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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2010-02-13, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 EEVRIER 2010 LIVRES JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Vadeboncœur Il n’y a qu’un royaume YVON RIVARD Quand je m’étonnais qu’il puisse écrire tous les matins, beau temps mauvais temps, ce qu’il aura fait jusqu’à la fin, ü me répondait, à son tour étonné par ma question: «Un écrivain, ça écrit.» Quand je lui demandais ce qu’il était en train d’écrire, sa réponse était toujours une variante de «je ne sais pas vraiment où je vais, mais j’y vais».Toute la vie, toute l’œuvre de Pierre Vadeboncœur tient dans ces deux réponses qui nous rappellent que tout être humain, écrivain ou non, doit créer le monde dans lequel il va vivre, dans lequel il veut vivre, et créer, cela veut dire aller de l’avant, vers l’inconnu, car notre monde et nous-mêmes ne pouvons exister qu’en mouvement, que tendus vers ce qui vient, pour le meilleur ou pour le pire.Vadeboncœur mise sur le meilleur, il postule «l’inimaginable étendue du réel», il établit «l’hypothèse du tout plutôt que celle du rien».En d’autres termes, l’être humain, s’il veut passer à travers le jour, les années, les épreuves et la mort, doit imaginer, vouloir et désirer ce qu’il ne connaît pas, «toujours chercher l’autre monde à travers l’apparence du nôtre».L’être humain, s’il ne veut pas subir son destin, s’il veut vivre librement, n’a d’autre choix que de travailler à l’élaboration constante des formes de la vie, et même de croire «à la variété sans limite des formes du vivant».Autrement dit, ce monde n’existe que si nous le créons sans cesse, et nous ne pouvons le créer que si nous le rattachons à un autre monde.Vadeboncœur a passé sa vie à se promener entre «le réel d’ici et le réel de là-bas».Ce matin, pour chasser notre peine, nous pouvons ouvrir n’importe lequel de ses livres et nous dire, comme il le disait de Beethoven, «qu’il ne faisait que progresser au cœur de l’être», que maintenant «le voilà faisant corps avec la cathédrale du monde».«Toujours chercher l’autre monde à travers l’^iparence du nôtre» Quand Vadeboncœur disait qu’il ne savait rien, qu’il avançait à tâtons vers la vérité et la lumière qu’il percevait même dans la forme d’une simple tasse (c’est là-dessus qu’il écrivait encore il y a,deux semaines), ce n’était pas par coquetterie.A preuve, il ne voyait pas très bien, ou ne voulait pas voir, le lien entre tous ses livres, par exemple entre ses essais politiques et ceux sur l’art et l’amour.11 tenait encore, je crois, à cette distinction des deux royaumes, sans doute pour mieux se concentrer sur «l’autre monde qui accroît par lui-même notre humanité», sur cette vision plus vaste du réel dont notre époque sceptique et repue s’est détournée pour engendrer une «humanité improvisée».Je m’explique cette «ignorance» de Vadeboncœur par le fait que, essayiste ou syndicaliste, il a toujours été un homme d’action, quelqu’un qui répond à un besoin, et un homme juste, quelqu’un qui toujours se range du côté de la partie la plus faible ou la plus ignorée.Ainsi, quand le Québec se soumet à «notre maître le passé», il se range du côté de Borduas, qui affirme que «nous sommes toujours quittes avec le passé».Mais, cinquante ans plus tard, il n’hésite pas à dénoncer ce néo-obscurantisme qui guette toute culture radicale de la rupture et de la consommation.Avant, notre pensée manquait de verticalité, disait-il, maintenant elle manque de racines.Ces racines, Vadeboncœur va les chercher non seulement dans notre histoire, mais surtout dans toute civilisation qui s’appuie sur l’infini, car il croyait, comme son grand ami Miron, que «l’éternité aussi a des racines».Un et unique 11 n’y a pas deux Vadeboncœur, celui qui écrit sur l’avenir du Québec et celui qui écrit sur le silence de Rimbaud, celui qui dissèque «les grands imbéciles» qui nous gouvernent et celui qui écoute VOIR PAGE F 2: ROYAUME F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 EEVRIER 2010 LIVRES Un maître Pierre Vadeboncœur était un camarade attentif et délicat, tout à fait capable d’autodérision MICHEL RIOUX Je sais.Vadeboncœur était un grand écrivain.Un de nos penseurs les plus pénétrants, parmi les plus immenses que le peuple québécois a pu produire.Une plume, comme on dit.Un style.Un art.Un aigle, en quelque sorte, dans un monde où, pour notre plus grand malheur, ce sont surtout les moineaux qui ont la cote.C’était un maître.Le mien aussi, en l’occurrence.11 nous avait tellement habitués à sa présence qu’incons-ciemment on avait sans doute cru que la mort l’oublierait.Elle a frappé sans prévenir.Je relis au hasard ce que d’autres ont dit de lui, au fil des ans.Des opinions qui s’échelonnent sur une quarantaine d’années mais qui, ce qui frappe dans la chose, c’est qu’elles auraient pu être dites ou écrites hier encore.«Un lyrique aventuré dans l’action», a écrit Maurice Blain.André Major l’a amicalement qualifié de «socialiste de condition bourgeoise».«Vadeboncœur n’est pas un homme de parti, il est un homme de conviction.On ne trouve pas chez lui de ces hésitations, de ces demi-mesures, de ces ruses, de ces tergiversations qui caractérisent les indécis.Intransigeance?Sur certains pçints, oui.Irréductible surtout», a dit de lui Paul-Emile Roy, qui lui a consacré un livre il y a une quinzaine d’années.«Vadeboncœur, écrira en 1974 René Lévesque, est parvenu à garder assez de force de recueillement intellectuel pour devenir un maître.» A ceux qui s’interrogeaient sur les multiples capacités de Vadeboncœur, qui déjà il y a plus de 30 ans allait avec la plus déconcertante facilité du pamphlet politique cinglant à une réflexion éminemment contemplative sur l’art, Erançois Ricard avait eu cette explication: «[Ils] manifestent une incompréhension totale de ce qui fait le sens et la continuité de l’itinéraire de Vadeboncœur, à savoir: son attachement indéfectible aux valeurs de l’être et son refus de tout emprisonnement, de toute doctrine et de toute fixation quelle qu’elle soit, en un mot, sa magnifique liberté.» Men n’illustre mieux cette totale et magnifique liberté que la parution, à quelques jorus d’intervalle, de ses deux derniers livres, à l’automne 2008.Dans l’un.Les Grands Imbéciles, il découpe au scalpel ces insignifiants qui ont poru nom Bush, Harper et Dumont.Dans l’autre, La Clef de voûte, il nous invite à une introspection sous forme de recueillement, dont on peut tenter de comprendre le sens en réfléchissant à cette phrase qu’il met en exergue: «Il n’y a d’ultime parole que le silence.» Mais ce fut aussi un camarade Quarante ans.J’arrivais à la bâtisse de la CSN, au iOOl, rue Saint-Denis, à Montréal.C’était en © JEAN-LAURENT RATEL Syndicaliste de terrain, Vadeboncœur écoutait les ouvriers avec un émerveillement qui traduisait une admiration profonde et une solidarité sans faille à l’endroit de leur condition.mars, en 1970.Au sixième étage, dans un bureau qui allait être le voisin du mien, Vadeboncœur, tirant sur sa pipe, écrivait un texte qui serait sans doute signé par un autre, comme c’est la plupart du temps le cas dans une organisation ouvrière.11 m’était apparu à la fois tout absorbé et, aussi, comme survolant une situation qu’il savait maîtriser parfaitement.Un intellectuel qui avait depuis vingt ans mis tout son talent, toute sa passion, tous ses moyens au service d’une classe, la classe ouvrière, qui n’était pas la sienne par la naissance mais qui la devint quand, comme il l’a écrit, «la CSN avait trente ans et moi aussi».Avant d’entrer à la CSN, j’avais bien sûr lu Vadeboncœur.La Ligne du risque surtout, qui en avait beaucoup appris sur le sjmdicalisme américain à ce jeune journaliste que j’étais, chroni-queiu sjmdical dans les deux quotidiens de Québec, Le Soleil et L’Action.Mais de voir d’aussi près un homme que j’avais jusque-là connu par ses écrits m’en avait imposé.Ceîa a drué 40 ans, au cours desquels nous avons été en contact presque chaque semaine.Lors d’une entrevue qu’il m’accordait il y a trois ans à Radio Ville-Marie, Vadeboncœur racontait comment le docteur Norman Bethune l’avait opéré pour une tuberculose en 1934.«J’avais le corps tout à l’envers, une bosse grosse comme un ballon du côté gauche, le cœur qui était passé à droite», racontait-il.