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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2010-05-22, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 LITTERATURE Éblouissante Nancy Huston Page F 3 LITTERATURE Le rendez-vous " Page F 5 mm Poissons amers «Le mangeur de poissons et de fruits de mer doit repenser sa façon de consommer les produits de la mer pour favoriser les espèces facilement renouvelables» FABIEN DEGLISE Le plaisir est dans l’assiette, dit-on, mais peut-être pas pour toujours.Inconscience?Ignorance?Le mangeur de poisson, l’amateur de crustacés et l’ouvreur-amateur d’huîtres courent, bouchée après bouchée, tout droit à leur perte avec leurs habitudes de consommation globalement néfastes pour l’environ-nement, mais aussi pour la survie de plusieurs ressources halieutiques dont les réserves sont déjà dans le rouge.Les carottes seraient-elles cuites pour la dorade rose?Pas loin, mais il y a encore de l’espoir au bout de la ligne, estime l’auteur montréalais Taras Gres-coe, qui propose, dans une brique de 400 pages, de revoir en profondeur notre rapport aux poissons pour sauver une espèce, la plus menacée d’extinction sur terre: le piscivore.«f adore manger du poisson, lance à l’autre bout du fil le journaliste et chroniqueur voyage qui bosse, entre autres, pour le New York Times et le Globe and Mail fai découvert les plaisirs de la bonne nourriture, à base de poissons et de fruits de mer, quand fai vécu en France dans les années 90.Et je ne voudrais surtout pas être obligé de m’en passer» Sa crainte a guidé sa plume.S’il a entrepris l’écriture de Notre mer nourricière (VLB éditeur), traduction française qui vient de sortir de son Bottomfeeder: How the Fish on Our Plates Is Killing Our Planet, publié chez Macmillan à Londres en 2008, c’est donc pour faire un pied de nez au destin que l’humanité semble vouloir écrire pour les amateurs de produits de la mer.A grands coups de surpêche, d’élevages polluants et de mises en filet, les yeux bandés.«Quand fai entrepris récriture de ce livre, souligne-t-il en guise d’introduction, je savais que notre génération faisait peut-être partie des dernières de Thistoire qui pourraient jouir du luxe aussi banal que la consommation d’un poisson sauvage tout juste sorti de l’eau.» Et quand on sait que cet acte nourricier est intimement lié à notre humanité — la vie sur terre a commencé dans la mer et la consommation de poisson a été essentielle au développement et à la croissance des protohumains, dont Lucy est la plus fière représentante — tout ça, peut donner effectivement le goût de pleurer.Finis thon, mérou, requin.La mathématique de la surexploitation n’esf toutefois pas plus réconfortante.À l’échelle mondiale, la consommation de poisson a doublé au cours des trente dernières années, sous l’influence d’une série de modes culinaires qui ont mis le saumon à toutes les sauces et les autres espèces, en tranches et crues, dans des rouleaux ou sur des micro-montagnes de riz gluant.Pis, rappelle Grescoe, en 2005 les ventes des produits de la mer ont même été supérieures à celles du poulet (une viande extrêmement populaire partout sur la planète) pour la pre mière fois dans l’histoire alimentaire de la Grande-Bretagne.Et cela n’est pas étranger au fait que les grands prédateurs de la mer, thon, morue, mérou, requin, marlin, espadon et lotte, devenus proies des urbains branchés, ont vu dans plusieurs régions 90 % de leur stock historique rayé à ce jour de la profondeur des mers.À ce rythme, et avec une telle pression, «nous verrons, de notre vivant, disparaître tous les principaux stocks de poissons; autrement dit, il n’y aura plus de produits de la mer dans le monde en 2048», écrit Grescoe dans son bouquin, qui l’a amené à faire un véritable tour du monde à la rencontre des cultures culinaires du poisson pour mieux en comprendre la mécanique, la dynamique et surtout pour trouver une façon de les rendre moins néfastes pour les mers et leurs ressources.Tous unis contre la crise Un bol de soupe à la rascasse de Marseille, un plat de fugu japonais — ce poisson mortel quand on le découpe mal —, une assiettée de zhui xia en Chine — ces crevettes ivres de vin de riz — et une orgie de sardines portugaises grillées plus loin, le bilan est sans appel.«Le mangeur de poissons et de fruits de mer n’a pas le choix, lance-t-il.Il doit repenser sa façon de consommer les produits de la mer pour favoriser les espèces facilement renouvelables» et réduire du coup son empreinte écologique sur les mers et les océans.Les pêcheurs, les supermarchés, les restaurateurs, les critiques gastronomiques, les diplomates, les politiciens et l’humanité dans son ensemble «doivent l’aider activement dans sa démarche», ajoute-t-il.L’heure est donc aux sacrifices, souligne Taras Grescoe, qui invite à renouer avec les petits poissons proches de l’endroit où l’on habite afin de lâcher la pression sur les prédateurs, gros et appréciés, qui activent une industrie mondialisée naviguant parfois en eaux troubles et de façon illégale.«Aujourd’hui, les poissons que l’on mange viennent de partout sur la planète et sont pêchés déplus en plus en profondeur, parfois au mépris des règles de conservation, dit l’auteur.Ce principe alimente la crise actuelle», ajoute-t-il, tout en rappelant qu’aujourd’hui, pour lui, commander de la lotte pêchée au chalut «est aussi éthiquement répugnant que de manger du gibier braconné ou de la cervelle de singe».Le saumon d’élevage, pourtant pré senté comme une ressource écologiquement responsable, loge à la même ensei^e.«Je n’en mange plus, dit-il./e favorise le saumon sauvage du Pacifique», et ce, parce qu’il ne provient pas de fermes marines dont la pollution nuit autant à l’écosystème qu’aux VOIR PAGE F 2 POISSONS «Nous verrons, de notre vivant, disparaître tous les principaux stocks de poissons» EN VEN Quatre romans de (Jüi> uC Vous aimez les récits historiques ?Vous serez servis.Les héritiers M’enmcinement Le Petit Monde DE Saint-Anselme Le temps des epreuves % Ll B RAI RIES 28,60 $ ch.