Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899, 1 janvier 1917, Janvier
Vol.14.No 1.MONTRÉAL, JANVIER 1917: Le Petit Canadien Organe de la Société Saint - Jean - Baptiste de Montréal SOMMAIRE I.—LA BONNE ENTENTE .Victor Morin.IL —UN CONCOURS DE POESIE.La Rédaction.III.—CHRONIQUE.La Rédaction.IV.—LA CORVEE DES HAMEL.Fr.Marie-Victorin.V.—LA PROHIBITION.Dr J.Gauvreau.VL—LES OFFICIERS DE SECTION ET LE DEVOIR NATIONAL.Courtois.VII.—LA COMPTABILITÉ.La Ligue des Droits du Français.LA CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE Sections et noms des percepteurs.Rédaction et administration : 296, rue Saint-Laurent, Montréal.Abonnement annuel : Canada, Montréal excepté, 50 sous ; Montréal et Etranger, 60 sous.Toute demande de changement d’adresse doit être faite par écrit et accompagnée de 5 sous en timbre poste.Le Petit Canadien paraît vers le 25 de chaque mois; en cas de non-livraison, les abonnés sont priés de présenter leurs réclamations dans les 15 jours., SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Grand aumônier : Monseigneur l*Archevêque de Montréal.Préêident général : Victor Morin, LL.D., notaire, 97, rue Saint-Jacques.1er Vice-président général : Joseph Gauvreau, D.M., Edifice Dandurand.2ème Vice-président général : V.-E.Beaupré, I.C., professeur, 372, rue du Parc [Lafontaine.Secrétaire général : J.-B.Lagacé, professeur, 836, rue Saint-Hubert.Trésorier général : Joseph Hurtubise, courtier en assurance, 2, place d*Armes.Directeurs : L’hon.L.-0.David, sénateur.Hôtel de Ville.— E.-P.Lachapelle, D.M., 267, ouest, rue Prince-Arthur.— Thomas Gauthier, courtier, 11, place d’Ann es.— U.-H.Dandurand, financier, Edifice Dandurand.— Victor Doré, professeur, 446, rue Full uni.— Guy Vanier, LL.L., avocat, 97, rue Saint-Jacques.— Joseph Girard, rentier, 46, ouest, boulevard Saint-Joseph.Chef du Secrétariat : Arthur Saint-Pierre, bureau I, Monument NationaL Sous-chef du Secrétariat : Jos.Durand, bureau I, Monument NationaL Corporations filiales de la Société : Caisse Nationale d’Economie.— Caisse de Remboursement.— Compagnie du Monument National.— Société Nationale de Fiducie. Le Petit Canadien ORGANE DK LA SOCIÉTÉ SAINT - JEAN - BAPTISTE X>X2 ZUCONTmSAXj Vol.14.— No 1.MONTRÉAL, JANVIER 1917.50 sous par an LA BONNE ENTENTE Ceux qui ont observé sans parti pris la tournure inquiétante que les questions de race ont prise en notre pays depuis quelques années se sont demandé avec angoisse à quels résultats pourraient nous conduire les graves événements dont nous avons été témoins.Nos droits les plus chers, établis par la tradition des siècles, conservés par nos pères au prix de leur sang et reconnus par les pouvoirs publics, ont été battus en brèche ; la langue apprise sur les genoux de nos mères ostracisée, nos croyances religieuses diffamées, notre loyauté mise en doute, notre existence nationale, elle-même mise en jeu.D’autre part, nos compatriotes anglais ont subi, dans une certaine mesure, la peine du talion.Leurs entreprises commerciales en ont souffert au point de leur faire jeter les haut cris ; la ferme emprise de nos congénères sur la terre où nous vivons, l’expansion irrésistible de notre population leur ont fait appréhender le danger de l’absorption de tout le pays par les nôtres, et, dans cet état d’esprit, ils nous ont amèrement reproché de n’avoir pas écouté avec tout l’enthousiasme auquel notre vaillance passée les avait habitués l’appel aux armes sur les champs de bataille de l’Europe.Ces malaises, ces sentiments de défiance mutuelle des deux races allaient-ils subsister en s’accentuant au point de compromettre l’avenir national de notre pays?On aurait pu le craindre un moment tant l'horizon semblait chargé de nuages.Mais grâce à l’initiative de quelques hommes à l’âme généreuse, une aurore nouvelle a lui, et les espoirs les plus consolants nous sont aujourd’hui permis.Lorsque, au mois de juillet dernier, quelques citoyens bien pensants d’Ontario sont venus voir si l’Entente Cordiale cimentée par nos deux mère-patries en face de l’ennemi commun n’était pas assez puissante pour trouver un écho par delà les mers, quelques-uns de nos compatriotes, il faut l’avouer, ont mis en doute la sincérité de leurs motifs et se sont demandé si cette démarche n’était pas simplement la courbette obséquieuse s LE PETIT CANADIEN du marchand qui cherche à rentrer dans les bonnes grâces d’un client mécontent.La grande majorité de nos gens ont cependant accueilli cette initiative avec la bienveillance qu’elle méritait et ils ont salué avec satisfaction l’ère nouvelle qui semblait s’ouvrir.Aujourd’hui que le mouvement inauguré si simplement a pris les proportions d’une régénération nationale, nous pouvons nous réjouir de Theureuse idée qui a présidé à sa formation, remercier les hommes éclairés qui l’ont conduit à bonne fin et les assurer de notre cordiale collaboration à l’oeuvre éminemment patriotique qu’ils ont mise en voie.La race française a ouvert le pays à la civilisation il y a trois siècles, et depuis un siècle et demi la race anglaise emploie ses ressources à son développement.Elles ont toutes deux un objet commun; celui d’assurer l’avenir économique de la patrie et l’avenir social de ses habitants.Mais ayant ce même objet en vue, comment se fait-il que ces deux éléments, faits pour se compléter, pour s’entr’aider, l’un suppléant aux qualités qui manquent à l’autre, tournaient l’un contre l’autre, par une étrange aberration d’esprit, les talents, les ressources qu’ils auraient pu faire servir au bien-être commun ?Ah! c’est qu’il y avait derrière eux des arrivistes, des politiciens de bas étage, toujours prêts à flatter les passions les plus mauvaises pour arriver h leurs fins égoïstes sans s’occuper des conséquences désastreuses que leurs actes infâmes peuvent déchaîner.Leurs appels ont trouvé un écho malheureux chez les intolérants, chez les pêcheurs en eau trouble, chez les fanatiques, et comme ceux-là crient d’autant plus fort que leur cause est plus mauvaise, on a pu croire un moment qu’ils avaient l’approbation des esprits dirigeants et qu’ils représentaient la majorité; nos compatriotes d’Ontario viennent de nous donner la preuve éclatante du contraire.A raison même de l’éclat de ces clameurs, les citoyens bien pensants se sont éveillés un jour au sentiment de la réalité, ils ont mesuré d’un coup d’oeil l’imminence du danger, ils ont vu qu’une étincelle pouvait allumer un incendie désastreux, et ils ont résolu d’agir.Ils ont songé qu’il pouvait exister des récriminations légitimes d’un côté comme de l’autre, et, de même qu’une explication franche entre deux amis fait disparaître toute trace de malentendus, ils ont eu la bonne pensée de se rencontrer pour se dire l’un à l’autre avec franchise et sans aigreur, ce dont ils avaient à se plaindre et pour chercher ensemble le moyen d’y remédier.Mais quelles étaient donc ces graves questions qui menaçaient de compromettre la paix du pays ?Elle se réduisaient, quant à nous, à réclamer le droit de vivre en liberté sous le soleil de Dieu, de faire respecter les droits qui nous ont été LE PETIT CANADIEN 3 garantis par les traités, en particulier celui de parler notre langue et de l’enseigner à nos enfants.Nos compatriotes anglais étaient sous 1 impression que nous étions rebelles à l’étude de leur langue, que nous étions des arriérés et des ignorants qui tiendraient le pays dans l’obscurité aussi longtemps qu’ils ne nous auraient pas élevés a leur niveau intellectuel par l’unification des langues! .Mais lorsqu’ils virent nos délégués s'élever, dans leur propre langue, ainsi qu’ont fait messieurs Charles Beau-bien et Adélard Turgeon, à des hauteurs oratoires qu’ils n avaient jamais soupçonnées ; lorsqu’ils entendirent sir Lomer Gouin, sir Georges Garneau et autres orateurs canadiens-français manier leur idiome avec une aisance et une pureté de forme auxquelles leurs hommes publics ne les ont pas habitués; lorsqu’ils se virent enserrés dans la dialectique de messieurs L.