Le devoir, 27 février 2010, Cahier C
LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 EEVRIER 2010 IDEES Des attaques contre l’égalité des femmes Page C 5 4^ SCIENCES La science comme salut Page C 6 PERSPECTIVES La crise à Droits et Démocratie Quand le politique s’arroge tous les droits «Tous les humains ont des droits, peu importe ce qu’ils font et où ils vivent» Un faucon à la présidence ALEC CASTONGUAY Le point de départ des tensions qui ont finalement provoqué une crise à Droits et Démocratie, c’est la nomination d’Aurel Braun en tant que président du conseil d’administration en mars dernier.Aurel Braun, professeur à l’Université de Toronto, est connu dans les milieux universitaires comme un faucon de la cause israélienne.11 a déjà siégé au conseil d’administration de l’organisme juif activiste B’nai Brith.Lors du décès de sa femme, M.Braun a demandé à ses proches de faire un don à l’Association for the Soldiers of Israel, une fondation mise en place pour aider les soldats israéliens à protéger «la terre juive», comme l’indique leur site Internet.Aurel Braun est un ami très proche de Gerald Steinberg, professeur d’université à Ra-mat Gan, en Israël, et dont la thèse est la suivante: les organismes non gouvernementaux qui œuvrent au Proche-Orient utilisent le paravent des droits de la personne pour critiquer Israël et saper son droit d’exister.Les agences internationales comme l’ACDI et Droits et Démocratie leur accordent, déplore-t-il, une légitimité en les finançant.M.Braun a invité Gerald Steinberg à faire une présentation au conseil d’administration de Droits et Démocratie, mais certains membres du conseil ont refusé.Aurel Braun était en conflit avec le président de l’organisme aujourd’hui décédé, Rémy Beauregard, à propos de trois subventions de 10 000 $ accordées aux groupes al Haq, Bt’selem et al Mazan, engagés au Proche-Orient.«Il s'agit d’organisations très, très vicieuses impliquées dans de viles activités, a-t-il déclaré au National Post.Même en faisant preuve d’imagination, on ne peut les qualifier d’organisations humanitaires.» Il estime que ces organismes sont «liés au terrorisme», ce que les principaux intéressés ont nié avec véhémence dans les dernières semaines (appuyés par plusieurs sommités mondiales en matière de droits de la personne).Cet automne, après d’énormes pressions, Rémy Beauregard a accepté de cesser le hnancement à ces organismes.VOIR PAGE c 3: FAUCON La crise qui a éclaté à Droits et Démocratie démontre de belle manière comment un gouvernement peut prendre le contrôle d’un organisme indépendant sans avoir à lui dicter sa conduite.Il suffit de nommer les bonnes personnes au conseil d’administration.Mais lorsque le cœur du problème est le conflit au Proche-Orient, le mélange peut rapidement devenir toxique.ALEC CASTONGUAY Depuis le début de la crise au sein de Droits et Démocratie, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, avait été particulièrement silencieux.Un silence qui faisait craindre aux employés de l’organisme fédéral et aux experts en droits de la personne que le ministre ne soit d’accord avec les a^ssœ ments du conseil d’administration de l’organisme.Lundi, sur le coup de midi.dernière remonte à 2008).Or les rapports sont tous positifs envers l’organisme.«Le conseil d’administration utilise le prétexte de l’imputabilité pour faire de la microgestion et ainsi orienter les subventions selon ses goûts», soutient un employé de Droits et Démocratie.Les faits démontrent que le cœur du problème, c’est la position pro-israélienne du nouveau conseil d’administration.Une position qui colle à celle du gouvernement.Depuis que Stephen Harper a pris le pouvoir en 2006, il a tranquillement changé « Le gouvernement a clairement voulu donner une orientation idéologique très forte à l’organisme, sans le dire à personne » Lawrence Cannon a confirmé leurs craintes: «Le gouvernement a pleinement confiance dans le conseil d’administration pour gérer la destinée de Droits et Démocratie», a-t-il dit en conférence de presse.C’est pourtant de ce conseil qu’émanent les problèmes depuis le début de la crise.L’organisme Droits et Démocratie a été fondé en 1988 par une loi du Parlement.Il est indépendant et ses orientations sont décidées par le conseil d’administration.Le ministre Cannon a tenu à le rappeler le 3 février dernier, lors de sa seule intervention avant celle de lundi.«On met des conseils d’administration en place, avait-il dit.Ceux-ci jugent au meilleur de leur capacité ce qui doit être fait et comment le faire.Ce sont des débats à l’interne sur un sujet ou sur un autre; mais non, au contraire, il n’y a absolument pas de mot d’ordre.» En effet, le mot d’ordre était inutile puisque le gouvernement a nommé au conseil des membres qui partagent sa vision, notamment sur le conflit au Proche-Orient.Lundi, M.Cannon a donc appuyé les hommes qu’il a lui-même mis en place depuis un an.«Dans le cas de Droits et Démocratie, le gouvernement a clairement voulu donner une orientation idéologique très forte à l’organisme, sans le dire à personne», dit Dœ nis Saint-Martin, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal.la position historique du Canada sur le conflit au Proche-Orient.«Avant, le Canada était vu comme un acteur neutre dans le débat, explique Denis Saint-Martin.Ottawa essayait d’avoir une approche équilibrée.On pouvait critiquer Israël, même si le Canada est un ami et un allié de ce pays.Ce n’est plus le cas.Le gouvernement Harper ne voit maintenant qu’un côté de la médaille, celui disraël.» Le 12 féyrier dernier, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères, Peter Kent, est allé très loin, affirmant opf «une attaque contre Israël est une attaque contre le Canada».Des propos soutenus le lendemain par le bureau du premier ministre Harper.En décembre, lors d’un discours à Jérusalem, le ministre droits de la personne par Israël (voir texte ci-contre).Mais Droits et Démocratie n’est pas le seul organisme que le gouvernement Harper tente d’influencer indirectement.Cette position sans nuance et pro-Israël explique aussi les récentes compressions infligées aux organismes comme KAIROS, Alternatives ou encore la Eédération canado-arabe.Les pressions du gouvernement Harper sur les organismes non gouvernementaux qui osent critiquer Is-r a ë1 vont d’ailleurs en s’accentuant, affirme Gerry Barr, qui dirige le Conseil ca-n a d i e n pour la coopération internationale, qui regroupe plus de 100 ONG au pays.«Ça représente un problème de plus en plus inquiétant.Nos organismes se font dire de cesser de critiquer certaines positions du Canada, sans quoi leurs subventions vont disparaître.Ça touche beaucoup Israël, mais pas uniquement.Les changements climatiques et les droits de la personne en Colombie en font aussi partie.» Selon Gerry Barr, il s’agit «d’une crise des voix i n d é P e n - Une position sans nuance Dans une lettre publiée dans le National Post cette semaine, certains membres du conseil d’administration afhrment que la source de la crise à l’organisme provient du manque de transparence dans l’octroi de certaines subventions et non pas du virage en faveur d’Israël qu’ils auraient tenté d’imposer à Droits et Démocratie.Mais les nombreuses vérifications effectuées par Le Devoir démontrent le contraire.La vérificatrice générale du Canada enquête sur les hnances de l’organisme tous les ans.Le ministère des Affaires étrangères fait également des vérihcations (la « La gauche israélienne critique les violations des droits de la personne commises par l’État et ces gens ne sont pas moins juifs que les autres ! » de l’Immigration et de la Citoyenneté, Jason Kenney, n’a pas fait davantage de cachotteries.«Certains disent que notre gouvernement a abandonné la position traditionnelle de neutralité du Canada.[.] J’imagine que ce sont les mêmes gens qui croient qu’il y a une neutralité entre la tolérance et la haine, entre le terrorisme et le contre-terrorisme.Notre gouvernement croit au contraire que nous nous réapproprions nos valeurs historiques et leur donnons un nouveau sens [.1.Nous nous redonnons le droit de faire une distinction morale.» Le gouvernement conservateur s’est totalement approprié l’idée selon laquelle le discours propalestinien s’est radi-calisé et qu’il faut s’en dissocier.En mars, le gouvernement a d’ailleurs nommé à la tête du conseil d’administration de Droits et Démocratie un homme qui partage cette vision: Aurel Braun.Au hl des mois, le gouvernement en renforcé sa position en nommant des administrateurs qui veulent eux aussi cesser de hnan-cer des groupes et associations qui critiquent et documentent les violations des dantes» au Canada.