Le devoir, 15 mai 2010, Cahier F
LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 LITTERATURE Dublinescence de Vila-Matas Page F 4 EN APARTE Guantanamo chez Voltaire Page F 2 La terre a tremblé plusieurs fois après que Dominique Fortier eut signé la dernière page de son manuscrit Son roman voyage du tournant du XX** siècle à aujourd’hui, de la Martinique à l’Angleterre pour aboutir sur le mont Royal.Il traverse l’histoire de l’éruption de la montagne Pelée, en 1904 en Martinique, suit le cirque Barnum & Bailey à travers les Etats-Unis, pour finir simplement au cours d’une promenade au parc du Mont-Royal de Montréal en compagnie de nombreux chiens.CAROLINE MONTPETIT Dominique Fortier avait séduit la critique avec son premier roman, Du bon usage des étoiles, paru chez Alto.Elle poursuit avec Les Larmes de saint Laurent, un second roman soigné dont elle a déjà vendu les droits en anglais.En entrevue, Dominique Fortier est délicate et discrète.Elle semble par moments tout droit sortie du XEK" siècle, qu’elle aime pardessus tout, en particulier en littérature.Mais plus que les auteurs, ce sont les œuvres qui marquent cette diplômée d’un doctorat en littérature: Madame Bovary, de Flaubert, ou L’homme qui rit, de Victor Hugo.«Des romans, je ne lis que ça!», dit en riant l’écrivaine, qui est aussi traductrice de l’anglais au français.C’est elle pourtant qui a créé ce personnage d’Augustus Edward Hough Love, peut-être le plus fort du livre, un scientifique qui reconnaît ne jamais lire de romans et dit compulser plutôt des essais et des traités à l’infini.«Lui qui depuis l’enfance n’avait plus jamais eu envie d’ouvrir un roman, n’ayant pas suffisamment d’heures dans une journée pour l’éclairer sur le monde tel qu’il était en vérité sans par surcroît se soucier de ceux qui renfermaient de pures divagations, se dit à ce moment qu’il ne lui aurait pas déplu de converser avec cette demoiselle Austen», écrit-elle.Alors qu’il est beaucoup question de géologie dans ce roman, de tremblements de terre en particulier, qui diffusent les fameuses «love waves», précisément nommées en l’honneur d’un Augustus Edward Hough Love qui a vraiment existé, il y est aussi question des mystères que la science n’arrive pas à élucider.Ainsi va Edward, carnet à la main.Edward qui est aussi amoureux de Garance, la femme-artiste qui sait écouter la terre en plaquant son oreille contre le sol.«Se promenant dans la campagne autour de Bath, calepin à la main, il se demandait comment exprimer, et par là même élucider, la créature qu’était un arbre, ou le problème épineux que posait la corolle d’une rose.Là, lui semblait-il, résidait le véritable, le seul enjeu: inventer des formules qui sauraient rendre compte, d’une ma- «Bath, calepin à la main, se demandait comment exprimer, et par là même élucider, la créature qu’était un arbre, ou le problème épineux que posait la corolle d’une rose» nière ou d’une autre, de ce qu’était que d’étre vivant sur cette planète», écrit Dominique Fortier.Cette sorte de mise en abyme de la littérature, si l’on peut s’exprimer ainsi, est un clin d’œil.En entrevue, Dominique Fortier rappelle que Cervantes a aussi utilisé ce procédé en se moquant des romans de chevalerie dans Don Quichotte même.La science du roman Reste que Dominique Fortier a quand même feuilleté un peu de littérature scienti- JACQUES GRENIER LE DEVOIR tique pour écrire ce roman.C’est d’ailleurs à la bibliothèque de McGill qu’elle a observé ce grand panneau destiné aux étudiants et qu’elle reproduit dans son livre, où il est inscrit «Prove everything».Pourtant, dit-elle, cette science qui a un tel ascendant sur nos esprits aujourd’hui a beaucoup en commun avec celle du XIX" siècle, où l’on jouait à l’apprenti sorcier.Dominique Fortier ne nie pas d’ailleurs que l’interrogation générale sur les changements climatiques n’est pas étrangère à ses deux romans, et peut-être plus particulièrement au premier.Mais voilà que nous causons de science, alor§ que l’auteure est passionnée de littérature.A ses yeux, elle le précise dans un courriel après l’entrevue, son roman est d’abord et avant tout une histoire d’amour.Le point de départ de ce roman n’a-t-il pas d’ailleurs été ces fameuses love waves, dont elle avait entendu parler au hasard d’une émission de Jeopardy et qui avait à ses oreilles une consonance inspiratrice?VOIR PAGE F 2 : VAGUES NEWSCOM COM Guérin Montréal Toronto .Cette nouvelle publication est une version révisée, augmentée et mise à jour du Dictionnaire des cooccurrences.Elle comporte 5000 entrées, soit 800 de plus que le Dictionnaire des cooccurrences, ainsi qu'un plus grand nombre d'adjectifs, de verbes et de locutions verbales pour chaque entrée.Oictionnaire cooccu^fiff^ DICTIONNAIRE des 4501, me Drolet, Montréal (Québec) H2T 2G2 Téléphone: 514-842-3481 • Télécopie: 514-842-4923 Courriel: lrancel@guerin-editeur.qc.ca www.guerin-editeur.qc.ca a CIIUCC.COOCCURRENCES Guérin F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 LIVRES EN APARTE Le meilleur des mondes Jean-François Nadeau A table, nous avions ce soir-là du singe farci et, surtout, des perroquets nappés d’une lourde sauce à la crème où dérivaient, comme des embarcations fragiles, quelques champignons des Alpes.La discussion, alourdie par les effluves du vin de Bourgogne et les efforts consentis à la mastication, progressait lentement mais sûrement, au rythme imposé par le défdé des plats de ce repas digne du meilleur des mondes.Comme chacun le sait, une nourriture riche conduit souvent à des réflexions qui se veulent profondes, au point où pareille lourdeur entretient souvent des rapports étroits avec une totale légèreté.L’étendue de la surface de la discussion finit alors par se prendre pour l’équivalent de la profondeur.Aussi en sommes-nous venus, d’un commun accord, à un moment tardif de la soirée il est vrai, à trouver logique qu’on fabrique des moto-neiges au Québec, puisqu’on y trouve tant de neige, et des TGV en France, où se trouvent justement beaucoup de chemins de fer.Le monde est naturellement bon et prévoyant partout.Mère nature ne fait-elle pas pousser des pommes en Normandie, sachant que c’est là que l’on boit le plus de cidre, et des bleuets au Lac-Saint-Jean, sachant que c’est là que l’on prépare le plus de tartes avec cette baie?À Ferney, près de Genève, le domaine de Voltaire accueillait ce soir-là, dans une orangerie quasi en ruine, les éditeurs d’un joli livre consacré à une adaptation radiophonique de Candide.Ce texte, mis en dialogues par Jean Tardieu, fut enregistré en 1946 par une brochette de comédiens sur une musique de Claude Arrieu.Depuis soixante ans, la bande maîtresse de cette émission radiophonique était préservée dans une voûte.11 est normal, me disais-je, que les vieux pays conservent ainsi des traces de cultures anciennes tandis que le Nouveau Monde s’emploie tout naturellement à s’en débarrasser au nom d’une soif d’avenir dont il n’est jamais rassasié.L’ordre naturel des choses veut qu’un vieux peuple qui aime tant s’écouter parler soit enclin à se réécouter à travers les grandes oeuvres de son passé, d’où ce souci constant de tout préserver.Aussi y avait-il bien du monde de réuni à ce lancement de Ferney, malgré la pluie froide et la nuit noire qui s’avançait peu à peu à travers les branches des grands chênes qui annoncent le château.Mais comment expliquer, par les mêmes implacables lois naturelles, que la maison de Voltaire, rachetée il y a un peu plus de dix ans à une famille de diamantaires par la République, se trouve dans un état aussi navrant?Le bâtiment principal, vaste ensemble bien carré, montre en plusieurs endrpits des signes évidents de très grande fatigue.A l’entrée du château, la petite chapelle où François-Marie Arouet envisageait d’être enterré offre aux rares visiteurs le tristp spectacle d’un toit bien près de s’effondrer.A l’intérieur, trois oisillons viennent de naître dans un bénitier en marbre laissé au milieu de vieux matériaux rangés là n’importe comment, tel qu’on le ferait dans un simple cabanon d’arrière-cour.Au fronton de cette chapelle, on peut encore voir une plaque amusante où le philosophe a fait graver «A Dieu» puis, en lettres plus imposantes, «de Voltaire», comme s’il s’agissait d’une dédicace.«Voilà la seule église qui n’est pas offerte à un saint», racontait Voltaire, en ajoutant qu’il avait toujours préféré, pour sa part, s’occuper «du maître plutôt que de ses valets».Tard en soirée, de retour au village, installé tant bien que mal sous les mauvais draps de ma chambre orange de l’hôtel Bellevue, là où dorment d’ordinaire les représentants africains de rONU trop pauvres pour se payer le gîte à Genève, je me replonge dans le Guantanamo de Frank Smith.Poète, ce Smith est aussi l’un des coordonnateurs de l’Atelier de création radiophonique de France Culture.Pour rédiger ce livre original, il a utilisé les comptes rendus des témoignages des prisonniers politiques de Guantanamo, obtenus comme on le sait grâce à l’insistance de la presse américaine.Smith les a lus et les a découpés finement pour recomposer, sur la base de cette curieuse matière, une ;w'/ -v » lut X DEBORAH GEMBARA REUTERS L’heure de la prière matinale au camp américain de Guantanamo, sur l’île de Cuba sorte de long récitatif qui permet de dire l’innommable selon une forme tout à fait originale.Chaque fragment apparaît tressé inextricablement l’un à l’autre.Ces témoignages, revus sous cette forme inattendue, prennent l’allure d’un long poème noir qui rend compte de l’existence du pire au nom du Pouvoir américain.On comprend à cette lecture prenante que l’humanité accepte les pires outrages comme s’il s’agissait d’une pluie fine, sans trop sans plaindre, sans trop porter attention.11 importe autant que jamais de cultiver notre jardin.jfnadeau@ledevoir.corn CANDIDE Adaptation radiophonique du roman de Voltaire Présentation de Delphine Hautois, André Magnan et Morgane Paquette Société Voltaire Ferney, 2010,64 pages et un disque compact GUANTANAMO Frank Smith T P Spiiil Paris, 2010,124 pages E N BREF Caroline Fourest et Fiametta Venner chez Olivieri Caroline Foiuest et Fiametta Venner, deux intellectuelles françaises engagées en laveur de la Mcité, seront à la librairie Olivieri, mardi prochain, à 19h, poiu ime causerie qui sera animée par DjemilaBenhabib, auteure du livre Ma vie à contre-coran et fondatrice du Collectif citoyen pour la laïcité et l’égalité (Cciep.Mmes Fourest et Venner participeront aussi au colloque Egalité et laïcité, quelles perspectives?, organisé par le Cciel.Elle ont fondé la revue française Pro-choix.