Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899, 1 mars 1918, Mars
Vol.IS MONTRÉAL, MARS 1918 No 3 Le Petit Canadien Organe de la Société Saint - Jean » Baptîet* de Montréal SOMMAIRE PAGB8 Les oeuvres de la Société Saint-Jean-Baptiste .Le pape, arbitre de la paix.Le 11 bon français ”.L’exode des campagnes.La langue des affaires : résultat du 3e concours Pensons à la terre.L’activité du secrétariat en 1917.L’enseignement antialcoolique.Puissance de l’épargne.A propos de gages.Si nous différons des autres peuples ?.A quelque chose malheur est bon.Livres de chez nous.Pour le prestige des nôtres.Victor Morin Abbé Philippe Perrier J.-Albert Savignae Docteur T.-A.Brisson Etienne Blanchard * * * Le chef du secrétariat Les Clercs de S.-Viateur Alphonse Desjardins Jean Canadien A.H.Etienne Blanchard * * * * * * 65 68 71 75 75 78 79 82 83 84 85 86 87 88 LA CAISSE NATIONALE D'ECONOMIE Séance générale annuelle du 28 février 1918 .* * * Tableau d’honneur des organisateurs permanents J.-Arthur Dubé Les éditions de la Société.* * * Rédaction et administration : 296, rue Saint-Laurent, Montréal Abonnement annuel : Canada (Montréal excepté), 50 sous.Montréal et Etranger, 60 sous.Le Petit Canadien paraît vers le 25 de chaque mois.— Les abonnement* partent invariablement du 1er janvier.— Toute demande de changement d’adresse doit être accompagnée de 5 sous en timbres-poste. SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTREAL Grand aumônier: Monseigneur l’Abchevêqüe de Montréal.Président vénérai: Victor Morin, LL.D., notaire, 97, rue Saint-Jacques.1er Ftee-préeidenf général: V.-E.Beaupré, I.C., professeur, 676, rue Saint-André.2e Vice-président général: J.-B.Lagacé, professeur, 836, rue Saint-Hubert.Secrétaire général: Guy Vanier, LL.L., avocat, 97, rue Saint-Jacques.Trésorier général: Joseph Hurtubise, courtier, 2, place d’Armes.Directeurs: L’hon.L.-O.David, sénateur, Hôtel de Ville; — E.-P.Lachapelle, D.M., &67 ouest, rue Prince-Arthur; — Thomas Gauthier, courtier, 11, place d’Armes ; — Victor Doré, professeur, 214, rue Berri ; — J.-V.Desaul-niebs, courtier en immeubles, 11, place d’Ann es ; — Omer Héroux, journaliste, 43, rue Saint-Vincent ; — Arthur Courtois, notaire, 35, rue Saint-Jacques.Chef du Secrétariat : Emile Miller, bureau I, Monument national.Sous-chef du Secrétariat: Joseph Durand, bureau I, Monument national.Corporations filiales de ia.Société : Caisse Nationale d’Economie — Caisse de Remboursement — Compagnie du Monument national — Société Nationale de Fiducie. Le Petit Canadien ORGANE DE LA SOCIÉTÉ SAINT - JEAN - BAPTISTE X>TR aVEONTmÉJ-A-Ij Vol.15 MONTRÉAL, MARS 1918 LES (EUT R ES 1>E LA SOCIETE SAINT-JEAN-BAPTISTE Rapport nu Président général, au Congrès du 14 mars 191 s 4 messieurs les off iciers et membres du Congres gêna (il de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Messieurs les sociétaires, J’ai l’honneur de vous faire part des travaux du Conseil général de la Société Saint-Jean-ïîaptiste, au cours de l’année qui vient de s’écouler.L’activité du Conseil s’est surtout manifestée dans la revendication des droits de notre nationalité, principalement ceux de la langue française; vous avez été témoins des attaques sans cesse renouvelées auxquelles nous avons été en butte, et je puis vous assurer que le Conseil général de la Société Saint-Jean-Baptiste a fait tout en son pouvoir pour défendre nos droits menacés.Des représentations ont été faites auprès du gouvernement fédéra, sur les droits des Canadiens français; des observations et statistiques ont également été produites au gouvernement provincial, de même que des protestations à diverses municipalités et compagnies d’utilité publique réclamant l’usage de la langue française.Nous avons rencontré de précieux concours dans nos revendications, et l’appui spontané qui nous est venu de la part d’autres éléments de notre population, mérite toute notre reconnaissance.Nous devons faire mention spéciale des sympathies qui nous ont été manifestées et de 1 appui qui nous a été accordé par MM.John Boyd, de Montréal, Donald Downie, de Vancouver, Arthur Hawkes, de Toronto, J.-K.Foran, d Ottawa, ainsi que de notre compatriote, M.Alexandre Clément, de Londres.Angleterre, qui a déjà mis en voie une campagne de publicité destinée à détruire les calomnies dont les Canadiens français ont été les victimes, et qui est en mesure de faire beaucoup pour nous, sous ce rapport. r>ü LE PETIT CANADIEN Les groupements épars de nos compatriotes dans les diverses parties du Canada et aux Etats-Unis, ont été l’objet de notre sollicitude; notre appui à U Association d’Education de l'Ontario s’est manifesté comme par les années passées, et nous devons souligner le témoignage puMic que nous avons décerné à son digne président, M.le sénateur Landry, aux applaudissements de la population canadienne-française de Montréal, réunie au parc Lafontaine, le soir du 24 juin dernier.Nous avons délégué des représentants auprès de nos compatriotes des Etats-Unis, à l’occasion de la fête nationale, et nous devons mentionner spécialement la mission fructueuse du docteur Joseph Nolin chez nos compatriotes de Chicago et de Kankakee.Une grande part de notre sympathie est acquise à nos frères Acadiens; la délégation de la Société Saint-Jean-Baptiste, composée de 'MM.Hervé Roch, Joseph Hurtubise et C.