avec une poursuite de cinq millions de dollars, intentée en Ontario où la diffusion de ce livre en français se limite pourtant à quelques copies.Total: 11 millions de dollars et une saga judiciaire que Julien Fréchette suivra de 2008 à 2011, en se concentrant sur l\u2019auteur principal du livre, Alain Deneault, les employés d\u2019Écosociété et la lutte qu\u2019ils sont forcés de mener à armes on ne peut plus inégales.Barrick Gold leur reproche les allégations du livre portant sur son implication dans la mort présumée de mineurs artisanaux d\u2019une mine d\u2019or située à Bulyanhulu, en Tanzanie.Les auteurs y voient une poursuite-bâillon qui vise à les faire taire.À leurs yeux, les nombreuses sources gouvernementales, institutionnelles ou non gouvernementales crédibles qu\u2019ils citent en lien avec cette affaire sont pourtant du domaine public.muLtiméDias DES MOTS 1.Lire M.Seymour, « La liberté d\u2019expression en péril », Relations, no751, septembre 2011.Le documentaire réussit à trouver un 8INI\tj bon équilibre entre ce qu\u2019il faut révéler du livre - son analyse centrale sur le Canada en tant que paradis judiciaire de compagnies minières qui commettent des violations de droits et se financent entre autres par nos fonds de pension - et ce qu\u2019il faut dire du sens et du non-sens de telles poursuites.Si l\u2019intention de Julien Fréchette est bien de montrer le «prix humain» payé par les victimes courageuses d\u2019une telle histoire, il va au-delà.L\u2019un des grands mérites du film est d\u2019oser tourner le fer dans la plaie, de revenir sur cette histoire des mineurs en Tanzanie, que la célèbre minière cherche tant à faire oublier, et de prolonger de ce fait l\u2019œuvre des auteurs du livre et leur questionnement.Le film fait notamment connaître ce qui est arrivé à d\u2019autres personnes qui ont fait les mêmes allégations, dont le journaliste Greg Palast, qui a été poursuivi comme Deneault.Son histoire montre à quel point un régime de droit de type britannique comme le nôtre, en comparaison avec celui des États-Unis, par exemple, protège bien plus férocement le droit à la réputation qu\u2019il ne se préoccupe de la liberté d\u2019expression, de la justice et de la vérité.Ainsi, cette affaire n\u2019était pas qu\u2019une confrontation à la David contre Goliath, mais l\u2019expérience amère des limites d\u2019un système de droit précis qui pourrait être autrement.Le film s\u2019attarde aussi sur ce qui est peu connu : cette procédure qui a permis à Barrick Gold d\u2019imposer des interrogatoires hors cour à l\u2019éditeur, aux auteurs et à leur proches pour préparer le procès.Le but: tenter de compromettre ses adversaires et de les épuiser moralement, physiquement et finan- cièrement.Au final, le pouvoir de l\u2019argent étant tel et l\u2019affaire risquant de traîner devant les tribunaux pendant des décennies, le procès n\u2019a jamais eu lieu et une entente à l\u2019amiable a mis fin au litige.Un des revirements que le film a choisi de passer sous silence cependant est ce moment où la Société Radio-Canada a annulé plusieurs entrevues prévues avec Deneault, dont une à Tout le monde en parle.D\u2019autres grands médias n\u2019ont pourtant pas été aussi frileux et il eut été intéressant de revenir sur ce que cette attitude révèle de notre société d\u2019État.Pour l\u2019instant, l\u2019affaire Noir Canada se termine sur l\u2019amertume et la satisfaction mêlées que laissent les petites victoires méconnues.La première, pour les auteurs et l\u2019éditeur, est celle d\u2019avoir contribué à l\u2019adoption d\u2019une loi québécoise sur les poursuites-bâillons - utile à d\u2019autres