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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mai - Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2014-05, Collections de BAnQ.

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[" PP CONVENTION : 40012169 > ReLatiONS Pour qui veut une société juste NuméRo 772 juin 2014 Harper, l'ennemi politique numéro un Vers le Forum social des peuples Protéger l'environnement, une cause commune L'indépendance du Québec: terrain de solidarités?Une résistance autochtone radicale et interpellante Des chrétiens engagés pour la justice sociale La Deuxième République tunisienne ««Pi Faire front contre la droite canadienne 7,00 $ ARTISTE INVITÉ: LINO o/V/ 7 07447085879906 ReLatioNs NuméRo 772, mai-juiN 2014 ACTUALITÉS HORIZONS Et s'il y avait du pétrole au Québec?Bernard Hudon, s.j.LE CARNET DE NAÏM KATTAN Déjà 60 ans à Montréal AILLEURS La Deuxième République tunisienne Lise Garon SOIFS CHRONIQUE LITTÉRAIRE Autour du rêve d'un Grand Soir Marie-Célie Agnant REGARD Défendre les droits humains contre le pouvoir des entreprises Richard Girard DÉBAT Lutter contre la francophobie: un leurre politique?Robin Philpot Emiliano Arpin-Simonetti EN BREF MULTIMÉDIAS LIVRES Couverture : Lino, Dans l'ombre du pouvoir, 2014, acrylique et collage sur papier 4 9 10 30 32 35 38 39 40 41 43 dOSSieR FAIRE FRONT CONTRE LA DROITE CANADIENNE Faire front contre la droite canadienne\t12 Catherine Caron Harper, l'ennemi politique numéro un\t14 Nicole de Sève Vers le Forum social des peuples\t16 Table ronde avec Widia Larivière, Derrick O'Keefe et Roger Rashi.Propos recueillis par Catherine Caron Protéger l'environnement, une cause commune\t20 Patrick Bonin L'indépendance du Québec: terrain de solidarités?22 Pierre Mouterde Une résistance autochtone radicale et interpellante 25 Dalie Giroux et Amélie-Anne Mailhot Un christianisme social fragilisé\t26 Joe Gunn Des chrétiens engagés pour la justice sociale\t28 Richard Renshaw ARTISTE INVITÉ Diplômé de l\u2019École de design graphique de l\u2019Université du Québec à Montréal, Lino est un artiste multidisciplinaire.À la fois peintre, illustrateur et créateur multimédia, il explore aussi la scénographie, notamment avec le chorégraphe José Navas et la comédienne et metteure en scène Céline Bonnier de la compagnie Momentum.Il est l\u2019auteur de trois romans graphiques : La saveur du vide, Lombre du doute et La chambre de l'oubli, publiés aux éditions Les 400 coups.Il enseigne aussi l\u2019illustration et le design à l\u2019UQAM et à l\u2019Université Laval, et donne des ateliers de création à l\u2019école internationale d\u2019été de Percé.Son travail sur la scène culturelle, ses illustrations pour les affiches du Théâtre de Quat\u2019Sous, du Théâtre PÀP de l\u2019Opéra de Montréal et de plusieurs festivals internationaux, comme celui d\u2019Avignon en France, lui ont valu une solide réputation et de nombreux prix.foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis plus de 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Emiliano Arpin-Simonetti TRADUCTION Catherine Caron DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATION Jacques Goldstyn RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Yves-Marie Abraham, Gilles Bibeau, Gabriel Blouin-Genest, Eve-Lyne Couturier, Claire Doran, Céline Dubé, Guy Dufresne, Lorraine Guay, Mouloud Idir, Agusti Nicolau, fGuy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau COLLABORATEURS Marie-Célie Agnant, Gregory Baum, André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Naïm Kattan, Vivian Labrie, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Érudit, Repère, EBSCO et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 6 numéros (un an) : 40 $ (taxes incluses) Deux ans : 70 $ (t.i.) À l\u2019étranger : 55 $ Étudiant : 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec: ISSN 0034-3781 Version numérique : ISSN 1929-3097 ISBN PDF: 978-2-924346-08-2 Nous reconnaissons l\u2019appui financier du gouvernement du Canada par l\u2019entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) qui relève de Patrimoine canadien.Canada BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca ~| mai-juin 2014 RELATIONS Entre l'identité et les affaires : la politique La déconfiture du Parti québécois (PQ) aux dernières élections fait la joie des faiseurs de leçons de l\u2019élite affairiste et fédéraliste.Il serait temps, selon eux, de jeter aux orties les velléités indépendantistes, reliquats d\u2019un autre âge, et de se lancer enfin, le cœur léger, dans les « vraies affaires ».Que le temps soit aux bilans du côté du PQ, cela ne fait aucun doute.La question est de savoir s\u2019il saura le faire à la hauteur du courage demandé.Il faudrait pour cela qu\u2019il ait l\u2019audace de se distancier de l\u2019intelligentsia conservatrice de droite qui a pavé la voie au virage identitaire, au nom d\u2019une vision autoritaire et élitiste de l\u2019action politique empreinte d\u2019une peur maladive de la démocratie participative.Comme s\u2019il avait fallu, au lendemain du « printemps érable », étouffer coûte que coûte les germes démocratiques de souveraineté populaire qu\u2019il avait fait naître.La « Charte Lino, Derrière le silence, 2009, acrylique et collage sur papier des valeurs» était le canal tout désigné pour ce faire, en prônant une religion laïque en lieu et place de la laïcité, et en instituant une identité figée et un contrôle accru des citoyens par l\u2019État.Le risque de pousser ainsi les communautés culturelles en bloc dans les bras de leurs «défenseurs» fédéralistes et d\u2019aliéner une partie des souverainistes n\u2019inquiétait pas outre mesure les stratèges conservateurs péquistes tant que cela pouvait permettre au parti de gagner le pouvoir : l\u2019indépendance n\u2019était en effet qu\u2019une note en bas de page dans leur programme centré sur la gouvernance.Ce dont cette élection témoigne avec force, ce n\u2019est pas que le projet d\u2019indépendance est dépassé, mais que le chant de sirènes identitaires pour y arriver l\u2019est.Cela ne signifie pas qu\u2019il faille pour autant choisir un nationalisme civique désincarné, aseptisé, purement formel, propre à une société postmoderne surfant sur le « progrès» économique et technique.Il pourrait s\u2019agir de prendre plutôt la voie exigeante mais combien plus fructifère qui passe sur la crête de ces deux versants stériles : un nationalisme à la fois soucieux de son enracinement symbolique dans une culture, une langue, un territoire communs et engagé pleinement dans un projet civique et politique pluriel.Ce qui compterait alors n\u2019est pas l\u2019identité, toujours dispose à être fichée et policée, mais la citoyenneté démocratique, rébarbative à toute uniformisation et conformisme, innervée par les conflits, les débats publics et la visée du bien commun.Tous les partis souverainistes et indépendantistes pourraient se retrouver dans un tel projet indépendantiste ancré dans le cosmopolitisme et les enjeux écologiques mondiaux, et y œuvrer ensemble.Plutôt que de se marcher sur les pieds quand vient le temps des élections, ils pourraient se coordonner pour que le plus de candidats dans leurs rangs soient élus.La réforme du mode de scrutin en vue d\u2019un système proportionnel beaucoup plus représentatif de la volonté populaire devrait donc être aussi un objectif commun.L\u2019indépendance pourrait devenir dès lors un projet politique aux antipodes de l\u2019affairisme de bon aloi, baignant dans l\u2019insignifiance, auquel nous assistons actuellement.Il nous mène tout droit vers une autre impasse, beaucoup plus catastrophique : celle d\u2019une humanité mutilée et d\u2019une Terre saccagée, devant laquelle les entrepreneurs de la pensée unique et managériale, les besogneux du profit et du divertissement se ferment les yeux.Devant ces gestionnaires du réalisme capitaliste qui banalisent les profits éhontés, les paradis fiscaux, les inégalités sociales et la dilapidation des ressources naturelles, ne faudrait-il pas redonner ses droits à l\u2019utopie dans sa fonction de subversion de l\u2019état des choses existant afin de contrer la vaste entreprise d\u2019imposition du sens et la servitude volontaire?Affirmer que l\u2019économie est au service de la société et non le contraire, que le bien commun prime sur l\u2019intérêt privé et la solidarité sur le rendement, c\u2019est vouloir rompre avec la fatalité entretenue médiatiquement à coup de millions.La valeur marchande n\u2019est pas la mesure de toute chose, tout comme la politique n\u2019est pas la pure gestion des intérêts d\u2019une élite.On ne peut céder à la dépolitisation rampante de la société par dépit.La politique doit devenir une tâche collective pour aménager une manière de vivre attentive à la vie, à la dignité humaine et à la suite du monde.L\u2019indépendance du Québec pourrait très bien être un pas dans cette direction.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS mai-juin 2014 |3 actuaLités L'auteur est professeur au Département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais L'auteur, juriste et sociologue, est membre du Collectif scientifique sur la question du gaz de schiste Les syndicats dans la mire des conservateurs .C S'inspirant de pratiques en vigueur aux États-Unis, deux projets de loi fédéraux visent à affaiblir les syndicats et leur capacité d'action politique.THOMAS COLLOMBAT Les temps sont durs pour les syndicats.Alors que des témoignages à la commission Charbonneau jettent le doute sur la probité de certains de leurs dirigeants, la droite en profite pour généraliser et discréditer l\u2019ensemble du mouvement syndical et demander des changements aux lois encadrant les relations de travail.Le 11 mars dernier, en pleine campagne électorale, François Legault de la Coalition Avenir Québec réclamait ainsi plus de «transparence» et de «démocratie» dans la vie syndicale, reprenant quasiment mot pour mot le langage utilisé par le gouvernement Harper, au fédéral, concernant le projet de loi patronales.De plus, il soulève un sérieux problème de protection de la vie privée, notamment en raison de l\u2019obligation de divulguer systématiquement et publiquement (en ligne) les salaires des élus et permanents.Comme souvent, le diable se cache dans les détails.Un examen plus attentif du projet révèle qu\u2019il imposerait aux syndicats de distinguer systématiquement dans leurs rapports de dépenses ce qui relève de la négociation des conventions collectives de ce qui a trait à l\u2019action politique.Prise au sens large, l\u2019activité politique peut comprendre tout ce qui ne touche pas directement aux relations de travail (par exemple : les représentations faites auprès des gouvernements, la formation sociopolitique des membres ou encore les coalitions avec d\u2019autres mouvements sociaux).Cette distinction traduit une vision extrêmement conservatrice et corporatiste du syndicalisme, suivant laquelle celui-ci n\u2019aurait rien à faire en dehors des milieux de travail et de la défense des intérêts immédiats de ses membres.Elle suppose également que les négociations se font en vase clos, sans que les conditions politiques et 'N Une menace pour notre eau C-377.Dans ce projet de loi déposé par un député d\u2019arrière-ban, Russ Hiebert (Colombie-Britannique), la question de la «transparence financière» des syndicats a été mise de l\u2019avant.Le projet exige en effet que tout syndicat remette chaque année à Revenu Canada la ventilation précise de ses dépenses, rapport qui serait rendu public en ligne.Ce projet touche tous les syndicats au pays, qu\u2019ils soient de compétence fédérale ou provinciale, car il viendrait modifier la Loi de l\u2019impôt sur le revenu, et non le code du travail fédéral.Outre le fait qu\u2019il laisse planer le doute sur une opacité supposée des syndicats -alors que ceux-ci rendent déjà régulièrement des comptes à leurs membres-, il impose une contrainte bureaucratique à laquelle n\u2019ont pourtant pas à se plier les organisations Le projet de règlement sur la protection de l'eau potable déposé par le gouvernement du Québec est calqué sur les besoins de l'industrie pétrolière.RICHARD E.LANGELIER La plupart des partis politiques québécois ont adopté une rhétorique et des politiques favorables à l\u2019exploitation pétrolière, comme le montrent l\u2019appui aux grands projets de pipelines, les investissements de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans la filière pétrolière et gazière et le partenariat conclu récemment avec des entreprises privées pour l\u2019exploration pétrolière sur l\u2019île d\u2019Anticosti.Mais ce que les politiciens omettent de dire à la population, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe pas de gisement conventionnel de pétrole au Québec.Il faut donc, pour extraire du sous-sol les hydrocarbures fossiles non conventionnels, 4| mai-juin 2014 RELATIONS actualités SiWCAT sC'eiSuie-cfrVace droit ?/a/> sociales ne les influencent, ce qui est absurde.De toute évidence, le gouvernement Harper s\u2019est ici largement inspiré des pratiques en vigueur aux États-Unis, où cette fausse distinction s\u2019est imposée déjà.En effet, les membres des syndicats américains peuvent décider de payer ou pas la partie de leur cotisation destinée aux activités sociopolitiques.On imagine aisément qu\u2019une telle pratique au Québec réduirait la capacité des syndicats de se prononcer sur des enjeux de société et contraindrait aussi considérablement leurs activités de solidarité et de formation.L\u2019opposition d\u2019une partie des sénateurs conservateurs et la prorogation du Parlement en 2013 ont considérablement ralenti le processus d\u2019adoption du projet de loi C-377.Il est possible qu\u2019il ne soit jamais adopté en l\u2019état, mais ses principes ont depuis été inscrits de façon très claire au programme du Parti conservateur.De plus, comme l\u2019exemple de François Legault l\u2019atteste, ils sont repris par plusieurs politiciens provinciaux, dont les conservateurs ontariens.Par ailleurs, un autre projet de loi issu de l\u2019arrière-ban, le C-525, est présentement étudié par la Chambre des communes.Il vise à imposer le vote obligatoire lors des accréditations syndicales au niveau fédéral.Là encore, on sent l\u2019influence américaine.Pourtant, des études montrent bien qu\u2019une telle mesure entraîne presque systématiquement des pressions indues de l\u2019employeur sur les salariés et ne vise en fait qu\u2019à faire baisser le taux de syndicalisation.C\u2019est bien l\u2019un des objectifs visés.En affaiblissant le mouvement syndical, Harper cherche de fait à démobiliser une partie de ses opposants qui contestent ses politiques qui aggravent les inégalités et nuisent à la cohésion sociale.Syndiqués ou pas, ces enjeux nous concernent donc tous.\u2022 Jacques Goldstyn utiliser des techniques extrêmement dangereuses pour la qualité de l\u2019eau comme l\u2019exploitation extracôtière ou la fracturation hydraulique.Cette technique nécessite l\u2019injection dans le sous-sol de produits chimiques dangereux (dont plusieurs sont cancérigènes) et de grandes quantités d\u2019eau pour faire éclater le shale et extraire les hydrocarbures.C\u2019est en réaction à ces politiques incohérentes et inappropriées qu\u2019une centaine de municipalités québécoises, notamment la Ville de Gaspé, ont adopté depuis 2011 le règlement dit de Saint-Bonaventure, qui impose des normes de protection des sources d\u2019eau plus sévères reposant sur des données scientifiques solides.Devant la contestation judiciaire menée par certaines compagnies pétrolières et gazières, notamment Pétrolia, qui a récemment gagné une bataille en cour supérieure du Québec contre laVille de Gaspé, ces mêmes municipalités ont également décidé de mettre sur pied le Fonds intermunicipal de défense de l\u2019eau (FIDE).Celui-ci vise à fournir aux municipalités des moyens pour faire face à des compagnies prêtes à tous les risques pour assurer leur développement.Des voix se sont aussi élevées pour exiger que Québec adopte un règlement provincial pour protéger l\u2019eau potable des risques liés à l\u2019exploration et l\u2019exploitation pétrolières et gazières.Un projet de Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection reprenant et modifiant un projet au même effet déposé en décembre 2011 par le gouvernement libéral (mais jamais adopté), a ainsi été déposé par le gouvernement Marois en mai 2013.Bien qu\u2019il n\u2019ait pas encore été adopté, il est permis d\u2019émettre de sérieux doutes quant à son efficacité.Tout d\u2019abord, invoquant une urgence environnementale dont on n\u2019a jamais vu l\u2019occurrence, le ministre alors responsable, Yves-François Blan-chet, n\u2019a accordé qu\u2019un délai de consultation publique de 30 jours, alors que la Loi sur la qualité de l\u2019environnement prévoit qu\u2019un délai de 60 jours doit être généralement accordé dans un tel cas.Ensuite, deux normes prévues dans ce projet de règlement ont soulevé bien des controverses en raison de la RELATIONS mai-juin 2014\t|~ actualités L'auteur est chercheur associé à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris protection minimale accordée aux sources d\u2019eau potable dans le cas des municipalités rurales.D\u2019une part, une entreprise pétrolière ou gazière pourrait, si le règlement est adopté, installer des puits de forage à seulement 300 mètres des puits artésiens ou de surface des résidents; d\u2019autre part, elle pourrait aussi utiliser la fracturation hydraulique à seulement 400 mètres sous la base de l\u2019aquifère.On peut s\u2019étonner de normes aussi peu sévères, étant donné que des études montrent que les panaches de pollution s\u2019étendent sur près de 2 km et que l\u2019industrie elle-même utilise la norme de 1000 mètres sous la base de l\u2019aquifère pour protéger les sources d\u2019eau, puisque les fracturations provoquées à partir des forages horizontaux s\u2019élèvent au-delà de 400 mètres.Le mystère est cependant vite expliqué lorsqu\u2019on se rappelle que le puits de forage Haldimand 4 de la compagnie Pétrolia, à Gaspé, se situe à 350 mètres des premières résidences.et que l\u2019imposition de la norme de 1000 mètres sous la base de l\u2019aquifère ne permettrait l\u2019exploitation que de 5% à 15 % du pétrole de schiste sur l\u2019île d\u2019Anticosti, compte tenu de la configuration du sous-sol.Ce projet de règlement modifie clairement les normes pour qu\u2019elles correspondent aux besoins de l\u2019industrie, ce qui neutralise certaines des précautions prévues à l\u2019origine par le règlement de Saint-Bonaventure.Par ailleurs, l\u2019incohérence de ce projet de règlement avec une autre politique publique, le projet de loi 37, intitulé Loi interdisant certaines activités destinées à rechercher ou à exploiter du gaz naturel dans le schiste, a été dénoncée par plusieurs observateurs.Également déposé en mai 2013 mais mort au feuilleton depuis, ce projet prétendait imposer un moratoire partiel et temporaire sur l\u2019exploitation des gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, compte tenu des dangers associés à la fracturation hydraulique.En même temps, le projet de règlement comporte un long chapitre autorisant l\u2019usage de cette même tech- ~| mai-juin 2014 RELATIONS nique pour chercher du pétrole, et ce, sur l\u2019ensemble du territoire du Québec, ou encore pour chercher du gaz naturel dans les secteurs que le projet de loi 37 autorise.Aussi, il apparaît évident que les normes proposées en matière de pro- tection de l\u2019eau potable ont été taillées sur mesure pour favoriser les compagnies pétrolières, malgré les risques avérés que comporte le recours à la fracturation hydraulique.\u2022 Le Rwanda 20 ans après le génocide Le 7 avril 1994 débutait le génocide des Tutsis commis par des Hutus, qui allait faire plus de 800 000 morts.AMZAT BOUKARI-YABARA Après avoir traversé les 30 districts du Rwanda, la «flamme du souvenir» est arrivée à Kigali le 7 avril 2014.Cette date marque les 20 ans du lendemain de l\u2019attentat contre l\u2019avion du président Juvénal Habyarimana, considéré comme le signal déclencheur du génocide.Depuis, le pays se reconstruit, suscitant à la fois admiration et critiques.Bon élève des institutions de BrettonWoods, le Rwanda a produit un plan de relance économique, appelé «Vision 2020», pour devenir à moyen terme le Singapour africain.Depuis dix ans, le pays connaît un taux de croissance annuel moyen de 8% et une modernisation des différents secteurs d\u2019activité.Néanmoins, sa forte dépendance à l\u2019aide et aux investissements étrangers (plus de 40% du budget) dévoile le rôle stratégique que joue le Rwanda pour les minières multinationales opérant dans l\u2019est du Congo voisin.Par ailleurs, alors que plus de la moitié des 11 millions de Rwandais vivent sous le seuil de la pauvreté, les indicateurs de développement humain (IDH), certes en progrès constant depuis 1990, sont loin de refléter des in- dicateurs macroéconomiques positifs.La combinaison d\u2019un PIB dépendant des ressources naturelles du Congo et des IDH dévoilant une absence de redistribution caractérise une société présentant de fortes inégalités.Dans un pays où 44% de la population est née après le génocide, le temps écoulé, égal pour tous, et les fameuses juridictions des tribunaux populaires villageois (gacaca), à la compétence variable et à l\u2019équité discutable, ont permis cependant d\u2019ouvrir un chemin vers la réconciliation.Dans l\u2019esprit de la Commission nationale de lutte contre le génocide, lancée en 2008 par l\u2019État, un processus de déconflictuali-sation des relations entre les groupes sociaux hutu et tutsi est en marche.Les récits de survivants à travers le monde, la mobilisation des diasporas, les procès médiatisés de présumés génocidaires et la déclassification des archives ont également permis de prendre conscience des souffrances vécues, notamment chez le voisin congolais.Rappelons que le génocide rwandais entraîna le déplacement de plus de deux millions de personnes, pour la plupart traquées et réfugiées dans l\u2019est de la République démocratique du Congo (RDC), où la poursuite de la guerre tua plus de six millions de rma actuaLités © personnes vivant sur les riches terrains miniers du Kivu.Ainsi, pendant que le Rwanda occupe la première place du classement international de la parité grâce à un parlement fortement féminisé, des militants comme le docteur Denis Mukwege soulignent l\u2019implication des milices rwandaises dans des viols systématiques dans l\u2019est du Congo.Le soutien présumé du Rwanda à la rébellion du M23 sévissant dans l\u2019est de la RDC a été condamné par la Tanzanie, tandis que l\u2019assassinat à Johannesbourg de Patrick Karegeya, l\u2019ancien chef des Renseignements rwandais, et les menaces visant des opposants réfugiés en Afrique du Sud, ont entraîné une grave crise diplomatique avec Pretoria.Ces controverses montrent que le président rwandais, Paul Kagamé, tient à préserver ses intérêts stratégiques et à poursuivre une politique agressive plutôt que de prôner une véritable réconciliation régionale.La manière dont l\u2019ex-rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) a géré l\u2019après-génocide lui a permis de légitimer des lois sécuritaires et répressives, des pratiques arbitraires et un contrôle total de l\u2019appareil d\u2019État.La réélection de Paul Kagamé à la tête de l\u2019État, en 2010, avec 93% des suffrages, puis à la tête du FPR en décembre 2013, avec 99,5% des voix des délégués, fait déjà craindre une modification de la Constitution lui permettant de garder le pouvoir au-delà de son terme légal en 2017.Derrière un discours de bonne gouvernance et des apparats démocratiques, l\u2019emprisonnement de la présidente du parti d\u2019opposition des Forces démocratiques unifiées (FDU), Victoire Ingabire, met aussi en évi- ROBERT JASMIN Neuville est une petite ville de 3500 habitants traversée par le Chemin du Roy, sur le bord du Saint-Laurent, à 25 kilomètres à l\u2019ouest de Québec.Reconnue pour ses fermes ancestrales sises entre fleuve et forêt et haut lieu du patrimoine architectural, elle était prisée par les personnes à la recherche de calme et de beauté.C\u2019était avant l\u2019aérodrome.Avant que des promoteurs riches, et tout à fait insensibles à la volonté d\u2019une population, profitent d\u2019une décision prise en octobre 2010 par la Cour suprême pour envoyer paître élus municipaux et provinciaux et venir installer leurs pénates aéronautiques sur une terre agricole voisine d\u2019un quartier dence la nature autoritaire du régime.Toutefois, pour nombre d\u2019observateurs, il est encore difficile de s\u2019en rendre compte tant le régime de Paul Kagamé a construit sa légitimité sur la reconnaissance internationale de la thèse attribuant la fin du génocide à la prise du pouvoir par le FPR, en juillet 1994.Au-delà de la mémoire institutionnalisée du génocide qui a permis à tous de s\u2019imprégner d\u2019une version officielle, le défi consiste à rouvrir la parole critique et à repolitiser la population pour l\u2019aider à se libérer du poids de son histoire.