-E.Gravel, qui a pris part à la fête nationale des Acadiens à Tracadie, au mois d’août dernier, les a réconfortés et leur a laissé de précieux souvenirs.Mais cette sympathie s’est manifestée surtout par le concours actif ^ue nous avons pris à la création d’un lieu de pèlerinage national à Grandpré, pour perpétuer le souvenir de la dispersion acadienne, et, par là, donner plus d’emprise à la survivance de cette race : la souscription importante d’argent que nous avons apportée à cette oeuvre nationale a fait faire un grand pas à la réalisation du projet de reconstituer le sanctuaire historique de ce village, comme centre du souvenir acadien.La diffusion de la pensée et de la langue française a reçu notre attention par la continuation des concours littéraires et historiques que nous avons inaugurés en ces dernières années.Aux deux volumes déjà publiés, nous en avons ajouté, cette année, un troisième, ayant pour titre Fleurs de Lys, qui contient les travaux primés par le jury de notre con-cours.Nous avons également publié d’autres oeuvres de moindre importance, destinées principalement à la propagande canadienne-française, et surtout à la colonisation.Cette propagande des études sur divers sujets a été accentuée par l’expansion donnée à notre revue, le Petit Canadien, dont le volume a doublé, et qui pénètre dans les principaux milieux intellectuels du pays.L’oeuvre de diffusion du livre français parmi les groupes disséminés au milieu de population de langue anglaise s’est continuée avec intensité; les témoignages que nous avons reçus à ce sujet, nous ont prouvé que cette oeuvre nationale était venue à son heure.La colonisation nous a semblé une des questions les plus importantes qui puissent s’imposer à l’attention de nos compatriotes, à l’époque actuelle, et nous avons constitué un comité chargé spécialement des oeuvres le petit canadien qui s'y rattachent.-U.L.-J.Rivet, appelé à la presideuee de ce comité, s’en est occupé activement; il s’est rendu jusqu en Abitibi pom enq ter et se documenter sur les moyens d’assurer le succès de cette oeuvre, compte aujourd’hui un collaborateur puissant, dans la P™ne teur T.-A.Brisson, qui a mis ses vastes connaissances en ce c ma service de notre comité.M.Hector Authicr, maire d’Ainos en Abi .bi, est venu nous exposer en séance publique, cette œuvre d interet nal à laquelle il se dévoue dans cette partie si intéressante de notre pio- vinee, récemment ouverte à la colonisation.Notre activité s’est également étendue à d autres spheres.: con- cert avec la Société historique de Montréal, nous avons prepare la celebration du 275e anniversaire de la fondation de Montréal, en mai dernier .les fêtes imposantes qui ont marqué cet événement sont perpétuées par la frappe d’une médaille commémorative, par la preparation de tablettes destinés à indiquer les principaux sites historiques de notre ville et par la publication d’un volume rappelant les origines de Ville-Marie.Nous avons remis en bonne voie le projet d’erection d un monument à la mémoire de Louis-Hippolyte Lafontaine, dont l’exécution, projetée par nos prédécesseurs, avait été laissée en suspens, par suite de circonstances défavorables; un comité a été formé sous la présidence du docteur Eudore Dubeau, pour en conduire l’exécution a bonne tin.La mémoire de la fondatrice de l’éducation à Montreal, a ete rappelée par l’inauguration du pare Marguerite Bourgeoys, grace a 1 initiative du Conseil général et surtout de la section Cavelier de la Salle de notre La Société Saint-Jean-Baptiste a également coopéré avec la SocitU* historique de Montréal pour mettre en voie la création d’une exposition d'œuvres artistiques destinée à jeter les bases d’une académie des Beaux-\rts en notre ville.Nous avons également favorisé l’avancement de 1 art lyrique, en offrant l’hospitalité et notre patronage aux sociétés qui ont récemment inauguré ce mouvement artistique à Montréal.Nous avons entretenu des relations importantes avec plusieurs personnages de France en mission officielle ou privée au Canada, et nous espérons que nos compatriotes se sont félicités d’avoir rencontre, au byet familial de la Société, MM.Duthoit, Flory, Dobelle, Veuillot et autres compatriotes de marque de la vieille France, avec qui nous avons échangé nos idées sur les problèmes qui nous intéressent mutuellement.Dans l’expansion des oeuvres filiales de notre Société, nous avons continué l’initiative des années passées.Le concours de recrutement des membres de la Société parmi les sections, durant l’année écoulee, a ete couronné d’un grand succès, et quatre drapeaux ont été présentes par e Conseil général aux sections qui se sont le plus distinguées sous ce rapport. LE PETIT CANADIEN Nas cours publics du Monumeut National continuent d’être très fréquentes, et pour répondre à la demande des sections, nous avons dû eu instituer de nouveaux.Ces cours sont encore sous la direction de M.J.