(Chronique des années 30) (Chronique des années 50) (Chronique des années 80) (Chronique de Tan 2000) Guérin s- ÉDITEUR DEPUIS 1 970 Téléphone; 514-842-3481 www.guerin-editeur.qc.ca 6210 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 LIVRES ESSAIS QUEBECOIS Les désirs de simplicité volontaire d’Yvon Rivard CHRISTIAN DESMEULES Les idées simples ont parfois la vie dure.Rien de moins difficile pour un écrivain, par exemple, que de définir ce qu’est le bonheur, la responsabilité de l’artiste ou de l’intellectuel.Voire de l’incarner lui-même dans sa vie comme dans son écriture.Professeur de lettres françaises et québécoises et de création à l’IIniversité McGill, Yvon Rivard est aussi un romancier qui se fait rare et un essayiste accompagnateur à la pensée personnelle et méditative {Le bout cassé de tous les chemins, Personne n’est une île, Boréal, 1993 et 2006).Issus pour la plupart de textes parus dans des revues (Contre-jour et L’Atelier du roman notamment) et remaniés pour l’occasion, hormis certains inédits, les chapitres A’Une idée simple, sa nouvelle collection d’essais, interrogent la responsabilité morale de l’écrivain et de l’intellectuel.Si les auteurs convoqués y sont nombreux (Hubert Aquin, Rilke, Gabrielle Roy, Peter Handke, Virginia Woo(f, Jean Bédard ou Bernard E-mond), l’ombre morale de Pierre Vadeboncœur, cet immense essayiste décédé en février dernier, flotte au-dessus de cette douzaine de textes pénétrants.Une autocritique L’ouvrage, qui navigue entre le personnel et le savant, prend parfois les couleurs d’une autocritique et d’une tentative de s’échapper du «cachot de l’art» dont parlait l’écrivain autrichien Hermann Broch.Le parcours d’écrivain dTvon Rivard est exemplaire à cet égard.Après Mort et naissance de Christophe Ulric (1976) puis L’Ombre et le Double (1979), deux premiers romans marqués par un imaginaire fantaisiste et désincarné, son oeuvre s’inscrit dans une consciente et patiente démarche de retour — sinon d’aller simple — vers les plus hautes exigences du réel et de l’authenticité.Une quête artistique qu’il a su traduire en une trilogie romanesque formée par Les Silences du corbeau, Le Milieu du jour et Le Siècle de Jeanne (Boréal, 1986,1995 et 2005).«Notre tâche, écrit Yvon Rivard, est d’élargir notre conscience», de conquérir notre humanité, de se rendre utiles en aidant et en faisant du bien autour de soi.Le premier iv(ni nivard devoir de l’intellectuel dans l’exercice de son métier, croyait Hermann Broch, est de «porter assistance à autrui».Ce programme altruiste, où semblent affleurer par moments des pointes de culpabilité, éclaire toute la pensée contenue dans les essais récents d’Yvon Rivard: «Je commence lentement, très lentement, depuis quelques années, à comprendre, à mesurer la futilité de ma propre culture.» Grand lecteur (il serait même plus juste de parler de grand relecteur), Rivard fuit comme la peste le superflu et s’abreuve à ce qui lui paraît essentiel pour vivre.«Les oeuvres nécessaires sont celles qui nous aident à passer du destin à la vie, à voir dans le monde et nous-mêmes une oeuvre commune à laquelle tous, du plus petit au plus grand, du brin d’herbe au génie, nous n’avons pas le choix de travailler sous peine de vivre dans l’angoisse de la mort et de mourir sans avoir vécu.» Comme écrivain, la plus grande preuve de son altruisme est sans doute à chercher du côté de sa générosité et de sa patience de relecteur.Comment revenir sur terre ?Du commentaire d’un film de Bernard Emond {«L’intelligence des innocents») à une réflexion originale sur la dialectique essentielle chez l’auteur de Prochain épisode {«Le combat intérieur d’Hubert Aquin») en passant par une défense du «cas Handke» {«Lettre à un ami presque allemand») et des lectures mûries de Ga- ^4 JACQUES GRENIER LE DEVOIR Grand lecteur, Yvon Rivard fuit comme ia peste ie superflu et s’abreuve à ce qui iui paraît essentiei pour vivre.brielle Roy, Une idée simple pose plus que sa part de questions complexes.«Comment revenir sur terre?», se demande surtout ce fils de forestier né en 1945, baby-boomer exemplaire, à cet âge d’une vie professionnelle et artistique qui donne toutes (es apparences de la réussite.A cet égard, son désir de simplicité volontaire ne se dément pas: «Comment se rapprocher du savoir des hommes qui ne sa- vent rien, c’est-à-dire qui éprouvent tout, la joie ou la détresse, sans le recours à une image ou à une idée qui en réduise ou en augmente l’intensité?» Et lorsque les rêves humanistes se mêlent aux utopies nationales, l’écrivain ajoute un cran à la complexité du réel: «Quand je pense à ce pays que je voudrais que soit le Québec, je pense à des gens réunis dans et par une culture qui met au-dessus de tout le souci de l’autre.Combattre pour cela est fatigant, mais c’est une fatigue qui fait vivre, c’est une fatigue qui introduit de la durée dans le mouvement discontinu de la vie, de l’histoire.» Pas si simple, n’est-ce pas?Collaborateur du Devoir UNE IDÉE SIMPLE Yvon Rivard Boréal, coll.«Papiers collés» Montréal, 2010,246 pages POISSONS Les critiques gastronomiques devraient également ouvrir les yeux, selon Grescoe SUITE DE LA PAGE E 1 saumons.Ce bétail marin nécessite en effet des tonnes de krill, d’anchois ou de crevettes pour arriver à maturité, mais aussi des tonnes d’antibiotiques pour faire face aux maladies induites par leur condition carcérale.Les supermarchés sont aussi interpellés par Grescoe, qui milite pour un étiquetage plus précis des poissons vendus (ce qui n’est pas toujours le cas) précisant leur nom exact, la méthode de pêche ou d’élevage.H réclame aussi un cadre réglementaire plus sévère afin d’accroître les inspections dans ce domaine (ce qui n’est pas toujours le cas, là encore).Le plaisir demeure Les critiques gastronomiques devraient également ouvrir les yeux, dit-il.«Décrire avec un enthousiasme délirant un plat de toro délicieux à mourir sans se donner la peine de mentionner que le thon rouge est au bord de l’extinction, cela compte», écrit le bourlingueur qui, au terme de cette aventure de trois ans sur les littoraux du monde, n’a pas troqué son goût du poisson pour celui de la viande.«J’ai remplacé les espèces des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire [thon, espadon, saumon et consorts] par plusieurs autres des niveaux inférieurs que l’on pêche ici au Canada», dit-il, en évoquant l’oursin, le maquereau, les palourdes, les couteaux (de mer), le hareng fumé, auxquels il ajoute aussi, dans ces quatre menus hebdomadaires de poisson, des huîtres bêlons crues saupoudrées de poivre, des sardines grillées, des anchois et même de la goberge de l’Alaska ou de l’aiglefin.Et le plaisir demeure finalement le même, assure l’auteur, puisqu’il ne contribue pas à réduire «l’expérience de quiconque sur Terre», dit-il.Le Devoir NOTRE MER NOURRICIÈRE Taras Grescoe VLB éditeur Montréal, 2010,400 pages Olivieri librairie ?bistro Yvon Gauthier Le parcours d’un psychiatre d'enfant Au cœur de la société Mercredi 26 mai 19 h 00 Avec le soutien de la Sodée RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie Avec Dr Yvon Gauthier Psychiatre et psychanalyste au CHU Sainte-Justine depuis les années ’60.Il a cosigné le livre L’attachement, un départ pour la vie.