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Titre :
Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899
Éditeur :
  • Montréal :Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal :1913-1918
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de la Caisse nationale d'économie
  • Successeurs :
  • Pays laurentien ,
  • Revue acadienne ,
  • Revue nationale
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Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899, 1917-10, Collections de BAnQ.

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Vol.14 MONTRÉAL, OCTOBRE 1917.No 10 Le Petit Canadien Orfgcme de la Société Saint - Jean - Baptiete de Montréal SOMMAIRE I —LES BÂTISSEURS DE PAYS .Alexandre Dugré, S.J II —LE RÉVEIL ACADIEN.Victor Morin III — LES LANGUES ETRANGERES.Caaimir Hébert IV—LE CARACTÈRE DU PEUPLE MARTYR .*** V — UNE “ COURVÉE ” DANS LES BOIS-FRANCS Anne-Marie Turcot VI —LE CONCOURS LITTÉRAIRE DE NOTRE SOCIÉTÉ.La Rédaction VII — NOUS VIVRONS !.Albert Lacroix VIII —LE CLERGÉ FRANÇAIS DU DIOCÈSE DE DULUTH * * * IX —A PROPOS DE TIMBRES-POSTE .*** X —AFFICHES BILINGUES.Etienne Blanchard, p.s.s.XI —BIBLIOGRAPHIE.L.G.et E.M.LA CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE Vouloir, c’est pouvoir, Communiqué.— Tableau d’honneur des organisateurs permanents.— Bilan du mois de septembre 1917.Rédaction et administration : 296, rue Saint-Laurent, Montréal Abonnement annuel : Canada (Montréal excepté), 50 sous, Montréal et Etranger, 60 sous.Le Petit Canadien paraît vers le 25 de chaque mois.— Les abonnements partent invariablement du 1er janvier.—Toute demande de changement d’adresse doit être accompagnée de 5 sous en timbres-poste. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Grand aumônier: Monseigneur l’Abchkvêquk dk Montréal.Président général: Victor Morin, LL.D., notaire, 97, rue Saint-Jacques.1er Vice-président général: V.-E.Beaupré, I.C., professeur, Ô7ft, me Saint-André.Zème Vice-président général: J.-B.Laoacé, professeur, 836, rue Saint-Hubert.Secrétaire général: Gut Vanhb, LL.L., avocat, 97, rue Saint-Jacques.Trésorier général: Joseph Hurtubise, courtier, 2, place d’Ann».Directeurs: L’bon.L-O.David, sénateur, Hôtel de Ville.— E.-P.Lachapelle, D.M., 267, ouest, rue Prince-Arthur.— Thomas Gauthier, courtier, 11, place d’Annes.—Vick» Doré, professeur, 214, rue Berri.— J.-V.Drsaul-niers, courtier en immeubles, 11, place d’Armes.—O mer Héroux, journaliste, 43, me Saint-Vincent.—Arthur Courtois, notaire, 85, me St-Jacques.Chef du Secrétariat : Emile Miller, bureau I, Monument national.Sous-chef du Secrétariat : Jos.Durand, bureau I, Monument national.Corporations filiales de la Société : Caisse Nationale d’Economie.— Caisse de Remboursement.— Compagnie du Monument national.— Société Nationale de Fiducie.Vat b W?¦ \ JUMv Le Petit Canadien OBGANK DS LA SOCIÉTÉ SAINT - JEAN - BAPTISTE 33E IVCOINTTHlÉ^-Xj Vol.14 MONTRÉAL, OCTOBRE 1917.No 10 LES BATISSEURS DE PAYS La colonisation de l’Abitibi — L’état actuel — Les besoins M se fait actuellement chez les Canadiens français une poussée de conquête du sol qu’on aurait tort de méconnaître et surtout de ne pas seconder, chacun dans sa sphère d’action.L’invasion est partout: au Nouveau-Brunswick, les Acadiens fraternisent avec nos gens du diocèse de Rimouski, pour peupler les versants de chemins de fer ; les Manito-bains prodiguent l’information colonisatrice, par des tracts français et des abonnements gratuits à la Liberté ; le Saskatchewan possède la Compagnie Canadienne de Colonisation, Liée, qui siège à Régina, et les admirables missionnaires de l’Alberta sont toujours les plus actifs propagandistes de transplantation et de rapatriement.Dans notre Québec, le cri d’alarme de la campagne délaissée et le mot d’ordre du Retour à la T erre f la crise qui a rejeté des villes bien des ruraux désillusionnés et la vente fort rémunératrice du bois à pulpe des défrichements, ont donné à la colonisation une impulsion remarquable.Avec l’aide d’une réclame bien soutenue, la montée vers les terres neuves deviendrait une véritable ruée, si les régions nouvelles étaient mieux préparées à recevoir cette armée de chercheurs d’héritages, qui s’éparpille et se perd dans nos villes et aux Etats-Unis.Les colons vont partout: dans la Matapédia, où l’excellent Cercle de Colonisation de Québec (50, avenue des Erables), les protège contre les marchands de bois,; en haut de Mont-Laurier, où l’on manque de chemins ; dans les bouts de vieux comtés parfois assez peu fertiles ; mais surtout dans l’admirable Abitibi et son jumeau, l’Abitibi ontarien, ouverts par ^e Transcontinental et très faciles à développer.Les deux Abitibis, vaste zone de glaise de 400 milles de longueur sur une largeur moyenne de 100 milles, peuvent, dit-on, nourrir dix millions d’âmes, soit environ 8 000 paroisses : il y en a actuellement dix. 290 LE PETIT CANADIEN Le sol est excellent, fait de glaise parfois trop pure, sans roche, bien arrosée de rivières et de lacs, sans autres côtes que de légères ondulations qui facilitent régouttement.Le défrichement est aisé: parfois même on n’a pas à bûcher, comme dans les brûlés La Morandière et Du-vemy, au nord-est d’Amos, où un explorateur a trouvé des centaines de lots où Von peut labourer en arrivant, et si le gouvernement veut ouvrir deux chemins dfune douzaine de milles, pour les relier au Transcontincn-tal, nous mettrons des milliers d’acres en culture dès l’an prochain.1 La forêt se compose d’épinettes longues et fines, que l’on vend sept piastres la corde sur le char, et dont les souches viennent facilement, les racines n’entrant pas dans la glaise mais s’étalant dessus comme des pattes de canard: on les arrache en les ceinturant d’une simple chaîne tirée par un cheval.Le brûlage des abatis est soumis à des lois strictes, pour prévenir les feux de forêts, mais ça brûle tout de même.Les déserts ne sont pas encore bien grands sur chaque bout de lot ; les champs de grain et les troupeaux sont rares.La besogne de l’heure est négative: on supprime la forêt par le défrichement intensif, pour éloigner les chances de conflagration, pour avancer la fonte des neiges et reculer les gelées d’automne, en ouvrant la terre à l’action du soleil, et surtout parce que les pu'lperies s’arrachent à des prix fous le bois de défrichement, tous ces arbres qu’autrefois on brûlait sur place et qui rapportent aujourd’hui au colon quatre ou cinq mille piastres à grignoter, en attendant les revenus de la terre : on met de l’argent à la banque ! Règle générale aussi, les premiers colons sont meilleurs amis de la hache que de la charrue; le recrutement se fait automatiquement chez les hommes de chantiers : ceux qui sont déjà rendus, font monter leurs anciens compagnons, et l’on fait chantier à son compte.Un colon venu des terres rocheuses de Saint-Nérée-de-Bellechasse, envoie dans une enveloppe à son beau-frère de Lowell, une pincée de la belle glaise de son lot.Vite, le Franco-Américain quitte son usine, vient prendre deux lots et prépare l’habitation, où sa famille est venue le rejoindre en juin dernier.Cette réclame tout individuelle, faite de lettres et de pourparlers sur les perrons d’église, a eu pour effet d’attirer surtout des gens de mêmes régions et de même goûts : de ces mi-cultivateurs, mi-bûcherons des hauts des comtés de Champlain, 1’Islet, Bellechasse et Madrinongé.La seconde vague de colons se recrutera chez les vrais agriculteurs, ceux qui ont de l’argent, des troupeaux, de l’instruction agricole et peu de goût pour le grand bois ; cet assaut refoulera plus avant les bûcherons du type Samuel Chapdelaine, qui aiment à faire de la terre plutôt que de la culture et qui ont une vocation de précurseur.Un cas typique de cette 1 Témoignage de M.Alphide Tremblay, de La Tuque, dans la Presse, H octobre 1917. 291 LE PETIT CANADIEN seconde conquête, qui suit la préparation d’artillerie, se produisait à La Reine, en juin dernier : un cultivateur non-bûcheron, venu de Saint-Maurice, acquérait le lot défriché d’un bûcheron non-cultivateur, au prix de 2 500 piastres, et tous les deux étaient aux oiseaux: l’un va recommencer à bûcher un second lot, tandis que l’autre va se bâtir à la moderne, amener son troupeau, préparer une belle semence pour le printemps prochain sur une terre plus fertile que son ancienne ferme, plus nette, mieux située, près d’une rivière, près des chars, de l’église et du village.C’est l’histoire qui va se répéter tous les jours, si une bonne réclame du Journal d9Agriculture et de conférences illustrées peut atteindre les vrais cultivateurs de toutes les vieilles paroisses.