-P.Pelletier et Raoul Dandurand, ils comprirent sans autre argument que les rengaines de leurs politiciens au sujet de notre “ éducation arriérée ”, de notre " rébellion contre 1 étude de l’anglais ”, étaient des mythes, et la supériorité du bilinguisme s’imposa nettement à leurs esprits.Quel dommage que Paul-Emile Lamarche n ’ait pas été de la fête.! Quant aux griefs qu’ils avaient contre nous, ils tenaient si peu debout après quelques échanges d’idées, que, de leur propre aveu, il valait autant ne pas en parler.Après les avoir sollicités de nous les exprimer quand même, voici à quoi ils se réduisaient : lo La différence des cultes et la crainte de la domination papiste.2o La dépossession graduelle de leurs fermes par les canadiens-français.3o Le refus d'acheter de leurs agents s’ils ne parlent pas notre langue.4o La tiédeur de nos compatriotes dans l’enrôlement.L’honorable juge Pelletier s’est chargé de leur démontrer qu’étant tous chrétiens, nous avons les mêmes croyances religieuses et que si nous avons un chef spirituel qui n’est pas le leur, ils n ont rien a en craindre dans le domaine politique.L’honorable sénateur Dandurand leur a fait voir l’inanité des reproches qu’ils nous font au sujet de la colonisation, et leurs propres orateurs en ont rejeté la faute sur l’abaissement de leur natalité.Un exemple frappant nous était récemment fourni par un missionnaire agricole qui citait le cas d’un cultivateur anglais sans enfants et incapable de trouver la main d’oeuvre nécessaire pour moissonner; il fut très heureux t LE PETIT CANADIEN de vendre sa ferme à un canadien français, père de dix enfants, qui put faire la moisson sans chercher l’aide au dehors et se trouva en mesure, après quelques années, d’acquitter son prix d’achat.Le refus d’acheter d’un marchand, dont on ne comprend pas la langue est des plus légitimes, surtout si l’acheteur doit signer un engagement comportant des conditions qu’il ne comprend pas, tel que la chose arrive parfois pour l’achat d’instruments aratoires.Et d’ailleurs, le marchand qui courtise la clientèle au moyen de réclames pompeuses, de vitrines attrayantes, de sourires engageants ne devrait-il pas chercher en premier lieu à se faire comprendre du client à qui il veut vanter sa marchandise ?Il me revient à ce propos une anecdote typique.Un anglais se présente récemment chez un marchand canadien-fran-çais et demande à acheter un chapeau.Speak French! répond le marchand d’un ton rogue.Le client dit que si on ne peut le servir dans sa langue, il achètera ailleurs et le marchand lui fait observer que c’est la manière dont il était traité lui-même à Toronto, lorsqu’il allait y faire ses achats.C’était une leçon pratique qui se termina par une bonne poignée de mains.et une emplette, car cet anglais était un homme de jugement, comme ceux que nous avons rencontrés au cours de la mission de la Bonne Entente.Quant aux reproches qu’on a faits aux Canadiens-français, de ne pas faire leur part dans l’enrôlement pour le service militaire, les statistiques officielles ont fait bonne justice de ces accusations, et les brochures distribuées par le capitaine Innés de Toronto, dans sa campagne de recrutement, remettent les choses au point.Et s’il était vrai que nos compatriotes sont si peu nombreux sur la ligne de feu, la fréquence de leurs noms dans les listes des morts et des blessés, nous porterait à croire qu’ils se font tuer deux ou trois fois chacun ! Mais pourquoi insister plus longtemps sur ces questions ?Quelques heures de franche conversation avec nos voisins d’Ontario, ont suffit à faire disparaître nombre de préjugés, et nous n’avons aucun doute que la continuation de ces relations amicales fera disparaître toute trace de malentendus en nous faisant connaître tels que nous sommes, et partant, en nous faisant mieux apprécier.Et le Reglement XVJI me direz-vous, qu’en advient-il dans cet embrassement fraternel?— Ne troublons pas son sommeil; bientôt personne n’y pensera plus.Il sera relégué sur les tablettes poudreuses comme ces lois surrannées qui datent de l’époque de Henri VIII ou d’Elizabeth et dont personne ne semble se souvenir; elles n’ont jamais été rappelées, mais on agit comme si elles n’existaient pas, car le bon seas commun prêche une doctrine contraire. \Æ PETIT CANADIEN 5 Voilà le résultat de la visite des ambassadeurs de la Bonne Entente qui nous sont venus des provinces anglaises en octobre dernier, et à qui nous avons exposé, sans détours, comme sans faiblesse, la situation anormale qui nous est faite par l’injuste négation de nos droits les plus chers.Voilà pourquoi nous nous sommes rendus à notre tour au coeur même de l'Ontario pour y faire entendre à des oreilles étonnées et charmées à la fois les revendications élémentaires d’une cause juste, et pour y détruire les imputations calomniatrices que des sectaires intéressés avaient mises à notre compte.Voilà, en un mot, les raisons qui ont fait naître l’oeuvre vraiment nationale de la Bonne Entente entre les races.Consacrée par la parole et forte de l’appui des hommes publics les plus éminents du pays, accueillie chaleureusement par les esprits bien pensants des deux races, elle étendra son action bienfaisante sur nos destinées, elle aura sa place au livre d’or de la patrie canadienne.Victor Morin.UN CONCOURS RE POESIE Encouragée par le succès de ses concours de prose, la Société Saint-Jean-Baptiste a décidé d’organiser un concours de poésie.Une ode à la langue française, voilà ce qu’elle demande à l’inspiration de nos poètes.Le Secrétariat recevra les manuscrits des concurrents jusqu’au samedi 31 mars.Quatre prix seront décernés aux meilleurs pièces : un prix de $20.00, un prix de $15.00, un prix de $10.00 et un prix de $5.00.Nous donnerons le mois prochain les noms des juges de ce nouveau concours.Les manuscrits devront être signés d’un pseudonyme et accompagnés d’une enveloppe cachetée contenant le nom véritable et l’adresse de leur auteur, et portant à l’extérieur son pseudonyme.La Société Saint-Jean-Baptiste se réserve le droit de publier dans le Petit Canadien les pièces primées ou qui recevront une mention honorable.Les autres manuscrits seront retournés dans le plus bref délai possible.La Rédaction. 6 LE PETIT CANADIEN CHRONIQUE DU CONSEIL GÉNÉRAL ET DU SECRÉTARIAT Un drapeau officiel.— Après avoir soigneusement étudié la question, le Conseil général a fait choix d'un drapeau officiel pour la Société Saint-Jean-Baptiste.La modèle adopté a été préparé par M.L.-J.-A.Dérome, libraire, et n’est autre que notre écusson mis en drapeau.L’ensemble est d’un joli effet.Erreur n-est pas compte.— Dans le Petit Canadien de décembre, il est question de “ Télève Rodolphe Farly (Fanfant) qui aurait mérité une mention dans le concours de la Corvee.C est ^ iateur b arly, % qu’il faut lire.Nous demandons pardon à M.Farly de cette erreur involontaire.Conférence Mont petit.— La deuxième soirée de la Société Saint-Jean-Baptiste a eu lieu au Monument National, dimanche, le 14 du mois courant.Le conférencier du jour a été M.Edouard Montpetit, qui nous a parlé, avec sa compétence bien connue et son charme habituel de “ Notre avenir, la formation d’une élite par l’enseignement professionnel La date de la prochaine soirée, sera annoncée sous peu.M.Authier, maire d’Amos, nous parlera de colonisation.Notre Congrès annuel.