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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2010-03-13, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MARS 2010 fi LITTERATURE Autour de Madeleine Ferron Page F 3 ESSAI \ Afghanistan: le devoir d’inaction Page F 6 - f Ordre et désordre d’Olivar Asselin JEAN-FRANÇOIS NADEAU Une gifle au ministre Alexandre Taschereau, futur premier ministre, et bien des coups de plumes ravageurs assénés à gauche et à droite lui ont fait une réputation.Olivar Asselin ne se ménage pas et, surtout, ne ménage personne.Il se brouille même avec son ami Henri Bourassa, qui dira de lui, en privé, qu’il compte énormément dans la décision qu’il prit de fonder Le Devoir en 1910.Au Devoir, avec son ami Jules Fournier, Olivar Asselin est un des premiers collaborateurs.Mais voilà la guerre, la Grande Guerre.Le bouillant Olivar s’est endetté au nom de sa soif de liberté.Coup de théâtre: ce nationaliste s’engage dans les forces armées.Au nom de la défense de la France, il revêt l’uniforme kaki, celui de l’Empire britannique.Il va connaître les champs de bataille en Europe, mais ne subira pas, chance incroyable, la moindre égratignure au milieu de pareille boucherie.Lorsqu’il revient à la vie civile, le poids de ses engagements familiaux et de ses dettes le force à contenir son appétit de la polémique et du journalisme engagé.C’est à ce deuxième versant de la vie d’Olivar Asselin, qui va de l’après-guerre jusqu’à sa mort en 1937, que se consacre Hélène Pelletier-Baillargeon dans Le Maître, dernier tome, après Le Militant (1996) et Le Volontaire (2001), de sa très imposante biographie intitulée Olivar Asselin et son temps.Le Maître sera en librairie cette semaine.Au Québec, peu d’hommes ont été l’objet d’un travail biographique d’une telle envergure.L’auteure, Hélène Pelletier-Baillargeon, déjà célébrée pour sa biographie de Marie Gé-rin-Lajoie (1985), fut entre autres choses directrice de la revue Maintenant, chroniqueuse, conseillère du Camille Laurin.Généreuse d’elle-même, elle s’est engagée à fond, au fil du temps, pour sa société.Pour dire vite, elle pourrait elle-même être le sujet d’un livre.Ratisser large Grâce à sa plume alerte, selon une formule totalisante ancienne mais éprouvée, Hélène Pelletier-Baillargeon façonne une fresque où se conjuguent l’histoire d’Olivar Asselin et celle de son époque.Cette approche l’oblige à ratisser large, mais elle est heureusement soutenue dans ses efforts par le souffle d’une écriture élégante, capable à elle seule, par l’énergie qui s’en dégage, de maintenir intact l’intérêt du lecteur de bout en bout.Allons à l’essentiel.Qui est l’Olivar Asselin de l’après-guerre?Ce petit homme à l’allure frêle et au naturel moqueur considère que «la démocratie, sottise en Occident, est en Orient absurdité».Il s’établit une réputation de farouche opposant du suffrage universel autant que du parlementarisme.Selon les pires clichés antiféministes, il s’oppose aussi au suffrage des femmes.Cet Asselin est un admirateur du style et des propos de Léon Daudet et de son acolyte Charles Maurras, les deux principaux animateurs de LAction française, un journal royaliste, ultranationaliste, farouchement antidémocrate et antisémite.Plusieurs des amis d’Asselin partagent d’ailleurs un même appétit pour les propos de ces hommes d’excès.C’est le cas notamment de deux de ses correspondants réguliers, les écrivains Marcel Dugas et Robert de Roquebrune, qui participent à Paris à des manifestations des Camelots du roi, véritable troupe paramilitaire de LAction française qui n’hésite pas à promouvoir les idées de ses chefs à coups de cannes lestées de plomb, à coups de poing et, à l’occasion, à coups de revolver.L’homme est complexe.Si Asselin n’apprécie pas «la musique nègre» qu’affectionnent ses enfants, ce n’est pas pour autant un raciste.