-V.Désaulniers, dont la compétence est si bien établie.lia Caisse Nationale d’Economie, sous la direction de M.Arthur Gagnon, a été l’objet de notre attention particulière, en vue principalement de l’approche de la période fixée pour le service des rentes; nous avons établi à cet effet de nouvelles classes dont les sociétaires de la Caisse d’Economie nous sauront sans doute gré.Enfin, nous avons étudié la possibilité de réaliser le projet conçu, il y a quelques années, à l’effet de fonder, au profit de nos membres, un établissement qui leur offrirait un délassement pour le corps et l’esprit en même temps qu’il favoriserait la diffusion de nos oeuvres, et nous avons consulté à ce sujet les officiers des divers groupes de notre Société.Devant le partage des opinions sur certains aspects du projet présenté, notre Conseil n’a pas cru cependant, devoir prendre la responsabilité de continuer les pourparlers déjà engagés, et il a cru sage d’ajourner la considération de ce projet.Le Président général, Victor Morin.Montréal, 14 mars 1918.LE PA PE, ARBITRE BE LA PAIX Sous ce titre, M.Henri Bourassa a réuni les remarquables articles qu'il a écrits depuis le commencement de la guerre, pour faire écho à la voix du pape qui travaille à faire cesser le massacre actuel et rétablir l’accord entre les nations.11 a formé une brochure d’environ cent soixante pages, qui a reçu de la plupart des évêques de langue française au Canada les témoignages les plus flatteurs : à bon droit, on a vu là un hommage peu banal rendu au Souverain Pontife.Par la nature de ses fonctions, le pape jouit, en effet, d’un pouvoir international qui atteint tous les peuples, et d’une plénitude d’autorité juridique et moralisatrice qui peut établir sur la loi de Dieu et les influences de sa doctrine, le règne durable de la paix dans la justice et dans la charité.On a admiré une fois de plus la clairvoyance et le courage du directeur du Devoir, qui, dès le premier jour, a fait planer le droit absolu et l’intérêt général au-dessus des droits relatifs et des intérêts particuliers et qui, sans défaillance, a LE PETIT CANADIEN fît* mis en relief la parole du pape.C’était son devoir de journaliste catholique: il l’a accompli en montrant combien les directions papales sont sages, rationnelles et opportunes.Sans doute, M.Henri Bourassa n’a pas reçu que des éloges.Mais dévoué, comme le soldat dont le grand souci est de très bien obéir, il s’est appliqué à saisir tout le sens et tout 1 esprit des documents pontificaux, et il y a fait écho dans la mesure de son beau talent toujours au service de sa patrie et de l’Eglise.Cette discipline intelligente qui se pénètre des pensées du chef pour mieux les exécuter, à les pressentir, en cas de besoin, est une des conditions indispensables à l'utilité de la presse catholique; et je parle, en ce moment, des journaux qui sont une oeuvre essentiellement organisée et dirigée par de simples chrétiens qui ne se réclament d’aucune investiture spéciale et qui ne risquent, ainsi, de compromettre qu’eux-mêmes.Louis Veuillot considérait ITniwrs comme une force mise volontairement au service de la foi et de l’autorité.Voici comment il indique lui-même de quelle manière il conçoit son rôle et veut exercer son droit : “ «Le journaliste n’est pas absolument un manoeuvre ; on ne le fait point parler ou se taire absolument comme on l’exige.Pour notre compte, nous ne l’entendons pas ainsi.En matière de littérature, ou sur des points plus importants, par exemple, en ce qui regarde les personnes, les goûts particuliers, affections ou convenances individuelles, nous n’avons jamais admis que les sentiments ou les commodités des chefs dussent être la règle de notre attitude.Si les chefs avaient quelque motif privé de ménager un philosophe, un écrivain, un orateur, nous ne verrions là aucune obligation décisive de ménager nous-même la philosophie de ce philosophe, le livre de eet écrivain, le discours de cet orateur.Notre principe à nous, comme serviteurs de la vérité religieuse, est de n’avoir ni amis, ni ennemis, c’est-à-dire de ne tenir dans notre oeuvre aucun compte de nos sentiments particuliers; de ne pas refuser la justice et l’éloge a un adversaire personnel qui fait bien, de ne pas nous interdire la critique ou même la censure envers un ami personnel qui se trompe ou qui fait mal.” Ces paroles sont marquées au coin de la sagesse.Nous avons cru bon de les rappeler pour encourager les journalistes soucieux de leur devoir à favoriser le plan fixé par l’autorité légitime, dussent-ils déplaire à certains personnages distingués.Et certes, cette indépendance du journalisme est de plus en plus né-l'cssaire.“ Si la rédaction des journaux, dit Edouard Drumont, est composée d’éléments sains, la direction, la propriété, pour être plus exact, est trop souvent aux mains d’être absolument méprisables, de financiers véreux, d’actionnaires peu scrupuleux qui voient dans un journal, non 70 LE PETIT CANADIEN un moyen de répandre des théories justes et fécondes, mais d appuyer des combinaisons louches.11 C’est vrai pour tous les pays du monde.N aJ-lons pas croire que nous sommes à l’abri des coups de ceux qui se vantent d’organiser systématiquement la presse pour qu’elle fabrique la pensée nationale en dehors du sillon traditionnel où l’on semait jadis le véritable amour de la patrie et de la religion.La justice n’est pas le fanatisme hurlant, pas plus que l’équité naturelle consiste dans