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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier I
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2010-05-22, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 O JOURNEE DES PATRIOTES PEDRO RUIZ LE DEVOIR Aujourd’hui, la Journée nationale des Patriotes, organisée par le Mouvement national des Québécoises et des Québécois, compte de nombreuses activités dans plusieurs lieux au Québec.Une longue réhabilitation «La démocratie est une valeur importante et les Patriotes ont donné leurs vies pour elle » Ils ont été en 1987 1 116 000 à dire « oui » ! Exit la reine Victoria et Dollard des Ormeaux.Le congé férié et chômé du premier lundi précédant le 25 mai se nomme aujourd’hui la Journée nationale des Patriotes.Mais il en a fallu du temps et des efforts pour en arriver là.PIERRE VALLEE est le 20 novembre 2002 que le gouver-nement du Québec, dirigé par Bernard Landry, proclame par décret la Journée nationale des Patriotes.Quelques jours plus tard, lors de la commémoration annuelle des Patriotes à Saint-Denis-sur-Riche-lieu, Bernard I^andry reprend dans son allocution le texte du décret qui déclare que «dorénavant la Journée des Patriotes soit désignée la Journée nationale des Patriotes et que ce jour férié soulignera la lutte des Patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance nationale de notre peuple, pour sa liberté politique et pour Vobtention d’un système de gouvernement démocratique».Il répond ainsi favorablement à une démarche entreprise 15 ans plus tôt pour créer un jour férié en mémoire des Patriotes.En effet, c’est en 1987, sous Timpulsion du Club souverain de TEstrie, que naît ce projet.«Notre première démarche fut de nous trouver des alliés», explique Alcide Clément, membre du Club souverain de l’Estrie et l’un des ac- teurs-clés de cette mouvance pour une Journée nationale des Patriotes.D’emblée, les mouvements nationalistes, telle la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, emboîtent le pas.«Nous avons ensuite organisé une vaste consultation à travers tout le Québec dans les écoles secondaires, les cégeps, les universités, auprès des syndicats, des partis politiques et des artistes.» Le résultat de cette démarche est une pétition réunissant 1 116 000 signataires en faveur d’une Journée nationale des Patriotes.C’est cette mouvance populaire qui vient à bout des dernières résistances.«Avant cette pétition populaire, les politiciens avaient de la difficulté à se mouiller.» Le choix de la date, en mai plutôt qu’en novembre, mois où eut lieu la rébellion, repose sur deux considérations.«La première, c’est que, pour toute une série de raisons, il était impossible d’ajouter un nouveau congé férié au calendrier.Comme la date de mai était plutôt flottante, ni fête de la Reine ni tout à fait fête de Dollard, c’est cette date qui fut retenue.» La seconde considération est d’ordre idéologique.«Nous ne voulions pas célébrer ni la violence ni la guerre.En choisissant la date en mai, on venait ainsi honorer la démarche démocratique des Patriotes qui a eu lieu tout l’été ayant précédé l’insurrection.La démocratie est une valeur importante et les Patriotes ont donné leurs vies pour elle.» Lente remontée Pendant de nombreuses années après les événements de 1837 et 1838, il n’est guère question des Patriotes dans le Canada français d’alors.«La mémoire des Patriotes est complètement oblitérée, explique La seconde étape importante la réhabilitation des Patriotes en 1937, lors de la parution de l’historien Gérard Filteau Gilles Laporte, professeur d’histoire au cégep du Vieux-Montréal.Tout ce qui reste de cette époque, c’est la fuite de Papineau.» En novembre 1858, l’Institut canadien érige un monument en l’honneur des Patriotes au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.Il faudra attendre la publication en 1884 du livre de l’avocat et journaliste Laurent-Olivier David, Les Patriotes, pour que ces derniers commencent à retrouver une plus grande légitimité.«Laurent-Olivier David est le premier écrivain à vouloir réhabiliter la mémoire des Patriotes.Son travail a servi beaucoup à cette réhabilitation.Le poète Louis Fréchette y contribue aussi, puisqu’il consacre plu- sieurs poèmes à la mémoire des Patriotes dans La Légende d’un peuple, publié en 1887, lors du cinquantenaire des événements.» Dans les années qui suivent, l’apport des Patriotes sera à nouveau souligné à quelques occasions.Par exemple, en 1926, la procession de la Saint-Jean-Baptiste à Montréal honore leur mémoire.La seconde étape importante dans la réhabilitation des Patriotes survient en 1937, année du centenaire, lors de la parution de l’ouvrage dans survient d’im ouvrage de l’historien Gérard Eil-teau.Histoire des Patriotes, qui demeure même aujourd’hui, selon Gilles Laporte, un ouvrage essentiel pour qui s’intéresse aux Patriotes.«A cette époque, le Québec est divisé en deux groupes: les bleus, à qui s’identifie par exemple l’Institut canadien, plutôt favorables aux Patriotes, et les rouges, plutôt défavorables puisque le clergé y opposait une fin de non-recevoir à cause des propos anticléricaux des Patriotes.Gérard Filteau a cherché à réhabiliter auprès des rouges la mémoire des Patriotes.» Révolution tonquille La période de Maurice Duplessis fait à nouveau passer sous silence les Patriotes.Ces derniers par contre reprennent de la popularité au début des années 1960.C’est alors que s’installe l’idée de commémorer annuellement les Patriotes.