Bulletin de la Caisse nationale d'économie, 1 septembre 1912, Septembre
[" 33 TT Hi Xj IE T I ïsT DK La Caisse Nationale D\u2019ECONOMIE 701.9 \u2014 No 9 SEPTEMBRE 1912 Abonnement : 25c.par année Par ordre, G.A.MARSAN, Secrétaire général.Montréal, 20 septembre 1912. 130 CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE SOYONS ECONOMES M.de Galonné, Tun des ministres de Louis XVI, appelé à la dir> -tion des finances, au moment où le Trésor avait besoin d?un Turgot ou d\u2019un Necker, disait frivolement un jour, que pour être riche il suffit de le paraître.On a peine à se figurer qu\u2019un personnage capable d\u2019émettre une opinion aussi sotte soit devenu ministre d\u2019une grande nation, au lieu d\u2019être envoyé dans un cabanon pour y méditer sur sa sottise.Et cependant, en réfléchissant bien, on en arrive à conclure que, de nos jours, il y a bien des gens, aussi ineptes que M.de Galonné.L\u2019homme qui, après avoir reçu les dix ou douze dollars de sa paye hebdomadaire, s\u2019arrête chez le bistro du coin, prend un coup pour faire voir que son portefeuille est bien garni et invite trois ou quatre pochards à s\u2019enivrer à ses dépens pendant toute la soirée, pendant que sa femme < t ses enfants contemplent la huche vide, est aussi sot que M.de Galonné.La femme qui dépense follement en chapeaux, en toilettes et en fard, le maigre salaire de son mari, sans songer à ses petiots qui vont nu pieds, sans penser le moins du monde au lendemain, n\u2019est pas plus intelligente que M.de Galonné.Le jeune homme qui jette follement son argent par les fenêtres, ne s\u2019occupant que d\u2019une seule chose, le plaisir, la jeune fille à qui le salaire ne suffit pas pour payer sa couturière et sa modiste, sont aussi idiots que M.de Galonné.Nous connaissons un vieux proverbe anglais, infiniment plus vrai et plus sage que la sentence du triste financier que nous venons de cite!1.Ce proverbe dit que: The only way to have 7noney to burn is not to burn it.\u201d Ce proverbe est plein de bon sens et il est malheureux qu\u2019ici, on ne le mette pas en pratique.Pour être certain de pouvoir vivre à l\u2019abri du besoin lorsque l\u2019on sera vieux et incapable de travailler, il faut, quand on est jeune, se r< soudre à dépenser le moins possible, à se priver du superflu, à économis» en un mot.L\u2019économie ! On ne sait guère ce que c\u2019est dans nos familles, pour tant si laborieuses, si honnêtes, si attachées à toutes leurs autres tradi tions.Nos aïeux étaient économes pourtant.Avons-nous dégénéré sous ce rapport ?On le dirait. CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE 131 Nos pères vivaient moins luxueusement que nous et cependant ils vivaient bien.Tous étaient forts et vigoureux.Ils ne passaient pas leurs veillées chez le mastroquet à ingurgiter toute sorte de saletés.Nos mères s\u2019habillaient proprement, coquettement, mais simplement.Elles n\u2019éprouvaient pas le désir, et encore moins le besoin, d\u2019acheter deux ou trois chapeaux et autant de robes par année.En étaient-elles moins bonnes pour cela ?Au contraire.Devant nous que voyons-nous ?La vieillesse et la pauvreté avec leur cortège de misères, de douleurs, de chagrins et d\u2019humiliation.Lorsque nous ne pourrons plus travailler, nous songerons à tout cet argent que nous avons jeté par les fenêtres naguère et nous répéterons ce que tant de malheureux ont déjà dit : \u201c Ah, si j\u2019avais su! \u201d Il ne sera plus temps alors de verser des larmes.L\u2019orgueil et la prodigalité : voilà les deux défauts qui nous causent le plus de mal.Jeunes gens, rappelez-vous bien que les plus extravagants d\u2019entre vous sont généralement ceux qui se disent les plus économes.Le \u2018; fils à papa \u201d qui hérite d\u2019une fortune et qui dépense ses revenus sans compter, n\u2019est pas un prodige, c\u2019est un imbécile, un maniaque; le prodigue, c\u2019est celui qui, vivant de son travail et recevant un salaire de dix, quinze ou même vingt dollars par semaine, dépense tout son argent au fur et à mesure qu \u2019il le reçoit, sans mettre un sou de côté.Le millionnaire qui ne dépense que ses revenus n\u2019a pas besoin de craindre pour l\u2019avenir, car ces revenus, il les percevra toujours, mais le malheureux qui travaille, sait qu\u2019un jour il lui faudra déposer la cognée.Et alors comment se tirera-t-il d\u2019affaire s\u2019il n\u2019a pas un maravédis dans son gousset ?L\u2019homme qui vit près d\u2019un grand lac n\u2019a presque jamais soif.Mais il n\u2019en est pas de même du voyageur qui traverse le désert et qui ayant vidé son outre ne peut trouver d\u2019eau ; celui-là éprouve constamment le besoin de boire.Tous les multi-millionnaires américains, John D.Rockfeller, Andrew Carnegie, George M.Pullman et Marshall Field, entre autres, ont débuté pauvrement dans la vie.M.Rockefeller gagnait deux dollars et demi par semaine à l\u2019âge de 17 ans, et Andrew Carnegie était à peu près aussi bien partagé.Mais Rockefeller et Carnegie n\u2019étaient pas comme nos jeunes gandins d\u2019aujourd\u2019hui.Ils ne portaient pas de high water pants, de souliers vernis, de faux-cols de deux pouces de haut et de bas de soie.Oh, non, ils étaient plus modestes que ça et en retour la Providence les a comblés de ses faveurs les plus généreuses. 132 CAISSE NATIONALE D\u2019ÉCONOMIE La génération qui pousse est une génération décadente, efféminé Elle ne songe pas à Tavenir et vit d'une manière toute superficielle.Parlez-leur d'économie, à ces gamins qui sortent des movies ou des théâtres burlesques et qui s'empressent dès qu\u2019ils ont franchi le seuil de cet établissement, d'allumer une cigarette; vous verrez alors quel air baba ils prendront et vous serez stupéfaits du cynisme avec lequel iis vous répondront.Où est cette virilité, où est cette noble ambition et en même temps cet esprit de sacrifice qui distinguaient nos ancêtres, les pionniers et les colons d'autan.Voyons, réveillons-nous ; ici, nous avons toutes les chances possibles d'économiser, c'est-à-dire d'aider à la prospérité et au progrès mêmes de notre race et de notre patrie.Soyons donc moins prodigues et moins orgueilleux, mettons un frein à nos dépenses folles.Songeons à la vieillesse, qui nous guette et écono misons quelques écus, afin de n'être à la charge de personne lorsque nous ne pourrons plus travailler.L\u2019Opinion Publique.PROGRESSION DE NOTRE SOCIETE Capital inaliénable.Au 31\tdécembre\t1899 .\t\t$ 7,371.70 <
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