cette partialité révoltante dont nous sommes tous les jours les témoins attristés.Du moins, sachons ne pas blâmer ceux qui réveillent les dormeurs.Le journal a pour mission d’éclairer le peuple sur ses devoirs et ses intérêts véritables.Son but n’est pas tout simplement de satisfaire factionnaire, d’augmenter les dividendes et de consolider les fonds.Il doit façonner l’opinion publique suivant la norme de la vérité, de la justice, de là vertu ; il ne doit jamais faire appel aux plus mauvais instincts qui flattent, sans doute, les foules mais qui abaissent leur niveau moral et intellectuel.Et pourtant, toutes les faveurs vont aux journaux soi-disant modérés qui ont bien soin de flairer l’opinion publique pour ne pas la contredire.Aujourd’hui, comme au siècle dernier, “ aux yeux de beaucoup de gens de bien, la pire et plus horrible bête qui soit sur terre est l’homme de bien qui ose vanter et défendre le bien.4 4 Cet homme, disent-ils, irrite les méchants, vous verrez qu’il nous attirera quelque malheur.Ceux-là hurlent contre nous, qu’il fait hurler contre lui, puisque hélas! nous pensons comme lui.” Vous trouverez cette pensée dans Çà et là.Inutile de faire un rapprochement ; il santé aux yeux de tous.Le.s chariiaim de tout acabit ne sont pas morts.Ils sont toujours sucre et miel pour nos ennemis qui nous accablent d’injures; ils sont vinaigre et fiel pour nos amis qui mettent les plus hautes vertus de l’esprit humain, labeur, sincérité, désintéressement, libéralité dans le don perpétuel de soi-même, au service de ceux qui nous sont deux fois frères par le sang et par la foi.On trouve toujours tendres ceux qui déversent à pleines colonnes l’injure contre les nôtres; on accuse de violence ceux qui osent défendre nos plus saintes causes.Vous souvient-il de ce passage ou Jules Lemaître, dans sa remarquable étude sur Louis Veuillot, fait bien justice d’une semblable accusation portée contre le grand écrivain?44Une autre accusation qu’on ne lui a pas ménagée, c’est d’avoir été un polémiste non seulement violent, mais brutal, mais grossier, mais outrageant, mais cynique.Cette accusation retarde.Elle ferait sourire si l’on comparait la polémique de Veuillot à celle qui s’étale aujourd’hui dans nos gazettes.Violent, certes, il l’était; grossier et injurieux, je n’y consens pas.Il eommt LB PETIT CANADIEN 71 l'ivresse de la bataille et cette espèce d’exultation que donne 1 impopularité aux âmes bien trempées: mais il n’a jamais combattu dans les hommes que les idées dont ils étaient les représentants, et il ne les a entrepris que sur ce qu’ils avaient livré eux-mêmes de leurs pensees et de leurs personnes.11 fait, de quelques-uns, de terribles silhouettes publiques ; jamais il ne les a offensées dans leur vie privée.” ., .‘ Puissent ces lignes faire réfléchir les têtes superficielles qui n ont jamais rien lu des aménités de nos ennemis et qui anathematisent nos plus brillants défenseurs ! L’histoire impartiale rétablira les faits et elle félicitera M.Bourassa de nous avoir rendu quelque chose de notre fierte religieuse et nationale.Espérons qu’il aura toujours pour lui le pape et la grammaire.V UUA T>riTt PpRRlF.k.LE "BON FRANÇAIS Le bon français ’- ! voilà un élément de notre vie apprécié de tous, connu de plusieurs, mais dont bien peu des nôtres ont la science infuse ; et s’il est respecté dans les écrits, ô ma langue! qu’il est massacre dans le parler ! On n’est pas tenu de savoir toutes les operations subtiles et intimes de la langue telles que la prothèse, l’épenthèse, la paragoge, l'aphérèse, et les nuances complexes de 1 inversion, de 1 el ipse, < u P e°-name, mais encore faut-il en savoir la plus simple phonétique et la plus élémentaire syntaxe toujours présente à l'esprit, et s’exprimer ans ce parler dont on connaît bien la vraie prononciation pour 1 avoir dept apprise à l’école, au collège, - à la classe et non dans les cours - ou pour l’avoir entendue prononcer correctement par nos litterateurs m n-disants.Faut-il raconter un fait, donner un témoignage, réprimant elles enfants, on le fait dans un parler qui n’a de nom dans aucune langue ordonnée.Seuls les éléments appartiennent au vocabulaire français : la construction de là phrase n’est que solécisme chez les prétendus lettres, et barbarisme chez les autres.Mais faut-il écrire ! Alors notre Canadien français se dédouble, il sort sa langue du dimanche, il s efforce de rétablir l’ordre grammatical, tente d’écrire comme on écrit sur 1 Ile-de-France, enfin met ses conceptions en “ bon français qui n est pas toujours bon, mais l’intention fait son action louable.D’où vient ce dédoublement philologique chez les Canadiens français ?Pourquoi deux façons de s’exprimer ?pourquoi cette confusion qui LE PETIT CANADIEN é > se fait .Fait remarquable dans notre histoire! presque de tout temps, nos femmes, nas filles ont su parler et écrire en assez 44 bon français ”, quand nos hommes, nos grands garçons, en grand nombre illettrés, mais robustes défricheurs €‘t savants laboureurs, laissaient à celles-ci le soin des “ écritures ”.Et c’est heureux qu’il en ait été ainsi pour l’enseignement des “ petits ” restés à la maison, car n’y aurait-il eu que l’homme pour leur apprendre le “ doux parler ”, nous aurions aujourd’hui un jargon incompris de toute parenté française.La peur de faire rire de soi ” ! Voilà, si je ne me trompe, le poison qui nous paralyse la langue.