À 82 ans, il vient de publier l'ouvrage L'avenir de la psychiatrie de l'enfant aux éditions Érés.Animateur Dr Martin St-André Pédopsychiatre au CHU Ste-Justine; Président de l'Asso.Québécoise pour la Santé Mentale des Nourrissons.POLARS Tentations italiennes MICHEL BELAIR D> un côté la ville de Bari qui regarde la côte dal-mate de l’ancienne Yougoslavie devenue une constellation de pays et d’intérêts divers souvent inavouables.Un port ouvert à tous les trafics et où un ancien agitateur fasciste condamné pour trafic de dro-gue clame son innocence; Guido Guerrieri, dont on dit qu’il est «l’avocat le plus célèbre de l’Italie littéraire», acceptera de le défendre.De l’autre, la Sérénissime.Venise et tous ses trafics aussi.Où, en pleine nuit, le pédiatre en chef du plus grand hôpital de la ville voit sa maison défoncée par des hommes en uniforme qui l’assomment d’abord puis s’enfuient avec son bébé.Et un autre Guido, Brunetti cette fois-ci, commissaire de son état, qui se voit chargé de l’affaire.Deux affaires complètement différentes, deux univers qui n’ont presque rien en commun mais qui, tous deux, tracent un portrait accablant de l’Italie d’aujourd’hui qui incarne, d’une si inventive façon, toutes les tentations de la droite.Chez Carofiglio — un ancien juge anti-mafia à la retraite que l’on connaît beaucoup moins que Donna Leon — ce sont les failles du système judiciaire italien que l’on découvrira; plus précisément, un coup fourré orchestré par un avocat i 1 Donna Leon payé par la mafia alors que les policiers tentaient d’abord de régler l’affaire en vitesse en regardant plutôt ailleurs.Son Guido, Guerrieri celui-là, parviendra difficilement à oublier JOHANNES EISELE AEP la beauté stupéfiante de l’épouse de l’homme condamné injustement.Mais même s’il reconnaît en cet homme un des petits bourreaux ordinaires de son adolescence, il livrera un plaidoyer à la hauteur de ce que l’on trouve dans les plus grands legal thrillers.Intéressant.Brunetti, lui, aura affaire à la puissance de ces lobbies de droite bien installés dans les officines de la grande bourgeoisie vénitienne.Même s’il est ici d’abord question de trafic d’enfants en provenance des anciens pays de l’Est — il faut voir Brunetti «infiltrer» avec la senora Elettra une clinique de fertilité! —, Donna Leon trouve le moyen de nous faire pénétrer dans la tête et l’âme de ceux qui se permettent de juger et de condamner les autres, qu’ils le veuillent ou non, parfois même qu’ils le sachent ou non, selon leur morale étroite.Une intrigue magnifiquement tissée, un superbe portrait tout en nuances.Le Devoir LES RAISONS DU DOUTE Gianrico Carofiglio Traduit de l’italien par Nathalie Bauer Seuil/Policiers Paris.2010,264 pages LE CANTIQUE DES INNOCENTS Donna Leon Traduit de l’américain par William Olivier Desmond Calman-Lévy Paris, 2010,286 pages -poe/iu MOfflfFAL Fortner Anderson I Martine Audet i Joséphine Bacon I Franz Benjamin I Marjoiaine Beauchamp I Virginie Beaur^ard D.I Geneviève Biais 1 François Charron Moe Ciark Jean-Paul Daoust Caroie David Roger Des Roches Pierre DesRuisseaux Héiène Dorion Louise Dupré .'*4 LA NUIT DE LA POÉSIE 2010 SAMEDI 29 MAI 2010 À 21 H Fernand Durepos Rose Eiiceiry lan Ferrier ivy Benoit Jutras Marc-Antoine K.Phaneuf D.Kimm Michèie Laionde Jean-Sébastien Larouche Mona Latif-Ghattas Daniel Leblanc-Poirier Tristan Malavoy Jean Morisset Danny Plourde Marie Savard Hosseln Sharang Érika Soucy France Théorêt Claudine Vachon Yolande Villemaire Louise Warren ANIMATEUR [ GUY MARCHAMES MUSICIEN [ALEXIS MARTIN MISE EN LECTURE 1 CHRISTINE GERMAIN MAISONdela PQESIE FARŒNAIRE DU DÉVELOPPEMENT I Desjardins I Caisse du Mont-Royal ^ Articulée Québecl le naKMi-Mont-Royil Montréal S ®.Ri M C0.\1ML'N.Uj FRAN^ DE 8£lf LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 F 3 LITTERATURE 1V Marché de la poésie de Montréal Le spectacle continue CAROLINE MONTPETIT Une nouvelle Nuit de la poésie se lèvera sur Montréal le 29 mai, quarante ans après celle, filmée par Jean-Claude Labrecque, qui avait marqué les mémoires et où Michèle La-londe avait prononcé son fameux poème Speak White.Le 11® Marché de la poésie de Montréal, qui se tiendra officiellement du 27 au 30 mai prochain, entend souligner cet anniversaire en organisant notamment une table ronde sur ce thème à la librairie Olivieri, le 25 mai prochain, à 19h.Les invités d’honneur de cette édition du Marché sont Louise Warren, poète québécoise qui vient de faire paraître le recueil Attachements: observation d’une bibliothèque aux éditions de l’Hexagone, et le poète, perfor-meur, romancier et critique littéraire français Christian PrigeuL Ce dernier sera particulièrement présent cette année au Marché puisqu’on y jouera aussi, en première nord-américaine, la pièce Peep Show, adaptée de son roman en vers du même nom, mise en scène et jouée par la comédieime Vanda Benes.Le samedi 29 mai à la salle O Patro Vys, Vanda Benes y incarnera à la fois le narrateur, le personnage de M.Beaubaiser et les femmes qui en sont victimes.Peep Show, écrit en 1984, est en effet l’histoire d’un homme qui tue des femmes après les avoir convoitées, senties, observées, touchées, baisées, enfin, bref.Elle est d’ailleurs inspirée de l’authentique histoire de Bêla Kiss, un homme ayant vécu au début du siècle dernier, qui conservait ses victimes dans des bocaux après les avoir assassinées, et qui n’a jamais été arrêté, selon Prigent.Le roman débute sur ces mots: «Monsieur Beaubaiser entre au peep-show.Il ne le sait pas.C’est dans un livre.Il prend la fiction pour la réalité.» Mais l’histoire de Peep Show est en quelque sorte secondaire.Ce qui fascine dans le travail de Christian Prigent, c’est le jeu sur la langue.Une lan^e qu’il soumet aux contorsions les plus inusitées.«Le dire est plus important que la chose dite», fait-il dire d’ailleurs à l’un de ses personnages.Cette langue, elle prend parfois des accents de gallo, dialecte roman parlé par les grands-parents de Christian Prigent, ou encore de breton, langue également parlée par l’une de ses grands-mères.Performance solo Ce sont d’ailleurs des extraits du roman Grand-mère Quéquette que Christian Prigent livrera pour sa part en performance solo, le vendredi 18 mai à 18h, DETLEV BALTROCK Le poète et performeur français Christian Prigent sous le chapiteau du Marché, place Gérald-Godin (métro Mont-Royal).«Il y a dans ce texte un personnage principal que j’ai fabriqué avec mes deux grands-mères autour de l’histoire d’un crime, auquel une de ces grands-mères a été mêlée quand elle était lavandière et qu’elle a lavé les draps sanglants de ce crime», raconte-t-il en entrevue.Dans Peep Show, Christian Prigent fait dire à l’un de ses personnages que «le langage est une infection pour le corps».11 dit être intéressé par «ce mythe», exploité principalement par l’Américain William Burroughs.