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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Mars - Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2015-03, Collections de BAnQ.

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[" PP CONVENTION : 40012169 ReLatiûNS Pour qui veut une société juste NuméRO 777 avRiL 2015 Période de pale »e terminante jr g ftcct [MEMTAIKE *0\\7 (& (TO 3) © © © © © .RELATIONS mars-avril 2015 ES dOSSieR ü mars-avril 2015 L'« économie verte », une voie trompeuse pour le Québec?Entrevue avec Éric Pineault Camouflé sous l'étiquette attrayante d'« économie verte », le capitalisme vert qui se développe au Québec ne nous éloigne-t-il pas d'une véritable transition écologique?Nous en avons discuté avec Éric Pineault, professeur au Département de sociologie de l'UQAM, qui met en garde contre les risques de détournement marchand de la transition et rappelle le potentiel exceptionnel du Québec pour faire face à la crise écologique.Relations : Au Québec, comment le courant de l\u2019économie verte se manifeste-t-il et quelles en sont les conséquences?Éric Pineault : Un grand nombre des initiatives menées au Québec dans le domaine de l\u2019environnement sont présentement rattachées au paradigme de la « modernisation écologique», ou ce qu\u2019on appelle plus communément le «développement durable ».Cette approche définit la question environnementale en termes de changements à opérer en marge de l\u2019économie : on cherche à réduire son empreinte sur l\u2019environnement et sur la société, mais on ne questionne pas le cœur du régime économique, à savoir sa nature capitaliste et son motif de croissance.Cela se traduit notamment par la volonté d\u2019internaliser les dommages environnementaux dans le système économique sous forme de coûts monétaires et en ayant recours aux mécanismes de marché.On se trouve ainsi à transformer une contrainte matérielle bien réelle en quantité d\u2019argent, en valeur abstraite.Le type d\u2019écofiscalité défendu entre autres par la Commission de l\u2019écofiscalité du Canada s\u2019inscrit dans cette logique.Il mise avant tout sur l\u2019outil tarifaire (péages, taxes sur l\u2019eau, le carbone, les déchets, etc.) pour décourager certaines activités économiques et en encourager d\u2019autres en jouant sur les signaux de prix.Une grande partie de cette tarification vise le consommateur, en bout de ligne.De plus, le tarif est basé sur le principe du droit de polluer.Or, le fait de faire payer un pollueur ne défait pas le dommage environnemental - souvent irréversible - qui est créé.Cette logique de mitigation des effets négatifs de l\u2019économie capitaliste débouche également sur le phénomène de la certification des produits («équitable», « sans OGM», etc.).Le but est de donner au consommateur la capacité de choisir des fournisseurs de biens qui respectent des critères RELATIONS de responsabilité sociale.C\u2019est encore là utiliser la théorie du choix du consommateur comme levier pour pouvoir, depuis la marge, apporter des changements, comme pénaliser les entreprises qui ont des comportements inacceptables en matière de droit du travail, etc.Dans ce dernier cas, évidemment, on ne peut pas être contre.S\u2019y opposer sous prétexte que ça donne l\u2019illusion que le capitalisme peut se réformer serait une erreur stratégique, mais aussi éthique.Par contre, là où la critique doit être intraitable, c\u2019est pour faire comprendre que ce genre d\u2019initiative a pour effet de «naturaliser» la logique économique capitaliste.C\u2019est le principal effet de l\u2019approche de l\u2019économie verte : elle enferme l\u2019espace des solutions à l\u2019intérieur du marché, d\u2019une part, et d\u2019autre part, elle voile le caractère capitaliste de notre économie.Rel.: Quels risques y a-t-il à emprunter la voie de l\u2019économie verte au Québec?É.P.: Outre les nombreuses contradictions inhérentes à l\u2019idée de «croissance verte » qu\u2019il porte, il faut d\u2019abord rappeler que tout le courant de l\u2019économie verte est en soi une prise de position par rapport à une autre façon d\u2019aborder les problèmes environnementaux, soit la réglementation, qui était la façon dominante dans les années 1960-1970.Quand on lit la documentation produite par les défenseurs de l\u2019économie verte, que ce soit des groupes environnementaux ou des grandes entreprises, l\u2019approche réglementaire est clairement rejetée sous prétexte qu\u2019elle est lourde, coercitive et soi-disant inefficace.On demande plutôt de l\u2019autoréglementation, des incitatifs qui fonctionnent dans une logique de marché ou encore des mécanismes d\u2019échange de droits de pollution.Un des grands risques qui en découle est celui de voir la transition écologique «capturée » par les grandes entreprises privées.Prenons un exemple très concret : on sait qu\u2019au Québec, notre potentiel de transition est très grand grâce à notre dotation exceptionnelle en énergie verte.Environ 50 % de notre énergie est déjà renouvelable, en plus d\u2019être une propriété collective sous la forme d\u2019une entité publique, Hydro-Québec.Ce faisant, elle n\u2019est pas nécessairement sujette à l\u2019impératif de la croissance et de l\u2019accumulation - bien qu\u2019elle le soit devenue au fil des ans en raison des impératifs de profit qu\u2019on lui a imposés afin de renflouer les coffres de l\u2019État.Or, malgré ce potentiel immense, les solutions retenues au Québec pour «décarboniser» notre base énergétique ne s\u2019inscrivent pas dans une dynamique de transition, mais plutôt dans la voie prônée par l\u2019économie verte.Tout d\u2019abord, plutôt que d\u2019opter pour une diminution de notre consommation énergétique, on a opté pour un remplacement des hydrocarbures par des énergies renouvelables.On cherche ainsi à développer des sources supplémentaires d\u2019énergie pour répondre à la croissance énergétique d\u2019une économie elle-même en croissance.Ensuite, on a décidé que le développement de ces nouvelles sources d\u2019énergies renouvelables sera fait par le secteur privé.Plutôt que de donner ce mandat à Hydro-Québec, le gouvernement impose plutôt à la société d\u2019État une politique de soutien du secteur privé par l\u2019achat de l\u2019énergie que produit ce dernier1 -le tout alors qu\u2019Hydro cumule les surplus d\u2019énergie.Or, ce qu\u2019il faut savoir, c\u2019est que les grandes entreprises du complexe des sables bitumineux albertains, notamment Enbridge et TransCanada, sont les premiers investisseurs dans les énergies vertes au Québec, en particulier dans l\u2019éolien.Il y a là pour elles une occasion d\u2019affaires, bien sûr, parce qu\u2019Hydro-Québec est contrainte d\u2019acheter, à un prix qui leur est rentable, l\u2019électricité renouvelable qu\u2019elles produisent.Mais il y a plus : ces entreprises veulent s\u2019emparer de la transition énergétique pour la soumettre au rythme de l\u2019écoulement de leurs réserves d\u2019hydrocarbures, estimées à une centaine d\u2019années.Un autre exemple du risque de « capture » de la transition par les oligopoles capitalistes est la stratégie de développement de l\u2019industrie gazière en Amérique du Nord.Celle-ci consiste en effet à présenter les gaz de schiste comme la voie pour décarboniser l\u2019économie, en remplaçant notamment les centrales au charbon par des centrales au gaz, aux États-Unis.Le lobby gazier arrive ainsi à présenter le gaz de schiste comme l\u2019énergie de la transition, beaucoup plus que l\u2019hydroélectricité.Au Québec, Gaz métro, qui est détenue en grande partie par Enbridge, est d\u2019ailleurs un des partenaires de SWITCH - l\u2019Alliance pour une économie verte au Québec.L\u2019industrie pousse fort ici aussi, par exemple, pour qu\u2019on adopte le gaz au lieu du mazout pour le chauffage des bâtiments.Ce changement peut sembler être une amélioration, mais il nous empêche de viser plutôt le développement de bâtiments carboneutres.C\u2019est là tout le point aveugle de l\u2019économie verte : le caractère capitaliste de notre économie.Les grandes entreprises investissent le secteur environnemental pour l\u2019adapter à leurs propres stratégies de valorisation.