• * • La colonisation est donc plus alléchante que jamais ; encore faut-il préparer la région : il s’agit de ne pas décourager le colon en le flanquant à quinze milles du chemin de fer, à dix ou douze milles du premier chemin de voiture, comme eela se voit, hélas! chez nous, en l’an de grâce 1917.A moins de supposer à nos défricheurs des instincts de trappeurs ou de fauves, l’on devrait au moins percer des routes: c’est du bon sens le plus rudimentaire.Il ne faut plus forcer les gens à marcher des vingt milles à travers lx)is, une poche de fleur sur l’épaule.La vie est trop facile partout; si on ne l’adoucit un peu dans les cantons neufs, nous perdrons une quantité de nos familles rurales, les forces vives de la race, qui déserteront encore.Ce qu’il faut immédiatement là-bas, pour préparer un mouvement de conquête sans exemple dans notre histoire, c’est de mettre en valeur cette terre incomparable en la rendant accessible aux colons : à quoi sert d’avoir un trésor si on ne peut l’atteindre ?— Le gros du travail est accompli dans le Transcontinental, que n’eût jamais osé rêver le cure Labelle pour ses régions du Nord.Il reste à compléter les routes d’invasion par de menus chemins de voitures qui pénètrent de canton en canton, de rang en rang, de lot en lot, et cela dès avant l’arrivée des bûcherons, si l’on veut coloniser d’une manière un peu intelligente et moderne.N’insistons pas sur l’état actuel des chemins ou de l’absence de chemins dans l’Abitibi et ailleurs, disons seulement que plusieurs aspirants-colons sont retournés chez eux et qu’en effet ce n’est guère intéressant pour un nouveau venu en quête d’un lot de foncer à travers le bois dru, en s’orientant sur le soleil, au risque de s’égarer vingt fois, comme cela s’est vu.Le gouvernement a consacré cette année aux routes de l’Abitibi la plus forte somme qui ait encore été allouée: cent mille piastres.Nous devons l’en remercier, tout en demandant, en exigeant bien davantage.N’oublions pas que l’on colonise plus que jamais et sur un territoire 292 LE PETIT CANADIEN grand comme de Québec à Montréal, et qu'il en faut des routes là-dedans: il s'est vendu au-ddà de mille terres, rien que cet été, et il s'en écoulerait bien davantage si la propagande colonisatrice pouvait agir sans crainte d'exposer les gens à l’isolement, à l'ennui et à la misère, loin des magasins, du médecin, de l'église et de tout.On objecte qu'on ne réussit meme pas à dépenser les cent mille piastres, faute de terrassiers pour ouvrir les routes.Mais aussi, pourquoi ne vouloir engager que les colons déjà rendus, qui refusent cette besogne peu payante ?Eux qui gagnent six ou sept piastres par jour, à faire du bois de pulpe sur leur défriché, vont-ils se contenter de $2.50 et laisser là leur terre ?Certes, ils veulent que les routes se fassent, tout comme nous désirons les rues d'asphalte, mais en laissant à d'autres la brouette, le pic et la pelle.Quand l'Ontario a voulu faire pour cinq millions de piastres de chemins devant le colon, plus rare et moins ardent là qu’ici, il a recruté dans les villes et partout des équipes de Polonais, de Suédois et d'autres experts ès-construction de routes.Que ne fait-on de même ici, comme le proposait carrément un de ces colons de forte race venus de Chicoutimi: “ S'ils veulent des bons hommes pour la pelle, c'est les Polonais; nous autres, on est bâti pour la hache, et on fait de la terre." Si l'on veut traiter les colons comme des gens civilisés, et leur ouvrir des routes d’avance, il faut d'abord donner un grand coup pour combler les arrérages, et rejoindre le défricheur: or pour se mettre simplement à flot et atteindre le dernier lot actuellement concédé, il faut un subside initial d'au moins deux millions, et une cinquantaine d'équipes de terrassiers et de constructeurs de ponts.Après ce début héroïque, notre province, dont le budget annuel est de douze millions, pourrait accorder 500 000 à 800 000 piastres chaque année, en augmentant le subside, suivant la progression des colons, qui se feraient toujours plus nombreux et mieux choisis.Il s'agira bientôt d'un chemin de fer descendant de l'Abitibi au Témiscaming, comme dans l’Ontario, et facilitant la rapide éclosion de cinquante nouvelles paroisses.Heureuse nécessité que célle de dépenser parce que la race s'accroît trop vite ! Par contre, c’est un piètre calcul et une hideuse mesquinerie que de modérer la poussée colonisatrice parce que cela occasionnerait quelques déboursés : un excellent curé de campagne du Manitoba disait que i( c'est refuser une bonne vache parce qu'il faudrait acheter une chaudière à lait ! " Pourquoi aussi nos particuliers ne seraient-ils pas assez entreprenants pour se former en compagnies, comme les Ontariens qui ont bâti le “ Témiscaming et Nord-Ontario " et 1’ “ Algoma Central " qu'ils se payent maintenant en vendant de larges concessions de terres aux colons? LE PETIT CANADIEN 293 A quoi sert-il d’avoir des banques, des Compagnies d’assurance, des épargnes et de la finance nationales, si nous ne pouvons rien obtenir pour nos gens ?Ces institutions-là, qu’on arbore avec notre langue et nos lois, le 24 juin, ne sont-elles faites que pour pomper l’argent de nos campagnes afin de le déverser en ville ?Laissera-t-on se perpétuer la désertion des capitaux comme la désertion des familles ?La terre ne recevra-t-elle rien de ce qu’elle donne si largement, aussi bien aux particuliers qu’aux trésors provincia1! et fédéral ?• • • Avec les chemins de pénétration, ce qui presse le plus, dans l’Abitibi, et d’ailleurs dans la Matapédia et le Nord-Ontario, c’est d’avoir des prêtres, des prêtres nombreux, trop nombreux, qui organisent les groupes déjà établis, et qui attirent, qui viennent recruter dans nos débordantes campagnes les fondateurs de paroisses nouvelles.Si plusieurs prêtres recevaient chaque année un canton à peupler, comme ceüa se pratique avec tant de fruits dans l’Ouest, les paroisses se multiplieraient dru.Mais le clergé abitibien est trop rare ; des groupes déjà compacts ont la messe à peine une fois par mois, et il faudrait n’être pas Canadien pour ne pas voir dans le manque de prêtres une grande misère du pays, et une objection à la montée des familles : pas d’églises, pas d’angélus, pas de dimanche.Si l’on tombait malade?s’il arrivait des accidents?.H est bien touchant d'entendre les supplications de ces bons pionniers : — “ Restez donc avec nous autres, Monsieur le curé.Vous savez, pas de prêtre, sans s’en douter, on devient méchant.Il y en a qui boivent, et voilà bien que les jeunes gens aiment autant ne pas avoir la messe: ils se rassemblent d’un bord et de l’autre, le dimanche.En-voyez-nous un curé, c’est tout ce qui nous manque.Il va être bien avec nous autres: le gouvernement donne un lot pour l’église et l’école, on fera des corvées, et puis l’on n’est pas en peine de le faire vivre: il y a de l’argent, allez!.” Et les femmes viennent à la rescousse: “ Les créatures ne veulent pas monter, tant qu’il n’y aura pas de prêtre, ni de dimanche, comme du monde.On a hâte que la société soit plus grande.” Pour ce territoire, vaste comme une demi-province, il y a cinq ou six prêtres dans l’Abitibi et autant dans le Nord-Ontario.La moitié sont arrivés de cette année : on aurait voulu en recevoir trois fois ce nombre.Malheureusement, le diocèse de Haileybury, tout récent et dépourvu encore de séminaire, ne peut se recruter qu ’à même les vieux diocèses, et partout les ouvriers sont peu nombreux.S’il y avait moyen pourtant de remanier quelques vicariats ou dessertes, afin de trouver des pasteurs à ces brebis qui sont montées là-bas pour ne plus errer, pour accroître le 294 LE PETIT CANADIEN troupeau et agrandir les domaines de l’Eglise.Faisons donc l’impossible pour donner des chefs à ces vaillants qui ne demandent que cola et des routes, pour étendre et parfaire la conquête de cette Terre promise, d’où coulent l’huile et le miel.Notre excédent de 45 000 naissances sur les décès nous permet de fonder annuellement trente nouvelles paroisses : pour en ouvrir au moins dix, il faudrait obtenir chaque année dix nouveaux prêtres des vieux diocèses qui renouvelleraient ainsi le geste de l’ancienne France, prodiguant à notre patrie naissante ses missionnaires, rendus partout avant ou avec les premiers colons, aux Trois-Rivières, à Montréal, au Détroit, à la Louisiane.D’ici trente ans, le nombre de nos paroisses devrait se doubler, notre population québécoise de 1700 000 Canadiens français, devrait atteindre 3 400 000 ; à moins de consentir d’avance à la perte de notre meilleur surplus, nous devrions fonder au moins cinq cents, sinon mille paroisses nouvelles, et donc trouver de cinq cents à mille prêtres pour les diocèses nouveaux et futurs.Où les trouvera-t-on ?Une partie de notre race périra-t-elle faute de pasteurs ?Le problème est des plus graves, il mérite d’être étudié sérieusement, et la conclusion devra susciter des actes: on devra mettre aux séminaires des jeunes gens à vocation sacerdotale, pour les paroisses à fonder.Pourquoi ne préparerait-on pas cette légion d’apôtres, de créateurs de pays et de bâtisseurs d’églises ?Pourquoi des patriotes qui ont des rentes ne prendraient-ils pas sur leurs dépenses de quoi faire instruire de ces bons enfants pauvres, premiers de classe aux écoles primaires et zélés servants de messe, qui pleurent de ne pouvoir aller au collège pour faire des prêtres ?