«C’est l’idée que le langage est à la fois ce qui nous permet de désigner le monde et aussi ce qui nous en éloigne», explique-t-il en entrevue.On dit que les lectures-performances de Christian Prigent sont renversantes.Reste que l’écrivain tient à écrire aussi des textes qui ne se prêtent pas à la lecture publique.C’est le cas, dit-il, de son dernier-né, un recueil de poésie intitulé La Météo des plages, paru chez Gallimard.Au Lion d’Or Autre poète-performeur de talent qui sera au Marché, Patrice Desbiens présente au Lion d’Or le spectacle Satori à Montréal - Les mots.Le poète originaire de Sudbury y sera accompagné de la comédienne Isabelle Blais, de la chanteuse Nathalie Lessard, de l’écrivain Alix Renaud et des auteures-compo-sitrjces-interprètes Cindy Boire et Eve Cournoyer.Ils seront accompagnés du quartet de jazz de Normand Guilbeault.Une journée d’étude se tiendra également au Marché, le mercredi 26 mai, de 9h à 17h, sur la poésie et les revues de création.Le Devoir ¦ Plus d’info pour les lieux et les horaires au www.maisonde-lapoesie.qc.ca INVITATION y (.1 'çj (0 P (O ^ J i'-ê ?.59 Dans ce numéro, vous pourrez lire un important dossier: La poésie amérindienne actuelle Dans le cadre du 11^ Marché de la poésie de Montréal, Exit vous invite au lancement de son numéro 59 Venez nous retrouver le vendredi 28 mai à compter de 19 h sous le chapiteau du Marché Place Gérald-Godin (Métro Mont-Royal) Lectures des poètes sur place À/^OmFAL Éblouissante Nancy Huston Laurin ancy Huston frappe fort, encore.Après son éblouissant et troublant de faille, prix Pemina 2006, la romancière canadienne expatriée en Prance ressasse avec une rare fébrilité la complexité des liens humains dans son nouveau livre: Infrarouge.Nous ne sommes plus dans un roman de l’enfance et de la dévastation du monde.à première vue.Nous ne sommes plus dans la narration à voix multiples, quoique.Nous sommes dans une histoire familiale compliquée, pleine de secrets, de blessures, de non-dits.Où tout ce qui a été enterré, parce que trop douloureux, remonte peu à peu à la sur lace.Nous ne sommes dans la tête que d’un seul personnage, une femme de 45 ans, ime Canadienne, montréalaise anglophone née de père juif expatriée en Prance.Nous sommes dans sa tête dans le sens qu’elle se livre, se confie à sa meilleure amie, son âme sœur: son autre moi, imaginaire.La narration se dédouble.11 y a le face-à-face, constant, de l’héroïne avec son alter ego, cette mise à nu incessante, d’un côté.Et de l’autre, la confrontation à la réalité, inévitable, pénible, pour l’héroïne, qui préférerait ne pas voir ce qu’eUe voit, qui préférerait être ailleurs.On voit les choses, le monde, les autres, par les deux bouts de la lorgnette.On est à la fois dedans et dehors.Et ça coule, et c’est fort.C’est dense, de plus en plus dense.Nous sommes à Plorence.Avec Rena Greenblatt.Son père vient d’avoir 70 ans et, pour célébrer l’événement, elle l’a invité à passer une semaine en Toscane, avec sa deuxième femme, sa belle-mère à elle, qui lui tape sur les nerfe, mais bon.Danielle Elle a laissé son jeune amant algérien à Paris, pris congé de son travail de reporter photo, mis de côté sa création artistique, pour se consacrer à son vieux papa.Elle fait sa bonne fille, quoi.Elle s’attend au pire.Pas seulement à cause de la belle-mère.Qui appelle son homme «papa», depuis la naissance de leurs enfants.Qui n’a aucune culture.Qu’elle trouve insipide, pour tout dire.Surtout, Rena sait que son père en reperd, lui, le scientifique brillant, si vivace autrefois.D’ailleurs, elle ne va pas tarder à avoir sous les yeux les signes de sa déchéance physique et mentale.Rena va pester intérieurement.Comment savourer les richesses de Plorence, son architecture, ses monuments, ses musées, sa beauté, avec ce traîne-la-patte bourré de médicaments?Et cette pimbêche qui ne pense qu’à s’empiffrer, ne Mt preuve d’auame curiosité! Difficile de garder son sang-froid, mais la bonne fille essaie: «Non, se dit Rena, je ne me mettrai pas à hurler d’impatience, je ne pesterai pas contre l’invraisemblable force d’inertie de ce couple, sa façon impitoyable de me plonger dans le banal.» Ce n’est que la pointe de l’iceberg.Qn le sait, on le pressent.Quelque chose de grave va se produire.Quelque chose d’irréparable s’en vient.Ça va finir par éclater.C’est tout ce qu’il y a dessous, entre eux, dans leur histoire commune, entre cette fille et ce père, qui peu à peu va émerger.Les pe-tites tensions du quotidien ne sont rien, au fond.Qu plutôt, elles dénotent quelque chose de tellement plus profond.C’est donc ce contentieux que Rena va mettre au jour par à-coups, en se confiant à son double.Mais ce faisant, c’est tou- te l’histoire familiale qui sera passée au peigne fin.Et cette histoire fait mal, très mal.Pour toutes sortes de raisons.Parce que le père s’est servi de sa fille de façon éhontée, qu’il l’a impliquée dans un adultère fatal.Parce que la mère, une avocate féministe, une femme froide, pas suffisamment présente, a fini par disparaître pour de bon.Parce que le grand frère, le héros de Rena, était aussi son bourreau.Parce qu’aujourd’hui, à 45 ans, cette femme porte encore en elle les stigmates d’une adolescence gâchée.Et se sent responsable du fiasco de cette farnille, la sienne.Heureusement, il y a eu la photo, salvatrice.11 y a eu la découverte d’une photographie de Diane Arbus, devenue un modèle, une inspiration.Avec les années, Rena s’est spécialisée, comme artiste, dans la photo à l’infrarouge: «Le beau, avec l’infrarouge, c’est que ça se passe ailleurs, dans une autre réalité.Ce que l’on photographie n’est pas ce qu’on voit II faut imaginer à quoi la chose cadrée ressemblera une fois développée.» L’ailleurs, l’imaginaire, la révélation inattendue d’une autre réalité, c’est ce qui captive Rena.Les fantasmes l’habitent en permanence.Les fantasmes sexuels, surtout.Infrarouge regorge de scènes sexuelles, très, très crues.Et pas seulement fantasmées.C’est là sans doute que Nancy Huston va le plus loin, le plus loin qu’elle n’a jamais été.Elle pousse l’audace jusqu’à faire photographier par son héroïne la jouissance des hommes.Qu’elle décortique de toutes les façons.Qu’elle ne se lasse pas de regarder sous tous ses aspects.Cette Rena, mère de deux grands gars, mariée trois fois, amoureuse d’un Algérien de quinze ans son cadet, ne pense qu’à ça.Séduire les hommes, les photographier, les taire jouir.Derrière, la romancière réfléchit, se questionne, sur la différence sexuelle, le rapport des hommes avec leur mère, leur femme, Içurs maîtresses.Et leurs entants.Epoustouflant.Derrière, il y a aussi la marche du monde, la situation des femmes au Congo, en Afghanistan.11 y a les inégalités sociales.Et la violence.Celle des banlieues parisiennes, au premier plan.Celle que Rena devrait être en train de photographier.