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019elles sont méchantes ou malhonnêtes: c\u2019est de l\u2019ordre de la logique même du système, et il faut en prendre conscience.Rel.: Les initiatives menées sous le signe de l\u2019économie verte peuvent-elles tout de même conduire à des résultats intéressants, sur lesquels une véritable transition peut s\u2019appuyer?É.P.: Il y a certes des outils qui peuvent sembler intéressants.Du côté de SWITCH ou encore du gouvernement du Québec lui-même, dans sa stratégie de développement durable, on prône par exemple une transformation des politiques d\u2019achat du gouvernement en fonction de critères qui semblent être des critères de transition, c\u2019est-à-dire écologiques, sociaux et de proximité.Ces critères peuvent en effet encourager des innovations technologiques et l\u2019émergence de producteurs nécessaires à la transition, dans une optique de modernisation écologique.Toutefois, le cœur du problème reste entier, soit la transformation des grandes organisations capitalistes, qui cherchent d\u2019abord et avant tout la conquête de nouveaux marchés, avec un minimum d\u2019entraves.Tout ça pour dire que s\u2019il y a des éléments d\u2019une politique d\u2019économie verte qui sont compatibles avec la transition, l\u2019économie verte comme projet global en est plutôt un de détournement de la transition.Le Québec est donc à la croisée des chemins : les politiques actuelles ne sont pas suffisantes.Pour revenir au cas d\u2019Hydro-Québec, il faudrait pouvoir lui donner, d\u2019une part, le mandat de planifier la transition et la diminution de la consommation énergétique et, d\u2019autre part, celui de développer, avec des entreprises socialisées (soit publiques, municipales, ou coopératives), une mosaïque décentralisée de production d\u2019énergie pensée dans une optique d\u2019économie de proximité ne reposant pas nécessairement sur la logique du profit.Ce serait tout à fait envisageable, notamment avec le concours des MRC.Il ne s\u2019agit pas d\u2019exproprier demain matin toutes les entreprises capitalistes du Québec, loin de là; il s\u2019agit simplement d\u2019envisager une véritable transition, en profondeur.Une telle avenue nous permettrait de sortir du modèle de développement énergivore actuel, tourné vers l\u2019exportation, la conquête des marchés et l\u2019entrepreneuriat.Le tout, en évitant de remettre à Enbridge et compagnie les clés de la transition, qui se fera sur un siècle s\u2019il n\u2019en tient qu\u2019à ces entreprises.\u2022 ENTREVUE RÉALISÉE PAR EMILIANO ARPIN-SIMONETTI 1.Voir M.-O.Moisan-Plante, « Hydro-Québec : une mission détournée», Relations, no 768, octobre-novembre 2013.RELATIONS Adeline Lamarre, Les couleurs du noir (détail), 2011, acrylique sur toile, 61 x 91,5 cm mars-avril 2015\tD9 dOSSieR L'auteure est chercheure en résidence au Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société (CIRDIS) de l'UQAM Le cas de Green Resources en Ouganda MOLLY KANE Au Nord comme au Sud, une part croissante des populations revendique la démocratisation de l\u2019économie comme seul véritable moyen de favoriser une gestion des ressources qui valorise la vie dans son intégralité.Mais c\u2019est au Sud, notamment dans les pays africains, que les effets pervers de ce qu\u2019on appelle l\u2019«éco-nomie verte » se font plus cruellement sentir.Cette économie est promue par une industrie du « développement » qui influence fortement les options politiques et économiques s\u2019imposant dans ces pays.Un cas en Ouganda -dévoilé en novembre 2014 dans un rapport du Oakland Institute intitulé The Darker Side of Green: Plantation Forestry and Carbon Violence in Uganda - l\u2019illustre bien.Depuis les années 1990, dans le cadre des politiques néolibérales d\u2019ajustement structurel imposées aux pays endettés de l\u2019Afrique, l\u2019Ouganda a ouvert grand la porte aux investisseurs étrangers en privatisant des terres.Ces privatisations, qui dépossèdent des Ougandais ruraux de leurs territoires ancestraux, sont vues comme étant non seulement un outil de développement économique bénéfique au pays, mais aussi comme la clé de la durabilité environnementale et de la conservation des forêts.Green Resources, une entreprise norvégienne, joue un rôle très important dans ce processus d\u2019expansion territoriale et économique fait sous couvert d\u2019« économie verte ».Elle possède et gère actuellement 41000 hectares de forêts au Mozambique, en Tanzanie et en Ouganda, auxquels s\u2019ajoutent 300 000 hectares de terres réservées à des projets futurs.Elle travaille à l\u2019atteinte d\u2019objectifs multiples en matière de culture, de récolte et de vente de produits forestiers provenant de plantations gérées de façon dite «responsable ».Elle prétend que ses activités contribuent à réduire les changements climatiques tout en étant bénéfiques aux collectivités et à l\u2019environnement, mais qu\u2019en est-il vraiment?L\u2019entreprise a négocié des ententes de location de terres avec le gouvernement ougandais.Ces ententes lui donnent un accès aux réserves forestières de Bukaleba (9165 hectares en 1996) et de Kachung (2669 hectares en 1999) - deux sites jugés « dégradés » et disponibles pour le reboisement, le boisement et la conservation.Dans le cas de Kachung, le projet de reboisement est reconnu comme étant un mécanisme de développement propre, ce qui permet à Green Resources de vendre des crédits d\u2019émission de gaz à effet de serre sur le marché du carbone suivant les mécanismes instaurés par le protocole de Kyoto.Or, la logique de ces mécanismes du marché du carbone ne fait pas de distinction entre une forêt et une simple plantation d\u2019arbres.Pourtant, pour les populations affectées, la forêt est évidement beaucoup plus précieuse qu\u2019une plantation utilisée comme simple « puits de carbone » ou comme source de bois pour l\u2019exportation.L\u2019expansion de Green Resources dans leur région a signifié, pour les villageois ougandais, la perte de leur accès vital à la terre pour l\u2019élevage du bétail en pâturage ainsi que l\u2019impossibilité de recueillir les ressources forestières dont ils ont besoin pour subsister.Plusieurs villageois ont montré à l\u2019équipe de recherche du Oakland Institute la pollution des terres et des cours d\u2019eau causée par les produits agrochimiques utilisés dans les plantations forestières de la compagnie, qui entraîne des pertes sur le plan des récoltes et du bétail.De plus, plusieurs personnes expulsées ainsi que celles qui ont tenté de cultiver des terres désormais concédées à Green Resources rapportent avoir été victimes de violences physiques de la part de la police.Certes, la dépossession du continent africain, notamment par l\u2019extraction de ses ressources et l\u2019exploitation de ses peuples afin de répondre aux besoins de croissance et de développement des pays industrialisés, n\u2019est pas une réalité nouvelle.Mais ce qui rend l\u2019accaparement des terres, la pollution de l\u2019eau et la destruction des forêts de plus en plus abominables réside dans le fait que cette dépossession s\u2019accélère au nom de la protection de l\u2019environnement mondial.La production alimentaire et forestière, autrefois sous la responsabilité des populations qui habitaient ces lieux depuis des générations, est maintenant menacée par cette recolonisation opérée par de grandes entreprises qui cherchent essentiellement à pénétrer de nouveaux marchés et par le pillage effectué au nom de l\u2019urgence de résoudre la crise environnementale et climatique globale - une crise dont ces populations africaines ne sont guère responsables.Pour reprendre les mots de Bernard Duterme, du Centre tricontinental (CETRI), qui dénonce à juste titre toute cette dérive et l\u2019irresponsabilité cupide dont font preuve ceux qui la causent, faudrait-il donc marchandiser la planète pour la sauver?20 mars-avril 2015 RELATIONS Haro sur le libre-échange Le libre-échange, régime moteur du capitalisme mondialisé, rend impossible la construction d'une véritable économie écologique.Deux textes témoignant des résistances passées à ce modèle peuvent nous inspirer encore aujourd'hui.AURÉLIEN BERNIER Le 22 avril 1970, la première « Journée de la Terre » est organisée