«La date retenue est celle du dimanche précédant le 23 novembre et on commémore alors la victoire des Patriotes à Saint-Denis-sur-Richelieu.» Commémoration fréquentée au départ par des adeptes de l’histoire des Patriotes, puis les rangs se gonflent avec l’arrivée des mouvements nationalistes et indépendantistes de l’époque, tel le I^ssemblement pour l’indépendance nationale (RIN).Rappelons que, à cette même époque, le Eront de libération du Québec (ELQ) n’hésite pas à emprunter à l’iconographie des Patriotes.Cette commémoration en novembre — qui par ailleurs existe encore — prendra suffisamment d’ampleur pour que, en 1982, René Lévesque, alors premier ministre, reconnaisse par décret la légitimité de la Journée des Patriotes, sans toutefois franchir l’étape du congé férié.Aujourd’hui, la Journée nationale des Patriotes, organisée par le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ), compte de nombreuses activités dans plusieurs lieux au Québec.«Nous travaillons pour que cette Journée nationale des Patriotes ne soit pas perçue uniquement comme un congé, souligne Alcide Clément, mais comme une véritable fête ou on honore les Patriotes, mais qui nous permet aussi de rappeler l’importance de connaître notre histoire.» Collaborateur du Devoir LE DEVOIR DANIEL BOUCHER «On veut être bien et maîtres chez nous» Page 2 LOUIS^OSEPH PAPINEAU Un débat démocratique s’encienche Page 3 MEMOIRE Iis ont mené un combat qui était ceiui de ia démocratie Page 2 CE 24 MAI 2010 En avant! Avec et pour ies Patriotes Page 3 1937 La réhabiiitation de i’héritage des Patriotes se poursuit Page 4 AU MUSEE De Saint-Denis à Saint-Eustache Page 4 LITTERATURE «Ces héros déchus, morts dans ia iutte.» Page 5 I 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 PATRIOTES Daniel Boucher et Jacques Lacoursière La Journée nationale des Patriotes est nn devoir de mémoire « On veut être bien chez nous, on veut être maîtres chez nous » Que signifie être un patriote aujourd’hui?Est-il toujours pertinent de rappeler les rébellions de 1837-1838 et pourquoi?Conversation avec les deux porte-parole de la Journée nationale des Patriotes: l’historien Jacques Lacoursière et le chanteur et musicien Daniel Boucher.THIERRY HAROUN Posons la question en ouverture: pourquoi avez-vous accepté d’être porte-parole de la Journée nationale des Patriotes?«Parce que j’en suis un, répond Daniel Boucher.Je suis un patriote.Je suis souverainiste jusqu’au fond des veines.Je trouve important qu’on continue à s’engager, parce qu’on a tendance facilement à mettre la cause de l’indépendance sur la glace en se disant qu’il y a des choses plus importantes que ça.Écoutez, ce n’est pas vrai qu’on ne peut pas aller mieux, et ce n’est pas vrai que l’indépendance est une mauvaise chose; c’est une très bonne chose.Il faut regarder ça en face et continuer à en parler de façon pacifique, saine et constructive.» Patriote au quotidien Pour lui, être un patriote au quotidien, c’est être en mesure de parler sa langue maternelle et de la partager avec d’autres, comme on partage son pays et ses us et coutumes.«Le français, c’est notre ciment.Pour moi, être un patriote au quotidien, c’est être obstiné sur le fait français et prendre une minute de mon temps pour faire comprendre à la personne qui est en face de moi que c’est important qu’elle me serve en français.Si cette personne n’est pas capable de me dire que ça coûte 42 dollars et 28 cents, alors je vais lui faire dire.Je vais prendre une minute de mon temps et lui enseigner avec le sourire.C’est une façon de partager mon pays.» Daniel Boucher poursuit sa réflexion sur ce sujet en précisant que cette marche vers l’indépendance et cette obstination à vouloir vivre en français sur une hase quotidienne doivent se faire dans la mesure «où on reste soi-même, souverain et dans le but d’être maître de ses propres décisions.C’est capital! Comment t’affirmer si tu ne sais pas qui tu es?Et ce n’est pas vrai qu’on fonctionne aussi bien qu’on pourrait fonctionner [dans un contexte d’indépendance].Ce n’est pas vrai, c’est de la hullshit^cwr U REMY BOILY Jacques Lacoursière endormir le monde.Nous, on est des patriotes: on veut être bien chez nous, on veut être maîtres chez nous.Et qu’on ne vienne pas me dire que cette phrase date des années 1960; oui, elle a 50 ans cette phrase-là, mais je suis désolé de devoir la répéter», souligne l’artiste, qui interprétera six pièces, dont Le Chant d’un patriote, de Félix Leclerc, lors d’un grand spectacle qui se tiendra le 24 mai au cabaret La Tulipe, situé avenue Papineau.Est-ce que les jeunes connaissent bien l’histoire du Québec?