\u2022 résidentiel, et à un jet de pierre du centre du village.Cette décision de la Cour suprême, qualifiée d\u2019absurde (certes en des termes moins directs) par les deux juges dissidents québécois du tribunal, disait que l\u2019aéronautique étant matière fédérale, aucune loi provinciale ni aucun règlement municipal ne pouvait entraver l\u2019implantation d\u2019un aérodrome, y compris le choix de l\u2019emplacement.Adieu donc la Loi de protection du territoire agricole, les règlements municipaux relatifs au zonage et autres entraves législatives.La Cour suprême sacralisait la loi de la jungle puisque le fédéral n\u2019exerce aucune compétence en matière d\u2019aménagement du territoire.Dans ce far-west, les plus forts sont évidemment les plus riches, ceux Décollage citoyen à Neuville Forte de nombreux appuis, la lutte des Neuvillois contre un aérodrome connaît un revirement fort instructif.Une «flamme du souvenir» a fait le tour du Rwanda de janvier à avril 2014 pour commémorer les 20 ans du génocide de 1994.Photo : PC/Ben Curtis L'auteur est écrivain, conférencier et porte-parole du Comité neuvillois pour la défense du bien commun mai-juin 2014 RELATIONS actuaLités RsHsSi Malgré la venue à Neuville, lors d\u2019une grande manifestation, des représentants de tous les partis politiques provinciaux et fédéraux (sauf du Parti conservateur, bien entendu), malgré l\u2019appui de dizaines d\u2019associations citoyennes, le gouvernement Harper ne donnait aucun signe de vie.Jusqu\u2019à l\u2019automne dernier, alors qu\u2019a surgi, comme nous l\u2019avions prédit, un autre Neuville, mais en Alberta cette fois.En Harperland! Là aussi, très vite, les citoyens se sont mobilisés.Cette fois, ils ont été écoutés, et pour cause : la députée du lieu est une certaine Rona Ambrose, ci-devant ministre du gouvernement Harper.Sa collègue des Transports a accouru en promettant d\u2019intervenir.Le 18 décembre dernier, Transports Canada émettait une circulaire rappelant aux promoteurs qu\u2019ils devaient respecter toutes les lois du territoire où ils désirent s\u2019implanter.L\u2019affaire n\u2019est pas terminée, mais elle a sûrement du plomb dans l\u2019aile.Surtout, nous avons appris de cette saga que la mobilisation et les luttes citoyennes constituent la bougie d\u2019allumage de la démocratie.sauf peut-être si vous êtes du Québec et que le pouvoir est à Ottawa.\u2022 «pas-dans-ma-cour » et encore moins un enjeu local.Ce qui se passait à Neuville aurait pu et pourrait se passer n\u2019importe où au Québec et au Canada.Leur message a été entendu et compris par la Fédération québécoise des municipalités, l\u2019Union des municipalités du Québec et la Fédération canadienne des municipalités, qui ont décidé de les appuyer dans leur lutte et de demander au gouvernement fédéral d\u2019édicter un règlement stipulant que tout promoteur d\u2019aérodrome doit se plier aux lois du territoire où il veut s\u2019implanter.Le gouvernement Harper ne daigna même pas répondre, allant jusqu\u2019à refuser de recevoir le maire de Neuville.La mobilisation citoyenne s\u2019est grandement élargie au fil des mois.Les manifestations de colère des Neuvillois ont même fini par décourager les membres du plus gros club aéronautique de déménager de l\u2019aéroport Jean-Lesage à Québec à celui de Neuville, privant les promoteurs de leur plus gros client, celui sur lequel était construit tout leur plan d\u2019affaires.Cette action s\u2019est accompagnée de la création d\u2019un réseau d\u2019information efficace et permanent et d\u2019une collecte de fonds pour soutenir les deux citoyens qui ont lancé une bataille judiciaire contre les envahisseurs.qui ont les moyens d\u2019imposer leur volonté.Les élus se sentaient impuissants devant la réalité imposée par la Cour des cours.Mais des citoyens ont refusé de confondre légalité et légitimité.Selon eux, l\u2019obligation de demander un permis pour la construction d\u2019une simple remise est légitime et constitue un exemple des conditions du vivre-ensemble, pourvu que les règles soient Grand Bazar de\tles mêmes pour tous.Si le plus haut Neuville contre l'aéro-\ttribunal décrète qu\u2019il est légal que port, 1er juin 2013.\tcertains n\u2019aient pas à se soumettre Photos : Comité neuvil-\taux lois, alors ces citoyens ont décidé lois de défense du\tque cette légalité n\u2019était pas juste et bien commun\tqu\u2019il fallait lutter contre elle.Les pro- moteurs de l\u2019aérodrome venaient de réveiller tout le dortoir.Amorcée dès le début de la construction de l\u2019aérodrome, en décembre 2011, la lutte citoyenne des Neuvillois a d\u2019abord consisté à convaincre les autorités politiques que cette affaire n\u2019était pas une manifestation du syndrome Politiques économiques et sociales Si un virage s\u2019impose, c\u2019est plutôt à gauche.\u2014 ALLIANCE DES PROFESSEURES\tJk ET PROFESSEURS ÆJ DE MONTREAL \u2014 W% 8| mai-juin 2014 RELATIONS HORÎZONS Et s'il y avait du pétrole au Québec?BERNARD HUDON, S.J.Le 13 février dernier, le gouvernement Marois annonçait son intention d\u2019aller de l\u2019avant avec l\u2019exploration pétrolière sur l\u2019île d\u2019An-ticosti, et d\u2019y injecter 115 millions de dollars de fonds publics.Au regard des objectifs ambitieux de réduction de gaz à effet de serre que s\u2019est fixés le Québec, difficile de ne pas y voir une contradiction, comme l\u2019ont entre autres souligné des organismes membres de Nature-Québec.À cet égard, une controverse s\u2019est d\u2019ailleurs engagée en janvier entre les signataires du Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole, incluant Bernard Landry, Joseph Facal et Monique Jérôme-Forget, et ceux du Manifeste pour sortir de la dépendance au pétrole, au rang desquels on compte Harvey Mead et Richard Desjardins.Aux yeux des premiers, le Québec serait assis sur d\u2019immenses ressources pétrolières.Ils s\u2019appuient à cet effet sur les données délirantes du document de consultation gouvernemental, De la réduction des gaz à effet de serre à l\u2019indépendance énergétique du Québec, fourni dans le cadre de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, tenue à l\u2019automne 2013.Ces chiffres sont les suivants : pour la Gaspésie, les réserves sont estimées à 330 millions de barils de pétrole; pour Anticosti, à 46 milliards de barils, et pour le gisement Old Harry, en plein golfe du Saint-Laurent, à 1,5 milliard de barils de pétrole, en plus des 1100 milliards de mètres cubes de gaz naturel.Une pointe de lucidité apparaît dans ce dernier cas, le gouvernement prenant soin de mentionner qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un « estimé [fait] par la Commission géologique du Canada à partir de modèles et non de données réelles».Or, un seul de ces gisements est pour l\u2019instant avéré, soit celui près de Gaspé, dont l\u2019exploitation fait déjà l\u2019objet d\u2019un litige devant les tribunaux concernant la protection de l\u2019eau.Pour Anticosti, les travaux d\u2019exploration annoncés pour l\u2019été 2014 nous en diront plus, mais, pour l\u2019instant, nous sommes plutôt devant des chimères.Le débat est mal engagé.Il importe néanmoins de se poser la question: si jamais notre sous-sol regorgeait de pétrole, devrions-nous pour autant l\u2019exploiter?Et avec les méthodes actuelles?Car il s\u2019agirait fort probablement de pétrole de schiste; et qui dit pétrole de schiste dit fracturation hydraulique.Or, cette technique ne permet de récupérer tout au plus que 2 % des réserves emprisonnées Comme toutes les nations, nous sommes invités à imaginer un futur énergétique différent.Pourquoi remettre à demain des choix qui deviendront encore plus douloureux?dans les shales.Certains pensent donc qu\u2019il serait préférable d\u2019attendre que cette technique s\u2019améliore.Par ailleurs, une controverse importante existe concernant l\u2019éventuel gisement Old Harry.En effet, le golfe du Saint-Laurent est différent de l\u2019Atlantique en raison de ses courants dominants, de sa profondeur et de la proximité des côtes.Un déversement dans les champs d\u2019Hibernia, à l\u2019est des côtes de Terre-Neuve, se diluerait dans l\u2019Atlantique, les courants dominants pointant vers l\u2019Europe.Il en va autrement dans le Golfe, où les courants sont circulaires.Une marée noire toucherait les côtes des cinq provinces riveraines.De plus, aucune technique n\u2019existe pour faire face à un déversement en présence de glaces.Lors du déversement dans le golfe du Mexique, en 2010, une partie relativement importante des hydrocarbures s\u2019est évaporée.Le climat canadien ne permettrait probablement pas ce phénomène.Pour ces raisons, entre autres, le Québec ne devrait pas se lancer dans une telle aventure.Déjà un moratoire sur l\u2019exploration et l\u2019exploitation pétrolières existe en amont d\u2019Anticosti pour des raisons écologiques.Il devrait aussi s\u2019appliquer au golfe du Saint-Laurent.L\u2019exploitation pétrolière et gazière sur Anticosti impliquerait, par ailleurs, de forer des centaines de puits et d\u2019installer d\u2019importantes infrastructures portuaires et de transport gazier, le tout au cœur d\u2019un joyau écologique.Mais qu\u2019arriverait-il après leur exploitation?Les puits creusés par fracturation hydraulique ne servent que deux à trois années.Après, ils sont scellés et reviennent inévitablement dans le domaine public.À long terme, les problèmes de fuites, dans un territoire saccagé, deviendraient la responsabilité de l\u2019État.Alors que le Groupe intergouvernemental d\u2019experts sur l\u2019évolution du climat (GIEC) presse les États de diminuer de façon importante leurs émissions de gaz à effet de serre, le Québec devrait tabler sur ses énergies renouvelables.La conversion annoncée des moyens de transport urbain vers l\u2019électricité est un pas dans la bonne direction.Le rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, rendu public en février, présente d\u2019autres avenues intéressantes comme la conversion des chaudières au mazout à des systèmes de combustion de particules de résidus de bois.Comme toutes les nations, nous sommes invités à imaginer un futur énergétique différent.Pourquoi remettre à demain des choix qui deviendront encore plus douloureux?Spéculations et tentations néolibérales à courte vue dominent pour l\u2019instant.À quand un débat digne des enjeux que posent les changements climatiques?\u2022 L'auteur, jésuite, est biologiste et collaborateur du Centre justice et foi mai-juin 2014 RELATIONS Le caRNet De Naïm kattaN DÉJÀ 60 ANS À MONTRÉAL Cette année marque le soixantième anniversaire de mon arrivée à Montréal, en février 1954, dans des rues bordées de neige.Je ne connaissais personne et personne ne me connaissait.J\u2019étais résolu à apprivoiser cette ville.Pour commencer, il importait que j\u2019y trouve ma place, car être juif francophone ici n\u2019était point courant.On m\u2019abordait avec surprise, et les portes s\u2019entrouvraient à peine.Après divers échecs, je me suis présenté au Congrès juif canadien et j\u2019ai proposé à son directeur d\u2019alors, Saul Hayes, d\u2019y créer un service français.Le directeur de la Bibliothèque juive, David Rome, avait fondé, sous l\u2019égide du Congrès juif canadien, un Cercle juif où des francophones de toutes origines se réunissaient chaque mois pour écouter un conférencier.On m\u2019a invité et j\u2019ai entretenu l\u2019auditoire de mes rencontres avec des écrivains français : Gide, Claudel, Mauriac, Malraux.Cela m\u2019a valu ma première entrevue à Radio-Canada.René Lévesque, dans son émission radiophonique Carrefour, me demanda de commenter le roman d\u2019Yves Thériault, Aaron, premier ouvrage d\u2019un Canadien français sur les juifs.Au bout de quelques mois, je fus engagé par le Congrès juif pour mettre sur pied ce service français dont j\u2019avais suggéré la création.Cela m\u2019a permis de fonder le Bulletin du Cercle juif, dans lequel je faisais état d\u2019activités culturelles juives et canadiennes-françaises.C\u2019était, comme on l\u2019a signalé plus tard, une des premières publications françaises non catholiques au pays.Pour moi, c\u2019était certes une tentative de gagner ma vie, mais également un effort pour prendre part à la vie culturelle de ma nouvelle ville, non comme spectateur ou témoin, mais en tant que participant.On m\u2019avait signalé, avant mon arrivée, que l\u2019Église catholique régnait sur la vie culturelle et sociale.Dès les premiers mois de ma résidence à Montréal, mes rencontres avec l\u2019élite catholique furent nombreuses, d\u2019abord avec des membres du clergé qui en étaient l\u2019épine dorsale.L\u2019accueil fut généralement chaleureux.On ne me demandait pas de changer de religion mais de parler de la mienne.Ainsi le père Georges-Henri Lévesque -fondateur de la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université Laval - m\u2019invita au séminaire des dominicains à Québec pour parler du judaïsme.Un peu plus tard, le père jésuite Richard Arès, directeur de Relations, me demanda d\u2019écrire un article sur les juifs et la langue française.L\u2019abbé Louis O\u2019Neil, qui, avec l\u2019abbé Gérard Dion, était l\u2019auteur d\u2019un célèbre manifeste anti-duplessiste (« L\u2019immoralité politique dans la province de Québec », paru dans la revue Ad usum sacerdutum, en juillet 1956), m\u2019invita à sa résidence.Ce fut le début d\u2019une longue amitié.À mon tour, j\u2019invitai le père dominicain Bernard Mailhot à donner au Cercle juif une conférence sur le racisme, thème du cours qu\u2019il donnait à l\u2019Université de Montréal.Mes rapports avec les milieux laïques de l\u2019époque ne furent pas moins nombreux.Ainsi, le journaliste André Laurendeau m\u2019invita à parler de Bagdad à son émission de télévision Pays et Merveilles.Ce fut l\u2019amorce d\u2019une profonde amitié.Un jour, je lui exprimai ma surprise que Le Devoir, dont il était le rédacteur en chef, ne faisait jamais état dans ses pages littéraires des écrivains canadiens-anglais et américains; il me proposa d\u2019en être un chroniqueur.Ma collaboration à ce journal se poursuit encore aujourd\u2019hui.Journaliste à La Presse, Jean-Marc Léger m\u2019interviewa et notre amitié demeura vivante jusqu\u2019à son décès.Plus tard, Jean-Louis Gagnon m\u2019invita à être un chroniqueur de politique internationale au Nouveau Journal qu\u2019il venait de fonder.Léon Dion me fit part de sa thèse de doctorat sur le national-socialisme, me proposant plus tard, en 1961, de donner un cours sur le Moyen-Orient à l\u2019Université Laval.Je signale ces rencontres qui, dès mes premières années à Montréal, ont constitué la trame de ma vie, pour réitérer mon sentiment d\u2019amitié à ceux qui, même disparus, demeurent vivants pour moi.Pour exprimer aussi ma gratitude à tous ceux qui m\u2019ont permis de faire miens le pays, sa langue et sa culture.Ma participation à la vie culturelle m\u2019anime d\u2019un vif sentiment de responsabilité.Il y a soixante ans, on ne pouvait pas rêver de l\u2019ampleur et de l\u2019épanouissement de cette culture.Certes, des obstacles et des embûches existent toujours.J\u2019ai cependant confiance que nous constituons désormais une importante dimension de la francophonie.\u2022 mai-juin 2014 RELATIONS dOSSieR Faire front contre la droite canadienne Lino, Dans l'ombre du pouvoir, 2014, acrylique et collage sur papier Le Forum social des peuples qui se tiendra en août prochain à Ottawa et à Gatineau est l'occasion de se questionner sur les forces sociales du Québec, du Canada, des nations autochtones et des autres peuples du pays qui y convergeront.Quels objectifs poursuit cette gauche plurielle avec l'organisation de ce forum?La nécessité de s'unir face à un gouvernement Harper qui multiplie les attaques contre elle peut-elle se traduire en nouvelles expériences de lutte, s'inspirant par exemple de la mobilisation des peuples autochtones, en particulier du mouvement Idle No More?Les écueils liés au manque d'histoire et de références communes, au caractère colonial de l'État canadien et à la question nationale québécoise peuvent-ils être surmontés pour construire des alliances durables et contrer la droite canadienne?RELATIONS mai-juin 2014\t11 >ieR Faire front contre la droite CATHERINE CARON \"7* J.Les revues d\u2019analyse et d\u2019idées «pensent» parfois de concert et il arrive que leurs trajectoires se croisent sans qu\u2019elles l\u2019aient planifié, sous la force de nécessités politiques et sociales qui s\u2019imposent à la société.Ainsi, avec ce nouveau dossier, dans le contexte actuel marqué par le gouvernement conservateur autocratique, militariste et éco-irresponsable au pouvoir à Ottawa, nous nous inscrivons dans la conscience partagée qu\u2019il nous faut, à gauche, aborder «la question canadienne», comme l\u2019ont nommée Les Nouveaux Cahiers du socialisme (no 9, 2013).Il nous faut briser les deux solitudes, voire les multiples solitudes dans lesquelles se trouvent souvent les peuples de ce pays -québécois, canadien, autochtones, acadien, etc.Non seulement nuisent-elles à la réinvention des alliances nécessaires pour «vaincre Harper», mais plus fondamentalement encore, elles ne nous aident pas à briser le cycle dangereux dans lequel l\u2019humanité s\u2019enfonce -si rien n\u2019est fait- sur fond de crises multiples, d\u2019inégalités croissantes et de péril écologique.Nous faisons aussi nôtre l\u2019avertissement lancé par Jean Pichette (bien connu des lecteurs de Relations, dont il a été le rédacteur en chef de 1999 à 2002) dans son article «La grande confusion», paru dans le dossier « Que conservent les conservateurs?» (Liberté, no 297,2012).C\u2019est là un texte-déflagration pulvérisant avec mæstria les idées reçues sur le conservatisme et le progressisme.Il éclaire le processus de dépolitisation et de reféodalisation du monde que nourrit le Parti conservateur actuel en «faisant du politique un moyen pour des fins privées», et fustige une pensée binaire qui réduit tant les enjeux que la véritable nature des adversaires en présence.S\u2019abreuvant à différents courants (conservatisme moral, néoconservatisme, libertarisme, néolibéralisme, etc.) avec lesquels ils doivent aussi composer, les conservateurs de Stephen Harper proposent un cocktail inédit et corrosif, qui déstabilise le type même de conservatisme qu\u2019avait connu le Canada jusqu\u2019ici.Toutefois, si les atteintes aux droits des femmes ou des homosexuels, par exemple, caractérisent le conservatisme moral de leur gouvernement, la prédation des ressources, l\u2019accumulation et la concentration de la richesse, ou encore l\u2019affaiblissement du mouvement syndical ne sont pas l\u2019apanage des seuls conservateurs.Plusieurs militants aguerris de la lutte contre l\u2019exploitation des sables bitumineux ou contre le libre-échange, par exemple, confirment que la situation était souvent à peine meilleure sous les libéraux; la différence étant qu\u2019avec les conservateurs, les masques sont tombés là où chez leurs prédécesseurs, on s\u2019occupait davantage de préserver les apparences.Les artisans et participants du Forum social des peuples, qui se tiendra à Ottawa et Gatineau en août prochain, savent bien que l\u2019horizon de leurs luttes est plus vaste que mai-juin 2014 RELATIONS canadienne la frontière délimitée par le «facteur Harper», même s\u2019ils s\u2019y rassembleront poussés par la conviction que ce gouvernement, plus que tout autre, doit tomber, et que l\u2019émergence d\u2019un fort mouvement populaire est urgente pour y arriver.Nous avons voulu accompagner en amont le processus de réflexion et de préparation de ce Forum, en jetant un regard sur certains des écueils et défis auxquels fait face une gauche plurielle, fragmentée, confrontée à la nécessité de mieux se connaître et de mieux coopérer pour contrer les attaques et les politiques de ce gouvernement.Le mouvement pancanadien des jeunes féministes rebELLEs compte parmi les expériences très inspirantes des dernières années, nous en avons déjà parlé dans Relations.Ce dossier s\u2019attardera cette fois davantage aux luttes des Autochtones, des écologistes et des chrétiens de gauche.Par ailleurs, il faut savoir d\u2019où l\u2019on vient et dans quoi l\u2019on s\u2019insère pour espérer transformer la société.Ce Forum a également un rôle important à jouer dans la bataille idéologique et symbolique menée par les conservateurs et la droite en général, afin de lui opposer un autre imaginaire, tissé des couleurs de la solidarité, des savoirs anciens et de la mémoire des luttes populaires ignorées par les dominants.L\u2019urgence des mobilisations sociales ne doit jamais justifier de faire l\u2019impasse sur un travail continuel d\u2019éducation et de transmission culturelle qui est fondamental.Il inclut d\u2019analyser ce capitalisme canadien poussé plus loin dans le néolibéralisme par les conservateurs, de comprendre la nature de nos élites et d\u2019un État fédéral toujours empreints d\u2019un colonialisme qui permet à une minorité de gouverner, de sanctuariser les droits et privilèges accordés aux compagnies (minières, pétrolières, etc.), de bafouer les droits des peuples autochtones et de nier au peuple québécois son plein droit de décider de son avenir.À cet égard, la question nationale reste sans doute l\u2019un des plus grands écueils auxquels est confrontée la gauche canadienne.Si cette question semble réglée pour certains, qui reconnaissent au peuple québécois son droit à l\u2019autodétermination, ne reste-t-il pas une frange significative qui ne voit guère de non-sens dans le fait de défendre les droits des minorités et des Autochtones du Canada ou de pays étrangers alors qu\u2019elle refuse aux Québécois voisins leur droit à l\u2019autodétermination?Cette contradiction -que chaque nouvel épisode de Québec bashing au Canada anglais semble nourrir, on l\u2019a vu encore récemment- doit être surmontée une fois pour toute, surtout à gauche.Quant à nous, parallèlement, ne parlons-nous pas, parfois, de la souveraineté du Québec en faisant preuve d\u2019un instinct de possession qui néglige la prise en compte véritable des droits territoriaux des premiers peuples établis ici?Et savons-nous toujours dépasser notre orgueil et nos préjugés pour nous intéresser à ce qui se passe hors Québec, où des citoyens luttent aussi pour le bien commun et une société plus juste et démocratique?Lancé dans l\u2019Ouest canadien par des femmes autochtones, le mouvement Idle No More (Fini l\u2019inertie) a puissamment démontré qu\u2019aussi inspirante soit la force de résistance et d\u2019invention sociale qui se vit et s\u2019observe au Québec, elle ne doit pas laisser penser que rien ne se passe ailleurs.\tLino, Le souffle Les chemins d\u2019une résistance cohérente ancrée à gau- du changement, che sont exigeants, pluriels et conflictuels, mais chose 2014, acrylique et certaine, ils s\u2019inventent en marchant ensemble.\u2022\tcollage sur papier « Imaginons que les travailleurs et les peuples autochtones unissent leurs forces dans une coalition significative - les propriétaires légitimes du territoire côte à côte avec les personnes travaillant dans les mines et les pipelines, demandant ensemble un autre modèle économique.Les peuples et la Terre elle-même d'un côté, le capitalisme prédateur de l'autre : les conservateurs de Stephen Harper ne sauraient pas ce qui les aurait frappés.