«On commence avec deux ou trois organismes, comme KAIROS ou Alternatives, pour montrer l’exemple, mais la pression du gouvernement touche plusieurs ONG.Le gouvernement veut qu’on pense comme lui», dit-il.La neutralité Selon le professeur Denis Saint-Martin, en politisant à outrance le conflit israélo-palestinien, le gouvernement Harper a provoqué un «débat très toxique» qui se répercute jusque dans les organismes comme Droits et Démocratie.«Les nominations au conseil d’administration de Droits et Démocratie ne sont pas vraiment partisanes au sens politique, mais elles sont idéologiques», dit le professeur, qui estime qu’un organisme comme Droits et Démocratie devrait faire preuve de nuance dans cette région du monde.«Israël est une démocratie dans laquelle il y a des débats, dit Denis Saint-Martin.La gauche israélienne critique les violations des droits de la personne commises par l’Etat et ces gens ne sont pas moins juifs que les autres! La position du conseil de Droits et Démocratie est extrême.» VOIR PAGE c 3: POLITIQUE ¦ Droits et Démocratie a été fondé par une loi du Parlement en 1988.¦ L’organisme fédéral compte 46 employés.Son budget annuel est de 11 millions de dollars par année.¦ Bon an mal an.Droits et Démocratie a plus de 50 projets en cours dans toutes les régions du monde.¦ Droits et Démocratie jouit d’un statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l’ONU.Association francophone pour le savoir A c f a s L'Acfas souligne les ioo ans du Devoir, du milieu de la recherche francophone L'Acfas bâtit des liens : pour un dialogue Science et société www.acfas.ca C 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 EEVRIER 2010 PERSPECTIVES ANALYSE La Grèce pousse FUnion européenne à changer de régime Face aux déboires financiers d’Athènes, la zone euro s’interroge sur sa gouvernance économique JEAN ou AT REMER ^ k.premier ministre luxen JEAN QUATREMER Bruxelles — La crise ^ecque, qui est loin d’être terminée, a déjà montré que le traité de Maastricht a partiellement échoué: une politique monétaire fédérale et des politiques économiques et budgétaires nationales, cela ne peut pas fonctionner durablement.«r//ya une prise de conscience de ce problème chez les Vingt-Sept», a souligné jeudi après-midi, devant le Parlement européen, le président de la Commission, José Manuel Durâo Barroso, approuvé par Herman Van Rompuy, le président du Conseil eu- r24a)pec; , ^^IJSTpnTa «La participation à la zone euro ne peut se limiter à la gestion monétaire » ropéen çles chefs d’Etat et de gouvernement.Le débat sur l’après-crise a donc commencé et chacun s’accorde à reconnaître que la zone euro ne pourra pas faire l’économie d’un véritable «gouvernement économique», sauf à sombrer à la prochaine tempête.«Les conditions pour un saut qualitatif dans l’intégration sont réunies», analyse un diplomate d’un grand pays.«La véritable mise sous tutelle de la Grèce, décidée par l’Eurogroupe le 15 février, aurait tout simplement été inimaginable il y a quelques mois, souligne un diplomate européen.On est au-delà d’une simple application des traités européens.Nous sommes en train de les modifier sans le dire pour faire entrer dans les faits un véritable gouvernement économique de la zone euro.» Depuis lundi, des experts de la Commission et de la XCHANGE RATES WE BUY AT I Wr 'ELL AT USA R.URJT âWI ZEBLAND ^QB«AY CYP.tUS CANADA AUSTRALIA NST 1 EUR En dépit de la situation fiscale de la Grèce, les dépôts bancaires y demeurent stables.Banque centrale européenne sont à Athènes pour éplucher les comptes grecs, assistés par le Fonds monétaire international (FMI) qui sait, mieux que les Européens, auditer les finances publiques.Leur but: s’assurer que le pays ne cache rien et prend les mesures d’austérité adéquates pour réduire son déficit public de 4 % du PIB, comme il s’y est engagé.C’est seulement à cette condition que ses partenaires de la zone euro lui viendront en aide si les marchés continuent à exiger des taux d’intérêt trop élevés pour lui prêter de l’argent (actuellement, l’augmentation des taux coûte à la Grèce 0,5 % du PIB en année pleine).Des faux-semblants Les députés européens, lors du débat organisé jeudi sur les leçons à tirer de la crise grecque, ont estimé qu’il fallait aller encore plus loin.Ainsi, le Français Joseph Daul, le président du groupe PPE (conservateurs) , le plus important du Parlement européen, a repris à son compte les propositions de l’an- YIORGIS KARAHALIS REUTERS cien premier ministre Édouard Balladu.Dans une tribune publiée dans Le Figaro du 18 février, il estimait que «la participation à la zone euro ne peut se limiter à la gestion monétaire, elle doit aussi s’étendre à la gestion économique des Etats qui en sont membres».En particulier, l’Eurogroupe, comme le propose aussi Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois et président de cette enceinte qui réunit les ministres des Finances, devrait «approuver les projets de budget élaborés par les gouvernements avant que ceux-ci ne soient soumis à leurs Parlements respectife».Pour Joseph Daul, «ce n’est pas facile pour un Français de dire cela».Et de conclure: «Les Etats ne doivent plus s’accrocher à des apparences de souveraineté économique» qui ne sont que «des faux-semblants».Guy Verhofstadt, le président du groupe ADLE (libéral et démocrate) au Parlement européen, propose, lui, de créer un «fonds monétaire européen» capable d’émettre des emprunts.De fait, si fUnion dispose d’un fonds de 50 milliards d’euros pour aider les pays de l’UE hors zone euro, elle n’a aucun instrument équivalent pour la zone euro.José Manuel Durâo Barroso, prudent, espère que «les petits intérêts nationaux n’empêcheront pas la mise en place d’une plus grande coordination et d’une vraie gouvernance européenne».Car les réticences nationales demeurent fortes.Ainsi, il n’est même pas encore acquis que les partenaires d’Athènes voleront bien à son secours.«On en est au stade préliminaire des discussions.Paris et Berlin ne sont pas encore sur la même longueur d’onde», reconnaît, désespéré, une source proche du dossier, même si les «réunions secrètes» se poursuivent.«Athènes, pour faire bouger les choses, menace même de faire appel au FMI pour lui prêter de l’argent, ce qui serait le comble de l’humiliation pour nous.» Les marchés financiers laisseront-ils à la zone euro le temps de trancher ses querelles idéologiques?Libération L’Italie de Berlusconi, un pays en voie de barbarisation Après avoir été qualifiée de laboratoire avant-gardiste de l’Europe, la Péninsule, aujourd’hui, régresse à un statut provincial ROBERT MAGGIORI L> Italie est-elle un pays normal?L’anomalie que représente Berlusconi — le fait qu’il concentre le pouvoir politique et médiatique, qu’il utilise le Parlement comme «usine» à fabriquer des lois destinées à le sauver des tribunaux, qu’il vomisse sur la magistrature, qu’il critique sans arrêt la Constitution, qu’il réduise la politique à des blagues et des décla-mations histrio-nesques, qu’il traîne derrière lui les casseroles de ses scandales sexuels — inciterait à répondre non.Mais il y a plus.Ce qui frappe, par exemple, c’est qu’après avoir été qualifiée de laboratoire avant-gardiste de l’Europe, l’Italie, aujourd’hui, régresse à un statut «provincial».Sa classe politique elle-même est provinciale, voyage peu, ne parle que rarement anglais.Le rôle central encore attribué à la télévision demeure «années 80».On va «en» télévision endimanché, tout est entertainment, pub, talk-shows hurlés, fesses et dentelles, les émissions d’enquête sont rarissimes, celles de réflexion, auxquelles participeraient philosophes, historiens, sociologues, psychanalystes ou hommes de sciences, n’existent pratiquement pas.Un soir sur deux, sur Rai Uno, animée par un inamovible journaliste doucereux et caudataire, il y a Porta a porta, sorte de messe à laquelle participent toujours les mêmes leaders politiques et qui n’est pas loin de remplacer la Chambre et le Sénat.Très rarement, dans le public des émissions politiques, sportives ou de variétés, on voit un Noir ou un métis.Nouvelle province, l’Italie perd « Les gens riches dépensent beaucoup plus d’argent pour régler leurs problèmes personnels, des points dans à près tous les classements, qu’ils concernent l’école, la santé, l’écologie, les droits, la culture (budget massacré) et même la technologie.Encore récemment, après Bob Geldof reprochant au gouvernement d’équilibrer son budget sur le dos des pauvres, c’est Bill Gâtés en personne qui est intervenu pour accuser Berlusconi {«Les gens riches dépensent beaucoup plus d’argent pour régler leurs problèmes personnels, comme la calvitie, qu’ils ne le font pour