- Le Devoir Décès de Marcel Bélanger, dit Kraxi Marcel Bélanger, siunommé depuis peu Kraxi, est décédé cette JACK GUEZ AEP Caroline Fourest semaine à l’âge de 66 ans, un peu avant que son tout dernier recueil, vafsVAé Le Second Abécédaire de David Kursy, ne sorte en librairie.Cette parution des éditions de l’Hexagone est en effet prévue pour le 18 mai prochain.Marcel Bélanger a été notamment directeur de revues littéraires, il a fondé la maison d’édition Parallèles et a créé le programme de création littéraire de l’Université Laval.-Le Devoir Spirale) Invitation Barthes écrivain Rencontre printanière L équipe de Spirale est heureuse d'inviter ses lecteurs et lectrices, ainsi que tous ses collaborateurs et collaboratrices à la fête annuelle du magazine! Nous lèverons nos verres alors que s'achève l'année de notre trentenaire et profiterons de l'occasion pour souligner la parution du n°232 (mai-juin 2010).Notre plus récente livraison de Spirale contient un dossier intitulé « Barthes écrivain », ainsi qu'un portfolio de l'artiste Marie-Christiane Mathieu.Venez célébrer avec nous ! Marie Christiane Mathieu Ce dont ils hériteront Pour information : Magazine culturel Spirale Tel.: 514-934-5651 spiralemagazine(â)yahoo.com Vendredi 21 mai 2010 dèslyhoo Bar le Saint-Sulpice (Bibliothèque) 1680, rue Saint-Denis, Montréal [Métro Berri-UQAM] www.spiralemagazine.com LITTERATURE QUEBECOISE Donald Alarie au piano littéraire LOUIS CORNELLIER Les aventures qui intéressent l’écrivain Donald Alarie, depuis 35 ans, sont intimes.«Je n’ai pas le tempérament des grands conquérants», écrit-il dans Comme on joue du piano, un essai sur sa pratique littéraire, qui paraît dans la collection «Ecrire» des éditions Trois-Pis-toles.Originaire de Montréal, mais installé dans la région de Lanaudière depuis des décennies, le discret écrivain avoue préférer «prendre des voies de contournement» plutôt que les autoroutes, manière de dire qu’il laisse à d’autres la littérature engagée pour se réfugier dans l’intimisme.En romancier, en poète ou en essayiste, Alarie a un style.Son exploration tranquille et patiente du quotidien n’a rien du dis- cours thérapeutique psy qui domine trop souvent dans l’univers des auteurs à caractère intimiste.Elle nous offre plutôt, dans une grande simplicité qui brille par son naturel, une sorte de métaphysique de l’ordinaire des jours, portée par une atmosphère un peu sombre, mais délicatement jazzy.«Il m’est d’ailleurs arrivé de penser que faurais dû être musicien, écrit Alarie, un art qui peut rejoindre tout le monde, franchir naturellement la barrière des langues et des nationalités.» Faute de réaliser ce rêve, il a inventé, en écrivant, sa petite musique, «avec [ses] deux mains, comme s [’il jouait] du piano».Cette douce atmosphère, jamais gnangnan, habite chacune des pages de Thomas est de retour, le plus récent roman de Donald Alarie.Après une ab- sence de quinze ans pour des raisons professionnelles qui l’ont mené en Ontario, Thomas Martin revient dans sa petite ville natale, en banlieue de Montréal.Atteint d’une maladie dégénérative dont la lente progression le laisse souffler, il vit doucement, rend visite à sa mère et croise, dans le parc près de chez lui, des adolescents de bonne compagnie.Un de ceux-là, Benoît, est le fils d’Annie, une avocate que Thomas a fréquentée.il y a quinze ans.Les atomes crochus entre l’homme et l’ado s’expliqueraient-ils autrement que par la sjmipathie mutuelle que peuvent ressentir deux êtres qui se reconnaissent gratuitement, un peu par hasard?Alarie, avec ce roman, touche aux thèmes de la filiation, des liens intergénérationnels et du désir de complicité entre humains que la simple vie tend à éloigner, mais ce n’est jamais pour délivrer un message.«L’écriture de fiction, explique-t-il dans Comme on joue du piano, est l’occasion de parler de la vie, de son caractère inachevé mais également de sa beauté.» Tout est là.Collaborateur du Devoir COMME ON JOUE DU PIANO Donald Alarie Editions Trois-Pistoles Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, 2010,128 pages THOMAS EST DE RETOUR Donald Alarie XYZ éditeur Montréal, 2010,128 pages VAGUES La terre tremble et l’humanité vit, aime SUITE DE LA PAGE E 1 Reste qu’il y a bien quel- Olivieri librairie ^-bistro Au cœur de la société Mardi 18 mai 19 h 00 À l'initiative du Coliectif citoyen pour l'égaiité et la laïcité (Cclel), avec la collaboration du Conseil du statut de la femme et du Consulat général de France à Québec.Avec le soutien de la Sodée.RSVP ; 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges A l’occasion de leur visite au Québec Caroline Fourest ET Fiammetta Venner Causerie Des intellectuelles engagées.Essayistes et journalistes françaises, elles comptent parmi les intellectuels les plus brillantes de leur génération et sont résolument engagées en faveur de la laïcité et de l'égalité dans le monde.Caroline Fourest est l’auteure notamment de Frère Tariq ; La Dernière utopie.Menaces sur l'universalisme ; Libres de le dire, avec Talisma Nasreen.Fiammetta Venner a écrit entre autres: Les interdits religieux avec Fourest et Chronique de l'intégrisme ordinaire.Animée par Djemila Benhabib Auteure de Ma vie à contre-coran et cofondatrice du Cciel.ques éruptions de volcans dans Les Larmes de saint Laurent.Celui de la montagne Pelée, en Martinique, d’abord, dont Baptiste Cyparis, personnage important du livre, qui a d’ailleurs vraiment existé, est le seul survivant.11 y a ces ruines de Pompée que l’un des personnages s’apprête à aller explorer.11 y a même le volcan du mont Royal, dont on doute de l’existence dans le livre.«Il y a au moins un millier de volcans actifs sur terre (sans doute davantage sous la mer); à tout moment, une vingtaine sont en éruption», écrit Dominique Fortier.La preuve: la terre a tremblé plusieurs fois après que Dominique Fortier eut signé la dernière page de son manuscrit.En Haïti d’abord, sans parler du volcan en Islande.La terre tremble et l’humanité vit, aime.Les arbres et les fleurs poussent, les oiseaux gazouillent.Enfin, pas partout.Le Devoir LES LARMES DE SAINT LAURENT Dominique Fortier Editions Alto Québec, 2010,344 pages L'ECHANGf LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 F 3 LITTERATURE Secousses, éruptions et autres catastrophes ominique Fortier: on voit ce nom, sur la page couverture du livre, alors on l’ouvre sans hésiter.Non pas qu’il s’agisse d’une star, pas du tout.Loin d’être une écrivaine confirmée, Dominique Fortier.Rien à voir avec un Michel Tremblay, un Paul Auster ou un Philippe Djian.Un seul ouvrage paru avant celui-là.Il y a moins de deux ans.Mais qui a fait passablement de bruit.Du bon usage des étoiles: c’était le titre du premier roman de Dominique Fortier, née en 1972 à Québec, par ailleurs traductrice.C’était la découverte.La découverte d’une auteure singulière, en dehors des mondes, des sentiers battus.A suivre, absolument.Il y avait l’expédition de Franklin, en 1845, à la recherche du passage du Nord-Ouest, comme point d’ancrage de l’histoire.Il y avait l’Angleterre victorienne, en toile de fond.Et l’aspect scientifique du récit, ses références érudites, son écriture classique.Sa force d’imagination, surtout.Le livre a frôlé plusieurs récompenses littéraires, était hna-lisle pour le Prix du Gouverneur général, celui des libraires du Québec, en 2009.Il sera bientôt traduit en anglais par Sheila Fishman, fera l’objet d’un hlm, signé Jean-Marc Vallée.Alors voilà, on ouvre le deuxième roman de Dominique Fortier, Les Larmes de saint Laurent.Mais s’agit-il vraiment d’un roman, se demande-t-on en cours de route.Trois histoires séparées nous sont données à lire, sans lien apparent.Sauf pour le thème traité, et quelques indices parsemés ici et là.D’abord, nous sommes à Saint-Pierre, en Martinique, en 1902.Alors que la montagne Æ.