[.] Bâtir les types de coalitions dont nous avons besoin commence par l'identification des fils qui relient toutes nos luttes.Et la reconnaissance qu'ils incarnent une seule et MÊME lutte.» Naomi Klein, discours du 1er septembre 2013 à l'UNIFOR à Toronto 13 RELATIONS mai-juin 2014 dOSSieR Harper, l'ennemi politique numéro un Le gouvernement conservateur, sous la gouverne de Stephen Harper, rompt à plusieurs égards avec toute une tradition politique canadienne.Transformant les politiques et les institutions, il pose de nombreux défis aux mouvements sociaux.NICOLE DE SEVE L'auteure, ex-conseillère aux dossiers sociopolitiques à la Centrale des syndicats du Québec, est militante au sein de la coalition Pas de démocratie sans voix L /arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur en 2006 a signifié bien des changements pour nombre de Canadiens, et pour la gauche québécoise et canadienne en particulier.Afin de contribuer à la réflexion en vue de dégager les orientations à défendre et les stratégies communes à déployer pour mettre fin à cette période néfaste pour la démocratie et les avancées sociales, il importe de bien comprendre les assises politiques de ce gouvernement.Sous la gouverne de Stephen Harper, celui-ci met tout en œuvre pour transformer le Canada en une société néoconservatrice.S\u2019il lui a fallu cinq années avant de devenir majoritaire à la Chambre des communes, il n\u2019en a pas moins patiemment introduit des mesures modifiant significativement l\u2019architecture politique canadienne.Son objectif est l\u2019érosion tranquille d\u2019un État canadien progressiste et interventionniste au profit de valeurs inspirées des néoconservateurs étasuniens.Le soir de son élection, en janvier 2006, Stephen Harper déclarait « The West is in».Rapidement, son gouvernement travaillera à modifier le «consensus Laurentien», c\u2019est-à-dire l\u2019axe politique et économique Montréal-Ottawa-Toronto.Il accorde une plus grande importance aux enjeux économiques des régions de l\u2019Ouest en accentuant le poids politique de l\u2019Alberta.Il redéfinit la politique économique et sociale du Canada en s\u2019appuyant sur le conservatisme économique privilégiant le retrait de l\u2019intervention de l\u2019État fédéral dans le secteur social, un large appui au libre marché et aux ententes de libre-échange, le soutien au lobby pétrolier et la réduction des impôts des individus, des familles et des entreprises.Il révise les programmes de transfert de fonds vers les provinces, durcit les conditions d\u2019accès au programme de l\u2019assurance-emploi et repousse l\u2019âge d\u2019admissibilité à la sécurité de la vieillesse.Il tente d\u2019imposer aux provinces des programmes empiétant directement sur leurs champs de compétences, notamment au chapitre de l\u2019emploi, de la formation de la main-d\u2019œuvre et de l\u2019éducation.Fragiliser Son objectif est l'érosion tranquille d'un État canadien progressiste et interven tionniste au profit de valeurs inspirées des néoconservateurs étasuniens.ü mai-juin 2014 RELATIONS le mouvement syndical et restreindre l\u2019exercice du droit de grève au Canada par l\u2019adoption d\u2019une série de législations antisyndicales est une autre grande priorité des conservateurs.Ce gouvernement travaille de plus à « restaurer» l\u2019ordre moral traditionnel en puisant à même des tendances religieuses conservatrices et en s\u2019attaquant indirectement à certaines libertés inscrites dans la Charte canadienne des droits et libertés par l\u2019adoption d\u2019une série de législations touchant l\u2019accès à la justice et la criminalité.Dans cette optique, il impose de nouvelles conditions au financement public des groupes de défense des droits, des groupes de femmes ou de ceux militant pour la diversité sexuelle.Il assujettit les activités des organismes d\u2019aide humanitaire ou de coopération internationale à des convictions morales, religieuses et politiques conservatrices1, notamment en ce qui concerne la santé reproductive des femmes et la planification des naissances.Ce faisant, il accentue non seulement la compétition entre les groupes pour l\u2019accès aux fonds publics, mais aussi leur inféodation aux normes et politiques édictées par le bâilleur de fonds gouvernemental, minant ainsi leur indépendance.UNE VOLONTÉ DE RUPTURE La stratégie du gouvernement conservateur vise aussi à refonder les assises symboliques du Canada, à restaurer les symboles de la monarchie britannique et à revenir à des valeurs plus traditionnelles qui assurent soi-disant l\u2019ordre et la stabilité de la société.Encore là, il s\u2019agit pour les conservateurs de se démarquer de la tradition politique canadienne d\u2019après-guerre.Ils cherchent en particulier à effacer l\u2019héritage libéral imprégné dans les institutions canadiennes.Leurs efforts de révisionnisme historique pour mettre en valeur un supposé passé militaire glorieux (guerre de 1812, Première Guerre mondiale) visent à remodeler l\u2019identité canadienne.Ce gouvernement manifeste en effet une volonté claire de rupture avec une culture politique plus pacifique que guerrière - trop près à son goût des Nations unies- et avec une politique étrangère et de défense qui, malgré ses limites, s\u2019inscrivait jusqu\u2019ici dans une approche de médiation et de pacification des conflits plutôt que d\u2019exacerbation de ces derniers, et ce, depuis la Deuxième Guerre mondiale.Cette volonté de rupture se traduit sur la scène internationale par une perte de crédibilité du Canada, qui n\u2019est plus en mesure d\u2019exercer un véritable leadership.Les restrictions constantes pour l\u2019accès au statut de réfugié, l\u2019abandon du préjugé favorable pour le multilatéralisme, l\u2019alignement du Canada sur la politique israélienne ainsi que les tergiversations quant à la participation du pays aux missions de paix de l\u2019ONU discréditent la politique étrangère canadienne.Le Canada accède aussi au statut de feecur î cancre environnemental par son refus de reconnaître les causes des changements climatiques, sa responsabilité dans la progression des gaz à effet de serre et son opposition au protocole de Kyoto.Son parti pris contre les en-vironnementalistes le pousse même à associer certains groupes écologistes à une menace terroriste (lire l\u2019article de Patrick Bonin, p.20).Modifier l\u2019architecture politique canadienne nécessite de contrôler le plus étroitement possible l\u2019ordre du jour politique et l\u2019appareil d\u2019État, dont les administrations publiques.Depuis 2006, il y a une politisation des rapports entre le gouvernement et les responsables d\u2019organismes publics indépendants du pouvoir politique.Certes, il existait déjà une centralisation du pouvoir au sein du Conseil privé, mais la nouvelle ligne directrice du premier ministre vise le contrôle absolu sur le Conseil des ministres et les députés, voire sur les sénateurs.Plus encore, l\u2019irrespect pour la démocratie parlementaire s\u2019exprime de manière éloquente par l\u2019hyperpartisannerie qui prévaut à la Chambre des communes, la volonté d\u2019y empêcher des débats importants, sans oublier la prorogation à trois reprises du Parlement.L\u2019obsession de contrer toute opposition s\u2019observe aussi dans la volonté toujours plus affirmée de ce gouvernement de contrôler l\u2019information, notamment dans les rapports avec la presse, et de saper la capacité citoyenne de contester les politiques publiques.L\u2019exemple de l\u2019abolition de la version longue du formulaire du recensement est éloquent à cet égard.En privant les institutions de recherche, les gou- 1.Les ONG à vocation religieuse ont vu leur financement haussé de 42% de 2006 à 2010, comparativement à 5 % dans le cas des ONG laïques (Religious nongovernmental organisations and Canadian international aid, 2001-2010: a preliminary study, 2014).vernements provinciaux et les administrations publiques de données fiables, le gouvernement fragilise l\u2019élaboration des politiques publiques, et ce, dans tous les domaines, et rend difficile la contestation de ses orientations ministérielles.Par ailleurs, la dégradation de la capacité scientifique du pays, liée au sous-financement de la recherche qui contredit les assises idéologiques des conservateurs et à l\u2019imposition du bâillon aux chercheurs à l\u2019emploi du gouvernement fédéral, provoque des retards dans la recherche et le développement du savoir et entraîne un exode marqué des scientifiques vers des horizons plus favorables.CES CHANGEMENTS SONT-ILS IRRÉVERSIBLES?En septembre dernier, la revue Options politiques publiait un article intitulé «The myth of conservative Canada», qui présente les résultats d\u2019une étude, menée en 2011 par la firme Environics, démontrant le rejet par une majorité de Canadiens du conservatisme social prôné par le gouvernement Harper.La majorité des personnes répondantes souhaitent que l\u2019État joue son rôle face aux problèmes sociaux, que ce soit dans la réduction des inégalités sociales (68%) ou la régulation du secteur privé (72 %).Il y a donc une distance importante entre ce que croit le gouvernement conservateur et ce que pense la population canadienne.En fait, ce que démontre l\u2019étude d\u2019Environics, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de tendance canadienne à vouloir saper les institutions.Plus encore, la population canadienne est majoritairement libérale de mœurs, ouverte aux différents modèles familiaux, à la diversité sexuelle et aux mariages de conjoints de même sexe.Ces données ne sont finalement peut-être pas si surprenantes, sachant que 60 % des personnes qui se sont prévalues de leur droit de vote lors de l\u2019élection de 2011 n\u2019ont pas voté pour le Parti conservateur.Ces constats ne signifient pas pour autant qu\u2019une force d\u2019opposition à ce gouvernement s\u2019organise facilement.Il faut prendre acte que, contrairement au Québec et malgré certaines expériences notamment au sein du mouvement des femmes, il n\u2019y apas de tradition aussi forte dans le reste du Canada pour la mise en place de coalitions pancana-diennes larges et stables regroupant l\u2019ensemble des mouvements sociaux.Les distinctions régionales et culturelles sont importantes et les alliances sont fragiles.De plus, il faut tenir compte de la reconfiguration démographique du Canada, avec le déplacement des pouvoirs économiques vers l\u2019Ouest qu\u2019elle implique, le déclin de l\u2019Ontario et la fragilité démographique du Québec, qui ne représente plus que 23,6% de la population canadienne.Cette tendance ira en s\u2019accentuant.C\u2019est là tout un défi pour la gauche québécoise et canadienne, qui doit définir ses orientations et ses stratégies d\u2019action, maintenant et pour l\u2019avenir, si elle veut changer la trajectoire que nous impose ce gouvernement.\u2022 Lino, À droite toute!., 2014, acrylique et collage sur papier RELATIONS mai-juin 2014 D3 dOSSieR Vers le Forum social des peuples Table ronde Citoyens et mouvements sociaux convergeront à Ottawa et à Gatineau, du 21 au 24 août prochain, à l'occasion du Forum social des peuples.Leur but premier : unir leurs forces pour contrer les politiques du gouvernement conservateur de Stephen Harper.Extraits choisis de la discussion que nous avons eue avec trois militants participant à l'élaboration du Forum.AVEC: WIDIA LARIVIÈRE, COORDONNATRICE JEUNESSE À FEMMES AUTOCHTONES DU QUÉBEC ET CO-INITIATRICE DU MOUVEMENT IDLE NO MORE QUÉBEC; DERRICK O'KEEFE, AUTEUR, MILITANT, COFONDATEUR DE RICOCHETMEDIA.CA ET RESPONSABLE DE LA COMMISSION D'EXPANSION DE VANCOUVER DU FORUM SOCIAL DES PEUPLES; ROGER RASHI, CO-COORDONNATEUR DU FORUM SOCIAL DES PEUPLES ET RESPONSABLE DES CAMPAGNES À ALTERNATIVES.LJ- Relations: Comment est née l\u2019idée de tenir un Forum social des peuples et quels sont ses principaux objectifs?Roger Rashi: Le projet est né au printemps 2011.L\u2019initiative est venue des mouvements sociaux et syndicaux du Québec qui cherchaient à développer un front uni contre la droite au Canada et contre le gouvernement de Stephen Harper, vu comme étant le principal responsable de mesures d\u2019austérité inacceptables et d\u2019attaques antisyndicales et antisociales.Qu\u2019on pense au saccage de l\u2019assurance-emploi, par exemple, qui touche durement plusieurs régions du pays.Pour développer une riposte populaire, ces mouvements ont pensé à organiser un forum social, plusieurs de leurs membres ayant participé à des éditions du Forum social mondial et au Forum social québécois dans le passé et ayant vu comment cela peut être un outil de consolidation des luttes sociales et populaires.Toutes les grandes centrales syndicales en ont fait une priorité.Au Québec, on n\u2019a pas vu autant d\u2019intérêt à développer une telle riposte depuis longtemps.À mes yeux, ça remonte mai-juin 2014 RELATIONS à 1976, lorsque Trudeau avait imposé le gel des salaires et des prix et avait frappé fort le mouvement syndical.Il y avait eu une énorme manifestation à Ottawa, doublée d\u2019une grève générale - la dernière à avoir eu lieu au Canada et qui avait mobilisé près de trois millions de travailleurs.À présent, les conditions d\u2019une mobilisation sociale d\u2019envergure nous semblent exister à nouveau, en raison particulièrement de deux puissants mouvements: celui des Autochtones, avec Idle No More (Fini l\u2019inertie), et celui des étudiants québécois et du «printemps érable», qui a réveillé une bonne partie de la jeunesse et des militants de l\u2019ensemble du pays.De plus, ce mouvement a été capable de transformer sa lutte contre la hausse des frais de scolarité en une lutte plus large concernant l\u2019éducation et les mesures d\u2019austérité.La volonté de faire émerger une telle dynamique inspire les initiateurs du Forum.Derrick O'Keefe: En effet, sur la côte ouest et dans le reste du pays, les gens sont vraiment excités et motivés par le fait que le mouvement étudiant québécois fasse partie du projet.Des leaders étudiants sont d\u2019ailleurs venus nous rencontrer et nous inviter à participer au Forum.Combiné à Idle No More, ce mouvement a vraiment stimulé l\u2019imagination des gens et leur volonté de réorienter et de réinventer les politiques du gouvernement.C\u2019est important dans un contexte où la gauche traditionnelle au Canada est affectée par des changements comme la direction, plus libérale que jamais, que Thomas Mulcair donne au Nouveau parti démocratique (NPD) depuis qu\u2019il en est le chef.Il se vit une rupture avec certaines traditions de la gauche sociale-démocrate.Toute une tendance progressiste n\u2019a aucune voix en ce moment, surtout à Ottawa.La gauche parlementaire est très faible et ne représente vraiment pas l\u2019ensemble des personnes qui ont des convictions de gauche au Canada.Quant à la tradition des syndicats combatifs luttant aux côtés des mouvements sociaux, elle n\u2019a pas disparu, mais elle est affaiblie et a vraiment besoin d\u2019être renforcée.La gauche plus militante, pour sa part, est assez démoralisée.Par exemple, en Colombie-Britannique, on n\u2019a pas réussi à créer un mouvement similaire à votre printemps étudiant sur aucun enjeu.Ceci dit, la lutte contre les pipelines y est forte et inspirante -c\u2019est l\u2019exception - et elle est menée par les peuples autochtones.D\u2019ailleurs, si le gouvernement veut tellement amener le pétrole des sables bitumineux vers l\u2019est, c\u2019est parce que c\u2019est bloqué à l\u2019ouest.L\u2019opposition au projet du pipeline Northern Gateway de la compagnie Enbridge, par exemple, rallie non seulement des militants mais aussi des milliers de citoyens disposés à mener des actions directes pacifiques pour stopper la compagnie.C\u2019est sans précédent un tel mouvement social en Colombie-Britannique, qui plus est sous le leadership des peuples autochtones.C\u2019est très excitant.Les gens restent unis malgré les tentatives de division faites par la compagnie ou le gouvernement.Il faut aller plus loin pour changer les mentalités et l'héritage colonial, et établir des relations d'égal à égal entre les peuples de ce pays.Le Forum est une occasion pour réfléchir à ça.Même si celui-ci donne le feu vert et même si Harper est réélu, ce sera très difficile pour Enbridge de construire le pipeline.Les Autochtones sont très bien préparés pour amener cette lutte jusqu\u2019à la Cour suprême du Canada, et il existe des précédents très forts en leur faveur.Widia Larivière: Ce gouvernement attaque de front les droits ancestraux sur les territoires des peuples autochtones.Cela a créé un ras-le-bol collectif dans les communautés et les luttes qui étaient déjà présentes ont pris une dimension pancanadienne avec Idle No More, qui a ravivé la fierté de bien des Autochtones qui sentent désormais qu\u2019ils peuvent avoir une voix.À commencer par les femmes, qui ont fondé ce mouvement.Elles en sont des porte-parole et le dirigent, alors qu\u2019elles sont doublement discriminées -en tant que femmes et en tant qu\u2019Autochtones - et qu\u2019elles sont sous-représentées dans le système politique.Cette sous-représentation est présente même dans les conseils de bande et l\u2019Assemblée des Premières Nations, une création imposée par le gouvernement fédéral qui reflète le modèle patriarcal colonial imposé aux peuples autochtones au moment de la colonisation.Tout naturellement, ces femmes et tous les Autochtones mobilisés ont voulu se joindre aux projets de convergence des luttes, notamment celui du Forum.Mais comment aller au-delà des alliances de circonstance?En ce moment, les liens se font beaucoup sur des enjeux spécifiques - notamment le saccage des territoires et des ressources naturelles fait dans l\u2019irrespect complet des droits des peuples autochtones - et on a passé une bonne année à parler de pourquoi on se mobilise.J\u2019espère qu\u2019à la sortie du Forum, on aura travaillé davantage sur le comment, car il faut aller plus loin pour changer les mentalités et l\u2019héritage colonial, et établir des relations d\u2019égal à égal entre les peuples de ce pays.Le Forum est une occasion pour réfléchir à ça.Rel.: Le manque de références et d\u2019expériences communes est souvent identifié comme un écueil majeur qui entrave les luttes sociales au Canada.Comment le surmonter?R.R.: C\u2019est peut-être la plus grande difficulté que nous avons eue jusqu\u2019à présent dans l\u2019organisation du Forum.Ce manque est une des raisons pour lesquelles peu de gens au Québec ont maintenu un travail constant de collaboration avec les mouvements sociaux du reste du Canada, et vice versa.Nous reprenons donc ce travail et c\u2019est difficile, mais il y a beaucoup de bonne volonté des deux côtés.À cela s\u2019ajoute tout l\u2019apprentissage d\u2019une démarche commune avec les groupes autochtones, tenant compte des différentes traditions et façons de travailler.Mais déjà, les acquis du Forum dépassent nos attentes.Plusieurs avaient dit que ça ne marcherait jamais.Or, nous avons désormais une structure efficace, s\u2019appuyant sur des comités régionaux à Vancouver, Ottawa, Toronto, Montréal, Québec, London, Halifax, Edmonton, Winnipeg et Régina.Nous nous distinguons aussi d\u2019autres forums en ayant six caucus actifs sur des questions sectorielles et nationales (peuples autochtones, syndicats, personnes racisées, femmes et jeunes, Québec).Les grandes décisions sont prises par les assemblées générales réunissant l\u2019ensemble des participants.Le droit à l\u2019autodétermination du Québec et des Premières Nations est respecté par tous et toutes.Le processus est ouvert à tous les peuples et nous persévérons dans nos efforts pour que les Acadiens, les Métis, les Franco-Ontariens et les Franco-Manitobains participent.À cet effet, nous avons spécifiquement inclus la question de la défense du français et celle de la lutte aux oppressions linguistiques, culturelles et nationales parmi les thèmes abordés.Lino, L'irruption de la révolte, 2014, acrylique et collage sur papier ?mai-juin 2014\tna RELATIONS dOSSieR Ainsi, si le processus du Forum n\u2019est pas magique, il peut certainement aider à forger davantage de références et d\u2019expériences communes au sein d\u2019une gauche par ailleurs plurielle, qui doit plus que jamais composer avec ses différences pour s\u2019unir et réussir à stopper les conservateurs.Une des choses qui manquent aussi au Québec, c\u2019est l\u2019habitude d\u2019analyser ce qui se passe à Ottawa, comprendre les subtilités, les contradictions, les intérêts différents en présence.Mais plusieurs le font maintenant et, depuis un an, tous les nouveaux projets de loi fédéraux sont soumis à une analyse critique.D.O.: Décoloniser les esprits, c\u2019est le but ultime qu\u2019on doit poursuivre et ce devrait être un des slogans du Forum.On ne peut pas développer une culture citoyenne et militante commune sans connaître notre histoire etnotre passé colonial, en lien avec l\u2019histoire des peuples autochtones et celle du peuple québécois aussi.Souvent on ne connaît pas notre histoire.Par exemple, lorsque Gabriel Nadeau-Dubois, figure bien connue du «printemps érable», a fait une tournée pancanadienne pour nous en parler, les gens étaient fascinés, mais il se faisait toujours demander : est-ce que vous êtes souverainiste?Il disait plus ou moins : « Oui, pourquoi pas?» Et les gens disaient: «Oh! mon dieu!» C\u2019était l\u2019incompréhension.Une perspective bouleversante.Or, il faut être pas mal ignorant pour être surpris qu\u2019un jeune militant québécois puisse avoir des sentiments souverainistes.C\u2019est un exemple d\u2019ignorance et je crois, en effet, que le Forum peut être utile pour travailler là-dessus.W.L.: Ce genre de réaction d\u2019incompréhension, vous vous en doutez peut-être, je les vis au quotidien.La population en général, incluant bien des militants, a une grande méconnaissance des peuples autochtones, vus comme un bloc monolithique, alors qu\u2019il n\u2019en est rien.Il y a beaucoup de travail à faire et je pense aussi qu\u2019il faut décoloniser les esprits de façon à faire en sorte, par exemple, que lorsque j\u2019arrive avec une proposition comme celle d\u2019avoir un représentant par nation autochtone à la Chambre des communes, les gens cessent de me regarder avec des gros yeux comme si c\u2019était une idée farfelue.Plusieurs ignorent souvent aussi certaines réalités troublantes : par exemple que de nombreuses communautés autochtones au Canada n\u2019ont pas accès à l\u2019eau potable.Par contre, on fait toute une Ce Forum offre une occasion historique.L'enjeu est de bâtir quelque chose qui respecte tout le monde et qui nous permettra de nous battre contre Harper en 2015 et contre d'autres après lui aussi peut-être.histoire lorsque des Montréalais doivent faire bouillir l\u2019eau pendant trois jours.La mentalité individualiste -qui fait qu\u2019on ne se parle pas et qu\u2019on ne sait pas ce que les autres vivent ou font - est à changer.Sur le plan de la langue également, il faut noter que les Autochtones du Québec sont souvent isolés de ceux du reste du pays, plusieurs de leurs peuples n\u2019étant pas nécessairement à l\u2019aise avec l\u2019anglais (leur langue natale étant leur langue autochtone ou le français).La création de la branche québécoise d\u2019Idle No More a été importante pour travailler là-dessus, traduire, créer des liens.R.R.: Concernant la diversité linguistique, dans nos activités, s\u2019il y a des unilingues francophones ou anglophones, nous faisons un effort réel pour que quelqu\u2019un POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BEAUDET, Pierre, CANET, Raphaël et MASSI-COTTE, Marie-Josée (d i r.), L'altermondialisme.Forums sociaux, résistances et nouvelle culture politique, Montréal, Écosociété, 2010.CAMFIELD, Dave, La crise du syndicalisme au Canada et au Québec, Montréal, M éditeur, 2014.MOUTERDE, Pierre (d i r.), L'avenir est à gauche.Douze contributions pour un renouvellement de la gauche au Québec, Montréal, Écosociété, 2008.NADEAU, Christian, Contre Harper.Bref traité philosophique sur la révolution conservatrice, Montréal, Boréal, 2010.ARTICLES ET REVUES À bâbord : «Vaincre Harper, pour quoi?», éditorial du no 52, déc.2013-janv.2014; « La lutte contre la droite radicale au pouvoir.L'expérience ontarienne.Une entrevue avec Judy Rebick», no 1, sept.