aux États-Unis.Des milliers de collèges et d\u2019universités y participent, les médias couvrent largement l\u2019initiative et, dans tout le pays, les mobilisations réunissent plus de 20 millions de personnes.Cette date marque un tournant dans l\u2019écologie politique.Après une telle démonstration sur le sol de la première économie mondiale, les gouvernements occidentaux ne peuvent plus fermer les yeux sur les dégâts provoqués par le productivisme effréné de l\u2019après-guerre: épuisement des ressources, pollution massive de l\u2019air, de l\u2019eau et des sols, destruction de la biodiversité et changements climatiques.Mais cette prise de conscience, contrainte et forcée, a une contrepartie.Comprenant qu\u2019il y a là un danger de voir leur projet de mondialisation menacé, les grands pouvoirs économiques se lancent dans une entreprise de récupération et de détournement de la question écologique.GARANTIR LE LIBRE-ÉCHANGE Cette contre-offensive débute dès le sommet international sur l\u2019environnement, qui se tiendra en juin 1972 à Stockholm.Un projet à cet effet y est poussé, celui de l\u2019Accord général sur les tarifs douaniers (GATT).Il s\u2019agit de convaincre les États que les mesures de protection de l\u2019environnement ne doivent en aucun cas s\u2019opposer à la libre circulation des marchandises et des capitaux.On réussira à persuader les pays du Sud qu\u2019ils tireront des bénéfices des préoccupations écologiques du Nord.en attirant sur leur territoire les industries les plus polluantes.La recommandation 103 de la déclaration finale du sommet demande que «tous les pays [.] acceptent de ne pas invoquer leur souci de protéger l\u2019environnement comme prétexte pour appliquer une politique discriminatoire ou réduire l\u2019accès à leur marché ».Les négociations environnementales sont ainsi neutralisées et livrées à la censure du libre-échange.Quarante ans plus tard, ce principe reste scrupuleusement appliqué.En matière de politiques environnementales, le libre-échange est devenu le principal ennemi à affronter, plus de 2500 traités (de libre-échange ou d\u2019investissement) imposant le cadre légal qui régit la plupart des activités économiques dans le monde.Grâce à eux, les «paradis de pollution» se sont développés sur le modèle des paradis fiscaux, c\u2019est-à-dire que des pays peu regardants, grâce à une absence de normes contraignantes qui devient un « avantage comparatif », attirent chez eux les productions dont les Occidentaux ne veulent plus.Puisque les produits qui y sont fabriqués circulent sans entraves, ils sont ensuite importés et consommés massivement dans les pays riches.Ces productions à bas coût polluent triplement : à cause de leurs conditions de production, à cause de leur transport sur des milliers de kilomètres et à cause de leur courte durée de vie, qui oblige à les renouveler sans cesse.Rien d\u2019étonnant qu\u2019une étude, publiée le 29 mars 2011 par l\u2019Académie nationale des sciences des États-Unis, montre que pendant la période 1990-2008, les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités transférées dans les pays du Sud, par le biais des délocalisations industrielles, dépassent les réductions accomplies dans les pays du Nord.Mais il y a pire encore.En organisant une concurrence internationale sans limite, le libre-échange empêche la mise en place de réglementations contraignantes dans les pays occidentaux.Pour ne pas être pénalisés sur les marchés mondiaux, les États cèdent aux demandes de leurs entreprises, qui réclament toujours moins de réglementations.En 2007, par exemple, ArcelorMittal estimait ne pas avoir obtenu assez de quotas d\u2019émission de gaz à effet de serre dans le cadre du marché européen du carbone.Ses dirigeants ont brandi la menace de délocalisations -rendues possibles grâce à des traités de libre-échange - pour recevoir des droits de polluer supplémentaires.Sans surprise, les gouvernements français et belge ont rapidement cédé et accordé à la multinationale de nouveaux quotas.Pour finir, s\u2019il reste encore des États dont les législations ne sont pas assez favorables aux investisseurs, des tribunaux d\u2019arbitrage - chargés de traiter des litiges liés aux accords de L'auteur a publié entre autres, aux éditions Mille et une nuits, Comment la mondialisation a tué l'écologie (2012) et Le climat otage de la finance (2008) Adeline Lamarre, Le cavalier et la tour jouent au fou (diptyque), 2010, acrylique sur toile, 71 x 45,5 cm nÆL RELATIONS mars-avril 2015 m dOSSieR l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) ou à d\u2019autres traités - sont là pour les condamner.En cas de signature du Grand marché transatlantique, par exemple, il deviendra impossible aux pays européens de refuser les importations américaines de produits transgéniques.LA CHARTE DE LA HAVANE La relecture de l\u2019histoire de l\u2019écologie politique et des négociations internationales de l\u2019après-guerre ne permet pas seulement de comprendre la situation présente; elle donne aussi des bases pour construire une alternative.Il faut savoir que de nombreux États se sont opposés au système libre-échangiste voulu par les États-Unis pour écouler leur surproduction et endiguer la progression du communisme.De 1945 à 1948, l\u2019administration américaine a mené des négociations multilatérales pour imposer la libre circulation des capitaux et des marchandises à travers le projet d\u2019une Organisation internationale du commerce (OIC).Ces négociations se sont toutefois heurtées à la volonté d\u2019indépendance de plusieurs pays comme l\u2019Uruguay, l\u2019Argentine, l\u2019Inde et la Chine.Ils influenceront le contenu de la charte de l\u2019OIC, signée par 53 États en 1948 et plus connue sous le nom de Charte de la Havane.Celle-ci fait de l\u2019équilibre de la balance des paiements un principe de base : les pays doivent tendre vers une égalisation des importations et des exportations et peuvent y parvenir en instaurant des mesures protectionnistes.Il n\u2019est pas question de supprimer les échanges commerciaux, mais de les réguler pour les équilibrer.Les pays du Sud y revendiquent également un droit à l\u2019industrialisation et rejettent un schéma dans lequel ils continueraient à fournir les matières premières et les produits agricoles tandis que les pays riches se réserveraient les activités de transformation à haute valeur ajoutée.La logique qui sous-tend la Charte de la Havane n\u2019est pas anticapitaliste, et encore moins antiproductiviste, mais elle s\u2019appuie sur l\u2019importance de la souveraineté alimentaire et industrielle comme condition de l\u2019autonomie des États.Elle se situe à l\u2019exact opposé de la logique du libre-échange, qui désarme au contraire les États et les peuples face aux multinationales.N\u2019y trouvant plus leur compte, les États-Unis enterrent l\u2019OIC et la ratification de la charte au début des années 1950 et se replient sur le GATT, ce qui conduira à la création de l\u2019OMC.LA DÉCLARATION DE COCOYOC Un autre texte, de portée bien plus large (bien qu\u2019émanant de personnalités et non d\u2019États), sera lui aussi enterré au début des années 1970 : la Déclaration de Cocoyoc1.Du 8 au 12 octobre 1974, un colloque des Nations unies réunit à L'auteure est historienne et journaliste Les apprentis sorciers à l'œuvre ANDREA LEVY Il y a trois ans, un chalutier affrété a déversé 100 tonnes de sulfate de fer au large de la Colombie-Britannique dans l\u2019espoir de provoquer une éclosion de phytoplancton marin, l\u2019idée étant que le phytoplancton serve de puits de dioxyde de carbone.En effet, ces micro-organismes absorbent le carbone en l\u2019utilisant pour la photosynthèse et en emportent une partie dans les profondeurs de l\u2019océan lorsqu\u2019ils meurent.Un petit village de pêche du peuple autochtone Haïda a voté en faveur de cette expérience d\u2019ensemencement océanique afin de profiter de la vente des crédits de carbone qu\u2019elle rendrait possible, en plus de stimuler une augmentation de la population de saumons.Le projet mené par l\u2019entrepreneur américain Russ George s\u2019est déroulé sans permis, sans régulation ni surveillance, en violation du moratoire international sur les projets majeurs de fertilisation artificielle des océans, adopté en 2010 au sommet de la Convention sur la biodiversité, à Nagoya au Japon.Les effets de la fertilisation de l\u2019océan par le fer pour la séquestration de carbone sont loin d\u2019être étayés par des démonstrations scientifiques et les résultats de cette ex- périence délinquante demeurent inconnus pour l\u2019instant.Cette technique figure néanmoins parmi les nouvelles technologies censées régler les problèmes liés au réchauffement planétaire, que l\u2019on désigne sous le terme de « géo-ingénierie », qualifiée par certains de « plan B » pour le climat.