\ ; Danielle Laurin Pelée s’apprête à sortir de ses gonds.L’éruption va bientôt ensevelir la petite ville de 30 000 habitants, ne laissant qu’un seul survivant: il était en prison, à l’abri.Il s’appelle Baptiste Cyparis.Il deviendra une bête de cirque.Sillonnera les Etats-Unis, sous l’appellation du Revenant de l’Apocalypse.Et fondera une famille, tout en engrossant sa maîtresse, avant de prendre la poudre d’escampette.Qn s’amuse, on est dépaysé, on s’est laissé gagner.Mais c’est déjà terminé.Fin de la première histoire.Qu bn d’un chapitre, peut-être, on ne sait pas.Qn se retrouve en Angleterre, à la fin du XIX" siècle.Auprès d’un certain Augustus Edward Hough Love, enfant.Sorte de Forest Gump obsédé par les chiffres, surdoué, qui deviendra un célèbre mathématicien.Il va rencontrer l’amour, sous les traits d’une musicienne tout Les larmes de 1 saint Laurent Dominique Fortier Dans ce nouveau livre de Dominique Fortier, les personnages ressemblent à des fourmis, ne sont que des gouttes d’eau, des particules dans l’univers aussi maniaque des sons qu’il l’est des chiffres, de la science, des catastrophes naturelles.Ils vont se rendre explorer le Vésuve, après quoi une catastrophe intime, terrible, se produira dans leur vie.La troisième histoire se passe à Montréal, aujourd’hui.Encore là, il est question de séismes, de tremblements de terre.Encore là, il y a des êtres marginaux, une histoire d’amour qui naît.qu’on attend.Et peu à peu, toutes sortes de lîens se créent, entre les personnages.les époques, les pays, les faits et les objets mis en scène précédemment.C’est un roman riche, traversé de métaphores, de poésie.Mais tellement Inusité, déroutant par moments, qu’il faut s’accrocher.L’auteure en fait trop, peut-être?Trop de mots, de longues phrases, d’images?Trop d’énumérations, de détails?Etrangement, on referme Les Larmes de saint Laurent en se disant que Dominique Fortier a réussi son pari.Elle a réussi à mettre ensemble ce qui nous semblait si disparate à première vue.Alors oui, chapeau, là-dessus.Et puis on est troublée, quand même.Par le sujet récurrent: tous ces séismes, tremblements de terre, éruptions volcaniques qui cimentent (qui fissurent?) le roman.Même si l’auteure prend le soin de préciser, à la fin de son livre, qu’elle en a terminé l’écriture avant le tremblement de terre qui a dévasté Haïti le 12 janvier dernier, difficile de ne pas y penser.Difficile de ne pas penser au tremblement de terre au Chili qui a suivi, aux cendres noires de l’éruption volcanique en Islande, et même au glissement de terrain récent en Montérégie, toutes proportions gardées.Qn est troublée aussi parce que, finalement, dans ce récit, les personnages ressemblent à des fourmis, ne sont que des gouttes d’eau, des particules dans l’univers.Les êtres humains font face à l’immensité de la planète, ils sont dépassés par les éléments qui se déchaînent.Ils sont dépassés par eux-mêmes, tout autant.Et par leurs semblables.Ça leur échappe.Qù est le point dp jonction entre les humains?A quoi ça tient, tout ça?C’est ce que se demande l’un des personnages campé au XXL siècle, qui arpente le mont Royal régulièrement.Ainsi: «Elle se demande un instant à quoi ressemblerait un univers où les êtres humains seraient ainsi faits que chacun de leurs gestes, chacune de leurs paroles, les contiendraient et les révéleraient tout entiers, puis réfléchit que rien ne prouve que ce ne soit pas le cas.» Et puis, 11 n’y a pas que la terre qui tremble, 11 y a les coeurs.Il y a, dans Les Larmes de saint Laurent, cette liaison sous-jacente, mais constante, entre fissure terrestre et fissure des sentiments.Il y a toutes les secousses sismiques à l’intérieur de nous.Qui nous échappent, hors de contrôle.Et qui ébranlent nos certitudes.Chapeau pour ça, surtout.LES LARMES DE SAINT LAURENT Dominique Fortier Alto Québec, 2010,344 pages éditeur Marguerite Paulin Pierre Elliott Trudeau Adulé et honni Marguerite Paulin Pierre Elliott Trudeau Adulé et honni Récit biographique Au delà des réactions passionnées que Pierre Elliott Trudeau continue de susciter, un fait reste indéniable : U a marqué la vie politique canadienne de la seconde moitié du xx"" siècle.Voici le récit d’ime vie exceptionnelle.www.editionsxyz.com éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Sous la direction de Gilles Chagnon, Marie Hazan et Michel Peterson Penser la clinique psychanalytique Le Lacanian Clinical Forum «Voix psychanalytiques» Penser la clinique psychanalytique Le iMcmtian Clinical Forum Liber textes de Donna Bentolila Gilles Chagnon David Dorenbaum Judith Hamilton Marie Hazan John Muller Monique Panaccio François Peraldi William J.Richardson Richard B.Simpson Claude Spielmann 226 pages, 24 dollars LITTERATURE CANADIENNE Membres fantômes CHRISTIAN DESMEULES Les amputés et les neurologues connaissent bien, sans qu’on puisse se l’expliquer encore vraiment, un curieux phénomène de persistance et de souvenir.Celui du «membre fantôme»: une main, un pied, un bras ou une jambe que celui qui l’a perdu a parfois l’impression de ressentir encore.11 arrive souvent même que cette sensation s’accompagne de douleurs vives.La mémoire a elle aussi l’habitude de ces illusions plus vraies que la réalité, qui peuvent nous faire vivre dans le passé bien plus que dans le présent, éprouver une douleur qui se mesure mal.Les effets en sont connus, et la science n’est malheureusement d’aucun recours contre les histoires d’amour empoisonnées et les crimes contre l’humanité.Pour Un jour, même les pierres parleront, son troisième roman, l’écrivaine canadienne-anglaise Kim Echlin, née en 1955 en Qnta-rio, revisite l’histoire récente et douloureuse du Cambodge — le génocide perpétré par les Khmers rouges, avec ses deux millions de morts, l’invasion vietnamienne, le difficile chemin vers la démocratie, le terrain miné de l’oqbli et de la réconciliation.A seize ans, dans le Montréal des années 1970, contre l’avis de son père (sa mère est morte lorsqu’elle avait deux ans), Anne Grèves tombe amoureuse d’un exilé cambodgien, musicien et étudiant en mathématiques plus vieux qu’elle de cinq ans, tandis que l’armée de Pol Pot lance son offensive finale sur Phnom Penh.«Tout relevait de l’animalité et de la musique», raconte-t-elle dans cette histoire de passion et de mémoire vive qui nous est racontée à la première personne.Mais terriblement inquiet pour les membres de sa iamille dont il ne sait rien, le jeune homme sera contraint de retourner dans son pays à la réouverture des frontières.Anne sera sans nouvelles de lui pendant des années, apprenant patiemment sa langue complexe et berçant ses illusions de retrouvailles {«Ma mère m’avait appris que ceux qu’on aime peuvent disparaître soudainement, inexplicablement.Et qu’après, il ne reste rien»).Qnze ans après son départ, croyant l’apercevoir à la télévision, elle s’envole pour la capitale cambodgienne.Elle le retrouve contre toute attente, difficilement, et leur amour reprend ses anciens gestes.Mais le temps a passé.Les dessous sales de la politique et les cicatrices purulentes du passé dressent entre eux un mur silencieux d’incompréhension.Cette histoire d’amour sur fond de génocide, hnaliste l’an dernier du prestigieux Ciller Prize, Kim Echlin y convoque avec sensibilité tout ce qui disparaît: les êtres que la mort nous dérobe, une culture millénaire qu’on tente d’effacer, des membres arrachés par une mine, l’amour partagé, jusqu’au passé lui-même qu’on zappe dans un grand élan révolutionnaire.Mais tout subsiste.Collaborateur du Devoir UN JOUR, MÊME LES PIERRES PARLERONT Kim Echlin Traduit de l’anglais (Canada) par Sylvie Nicolas Québec Amérique Montréal, 2010,256 pages L'usage de plus en plus répandu des sondages favorise-t-il ou au contraire empêche-t-il le bon fonctionnement de la démocratie ?Vincent Lemieux François Pétry Presses de l’Université Lavai VINCENT LEMIEUX et FRANÇOIS PÉTRV ET LA DÉIVIOCRATIE ion entièrement refondue et mise à |Our Deuxième édition Deuxieme edition entièrement refondue et mise à jour collection 29,95 $ 232 pages LA BIBLIOTHÈQUE IDÉALE DE JEAN D’ORMESSON Le Figaro a rassemblé, dans une collection d’exception, les plus belles œuvres de la littérature française sélectionnées par Jean d’Ormesson.Chaque livre est édité en série limitée et présenté dans son coffret prestige.Dix volumes parus —19,95 $ chacun Diffusion Flammarion TAram Do.m)i'w LtMlUXTHPIOR LVw UBoirKtOISCf.'TlUICWMt Les Flmjib r- iZAC IFOM'AIM 1 MOLIÈRE ii rroR HUGO 1 ptUPASSAN'l' miss l'uiF.iRAbsinuiFs Boni DFsuu DaMji'.v.' HMuso.v Tellirr fcMüWHftOPt U.SEVIE i:v«F te: Bel-Ami UFe>i.«,s i W'WfS h.\Uuof ««rVAJRJ 9 k> .¦ 2 ta î 1 7 1 ¦‘¦'’"-‘tlHtQlPF 1 ¦'’''¦'-WTiiIq,,, MAUPASSANT Boule de suif U Maison Teujer Une VIE Bel-A.'ii F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 LITTERATURE Dublinescence.ou le dernier éditeur Louis Hamelin Il portait une veste à dominante orange fluo, comme les autres employés du traversier.11 m’aborde: Seriez pas journaliste, par hasard?— Presque, ai-je répondu.Journaliste ou pas, il avait un scoop pour moi: c’est Arthur Prévost qui est le véritable auteur de L’Avalée des avalés, et probablement de tous les autres livres de Ducharme.Et moi qui croyais naïvement que c’était Nairn Kat-tan.Mais mon informateur a des preuves, dont voici un bon exemple: c’était écrit «vieux snoraud» dans la notice nécro d’Arthur Prévost, il mentionne aussi la possible implication d’un colonel Machin, alors je suis bien obligé de m’incliner: une conspiration qui possède son colonel, c’est du sérieux.Autour de nous, des vols d’oies sauvages s’étiraient vers les îles entre des usines ventrues comme surgies du fleuve.Le pays de Ducharme.Entre génie et mythe, la figure de l’Auteur se trouve au cœur du dernier livre d’Enrique Vila-Matas.L’auteur non comme ce soleil autour duquel tournerait le monde littéraire, mais comme une étoile parmi d’autres de l’infinie constellation de constellations qui forme le ciel des lettres décentré à souhait de l’écrivain espagnol.L’auteur comme fantôme du dieu bien mort d’une création à l’agonie.J’avais été frappé, en lisant son Journal voluUle (2009), de cet art de la citation qui chez Vila-Ma-tas semble inséparable de l’acte d’écrire lui- même, comme si l’intertextualité était chez lui le moteur même de l’œuvre, plutôt qu’un recours occasioimel de la pensée.11 n’est pas question de pastiche ou de parodie ici, simplement de la manière systématique dont le texte s’appuie sans cesse sur les phrases (et parfois les images) des autres pour, le temps d’un emprunt s’auto-relan-cer.Le monde de Vila-Matas est tricoté de livres et de tableaux.