cependant, puisque la juge Guylaine Beaugé n\u2019a pas jugé la poursuite de Barrick Gold suffisamment abusive pour la faire cesser au moyen de cette loi.La seconde : les auteurs du brulot n\u2019ont jamais fait une rétractation aussi totale que celles qu\u2019obtiennent généralement les compagnies dans des cas du même genre.La dernière : bien que le livre ait été retiré des librairies et que la poursuite de Banro, toujours pendante, jette toujours son ombre sur les artisans du livre, Noir Canada existe toujours -dans les bibliothèques, sur le Net et maintenant, à travers ce film.CATHERINE CARON 39 RELATIONS avril-mai 2013 LiVRes CHANTS DE L\u2019HUMANITE Laure Morali et Rodney Saint-Éloi (dir.) LES BRUITS DU MONDE Mémoire d\u2019encrier, coll.Chronique, Montréal, 2012, 190 p.Aux voix qui s\u2019élèvent sans cesse en faveur d\u2019une plus grande ouverture à l\u2019Autre, la jeune maison d\u2019édition québécoise vouée à la création de ponts entre les imaginaires du Nord et du Sud, Mémoire d\u2019encrier, répond de belle façon avec Les bruits du monde, livre-disque qui incarne l\u2019abolition des frontières identitaires.Dans ce recueil rassemblant 30 auteurs, s\u2019expriment en poésie des origines et des appartenances diverses, unies par une même attention sensible aux bruits du monde.En amont du recueil, un spectacle éponyme soulignant le dixième anniversaire de Mémoire d\u2019encrier, présenté dans quatre villes du Québec entre novembre 2011 et septembre 2012 et mettant en vedette tous les auteurs du collectif (hormis Minnie Nayoumealuk, publiée ici à titre posthume) .L\u2019idée de pérenniser sous forme écrite les textes alors récités est bonne, mais plus encore celle de les fixer sur support audio: après tout, il s\u2019agit de poésie, qui plus est, de poésie autochtone dans bien des cas.Et pouvoir savourer la musique méconnue de ces langues d\u2019ici est un véritable cadeau.Le CD accompagnant le livre, qui regroupe 13 des 30 textes du recueil, offre un accompagnement musical sobre et inspiré, signé Réjean Bouchard.On peut y entendre les voix de figures littéraires connues telles que José Acquelin, Joséphine Bacon, Jean Désy, Dany Laferrière et Florent Vollant, mais également celles de performeurs, slameurs et auteurs de la relève, dont Ouanessa Younsi, Manon Nolin, Louis-CarlPicard-Sioui et Mahigan Lepage.Certaines -dont Natasha Kanapé Fontaine - nous gratifient de chants magnifiques, trop brefs, où filtrent entre autres les thèmes de la nordicité et de l\u2019aliénation.LES BRUITS DU MONDE * SOUS LA DIRECTION DE LAURE MORALI ET DE RODNEY SAINT-ÉLOI À l\u2019image des identités qui s\u2019expriment, le monde ausculté est multiple: mondes boréals ou tropicaux, rêvés ou tangibles, déchus ou à venir, dépeints dans un registre tantôt tragique (Minnie Nayoumealuk, «J\u2019avais sept ans.»), tantôt comique (Mahigan Lepage, « Le tour de la Gaspésie en zigzag »).Certains auteurs nous surprennent par les sujets qu\u2019ils abordent et qu\u2019on ne se serait pas d\u2019emblée attendu à lire sous leur plume : pendant que le Québécois Michel Vézina dénonce l\u2019hypocrisie de notre identité («Vous me faites pleurer / Tshitutunau tshetshi maian »), l\u2019Innue Naomi Fontaine aborde avec tendresse et lucidité l\u2019expérience on ne peut plus universelle de la maternité (« Nikuss »).Reste un nombre considérable de textes (dont celui de Virginia Pésé-mapéo Bordeleau, collaboratrice de Relations) qui abordent de front les thèmes incontournables de la migration, de l\u2019errance et du déracinement, autant d\u2019occasions pour le lecteur de puiser à la source un autre type de savoir sur ces réalités