Le petit Canadien : organe officiel de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal fondée en 1834 et de la Caisse nationale d'économie fondée en 1899, 1 septembre 1918, Septembre
Vol.15 MONTREAL, SEPTEMBRE 1918 •— EcoI*5 t*- jacs-Ctp Parc Lafontaine, fontréal.No 9 Le Petit Organe de la ¥ Société Saint - Jean - Baptiste de Montréal SOMMAIRE PAGES Chronique.— L’étude de l’histoire nationale Benjamin Suite 257 Fragments de journal.— Guillemette Hébert, de Kébec, écrit à sa cousine Louise Rollet, de Paris.Christian Beaufort 259 La Source.Léon-Mercier Gouin 264 Etudions la science sociale.James-A.Whitaker 265 Les Acadiens du sud-ouest de la Nouvelle-Ecosse P.-M.Dagnaud 269 Le concours littéraire de la Société Saint-Jean- Baptiste .‘.La Rédaction 278 Livres de chez-nous.L.du M.et E.M.279 LA CAISSE NATIONALE D’ECONOMIE La classe ouvrière et l’épargne.Arthur Gagnon Tableau d’honneur des organisateurs permanents J.-Arthur Dubé Bilan du mois d’août 1918.Arthur Gagnon 282 284 285 Rédaction et administration : 296, rue Saint-Laurent, Montréal Abonnement annuel : Canada (Montréal excepté), 50 sous.Montréal (et Union postale), 60 sous.% Le Petit Canadien paraît vers le 25 de chaque mois.— Les abonnements partent invariablement du 1er janvier.— Toute demande de changement d’adresse doit être accompagnée de 5 sous en timbres-poste. SOCIÉTÉ SAINT‘JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Grand aumônier: Monseigneur l*Archevêque de Montréal.Président général: Victor Morin, LL.D„ notaire, 97, rue Saint-Jacques.1er Vice-président général: V.-E.Beaupré, I.C., professeur, 676, rue Saint-André.2e Vice-président général: J.-B.Lagacé, professeur, 836, rue Saint-Hubert.Secrétaire générât: Guy Va nier, LL.L., avocat, 97, rue Saint-Jacques.Trésorier général: Joseph Hurtubise, courtier, 2, place d’Armes.Directeurs: L’hon.L.-O.David, sénateur, Hôtel de Ville; — Thomas Gauthie», courtier, 11, place d’Armes ; — Victor Doré, professeur, 214, rue Berri ; — J.-V.Desaulniers, courtier en immeubles, 11, place d’Armes; — Edouard Montpetit, professeur, 4924 ouest, rue Sherbrooke ; — Arthur Courtois, notaire, 35, rue Saint-Jacques.Chef du Secrétariat : Emile Miller, bureau I, Monument national.Sous-chef du Secrétariat: Joseph Durand, bureau I, Monument national.Corporations filiales de la Société : Caisse Nationale d’Eoonomie — Caisse de Remboursement — Compagnie du Monument national — Société Nationale de Fiducie. Le Petit Canadien ORGANE DE L.A Vol.15 SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE MONTRÉAL, SEPTEMBRE 1918 No 9 CHRONIQUE L’ETUDE DE L HISTOTUE NATIONALE Les études liistoriques reprennent vigueur dans la province de Québec, et une génération nouvelle de chercheurs se montre active autant qu’intelligente dans ce genre de travail.Nous n’avons qu’une histoire ébauchée, n'en déplaise à ceux qui la regardent comme un monument définitif.11 n'a été possible à aucun de nos écrivains de nous donner la vraie histoire du pays, faute de renseignements, jusqu’à ces dernières années.Tout ce qu ils ont pu faire est sans doute beau et louable, mais il y a mille choses restées dans Lombre, sans compter les erreurs, les malentendus qui se sont introduits un peu partout et qu’il faut remettre au point.Je dis que nos historiens ont construit une couverture montée sur des piquets; mais il n’y a pas de maison dessus cette couverture qui est, elle-même, en partie, fort mal construite.Charlevoix, il y a deux cents ans, ne s’appliquait qu'à nous faire connaître trois classes d’affaires: lo les missions des Jésuites, 2o la traite des pelleteries, 3o les gouverneurs.Rien ou presque rien des habitants, de la formation de la colonie, de ses développements et de son état général à travers les années.Ceux qui l’ont suivi 1 ont copié jusqu’à la date de 1715, où il s’arrête, puis ils ont essayé de continuer jusque vers 1840, s’attachant toujours à parler des gouvernants et très peu des gouvernés.C’était le vieux système historique, tout simplement, rempli de grands mots, mettant les choses au plus beau et ne s’occupant pas du tout du peuple, de sa vie, de ses besoins, de ce qu il était, mais faisant consister toute l’existence du pays dans 1 administration des gouverneurs. LE PETIT CANADIEN A pivsent, on veut en savoir davantage.Comment s'est formée la colonie?Personne ne peut le dire.11 est temps qu’on le sache.Quand nous saurons de quelle partie de la France sont