— Tel que fixé par la Charte de la Société, notre prochain congrès annuel aura lieu le deuxième jeudi de mars, au Monument National.Les officiers et les membres des sections sont instamment priés de voir à ce que leur section respective se mette en règle avec Fadministra-tion et soit représentée à ce Congrès.— Nous accusons réception d’une intéressante notice sur VAction Sociale Catholique, de Québec, et ses oeuvres.Merci à qui de droit pour l’envoi d’un exemplaire de cette notice.La Rédaction. LE PETIT CANADIEN 7 LA CORVÉE DES HAMEL (Premier prix du concours) Le chemin qui, sortant de Québec, file entre les haies d’aubépine vers la Petite-Rivière et PAncienne-Lorette traverse une campagne vieille comme la cognée française en Amérique.De cette origine elle garde un air de noblesse rurale, de vastes fermes historiques où la richesse est héréditaire et normale, avec, à la croisée des chemins, des hameaux tranquilles qui vous ont de vieux noms français délicieux, attendrissants ! Tout près, la rivière Saint-Charles, exsangue, bordée de cerisiers à grappe, de sureaux et d’astères blanches, coule à petits bouillons sur ses cailloux polis.Les deux routes, celle du Nord et celle du Sud, l’enjambent tour à tour et d’une seule arche sur de petits ponts de bois d’un archaïsme charmant.Derrière les feuillages, on devine plutôt qu’on ne voit des maisons retirées et d’antiques moulins bâtis au temps des Français.Voici le hameau des Saules, carrefour de rivières et de routes où tout le jour, devant la boutique du maréchal ferrant défilent, au pas, les voyages de foin descendant de FOrmière.Tournez à gauche et prenez vers l’Ancienne-Lorette.Le paysage s’agrandit.D’un côté, l’église de S-ainte-Foye s’agenouille à flanc de coteau et vers le nord, sur les premières pentes des Laurentides, comme des bijoux d’argent sur un écrin vert, les clochers des deux Lo-rettes brillent dans la montée des arbres innombrables.Le chemin va tout droit entre de vieux saules et de grandes maisons dérobées derrière un joli parterre et une haie d’aubépine.Arrêtez ! Voici à cent pas vers la droite la maison des Hamel.On l’appelle comme ça par ici.Elle est petite et nue; des planches pourries, clouées de travers, condamnent la porte et les fenêtres.Il n’y a pas d’arbres alentour.Les herbes dures, maîtresses de l’avenue, cachent les ornières.Les oseilles sauvages et les verges d’or ont envahi le jardin devant la porte, et seuls, rappelant des cultures anciennes, de vieux rosiers, bardés d’épines, fleurissent encore près du pontage vermoulu et de la barrière en ruine.Mais il y a là tout près, attirant forcément l’attention, et émergeant encore de la végétation folle qui monte autour d’elle, une souche colossale d’où, comme de noirs serpents, d’énormes racines descendent, rampent sur le talus, traversent le fossé et disparaissent sous le macadam du chemin.C'est, hélas! tout ce qui reste de l’orme des Hamel. 8 LE PETIT CANADIEN # • • Le dernier habitant de eette maison fut le défunt biméon Hamel, mon grand-oncle, cjue j ai bien connu ! La mort lui avait pris tous ses enfants et il vivait sur le bien tout seul avec Marie, sa femme, une bonne vieille qui avait un fin petit visage tout plissé et qui nous laissait sans bougonner grapiller dans ses cerises.Quelle famille, mes amis, que ces Hamel ! Il y avait chez grand mère une extraordinaire photographie, et nous autres, les enfants, quand on nous emmenait le dimanche souper à Lorette, nous passions de longues minutes, un doigt dans la bouche et silencieux, à regarder dans le cadre ces dix-neuf frères et soeurs, tous vieux à barbe et vieilles à capinef et dont le plus jeune, — c’était défunt mon grand-oncle — avait alors passé cinquante ans ! Et c’est là qu’ils étaient tous nés dans la petite maison grise qui n’avait en avant qu’une porte et trois fenêtres et autour de laquelle courait un bon renchaussage retenu par des poutres de cèdre.La terre descendait en pente douce vers Sainte-Foye, jusque dans la Suëte , belle terre, ma foi, encore assez féconde après trois siècles de culture pour nourrir cette formidable lignée.On connaissait la terre des Hamel de dix paroisses a la ronde à cause de l’orme gigantesque planté au bord de la route, 1 orme bien des fois centenaire, plus vieux que l’histoire, aussi solidement établi dans la légende que dans la terre.Il était gros quand l’homme blanc parut aux rives du Saint-Laurent et les sauvages le disaient habité par un puissant manitou.Durant cent cinquante ans, sur le chemin du Roy qui poudroyait à ses pieds, il avait vu passer les beaux soldats de France et l’on racontait qu’à son ombre M.le marquis de Montcalm avait fait reposer plus d’une fois ses vaillants grenadiers.Il y a quelques trente ans, on voyait encore de là deux autres arbres semblables, l’un sur les hauteurs de Sainte-Foye, l’autre vers Lorette-des-Indiens, et, chose curieuse que grand’mère m’a souvent affirmée quand je lui tenais l’écheveau, ces ormes appartenaient à des Hamel n’ayant entre eux aucun lien de parenté.L’orme de l’oncle Siméon avait trente-six pieds de tour à hauteur d’homme.Oui, trente-six pieds bien mesurés à la corde! Le dimanche, quand nous étions chez grand-père, à quelques arpents de là, nous prenions à travers l’avoine pour venir entourer le géant de la couronne de nos petits bras.Et je pense aujourd’hui à la scène délicieuse que cela faisait, à ces ardents papillons d’un jour que sont les enfants, posés pour un instant sur le pied noir du vieil arbre,à ces cris,à ces rires qui fusaient le petit canadien vers la cime et s harmouisaient au babil des oiseaux au seuil des nids innombrables ! Ah ! l’orme des Hamel ! L’oncle Simeon pouvait labourer loin de l’autre côté du chemin sans quitter son ombre, et souvent aussi le soc plantait tout droit et l’attelage s’arrêtait court: la charrue avait encore touché une racine! Siméon regardait alors avec orgueml pendant un instant l’arbre superbe; puis, passant les guides à son cou et assujettissant sa pipe entre ses dents, il tirait dur sur les manchons, commandait les chevaux et continuait le sillon commencé.L’orme des Hamel! Je l’ai vu bien des fois et sous toutes les lumières.Je l’ai vu quand le printemps commençait à peine à tisser la gaze légère des jeunes feuilles sans masquer encore la musculature puissante des grosses branches.Je l’ai vu aux petites heures, sensible à la prime caresse du soleil, accueillir avec un profond murmure la fine brise du matin.Mais c’est surtout le soir, quand nous redescendions vers Quebec, qu’il était beau.Je manquais de mots alors, mais les images sont la, très nettes, dans ma mémoire.La lumière horizontale retouchait la forte tete et charpentait d’or bruni le baldaquin immense royalement dresse dmis le ciel apâli.Puis, avec la retombée du soleil, les verts se fonçaient, des trous noirs se creusaient dans la masse lumineuse, et peu à peu, à mesure que l’ombre montait derrière, le charme s’éteignait doucement! ^ers l’heure où notre voiture passait au pas sur le pont Radeau, 1 orme des Hamel se fondait dans la grande nuit.Or, un soir que, après souper, Siméon, assis sur le rebord de son reu-chaussage, fumait silencieusement sa pipe en regardant la buee violette s’élever du fond de “ la Suëte ”, il vit son voisin Charles Paradis, ouvrir la barrière et remonter l’allée.— Bonsoir Charles ! — Bonsoir, Siméon ! Ça va, les labours ?# .— Oui.Mes deux grandes pièces sont faites.Demain je fais la terre noire., .Le silence tomba entre les deux hommes.Charles était dans la qua- rantaine, grand, un peu voûté, gris aux tempes.Il fumait, debout, les mains passées sous ses bretelles de cuir.x ^ — Siméon, dit enfin Charles, rompant le silence, j’ai à te parler.Tu sais que ton orme est vieux et pourri.La dernière tempête a encore jete une grosse branche sur ma remise ! — Tu veux m’en faire coûter ?dit Siméon en secouant sur son pied la cendre de sa pipe.