— Des sociétés mutuelles franco-américaines et acadiennes défrayent l’éducation secondaire d’une cinquantaine d’enfants qui promettent: ne pourrait-on montrer la même générosité, la même prévoyance patriotique ?Bien des prêtres franco-américains envoient ici des jeunes gens qui seront un jour les curés des Canadiens exilés ; ne fera-t-on pas de même pour empêcher notre trop-plein de déserter un jour ?Il faudrait aussi là-bas, où littéralement tout est à créer, des communautés que le gouvernement doterait de centaines d’acres de terre pour ouvrir des écoles primaires agricoles, des couvents-écoles ménagères, des hôpitaux, qui dispenseraient d’aller mourir à l’hôpital anglo-protestant de Cochrane, a 200 milles, ou à la Providence de ITaileybury, à douze heures de chemin de fer ! De institutions pourraient aussi recevoir les enfants d’orphelinats des grandes villes, afin de leur donner, avec la santé, le goût de la campagne et une science agricole qui permît à chacun d’obtenir, à seize ans, une concession de terre au lieu des métiers de typo, de cordonnier, de relieur, ou de ferblantier.De leur côté, les orphelines graduées à l’école LE PETIT CANADIEN 295 ménagère deviendraient d excellentes femmes d’habitants dam cea regions où les hommes sont en si grand nombre qu’on pourrait avec profit répéter les admirables démarches de la Vénérable Mère Marie-ele-l 'Incarnation, amenant en Nouvelle-France de braves orphelines de Paris pour les marier aux soldats de Carignan-Salières, les défricheurs d’alors.* * * Pour résumer, l’Abitibi est un immense et très beau champ d'opérations ; la campagne est plus en vogue que jamais ; il s agit d augmenter la production agricole ; nous avons la terre, nous avons les hommes, unissons donc ees deux éléments de patrie.11 suffit d’un effort et de subsides peu considérables pour faciliter l’accès des bois à des milliers de familles des vieilles paroisses; préparons l’après-guerre; ne laissons pas perdre l’avantage exceptionnel d’accroître notre population rurale, en vue du recensement de 1921.Ouvrons des routes et des chemins de fer; trouvons des prêtres fondateurs de paroisses, puis lançons à l’assaut de la forêt nos surplus, notre excédent annuel, les cinq ou six fils qui ne peuvent trouver place à la ferme paternelle.Ne nous contentons pas de réchapper un colon sur trente qui devraient l’être, sauvons-les tous, ces créateurs, comme nos hygiénistes des villes travaillent à sauver les berceaux.Sortons de la routine et de la mesquinerie; faisons nôtres les enlevantes devises des villes de l’Ouest: Industrie, Entreprise, Energie.Dieu nous donne la terre immense et les enfants nombreux : rendons-lui des paroisses, faisons-lui un grand peuple.Alexandre Dugré, S.J.LE REVEIL ACADIEN Un auditoire de deux mille personnes s’était rendu le 30 mai dernier à l’appel de la Société Saint-Jean-Baptiste, et lui avait apporté, dans un geste de patriotisme solidaire avec la race acadienne, une contribution généreuse à la reconstitution du sanctuaire historique de Grand-Pré.Plus tard, nos frères acadiens célébraient leur fête nationale de l’Assomption, et de nouveau notre société leur portait a cette occasion l’expression de la cordiale sympathie des Canadiens français.Enfin, nous répondions ces jours derniers à l’appel du Dr E.-D.Aucoin, fondateur de la Revue Acadienne à Montréal, en exprimant à cet organe autorisé de la race soeur l’assurance de notre appui.Le “ réveil acadien ” est donc un fait accompli chez les Canadiens français, et vraiment ce n’est pas trop tôt ! Préoccupés des luttes à soutenir pour la conservation de notre héritage national, nous avons trop longtemps peut-être négligé, sinon perdu 296 LE PETIT CANADIEN de vue, cette soeur-aînée qui fut la première à coloniser la terre d’Amérique au nom du roi très chrétien, et qui fut aussi la première victime des conquêtes anglo-saxonnes, lorsque les puissances d’outremer crurent notre continent trop petit pour deux races.Quel était donc le charme de cette Acadie qui avait attiré la première pensée de Samuel de Champlain et de Louis Hébert dans leurs projets de colonisation du Canada et qui allumait plus tard la convoitise des corsaires de la Nouvelle-Angleterre ?Quels étaient donc ces colons guerriers qui s’étaient dressés sans relâche, pendant plus d’un siècle, devant l’envahisseur de leur sol et qui avaient infligé la plupart du temps des défaites honteuses à des forces dix fois supérieures ?Et lorsque,;en dépit des lois humanitaires, ils eurent subi la plus odieuse tentative d’anéantissement dont l’histoire fasse mention, par quel miracle d’énergie ces proscrits disséminés sur tous les points du glo>be avaient-ils pu reconstituer leurs familles dispersées et leurs foyers détruits ?C’est ce qui nous avait été dit en termes éloquents par M.l’abbé Groulx et par M.Henri Bourassa, lors de la manifestation de Grand-Pré, et c’est pour assister à l’épilogue de cette épopée que nous venions, ce 16 octobre, entendre un apôtre de la race acadienne nous parler de l’Acadie et des Acadiens de nos jours.Nous n’avons pas été déçus dans notre espoir d’un régal patriotique et littéraire; le R.P.Dagnaud a rapidement conquis son auditoire en nous entretenant avec ce charme de parole, avec ce coloris de description qui font les conférenciers de haute envolée, du caractère, des usages et des idéals du peuple d’élite au milieu duquel il a vécu pendant douze ans.M.Guy Vanier, qui s’est épris de l’histoire acadienne comme de tout ce qui est “ vrai, beau et bien ”, nous a fait part à son tour de son admiration pour la survivance acadienne et de l’espoir que les relations de plus en plus étroites qui se forment entre ces deux rameaux de sève française assureront leur résistance victorieuse à l’assimilation.M.E.-L.Aucoin, qui remplaçait au pied levé son collègue, le Dr Au-coin, frappé dans ses affections par la mort d’un frère tombé au champ d’honneur, sut remercier les conférenciers en termes très heureux; il esquissa la constance du peuple acadien dans l’adversité, son espoir en l’avenir et sa reconnaissance à la Société Saint-Jean-Baptiste pour l’appui qu’elle apporte aux divers groupes de langue française.Cette oeuvre fait en effet partie de l’action de notre société qui s’emploie en tous lieux à grouper les forces vives de la race, car elle estime que l’union nous sera peut-être plus nécessaire que jamais dans les années qui vont suivre, pour conserver “ nos institutions, notre langue et nos droits.” Victor Morin. LE PETIT CANADIEN 297 LES LANGUES ETRANGERES Leur utilité pratique Récemment, dans les pages du Petit Canadien, j'avais l'occasion d’inviter mes compatriotes à l'étude sérieuse des deux langues officielles du Canada.Cet appel au bilinguisme a pu paraître à quelques-uns une conduite opposée à la politique de la Société Saint-Jean-Baptiste.Comment peut-on recommander aux Canadiens français une connaissance plus approfondie de l'anglais, alors que l'on prêche par tout le pays un attachement plus étroit à la “ doulce parlure ' ’ française, à cette langue la plus parfaite des temps modernes, qu'une bigoterie sectaire doublée d’ignorance veut ostraciser dans la province voisine.C'est que je suis de ceux qui voient dans l’étude des langues un précieux appoint pour acquérir une notion plus parfaite de la langue maternelle.Celle-ci laisse mieux voir ses beautés et sa souplesse quand, dans la traduction d’une langue étrangère, on s'applique à lui faire rendre excellemment toutes les nuances de la pensée.L'étude de la langue anglaise ne devrait en aucune façon nuire à la vie, au développement de la française.S’il en devait être autrement, j’ai trop d'attachement à la langue de mes pères, trop l'amour du sol et de ses traditions pour souhaiter que celle-ci s’amoindrisse et cède la place à un idiome moins doux, moins clair, aux beautés rudes et brutales, mieux fait pour le comptoir que pour le salon.Mon plaidoyer a été bref et je ne prétends pas y ajouter.Que ceux qui se sentent assez français pour être bilingues sans danger aillent de l’avant.Que ceux qui sont faibles, sans caractère, incapables de garder leur rang dans la mêlée, se barricadent chez eux et restent français avant tout.J’ai dit qu'il fallait être bilingues autant que possible et j'ai ajouté qu'une élite