venus nos habitants, nous comprendrons quelle sorte de gens c’était, car il y avait sept ou huit Frances en ce temps-là et bien distinctes les unes des autres en ce (pii concerne la langue, la religion, les métiers, le mode d’existence, les moeurs, coutumes et lois.Dans las régions industrielles, il n'y avait rien du défricheur, du cultivateur de grains, blé, avoine, lin, etc.Dans les contrées de la vigne rien non plus du caractère de nos gens.En pays des olives et autres fruits rien du type nécessaire au Canada.Je soutiens que nous sortons d’un territoire qui représente du demi-quart de la France, mais il serait bon de nous faire voir ceci par le détail.Quelle a été l'action du gouvernement dans ce transport des familles et aussi dans la colonisation ?On ne nous l'a jamais dit.Tout est mystère sur ce point et j’en suis venu à la conclusion que les autorité n’y étaient pour rien, par conséquent la colonie s’est formée par l’effort individuel, et les familles ne comptaient que sur leurs propres ressources.11 nous faudrait plus d'explications.Pin tout cas l’uniformité du langage est un trait de première importance et il indique nettement la Normandie, Perche, Beauce, Maine et Anjou que je dirai pays normands.Ensuite, plus au sud, Touraine, Poitou, Charente, Saintonge, Aunis.Le futur savant qui débrouillera nos origines ne sortira guère de cette géographie, j'en suis persuadé.Ailleurs que là, les occupations usuelles et la langue différencient trop de ce qu’étaient nos colons pour qu’on y trouvât des preuves de nos origines.De plus, les provinces nommées ci-dessus étaient les seules d’où partaient les navires pour faire la traite au Canada.Jamais le reste de la P^rance ne nous a envoyé un seul bâtiment.Le commerce était un monopole : la compagnie qui le possédait était maîtresse de la colonie.L’histoire du commencement de chaque localité, où se groupaient en arrivant les familles, nous manque pareillement.C’est très bien de nous dire qu’il y avait à Québec un personnage décoratif et à titre pompeux qui gouvernait cette Nouvelle-France; mais qu’est-ce qu'il gouvernait ?Je n'y découvre qu’un fait, constamment le même .commerce de fourrures.Les habitants ne comptaient pas, et pourtant le pays c 'était eux.Depuis que l’on fait copier en France les rapports de ces gouverneurs et intendants, avec des masses d'autres papiers, il devient visible LE PETIT CANADIEN •259 que nous avons une copieuse histoire, enfouie dans ces milliers de manuscrits.Ce que j'en ai vu est énorme, immense, étourdissant.Le passé est là; qu’on l’exhume, qu’on mette au jour ces renseignement» de toute valeur et que nos origines, aussi bien que les débuts du Canada nous soient révélés, que nous ayons enfin notre histoire, au .ieu de celle des gouverneurs.La jeunesse actuelle ouvre les yeux de ce côté.Elle s applique a résoudre telle ou telle question.11 en résultera la connaissance de faits ignorés jusqu’ici et on y découvrira un ensemble qui sera le couronne-ment de ces nouvelles études.J*ai feuilleté cent mille de ces pages manuscrites et je n y ai rien vu qui nous fasse rougir.Tout dans ces archives est bon, excellent, précieux.Allons-y sans crainte.C'est du nouveau qui n ’est pas dangereux.C est notre bien: qu’on le fasse valoir.On apprendra des choses qui ne sont pas même soupçonnées aujourd’hui.I ne fois de plus, ainsi écrite, l’histoire sera une révélation.Benjamin Sulte Ottawa, août 1918.FRAGMENTS DE JOURNAL GüILLEMETTE HEBERT, RE KEBE(\ ÉCRIT A SA COrSIAE LOUISE ROLLET, DE PARIS 18 mai 1621.Il y a aujourd’hui quatre ans que nous sommes débarqués à Kébec.J’avais neuf ans à peine, mais tous les incidents de cette arrivée sont restés gravés dans ma mémoire.Née à Port-Royal, je retournai à Paris après le désastre qui anéan-tit cette ville en 1613.C ’est alors que je vous connus, chère Louise, et depuis ce temps mon amitié pour vous n’a fait que s accroître maigre l’absence, et il m’est doux d’accomplir la promesse que je vous ai faite, de vous écrire mon journal.L’insuccès de la première tentative d’établissement en Amérique ne découragea pas mon cher pere, et quatre ans plus tard, il prit le parti de se rendre à Kébee, où le capitaine de Champlain l’avait tant 260 LE PETIT CANADIEN prié «le venir, en 1606.Q„e n’y sommes-nous pas venus à cette époque .1 y serais attachée par la force des habitudes de l’enfance et ma mère ne regretterait pas l’Acadie, dont le climat plus doux lui