combattre le paludisme») de réduire de moitié les aides publiques au développement promises devant les caméras, faisant de Htalie «le pays européen le plus avare».comme la calvitie, qu’ils ne le font pour combattre le paludisme » L’informatique Même régression sur le plan informatique.Sait-on qu’en raison du décret Pi-sanu la connexion sans fil à Internet dans un lieu public, un aéroport ou un cybercafé est soumise à la présentation d’une carte d’identité?Que les crédits pour le développement du haut débit sont gelés depuis 2008?Que du côté de la majorité des vok se lèvent pour demander le contrôle de réseaux sociaux tels que Facebook?Que des pétitions sont signées partout demandant au gouvernement A’ «émanciper Internet» de normes législatives pénalisant le futur du pays, lequel, pour l’accès à la Toile, est déjà «arriéré et sous-développé par rapport au reste de l’Europe»?Il est vrai que Berlusconi est un homme de télévision old style, pour qui Internet est dangereux parce que «liquide», incontrôlable — et hors de son empire.Mais c’est sur le plan sociétal que la régression est la plus nette.Berlusconi mobilise tel- ALESSANDRO BIANCHI REUTERS A l’étranger, on ne voit plus la liquidation de la société en cours sous la coupe de Berlusconi.lement l’attention qu’à l’étranger on ne voit pas très bien que le fait majeur est plutôt une «liquidation» de la société, entraînant une dégradation morale et civique, sinon une «barbarisation» de l’Italie.La Ligue du Nord d’Umberto Bossi — dont l’organe, La Pa-dania, écrivait: «Quand allez-vous nous libérer des nègres, des putes, des voleurs extracommunautaires, des violeurs couleur noisette et des gitans qui infestent nos maisons, nos plages, nos vies, nos esprits?Foutez-les dehors, ces maudits!» —, alliée décisive du parti de Berlusconi, a fait élire ses hommes, dont plusieurs sont ministres, dans un nombre considérable d’administrations, a diffusé partout ses valeurs et son langage, dédouané et rendu normal le discours xénophobe.Il faudrait une bibliothèque vaticane pour énumérer les discours d’incitation à la haine raciale, d’homophobie, d’«antiméridionalisme» prononcés par ses leaders.Qu’on regarde sur YouTube des vidéos de Mario Borghe-zio ou qu’on écoute quelques extraits d’émissions de Radio Padania, dans aucun autre pays on tolérerait un tel déchaînement de haine, et de bêtise, xénophobe! Une étoile Qn défend les valeurs chrétiennes, la famille, le travail, on veut la croix sur le drapeau italien et le crucifix dans le,s écoles, mais le ministre de l’Éducation prévoit d’imposer un quota d’étrangers dans les classes, le ministre de l’Intérieur a voulu instituer des rondes de surveillance, a instauré comme délit le seul fait d’être un étranger sans papiers.Une petite étoile de la politique, chef d’entreprise à la droite de l’extrême droite, pressentie pour être sous-se-crétaire au bien-être social parce que bien aimée de Berlusconi (à propos duquel elle avait dit: «Il est obsédé par moi, mais il n’aura pas mon.» ou «Il n’aime les femmes qu’à l’horizontale»), s’est distinguée finement en déclarant que «Mahomet était un pédophile».Un fanatique (un élu) tenait à désinfecter les trains empruntés par des Nigérianes.Un autre (élu aussi) voulait «éliminer tous les enfants [roms] qui volent les personnes âgées» et, interrompu par les applaudissements du «peuple de Padanie», invitait les musulmans à aller «pisser dans leurs mosquées».D’autres encore ont mis le feu à des baraquements d’immigrés, proposé des voitures de trains ou des lignes de bus séparées pour Italiens et étrangers.Discriminations en tous genres, agressions, ratonnades, crimes parfois, banderoles et cris racistes dans les rassemblements de la Ligue, véritable chasse à l’homme noir, avec bâtons et fusils, qui évoque, pour la presse internationale, le Ku Klux Klan, et qui, au ministre de l’Intérieur, fait dire: «Nous avons fait preuve de trop de tolérance envers les immigrés.» Cela suscite peu de réactions en Europe.Et c’est sans doute en ce sens que l’Italie est le plus «provincialisée»: on la regarde de loin et de haut, tout en l’aimant pour sa cuisine, son art et ses paysages, on ne la prend guère au sérieux, ni dans le bien, ni dans le mal.Qu’on imagine ce qui se passerait dans les rues de Londres, de Paris, de Berlin ou d’ailleurs si la Ligue du Nord était un parti, disons, autrichien, ou français, et si Umberto Bossi s’appelait Jôrg Haider! Libération LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 EEVRIER 2010 C 3 PERSPECTIVES L’impossible laïcité de l’État au Québec La laïcité des employés de l’État heurterait la Charte canadienne des droits et libertés ROBERT DUTRISAC Québec — La Charte de la laïcité qui interdirait à tous les employés de l’État québécois d’arborer un signe religieux, comme le propose la chef du Parti québécois, Pauline Marois, heurterait de plein fouet la Charte canadienne des droits et libertés et serait éminemment contestable devant les tribunaux.Le recours à la clause dérogatoire, avec toutes les conséquences politiques que cela représente sur les scènes canadienne et internationale, serait inévitable.Mais si le projet péquiste d’instaurer une forme de laïcité de l’État dite «stricte», comme l’a qualifiée le sociologue Guy Rocher, est miné par la Charte canadienne des droits, il en irait de même d’éléments de la laïcité «ouverte» préconisée par la commission Bouchard-Taylor.Si d’aventure le gouvernement Charest renonçait à sa passivité en la matière, il rencontrerait le même écueil.Le rapport Bouchard-Taylor proposait d’interdire le poçt de tout signe religieux à certains agents de l’État seulement, les juges et les policiers, qui exercent un pouvoir de coercition.Or même cette interdiction limitée ne passerait pas le test de la Charte, rendant nécessaire le recoins à l’embarrassante clause dérogatoire.C’est l’avis que partagent des juristes spécialisés dans l’application des chartes des droits au Québec.«Compte tenu de la jurisprudence canadienne, ça m’apparaît difficile d’imposer à tous les employés de l’Etat de ne pas exposer un signe religieux osten-« En droit tatoire sans passer par la clau-.^ , se dérogatoire, signale Chris- international, Brunelle, vice-doyen à la nn np npiit Faculté de droit de l’IIniversi-^ té Laval.Je doute que les tribu- pas déroger naux puissent valider cette pratique.Les tribunaux font a la liberté une lecture très large et géné-, .reuse de la liberté de religion.» de religion.C’est L’article 27 Louis-Philippe Lampron, considéré Qui enseigne à l’Université Éaval et rédige en ce moment comme une thèse sur les droits dç la • 4- U ni personne et la laïcité de l’État mtoucnaole.» Québec et en France, abonde dans ce sens.«C’est sûr que ça violerait la liberté de religion, surtout en vertu de la Charte canadienne.» Non seulement la liberté de religion serait violée, mais le «fameux» article 27 de la Charte pourrait être invoqué, croit Louis-Philippe Lampron.Cet article stipule que toute interprétation de la Charte «doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel dçs Canadiens».Émpêcher les employés de l’État d’exprimer leur religion au travail contreviendrait au caractère multiculturel du Canada, tel que défini par la Constitution de 1982.En Érance, tqus les fonctionnaires et aufres employés de l’État sont des «agents» de l’État.«On assimile les fonctionnaires aux institutions publiques qu’ils représentent», fait remarquer l’universitaire.Au Canada, et donc au Québec, une distinction est faite entre les institutions et les individus qui y travaillent, ce que Marie-Michèle Poisson, du Mouvement laïque québécois, a déjà qualifié de «dichotomie schizophrénique», note-t-il.«Les employés de l’Etat ont droit à leur liberté de religion positive, c’est-à-dire d’exprimer leurs convictions religieuses à l’intérieur des organismes publics.» En vertu de la Charte, les convictions religieuses ne sont pas de l’ordre du collectif, elles sont individuelles.Dans la mesure où la croyance est sincère, on ne peut pas juger de la valeur des dogmes et des pratiques religieuses, que ce soit le port de la burqa, du ni-qab ou du voile islamiste, souligne Louis-Philippe Lampron.Comme on ne peut pas empêcher l’enseignement du créationnisme dans les écoles religieuses.Pour instaurer une laïcité «à la française», il faudrait donc nécessairement recourir à la clause dérogatoire contenue dans la Charte canadienne, clause qui doit être renouvelée tous les FATIH SARI BAS REUTERS En vertu de la Charte canadienne des droits et libertés, les convictions religieuses ne sont pas de l’ordre du collectif, elles sont individuelles.cinq ans par un vote à l’Assemblée nationale.