«Le cœur à droite, c’est rare chez vous!», lui avais-je fait remarquer.«C’est la seule fois que ç’a m’est arrivé», avait-il répliqué.11 y a quelques jours, il me disait au téléphone: «L’argent ne m’a jamais rien dit!» Le camarade de tous ces camarades 11 fallait le voir avec des ouvriers, à la taverne, quand il les écoutait avec un émerveillement qui traduisait une admiration profonde et une solidarité sans faille à l’endroit de leur condition.11 n’eut de cesse de louer la sagesse ouvrière, d’en vanter l’intelligence.Je ne l’ai jamais vu aussi herueux que dans ces moments-là.11 y a tout juste trois semaines, dans ime interview d’ime herue diffusée à Radio Ville-Marie, il rappelait avec toujours la même admiration le souvenir d’un ouvrier de Loui-seville, Rajunond Ga^on.Une balle tirée par la police de Duplessis avait traversé son chapeau sru la ligne de piquetage lors d’une grève à l’usine de l’Associated Textiles, en 1952.Combien de fois l’ai-je entendu raconter la lutte syndicale à l’usine d’aluminium de Baie-Comeau, en 1960, où la CSN avait envoyé Gagnon et où Vadeboncœru avait été dépêché poru prêter main-forte à ces travaillerus de la Côte-Nord qui voulaient se donner un syndicat québécois, alors que l’entreprise voulait leur imposer un syndicat américain?«J’ai pratiqué un syndicalisme de terrain, quoique largement inspiré par une conscience qui ne s’isolait pas du rêve social universel, présent depuis si longtemps, forces historiques diversement aux prises avec le capitalisme un peu partout dans le monde.Pour moi, pour nous, plus immédiatement, de quoi s’agissait-il?Des situations à analyser, des initiatives à prendre, des décisions à mettre en œuvre, et beaucoup de camaraderie, d’échanges, de fraternité, et sans le moindre artifice», a-t-il écrit.Dans un texte inédit qu’il m’a fait parvenir ré-cemmenL Vadeboncœru raconte ces aimées où, à la CTCC-CSN, se préparait avec les travaillerus une révolution qu’on appellerait tranquille quelques années plus tard.«Le syndicalisme, depuis 1950 environ et pendant quelque quinze ans, fut pour moi et quelques militants de cette époque une singulière école de vérité.Du quotidien et seulement cela.De chaleureux contacts avec les syndiqués.Notre syndicalisme avait ce caractère d’authenticité à chaque moment.Je le vivais quant à moi à ras de terre, parmi et avec les travailleurs, jour après jour, au plus près de leurs difficultés journalières, problèmes à résoudre sur-le-champ, dans le court terme.» 11 était intarissable sur cette période de sa vie.11 en témoignait dans le même texte: «Ne me demandez pas pourquoi je garde de ce temps-là un souvenir si vif C’est que le rôle que j’avais à remplir était parfaitement authentique.Il n’y avait pas la moindre distance entre moi-même et ceux pour lesquels je travaillais.Ni écart de classe, de mentalité, de culture, car ces différences ne comptaient pas entre nous.Par rapport à eux, je me sentais si proche que véritablement je me sentais dans leur situation.Dans mon cas, j’ignore comment cette identification avait pu s’établir.Car enfin, je venais d’ailleurs et ne subissais pas personnellement l’oppression qu’ils vivaient eux-mêmes.Toujours est-il que j’étais le camarade de tous ces camarades.» D’autres pourront, avec davantage de compétence, apprécier son style, ses idées, ses analyses.Je me réserve le souvenu d’un camarade attentif et délicat, rieur et taquin, capable d’autodérision aussi.Collaboration spéciale ROYAUME SUITE DE LA PAGE E 1 Beethoven ou s’incline devant le mystère d’une simple tasse.Vadeboncœur passe d’un royaume à l’autre, non pas tant pour les opposer que pour montrer qu’ils sont indissociables, que le réel d’ici et le réel de là-bas s’appauvrissent quand ils s’ignorent, que la conscience s’appauvrifi s’étiole et radote quand elle dissocie le politique de l’éthique, l’esthétique du spirituel.Que Vadeboncœur raconte l’aventure d’un simple dessin d’enfant ou d’un peuple à la croisée des chemins, il ne nous dit qu’une seule chose, qu’il répète de mille et une façons, à savoir qu’être humain, c’est sans ces- ¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦P**'-'"«¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦P LA LIBRAIRIE /Caiire 1 ¦_______ mmrn mm m Bsa mmm^ * ¦ ¦¦ ¦ ¦ ¦¦¦ ^ j ¦¦ ¦ I \ ¦ , / v Bertrand Gauthier Ê ^ lauréat du prix i Raymond Plante 2010 JecTüre fliVRE Jeunesse décerné par La fête du livre et de la lecture dans le cadre du Salon du livre jeunesse de Longueuil Librairie Alire, 825, rue St-Laurent Ouest, Longueuii (Québec) 450.679.8211 « Le cœur^ comme intelligence » Pierre Vadeboncoeur La clef de voûte Toute l’équipe des Éditions Fides, des Éditions Bellarmin et de Bibliothèque québécoise salue Monsieur Pierre Vadeboncoeur, ce libre penseur d’exception, et offre ses plus sincères condoléances à tous ses proches.FIDES se passer de la dernière heure à la première, que nous ne sommes jamais libres si on s’enferme dans une forme de pensée ou de société, car la liberté est le «oui» que la pensée dit constamment au mystère qui l’enveloppe, l’élargit.Comme Vadeboncœur aimait bien la Erance, faisons-le entrer un instant dans la petitç histoire littéraire française.A la mort de Mallarmé, Valéry se serait demandé combien de temps il faudrait à la Erance pour «produire» à nouveau un tel homme.Quand je me de- mande, comme beaucoup d’autres, si le Québec existe encore et s’il a encore un avenir, je me dis que la réponse est dans Vadeboncœur.D’abord, il est clair qu’un pays qui a donné une telle œuvre mérite d’exister, c’est-à-dire que ce pays a dans sa culture et son histoire tout ce qu’il faut pour produire ces synthèses successives du passé et du présent qui appellent et font l’avenir, tout ce qu’il faut pour créer des formes, des façons de vivre et de mourir ensemble qui sont, sinon nécessaires, du moins Série (de la Place des Arts Ler Studio Lbttiraùey Un espace pour les mots Lundi 15 février* 19 h 30 À la Cinquième Salle de la Place des Arts Sébastien Ricard lit Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke Sébastien Ricard s'est passionné pour ces lettres que Rilke adressa à un jeune homme de 20 ans, formidable méditation sur la création et l'accomplissement intérieur qui a séduit des générations d'écrivains et de lecteurs.O laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 Entrée : 15 $* Étudiants: 10 $* ‘Taxes incluses.Frais de service en sus.Une coproduction Les Capteurs de mots ^ I Place des Arts valables.Vadeboncœur a vécu, a écrit, c’est donc que le Québec existe.La question est maintenant de savoir si son œuvre peut ébranler «l’âge de l’indifférence» dont il parlait dans L’Humanité improvisée, si nous sommes capables non seulement de le lire, mais de vivre et d’agir selon les valeurs qui étaient les siennes et qui sont inscrites dans les titres mêmes de ses livres: La Ligne du risque, Le Pas de l’aventurier, L’Autorité du peuple, Un cœur libre, Indépendances, Le Bonheur excessif La justice en tant que projectile, etc.Ces valeurs, on le voit, nous obligent à ne rien tenir pour acquis, à vivre d’espoir et de conquêtes de l’esprit, à recommencer le monde comme nos ancêtres, comme tous les habitants du Nouveau Monde, comme tous ceux qui aiment assez le monde pour l’empêcher de vieillir.de mourir: «Ainsi faisait Miron le découvreur, dit Vadeboncœur, qui commençait à écrire chaque fois qu’il écrivait.» Tous les combats de Vadeboncœur, y compris ses méditations, autre forme de combat, n’auront pas été vains si nous pouvons, comme lui, chercher à être libres, tout en sachant que la liberté est adhésion à ce qui nous échappe, tendre vers «la plénitude de l’être», tout en sachant qu’«OM ne passe pas décisivement la frontière entre le réel d’ici et le réel de là-bas», ce qui veut dire que tout est toujours à recommencer, telle est la loi de la création, mais aussi que la vérité est dans le passage entre ici et là-bas, qu’il n’y a, en falL qu’un seul royaume et que la relation entre les morts et les vivants n’est peut-être pas à sens unique.Collaboration spéciale Olivieri librairie »^bistro Au cœur de l’Histoire Jeudi 18 février 18 h 00 Une présentation de \’Espace du livre francophone, de Joël Des Rosiers, poète.Avec l’appui du Consulat général de France.Avec le soutien du Conseil des arts du Canada, de la Sodée et de la Ville de Montréal.