-oct.2003.Canadian Dimension (en anglais seulement).Nouveaux cahiers du socialisme, dossier « La question canadienne », no 9, printemps 2013.Presse-toi à gauche [En ligne], blogue de Pierre Baudet.Recherches amérindiennes au Québec, dossier: « Autochtones et allochtones au Québec.Quelles avenues pour une coexistence sociale et politique?», vol.XLIII, no 1, 2013.Relations : P.Beaudet, « Vers un nouveau Forum social des peuples », no 764, mai 2013; R.Levac, «Développement et Paix en crise », no 758, août 2012; A.Descheneau-Guay, « Le corset canadien », no 756, mai 2012; D.Peschard, « Pas de démocratie sans voix!», no 743, septembre 2010; C.Caron, «Alternatives et Kairos sous le couperet», no 738, février 2010; P.Sévigny, « Toujours rebelles», no 729, décembre 2008; D.Cameron, «La gauche au Canada», no 704, novembre 2005.FILMS ET MULTIMÉDIAS «La montée des droites chrétiennes.Mieux comprendre pour agir», DVD de la Soirée Relations tenue en octobre 2012.Disponible sur le site .SITES WEB et : Coalitions de défense des droits : Forum social des peuples : portail d'information de la gauche canadienne (anglais seulement) ü mai-juin 2014 RELATIONS traduise et qu\u2019une compréhension commune de ce qui se dit puisse exister, comme cela se fait toujours dans les forums sociaux mondiaux ou régionaux.Certes, nos moyens sont limités, mais la traduction simultanée est assurée lors des grandes assemblées et tous les textes importants sont traduits dans les deux langues officielles.Rel.: Comment bâtir sur ce qui aura été vécu collectivement lors de ce forum, dans un contexte où les vieux réflexes et les contraintes des uns et des autres peuvent rapidement effriter les solidarités créées?R.R.: C\u2019est une question essentielle.Nous avons établi que le processus de formation du Forum est aussi important que le Forum lui-même.Il en va de même pour le processus qui va suivre.Outre les éléments habituels des forums sociaux-une ouverture à forte portée symbolique, des journées de grandes conférences et des ateliers auto-programmés-, la grande différence cette fois-ci sera dans la troisième journée, qui sera entièrement consacrée à des assemblées de convergence.En permettant ainsi aux mouvements de se regrouper et de travailler sur quelques grands enjeux, nous avons l\u2019espoir que ces assemblées, en facilitant les coalitions et les campagnes communes, vont aider à construire la suite.Leur succès dépend également d\u2019un travail de préparation en amont fait au sein des organismes.Nous espérons aussi que lors de l\u2019Assemblée des mouvements sociaux, à la fin du Forum, nous allons nous donner les moyens de continuer cette collaboration.Je pense que personne ne voudra laisser tomber les structures qui auront été mises sur pied, mais il va falloir s\u2019assurer qu\u2019elles restent liées aux mouvements des différentes régions et ne deviennent pas déconnectées de la base.Par ailleurs, il faut rappeler que le Forum est essentiellement un espace et qu\u2019à l\u2019intérieur de celui-ci, l\u2019Assemblée des mouvements sociaux est l\u2019instance que les mouvements présents se donnent pour prendre position et proposer une déclaration commune, un programme d\u2019action commun, des campagnes collectives, etc.Ce Forum offre une occasion historique et ça n\u2019arrive pas souvent! L\u2019enjeu est de bâtir quelque chose qui respecte tout le monde et qui nous permettra de nous battre contre Harper en 2015 et contre d\u2019autres après lui aussi peut-être.Tout le monde est très conscient qu\u2019on n\u2019a pas le choix de réussir si nous voulons qu\u2019un autre monde, au-delà du néolibéralisme, soit non seulement possible, mais réalisable.D.O.: Chose certaine, on n\u2019a pas le luxe de refaire tout ça en 2015.Il faut sortir de là avec un plan d\u2019action concret et une certaine structure de coordination -ouverte à un maximum de tendances - des prochaines étapes de la lutte contre ce gouvernement.Il faut le faire en vue des élections fédérales, oui, mais pas seulement, car certains enjeux de fond peuvent nécessiter notre opposition à d\u2019autres gouvernements dans le futur.L\u2019un des dangers est que l\u2019Assemblée veuille en faire trop et qu\u2019on sorte avec une liste d\u2019épicerie; il faudra vraiment choisir stratégiquement nos priorités et des luttes que nous pouvons gagner.W.L.: Aussi, au-delà du fait de travailler et de parler ensemble, j\u2019aimerais mentionner à quel point c\u2019est important de vivre des expériences ensemble pour construire des solidarités.J\u2019aurai beau donner des ateliers expliquant les réalités autochtones, rien n\u2019est plus percutant pour les faire comprendre que d\u2019organiser une visite dans une communauté, par exemple.Le Forum sera aussi, à sa manière, une expérience collective que nous allons vivre ensemble et les espaces d\u2019échange et d\u2019expression artistique y seront aussi très importants pour nourrir notre capacité individuelle et collective de transformer la société.\u2022 PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE CARON Lino, Le grand chemin, 2014, acrylique et collage sur papier RELATIONS mai-juin 2014 D9 dOSSieR L'auteur est responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada Lino, «In gas we trust», 2014, acrylique et collage sur papier 20 mai-juin 2014 Protéger l'environnement, une cause commune Les groupes environnementalistes, souvent confrontés à l'urgence et à d'abjectes décisions du gouvernement Harper, doivent néanmoins réussir à renforcer leurs liens avec d'autres groupes sociaux.PATRICK BONIN Depuis l\u2019arrivée au pouvoir du Parti conservateur, les groupes environnementalistes sont une cible prioritaire du gouvernement.Tous les moyens sont bons pour tenter de les intimider, de les affaiblir et de les marginaliser: enquêtes concernant leur statut d\u2019organismes de bienfaisance, coupes budgétaires dans les programmes de soutien, espionnage, «démonisation», voire criminalisation de certains groupes qualifiés «d\u2019écoterroristes» et d\u2019ennemis de l\u2019État, etc.S\u2019ajoutent à cela des campagnes de promotion financées à même les fonds publics pour vendre certains projets à la population d\u2019ici et d\u2019ailleurs -le gouvernement prévoit, par exemple, 22 millions de dollars pour la promotion du pétrole des sables bitumineux1- en présentant une information partielle ou biaisée et en tentant de discréditer par la bande l\u2019information véhiculée par les opposants.Pourquoi en est-il ainsi?Parce que les groupes environ-nementalistes, en collaboration avec d\u2019autres groupes sociaux et les peuples autochtones, mettent en péril la pierre angulaire de la vision économique du gouvernement conservateur : l\u2019exploitation et l\u2019expansion du pétrole des sables bitumineux.Ils suscitent l\u2019ire de l\u2019industrie et menacent la viabilité économique même de ce projet dans lequel des sommes colossales sont investies.Ils le font en montrant simplement l\u2019incompatibilité de cette exploitation avec les constats scientifiques et les objectifs de réduction des gaz à effet de serre que s\u2019est fixés le Canada.Incapables de s\u2019attaquer à la justesse des arguments, leurs dénigreurs tirent donc sur ceux et celles qui défendent sur la place publique les constats faits par les scientifiques, lesquels sont aussi malmenés par ce gouvernement.Ce dernier a pour ambition de tripler la production de pétrole issu des sables bitumineux d\u2019ici 2035, alors qu\u2019ils sont déjà la source d\u2019émissions de gaz à effet de serre qui connaît la croissance la plus rapide au Canada.Le seul moyen d\u2019y arriver est d\u2019alléger les protections environnementales et les conditions d\u2019évaluation et d\u2019approbation des projets, ce qui a été fait de manière substantielle à travers les projets de loi C-38 et C-45.Ceux-ci répondaient aux demandes des pétrolières et visaient à faciliter l\u2019approbation rapide des projets de pipelines essentiels à l\u2019expansion RELATIONS et à l\u2019exportation du pétrole des sables bitumineux vers les marchés étrangers.En situation de gouvernement majoritaire, les débats parlementaires ont été empêchés et ces projets de loi n\u2019ont pu être stoppés ni même amendés.Ainsi, nous faisons face à des reculs très importants qui se sont produits extrêmement vite, sans oublier le retrait inqualifiable du Canada du Protocole de Kyoto.DE PETITES VICTOIRES En même temps, tout n\u2019est pas tout noir.Si on cherche maintenant à faire passer par le Québec les projets de pipelines controversés, c\u2019est parce qu\u2019ils sont bloqués au sud et à l\u2019ouest de l\u2019Alberta.En effet, le projet Keystone XL, un oléoduc géant entre le Canada et les États-Unis, a suscité la plus importante mobilisation sur les enjeux climatiques de l\u2019histoire des États-Unis avec 50000 manifestants à Washington, en 2013, succédant aux actions de désobéissance civile non violente2 dans le cadre desquelles 1200 personnes, dont des scientifiques, des acteurs et des syndicalistes, ont été arrêtées en 2011.Sur la côte ouest canadienne, plus de 130 communautés autochtones s\u2019élèvent contre le projet de Northern Gateway de la compagnie Enbridge, qui ne leur apportera que des risques, sans aucun bénéfice.Si les groupes environne-mentalistes ont joué un rôle dans cette mobilisation, ce sont vraiment les communautés qui se sont prises en main.Les gens n\u2019ont d\u2019autre choix que de prendre la rue et tenter de bloquer physiquement ces projets lorsque ceux qui sont censés les représenter les ignorent et vont de l\u2019avant malgré l\u2019absence d\u2019acceptabilité sociale.Près des deux tiers de la population s\u2019y opposeraient selon un récent sondage réalisé par Justason Market Intelligence, en janvier 2014.Outre cette mobilisation remarquable, il faut souligner aussi le travail de groupes comme ForestEthics et le Sierra Club, par exemple, qui, avec Greenpeace, ont contribué à sauver la Forêt du Grand Ours en Colombie-Britannique.Ou encore l\u2019Ontario Clean Air Alliance -une vaste coalition regroupant entre autres des organisations en santé et en environnement, des groupes religieux, des syndicats et des municipalités - qui a réussi à faire fermer les dernières centrales électriques alimentées au charbon en Ontario.Sur la question de la protection de l\u2019eau, une association comme le Conseil des Canadiens mobilise aussi, par exemple, des milliers de citoyens dans leurs collectivités.Cela dit, il apparaît néanmoins qu\u2019en général, la culture du militantisme et de l\u2019engagement citoyen est plus forte au Québec qu\u2019ailleurs au pays, en particulier sur la question des changements climatiques.Plusieurs sondages ont révélé que le degré de préoccupation des Québécois à cet égard est parmi les plus élevés au pays.Avec l\u2019arrivée de projets de pipelines liés aux sables bitumineux, les Québécois ont maintenant la possibilité de freiner l\u2019expansion de la production de ce pétrole ultrapolluant qui cause un véritable Les environnementalistes ne gagneront pas seuls la bataille contre le réchauffement climatique face au richissime lobby des pétrolières.Nous devons nous serrer les coudes.désastre environnemental.Et ils savent d\u2019expérience que c\u2019est possible d\u2019arrêter des projets lorsqu\u2019on a la conviction que ceux-ci vont à l\u2019encontre du bien commun et de l\u2019intérêt de la collectivité.On l\u2019a vu lors des mobilisations contre la centrale thermique du Suroît, la privatisation du mont Orford ou contre l\u2019industrie du gaz de schiste, par exemple.Les collaborations tissées au fil des années entre les groupes environnementalistes et le mouvement syndical jouent un rôle.Elles ont contribué à de grandes mobilisations comme celle de 2005, à Montréal, où 40000 personnes ont manifesté lors de la Conférence des Nations unies sur le climat, ainsi qu\u2019en 2012, alors que 250 000 personnes marchaient pour le Jour de la Terre.Les centrales syndicales aident aussi les groupes environnementalistes à prendre le pouls de la population.Elles les forcent à considérer ses préoccupations dans leurs prises de position, de manière à obtenir l\u2019adhésion la plus large possible.Dans le reste du Canada, il semble plus difficile de créer de telles alliances, 1.\tLire « Ottawa hires ad firm for $ 22 million oilsands campaign », The Toronto Star, 9 janvier 2014.2.\tPlus de 90 000 personnes ont signé un serment de résistance (« pledge of resistance»), s\u2019engageant ainsi à faire de la désobéissance civile pour cette cause.d\u2019autant que le territoire est immense et le nombre de syndiqués moindre.Aussi, les attaques du gouvernement conservateur contre les mouvements sociaux ont été si multiples que bon nombre d\u2019entre eux ont été entraînés dans des situations de crise et de luttes sectorielles qui rendent difficiles les efforts de concertation plus larges.AU-DELÀ DE L'AXE GAUCHE-DROITE Par ailleurs, parmi les mouvements de gauche, les groupes environnementalistes ont peut-être la particularité -voire la prétention- d\u2019être capables de rejoindre également des gens de droite pour qui, pensent-ils, la protection de l\u2019environnement est aussi une question importante, la preuve étant qu\u2019elle faisait jadis partie de la philosophie politique conservatrice.Bien qu\u2019associé davantage à la gauche, le mouvement environnemental tente de cheminer dans le respect des différentes approches et stratégies adoptées par les uns et les autres parce que chacun est convaincu que la volonté qui anime les actions des autres est authentique et similaire à la sienne.Cependant, certains points de vue offrent matière à controverses et à débats.Le recours aux instruments du marché financier -la bourse du carbone par exemple- ne fait pas nécessairement l\u2019unanimité dans une optique de gauche.Ou encore l\u2019économie verte qui, pour certains, donne lieu à un transfert de fonds publics au profit des entreprises privées, encourage l\u2019économie capitaliste et entretient le mythe de la croissance infinie.Il faut en débattre et trouver des lieux d\u2019échange pour développer une compréhension mutuelle au sein des forces progressistes, car c\u2019est ainsi qu\u2019on peut établir la confiance et le respect qui sont essentiels pour développer des solutions qui protègeront l\u2019environnement et permettront un réel avancement social.Des événements comme le Sommet des peuples Rio+20 et bientôt le Forum social des peuples à Ottawa sont importants à cet égard.Les groupes environnementalistes ont encore du travail à faire pour renforcer leurs liens avec des groupes défendant d\u2019autres causes sociales, dans un esprit de réciprocité.Sur ce plan, de belles avancées ont été faites dans les dernières années, par exemple avec les peuples autochtones, qui conduisent à un approfondissement de notre connaissance de ces peuples, de ce qui nous unit à eux et de ce pourquoi nous luttons et devons lutter ensemble.Mais surtout, tous ces liens sont cruciaux parce que les environnementalistes ne gagneront pas seuls la bataille contre le réchauffement climatique face au richissime lobby des pétrolières.Nous devons nous serrer les coudes, car il s\u2019agit là d\u2019un enjeu de civilisation: à certains égards, c\u2019est la possibilité de la vie sur Terre qui est enjeu, et le sort de pans entiers de populations qui subissent déjà en première ligne, dans certains pays, les effets du réchauffement.\u2022 PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE CARON RELATIONS mai-juin 2014 B0 dOSSieR L'indépendance du Québec : terrain de solidarités?La question nationale québécoise pourrait être un terrain d'alliances avec des mouvements de gauche et d'autres peuples du Canada, pour autant qu'elle renoue avec une conception émancipatrice de l'indépendance.PIERRE MOUTERDE L'auteur, sociologue et essayiste, a publié entre autres La gauche en temps de crise, contre-stratégies pour demain (Liber, 2011) Pas besoin d\u2019avoir «la tête à Papineau» pour comprendre que la question nationale québécoise peut être vue comme une pomme de discorde par les forces de gauche qui, au Canada, souhaiteraient serrer les rangs et faire cause commune contre les interventions du gouvernement conservateur du premier ministre Stephen Harper.Après tout, cette volonté d\u2019affirmation nationale renvoie à l\u2019idée d\u2019indépendance ou, dit autrement, de «séparation», traduisant un désir des Québécois de faire, semble-t-il, bande à part, loin donc de tout combat commun ou de toute lutte menée ensemble.C\u2019est d\u2019autant plus le cas que le Québec forme une communauté politique en elle-même, avec son histoire propre et ses références et symboles communs qui sont le plus souvent mal compris dans le reste du Canada.Mais ne devrait-on pas poser le problème autrement?Ne serait-ce que parce que ces difficultés d\u2019unité ne datent pas d\u2019hier et qu\u2019elles se manifestent depuis des décennies à travers les mêmes pratiques sans avenir: à l\u2019existence d\u2019un seul lien durable et politique, celui du Nouveau parti démocratique (NPD), pensé du côté anglophone sur le mode d\u2019un fédéralisme centralisateur, répondent souvent, du côté québécois, des réflexes d\u2019autoprotection nationalistes, voire provincialistes refusant toute stratégie d\u2019alliance audacieuse avec les mouvements sociaux anglophones.N\u2019est-ce pas à ces deux travers stérilisants qu\u2019il faudrait oser s\u2019en prendre aujourd\u2019hui?La question est d\u2019importance, tant le gouvernement conservateur de Stephen Harper -en particulier depuis qu\u2019il est devenu majoritaire- apparaît dangereux: chaque jour davantage, il manifeste cette volonté obstinée de renforcer les logiques néolibérales du « tout au marché» en les faisant rimer avec une vision conservatrice du Canada.D\u2019où ses politiques d\u2019austérité et de retour à l\u2019équilibre budgétaire accompagnées d\u2019une hausse marquée des dépenses militaires et d\u2019un engagement diplomatique plus belliqueux.D\u2019où ses coupes dans la fonction publique et la réduction des services offerts par l\u2019État pendant que sont renforcées les peines de prison et la répression pour les jeunes.D\u2019où son mépris pour les groupes communau- 22| mai-juin 2014 RELATIONS taires et féministes et ses attaques en règle contre les syndicats.D\u2019où, enfin et surtout, son engagement très clair aux côtés des lobbies pétroliers, miniers et financiers -particulièrement ceux de l\u2019Ouest - sans égard aucun pour l\u2019augmentation des gaz à effet de serre ou les dégâts environnementaux qui découlent de cette « re-primarisation » de l\u2019économie canadienne.Ce tournant majeur est inquiétant pour tous ceux et celles qui ont le cœur à gauche, et il nécessite une réponse de tous les secteurs progressistes présents dans l\u2019espace canadien.Mais quelle réponse donner qui puisse tenir compte à la fois de la situation des luttes actuelles et du désir d\u2019affirmation nationale du Québec?UNE «PRISON DES PEUPLES» L\u2019histoire du développement de l\u2019État fédéral canadien n\u2019a pas été vécue de la même manière partout.Et loin de n\u2019évoquer que l\u2019image d\u2019Épinal d\u2019un pays grand et prospère, le Canada peut aussi réveiller d\u2019autres sentiments, notamment celui d\u2019avoir été et d\u2019être encore aujourd\u2019hui une véritable «prison des peuples».Surtout si l\u2019on est né Autochtone (réduit au statut de citoyen de seconde zone) ou Québécois (sans plein droit à l\u2019autodétermination politique).Ou encore si l\u2019on est membre d\u2019une des minorités francophones dispersées à l\u2019échelle du pays (luttant quotidiennement pour préserver leur culture ou leur langue), ou si l\u2019on appartient au « peuple d\u2019en bas», c\u2019est-à-dire à tous ces secteurs populaires si souvent oubliés et marginalisés qui sont devenus, particulièrement depuis la crise de 2008, les cibles premières des politiques d\u2019austérité imposées par l\u2019État fédéral.À cet égard, le fédéralisme canadien apparaît aujourd\u2019hui, sous la gouverne conservatrice, pour ce qu\u2019il est : un appareil inique qui, loin de servir le bien commun de tous les Canadiens, s\u2019est transformé en une machine placée au service d\u2019une petite élite oligarchique, s\u2019employant à faire passer ses intérêts particuliers pour ceux de tous et toutes.Il n\u2019est donc pas anodin qu\u2019un des mouvements sociaux les plus importants et les plus audacieux qui se soient dressés contre de telles politiques ait été le mouvement autochto- ne Idle No More (Fini l\u2019inertie).Ce mouvement, au-delà de ses revendications initiales (le soutien à la grève de la faim de Teresa Spence ainsi que la lutte contre le projet de loi C-45 en décembre 2012), prend sa source dans les très difficiles conditions d\u2019existence des peuples autochtones et dans leur volonté d\u2019être reconnus comme des nations à part entière.Il s\u2019oppose à un gouvernement qui, plus encore que ses prédécesseurs qui n\u2019avaient rien d\u2019exemplaire, continue de nier le droit à l\u2019autodétermination des peuples autochtones ainsi que la possibilité d\u2019une véritable autonomie gouvernementale garantie par l\u2019accès à des ressources territoriales.À l\u2019instar des revendications d\u2019autonomie autochtones, la question nationale québécoise pourrait devenir non seulement un puissant stimulant dans la lutte contre le conservatisme et les politiques néolibérales harperiennes, mais aussi être un des lieux privilégiés où cette lutte pourrait se déployer avec le plus de force.D\u2019une part, parce que le droit à l\u2019autodétermination du peuple québécois reste bafoué par l\u2019État fédéral, ne serait-ce que par ses nombreuses ingérences dans les champs de compétence du Québec et la non-reconnaissance de son droit de sécession.D\u2019autre part, parce que les orientations des politiques du gouvernement Harper, avec leur caractère outrageusement partisan et biaisé en faveur des intérêts privés des lobbies de l\u2019Ouest, ne font qu\u2019aviver cette volonté d\u2019affirmation nationale du Québec et lui donnent d\u2019autant plus de raisons d\u2019être.CONTRER LA MONTEE DU NATIONALISME IDENTITAIRE Le problème, toutefois, c\u2019est qu\u2019à mesure que les conservateurs de Stephen Harper reconfigurent le Canada à leur image, excluant d\u2019office un Québec qui s\u2019y reconnaît de moins en moins, l\u2019expression de ce sentiment d\u2019exclusion prend surtout la forme d\u2019un repli identitaire.Or, cette montée d\u2019un nationalisme identitaire conservateur au Québec complique les possibilités de construire des alliances entre les mouvements sociaux d\u2019ici et ceux du Canada anglais; des luttes communes risquent d\u2019en souffrir.La meilleure façon de lutter contre les vents de droite (tant au Québec qu'au Canada) et de mettre un frein aux germes de division qu'ils portent ne consiste pas à faire l'impasse sur la question nationale québécoise.Au contraire.Dans ce contexte, une des seules façons de contrercette tendance serait d\u2019œuvrer, au sein de la gauche québécoise, à donner un contenu clairement de gauche au projet indépendantiste, afin de donner aux aspirations nationalistes exacerbées une expression liée aux grandes traditions émancipatrices de la gauche.Cela est d\u2019autant plus réalisable qu\u2019une partie importante de la gauche québécoise milite activement pour l\u2019indépendance ou la souveraineté du Québec, en pensant la question nationale de manière étroitement imbriquée à la question sociale et écologique et en cherchant à l\u2019orienter autour de l\u2019idée d\u2019une souveraineté populaire en acte fondée sur la conception d\u2019une nation citoyenne.La stratégie d\u2019accès à la souveraineté préconisée par Québec solidaire, par le moyen d\u2019une assemblée constituante pensée comme un vaste exercice de démocratie participative brisant le statu quo fédéraliste, en est un bel exemple.Autrement dit, la meilleure façon de lutter contre les vents de droite (tant au Québec qu\u2019au Canada) et de mettre un frein aux germes de division qu\u2019ils portent ne consiste pas à faire l\u2019impasse sur la question nationale québécoise.Au contraire, il s\u2019agit de lui don- Lino, Les mains ner un contenu progressiste, en encoura- vides, 2014, geant solidairement tous ceux et celles qui acrylique et collage mènent, depuis cette perspective, un combat sur papier contre le conservatisme néolibéral et fédéraliste, mais aussi contre la tentation du repli identitaire et ses corollaires racistes et populistes.Il s\u2019agit aussi de faire en sorte que les RELATIONS mai-juin 2014 B dOSSieR Lino, Dirigeables en liberté !, 2014, acrylique et collage sur papier En cette ère de «re-primarisation» de l\u2019économie canadienne toutefois, la thématique écologique offre peut-être ce vecteur unitaire autour duquel ces différentes luttes pourraient commencer à se réarticuler et à s\u2019élargir pour se doter d\u2019une cohérence si nécessaire pour réussir à endiguer la vague conservatrice qui déferle sur l\u2019espace canadien.Après tout, les Autochtones d\u2019Idle No More n\u2019ont-ils pas donné une dimension écologique à leur lutte?Et de son côté, le Québec n\u2019aurait-il pas tout à fait les moyens de se passer du pétrole pollueur de l\u2019Ouest -grâce notamment à l\u2019hydro-électricité et à des politiques authentiquement écologiques - et de promouvoir un mode de développement économique infiniment moins nocif pour l\u2019environnement?Surtout, des ponts ne doivent-ils pas être créés ou consolidés entre tous les peuples du Canada qui luttent, depuis sa fondation, pour s\u2019émanciper de la tutelle d\u2019un État canadien historiquement marqué par le colonialisme?Pour ce faire, une solidarité entre les peuples québécois, autochtones, métis, acadien et canadien-français est essentielle et implique de sortir le projet souverainiste québécois des ornières du repli identitaire dans lequel il tend à s\u2019enfoncer depuis plusieurs années.Penser de manière politique la lutte contre le gouvernement Harper, c\u2019est donc travailler à bâtir des alliances stratégiques autour des foyers de lutte les plus prometteurs et les plus à même de bousculer l\u2019hégémonie conservatrice, voire celle de l\u2019État canadien dans sa forme actuelle.Et un alliances tissées avec des mouvements sociaux en lutte au Canada contre les politiques de Harper (Autochtones, syndicats, écologistes, féministes, etc.) ne se fassent pas en esquivant la question nationale, mais dans la découverte de ce que cette dernière porte comme aspirations légitimes.Il faut défaire ce nœud.En ce sens, des luttes communes sur des sujets de juridiction fédérale (par exemple la signature de traités de libre-échange, la construction de pipelines ou les questions autochtones) pourraient aussi nous faire avancer sur le plan d\u2019une meilleure connaissance mutuelle et de la reconnaissance du droit à l\u2019autodétermination du peuple québécois.Une gauche qui s\u2019ouvre à la réalité et aux aspirations des Autochtones peut-elle se fermer à celles des Québécois?Cette question se pose, car il demeure qu\u2019au Canada anglais, même au sein de la gauche, l\u2019idée même d\u2019indépendance du Québec se heurte à un mur d\u2019incompréhension, voire à une hostilité profonde.On peut toutefois espérer qu\u2019en côtoyant des militants indépendantistes québécois dans des luttes communes, la méconnaissance et la méfiance qu\u2019entretiennent encore une partie de la gauche canadienne et la majorité des Canadiens anglais à l\u2019égard du nationalisme québécois s\u2019estompent graduellement, favorisant une meilleure compréhension du projet souverainiste.