— Non, Siméon, c’est pas pour l’argent, mais la branche a manque tuer un de mes petits gars.Quelque beau jour cet arbre-là nous tombera sur la tête! 10 LE PETIT CANADIEN — Il est encore solide va! Il est vieux, quoi! Un arbre ça perd des branches comme nous autres nous perdons des cheveux.On ne meurt pas de ça ! Nous serons tous les deux dans la terre avant lui ! Charles hocha la tête.— Ecoute, Simeon, on en parlait sur le perron de l'église dimanche, et dans le rang de la Petite-Rivière, tout le monde pense comme moi, tu devrais le couper avant qu’il arrive un malheur.—Le couper ! En disant ces mots le vieillard avait retiré sa pipe et restait là, en arrêt, les yeux agrandis devant cette conjoncture à laquelle il n’avait jamais songé.— Oui, continuait Charles, faudra que tu te décides.J’ai vu un avocat, on peut t’obliger.Mais nous sommes de bons voisins, n’est-ce pas ?Et alors.Effrayé d’en avoir tant dit, Charles Paradis tourna sur ses talons et rentra chez lui à grands pas tandis que Siméon, atterré, les pieds dans l’herbe, regardait son arbre dont la cime bruissante s’enténébrait peu à peu.Cette nuit-là, il ne dormit pas.Marie, comme bien l’on pense, avait tout entendu, et le lendemain, ce fut dans la vieille demeure sans enfant comme une menace de mort planant sur un fils unique.L’homme s’endimancha, attela le blond sur la belle voiture, et s’en fut au petit trot vers Québec.Quand il revint vers deux heures de relevée, Marie put lire sur la figure de Siméon la sentence du vieil arbre.Elle sortit de la commode ce qu il faut pour écrire, remua la bouteille d’encre Antoine jaunie par le temps, et sa vieille main tremblante, en quelques lignes laborieuses, apprit aux Hamel — aux vieux—la triste nouvelle et les invita pour une corvée après les semences.• • • Ce matin-là, le soleil se leva insolemment radieux.La pluie de la veille avait lavé le ciel et donné une voix claire à toutes les rigoles dégorgeant dans le fossé.La rosée brillait sur les pétales rouges des pivoines et une odeur capiteuse venant des haies d’aubépine flottait dans l’air rajeuni.Dès sept heures on vit arriver à pied, sa hache sur le dos et suivi de son chien, Jean Hamel, de l’Ormière.Puis une petite charrette à deux roues fit sonner le pontage : c’était Louis Hamel, des Grands-Déserts, avec sa vieille.Comme on s’y attendait, Julie, la veuve, arriva de Québec par l’omnibus.Vers neuf heures, Charles Hamel, depuis trente ans bedeau aux Ecureuils, descendit de la voiture de son curé.Et successi- LE PETIT CANADIEN vemeut tous les autres Hamel, hommes et femmes, tous gens d'age et en cheveux blancs, parurent à la barrière du chemin.On savait qu’il viendrait et pourtant une émotion saisit tous les anciens quand Joson, l’aine de la famille — âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, et à demi paralyse ___ entra dans la vieille maison, tenu sous les bras par deux de ses arrière-petits-fils.A ce moment, VAngélus s’épandit sur la campagne, passa par-dessus les sapins du petit bois et atteignit la demeure des Hamel.Par ce midi lumineux de printemps, la voix joyeuse des cloches chrétiennes s’en allait à travers champs bénissant la semence dans la terre, le fruit nouveau sur la branche.Elle pénétrait dans les fermes par les portes et les fenêtres ouvertes et bénissait les familles en prière autour de la soupe fumante.Pour tous les vieux Hamel, hélas! elle ne sonnait qu’un glas! Ils songeaient au vieil arbre qui avait entendu le premier Angélus tinter là-haut pour les pauvres Ilurons fugitifs et qui allait à son tour se coucher dans la mort.Le dîner fut simple et triste.La conversation de toutes ces vieilles gens était dans le passé, et le passé est peuplé de fantômes évanouis, de bonheurs brisés et de cercueils.Vers deux heures, les hommes, s’étant consultés du regard, ôtèrent leurs gilets et allèrent à la meule aiguiser les haches.Sur la route les voisins et les gens du village causaient par petits groupes; les enfants, pieds nus, passaient et repassaient en courant, un brin de mil à la bouche, faisant siffler dans l’air des harts de cornouiller.Enfin, Siméon Hamel, tenant sa hache près du fer, sortit de la remise et s’engagea dans la descente.Ses frères, quelques-uns munis de haches aussi, le suivaient.Parmi les vieilles silencieuses, Joson resta dans la porte, écroulé dans un petit fauteuil, pleurant dans sa barbe blanche qui tremblait.Il y avait quelque chose d’inouï dans ce défilé de vieux terriens aux visages travaillés par la vie, et tous du même sang, s en allant frapper l’arbre qui avait vu naître et mourir tous les Hamel, tous leurs ancêtres, même ceux dont on ne parle plus mais dont on lit les noms à la première page du registre de l’Ancienne-Lorette.En cette minute ils songeaient tous aux bers sur lesquels l orme avait veillé dans les grandes chaleurs, aux joyeuses voiturées qu’il avait vu sortir au grand trot les matins de noces et aux nombreux cercueils qui avaient une dernière fois, et lentement, passé dans son ombre avant de descendre à la terre., On avait décidé de faire tomber le géant sur le chemin parce qu’il penchait un peu de ce côté et que, au-delà, il n’y avait point de construction.Siméon fit un grand signe de croix que tous les assistants répétèrent et donna le premier coup dans l’écorce.Sans tarder la hache de Jean s’éleva, tournoya, retomba à angle et fit voler dans l’air un gros copeau 12 LE PETIT CANADIEN noir.Les coups répétés se répercutèrent sur la vieille maison, et il sembla aux Hamel qu’elle aussi souffrait dans son âme, qu’elle gémissait, et que tout-â-l'heure, quand l’arbre tomberait, elle s’effondrerait toute ! La sueur coulait sur les fronts ridés des deux hommes et Yaubel était à peine entamé.Deux autres Hamel vinrent les relayer et le lamentable travail reprit avec une nouvelle vigueur.Les copeaux blonds, dégouttant la sève, étaient maintenant semés partout, sur la route, sur l’herbe, sur les pivoines du pauvre jardin.L’arbre saignait du pied, mais le coeur tenait bon, et la tète, se jouant dans la brise fraîche, chantait toujours la chanson millénaire qui berce dans les nids le peuple des oiseaux.Ils voletaient encore, les oiseaux, insoucieux de la mort qui planait toute proche, sur les petits oeufs couleur de ciel ! Deux autres haches.Vers quatre heures, au moment où un nuage blanc lamé d’or passait sur le soleil, faisant taire le gazouillis dans la cime de l’orme, on entendit un craquement sourd.Le cercle des curieux s’élargit précipitamment.Au bas, Siméon avait saisi la hache, et, fébrile, portait les derniers coups.L’immense amas de verdure s’inclina dans le ciel, lentement d’abord; puis la chute s’accéléra et celui que les ouragans des siècles n’avaient pas ébranlé s’abattit sur le chemin et dans le champ voisin, s’y écrasa avec un bruit de tempête fait du bris des branches, du choc menu des millions de feuilles, de cris et de battement d’ailes.Il y eut cette minute de stupeur et de silence recueilli que provoque toujours le spectacle de la grandeur tombée, puis l’on se mit à l’oeuvre pour débarrasser la route.On accepta les services des voisins.Les Hamel se répandirent dans la ramure et la besogne de mort continua, acharnée.A mesure que rébranchage avançait, le cadavre de l’arbre devenait hideux; dépouillées de leurs feuilles, les branches amputées dressaient contre le ciel mauve d’énormes gestes de menace.Le soir tombait et on alla souper.Marie alluma la lampe, et comme la route ne pouvait rester barrée pour le lendemain, jour de marché, les hommes prirent des fanaux et retournèrent à l’ouvrage.Dans la nuit qui montait sans lune et étreignait toutes choses, le bruit des haches, le 11 grincement des godendards s’attaquant au tronc, le pas saccadé des chevaux tirant à la chaîne les énormes billes, les petites flammes qui couraient dans l’arbre, cette hâte, cet acharnement contre une chose morte et tombée, tout cela avait l’air d’un crime.