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Nelges Métro Côte-des-Nelges Dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs DÉBAT L’Histoire des Noirs est-eile en train de changer ?Une approche comparée (France, États-Unis, Québec, Antilles) tant sous l’angle politique, historique, sociologique, qu’imaginaire.Avec P AP NDIAYE Historien français spécialiste de l’histoire des Noirs, auteur notamment de La condition noire ; essai sur une minorité française et de Les Noirs américains en marche pour l'égalité (Gallimard).Et Guy Deslauriers Cinéaste français d’origine martiniquaise (Alikei).Moussa Guene Coord, organisme PROMIS.Simon Harel Auteur, psychanalyste (UQAM) Jean-François Nadeau Historien, auteur, éditeur.Animateur Dominique Des Rosiers LE DEVOIR, LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 EEVRIER 2010 F 3 LITTERATURE Ces petits actes miraculeux h Danielle Laurin lie aura 17 ans le 11 mai prochain.Elle en avait 15 lorsqu’elle a écrit Hitler et la fillette, dédié à sa grand-mère, rescapée des camps nazis.Un livre remarquable, admirable, inclassable.Une pièce d’orfèvrerie.On se demande comment cette jeune Montréalaise, du nom de Catherine Shvets, a pu parvenir à un tel résultat.Jamais rien lu de semblable sur la Shoah.On y trouve à la fois la fraîcheur de la jeunesse et une grande sagesse.La haine des Juifs, les SS, les consignes sadiques.Les ghettos, les camps.La faim, le froid, l’extermination.La mort.La guerre, la misère.La barbarie, la souffrance.La survivance, la solitude.Tout y est.Mais vu autrement.Il y a quinze histoires dans Hitler et la fillette.Quinze nouvelles, très courtes, épurées, minimalistes.Sans pathos, sans larmoiement, sans enflure.Avec, au centre, chaque fois, une hllet-te.La même?Peu importe.Il y a quinze histoires, qui forment un tout.Toutes entrecoupées d’une citation abjecte d’Hitler.Comme celle-ci: «Par conséquent, le Juif, cette sangsue, doit être terminé.» Toutes sont racontées au présent, comme si on y était, là, maintenant.Et toutes sont racontées par le je.Par quinze personnes différentes — hommes, femmes ou enfants.Des personnes qui ont en commun d’avoir rencontré sur leur route, au milieu du chaos, une hllette en péril.Au début, on ne sait pas trop à quoi s’attendre.On est avec une jeune fille, âgée de quinze ans tout au plus, en plein bois.C’est elle qui raconte.Elle est maigre, affamée.Elle interpelle une fillette, plus maigre, plus affamée qu’elle encore.Aucune indication sur le contexte, l’époque.Puis, on apprend que l’aînée des deux avait une sœur.«Elle est probablement décédée, lâche-t-elle.Les Allemands sont venus la chercher à la maison.» C’est tout.On n’en saura pas plus là-dessus.C’est assez, on a compris.La conversation continue entre les deux hiles, tandis qu’elles marchent, à la recherche de nourriture.La suite: très simple.Elles aperçoivent une maisonnette, s’y précipitent, se font attaquer par deux molosses, deux bergers allemands sans pitié.Et la grande sauve la vie de la petite.Je résume, mais l’essentiel y est.Sinon qu’à la fin, apercevant les propriétaires de la maisonnette qui les regardent iiir, satisfaits, la plus grande des deux leur crie de toutes ses forces: «Salauds!» Catherine Shvets Je ne vais pas résumer chaque histoire, ne vous en faites pas.Mais vous dire encore qu’il y aura le pire et le meilleur en même temps, chaque fois.Et vous dire qu’une fois entendu qu’on change constamment de narrateur, de point de vue, on en vient à attendre le moment où une fillette en péril se pointera.C’est extrêmement habile comme procédé.Cela crée un climat un peu surréel, mais ancré dans le concret.Difficile à expliquer, difficile d’exprimer l’effet que cela produit.Comme s’il y avait une ma^e, une lumière, un halo, au milieu de l’enfer.Les personnages, pourtant à peine esquissés, vu la brièveté des histoires, nous rentrent dans la peau, nous restent en mémoire.Comme ce vieillard qui offre à la fillette aperçue sur un banc, un des rares bancs qui n’ont pas encore été détruits dans le ghetto, un bonbon.Un bonbon d’avant la guerre, qu’il a gardé précieusement dans sa poche.Il y a ce petit garçon, aussi, dans un camp de concentration.Un Tzigane, qui a vu mourir tous les enfants autour de lui.Qui voit débarquer une fillette tout à coup, «vieille par la faim et la fatigue», et qui partage avec elle son secret, sa cachette, l’emmène avec lui, même si c’est interdit, devant la clôture élec- trique du camp, pour contempler sa fleur, la seule qui a survécu, un pauvre pissenlit.Il y a des non-Juifs qui sauvent des vies, des médecins, des commerçants, des soldats, des officiers qui refusent d’obéir aux ordres, au risque d’y laisser leur peau.Il y a ce qu’ils avaient enfoui de leur humanité et qui déborde, qui domine, tout à coup.Il y a cette vision qui leur apparaît, soudain: et si c’était ma fille, si c’était ma sœur?Par petites touches, l’auteu-re insuffle à ses personnages une conscience intérieure.Et, une fois racontée l’histoire dont ils sont le héros, l’héroïne, elle ajoute une petite notice biographique sur chacun d’eux.Question de savoir ce qu’ils sont devenus.Par exemple, concernant le vieillard au bonbon, Moishe Lievbevich Pinklestein: «La journée qui suivit sa rencontre avec la petite fille, il mourut de faim dans le ghetto.Il n’eut pas sa propre tombe et fut enterré avec tous les autres morts dans un grand trou.» Je ne crois pas dévoiler un punch essentiel, franchir un interdit, en disant que les quinze notices biographiques d’Hitler et la fillette sont inventées.Les personnages, par contre, sont inspirés des souvenirs qu’a SOURCE FLAMMARION QUEBEC conservés de son enfance la grand-mère de Catherine Shvets.«Ma grand-mère était une fillette au moment de la Seconde Guerre mondiale», précise la jeune auteure à la tin de son livre.Ajoutant: «Elle doit la vie à des hommes et des femmes anonymes qui, au péril de leur vie, ont eu le courage de poser ces petits actes miraculeux qui peuvent transformer et sauver une existence.» HITLER ET LA EILLETTE Catherine Shvets Flammarion Québec Montréal, 2010,128 pages Hitler et la fillette noirvelies Iratherïi-Tshvets Flammarion Textes colligés par Michèle Nevert Textes de rinternement Manuscrits asilaires de Saint-Jean-de-Dieu (vol.1) essai, 192 p., 24 $ Des patients internés s’expriment ici avec grâce ou gaucherie dans des lettres qui racontent l’insupportable difficulté qu’ils éprouvent à vivre avec des fous dans le vacarme et le bruit.Un cri dans le vide.www.editionsxyz.com LITTERATURE AMERICAINE Confession d’un maniaque CHRISTIAN DESMEULES Référence incontournable de la littérature américaine, fabuleusement prolifique (elle a publié en moyenne quelque chose comme deux livres par an depuis 1963), Joyce Carol Qates, 71 ans, est ouvertement obsédée par la violence et la transgression.Et Le Triomphe du singe-araignée, paru en 1976, jamais traduit en français auparavant, ne fait pas exception.Le court roman s’inspire librement de la vie de Charles Manson, criminel psychopathe notoire, mélange d’artiste hippie et de prophète fou qui s’est rendu tristement célèbre pour avoir commandité à la fin des années 1960, à Los Angeles, une série de meurtres particulièrement sordides.Portant à la fois le masque du criminel et celui de la victime, Bobbie Gotteson incarne une sorte de «héros tragique», selon les mots mêmes de l’au-teure.Le choix du patronyme, ici, n’est pas innocent — un «fils de Dieu» qui paie de ses propres crimes la culpabilité de chacun d’entre nous.Victimes innocentes, héros innocent, complicité générale: au cours du procès qu’on lui fait subir, entrecoupé de flashbacks de ses crimes sanglants, le Singe-Araignée convient de tout et même de son contraire.Incursion au cœur de la folie, Le Triomphe du singe-araignée exploite aussi la figure de JEAN-PIERRE MULLER AFP Joyce Carol Oates, photographiée à Paris en 2005 l’artiste maudit convaincu de son génie, pseudo-démiurge guidé par des forces inconscientes qui le manipulent et l’investissent d’un destin supérieur.Une œuvre inconfortable, autant par sa forme que par son propos, qui tend un drôle de miroir: «Il y a quelque chose dans la Machette qui nous excite tous.» Collaborateur