rappelait mieux celui de la doulce France.Mais comment ne l’aimerais-je pas, ce cher Kébec, qui grandit et prospéré avec les an né,-s» Qu’il me ferait plaisir de vous v voir chère cousine, avec vos parents et vos frères ! Notre terre (c’est le nom que 1 on donne ici aux endroits choisis par les colons) est déjà à moitié defnchee.Elle est située sur une hauteur.Nous n’avons encore que quelques voisins; car la plus grande partie des habitants sont groupés en aval de la cote, sur la petite pointe de ferre où se sont bâties les pre-rmeres cabanes.L Imer dernier, je priais quelquefois ma mère de nous permettre de descendre au fort, ce qu’elle ne me refusait jamais.Je prenais alors sous le hangar notre traîne sauvage, fabriquée par les naturels du pays d un seul morceau de l’écorce séchée du frêne, longue d’environ cinq pieds, d une largeur de deux, et relevée à l’avant en un demi-cercle Anne se plaçait la première, et moi, agenouillée derrière elle, je tenais bien ferme les deux cordes qui servent à conduire ce singulier équipage.Emportées par l’élan que je donnais, nous glissions sur le coteau, puis nous allions frapper à la porte de madame de Champlain.la jeune épousé du capitaine, qui est arrivée de France l’an dernier avec son mari.9 Madame de Champlain ne s’étant pas encore habituée au rude climat de ce pays, c’est très rarement qu’elle se décidait à venir jusqu’à notre maison.Il faut pour cela que son mari l’accompagne, ce qui n arrive pas souvent, tout occupé qu’il est des intérêts de la jeune colonie.Comment pourrais-je vous exprimer l’admiration que j’éprouve pour cet homme vraiment chrétien, qui se dévoue sans cesse à 1 avancement spirituel et temporel des colons et à la conversion des sauvages .Il a dit un jour: “Le salut d’une âme vaut mieux que la conquête d un empire! ” N’est-ce pas admirable ?1er juin 1621.Le plus joyeux soleil dore aujourd 'hui de ses rayons la terre cana-dienne.mis ne sauriez imaginer rien de plus gracieux que son éblouissante verdure.Lorsque nous voyons en hiver de tels monceaux de neige et un froid si intense que le fleuve se congèle pour former une etendue de glace aussi unie et aussi claire qu’un miroir, il nous semble LE PETIT CANADIEN 261 que nous ne reverrons jamais le doux printemps et les fleurs.Quelle illusion ! Bientôt, les ardeurs du soleil de mars fondent vite cette neige durcie, l'eau emprisonnée bouillonne et fait éclater le verre devenu fragile qui recouvre la grande rivière.Alors nous espérons voir prochainement un navire d'Europe jeter 1 ancre dans le port, et voici (lue je m’empresse de vous écrire toutes les nouvelles du Canada.25 juin 1621.Bien que je sois jeune encore, mes parents songent à fixer ma vie.Comme les jeunes filles sont encore peu nombreuses, ici, elles n’ont aucune peine à choisir un époux qui leur plaît, et si vous croyez avoir, chère Louise, la moindre vocation “ pour le saint état du mariage ”, comme disait le Père Le Caron, lorsqu'il bénit 1 union de ma soeur Anne avec Estienne Jonquest, il y a déjà quatre ans, croyez-m’en, vous n’avez qu’à venir à Kébec, où vous ne tarderez pas à devenir l’épouse bien-aimée de l’un de ses vaillants colons.Ceci vous fait peut-être supposer que quelque jeune homme prétend à ma main.Vous ne vous trompez guère.Mais ne me trouvez-vous pas un peu à plaindre d’avoir à choisir entre deux garçons également beaux, également braves et qui me témoignent une grande affection?Jugez de mon embarras, bonne cousine.1er septembre 1621.Me voilà mariée depuis le premier août avec Guillaume Couil-lard, notre voisin.Je crois bien être la plus heureuse femme de tout ce continent.Dans notre maisonnette, d’où l’on découvre une magnifique vue du fleuve, nous passons les meilleures heures de notre vie.La moisson vient de finir.Cette terre du Canada est d’une fertilité extraordinaire.Le blé, l'orge, l’avoine et tous les autres grains cultivés en Europe y viennent d'une façon merveilleuse, et lorsque les navires pourront amener ici quelques paires de boeufs et des chevaux, nos pères et nos maris ne seront plus obligés de bêcher comme ils le font maintenant.Notre petit jardin est rempli de légumes de toutes sortes.Il y a aussi quelques fleurs: des roses sauvages, du muguet et des violettes simples. LE PETIT CANADIEN E“!'ache Mar,in- • w ^ »»• p n * , 1^st e flîs d Abraham et de ^iar^uerite Langlois Lp h^TeX et1iadmiS k n
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