* LrE PETIT CANADIEN 13 Un mois après, le curé de l’Ancienne-Lorette recommanda aux prières des paroissiens Pâme de Simeon Hamel, décédé à Page de soixante-dix ans.Marie le suivit de près.Ils dorment maintenant tous deux à coté des ancêtres, à Pombre de Péglise, tout au bord de Vccorre de la rivière.En vérité, Phomme et Parbre avaient des racines communes dans la terre des Hamel! Les humbles qui vivent tout près de la terre et n'écrivent pas, retournent à elle tout entiers.Le peu qui reste d’eux tient à la maison qu’ils ont bâtie, aux choses qu’ils ont touchées, aux sillons qui leur ont donné le pain, aux arbres qui leur ont donné l’ombrage.Aussi la disparition de l’orme a-t-elle consacré Poubli de tous les Hamel d’autrefois.Cependant, les jours de marché, quand les maraîchers de Saint-Augustin et de Bel-Air passent au petit jour enveloppés dans leurs capots gris, ils montrent à leurs enfants, du bout de leur fouet, ce qui reste de Porme des Hamel.Longueuil, Fr.Marie-Victorin, 25 novembre 1916.des E.C.(Laurcntien).LA PROHIBITION Salut de la race Vérifiez ces données, disais-je, dans mon dernier article, vous les trouverez exactes, et quand vous les aurez vérifiées, vous serez un ardent prohibitionniste, proclamant comme nous, que la prohibition est le salut de la race.Et non seulement la prohibition des alcools et du vin, mais encore et surtout la prohibition de la bière.C ’est de celle-ci que je veux vous entretenir spécialement aujourd’hui.Prohiber la bière ! VoiLà qui étonne et peut-être me jette au rancart de l’opinion professionnelle libérale.Qu’importe.J’accepte le résultat de ma thèse puisque l’on m’en permet l’exposé.Le déçu n’est pas toujours celui qu’on pense.La bière La bière est une boisson fermentée due à la transformation de l’amidon d’une céréale, (ordinairement Porge), d’abord en sucre, puis en alcool et en acide carbonique, par l’action d’une levure, (champignon).De Peau pure est ajoutée à cette substance ainsi qu’un principe amer, la lupuline, provenant du houblon, quand ce n’est pas des bourgeons de sapin ou des baies de genièvrier, selon la mode de Russie. 14 LE PETIT CANADIEN Composition do la bière Eau.Matières albuminoïdes Sucre non fermenté .Dextrine .Sels.Alcool.76.à 93.% 3.à 6.% 0.05 à 2.% 3.à 6.% 0.12 à 0.35% 1.à 9.% en volume.lia bière doit être limpide, transparente, fraîche, moelleuse, peu spi-ritueuse.Sa couleur varie du jaune pâle au brun.L’amertume tient à la proportion du houblon, et la couleur plus ou moins foncée, à la torréfaction du malt ou à l’adjonction de matières colorantes.Les bières fortes contiennent beaucoup d’alcool, qu’elles soient pâles (pale ale) ou colorées, Stout ou Porter.Voici quelques pourcentages en alcool des bières les plus connues en Europe.I/alcool dans les bières d'Europe Bière anglaise.6 à .7 % en volume.“ de Bruxelles (Lambick) .6.5% de Lyons.5.% “ de Strasbourg.4.7% “ de Pilsen.4.5% “ de Lille.3.% “ de Vienne.3.% “ de Paris.3.% L’alcool dans les bières canadiennes Sur 69 échantillons recueillis en 1910, on a constaté, au laboratoire national, à Ottawa, ce qui suit : 1 bouteille a plus de 2.5% 2 bouteilles ont plus de 3.% 2 “ < < 3.5% 3 11 4.% 17 < i 4.5% 15 i c 5.% 12 ( c 5.5% 9 i < 6.% 5 < < 6.5% 3 < i 7.5% 1 bouteille portait plus de 8.% d’alcool en volume.< ( ^ i < i i i < ( i c ( l < ( i ( i < i i < < ( t i l C ( ( « ( ( ( ( ( c C ( 15 LE PETIT CANADIEN Le pourcentage moyen d’alcool des bieres canadiennes est beaucoup plus élevé que le pourcentage moyen en Europe.lia consommation moyenne, en France, est de 37 ht res par habitant.Au Canada, elle a dépassé 7 gallons, en lî)14.(28 litres).Cela est à noter.Qualités et avantages de la bière La bière est un breuvage de table.Contrairement à la croyance vulgaire, elle excite la soif et l’appétit au lieu de l’étancher et de le satisfaire.Etant une boisson qui a bouillie, elle ne peut contenir de microbes.Plus ou moins nutritive, aperitive, tonique et rafraîchissante, par son houblon, la bière est une boisson que l’on conseille surtout aux personnes désireuses d'engraisser.Inconvénients de la bière L’on s’habitue facilement à la bière, et il est d’expérience courante et indiscutée, que son usage habituel, surtout en notre pays, où son pourcentage en alcool est très élevé, mène très vite à l’abus.Ceci est telle>-ment vrai et si fréquemment constaté, qu’il est peu d’hommes de quarante ans, ayant fait usage habituel de bière, qui échappe à l’emprise de Pun ou de l’autre de ces malaises si divers et si diversement interprétés que l’on qualifie du nom générique de dyspepsie, mot comme la grippe inventé pour cacher les ignorances des médecins.Que de gens dyspeptiques sans doute pareequ’ils ont mal ou trop mangé, que d’autres le sont parce qu’ils ont persisté dans leur usage habituel de grosse bière canadienne, à table, entre les repas, à la veillée, sans cependant jamais en avoir fait apparemment d’abus.Mais c’est là son moindre inconvénient.L’abstinence totale, à cet âge, peut avoir raison des méfaits de la bière.Peu de gens, cependant, consentent à s’en abstenir dès l’apparition des premiers symptômes.Voilà pourquoi, quand le médecin est sérieusement consulté par le buveur de bière, il est souvent trop tard pour réagir efficacement.Mais nous parlerons dans un instant, pour conclure, du fait clinique.Boit-on beaucoup de bière dans Québec Je ne connais aucune statistique qui le prouve péremptoirement autre que celle publiée par le gouvernement d’Ottawa.Elle suffit tout de même à fixer notre attention et à démontrer surtout avec quelle rapidité étonnante l’usage de la bière augmente, dans notre pays, alors que la proportion d’alcool diminue et que celle du vin reste à peu près stationnaire, comme nous l’avons prouvé dans un précédent article. 16 LE PETIT CANADIEN Consommation de la bière au C anada Année 1870 .2.163 gallon par unité de population.44 1880 .2.248 “ < < 44 1890 .3.360 44 < * 44 1900 .4.364 “ a 44 1905 .5.123 “ 11 44 1908 .6.146 “ < ( 44 1914 .7.200 44 < i Fait elini(|ue J’ai interrogé les divers hôpitaux de Montréal sans pouvoir recueillir de données précises sur l'intervention de l’alcoolisme comme causes des maladies.Il existe cependant une statistique intéressante jadis publiée dans l’Union medicale du Canada.C’est celle préparée, en 1909, par le docteur J.-E.Dion, médecin de la division des hommes, à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, sous la surveillance immédiate de son distingué surintendant médical, le docteur Geo.Villeneuve.Le docteur Villeneuve, relatant cette statistique, m’écrit: “ Après avoir éliminé tous les cas à antécédents personnels inconnus ou incomplets, c’est-à-dire après avoir constitué une statistique rigide, ne portant que sur des cas bien connus, nous avons trouvé un pourcentage de 46.24% d’aliénés ayant fait usage modéré ou immodéré d’alcool.Par les mêmes procédés d’élimination, nous avons trouvé l’hérédité alcoolique dans 42.39% des cas ou l’hérédité était complète.”