À en croire Hélène Pelletier-Baillargeon, il s’indigne comme pas un devant les souffrances qu’on fait subir aux Juifs de par le monde et dénonce les excès nationalistes qui carburent aux propos du comte de Gobineau.Il va dénoncer aussi bien le nazisme que le fascisme.Asselin sera un de ceux qui s’opposent le plus vivement à la montée de mouvements d’extrême droite à Montréal, entrant même spontanément en guerre contre ces fils de bonnes familles qui éructent des propos haineux sous le nom de Jeune Canada, un mouvement de jeunesse auquel Lionel Groulx a prêté son concours.Asselin estime l’œuvre de Groulx, tout en se permettant de la critiquer.Il en retient la démonstration que la défaite de 1760 est pour son peuple un «effroyable malheur».Plutôt que de se perdre «dans des rêves d’indépendance pancanadienne contraire à tous nos intérêts traditionnels», envisage, VOIR PAGE F 2: ASSELIN F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MARS 2010 LIVRES LITTERATURE CANADIENNE Le silence comprimé des pierres Douze ans après La Mémoire en fuite ^ Anne Michaels signe un second roman à la beauté grave CHRISTIAN DESMEULES est une histoire où abondent les ruines, les monuments funéraires déracinés, les déserts engloutis, les désirs d’hommes un peu fous qui prétendent déplacer les paysages ou faire revivre des amours mortes.La poète et romancière cana-dienneanglaise Anne Michaels, douze ans après La Mémoire en fuite (Boréal, 1998), roman superbe et largement célébré, nous offre un second roman plus ou moins habité par les mêmes thèmes — la mémoire, la perte, le deuil.La prose rare de l’écrivaine émerge cette fois chez Alto dans une remarquable traduction de Dominique Fortier.Le Tombeau d’hiver, tout aussi exigeant dans sa pureté, résonne de beauté grave et d’une profondeur toute mélancolique.Mais aussi d’une sorte de lenteur «minérale».Le roman relate, si on peut dire, l’histoire de la rencontre entre Avery Escher et Jeanne Shaw au début des années 1960.Il est un ingénieur anglais qui travaille à la construction de la voie maritime du Saint-Laurent.Elle, pratiquement seule au monde depuis la mort récente de son père, est étudiante en biologie et vit entre Toronto et Montréal.Fantômes d’Abou Simbel Ils se racontent l’un à l’autre leur passé — en réalité, elle écoute davantage tandis que c’est lui qui parle.Affecté aux travaux de relocalisation des temples égyptiens d’Abou Simbel, menacés par la construction du barrage d’Assouan, sur le Nil, Avery partira avec la jeune femme.Enceinte, Jeanne vi- vra la fin de sa longue grossesse de façon tragique: l’enfant, une fille, sera morte avant même de naître.Et malgré l’amour, la compréhension, le temps, leur relation survivra difficilement au drame.L’épreuve empoisonne de façon imperceptible leur relation, installant entre eux une sorte de paroi de verre.Une glaciation lente mais irrévocable.Se toucher?Parler?Mais parler n’offre rien d’autre qu’un sursis.«On a beau crier aussi fort qu’on le veut, révéler les secrets les plus intimes, l’histoire ne nous entend pas.» Revenue à Toronto, «libérée» par Avery qui sent ne plus pouvoir rien pour elle, pour eux, la jeune femme fera la rencontre d’un sculpteur d’origine polonaise dont elle tornbera lentement amoureuse.Etre déraciné, artiste capable de transformer la matière autant que l’es- pace, Lucjan incarne à lui seul le deuil du lieu, de la terre natale.