“ Ha! fais dont pas ton frais, hein, espèce de fendant ”, est un de ces lourds pavés qu'on vous applique dessus, quand vous tentez de vous exprimer en un langage clair, pur, en “ bon français ” quoi ! Eh bien! si toute chose égale d’ailleurs, proportion gardée, ce ridicule de bien parler est aussi précieux et nécessaire à l’épuration de notre dialecte que las “ Précieuses ”, avec ou sans l’épithète, l’ont été pour l’épuration de la langue pure, châtiée et raisonnée de Louis XTV et de ses grands contemporains.Tl faut réagir; chez les hommes surtout.Nos femmes ont déjà réagi; et ce n’ast pas chez elles que vous trouverez cette sauvagerie de mutiler les beaux mots français; au contraire, elles les soignent, les gardent comme des oiseaux qui viennent de France, et de leur bouche saine et fraîche, vous entendez sortir un très grand nombre de mots aussi rapprochés que possible de la juste prononciation française, moins le grassayement qui n’est pas toujours la marque des français mieux-disants.Mais chez las hommes quelle peur, quelle fausse honte de parler “ bon français ” à tout instant de la vie ! Ces peureux, où se trouvent-ils ?Hans la société des profassionnels où le parler-camarade fait tant de tort au “ pur parler ”; dans celle des politiciens — ô peste de société — dont le cénacle est plus souvent à Ottawa qu’à Montréal; ou bien encore dans celle des coulants banquiers. LE PETIT CANADIEN i •> boursiers et industriels à dcmi-anjrlicisés.t' est désolant î et dire que c’est par en haut que se corrompt la langue.Le peuple, cet ouvrier de la langue, non par science mais par instinct, en a toujours eu le respect; nos paysans la parlent encore dans ce qu'on appelle ici avec moquerie ignorante “ leur patois ”, qui n’est pas du tout un patois; il n’y a qu’eux qui parlent encore français an Canada ; nous, nous parlons un français mélangé d'autres mots; mots anglais surtout, argot singé de Montmarte amené ici par de vagabonds chansonniers, et argot plus vil et plus corrupteur de la Bourse.Mais en haut, quel abandon, quels solécismes, et surtout quels anglicismes î Ces mots paraîtront peut-être gros.Ils sont justifiés par de nombreux excès.Ecoutez les discussions politiques, les conversations des professionnels, banquiers et industriels, au fumoir, quand les femmes sont seules au salon, vous aurez là sur la langue ]>eaucoup plus de poudinge et de pain de Soles que de pâtisserie française.Vous y entendrez un anglicisme — couleuvre comme celui-ci : “J’ai beaucoup de difficulté à collecter mes comptes.” Collecter, mot pas français, ainsi que compte dans le sens voulu ici; et quelle dureté, quelle" saccade dans les trois coups sec.s de langue pour prononcer “ collecter ”, quand nous avons en “ bon français ” le joli mot percevoir, dont la prononciation douce et sans heurt, devrait nous plaire à ce point de n’en jamais employer d’autres; et rejetant cet anglicisme qui souille la ‘langue, dites avec beaucoup plus de grâce, de clarté et de douceur: percevoir scs dûs.Quant aux solécismes, vous en entendrez de tous côtés comme ceux-ci, dans les salons ou dans les clubs : “ Je concrétise ma pensée ” (concrétiser, n’est pas même français, et “ eoncréter ”, le mot juste en l’occurrence, n’est guère employé par les bons écrivains de France) ; “ Je m’en rappelle ” ou “ J’ai causé â la voisine ”.Nos grand’mères qui parlaient le “ bon vieux français ” n’auraient pas voulu parler comme cela, elles auraient dit en parlant mieux qu’on ne le fait aujourd’hui ; “ Je vas aveindre ton linge pour demain dimanche ”.Quelles forces faut-il employer pour opérer cette réaction?Qu’un groupe de personnes, des héros! s’exposant et tenant bon sous les risées lâches et ignorantes, parlent “ bon français ”, même avec affectation, c’est inévitable au débutant; un autre groupe suivra, plus aisé, plus dégagé, plus sûr de lui-même, et peut-être sera-t-il ce dernier qui ne parlera plus que comme il écrira.en “ bon français ”.Et puis, ô jours éloignés! avec moutonnerie heureuse cette fois, en niasse, tous les autres suivront.Il nous faut aussi flageller ces snobs-anglomanes qui, pour se marier richement ou pour promouvoir leurs cupides ambitions politiques, nous retardent dans cette marche vers le beau, le pur parler de l’Ile-de-France, dont Paris est le soleil éclairant et réchauffant. 71 LE PETIT CANADIEN La matière ne manque point chez nous, seuls les ouvriers ont tardé jusqu'aujourd?hui.Quand est-ce qu'un Malherbe se lèvera parmi nous, pour nous fouetter durement, nous “ dégasconner ”, nous désangliciser.nous empêcher de paraître étrangers dans notre langue maternelle ?Il faudrait encore, après ces salutaires coups de martinet, créer ch * PENSONS À LA TERRE On discute encore sur la question de savoir si l’introduction du jardin scolaire retarde les progrès des élèves dans leurs études.Je puis affirmer pour ma part et d’après ma propre expérience qu’il n’en est rien.Au contraire, en reliant ces sujets aux autres études, l’élève a plus d’intérêt dans son travail ; il fréquente l’école plus régulièrement et devient un meilleur écolier.