«J’ai l’impression que non et je ne suis pas sûr non plus que la génération d’aujourd’hui est pire que la mienne à ce sujet.On a beau enseigner l’histoire, mais ce qui compte surtout, c’est d’expliquer pourquoi on l’enseigne.C’est aussi important que la matière elle-même.» Point de vue de l’historien De son côté, rhistorien Jacques Lacoursière a accepté d’être aussi porte-parole de la Journée nationale des Patriotes afin «de mieux faire connaître ce fait de l’histoire, parce qu’on a tendance à résumer les Patriotes à la bataille de Saint-Denis, où il y avait juste des fourches et à peu près pas de fusils; alors qu’il faut mettre tout cela dans un contexte beaucoup plus large».Jacques Lacoursière rappelle que les rébellions s’inscrivent plus largement dans un contexte mondial où, entre 1818 et 1825, pratiquement toute l’Amérique latine se libère de l’emprise des Espagnols et des Portugais.Plus tard, ce sera l’indépendance de la Belgique et de la Grèce, alors qu’en France on est au cœur de la révolution de Juillet.«Donc, c’est l’idée du peuple souverain qui triomphe, au sens républicain de la chose qui a cours.» Soit, mais est-ce que le rappel à la mémoire collective de ces rébellions de 1837-1838 est toujours pertinent?«Oui.J’ai l’impression que oui, simplement parce que la notion de démocratie est de plus en plus bafouée et négligée, alors que les Patriotes s’étaient justement battus Daniel Boucher JACQUES GRENIER LE DEVOIR pour ça.» En ce qui concerne l’enseignement de l’histoire, M.Lacoursière estime «qu’on ne devrait pas occulter des événements importants.Dans le programme actuel, les événements de 1837-1838 sont à peu près passés sous silence.Tout ce qu’il y a, c’est une analyse de texte sur le chevalier De Lorimier, qui a été pendu le 15 février 1839», déplore-t-il.Collaborateur du Devoir Mémoire des Patriotes Ils ont mené un combat qui était celui de la démocratie « Les Patriotes ont défini une représentation de la nation qui était territoriale et inclusive » Des historiens soulignent la lutte des Patriotes pour la démocratie.Un professeur fait aussi valoir le caractère «inclusif» de leur mouvement, qui regroupait majoritairement des Canadiens-français, mais qui comprenait également des anglophones d’origine irlandaise ou américaine.BRIGITTE SAINT-PIERRE T es Patriotes se sont battus ^l^pour la démocratie, à la fois pour un principe après qu’on va appeler celui du gouvernement responsable, mais aussi d’une certaine manière pour l’autodétermination d’un peuple», indique Charles-Philippe Courtois, professeur d’histoire au Collège militaire royal de Saint-Jean et organisateur d’un colloque sur la culture des Patriotes, qui aura lieu ElM|r Ejfl mardi à l’Université du Québec à Trois-Rivières.L’un des conférenciers invités à ce colloque, Louis-Georges Harvey, professeur titulaire au Département d’histoire de l’Université Bishop’s, souligne lui aussi les valeurs démocratiques des Patriotes et mentionne qu’ils ont lutté pour l’égalité des citoyens au Bas-Canada.«En 1837, on est dans une situation coloniale, alors il y a des gens qui sont plus égaux que les autres», dit-il.M.Harvey ajoute que des Britanniques proches du gouverneur occupent et cumulent des postes importants, qu’une «petite clique domine la province».Il indique que ces gens s’opposent aux projets des Patriotes et à leur volonté d’instaurer un régime plus démocratique.Les Patriotes mènent un combat «pour créer un système où les représentants du peuple finalement vont décider des lois, vont mettre en place les institutions qui sont nécessaires pour la société», mentionne le professeur titulaire.Pour Imuis-Georges Harvey, le mouvement patriote renvoie à un moment d’affirmation de droits extrêmement important.«Et puis, les rébellions [de 1837-1838] sont une tentative de réprimer ce mouvement, de le supprimer, c’est une résistance contre cette suppression.Alors, pour moi, c’est une référence très importante pour notre vie démocratique, pour nos valeurs fondamentales», affîr-me-t-il.Civisme et «anticolonialisme» Le professeur de l’Université Bishop’s fait valoir que les Patriotes parlent constamment de civisme, de devoir envers la patrie, de dévouement, de dépassement de l’intérêt individuel, du bien commun.«Et je pense que ce sont des valeurs qu’on aurait intérêt à cultiver dans notre société, parce qu’on manque de civisme, je crois.Les taux de participation aux élections baissent.Écoutez, Papineau serait scandalisé.» M.Harvey affirme que les Patriotes é-taient conscients du mouvement d’émancipation coloniale qui avait lieu dans les Amé-riques et estimaient que c’était le destin du Bas-Canada de devenir indépendant.«Pour eux, cette émancipation allait venir.Us la préparaient.Et puis, ils la préparaient sur un modèle très américain, au sens continental, c’est-à-dire que, puisque la plupart des sociétés américaines s’étaient donné des républiques, ils ont pensé une république pour le Québec», dit le professeur de l’Université Bishop’s, qui a écrit un livre intitulé Le Printemps de l’Amérique française.América-nité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, 1805-1837.Selon M.Harvey, les Patriotes «ont aussi défini une représentation de la nation qui était très territoriale et inclusive».Leur mouvement regroupait une majorité de Canadiens français, mais aussi des anglophones d’origine irlandaise ou américaine.