À cet égard, les grands syndicats pancanadiens, notamment celui de la fonction publique fédérale ou encore celui des postiers, ont un rôle important à jouer.Au cours des dernières années, les luttes communes qui y ont été menées ont non seulement permis la création de liens de solidarité, mais aussi la tenue de débats respectueux sur la question nationale québécoise.UNE APPROCHE POLITIQUE ET STRATÉGIQUE Des ponts ne doivent-ils pas être créés ou consolidés entre tous les peuples du Canada qui luttent, depuis sa fondation, pour s'émanciper de la tutelle d'un État historiquement marqué par le colonialisme?Maintenant, comment penser une approche politique stratégique qui pourrait conjuguer à la fois les volontés d\u2019affirmation nationale du Québec avec la constitution de nouvelles alliances entre mouvements sociaux en lutte contre les politiques de Harper à l\u2019échelle du Canada?En fait c\u2019est probablement à partir de plusieurs fronts -les nouveaux mouvements sociaux (autochtones, étudiants, féministes, etc.), mais aussi les anciens (secteurs du mouvement syndical) - que ces alliances si nécessaires pourront commencer à se forger.projet progressiste d\u2019indépendance du Québec, surtout s\u2019il est porteur d\u2019une vision pleinement écologiste, en fait de toute évidence partie, à condition d\u2019en saisir le caractère stratégique, le rôle potentiel de puissant catalyseur dans l\u2019élan de contestation politique qu\u2019il fera inévitablement naître.\u2022 ü mai-juin 2014 RELATIONS 4/X/' Une résistance autochtone radicale et interpellante La revendication autochtone du droit de refuser le développement sur leur territoire a de quoi activer une critique radicale de l'ordre politique canadien et inspirer l'ensemble de la gauche.DALIE GIROUX ET AMÉLIE-ANNE MAILHOT Les luttes politiques émanant du monde autochtone depuis les années 1960, si elles demeurent mal comprises du public québécois et canadien, ont connu récemment un moment de visibilité important à travers la mobilisation de différents groupes sous la bannière Idle No More (Fini l\u2019inertie).Recoupant une pluralité d\u2019enjeux et de contextes, ce mouvement s\u2019inscrit dans la poursuite d\u2019une mobilisation continue des peuples autochtones sur le continent pour la reconnaissance de leurs droits collectifs, de leur liberté politique et de leur mode d\u2019attachement au territoire.C\u2019est ce dernier aspect, le rapport au territoire, qui nous intéresse ici, et en particulier le droit des peuples autochtones de «dire non au développement sur leur territoire», un droit revendiqué par le mouvement Idle No More et dont on retrouve l\u2019esprit dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.Si cet enjeu nous semble particulièrement important pour définir la situation politique autochtone contemporaine, c\u2019est que le droit au territoire, qui constitue le fondement de la conception autochtone d\u2019une vie libre chez les militants traditionalistes contemporains, est fortement limité par la structure juridique et politique de la souveraineté canadienne -et par l\u2019horizon économique d\u2019exploitation et d\u2019accumulation du capital qui l\u2019organise.UN DÉNI DE DROIT Au Canada et au Québec, les peuples autochtones qui n\u2019ont pas cédé leur territoire par le biais de traités se reconnaissent des droits ancestraux sur les territoires qu\u2019ils occupent, et la confiscation historique de ces territoires constitue à leurs yeux une agression politique majeure et continue.Si les droits ancestraux sont maintenant constitution-nalisés, rappelons-nous que ceux-ci n\u2019ont jamais été reconnus spontanément par l\u2019État: ce sont des luttes et des mobilisations intensives, autant politiques que juridiques, organisées depuis des décennies, qui ont forcé -et forcent encore- les gouvernements coloniaux à reconnaître les droits des Autochtones et à les rendre effectifs.À l\u2019heure actuelle, le Canada oblige toujours les différentes nations à entreprendre de longues et coûteuses procédures judiciaires pour prouver leur titre (droit au territoire lui-même) sur des territoires qu\u2019elles habitent et parcourent depuis des milliers d\u2019années.Ce titre est très difficile à prouver dans les contraintes imposées par le droit canadien; il n\u2019est pratiquement jamais reconnu par les juges et, s\u2019il devait l\u2019être, l\u2019État canadien se réserve encore la prérogative de l\u2019extraction et de l\u2019exploitation des ressources et de la colonisation par le biais de ses juridictions provinciales.En effet, les provinces peuvent porter atteinte au titre aborigène si elles poursuivent des objectifs impérieux et réels tels que « [l]\u2019extension de l\u2019agriculture, de la foresterie, de l\u2019exploitation minière et de l\u2019énergie hydro-électrique, le développement économique général de l\u2019intérieur [.], la protection de l\u2019environnement et des espèces menacées d\u2019extinction, ainsi que la construction des infrastructures et l\u2019implantation des populations requises par ces fins» (Delgamuukw c.Colombie-Britannique, [1997] 3 R.C.S.1010, par.165).Même si on accepte la possibilité de reconnaître le droit au territoire à des nations autochtones, on refuse de leur reconnaître le droit de dire non au développement sur celui-ci.Le gouvernement colonial, qui a légué son droit Les auteures sont respectivement pro-fesseure et candidate au doctorat à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa La revendication contemporaine des peuples autochtones du droit de dire non au développement sur leur territoire témoigne d'une conception particulièrement forte de l'indépendance politique.constitutionnel à l\u2019État canadien, a protégé de manière impérieuse le droit exclusif de la Couronne à l\u2019exploitation des ressources; l\u2019usage et l\u2019organisation du territoire au Canada sont en conséquence structurellement soumis à cette prérogative souveraine.Voyons maintenant comment opère cette contrainte politique sur l\u2019étendue des revendications autochtones sur le territoire.L'IMPÉRATIF DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE Pendant que certaines nations négocient l\u2019actualisation de leurs droits ancestraux avec les différents paliers de gouvernement, ou tentent de régler des contentieux par les voies judiciaires, l\u2019exploitation économique se poursuit sur leurs territoires traditionnels, généralement sans leur consentement.Au Québec, par exemple, si les compagnies qui opèrent des projets d\u2019exploitation en territoire autochtone s\u2019empressent de conclure des ententes sur les répercussions et les avantages avec les communautés concernées, cela ne garantit d\u2019aucune manière le droit de refuser le développement.En effet, dans le cas où une communauté refuserait de conclure une entente, le scénario le plus RELATIONS mai-juin 2014 B3 dOSSieR Lino, Le sentier du silence, 2014, acrylique et collage sur papier L'auteur est directeur général de Citizens for Public Justice, à Ottawa mai-juin 2014 probable est que le projet d\u2019exploitation poursuive quand même son cours, sans verser de redevances aux communautés et laissant à celles-ci le fardeau de poursuivre les compagnies et le gouvernement devant les tribunaux.Si les communautés décident néanmoins de résister au développement, par exemple en érigeant un barrage sur une route pour empêcher la livraison de matériaux de construction sur un chantier, comme ce fut le cas à Mani-Utenam en 2012, non seulement les manifestants sont délogés par les forces policières, mais les compagnies obtiennent facilement des injonctions contre les communautés pour les empêcher de faire entrave au développement du chantier.En somme, soit les communautés acceptent de se lier à la souveraineté canadienne et d\u2019embrasser l\u2019impératif du développement économique en signant des ententes avec l\u2019État par lesquelles elles abdiquent leurs droits ancestraux au profit d\u2019une participation aux dividendes de l\u2019exploitation industrielle de leur territoire (ce qu\u2019on appelle les traités), soit elles le font par le biais d\u2019ententes monétaires avec des compagnies privées qui opèrent déjà de facto, avec la protection de la Couronne, sur leurs territoires.La maîtrise autochtone des territoires traditionnels n\u2019est donc reconnue, au Canada, que dans la cession de cette maîtrise.Les communautés se voient ainsi nié le droit de refuser le développement économique sur leur territoire.C\u2019est l\u2019argent ou rien du tout.RÉSISTER À LA PRISE DE TERRE Devant l\u2019impossibilité de faire entendre leurs revendications par les canaux institutionnels de la justice procédu- rale et des négociations d\u2019ententes avec les gouvernements, certains groupes autochtones, dont Idle No More a réalisé l\u2019alliance visible, adoptent en parallèle d\u2019autres tactiques et stratégies.Marches, manifestations, barrages routiers, pétitions, grèves de la faim, campements, rondes et danses en habits traditionnels, festins, rencontres, cercles de guérison, éducation sont autant de moyens de faire valoir leur Un christianisme social fragilisé JOE GUNN «Je voudrais une Église pauvre, pour les pauvres.» François Contrairement à ce qu\u2019on observe aux États-Unis, il est presque impossible de trouver des mouvements pour la justice sociale exclusivement catholiques au Canada anglais.Ainsi, les catholiques progressistes se joignent à des croyants d\u2019autres traditions religieuses provenant généralement des Églises protestantes, dans des organisations œcuméniques, ou encore ils s\u2019engagent dans des organisations non confessionnelles.Par exemple, plusieurs chrétiens engagés sont membres de KAIROS, qui appuie des luttes régionales contre des projets de développement basés sur l\u2019industrie du pétrole ou du gaz de schiste, par exemple.D\u2019autres sont membres de Citizens RELATIONS attachement au territoire traditionnel, leur droit à celui-ci, et de rendre visible une culture millénaire qui en propose un usage autre, permettant d\u2019autres formes de vie que celle inscrite dans l\u2019entreprise impériale canadienne.Idle No More illustre en ce sens la facilité avec laquelle peuvent se mobiliser des milliers de personnes lorsqu\u2019elles ont déjà une culture politique active et intégrée dans des pratiques sociales et culturelles axées sur l\u2019autonomie.Un mouvement d\u2019une telle ampleur n\u2019invente pas une mobilisation, il la révèle.La revendication contemporaine des peuples autochtones du droit de dire non au développement sur leur territoire nous semble témoigner dans ce contexte d\u2019une conception particulièrement forte de l\u2019indépendance politique.Il s\u2019agit de réclamer la jouissance de tous les moyens et de toutes les possibilités d\u2019une vie digne, y compris dans l\u2019établissement d\u2019un rapport au territoire délié du capitalisme et de l\u2019État.UNE INTERPELLATION POUR LA GAUCHE Une posture politique aussi potentiellement transformatrice du consensus économique et social nord-américain semble peu articulée au sein des forces progressistes actuelles.En effet, si plusieurs luttes de la gauche visent à s\u2019opposer à des formes de valorisation des ressources naturelles préjudiciables pour la société et la viabilité des écosystèmes, ces luttes ne peuvent se fonder, contrairement à la résistance autochtone, sur un arsenal juridique et sur une conception politique qui permettent de concevoir un titre foncier collectif plutôt que fondé sur la propriété privée.De plus, ces luttes ne se déploient pas dans l\u2019horizon d\u2019une autre grammaire économique que celle du capitalisme, se contentant souvent, d\u2019une part, de s\u2019opposer au développement préjudiciable et, d\u2019autre part, de revendiquer une redistribution plus juste de la richesse produite selon ce modèle.Dans l\u2019esprit de cette revendication du droit de dire non au développement sur leur territoire, les luttes politiques autochtones contemporaines doivent être lues et reçues comme l\u2019activation d\u2019une connaissance et d\u2019une mémoire de liberté avec laquelle il s\u2019agit de se mettre en rapport, et non comme la revendication de groupes sociaux exclus souhaitant s\u2019intégrer au système économique et juridique dominant - cette dernière vision correspondant précisément à la finalité assimilatrice du colonialisme.La gauche québécoise et canadienne doit impérativement se saisir dans le détail de la situation juridique et politique dans laquelle se situent les luttes autochtones pour le droit au territoire.Cela doit non seulement inclure la reconnaissance sans condition de la souveraineté des peuples autochtones sur leurs territoires traditionnels, mais aussi permettre d\u2019amorcer un travail de compréhension de la solidarité sociale comme étant le fait d\u2019une relation au territoire non médiée par le capital, et plus inclusive, plus intime et non extractiviste.\u2022 for Public Justice, qui se consacre à la question de la pauvreté au Canada, aux changements climatiques et aux droits des réfugiés - des priorités partagées par le Conseil canadien des Églises (CCE), qui rassemble 25 Églises chrétiennes.En 2013, le CCE réclamait plus d\u2019action gouvernementale pour lutter contre les changements climatiques, une enquête sur le sort des centaines de femmes autochtones disparues au Canada, et la signature du Traité sur les armes légères des Nations unies.Or, depuis que le gouvernement conservateur est au pouvoir, il encourage stratégiquement le travail de certaines communautés de foi pendant qu\u2019il en rejette d\u2019autres1.Une forte «confessionnalisation» caractérise désormais les critères de financement fédéraux en matière de développement international.Ainsi, les ONG qui déclarent faire du prosélytisme ont vu leur financement augmenter de 72%, et celles se définissant comme religieuses, de 28% en 1.Lire J.Gunn, « Dilemmas of Faith, Funding and Federal Politics », The Ecumenist, vol.51, no 1, hiver 2014.moyenne.En comparaison, le financement des ONG séculières n\u2019a crû que de 5%.Une autre tendance marquée est la régionalisation croissante du financement fédéral au bénéfice des ONG de l\u2019Ouest canadien.Il faut toutefois établir une distinction.Parmi les ONG religieuses, toutes n\u2019ont pas bénéficié de ces changements.Les groupes appuyant des causes progressistes à l\u2019étranger, faisant du travail d\u2019éducation populaire sur place ou du plaidoyer au Canada, par exemple, ont subi des coupes.La décision des conservateurs de mettre fin au financement de KAIROS, en 2009, l\u2019illustre bien, tout comme l\u2019annonce faite par l\u2019Agence canadienne de développement international, en mars 2012, de couper de plus de 66% le financement de Développement et Paix, caractérisé par son engagement pour la justice sociale.Au même moment, les ONG religieuses disposées à travailler en collaboration avec des compagnies minières canadiennes ont reçu des millions de dollars.Le gouvernement fédéral finance par ailleurs des projets de construction en tout genre - incluant le développement de terrains de sport - dans certaines écoles privées chré- RELATIONS mai-juin 2014 oa dOSSieR Des chrétiens engagés pour la justice sociale Les chrétiens « de gauche » ont une longue histoire au Québec comme au Canada.Leurs actions en concertation dérangent les pouvoirs en place.RICHARD RENSHAW L'auteur est membre du comité de coordination du Réseau œcuménique justice et paix (ROJeP) J Dans aucun autre pays on n'a été aussi loin qu'au Canada dans la promotion d'un tel travail œcuménique pour la justice sociale.e désigne par chrétiens de gauche ceux et celles dont la foi les conduit à un engagement dans la société en vue d\u2019une transformation sociale caractérisée par une plus grande égalité et une plus grande justice, en particulier pour les exclus.À cet égard, ma perspective est inextricablement liée à celle du théologien de la libération péruvien Gustavo Gutiérrez, qui insiste sur le rôle pivot que jouent les pauvres eux-mêmes pour se libérer de la pauvreté et de l\u2019exclusion.Une telle approche a été à l\u2019origine d\u2019efforts faits dans le passé, tant au Québec que dans le reste du Canada, pour améliorer les droits des travailleurs.À titre d\u2019exemple, au XXe siècle, mentionnons la montée du mouvement Social Gospel dans l\u2019Ouest canadien, sous la direction du pasteur protestant Tommy Douglas, à l\u2019origine de la Fédération du Commonwealth coopératif, fondée en 1932 et qui deviendra le Nouveau parti démocratique, en 1961.Pensons aussi aux efforts faits par Moses Coady, en Nouvelle-Écosse, pour encourager les pêcheurs à s\u2019organiser en coopératives, dans les années 1950.Au Québec, de nombreux membres de l\u2019Action catholique alimentèrent les mouvements sociaux et ouvriers à l\u2019époque de la grève d\u2019Asbestos (1949) et de la création de la Confédération des syndicats nationaux et du mouvement des Caisses populaires Desjardins.Dans la foulée du concile Vatican II et de son ouverture à l\u2019œcuménisme, des catholiques au Québec et au Canada ont souhaité travailler pour la justice sociale avec des chrétiens d\u2019autres traditions, influencés par la mouvance mondiale du Conseil œcuménique des Églises (fondé en 1948) et par divers mouvements socialistes.Avec l\u2019appui des principales Églises chrétiennes du Canada, diverses coalitions pour la justice sociale œcuménique ont vu le jour au début des années 1970, dont Ten Days for World Development, Project North (initialement pour lutter contre les conséquences du pipeline Mackenzie pour la nation dénée dans les Territoires du Nord-Ouest) et le Interchurch Committee for Human Rights in Latin America (fondé pour aider les victimes du coup d\u2019État au Chili en 1973).Dans aucun autre pays on n\u2019a été aussi loin qu\u2019au Canada dans la promotion d\u2019un tel travail œcuménique pour la justice sociale.Au milieu des années 1990, au moins huit coalitions interÉglises se consacraient à des luttes sociales dans le tiers-monde, mais aussi à la défense des droits des peuples autochtones au Canada.Développement et Paix, l\u2019organisme de coopération internationale de l\u2019Église catholique -et un de ses rares organismes à avoir son siège social au Québec-, a joué un rôle de rassembleur important à cet égard.tiennes post-secondaires.Une douzaine d\u2019universités privées chrétiennes sont aussi, pour la première fois, devenues admissibles à un financement de plusieurs millions de dollars, «un geste sans précédent de la part du gouvernement fédéral», selon Faith Today, la revue du Evangelical Fellowship of Canada.Ces collèges et universités sont évangéliques pour la plupart et quelques institutions exigent de leurs étudiants le respect d\u2019un code moral accusé d\u2019être en contradiction avec les mesures sur la non-discrimination au Canada.Confrontés à tous ces changements, les chrétiens et chrétiennes de gauche doivent, de plus, composer avec un changement d\u2019attitude de la part des leaders de la hiérarchie catholique.En effet, il y a une dizaine d\u2019années, interpellés par leur base progressiste, ceux-ci auraient plaidé pour le développement de l\u2019aide internationale et la défense des droits des nouveaux arrivants, des plus pauvres et des Autochtones.À présent, les demandes provenant de cette base, qui invitent à une position critique face au gouvernement conservateur, sont écartées sous l\u2019influence d\u2019une frange conservatrice de l\u2019épiscopat.Ainsi, la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a refusé de se joindre aux 60 représentants d\u2019autres traditions religieuses qui ont signé l\u2019Appel interreligieux canadien au leadership et à l\u2019action sur le changement climatique.En décembre 2013, la CECC a également refusé de signer une déclaration sur les droits des réfugiés (alors que le primat de l\u2019Église anglicane, les modérateurs des Églises unie et presbytérienne ainsi que l\u2019évêque luthérien national l\u2019avaient fait).Le pape François dit pourtant, dans son exhortation apostolique Lajoie de l'Évangile, que l\u2019Église «ne peut ni ne doit rester à l\u2019écart dans la lutte pour la justice» (EG 183).Mais alors que les chrétiens et les chrétiennes de gauche se sentent soutenus par le rappel de cette interpellation évangélique fondamentale, une partie influente de la hiérarchie catholique continue de rester sourde à cet appel.28\tmai-juin 2014 RELATIONS DES CAMPAGNES MAJEURES Une autre étape marquante est survenue dans le cadre des célébrations du Jubilé de l\u2019an 2000.Le changement de millénaire était vu par plusieurs groupes engagés pour la justice comme un moment important pour organiser un mouvement international pour éradiquer la pauvreté.L\u2019accent a été mis sur l\u2019annulation de la dette des pays les plus pauvres.En 1997, les coalitions inter-Églises au Canada se sont mobilisées au sein de l\u2019Initiative œcuménique canadienne pour le Jubilé, avec le soutien de Développement et Paix et la collaboration de plusieurs groupes chrétiens engagés au Québec, afin de convaincre le gouvernement canadien d\u2019annuler les dettes contractées auprès de lui par des pays pauvres.Une pétition rassemblant 640000 signatures a été remise au premier ministre et au ministre des Finances de l\u2019époque, Jean Chrétien et Paul Martin, qui ont en effet annulé la plupart de ces dettes1.Ce mouvement sans précédent à travers le Canada a marqué un point culminant pour la gauche chrétienne.Il n\u2019est pas étranger à la fondation, en 2001, de KAIROS, une organisation œcuménique pancanadienne vouée à la justice sociale.Plutôt qu\u2019une panoplie de coalitions, il existe depuis lors une seule structure coordonnée par les principales Églises - catholique et protestantes - faisant un travail de sensibilisation, de plaidoyer et de coopération internationale dans une perspective de justice sociale.Au Québec, c\u2019est aussi la campagne du Jubilé de l\u2019an 2000 qui a amené, en 1997, une vingtaine d\u2019organismes québécois à se regrouper en Réseau québécois sur le Jubilé.Cette coalition a par la suite décidé de mettre sur pied le Réseau œcuménique justice et paix (ROJeP) qui mène souvent des campagnes parallèles ou complémentaires à celles de KAIROS et de Développement et Paix.Une des plus importantes a été consacrée au droit à l\u2019eau, en lien avec un travail fait à l\u2019échelle internationale par des ONG et des militants de partout dans le monde, 1.Les pays devaient cependant avoir complété le programme de réduction de la dette du FMI et de la Banque mondiale, soit l\u2019Initiative pour les pays pauvres très endettés.incluant Vandana Shiva et Riccardo Petrella, qui luttent pour la sauvegarde des sources d\u2019eau nécessaires à l\u2019agriculture et à la consommation humaine.Mais au Canada, le premier ministre canadien de l\u2019époque, Paul Martin, n\u2019était pas du tout chaud à l\u2019idée de reconnaître le droit à l\u2019eau comme un droit humain fondamental.Tout comme Stephen Harper aujourd\u2019hui, il estimait plus important pour son gouvernement de préserver de bonnes relations commerciales, en particulier avec les États-Unis.L\u2019accent de la campagne canadienne a donc été mis sur la nécessité de convaincre les gens de ne plus acheter d\u2019eau embouteillée, cette eau étant l\u2019exemple éloquent de la marchandisation d\u2019une ressource vitale irremplaçable qui devrait être reconnue comme un droit.Par la suite, avec d\u2019autres organisations de la société civile telles que l\u2019Institut Polaris et le Conseil des Canadiens, du côté du Canada anglais, et le Comité pour les droits humains en Amérique latine, au Québec, KAIROS et le ROJeP ont mené conjointement une grande campagne de sensibilisation sur les activités des compagnies minières canadiennes à travers le monde.Ils ont également fait pression sur le gouvernement fédéral pour qu\u2019il exerce un contrôle plus strict sur leurs activités, qui ont de graves conséquences environnementales et sociales.Les partis d\u2019opposition fédéraux se sont ralliés à cette position, insistant sur l\u2019importance de mettre en place une législation plus sévère.Sachant que 75% des compagnies minières dans le monde sont enregistrées au Canada, qui leur offre un régime judiciaire et fiscal complaisant, de telles revendications ne sont pas pour plaire à ceux qui maintiennent ces avantages.La résistance des compagnies, comme celle du gouvernement, n\u2019a pas tardé à se manifester et, pour l\u2019instant, la lutte continue pour obtenir des avancées qui tardent à se concrétiser.Ce ne sont là que quelques exemples d\u2019engagements pour la justice sociale qui dérangent les lobbies économiques et le gouvernement conservateur actuel.La façon dont ce dernier a réussi à affaiblir des organismes comme Développement et Paix ainsi que KAIROS, en coupant de manière substantielle leur financement public ou, pour d\u2019autres, en leur retirant le statut d\u2019organisme de bienfaisance, limitant ainsi leur capacité de recueillir des fonds, le démontre amplement (voir l\u2019encadré de Joe Gunn, p.26).Les temps sont difficiles, d\u2019autant plus que le courant conservateur au sein des Églises, en syntonie avec l\u2019idéologie du gouvernement Harper, resserre son contrôle.