Ça dorme un dense tissu référentiel parfois aux limites du name dropping, bien à sa place dans ce laboratoire d’idées et d’intuitions qu’est un journal intime, mais qui, dans un roman, peut facilement donner l’impression de virer au procédé, comme un mécanisme compensatoire.Je sais que ce que nous prenons pour la réalité est une représentation éclatée du monde, mais que peut l’auteur quand tout est dit?La citation comme technique narrative peut-elle vraiment se substituer, dans la forme romanesque, à ce qu’on appelait autrefois l’inspiration?C’est le pari que semble faire Vila-Matas, dont les vues sur la littérature sont très certainement cohérentes.De Gutenberg à Google On peut parler d’une poétique: la manière unique dont un univers est mis en œuvre par la force d’un style.Dans Dublinesca, Vila-Matas met en scène un personnage conçu sur mesure pour articuler cette vision où tous les livres s’entr’écrivent en un seul ouvrage jamais terminé.Mais justement, la fin approche peut-être.Riba est un éditeur à la retraite.11 a fait le saut de Gutenberg à Google, passe ses journées à naviguailler sans but sur la Toile.11 laisse derrière lui un monde meilleur, cela va de soi.Celui des éditeurs qui lisaient, aimaient lire, des artisans évincés par les entrepreneurs.On peut penser (Riba vit à Barcelone) à la maison Seis Barrai et à la glorieuse époque qui vit débarquer les Garcia Marquez et les Vargas Llosa.A ce fameux Boom ont succédé l’implosion, la fiction gothique payante «qui a forgé la stupide légende du lecteur passifi> et les vertiges aguicheurs de la supernova numérique.En plus, Riba est au régime sec depuis qu’un de ses reins l’a lâché.Et les nuits bien arrosées étaient l’essence même de cette flamboyante vie littéraire, laquelle, en sombrant à haute vitesse dans le passé, entraîne avec elle l’éditeur de bientôt 60 ans.Mais comme im autre célèbre homme du passé enfanté par la terre espagnole, Riba ne consentira pas à sa propre disparition sans combattre, avec les armes du Livre, comme un dernier moulin à paroles dressé contre le vent.Inspiré par un chapitre de VUlysse de Joyce, il convoque trois amis écrivains à Dublin, la ville consubstantiellement littéraire par excellence, pour y organiser l’enterrement de Ja galaxie Gutenberg.A travers Joyce et l’éditeur Riba, comment ne pas entendre l’appel du romancier lui-même quand, fidèle à son portrait de l’écrivain en lecteur, il déplace logiquement le fardeau de la compétence linguistique et en fait reposer une partie sur le dos de cette bébitte de plus en en plus rare: le lecteur, le vrai, celui qui permettrait de rêver d’un nouveau «contrat moral entre l’auteur et le public», fondé sur une «réapparition du lecteur talentueux [.], suffisamment ouvert pour acheter un livre et laisser se dessiner dans son esprit une conscience radicalement différente de la sienne».Ce lecteur intelligent et rêvé, c’est celui, idéal et donc capable d’indulgence, du livre de Vila-Matas, dont l’arrière-plan littéraire est beaucoup plus riche et captivant que le récit lui-même, assez souvent échevelé et complaisant, et dont les grandes préoccupations esthétiques ne réussissent pas toujours à faire oublier une tendance marquée à verser dans un cer- tain radotage compulsif, plus banalement narcissique que véritablement mélancolique.Riba a beau ne pas être dupe de son propre discours, savoir que, en célébrant la fin d’une ère, celle de l’imprimerie et de la ^ande littérature, c’est d’abord la sienne comme individu qu’il salue, il n’empêche que les irritants sont nombreux dans ces pages, à commencer par la stupide (un mot que l’auteur aime bien) fixation sur New York comme centre du monde, comme si une telle conception avait encore de l’allure.Quand Vila-Matas écrit «les Auster», en parlant du couple qu’il fait figurer dans les fréquentions de son Riba, il met dans ce clin d’œil toute l’affectation salonnarde d’une madame Verdurin barcelonaise.Et permet à sa lubie new-yorkaise de distraire son lecteur du vrai centre de son livre, Dublin, où Riba, venu enterrer Joyce, va se heurter au fantôme de Beckett.Un peu comme si ce voyage en Irlande et dans le temps de la littérature contenait en raccourci, comme un pont, «la principale trajectoire — aussi brillante que dépressive — de la grande littérature des dernières décennies: celle qui va de la richesse d’un Irlandais à la pénurie délibérée de l’autre».Et l’écriture de Vila-Matas, qui à certains moments semble aussi bâclée que n’importe quel échantillon de bavardage internautique, l’est-elle délibérément?Va savoir.Sur le traversier qui m’emporte de Dublin à Berthier, je suis prêt à tout avaler, y compris que Google est le pseudonyme de la réincarnation d’Hector Prévost.Vieux snoraud.DUBLINESCA Enrique Vila-Matas Traduit de l’espagnol par André Gabastou Christian Bourgois éditeur Paris, 2010,341 pages POESIE Longchamps tout contre le ciel MICHEL LAPIERRE Chez Renaud Longchamps, l’écriture semble aller plus loin que l’incroyance ou la foi en trouvant un sens à notre disparition future.Le poète écrit: «Devant la mort/il ne devrait y avoir ni joie ni tristesse / seulement un long regard étonné/ devant cette inconnue que l’on ne mérite pas».Qu’est-ce qui fait ici de Longchamps encore un créateur d’exception?La simplicité.Un merveilleux discret s’enfuit du texte pour mieux nous ébahir dans l’oreille.Cela suffit à justifier le titre.Visions, que le poète québécois donne au recueil qui contient les vers cités.Même si les images qui surgissent dans l’esprit de Longchamps expriment trop la dérision pour appartenir au surnaturel, elles exploitent sans vergogne les thèmes traditionnels de la mystique.Elles réinventent malicieusement «la route du ridicule paradis à paraître».Le poète se doute que, dans l’au-delà, la perfection et la béatitude risqueraient de nous lasser.11 ne se gêne pas pour le dire: «Nous ne voulons pas seulement l’éternité / qui serait une autre platitude de la nécessité / Nous voulons l’intelligence des noms impérissables / appelés au chevet des corps souffrants et haletants.» La poésie devient l’intelligence de ces noms qui préfèrent l’inconnu de l’indétermination à la lourdeur de l’éternité.Elle leur apporte une souplesse qu’ignorent la métaphysique et la théologie.Le poète insiste: «.la vie serait ennuyeuse au paradis / sans les aléas de la haine et de l’amour».La réalité nous a trop habitués à la lutte entre le bien et le mal pour que le remplacement futur de ce drame intérieur et quotidien par une paix parfaite et surtout par le repos éternel ne suscite qu’un dégoût anticipé.Renaud Longchamps Comme peu d’agnostiques et encore moins de croyants, Longchamps élabore une réflexion qui ébranle une phraséologie chrétienne vieillie, en confrontant celle-ci à l’évolution des sensibilités.Les mots «récompense» et «châtiment» appartiennent à une époque révolue.Puis, que penser du terme «rachat»?Le poète est conscient du caractère dérisoire d’une religiosité trop axée sur un salut personnel, pour ne pas dire égoïste.La beauté de ses vers résulte souvent de leur pouvoir ironique de démystification: «Le propre de l’homme est d’emporter dans l’au-delà / un bonheur qui n’existe pas / et l’idée de ramener la réalité de la mort / au rêve de la vie».Le combat de Longchamps contre le ciel res- SOURCE ED TROIS-PISTOLES semble à une lutte amoureuse où les morsures ne se distinguent plus des baisers.«O mes amis la mort est douce / car la fin de tout s’ouvre sur rien d’autre», murmure le poète qui semble, malgré toufi s’apercevoir que le corps-à-corps avec l’ange reste délicieusement ambigu.Même en travestissant les mots sacrés d’autrefois, il sait qu’il ne peut les employer sans leur insuffler le soupçon de vie qu’ils ne méritaient plus.C’est la rançon du grand art et du souffle puissant.Collaborateur du Devoir VISIONS Renaud Longchamps Edifions Trois-Pistoles Notre-Dame-des-Neiges, 2010, 78 pages LITTERATURE QUEBECOISE Retour aux sources CHRISTIAN DESMEULES Alice n’avait plus de nouvelles de son père depuis longtemps.La cause était entendue.Jusqu’au jour où on demande à la jeune femme de 25 ans de venir identifier le cadavre d’un Amérindien retrouvé mort sur un banc de parc de Montréal, «après des années de fuite, de chutes, de rechutes, d’errance, d’excuses, d’abandon et de trahison».Avec la disparition de l’homme, c’est un fort et lointain morceau de son passé qui refait surface, accompagné de colère, de honte, d’incompréhension.En prenant le train vers la petite commimauté de Mékiskan, en Abitibi, le village qu’elle avait quitté avec sa mère, sans le vouloir vraiment Alice Awashish-Lamon-tagne effectue im vrai retour aux sources.En une courte semaine — alors qu’elle ne comptait y rester que vingt-quatre heures, le temps d’enterrer les cendres du paternel —, dans ce lieu mythique où elle n’avait jamais remis les pieds durant toutes ces années, «source de toutes les douleurs et de tous les dangers», devenu vingt ans plus tard une sorte de village fantôme, Alice va régler des comptes avec son passé.Mékiskan, sa mère l’avait fui pour la protéger d’eux.«Eux, c’était la famille de son père — les oncles, les tantes, la grand-mère — les gens du village, les chiens errants, les moustiques, les bêtes sauvages, le vent, l’eau froide des lacs.» Alice fera la rencontre d’ime cousine de sa grand-mère, ime vieille femme qui habite seule dans une cabane.En s’installant chez elle, le temps d’attendre le train hebdomadaire qui la ramènera en ville, elle découvrira, au fil de ses observations et de ses rencontres, tout un monde de misères — mais aussi de liberté — qui lui avait été caché.Chronique d’un ensorcellement annoncé.Rivière Mékiskan, un premier roman pour Lucie Lachapelle, cinéaste documentariste née en 1955 (au-teure notamment de Femmes et religieuses et de Village Mosaïqué), traduit cette expérience initiatique dans une écriture syncopée où abondent les phrases courtes et descriptives.Sans surprise, sans ménager non plus trop d’effets, porté par une voix narrative un peu terne, le récit de Rivière Mékiskan se concentre sur ce processus de transformation de sa protagoniste, fait de révolte autant que d’abandon.Lucie Lachapelle y propose un questionnement en creux sur la filiation, la vitalité et les conditions de vie difficiles des autochtones.Une histoire de réconciliation un peu prévisible pimentée d’exotisme boréal.Collaborateur du Devoir RIVIÈRE MÉKISKAN Lucie Lachapelle XYZ Montréal, 2010,160 pages f f LITTERATURE QUEBECOISE Fol sentimental CHRISTIAN DESMEULES Il est toujours périlleux de faire d’un chagrin d’amour, et de rien d’autre, l’épicentre de tout un roman.Pour s’élever au-dessus de la banale conversation de bar ou des pages salissantes d’un courrier du cœur, il faut aussi y mettre une forte dose d’originalité, un sens aigu de la narration ou s’imposer par des qualités d’écriture hors de l’ordinaire.Autant d’éléments qui font défaut à Fol allié, le premier roman de Patrick Dion qui, malgré une apparente sincérité, explore au premier degré le côté obscur et masculin de la peine d’amour.Largué par sa blonde.