«C’est important de comprendre que ça n’a pas été, comme plusieurs le prétendent, un mouvement ethnique, un mouvement basé sur un nationalisme canadien-fran-çais très étroit, ce fut plutôt un mouvement très ouvert pour créer un État avec une majorité francophone.» «Je pense que les gens ont un peu oublié le programme des Patriotes et les principes pour lesquels ils se sont battus » QUEBEC JOURNÉE DES PATRIOTES CE CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR LE DEVOIR Responsable NORMAND THERIAULT ntheriault® le devoir, ca 2050, rue de Bleury, 9' étage, Montréal (Quétec) H3A 3M9.Tél.: (514) 985-3333 redaction@ledevoir.com FAIS CE QUE DOIS Place dans la mémoire Une certaine mémoire des Patriotes a finalement été préservée au sein de la population, dont celle liée au mouvement souverainiste.«Mais je pense que les gens ont un peu oublié le programme des Patriotes et vraiment les principes pour lesquels ils se sont battus, se sont défendus contre cette répression politique et militaire, mentionne le professeur de l’Université Bishop’s./e pense que les gens devraient se rappeler qu’on est alors dans une situation coloniale.Il y a un mouvement démocratique qui se développe et ce mouve-ment-là est réprimé en 1837par le pouvoir britannique.» Charles-Philippe Courtois mentionne pour sa part que, durant le siècle qui a suivi les rébellions, les gens ont très peu voulu en parler.Il ajoute que les Patriotes étaient présentés comme des séditieux qui avaient amené des malheurs pour les Canadiens, à cause de la répression.«Dans les années 1930, on a commencé à s’intéresser de nouveau à eux, à ne plus les présenter simplement sous un mauvais jour.Plusieurs historiens y ont contribué, dont Lionel Groulx.Et après, je crois que c’est allé en croissant.» M.Courtois estime que, du côté du public, il y a un intérêt manifeste pour les Patriotes.«Paradoxalement, assez peu de place a été faite aux Patriotes depuis quelques décennies dans les départements d’histoire des plus grandes universités du Québec, dit-il.Souvent, d’ailleurs, les plus grands spécialistes actuels des Patriotes au Québec justement se retrouvent dans des universités plus petites ou dans des cégeps, mais moins souvent dans les plus gros départements que sont ceux de l’Université Laval, de l’UQAM et de l’Université de Montréal, com- me si, dans le milieu universitaire, on avait un peu marginalisé ce type de sujet-là.» Enseignement et Journée nationale Interrogé sur la place des Patriotes dans l’enseignement de l’histoire au secondaire, M.Courtois mentionne qu’il y a eu une certaine amélioration par rapport à ce qui était prévu en 2006.«Une partie des critiques sur la première mouture du programme en 2006 portait sur l’occultation des luttes des Patriotes.En 2007, dans la version corrigée, qui est celle en vigueur maintenant, effectivement il y a plus de place qui a été accordée aux Patriotes.On les nomme maintenant.On nomme cet événement.Ce n’est plus aussi occulté.» En novembre 2002, un décret gouvernemental a remplacé la fête de Dollard par la Journée nationale des Patriotes.Louis-Georges Harvey a l’impression que, grâce à cette journée, les Patriotes sont un peu plus en vue qu’auparavant.«Mais ça se fait lentement, je trouve.» M.Harvey estime par ailleurs que le «gouvernement pourrait en faire plus», ne pas seulement publier des annonces dans les journaux.«Je trouve bizarre que le premier ministre ne fasse pas une espèce de déclaration, le jour des Patriotes, pour rappeler ces valeurs-là [liées à la démocratie et au civisme]», dit-il.Charles-Philippe Courtois croit pour sa part que, à terme, la Journée nationale des Patriotes devrait favoriser leur mémoire, puisqu’on va les commémorer.H dit toutefois ne p^s penser que, pour l’instant, l’État du Québec mette beaucoup d’accent sur cette commémoration.H mentionne que cette journée a pu avoir un effet sur des gens qui étaient déjà des fervents des Patriotes, sur certains nationalistes.«Mais je ne pense pas que, pour l’instant, on ait fait le travail d’aller chercher disons la mémoire, dans un sens moins peut-être partisan, de l’ensemble des Québécois en revenant sur les idéaux pour lesquels les Patriotes se sont battus et les bénéfices peut-être qu’on a pu tirer à long terme de ces combats.» Collaboratrice du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 I 3 PATRIOTES Québec dans les années 1830 Papineau enclenche un débat démocratique Le Parti canadien devient en 1826 le Parti patriote «Je m’attendais à trouver un conflit entre le gouvernement et le peuple, [.] je trouvai une lutte, non de principe, mais de race.» Remplie de préjugés, cette phrase démontre la vision réductrice que Lord Durham a entretenue à l’égard de la rébellion des Patriotes, qu’il n’a pas cherché à comprendre.Les années 1830 ont pourtant marqué un tournant dans la lutte pour une meilleure démocratie.Voyage dans le temps pour retracer l’histoire du mouvement honoré par la fête.ETIENNE PLAMONDON ÉMOND Le Parti patriote.C’est ainsi qu’est rebaptisé le Parti canadien en 1826.Un nouveau nom qui ne relève pas de la simple coquetterie.Selon Yvan Lamonde, auteur du livre Histoire sociale des idées au Québec 1760-1896, «ça indiquait clairement que ce parti-là n’était plus seulement la voix des Canadiens [français], mais devenait la voix de tous les Patriotes partageant les mêmes idéaux.Il y avait des Irlandais, des Ecossais, des Anglais.» A cette époque, Louis-Joseph Papineau, à la tête du parti, commence à revendiquer le contrôle du budget et l’élection du Conseil législatif.Ce dernier organe demeure entre les mains d’une minorité anglaise nommée, souvent hostile aux francophones, qui permet au gouverneur et à Londres de contrôler la colonie.Londres, 1823 «Pendant un bout de temps, Papineau était admiratif de ce qu’on appelait les libertés anglaises», indique Yvan Lamonde, qui a lu la totalité des correspondances de Louis-Joseph Papineau.