À gauche comme à droite, malgré les mises en garde du sociologue Jacques Ellul et du philosophe Ivan Illich, malgré les désastres écologiques, comme ceux du golfe du Mexique et de Fukushima, nous avons tendance à être séduits par la promesse de la technologie de nous délivrer de tous nos maux - ou au moins de nous dépanner en cas d\u2019urgence.Depuis le rapport Meadows, en 1972, l\u2019une des principales objections aux thèses portant sur les limites à la croissance est la conviction qu\u2019on peut contrecarrer la dégradation environnementale et façonner des substituts pour les ressources qu\u2019on épuise avant que les ravages de la croissance troublent la fête de la société de consommation capitaliste.Or, toutes les percées technologiques survenues depuis sa publication ne semblent avoir réussi qu\u2019à repousser l\u2019échéance.Il existe trois approches principales en géo-ingénierie: la gestion du rayonnement solaire, la capture et la séquestration du carbone (telle la fertilisation océanique), et la modification du climat.Chaque catégorie comporte une panoplie de techniques existantes et émergentes, plus ou moins incompréhensibles pour le non-spécialiste.22| mars-avril 2015 RELATIONS Cocoyoc, au Mexique, des experts internationaux pour débattre de « l\u2019utilisation des ressources, de l\u2019environnement et des stratégies de développement ».Il regroupe des intellectuels de plusieurs pays non alignés (Mexique, Tanzanie, Sri Lanka, entre autres), tous très critiques vis-à-vis de la domination des pays industrialisés, et des États-Unis en particulier.La déclaration finale du colloque est un réquisitoire contre l\u2019ordre international capitaliste mis en place par les Occidentaux.Les auteurs notent que «les affamés, les sans-abri et les illettrés sont plus nombreux aujourd\u2019hui que lorsque les Nations unies ont été créées» et dénoncent le fait que les rapports de force issus de « cinq siècles de contrôle colonial qui a massivement concentré le pouvoir économique entre les mains d\u2019un petit groupe de nations » n\u2019ont pas été modifiés.Pour changer la donne, ils refusent clairement le productivisme (« nous rejetons l\u2019idée de la croissance d\u2019abord et d\u2019une juste répartition des bénéfices ensuite ») et défendent l\u2019émancipation des peuples, l\u2019éducation, l\u2019autonomie et la coopération.Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019aménager le système capitaliste, mais d\u2019en sortir: «L\u2019autonomie au niveau national implique aussi un détachement temporaire du système économique actuel.Il est impossible de développer l\u2019autonomie au travers de la participation pleine et entière à un système qui perpétue la dépendance économique.» Accueillant ce texte comme un camouflet, les États-Unis le cloueront au pilori, avant que les crises économiques provoquées par les chocs pétroliers ne le fassent tomber dans l\u2019oubli.Face à l\u2019illusion et aux dangers du capitalisme « vert», les mouvements autochtones et altermondialistes (au sens large), portant des revendications de justice sociale et environnementale, se mobilisent aujourd\u2019hui autour de mots d\u2019ordre comme «changeons de système, pas le climat ».Dans ce combat, la Charte de la Havane et la Déclaration de Cocoyoc doivent nous inspirer, car elles montrent la voie à suivre entre souveraineté étatique et coopération entre pays.Car s\u2019il est bien évident que le cadre national ne suffit pas à résoudre les problèmes mondiaux (la paix, les droits humains, l\u2019écologie), un gouvernement courageux peut, encore aujourd\u2019hui, changer radicalement de politique, comme le montrent les exemples du Venezuela, de la Bolivie, de l\u2019Équateur et bientôt, il faut l\u2019espérer, de la Grèce.\u2022 1.Son texte intégral est en ligne sur le site de l\u2019auteur .David Keith, natif de l\u2019Alberta et professeur de physique appliquée à Harvard, est l\u2019un des champions du développement d\u2019un écran solaire pour la Terre comme méthode rapide et bon marché pour combattre l\u2019impact des changements climatiques.Sa technique s\u2019inspire de l\u2019éruption volcanique du mont Pinatubo aux Philippines, en 1991, désastre naturel qui a eu un effet de refroidissement du climat à la suite de la dispersion d\u2019acide sulfurique dans l\u2019atmosphère.Keith propose ainsi de protéger la Terre des radiations solaires et de refroidir la planète en équipant des avions capables de pulvériser des particules d\u2019acide sulfurique dans la haute atmosphère, réfléchissant ainsi une partie du rayonnement solaire dans l\u2019espace.«Je suis certain que cela fonctionnera.Non qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019effets secondaires [la destruction partielle de la couche d\u2019ozone, par exemple], mais je suis sûr que ça marchera1», a affirmé le scientifique, qui, comme bon nombre de promoteurs du plan B, a un intérêt commercial dans le développement de cette technologie.D\u2019autres scientifiques n\u2019en sont pas si sûrs.Une expérience de modélisation informatique a révélé les effets pervers probables de cette manœuvre sous forme de sécheresse dévastatrice exposant à la famine des milliards de personnes dans les pays du Sud.Le groupe ETC, une organisation non gouvernementale canadienne qui suit l\u2019évolution de la géo-ingénierie depuis deux décennies, demande son interdiction.Il reproche à l\u2019illustre Groupe d\u2019experts intergouvememental sur l\u2019évolution du climat (GIEC) sa récente ouverture, certes hésitante, à la production de bioénergie combinée à la capture et au stockage du carbone comme moyen de mitiger les impacts des émissions de gaz à effets de serre.Le groupe ETC travaille à documenter la multiplication des expériences de géo-ingénierie mises en œuvre sans réglementation et à faire connaître les périls encourus.L\u2019un des grands dangers de fonder des espoirs sur ce deus ex machina réside dans le fait que cela risque d\u2019atténuer le sentiment d\u2019urgence concernant la nécessaire réduction de notre dépendance aux carburants fossiles et la transition vers des sources d\u2019énergie renouvelables - sans parler bien sûr du changement de système de production et de consommation qui nous a conduits au bord du précipice où nous nous retrouvons aujourd\u2019hui.Le philosophe australien de l\u2019environnement Clive Hamilton, auteur, entre autres, du livre Les Apprentis sorciers du climat (Seuil, 2013), résume bien l\u2019enjeu : « Le mode de pensée qui donne naissance à la géo-ingénierie est le même qui conçoit le monde comme un objet propice à la manipulation technologique2.» 1.\tD.Keith, «Les idées surprenantes de David Keith sur le changement climatique», conférence TED [en ligne], .2.