\u2022 Lino, La croisée, 2014, acrylique et collage sur papier RELATIONS mai-juin 2014 09 aiLLeuRS La Deuxième République tunisienne L'adoption d'une nouvelle Constitution, le 26 janvier 2014, marque une étape importante dans la démocratisation des institutions politiques et judiciaires tunisiennes.LISE GARON L'auteure est\tA près la fuite du dictateur Ben Ali, professeure associée\ten 2011, et l\u2019élection libre de pou- à l'Université Laval\tvoirs publics provisoires, en 2012, une troisième étape vient d\u2019être franchie dans la construction de la jeune démocratie tunisienne: l\u2019Assemblée constituante a adopté une Constitution manifestement inspirée par la Déclaration universelle des droits de l\u2019Homme.Elle reconnaît le droit d\u2019association, la liberté d\u2019opinion et de culte, le respect de la dignité humaine et de la vie privée.Et, phénomène unique en terre d\u2019Islam, la Constitution établit l\u2019égalité entre les hommes et les femmes dans le domaine public, la protection des acquis de la femme depuis l\u2019indépendance du pays, le principe de parité entre hommes et femmes dans les assemblées élues et la lutte contre les violences faites aux femmes.Enfin, la Deuxième République tunisienne est construite sur le principe de la séparation des pouvoirs -exécutif, législatif, judiciaire et société civile-, chacun d\u2019eux étant maintenant doté de la capacité juridique d\u2019empêcher les autres de violer les droits prescrits par la Constitution.TUNISIE ALGÉRIE L'EXÉCUTIF Elle est bien révolue l\u2019époque où Ben Ali, un policier de carrière, se faisait plébisciter président avec des scores électoraux de 99 % et dirigeait tout personnellement, ne rendant de comptes à personne.L\u2019exécutif sera dorénavant dirigé par un président de la République et un chef du gouvernement qui devront se concerter et se contrôler l\u2019un et l\u2019autre, et qui rendront compte de leur gestion devant l\u2019Assemblée des élus du peuple.Advenant un vote de défiance, ils pourront être forcés de démissionner.L\u2019élection du président, au suffrage universel, ne sera plus organisée par le ministère de l\u2019Intérieur, mais par une instance indépendante des pouvoirs publics.Son mandat sera de cinq ans, renouvelable une seule fois.Quant au chef du gouvernement, il devra être issu de la majorité parlementaire, elle-même élue pour cinq ans.LE LÉGISLATIF Est également révolue l\u2019époque où le Parlement se composait d\u2019un parti unique de facto, le Rassemblement constitutionnel démocratique de Ben Ali, enjolivé de partis décoratifs qui ne pouvaient que faire de «l\u2019opposition constructive».Le législatif se voit confirmé comme pouvoir autonome par la nouvelle Constitution.Celle-ci, en effet, prévoit des garanties pour le respect du pluralisme politique et les droits de l\u2019opposition au sein de l\u2019Assemblée des représentants du peuple.La loi islamique (la charia) n\u2019est pas mentionnée comme source de droit, comme le voulaient initialement les islamistes.Les risques de polarisation entre sécularistes et islamistes, au sein du pouvoir législatif, ont donc été estompés par l\u2019apparition d\u2019une culture du dialogue.La Constitution prévoit également la création d\u2019une Cour constitutionnelle qui empêche le pouvoir législatif de voter des lois contraires aux droits et aux libertés fondamentales.En somme, la Tunisie vient de se doter d\u2019un Parlement habilité à contrôler l\u2019exécutif tout en étant lui-même régulé par une Cour constitutionnelle que l\u2019exécutif et les justiciables peuvent saisir.Toutefois, beaucoup de chemin reste à parcourir pour passer des prescriptions de la Constitution à la réalité.Entre autres choses, la nouvelle loi électorale n\u2019est pas encore adoptée; les premières élections de la Deuxième République tunisienne sont à venir; les lois liberticides demeurent en vigueur entre-temps.LE POUVOIR JUDICIAIRE La présomption d\u2019innocence et le droit à un procès équitable sont maintenant garantis.Parallèlement, la nouvelle Constitution consacre l\u2019indépendance du pouvoir judiciaire face à l\u2019exécutif par l\u2019interdiction faite aux autorités politiques d\u2019interférer dans les décisions de la magistrature et par l\u2019inamovibilité des juges (autrefois, le magistrat qui avait déplu pouvait être muté, mis à la retraite ou révoqué).L\u2019indépendance du pouvoir judiciaire devra, bien sûr, passer le test du temps.Des inquiétudes à ce sujet ont déjà été exprimées par des juristes tunisiens de renom, la Fédération in- 30| mai-juin 2014 RELATIONS aiLLeuRS temationale des droits de l\u2019Homme, Amnistie Internationale et Human Rights Watch.De plus, pour que des élections équitables puissent avoir lieu un jour, il faut s\u2019assurer que le système judiciaire puisse trancher les cas litigieux de façon neutre et impartiale.Ce qui n\u2019est pas le cas aujourd\u2019hui.Le pouvoir judiciaire risque de demeurer le pilier instable de l\u2019édifice démocratique tunisien.Dans l\u2019immédiat, il est devenu urgent pour la paix sociale de régler l\u2019épineuse question des violations des droits humains depuis l\u2019indépendance de la Tunisie.Adoptée le 14 décembre 2013, la Loi sur la justice transitionnelle prévoit de «traiter les atteintes aux droits de l\u2019Homme commises dans le passé, en dévoilant la vérité et en demandant des comptes à leurs auteurs, en dédommageant les victimes et en les rétablissant dans leurs droits, cela dans le but de réaliser la réconciliation nationale» (Article 1).Une instance indépendante, appelée Vérité et Dignité et chargée d\u2019appliquer cette loi, aura le pouvoir d\u2019accéder à l\u2019ensemble des archives publiques et privées ainsi que de convoquer toute personne qu\u2019elle souhaite interroger, y compris celles bénéficiant d\u2019une immunité.Toutefois, les cadres de la police, de l\u2019armée ou du ministère de l\u2019Intérieur, pour ne nommer que ceux-là, pourront refuser l\u2019accès aux archives au nom du secret d\u2019État ou de la sécurité nationale, conformément aux lois en vigueur.À moins que les archives compromettantes aient déjà été manipu- lées, détruites ou volées depuis la chute de la dictature.Chose certaine, l\u2019absence effective de justice transitionnelle ne peut qu\u2019encourager la violence politique chez les salafistes, principales victimes de la dictature de Ben Ali.LA SOCIÉTÉ CIVILE Des institutions civiles telles que l\u2019Union générale des travailleurs tunisiens, la Ligue tunisienne des droits de l\u2019Homme, le Barreau et l\u2019Association tunisienne des femmes démocrates servent de moteurs à la transition démocratique depuis les émeutes populaires ayant entraîné la chute de la dictature.En effet, elles ont prouvé leur capacité à mobiliser la société (manifestations, marches, sit-in, etc.) et à dialoguer avec les pouvoirs publics tout à la fois.Et c\u2019est grâce à leur travail acharné qu\u2019elles ont réussi à réactiver la transition démocratique qui stagnait depuis l\u2019élection des pouvoirs publics provisoires en 2012.Au sein de la société civile, une culture du dialogue vient donc d\u2019apparaître, aux côtés d\u2019une vigoureuse culture de la contestation qui maintient la vigilance face aux trois autres pouvoirs.Cette nouvelle culture politique constitue un prérequis pour que la société civile puisse jouer efficacement son rôle de quatrième pouvoir.Cependant, cette seule condition ne suffit pas.Elle a également besoin de médias qui soient indépendants et qui contribuent à former une opinion publique éclairée.Certes, la liberté de presse est prescrite par la nouvelle Constitution.Mais entre le texte et la situation réelle subsiste toutefois un certain décalage.Par exemple, les professionnels de l\u2019information et les artistes qui expriment des points de vue différents de l\u2019islam orthodoxe tunisien peuvent encore être condamnés par les tribunaux.Et, surtout, le Syndicat des journalistes tunisiens a prié ses membres d\u2019abandonner leur neutralité lorsqu\u2019il s\u2019agit de terrorisme.Il juge sans doute diffi- cile de conserver le lectorat ou l\u2019auditoire tout en alertant les Tunisiens sur les violations des droits fondamentaux de personnes abhorrées par une bonne partie de l\u2019opinion publique, c\u2019est-à-dire les salafistes.Cette crainte est d\u2019autant plus compréhensible qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une loi de la sociologie des médias, tous pays confondus.Pourquoi la Tunisie y échapperait-elle?Par ailleurs, afin d\u2019encadrer les radios et les télévisions commerciales apparues depuis la révolution, il a fallu créer une Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle.Celle-ci est chargée de veiller à ce que ces médias atténuent leur propension au sensationnalisme, donnent plus d\u2019importance à leur mission de former une opinion publique éclairée et n\u2019enfreignent pas les droits prescrits par la Constitution.Pour résumer trop brièvement ce bilan contrasté de la nouvelle Constitution et des perspectives d\u2019avenir de la Deuxième République tunisienne, force est de constater que des progrès gigantesques ont été réalisés depuis le départ de Ben Ali en 2011, mais que le travail qui reste à accomplir est gigantesque également.La vigilance de la société civile doit se maintenir avec la même vigueur à cause des nuages qui s\u2019accumulent à l\u2019horizon tels que l\u2019état catastrophique de l\u2019économie nationale; les graves problèmes de sécurité (fusillades, assassinats politiques, milices, caches d\u2019armes, tentatives d\u2019attentats, etc.); les pratiques répressives héritées de la dictature (arrestations arbitraires, rafles brutales, intrusions dans les mosquées, voies de fait, descentes musclées chez les gens en pleine nuit, torture) dont les salafistes sont les principales cibles.L\u2019expérience tunisienne qui se déroule sous nos yeux vient nous rappeler combien il est difficile de construire une démocratie à partir de rien, dans le vide politique qui suit la chute d\u2019une dictature totalitaire.\u2022 Les membres de l'Assemblée constituante célèbrent l'adoption de la nouvelle Constitution tunisienne, le 26 janvier 2014 à Tunis.Photo: PC/Aimen Zine mai-juin 2014 EU RELATIONS soifs_________________ CHRONiçue LittéRaiRe Autour du rêve d'un Grand Soir En mémoire de Danielle Cuisinier-Dionne (1921-2006) TEXTE: MARIE-CÉLIE AGNANT ILLUSTRATION: RONALD MEVS Notre première rencontre eut lieu au cours d\u2019une manif à Montréal.Années 1980.Je devais y prendre la parole contre la brutalité policière, alliée du racisme, qui avait volé la vie d\u2019Anthony Griffin et, quelques années plus tard, celle de Marcellus François, Rowan Wilson, Martin Suazo, Réal Barnabé, Freddy Villanueva et de tant d\u2019autres encore dont les noms se perdent.Je n\u2019avais que l\u2019âge des flammes et des laves, de la parole rougeoyante et de la fronde, cet âge où l\u2019on dit croire sans trop savoir à quoi l\u2019on croit, ni qui croire.J\u2019avais encore tant à apprendre.Après cette manif, rue Saint-Laurent, nous avons pris un café.Je compris, ce jour-là, que Danielle était de ces voyageuses infatigables qui vont, accrochées au rêve immense d\u2019une possible éclosion de jours meilleurs pour une humanité souffrante.Un rêve qui venait de loin et l\u2019accompagnait depuis toujours.Née en France en 1921, Danielle était la fille du docteur Louis Cuisinier, médecin et aviateur, qui avait servi, au cours de la Première Guerre, sur les lignes de front pendant les 18 mois de la désastreuse bataille de Verdun.Profondément dégouté par cette boucherie au cours de laquelle périrent pas moins de 700000 personnes et, surtout, par l\u2019entêtement de ceux qui la menaient, le docteur Cuisinier émigre au Canada avec sa famille après la guerre.Danielle a environ quatre ans.Sa sœur et elle seront scolarisées par les parents, pour éviter les écoles confessionnelles.En 1936, elle se retrouve en France où le Front populaire semble donner des ailes à l\u2019espoir.Elle y poursuit des études en histoire de l\u2019art, en langues -russe et allemand- et en art dramatique avec Louis Jouvet et Jean Meyer.À la poursuite de son rêve, Danielle se joint aux Jeunesses communistes.Dès le début de l\u2019occupation allemande, elle est membre d\u2019un réseau de la Résistance.En 1940, malgré leur jeune âge, les sœurs Cuisinier seront arrêtées, emprisonnées, et leur mère, internée.Une fois libérée et de retour au Canada, Danielle adopte pour toujours l\u2019humanité souffrante.Elle est de tous les combats et de tous les soleils, et les décideurs -chiens de garde des institutions militaires, de l\u2019ordre social et politique et des valeurs de la droite- avaient beau, année après année, sans motifs déclarés, lui refuser la nationalité canadienne, son territoire ne connaissait point de limites.Artisane de la liberté, son rêve ne moisissait pas au fond d\u2019un tiroir, sur des feuilles de papier jauni; elle ne se contentait pas d\u2019exprimer vaguement un choix politique et idéologique qui aurait à changer de direction au moindre souffle du moindre alizée; elle portait ses causes, comme on porte un trésor, dans les usines.Elle devient secrétaire du Parti ouvrier progressiste du Québec (communiste).On la retrouve au journal La Victoire, puis à Combat, en tant que rédactrice.Une vie ouvertement engagée qui ne laissera aucun doute sur son orientation et ses opinions politiques.Elle épousera Camille Dionne, membre de la direction du Parti communiste du Québec.Danielle affichait sans crainte les rêves de tous ceux que l\u2019on condamne au silence et à la peur, sa mémoire était pleine de tous les échos, de tous les cris contre les persécutions et l\u2019injustice, contre la misère et l\u2019exploitation, la haine et les guerres.À l\u2019époque où nous nous sommes rencontrées, elle animait une émission à caractère politique sur les ondes d\u2019une radio communautaire; quelques jours plus tard, elle m\u2019y recevait.Nous avons parlé sans doute des dictatures, des guerres larvées, des guerres ouvertes, de toutes ces guerres inutiles qui affament et déciment les peuples.Avec elle, j\u2019ai tant appris sur le mouvement syndical québécois aujourd\u2019hui affaibli; elle me fit découvrir le contexte historique dans lequel les luttes syndicales et sociales s\u2019étaient menées, leur impact, la place des femmes, leur rôle capital lors des grèves du textile des années 1940 et 1950, dans ce Québec de la Grande Noirceur, garrotté par l\u2019Église et le conservatisme de Duplessis.mai-juin 2014 RELATIONS Portrait, 2006, acrylique sur textile Elle me fit connaître Léa Roback, Madeleine Parent, ces pionnières, femmes hors du commun, maîtresses de tant de chemins.Je lui fis part un jour de mes inquiétudes de voir certains jeunes, dont les parents s\u2019étaient toujours présentés comme progressistes, afficher parfois un comportement ouvertement réactionnaire et rétrograde.Je crains tant, lui disais-je, de ne pouvoir m\u2019assurer que mes enfants ne deviennent pas de petits microbes capitalistes, rétrogrades et futiles.«On ne transmet bien que ce que l\u2019on possède vraiment», me répondit-elle, «les gens croient souvent qu\u2019il leur suffit de proclamer qu\u2019ils sont des êtres de conviction, hélas, ce n\u2019est guère suffisant! » En 2003, dans un recueil collectif intitulé Lettres d\u2019outre-mer pour en finir avec la guerre (Lanctôt Éditeur), je lui dédiais mes mots sous le titre « Chère Danielle »:«[.] Ainsi, les leçons de l\u2019histoire n\u2019auraient sans doute pas servi à grand-chose?Encore une fois, des dirigeants pusillanimes n\u2019auront pas relevé la tête ou si peu.Le monde se laissera-t-il à nouveau subjuguer par la bête immonde?L\u2019analogie historique s\u2019étendra-t-elle plus loin, au point qu\u2019il faudra que toute la planète soit dans les fers ou en flammes pour que d\u2019un seul cri jaillisse un NON aux tueries, NON à la guerre, aux guerres, à toutes les guerres?[.] le devoir de mémoire, le devoir d\u2019indignation demeure notre seul espoir [.]».Elle avait plus de 80 ans lorsqu\u2019en 2002, elle fit paraître, dans Les Cahiers de La Femme, le poème ci-contre, ce rêve d\u2019un Grand Soir.\u2022 mai-juin 2014 LA COUPE EST PLEINE, IL FAUT LA BOIRE Quand le tyran commande aux esclaves cooptés De suborner leurs frères (Palestine, Haïti, Afrique du Sud).Quand le banquier fait croire au pauvre Que le pauvre lui doit de l\u2019argent.Quand les États riches Traitent les nations pauvres en apatrides.Quand la pauvreté est tenue responsable Des déficits bancaires.Quand les malades sont tenus comptables Du coût social de leurs souffrances.Quand la violence quotidienne et universelle Remplace l\u2019universalité de la sécurité sociale.Quand les enfants pauvres Des pays riches Assument les dettes de l\u2019État.Quand on dit sans rire Que tous les fabricants d\u2019armes sont coupables Mais qu\u2019on les laisse faire.Quand on dit sans rire Qu\u2019il faut juger les criminels de guerre Mais que la guerre elle-même n\u2019est pas un crime.Quand l\u2019appauvrissement absolu du tiers-monde Paie les salaires des millionnaires des grandes puissances.Quand les survivants des génocides Sont tenus pour suspects et responsables De n\u2019être pas morts.Alors la coupe est pleine Et il faut la boire.Danielle Cuisinier-Dionne RELATIONS PROCHatN NUméRO Le numéro de juillet-août de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies le 11 juillet.Pensez à le réserver.Il comprendra notamment un dossier sur: l'Inde Géant aux visages multiples et puissance mondiale en devenir, l\u2019Inde connaît un essor indéniable depuis les deux dernières décennies malgré le ralentissement économique relatif des dernières années.Le développement d\u2019un capitalisme indien sur fond d\u2019inégalités profondes entraîne son lot de transformations et de résistances, dans lesquelles les mouvements sociaux jouent un rôle majeur, notamment dans le domaine de l\u2019agriculture paysanne.Entre modernisation à l\u2019occidentale, traditions millénaires et gestion d\u2019un pluralisme politique, juridique, culturel et religieux vertigineux, la « plus grande démocratie au monde », qui sort tout juste d\u2019une élection législative, négocie et invente sa modernité.Ce dossier se penchera sur l\u2019originalité et le dynamisme social de ce pays-continent et sur la place que sont appelées à y occuper les femmes.Bruno Ricca, Lenfant à la fenêtre.Photo prise dans la gare de Mysore, janvier 2013 À lire aussi dans ce numéro : \u2022\tun débat sur le microcrédit; \u2022\tune analyse sur la situation en Afrique du Sud; \u2022\tun bilan de la première année du pape François; \u2022\tle dernier Carnet de Naïm Kattan; \u2022\tla dernière chronique littéraire de Marie-Célie Agnant; \u2022\tles photos de notre artiste invité, Bruno Ricca.Recevez notre infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d'envoi sur la page d'accueil de notre site Internet : .campagNe De fiNaNcemeNt 2014 Vous croyez que le Centre justice et foi est une institution importante dont les activités nourrissent votre réflexion et vous permettent d'être en lien avec des personnes préoccupées de justice sociale?Vous appréciez le rôle de vigilance et d'interpellation constante du secteur Vivre ensemble sur un grand nombre de questions d'actualité et son parti pris pour les exclus?Vous considérez que la revue Relations - remplit une mission cruciale: celle de proposer une analyse critique et des voies d'avenir pour le monde, la société et le christianisme?'O' ceNtRe Justice et foi ^ coeur deS ^ de société Vous appréciez les Soirées Relations et les Journées d'étude qui permettent de mieux comprendre et approfondir les débats sociopolitiques complexes que nous traversons?Pour continuer à offrir toutes ces réflexions et activités qui favorisent un regard différent sur l'actualité et qui nourrissent l'engagement, nous avons besoin de votre soutien.Votre don peut être fait en nous retournant le formulaire mis en ligne au www.cjf.qc.ca.ü mai-juin 2014 RELATIONS Défendre les droits humains contre le pouvoir des entreprises RegaRD L'élaboration du Traité des peuples marque une nouvelle étape dans l'émergence d'un contre-pouvoir à l'échelle mondiale, déterminé à mettre fin à l'impunité dont jouissent les transnationales qui violent les droits humains et environnementaux.RICHARD GIRARD Le 24 avril 2013, un édifice de huit étages, le Rana Plaza, s\u2019est écroulé à Dacca au Bangladesh, tuant plus de 1100 travailleurs et travailleuses et en blessant 1000 autres.Les victimes, principalement des femmes, travaillaient dans des usines de textile dont les propriétaires sont des compagnies (NewWave Bottoms, Phantom, Ether Tex) qui fabriquent des vêtements pour des détaillants du monde entier tels Walmart, Loblaws, Benetton, Bonmarché, El Corte Inglés, Mango, Matalan et Primark.En réaction à cette tragédie, des survivants, des Bangladais indignés, des groupes de la société civile et des syndicats à travers le monde, entre autres, ont demandé que justice soit faite pour ces victimes tuées.Les propriétaires de l\u2019immeuble font ainsi face à des accusations de meurtre et certaines des compagnies qui produisent des vêtements dans ces ateliers, pliant sous la pression, ont signé l\u2019Accord sur les mesures de sécurité relatives aux incendies et aux bâtiments au Bangladesh, établi après le drame.Si cet accord est un premier pas dans la bonne direction pour rendre les lieux de travail plus sécuritaires, il n\u2019existe toujours aucun recours pour que les victimes et leur famille obtiennent des compensations des entreprises transnationales qui ont prospéré grâce à la vente des vêtements produits dans les usines du Rana Plaza.Malheureusement, le drame du Rana Plaza n\u2019est pas un cas isolé.Les transnationales sont responsables de sérieuses violations de droits humains un peu partout dans le monde.Depuis des années, des cas sont rapportés, discutés et dénoncés lors de forums tels que le Tribunal permanent des peuples (TPP) sur les activités des transnationales européennes en Amérique latine, tenu en 2010, et le TPP actuellement en cours au Mexique.Ces tribunaux et d\u2019autres du même genre permettent de documenter et de faire connaître des cas d\u2019abus et de violations causés par les transnationales, mais ils ne détiennent pas le pouvoir légal de les juger, de les condamner et de les sanctionner.Ce type d\u2019action judiciaire relève des gouvernements et des sys- tèmes de justice nationaux.Toutefois, des lois faibles, le manque de surveillance et la collusion constante qui existe entre les élus et les transnationales ont créé une situation où ces dernières réussissent à éviter toute sanction.Par conséquent, les institutions internationales seraient en principe toutes désignées pour mettre fin à l\u2019impunité dont profitent les compagnies.Malheureusement, l\u2019Organisation des Nations unies (ONU), l\u2019institution qui a historiquement joué un rôle dominant en matière de droits humains, a choisi d\u2019adopter une stratégie de collaboration et de partenariat avec les transnationales plutôt que de chercher à règlementer et sanctionner leurs abus.DÉRIVE DE L'ONU Il n\u2019en a pas toujours été ainsi cependant.Dans les années 1970 et jusqu\u2019au début des années 1980, l\u2019ONU avait le mandat de règlementer et de surveiller les activités des transnationales, lesquelles étaient perçues comme exerçant une pression excessive sur les pays du Sud et portant une part de responsabilité dans certains aspects de leur sous-développement.Sous l\u2019influence du néolibéralisme, ce mandat a été transformé de manière à faciliter l\u2019accès des pays en développement à l\u2019investissement direct étranger, contribuant à éloigner l\u2019ONU de son rôle de chien de garde.L\u2019ONU s\u2019est rapprochée des transnationales dans les années 1990 lorsqu\u2019elle s\u2019est mise à chercher des fonds auprès de philanthro-capitalistes comme le multi-milliardaire américain Ted Turner, qui lui a fait un don d\u2019un milliard de dollars.Ce geste a marqué le début d\u2019une nouvelle ère qui se poursuit aujourd\u2019hui et qui a permis au secteur privé de se tailler une place au cœur de l\u2019appareil onusien.Ce modèle où l\u2019ONU joue un rôle de partenaire plutôt que de régulateur face aux grandes entreprises s\u2019est approfondi à la fin de l\u2019année 1998, lors de la création du Pacte mondial (plus connu sous le nom de Global Compact).En adhérant à ce pacte, les entreprises s\u2019engagent à suivre certaines règles de conduite dans leurs activités et la gestion de leurs chaînes d\u2019approvisionnement, mais leurs engagements sont non contraignants et faits sur une base volontaire.Le manque de mécanismes de contrôle est patent.L\u2019évaluation de leur respect des règles se base sur les rapports fournis par les entreprises, sans qu\u2019aucune tierce partie indépendante ne vérifie la véracité des affirmations qu\u2019elles y font.Si l\u2019une d\u2019entre elles ne respecte pas un code de conduite ou échoue à faire état des progrès réalisés, la pire sanction qu\u2019elle risque est son retrait potentiel de la liste des membres du Pacte.L'ONU a choisi d'adopter une stratégie de collaboration et de partenariat avec les transnationales plutôt que de règlementer et sanctionner leurs abus.L'auteur est directeur général du Polaris Institute à Ottawa ?RELATIONS mai-juin 2014 B RegaRD Ce type de protocole volontaire sert désormais de base pour d\u2019autres outils similaires, faibles et non contraignants, basés sur le modèle de la responsabilité sociale des entreprises, qui décharge les transnationales de toute obligation légale de protéger les droits humains et environnementaux.Même la section du Conseil des droits de l\u2019Homme consacrée aux affaires et aux droits humains fait la promotion de pareils protocoles.Il en résulte un système de lois faibles qui échoue à réglementer le comportement des entreprises à l\u2019échelle internationale, pendant que celles-ci exploitent les failles dans la surveillance gouvernementale, ignorent les conséquences négatives de leurs activités et font un maximum de profit.