«Mais quand Papi- neau va à Londres en 1823 pour bloquer un projet d’union du Haut-Canada et du Bas-Canada, il découvre la réalité de l’Angleterre, la misère sociale, l’aristocratie.Il revient ici, et c’est là qu’il devient de plus en plus admiratif envers le régime républicain des Etats-Unis.» Dans La Minerve, le journal associé aux Patriotes, les allusions à la Constitution américaine et à la Déclaration d’indépendance de 1776 se multiplient.Iæ Bas-Canada s’avère aussi «fortement influencé par des mouvements nationalitaires, des mouvements d’émancipation en Europe et en Amérique latine à l’époque» des années 1830.En 1834, le Parti patriote, qui conserve la majorité des sièges à l’Assemblée législative élue, est las de se buter à l’administration coloniale locale qui ne veut rien entendre.I.es députés votent les fameuses 92 résolutions, fer de lance dans cette quête de reconnaissance, et non d’indépendance.Ces doléances adressées directement au gouvernement britannique seront, trois ans plus tard, balayées du revers de la main par les résolutions Russel, quYvan Lamonde résume à «10 non».Le ton monte, l’ambiance de- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Haut-relief représentant Louis-Joseph Papineau sur une façade de la rue Saint-Denis, à Montréal vient volatile et la politique s’embrase.Une fois de plus, les Patriotes s’inspirent de la révolution américaine.Des assemblées populaires sont organisées.Un appel au boycottage de certains produits britanniques est lancé.Une frange fonde Les Fils de la liberté, version canadienne de Sons of Liberty.Les discours de Papineau, cette «figure d’une démarche constitutionnelle», deviennent de plus en plus enflammés.Le 6 novembre 1837, la répression par les militaires britanniques et les loyaux s’amorce.L’affrontement devient inévitable.Les Patriotes créent une garde armée pour protéger leurs chefs.Lord Gosford délivre des mandats d’arrêt contre eux.Le 23, l’armée britannique se déplacera jusqu’à Saint-Denis.Quelque 800 Patriotes, dont 200 armés, résistent aux 300 soldats venus les pourchasser.«L’armée était quand même assez bien organisée, c’est pour ça que la victoire de Saint-Denis, c’est une belle victoire, déclare Georges Aubin, auteur et historien qui a publié une trentaine d’ouvrages sur les Patriotes.C’est une grande victoire et c’est la seule.Après, ce sera la débandade générale.Saint-Charles, Saint-Eustache, ça ce sont les massacres.Et la deuxième insurrection, là, c’est pire.» Répression «C’est toujours important de faire la distinction entre les deux insurrections.[.] La deuxième, elle est vraiment préparée», insiste Georges Aubin.Le mouvement se radicalise.Robert Nelson signe une déclaration d’indépendance.Entre 400 et 500 Pa- triotes, dont la majorijé des meneurs, s’exilent aux Etats-Unis.C’est de là qu’ils organisent la deuxième rébellion.«Papineau a décidé de ne pas monter dans ce train-là.[.] Il savait très bien que, sans l’appui des Etats-Unis, ça ne marcherait pas.» Le pouvoir colonial attend les Patriotes de pied ferme.Les effectifs militaires s’élèvent à 5000 hommes, sous le commandement de Colborne, assistés de 1000 volontaires loyaux.Les Patriotes frappent le mur et la répression s’avère impitoyable.Un total de 855 habitants du Bas-Canada sont arrêtés, 108 sont accusés de haute trahison, 58 sont déportés et 12 soijt pendus.Eric Bédard, professeur d’histoire à la TELUQ, cite, dans son livre intitulé Ixs R^ormistes, l’his-torien du droit Murray Greenwood.Après avoir méticuleusement étudié les procès de 1838 et 1839, ce dernier a qualifié la Cour martiale de «l’une des pages les plus sombres de la justice canadienne».Dans une,entrevue accordée au Devoir, Eric Bédard tient à préciser que «Murray Greenwood, c’est pas Pierre Ealardeau».Lord Durham arrive Le Parlement du Bas-Canada est suspendu pendant près de trois ans et fonctionne par décrets.Puis, Lord Durham arrive dans la colonie pour faire des recommandations aux instances britanniques.«Il est arrivé avec des préjugés [.].Il n’avait même pas mis un pied à Québec que, pour lui, la cause était déjà entendue», déclare Éric Bédard.«Il a été complètement captif du lobby des marchands de Montréal.Il n’a rencontré, à toutes fins utiles, aucun Canadien [français]», ajoute-t-il.Lord Durham formule finalement deux propositions: l’octroi d’un gouvernement responsable, puis l’Union du Haut-Canada et du Bas-Canada, ce qui équivaut à donner le feu vert à l’assimilation.L’application de l’Acte d’union en 1840 vient sceller ce que les Patriotes avaient réussi à empêcher en 1810 et 1822.Le mouvement patriote est-il mort à ce moment-là?Éric Bédard exprime son empathie envers les réformistes menés par Louis H.Lafontaine qui, malgré leur résignation à l’union, ont continué de faire avancer certaines idées républicaines.Yvan Lamonde rappelle que l’Institut canadien va redonner un souffle au projet patriote vers la fin des années 1840.