«La terre ne nous appartient pas, nous appartenons à la terre.Là réside le véritable mal du pays, et il est l’apanage des morts.Nul lieu ne le proclame plus certainement qu’une tombe.En ce siècle de réfugiés, c’est notre déplacement qui nous lie.» Décombres d’une histoire d’amour Jeanne reprendra vie sous les mains et à travers les mots du sculpteur, bercée et horrifiée par les récits du chaos de l’après-guerre en Pologne.«Chaque détail, chaque regret étaient accompagnés de la peur que ce qu’elle avait vécu avec Avery ne soit effacé par le toucher de Lucjan, par les histoires de Lucjan.» Ces souvenirs graves d’une Europe en ruine deviendront en quelque sorte le miroir de leurs expériences amoureuses réciproques.Les villes peuvent être reconstruites, les sépultures déplacées pierre par pierre, ossement par ossement, mais des décombres froids d’une histoire d’amour, que peut-on faire?Rien.C’est au-dessus de nos forces, en somme, à l’épreuve du temps et des machines.Il ne reste plus qu’à affronter le deuil, suggère Anne Michaels tout au long des 430 pages de cette histoire intime.Et se répéter, pourquoi pas, qu’il est «le plus pur distillât du désir».Une partie concentrée à l’extrême de ce qui a existé.Le Tombeau d’hiver esi un roman magnifique, retenu, à lire, vibrant de poésie botanique et du silence comprimé des pierres.Collaborateur du Devoir LE TOMBEAU D’HIVER Anne Michaels Traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier Alto Québec, 2010,432 pages ASSELIN SUITE DE LA PAGE F 1 dans la suite logique de l’œuvre de Groulx, quelque chose qui ressemble à un Etat français en Amérique, espérant un jour «un Québec français sur les rives du Saint-Laurent».Chez Groulx, Asselin critique sans se gêner, entre autres choses, cet effort de l’historien en soutane pour nier la réalité du métissage entre Canadiens français et autochtones au cours de l’histoire.Asselin remet aussi en cause chez lui cette vision sublimée et parfaitement fantaisiste de la NouvellœFrance.Au pays des finances Un libéral, Olivar Asselin?Hélène Pelletier-Baillargeon le soutient.L’homme montre un fort parti pris pour l’initiative privée.Il se méfie cqmme pas un de l’action de l’Etat.S’il a déjà été favorable à des nationalisations, notamment en ce qui concerne les ressources hydroélectriques, il ne l’est plus après la guerre.En matière de sécurité sociale, il s’engage lui-même corps et âme dans de bonnes œuvres religieuses, tout en repoussant toute action structurée par l’Etat et destinée à réduire les inégalités sociales.La peur du communisme attise le feu de certaines de ses positions capitalistes.Asselin propose même l’installation de compteurs d’eau, soi-disant pour financer certains secours aux démunis.En matière de relations de travail, il s’oppose net au nouvel horaire de huit heures de travail préconisé pour le bien-être des ouvriers.Comme bien d’autres intellectuels canadiens-français, il espère beaucoup de l’agriculture, alors que sa société se montre pourtant de plus en plus urbaine.Au sortir de la guerre, pour vivre, Asselin se place sous le harnais de courtiers en valeur qui le font écrire à leur profit.Chez Versailles, Vidricaire et Boulais, un de ses employeurs du milieu de la finance, Asselin fréquente le jeune Esdras Min-ville, futur maître d’un nationalisme économique canadien-fran-çais dont s’inspirera, plus tard, son disciple François-Albert Angers.Comme ces chantres d’une économie susceptible de créer la bourgeoisie canadienne-françai-se, Asselin fait l’éloge de modèles de réussite individuelle.Il çstime particulièrement Julien-Edouard-Alfred Dubuc, un millionnaire des pâtes et papiers qu’il vante dans ses textes.Du fond de son arrière-cuisine de propagandiste de la finance, Asselin continue de s’intéresser à la littérature.Il donne en vitesse quelques critiques littéraires dans La Revue moderne, un imprimé dont il désespère