devrait, chez les Canadiens français, se faire polyglotte.Etre polyglotte ?Est-ce possible, est-ce utile, est-ce réalisable et comment ?D'aucuns prétendent qu'il est impossible de bien savoir plusieurs langues.Cela est vrai ordinairement, mais puisqu'il se rencontre assez souvent des cas de polyglottie évidente, il faut en conclure que la chose est réalisable.Les Pic de la Mirandole, les Creichon, les Mezzofanti sont des cas notoires et historiques.Dans cette ville de Montréal, je connais deux prêtres qui savent une quinzaine de langues, et l'un d’eux exerce quotidiennement son ministère en cinq langues.Combien de nos prêtres, à la connaissance des langues classiques et des deux langues officielles du 298 LE PETIT CANADIEN pays, ajoutent encore la connaissance de deux ou trois langues étrangères, teilles que l’italien, l’espagnol, l’allernand ï Le nombre des polyglottes chez nous, est assez considérable.C’est surtout parmi la population étrangère que se produit le phénomène.La plupart des Italiens sont trilingues; les juifs roumains savent quatre ou cinq langues, et j’en connais un qui en entend très bien douze.Je crois qu’avec un peu d’éducation de la mémoire auditive, les Canadiens-français peuvent devenir des polyglottes remarquables.Et la chose serait-elle utile ?Qui ose le contester ?Si l’on a pu affirmer que celui qui connaît deux langues vaut deux hommes, ne peut-on pas soutenir que nos compatriotes bilingues valent tous deux Anglais et qu’ils vaudront autant d’étrangers qu’ils auront appris de langues étrangères.C’est pour nos gens s’assurer l’influence du nombre que de s’appliquer à l’étude des idiomes étrangers.Le nombre des Canadiens français, à qui le besoin d’interprètes dans l’année des Etats-Unis a fait une situation avantageuse, va toujours grandissant.Beaucoup de sténographes canadiennes françaises commandent de jolis salaires dans les administrations américaines.Elles doivent leur avancement à leur qualité de bilingues.Si être bilingue est utile, à plus forte raison devons-nous croire qu’il le soit d’être polyglotte.Mais comment y parvenir?Quelles langues faut-il apprendre?Chacun peut suivre ses goûts et utiliser les ressources à sa disposition ; mais il est évident qu’il convient d’étudier de préférence les langues qui nous offrent un rendement plus sûr et plus prompt.Nous conseillerons en premier lieu l’étude des langues soeurs telles que l’italien, l’espagnol et le portugais, ces deux dernières surtout.L’espagnol est la langue la plus répandue dans le nouveau monde, après l’anglais.Elle nous assurera une entrée sur les marchés de dix-sept républiques américaines, sans parler de l’Espagne et des Philippines.Seul le Brésil, dans l’Amérique latine, parle le portugais.Or le portugais, n’étant qu’un dialecte de l’espagnol, la connaissance de cette langue peut donc beaucoup servir dans les pays où se parle la langue de Cervantès.L’espagnol sous quelque rapport qu’on le considère, mérite parmi les langues vivantes une place à part.C’était aux seizième et dix-septième siècles la langue que tous les lettrés se piquaient de connaître, à cause du haut degré de perfection de sa littérature, alors que les autres langues de l’Europe se trouvaient encore dans leur enfance.C’est la langue de l’éloquence et de la grâce, et sa littérature est très vaste.L’étude de l’espagnol n’est pas moins intéressante au point de vue commercial.C’est la langue officielle de vingt pays, dont dix-sept dans l’Amérique latine.Il suffit de considérer la fertilité de ces contrées et LE PETIT CANADIEN 299 les riches productions qu’elles livrent au marché mondial pour comprendre tout le bénéfice qu’en pourrait tirer le Canada, s’il peut se persuader enfin qu’il a tort de faire des pays de civilisation saxonne l’unique comptoir d’échange pour ses produits.Tous ces pays d’Amérique sont anxieux de faire un commeroe plus étendu avec le Canada, et ce n’est pas pour d’autres motifs que plusieurs de ces Etats ont ici leurs consuls, leurs agents consulaires.H est reconnu que les Anglais sont de fort mauvais polyglottes.Ils ne sont pas à redouter sur ce terrain.C ’est donc aux Canadiens français qu’il incombe de répondre aux aspirations des républiques soeurs en apprenant la langue de ces pays pleins de promesses.Aux Etats-Unis on a compris l’avantage qu’il y a d’étudier les langues étrangères, et la république voisine a maintenant ses cours d’espagnol, même dans renseignement primaire, en plusieurs endroits.'Les traits de ressemblance entre l’espagnol et l’italien facilitent l’étude de Vidiome gentil, la langue du Dante; l’italien est la langue de la poésie et de la musique, et sa littérature est plus riche de poètes que d’orateurs; mais elle s’enorgueillit de posséder deux des grandes épopées.Il est assurément plusieurs autres langues que notre intérêt sinon notre agrément devraient nous induire à étudier: telles le russe, l’allemand, le japonais.Mais il me semble qu’avant de nous tourner vers les régions lointaines pour faire commerce, il est plus dans l’ordre de vouloir échanger avec nos voisins du continent.Pour nous, les seules langues nécessaires dans toute l’Amérique, ce sont l’anglais, l’espagnol, et le portugais.Les pays de l’Amérique latine sont désireux de nouer avec nous des relations commerciales étroites.Si nous voulons aller à eux, il est indispensable d’apprendre leurs langues.N’oublions pas que la communauté d’origine nous rend la chose très facile.Jeunes Canadiens français, tirez profit de ces avantages.Livrez-vous sans retard à l’étude des langues étrangères, surtout des langues néolatines.Le Canada devient de plus en plus autonome dans le domaine commercial et l’heure vient où il cherchera d’autres débouchés pour ses produits.L’étude de l’espagnol permettra de faire plus ample connaissance avec les riches républiques américaines du Sud, dont nous ignorons presque tout.Et cette connaissance établira qu’il est dans le monde d’autres puissances économiques que les seules contrées de l’Europe occidentale.Casimir Hébert, consul du Pérou. 300 LE PETIT CANADIEN LE CARACTÈRE DU PEUPLE MARTYR D*après le R.P.Dagnaud De nouveau, Acadiens et Canadiens français ont fraternisé dans la soirée du 16 octobre, sous les auspices de notre Société.Conviant nos compatriotes à la soirée du réveil acadien, au Monument national, nous avions recherché un rapprochement plus intime entre les deux peuples canadiens au même sang et aux mêmes origines, mais si distincts par le caractère et toute une longue tradition historique.En cette circonstance, un Acadien de coeur, le Père P.-M.Da-gnaud, missionnaire eudiste, qui a consacré douze années d’apostolat parmi les Acadiens de la baie Sainte-Marie, a raconté des souvenirs sur la vie, les coutumes et le caractère de ce peuple martyr.Avec une fine observation des faits et des choses, le P.Dagnaud a dépeint au vif l’Acadien de nos jours : un méditatif, mélancolique un peu, et quelque peu rêveur.De prime abord, l’Acadien étonne l’étranger par la tristesse qui caractérise toute sa personne, tristesse instinctive, qu’il tient de ses ancêtres, les bons Bretons de la mer, ces perpétuels rêveurs du pays de France.En outre, il parle peu et doucement, comme un murmure, il affectionne le silence prolongé et sa pensée fuit, comme la fumée qui s’envole de sa pipe; avec lui, c’est une conversation de rêve.On dirait, à voir ce peuple tranquille, peu communicatif, que les hommes sont comme des amants malheureux et que les femmes sont toutes des Evangéline.Et à ce fait l’on apporte une raison: “ ils ont tant souffert.” Les événements malheureux de 1755 ont imprimé, en effet, une marque profonde sur le tempérament de l’Acadien, une influence qui se manifeste visiblement dans ses actes privés comme dans sa vie publique.Accablé par le souvenir des persécutions et des souffrances qu’il a endurées dans ses aïeux, l’habitant de l’Acadie médite sans cesse et réfléchit toujours.Il n’est point primesautier comme nous, qui avons toujours un mot pour rire; lui n’a jamais de trait d’esprit à lancer, et sa conversation est toute simple, mais pleine de bon sens.Parce que méditatif, l’Acadien est un artiste, et artiste jusqu’au bout des ongles.Il soigne sa personne, il orne sa demeure, comme on entoure un bijou d’un écrin soyeux.Et le P.Degnaud nous invite à pénétrer dans sa maison, disposée comme une villa, avec un goût exquis ; on y rencontre d’abord une hospitalité des plus bienveillantes et qui a une saveur que l’on rencontre peu chez les autres peuples.Tout l’intérieur est disposé avec ordre et une propreté de cristal ; au salon, où la gentille Acadienne convie ses visiteurs, rien de luxueux ne frappe l’oeil, mais instinctivement les regards se portent sur de multiples tapis croche- LE PETIT CANADIEN 301 tés