.Voilà, me direz-vous, une statistique qui porte sur l’alcoolisme causé par l’usage de l’alcool en général.Elle n’accuse pas directement la bière.J’en conviens.Mais n’oubliez pas que la bière est devenue chez-nous la boisson nationale par excellence, et que partout où la bière est ainsi devenue boisson nationale l’alcoolisme est devenu un chancre national.J’ai sous les yeux une statistique présentée par le docteur Hartweg, directeur du bureau des statistiques de Lubec, à un Congrès d’Allemagne, en 1912.J’y trouve cette déclaration : “ Les hôpitaux d’Allemagne ont traité, en trois ans, de 1907 à 1910, 31,809 cas d’alcoolisme et de delirium tremens.19,096 cas ont été traités dans les maisons de santé.Cela forme à peu près 50,000 cas d’alcoolisme constatés.Il y avait en plus 38,244 patients atteints de ynaladie mentale dans laquelle l’alcoolisme jouait un rôle.44 Dans le même temps, les hôpitaux hospitalisaient 6,145 cas de cirrhose du foie, maladie presque toujours associée à l’alcoolisme. LE PETIT CANADIEN 17 “ Cela fait en tout 85,289 personnes pour lesquelles l’alcool sous une forme quelconque, plutôt sous forme de bière que sous tout autre forme, a joué un rôle, sans compter les milliers d’autres personnes, dans le même cas, qui ne se sont pas présentées aux hôpitaux.” J’ai consulté à peu près tous les cliniciens de nos meilleurs hôpitaux pour arriver à conclure que si les statistiques n’existent pas, la clinique n’en est pas moins révélatrice ici qu’en Allemagne, toute proportion gardée.Tous sont unanimes à déclarer que les malaises dont je parlais au début ont pour principe, en grande partie, l’abus de l’alcool, et la majorité de ces cliniciens n’hésitent pas à dire que la majeure partie des estomacs dilatés, des foies atrophiques ou hypertrophiés, des reins malades, des anasarques, des grands épanchements constatés chez les adultes de 30 à 50 ans, ont pour cause l’abus de l’alcool, surtout sous forme de bière.Fait social Et comment en serait-il autrement, puisque déjà nous buvons sept gallons de bière (statistique 1914) annuellement par unité de population?L’unité de population voudrait dire que chacun boit sa part.Pratiquement ce n’est pas ainsi.Repartissons la bière bue uniquement entre ceux qui en boivent, disons le cinquième de la population totale pour ne pas être exagéré; cela fait toujours bien cinq fois sept, c’est-àjdire 35 gallons pour chacun, annuellement.Qu’en pensez-vous, sobres qui me lisez?Seriez-vous disposés à prendre votre part ?Et cependant le tableau ou plutôt la portion n’est pas chargée.L’ouvrier, que boit-il et comment boit-il?La bière! Il l’achète à la douzaine ou à la caisse, le samedi soir.Il la boit dans des cuves, sur les comptoirs de la rue Craig, au bord de l’eau, aux alentours de chaque usine, avant chaque repas, après chaque manoeuvre.L’homme des clubs que boit-il?Du Scoth et de l’eau de Seltz, sans doute, mais aussi de la bière, en très grande quantité.Et l’un et l’autre s’alcoolisent lentement mais sûrement, d’autant plus lentement et d’autant plus sûrement que l’un et l’autre ils restent d’ordinaire dans les bornes qu’ils appellent un usage modéré.Ici, comme en Angleterre, la bière est une puissance.J’ose dire que si l’influence des brasseurs ne s’appesantissait pas sur notre Législature provinciale, depuis longtemps déjà la prohibition s’incarnerait dans le code.Ce qui retarde l’application d’une loi de prohibition dans la province de Québec, comme en Angleterre, c’est la bière.Les fabricants ne veulent pas abdiquer leurs profits. 18 LE PETIT CANADIEN De tous les ennemis de la nation canadienne, comme de la nation anglaise, nous croyons que le plus violent parce que le plus sournois, c est la bière C’est la force d’inertie la plus terrible que l’on ait a vaincre, et il semble que rien ne puisse réussir à déloger les brasseurs des retranchements où des années de prospérité leur out permis de se placer.Et dans la province de Québec, que d’intéressés à la biereî b il tal-lait que toutes les sociétés fiduciaires publient la liste des détenteurs de parts dans les brasseries canadiennes, l’on ne s’étonnerait plus de la force et de la puissance de nos brasseurs québécois ou montréalais.S’il fallait que tous les journaux et toutes les revues intéressées publient les montants qu'ils retirent des brasseurs pour le prix de leurs annonces, tout le monde serait ébahi, si non scandalisé.Mais il y a fistule quelque part, et Ton commence à connaître ce que contient l’abcès.Tôt ou tard, la proni-bition lui donnera le coup de bistouri fatal, les masques tomberont, et l’on comprendra pourquoi la lutte aura été si ardue.Petit calcul, en passant Sept gallons par unité de population cela équivaut à quatorze millions de gallons de bière bus par la province de Québec, durant l’année 1914.A soixante-quinze sous le gallon, cela fait une dépense de onze millions de piastres, durant la seule année 1914.Il faut une livre d’orge pour fabriquer un gallon de bière.Cela fait quatorze millions de livres d’orge soustraites des fermes de la province de Québec pour aller s’engloutir dans les brasseries.Le boisseau d’orge pèse 48 livres.Il se dépense pour la fabrication de la bière au moins un million de boisseaux pour tout le Canada, et trois cent mille boisseaux pour la province de Québec.Le pain est cher.La farine est cher.La moutee est cher.L orge se vend actuellement deux piastres le boisseau.Le cultivateur préfère vendre l’orge aux brasseurs plutôt que le consacrer à l’élevage.Regardons-y de près.Nous finirons peut-être par nous convaincre que la bière a sa part de responsabilité dans la hausse des denrées alimentaires, tout particulièrement dans la hausse du pain et de la viande.Témoignages réconfortants Un médecin spécialiste très distingué de Montréal nous disait dernièrement : “ La lutte en faveur de la prohibition m’a fait perdre plusieurs centaines de piastres par année.J’étais intéressé au commerce des boissons LE PETIT CANADIEN 19 dans une petite ville du nord de Montréal.La prohibition a fermé notre établissement.Qu’importe.J’approuve le mouvement.Votre oeuvre est une oeuvre nationale.M.Hier encore, à la Commission Laval, l’un de ses membres connu par son esprit moralisateur et ses largesse universitaires déclarait: li La prohibition dans une province de l’ouest me fait perdre cent mille piastres et plus.Je ne puis m’empêcher d’encourager ceux qui luttent pour elle.” Des paroles comme celles-là nous remontent pour deux ans! Et combien de semblables, entendons-nous ! I La prohibition prohibe Cet article est déjà écrit, quand nous arrivent, les plus récentes statistiques du ministère des contributions indirectes.Nous les donnons f comme mot de la fin.Elles sont inéressantes, et surtout fort consolantes.C’est la meilleure réponse à ceux qui prétendent que la prohibition ne prohibe pas.Elles font suite à celles citées plus haut.C’est toujours de la consommation par tête dont il est question.Année Spiritueux Bières Vins 1914 .1.061 gai.7.200 gai.0.124 gai.1915 .0.872 “ 6.071 “ 0.095 “ 1916 .0.745 “ 4.950 44 0.062 44 44 C’est un progrès marqué, ajoute Le Devoir.En 1874, il se buvait presque deux gallons d’alcool par personne, chez nous,; il ne s’en est bu, cette année, que trois quarts de gallon.De même, il y a deux ans, il se buvait 7 gallons de bière par tête; il s’en boit maintenant moins que 5 gallons.L’alcoolisme est un mal certes encore trop répandu, dans toutes nos provinces, et qui cause des torts incalculables à l’individu, à la famille et à la société.Mais il semble que les jeunes générations doivent être moins portées à Tivrognerie et à l’alcoolisme que celles qui les ont précédées.Et s’il en est ainsi, il en faudra témoigner quelque reconnaissance à ceux qui ont depuis des années entrepris l’éducation populaire, sur ce point.Il es à souhaiter qu’ils enrayent en grande partie le mal, s’ils ne parviennent à le supprimer.”.Joseph Gauvreau. 