«Ça ne les a pas tués, ça les a mis à genoux, ça les a blessés, ça les a démembrés, illustre-t-il.C’était échec sur échec depuis une cinquantaine d’années.» Si la rébellion des Patriotes symbolise tant la défaite, pourquoi la célébrer?«Ç’a servi à montrer qu’on avait une certaine solidarité.C’est la première grande manifestation collective.Ça, c’est important II n’y en a pas eu avant ça, considère Georges Aubin.Le grand mouvement populaire, c’est 1837, et ça, c’est une fierté pour nous.Surtout que ç’a donné à la longue un peu plus de démocratie.» Le Devoir Ce 24 mai 2010 En avant ! Avec et pour les Patriotes « Il est important que la fête bénéficie d’une meilleure visibilité et offre des activités plus grand public » Les Québécois fêtent la Fête nationale, le 24 juin.Mais la Journée nationale des Patriotes ?Encore peu peuvent la pointer sur un calendrier et encore moins la célèbrent.Le Mouvement national des Québécoises et des Québécois souhaite que la situation change.MARTINE LETARTE Les Patriotes sont importants dans l’histoire du Québec et nous croyons que c’est important que la fête bénéficie d’une meilleure visibilité et qu’elle offre des activités plus grand public», affirme Chanta-le Trottier, présidente du Mouvement national des Québécoises et des Québécois.Instaurée en 2002 par le gouvernement du Québec et célébrée pour la première fois en 2003, la Journée nationale des Patriotes se déroule le lundi qui précède le 25 mai de chaque année.Elle est venue remplacer la fête de Dollard.Elle souligne «la lutte des Patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance nationale de notre peuple, pour sa liberté politique et pour l’obtention d’un système de gouvernement démocratique», avait déclaré, à l’occasion de la création de la journée, Bernard Landry, alors premier ministre du Québec.Dans les différentes régions du Québec, les 19 sociétés affiliées du Mouvement national des Québécoises et des Québécois organisent des activités, mais, depuis quelques années, l’idée d’organiser quelque chose de plus soutenu pour célé- brer la Journée nationale des Patriotes a fait son chemin.L’organisation a entre autres décidé cette année de coordonner l’ensemble des activités sous un même thème: «En avant!» Deux porte-parole Le Mouvement national des Québécoises et des Québécois est également allé chercher deux porte-parole pour la journée fériée.«Nous avons demandé à l’historien Jacques Lacour-sière, qui a déjà été porte-parole de la Eête nationale, et au chanteur Daniel Boucher», indique Chantale Trottier.Aller chercher un historien comme porte-parole était important pour l’organisation.«Nous voulons vraiment remettre l’histoire du Québec à l’avant-plan, précise la présidente.C’est un moyen de susciter l’intérêt pour l’histoire du Québec.D’ailleurs, nous bénéficions de l’appui de la Société des professeurs d’histoire du Québec, de l’Association des professeures et des professeurs d’histoire des collèges du Québec et de la Eédération des sociétés d’histoire du Québec.» En plus du soutien important qu’il a reçu de la part de ces groupes liés à l’histoire.SOURCE MNQ Chantale Trottier, présidente du Mouvement nationai des Québécoises et des Québécois l’organisation a l’appui notamment de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et du Collectif identité québécoise.Elle attend toutefois encore celui du gouvernement du Québec.«Nous espérons que la réponse sera bonne aux initiatives de cette année et que nos efforts porteront fruit.Nous aimerions que, par la suite, d’autres partenaires s’intéressent à la Journée nationale des Patriotes et qu’ainsi la fête puisse prendre plus d’ampleur», affirme Chantale Trottier.Toujours d’actualité Si les Patriotes ont été actifs au XIX" siècle, leurs revendica- tions sont toujours d’actualité, aux yeux de la présidente du Mouvement national des Québécoises et des Québécois.«Il faut réhabiliter les Patriotes.On retient les événements tragiques de 1837-1838, mais c’est beaucoup plus que ça.Il faut faire valoir leur engagement, leurs revendications pour la démocratie.Cet idéal est encore pertinent aujourd’hui.» Elle croit même que, en ces temps de morosité, de désabusement et de désintérêt de la population envers la politique, les Patriotes pourraient servir d’inspiration.«Il faut continuer à s’intéresser à la politique, suivre ce qui se passe, se concerter et s’engager en tant que citoyen.Bien sûr, à l’époque, cela a tourné en affrontement, mais maintenant, avec les moyens de communication modernes, on peut faire avancer les choses autrement.» Différentes activités Des dizaines d’activités se dérouleront dans la province, en ce lundi, pour souligner la 8" Journée nationale des Patriotes.A Montréal, par exemple, une grande marche est organisée par les Jeunes Patriotes du Québec.Le départ est prévu à 12h30, à l’angle des rues de Lorimier et Notre-Dame.Il y aura aussi du théâtre en plein air avec la présentation des Grands Soleils, de Jacques Perron, à la Place Chénier, rue Saint-Denis.En soirée, le spectacle Patriotes envers et pour tous, avec entre autres Daniel Boucher, Les Truands de la ruelle, Jean-Claude Germain et Jean Barbe, sera présenté au Cabaret La Tulipe.A Québec, la Société nationale des Québécoises et des Québécois remettra le prix du Patriote de l’année.A Sherbrooke, Jacques La-coursière sera le conférencier d’un déjeuner-causerie organisé au Centre communautaire de Rock Forest.En après-midi, une marche patriotique aura pour point de départ le parc Champ-de-Mars.Elle sera ponctuée de haltes où seront prononcés des hommages à des personnages de l’histoire québécoise et à des personnalités de la scène politique estrienne.Plusieurs activités se dérou- leront également à Beauhar-nois.Qn en profitera pour faire le lancement du livre biographique de Marcel Labelle sur Stanislas Dorais, un militant souverainiste de longue date.Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, viendra d’ailleurs remettre à M.Dorais la Médaille de l’Assemblée nationale.Un circuit patrimonial comprenant la visite de sites liés à l’histoire des Patriotes de Beauharnois se déroulera dans l’après-midi et une expo-sition d’œuvres de Denyse Brosseau Touchette inspirées des Patriotes sera ouverte au public.Collaboratrice du Devoir ¦ La programmation complète est disponible dans le site www.journeedespatriotes.qc.ca.DICTIONNAIRE ENCYCLOPÉDIQUE ET HISTORIQUE DES PATRIOTES 1837-1838 Alain Messier C'est pour faire connaître, les patriotes méconnus, mais surtout ceux qui sont restés inconnus, ces patriotes oubliés, qu'existe ce dictionnaire.36,40$ (608 pages) CODE 63454 JOURNAL D’UN PATRIOTE (1837 et 1838) Jean-Philippe Boueher-BeUevÛk Au moment où l’écris ces lignes, 28 mars 1838, le suis encore confiné dans ia prison neuve, et Dieu seul sait peut-être combien de temps l'y serai encore, l.] Jean-Phiiippe Boucher-Beilevilie, 1838 19,15$ (176 pages) CODE 25308 Guenn www.guerin-editeur.qc.ca • 514-842-3481 « Un peuple ne se sépare pas de son passé, pas plus qu’un fleuve ne se sépare de sa source, la sève d’un arbre, de son terroir.» Lionel Groulx ronJation Lionel-Grr oulx 29 juin 1937 I 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 PATRIOTES En 1937, le Québec se souvient La réhabilitation de l’héritage des Patriotes se poursuit The Birth of Canadian Democracy, en 1937, « aura une influence colossale sur les intellectuels de gauche » Cent ans après la rébellion, en 1937, les Patriotes font couler de l’encre.De ces écrits découleront des idées qui alimenteront les débats politiques et sociaux au cours des décennies qui suivront.Un professeur d’bistoire raconte.REGINALD HARVEY En ces temps-là sévit depuis une dizaine d’années la pire crise économique de l’ère moderne, et le taux de chômage à Montréal se chiffre à plus de 20 %.Gilles Laporte, professeur d’histoire au cégep du Vieux-Montréal et chargé de cours à l’UQAM, situe le contexte politique et socioéconomique de l’époque: «Cette crise a frappé très dur au Québec et elle s’est caractérisée, pour parler peu et bien, par une renaissance momentanée du clérico-nationalisme, qui avait été mis à mal dans les années 1920 à cause de la croissance économique et de l’industrialisation; à cette occasion, le discours “agricultu-riste” avait été quelque peu mis en veilleuse.» Le temps est venu de parler de la sorte: «On vous l’avait bien dit que le capitalisme vous conduirait à la ruine et à une grande déception.C’est beaucoup la pensée cléricale et corporatiste qui fait alors figure d’idée dominante.» Dans cette optique, la scène nationale prend ces couleurs: «On parle beaucoup dans les années 1930 de survie, de trouver la voie du salut pour le peuple ca-nadien-français; on identifie souvent celle-ci à un régime corporatiste qui permettrait de “faire ressortir ses forces vives”, ce qui est le grand discours de l’école populaire des jésuites à ce moment-là.On se remet donc à revisiter les Patriotes.» Déjà, un char allégorique leur avait été consacré à la fête de la Saint-Jean-Baptiste de 1926: «La réhabilitation de l’héritage de ceux-ci, dans sa dimension politique et idéologique, était déjà en marche en 1937, ce qui relevait exclusivement de libéraux et de nationalistes progressistes depuis la fin du XIX‘ siècle.» M.Laporte Selon l’historien GiUes Laporte, « lionel Groulx lui-même va être mal à l’aise avec les patriotes durant toute sa vie » pose un bémol: «Sauf qu’il y avait un gros pan de la société québécoise qui ne les avait pas du tout réhabilités: c’était toute la droite catholique, et Lionel Groulx lui-même va être mal à l’aise avec les Patriotes durant toute sa vie.» Une intervention majeure 11 reste donc du travail à accomplir pour redorer leur blason.En 1936, Gérard Filteau se lance, dans ce sens-là, dans l’écriture de l’ouvrage Histoire des Patriotes, qui paraîtra en 1938.Gilles Laporte, qui écrira plus tard une introduction de fond à ce livre, identifie l’objectif poursuivi: «Il veut les réintroduire dans la longue lutte pour la survie de la société ca-nadienne-française.Entre les saints martyrs canadiens et monseigneur Bourget, les Patriotes peuvent désormais appartenir de plein droit à cette longue lutte pour la survie de la culture de ce peuple, ce dont il était hors de question jusque-là.Il est vrai, selon la rhétorique de ce temps, qu’ils ont été longtemps absents des manuels scolaires et boudés d’autres façons, du