par ailleurs largement documentées et commentées : «paiement d\u2019épicerie / sortir sa carte indienne / devant tous ces Blancs» (Shan-Dak Puana, « Identités »).On y parle aussi de ce «métier de capteur de son, de rythmes et d\u2019émotions» qu\u2019est celui d\u2019écrivain.On le célèbre surtout, à travers la richesse de chacun des poèmes et récits qui composent ce livre.Alors qu\u2019on apprenait récemment la disparition, sur les nouveaux billets de 20 dollars, de la citation de Gabrielle Roy sur la nécessité de l\u2019art dans nos vies, Les bruits du monde, cette série de «.manifestes pour réaffirmer avec force et conviction que l\u2019humain (et non la finance) est la seule raison d\u2019être», propose à quiconque souhaite échapper à la clameur virulente du quotidien un échantillon touchant et pertinent du chant commun de l\u2019humanité.CHRISTIANE BONNEAU CHRISTINE PEDOTTI LA BATAILLE DU VATICAN te* i959',96s LES COULISSES DU CONCILE QUI A CHANGE L'ÉGLISE UNE BATAILLE À FINIR Christine Pedotti LA BATAILLE DU VATICAN, 1959-1965 Paris, Plon, 2012, 574 p.Il y a 50 ans s\u2019ouvrait à Rome un concile qui allait changer l\u2019Église : un pape qu\u2019on croyait «de transition», Jean XXIII, avait osé convoquer, moins de trois mois après son élection, les 2500 évêques du monde entier pour «ouvrir les fenêtres» de l\u2019Église et procéder à sa mise à jour.Soigneusement préparé pendant près de quatre ans par la curie romaine et prévu pour durer quelques semaines, le concileVatican II fut au contraire un événement planétaire, suivi par les médias de partout dans le monde, qui s\u2019étendit sur plus de trois ans.Pourquoi?Parce que dès les premiers jours, rien ne se passa comme prévu.Les plans de la curie se heurtèrent d\u2019abord à la prise de parole du cardinal Liénart, qui réclamait du temps pour permettre aux évêques de se connaître.Puis, cette prise de parole de la «base», c\u2019est-à-dire des Pères conciliaires eux-mêmes (par opposition aux «fonctionnaires» de l\u2019Église), enclencha une dynamique irréversible.Cette confrontation entre ceux qu\u2019on allait bientôt nommer progressistes et conservateurs allait caractériser le Concile jusqu\u2019à son tout dernier jour.Une bataille sourde, féroce, où (presque) tous les coups seront permis, au nom même de l\u2019amour de l\u2019Église et de la fidélité à Dieu.Une bataille qui se poursuit encore aujourd\u2019hui.C\u2019est cette bataille que raconte l\u2019au-teure, d\u2019une manière exceptionnellement vivante et documentée.Grâce aux documents d\u2019époque, et en particulier aux journaux et témoignages personnels des principaux acteurs du Concile, de plus en plus accessibles, Christine Pedotti nous fait vivre ces 40 avril-mai 2013 RELATIONS LiVRes affrontements presque au jour le jour.Donnant tour à tour la parole aux principaux protagonistes, elle nous fait voir l\u2019ensemble des perspectives qui s\u2019opposent à travers les yeux et les émotions des acteurs eux-mêmes.Le livre nous conduit ainsi de l\u2019annonce du Concile, le 25 janvier 1959, jusqu\u2019à la messe de clôture du 8 décembre 1965, partageant avec nous les espoirs et les angoisses aussi bien des Pères de la majorité progressiste (plus de 2000 évêques) que ceux de la minorité traditionaliste (jamais plus de 250 évêques, provenant essentiellement de la curie et des évêques d\u2019Italie et d\u2019Espagne).La confiance de Jean XXIII, les agonies de Paul VI, la participation déterminante des divers experts théologiens (Congar, Ratzinger, Küng, etc.) et le rôle important, bien qu\u2019imprévu, que joua l\u2019opinion publique dans l\u2019aventure du Concile sont également