É y a le métissage des oiltures, la question des origines, de l’identité, si chère à Nancy Huston.11 y a ça, et plus encore.11 y a la roue qui tourne, la transmission, les générations derrière et devant, la filiation.11 y a la vieillesse, les vies gâchées, les projets jamais accomplis.11 y a l’immortalité de l’âme, oui ou non?11 y a ce désir d’être ailleurs, constant.Ailleurs dans le passé, qui ne se rattrape pas.Ailleurs dans les bras de l’homme aimé, qui s’échappe, fuit.Ailleurs qu’ici, à tout prix.11 y a l’ironie, la dérision, la distance, la fausse légèreté comme mode d’expression.Et malgré tout, cette déchirure de l’âme, omniprésente, qui prend aux tripes.Grand roman, vraiment.Quelques procédés qui deviennent trop systématiques, comme celui qui consiste à utiliser les lieux touristiques visités pour mieux s’en échapper, mais sans plus.Quelle maîtrise, quel doigté, quelle intelligence.Quelle force d’écriture.Quel bonheur de lecture.INFRAROUGE Nancy Huston Actes Sud / Leméac Arles / Montréal, 320 pages ¦ A noter que Nancy Huston sera à la librairie Qlivieri le 2 juin à compter de 18h pour rencontrer ses lecteurs.LA LITTERATURE QUEBECOISE VOUS PASSIONNE?ABONNEZ-VOUS A lettres québécoises Entrevues, portraits d’auteurs, critiques et comptes rendus de romans, de recueils de nouvelles et de poésie, d’essais et plus ! 1 AN / 4 NUMÉROS Causerie et séance de signatures.Le jeudi 3 juin.de14h00à15h00.Réservation obligatoire : 514.337.4083 ou reservations@librairiemonet.com M Librairie , Galeries Normandie Librairie * 2752, de Salaberry, Montréal 614 337 4083 www.librairiemonet.com INDIVIDU INSTITUTION Canada 30 $ Canada 40 $ États-Unis 45 $ États-Unis 60 $ Étranger 60 $ Étranger 80 $ 2 ANS / 8 NUMÉROS INDIVIDU INSTITUTION Canada 50 $ Canada 70 $ États-Unis 75 $ États-Unis 100 $ Étranger 100 $ Étranger 135 $ 3 ANS / 12 NUMÉROS INDIVIDU INSTITUTION Canada 72 $ Canada 95 $ États-Unis 108 $ États-Unis 144 $ Étranger 144 $ Étranger 192 $ Nom Les prix sont toutes taxes comprises Adresse Ville Code postal Tél.Courriel Ci-joint D Chèque ü Visa ü Mastercard N“ Exp.Signature Date Devoir ATTENTION SVP libeller votre chèque à : SODEP / Lettres québécoises RETOURNER À : SODEP • Service d’abonnement • Lettres québécoises C.P.160, suce.Place d’Armes, Montréal (Québec) H2Y 3E9 tel.: 514-397-8670 • téléc.: 514-397-6887 • abonnement@sodep.qc.ca Dans sa bulle Suzanne Mvre EDITIONS MARCHAND DE FEUILIES Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 LITTERATURE Le pari dickensien Louis Hamelin Il suffit parfois d’un seul mot, ou d’un nom, pour ouvrir une piste, relier des univers, des livres jusque-là séparés.Le nom: Dickens.Pour le lecteur que je suis, un continent inconnu.Oliver Twist monte aujourd’hui la garde sur la table de chevet, venu d’un stock ancien exhumé du fond d’une cabane en démanche des bords de l’Assomption.Mais c’est l’autre moitié du lit qui le lit.Moi, pour l’avoir lu dans Libération, je savais que William Boyd avait écrit son dernier livre sous l’enseigne du roman dickensien, et j’avançais dans ma lecture tout en «pa-quetant mes petits» pour, une autre fois, déménager mes pénates.La maison était vide, il restait trois fusils de chasse dans la garde-robe, des armes d’épaule squs le coup du moratoire de monsieur Harper.A la suite des deux Baikal à canon double et de la .410, un plus gros calibre a surgi du fond de la garde-robe, comme un mauvais génie d’une bouteille de Macallan: le Gursky, de Richler.C’est donc là qu’il était passé.Le nom de Dickens a allumé ses clignotants dans mon cerveau.C’était là, dans les extraits d’éloges critiques imprimés en quatrième de couverture et sur la page de garde: «Something ambitious and risky, slightly dickensian», avançait le chroniqueur du New York Times Book Review.Et celui du Times de Londres: «A happy synthesis of Dickens, Malcolm Lowry and Philip Roth».Pas de quoi s’énerver, peut-être, et ce n’était certainement pas à moi de faire la part de l’héritage de Scrooge dans la littérature anglo-saxonne, mais j’aime que le Gursky rebondisse dans ma vie, avec un grand Boong! qui semble faire écho à l’écrasement de la perdrix ivre qui réveille Moses Berger au début du chapitre 2.Est-ce que Gursky est un roman dickensien?Je laisse Londres et New York en décider.Ce qui est sûr, c’est que l’ambition formelle (le côté Lowry) et un art inoubliable des dialogues (brillants et mortellement drôles, le côté Roth), deux ingrédients qui font de la saga des Gursky une expérience de lecture presque impossible à raconter, sont à toutes bus utiles absents du livre de Boyd, pour qui l’ambition dickensienne s’apparenterait plutôt au roman balzacien: montrer comment vivent les gens à une époque donnée.Le corbeau qui orne la couverture de mon Gursky est un trickster, un oiseau malin comme tout.Grâce à lui, incapable de lâcher ce livre, je découvre un autre point commun aux romans de Boyd et de Richler: ils traitent tous deux, par la bande, d’un thème presque aussi anglais que le pudding et qui n’a rien à voir avec Dickens: les services secrets.Richler les montrait (mais si peu.) sous leur beau jour, et il fallait presque deviner que son Solomon Gursky ne se trouvait pas par pur hasard en Ouganda le jour où un commando israélien y a libéré, dans le sang, les otages d’Entebbe.Autrement dit, Richler, à sa manière, respectait le secret.Boyd est moins subtil, mais on suit avec intérêt son ancien bidas-se anglais recyclé dans la «sécurité internationale» et acceptant ici et là des contrats free-lance, car, quoi qu’on en dise, buter un type dans des conditions sécuritaires et les règles de l’art nécessite une expertise qui ne court par les rues.Boyd est allé aux renseignements et donne l’impression d’en savoir juste assez sur ce business de la mort, auquel les beaux idéaux de nos petits héros lessivés par le haut (répétez après moi: dé-mocratiécolôpitaux) servent de couverture.La technique de torture qu’il décrit, entre autres, apprise par son ex-agent des forces spéciales au pays des talibans et qui se révèle fort utile dans sa nouvelle vie civile, est très instructive.Elle nous aide à replacer les actuels débats outaouais dans une juste perspective: celle d’une discussion sur le sexe des anges, ce que ne sont pas et ne seront jamais les pauvres connard (e) s que notre pays envoie là-bas.La prémisse de Boyd est bien intéressante: il s’est demandé si l’homme primitif (celui qui n’a ni compte d’électricité à transférer ni téléphone à débrancher quand il déménage, qui ne connaît ni la carte à puce, ni les préposés des services publics transformés en serviles robots-annonceurs