du Devoir LE TRIOMPHE DU SINGE-ARAIGNÉE Joyce Carol Oates , Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claro LesAUusife Montréal, 2010,132 pages ARCHAMBAULTSI Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES Résultats des ventes; du 2 au 8 février 2010 ROMAN OUVRAGE GENERAL Un suspense scientifique ingénieux Pierre Béland MICHÉLE Nevert Textes de L’internement Là où la nuit tombe rXPRfcSSJON NOIRE En librairie dès maintenant GROUPE LIDREX Une compagnie de Québécor Media PHUTü (c) GuuuFE LiDBxx Llbrd Expiesslon I Logiques | Publistar | Stanké | Trôcarré GROUPELlDREX.COM RU Kim Thuy (Libre Expression) lis HËRniERS D’ENKIDIEVT.1 Anne Robiliard (Wellan) L’ÉNIGME DU RETOUR Dany Lalenrière (Boréai) PV 1£ SYMBOlf PERDU Dan Brown (JC Lattes) lESSEPTXURSDUTAUON Patrick Senécai (Atire) TOMEI isabeiie Fléchette (Groupe Archambault) lA PREMIÈRE NWr Marc Levy (Robert Laffont) IL NE EMIT PAS PARIER DANS.Martin Michaud (Goélette) PARCE QUE C’ÊiniT TOI Marc Fisher (Québec Amérique) puniN Nelly Arcan (Seuil) JEUNESSE LOU! LASER NINJA T.5 Julien Neel (Glénat) Q LA SOIRÉE PYJAMA Rowan McAuley (Héritage) ROUGE POISON Michèle Marineau (Québec Amérique) pv U MORIE QUI MARCHAITT.1 Linda Joy Singleton (AD/^ NARUT0T.45 Masashi KIshimoto (Kana) PERCY JACKSON T.1 : LE VOLEUR DE.Rick Riordan (Albin Michel) L’ANNIVERSaiRE D'ASTÉRIX ET ORÉUX Uderzo (Albert René) NIGHTW0RLDT.2 Usa Jane Smith pchel Laibnl) CAmrs BOOK s.Stewart/J.Weisman (Bayard-Jeunesse) PIRAIE-O-MANIE A.Niehaus/A.Hecker (Hurtubise HMH) UL MAGIE DES MOTS VOL 1, H°1 Christine Robertson (AD/^ VOUS DEVEZ URE GE UVREI Jack Canfield/Gay Hendricks (AD/^ DÉMAQUILIÉE Dominique Bertrand (de l'Homme) PV VIVRE JUSQU’AU BOUT Mario Proulx (Bayard) CUISINER AVEC ROSIE.Rosie Daley (AD/^ U CLÉ POUR VIVRE SELON LA LOI DE.Jack Canfield/D.D.Watkins (ADA) LES 5 CLES DU BONHEUR Gordon Smith ANTIDOTE HD Collectif (Dmide Informatique) OPEN Andre Agassi (Plon) DU NOUVEAU DANS LA MMOTEUSE Collectif ^D/^ ANGLOPHONE DEAR JOHN Nicholas Sparks (Grand Central Publishing) PLATING FOR PIZZA John Grisham (Dell) lAMOZZr Ozzy Osbourne (Grand Central Publishing) PV SWEET LnTLE UES:AN LJL CANOV.Lauren Conrad (Harper Collins) THE SCARECROW Michael Connelly (Grand Central Publishing) THE LOST SYMBOL Dan Brown (Doubleday) THE LOVELY BONES Alice Sebold (Little Brown & Co) BREAKING DAWN Stephenie Meyer (Little Brown & Co) THE ROAD Cormac McCarthy (Knopf) EVERMORE: THE IMMORTALS Alyson Noël (Griffin) *'CadeaLi Jouez la carte de la culture! F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 EEVRIER 2010 LITTERATURE Sylvia au bout du rouleau de la machine à écrire Louis Hamelin Cette semaine, je voulais parler de la guerre en Pologne, mais je viens juste de m’aviser que la Saint-Valentin, c’est dimanche.Comme si l’amour, ce n’était pas tous les jours la fête, mais il faut bien que les chroniqueurs de lifestyle aient quelque chose à se mettre dans le cœur, un peu de cui-cui dans le bec et dans la «bizoune» économique, et même moi, j’entendais une petite voix qui était peut-être celle du devoir me susurrer ce matin-là: «T’aurais pas une bonne p’tite histoire d’amour, mon homme?» La Pologne peut attendre.S’il n’y avait pas d’amour, il n’y aurait pas de littérature.C’est ce que j’appelle une bonne cause.L’amour fait écrire, empêche d’écrire, inspire des chefs-d’œuvre et un tas de minables bluettes à l’eau de rose.Comme l’a bien dit le sulfureux Cébne, «c’est l’infini à la portée d’un caniche».Balzac, comme certains entraîneurs de boxe, croyait qu’une nuit d’amour se traduisait par une baisse d’énergie équivalant à trois ou quatre pages dans son cas.Flaubert tenait sa maîtresse à une journée de train de distance.Pourtant, il me semble qu’on écrit bien mieux en amour et que c’est même une réabté bien simple à comprendre, mais encore faut-il savoir ce qu’on entend par ce mot.Le grand amour et l’accaparement de l’autre sont deux choses bien différentes.What we talk about when we talk about love, voilà la question, telle que l’exprima Raymond Carver avec son beau titre de recueil.Les chicanes de couple et la dépendance affective sont les vraies rivales amoureuses de l’écriture, pas l’être aimé.Parfois, l’enjeu est clair, comme dans ce récit (le mot «roman» b^e dans la préface, où la nature autobiographique du livre est par ailleurs annoncée sans aucune ambiguïté) de Leonard Michaels intitulé Sylvia.Parfois, la lutte entre une femme et les muses prend une tournure tragique, devient même physique, sans merci.L’amour est le seul domaine de l’expérience humaine où la dépendance totale conbne au pouvoir total.Etre en même temps l’esclave et le maître.Mais tout comme le plus impitoyable dictateur sait très bien que ses ennemis les plus redoutables sont la capacité de rêver qu’abrite n’importe quel esprit et la rencontre d’un langage et d’une liberté, les amants possessifs peuvent voir leur domination menacée par un objet aussi banal en apparence qu’une machine à écrire.C’est ipie malheureuse histoire d’amour que celle-là.Evidemment, on a droit à la version de l’homme, c’est-à-dire celui des deux qui a survécu pour la raconter.D’abord, on est bien obligé de le croire, et puis, on lui doit bien ça.Le jeune homme qui, au début des années 60, voulait pondre des nouvelles comme tout bon écrivain étasunien débutant et qui devait parfois s’interrompre, le temps que sa jeune épouse s’empare de sa machine à écrire et la balance contre le mur, a attendu trente ans pour revenir sur ce premier mariage avec les moyens littéraires qu’il avait entre-temps conquis et qui ont fait de lui un Parfois, la lutte entre une femme et les muses prend une tournure tragique, devient même physique, sans merci auteur de nouvelles réputé.11 le fait avec beaucoup de sobriété et une indéniable puissance bt-téraire, qui tient entre autres à son parti pris de retrouver, presque intactes, sa bonne foi d’alors et cette voix comme naïve et conbante (à l’image des années qu’elle décrit), dénuée d’un cjmisme que le recul pouvait permettre et retrouvée à l’état pur dans le ton factuel et quasi clinique des quelques pages de journal intime insérées ici et là pour nous faire revivre l’épreuve, cette lente désagrégation de deux êtres dévorés par le ben qui les unit.Voici les années 60: «Quand l’art et la vie se rejoignaient de manière pertinente, les gens se dépassaient — transcendaient le moi; notre fringant président, John F.Kennedy, baisait des actrices de cinéma.Tout était éblouissant.» Et voici New York: «Quasiment tous nos amis étaient juifs, noirs, homosexuels, plus ou moins drogués, très intelligents, angoissés, ou deux ou trois de ces choses combinées.» Et voici Sylvia: «[Elle] se regarde dans la glace et rêve d’amants éventuels tandis qu’elle se coupe les cheveux.L’acné, les règles, tomber enceinte l’inquiètent, ce que les gens pensent d’elle l’inquiète et elle passe beaucoup de temps à dormir, ou allongée à manger des bonbons et des pâtisseries en se plaignant qu’elle se sent mal.Parfois, elle me montre de l’affection.Aujourd’hui elle n’a pas arrêté de gémir à cause de ses règles, de toute cette vie qui s’écoule d’elle en même terups que son sang.» A l’époque de Proust, on aurait parlé d’un beau cas de neurasthénie.11 est intéressant de noter que, au dix-neuvième siècle, cette dernière était attribuée, par au moins un spécialiste du Nouveau Monde, au rythme de vie étasunien.