— Une institutrice du Nouveau-Brunswick.• • • Mettez-vous bien ceci dans la tête: qu’aucune solution ne peut donner des résultats satisfaisants et permanents, si elle ne se base sur ce principe que nous devons satisfaire autant que possible nos propres besoins et produire en outre quelque chose que nous puissions échanger avec profit contre ces marchandises que nous ne pouvons pas cultiver ou que nous ne pouvons pas produire.Voilà le système qui nous permettra de payer nos dettes et qui nous lancera dans la voie de la prospérité.— Col.Can-tley, président de l’association des manufacturiers canadiens. LE PETIT CANADIEN ï/ACTIVTTfc IM SECHETA It I AT EN 1ÎM7 liEfe» SECHONS SectioiLs en règle, lors du Congrès de 1917 .— représentées au — — en règle, lors du Congrès de 1918 .— représentées au — Le secrétariat — Analyse des travaux de Fannée a) Correspondance — 1.Lettres expédiées .2.Circulaires aux officiels des sections ou relatives aux sections .16 b) Communiqués à quatre-vingt-dix (90) journaux français du Canada et des Etats-Unis, pour exécuter le programme du Comité de presse.9 c) Communiqués à soixante-quatorze (74) journaux français du Canada et des Etats, pour promouvoir la colonisation .8 d) Adressographe à la disposition de quatre sections.Cette faveur pourra être continuée, pourvu qu’elle ne nuise pas au fonctionnement du Secrétariat.e) Distribution de la brochure du R.P.Dugré, Vers les terres neuves, tirée à 10 000 ex./) Renseignements et conseils à des compatriotes, sur des questions : 1.économiques (exploitation de la tourbe) ; 2.scolaires (système d’enseignement aux Etats-Unis) ; 3.relatives à la colonisation, etc.; 4.rédaction et correction de réclames, etc.Le “ Petit Canadien ” Tirage en 1916 .2 200 — 1917 .3 800 — février 1918 .4 000 Collaboration — Dix-huit collaborateurs nouveaux, de divers milieux et de tous les coins du pays, ont bien voulu traiter de la défense de la langue, de la conservation des traditions et de l’organisation économique; beaucoup de journaux ont reproduit ou cité ces articles.Certains de ces articles sur la colonisation et la question du français en l’Ontario ont été répandus dans les milieux où ils pouvaient exercer les meilleures influences.19 16 23 20 LE PETIT CANADIEN î*0 Les cours publics a) Maintien des cours du soir et des conférences populaires avec projections lumineuses ; b) Cours de diction et de bon langage dans les quartiers exioentri-ques; Mile-End, Ilochelaga et Saint-Henri ; c) Création d’un cours de droit usuel et commercial, dans la paroisse de Saint-Edouard.Concours d'Histoire du Canada dans les collèges Sujet: La Confédération.Récompense au vainqueur de chaque collège: la médaille en bronze de la Société.Vingt, sur les vingt-cinq collèges classiques franco-catholique du Canada, ont pris part au concours de l’an dernier.Revendication des droits du français Encouragement à l’école bilingue du Pas, (Kéwatin, vicariat apostolique de Mgr Charlebois), au collège classique de Sudbury et à Mgr Chiasson, évêque acadien (vicariat apostolique du Golfe Saint-Laurent), etc.Revendication des droits du Français : a) Auprès du Gouvernement d’Ottawa: service des postes, et particulièrement au sujet de la boîte à journaux de la gare Bonaventure; Ministère des contributions indirectes, afin que l’index téléphonique contienne des inscriptions bilingues.— Succès ; b) Gouvernement provincial; Société de Colonisation, Palais de Justice (promesses e Secrétaire-provincial que l’index du téléphone contiendra des inscriptions bilingues, aussitôt que sera accompli le projet de centraliser les bureaux du gouvernement provincial de notre ville) ; c) Auprès de la municipalité d’Outremont; d) — compagnie des Tramways; e) — Banque Provinciale — succès; /) — Canadian Express, etc.— succès.Œuvres nouvelles a) Concours de la langue des affaires, en vue d’améliorer le français dans le commerce et l’industrie.Prix donnés aux vainqueurs, qui se recrutent parmi les professeurs de renseignement primaire, les employés de bureaux et quelques-uns de nos sociétaires.Ces concours sont un excellent moyen d’augmenter la valeur personnelle de ceux qui y prennent part.; 00 LE PETIT CANADIEN 81 b) Hospitalité à la Société Nationale d'Opéra comique et à la Société (TArt lyrique; c) Conférenciers fournis gratuitement aux sections (14) ; d) Cours de droit usuel et commercial (15 leçons) ; e) Concours littéraires : 1 Concours poétique: jeux floraux; 2 Concours de prose: des nouvelles historiques.Quarante-deux (42) manuscrits reçus.Cent dix piastres ($110) en prix.Huit (8) artistes canadiens-français ont fait l’illustration des Fleurs de lys, récemment parues.Bibijotiijèqüe du secrétariat La.bibliothèque se compose actuellement de 1 172 volumes et brochures : a) Elle s'est enrichie de cinquante-cinq (55) brochures et volumes; b) d'un recueil très complet des ouvrages sur l’histoire de notre Société; c) Reliure des publications les plus importantes de l’année dernière.L’Œuvre du livre français Jusqu’à présent, 95 000 volumes et 112 000 revues et brochures ont été recueillis et distribués.Cette oeuvre belle entre toutes, parce qu’elle profite aux plus humbles, aux infortunés de la race, n’a pas été négligée, grâce à la générosité bien comprise de vrais patriotes.a) Le Secrétariat a continué de recevoir les dons de livres (plus de o 000) ; b) Il a expédié des livres destinés à constituer des noyaux de bibliothèque à M.l’abbé H.Martin, directeur d’un cerdle de la jeunesse, à l’Avenir (Drummond) ; à M.l’abbé Joseph Bourgeois, curé d’Adams-ville (N.