par les systèmes d’espionnage de leurs employeurs), si l’homme primitif ou quelqu’un qui lui ressemble, bref, existait toujours.Et c’est au cœur des grandes villes qu’il l’a trouvé, chez ceux qu’on pourrait appeler les «décrochés de l’identité».L’homme préhistorique laissait des traces dans la neige et la boue.Celles du contemporain sont électroniques pour l’essentiel, semées sur une variété de factures, de relevés de compte et de courriels.Le primitif d’aujourd’hui paie cash et a tranché tous, les liens qui le rattachaient à la banque et à l’État.C’est le cas, nous dit Boyd, des 600 habitants de l’Angleterre qui, chaque jour, disparaissent d’une manière ou l’autre de la carte, quittant les formes repérables de la vie socio-économique aussi sûrement que si leur personne était soudain démagnétisée, pour aller rejoindre, dans un no man’s land numérique, la communauté des désidentifiés.Le sien est un jeune homme tout ce qu’il y a de bien.Soupçonné d’un meurtre, avec le véritable assassin, professionnel jusqu’au bout des connexions, lancé à ses trousses, il comprend vite qu’il a intérêt à dire adieu à son portable, et ensuite, comme on brûle ses vaisseaux, à tout le tissu techno-communicationnel qui enserre et entortille toujours plus notre existence.Après tout, rien de tel qu’un bon steak de goéland tué de ses propres mains et rôti sur un poêle de camping dans un de ces îlots de végétation d’une nouvelle sauvagerie que les développeurs des grandes cités oublient toujours dans la trame urbaine.Ce héros pisté par un prédateur postmoderne, ramené au degré zéro du quadrillage Identitaire, pour ainsi dire pur et nu devant son époque, 11 restait à Boyd à l’opposer à un GMS (Gros Méchant de Service).11 avait le choix.FLORIAN ESELE AFP L’écrivain écossais William Boyd comme 11 le confiait non sans Ingénuité à Libération: pétrolières, banques, entreprises pharmaceutiques.Son choix s’est porté sur ces dernières.Heureux auteur qui peut choisir ses moulins à vent.Même en tenant compte de la traduction (à pleurer, et Indigne d’un grand éditeur comme le Seuil), Boyd est très loin d’écrire aussi bien que Mordecal.Le grand «morceau d’écriture» n’est tout simplement pas son truc.11 préfère relever le pari dickensien à sa manière: populaire, accrocheuse.On lit, on trouve ça, par bouts, un peu poche, on grimace, on maugrée, on tourne les pages.Incapable de s’arrêter.ORAGES ORDINAIRES William Boyd Traduit de l’anglais par Christiane Besse Seuil Paris, 2010,476 pages LITTERATURE ETRANGERE Voyage au bout de la Palestine SUZANNE GIGUERE Une vie en forme de mauvais conte qu’on raconte à nos enfants.Kene ya ma kene fi qadime ezzemene.Il était une fois ou il n’était pas, dans les temps anciens.Mais nos enfants n’aiment pas nos contes.Ça ne les rend pas heureux.» Pour Suzanne, la douleur q commencé il y a longtemps.A l’été 1975.Elle a quinze ans.Elle et son frère accompagnent leur mère sur les lieux de son enfance.Dans les anciens quartiers de la vieille ville de Beer Sheva (Beir al-Saba, en arabe), située dans le Néguev (Al-Naqab), la mère retrouve «sa» maison qccupée par des colons juifs.A l’intérieur, rien n’a changé.Un vase de cristal qttire l’attention de la mère.Émue, elle le prend dans ses mains.Soudain, une femme fait irruption dans la pièce, lui arrache le vase et le casse plutôt que de le rendre à la propriétaire légitime.L’affrontement s’arrête là.Dans le chagrin et la colère, et des mots rocailleux et durs comme la terre.Des années plus tard, la narratrice dira à sa mère qu’elle leur a jeté sa mai- son en pleine figure et sur le cœur et qu’elle les a laissés seuls à se débrouiller avec ce poison.Vingt-cinq ans plus tard, après une suite d’exils successifs, la narratrice ressent le besoin de retrouver le fil ténu qui la rattache encore à son innommable pays, comme elle dit.«Je voulais aller au plus profond de toutes mes déchirures, au fond de cette Palestine morcelée, dépecée par les occupants.Me recoller à elle, la recoller à moi.» La mémoire encombrée de fragments de souvenirs, d’espoirs et de frayeurs, elle entreprend ce voyage au bout de la Palestine avec son fils Aniss.Elle visite Jérusalem (El-Qods), Belt El Hanna, Jericho, Ramallah, Jaffa, Acca, Naplouse.Elle en restitue les images et les parfums, met en avant toute une gamme de perceptions: couleur, silence, mouvement.Eaute de visa, elle ne peut se rendre à Gaza, sa ville natale (bande de Gaza).Elle lui rend hommage dans un texte en italique poétique, tendre et triste.Un voyage initiatique Avec une volonté manifeste de ne pas s’appesantir sur l’His- éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Sous la direction de Gilles Chagnon, Marie Hazan et Michel Peterson Penser la clinique psychanalytique Le Lacanian Clinical Forum «Voix psychanalytiques» Penser la clinique psychanalytique Le iMcmiian Clinical Forum Liber 226 textes de Donna Bentolila Gilles Chagnon David Dorenbaum Judith Hamilton Marie Hazan John Muller Monique Panaccio François Peraldi William J.Richardson Richard B.Simpson Claude Spielmann 24 dollars Suzanne El Farrah El Kenz MaMaimn diiGf(Âau£ü- toire (son propos est ailleurs), la narratrice décrit avec des touches impressionnistes le drame politique et humain des Palestiniens dans un pays occupé, quadrillé de checkpoints, emmuré.Pour elle, il s’agit avant tout d’un voyage initiatique avec ce que cela comporte de questionnements, d’étonnements, de doqleurs, d’amour et d’étrangeté.A Jérusalem, à Al Haram ash Sharif (l’esplanade des Mosquées), pendant sa prière à la mosquée El-Aqsa, Suzanne éprouve un malaise: celui d’être en même temps en dedans, en dehors, étrangère.Le mal-être de l’exil.Une douleur profonde qui ne cicatrise pas.«Une espèce de blessure que je ressens depuis l’enfance, et qui est toujours là, de plus en plus douloureuse au fur et à mesure que j’avance en âge.» L’exil, l’errance sont-ils héréditaires?Elle a le sentiment d’avoir transmis à son fils «un legs, empoisonné peut-être.Qu’en fera-t-il?Je ne sais pas.J’espère seulement qu’il saura mieux se débrouiller que moi».Avec La Maison du Néguev, son premier roman, Suzanne El Earrah El Ken signe un chant d’adieu bouleversant, un chant d’amouç aussi, à la terre de Palestine.Écrit dans un style alerte où alternent description, introspection et méditation, La Maison du Néguev est porté par un inégalable plaisir de raconter.Née en 1958 à Gaza, l’auteure a vécu pleinement l’exil palestinien (Arabie Saoudite, Égypte, Tunisie, Algérie, Prance).Élle vit aujourd’hui à Nantes.Collaboratrice du Devoir IA MAISON DU NÉGUEV Une histoire palestinienne Suzanne El Farrah El Kenz Pleine lune / Apic Montréal et Alger, 2010, 144 pages Olivieri I i b r a 1 r i e b i s t r O Au cœur de la poésie Mardi 25 mai 19 h 00 pOÉTIf MomêAL Avec le soutien de M.Pierre DesRuisseaux et de la Sodée.