20 LE PETIT CANADIEN LES OFFICIERS DE SECTION ET LE DEVOIR NATIONAL 1 Monsieur le Président, Messieurs, Ce n'est pas sans hésitation que j’ai accepté la tâche de venir vous dire la part que les Conseils des Sections doivent remplir dans 1 accomplissement du “ devoir national ” à l’heure actuelle.D autres voix plus autorisées que la mienne, vous auraient certainement mieux intéresses, mais puisqu’il l’heure présente, chacun doit faire sa part, je me résigne, comptant sur votre bienveillance pour m’accorder autant d indulgence, que j’y ai apporté de bonne volonté.Pour démontrer la part des Conseils de Section dans l’accomplissement du 44 devoir national ” à l’heure présente, il n’y a qu’à bien comprendre le rôle de ces conseils dans notre Société, se faire une idee juste de leur régie interne, examiner leur champ d’action et les moyens à prendre pour obtenir le succès.La section, vous le savez tous, est le groupement, d’un certain nombre de membres autorisé par le Conseil Général.De la parfaite organisation comme du bon fonctionnement de ces divers groupes dépend la vie de notre Société.Pour ce qui est de l’organisation le point essentiel est le choix judicieux des officiers.Chacun doit avoir la compétence de sa charge aussi bien que le zèle et le dévouement qu’elle exige.Je n’ai pas la prétention d’énumérer ici le travail de chacun, mais je crois qu’en général il serait bon de se tracer à l’avance un programme d’action en conformité avec les exigences de la situation.Quel sera ce programme ?Les règlements pourvoient d’abord à l’admission des membres.11 faut de toute nécessité augmenter l’effectif de la Section.C’est un fait bien reconnu que nous ne sommes pas assez nombreux; les sections alors qu’elles comptent 50 ou 75 membres, devraient en compter des centaines, des milliers meme, il faut pour cela, faire du recrutement à outrance.J’avoue que la tâche est loin d’être facile et que les officiers du conseil ont déjà assez du travail que comporte leur charge, mais rien ne s’oppose à ce que l’on confie ce soin à 1 Texte du rapport présenté par M.Joseph Courtois, N.P., secrétaire de la section Montcalm, No 3, au Congrès spécial de la Société Saint-Jean-Baptiste, le 9 novembre 1916.— Sujet : Le rôle des officiers de section dans l’accom-püssement du devoir national, à l’heure actuelle. LE PETIT CANADIEN 21 d autres membres.Formons, par exemple, un sous-comité dit de recrutement.Ce sous-comité composé de 5 ou 6 membres zélés et actifs, se chargerait de la propagande, soit par des visites à domiciles, soit de toute autre manière qu’ils jugeront favorable.Fne fois les membres admis, il est de l’intérêt de la Section de les gardtr.( est ici qu est le travail du Conseil.Il faut de toute nécessité faire la mentalité du peuple, lui donner la parfaite intelligence des dangers de l’heure présente et surtout bien lui mettre dans l’idée, que ce que nous lui demandons, ce n’est pas tant la contribution annuelle que 1 union solide et veritable de tous les Canadiens.Là est le principal but de notre Société clairement indiqué par les règlements.Pour entretenir te feu sacré du patriotisme, il faut des réunions fréquentes.d’abord tes réunions du Conseil.Les règlements en exigent au moins une par mois, naturellement il fallait iixer un minimum.Après 1e brillant exposé de la situation que nous a lait notre Président et l’énumération des nombreux remèdes qu’il s agit d’appliquer, vous comprendrez l’importance qu’il y a non seulement de faire l’application rigoureuse de ce règlement, mais aussi de le rendre plus severe en faisant des réunions du Conseil fréquentes et ré-gulièi es.Il doit en etre ainsi des assemblées des Sections en général.Des réunions mensuelles des Sections seraient de nature à favoriser l’union des membres déjà admis comme aussi l’enrôlement de nouveaux adeptes.Pour atteindre ce but, ces réunions devront être intéressantes, variées aussi bien qu’utiles et instructives.Qu’on y traite des grandes questions du pays, de notre histoire, de nos oeuvres, de notre littérature, des noms illustres de chez nous.Nous avons au sein de notre société, les éléments nécessaires à l’élévation de nos facultés, à cet effet, 1e Conseil Général nous assure 1e concours généreux de conférenciers qui composent l’élite de notre classe intellectuelle.Les Sections ne doivent pas craindre d’abuser de ces personnes, leur zèle est inlassable et leur dévouement sans bornes.On m’objectera peut-être la dépense nécessitée par un tel mouvement.Voilà la grave question.Ne croyez-vous pas, Messieurs, qu’il faille sacrifier quelques parties des ressources à cet objet?A-t-on jamais entendu parler d’une Société qui impose une contribution annuelle pour ne donner en retour à ses membres que te droit d’élire des officiers en janvier et de faire partir des fusées 1e soir du 24 juin?La question paraît grotesque, malheureusement elle n’en est pas moins véridique pour quelques sections.On se retranchera, j’en suis certain, derrière l’apathie des gens; Messieurs, les membres ne sont généreux qu’en autant qu’on eur donne en retour.L’esprit mercantile règne de nos jours, il nous vient, peut-être, de nos voisins tes Américains, mais *”>•> LE PETIT CANADIEN neu importe qu’il existe et d’où il vienne, il ne s’agit pas de déplorer U» faits mieux vaut les améliorer.Si vous réunissez les membres souvent, si vous les intéressez à votre oeuvre, ils secoueront l’apathie qui nous est coutumière et ils vous aideront de leur travail et de leur argent Si au lieu de compter 25 membres une section en comprend 200.les ressources seront augn,entées d'autant par ,a eon.Hbut.« au Wu deux ou trois soirées publiques à des prix populaires, au cours de 1 an née, assureront à la section tous les fonds nécessaires prises.Qu’on me permette d’insister sur ce point capital; ne fatiguez pas vos membres par des souscriptions inopportunes, favonsez-les plutôt en les admettant gratuitement sur présentation de la carte de Sociétaire à chacune de vos réunions., .Un second moyen d’action que les officiers doivent préconiser, c est un bureau de placement qui permettrait d’aider aux Jeunes gens et aux ouvriers à trouver de l’emploi et à assurer en me“« te”pS ploveurs des ouvriers compétents et bien recommandes.Cette oeuvre contribuerait à rapprocher les divers éléments de la race en inspiran aux uns plus de sympathie envers les moins fortunés et aux autres plus de confiance à l’égard des patrons.Plusieurs prétendront que 1 oeuvre est difficile, je le crois, en tout cas l’essai en vaudrait peut-etre la peine.Aie permettrez-vous, Messieurs les officiers des Sections, de vous recommander comme aide efficace, la lettre-circulaire ?C est, je cms ^ seul moyen certain de parvenir à chacun des membres en particulier.Adressez d’abord une lettre-circulaire au début de 1 annee, en donnan un exposé du travail à faire, du programme à suivre.Une ou deux autres au cours de l’année renseigneraient sur les oeuvres en operations, ceux qui ne se dérangent jamais et qui n’apportent que leur nom a la Société.Avec de la persévérance, on viendrait à bout de secouer e»s endormis, de les attirer et de les intéresser.Reste encore à établir l’oeuvre de la Caisse populaire comme aussi de propager celle de la Caisse Nationale d’Economie.Le champ d’action de la Société s’étend aussi a la publicité, a l annonce.Que tout le monde sache, entende que la Section, vit, travaille et ne compte pas manoeuvrer dans le vide.Il existe plusieurs manières de faire de la réclame.Je crois que, sur ce point, il serait tout-à-fait avantageux de rechercher l’aide du cure de la paroisse.Je comprends que Messieurs les Curés n’ont pas besoin de se surcharger, leur ministère ayant déjà pour eux trop d exigences.Mais je suis toutefois persuadé qu’on ne vous refusera pas un bon mot, un encouragement au patriotisme à l’occasion d’une annonce, ou d une assemblée quelconque.Nos prêtres savent bien mieux que nous trouver la note juste qui frappe l’oreille du public, le terme exact qui germera