«Les Américains (dixit G.Beard) sont le peuple le plus nerveux de la terre.» Et, de fait, lorsque Sylvia, «mince et bronzée» et dont la sibiouette, le visage bsse et la bouche sensuebe rappebent «les statues égyptiennes», se met à capoter sur le millimètre en trop que compte peut-être son nez, et que, à défaut d’une psychanalyse, ebe s’offre une visite chez un chburgien plastique et ramancheur de pifs patenté, lequel va lui facturer 100 dollars pour lui apprendre que son appendice, comme celui de Cléopâtre, «pourrait être plus court», on serait tenté de diagnostiquer, à la source de son mal, une névrose bien américabie.Son insatisfaction est peut-être d’origine sexuelle («Je ne vais pas attendre la fin de mes jours pour avoir un orgasme»), mais ebe pourrait bien plonger ses racbies dans un terreau culturel plus profond.Sylvia et le narrateur forment un de ces couples qui se réconcüient au lit, mais aussi quand üs se quittent, ou bien devant un bbn.On peut soupçonner que les références mythiques de leur amour ne se trouvent pas dans le Cantique des cantiques, comme chez Albert Cohen, mais au grand écran.C’est-à-dire là où les femmes sont toutes blondes et parfaites et baisées par des présidents de 43 ans bien virils.D’autre part, Sylvia n’endure pas la concurrence des couvertures de magazines.Les fameuses femmes-qui-aiment-trop sont un moindre mal, si vous voulez mon avis.Sylvia, ebe, a besobi de ne l’être jamais assez.hamelinlo@sympatico.ca SYLVIA Leonard Michaels Traducbon de l’anglais par Cébne Leroy Christian Bourgois Paris, 2010,150 pages ESSAIS QUEBECOIS L’érotisme selon Michel Dorais LOUIS CORNELLIER Le sociologue Michel Dorais est un essayiste délicat, qui sait parler des choses de la sexualité avec une clarté pudique.11 a exploré, ces dernières années, la face sombre de cet univers dans de solides ouvrages sur la prostitution juvénile, la violence sexuelle au masculbi et l’homophobie.11 ne s’est pas détourné pour autant de la face lumineuse de cette expérience humaine.Sur ce territoire, son essai intitulé La Mémoire du désir.Du traumatisme au fantasme (Tjqio, 2004) s’impose comme un classique.Dans un Petit traité de l’érotisme qu’il vient de faire paraître.Dorais tente d’analyser ce qui se passe «dans notre esprit quand nous ressentons une personne ou une situation comme érotique».11 rejette l’approche essentialiste, «selon laquelle l’être humain serait le jouet passif de sa chimie intérieure», et défend plutôt une approche qui fait une place à l’in-tentionnabté.Le désir, expbque-t-il, est naturel, mais sa direction ne l’est pas.Le passé de chaque bidividu et les conditionnements culturels déterminent en grande partie «l’attraction ressentie», mais «la façon dont on y répond dépend toutefois des décisions de chacun».Dans une belle formule, Dorais explique qu’«î7 n’y a pas d’érotisme sans conscience de soi; avant même d’être rapport à l’Autre, c’est un rapport à soi».Cet ouvrage reprend quelques évidences: le sentiment de transgression peut être érotique, l’érotisme magnifie le corps de l’autre, alors que la pornographie le dégrade, les hommes érotisent le corps, alors que les femmes érotisent des attitudes et des sentiments.S’ü n’est pas, dans ces pages, toujours original.Dorais ne manque jamais d’élégance dans l’expression.«Cette volonté d’être symboliquement rassasié au contact de l’Autre est déterminante dans l’érotisme, explique-t-il.Pst excitante la captation, au moins symbolique, fût-ce un bref instant et en fantasme, de ce que l’Autre possède de plus précieux à nos yeux.» Sophia Loren, semble-t-il, affirmait que «la séduction, c’est 10 % de ce que l’on a et 90 % de ce que les autres croient que l’on a».Ce qui fait dire à Michel Dorais que «l’érotisme se passe avant tout dans la tête».C’est à la fois rassurant et inquiétant.Collaborateur du Devoir PETIT TRAITÉ DE UÉROTISME Michel Dorais VLB Montréal, 2010,120 pages Un outil original pour se préparer à l’épreuve uniforme de français au collégial JACQUES GARNEAU Col 1 egial L’Epreuve uni forme de français Cinq écrivains relèvent le défi En librairie dès maintenant Libre Expression | Logiques | Publistar | Stankâ | Trécarrô llll GROUPE LIDREX Une compagnie de Québécor Media GROUPELlDREX.COM BEDE Un œuf, deux voyageurs et l’absurde du voyage EABIEN DEGUISE Deux hommes marchent dans la nature, bâton à la main et sac au dos, à la recherche du village de Pin Rouge.C’est peut-être l’automne, il fait froid bleu, mais pas froid neige et, dans une clabière, üs vont rencontrer une drôle de créature agonisante au sol.«Qu’est-ce que c’est, tu crois?», demande l’un.«Je n’en sais rien», répond l’autre.Et c’est déjà beaucoup.Avec Célébration (La Pastèque), l’étonnant auteur norvégien Rui Tenreiro vient ime nou-veüe fois promener sa poésie du surréel dans un environnement bichromatique où vont prendre place un voyageur avec foulard et un voyageur sans foulard — ce sont les noms des héros — devant l’absurde de leur propre condition.Le tout, qui sait, au temps du médiéval.Tout comme pour Le Merk, sa précédente création, les décors s’y dévoilent avec la complexité qui sied à ce récit où la recherche de repères est forcément vaine.Alors, on se laisse bercer par une distribution incertaine — im püo-te français, le fermier de la forêt, Balthazar et son père.Moïse et le chat Cabbraster — mais aussi par ses arbres en forme d’oiseaux nobs, cette fête des récoltes qui ne tient pas debout, ses œufs venus d’on ne sait où et ses villageois à tête de loup.Oui, le loufoque peut parfois être le chemin à prendre pour trouver la profondeur.Bédé impressionniste, cette célébration trouve facilement sa place entre le délire introspectif d’un créateur génial et le livre d’art qui va puiser quelques traits dans l’univers mythologie et iconographique du shinto japonais.Elle n’est pas loin non plus de l’univers éclaté et réflexb de L’Autre fin du monde (Attrabile) qu’un certain Ibn al-Rabin nous a servi en 2008 et dont la simple évocation force la mise en garde à l’entrée dans cette fête: les esprits trop cartésiens ne devraient pas aller sous la couverture.Einalement.Le Devoir LA CÉLÉBRATION RuiTenrebo La Pastèque 2009, Montréal, 112 pages Olivieri Rencontres d’écrivains du CRiLCQ librairie ?bistro Au cœur de la littérature Photo : Nathanaël, 2005 PASSAGES Lundi 15 février 19 h 00 Avec le soutien du Conseil des arts du Canada et de la Sodée.En dffusion sur Radio Spirale.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Avec Nathalie Stephens Essayiste, poète et traductrice née à Montréal, Nathalie Stephens enseigne et vit à Chicago.Elle a notamment publié Carnet de désaccords (finaliste au Prix Spirale-Eva-Le-Grand 2009) et .s’arrête 7 Je (Prix Alain-Grandbois, en 2008).Animatrice Catherine Mavrikakis LITTERATURE QUEBECOISE Facettes de l’amour au féminin Montréalaise née en Abitibi en 1969, Josée Bilodeau nous avait donné auparavant deux romans, La nuit monte (XYZ, 2003) et On aurait dit juillet (Québec Amérique, 2008).Avec Incertitudes, elle enchaîne cette fois onze nouvelles qui explorent différentes facettes de la réalité amoureuse féminine.Avec un penchant certain pour les angles les plus sombres et les moins exposés.CHRISTIAN DESMEULES Minutieuses introspections, constats bistes de l’amour qui se lézarde, cartographies de dérives mentales et d’hésitations, hantise de l’abandon, fuites du réel sous forme de fantasmes passionnés: avec ce recueil habilement construit, traversé de personnages et d’images récurrentes, l’écrbaine pose sans doute un jalon important d’une œuvre encore jeune.Ainsi d’un certain Gilles, «homme à tout faire» des nouvelles avec lequel semblent liées, d’une façon ou d’une autre (amoureuse, ex, sœur, amie), toutes les protagonistes féminines du recueil.Qu’elles s’appellent ici Sophie, Violette ou Ingrid, elles ont presque toutes en commun leur manque de confiance en elle, ce qu’elles nomment des «états d’âme excessifs» et une insatisfaction quasi chronique envers les hommes qui partagent leur vie — qui eux semblent à peu près tous immobiles et sans consistance.Si le recueil s’amorce avec quelques textes moins convaincants, la seconde moitié suffit largement à nous le faire oublier.Grâce à «Dans la chambre andalouse», notamment, nouvelle impressionniste et sensuelle, où Josée Bilodeau joue habilement de la corrida comme métaphore du couple: observation lente, peur et désir, tango, piques, mise à mort.Dans Le Bébé de Maria, rendant visite à im couple d’amis venant d’avob un bébé, une femme, un peu hors d’elle, ne sait plus quoi penser.Eascinée, révulsée, jalouse?