\tC.Hamilton, « The Philosophy of Geoengineering», [en ligne], (traduction libre).RELATIONS mars-avril 2015\tE3 dOSSieR L'auteur est doctorant en philosophie politique à l'Université Laval ü mars-avril 2015 Le potentiel de l'écosocialisme municipal L'écosocialisme municipal offre une piste stratégique intéressante pour sortir du capitalisme à l'origine de la crise écologique.Déjà, des initiatives en ce sens affleurent dans certains pays d'Europe.JONATHAN DURAND FOLCO Si la crise écologique est constamment identifiée aux changements climatiques, à la perte de biodiversité et à la surexploitation des ressources naturelles, ces phénomènes sont trop souvent expliqués par des facteurs apparemment inévitables comme l\u2019augmentation de la population humaine, la modernisation ou le développement technique, donnant ainsi un air d\u2019inéluctabilité au modèle dominant.Il suffirait alors de réformer l\u2019économie capitaliste pour qu\u2019elle puisse inclure des facteurs extraéconomiques comme la société et l\u2019environnement, comme le proposent les tenants d\u2019un capitalisme « vert » et du «développement durable ».Si cette approche tente de pallier les effets immédiats de la crise écologique, elle n\u2019en remet pas en question la cause ultime : l\u2019extension illimitée de la rationalité économique à l\u2019ensemble de la vie humaine et naturelle, contre laquelle doit s\u2019organiser un nouveau projet politique ancré dans le territoire et alliant luttes sociales et écologiques.Dans la première phase de développement du capitalisme, aux XIXe et XXe siècles, la contradiction entre les rapports de production (Capital) et les forces productives (Travail), largement analysée par Marx, a surtout donné lieu à des luttes au sein de la sphère du travail, mettant le mouvement ouvrier au cœur des luttes pour l\u2019émancipation.Une deuxième contradiction, opposant le mode de production (Capital) et les conditions de production (Nature) a cependant provoqué, au cours du XXe siècle, un déplacement du foyer des luttes vers les milieux de vie, le paradigme de la lutte des classes faisant place à celui de la dépossession et du pillage des biens communs naturels et immatériels.Il ne s\u2019agit pas ici de nier la persistance de l\u2019exploitation, dont la réalité brutale se manifeste encore de nos jours; la deuxième contradiction n\u2019annule pas la première, mais la renforce en amenant un changement qualitatif à la crise structurelle du capitalisme.La lutte des classes doit aujourd\u2019hui être articulée à de nouvelles sphères sur lesquelles le capitalisme financiarisé et globalisé ne cesse d\u2019empiéter : spéculation immobilière en milieu urbain et rural, privatisation des services publics, brevetage du vivant et biopiraterie, marchandisation de la nature par de nouveaux RELATIONS produits financiers (dérivés climatiques, obligations catastrophes, marché du carbone), etc.1 UNE PISTE STRATÉGIQUE Comme la deuxième contradiction du capitalisme se manifeste directement sur les milieux de vie en menaçant les conditions d\u2019existence des populations, la municipalité, palier local de gouvernement, apparaît comme un terrain privilégié pour les nouveaux mouvements citoyens, populaires, socialistes et écologistes souhaitant mettre en pratique des alternatives économiques, sociales et politiques.D\u2019autant qu\u2019il est tout à fait stratégique de proposer un projet politique ancré sur ce terrain de luttes.Le socialisme productiviste et autoritaire du XXe siècle, qui remplaça la propriété privée et le marché par la propriété étatique et la planification centralisée, a systématiquement négligé l\u2019importance des communautés locales, du territoire et de l\u2019autogestion qui auraient pu permettre la relocalisation des décisions politiques et la démocratisation des activités économiques.Si le socialisme du XXIe siècle doit nécessairement être écologique et démocratique, il ne saurait fonctionner et réaliser ses objectifs émancipateurs sans une importante décentralisation des pouvoirs, une planification démocratique ancrée dans les communautés de travail et de vie, et des mécanismes de coordination permettant de relier différentes municipalités et réseaux de production à plus large échelle.Ainsi, le municipalisme libertaire de Murray Bookchin, le socialisme municipal de Paul Brousse, le « projet local» de l\u2019école territorialiste, les initiatives des villes en transition, le mouvement pour la décroissance conviviale, les fiducies foncières communautaires en milieu rural et urbain, ou encore les expérimentations politiques dans les villes catalanes, nous montrent la voie.Il s\u2019agit d\u2019autant d\u2019exemples de traditions oubliées, de trésors cachés, d\u2019expériences furtives mais agissantes qui ouvrent la société actuelle à de nouveaux horizons d\u2019émancipation, laissant entrevoir qu\u2019une sortie du capitalisme est déjà en marche dans différents coins du globe.Un exemple récent est celui du Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes qui a pris le pouvoir dans la ville de Grenoble lors des dernières élections municipales en France, en mai 2014.Sa plateforme très créative est inspirante: co-construction des projets avec les habitants, budget participatif, gestion coopérative décentralisée, diminution des indemnités des élus et non-cumul des mandats, gratuité des transports collectifs pour les jeunes et les personnes âgées, rénovation énergétique, renforcement des services publics de proximité, objectif de 100 % d\u2019aliments bio et locaux dans la restauration collective Il s'agit d'inventer de nouvelles formes institutionnelles susceptibles de préserver nos espaces de vie. municipale, apaisement de la circulation et verdissement, financement massif des logements sociaux et des coopératives d\u2019habitation, soutien aux commerces de proximité et à l\u2019économie sociale et solidaire, expérimentation d\u2019une monnaie locale, etc.1 2 Cette alliance rouge-verte et citoyenne au niveau municipal pourrait montrer la voie d\u2019une transformation des institutions politiques et économiques à une échelle plus large.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019affirmer que l\u2019action locale suffira à elle seule à amener les changements nécessaires pour construire une société libre, égalitaire, démocratique et écologique.Elle rend toutefois possible l\u2019expérimentation d\u2019alternatives qui pourraient constituer les piliers d\u2019une société postcapitaliste.La lutte contre le système économique responsable de la crise écologique ne pourra se faire éternellement par une opposition entre les mouvements sociaux et un État asservi aux intérêts des élites économiques; il faut accélérer les changements en cours, multiplier les interstices et les initiatives citoyennes, appliquer des réformes transformatrices à l\u2019échelle locale et espérer une éventuelle rupture démocratique lorsque la société sera mûre pour un changement institutionnel de grande ampleur.Cette perspective stratégique s\u2019inscrit dans le sillage du « possibilisme », courant politique développé par Paul Brousse (1844-1912), militant anarchiste puis adepte d\u2019un socialisme réformiste s\u2019opposant au marxisme révolutionnaire de Jules Guesde.Cette stratégie consiste à « abandonner le tout à la fois qui généralement aboutit au rien du tout, fractionner le but idéal en plusieurs étapes sérieuses, immédiatiser en quelque sorte quelques-unes de nos revendications pour les rendre enfin possibles ».Selon Brousse, la question communale est « plus de la moitié de la question sociale» (Le Prolétaire, 19 novembre 1881), et c\u2019est pourquoi il opte pour une décentralisation importante qui permettrait de transformer les services publics étatisés et bureaucratisés en biens communs de proximité contrôlés démocratiquement par les citoyens et articulés à une foule d\u2019activités et d\u2019innovations sociales constituant des «institutions-modèles » d\u2019une nouvelle société.Un autre avantage du municipalisme réside dans sa capacité à répondre de manière créative à la crise de la démocratie représentative.Dans un contexte de corruption, de perte de confiance, de cynisme et de désintéressement des citoyens vis-à-vis de la chose publique, il semble téméraire pour la gauche de persister à vouloir conquérir le pouvoir d\u2019État via un parti traditionnel sans mener d\u2019abord une «guerre de position» au sein de la société civile.Pour reprendre la perspective de Gramsci, il s\u2019agit de mener une «lutte idéologique» par l\u2019élaboration d\u2019un discours contre-hégémonique qui permettra de réaliser une « réforme intellectuelle et morale » capable de former une volonté collective.Loin de représenter un travail strictement culturel ou symbolique, cette «nouvelle culture» doit prendre racine dans une pratique démocratique vivante qui pourrait voir le jour à travers l\u2019action citoyenne municipale.Des formations politiques nouveau genre comme Po-demos, en Espagne, ou Candidatura d\u2019Unitat Popular et Guanyem Barcelona, en Catalogne, visent précisément à «récupérer » les institutions publiques pour les remettre entre les mains des citoyens.Il s\u2019agit de lutter contre la corruption en «dé-professionnalisant » la politique, notamment par l\u2019engagement des candidats à respecter un code d\u2019éthique strict : « les élus municipaux devront être transparents sur l\u2019intégralité de leurs revenus et rendre publics leurs agendas professionnels.Ils ne pourront pas travailler, dans les cinq ans suivant la fin de leur mandat, pour des secteurs du privé avec lesquels ils ont été en contact.La charte prévoit aussi de limiter la durée dans le temps du travail d\u2019un élu (mais la période maximale de huit ans, fixée par certains, ne fait pas consensus) et veut aussi plafonner les salaires des élus3».Référendums, droit d\u2019initiative populaire, révocabilité des élus, jurys citoyens, conseils de quartier avec pouvoir décisionnel, une foule de changements et de mécanismes de démocratie directe pourraient être expérimentés à l\u2019échelle municipale avant d\u2019être généralisés à l\u2019ensemble du corps politique.Somme toute, l\u2019écosocialisme municipal, en tant que démocratisation radicale de la sphère économique et politique à l\u2019échelle locale, pourrait représenter un premier pas important vers le dépassement de la catastrophe écologique capitaliste.Il s\u2019agit d\u2019inventer de nouvelles formes institutionnelles susceptibles de préserver nos espaces de vie contre les empiètements de l\u2019abstraction marchande et de la rationalité technocratique, afin de construire un monde commun dans une perspective de justice sociale et environnementale.\u2022 1.\tRazmig Keucheyan, La nature est un champ de bataille.Essai d\u2019écologie politique, La Découverte, Paris, 2014.2.\tVoir .3.\tLudovic Lamant, « Espagne : l\u2019alternative citoyenne Guanyem veut \u201cdynamiter le système catalan\u201d », Mediapart, 5 novembre 2014.Adeline Lamarre, Mortes pluies, 2007, acrylique sur toile, 76 x 101,5 cm RELATIONS mars-avril 2015 B dOSSieR ü mars-avril 2015 Pour les biens communs Entrevue avec Gaël Giraud Gaël Giraud, jésuite français, est économiste.Préoccupé par l'emprise de la financiarisation sur l'économie, qui conduit à une impasse catastrophique tant sociale qu'écologique, il a publié entre autres Illusion financière (L'Atelier, 2013).Il a bien voulu s'entretenir avec nous sur une voie de sortie du capitalisme vert.Relations : Pour rompre avec la privatisation de la nature à laquelle nous incite le capitalisme financier, vous préconisez de renouer politiquement avec la catégorie des biens communs.Qu\u2019entendez-vous par là?Gaël Giraud : Le débat actuel sur la transition écologique est, en effet, prisonnier d\u2019un cadre trop étroit qui ne distingue que deux grandes catégories de biens : d\u2019un côté, les biens publics, propres à la sphère étatique et, de l\u2019autre, les biens privés, propres à la sphère marchande.Or, depuis l\u2019économiste hongrois Karl Polanyi (1886-1964) et, plus récemment, grâce aux travaux de l\u2019économiste américaine Elinor Ostrom (1933-2012), on peut concevoir une autre catégorie: les biens communs.Elle nous intéresse parce qu\u2019elle pourrait parfaitement se rapporter à la nature (la biodiversité, les ressources énergétiques, le climat, l\u2019eau, les forêts, la terre, etc.) et nous permettre de développer une nouvelle relation à celle-ci qui exclurait sa privatisation.À la différence des biens publics, comme les services publics - qui sont universels (destinés à tous) et dont l\u2019usage n\u2019est pas exclusif (s\u2019en servir ne prive pas d\u2019autres de leur usage) - et des biens privés - lesquels, inversement, ne sont pas universels et dont l\u2019usage est exclusif-, les biens communs se caractérisent par le fait que leur accès est universel (comme un bien public) mais leur usage peut devenir exclusif (comme un bien privé).Prenons l\u2019exemple typique qu\u2019en donne Ostrom : l\u2019étang aux abords duquel vit une population dont la vie dépend de la pêche est pour celle-ci une ressource vitale.Or, arrive un braconnier.Son action déréglée en vient à épuiser la faune aquatique.Ainsi, l\u2019usage que quelqu\u2019un fait d\u2019une ressource peut en menacer l\u2019accès à d\u2019autres pour qui elle est vitale.Dit autrement, un bien commun est un bien à destination universelle mais fragile.Fragile au sens où si on ne met pas des règles d\u2019accès à ces biens, un «braconnier» peut en priver tout le monde, comme le font les multinationales sans scrupules qui utili- RELATIONS sent les failles du droit national et international pour dévaster la terre et les océans.Les biens communs ont donc un rapport direct avec la question écologique.Ils impliquent la responsabilité politique (collective) et éthique (individuelle) d\u2019en prendre soin parce qu\u2019ils sont à la fois vitaux et fragiles.L\u2019étang dont il est question dans l\u2019exemple donné par Ostrom peut très bien représenter nos océans.La pêche industrielle en eaux profondes est en effet en train de briser de manière dramatique la chaîne alimentaire de la faune marine, qui risque ainsi de disparaître si rien n\u2019est fait à plus ou moins court terme.C\u2019est sans parler de l\u2019acidification et du réchauffement des océans.On pourrait aussi prendre l\u2019exemple des abeilles, essentielles à la pollinisation, dont l\u2019existence est menacée par toutes sortes de facteurs environnementaux.Les tenants de la privatisation des ressources naturelles ne s\u2019en inquiètent pas.La disparition des poissons, selon eux, pourra être palliée par la pisciculture privée à grande échelle et la disparition des abeilles, par la pollinisation mécanique.Loin d\u2019être dramatique, cette situation serait une occasion d\u2019affaire, elle ferait augmenter le PIB et ajouterait une valeur monétaire à des activités qui n\u2019en avaient pas.Mais voulons-nous vraiment vivre dans un monde où il n\u2019y a plus de poissons dans les mers et où les abeilles auront disparu, parce qu\u2019on aura préféré privatiser ces services de la nature?À ceux qui refusent cette utopie capitaliste de la privatisation tous azimuts, l\u2019institution de biens communs pourrait être un outil politique fondamental pour préserver la destination universelle des ressources naturelles, étant donné qu\u2019un accès privatisé à ces biens peut conduire à en priver tout le monde.Il ne faut pas se leurrer : le rêve d\u2019un monde entièrement privatisé, tel qu\u2019il est véhiculé par le capitalisme financier - l\u2019utopie d\u2019une «société de propriétaires »- nous conduit directement à une société où des ouvriers exploités auront remplacé les services rendus par la nature.Pensez-vous vraiment, par exemple, que la pollinisation mécanique puisse suffire à la tâche sur toute la planète?Ce seront des cohortes de pauvres qui feront ce travail pour les riches.Les élites occidentales cachent de moins en moins leur tentation de renouer avec l\u2019exploitation.Les professeurs des grandes écoles d\u2019administration et d\u2019économie le disent ouvertement à leurs élèves : nous traverserons la crise écologique sur le dos des pauvres.La crise écologique peut très bien être un facteur qui réintroduise l\u2019exploitation économique comme celle des ouvriers en Europe à la fin du XIXe siècle.Les biens communs ont un rapport direct avec la question écologique.Ils impliquent la responsabilité politique (collective) et éthique (individuelle) d'en prendre soin. ¦ r^ ___JU Rel.: Considérer comme des biens communs tout ce qui, dans la nature, est essentiel à la vie, quels changements politiques cela impliquerait-il?G.G.: Laissez-moi préciser d\u2019abord que toute assignation d\u2019un bien quel qu\u2019il soit à telle ou telle catégorie relève d\u2019une décision politique.Il ne s\u2019agit pas d\u2019essentialiser tel ou tel bien.En France, par exemple, l\u2019éducation primaire était considérée comme un bien privé jusqu\u2019au XIXe siècle.Son universalité et sa gratuité, en tant que bien public, ont été consacrées par une décision politique sous la Troisième République.Ce qui est en jeu dans l\u2019institution politique de biens communs, c\u2019est la protection des bases fondamentales d\u2019une société