«Même si juridiquement ce mécanisme existe, dans les faits, l’Etat qui souhaite y recourir a souvent un prix politique important à payer», fait observer Christian Brunelle.Robert Bou-rassa a eu recours à la clause nonobstant en 1988 pour protéger une loi sur la langue d’affichage, ce qui a galvanisé les adversaires de l’accord du Lac-Meech au Canada anglais.«C’était la langue à ce moment-là.Mais il me semble qu’à l’heure actuelle, la religion est un sujet aussi sensible», estime le vice-doyen.Intouchable Le juriste Pierre Bosset, de l’UQAM, est un des signataires du «manifeste des pluralistes», rendu public au début du mois.Il a fait partie du comité d’experts qui a conseillé la commission Bouchard-Taylor.Lui aussi répugne à l’utilisation de la clause honnie.Il rappelle aussi que le Québec a signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, une convention qui protège la liberté religieuse.«En droit international, on ne peut pas déroger à la liberté de religion.C’est considéré comme intouchable, au même titre que l’interdiction de l’esclavage ou de la torture.» Il faut emprunter une autre avenue: invoquer le caractère raisonnable de la limitation des droits et sa proportionnalité.«L’interdiction doit être proportionnelle au problème qu’on veut régler», indique Pierre Bosset.Il faut donc y aller de façon ciblée, comme l’a fait la commission Bouchard-Taylor, fait-il valoir.L’interdiction recommandée ne visait que des personnes en position d’autorité, soit les juges, y compris les juges des tribunaux administratifs, et les policiers.Qr le droit des policiers de porter des signes religieux a été confirmé, rappelle Christian Brunelle.En 1996, la Cour d’appel fédérale a établi le droit des policiers sikhs de la Gendarmerie royale du Canada de porter le turban et la Cour suprême a entériné ce jugement en refusant d’entendre la cause.Ceux qui, comme Guy Rocher, le Mouvement laïque québécois, le PQ et même l’Action démocratique du Québec, souhaitent l’instauration d’un État laïque au Québec inspiré de la France ne sont pas au bout de leurs peines.«Cette question pose évidemment la difficulté de l’arrimage entre les valeurs québécoises et les valeurs canadiennes, constate Christian Brunelle.A partir du moment où on a une Charte canadienne qui a valeur constitutionnelle et qui fait, par ailleurs, la promotion du multiculturalisme, ça peut effectivement poser problème lorsqu’on veut mettre des limites à l’expression de la conviction religieuse.» Le Devoir POLITIQUE L’autonomie est nécessaire pour un organisme comme Droits et Démocratie SUITE DE LA PAGE C 1 L’ancien président de Droits et Démocratie, Jean-Louis Roy (2002-2007), affirme qu’il a toujours fait attention de préserver l’indépendance de l’organisme envers le gouvernement.Cette autonomie a sa raison d’être, croit-il.«Un organisme qui oeuvre dans le domaine des droits de la personne doit avoir une vision à long terme et s’intéresser à des sujets et à des endroits qui ne sont pas toujours parmi les priorités du jour d’un gouvernement», dit-il.Et d’ajouter: «Il peut arriver que Droits et Démocratie travaille dans des endroits délicats pour le gouvernement et il doit le faire.C’est son mandat.» Sans vouloir s’immiscer dans la controverse à Droits et Démocratie, Jean-Louis Roy ajoute que les membres actuels du conseil d’administration semblent avoir une idée étroite du concept de droits de la personne.«Tous les humains ont des droits, peu importe ce qu’ils font et où ils vivent.Même les criminels ont des droits! Les droits de la personne, c’est une valeur universelle.Ce n’est pas une question de droite ou de gauche, ou encore de frontières.» Le Devoir FAUCON SUITE DE LA PAGE C 1 Au printemps dernier, M.Braun avait deux alliés avec lui au conseil d’administration: Elliot Tepper et Jacques Gauthier, un avocat de Toronto qui soutient que Jérusalem Est appartient seulement aux juifs et pas aux Palestiniens (une position qui va à l’encontre du consensus international).Le trio a accusé M.Beauregard d’avoir obtenu une accréditation au nom de Droits et Démocratie à la Conférence mondiale contre le racisme tenue à Genève en 2009.Cette conférence est la bête noire du gouvernement Harper, qui la juge antisémite et n’y a pas participé.Avant de mourir, en janvier dernier, M.Beauregard a nié avoir fait une telle chose.Pour appuyer Aurel Braun, Jacques Gauthier et Elliot Tepper, le gouvernement Harper a nommé deux nouveaux membres au conseil d’administration cet automne: David Matas, avocat du B’nai Brith, et Michael Van Pelt, qui dirige l’organisme social chrétien Cardus et qui a déjà été porte-parole du Parti de l’héritage chrétien dans les années 80.Parmi les autres membres du conseil, on retrouve Brad Farquhar, ancien directeur technique du Reform Party et candidat conservateur à Regina lors des élections fédérales de 2008.Le conseil d’administration devenant de plus en plus agressif sur la question israélienne, deux membres du conseil ont démissionné en janvier pour protester contre ce virage.Un autre a été mis à la porte.De plus, dans une note interne rédigée par Rémy Beauregard en juin dernier, six mois avant son décès, on apprend que Jacques Gauthier a demandé pourquoi il n’y avait pas de juif parmi les employés de Droits et Démocratie.Éa réplique de M.Beauregard avait été cinglante.«Il est complètement inacceptable qu’un membre du conseil d’administration s’enquière de l’ethnicité et/ou de l’appartenance religieuse des employés, en particulier dans une organisation des droits de la personne.» La totalité des employés de Droits et Démocratie ont signé une lettre demandant la démission d’Aurel Braun, de Jacques Gauthier et d’Elliot Tepper pour cause de harcèlement.Malgré les preuves écrites de cette intervention de Jacques Gauthier, ce dernier a été nommé président par intérim de l’organisme après la mort de Rémy Beauregard.Au moment de le remplacer par le controversé Gérard Latulippe, lundi, le ministre Lawrence Cannon a dit que le profilage ethnique et religieux des employés de Droits et Démocratie serait «inacceptable», mais il a ajouté que rien n’était prouvé.Et la saga se poursuit, puisque la nomination de Gérard Latulippe — un ancien lieutenant de Stockwell Day à l’Alliance canadienne — est fortement contestée par les employés de l’organisme et les partis d’opposition.Le Devoir L’éloge de la richesse Michel David Au lendemain du congrès péquiste de juin 2005, les dirigeants du nouveau «club politique» auquel il avait donné naissance, le SPQ libre, s’étaient félicités ouvertement que les délégués aient adopté un programme calqué sur le programme syndical.Il était en effet prévu qu’un gouvernement péquiste s’emploierait à «élargir la syndicalisation», qui était reconnue comme la «voie privilégiée» vers une société plus juste et plus humaine.Des modifications en ce sens seraient apportées au Code du travail et les lois visant la protection des travailleurs seraient renforcées.Aux élections de mars 2007, la perception selon laquelle le PQ était devenu l’instrument des sjmdicats a sans doute contribué à la déconfiture d’André Boisclair et à l’ascension fulgurante de l’ADQ, qui ne manquait aucune occasion d’exploiter les préjugés antisyndicaux d’une bonne partie de la population.Après avoir pris la direction du PQ, Pauline Marois a vite réalisé qu’elle n’arriverait pas à se débarrasser du SPQ libre, comme elle le souhaitait, mais elle a entrepris de recentrer son parti en proposant une «modernisation» de la social-démocratie.La «création de la richesse», qui fera l’objet du prochain colloque du PQ les 13 et 14 mars, était totalement absente du programme de 2005, comme de la «feuille de route» d’André Boisclair en 2007.Au PQ, on a toujours préféré parler de lutte contre la pauvreté.Quand il était question de richesse, c’était pour débattre des façons de la redistribuer.Comme si elle existait a priori.C’est seulement au conseil national de mars 2008, à Saint-Hyacinthe, que la «création de la richesse» est devenue un engagement du PQ, au grand déplaisir du SPQ libre, qui s’était vivement opposé à l’élimination de la taxe sur le capital et à la baisse du taux marginal effectif d’imposition des entreprises.«C’est déjà le programme du PLQ, de l’ÀDQ, et surtout de l’Institut économique de Montréal», avaient fait valoir ses porte-parole habituels, Marc Laviolette et Pierre Dubuc.Ce n’était là qu’une première étape.Mme Marois entend maintenant que la création de la richesse devienne un objectif officiellement inscrit dans le programme qui sera adopté au congrès du printemps 2011.