«Comment savoir ce que je voulais, comment sait-on, quand cette idée nous met de si épouvantable humeur?» Aüleurs, un trajet nocturne en train dans une Suisse de carte postale se transforme en cauchemar pour une femme qui se voit séparée par accident, au milieu de nuUe part, de toute sa petite famille (Le Dernier Wagon).Dans L’Arbre mort, un jasmin en pot qu’eUe croyait mort reprend vie et colonise lentement tout l’appartement d’une jeune femme.Métaphore botanique de la dépression, peut-êbe, de la peine d’amour envahissante jusqu’à l’étouffement: «Dans le regard fuyant de mes amis, je ne voyais plus qu’une triste fille.J’étais devenue cette filledà.» Portée par une écriture qui ose prendre des risques, qu’on devine personnelle ou qui en donne l’ülusion parfaite — ce qui revient au même —Josée Bilodeau nous offre un petit livre fort, poétique, clab-obscur.Collaborateur du Devoir INCERTITUDES Josée Büodeau Québec Amérique Montréal, 2010,136 pages Les Éditions XYZ félicitent Daniel Castillo Durante, finaliste au Prix littéraire Le Droit-fiction, pour son roman Ce feu si lent de Vexïl.www.editionsxy2.com LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 EEVRIER 2010 F 5 LIVRES L’écrivain, son blogue à l’air f Jean Larose Un colloque intitulé «La fabrique du numérique» s’annonce à Québec, le 26 février, autour de la question suivante: «Comment créer, éditer, diffuser aujourd’hui?» Une participante s’interroge si «création numérique, blogues d’écrivains et critique littéraire permettront d’aller vers une plus grande proximité/simultanéité entre la fabrique du texte et sa réception critique».Un autre célèbre le «feedback rapide/possibilité d’adapter l’univers au lectorat.» S’adapter au lecteur, il était temps! Si Duras, Joyce, Guibert avaient pu écrire avec le monde, ils auraient peut-être écrit comme du monde.Les écrivains sont de mauvaises têtes.Le nouveau moyen d’humilier leur prétention au génie, c’est de soumettre leur vice solitaire au feedback rapide.C’est intolérable, à la fin, cette conception indépendante, libre, sournoise, asociale de l’écriture! La littérature en ligne sera progressiste: «Une formidable chance de bousculer notre conception de l’écriture et de la lecture.» «Ce qui surgit d’écriture via les formes numériques de publication et diffusion (blogues, réseaux sociaux) bouscule sur le fond les tâches de transmission comme les formes littéraires.» L’écrivain doit se faire communicant en temps réel, créateur participatif/réactif/relationnel/collectif.Ça m’en rappelle d’autres, cette intimation au changement sur le fond.Au nom du monde ordinaire, du peuple québécois, des défavorisés.Et ça marche! Mon dernier article s’est attiré quelques commentaires en ligne.Un ami m’en informe, je vais les lire, me prends au jeu, commets même l’indiscrétion de me joindre à la conversation.Du coup, l’article suivant (celui-ci) change avant d’être écrit.Me voilà dans le coup! Je connais enfin le feedback rapide! Mais la paranoïa me poigne.Ça discute autour de moi dans mon bureau, ça commente les phrases que je n’ai pas encore écrites, je me sens poussé à faire pire, je rêve en couleur de devenir célèbre en déclenchant contre moi la haine universelle.Il y a peu, les réactions possibles se limitaient au «Courrier des lecteurs», parfois à un article, mais plusieurs jours après, et je n’en avais pas toujours connaissance (encore que la prévenance des amis nous laisse rarement ignorer un commentaire désagréable).Désormais, une chronique dans un journal est un blogue! Mais ce n’est qu’une chronique, qu’on peut malmener sans me détruire.Or je vois des sites où l’auteur invite à commenter son roman naissant! Ce sont évidemment des gens qui cherchent de l’amour, pas des lecteurs.Faut-il être ignorant des ressorts de la création pour en soumettre le germe au jugement public! Avant même de plonger dans la foule du web, l’écrivain est déjà plein d’autres êtres: sa vie, ses morts, l’histoire, les livres.C’est bien sûr pour se débar- Faut-il être ignorant des ressorts de la création pour en soumettre le germe au jugement public ! rasser de cette foule-là, la seule qui compte pour un écrivain, qu’on exalte le feedback de la foule internaute.On s’offre tout vif au lecteur ahn de refouler l’altérité intime.L’amour peut faire ça aussi.La littérature en blogue, ,saisie toute vivante, répond à ce rêve.Ecrire, afhcher, commenter à chaud.«Suivre et classer l’activité de plusieurs dizaines de blogues d’un coup d’œil.» «Disposer d’un flux rss.» Mythe édénique, dernière naïveté des désabusés du péché originel.On imagine bien Kerouac tapant ses romans sur un écran (qui renouvelle le rouleau de papier), mais pas au fil des réactions.La bouteille branche bien mieux que le web.Bataille au bordel, consultant son iPhone sur la croupe d’une muse vénale, écartillant Edwarda au flux rss de la communauté inavouable?Ou, pour prendre un exemple plus édihant, Valéry écrivant ses Cahiers en ligne?La liberté marginale de cette oeuvre immense aurait été impossible.Chaque fois dans ma vie que je me suis exalté pour ce que l’ordinateur changeait à l’écriture, c’était pour me cacher que je n’avais plus d’instinct, que je refoulais ce qui n’était qu’à moi, pour attendre des autres, des liens, du relationnel, qu’ils fassent le travail à ma place.Assurance littérature, comme si le risque d’écrire pouvait être collectivement réparti.Quand on n’a plus rien à dire, on court les salons virtuels où se célèbrent l’hyper texte et autres prétendues révolutions de l’écriture.On traîne dans le web, le blogue à l’air, suppliant qu’on nous re- garde écrire, comme ces ventres qui ont tellement besoin d’un spectateur pour aller à la toilette qu’ils installent une webcam dans la leur, libre au monde entier de suivre à flux tendu la physiologie prodigieuse de leur création.Il paraît qu’îl est «de plus en plus urgent et vital pour un auteur de disposer de son propre nom de domaine et d’installer en ligne des ressources de base».Cîel! Je n’aî pas de nom! «Le meilleur moyen que des sites pointent vers le vôtre: c’est que vous exprimiez, sur votre site, en quoi ils comptent pour vous — vos affinités, vos visites, vos suggestions: le web se pense ensemble, se fait ensemble — faites des liens, on vous le rendra!» One good turn deserves another.C’est le poulailler Guermantes universel! La volaille branchée glousse, à qui reçoit qui, qui connaît ou ne veut pas connaître qui, qui couche ou pas avec qui.Je te Us par la barbichette, tu me Us par.Entendez-vous, sous le ton postmoderne très je-balse-sans-m’attacher, entendez-vous le sanglot?Ces sites d’écrivains, morne trottoir, où personne ne laisse de témoignages de son plaisir! «Bltchage» de désenchantés et crachats de séduction: mol! mol! mol! Lisez mon roman, mes amours décomposées, mon corps galvaudé! Admfrez, horrrfiez-vous, jouissez de mol! Vous m’écœurez! Lalssez-mol donc pas tout seul! L’écrivain connu que je surprends en ligne y est toujours Inférieur à lui-même.On dirait qu’il joue le personnage de son propre nécessiteux.La prostitution sainte de l’écrivain au public se pratique en chambre, non sur le trottoir.Et les seules réactions qui comptent, ce sont celles des morts.LITTERATURE ERANÇAISE Désirs d’enfants Pœdophüia ou l’amour des enfants, un essai posthume d’Annie Leclerc, se penche sur la réalité de la pédophilie, vue sous tous ses angles GUYLAINE MASSOUTRE Depuis une dizaine d’années, on a pu voir plusieurs fdms de fiction mettant en scène la sexualité des enfants, soit en recherche de sensations ou d’éveil sexuel (Mysterious Skin, de Greg Araki, 2004), soit dans des portraits de pédophiles, dans le regard moral de la société qui clive l’agresseur et la victime (The Woodmans, de Nicole Kassell, 2004).Mais il n’est guère de sujet plus tabou que ce qui touche à la sexualité de l’enfant, surtout lorsqu’un adulte, de la famille ou non, détourne au profit de sa pure jouissance la confiance d’un jeune, généralement une fillette.Reconnaître que les enfants ont des éveils sexuels est volontiers gommé par le discours moralisateur et par la nécessaire protection de l’innocence.De l’exploration de la sexualité infantile à la perversion, à la maladie mentale ou à l’acte criminel de l’adulte, il n’y aurait qu’un pas ou qu’un silence gêné, des interdits et des tabous.On se souvient certainement des remous provoqués par le récit L’Inceste, de Christine Angot, en 1999.Christiane Rochefort, dans La Porte du fond (prix Médicis 1988), Annie Leclerc (1940-2006) l’avait raconté dans un roman.Désir honteux, plaisirs coupables, destruction morbide, violence cachée, émotions et sentiments y ont des engrenages complexes.Subvertir l’ordre institué C’est à ce sujet grave que Nancy Huston a consacré une énergie d’éditrice et son courage de préfacière.Elle nous donne à lire un ouvrage posthume, celui de son amie l’essayiste Annie Leclerc, disparue en 2006 à l’âge