À l\u2019inverse, les droits des transnationales sont protégés à l\u2019intérieur du cadre legal établi dans les accords de libre-échange et d\u2019investissement, qui sapent la capacité des États d\u2019imposer des normes juridiques sévères pour protéger les droits humains et environnementaux.Ce dispositif, qui contribue à l\u2019impunité dont bénéficient les entreprises, comprend des mécanismes contraignants comme l\u2019Organe de règlement des différends de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC), le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements de la Banque mondiale, ou encore les recours investisseur-État comme celui du chapitre 11 de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain.Comment se fait-il que le système international des droits humains ne dispose, pour sa part, d\u2019aucun traité contraignant pour imposer des sanctions aux compagnies?Devant ce grave manque, un mouvement international venant de la base s\u2019organise afin de mettre fin à cette «architecture de l\u2019impunité » et de développer un traité des peuples qui imposera des protocoles contraignants aux transnationales.LE TRAITÉ DES PEUPLES L\u2019élaboration d\u2019un tel traité des peuples est une des stratégies prioritaires d\u2019une nouvelle campagne internationale qui réunit plusieurs réseaux, mouvements et organisations qui luttent contre les multiples façons qu\u2019ont les multinationales de s\u2019approprier notre avenir et notre héritage naturel en minant nos droits, et ce, à une échelle globale.Fondé sur des principes de solidarité et de mobilisation, le processus d\u2019élaboration du Traité des peuples s\u2019insère dans la Global Campaign to Dismantle Corporate Power and Stop Impunity1 et s\u2019appuie sur la conviction que l\u2019architecture globale de l\u2019impunité devrait être contrecarrée au moyen d\u2019une solution juridique radicale venant de la base, des peuples et en particulier des populations les plus touchées par les violations de droits commises par les transnationales.Le terme «traité» réfère normalement à un document signé par des États.Dans ce projet, il s\u2019agit d\u2019affirmer que les peuples peuvent et devraient faire leurs propres lois.Le terme est donc employé dans un sens radicalement différent de celui que les normes légales lui attribuent habituellement.L\u2019objectif principal de ce traité est de proposer et éventuellement de créer véritablement les outils légaux nécessaires pour défendre et protéger les droits humains et environnementaux des abus des transnationales.Un groupe de travail s\u2019affaire présentement à écrire la première version du traité et consulte des membres de la campagne, des mouvements sociaux et des experts juridiques au sujet de son contenu, mais aussi de ses assises potentielles sur le plan juridique.Il est clair que ce traité aura une forte valeur symbolique pour ceux et celles qui subissent des injustices causées par des transnationales, mais des efforts coordonnés à long terme seront nécessaires pour que le document acquière un statut légal.Ceci dit, peu importe ce qui se passera sur ce plan, le processus reste très important parce que les protagonistes principaux derrière le Traité des peuples, son élaboration et sa mise en œuvre, sont ceux qui sont brimés par les Un mouvement international venant de la base s'organise afin de développer un traité des peuples qui imposera des protocoles contraignants aux transnationales.pimuaw www.cssante.ca 418 682-7939 Un espace de réflexion, d\u2019analyse, de dialogue et d\u2019information et ses contours Martin Deschamps NV?1 36\tmai-juin 2014 RELATIONS lüMmEMS \u201cHER t* \\ I |*WTv:l r t transnationales.À travers une série de consultations et d\u2019assemblées, il s\u2019agit d\u2019exiger des protocoles contraignants pour ces entreprises et un nouveau système juridique et économique radicalement différent du système capitaliste actuel, au service des grandes multinationales.Parce que le processus sera participatif, le document lui-même deviendra un outil politique important dans la lutte grandissante pour confronter -et, ultimement, punir- les entreprises responsables de violations de droits humains.Un autre aspect important du projet est que le Traité servira aussi d\u2019outil d\u2019éducation populaire dans les collectivités victimes des agissements des transnationales.Plusieurs des groupes participant à la campagne y voient non seulement un outil juridique qui pourra potentiellement gagner force de loi, mais aussi un précieux instrument pour tisser des solidarités.Partout où des mouvements sociaux émergent face aux multinationales, il pourra servir à témoigner du fait que ces collectivités ne sont pas seules et qu\u2019un mouvement international existe et fait pression sur les gouvernements et les institutions, non seulement pour punir les compagnies, mais aussi pour démanteler le système qui facilite les violations de droits.Nul doute que cette campagne sans précédent fera face à de nombreux défis.Mais compte tenu des situations d\u2019abus qui se multiplient, de l\u2019écroulement du Rana Plaza au massacre des mineurs de Marikana, en Afrique du Sud, en passant par l\u2019explosion de la plateforme de la British Petroleum dans le golfe du Mexique et bien d\u2019autres cas, la nécessité d\u2019une action radicale n\u2019a jamais été plus urgente.Depuis le lancement de la campagne lors du Sommet des peuples de Rio de Janeiro, en 2012, des consultations et ateliers se sont multipliés auprès de groupes en Afrique, en Asie, en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis pour faire connaître l\u2019idée et le processus d\u2019élaboration du Traité des peuples.Plusieurs événements ont fourni de précieuses occasions d\u2019y travailler, tels le Forum social mondial sur les migrations à Manille, en 2012; le Forum des peuples Asie- 1.\tCampagne internationale pour démanteler le pouvoir des multinationales et mettre fin à leur impunité.2.\tLire « Ecuadorian Government Responds with Crackdown Following 11th Round Failure », sur le blogue de Amazon Watch, 5 décembre 2013.Europe au Laos, en 2013; le Sommet des peuples d\u2019Amérique latine, des Caraïbes et d\u2019Europe à Santiago, au Chili, en 2013; le Forum social mondial de Tunis, en 2013; et la Semaine d\u2019action contre l\u2019OMC ENDWTO à Bali, en 2013.En juin 2014, ce travail se poursuivra lors des événements entourant la prochaine session du Conseil des droits de l\u2019homme de l\u2019ONU à Genève.En août, au Forum social des peuples à Ottawa, un atelier se tiendra pour présenter, pour la première fois en Amérique du Nord, cette initiative.Certains gouvernements sont attentifs à l\u2019idée qu\u2019il faut imposer des protocoles contraignants aux multinationales.En août 2013, le gouvernement équatorien a lancé une initiative demandant que le Conseil des droits de l\u2019Homme de l\u2019ONU considère l\u2019adoption d\u2019une résolution visant à établir un cadre juridique contraignant pour réglementer les activités des transnationales.Quatre-vingt-cinq gouvernements ont appuyé cette initiative, ce qui place l\u2019Équateur dans une position contradictoire compte tenu des persécutions qu\u2019y subissent des défenseurs des droits humains1 2.Gardant ce fait en tête, la campagne suivra attentivement l\u2019évolution de ce dossier lors des prochaines séances du Conseil des droits de l\u2019Homme.Peu importe le résultat, le simple fait que l\u2019enjeu des protocoles contraignants pour les transnationales soit discuté à l\u2019intérieur des Nations unies est une avancée; il permet de faire connaître la campagne et le Traité des peuples à l\u2019intérieur d\u2019un système onusien qui est sous l\u2019emprise des transnationales depuis des décennies.\u2022 Des membres de la campagne Dismantle Corporate Power manifestant au Sommet des peuples de Rio, en 2012.Photo: Cecilia Olivet Détail de l'affiche de la campagne RELATIONS mai-juin 2014 sa üéBat L'auteur, journaliste et essayiste, a signé la déclaration «Unis contre la francophobie» 38 mai-juin 2014 Lutter contre la francophobie un leurre politique?Le Canada carbure à la francophobie depuis 1760.ROBIN PHILPOT Alors que le Québec connaissait de vraies manifestations d\u2019islamo-phobie, l\u2019automne dernier, des centaines de personnes, dont l\u2019auteur de ces lignes, ont signé la déclaration «Unis contre la francophobie».Drôle de hasard ou opportunisme, demande-t-on?Il y a sans doute un peu des deux, mais aussi beaucoup plus.UNE CONSTANTE HISTORIQUE Une phobie primaire alimente et mobilise le Canada politique depuis les actes fondateurs que furent la Conquête de 1760 et l\u2019Acte d\u2019Union de 1840.Le premier consistait à soumettre par les armes le peuple canadien et à l\u2019assujettir à l\u2019autorité du roi d\u2019Angleterre; le second, à réduire au statut de minorité ce même peuple après l\u2019avoir brutalement réprimé par les armes en 1837 et 1838 et après avoir pendu ou banni plusieurs dirigeants Patriotes.Par la suite, chaque fois que ce peuple a voulu lever la tête, prendre sa place, voire obtenir un accommodement raisonnable avec le Canada, il a essuyé un refus net.Un refus souvent accompagné par l\u2019utilisation des forces armées (pensons à Louis Riel en 1870 et 1885, à la conscription en 1917 ou aux mesures de guerre de 1970), sinon par une démonstration de force d\u2019un État sur lequel ce peuple n\u2019avait aucune prise (pensons à la conscription en 1942, au coup d\u2019État constitutionnel de 1982, ou encore à l\u2019intervention illégale du gouvernement du Canada dans le référendum de 1995).Dans presque tous ces cas qu\u2019on appellera pudiquement des «refus», le Canada a pu compter sur la quasi-unanimité de la classe politique anglo-canadienne.et de ceux qui l\u2019ont élue.Qui peut oublier, par exemple, le ralliement unanime, en 1998, des conservateurs, des libéraux et des néo-démocrates lorsque le conservateur Jean Charest a annoncé qu\u2019il se lançait dans l\u2019arène québécoise sous la bannière libérale et qu\u2019il viendrait remettre le Québec à sa place?Jamais la classe politique canadienne n\u2019a hésité à verser dans les politiques répugnantes et primaires visant à diviser pour régner: on a mobilisé, sans le moindre souci des conséquences, les minorités culturelles, les immigrants et les nations amérindiennes pour discréditer et stigmatiser même les plus nobles efforts du Québec pour bâtir une nation prospère et distincte, nation qui pourrait très bien coopérer étroitement avec le Canada, tout comme le fait la Norvège avec la Suède depuis le référendum de 1905 qui en a fait deux pays distincts.Comment expliquer cette constance dans la politique canadienne, sinon par la méfiance, les préjugés et la peur (phobie) qui l\u2019informent?Bon nombre de pays vivent avec des clivages nationaux profonds comme celui qui afflige le Canada.Parfois, ils résolvent les différends de façon pacifique (la Suède et la Norvège; les républiques tchèque et slovaque) et parfois de façon moins pacifique (la France et l\u2019Algérie; la république d\u2019Irlande et le Royaume-Uni).Parfois aussi, la résolution se fait attendre et attendre, ce qui entraîne d\u2019énormes RELATIONS coûts humains et financiers (Palestine-Israël; Québec-Canada; Pays basque-Espagne).Si le Québec a dû subir depuis l\u2019automne 2013 un débat déchirant sur le projet de «charte des valeurs» ainsi que des dérapages inacceptables, on peut surtout l\u2019attribuer à ce refus historique du Canada d\u2019accommoder les demandes raisonnables de respect et de reconnaissance du Québec depuis non seulement les 50 dernières années, mais depuis 1760.Que certains dirigeants politiques aient malheureusement opté pour une stratégie politique identitaire erronée, voire dangereuse, qui cible un adversaire imaginaire dans la figure du musulman n\u2019efface pas une réalité politique vieille de plus de 250 ans.UN TERME IMPRÉCIS MAIS RÉVÉLATEUR Par ailleurs, le terme francophobie ne rend pas bien le phénomène que les auteurs et signataires de la déclaration tentent de décrire.Nous pourrions même dire qu\u2019il fait partie du problème, soit le ratatinement constant du peuple québécois par le Canada, de sorte que nous avons aujourd\u2019hui de la difficulté à nous définir (Falardeau a bien saisi le problème avec son Elvis Gratton).Pierre Trudeau, en troquant le biculturalisme pour le multiculturalisme tout en adoptant le bilinguisme, a voulu ainsi réduire le peuple québécois à sa langue, alors que les attributs d\u2019un peuple sont ô combien plus nombreux et plus grands.Nous avons malheureusement avalisé le vocabulaire imposé par nos adversaires en parlant de «francophobie».Mais le phénomène est plus grave.Qui le banalise ne fait que l\u2019aggraver, tout en y consentant.\u2022 DéBat Depuis décembre dernier, une campagne de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal vise à lutter contre la francophobie.Selon ses instigateurs, cette forme de racisme contre les francophones aurait pris une « rare et inquiétante intensité » dans le cadre du débat sur la laïcité au Québec.Vrai problème ou diversion?Nos auteurs invités en débattent.La campagne « Unis contre la francophobie » a de quoi laisser perplexe.EMILIANO ARPIN-SIMONETTI Quelle qu\u2019en soit la forme ou la manifestation, le racisme devrait toujours être dénoncé, jamais tu.C\u2019est précisément pour cette raison que cette campagne contre la francophobie a de quoi laisser perplexe même l\u2019indépendantiste convaincu que je suis.Cette affirmation peut sembler paradoxale de prime abord, puisqu\u2019il va de soi que le Québec bashing dénoncé par la campagne doit être condamné fermement.Ce quasi-réflexe de la presse anglo-canadienne à attribuer au peuple québécois des tares ataviques diverses -le plus souvent un supposé racisme ontologique- a tout d\u2019un discours haineux et raciste visant à rabaisser collectivement le Québec et à réaffirmer sur lui une soi-disant supériorité canadienne.Un problème se pose, toutefois, lorsque la dénonciation du racisme des autres à notre égard sert d\u2019écran à celui qui s\u2019exprime dans nos rangs.En plein débat sur la «charte des valeurs québécoises», la contre-offensive lancée par la Société Saint-Jean-Baptiste, drapée de grands principes antiracistes, paraît donc quelque peu surréaliste alors que se multiplient au Québec de disgracieuses manifestations de racisme ordinaire à l\u2019encontre de certaines minorités, en particulier musulmanes.Aussi, sans présumer de la mauvaise foi des auteurs de la déclaration «Unis contre la francophobie», son analyse s\u2019avère néanmoins révélatrice de cer- 1.Voir « Trois réflexions sur la charte des valeurs québécoises à partir de Parti pris », Raisons sociales [en ligne], 16 décembre 2013.taines logiques délétères à l\u2019œuvre dans notre discours nationaliste tel qu\u2019il s\u2019est développé depuis la Révolution tranquille.Il importe ici de les ramener à la lumière de la conscience, non pas pour s\u2019autoflageller collectivement et donner raison à ceux qui nous accusent en bloc de racisme congénital, mais bien pour éclairer certains angles morts de notre imaginaire national.UN EGO NATIONAL FRAGILE La question du racisme au Québec demeure un impensé dans la perspective du nationalisme québécois -qui s\u2019est développé en réaction notamment au nationalisme canadien-français catholique.Comme le faisait remarquer SimonTremblay-Pepin lors du colloque commémorant les 50 ans de la revue Parti pris1, le nationalisme québécois est empreint d\u2019un certain imaginaire de la décolonisation, posant l\u2019exigence de l\u2019émancipation.Cette identification aux peuples opprimés, qui s\u2019est souvent traduite, dans l\u2019histoire récente, en solidarité (avec le Front de libération nationale algérien, par exemple, ou encore avec le peuple palestinien), semble rendre inconcevable pour certains nationalistes québécois la possibilité même que des gens, au Québec, agissent de façon raciste et colonialiste en invoquant un argumentaire nationaliste.Dans bien des cas, il ne s\u2019agit pas tant de mauvaise foi que d\u2019une incapacité à donner sens aux manifestations de racisme lorsqu\u2019elles surviennent au Québec.Dans ce contexte, le fait de réitérer notre condition d\u2019opprimés en vilipendant le Québec bashing devient assimilable à une sorte de mécanisme de défense d\u2019un ego na- tional fragile, source d\u2019une insécurité identitaire difficile à apaiser.Reste qu\u2019il y a quelque chose d\u2019indécent à reprendre l\u2019argumentaire antiraciste pour masquer, par nos hauts cris, celui de ceux que nous excluons.FRANCOPHOBIE?Par ailleurs, si, comme l\u2019affirment ses instigateurs, cette campagne vise réellement à défendre le droit légitime de protéger le fait français en Amérique du Nord, il aurait fallu rappeler que la loi 101 -cible de tant d\u2019acharnement au Canada anglais- n\u2019est qu\u2019un des moyens historiquement adoptés pour ce faire.Un autre, non moins important, est le choix que nous avons fait à partir du milieu des années 1960 de rapatrier des pouvoirs en matière d\u2019immigration afin notamment de pouvoir choisir des immigrants francophones.La contrepartie de ce choix est d\u2019accepter que les immigrants en question viennent de pays qui ont leur propre culture - dont ils ont déjà en partie dû faire le deuil en raison de la colonisation française.On ne peut attendre de ces personnes à qui on lègue la lourde tâche de nous perpétuer dans l\u2019histoire qu\u2019elles renient leur culture d\u2019origine une deuxième fois -par exemple en francisant leur nom dans l\u2019espoir d\u2019améliorer leurs chances d\u2019embauche-juste pour nous rassurer.Il me semble qu\u2019une vraie lutte antiraciste contre la francophobie ne peut faire l\u2019économie de ces questions.Les accusations obtuses en provenance du Canada anglais ne devraient pas nous empêcher de faire un certain examen de conscience, ni de repenser la francophonie comme le vecteur d\u2019un brassage culturel salutaire pour le Québec.Il en va, après tout, de l\u2019avenir du fait français en Amérique du Nord.\u2022 L'auteur est secrétaire de rédaction à Relations RELATIONS mai-juin 2014 BU eN BRef SALON DU LIVRE ANARCHISTE Les 24 et 25 mai prochain se tiendra la 15e édition du Salon du livre anarchiste de Montréal, au Centre culturel Georges-Vanier et au Centre d\u2019éducation aux adultes du quartier St-Henri-La-Petite-Bourgogne.Réunissant une centaine d\u2019exposants en provenance d\u2019Amérique du Nord et d\u2019ailleurs dans le monde, le Salon rend disponible du matériel et de la documentation sur des thématiques anarchistes souvent difficiles à trouver ailleurs.Des ateliers, des projections de films et une exposition d\u2019œuvres d\u2019art contestataire seront aussi au programme.Comme chaque année, l\u2019événement a lieu dans le cadre du Festival de l\u2019anarchie, qui dure tout le mois de mai.Plusieurs activités autoprogrammées sont prévues à Montréal.Renseignements : .LE FIL DE L'ARGENT Le Projet Accompagnement Québec-Guatemala, appuyé par plusieurs organisations de défense des droits et de promotion de la justice sociale et environnementale au Canada, a récemment lancé une campagne de sensibilisation et de désinvestissement visant certaines compagnies minières canadiennes.La campagne Le Fil de l\u2019Argent propose aux citoyens de tout le Canada de suivre le lien financier qui les relie aux projets miniers des firmes Goldcorp et Tahoe Resources au Guatemala.Ces deux compagnies y pilotent quatre projets d\u2019extraction de métaux précieux (principalement l\u2019or et l\u2019argent) vivement contestés par les populations locales.La campagne invite les Québécois à exiger de leurs institutions d\u2019épargne publiques - notamment la Caisse de dépôt et placement du Québec -mais aussi privées, qu\u2019elles retirent leurs investissements dans ces deux entreprises.Renseignements : .DÉNATIONALISATION DES HAÏTIENS La Commission interaméricaine des droits de l\u2019Homme de l\u2019Organisation des États américains a récemment présenté un rapport accablant pour les autorités de la République dominicaine, en lien avec l\u2019arrêt 16813 de la Cour constitutionnelle du pays qui dénationalise rétroactivement des milliers de descendants d\u2019Haïtiens.Dépêchée en République dominicaine en décembre 2013 à la demande des pays voisins, la Commission a constaté de graves atteintes aux droits à la nationalité, à l\u2019identité, à l\u2019égalité devant la loi et à la non-discrimination, en plus de cas d\u2019incitation à l\u2019intolérance et à la violence, notamment contre des opposants à l\u2019arrêt 168-13 (voir P.Mella, « Des Dominicains dépouillés de leur citoyenneté», Relations, no 770, février 2014).Plusieurs pays des Caraïbes en ont profité pour réitérer leurs critiques contre les autorités dominicaines.Ces dernières ont indiqué avoir pris des mesures pour régulariser la situation de quelque 250 000 personnes d\u2019origine haïtienne et avoir entamé un dialogue avec Haïti à cet effet.Source: Le Nouvelliste.JOSÉ ACQUELIN Les éditions du passage viennent de faire paraître Anarchie de la lumière, un nouveau recueil en prose du poète José Acquelin.L\u2019auteur revisite dans cette suite poétique métaphysique les textes qu\u2019il signait dans les pages de Relations alors qu\u2019il y tenait la rubrique Carnet, en 2012-2013.Méditation introspective sur le monde « à partir de notre nuit intime», ce livre cherche -dans la nature, la solitude, la présence de l\u2019Autre, l\u2019amour et, bien sûr, la poésie- les voies d\u2019une liberté fondamentale.Et la réponse à une question récurrente : « que peut-on retenir de ce monde pour traverser les jours restants?» Voir: < editionsdupassage.com>.PRIX PAX CHRISTI 2014 Le mouvement Pax Christi international a décerné son Prix de la paix 2014 au Service jésuite aux réfugiés en Syrie, soulignant ainsi les efforts du Service pour apporter un secours d\u2019urgence aux Syriens depuis le début de la guerre, en 2011.Par divers projets tels que l\u2019aide alimentaire, le soutien éducatif et psychologique et l\u2019assistance juridique et médicale, le Service jésuite aux réfugiés en Syrie vient en aide à plus de 300 000 personnes dans ce pays.Les équipes du Service sont composées de personnes de différentes confessions et placent la réconciliation et le dialogue interreligieux au cœur des activités quotidiennes.Fondé en 2008, le Service jésuite aux réfugiés agit dans plus de 50 pays où il vient en aide aux réfugiés et autres personnes déplacées sous la contrainte.MARCHE POUR LA TERRE-MÈRE Du 10 mai au 14 juin, une «Marche des peuples pour la Terre-mère» arpentera la vallée du Saint-Laurent, de Cacouna à Kanesatake, pour dire «non » aux projets d\u2019oléoducs, à l\u2019arrivée du pétrole des sables bitumineux et aux projets d\u2019exploitation d\u2019hydrocarbures au Québec.Pendant 34 jours, cette marche suivra le tracé des projets de pipeline de la compagnie TransCanada (Énergie Est) et Enbridge (ligne 9), à raison de 20 km par jour.L\u2019objectif est de rassembler des membres des Premières Nations et des non-Autochtones pour renforcer la mobilisation citoyenne et sensibiliser la population.Les participants s\u2019arrêteront dans les différentes collectivités pour engager la discussion avec les citoyens, notamment par le biais de spectacles.Une carte interactive est disponible en ligne pour permettre à ceux et celles qui le désirent de se joindre à la marche.Renseignements : .40 mai-juin 2014 RELATIONS muLtiméDias DVD LES DISCRÈTES RÉALISATION: HÉLÈNE CHOQUETTE PRODUCTION: TOXA QUÉBEC, 2013, 68 MIN.Le 23 septembre 1851, à 51 ans, décédait Émilie Tavernier-Gamelin, fondatrice des Sœurs de la Providence de Montréal.Cette veuve et mère de trois enfants a été une spirituelle engagée dans l\u2019action.Membre d\u2019associations caritatives, elle s\u2019est consacrée au soin des malades et à la mise sur pied d\u2019un refuge pour femmes en difficulté.Lors des troubles politiques de 1837-1838, elle ira visiter des patriotes emprisonnés au Pied-du-Courant, leur apportant réconfort, nourriture et lettres de leur famille.L\u2019historienne Denise Ro-billard écrira d\u2019Émilie Gamelin et des femmes chrétiennes de son époque qu\u2019elles «attaquent de front les problèmes sociaux amplifiés par la conjoncture économique, une immigration massive et l\u2019incurie du gouvernement.Faisant preuve d\u2019une créativité et d\u2019un sens remarquable de l\u2019organisation, elles développent un réseau de services qui, en amenant la société canadienne-française à se prendre en mains, l\u2019a empêchée de dégénérer en tiers-monde» {Émilie Tavernier-Gamelin, éditions du Méridien, 1988).Avec son plus récent documentaire intitulé Les discrètes, Hélène Choquette {Les poings de la fierté, Avenue Zéro, Les réfugiés de la planète bleue, Marché Jean-Talon, etc.) va à la rencontre des SU 8 fr - filles spirituelles de la bienheureuse mère Gamelin.Depuis plus de 170 ans, les Sœurs de la Providence poursuivent l\u2019œuvre de leur fondatrice en arpentant les rues de Montréal et d\u2019ailleurs pour soutenir les pauvres et les exclus.Sans tambour ni trompette, des générations de femmes engagées se sont consacrées à mettre sur pied des services et à offrir des ressources pour accompagner les vagues successives de «naufragés» venant s\u2019échouer dans nos « tiers-mondes urbains».Aujourd\u2019hui, à 85, 90 ou même 100 ans, ces travailleuses infatigables et anonymes prennent soin les unes des autres, et celles qui le peuvent encore continuent à servir les malades et les laissés-pour-compte jusqu\u2019à leur dernier souffle.La cinéaste en suit d\u2019ailleurs quelques-unes qui s\u2019activent dans un centre de réadaptation pour toxicomanes, distribuent des sandwiches à la place Émilie-Gamelin ou encore visitent des femmes détenues à la prison Tanguay, à Montréal.Le portrait qui en ressort est émouvant.En cette période de débats acrimonieux, au Québec, sur la place de la religion dans l\u2019espace public, ce film est une bouffée d\u2019air frais.Il nous rappelle que la foi, avant de se traduire en discours, en croyances ou en rites, c\u2019est d\u2019abord un «acte»: celui d\u2019aller vers les autres, de faire alliance avec les pauvres et ceux qui souffrent, d\u2019établir des pratiques de solidarité au cœur de la cité.fêtes et de toutes les revendications), ainsi que la statue de la bienheureuse dans l\u2019édicule du métro qui la jouxte, nous le rappellera : la foi est une pratique sociale.Une pratique consistant à participer, avec d\u2019autres, à l\u2019humanisation du monde, à la création de liens de solidarité et à la transformation des structures génératrices d\u2019injustice et d\u2019oppression dans la société.La «providence», aujourd\u2019hui comme hier, requiert nos voix, nos mains et nos pieds pour s\u2019incarner.