abordés de manière haletante par l\u2019auteure.Car c\u2019est bien d\u2019une aventure qu\u2019il s\u2019agit : celle d\u2019hommes (les femmes étant à peu près absentes de cet univers ecclésial) qui cherchent à discerner où souffle l\u2019Esprit Saint dans un monde devenu si différent du passé et progressivement autonome, voire étranger, face à l\u2019Église.Où est Dieu?Comment en être les témoins?Comment parler aux humains un langage qu\u2019ils peuvent comprendre?Comment être fidèle à l\u2019héritage de l\u2019Église (la Tradition) tout en étant résolument ouvert aux questions et aux besoins du présent et de l\u2019avenir?Tout cela se joue aussi bien à travers la négociation des textes conciliaires eux-mêmes qu\u2019à travers les guerres de procédures, chaque partie en appelant au pape pour qu\u2019il penche en sa faveur.La bataille du Vatican se complète, en annexe (p.511-566), d\u2019une chronologie, d\u2019une présentation sommaire des 16 textes conciliaires (avec les résultats du vote pour chacun), d\u2019une présentation des principaux acteurs du Concile et d\u2019un index détaillé.On peut se demander, 50 ans plus tard, s\u2019il s\u2019agit de «la guerre perdue de Vatican II», pour reprendre le titre du documentaire télévisuel percutant de Patrick Benquet, diffusé récemment.Ou même « Faut-il faire Vatican III?», titre du plus récent livre de Christine Pedotti elle-même (Tallandier, 2012).Mais une chose est certaine : le concile Vatican II a mis en branle une dynamique qui n\u2019a pas fini de nous questionner.DOMINIQUE BOISVERT LA FAIM DE DIGNITÉ Gertrude Lavoie LES CUISINES COLLECTIVES AU QUÉBEC: MÉMOIRES D'UNE PIONNIÈRE Québec, Collectif québécois d\u2019édition populaire, 2012, 256 p.J* ai connu l\u2019expérience des cuisines collectives au Chili, au milieu des années 1980, dans un bidonville à la périphérie de Santiago, où je vivais à l\u2019époque.Cela a laissé en moi une empreinte indélébile de solidarité dans l\u2019épreuve.Une solidarité qui fait des miracles.Des mères de famille souvent monoparentales, écrasées par le souci de pourvoir au pain quotidien, trouvaient dans cette forme d\u2019organisation solidaire non seulement le moyen de nourrir convenablement leur famille, mais aussi un espace d\u2019humanisation.En planifiant et préparant leur repas ou en parlant autour d\u2019une immense marmite communautaire, elles apprenaient à se dire, à partager leur peine et leur joie, à se reconnaître femmes, dignes et belles.À voir au-delà de leurs besoins à ce point criants qu\u2019ils les avaient rendues aveugles au monde.À s\u2019ouvrir à l\u2019espoir et ses longs chemins de lutte.J\u2019ai donc été heureux de lire le récit que fait Gertrude Lavoie de la genèse des cuisines collectives au Québec.Il témoigne du courage, de la ténacité, de la créativité et du dévouement au cœur de l\u2019action collective.D\u2019un tout petit groupe de femmes qui se réunissaient dans un sous-sol d\u2019église dans Hochelaga-Maisonneuve, en 1987, pour préparer ensemble leurs repas de la semaine, on est maintenant passé à près de 500 groupes membres du Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ), fondé en 1991.Gertrude Lavoie, qui a été du début de l\u2019aventure et la première coordonnatrice du RCCQ, rend compte des raisons de cet impressionnant essor.Les cuisines collectives répondent évidemment à un besoin réel et urgent : assurer une alimentation convenable à des familles pauvres.Mais elles sont aussi un modèle d\u2019action collective qui part du savoir-faire des femmes, leur apprend à briser le silence et leur isolement, et mise sur la conscientisation, l\u2019autonomie et la participation démocratique: «La cuisine collective c\u2019est tellement plus que d\u2019la cuisine.