-B.) ; à M.le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Butte, ('Montana) ; à l’Association des employées de magasin, etc.; c) Autre envoi prêt pour l’expédition : au siège du vicariat apostolique du Golfe Saint-Laurent (Sept-Iles).Varia a) Projet à l’étude : la publication d’une histoire du Canada en images, à l’usage de la jeunesse; b) Concours de recrutement (20 juin 1917) : 1 060 nouveaux sociétaires ; LE PETIT CANADIEN c) Réceptions à Mi.M.François Veuillot, Duthoit.Fiory et Dobelle: d) Publication d’un tract de propagande: Un appel aux patriotes, tiré à 5 000 exemplaires, contenant les adresses de MM.les présidents et secrétaires des sections.e) Impression d’un livre de comptabilité à Tusage des trésoriers ib* section.— Initiative du comité de propagande.Le chef nu secrétariat.14 mars 1918.I/KNSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE Les Tableaus d’Enscigncmuit Antialcoolique, que vont éditer tout prochainement les Clercs de Saint-Viateur, résument les données de la science sur la question de 1 alcoolisme : ils contiennent des statistiques qui.présentées sous forme de graphiques, confirment d’une manière saisissante les affirmations scientifiques.Us constituent pour les maisons d’enseignement primaire et supérieur, une très intéressante série de leçons sur les ravages causes par 1 alcool.Les Ligues antialcooliques et les Sociétés de Tempérance voudront les utiliser comme un excellent moyen de propagande.Ces Tableaux muraux, composant une série de 20, mesurant 28 x 38 : ils sont abondamment illustrés de dessins dues à la plume d un artiste de renom, M.J.-Bte Lagacé.Les organes du corps humain spécialement affectés par l’alcool y sont représentés en couleurs; les dessins vsont d’un fini artistique de grand mérite.(Les Tableaux dfEnseignement antialcoolique se vendent à des prix modérés (de 5 à 15 piastres la série de 20).Sommaire des tableaux d’enseignement antialcoolique 1.Qu ’est-ce que l’alcool ?2.L’alcool jugé par les médecins.3.L’alcool est-il un aliment?4.Comment on s’alcoolise.5.Les buveurs de bière s’alcoolisent.6.L’alcool et les maladies.7.L’alcool et le cerveau.8.L’alcool et 1 e coeur.9.L’alcool et les poumons—I.10.L’alcool et les poumons—II.11.L’alcool et l’appareil digestif.12.L’alcool et la mortalité.13.L’alcool et l’hérédité—I.14.L’alcool et l’hérédité—TL 15.La mort des races.16.L’alcool et la criminalité.17.Débit de boisson et Caisse d’é- pargne.18.Le devoir des Canadiens.19.L’alcool des enfants.(La cigarette) .20.Tempérance et abstinence. LE PETIT CANADIEN Cœ tableaux ont été soumis à l’examen d’une commission scientifique de six médecins éminents, les docteurs L.Catellier, ex-doyen de la Faculté de médecine de l’Université Laval, ex-chirurgien en chef de l’hô-pitai de la Marine et de l’Hôtel-Dieu ; E.-P.Lachapelle, président du Conseil supérieur d hygiène, président du Conseil médical du Canada, doyen de la Faculté de médecine; Georges Villeneuve, surintendant médical à l’asile Saint-Jean-de-Dieu, professeur à l’Université Laval : Jos.-E.Dubé, docteur en médecine de la Faculté de Paris, clinicien à l’IIôtel-Dieu, président du Bureau médical de l’Institut Bruchési : Albert Lesage, docteur en médecine de l’Université de Paris, professeur de pathologie interne à l’Université Laval, médecin à l’hôpital Notre-Dame, directeur de Y Union medicale du Canada ; et Joseph Gauvreau, registraire du Collège des médecins et chirurgiens de la province de Québec, vice-président de la Ligue Antialcoolique, directeur de Y Action française, qui déclare les tableaux d’enseignement antialcoolique des Clercs de Saint-Via-teur conformes à la science, à l’enseignement universitaire mondial, à l’expérience et en recommande la vulgarisation dans tous les milieux.Le Comité catholique du Conseil de l’Instruction publique, a adopté, à sa séance du 26 septembre 1917, la résolution suivante : “ Les vingt Tableaux d9Enseignement antialcoolique soumis k ce comité par les Clercs de Saint-Viateur sont déclarés, par des juges compétents, conformes aux données scientifiques actuelles, à l’enseignement universitaire mondial, et à l’expérience.Ils ont été admirés dans toutes les expositions où ils ont figuré.Us peuvent avoir la meilleure influence sur la jeunesse.En conséquence, il est proposé par Mgr l’archevêque de Montréal, appuyé par l’honorable juge Robidoux.que le gouvernement soit prié de donner son attention à ces tableaux, et qu’il veuille bien, s’il est possible, les introduire dans les écoles de la province.” Les Clercs de Saint-Viateur, 2061, rue Saint-Dominique, Montréal.PUISSANCE DE I/EPARGNE Dans tout groupe de population, trois besoins, trois grands besoins se font sentir.D’abord, le besoin religieux, la religion est là pour y pourvoir.En second lieu, vient le besoin de collectivité qui est satisfait par tous les services communs.Enfin, il y a le besom