cependant de la vacuité générale.Tant qu’il ne s’intéresse ainsi qu’aux arts, ses patrons de la finance ne le brident pas trop.En marge de ses fonctions de rédacteur économique, il réussit aussi à écrire des lettres aux journaux locaux et régionaux, le plus souvent, note Hé- Série de la Place des Arts Le-Studio lUtiraùù Un espace pour les mots Lundi 22 mars • 19 h 30 À la Cinquième Salle de la Place des Arts Anne-Marie Cadieux lit le Ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis Catherine Mavrikakis impose depuis une dizaine d'années sa voix virulente et cinglante, lucide et tragique.La comédienne Anne-Marie Cadieux lira des extraits du Ciel de Bay City, roman «traversé par la soif de l'Amérique et la volonté désespérée d'en finir avec le passé».laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 Entrée: 15 $* Étudiants: 10 $* *Taxes incluses Frais de service en sus Une coproduction Les Capteurs de mots >jk.Olivar Asselin lène Pelletier-Baillargeon, «pour y dénoncer des incorrections langagières».Grand amateur de la prose de Charles Péguy et d’imprécations à la Léon Bloy et Barbey d’Aurevilly, Asselin dénonce à répétition le repli sur soi-même qu’encourage une certaine littérature nationale.Il réclame que l’on puisse lire de tout et, surtout, du meilleur.«Sans la présence du livre, affirme Asselin, il n’existe aucune voie d’accès à une culture personnelle.» L’indigénisme lui apparaît l’ennemi par excellence de la vie intellectuelle d’esprit véritablement français.Il s’en prend du même souffle à l’anglicisation et peste à raison contre l’état désastreux de nos bibliothèques.Pour que l’Amérique française vive et grandisse, il faut augmenter les échanges intellectuels avec la France, croit-il.Olivieri Dans le cadre des Rencontres du CRILCQ Alain Farah librairie ?bistro Au cœur de la littérature Photo : F.Duchesne Le Matamore, c’est moi Lundi 15 mars 19 h 00 Place des Arts QMâ>ec.c Avec le soutien du Conseil des Arts du Canada et de la Sodée RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Alain Farah Auteur de Quelque chose se détache du port et de Matamore rf 29 (Le Quartanier, 2004 et 2008) il est professeur à McGill et se spécialise notamment dans le champ de la littérature contemporaine.Animateur François Hébert SOURCE FIDES Pour la France, il en fait d’ailleurs beaucoup, allant jusqu’à offrir ses conseils politiques aux représentants de la République qui cherchent à s’attacher, par des faveurs et des reconnaissances symboliques, une certaine élite cana-dienne-française.Méandres Il faut admettre que cet homme offre le spectacle d’un parcours quelque peu sinueux.Asselin n’est pas toujours facile à suivre.Il propose ses services au Parti libéral à titre de publiciste électoral, puis propose sa plume aux conservateurs.Simple manifestation de son désabusement total à l’égard du jeu électoral?Après avoir défendu le capitalisme, il le condamne.Plusieurs ne comprennent pas facilement la trajectoire de ses idées lorsqu’il accepte de prendre la direction du Canada, le journal du Parti libéral, lui un ancien nationaliste de la trempe de Bourassa, désormais pétri par certaines idées de Groulx.Mais Asselin est un rusé.Il entend bien s’entourer, en douce, et incliner ensuite tout le vieil édifice du Canada dans une direction qui lui convienne.Mais la manœuvre ne réussit guère.