Éric se décompose et soupèse la force d’autodestruction qu’il devine en lui, son besoin sans fond d’amour et de séduction, ses carences, ses blessures.Entre «Elle n’a pas le droit de me faire mal comme ça» et «Me lever est difficile, manger est difficile, respirer est mille fois pire», son monologue réveille des souvenirs qui sont habituellement refoulés.Tout en enregistrant des capsules vidéo pour un ^ONdela P©tSlE 1?MARCHÉ DE 1^ POÉSIE DE MONTREAL SAMEDI 29 jeudi 27 5^ b1uÏi?2«E ARTICULÉE CHAUVEAU, GAÉTAN piOURDE OlOLETTE CHAUV^.^ÉTW N/®E^ puOURDE -rENTo^NErS&NEUÉBEETUNO LA NUIT DE LA POESIE 2010 SAMEDI 29 MAI 2010 À 21H Québec' Montréal® W Montreal CIBL1015.com Québec 1 CCWML\ Articulée caissede laculture UNE INQUIETUDE COMMUNE Dans ce livre, le sociologue et urbaniste Jean Cimon se souvient d’un voyage effectué en terres Scandinaves alors qu’il était encore un jeune étudiant.Au gré de ses réflexions, Jean Cimon nous invite à nous interroger sur les ressemblances et les différences du Québec et de la Suède, deux pays unis par une même nordicité et entre lesquels, de son propre aveu, son cœur balance.ESSAYEZ LE FEUILLETAGE EN LIGNE coDE:2g88 ® SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC O % «A b M .Membre del' S S o ^ LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 F 5 LITTERATURE LITTERATURE ERANÇAISE / Ecrire les lieux de mémoire De Richard Millet à Christophe Pradeau, le vertige historique tient leur regard captif GUYLAINE MASSOUTRE Depuis Confession négative (Gallimard, 2009), l’œuvre de Richard Millet, l’«écrivain soldat» qui se désigne ainsi dans Brume de Cimmé-rie, se ressent de son «initiatique» fureur guerrière.On le sait, il a édité Les Bienveillantes de Lit-tell, percutante intrusion dans le mal hitlérien.Quant à lui, en dénonçant la persécution des chrétiens d’Orient, il a mis dos à dos les musulmans et le déclin des valeurs chrétiennes en Occident.De Sentiment de la langue (1986) à Désenchantement de la littérature (2007), la charge a entraîné un tollé de protestations.On a lu rage, désespoir et haine dans sa charge crue.Ce Millet accolé à l’extrême droite est-il un nouveau «Hussard», tel ces écrivains «fascistes» épinglés par Les Temps modernes de 1952?Mais ces Jacques Laurent, Blondin et Chardoime, chantres des valeurs conservatrices, les lit-on encore?Leur cynisme intéresse peu la postérité.Et que gardera-t-on du maurrassien Déon?Si les romanciers doivent rendre compte de leur parole, force est d’admettre que la littérature retentit autrement.Millet possède une plume magnifique, et son vaste projet littéraire surligne l’Histoire en noir.Comme l’a fait Roger Nimier.Gallimard, éditeur de l’un et de l’autre, a toujours fait entendre des points de vue opposés, fort de l’idée que la littérature a d’autres enjeux que politiques et que la postérité évaluera nos contemporains.Dans sa très littéraire bibliothèque, Gallimard a donc fait côtoyer Céline, sans toutefois se compromettre avec son odieux racisme, et le propalestinien Jean Genet, comme le déserteur Pierre Guyotat.Nul de ces écrivains opposés n’a écrit des livres sucrés, lénihants, bien-pensants.Ainsi faut-il y replacer la plongée brutale de Millet, guerrier de notre temps, sa croisade épique et sexuée, dans ce Liban sujet de Brumes de Cim-mérie et du Sommeil sur les cendres.Persistance 11 s’est réexpliqué aux éditions Fürstenberg.Qu’il ait choisi le désastre en direct plutôt que l’allégorie romanesque, c’est une question littéraire autant qu’une idéologie assumée: être actuel pour refuser notre temps.Mais doit-on en absoudre la violence dans la généralité, en ces Colères d’écrivains (collectif paru chez Cécile Defaut, 2009), sans mettre en question les mots, les faits et les idées de la barbarie?Brumes de Cimmérie, récit, et Le Sommeil sur les cendres, roman, s’inscrivent avec doigté dans ses tableaux à la Breughel.La toile possède les qualités de sa mémoire noire, d’une précision remarquable, et l’atavisme paysan foncièrement réactionnaire des hautes terres de Viam, où on retrouvera la suture imaginée entre deux communautés sans mixité, la limousine et la libanaise.En reniant notre temps comme en l’honorant de sa langue admirable, cet esprit aigu fait varier une gamme de situations qui outrepassent le ressentiment.La situation politique libanaise lui donne-t-elle raison?Que les faits de guerre soient inscrits dans la géographie humaine de ses livres, nulle équivoque.Arrêté par le Hezbollah armé, il raconte succinctement ce que vaut la vie dans la guerre, infrangible réalité.Dévastation, beautés perdues, villes coupées du monde, tel est le paysage hivernal funèbre qu’il trace de ce pays revisité, dont il emprimte à Homère la Cimmérie brumeuse.J SASSIER Richard Millet Illusion limousine du Canada Issu également du milieu limousin et né en 1971, Christophe Pradeau, dans La Grande Sauvagerie, inscrit son lieu mythique en la sous-préfecture de la Haute-Vienne.Soudain, ce roman, qui n’en était pas un, bascule dans la fantasmagorie: on y raconte la vie d’un certain natif du lieu, Jean-François Rameau, peintre d’ex-votos et coureur des bois en Nouvelle-France.Tout paraît vrai, la Bibliothèque nationale, à Montréal, et ses archives, jusqu’à la Beinecke Library de Harvard.Mais une courte recherche induit que ce Jean-François loufoque est plutôt le neveu de Rameau, de Diderot.Si on considère ce roman préromantique intégrant le récit et la fiction sur le mode musical, on y verra le projet d’histoire prolongée par Pradeau.Songe d’un regret, celui des temps héroïques où les moulins étaient des géants et les rochers, l’appel d’un nouveau continent, l’Histoire se change en Atlantide.Ce «grouillement irrépressible dans les profondeurs dont on ne peut faire qu’il remonte à la surface du regard» dit moins le traitement du monde comme un terrain de jeu que ce que la Lanterne des morts tient alertes, plus qu’elle ne les chasse: les jeux sauvages des imaginations en désir de légitimité.Collaboratrice du Devoir BRUMES DE CIMMÉRIE ET LE SOMMEIL SUR LES CENDRES Richard Millet Gallimard Paris, 2010,135 et 156 pages LA GRANDE SAUVAGERIE Christophe Pradeau Verdier Lagrasse, 2010,155 pages V ^ LAUREATS 2010 Catégorie Roman québécois L'énigme du retour Dany Laferrière Catégorie Roman hors Québec Vendetta RJ.Ellory WWW.PRIXDESLIBRAIRES.QC.CA r Québer Patrimoine Canadian canadien Heritage ' ' i:j>is(iiK$Arrs DE HOanÉAL Le prédateur et ses proies Sylvia Plath et Ted Hughes revivent chez Claude Pujade-Renaud GUYLAINE MASSOUTRE On la retrouve dans les ultimes sélections du prix Concourt, du Médicis et d’autres distinctions; mais, allez savoir pourquoi, Claude Pujade-Renaud demeure dans l’ombre, avec une œuvre originale, sensible et solide, que la Société des gens de lettres honorait néanmoins en 2004.Elle écrit toujours.Née en 1932, danseuse, chorégraphe, pro-fesseure, elle a signé des fictions, brèves et longues, inspirées par l’Antiquité, les mythes, les mondes féminins, la danse, la poésie.Consciente d’elle-même, elle a suivi un fil original: répondre à la question «comment ont vécu les compagnes, célèbres ou pas, de Stevenson, London, Schwob, Jules Renard et Michelet?».Si elle a écrit pour Martha Graham, Doris Humphrey, Louise Brooks, c’est qu’elle a fréquenté cet univers comme artiste.Pour un grand bonheur de lecture, on la retrouve du côté des poètes Sylvia Plath (1932-1963) et Ted Hughes (1930-1998), qui s’unirent, puis se brisèrent fun contre fautre en Angleterre.Son roman s’intitule Les Femmes du braconnier, tandis qu’Actes Sud publie ses Œuvres tome 1, huit titres en recueil.Mondes féminins Elle a raconté les hommes, mais, plus habile encore, elle a trouvé des angles inédits pour saisir ce qui échappe au regard frontal.Elle cerne ainsi un tout, des esprits qui passent, des mots qui volent, qui tuent parfois.Chez elle, les détails ont de fimportance, non pour cet éclair sur l’arbre qui cache la forêt, mais parce que telles sont les cibles, des failles minuscules par où la sève coule, la vie fuit, tandis que l’âme sans forme prend corps.Au Québec, on connaît Sylvia Plath grâce au cran de Brigitte Haentjens et au talent de Céline Bonnier, et quelques autres, qui ont porté La Cloche de verre sur les planches, s’inspirant du livre de Plath, La Cloche de détresse.De celle-ci, on connaît le talent de poète, sa vie dramatique, son suicide.Plath parle enco- re au cœur.Nulle inactualité à réentendre sa voix frêle et cassante, relayée par d’autres talents.Celui de Pujade-Renaud n’est pas en reste.Ce qu’elle cerne autour du personnage esquissé, esquivé, capté, ce sont des liens, comme des bêtes, puis une métonymie, ce glissement littéraire inégalable, qui veut que les images aient du sens: ici, c’est la figure du braconnier, Ted Hughes, chasseur de femmes, tout instinct et vie sauvage, qui signe le goût du sang.Chasse interdite Chasseur humain, ainsi décrivait-elle celui qui fut son mari.Plath écrit lettre sur poème, elle aime les joutes avec Hughes, ou bien elle s’en plaint.Autant de destinataires, autant de narrateurs.Les chapitres sont brefs (plus de 120), conçus en un collage épistolaire, échafaudé tel un piège.