Ée document élaboré en prévision du colloque des 13 et 14 mars, intitulé «Gouvernement souverainiste et création de la richesse», invite les militants à discuter des nouveaux incitatifs fiscaux qui permettraient aux entreprises québécoises d’affronter la concurrence internationale, de la possibilité d’éliminer la taxe sur la masse salariale ou encore d’un recours accru aux taxes à la consommation plutôt qu’à l’impôt sur le revenu.Ces propositions ne sont pas précisément de nature à enthousiasmer la gauche du parti.Québec solidaire se fera certainement un plaisir d’accueillir ceux qui préfèrent PAP.TR Jaûe fr Ne>P/WAN MACMift-AN P OWAAp CêTAiT Un projet de souveraineté bien vivant Sur quoi se base Lucien Bouchard pour affirmer que la souveraineté n’est pas réalisable?Est-ce sur le faible intérêt que porteraient présentement les Québécois à la souveraineté?Tous les sondages menés ces dernières années et encore tout récemment indiquent qu’au moins 40 à 42 % des Québécois (de 48 à 50 % des francophones) sont favorables à la souveraineté du Québec.C’est étonnamment élevé quand on sait qu’on ne parle à peu près plus d’indépendance depuis 15 ans, et pas davantage de la problématique que pose au Québec le fédéralisme canadien, entre autres pour la survie de notre langue et de notre culture.On conviendra aussi que la presse écrite et parlée n’a jamais été très tendre envers l’idée de l’indépendance: presque tous les joius, la presse écrite (contrôlée à 70 % par l’ultrafédéraliste famille Desmarais) martèle qu’elle n’est pas souhaitable et qu’il faut passer à autre chose.On ne peut non plus oublier les centaines et les centaines de millions de dollars dépensés par le gouvernement fédéral pour promouvoir les bienfaits de l’appartenance au Canada (rappelons seulement le LETTRES fameux programme des commandites, les Minutes du Patrimoine, le récent 400® de Québec, et quoi encore).On peut même prévoir que, pour enfoncer le clou encore un peu plus, on nous proposera bientôt des Jeux olympiques en 2022 et on invitera alors les Québécois à ne pas parler d’indépendance poiu ne pas nuire à ce projet.Il est assez étonnant que, malgré tous ces efforts pour tuer l’idée de la souveraineté, il y ait encore autant de Québécois qui rêvent d’un pays.Serait-ce parce que l’idée de l’indépendance est bien ancrée au plus profond de nous?D’ailleurs, y a-t-il un seul Québécois qui ne souhaite pas la liberté et l’indépendance pour tous les peuples?Pourquoi pas alors pour son propre peuple?En fait, malgré tous les obstacles, magouilles et calculs, le projet de souveraineté est bien vivant et, si on pouvait seulement, à travers cet environnement non facilitant, expliquer objectivement à la population la problématique actuelle du fédéralisme canadien pour le devenir de notre langue et de notre culture, il n’y a pas de doute qu’on verrait très rapidement une majorité de Québécois prête à s’engager sur la voie de l’indépendance nation^e.Y a-t-il d’ailleurs une autre issue pour le peuple québécois?Yves Rancourt Québec, le 25 février 2010 Faire payer les étudiants ou les banques?Le gouvernement du Québec, à l’instar du fédéral et d’autres provinces, s’est engagé à progressivement éliminer la taxe sur le capital des entreprises d’ici 2011.Si cette taxe peut décourager l’investissement dans certains cas, particulièrement au sein des entreprises manufacturières, il en va autrement des institutions financières, qui jouissent d’un quasi-monopole au Canada et qui n’ont pas les mêmes besoins en équipements.En rétablissant la taxe sur le capital des institutions financières à son niveau de 2005, soit 1,2 %, l’État québécois engrangerait à lui seul près de 600 millions de dollars, soit environ le montant que les signataires du Pacte pour le financement concurrentiel des universités veulent aller piger dans les poches des étudiants en augmentant les droits de scolarité.Lorsqu’on connaît les profits mirobolants des banques canadiennes au cours des dernières décennies, on peut légitimement se demander qui a davantage les moyens de financer les universités québécoises?Gabriel Danis Montréal, le 25 février 2010 REVUE DE PRESSE Effets collatéraux Manon Cornellier La prorogation arrive à sa fin, mais le débat qu’elle a provoqué sur l’état de santé de notre démocratie et la responsabilité de Stephen Harper ne s’essouffle pas.Le Globe and Mail croit que le premier ministre Harper «a, sans le vouloir, convaincu les citoyens de la nécessité d’une réforme parlementaire qui va au-delà de ses modestes objectifs pour le Sénat».Le quotidien en veut poiu preuve un sondage paru cette semaine et montrant que les Canadiens trouvent que le bureau du premier ministre a trop de pouvoir et la (Chambre des communes, pas assez.«Les gens ont une compréhension nuancée de l’état de la démocratie canadienne et ont correctement conclu que le nécessaire rééquilibrage devrait tourner autour de la fonction occupée par M.Harper.» Citant une autre étude siu le désengagement politique croissant des citoyens et leur mécontentement devant le déficit démocratique, le Globe croit qu’il y a là un terreau fertile pour quiconque veut promouvoir une vraie réforme.Par exemple: relâcher la discipline de parti aux Communes, accroître substantiellement le pouvoir accordé aux députés de modeler les projets de loi et même d’en proposer, réformer le système des comités parlementaires pour leur donner davantage d’indépendance et d’autorité.Ces propositions, rappelle le Globe, étaient mises en avant par Paul Martin.«Nous savons ce qui lui est arrivé, mais peut-être que le mauvais calcul de la prorogation a fait réaliser aux gens qu’il est maintenant nécessaire de procéder à une réforme parlementaire.Ou peut-être n’est-ce qu’une lubie passagère.Espérons que ce soit la première», souhaite le Globe en conclusion.Chroniqueur au Toronto Star, James Travers note plutôt que les conservateius n’es- saient même plus de cacher leur détermination à imposer leur idéologie.«On assiste à l’utilisation éhontée de l’argent et du muscle pour décourager et discipliner quiconque sort du cadre», écrit-il.Il cite le cas du p.-d.g.de la Banque TD, Ed Clark, qui s’est fait attaquer poiu avoir affiché son déplaisir devant le déficit fédéral et avoir soutenu qu’il faudrait hausser les taxes pour en venir à bout.Il y a ceux qui ont le malheur de ne pas prendre parti dans le conflit israélo-palestinien, comme Droits et Démocratie ou l’organisme caritatif KAIROS, qui s’est fait couper les vivres.Selon Travers, le message est clair et a été compris par la biueaucrade il y a un moment déjà.(J’est maintenant le toiu des organismes non gouvernementaux et des agences indépendantes: «Ceux qui contestent l’orthodoxie conservatrice risquent des représailles.» Ce qu’on attend de tout le monde est une «muette obéissance», dit Travers.«La tactique actuelle [de Harper] laisse croire que le premier ministre est davantage préoccupé, le temps qu’il est au pouvoir, par le renforcement de la base électorale de son parti et par l’avancement du programme conservateur que par une tentative de conversion de la majorité modérée à sa cause», conclut Travers.Majorité impossible?Ceci inquiète d’ailleurs certains de ses plus fervents partisans, comme le très conservateur Charles W.Moore, chroniqueur du Telegraph Journal de Saint-Jean (N.-B.).En fait, Moore, qui réitère son admiration poiu Harper et qui rêve de le voir obtenir un mandat majoritaire, avoue qu’il «commence à être fatigué des attaques négatives stridentes du Parti conservateur contre les chejs et députés de l’opposition».Selon lui, la plupart des Canadiens apprécieraient une pause, «ce qui, stratégiquement, aiderait à atteindre l’objectif d’une majorité».Erances Russell, du Winnipeg Free Press, craint pour sa part que le dysfonctionnement actuel du système démocratique alimente les lignes de fracture entre les régions du pays, en particulier entre le Canada d’origine, comme elle dit, et l’Ouest canadien.Selon elle, la montée en influence des provinces depuis 40 ans a mis en relief ces tensions régionales, linguistiques et culturelles qui se transportent maintenant sur le terrain des changements climatiques, un enjeu «qui, à tout moment, peut projeter le Canada dans une crise d’unité nationale».Russell pense, comme des auteius qu’elle cite, qu’un système qui permet à un parti d’imposer ses vues avec l’appui de moins de 40 % des électeius exagère et exacerbe ces divisions.«Mais une coalition de centre gauche qui mettrait fin à cette impasse électorale qui taxe la légitimité démocratique semble plus éloignée que jamais», dé-plore-t-elle.Dave Breakenridge, de l’agence QMI (SunMedia), n’est pas très optimiste.Il attend bien peu de ce Parlement «recalibré».Les conservateurs laissent entendre que le budget, finalement, en sera un de continuité, sans nouvelles mesures fiscales ou de dépenses.Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, est réapparu pour se plaindre des libéraux qui retardent l’adoption des projets de loi qu’il entend ressusciter au retoiu du Parlement.Le problème est que ces projets de loi sont morts au feuilleton à cause de la prorogation et rien d’autre.Breakenridge s’interroge encore siu les raisons de cette dernière, surtout que «le gouvernement ne nous donne aucun signe qu’il revient revigoré ou que nous sommes plus avancés».Ët le chroniqueur de se plaindre de ce surplace qui annonce le retour aux mêmes jeux politiques.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 EEVRIER 2010 C 5 IDEES Des attaques contre l’égalité des femmes CAROLYN BENNETT Porte-parole libérale responsable de la Santé et ancienne ministre de la Santé publique MARIA MINNA Présidente du caucus libéral des femmes et ancienne ministre de l’Agence canadienne de dévehppement international (ACDI) ANITA NEVILLE Porte-parole libérale responsable de la Condition féminine et ancienne secrétaire parlementaire de la ministre responsable de la Condition féminine adame la ministre de la Coopération internationale Bev Oda, nous vous écrivons aujourd’hui pour vous demander de reconsidérer votre décision malavisée de ne pas prévoir le soutien assuré depuis longtemps par le Canada en matière de contraception et de services de santé génésique dans l’initiative récemment annoncée par votre gouvernement pour améliorer la santé maternelle et infantile dans certains des pays les plus pauvres du monde.En refusant de financer des programmes qui respectent les droits des femmes à cet égard, notamment le droit à des services de contraception et de santé génésique, vous permettez aux divergences idéologiques d’entraver l’accès à de bons soins de santé et à l’égalité entre les sexes.Certes, la vaccination, l’accès à l’eau potable, une meilleure nutrition et une meilleure formation des professionnels de la santé sont im-portants pour la santé et la sécurité des femmes et des filles.Mais pour s’attaquer aux véritables causes de la mauvaise santé maternelle et infantile, il faut que toute une gamme de choix existe pour promouvoir la planification de la lamille et l’égalité entre les sexes.Of frir moins que cela, c’est n’offrir qu’une solution de fortune.Fausses informations Nous sommes particulièrement inquiètes lorsque nous voyons des membres de votre gouvernement propager de fausses informations sur cette question.Dans une lettre publiée récemment {Saskatoon Star-Pheonix, le 25 février 20i0), les députés conservateurs Maurice Vellacott et Brad Trost écrivaient aux lecteurs qu’il n’y avait «aucune preuve» pour soutenir les affirmations selon lesquelles une éducation convenable, des ressources et du soutien réduiraient les décès maternels et les compb-cations, alors qu’en réalité, d’abondantes preuves factuelles le prouvent.En 2006, un rapport de l’International Planned Parenthood Federation (Mort et négation: avortement à risque et pauvreté) démontrait que les femmes qui ne peuvent pas accéder aux services de santé génésique sont plus susceptibles d’avorter dans des conditions dangereuses et de mourir des suites d’une grossesse, d’un accouchement ou d’un avortement pratiqué dans de telles conditions.Une étude récente de l’Institut Guttinacher et du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) (http://www.gut macher.org/pubs/addingitup.pdfi avance des arguments irréfutables pour renforcer l’appui international aux programmes de santé sexuelle et génésique.Ce rapport indique qu’en répon- w REUTERS Faire plus que s’attaquer aux signes extérieurs de la pauvreté, c’est donner aux femmes les ressources dont elles ont besoin pour prendre des décisions concernant leur vie.Et c’est aussi la clé pour arracher des communautés entières à la misère.dant aux besoins en services de contraception dans les pays en développement, on permettrait d’éviter 52 milbons de grossesses non désirées par an, ce qui, du coup, permettrait de sauver plus de i,5 mibion de vies et éviterait que 505 000 enfants perdent leur mère.Risque de mortalité maternelle Les principales conclusions du rapport cité sont que les décès maternels dans les pays en développement pourraient être réduits de 70 % et les décès des nouveau-nés réduits de près de moitié si le monde doublait ses bivestisse-ments dans la planification fambiale et dans les soins prénataux.Il précise que «l’investissement dans la planification familiale et les services de santé maternelle et infantile peut atteindre les mêmes résultats spectaculaires pour 1,5 milliard de moins que d’investir seulement dans les services de santé maternelle et infantile».Le risque de mortabté materneUe augmente à chaque grossesse.Pourtanfi des recherches montrent que 215 millions de femmes qib voudraient repousser ou éviter une grossesse n’ont pas accès à la contraception moderne.Fournir des moyens de contraception à cebes qui le souhaitent permettrait d’éviter environ un tiers des décès maternels.Chaque année, environ 20 millions de femmes subissent des avortements dans des conditions dangereuses.Environ 8,5 milbons de ces femmes ont besobi de soins hospitabers en raison de complications, mais seulement trois millions d’entre eUes environ y ont accès.Selon la Division de la population des Nations unies, 61 % de la population mondiale vit dans des pays où l’avortement est autorisé.Fournir des services d’avortement médicabsé là où l’avortement est légal permettrait d’éviter un grand nombre des quelque 68 000 décès de femmes dus à des complications résultant d’avortements dangereux.Accords internationaux Mais cette question va au-delà des sobis de santé convenables.Le droit international en matière de droits de la personne stipule très clairement que la mortabté maternelle constitue une violation du droit à la vie et qu’ebe est liée à des violations de nombreux autres droits de la personne, notamment les droits à la santé, à l’éducation, à l’égalité et à la non-discrimination.Le Canada a signé plusieurs accords internationaux qui l’engagent à fournir une gamme complète de services sûrs et fiables de planification familiale et de santé génésique.Par exemple, la Loi sur la responsabibté en matière d’aide au développement exige que toute assistance fournie par le Canada soit compatible avec les normes internationales relatives aux droits de la personne.En juin 2009, une résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations unies a également engagé le Canada à faire «la promotion et la protection efficaces des droits fondamentaux des femmes et des filles», ce qib comprend «la santé sexuelle et reproductive».Plus particulièrement, le premier ministre Stephen Harper a lui-même signé l’an dernier la déclaration des pays du G8, qui favorise clairement l’accélération des progrès concernant la lutte contre la mortabté mfantüe, notamment par «des services de soins de santé sexuelle et reproductive et la planification familiale volontaire».Fabe plus que s’attaquer aux signes extérieurs de la pauvreté, c’est donner aux femmes les ressources dont elles ont besoin pour prendre des décisions concernant leur vie.Et c’est aussi la clé pour arracher des communautés entières à la misère.Juste et raisonnable Si nous nous basons sur ce que nous avons vu de votre gouvernement jusque-là, nous avons toutes les raisons d’être biquiètes.Votre gouvernement a lancé une attaque systématique contre l’égabté des femmes, ici même au Canada.Vous avez supprimé les mots «égabté entre les sexes» du vocabulabe du ministère des Affaires étrangères et de Condition fémi-nbie Canada.Vous avez fait des compressions dans le financement de Condition féminine Canada et démantelé le Programme de contestation judiciaire.En outre, vous avez fait en sorte que l’équité salariale, qui était un droit non négociable, devienne une monnaie d’échange.En conclusion, nous vous pressons à nouveau de revenir sur votre position concernant votre initiative sur la santé maternebe et mfan-tile.Nous vous demandons de vous battre pour ce qui est juste et raisonnable, et ce, dans l’bitérêt supérieur de toutes les femmes.Ce n’est que lorsque les femmes auront accès à toutes les options de planification fambiale et de santé génésique que nous pourrons réebe-ment les arracher à la pauvreté.L Un pacte de dupes COLLECTIE D’ANCIENS MILITANTS DES MOUVEMENTS ÉTUDIANT ET JEUNESSE ucien Bouchard, quelques universitaires et gens d’af fabes se sont adjoint quatre anciens membres du mouvement étudiant québécois pour cautionner un «pacte pour un financement concurrentiel des