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges 40® anniversaire du film La Nuit de la poésie 27 mars 1970 De Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse Table ronde On s’interrogera sur la représentation d’une telle Nuit en 2010 en comparaison au phénomène de l’époque.Avec Jean-Pierre Masse Réalisateur, professeur de cinéma à l’UQÀM.Carole David Poète, romancière et nouvelliste, auteure notamment du Manuel de poétique à l'intention des jeunes filles.Jean-Marc Descent Poète, nouvelliste et critique, auteur notamment de La théorie des catastrophes.Animateur Jean-François Nadeau Historien, politicologue, auteur notamment de Adrien Arcand, Führer canadien.BEDE Histoires croisées entre Naples et Saint-Euclide EABIEN DEGLISE Tout commence à Naples, en Italie.Une femme vient d’endormir son nourrisson, dans une villa luxueuse.Au loin, un commando de militaires sud-américains est à bord d’un Zodiac avec de bien mauvaises intentions.L’embarcation déchire la nuit claire de ce jour d’octobre 1953.A plusieurs milliers de kilomètres de là, le destin de Lionel et Nooga, deux petits malfrats montréalais, spécialisés dans l’arnaque à trente sous, est sur le point de changer de voie.Bandes et contrebande, c’est le titre de ce premier tome, marque le point de départ de cette nouvelle série imaginée par un trio de quinquagénaires (ou presque) , qui signent ici leur première incursion dans le monde du 9® art: Albert André Goulet et Michel Vaillancourt au scénario, jumelés à Ghyslain Duguay au dessin.Visiblement nourris, dans les années précédentes, aux aventures de Spirou et Fantasio, de Yoko Tsuno, de Gil Jourdan et des autres, les gars font donc une entrée tardive dans ce monde du phylactère avec ce récit abracadabrant qui, dans le Québec de Duplessis, va faire cohabiter des révolutionnaires à la solde d’on ne sait qui, des mafieux véreux, des aristocrates pourris et des agriculteurs enragés tournoyant autour d’un binôme de héros à la psychologie facile à décoder, même quand ils ne sont pas au volant de leur camion.Avec un dessin classique qui témoigne d’un coup de crayon efficace et particulièrement bien assumé, ce lever de rideau sur le bric-à-brac de Lionel et Nooga ne vient donc pas révolutionner le genre, se contentant — et c’est déjà pas mal — de l’inscrire dans un environnement atypique: le Québec de la Grande Noirceur, avec ses hommes à chapeau et ses bine-ries où, sous l’effet d’un enlèvement, le monde de la très petite et de la très grande criminalité va finalement converger.Le tout avec amusement et parfois un rythme un peu trop lent, induit par un scénario dont la complexité n’aurait pas souffert de quelques resserrements.Le Devoir LIONEL ET NOOGA Tome 1: BANDES ET CONTREBANDE Dugay, Goulet et Vaillancourt Les 400 Coups/Rotor Montréal, 2010,64 pages.Jacques Julien ^ Archive! l'anarchie I 1 Le capital de 1969 H I ' Il essai, 140 p., 22 $ A première vue, rien de plus opposé que l’archive et l’anarchie.Toutefois Jacques Julien démontre leur coexistence dans le domaine de la chanson populaire. LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 F 5 LIVRES LITTERATURE ERANÇAISE Le rendez-vous '‘ F .GUYLAINE MASSOUTRE Après Milan Kundera en 2009, Patrick Modiano se verra remettre le 9 juin un prix de 300 000 euros.Modiano recevra à l’Institut de France le prix Simone et Cino del Duca, la plus grosse dotation mondiale après le Nobel.Les jurés, issus des académies savantes, belles lettres et langue française, sciences, sciences morales et politiques, disposent de ce prix Simone et Cino del Duca, qui va à «un auteur français ou étranger dont l’œuvre constitue un message d’humanisme moderne».L’ont reçu notamment Anouilh, Borges, Senghor, Amado, Kadare, Bonnefoy, Leys, Vargas Llosa.Modiano est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, aussi inoubliables que ses figures sont évanescentes.Pensons à ùi Place de l’Etoile, à Rue des boutiques obscures, à Quartier perdu, à Du plus loin de l’oubli, à Dora Bruder, à La Petite Bijou ou à Dans le café de la jeunesse perdue.Omavu Lacombe Lucien, tourné par Louis Malle, n’oubliera pas ce chef-d’œuvre du cinéma, dont il signait le scénario.Tout juste paru, un excellent roman au titre indécelable, L’Horizon.De quoi plaire à ses lecteurs.Mais qui oublie l’exigence de le lire d’un trait perdra vite la forme de son puzzle, tant les morceaux sont éparpillés.De menus détails, scansion de sa mélancolie, jalonnent ses intrigues d’atmosphère.Inconnus dans la foule Chaque roman de Modiano est un rendez-vous avec la perte.Peu d’histoire à glaner, rien de sensationnel.Les événements y sont déceptifs, faits impromptus surgis sans crier gare ni captiver.11 faut donc être attentif aux mouvements intérieurs de ces ombres agissantes pour anticiper son univers de création.L’Horizon est de cette famille.Nomade, mi-rêve, mi-univers toxique, la vie empêchée déroute.La narration joue sur plusieurs époques, est floue, génératrice de malentendus et truffée de voies sans issue.Pourtant, on s’y attache: aux indices noyés du sens, les rencontres ouvrent des pistes que tout autre qu’un personnage de Modiano aurait ignorées.11 nous le répète, on s’y tient: les noms sont à eux seuls des mondes, même verrouillés et sans clé.Ce sont des regards, des expressions allusives, des connivences, des hasards qui donnent à ses romans des allures d’enquête, de quête d’exception sur la banalité.Qui est cette Margaret Le Coz, Bretonne née à Berlin durant la guerre, dont Jean Bos-mans traque le souvenir?De qui a-t-elle peur?Se cache-t-elle?Quel est cet horizon chargé qui mange le présent et répercute son écho dans les livres parsemés sur les pages?Margaret est une gouvernante étrange; un enfant est arraché à ses parents, menottés.Une vieille mère sans-abri rançonne le narrateur; il y a Paris, Lausanne et Genève, Berlin, une fuite entre emboîtements urbains, dont seule une librairie semble reposer les coureurs, sjmibole inexpliqué.Les personnages ont l’allure anonyme des danseurs de Jean-Pierre Perreault Traces d’émotion Les émotions attachées aux traces font de la poussière d’étoile sur une enfance malheureuse.Modiano n’a cessé d’évoquer ses impressions et hantises grâce aux jeux romanesques.C’est im art spécifique.Queneau l’a formé.En vieillissant Mo- /\vjrLiNv_-rL riA/\iNvJE-PRE^SE Patrick Modiano recevra cet automne ie prix Simone et Cino dei Duca.diano est resté fidèle à la transparence, au goût urbain et à l’enfance des Gavroche lâchés sous l’Qc-cupation, la guerre d’Algérie, dans la clandestinité des jeunes voyeurs, un peu voleurs et onthelins.Modiano est unique.Mqis dans le droit fil de Perec, il suscite l’admiration.A qui l’interroge, il confie qu’écrire est pour lui compliqué, mais que ses modèles sont Apollinaire et Maeterlinck.Druas partageait cette perte irréparable.Dans leur parole de douleur, de tels écrivains disent l’oppression venue des autres qui leur serre la gorge et les tarabuste.Autodéfense, chaque roman butte jusqu’à l’imprenable, sur la réserve de soi, sur les réserves en soi.Collaboratrice du Devoir L’HORIZON Patrick Modiano Gallimard Paris, 2010,172 pages LITTERATURE HAÏTIENNE Frankétieime : chronique d’un désastre annoncé LISE GAUVIN Deux mois avant le tremblement de terre qui a ravagé Haïti, Frankétienne avait écrit une pièce de théâtre, Melovivi ou ù piège, dans laquelle deux personnages enfermés dans un espace sans issue se parlenL déparlent et délirent à la suite d’un séisme.