«Dans le village, on l’appelle “l’Américaine”: elle nasille, elle cause trop fort, et puis elle ne s'habille pas comme nous.» Si Sylvia est fatiguée, c’est qu’outre ses grossesses, le brouhaha refuse de se calmer.Son corps lui répond, lâchant «un rayonnement mortel».Et on la retrouve aux prises avec ce corps d’écrivain, devenu une prison de dépression.Un vide que les psychiatres de Plath, fuyante, n’arrivent pas à effacer.Ce roman aux volutes souples dynamise cette courte vie.Plath affirmait avoir sacrifié tout pour la poésie.Assia, famante juive suicidée elle aussi après Sylvia, laissant Hughes dans le deuil supplémentaire de son enfant, trouve ici sa place: Pujade-Renaud brise la glace, rompt le silence, sans ôter, d’un fastidieux labeur de recomposition, les mystères croisés d’une histoire, dont des lettres transitant par Montréal, et de la plus grande fragilité.Collaboratrice du Devoir LES EEMMES DU BRACONNIER Claude Pujade-Renaud Actes Sud Le Méjean, 2010,358 pages Les librairies indépendantes du Québec Les conseils de vos libraires indépendants Suxanne .livre DANS SA BULLE Suzanne Myre, Marchand de feuilles, 29,95$ Ce roman nous raconte les péripéties d'une préposée aux bénéficiaires, névrosée mais attachante, qui jongle entre l'amour, l'amitié et la quête du père.On retrouve tous les éléments qu'on adore des nouvelles de Suzanne Myre : ironie mordante, philosophie douce-amère et regard acéré sur le monde qui l'entoure.À la fois touchant et jubilatoire : c'est un livre irrésistible ! Manon Trépanier, librairie Alire (Longueuil) JE NE VEUX PAS MOURIR SEUL Gil Courtemanche, Boréal, 19,95$ Ce n'est pas seulement le livre le plus personnel de Gil Courtemanche, c'est aussi le livre le plus personnel qui soit.Il s'agit d'un récit bouleversant sur le chaud et le froid, l'amour et la mort, l'humain entièrement dépouillé.Là où d'autres s'épanchent, l'auteur se livre ici avec parcimonie, sans complaisance et sans pudeur.Un livre qui égratigne et panse à la fois.Marianne Chevrier, librairie du Soleil (Gatineau) Gil Courtemanc;hi; JE NEVEUX PAS MOURIR SEUL •9 P UNPOKERALASCAUX Normand de Bellefeuille, Québec Amérique, 19,95$ Un monde de femmes : toutes différentes, liées par le sang ou les alliances, loyales et solidaires.Un jeune garçon deviendra la mémoire de leur voyage raté à Lascaux.On entre tout de go dans cet univers familial, matriarcal et coloré.La langue suave frappe.Une œuvre magique, pleine de nostalgie et de tendresse, qui nous entraîne dans les sillages de notre enfance.Robert Boulerice, librairie Le Parchemin (Montréal) ONZE PETITES TRAHISONS Agnès Gruda, Boréal, 24,95$ Dans un style touchant et sans fioritures, Agnès Gruda nous convie à assister à onze petits attentats de confiance.Ici, la trahison blesse par son absence de grandeur, car les personnages, victimes ou bourreaux, ne pourront jamais monter aux barricades pour la dénoncer ou la revendiquer.On referme ce recueil rempli de tendresse pour les si parfaites imperfections de la nature humaine.Anne-Marie Genest, librairie Pantoute (Québec) Une présentation des librairies indépendantes suivantes : UDROniE J •• • ________^_________________ ^ I Librairie du soleil LIBRAIRIE le pQfchemiü PANTOUTE le libraire Librairie agréée -1 DEPUIS 1906 Les librairies indépendantes du Québec (LIQ) publient: le libraire Le bimestriel des librairies indépendantes Un site d'information littéraire www.lelibraire.org Un site transactionnel www.livresquebecois.com patrimoine Canadian SODEC ¦ canadien Heritage Québec ¦¦ F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 LIVRES ESSAI L’actualité du cinéma de Gilles Groulx ODILE TREMBLAY Groulx critique une société mue par la consommation, manipulée par les médias et bercée par le divertissement.Il condamne ce dernier qui permet à trop de gens d’oublier qu’ils perdent leur vie en la gagnant», rappelle Jean-Marc Flotte, en préface du livre de Paul Beaucage Gilles Groulx, le cinéaste résistant.Cette critique sociale, au cœur de l’œuvre du réalisateur du Chat dans le sac, possède, près de 30 ans après qu’il eut signé son dernier film, une résonance pat;ticulièrement troublante.A la question «Pourquoi Gilles Groulx?», Paul Beaucage répond: «Parce qu’il a été une figure marquante du septième art québécois des années 1960, 1970, 1980.Il faut admettre que son cinéma — loin d’apparaître comme un simple phénomène de mode — reste indéniablement d’actualité.» Ce cinéaste phare, gauchiste, trop méconnu des générations montantes, en phase avec les luttes et les hantises de son peuple, méritait l’analyse exhaustive de son œuvre à laquelle il a droit ici.Paul Beaucage commente dans cet ouvrage très documenté, très référencé, chacune des œu-vres de Groulx réalisées essentiellement au sein de l’ONF, avec le couperet de la censure manié ici et là sur des bobines jugées subversives.L’auteur montre à quel point l’éthique et l’esthétique de Groulx ont su se répondre à travers son œuvre, dont l’impact repose aussi sur les immenses talents de monteur de Groulx.Que l’ONF ait, au cours de la seconde moitié des années 50, formé une équipe française dont plusieurs cinéastes devaient marquer notre cinéma — Gilles Groulx, Michel Brault, Claude Jutra, Fernand Dansereau et Leonard Forest, etc.—, cela appartient à l’histoire.La première collaboration de Groulx et Brault aussi.Leur remarquable Raquetteurs, qui annonçait l’avènement du direct, transformait avec une vérité admirable et un humour ravageur une compétition et une fête de raquetteurs en œuvre emblématique d’une aliénation collective.r Echecs Paul Beaucage commente sans complaisance les échecs ou semi-échecs de quelques fdms moins porteurs, Normé-tal.Primera pregunta sobre le felicidad / Première question sur le bonheur, etc, trop démonstratifs, didactiques ou tronqués par l’ONF.Mais les grandes œuvres de Groulx, en fiction comme en documentaire ou mêlant les genres, héritent de fines analyses.Le Chat dans le sac, son maître film de 1964, pas de deux entre Claude, un jeune francophone inquiet, et sa copine juive Barbara, plus déterminée, jouant d’oppositions, s’inscrit comme une «oeuvre subjective sur la Révolution tranquille», selon l’expression de Beaucage.«Le cinéaste croit qu’il importe d’éduquer les gens afin que ces derniers appréhendent les nombreux ratés du monde capitaliste.Grâce à cet apprentissage, ils pourront décider de renverser un tel système.» Beau rêve que notre société bientôt individualiste démentira.Mais à la fin des années 1960, l’utopie tient la route.Le documentaire de Groulx 24 heures ou plus, un an après la Crise d’octobre, tentait de cerner la situation sociopolitique du Québec à travers les mouvements de contestation.11 fut interdit de diffusion, comme On est au coton de Denys Arcand.Sa critique sociale, Groulx la poursuivra en fiction dans son long métrage opéra, composé par Jacques Hétu, Au pays de Zom, portrait d’un capitaliste particulièrement odieux (incarné par le chanteur Joseph Rouleau), offrant des accents plus pessimistes que ses œuvres précé- SOURCE TELE-QUEBEC Barbara Ulrich, qui fut la compagne de Gilles Groulx (1931-1994), dans Le Chat dans le sac (1963) dentes.Un grave accident de la route ne permettra à Groulx de ne le monter qu’en 1982, quatre ans après l’avoir entamé.11 sera aussi son chant du cygne.«L’itinéraire de Groulx est celui d’un rebelle aux multiples causes, lesquelles ont pour dénominateur commun la quête de la dignité humaine et la dénonciation de la médiocrité sociopolitique», précise Paul Beaucage en conclusion.L’auteur aura su démontrer aussi à quel point, à l’heure où le cinéma québécois commercial triomphe à pleins écrans, l’œuvre de Groulx en constitue encore un formidable antidote.Le Devoir GILLES GROULX, LE CINÉASTE RÉSISTANT Paul Beaucage Prélace de Jean-Marc Piotte Lux éditeur Montréal, 2009,274 pages f f LITTERATURE QUEBECOISE La réparation du monde SOPHIE JAMA Le tikoun olam, la réparation du monde, est une notion centrale du judaïsme.Lorsqu’il quitte le monde, tout juif doit le laisser si possible dans un état un peu meilleur que celui dans lequel il était lors de son arrivée.La vie entière d’un juif doit être consacrée à l’œuvre réparatrice du monde, aussi modeste soit-elle.Ne doutons pas que c’est dans cette lignée que s’inscrit Éliahou, le personnage principal du beau roman de Nairn Kattan, Le Veilleur.Pour contribuer à réparer le monde, les chemins de vie ne manquent MARIE-JOSÉE CHAREST Rien que la guerre, c’est tout MARIE-JOSÉE CHAREST rien que la guerre C’EST TOUT LES HERBES ROUGES / POÉSIE La révélation d’une certaine vérité, celle des événements.LES HERBES ROUGES/POESIE Olivieri Rencontres croisées librairie »^bistro Au cœur de la littérature Jeudi 20 mai 19 h 00 Une présentation de l'Espace du livre francophone.Avec le soutien de la Sodée.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Avec François Bon {Rock'n roll, un portrait de Led Zeppelin ; L’incendie du Hilton, Albin-Michel) ; il s’intéresse au phénomène des nouveaux supports: livres électroniques, diffusion par Internet, ateliers d’écriture en ligne.Et Martin Winckler (La maladie de Sachs-, Le chœur des femmes, P.O.L); Il aille avec brio écriture en tous genres, recherche en éthique, médias et médecine - Dr Zaffran de son vrai nom.Bon et Winckler liront leurs écrits en sol québécois et raconteront cette année passée parmi vous.pas et chaque personne doit trouver le sien.Pour les études supérieures d’Éliahou, sa mère songe à la médecine.Venir en aide à autrui en apaisant les souffrances que le corps peut éprouver tout au long d’une vie pourrait convenir à Eliahou, si la vue du sang ne le rendait pas lui-même malade.Comme le dit l’histoire juive sous forme de devinette, un psychanalyste est juste un médecin qui ne supportç pas la vue du sang.Mais Éliahou ne sera ni médecin, ni psychiatre, ni psychanalyste.11 aime les cours d’histoire, commence sa formation en médecine, étudie la philosophie et décide, finalement, de devenir rabbin, afin de tenter de veiller sur les âmes en les aidant dans leurs questionnements, lui qui ne détient aucune réponse et passe son temps à s’interroger.Quand le romqn débute.Abraham, le fils d’Éliahou, est père à son tour.Le nouveau-né se prénommera Meir lorsqu’il aura reçu la circoncision en signe de l’alliance.C’est donc un homme en âge de revenir sur sa vie passée que nous présente Naïm Kattan.Le rabbin, devenu veilleur des âmes, rompu à la célébration des brith millah, les rituels de circoncision, est pourtant sur le point de défaillir Jors-qu’il s’agit de son petit-fils.