contre la tentation de les privatiser ou de se comporter à leur égard comme si elles étaient des biens privés.Cela implique donc des normes et des règles collectivement fixées, tant au niveau national qu\u2019international, et des institutions pour les faire respecter.Le terrain est complètement en friche en ce qui concerne la question écologique.Tout est à faire.Les travaux d\u2019Elinor Ostrom et de ses collègues économistes peuvent être d\u2019une grande utilité pour une transition écologique sur la base de biens communs.Au moyen d\u2019exemples, comme la gestion de pâturages communaux et de systèmes d\u2019irrigation, ils nous montrent que les communautés humaines sont tout à fait capables de mettre au point des règles collectives d\u2019utilisation et de surveillance efficaces et pérennes.Dans la quasi-totalité des situations où la logique des biens communs prend sens, on remarque que la réciprocité est un élément central qui permet de surpasser en efficacité la poursuite de l\u2019intérêt égoïste de chacun.C\u2019est ce rapport de réciprocité qu\u2019il faut valoriser et mettre en œuvre institutionnellement.Tout le monde a intérêt à sortir de l\u2019égoïsme de l\u2019 homo œconomicus, souvent présenté comme un fait de nature, et à s\u2019ouvrir à une autre conception de l\u2019être humain fondée sur la coopération et la réciprocité.Car quoi qu\u2019elles pensent, les élites du Nord ne sont pas à l\u2019abri de la dévastation environnementale; elles ne traverseront pas intactes la crise écologique sur le dos des plus pauvres, comme certains le fantasment.Deux règles éthiques peuvent servir d\u2019inspiration à l\u2019élaboration de normes et d\u2019un système de règles qui pourraient régir des pratiques collectives concernant les biens communs: l\u2019impératif catégorique de Kant - «Agis uniquement d\u2019après une maxime telle que tu puisses RELATIONS Adeline Lamarre, La quête, 2011, acrylique sur toile, 76 x 101,5 cm mars-avril 2015\tsa dOSSieR vouloir en même temps qu\u2019elle devienne une loi universelle » - et la règle d\u2019or évangélique -« Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux » (Matthieu 7, 12).Nous devons arriver à les traduire politiquement en règles collectives de gestion et d\u2019utilisation.Il en va de l\u2019avenir de l\u2019humanité.L\u2019urgence de la transition écologique nous rappelle l\u2019importance de reprendre en main la sphère politique, qui ne doit pas être laissée aux seuls financiers.Beaucoup de jeunes voient dans la transition écologique la mission historique qu\u2019il leur revient d\u2019assumer, car d\u2019elle dépend la transmission aux prochaines générations d\u2019une planète humainement habitable.Une grande responsabilité politique nous incombe : réussir ce qu\u2019aucune civilisation n\u2019a fait jusqu\u2019à maintenant, à savoir abandonner certains types d\u2019énergies extrêmement productives (gaz, charbon, pétrole) parce qu\u2019elles sont en train de détruire la planète.Pour mener à bien cette transition écologique, ce change- ment radical de société, la grille politique du bien commun est un élément fondamental.Il nous faudra certainement changer nos comportements, nos manières de vivre et nous tourner vers ce que Pierre Rahbi appelle la « sobriété heureuse », qui est en quelque sorte le versant social et même spirituel de la transition écologique: apprendre à agir comme des usagers coopératifs des ressources de la nature et non comme des propriétaires.C\u2019est un changement de mentalité très important.Inutile de dire que cela n\u2019a rien à voir avec les politiques d\u2019austérité budgétaire actuellement appliquées en Occident, qui sont un véritable non-sens macro-économique et font preuve d\u2019une incompréhension totale de ce qu\u2019est la déflation.Elles ne font que creuser l\u2019écart entre les riches et les pauvres.La réalisation d\u2019une véritable transition écologique passe au contraire par une redistribution équitable des richesses.\u2022 ENTREVUE RÉALISÉE PAR JEAN-CLAUDE RAVET Il faut apprendre à agir comme des usagers coopératifs des ressources de la nature et non comme des propriétaires.POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES ATTAC, La nature n'a pas de prix.Les méprises de l'économie verte, Paris, Les liens qui libèrent, 2012.BIEHL, Janet, Le municipalisme libertaire.La politique de l'écologie sociale, Montréal, Écosociété, 2013.BOOKCHIN, Murray, Une société à refaire.Vers une écologie de la liberté, Montréal, Écosociété, 2011.DARDOT, Pierre et LAVAL, Christian, Commun.Essai sur la révolution au XXIe siècle, Paris, La Découverte, 2014.LEWIS, Michael et CONATY, Pat, Impératif transition, Montréal, Écosociété, 2015.LOWY, Michael, Écosocialisme.L'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Paris, Mille et une nuits, 2011.MAGNAGHI, Alberto, Le projet local, Mardaga, Sprimont, 2003.OWEN, David, Vert paradoxe.Le piège des solutions écoénergétiques, Montréal, Écosociété, 2013.SHIVA, Vandana, La vie n'est pas une marchandise, Montréal, Écosociété, 2004.TANURO, Daniel, L'impossible capitalisme vert, Paris, La Découverte, 2012.ARTICLES ET REVUES Alternatives Sud, dossier « Économie verte.Marchandiser la planète pour la sauver?», CETRI/Syllepse, vol.XX\u20142013/1.COMBES, Maxime, «Réflexions sur le \"capitalisme vert\"», Mouvements, 2010/3, no 63.GIRAUD, Gaël, « Le capitalisme financiarisé et transition écologique.De la \"société de propriétaires\" vers une \"société des communs\"?», Gregorianum, Gregorian Biblical Press, 2013, vol.94, no 4.Notre planète en péril: l'urgence d'agir, Actes du congrès de l'Entraide missionnaire, 2013.Nouveaux Cahiers du socialisme, « Écosocialisme ou barbarie », no 6, automne 2011.Relations, articles: F.L'Italien, « Maîtriser notre énergie, l'enjeu du XXIe siècle», no 776, février 2015; G.St-Marie et J.Bédard, «L'éolien au Québec: qu'est-ce qui ne tourne pas rond?», no 764, mai 2013; D.Bernier, «Vers la privatisation d'un bien commun?», no 757, juin 2012; L.M.Andrade, «L'étincelle écosocialiste », no 754, février 2012.Dossiers: «Cap sur la décroissance», no 766, juin 2013; « Les racines d'un Québec vert», no 749, juin 2011 ; « Des voies pour réinventer l'économie», no 741, juin 2010; « La Terre aux abois », no 721, décembre 2007 et « L'urgence écologique », no 699, mars 2005.FILMS ET MULTIMÉDIA La ruée vers le carbone d'Amy Miller, Canada, 2012.Nature, le nouvel eldorado de la finance de Sandrine Feydel et Denis Delestrac, France, 2014.Du développement durable à l'économie verte, quels enjeux?, Alter-Échos, 2012 [en ligne] : .SITES WEB : AmiEs de la Terre de Québec : Réseau écosocialiste du Québec : blogue de Jonathan Durand Folco : blogue sur l'écoblanchiment 28 mars-avril 2015 RELATIONS jouRNée D\u2019étuDe rtnn ceNtRe Justice et fol ÉCONOMIE VERTE : PIÈGES ET ALTERNATIVES LE SAMEDI 18 AVRIL 2015 À MONTRÉAL Avec des conférences de : \u2022\tDominique Bernier de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui présentera le concept de l'économie verte \u2022\tRoger Rashi d'Alternatives, qui parlera des voies alternatives à cette économie à travers le monde Des extraits du film La ruée vers le carbone d'Amy Miller Des ateliers pour explorer des alternatives pour le Québec: \u2022\tLa nécessité de sortir du libre-échange avec Claude Vaillancourt \u2022\tUne agriculture et une ruralité écologiques avec François L'Italien \u2022\tLa transition énergétique avec Normand Mousseau \u2022\tDes villes québécoises écologiques avec Jonathan Durand Folco \u2022\tLa solidarité internationale et l'environ avec Éric Chaurette Et le lancement du dossier de la revue Relations «Halte au capitalisme vert» Relations Halte au capitalisme vert Face à des crises multiples (climatique, environnementale, économique), l'économie verte est présentée comme une bouée de sauvetage, un moteur de croissance alliant innovations technologiques et instruments financiers.Si certaines des visées de cette économie sont intéressantes, plusieurs autres posent problème.En transformant la nature en service et en capital, on la soumet à la logique du marché et du profit, au détriment du bien commun et sans vraiment résoudre les grands défis environnementaux actuels.