À la fin de l’année 1933, Asselin apparaît tourmenté, surmené, morose, dépressif.Il doit être hospitalisé.Il abandonne Le Canada, tout en ayant l’impression, affirme sa biographe, d’avoir été utilisé au profit des libéraux d’Alexandre Taschereau, l’ancien giflé.Mais lorsqu’on travaille ainsi pour le journal d’un parti, est-ce qu’on n’admet pas d’emblée d’être manipulé?Asselin va vite se lancer dans une nouvelle entreprise de presse, un journal qui se veut, autant que possible, indépendant.Ce sera L’Ordre.Le premier numéro paraît au printemps de 1934.Asselin s’empresse d’y reprendre des articles de L’Action française ainsi que de L’Echo de Paris, ces feuilles qui inclinent fortement à la réaction.Malgré tout, l’homme continue de profiter d’une «légende d’hommç de gauche».Condamné par l’Eglise, son journal doit fermer.La Renaissance, feuille très éphémère qui fait suite à L’Ordre, sera le chant du cygne d’Asselin, qui dut se résoudre, faute de mieux, à accepter un petit travail de fonctionnaire besogneux, avant d’être bientôt terrassé par la maladie.À l’église Saint-Jean-Baptiste, rue Rachel, une immense foule se presse en avril 1937 pour assister à ses funérailles, tandis que les hommages se multiplient sur la tombe de ce personnage tourmenté.Le regretté Pierre Vadebon-cœur, dans une lettre personnelle qu’il adressait à Hélène Pelletier-Baillargeon, résumait sans doute mieux que quiconque la curieuse impression que laisse la trajectoire complexe de ce diable d’homme que fut Olivar Asselin.Citons: «Ce qui me séduit le plus chez Olivar, c’est son intelligence, son ironie, son côté réfractaire, son côté amer, ou — comment dire — corrosif ou corrodé, son intransigeance, son espère de violence, toute cette partie de lui qui aurait trouvé son climat approprié en Erance mais qui, ici, équivalait peut-être seulement à une anomalie, une anomalie pas bonne à grand-chose dans le néant où nous étions.» Le Devoir LE MAÎTRE Olivar Asselin et son temps Hélène Pelletier-Baillargeon Fides Montréal, 2010,370 pages En librairie à compter du 19 mars LAGENDA L’HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVDS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 MARS 2010 F 3 LITTERATURE Poupée gigogne ^ V Danielle Laurin A l’origine: une histoire vraie.Celle du peintre autrichien Oskar Kokoschka, dévasté par sa rupture avec Alma Mahler, veuve du musicien Gustav Mahler.A l’arrivée: un roman.Le premier que publie Héléne Frédérick, une Québécoise dans la trentaine qui vit à Paris.L’ingéniosité de l’auteure consiste à se mettre dans la peau d’une humble costumière de théâtre, à qui le célébré peintre éconduit par sa maîtresse a demandé d’exécuter une poupée.Une poupée grandeur nature, à l’image de sabien-aimée.Nous sommes à Munich, en 1918.Dans l’atelier délabré de la costumière en question, Hermine Moos, 30 ans.Qui se met à la tâche, malgré l’extravagance de la commande et bien qu’elle doute de ses propres capacités, de son talent artistique.A-t-elle le choix?Il lui faut assumer les études de sa jeune sœur.Elles sont orphelines, seules au monde.Histoire familiale tragique: le père a été tué au début de la guerre, par des soldats de son propre bataillon, par erreur; le frère s’est fait tirer dessus après s’être fait traiter par ses confrères de «sale Juif déserteur»-, la mère s’est suicidée.C’est la fin de la guerre.Faim, misère, manque de tout.C’est dans le dénuement le plus complet qu’Hermine Moos entreprend de créer le double d’Alma Mahler, sous les directives précises, de plus en plus pressantes, de son maître.Dans son journal de travail, elle note tout.Depuis la première rencontre: «K.me faisait part de son vœu le plus cher: en la touchant, avoir la certitude de trouver dans cette poupée un être vivant et tendre, plus humain qu’humain.» Elle note ses doutes, ses craintes, ses sentiments contradictoires.Ses pensées les plus secrètes.Tant et si bien que le journal de travail se transforme en journal intime: c’est ce qui nous est donné â lire.Elle s’adresse â elle-même, mais aussi â sa sœur chérie, â ses quelques