universités».Voilà une bien mbice nouvebe, puisque les propositions du «pacte» sont connues depuis longtemps, formulées par la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ), le Conseil du patronat (CPQ) et aubes Institut économique de Monbéal.L’explosion des droits de scolarité figurait également dans des rapports «d’experts» que les gouvernements successbs ont choisi d’ignorer.Ceux-ci ont été tablettés, tout simplement parce qu’bs ne règlent pas le problème de financement des universités.En fait, même en cas de hausse draconienne des droits, rien ni personne ne peut garantir que le gouvernement réinvestirait les sommes au beu de se retirer, surtout pas les signatabes du pacte.Les forces politiques et démographiques à l’œuvre aujourd’hui comme demabi nous permebent de prédbe que ces sommes baient, en définitive, compenser en partie les baisses d’impôt des dix dernières années.Une politique d’accessibilité importante.Inefficace quant au financement des universités, la proposition causerait nécessabement des dommages collatéraux graves.L’économiste Valérie Viersbaete, de l’Université de Sherbrooke, avait mesuré en 2007 l’bnpact d’un scénario plus modéré: ebe concluait qu’une hausse au niveau de la moyenne canadienne, soit un peu plus de 5000 $ (mobis que ce qui est proposé), se badubait par une chute de près de 10 % de la bé-quentation unbersitabe.Qui seront les 22 000 étudiants sacrifiés?Dans une économie du savob, le Québec n’a pas le luxe de se passer de ces diplômés.Les droifs de scolarité peu élevés résultent d’un choix de société réfléchi et non d’un corporatisme étudiant.Le Québec a fait ce choix parce qu’b était nécessabe de fabe un grand rattrapage historique: son taux de scolarisation était anémique par rapport à ceux atteints ableurs en Amérique du Nord.lœs droits de scolarité f^u élevés vont de pab avec la gratuité des formations professionnebes et cobégiales abisi qu’avec l’accessibbité des services d’éducation sur l’ensemble du terri-tobe.Des droits unbormes pour les différents programmes favorisent de plus la mobbité sociale et garantissent l’accès aux emplois bien rémunérés sur la base du talent Cette pobtique de démocratisation de l’éducation a porté ses buits: les nouvebes cohortes de Québécois affichent des taux de scolarisation comparables à ceux de nos voisbis.Une politique toujours nécessaire.Mais loin s’en faut pour crier victobe.Encore aujourd’hui, les Québécois accordent mobis d’bnportance aux diplômes et au savob que les habitants du reste du Canada.Un système pbe qu’à l’américabie, tel que préconisé dans le pacte, ne réglerait en rien ces problèmes.Au conbabe, b les ampbfieraiL Les jeunes issus de fambles moins nanties ou dont les parents n’ont tout simplement pas été à l’université auraient mobis tendance à s’endetter pour décrocher un diplôme.Cette réticence beinerait encore plus les ardeurs des futurs étudiants en région aux prises avec les coûts de l’expatriation.Le cercle vertueux de la démocratisation de l’éducation s’biverserait.Plutôt que de vob des jeunes générations dépasser en scolarité celles de leurs parents respectifs, on reviendrait à un système d’hérédité scolabe.Médecin ou avocat, father and son.La justice sociale par l’impôt Certabis essaient de se donner bonne conscience en proposant un mécanisme de remboursement proportionnel au revenu.Aubement difi b s’agit de privatiser des coûts qui sont ac- tuebement cobectifs.Le remboursement proportionnel au revenu existe déjà et a pour nom commim «bnpôt progressb sur le revenu».La littérature scientifique monbe que les diplômés universitabes «remboursent» largement à l’État les services éducatifs qu’ils ont consommés, de 700 % à 1400 %, selon les méthodologies.Quant au rebabi du chaos des finances publiques, on ne l’a pas beaucoup entendu quand les gouvernements successbs ont accordé des baisses d’bnpôt de plusieurs mbbards de dollars depuis 10 ans, jusqu’à nous plonger en déficit.Nous voyons difficilement comment conclure un pacte sur la tarification sans prendre en compte l’ensemble des sources de revenus du gouvernement Après avob réduit considérablement le fardeau fiscal des générations ayant vécu l’âge d’or des droits de scolarité bas, on bansfère la facture aux jeunes à venb, de mobis en mobis nombreux, qui devront payer de plus en plus longtemps pour leur formation.Ne nous méprenons pas: nous ne sommes pas conbe un débat sur l’accessibbité et le financement de l’éducation, bien au conbabe.Nous jugeons cependant bnpératif de dénoncer une position biique et biefficace, qui éloignerait le Québec des prbi-cif^s de démocratisation de l’enseignement supérieur qui l’ont guidé depuis près d’un demi-siècle.Ont signé ce texte: Daniel Baril, Geneviève Baril, Daniel Bernard, Paseal Bérubé, Geneviève Bond-Roussel, Pier-André Bouehard St-Amant, Katherine Boushel, Jean-Patriek Brady, Nieolas Brisson, Clairandrée Cauehy, Nieolas Girard, Franeis Hogue, Patriek Howe, Frédérie Lapointe, Atim Léon- Germain, David Paradis, Jonathan Plamondon, François Rehello, Marie-Pierre Rouette, Christian Robitaille, Marie-Claude Sarrazin, Guillaume Vaillaneourt, Akos Verboezy et 25 autres signataires (voir liste eomplète au www.ledevoir.eom/opinion).L’EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Gerald DaUaire (adjoint au directeur de l’information), Mane-Andree Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idees), Marco Belair Cinno (general), Jeanne Comveau (affaires municipales), Fabien Deghse (consommation), Jean Dion (sports), Loms-GiUes Francœnr (environnement), Lisa-Mane Gervais (education), Panhne Gravel (sciences) ,^nan.Myles (justice et faits de société), Lomse-Maude KionxSoucy (santé), Philippe Papineau (pupitre) , information politique Michel David (chroni queur), Helene Buzzetti et Guillaume Bourgault-Côte (correspondants parlementaires a Antoine Robitaille et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a QweèecJ, Alec Castonguay et Kathleen Levesque (reporter) , information culturelle Michel Belair (théâtre et cahier Culture) n (médias), Fredenque Doyon (reporter), Caroline Montpetit (livres), Isabelle Pare (reporter), Odile Tremblay (cinema), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Juhe Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur d e l’information), François Desjardins (reporter), Enc Desrosiers (reporter), Alexandre Shields 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Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Berube (secretaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Yannick Monn, Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Sonia Chamberland (en remplacement de Caroline Simard) (responsable service a la clientele), Nancy Beauheu, Manon Blanchette, Nathahe Eihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois , Jean-Robert Divers (responsable promotion) ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Cehne Euro y, Ghislaine Lafleur, Claudin e Chevner, Véronique Page, Monique Proteau C 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 EEVRIER 2010 100 ANS DE SCIENCE En cette année du centenaire du journal, nous vous convions, en partenariat avec l’Association francophone pour le savoir (Acfas), à un regard historique sur 100 ans de science au Devoir.Selon les vœux du fondateur Henri Bourassa, qui sont inscrits dans le programme social du journal publié dans le premier numéro du 10 janvier 1910, notre quotidien s’est toujours appliqué à informer ses lecteurs des actualités à caractère scientifique et à soutenir la \ réalisation d’œuvres à vocation scientifique.A partir d’aujourd’hui, une série mensuelle en fera la démonstration.PHOTOS ARCHIVES JARDIN BOTANIQUE DE MONTREAL Selon rhistorien et sociologue des sciences Yves Gingras, plusieurs des textes du frère Marie-Victorin figurent parmi «les plus virulents publiés dans la presse de Pépoque».La science comme salut Les idées d’avant-garde de Marie-Victorin ont forgé le Québec moderne Le frère Marie-Victorin, que l’on identifie spontanément au Jardin botanique et à la Flore laurentienne, ses deux grandes réalisations les plus connues, fut aussi un intellectuel à la plume incisive qui n’a jamais hésité à exprimer haut et fort ses idées sur l’enseignement et la culture scientifique, qu’il considérait comme essentiels à l’émancipation de son peuple.Le Devoir fut l’une de ses tribunes de choix pour défendre ses convictions et ses projets.PAULINE GRAVEL Au cours de l’entre-deux-^erres, Marie-Victorin fut une figure de proue du milieu intellectuel québécois.Ses écrits avant-gardistes et ses interventions publiques révèlent «une pensée vigoureuse qui contraste avec les discours conservateurs