ça goûte la vie », selon les mots mêmes de l\u2019auteure.À travers ce récit, nous suivons le parcours souvent précaire et sinueux de l\u2019organisation populaire naissante : les moyens qu\u2019elle se donne pour se consolider, résoudre les conflits et les problèmes qui se présentent à elle; l\u2019appui indispensable qu\u2019elle reçoit de la part d\u2019autres groupes et acteurs communautaires - dont les cuisines collectives du Pérou qui existent depuis les années 1970 - et de l\u2019État; et, finalement, la reconnaissance qu\u2019elle obtient, les prix et la visibilité médiatique.Nous ne sommes pas étonnés de rencontrer dans ce maillage solidaire des personnes connues du milieu communautaire, souvent des religieuses.Par leurs conseils, leur soutien financier et technique, la formation qu\u2019elles ont fournie, et, surtout, leur foi dans le projet et les femmes qui le portaient, elles ont permis à celles-ci de poursuivre leur rêve et ce qu\u2019elles considéraient comme leur « mission».Cet ouvrage est une forme d\u2019hommage à l\u2019action collective et aux rôles essentiels que les femmes y jouent.On ne peut que remercier l\u2019auteure de nous avoir partagé sa mémoire, indispensable pour envisager l\u2019avenir.En postface de l\u2019ouvrage, d\u2019ailleurs, sont indiqués neuf défis qui se posent à la / K d'une ptonntére RELATIONS avril-mai 2013 CD £> LiVRes nouvelle génération des cuisines collectives; ils touchent entre autres au financement, à la formation, à l\u2019autonomie alimentaire, aux partenariats régionaux et à la solidarité internationale.JEAN-CLAUDE RAVET LA VIE PAR-DESSUS LE MARCHÉ! Francis Dupuis-Déri (dir.) PAR-DESSUS LE MARCHÉ! RÉFLEXIONS CRITIQUES SUR LE CAPITALISME Montréal, Écosociété, 2012, 272 p.FRANCIS DUPUIS-DÉRI r-dessus marché ! a: (coskUK Que peuvent avoir en commun le mouvement occupy Wall Street, les prêts hypothécaires, la démocratie russe, l\u2019État-providence, le travail domestique, la culture et la poésie?Ce sont tous des sujets sur lesquels peut prendre ancrage une théorie critique du capitalisme contemporain, centre de gravité de cet ouvrage collectif dirigé par Francis Dupuis-Déri.Celui-ci rassemble les actes d\u2019un colloque sur la crise financière de 2007-2008, tenu à l\u2019UQAM en 2010.Traversées par une lecture d\u2019inspiration marxiste et anarchiste, les contributions qui composent ce livre cherchent à exposer les rouages de la crise, notamment dans son rôle d\u2019instrument idéologique du néolibéralisme.Surtout, elles cherchent à aller plus loin en explorant des avenues menant à un possible modèle anticapitaliste, avenues évacuées par les lectures libérales et médiatiques dominantes.C\u2019est donc dans cette optique que sont revisités et actualisés la constellation conceptuelle et les enjeux au cœur de la théorie critique - l\u2019inégalité, l\u2019aliénation, la réification, la domination, les classes sociales, l\u2019histoire, la culture, l\u2019État et l\u2019exploitation -, le tout en prenant pour cible le centre nerveux du capitalisme: le marché.Afin de dessiner les contours de la situation inédite dans laquelle nous sommes plongés, les articles présentés tendent à réaffirmer l\u2019importance de la critique théorique.Celle-ci ne se limite pas à une simple critique du « système» et de ses tares congénitales, mais ose aussi s\u2019attaquer à ses propres postulats théoriques.Nous pouvons alors lire les différents textes autant comme des diagnostics de la crise que comme des questionnements et des commentaires sur la justesse de certains fondements de