«Nous sommes partout.Et nous ne sommes nulle part», constatent d’entrée de jeu A et B, les deux comparses.11 est alors question d’un «espace déchiqueté», d’un «espace échar-pillé», d’un «espace déchalboré».Les voix rivalisent d’éloquence pour décrire les malheurs qui s’abattent sur la planète et polu dénoncer les fausses sécurités d’une époque qui croit régler les problèmes en dénombrant les problématiques: la problématique de la faim, la problématique du chômage, la problématique de l’environnement, etc.Et A et B de s’attaquer également à «Google gaga-ri gagann dotcom», «Eacebook tête boulette» et autres inven- L’écrivain haïtien Frankétienne tions qui ne savent contrer les «malheurs suspendus au-dessus de nos têtes».Car la planète elle-même est en danger, «la planète vire et chavire en tressaillements de frayeur et déraillements de terreur».Frankétienne, l’un des auteurs contemporains les plus VALERY HACHE AEP importants d’Haïti, connu dès 1975 pour avoir publié le premier récit en créole, Dézafi, livre ici la chronique d’un désastre annoncé, un désastre dont l’amplitude ne saurait se limiter au seul territoire de son île.Qn connaît l’anecdote racon- fN -3, LAUREATS 2010 Catégorie Roman québécois L'énigme du retour Dany Laferrière Catégorie Roman hors Québec Vendetta RJ.Ellory WWW.PRIXDESLIBRAI RES.QC.CA Québer 1^1 Patrimoine Canadian canadien Heritage ' LEDEVOllj tée par Dany Laferrière au moment de sa visite à Frankétienne après le tremblement de terre et la joie exprimée par la population à l’annonce de la nouvelle que le «poète» était vivant.Celui qui se dit «prophète rebelle et solitaire» n’a cessé, à travers ses nombreux ouvrages, de pratiquer une écriture faite de fulgurances et de visions prémonitrices.Une écriture spirale qu’il dé- crit dans Brèche ardente, la deuxième partie de l’ouvrage, comme «un immense éventail de variations sémantiques surprenantes», dans lequel on lit des phrases-chocs ou encore des inventions verbales qui nous rappellent celles d’un Gau-vreau.Mais ce «clown tragique qui pratique l’auto-dérision» n’hésite pas à affirmer que «la vie est belle», malgré tout, et qü’«une seule minute dans la vie d’un être humain est plus dense et plus riche que toutes les bibliothèques du monde entier».Collaboratrice du Devoir MELOVIVI OU LE PIÈGE, SUIVI DE BRÈCHE ARDENTE Frankétienne Riveneuve éditions Paris, 2010,244 pages Les Éditions du Noroît Nouveautés — Un juste ennui mi Isabelle Dumais Coll.Initiale ïxIitionsiliiNuTüIt 1 DIFFUSION 1 © DI MEDIA as fcrSBAm www.lenaroit.cam Assistez au À ntl omFAL Signatures et événements Noroît Samedi, 29 mai, 13 heures Geneviève Amyot : avec Paul Bélanger, Louise Dupré, Évelyne de la Chenelière et Kim Doré vieNt De paRaîtRe Dossier Des voies pour n reinventer reconomie Numéro 741 • juin 2010 Les auteurs sont : Geneviève Azam, josianne Blais, Catherine Caron, Jacques B.Gélinas, Louis Gill, Michel Lalonde, Normand Mousseau, Éric Pineault, Gilbert Rist et Iseut Séguin Aubé.À lire aussi : Le carnet de Bernard Émond, la chronique littéraire d’Élise Turcotte, une controverse sur la cyberdémocratie, une analyse sur la droite chilienne et une réflexion sur les agressions sexuelles et l’Église.Artiste invité: Pol Turgeon Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca r '1 HHj HjOl 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Unan:3j$ Deux ans: 65$ À l’étranger (un an) : 35 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif] Abonnement de soutien : 100 $ (un an) (314) 387-2341 p.226 I ielations@qf.qcca Relations: 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 3,30$ +TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM ADRESSE CODE POSTAL .an(s), au montant de.TÉLÉPHONE ( .Je paie par chèque (à l’ordre de Relations) LJ ou carte de crédit D NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION 6215 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS Le saint et le mécréant Louis Cornellier Le frère André, dont la canonisation est annoncée pour le 17 octobre 2010, est un personnage de légende.La tradition populaire lui attribue de multiples miracles et une extraordinaire modestie.D’après le chroniqueur historique Marcel Tessier, le petit frère, avant de mourir, aurait lancé: «Saint Joseph aura bien soin de son vieux chien.» Que faut-il penser de toute cette histoire d’un autre temps?Ce n’est pas chez la sociohistorieime Françoise Deroy-Pineau qu’on trouvera un point de vue critique à ce sujet.Son ouvrage intitulé Frère André.Un saint parmi nous, d’abord publié en 2004 et réédité cette année, est une hagiographie destinée à corroborer la légende du thaumaturge.S’il se lit avec plaisir, il nous laisse néanmoins avec un sentiment d’irréalité.Le personnage dépeint par la biographe est confondant.Orphelin chétif, qui «fait pitié», le jeune Alfred Bessette, né en 1845, fait rapidement «ses délices de la mortification du corps».Il transforme notamment ses incessantes douleurs digestives en «instrument de pénitence».Au moment de rencontrer une hile qui l’intéresse, il entend sa mère, morte, lui dire de faire demi-tour! On dirait, aujourd’hui, que le jeune homme est dérangé.Mais non, c’est un saint, suggère Deroy-Pineau.Les rehgieux de Sainte-Croix hniront par l’accepter dans leurs rangs, en 1872, après l’avoir refusé, pour cause de santé fragile et de manque de culture.Bizarrement, la biographe afhrme plus loin qu’il «peut passionner un auditoire, avec son récit de la Passion ou de l’éducation de Jésus par Joseph et Marie».On se demande bien ce qu’il pouvait ainsi raconter «pendant plusieurs heures», smtout quand on apprend que «ses phrases sont à peu près les mêmes» et se limitent à des formules du genre «ayez confiance» et «priez saint Joseph».Des hemes de ça?Deroy-Pineau évoque quelques résistances médicales à l’égard du
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