Émotion et vertige face aux mystères du monde et de l’humanité, c’est ce qu’il éprouve en observant, posé sur ses genoux, ce petit être fragile qui vient de naître et qui va perpétuer une tradition en devenant lui-même un homme et en s’efforçant à son tour de réparer le monde.Eliahou revient donc sur sa vie.Des années sont passées depuis le départ de sa famille de l’Irak natal pour rejoindre New York et l’Amérique, plus paisible pour les juifs, puis Montréal, où il s’est installé avec Emma, son épouse rencontrée lors d’un voyage en Israël.Dès son enfance, Éliahou est attentif au monde et cherche à comprendre ce qui nous sépare, nous oppose ou nous rapproche les uns des autres.Sa vocation, qui n’en est pas une, prend peut-être sa source dans son amitié avec l’employé noir du magasin où travaille son père.Faut-il faire la révolution comme le suggère Torn?Pour cet homme, héritier du racisme et de l’jnjustice.Dieu n’existe pas et Éhahou, s’opposant ainsi à ses parents, leur déclare qu’il refuse de faire sa bar mitzvah.C’est un désastre pour la famille et un curieux commencement pour un homme qui deviendra finalement rabbin.Mais le jeune Éhahou se ravise et découvrira peu à peu dans les rituels, les prières, l’étude et le contact avec les autres, les conditions qui lui permettront de poursuivre sa réflexion et de chercher inlassablement à comprendre le monde et ses habitants.Naïm Kattan intercale entre les souvenirs de celui qui consacre sa vie à veiller sur les autres ses propres interrogations, ses prières, ses études de la Paracha hebdomadaire et les entrevues qu’il a avec des membres de sa synagogue venus le consulter.A qui s’adresser si ce n’est au, rabbin?Mais les réponses d’Éliahou, pour honnêtes et éclairées qu’elles soient, aident-elles vraiment Christine ou Sandrine, deux jeunes femmes candidates à la conversion, Maurice qui assiste à la piétamorphose de son épouse, Éric qui s’interroge sur le sens de sa vie, Sheila lassée de son mari ou Sarah devant la dérive de sa fille?Les solutions simples n’existent pas et qiçi peut prétendre les posséder?A chacun de s’interroger et de cheminer sur sa voie personnelle.Parfois le tragique de la vie fait aussi place au miracle, comme celui du jeune François qui décide, contre toute attente, de retourner à la foi de ses pères.Du berceau à la tombe, la vie et les rapports des êtres humains entre eux ne sont qu’un infini questionnement.Voilà ce que le judaïsme enseigne et que le dernier roman de Naïm Kattan, Le Veilleur, fait ressentir dans toute sa force au lecteur.Collaboration spéciale LE VEILLEUR Naïm Kattan Éditions Hurtubise Montréal, 2009,261pages LITTERATURE ETRANGERE Si par un soir d’hiver CHRISTIAN DESMEULES C> est un «roman d’intérieur» qui étonne par sa maîtrise et sa fluidité.Un huis clos israélien qui fait subtilement écho à tout ce qui gronde à l’extérieur de ses murs: la violence des uns contre les autres, la culpabilité permanente ou «le chuchotement vénéneux du vent».Un piano en hiver, d’Ayelet Shamir, née en 1964, impose un vocabulaire musical: contrepoint, musique de chambre, justesse.Dans le modeste piano-bar d’une petite ville de la banlieue de Tel-Aviv, un trio désaccordé s’accroche au heu comme des naufragés à un bout d’épave: le patron, un ancien marin bourru divorcé deux fois qui a parfois le mal de terre, un «pianiste avachi» et raté de 36 ans incapable de Les Éditions du Noroît Nouveautés www.lenarait.cam JACQUES RANCOURT VEILLEUR SANS SOMMEIL choix de poèmes 1974-2008 prefiux d Henn Meschonni Veilleur sans sommeil Jacques Rancourt coll.Ovale Ce que vous ne lirez pas Nadine Ltaif Ce que vous ne lirez pas guérir d’une histoire d’amour, un jeune apprenti cuisinier arabe considéré comme un traître par les siens parce qu’il consent à travailler pour les Juifs.Au bout d’une soirée particulièrement morte, un petit groupe de clients inattendus y débarque (quatre hommes et deux femmes).Leur lente dérive prendra les allures d’un drame incontrôlable.Au moyen d’une construction habile, Ayelet Shamir nous fait passer de l’un à l’autre de ses personnages, recouvrant toutes choses d’une tension permanente — tantôt érotique, tantôt menaçante — qui contribue à verrouiller l’atmosphère étouffante de ce cagibi alcoolisé.Une remarquable métaphore — une autre, direz-vous — de l’impossible condition pales-tino-israélienne.Collaborateur du Devoir UN PIANO EN HIVER Ayelet Shamir Traduit de l’hébreu par Katherine Werchowski Christian Bourgois Paris, 2010,360 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 F 7 ESSAIS ECONOMIE Le secret offshore du capitalisme MICHEL LAPIERRE Calculée en milliers de milliards de dollars, «la moitié du stock mondial d’argent transite ou réside dans les paradis fiscaux», croit Alain Deneault, qui enseigne la sociologie à rUQAM! Comment vérifier une estimation aussi risquée?Qui dit évasion fiscale dit secret, magouille et même crime.Mais, à cause des rumeurs qu’entretient l’indiscrète culture populaire, une aura entoure les suspectes banques offshore et pourrait arriver à les trahir.Il est facile d’affirmer qu’en voyant les choses ainsi, dans son essai Offshore: paradis fiscaux et souveraineté criminelle, Deneault se fie trop à des intuitions alimentées par le cinéma et les feuilletons télévisés.Néanmoins, sans apporter davantage de preuves mathématiques, un corps législatif aussi important que l’Assemblée nationale de France ne craignit pas de publier, dès 2000, des estimations inquiétantes du blanchiment de capitaux en Europe.Comme le fait aujourd’hui Deneault, la mission parlementaire d’enquête, à Paris, signala que la Cité, quartier bancaire de Londres grâce auquel la capitale du Royaume-Uni dispute à New York le titre de centre de la finance mondiale, joue un rôle primordial dans le réseau des paradis fiscaux.Cette réalité montre avec éloquence que les zones ofjshore ne se limitent pas à des principautés pittoresques, telle Monaco, les légendaires banques suisses ou des îles exotiques, telles les Caïmans.Les entrelacements planétaires, croissants, abstraits, virtuels de ces zones, qui deviennent de plus en plus floues, défient la géographie et remettent en question l’idée mqme de souveraineté politique.A la suite de Christian Ctiavagneux et de Ronen Palan, le clairvoyant Deneault souligne que c’est la Cité, au cœur de Londres, qui, en 1957, ouvrit la voie à la finance ofjshore.Elle le fit en créant le marché des eurodollars, monnaie apatride dont la valeur coïncide avec la devise américaine mais qui ne relève ni de la loi des Etats-Unis ni de celle de tout autre pays! N’empêche qu’on soupçonne aisément les paradis fiscaux de profiter aux élites financières des puissances qui contrôlent le capitalisme mondial.Deneault entérine l’affirmation du juge français Jean de Maillard selon laquelle ces paradis mystérieux «n’existent que parce que les grands pays industrialisés ont besoin d’eux».Avec finesse, il conclut que «le pouvoir offshore» des plus riches, privilégiés capables de s’affranchir de la fiscalité qui pèse sur les classes moyennes des sociétés occidentales, «est politiquement à notre monde ce que les puissances coloniales ont été aux régions du Sud».On pourrait faire un pas de plus que Deneault en affirmant que les paradis fiscaux sont inhérents au capitalisme.Ce système est politique avant d’être financier.Depuis tpujours, il fend à constituer un Etat dans l’État.Sans le pouvoir de contourner la loi, voire de devenir la loi, l’argent ne serait plus grand-chose.Collaborateur du Devoir OFFSHORE Aain Deneault Écosociété Montréal, 2010,120 pages ALAIN DENEAULT OFF SHORE L» I(l6rlq Rgyal Montréal @ Montréal @ 1*1 Québec SS Radio- WMomtaal CIBLlOlBcom Consrit 0«s «rts Quebec ! MfrwKtiOuitMC billettene Articulée caissede laculture F 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MAI 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS Contre le décrochage politique des jeunes Paul Saint-Pierre Plamondon a fondé Génération d’idées, un organisme qui vise à donner une voix à la relève québécoise Louis CORNELLIER Au printemps 2009, le jeune avocat Paul Saint-Pierre Plamondon laisse son emploi et entreprend une tournée du Québec, «afin de comprendre quelles [sont] les idées maîtresses et les valeurs de [sa] génération», c’est-à-dire les 20-35 ans.Il visitera 19 villes et rencontrera 500 jeunes.Son but ultime: «casser un cynisme malsain envers notre démocratie».D’où la fondation de Génération d’idées, un organisme qui vise à donner une voix à la relève québécoise, cette tournée du Québec et cet essai.Des jeunes et l’avenir du Québec, grossièrement édité, qui propose, selon la formule du préfacier Bernard Descô-teaux, une carte des «territoires de l’esprit des jeunes Québécois».Comment expliquer que les Y (20-35 ans) soient si peu nombreux à s’engager politiquement?L’hjqjothèse principale avancée par Saint-Pierre Plamondon, pour répondre à cette question, m’apparaît fragile, pour ne pas dire irrecevable.