À nous, donc, d\u2019être les nouvelles filles et les nouveaux fils d\u2019Émilie Gamelin pour notre temps! MARCO VEILLEUX Hélène Choquette nous fait voir, en effet, que ce «geste» dans lequel la foi de ces religieuses s\u2019incarne consiste à prendre soin du corps - celui, plus immédiat, du prochain jusqu\u2019au corps social tout entier.En fidélité au meilleur de l\u2019Évangile, la pratique spirituelle de ces femmes s\u2019est ainsi toujours conjuguée avec une action citoyenne.Si les Sœurs de la Providence s\u2019éteignent actuellement aussi discrètement qu\u2019elles ont vécu, et que le charisme de leur fondatrice se perpétue surtout maintenant dans les pays du Sud, où la congrégation a essaimé, leur héritage marquera pour encore longtemps notre société.La place Émilie-Gamelin {lieu de toutes les misères, de toutes les RELATIONS mai-juin 2014 DO ÉDITEUR 1858, chemin Norway Mont-Royal (Québec) Canada H4P IY5 m.editeur@editionsm.info www.editionsm.info/ \\ r rfl.m Jeanne Cordelier et MélusineVertelune NI silence nl pardon L'Inc»»to : un viol institué Préface d* Man*-fniK« Cniln Aube dorée Catharine A.MacKinnon Traite, prostitution, inégalité Claude Vaillancourt L'empire du libre-échange Dimitri Psarras Toute la lumière sur Une analyse féministe Une enquête fouillée sur la Des récits sur les le foisonnement des de la prostitution par montée de la peste brune agressions à carac-accords de libre-\tune juriste de réputa- grecque sur un fond de\ttère sexuel dans échange.\ttion internationale.\tdéstructuration sociale.l\u2019entourage familial.Collection Mobilisations\tCollection Mobilisations\tCollection Mobilisations\tCollection Militantismes 160 pages.12,95 $\t128 pages, 12.95 $\tcoédition avec Syllepse, 19,95$\t112 pages, 12.95 $ » I- Mutations de l'univers médiatique Médias traditionnels et nouveaux Sous fa direction de Normand taftargeon Postface de More Laorendeou La crise du syndicalisme au Canada et au Québec David Camfield Pr*v»jotj-Gu^ ToucKttU La crise des mouvements\t142 affiches politiques,\tAvec toutes les mutations syndicaux québécois et\tcommunautaires, syn-\ten cours, les jours des canadien est profonde.\tdicales et populaires\tmédias traditionnels Que faire?\tquébécoises.\tsont-ils comptés?Collection Magazine À bâbord ! 148 pages, 15,95$ Collection Mouvements 264 pages.23,95 $ Collection Mouvements 184 pages, 39,95 $ LiVRes COMBAT CONTRE LA FATALITÉ Jacques Racine REBÂTIR L'AVENIR.COMPRENDRE ET SURMONTER LA CRISE FINANCIÈRE Montréal, Mediaspaul, 2013, 259 p.Ce livre de Jacques Racine a beaucoup de qualités: il explique les rouages de la crise financière de 2008, prend parti pour les grands perdants de cette crise, porte un regard critique sur les solutions qui ont été proposées, annonce des pratiques inspirantes, questionne les savoirs fermés sur eux-mêmes et identifie les qualités morales nécessaires pour effectuer un changement de cap.Jacques Racine Rebâtir l'avenir Mais la plus grande réussite de l\u2019auteur est d\u2019appuyer son propos sur des faits, des statistiques et des rapports scientifiques d\u2019une manière si accessible que jamais ces données ne viennent altérer la fluidité du texte.Il vulgarise le complexe, clarifie les rapports de force, analyse les conséquences, bref, il fait œuvre de pédagogue.Ce livre ne s\u2019adresse pas à des économistes ou à des ingénieurs de la finance; il est écrit pour des citoyens qui veulent mieux comprendre ce monde dominé par l\u2019économie et, surtout, y découvrir des pistes d\u2019espoir.À cet égard, on peut toutefois regretter l\u2019absence d\u2019un chapitre supplémentaire sur le développement de l\u2019éco- nomie coopérative et associative à travers le monde.L\u2019économie a besoin d\u2019une meilleure régulation, et notre monde, d\u2019une économie plurielle, privée, publique et sociale, regroupant coopératives et associations.Le regard de l\u2019auteur tant sur le passé de la crise que sur les sorties envisagées est essentiellement celui d\u2019un humaniste guidé par une éthique sociale et politique.Son propos fait écho à la longue tradition des prophètes tant bibliques que contemporains, tels Ézéchiel et Gandhi, pour ne nommer que ces deux figures marquantes.Ce livre jette un regard plein d\u2019espoir sur les floués, les opprimés, les abandonnés de la puissante cupidité des oligarchies financières; un regard qui, comme le titre du livre l\u2019évoque, a un engagement précis : rebâtir l\u2019avenir.En ces temps où l\u2019éthique est reléguée aux oubliettes, où le politique est discrédité notamment par les apprentis-sorciers de la finance et les idéologues des puissances économiques solidement attachées à leurs intérêts privés, il fait bon lire avec attention les dernières pages qui nous présentent quatre qualités morales qui permettent d\u2019agir de façon éthique et réfléchie : la clairvoyance, la modération, le courage et la justice.Voilà, en fin de compte, un livre qui nous sort du défaitisme ambiant, cartographie les chemins de l\u2019espoir et identifie le profil d\u2019hommes et de femmes appelés à marcher sur ces chemins.PAUL OUELLET SOCIALISME ET INDÉPENDANCE Textes choisis et présentés par Jacques Pelletier PARTI PRIS.UNE ANTHOLOGIE Montréal, Lux, 2013, 376 p.Pour souligner les 50 ans de la revue Parti pris, l\u2019intellectuel et militant Jacques Pelletier propose une sélection anthologie de textes qui y ont été publiés, retraçant ainsi l\u2019histoire des débats ayant marqué la bouillonnante publication durant sa courte existence (1963-1968) et, plus largement, les débats qui ont animé l\u2019ensemble de la gauche québécoise de cette époque.Ceux et celles qui l\u2019ont vécue s\u2019en souviendront; ceux et celles qui, à l\u2019instar de l\u2019auteure de ces lignes, n\u2019avaient pas encore le droit de vote en 1995, trouveront matière à mieux comprendre l\u2019intensité des luttes qu\u2019a connues le Québec des années 1960.Dans un excellent texte de présentation, Pelletier situe la revue dans le paysage social et politique de l\u2019époque.Socialiste, laïciste et indépendantiste, Parti pris est alors la seule publication qui pose ces trois dimensions comme étant étroitement liées et qui propose, conséquemment, un projet de «révolution globale» pour le Québec.Inspirée par les théories dites du « socialisme décolonisateur» qui guident la gauche européenne d\u2019alors, la revue est plus qu\u2019une publication, elle est un mouvement.L\u2019anthologie présente d\u2019ailleurs les principaux éléments de son programme politique, qui sont rassemblés en divers essais et manifestes.Plusieurs auteurs, déjà bien en vue dans les milieux intellectuels et littéraires -ou qui le deviendront plus tard- ont participé au projet: Hubert Aquin, Jacques Brault, Paul Cham-berland, Gérald Godin, Gaston Miron, Jean-Marc Piotte et Pierre Vadebon-coeur, pour ne nommer que ceux-là.?« RELATIONS mai-juin 2014 LiVRes Ces morceaux choisis sont une invitation à comprendre la complexité du mouvement indépendantiste et les fondements de la pensée de sa faction la plus à gauche et, surtout, à éviter certaines réinterprétations historiques, notamment concernant la lutte pour la laïcité, qui avait bien peu à voir, au temps de Parti pris, avec le port de signes religieux ostentatoires (lire à ce propos l\u2019excellent texte de Pierre Maheu : « Les fidèles, les mécréants et les autres»).Les brûlots qui se succèdent sont d\u2019une étonnante actualité.Les débats sur l\u2019action militante de la gauche, le rôle des intellectuels, les alliances politiques entre différents groupes et les fondements de l\u2019indépendance du Québec sont tout à fait savoureux.Soulignons notamment le puissant et visionnaire texte de Jacques Brault « Un pays à mettre au monde », paru à l\u2019été 1965, qui, avec une verve bien socialiste, aborde deux sujets très actuels.D\u2019abord, l\u2019éternel débat sur l\u2019indépendance : est-elle une fin ou un moyen?Sur ce point, Brault est sans appel: l\u2019indépendance n\u2019est pas, en soi, un projet social émancipateur car l\u2019indépendance « est politiquement anonyme et neutre et, comme telle, sujette à devenir peut-être la proie des pires aliénations, et à coup sûr une idéologie paralysante » (p.198).L\u2019autre sujet, c\u2019est le terrain glissant du nationalisme xénophobe, qui est, selon Brault, une menace à notre émancipation collective.Bref, cette anthologie offre une perspective historique sur une époque d\u2019ébullition sociale et apporte des éléments incontournables à une meilleure compréhension du sens à donner aux luttes sociales en cours au Québec, que ce soit pour l\u2019indépendance, la défense du français, la laïcité ou une plus grande justice sociale.Seul bémol, l\u2019excellente mise en contexte de Pelletier aurait gagné à être répartie dans chacune des sections, voire au début de chacun des textes.De cette manière, le lecteur qui grappille des textes au hasard, selon ses intérêts, en aurait immédiatement une meilleure mise en contexte sociohistorique, notamment en ce qui concerne les vifs débats entourant l\u2019adhésion au Mouvement souveraineté-association de René Lévesque, la tension entourant la dissolution du RIN et la colère contre la critique littéraire de l\u2019époque.Cette anthologie de Parti pris est une lecture importante pour tout militant de gauche (indépendantiste ou non) et, plus largement, pour tout observateur de la société québécoise.Elle permet de comprendre les fondements de la lutte qu\u2019a menée l\u2019extrême-gauche québécoise à cette époque où elle qualifiait déjà, péjorativement, la transformation sociale en cours de «révolution tranquille».NOÉMIE DELISLE L'ACTUALITÉ DE L'ÉVANGILE Gregory Baum (dir.) PACEM IN TERRIS - PAIX SUR LA TERRE.RELECTURE ENGAGÉE DANS LE QUÉBEC D'AUJOURD'HUI Montréal, Novalis, 2013, 133 p.Le théologien Gregory Baum et sa collaboratrice, Gisèle Turcot, coordonnatrice de l\u2019organisme Pax Christi Montréal, viennent de réaliser un tour de force: réunir 13 auteurs québécois engagés dans divers champs d\u2019intervention sociale afin d\u2019interpréter leurs domaines d\u2019action à la lumière d\u2019une encyclique pontificale déjà vieille de 50 ans.Il est probable que l\u2019urgence de commémorer cette encyclique de Jean XXIII s\u2019est imposée à tous du fait que trois pontificats successifs ont contribué à jeter dans l\u2019oubli ce moment marquant de l\u2019Église catholique et à étouffer ses accents prophétiques! Personne ne prévoyait l\u2019élection du pape François, le 13 mars 2013, lui qui ose rompre avec le révisionnisme de ses prédécesseurs.À la lecture de ce livre, on constate une forte histoire militante au Québec en lien avec les enjeux soulevés dans Pacem in terris : justice sociale, travail digne, accueil des réfugiés, lutte pour Félicitations à l'écrivaine Marie-Célie Agnant, lauréate du Prix d'excellence de la SODEP 2014 dans la catégorie création en prose pour son texte «Sofialorène, si loin de la délivrance» (Relations, no 767, septembre 2013).44\tmai-juin 2014 RELATIONS LiVRes la paix, etc.Et un fait ressort : si les collaborateurs et collaboratrices -des catholiques pour la plupart- se sont montrés déçus de l\u2019Église, ils ne l\u2019ont jamais été de l\u2019Évangile, comme en témoigne leur résistance têtue aux forces qui n\u2019en finissent plus de dresser les humains les uns contre les autres.Comme les jeunes générations ne savent pas que cette culture d\u2019actions, enracinée dans l\u2019Évangile, fait partie de l\u2019héritage vivant du christianisme catholique d\u2019ici, ce livre fait œuvre utile pour corriger, d\u2019une certaine manière, cette méconnaissance.Une deuxième observation ressort de ce livre.L\u2019appel de Jean XXIII à l\u2019interprétation des «signes du temps» décelables dans les années 1960 \u2014 libération nationale des peuples colonisés, entrée des femmes dans l\u2019espace public, etc.- est mis en consonance avec la redécouverte simultanée du message de Jésus comme critique radicale des sociétés et des religions.La fuite hors du monde et de l\u2019histoire, dans les enclos sacrés du perfectionnisme religieux, apparaît pour ce qu\u2019elle est: une trahison de l\u2019Évangile légitimant l\u2019état présent des choses.À travers les relectures de cet appel à approfondir de grands enjeux de l\u2019histoire contemporaine, le lecteur verra peut-être mieux l\u2019espèce de dévoiement de ce riche patrimoine de la pensée, réduit depuis quelques décennies à la thématique de la famille et de la sexualité (mariage, homosexualité, rôle de la femme déterminé par des «traditions culturelles»).Pour les lecteurs et lectrices qui s\u2019interrogent sur ce que la foi chrétienne apporte à la construction d\u2019une cité humaine commune, ce petit livre révèle une trace solide dans le paysage du dernier demi-siècle qui contredit le thème martelé par tant d\u2019idéologues bombant le torse : « Nous les Québécois, nous avons sorti la religion de la société depuis la Révolution tranquille.» Ce livre démontre en toute simplicité la fausseté de ce qui fait partie actuellement d\u2019un dogme médiatique infaillible.LOUIS ROUSSEAU CRITIQUE JUIVE DU SIONISME Yakov Rabkin COMPRENDRE L'ÉTAT D'ISRAËL.IDÉOLOGIE, RELIGION ET SOCIÉTÉ Montréal, Écosociété, 2014, 272 p.Depuis quelques années, les juifs qui critiquent l\u2019État d\u2019Israël et sa philosophie sioniste produisent une littérature considérable.La plupart de ces auteurs présentent des arguments éthiques, fondés sur les droits humains, les résolutions des Nations unies et la justice sociale.Ce que fait Yakov Rabkin est tout à fait différent.Sa critique de l\u2019État d\u2019Israël est théologique.Il dénonce le sionisme en tant qu\u2019idéologie contraire au judaïsme orthodoxe.Dans son premier livre, Au nom de la Thora.Une histoire de l\u2019opposition juive au sionisme (PUL, 2004), il documentait l\u2019opposition des rabbins orthodoxes russes au sionisme.Dans son dernier ouvrage, il va beaucoup plus loin, tout en gardant la même perspective.Après avoir analysé attentivement les divers courants issus du mouvement sioniste, fondé à la fin du XIXe siècle, il critique les politiques de l\u2019État d\u2019Israël à l\u2019égard des Palestiniens.Les groupes sionistes étaient à l\u2019origine en grande majorité d\u2019inspiration laïque.Influencés par la pensée nationaliste de plusieurs pays européens et avides de construire une société sécularisée, ils voulaient créer « un nouveau Juif », rationnel, ambitieux et efficace, très différent du juif religieux traditionnel qui cultivait l\u2019humilité devant Dieu, l\u2019amour du prochain et la primauté du spirituel.Parmi les leaders du sionisme, raconte Rabkin, quelques-uns étaient même impressionnés par l\u2019homme fort, prêt à se battre, promu par le fascisme italien.D\u2019après l\u2019auteur, la lecture du Nouveau Testament faite par certains groupes protestants aurait contribué fortement au succès du mouvement Yakov Rabkin Comprendre l\u2019État d\u2019Israël Idéologie, religion et société écosociété \\ .v\\ A sioniste.Selon cette lecture, le retour des juifs en Palestine et leur conversion au Christ seraient le signe de l\u2019accomplissement des promesses divines annonçant la proximité de la fin de l\u2019histoire.Cette interprétation prédominait dans la culture anglosaxonne au début du XXe siècle et a donné naissance à une espèce de sionisme chrétien, une idéologie anticipant l\u2019«exode» massif des juifs anglais en Palestine, au grand plaisir des antisémites.Le baron Walter Rothschild, par exemple, à l\u2019origine de la Déclaration de Balfour de 1917 qui a promis aux juifs une patrie en Palestine, s\u2019opposait lui-même à l\u2019immigration de juifs en Angleterre.L\u2019auteur s\u2019intéresse par la suite à l\u2019instrumentalisation de l\u2019Holocauste RELATIONS mai-juin 2014 Q3 LiVRes par le mouvement sioniste en Israël, qui l\u2019a utilisé pour légitimer la présence israélienne en Palestine, notamment le droit des juifs de la diaspora de s\u2019installer en Israël, consacré par la loi.Par la suite, l\u2019auteur analyse les lois et les institutions de l\u2019État d\u2019Israël qui réglementent la vie des Palestiniens, montrant comment le gouvernement israélien viole les droits humains, refuse d\u2019obéir aux résolutions de l\u2019ONU sur la Palestine et se protège de toute critique en restreignant de plus en plus la liberté d\u2019expression et en qualifiant de trahisons les gestes d\u2019opposition.Plus loin, l\u2019auteur analyse le caractère révisionniste du discours nationaliste déployé par le gouvernement israélien.Il cite l\u2019exemple du premier ministre Netanyahu qui, dans une allocution au Congrès américain, a fait référence à une bague datant de 2800 ans, trouvée par des archéologues et qui aurait selon lui appartenu à un membre de sa famille, un fonctionnaire nommé Netanyahu.Or, le nom de famille d\u2019origine du premier ministre est en fait Mileikowsky.C\u2019est son père qui a choisi d'adopter un nom hébreu.Dans sa conclusion, Rabkin interprète le sionisme comme une perversion du judaïsme.Il voit dans la création de l\u2019État hébreu une erreur tragique, la source principale des conflits au Moyen-Orient et du ressentiment des Arabes contre l\u2019Occident, principalement contre les États-Unis, l\u2019allié inconditionnel d\u2019Israël.Pour lui, la voie politique qu\u2019Israël a choisie est autodestructrice, car elle mine de plus en plus sa propre légitimité.Pour l\u2019avenir, il rêve d\u2019un État binational et fédératif à l\u2019intérieur duquel Israéliens et Palestiniens vivront côte à côte, dans le respect mutuel et la volonté de travailler ensemble.GREGORY BAUM François Cheng de l'Académiefrançaise Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie m Albin Michel LA VIE AU CŒUR DE LA MORT François Cheng CINQ MÉDITATIONS SUR LA MORT Paris, Albin Michel, 2013, 272 p.La mort -la sienne, celle d\u2019un autre ou d\u2019un proche-, quand on y est confronté, est une expérience bouleversante.Le choc qu\u2019elle provoque est à la source de toute sagesse, philosophie, religion, ainsi que de l\u2019art et de la littérature.La mort est en cela indissociable de la vie, tout particulièrement de la vie humaine, la seule qui se sache mortelle.L\u2019écrivain, poète et essayiste français d\u2019origine chinoise, François Cheng, dans ses méditations sur la mort- autrement dit sur la vie, comme le souligne le sous-titre du livre-, nous en fait éprouver la vérité poignante et libératrice.Pour nous faire voir que la mort est une teinte essentielle à la beauté de la vie, l\u2019auteur convoque des poètes, philosophes et mystiques contemporains (tels Rainer Maria Rilke, Benjamin Fondane, Etty Hil-lesum et Simone Weil), ou plus anciens (comme Lao-zi, Wang Wei, François d\u2019Assise et John Keats), les grands textes de la tradition chinoise (Livre des mutations, Livre du milieu juste), mais aussi la Bible, pour ne nommer que ceux-là.Sans parler des poèmes de l\u2019auteur lui-même, qui constituent la dernière méditation.La tâche que l\u2019auteur entreprend est d\u2019autant plus nécessaire que nous n\u2019aimons pas spontanément penser à la mort.Nous l\u2019évitons le plus souvent.Elle nous fait peur.Et pourtant, insiste l\u2019auteur, il n\u2019y a pas de vie sans mort.S\u2019en effrayer, c\u2019est piétiner au seuil de l\u2019aventure humaine où la mort n\u2019est pas un spectre qui rôde mais « notre sœur », comme le chante François d\u2019Assise dans son magnifique cantique aux créatures.L\u2019accueillir ainsi, c\u2019est apprendre à être présent à une autre dimension de la vie, la plus essentielle, qui n\u2019a rien à voir avec la puissance, l\u2019argent, les biens que nous pouvons posséder ou vouloir acquérir, mais tout à voir avec les liens dont nous sommes tissés - traversant les âges et la mort -ou que nous tissons au présent, faits d\u2019amour et de don.Des liens invisibles qui nous relient intimement et collectivement au monde et aux choses, et nous unissent aux morts comme aux vivants et à tous ceux qui viendront après nous.Y être attentif, c\u2019est découvrir la joie et la paix d\u2019assumer la fragilité de la condition humaine, jusqu\u2019à prendre « à bras-le-corps les corps broyés » (p.122) et à se muer «en long chant de révolte, de tourment, de louange» (p.166).La mort est « le fruit autour duquel tout change», dit Rilke dans son Livre de la pauvreté et de la mort.Un don précieux grâce auquel les choses et les êtres se dépouillent de leur enveloppe utilitaire et révèlent leur beauté, mais aussi la brèche par où se glisse un filet d\u2019infini, l\u2019ouverture à l\u2019invisible au cœur du visible.L\u2019accueil de ce don nous rend sensible à la présence de l\u2019instant, à ce qui en nous nous dépasse et nous fait tenir debout contre l\u2019adversité.Ce souffle vital qui nous traverse, les Chinois l\u2019ont traduit depuis des millénaires par quatre caractères - calligraphiés par l\u2019auteur sur la page couverture- signifiant: « La vie engendre la vie, il n\u2019y aura pas de fin.» JEAN-CLAUDE RAVET 46\tmai-juin 2014 RELATIONS ' - \u2022 ' &SiV&t '¦ ¦ .\u2019 /:// \" /I ^/ '^r -\t-V_r UZi+tâ+L m h Af- 2?ï= *j2⣠.'^¦V/T.-?/ : rv-'/\u2022-TT7* y s&gæk .\u2022 ;->Æ V V- ?5?S-£ -ï' > \u2022 -^*a sîf*~! ¦ï.ttsæ
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