la théorie critique à l\u2019époque contemporaine.Par exemple, Marcos Ancelovici, s\u2019appuyant sur des statistiques, expose certains angles morts du mouvement Occupy aux États-Unis et nous invite à réfléchir à l\u2019intégration de sous-groupes sociaux mal représentés.Mélissa Blais et Isabelle Courcy propo- sent, à l\u2019aide du féminisme matérialiste de Christine Delphy, d\u2019actualiser la conception du travail chez Marx.Francis Dupuis-Déri, fort des thèses anarchistes, nous convie à dépasser la fausse opposition entre État-providence et privatisation néolibérale afin d\u2019imaginer une possible sortie de l\u2019étatisme.Éric Pineault, pour sa part, cherche à tirer des leçons et des enseignements de la crise de 2007 et à exposer en quoi celle-ci nous a démontré la vraie nature du capitalisme financiarisé.Pertinent et riche de la variété des sujets qu\u2019il traite, ce livre nous laisse cependant parfois sur notre faim.Comment interpréter la sous-représentation de certains groupes sociaux dans le mouvement Occupy, telle que nous la présente Ancelovici, et qu\u2019est-ce que cela révèle de la nature de ce mouvement?Nous n\u2019en saurons rien.Dans la réflexion sur le thème de l\u2019exploitation, qu\u2019implique la reconnaissance de l\u2019activité domestique comme travail et, subséquemment, l\u2019entrée du capital dans la sphère domestique?Ce ne sont que quelques exemples des questions qui demeurent en suspens à la lecture de l\u2019ouvrage.Toutefois, nous devons voir les interrogations qu\u2019il suscite non pas comme un problème, mais plutôt comme une enjambée de plus dans la réflexion sur la nécessaire révolution de notre époque.BENOÎT COUTU L\u2019AUTRE ¦J) DANS Joyce Rock spiritualitésanté Abonn sz-vous* www.cssante.ca 418 682-7939 Un espace de réflexion, d\u2019analyse, de dialogue et d\u2019information SANTE MENTALE EJ SPIRITUALITE Gilles Archambault ü avril-mai 2013 RELATIONS Social\tSOC\t1000\t+ 123\t\tl'urable\tDUR\t1000\t+ 123\tSolidaire\tSOL\t1000\t+ 122 Solidaire\tSOL\t1000\t+ 123j\t\tquitable\tÉQU\t1000\t+ 123\tDurable\tDUR\t1000\t+ 122 Durable\tDUR\t1000\t+ 123\t\t'cial\tSOC\t1000\t+ 123\tÉquitable\tÉQU\t1000\t+ 122 Équitable\tÉQU\t1000\t+ 12Ï .\t\tlolidaire\tSOL\t1000\t+ 123\tSocial\tSOC\t1000\t+ 122 Social\tSOC\t1000\t+ 123\t\t1 )urable\tDUR\t1000\t+ 123\tSolidaire\tSOL\t1000\t+ 122 Solidaire\tSOL\t1000\t+ 123\t\tÉquitable\tÉQU\t1000\t+ 123\tDurable\tDUR\t1000\t+ 122 Durable\tDUR\t1000\t+ 123\t\tj Social\tSOC\t1000\t+ 123\tÉquitable\tÉQU\t1000\t+ 122 Équitable\tÉQU\t1000\t+ 123\tDu»\t3 Solidaire\tSOL\t1000\t+ 123\tSocial\tSOC\t1000\t+ 122 \twr\tmon\t\t\t^\trw-Ki.»\t\tniu\tinnn\t-^1 T*\t\tC-U ;u->; \t\t_CQT_\tinnn\t.-ni Misons sur un développement économique.Équitable Social Solidaire Durable Équitable Social Solidai Dur; Équit; Soc Soli Dur; Équit; Socia Solidaire Durable Équitable Social Solidaire Durable ÉQU 1000 +123 SOC 1000 +123 SOL 1000 +123 DUR 1000 +123 ÉQU4ttQâ±J#3 Durable Équitabl Social Solidaire Durable Équitabl cial n taire J ble table DU1 Solidaire ^tfrable iiuitabl SOL 1000 +123 + 1^3 ÉQU 1000 +123 SOC 1000 +123 SOL 1000 +123 DUR 1000 +123 aire able quitole ocia.Solidaire Durable Équitable Social Solidaire EQUITABLE rlouor+T23 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 Éq Socit# Solidair.Durable Équitable Social Solidaire SOL Durable DUR Équitable ÉQU Social SOC Social\tSOC\t1000\t+ Solidaire\tSOL\t1000\t+ Durable\tDUR\t1000\t+ Équitable\tÉQU\t1000\t+ Social\tSOC\t1000\t polidaire\tSOL\t1000\t+ Larable\tDUR\t1000\t+ Htpvtable\tÉQU\t1000\t+ Social\tSOC\t1000\t+ Solidaire\tSOL\t1000\t+ Durable\tDUR\t1000\t+ il 1(1)0 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 1000 +123 CSN UJUJUJ.csn.qc.ca 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 1000 ±î a + y E o u je o O JU o.