et peints qui couvrent le parquet.Ces tapis sont des merveilles de talent : dans l’agencement des couleurs, la disposition du tableau, on voit courir les doigts agiles de l’Acadienne qui, artiste jusqu’au bout des ongles, possède son art comme une seconde nature.A l’occasion de la fête d’ouverture du collège classique de la Pointe-de-l’Eglise (Church Point), rappelle le P.Dagnaud, un vaste tapis représentant le collège, ornait le sanctuaire.L’évêque célébrant le remarqua et s’étonna de la parfaite disposition des formes et des couleurs : ‘4 Mais ce sont toutes nos Acadiennes de la paroisse qui l’ont fabriqué ”, répondit le Père, et Mgr de lui répliquer: “ Allez leur crier toute mon admiration pour leur talent merveilleux.” “ Ici, dans les campagnes québécoises, les granges sont énormes et les demeures petites,dit le conférencier.En Acadie,vous voyez de petites granges et des maisons de cultivateur qui sont de véritables villas.Les tons ne sont pas criards, mais presque éteints.Si on pénètre dans l’intérieur, on voit un grand tapis qui n’a rien de remarquable; mais recouvert de petits tapis qui sont de petites merveilles de l’art.Pour la fabrication de ces petits chefs-d’oeuvre, la première opération est la teinture de la laine, dont les couleurs vont du rouge au violet, avec des nuances imperceptibles.” Les hommes ne le cèdent point à leurs compagnes ; ils possèdent des talents naturels, que l’occasion seule peut faire fructifier: ils sont architectes, sculpteurs, dessinateurs, selon l’inspiration du moment.Ainsi, le P.Dagnaud avait requis les services d’un Acadien pour construire une chapelle; il fallait faire des économies, et souvent l’économie et la beauté de la construction entraient en conflit.Le manoeuvre s’en tira à merveille; imitant les modèles que le Père lui proposait, il exécuta des dessins étonnants, entre autres des chapiteaux superbes, qui ornent aujourd’hui la chapelle.Comme traits de leur hospitalité, le conférencier rappelle le mot d’une Acadienne, qui lui disait d’un étranger qui était installé chez elle, depuis une semaine: “ Il a l’air d’être si chez lui que l’on n’ose pas lui dire de s’en aller ”.Et cet autre qui, le soir, en parcourant sa cuisine, avant de se coucher, heurta un poids lourd près du poêle, et qui s’en retourna paisiblement se coucher après avoir constaté que c’était un Anglais, surpris par une tempête de neige, qui s’était enroulé près du feu.C’est ainsi que les Acadiens traitent les descendants de leurs tyrans.Le conférencier observe que les Acadiens primitifs, longtemps seuls et abandonnés, avaient conservé leur foi robuste, et qu’ils étaient restés fidèles à leur Dieu, sans même voir de piètres pendant des années.De cet attachement extraordinaire, les Acadiens ont gardé une foi inébranlable en la Providence, et, quoi qu’il arrive, ils disent toujours, au milieu 302 LE PETIT CANADIEN des plus grandes misères: “ Le Grand Maître d?En-Haut ne veut pas !” Aussi, les Acadiens, comme groupe, n’ont jamais apostasie, même au temps de leur dispersion dans les colonies américaines ; mais, malgré cette foi vive, les vocations sacerdotales sont peu nombreuses, parce que les Etats-Unis voisins ont quelque peu déteint sur eux.Ces gens accomplissent leur rôle dans le pays acadien, un rôle bienfaisant: avec leurs moeurs profondément catholiques, ils agissent comme ferment de vie, au milieu de la liberté de moeurs qui les entourent.L’Acadien vivra sa vie paisible et simple à côté de son frère d’honneur, du Canada et de son frère de coeur, de France.• • • UNE ‘ COURVEE ” DANS LES BOIS-FRANCS On était au dernier jour de mai de l’aimée 1852.Le soleil disparaissait au loin, derrière les épais taillis de la forêt, et filtrait ses derniers feux à travers les hautes frondaisons qui encerclaient la petite colonie de Sainte-Julie, devenue maintenant le coquet village de Laurierville.Des lueurs dorées s’épandaient mystérieusement sur les cabanes de bois rond, couvertes de terre ou de chaume, et dressées çà et là, le long des massifs de noyers, de hêtres majestueux et de pins gigantesques, qui avaient été les seuls maîtres des Bois-Francs, pendant un nombre indéfini de siècles.Un sentier raboteux, bordé de broussailles, formait la rue principale; un peu plus loin, s’étendaient les champs d’orge, de seigle, de pommes de terre et de sarrasin des pauvres pionniers.Une vache toute noire et deux rousses étaient affalées à l’ombre d’un orme séculaire, et quelques chevaux prenaient leurs ébats près des troncs calcinés, à la lisière de la forêt.La chaleur du jour venait de tomber, et la brise du soir, saturée d’émanations printanières, versait un peu de fraîcheur dans l’atmosphère.Au bout de la rue principale s’élevait une pauvre ébauche de chapelle que les colons, depuis une semaine, avaient commencé de construire, en l’honneur de Monseigneur Turgeon qui faisait, cette année-là, sa première visite pastorale dans les Bois-Francs.L’air retentissait de coups de marteaux et de rires sonores.Ils étaient une vingtaine d’hommes qui travaillaient à la courvée.Tous gaillards robustes, vêtus d’un pantalon à bavaloise et d’un froc d’étoffe du pays, chaussés de bottes sauvages et coiffés de chapeaux de foin que les femmes confectionnaient à la maison. LE PETIT CANADIEN 303 Le rustique monument était presque achevé.Il consistait en un carré de pièces de bois rond superposées, solidement enchevêtrées aux extrémités, et dont les joints étaient calfeutrés d’étoupe.Ce carré était couronné d'un pignon, que trois jeunes gens couvraient en bardeaux.L’un de ces gars, Pierre Laurendeau, un grand garçon à l’oeil noir et à l’allure dansante, égayait ses camarades par des couplets de chansons.Quand j’étais de chez mon pore, digue dindaine.Jeune fille à marier, digue dinde.Jeune fille à marier, {bis) — T’es ben en joie, Pierre, lui cria Norbert Savoie, qui était venu de Somerset pour aider à la courvée et qui ajustait, en ce moment les croisées de la chapelle.Ça regarde mal, ea, tu sais.Quand on a l’air heureux comme ça.ça doit être parce qu’on a de l’amour au coeur.— J’irai jouer du violon à tes noces, Pierre, continua Guillaume Regimbai, un grand homme au teint basané et à l’expression chafouine, qui posait à l’édifice une porte de noyer brut, ornementée d’une clenche de bois.— Vous jouerez aussi a nos noces, hein, répliquèrent deux autres gars qui clouaient, à tour de bras, les derniers madriers du perron.— Ah ! j’irai ben sûr, reprit Regimbai.Après que mes récoltes sont finies, c’est mon métier, moi ça, de courir les noces, voyez-vous, et de faire danser les cotillons et les quadrilles.L’année passée, j’ai été comme ça à dix-huit noces.Cinq à Somerset, six à Stanfold, quatre à Gentilly, et le reste par icite, pis, j’ai manqué de périr deux fois dans la savane de Gentilly.J’avais perdu mon vkylon dans la vase, et en le cherchant, je me suis enfoncé jusqu’au cou.pis j’ai passé la nuit comme ça.Par chance, que Beauchesne de 'Saint-Christophe s’adonnait à passer par là, au petit jour, il m’a sorti de ce bourbier.Bon Dieu, que j’étais raide!.pis j’avais presque plus formance d’homme tant j’étais abîmé de vase.— Et pis, votre violon ?.— Dame! Mon violon, en arrivant à la maison, je l’ai brossé, repeinturé, j’ai mis d’autres cordes, pis j’ai couru ben d’autres noces avec, depuis ce temps-là, dit Regimbai, en laissant tomber son marteau.Et harassé de fatigue, il alla s’allonger sur les marches du perron.A l’intérieur, une dizaine d’hommes, avec des planches brutes, achevaient d’improviser le balustre et les bancs.Il n’y avait pas de chaire ni de clocher à cette humble chapelle, car ce n’était qu’un temple provisoire, en attendant qu’on construisit la première église de Sainte-Julie./ 304 LE PETIT CANADIEN Antoine Comtois, un homme robuste aux favoris fauves, en bras de chemise de toile du pays, venait de finir un banc un peu plus pompeux que les autres.— Tiens, François Rousseau, dit-il, en interpellant un gaillard aux yeux bleus et à la figure joviale, qui était occupé plus loin à fabriquer un confessionnal, j’ai fini le banc d’oeuvre, et tu vas être notre premier marguillier.— Je le mérite pas plus que les autres, répondit François.— Ah ben, par exemple, firent les autres travailleurs, comme manière de protestation.— Ça fait cinq ans, que Monsieur Dufour vient dire la messe chez vous, dit Benjamin Paquet, un petit homme à l’air rabougri qui allumait sa pipe avec du tondre et un bat-feu.Quel borda, mon Dieu, de vider tous les mois ta maison et de préparer tout ça.— J’étais content, dit François, le visage subitement illuminé.Ce qu’on fait pour le prêtre c’est pas perdu.Le bon Dieu qui descendait dans ma maison, a fait prospérer mes entreprises.Sais-tu, Antoine, que ça va faire sept ans à la Saint-Michel qu’on est arrivé dans les Bois-Francs ?.