économique.Ce dernier besoin, comme les deux autres, d’ailleurs, se fait sentir en tout homme, mais tous n’ont pas l’habitude de l’épargne.Les Canadiens, en 84 LE PETIT CANADIEN général, gagnent facilement beaucoup d'argent; peu, malheureusement, le conservent.Chaque paroisse, chaque groupement de population, quelque petit qu’il soit, devrait avoir sa caisse d’épargne, car, ne Doublions pas, l’épargne est une vertu sociale indispensable.Les richesses qui nous entourent sont-elles autre chose que le fruit de l’épargne?C’est au moyen de l’épargne et à ce seul prix que se forme et s'augmente la fortune d’un peuple.C’est avec le sou que l’on accumule des fortunes immenses.Il ne s’agit que de multiplier.Il n’en faut seulement que 100 pour faire un dollar.L’on ne se soucie pas d’épargner un sou, on croit que ça n’en vaut pas la peine ; c’est un malheur, et un grand.Quand on voit les capitaux se porter vers une industrie, se changer en chemins de fer, en usines, on est étonné; et cependant, ces énormes capitaux, ce ne sont ni plus ni moins que I’accumulation de sous, pas autre chose.Pin P>ance,îe peuple est très épargniste, peut-être le plus épargniste du inonde entier.C’est la petite épargne française, épargne de centimes (il faut cinq centimes pour faire un sou), qui produit annuellement la somme de 600 000 000 de francs.Un peuple n’est riche que par l’épargne, et devant un peuple riche, on s’incline.Le peuple canadien est grand travailleur, mais il est aussi très gaspilleur.Quand il possédera un capital et qu’il en aura le contrôle, ce jour-là, le peuple canadien sera respecté et honoré.Alphonse Desjardins À PROPOS DE GAGES En cette Amérique on vous met tout le monde sur le môme pied.Il semble qu’on n’y connaisse d’autre aristocratie que celle du comptoir et de la finance.Car, excepté aux manipulateurs d’affaires, — gros ou petits, il n’importe, — on n’y a que des gages à payer à tous ceux qui travaillent.Or, sachez que domestiques et servantes seuls méritent des gages.Les ouvriers n’ont droit qu’à un salaire ou à leur paye; quant aux soldats, vous apprendrez pour votre consolation, fiers Canadiens, que ces messieurs de la latte et du mousquet ne se battent point pour des gages, mais qu’ils acceptent fort bien une solde, tandis que leurs sous-officiers ne consentent à les commander que pour toucher leur prêt, honneur qui n ’est point accordé aux officiers, fussent-ils dorés et galonnés de pied en cap.Ainsi un général, tout comme un modeste docteur en b-a ba, devra se contenter d’un traitement.Et puis, voyez-vous la moue d’un employé LE PETIT CANADIEN civil, ou d’un secrétaire municipal, condamnes a recevoir des (juges ?Donnez-leur donc des appointements ou des i moluments, et les voüa gais comme un ministre ou comme un député qui, malgré qu’ils fassent la loi à la loi, ne sauraient recevoir mieux.Alors a quoi bon s’avilir pour arriver au portefeuille et au tapis vert, si, pareil au plus pale rond-de-cuir, on ne peut gagner que ses appointements.Un prêtre reçoit des honoraires pour ses services: c’est juste.Mais que le notoire et le médecin réclament aussi des honoraires, le premier pour son indéchiffrable calligraphie et l’autre pour ses prescriptions plus ou moins inoffensives, c’est ce que je n’ai jamais compris.Je comprends mieux l’avocat qui ne se croit des droits qu’aux vacations.11 est \ rai qu’il aime autant les honoriares.Tant pis pour lui, alors.Et que va-t-on servir aux rois-panaches, aux gouverneurs-plumes et aux présidents-mannequins de nos états modernes?Leur liste civile.Oui, messieurs.On est roi, gouverneur, président ou on ne l’est pas.Et si on l’est vous comprenez bien que ces majestés ou excellences, titres dont on se plaît a les encenser, ne peuvent pas partager les pauvres gages d’une Gothon de presbytère ou d’un palefrenier quelconque, quoique de fait elb*?soient même plutôt esclaves que serviteurs.Admirez cette délicatesse de la langue française qui, malgré la compénétration démocratique, ne peut se décider à payer tout le monde de la même façon.Mais gare! si quelque socialiste d’Union vient à s’eu apercevoir; surtout s’il est anglais, c’en est fait de toi, belle et suave parlure.Des Annales férésiennes.Jean Canadien SI NOUS DIFFÉKONS DES VI TRES PEUPLES ?En lisant Le Citoyen, ouvrage trop peu connu, de l’abbé Henri De-foy, la description suivante du tempérament canadien m’a tout particulièrement frappé.Les lecteurs du Petit Canadien la liront également avec intérêt, car il me semble difficile d’en trouver une qui soit plus complète et plus juste.“ Nous tenons du Français, puisque notre sang est resté sans mélange; mais par la lutte persévérante que nous avons livrée pour conquérir et garder notre autonomie, par le travail opiniâtre de nos pères, dont nous ne sommes pas très éloignés, qui ont parcouru la moitié d’un immense continent et taillé dans la forêt des villes et des villages, qui.dans leurs labeurs, ont dû se suffire à eux-mêmes; par le contact des Anglais qui ont participé à notre vie nationale, par le voisinage des pratiqua amé- 8tt LE PETIT CANADIEN ricaiiHW, notre figure a pris du sérieux, du calcul, un peu de défiance vis-à-vis d 160 pp., illustré.(>
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