«Les jeunes, écrit-il, sont passionnés par la politique, mais ne s’impliquent pas dans leur démocratie par choix.Ils préfèrent s’impliquer là où, pensent-ils, ils auront un impact plus tangible et seront davantage valorisés.» Plus précisément, Saint-Pierre Plamondon avance que «le manque d’intégrité et de crédibilité de nos institutions démocratiques a amené ma génération à bouder la politique pour choisir d’autres formes d’implications plus utiles et plus crédibles», comme l’aide internationale Ces explications me semblent déconnectées du réel.Si on peut présumer que les 500 jeunes qui ont participé aux rencontres organisées par Saint-Pierre Plamondon se passionnent pour la politique, on ne peut en dire autant de la vaste majorité des Y.Enseignant dans un cégep, je suis à même de constater que la politique n’a pas la cote chez les jeunes.Ils la considèrent plutôt comme un jeu peu intéressant qui ne les concerne pas.Deux raisons, à mon avis, expliquent ce décrochage: l’échec de leurs prédécesseurs à leur transmettre le désir de la politique et les séductions de la société de consommation.Quand ils ne sont pas en train d’étudier pour avoir un bon emploi plus tard, les jeunes travaillent presque autant d’heures que leurs parents pour pouvoir consommer.La politique?Ils n’ont pas le temps et personne ne les a convaincus que c’était essentiel.Les jeunes qui s’engagent dans l’aide internationale, d’ailleurs, le font souvent plus par goût de l’aventure et du voyage que par conscience politique.Corruption et explications De même, s’il a beau jeu, par les temps qui courent de pointer la corruption comme une des sources du décrochage politique des jeunes et des citoyens en général, Saint-Pierre Plamondon Des jeunes et l'avenir DU Québec prendre qu’un exemple qui s’applique au jeune avocat lui-même, est-elle moins corrompue que le Québec?Et si la corruption était une conséquence, plutôt qu’une cause, du décrochage politique?Saint-Pierre Plamondon croit qu’une réforme de notre système politique contribuerait à susciter l’engagement des Y.Il propose, notamment d’instaurer un mode de financement totalement public des partis politiques, de mieux payer les élus pour leur assurer une indépendance (en né- La Révolution tranquille, contrairement à ce que su^ère Saint-Pierre Plamondon, ne fut pas le résultat d’un consensus, mais de la victoire des nationalistes modernisateurs semble négliger deux iâits essentiels.De 1944 à 1956, c’est-à-dire à l’époque de la corruption duples-siste, le taux de participation électorale dépasse toujours 70 %.Le jeune avocat remarque même, plus loin, que le désir de lutter contre cette corruption a suscité, à l’époque, im fort désir d’engagement politique.Qn peut donc croire, aujourd’hui, que les jeunes (et les autres) qui évoquent la corruption pour justifier leur non-engagement se dédouanent à peu de frais.Si, ensuite, cette corruption était la cause de leur démission politique, comment expliquer l’engagement des plus actife d’entre eux dans des pays du tiers-monde où elle est érigée en système?La Bolivie, pour ne gligeant le fait que les esprits corrompus n’en ont jamais assez), de rendre le lobbying transparent, d’imposer un rapprochement entre les élus et les citoyens et de rendre plus proportionnel le mode de scrutin.Ces propositions ne sont pas inintéressantes, mais elles ne sont certes pas la solution au phénomène du décrochage politique, qui a plus à voir avec une tendance sociale lourde qu’avec ce genre de détails techniques.Saint-Pierre Plamondon n’évite pas non plus l’angélisme quand il fait du modèle britannique de notre Assemblée nationale une des causes de l’indifférence politique des jeunes.Ce modèle de confrontation, écrit-il, ne correspond pas à la tradition de concertation du Québec, sans compter que les débats acrimonieux qu’il encou- rage font fuir les jeunes.Qr la démocratie est par excellence le lieu de la confrontation.Souhaiter que tous jasent tranquillement entre eux, en dépassant les oppositions droite-gauche et fédéralisme-souverai-nisme, pour en arriver à des consensus, revient à vouloir faire de la politique sans en faire.Je commence, d’ailleurs, à être un peu tanné de toutes ces critiques «gnangnan» de la période de questions et de réponses orales à l’Assemblée nationale.Saint-Pierre Plamondon, après d’autres, en parle comme d’un spectacle peu crédible.Pourtant, pour qui l’écoute régulièrement, cet exercice démocratique passionnant est très révélateur du coffre et de la crédibilité des politiciens.Les réponses en Chambre, depuis quelques mois, des Charest, Dupuis, Whissell et Tomassi illustrent avec force le naufrage de ce gouvernement.Les jeunes «entrepreneurs sociaux» préfèrent la concertation tranquille?Qu’on leur apprenne, alors, à vivre, c’est-à-dire à se battre pour des idées! La Révolution tranquille, contrairement à ce que suggère Saint-Pierre Plamondon, ne fut pas le résultat d’un consensus, mais de la victoire des nationalistes modernisateurs.J’ai du respect pour la démarche audacieuse de Paul Saint-Pierre Plamondon.Comme lui, je considère essentiel de réconcÉer les jeunes Québécois avec la politique.Pour cela, il faudra modestement compter sur l’école, qui devrait initier les jeimes à la politique, sur des politiciens inspirants, sur des médias responsables et sur des citoyens revenus du désert de la consommation privée.Le reste n’est que blabla de bien-pensants.louisco@sympatico.ca DES JEUNES ET L’AVENIR DU QUÉBEC Les rêveries d’un PROMENEUR SOLITAIRE Paul Saint-Pierre Plamondon Prélaces de Bernard Descôteaux et Marc Lalonde Les Malins Montréal, 2009,136 pages MARCOS BRINDICCI REUTERS La fonte des glaciers témoigne des changements climatiques qui affectent la planète.ENVIRONNEMENT Allègre chauffe le débat LOUIS CORNELLIER Le controversé géochimiste français Claude Allège appartient au camp des «climatos-ceptiques».Il ne nie pas l’existence d’un «changement climatique», mais il affirme qu’on ne sait pas «si les causes en sont naturelles ou humaines» et ajoute que «l’influence majeure du C02surle climat n’est pas démontrée».Dans L’Imposture climatique ou la fausse écologie, im ouvrage d’entretiens avec le journaliste Dominique de Montvalon, Allègre, qui reconnaît n’être «pas un expert» en climatologie mais «un connaisseur intéressé», s’en prend aux conclusions du GIE(J (Groupement international pour l’étude du climat), un organisme qui aurait l’immense défaut de mélanger la science et la politique.Il affirme que «la simple idée d’une “vérité scientifique” établie par une commission de l’ONU, c’est un crime contre l’intelligence», et réclame le droit au «doute scientifique».Il s’inquiète de la lascination pour les ordinateurs dont font preuve trop de climatologues et plaide pour ime science fondée sur «l’observation du réel».Pamphlétaire, Allègre avance que «tout est faux dans les affirmations d’Al Gore», rappelle que ce dernier est le «fondateur de l’ecobusiness», explique l’alarmisme des climatologues du GIEC quant au réchauffement climatique par leur volonté de gonfler leur budget de recherche et s’oppose radicalement aux tenants d’une écologie politique axée sur la décroissance.Allègre n’est pas un partisan du développement sauvage.Il faut, dit-il, économiser le pétrole pour en laisser aux générations futures et lutter contre l’au^en-tation du CG,, qui acidifie l’océan.Eaut-il, pour autant, arrêter le progrès et la croissance?Non, mais plutôt développer de nouvelles technologies, pour permettre notamment la capture et la séquestration du CG, et se préoccuper des «vrais problèmes», c’est-à-dire l’accès à l’eau et à la nourriture pour les humains, la situation de l’océan et l’avenir énergétique.Longtemps presque seul dans son camp, celui des «climatos-ceptiques» scientifiques et non celui des simples idéologues à la Bush, Allègre, depuis quelques mois, a de nouveaux alliés.Dans Le Nouvel Observateur du 18-24 mars, Claude Weill, dans un solide dossier, rappelle que «le débat, justement, n’est pas clos du tout» et que les causes du réchauffement constituent «le cœur de la discussion».Eait-ilplus chaud, par exemple, parce qu’il y a plus de gaz carbonique ou y a-t-il plus de gaz carbonique parce qu’il fait plus chaud?Dans un échange corsé, le mathématicien Benoît Rittaud, auteur du Mythe climatique (Seuil, 2010), soutient que la thèse du réchauffement «ressemble à un cadavre qui marche», alors que le climatologue Jean Jouzel, membre du GIEC, défend la thèse «carbocentriste».Tous ces scientifiques ont en commun un souci de la planète.Sur la manière, toutefois, le débat fait rage.Collaborateur du Devoir L’IMPOSTURE CLIMATIQUE OU LA EAUSSE ÉCOLOGIE Claude Allège Avec Dominique de Montvalon Plon Paris, 2010,300 pages Olivieri librairie «-bistro Lectures Olivieri - Le Noroît Isabelle Dumais Un juste ennui Nadine Ltaif Ce que vous ne tirez pas Anie Ouellet Ton nom dans ma main Judy Quinn Six heures vingt Dimanche 16 mai À15 heures 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges RSVP : 514-739-3639 Brunch au bistro : 739-3303 Presses de l’Université Laval \ \ JUSQU’OU et COMMENT prend-on en compte la diversité culturelle et religieuse au sein des institutions scolaires ?Sous la direction de Marie Mc Andrew, Micheline Miiot et Amina Triki-Yamani Sous la direction de Marie Mc Andrew, Micheline Milot et Amina Triki-Yamani L'école et la diversité Perspëctlves comporées .Politiques • Programmes • Pratiques 220 pages 42,95 $ FARTENAIRE DU DÉVELOPPEMEMT .U'* "Il 1 'fof/JL Desjardins Caisse du Mont-Royal Québec Montréal COMMLN Montreal CIBL1015.com le Plateau-Mont-Roval Montréal Articulée caissede laculture DU 27 AU 30 MAI 2010 sous LE CHAPITEAU cm SUUO LC .¦ - place GÉRALD-GODIN métro MONT-ROYAL wvm.maisondelapoesie.qc.ca présenté psr I® MAISONdela pofcsit
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