— Oui, sept ans, reprit ce dernier, devenant rêveur.C’était dans l’automne que le défunt curé Bélanger et Ambroise Pepin sont morts dans la savane de Stanfold.— Ça demandait du courage, hein, remarqua Benjamin Paquet qui fumait toujours sa pipe, de laisser ainsi la femme, pis de partir avec la hache à la main et un sac de provisions sur le dos, pour s’en venir au milieu du bois.Pis pas moyen, ajouta-t-il en baillant caverneusement, de donner de nos nouvelles à la parenté qui aurait pu toute trépasser sans être capable de nous le faire dire.Les autres ouvriers qui suivaient ce dialogue, ralentissaient leur travail, obsédés par ces souvenirs du passé.Dans le choeur, quelques femmes, vêtues d’une jupe de droguet, d’un mantelet d indienne et coiffées d’une câline blanche, venaient de couvrir de draps blancs une charpente que François Rousseau avait dressée pour l’autel.Une Madone était placée au sommet, et les pieuses femmes étaient en train maintenant d’orner cet autel, de guirlandes de feuillage et d’une dentelle blanche que Rose, la femme de François, avait tricotée durant l’hiver.— Ma pauvre Josephte s’est bien ennuyée, la première année qu’on était par icite, continua Antoine, qui ramassait les clous tombés sur le plancher.Pas vrai, Josephte ?. LE PETIT CANADIEN 305 — Oui, le premier jour de l’an qu’on a passé par icite, c’était pas drôle, dit Josephte à sa compagne.Pas de messe, un fret à tout casser, rien qu’une grillade de lard à manger, pis je m’ennuyais pour mourir.je pensais à ma pauvre défunte mère qui pleurait tant, quand j’ai quitté Saint-Barthélemy.j’avais pas entendu parler d’elle depuis trois mois.— Et la pauvre femme s’essuyait les yeux avec le coin de son tablier.Les autres avaient le coeur trop gros pour pouvoir proférer une parole.Elles pensaient, elles aussi, à leurs débuts qui avaient été très rudes.— Ah ! c’est pas rien de laisser des belles paroisses comme (Saint-Michel et pis SaintJCharles pour s’en venir rester sur des terres neuves, reprit Rose, une jolie blonde aux traits candides, qui étendait sur le parquet du choeur de belles catalogues blanches.— Pis, d’élever une grosse famille avec tant de misère, continua la femme de Benjamin Paquet.— Ah oui, Seigneur! exclama Benjamin qui l’avait entendue.Mais quand on s’aime, s’écrièrent les autres femmes, redevenues subitement joyeuses.c’est ben du trouble.mais il faut ben faire quelque chose pour gagner le ciel.Mariann* s’en va-t-an moulin, (bin) C’est pour y fair’ moudre son grain, (bis) A cheval sur son âne, Ma p’tit’ manzell’ Marianne, A cheval sur son âne.Catin S’en allant au moulin.— Les jeunesses s’amusent, remarqua Antoine.—- Oui, c’est Pierre qui a le coeur en joie.C’est pas pour rien hein, Catherine, dit François, en s’adressant à une jeune fille aux joues roses et au franc sourire, qui rougissait de plaisir, tout en posant au balustre une nappe de “ toile du pays ”, blanchie par la lessive.Benjamin Paquet, assis sur un amas de madriers, fumait toujours sa pipe.— Savez-vous, dit-il, que les gros chars vont passer bien vite par icite.— Oui, répondit Antoine, on le crèra pas quand on n’aura rien qu’à s’asseoir sur des beaux bancs de velours, pour aller vendre notre sali à Québec.— Oui, continua François, ça sera plus drôle que de voyager à pied, a tiavers le bois, sans savoir si on va s’écarter ou ben si on va périr dans les savanes.Pis, porter ce sali là sur nos épaules, c’est ben dur.Je me suis brûlé le dos tant de fois comme ça, qu’il me chauffe encore terriblement, par bouts de temps.4 306 LE PETIT CANADIEN — Ah! si les ministres s’étaient fait bordasscr comme nous autres, dans ces ch*emins4à, reprit Benjamin, il y aurait longtemps que les gros chars passeraient par icite.— Ah oui, ben sûr, firent les autres.Et les réminiscences se succédaient en même temps que les coups de marteaux retentissaient drus et saccadés.— Pis on était ben chanceux pour commencer, dit Antoine, quand on pouvait avoir des provisions pour ce sapré sali.Les deux premières années que j’étais par icite, on a hiverné avec not’ tinette de lard, pis le printemps, on avait rien que de la galette de sarrasin à manger, pis de la soupe aux racines.— Nous autres pareil, répliqua François, ça faisait un carême long, mais il faut ben faire pénitence.— Tout juste, tout juste, approuvèrent levS autres ouvriers, qui, leur besogne terminée, ramassaient les marteaux et distribuaient à qui de droit les haches, les varlopes et les scies.Par clerrièr’ chez ma tante Y a-t-un tx)is joli.Le rossignol y chante Et le jour et la nuit.C’était Pierre, qui entrait en fredonnant ce couplet.Il venait d’apercevoir Catherine et voulait attirer son attention.Il était suivi de ses camarades qui reprenaient en choeur, avec des rires bruyants : Gai Ion la, joli rosier Du joli mois de mai.— Eh ! que c’est beau, dedans ! dit Norbert Savoie.— Des beaux banc, s’écrièrent les compagnons de Pierre.— Ah “ la belle autel ”, y a rien que les femmes qui peuvent faire des fantaisies comme ça, exclama Guillaume Regimbai.Et ses yeux s éclairèrent d’une lueur de malice.Il venait d’apercevoir Pierre qui se faufilait auprès de Catherine.— Eh ben, on a fini notre courvée, toujours, firent-ils tous ensemble.— Oui, ça fait huit jours qu’on travaille pour le bon Dieu, à c’t’heure on va travailler chacun pour nous autres, dit Benjamin, qui enlevait, à l’aide d’un vieux balai le bran de scie et les bouts de planches sur le parquet.— La prochaine courvée ça sera probablement pour bâtir une école, continua François, aidant les autres à tout remettre en ordre. LE PETIT CANADIEN 307 — Ça sera pas de sitôt qu’on va avoir une école, remarqua Josephte.—Ah î pour bûcher dans le bois, pas besoin de savoir lire, reprit Antoine.— Ça nuit jamais l’instruction, dit Rose.— Si on peut seulement avoir un curé résidant avec nous autres, on fera une courvée pour bâtir son presbytère, continua François.— Ah oui ! firent-ils tous ensemble.— Pis, quand on aura une belle église, une vraie, s’écrièrent les femmes.— Dans tous les cas, not’ misère est pas mal passée à c’t'heure, conclut Benjamin qui furetait partout en mâchonnant du tabac.— Ah oui! répondit François, dans tous les cas, on va avoir le bon Dieu avec nous autres, pis la messe tous les quinze jours.Guillaume Regimbai, qui avait jeté son froc sur le banc d’oeuvre, était en bras de chemise d’étoffe rouge, et se mouchait avec fracas dans un grand mouchoir d’indienne brune, tout en surveillant Pierre et Catherine qui chuchotaient dans un coin.— Je savais pas que t’étais icite, disait Pierre à Catherine.— Ah! tu le savais ben, répondit Catherine câlinement.Sais-tu, Pierre, que ça fait un an aujourd’hui qu’on s’est parlé pour la première fois.— Oui, c’est vrai, on s’était rencontré, près de la croix où on allait faire le mois de Marie, l’année passée, continuait Pierre, devenant rêveur.— Oui, pis on était allé ramasser des petites fleurs le long du bois.je me rappelle de tout, dit Catherine, enveloppant Pierre d’un regard amoureux.— T’es donc fine, Catherine, s’écria Pierre, lui saisissant la main.Regimbai de loin, la moustache frémissante, ne perdait pas un mouvement et, à la dérobée, il se glissait auprès de Pierre et de sa blonde, pour tout entendre.— Ah! que c’est beau l’amour, leur cria-t-il, avec un sourire narquois, le temps des amourettes, voyez-vous.— C’est le dernier jour du mois de Marie aujourd’hui, on va dire le chapelet avant de partir, interrompit François, en s’avançant majestueusement.— Ah oui! approuvèrent les autres, dix minutes, ça nous retardera toujours pas tant.Et la tête respectueusement découverte, les braves colons s’agenouillèrent, avec les femmes, le long du balustre et près des bancs, aux pieds de la Madone.Rose, d’une voix douce, entonna : 308 LE PETIT CANADIEN Je mets ma confiance, Vierge en votre secours ; Servez-moi de défense, Prenez soin de mes jours.Et à pleins poumons, tous chantèrent le refrain : Et quand ma dernière heure Viendra fixer mon sort, Obtenez que je meure De la plus sainte mort.Les derniers sons du cantique s’éteignaient dans la modeste voûte, quand François, d’une voix solennelle, commença à réciter les Ave ; les autres, égrenant dans leurs mains calleuses des chapelets de bois, répondaient sur le ton de la psalmodie.Tous ces bons paysans semblaient saisis d’un profond respect, à la pensée que le Dieu de l’Eucharistie allait bientôt descendre dans ce sanctuaire.Au dehors, la paix du soir tombait doucement du ciel bleu.Le soleil couchant embrasait l’horizon et inondait, d’une orgie de lumière, les hautes futaies que la brise caressait mollement.Des ombres rougeoyantes s allongeaient sur la route et empourpraient le chaume des maisonnettes.Puis, au fond du crépuscule, la lune s’irisait comme une opale et versait sur cette soirée de printemps la sérénité des cieux.Des flots de lumière mourante ruisselaient aussi sur le pauvre temple.A l’intérieur, de fuyantes clartés roses voilaient la rusticité des murs et des bancs, et enveloppaient de mystère et de couleurs irréelles tous ces humbles, au teint halé, qui dissimulaient sous une apparence un peu fruste de si grands coeurs et de si belles âmes, et qui priaient toujours, prosternés aux pieds de la Vierge Marie.Les Bois-Francs sont maintenant l’une des régions les plus florissantes de la province de Québec.Ils comptent plusieurs villes coquettes et intéressantes, et ont donné plus d’un grand homme à la Patrie.Cette partie du pays, qui devait être un château fort pour les Anglais, est devenue un nouveau rempart pour l’étonnante race française d’Amérique, grâce au labeur et au courage de ces vaillants défricheurs, qui dorment maintenant dans les cimetières des Bois-Francs et qui furent de grands patriotes, des héros sublimes sans le savoir.Anne-Marie Turcot. LE PETIT CANADIEN 309 LE CONCOURS LITTÉRAIRE DE NOTRE SOCIETE Terminé le 20 octobre, notre troisième concours a fait affluer un nombre imposant de travaux: quarante-deux.M.Tabbé L.