À la Maison Bellarmin, de 9h à 16 h 25, rue Jarry Ouest, Montréal (Métro Jarry ou De Castelnau) Coût (repas du midi inclus) : 25$ ou 10$ pour étudiants et personnes à faible revenu Inscription avant le 10 avril Programme, formulaire d'inscription et paiement en ligne: www.cjf.qc.ca/ap/ Renseignements: Agusti Nicolau: 514-387-2541, poste 241 ou anicolau@cjf.qc.ca PLaiN-CHaNt CHRONiçue UttéRaiRe Comme des enfants malades TEXTE : PAUL CHAMBERLAND ILLUSTRATION : CHRISTINE PALMIERI Chaque jour souveraine, la joie fuse en cris d'enfants.L'irruption du neuf recommence le monde.Mais ce qui vient va la broyer comme un bouton de rose entre des doigts glacés.L'assise du monde a été ébranlée.La Terre sous nos pieds a cessé d'être familière.De plus en plus rapprochées, et chaque fois plus brutales, les secousses.En nous alerté, l'animal sent peu à peu l'envahir une suée d'épouvante.Nous sommes comme des enfants malades.Nous ne savons pas ce qui nous arrive.Allons-nous nous accabler de ne pouvoir trouver le remède?En nous, hors de nous, le monde est une plainte ininterrompue.La lèpre se répand de partout.Nous ne reconnaissons pas dans la Terre dévastée notre propre visage.Nous ne travestissons pas le difforme.Les mains plongées dans le cloaque de merde et de sang, nous discernons la forme à dégager - la nue figure humaine qui supplie.Nous apprenons à regarder en face notre laideur naturelle.C'est nous, ça, ce polichinelle édenté, vagissant, qui se croit fort de bâtir des empires alors qu'il s'épuise à colmater les brèches par où n'a jamais cessé de l'assaillir la vorace fureur d'un nouveau-né.La plaie natale ne s'est jamais refermée.Et nous ne faisons tous, tant que nous sommes, que nous débattre pour nous arracher à l'emprise d'une incoercible détresse, oubliant qu'elle nous soude dans un même appel à l'aide.D'eux-mêmes les mots d'une hymne nous viennent à la bouche.Ils nous apprennent, enfin, qui nous sommes : un chant brisé.Nous apprenons qui nous sommes à nous entendre nous appeler de partout.Mais « À l'aide! » reste bien souvent pris en travers de la gorge.Il nous aura fallu, pour en arracher l'aveu au plus retranché de l'intime, supporter là longtemps notre obtuse détresse de bête.30 mars-avril 2015 RELATIONS Les spectres, 2012, extrait d'une Installation vidéo La Terre est bonne.Nous le savons, nous l'avons oublié.Elle supporte les coups que lui infligent ses enfants égarés.Elle supporte.Il lui arrive de sourire éplorée en quelques-uns.Nul ne sait trop d'où viennent ces soudaines embellies.Les plaies sont rafraîchies.Un fleuve de lumière attendrit nos regards.Et nous nous étonnons d'en être devenus les passeurs éblouis.Chaque jour souveraine, la joie fuse en cris d'enfants.31 RELATIONS mars-avril 2015 aiLLeuRS L'auteure est journaliste indépendante et candidate à la maîtrise en sociologie à l'Université de Montréal mars-avril 2015 Les Roms migrants en France Loin de profiter de la générosité de la France, les Roms migrants en sont plutôt exclus.Bien que de nationalité européenne pour la plupart, ils y sont des citoyens de seconde zone dont les droits sont bafoués.RAPHAËLLE CORBEIL Ces dernières années, les préjugés entourant la population rom ont alimenté l\u2019espace politico-médiatique français.Les Roms arriveraient au pays par vagues massives chaque année pour profiter du système de sécurité sociale, laissant croire à une véritable invasion.Délinquants, voleurs, mendiants agressifs et malpropres, ils auraient une culture fondamentalement « en confrontation » avec les populations locales et auraient donc «vocation à retourner» chez eux, selon les paroles du premier ministre actuel, Manuel Valls, alors ministre de l\u2019Intérieur, sur les ondes de France Inter, le 24 septembre 2013.Un certain discours officiel suppose ainsi l\u2019existence de modes de vie culturels (voire ethniques) incompatibles avec la nation française.Les étiquettes qui collent à la peau des Roms servent souvent de justification aux politiques sévères menées à leur endroit.Déjà, en 2010, le gouvernement Sarkozy suscitait la controverse au sein de l\u2019Union européenne (UE) à cause de sa campagne de répression de tous les campements en situation irrégulière et de son programme « d\u2019éloignement» des Roms de nationalité étrangère.Durant la campagne électorale de 2012, le candidat François Hollande semblait plus conciliant lorsque questionné à ce sujet par le Collectif Romeurope: « On ne peut pas continuer à accepter que des familles soient chassées d\u2019un endroit sans offrir de solution.Cela les conduit à s\u2019installer ailleurs, dans des conditions qui ne sont pas meilleures.» Malgré l\u2019élaboration d\u2019une circulaire allant en ce sens, les évacuations de RELATIONS Roms n\u2019ont pourtant pas cessé sous sa présidence.Pire, la police procède aujourd\u2019hui à davantage d\u2019évacuations forcées qu\u2019à l\u2019époque du président Sarkozy : plus de 20000 Roms auraient subi une évacuation en 2013, comparativement à 10469 en 2012, 8572 en 2011, et 3034 en 2010, d\u2019après la Ligue française des droits de l\u2019Homme et le European Roma Rights Centre.Mais qui sont ces Roms qui attisent autant les passions et comment vivent-ils en France?ROMS EN EUROPE : UNE EXCLUSION ANCESTRALE Le peuple rom a longtemps constitué une sous-classe de la population de l\u2019Europe de l\u2019Est.Originaire de l\u2019Inde et installé en Europe centrale et orientale depuis plusieurs siècles, il a commencé à émigrer en Europe occidentale au XVIIe, puis plus intensément au XXe siècle, à la faveur de la chute des régimes communistes - les Roms de Roumanie et de Bulgarie fuyant diverses persécutions et discriminations, ceux de l\u2019ex-Yougoslavie fuyant les guerres et les nettoyages ethniques.Les Roms sont aujourd\u2019hui entre 10 et 12 millions en Europe, soit la plus grande minorité du continent.Bien qu\u2019ils soient européens depuis des centaines d\u2019années, plusieurs sont encore victimes de racisme, de discrimination et d\u2019exclusion sociale, vivant dans une extrême pauvreté, sans véritable accès aux soins de santé ni à un logement décent.La France ne fait pas exception à la règle.La population des Roms migrants qui vivent en France - roumains ou bulgares pour la plupart et, dans une moindre mesure, provenant des divers pays des Balkans - est aujour- d\u2019hui évaluée à 17 000 personnes (sur 65 millions d\u2019habitants), un nombre assez dérisoire, donc, et resté stable au cours des dix dernières années, contrairement aux idées alarmistes nourries par certains médias.Il importe par ailleurs de distinguer les Roms migrants de ceux qu\u2019on appelle les «gens du voyage».La plupart du temps de nationalité française, ces derniers choisissent de se loger dans un habitat mobile et un règlement oblige les communes à mettre à leur disposition des aires d\u2019accueil.Les Roms migrants forment quant à eux un groupe ethnicisé, voire racisé1; ils ne sont généralement plus nomades par choix et n\u2019ont pas d\u2019habitat mobile; il s\u2019agit plutôt de migrants européens à la recherche de meilleures conditions de vie.DES DROITS SOCIAUX LIMITÉS En France, tout étranger ayant la nationalité de l\u2019un des pays membres de l\u2019UE est défini comme «ressortissant communautaire » et devrait bénéficier à ce titre de l\u2019égalité des droits en matière de protection sociale.Cependant, l\u2019entrée dans l\u2019UE de huit pays d\u2019Europe centrale et orientale, la Bulgarie et la Roumanie notamment, fait en sorte que les conditions se sont durcies, afin d\u2019éviter des migrations supposément motivées par l\u2019attrait qu\u2019exerce cette protection.Des rapports du Groupe d\u2019information et de soutien des immigrés démontrent en effet que certains droits sociaux auparavant accordés ont commencé à être conditionnels à l\u2019obtention de titres de séjour, voire à être refusés d\u2019emblée.Sous le régime transitoire qui a pris fin le 1er janvier 2014, les Roms de Roumanie et de Bulgarie avaient, en principe, le droit de résider en France pendant trois mois.Au-delà, ils devaient se munir d\u2019un titre de séjour et prouver qu\u2019ils ne représentaient pas une « charge déraisonnable pour le aiLLeuRS wmm ¦ -.a ¦*\u2022
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