de 66 ans.Il s’agit de Pædophilia ou l’amour des enfants, un essai infiniment délicat, sensible, brillant et autobiographique.SOURCE ACTES SUD-LEMEAC qui se penche sur la réalité de la pédophilie, vue sous tous ses angles.Annie Leclerc a donné une œuvre de philosophe, d’écrivaine, de féministe remarquable.De Parole de femme (1974) à L’Enfant, le prisonnier (2003), en passant par Le Mal de mère (1986) ou Exercices de mémoire (2000), elle a été une plume essentielle pour dire le corps féminin, ses joies et ses traumas, et pour réfléchir sur le mal.Elle n’évitait nul des grands sujets du siècle, s’engageant par delà le silence, l’oubli, le désespoir.Cet ouvrage explique encore mieux les autres, son sens aigu de l’injustice.Après son ro- Notre monde sera bientôt beaucoup plus petit.JEFF RUBIN DEMAIN UN TOUT PETIT MONDE w Comment le petrole entraînera la fin de la mondialisation ?Hurtubise www.editionshurtubise.com man Le Pont du Nord, elle s’était expliquée, dans La Venue à l’écriture, en compagnie lumineuse de ses consœurs et amies Hélène Cixous et Madeleine Gagnon.Bien loin des romans de Tournier, Nabokov, Peyrefitte, Queffelec ou Matzneff, qui, chacun à sa manière, ont créé des scandales en racontant soit l’abus, soit la pornographie, soit cette sexualité taboue, Annie Leclerc a réfléchi sur la question intime, secrète, dévorante, de l’agression sexuelle sur l’enfant.Pædophilia est un cauchemar, prévient Nancy Huston.En ef fet, l’ouvrage est bouleversant, exceptionnel.Ecrit petit à petit, tout au long d’une vie, et tenu dans l’ombre parce que touchant l’indicible, ce livre offre une écriture qui s’y taille le plus noble rôle: la parole volontairement tenue, quand elle n’est que hurlement.Enfance perdue Elle l’avait vécue, cette attirance pour le loup du bois, puis l’outrage, c’est-à-dire «le massacre de l’adorable»: le rapt, la souillure, la honte, l’intériorisation absolue.De là sa brillante étude du conte Le Chaperon rouge, ses émotions entières, conhdences et analyse de l’emprise hnement disséquée.«Ce n’est pas faute d’éprouver Pædophilia.Tout le monde y passe.C’est le plus répandu, le moins contesté, le plus poignant des sentiments.Mais c’est en même temps le moins interrogé, le moins réfléchi.» Entrez sans préjugés dans l’enfance fauchée en pleine candeur, piégée dans le basculement, subordonnée au mutisme qui verrouille tout.Le temps a déposé des strates en ce beau livre inachevé.L’adoration de l’adulte pour l’enfant et, inversement, le désir de découvrir, chez l’enfant, sont les versants d’une même emprise.Les considérer nous entraîne dans la dévoration ultime.Annie Leclerc trouve les mots pour évoquer la ferveur enfantine et l’effusion ogresse.L’enfance: «Amour ébloui et désespéré, dont nous aurons tous été les captifl: bienheureux ou rebelles.» Ni les larmes ni la douleur ne l’emportent, mais l’abus dénoncé, avec ses phases de séduction et ses sources vives, remonte vers l’origine à laquelle elle a consacré plus d’un livre.Magistrale Annie Leclerc, abordant l’impensable dans cet essai essentiel.Collaboratrice du Devoir PÆDOPHILIA OU UAMOUR DES ENFANTS Annie Leclerc PréJace de Nancy Huston Actes Sud-Leméac Le Méjan-Montréal, 2010, 131 pages ÎÔ CATEGORIE ROMAN QUEBECOIS vu D'ia TOUT EST PETIT NICOLAS CHALIFOUR HÉLIOTROPE MALEFICIUM MARTINE DESJARDINS ALTO L'ENIGME DU RETOUR DANY LAFERRIÈRE BORÉAL L'ŒIL DE MAROUISE MONIOUE LARUE BORÉAL LA FOI DU BRACONNIER MARC SÉGUIN LEMÉAC CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC VENDETTA RJ.ELLORY SONATINE LA.L.A.STORY JAMES FREY FLAMMARION QUÉBEC Yannick Haenel Jan Karski JAN KARSKI YANNICK HAENEL GALLIMARD Roth EXIT LE FANTOME PHILIP ROTH GALLIMARD UNE VIE À COUCHER DEHORS UNE VIE A COUCHER DEHORS SYLVAIN TESSON GALLIMARD WWW.PRIXDESLIBRAIRES.QC.CA s>.Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts 1^1 Canadian Heritage Québec ! 4 100 ans 5226 F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 EEVRIER 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS La modernité selon Marcel Gauchet Louis Cornellier ¦ où viennent les démocraties mo-^ dernes et ceux qui les habitent?«Aux yeux de Gauchet, répond le théologien Patrice Bergeron, ce monde et cet homme modernes, au plus profond, viennent de la religion.Plus précisément, ils en sortent.» La Sortie de la religion.Brève introduction à la pensée de Marcel Gauchet, un brillant essai d’une rare densité, vise à éclairer les tenants et aboutissants de cette énigmatique réponse.«L’œuvre du philosophe et historien Marcel Gauchet, armonce Bergeron, appartient à cette catégorie d’œuvres capables de susciter l’angoisse.Elle est ample, reconnue pour être complexe et elle est encore en train de s’écrire.Y entrer et y circuler ne va pas de soi.» Si l’effort en vaut la peine, cela étant, c’est que nous sommes en face, selon le préfacier Gilles Labelle, d’une «des rares œuvres contemporaines qui, sans doute, méritent d’ores et déjà l’épithète de “classique”», et que l’ouvrage de Bergeron «est ce qui s’est écrit de plus clair sur le travail de Gauchet».Le lecteur doit néanmoins être prévenu: le parcours ne sera pas facile.Gauchet tente de penser ce qui fait l’humanité de l’homme et sa nature sociale.Sa réponse emprunte à la philosophie, à l’histoire, à la sociologie, à l’anthropologie, à la théologie et à la psychanalyse et embrasse «plusieurs millénaires».Contre Marx, selon qui «c’est l’économie qui détermine l’ordre social, politique et religieux», Gauchet postule la primauté du politique.«Il n’y a pas de société possible, selon lui, sans une quelconque prise en charge de l’enjeu du pouvoir», explique Bergeron.Et pour comprendre ce politique, il faut passer par la reli^on.Les sociétés primitives, sans Etat, reportent «le fondement social dans un ailleurs radical, inaccessible, invisible».Gauchet parle de la «religion première» ou de l’hétéronomie.«Ce qui fait qu’il y a un monde dans lequel vivent des hommes ne vient ni de ce monde ni des hommes», précise Bergeron.La loi et l’ordre viennent «d’un ailleurs radicalement extérieur», sont reçus et existent de toute éternité.11 y a une séparation religieuse entre tous les hommes, d’un côté, et le fondement, de l’autre.Ces sociétés sont donc égalitaires et en fusion avec la nature.Les sociétés modernes sont l’envers exact de ce premier modèle.Elles sont «sorties de la religion» et caractérisées par l’autonomie.Elles n’échappent pas à la condition politique, c’est-à-dire à la division, à l’expérience de l’altérité, mais elles sont divisées de l’intérieur.«Ce n’est plus l’autre en dehors de l’homme qui agit comme fondement, résume Bergeron, c’est l’autre en l’homme.» 11 évoque la division entre l’homme et son monde, entre l’homme public, le citoyen, et l’individu privé et au cœur de l’homme lui-même sur le plan identitaire.Une riche synthèse Entre ces deux étapes se déploient l’histoire politique de la religion et l’histoire de la sortie de la religion.L’affaire, faut-il le rappeler, est extrêmement complexe.Bergeron, avec un remarquable brio, en propose une riche sjmthèse dont je ne peux offrir ici, après deux lectures plus qu’attentives, qu’un bref aperçu.Gauchet situe «autour de 3000 avant l’pre chrétienne» le surgissement d’une sorte d’Etat prémoderne.Cette révolution modihe Ea condition politique des sociétés primitives.L’Etat devient l’incarnation du fondement extérieur.Une hiérarchie sociale se crée du même coup (dominants/ dominés).En prenant un visage humain, le fondement devient «questionnable» et apparaît comme séparé, transcendant (au-delà) et non plus passé et inaccessible.Entre 800 et 200 av.J.