LE PETIT CANADIEN 23 dans son idée.Vous serez peut-être surpris de ce que leur dévouement nous gagnera.Dans la grande majorité de nos paroisses on trouve aujourd’hui Le bulletin paroissial, organe qui a le grand avantage sur toutes les autres publications d être lu et relu.Servons-nous-en donc comme moyen de propagande.Nous avons aussi nos quotidiens, vous savez tous Messieurs, qu’au Devoir, on nous donne toujours la meilleure hospitalité et qu’on ne manque pas de favoriser notre Société.La Presse, mérite aussi une mention pour les articles publiés en faveur de la défense des nôtres dans Ontario.Je n’ai pas besoin, je crois, d’insister sur l’importance que les membres des Conseils doivent attacher à l’organe de notre Société Le Petit Canadien.Il est à mon sens le grand moyen de propager les idées et de répandre une semence productive.11 n’a certainement pas été assez répandu, jusqu a ce jour, mais, je souhaite que la proposition faite ce soir, à ce propos, soit bien accueillie de tous.Il y a quantité d’autres moyens qui peuvent être utilisés pour la réussite des Sections, ceux que je préconise dans ce rapport devant être modifiés, changés meme suivant les cléments qui composent une section en raison du milieu, de la fortune et du développement intellectuel des membres.Certaines Sections composées de membres influents et fortunes pourraient avoir pour but de diriger tel ou tel mouvement, par exemple représenter la Société auprès de nos gouvernants ou de toute autre manière aussi avantageuse.Cependant, il faut se rappeler que les Sections, tout en prenant l’initiative de ces divers mouvements, devront s’en rapporter aux décisions du Conseil Général, dont ils suivront fidèlement la direction.Ce n’est qu’à cette condition que l’on obtiendra l’union véritable de tous les éléments qui constituent notre nationalité.Messieurs, je touche ici, je crois, au sujet qui a le plus fait couler d’encre dans nos journaux, qui a provoqué les plus belles envolées ora-toires.L’Union ! mais tous en parlent, tous la désirent, tous la proclament indispensable à la revendication de nos droits et aux succès de nos entre-prises.De quelle manière nos Sections aideront-elles à la réalisation de cette union ?lo En se soumettant aux décisions du Conseil Général.Par exemple, nous sommes assemblés, ici, ce soir, pour discuter des besoins de l’heure présente, des opinions seront émises, des votes seront donnés, des décisions seront prises.Ces décisions devront être acceptées non seule- 24 LE PETIT CANADIEN ment par ceux qui les auront provoquées mais par tous les membres, dès que la majorité s'est prononcée, rallions-nous à sa décision, oublions les discussions, ayons un peu de renoncement à son sens propre et mettons-nous bien dans l'idée que d’autres peuvent aussi avoir raison.De cette manière nous obtiendrons l’union parfaite.2o La discipline doit-être rigoureusement observée, chaque officier s'en tenant à la lettre des règlements, c’est d’une importance capital pour la régie interne des conseils.Les officiers doivent prendre connaissance des avis, informations du Conseil Général, le secrétaire et le trésorier doivent publier les rapports, se conformer à toute demande et fournir tous les renseignements exigés par nos directeurs.Un point importrant à observer, c’est de faire parvenir à la date fixée, les rapports justes et exacts, que le conseil exige des Sections tous les 3 mois.Pour produire un travail d’ensemble, il faut de toute nécessité, suivre la direction du Conseil Général.Ce Conseil doit être pour la Société ce qu’est le coeur à l’organisme humain.De même que le coeur refoule à toutes les extrémités du corps le sang, qui lui donne la vigueur et la vie, ainsi le Conseil Central doit fournir aux Sections la force, l’énergie dont elles ont besoin.Pour atteindre son but, le Conseil Central a, en plus de la confiance des Sections, besoin de leur encouragement pécuniaire.Beaucoup de gens ont cette idée que le Conseil doit soutenir les sections de ses propres deniers.C’est là une idée absolument fausse.Comme nous l’avons entendu tantôt la part de contributions du Conseil Général aux diverses oeuvres de la Société étant très lourde, il serait par conséquent illogique de compter sur une subvention de sa part.Les Sections doivent trouver leur revenu : lo dans la part qui leur revient de la perception des contributions ; 2o Par des organisations, séances, euchres, etc.L’ébauche du programme que je viens de tracer peut vous paraître difficile à réaliser en raison de la somme de travail qu’il comporte.Il faut, je l’avoue, du zèle et du dévouement.La tâche est dure parfois, le succès peut être lent à venir, mais il est assuré, et c 'est pour avoir expérimenté la chose que je vous l’affirme.Ce qui va suivre est peut-être un peu personnel, mais, je l’avouerai, c’est à la demande de quelques-uns de nos directeurs que je vous communiquerai ce qui se fait chez nous.Dans notre section Montcalm, paroisse Saint-Pierre, nous avons commencé à travailler d’après ce même programme.Les résultats n’ont pas tardé à se faire sentir.Nous avons déjà passablement augmenté LE PETIT CANADIEN 25 notre effectif et l’avenir nous reste encore chargé de promesses, si bien qu’en janvier prochain, nous enverrons au Conseil Central une liste de nos membres, composée de 200 noms, et nous n’en resterons pas là.Ceux qui ignorent encore l’existence d’une Section Saint-Jean-Baptiste dans notre paroisse doivent être bien sourds ou bien endormis, pour ne pas l’avoir entendu se remuer ou bien aveugles pour ne pas l’avoir vu agir.Tous les mois, des conférenciers érudits, viennent nous entretenir, qui, sur la question Acadienne qui, sur les écoles d’Ontario, qui, sur la langue française, etc.Au début de notre organisation, une lettre-circulaire est allée dire, non seulement aux membres, mais à tous les paroissiens, le but et le programme de nos réunions, le Bulletin Paroissial parle de nous presque chaque semaine, nous avons eu le mois dernier une soirée récréative toute canadienne, qui nous a apporté de jolis bénéfices et dimanche prochain, nous procédons à l’installation de notre Caisse populaire.Pour aider le Conseil dans l’accomplissement de ces travaux, trois sous-comités ant été formés dès notre première assemblée : Ce sont ces sous-comités du recrutement, d’organisation et du bureau de placement.Notre section donne, tous les ans, une médaille d’or à l’élève le plus méritant de l’Académie Saint-Pierre.Nous sommes pleins de confiance en l’avenir, mais loin de moi la pensée de nous attribuer le succès remporté jusqu’à présent; il provient, nous en sommes persuadés, de notre parfaite soumission non-seulement aux règlements de la société, mais aussi aux décisions et à la direction du Conseil Général.Je termine donc, en faisant le voeu que le Conseil Général rencontre partout la même adhésion.Les Sections y trouveront à leur tour le même succès, et la Société Saint-Jean-Baptiste, sa plus grande prospérité.Josepït Courtois, Secrétaire de la Section Montcalm, .Yo LA COMPTABILITE Pour faire suite aux excellentes listes sur la comptabilité publiées, l’automne dernier, par M.Alfred Verreault, dans le Devoir, de Montreal, nous donnons ce mois-ci une série d’abbreviations en usage dans le commerce.Puissions-nous bientôt les voir adopter par les élèves de nos collèges commerciaux, nos teneurs de livres, comptables, commis de banque, vérificateurs, etc. 26 LE PETIT CANADIEN •Soyons I Tançais partout, et rendons à la langue française la place que sa souplesse et sa clarté lui méritent dans tous les domaines, y compris le commerce, d’où l’on voudrait la bannir.AccOD Art Av.de payent B0** ou Balc
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