tant cités et auxquels on limite trop souvent et à tort l’éventail des idées exprimées au Québec au cours» de cette période, souligne rhistorien et sociologue des sciences Yves Gingras en introduction de Science, culture et nation, un recueil de textes du frère Marie-Victorin qu’il a sélec- tionnés et commentés.Selon ce professeur de l’UQAM, plusieurs de ces textes figurent parmi «les plus virulents publiés dans la presse de l’époque».Le 30 septembre 1922, alors qu’il vient tout juste d’être promu professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’Université de Montréal, créée deux ans plus tôt, Marie-Victorin souligne l’importance de développer une expertise scientifique si l’on veut sortir le peuple canadien-françai^ de son statut de colonisé.A la une du Devoir, il écrit: «Un peuple vaut non seulement par son développement économique, industriel ou commercial, mais encore et surtout par son élite de penseurs, de cher- cheurs et de savants, par son apport au capital scientifique de l’humanité.» Grâce à la nouvelle Faculté des sciences, «nous allons enfin travailler à nous évader graduellement de ce colonialisme du savoir, un peu humiliant, en somme au degré où nous le subissons, [et marcher] ferme vers une émancipation intellectuelle de bon aloi», s’enthousiasme-t-il.Au retour de ses multiples excursions botaniques sur la Côte-Nord, aux îles Mingan et en Gaspésie, un Marie-Victorin révolté dénonce, dans l’édition du 25 septembre 1925, l’état d’indigence et de servitude dans lequel se trouvent nombre de ses compatriotes, et apostrophe au passage les notables qui méconnaissent leur pays car ils ont «pris l’habitude de passer l’été à Paris et l’hiver chez nous».L’auteur voit dans le développement scientifique et l’éducation supérieure le salut de la nation.«Nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d’être à la merci des capitaux étrangers, des experts étrangers, des intellectuels étrangers: qu’à l’heure où nous serons maîtres par la connaissance d’abord, par la possession physique ensuite, des ressources de notre sol, de sa faune et de sa flore.Pour cela, il nous faut un plus grand nombre de physiciens et de chimistes, de biologistes et de géologues compétents.» Marie-Victorin souhaite ardemment que les décideurs encouragent les jeunes à embrasser des carrières scientifiques, car «c’est cette élite scientifique qui, en nous donnant, dans un avenir que nous voulons rapproché, la libération économique, fera de nous une véritable nation», écrit-il.Les 13 et 15 novembre 1926, il déplore encore une fois le manque d’intérêt des Cana- diens français pour la science.Il s’évertue également à élever celle-ci au même niveau de reconnaissance que la philosophie et la littérature, les deux disciplines qui dominent la culture classique de l’époque.«Une culture de l’esprit qui reste exclusivement littéraire, tout aussi bien qu’une culture exclusivement scientifique, ne peut décemment s’appeler culture générale», fait-il valoir, tout en affirmant ne vouloir «en aucune manière favoriser l’affreux divorce des études scientifiques d’avec les disciplines littéraires et historiques [.] Non!La science ne renie pas la discipline philosophique qui fut sa mère: elle lui demeure, au contraire, indissolublement associée dans ses progrès les plus certains.» Avec des exemples concrets à l’appui, Marie-Victorin s’insurge aussi contre les maigres salaires accordés aux scientifiques et aux enseignants: «Ne parlons pas des salaires des professeurs de l’enseignement secondaire, salaires inexistants, ni de ceux des professeurs de l’enseignement supérieur qui, le plus souvent, n’atteignent pas ceux des maîtres-charpentiers et des chauffeurs de taxi.[.] Etonnons-nous après cela que nos jeunes gens, même à 20 ans où la volonté est riche et le sang généreux, hésitent devant le seuil austère des carrières scientifiques! Après de longues années de préparation et d’effort, ils n’ont que la perspective de végéter leur vie durant, à maigre salaire.» Défenseur de la théorie de l’évolution Dans ce long pamphlet visant tous les azimuts, Marie-Victorin critique aussi ceux qui remettent en question la théorie de l’évolution.Faisant référence au récent procès de John Thomas 100 ans de regards sur l'information Scopes — professeur dans une école secondaire de Dajfron, au Tennessee, qui avait été reconnu coupable d’enseigner la théorie de l’évolution à sçs élèves en dépit d’une loi de l’Etat interdisant l’enseignement de toute théorie allant à l’encontre de l’histoire de la création divine de l’homme, telle qu’elle est racontée dans la Bible —, Marie-Victorin condamne vivement ces protestants américains qui forment des «jurys composés de fermiers du Tennessee, [qui] décident, à la majorité des suffrages, de l’origine des espèces».De tels commentaires étaient avant-gardistes pour l’époque, et pas seulement au Québec, fait remarquer Yves Gingras, «car du point de vue théologique, Rome n’avait pas encore arrêté une position aussi nette, comme en feront foi, quelques années plus tard, les réactions négatives des autorités romaines aux publications de Teilhard de Chardin sur l’évolution».Au lieu de tenter à tout prix une réconciliation entre la science et la foi, Marie-Victorin, qui, rappelons-le, était frère des Ecoles chrétiennes, suggère «d’adopter le modus vivendi des Biographie Conrad Kirouac, alias Marie-Victorin, voit le jour le 3 avril 1885 à Kingsey Falls, dans le comté d’Arthabaska.En 1890, son père, riche marchand de grains et de farine, déménage sa famille à Québec, où le jeune Conrad entreprend des études à l’Acadéipie commerciale de Québec.A16 ans, il se découvre une vocation d’éducateur et entre au noviciat MonJ-de-La-Salle des frères des Ecoles chrétiennes — si- pays éclairés» — européens, pré-cise-t-il — et de laisser l’une et l’autre «s’en aller par des chemins parallèles, vers leurs buts propres; de continuer d’adorer Dieu en esprit et en vérité, et de laisser les biologistes travailler paisiblement dans l’ombre de leurs laboratoires».Après quelques années de recherche universitaire, Marie-Victorin prend la défense de la science pure ou, pourrait-on dire, de la recherche désintéressée.«On ne doit pas demander au chercheur scientifique, comme on ne doit pas demander au poète et à l’artiste, de justifier son existence par des résultats tangibles et pratiques», fait-il valoir dans une série d’articles publiés du 16 au 21 janvier 1935.Mais Marie-Victorin va au-delà des discours enflammés et des écrits percutants, souligne Yves Gingras, il s’engage activement dans la réalisation de ses projets, dont plusieurs verront le jour de son vivant.Nous verrons dans un prochain article comment Le Devoir et ses artisans ont contribué à la concrétisation de ces projets.Le Devoir Avee la eollaboration d’Yves Gingras tué à l’emplacement actuel du jardin botanique de Montréal — où il reçoit le nom de frère Marie-Victorin.Deux ans plus tard, il enseigne au collège de Saint-Jérôme, puis au collège Saint-Léon de Westmount, avant de rejoindre celui de Longueuil, où il poursuivra son enseignement jusqu’en 1920.Cette année-là, il est recruté par la Faculté des sciences de l’Université de Montréal, qui vient tout juste de voir le joiu et qui lui conhe la chaire de botanique.Le frère Marie-Victorin et Henry Teuscher, ie premier conservateur du jardin botanique de Montréai en 1936.Création de l’Acfas En 1923, avec des collègues de l’Université de Montréal, il projette de fédérer les diverses associations scientihques existantes, telles que la Société de biologie et la Société canadienne d’histoire naturelle, qu’il a contribué à mettre siu pied, ainsi que les sociétés de physique et de chimie, comme celles de mathématiques et d’astronomie.Le 15 juin 1923 est créée officiellement à l’Université de Montréal l’Association canadienne-française poiu l’avancement des sciences (ACFAS), «qui va rayonner sur tout le pays», ne manque pas de souligner à cette occasion le rec-teiu de l’université, Mgr Vincent Piette, président d’honneiu.Marie-Victorin est alors nommé secrétaire, avant de devenir président en 1937.En 1929, au retour d’un grand voyage de six mois sur trois continents, Marie-Victorin lance le projet d’un jardin botanique et réussit à obtenir le soutien des autorités politiques poiu sa réalisation.En 1935 est publiée ce qu’il considère comme l’œuvre de sa vie: Flore laurentienne, qui demeure encore aujourd’hui la bible des botanistes québécois.Figure centrale des milieux universitaire et intellectuel de l’entre-deux-guerres, Marie-Victorin meurt dans un accident de la circulation le 15 juillet 1944.
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