-A.Desrosiers, MM.E.-Z.Massicotte et Aégidius Fauteux en sont les juges.Leurs noms sont une garantie de la justesse de l’appréciation qu’ils ont faite de tous ces travaux.Voici les titres et pseudonymes des manuscrits vainqueurs : 1er prix: Profils de saints.— Jean des Bois.2e — Le premier abatis.— France d’abord.3e — La grande aventure du sieur de Savoisy.— Jean de [ Montsoreau.4e — La voix des drapeaux.— Jean Drapeau.5e — Pierre Le Moyne d’Iberville.— E.des Fougères.1ère mention: Une expédition vers le lac Supérieur.— Emiiæ Madelein.2e — Talon et Tracy à Villemaric.— Hardolin.3e — Les derniers lys de France.— Rotalier.Il reste à identifier les vainqueurs.A cette fin, les intéressés voudront bien se conformer à la quatrième règle des instructions que nous rappelons ici : 4 — Les manuscrits devront être signés d’un pseudonyme seulement.Le jury fera connaître son choix en publiant ici même les titres et les pseudonymes des travaux primés ou qui auront mérité une mention honorable.Dans les quinze jours suivant la publication de ce rapport, les concurrents devront prouver qu’ils sont les auteurs des travaux primés ou mentionnés, en faisant parvenir au Secrétariat de la Société leurs nom et adresse mis à la suite du premier paragraphe de leur manuscrit.En s’abstenant de remplir cette condition dans le délai prescrit, les concurrents verront leur travail déclassé, pour l’avantage des travaux suivants dans l’ordre de mérite.I/e rapport du jury paraîtra dans le Petit Canadien de novembre.Notre Société se réserve le privilège de publier dans cette revue d’abord les travaux primés et ceux qui auront obtenu une mention honorable.Les autres manuscrits seront retournés aux auteurs qui en auront fait la demande.La Rédaction. 310 LE PETIT CANADIEN NOUS VIVRONS ! Les Anglais peuvent être convaincus que leur utopie ne se réalisera jamais.Ni eux, ni leurs enfants, ni leurs arrière-petits-enfants ne verront l'anéantissement de la race française en Amérique.Mais ce que leurs descendants verront, c’est un spectacle tout différent: ils verront la race française, fortement retranchée dans la province de Québec, étendre rapidement ses conquêtes pacifiques à toute la partie nord-est de l’Amérique septentrionale.Tardivel.Ces paroles du grand polémiste sont d’une passionnante actualité, on ccs jours où nos ennemis s’attaquent furieusement aux nôtres, en Ontario.La longueur et les difficultés de 'la lutte n’ont fait qu’augmenter le courage des Canadiens français de la province voisine.Confirmant une fois de plus la prédiction de l’illustre fondateur de la Vérité, ces frères viennent de donner deux magnifiques exemples de l’existence de plus en plus vigoureuse de notre race dans ce Haut-Canada colonisé par nos ancêtres, arrosé du sanag de nos martyrs et imprégné des sueurs de nos apôtres et de nos héros.• • • M.Samuel Genest, président de la commission des écoles séparées d’Ottawa, donne à tous ses compatriotes le modèle d’un patriotisme vrai, religieux, ne reculant jamais d’un pouce devant l’oppresseur.Vigoureux, les épaules larges, portant une tête remarquable d’énergie et d’intelligence et dont les traits généraux rappellent d’assez près ceux du Napoléon III de la meilleure époque, avec son nez sagace et sa forte impériale, M.Genest donne dans son extérieur une preuve de son inlassable ténacité et de sa force de volonté.En butte depuis huit ans aux attaquas des francophobes, harcelé de toutes parts, il continue son chemin, sans se soucier des aboiements des vulgaires émules que les chiens boches trouvent chez les Saxons d’Ontario.• • • Quand on assiste à de telles déterminations les doutes s effacent sur l’avenir de notre nationalité.Le patriote-curé de Verchères, M.l’abbé Barllargé, a raconté on ne peut mieux ce fragment de notre héroïque épopée.Il serait intéressant de savoir le nom de la petite Canadienne-fran-ç&ise d’Ottawa qui a lutté si vaillamment pour le français, contre les LE PETIT CANADIEN 311 hommes et les jeunes filles, commis aux bureaux de la compagnie des tramways de la Capitale.La fillette veut acheter un billet d’écolière; on le lui refuse, parce qu’elle le demande en français.On insiste; elle persiste.•Les jeunes filles commis la tournent en dérision; elle rougit de son sexe, mais elle tient bon.On la fait attendre; elle attend.Il y a là des wattmen, des conducteurs, un inspecteur de tramways.On l’invite à faire sa demande en anglais.— Non, ils me comprennent.On lui offre de l’argent si elle veut parler anglais; die refuse.Il est 5 heures; il est 6 heures; la brave enfant attend.Il est 7 heures; elle attend toujours.Il est 7 heures et 30, le bureau va fermer.La jeune fille qui parle français, sort sans billet.Devant cette nouvelle Madeleine de Verchères, inclinons-nous respectueusement et prenons la résolution de réclamer en tout temps et en tout lieu nos droits, tous nos droits et jusqu’à la moindre parcelle de nos droits.Albert Lacroix.LE CLERGE' FRANÇAIS DU DIOCÈSE DE DULUTH Il y a un mois, nous apprend l’Echo de l’Ouest, les paroissiens de Saint-Mathias (Minnesota) faisaient fête à leur curé, l’abbé A.-Pau! Lamy, qui célébrait ses vingt-cinq années de prêtrise.Le récit de cette fête n’aurait qu’un intérêt régional, s’il ne révélait un état de choses qu’il fait bon de constater, partout où les enfants de l’Eglise appartiennent à des nationalités diverses.Là, aussi bien qu’ailleurs, au lieu de contraindre le fidèle à entendre les évangéliques prescriptions dans un idiome qui ne lui est pas familier, le prêtre franco-américain, ne manque pas d’emprunter la langue du fidèle.Or, comme il se parle plusieurs langues dans Saint-Mathias, il y eut trois orateurs sacrés, aux noms bien français, chacun s’exprimant dans une langue différente, h’Echo de l’Ouest, publié à Minnéapolis, rapporte en effet que “ M.l’abbé A.Lamothe, curé de Little-Falls, prêcha en allemand; M.l’abbé J.Turbiaux, curé de Crosby, en anglais, et M.l’abbé Bouchard, curé d’Akeley et organisateur de la fête, en français.” Par ce qu’il laisse entendre qu’au diocèse de Mgr Ripley on ne tente pas d’asservir une race à l’autre, ce compte rendu fera songer plus d’un compatriote ontarien. 312 LE PETIT CANADIEN A PROPOS DE TIMBRES-POSTE Pas un mot de français sur le grand timbre-poste récemment émis pour commémorer le cinquantenaire de la Confédération.Et pourtant, notre presse française n’avait pas manqué d’exprimer à ce propos le si légitime désir de deux millions de citoyens.Visiblement, on s’obstine à priver notre élément de la part qui revient à sa langue dans l’administration du pays.Le Canada moins soucieux de l’équité que l’Angleterre envers l’Egypte, envers les provinces de son empire des Indes, que l’Allemagne pour l’île d’Heligoland, que la Perse, que le Japon, que la Chine, que.l’Abyssinie! Protestons quand même et sans nous lasser jamais.Chacun de nous sait bien que le timbre-poste dit timbre de guerre est unilingue.Or, dans un archevêché de notre pays où c’est une tradition de protester contre les injustices de l’Etat envers le français, on a recours à un bien habile expédient pour montrer que l’on désapprouve ce parti pris dans l’ostrancition de notre langue.A l’aide d’un timbre en caoutchouc on place sur l’enveloppe une inscription qui encadre comme d’une bordure l’espace réservé au timbre-poste.Au centre de cette bordure on appose le timbre-poste officiel; et la lettre s’en va, portant autour du timbre officiel la légende qu’il devrait avoir: Taxe de guerre —war tax.Tant de délicatesse et d’ingéniosité aurait-il pu germer dans une cervelle saxonne?Et les philatélistes veulent enrichir leurs collections de ce timbre vraiment inédit.AFFICHES BILINGUES Admission free.Alarm .Bar room.Bargain day.Beds .Boarding house.Brewery .Broker .Brush store.Cabinet making.Carriage making Carter .Cash .Entrée libre.Avertisseur d’incendie.Buvette.Jour d’occasions.Literie.Pension de famille.Brasserie.Courtier.Brosserie.Ebénisterie.Carrosserie.Charretier.Caisse. LE PETIT CANADIEN 313 Chief office.Siège social.Cigars .Cigares.Cloth store.Confections.Cocks and valves.Robinetterie.Cold drinks.Olacier.Collector.Agent de recouvrements.Collection .Recouvrements.Confectionery.Confiserie.Custom house.Douanes.Dairy .Vacherie, laiterie.Departmental store.Grand magasin, magasin à rayons.Dogs not allowed.Chiens exclus.Dress maker.Couturière.Elevator .Ascenseur.Elevator (freight).Monte-charge.Express Co.Messageries.Express^ par.Grande vitesse.Fire station.Caserne.Fishes .Poissonnerie.Etienne Blanchard, p.s.s., Eglise Saint-Jacques, Montréal.BIBLIOGRAPHIE Le Manitoba.