ü 3 3 3 SoiRées .ReLatiüNS DANS LA FOULÉE DU PRÉSENT DOSSIER DE RELATIONS, NOUS VOUS INVITONS À UNE TABLE RONDE SUR LE THÈME : LE NORD À LA CROISÉE DES CHEMINS Le Plan Nord, devenu le «Nord pour tous», a-t-il vraiment changé depuis l\u2019élection d\u2019un gouvernement péquiste?Les mesures annoncées jusqu\u2019à maintenant laissent-elles présager un virage dans la logique extractiviste telle que préconisée par l\u2019ancien gouvernement libéral?Que faire pour éviter les erreurs du passé et laisser la place qui leur revient aux peuples autochtones?À MONTREAL LE LUNDI 29 AVRIL, DE 19 H À 21 H 30 Maison Bellarmin 25, rue Jarry Ouest (métro Jarry ou de Castelnau) AVEC: À QUEBEC LE LUNDI 6 MAI, DE 19 H À 21 H 30 Centre culturel et environnemental Frédéric Back 870, avenue de Salaberry, salle 322-324 tél.: 418-524-2744 AURÉLIE ARNAUD, responsable des communications à Femmes autochtones du Québec; SUZANN MÉTHOT, directrice régionale pour le Québec de l\u2019Initiative boréale canadienne; BERTRAND SCHEPPER, chercheur à l\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS) AVEC: FRANÇOIS L\u2019ITALIEN, professeur associé au Département de sociologie à l\u2019Université Laval et chargé de projet à l\u2019Institut de recherche en économie contemporaine (I RÉC) ; CHRISTIAN SIMARD, directeur général de Nature Québec; et un troisième invité à confirmer.Contribution suggérée : 5 $ RENSEIGNEMENTS www.cjf.qc.ca Agustf Nicolau: 514-387-2541, poste 241 ou anicolau@cjf.qc.ca Les Soirées Relations sont organisées par le Centre justice et foi.EN COLLABORATION AVEC Qudm DONNEZ VOTRE OPINION! LA SOOEP RÉALISE UNE ÉTUDE SUR LE LECTORAT DES REVUES CULTURELLES.PLUS DE VINGT REVUES Y PARTICIPENT : 24 IMAGES IÀ BÂBORD! I ART LE SABORD I BRÈVES LITTÉRAIRES I CAP-AUX-DIAMANTS I CINÉ-BULLES I CONTINUITÉ I ESSE I ETC I JEU REVUE DE THÉÂTRE ENTRE LES LIGNES I L'ACTION NATIONALE I LES ÉCRITS I LETTRES QUÉBÉCOISES I LIBERTÉ I LURELU I NUIT BLANCHE I QUÉBEC FRANÇAIS I RELATIONS I SÉQUENCES SPIRALE I VIE DES ARTS IXYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE RENDEZ-VOUS AU AIDEZ-NOUS A MIEUX VOUS CONNAITRE ET DITES-NOUS CE QUE VOUS PENSEZ WWW.REVUEOPINION.COM DE VOTRE REVUE CULTURELLE PRÉFÉRÉE.VOTRE OPINION EST IMPORTANTE.EN PARTICIPANT, VOUS COUREZ LA CHANCE DE GAGNER L\u2019UN DES PRIX SUIVANTS : Une paire de billets pour une production de La Veillée au Théâtre Prospéra à Montréal (valeur de 64 $) Une paire de billets pour une pièce au Théâtre Aux Écuries à Montréal (valeur de 50 $) Une paire de billets pour une pièce au Théâtre La Chapelle à Montréal (valeur de 60 $) Une paire de billets pour une pièce au Théâtre de la Bordée à Québec (valeur de 70 $) Une paire de billets pour une production de l\u2019Orchestre symphonique de Laval (valeur de 104 $) Un ensemble-cadeau de livres du Groupe Ville-Marie Littérature (valeur de 150 $) Un ensemble-cadeau de livres de la maison d\u2019édition La Peuplade (valeur de 100 $) Un ensemble-cadeau de livres de la maison d\u2019édition Lux (valeur de 142 $) Un ensemble-cadeau de livres de la maison d'édition Écosociété (valeur de 300 $) Un ensemble-cadeau de livres de la maison d'édition Leméac (valeur de 127 $) Un abonnement d\u2019un an à une revue membre de la SODEP (valeur de 45 $) IA , VEILLEE SCÈNES CONTEMPORAINES LACHAPELLE VILLÈMARIE LITTERATURE |jj Rgyplade £ écosociété leméac SOdep LUX PRO AUX^ECURIES n-UTM (X IA BORDÉE SPE l + l Patrimoine Canadian canadien Heritage Canada "]
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