-C., une deuxième révolution approfondit la première.Apparaissent les temples et les dieux, qui ébranlent le pouvoir médiateur en ouvrant la possibilité d’une communication intérieure avec le fondement de l’organisation sociale.11 y a le monde de l’au-delà, transcendauL et le monde de l’ici-bas, qui se découvre une consistance propre.Le christianisme constitue la dernière étape de l’histoire politique de la religion et annonce la sortie de la religion.L’incarnation de Dieu «dans le plus ordinaire des hommes» indique deux choses: la disjonction radicale entre l’ici-bas et l’au-delà — le seul Dieu est tellement autre qu’il a dû se révéler poiu se faire connaître — et l’impossibilité poiu un médiateiu souverain, ici-bas, de représenter l’invi-sible/ondateiu, ime fonction réservée au Christ.L’Etat moderne, qui n’est plus un relais du religieux, peut ensuite apparaître vers 1500.Le religieux strpcturant cède alors graduellement la place à l’État-nation, au droit naturel et au sens de l’histoire, c’est-à-dire aux démocraties mo- 3 JAC GUEZ AFP Le philosophe et historien Marcel Gauchet dans les bureaux de la revue Le Débat, chez Gallimard dernes, dans lesquelles subsiste un religieux non structurant, c’est-à-dire des croyances, mais d’ordre privé et identitaire, qui viennent pallier, surtout à partir de 1970, l’incapacité de la politique et de l’histoire à donner un sens à l’existence.C’est ça, en gros, «le désenchantement du monde», selon la formule-titre de l’œuvre maîtresse de Gauchet.Dans les démocraties contemporaines, ce monde de l’autonomie ne va pas sans crises.L’équilibre entre les trois dimensions de la modernité — le politique, le droit et l’histoire — est déstabilisé.La seconde dimension, sous la forme de l’idéologie individualiste, domine, puisque les deux autres ont déçu (idéologies révolutionnaires) .Les temps actuels se caractérisent par une société des identités (notamment religieuses) où régnent «un désengagement généralisé» et la «dissolution du sentiment de société».Cela s’accompagne d’une crise de la culture (l’homme n’existe que dans et par une culture, mais refuse l’autorité nécessaire à sa transmission) et de l’école (la «gangrène narcissique» entraîne une surpersonnalisation des programmes qui empêche la transmission culturelle).Le dépassement de cette idéologie individualiste viendra peut-être, écrit GaucheL «du sentiment que les individus ont de leurs contradictions».L’œuvre de Gauchet est ardue, mais offre néanmoins, écrit Bergeron, «un véritable plaisir intellectuel».On peut en dire autant de l’essai que lui consacre son intrépide commentateur québécois.louisco@sympatico.ca LA SORTIE DE LA RELIGION Brève introduction à la pensée DE Marcel Gauchet Patrice Bergeron Prélace de Gilles Labelle Athéna Outremont, 2009,172 pages HISTOIRE Vivre et survivre sous la terreur stalinienne Un livre exceptionnel sur la vie intime des Soviétiques à l’ère des goulags PAUL BENNETT On sait avec certitude aujourd’hui que le régime stalinien fit près de 25 millions de victimes entre 1928, quand Staline prit le contrôle du Parti communiste soviétique, et 1953, à la mort du dictateur; ce qu’on sait moins, c’est comment ces personnes et leius familles vécurent les déportations — souvent suivies d’exécutions ou de morts par épuisement — dans les goulags, qu’on appelait alors pudiquement «colonies spéciales».Ou encore de quelle façon ceux qui les avaient dénoncées, et les citoyens «ordinaires» qui se contentaient de détoiuner le regard, justifiaient à leius propres yeux ces injustices quotidiennes, ces déportations massives et ces purges à répétition.C’est à cette tâche colossale que s’est appliqué pendant des années l’historien britannique Orlando Piges: non seulement a-t-il dépouillé les milliers de mémoires et d’archives familiales d’anciens déportés dissimulés avec soin jusqu’au «dégel» des années 1990, mais il a recueilli avec son équipe les témoignages oraux de centaines de survivants, de leurs enfants, de leurs voisins et de leurs bourreaux.Le livre qu’il en a tiré.Les Chuchoteurs — Vivre et survivre sous Staline, est tout simplement extraordinaire: d’une rigueiu à toute épreuve, il est tissé de récits vibrants et poignants, recueillis dans l’urgence avant que tous les témoins de la terreiu stalinienne ne soient disparus.Cette saga de plus de 700 pages est de plus captivante comme un roman, même si, comme l’écrit le préfacier Emmanuel Carrère, Piges est «le contraire d’un historien qui romance».La peur Ces dizaines de biographies entrelacées, dont on perd rarement le fil, racontent une tragédie à la fois personnelle et col- lective dont l’auteur réussit à éclairer les pans les plus sombres et les recoins les plus secrets, sans jamais tomber dans le voyeurisme.Les Chuchoteurs révèle au grand jour l’histoire (trop longtemps) cachée et, surtout, l’univers intime des Soviétiques ordinaires sous Staline.La peur — omniprésente, paralysante — de dire ce qu’on pense ou ce qu’on ressent, de crainte d’être arrêté comme «ennemi du peuple», a tellement marqué les esprits au fer rouge, selon l’auteiu, qu’elle a transformé durablement la Russie en une société taiseuse, frileuse et conformiste, qui aujourd’hui encore se replie dans la docilité dès que pointe ne serait-ce que l’ombre d’un nouveau tyran — un Vladimir Poutine, par exemple.«Dans une société où l’on pensait que l’on arrêtait ceux qui n’avaient pas su tenir leur langue, les familles survécurent en se claquemurant.Elles apprirent à chuchoter», écrit Piges, qui rappelle qu’il y a deux mots en russe pour désigner un «chuchoteur»: l’un pour celui qui chuchote par crainte de se laisser surprendre, l’autre pour la personne qui informe les autorités ou qui chuchote dans le dos d’autrui.«La distinction, poursuit Piges, trouve son origine dans le jargon des années Staline, quand la société tout entière se composait de chuchoteurs d’une espèce ou d’une autre.» \ A chacun son anthologie Ainsi, la famille Golovine, victime de voisins envieux, fut-elle dépouillée de tous ses biens, expulsée de chez elle — comme des millions d’autres paysans hostiles à la collectivisation des terres (koulaks) entre 1929 et 1932 — et exilée dans une colonie spéciale en Sibérie.Antonina Golovina n’avait que huit ans quand elle y fut exilée avec sa mère et ses deux frères — les enfants étant considérés comme coupables par association des «crimes» de leurs parents.De retoiu en Russie avec sa famille en 1934, Antonina, comme des millions d’autres enfants des camps, dut dissimuler son passé pour pouvoir survivre et refaire sa vie.Car, sous Staline, une biographie souillée par la «faute» des parents suffisait à vous priver à jamais de tout avenir.Aussi, Antonina Golovina se résolut-elle et réussit-elle à cacher durant près de 60 ans (!) à ses deux maris et à ses enfants le secret de sa réclusion en Sibérie en raison de ses origines koulakes.Zinaïda Bouchouïeva, Nelly Goldenstein, Boris Babitski, Elena Lebedova: autant de victimes des déportations qui se- VENTE DE FERMETURE PRIX RÉDUITS, RÉDUITS.BOUQUINERIE SAINT-DENIS 4075, rue Saint-Denis, Montréai ENTRE RACHEL ET DULUTH raient restées anonymes si Piges ne leur avait redonné vie et visage — grâce aux rares photos fanées rescapées d’une existence naufragée.L’historien reconstitue fidèlement le destin de dizaines de ces familles et de leurs descendants.Chacun se fera, en lisant ce livre, son anthologie personnelle et choisira, comme le suggère Carrère, «les héros, les moments de vérité qui le touchent le plus».Beaucoup d’ouvrages ont décrit, mais de l’extérieur, les arrestations, les procès et les conditions de vie sous la Terreur stalinienne, mais aucun avant celui-ci — si on excepte les mémoires plus littéraires d’un Soljénitsyne ou d’un Guinzbourg — n’a exploré avec un tel luxe de détails la vie personnelle et familiale des Soviétiques sous le joug stalinien.Qu’éprouvaient-ils vraiment?Quel genre de vie privée était possible dans les appartements communautaires que partageaient des dizaines d’individus qui s’épiaient constamment?Comment ré-agissait-on quand un membre de la famille (mari, femme, père ou mère) était arrêté comme «contre-révolutionnaire»?Telles sont quelques-unes des questions auxquelles tente de répondre cet ouvrage exceptionnel, dont le principal mérite consiste à démon- ter les rouages de la Terreur stalinienne et de son emprise sur la société soviétique sans jamais oublier l’impact moral, émotif et psychologique de cette oppression sur la vie quotidienne de millions d’individus.Le Devoir LES CHUCHOTEURS Vivre et survivre sous Staline Orlando Figes Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat Prélace d’Emmanuel Carrère Denoël Paris, 2009,792 pages Humour, ironie et dérision sont au rendez-vous.NEVADA EST MORT Yves Trottier 324 pages Ouvert 7 jours (12h à 18h) NB : N’oubliez pas le sous-sol NEVADA EST MORT J ?+iurtubise Hurtubise ^ www.editionshurtubise.conn
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