— Vers les belles terres.— Tract de 32 pages, avec illustrations, publié par 'SI.Louis Kon, surintendant de l’Immigration et de la Colonisation du Manitoba, avec l’approbation de l’hon.Valentine Winkley, ministre de l’Agriculture et de l’Immigration.— Winnipeg, 1917.Le 2 juin dernier, le Comité de Colonisation du cercle La Véren-drye, de l’A.C.J.C., adressait à M.Louis Kon, surintendant de l’Immigration et de la Colonisation du Manitoba, une lettre exposant l’urgence et l’opportunité de 11 canaliser vers nos fertiles plaines le trop plein des “ vailles paroisses de l’Est et d’activer plus que jamais le recrutement “ aux Etats-Unis, où trop de milliers des nôtres, faits pour la terre, s’en “ vont tous les ans donner leurs bras aux usines américaines.” La réponse fut favorable, M.Kon répondit qu’il serait “ heureux d’agir en 314 LE PETIT CANADIEN tout temps de concert ” avec ce comité, “ afin de stimuler T immigration de colons de langue française des provinces de l’Est et des Etats-Unis” dans cette province.C ’est de cette idée et de cette bonne entente qu est né le joli tract, rédigé en si bon français, que le cercle La Vérendrye, de l’A.C.J.C., s’efforce de répandre chez nous.Auriez-vous décidé de ne jamais aller vous établir au Manitoba, qu il vous serait d’abord très utile et ensuite, très intéressant de lire ces trente-deux pages remplies de renseignements sur les ressource et les avantages de cette province et de témoignages de satisfaction de quelques-uns des nôtres qui prospèrent lù-bas.Le Manitoba peut disposer encore de 25 000 000 d’acres de terre non défrichée; il jouit d un climat sain, d un sol fertMe et d’une al>ondanee d’eau.Les produits de la terre se vendent bien; l’industrie laitière y prospère; c’est un endroit avantageux pour l’élevage; on peut s’y établir à une distance relativement faible des chemins de fer; enfin, le colon français peut y vivre avec une organisation paroissiale aussi complète que la nôtre.De plus, les difficultés d’établissements du colon sont très réduites.Conseillons donc la lecture de ce tract à ceux de chez nous qui ne veulent pas de nos belles régions de colonisation ou qui sont sur le point de “ traverser les lignes Lisons-le nous-mêmes plutôt, et renseignons-les, de crainte qu’ils nous quittent sans savoir qu’ils pourraient nous rester tout en y trouvant leur avantage.L.G.La comptabilité bilingue.— Par M.Alfred Verreault; brochure de 32 pages; de l’imprimerie du Droit; chez l’auteur, rue Wilbrod, 225, à Ottawa, au prix de 25 sous l’exemplaire, 28 sous franco, et de $2.40 la douzaine.M.Alfred YerrauTt vient de publier un opuscule qui rendra un inappréciable service aux élèves de nos collèges commerciaux et de nos académies: La comptabilité bilingue.C’est un fait connu, et que tous nous déplorions, que la tenue des livres se faisait en anglais dans la plupart de nos maisons d’enseignement.On invoquait pour cela divers prétextes: les jeunes gens, futurs comptables, iraient pour la plupart dans des maisons anglaises; la tenue des livres est plus facile en cette langue, bref, les affaires se font en anglais.On entrevoit les dangers que faisait courir un tel courant d’opinion.Mais la véritable raison, c’est que nos hommes d’affaires, ignorant les véritables expressions françaises de la comptabilité, demandaient à leurs commis de la faire en anglais. LE PETIT CANADIEN 315 Cette lacune vient d’être comblée par la brochure de M.Verreault.La comptabilité bilingue contient plus de mille termes de la tenue des livres moderne — anglais avec français en regard.Il sera désormais facile à nos éducateurs de donner à leurs élèves la véritable expression française et, à ceux-ci, de l’employer couramment avec l’équivalent anglais.Ce patient travail de M.Verreault contribuera aussi à enrichir notre vocabulaire de termes justes, et pour cela l’auteur mérite la reconnaissance de tous ses compatriotes.E.M.CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE VOULOIR, TEST POUVOIR Qui veut ta fin veut les moyens; c’est un vieux, mais toujours vrai dicton, et l’expérience nous le démontre chaque jour.Nous en avons une preuve évidente dans les nombreuses organisations industrielles, manufacturières et commerciales, dans les unions ouvrières qui existent pour l’avancement et la protection de leurs membres.C’est l’union qui fait la force, et 1 individu qui s’aviserait de tenir tête à de telles associations serait sûr d’être vaincu.Je peux et je veux ; celui qui veut vraiment réussir devrait se répéter souvent ces paroles; il devrait le faire en se rappelant qu’il existe une grande différence entre désirer une chose et la vouloir.Ce que nous appelons la chance n’existe pas; tout dépend de ce que nous savons profiter des occasions; car tous les hommes sont pétris de la meme matière et tous sont dotes d’une certaine force et d’une certaine intelligence.A ce propos, ne direz-vous pas, dans quelques années, en parlant de ceux qui seront pensionnaires de la Caisse Nationale d’Economie : “ Us sont chanceux ! ” Mais, ami, la même chance vous est offerte, 1 occasion frappe à votre porte, la laisserez-vous passer ?N’a-t-il pas été dit: Aide-toi, le ciel t aidera”; c’est-à-dire décidez aujourd’hui si vous devez avoir des rentes dans votre vieil âge ou si vous n’en voulez pas.A vous de choisir si vous devez habituer vos petits enfants à l’épar-gne, en prenant pour eux un livret à la Caisse Nationale d’Economie, ou si vous devez les laisser à la merci de l’imprévoyance et de la prodigalité.Vous pouvez devenir membre de la Caisse Nationale d’Economie, vous le pouvez si vous le voulez ; elle vous attend, elle a des classes appropriées à toutes les bourses et à tous les salaires; elle ne veut ni même ne peut refuser votre demande d’admission. 316 LE PETIT CANADIEN Cultivateurs et ouvriers, qui gagnez honnêtement votre pain de tous les jours, sachez profiter de l’occasion qui s’offre par cette sage institution.Pères d’une nombreuse famille, qui vous plaignez peut-être de ne pouvoir rien laisser à vos enfants, faites-leur prendre un livret de la Caisse Nationale d’Economie, et vous leur aurez donné plus peut-être que vous n’avez légitimement amabitionné de faire jusqu’à ce jour.Gens des campagnes, gens des villes, soyons des prévoyants, prenons le meilleur moyen qui s’offre de faire l’avenir de nos enfants et d amasser des rentes pour nos vieux jours.Canadiens français du Québec, cette Caisse Nationale d’Economie e^t prospère et fait honneur à la race qui la compte au nombre de ses institutions, et ce vous est un devoir de lui accorder votre patronage, de préférence à toutes les autres sociétés étrangères ; elle a été fondée par les nôtres et pour les nôtres, et elle tient ses promesses.(Communiqué.) TABLEAU D HONNEUR DES ORGANISATEURS PERMANENTS Inscriptions du mois de septembre 1917 Moyenne par semaine 1 Désiré Buisson 2 J.-A.Beauparlant 3 Raoul Cousineau 4 J.-I.Piché 5 J.-F.Côté 6 L.Corriveault 7 V.Laframboise 8 Albert Thinel 9 E.Rousseau 10 J.Boucher 11 O.de Lottinville 12 W.Pitre 13 Ernest Talbot 1 Désiré Buisson 2 Raoul Cousineau 3 J.-A.Beauparlant 4 Albert Thinel 5 W.Pitre 6 V.Laframboise 7 J.-F.Côté 8 J.-I.Piché 9 Ernest Talbot 10 E.Rousseau 11 O.de Lottinville 12 L.Corriveault 13 J.Boucher A L’HONNEUR : M.Désiré Buisson, qui vient d’acquérir le record pour l’inscription des nouveaux membres en une semaine.M.J.-I.Piché, pour l’inscription en une semaine de sept membres, classe “B”, dont les contributions ont été acquittées pour les 20 ans.J.-Artiiur Dubé, Directeur du Recrutement. LE PETIT CANADIEN 317 CAISSE NATIONALE D’ÉCONOMIE BILAN DU MOIS DE SEPTEMBRE 1917 : RECETTES : Balance au 31 août 1917.Versements Classes “A” “B” “ C ” “ D’* “ E ’ .
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