amis, et au peintre son maître, qu’elle se refuse â voir comme un vulgaire client, qu’elle adule par moments, qu’elle exècre tout autant.Elle ne sait plus où elle en est, de moins en moins: «Saurais-je répondre à la volonté du peintre?Cet ouvrage fou et délicat m’apeure davantage de jour en jour.Kokoschka, je vous le demande ici, dans ce cahier où vous ne m’entendez pas: pourquoi vouloir créer une femme qui existe déjà?» L’argent qu’elle attend ne vient pas.Aucun dédommagement pour couvrir les frais de son travail.Elle doit se débrouiller seule pour payer les matériaux.Quitte â offrir son corps pour de l’argent ou pour un peu de nourriture, pour survivre, tout simplement.Les lettres du peintre se font de plus en plus rares, elle se demande si elle doit continuer ou pas, elle s’obstine, s’entête, sombre dans d’inquiétantes zones d’ombre, frôle la folie.Des jours, des nuits dans la solitude la plus complète, où elle en vient â se confondre elle-même avec sa poupée, â se dédoubler.Ce qui donne beu â des pages fiévreuses sur le processus même de la création, obsessif, risqué, vertigineux.Voilà en résumé l’essentiel du journal intime d’Hermine Moos.Une femme forte et fragile â la fois, qui rêve d’indépendance, refuse de se laisser berner par l’amour.Un personnage intrigant.Qui dans l’histoire d’origine est demeurée dans l’ombre.Et qui constitue le pivot du roman.Belle invention, que son journal.C’est réussi, on y croit.On aime le ton, la manière.On apprécie les parenthèses, les incises.Les petites remarques assassines au passage.Le désenchantement qui s’y trouve.Les petites phrases comme celles-ci: «Quel thé délicieux je prends maintenant au milieu de mon vaste matelas: le seul indéfectible amant.Le plus utile est de le savoir: ainsi se prémunir de la déception.» Mais, problème: ça s’étire, ça tourne en rond.Après les soixante premières pages, disons, on n’avance plus ou presque.La lenteur du récit, l’absence d’action, d’événements, finissent par lasser.Et puis il y a, entre chaque chapitre, des inserts.De petits textes en italique dont on ne comprend pas au début la provenance, le but.On finit par deviner qu’il s’agit de descriptions des tableaux exécutés par Kokoschka: comme si les modèles qu’il peignait se mettaient â parler.De lui, de son travail, de sa façon de faire.Et d’eux-mêmes, de ce qu’ils ressentent, de ce qu’ils vivent tandis qu’il fait leur portrait.L’idée est intéressante, il y a de belles trouvailles, des images fortes.Mais, comment dire.quelque chose de surfait, d’un peu trop appliqué, peut-être, dans ces textes.Une distance qui frôle le maniérisme.Une froideur qui contraste avec les notations enflammées du journal.Une distance, une froideur voulues, sans doute, par l’auteure.Et qui plairont peut-être â un certain public, restreint.Qui sait?Mais en devenant systématique, le procédé d’alternance entre journal et descriptions des tableaux perd de sa fraîcheur.On se demande en cours de route si le jeu en vaut la chandelle.On voudrait surtout retrouver l’étonnement, la fascination, l’envoûtement du début.Ce qui fait qu’on persiste, qu’on s’accroche?Hermine Moos, dont le trouble nous atteint, nous émeut.Et son journal inventé, qui malgré les redites, malgré tout, nous fait découvrir une voix littéraire nouvelle qu’il faudra suivre.LA POUPÉE DE KOKOSCHKA Hélène Frédérick Verticales Paris, 2010,224 pages E N BREF Trois rééditions chez 10/10 Les édifions 10/10, de la branche librex de Québécor, viennent de rééditer trois livres québécois en format poche.Il s’agit de Vivre â lavüle en Nouvelle-France, d’André Lachance.Le livre, publié d’abord en 1987 aux édifions du Boréal, promet de
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