fait notamment qu’ils étaient anticléricaux, libéraux, et qu’ils s’inspiraient des philosophes des Lumières.Voilà ce qui était très embarrassant dans ce que je pourrais appeler la filiation que Lionel Groulx avait essayé d’insuffler à notre histoire.» Le chanoine adopte cette position face au projet de Filteau: «Il lui demande d’écrire cette histoire où ils apparaîtraient moins anticléricaux et libéraux que ce que l’on a cru jusqu’ici, ce qu’il ne saurait faire lui-même parce qu’il n’a pas le temps et, encore une fois, parce qu’il n’est pas à l’aise avec eux.En revanche, il sent l’urgence de les réhabiliter aux yeux de la droite catholique.On peut dire que Eilteau a fait du bon travail et on peut voir que, en filigrane de ce dernier, apparaît l’ombre de Groulx.» Un centenaire de prises de position L’intérêt du centenaire de 1937 ne repose pas sur des manifestations comme telles, mais sur des gens qui sont re-tournés à la source des Patriotes pour s’abreuver à leurs écrits.11 n’empêche que M.Laporte recense un événement marquant: «C’est la mise sur pied du fameux bataillon Mackenzie-Papineau.Pendant la guerre civile en Espagne en 1936, il y a des intellectuels de gauche de Montréal qui vont créer un régiment de volontaires pour se porter à la défense de la République espagnole.Ils vont se donner ce beau nom en faisant allusion aux deux leaders de la rébellion de 1837, l’un dans le Haut-Canada et l’autre dans le Bas-Canada.» 11 apporte ce commentaire: «C’est en quelque sorte une récupération intéressante du point de vue canadien, montrant que la rébellion n’est pas seulement liée au Québec.De la sorte, il a été possible de recruter autant des Canadiens français que des progressistes du Canada.C’est une des grandes manifestations de la résurgence et de la récupération des Patriotes par la gauche.» Après quoi, le professeur et historien passe à la description sommaire de quelques ouvrages dont les idées marqueront les générations futures.11 y a la plaquette de Stanley B.Ryerson, membre du Parti communiste du Canada, parue en 1937 dans l’indifférence et intitulée The Birth of Canadian Democracy.«Il fut prof émérite d’histoire à l’UQAM et il a eu une immense influence à partir des années 1964-65 sur la formation de nos historiens de gauche au Québec.Cette brochure, avec le temps, aura une influence colossale sur les intellectuels de gauche lors de la Révolution tranquille et sur le ELQ par la suite.C’est là qu’on voit que, dans ces années 1930, sont plantés des jalons d’idées qui vont ressurgir plus tard: le FLQ va puiser à tour de bras là-dedans.» SOURCE TELE-QUEBEC Le chanoine Lionel Groulx sentit le besoin de réhabiliter les Patriotes aux yeux de la droite catholique en les faisant paraître moins libéraux et anticléricaux qu’ils n’étaient.Gilles Laporte mentionne deux autres parutions porteuses de rayonnement.Du côté du Canada anglais, il s’agit d’un livre important de Donald C.Creighton, Commercial Empire of Saint-Lawrence: «Pour la première fois, on présente les bourgeois de Montréal comme de véritables héros.C’est un courant qui va beaucoup influencer un historien qui s’appelle Fernand Ouellet et il annonce même la conception “trudeauiste” de l’histoire du Canada, qui consiste à dire grosso modo que les innovations sur les plans économique et social sont d’abord venues de la minorité anglophone.» 11 aborde enfin un ouvrage de Chester New: «Il a écrit un ouvrage important pour les historiens mais qui a eu moins d’emprise.Il consiste à montrer qu’il serait faux de présenter les Britanniques et la Grande-Bretagne comme fermement opposés aux Patriotes.Autant ceux-ci étaient assez divisés, autant New démontre que le rapport Durham, la reine Victoria, les tories, etc., forment un ensemble d’éléments beaucoup plus complexe que ce que les historiens nationalistes du Québec ont démontré dans leurs écrits.» Collaborateur du Devoir La rébellion au musée De Saint-Eustache à Saint-Denis en passant par Châteauguay Le Manoir Globensky est un incontournable Depuis 2003, le lundi précédant le 25 mai, le Québec commémore les luttes des Patriotes de 1837-1838 pour la liberté, la reconnaissance nationale de leur peuple et la démocratie.Pour mieux comprendre les fondements de cette Journée nationale des Patriotes, qu’on soit fervent d’histoire, curieux ou tout simplement désireux d’ajouter une activité à son agenda en ce jour férié, une visite au musée s’impose.EMILIE CORRIVEAU Ily a plein de choses intéressantes à découvrir», lance d’emblée Jonathan I^mire, historien passionné des rébellions de 1837-1838.Que ce soit à Montréal ou encore sur ses rives, les traces de ces batailles historiques sont toujours bien présentes dans les musées de la région.Saint-Eustache Impossible de passer à côté de Saint-Eustache si on s’intéresse à la rébellion des Patriotes.C’est là que, le 14 décembre 1837, le général John Colborne, menant une armée de plus de 1200 soldats, se lance à l’attaque des Patriotes et que Jean-Olivier Chénier, commandant en chef de la résistance, est atteint de deux balles en pleine poitrine.«Saint-Eustache occupe une grande place dans l’histoire de la rébellion des Patriotes.C’était un des plus gros villages de l’époque, en fait, c’était le pôle économique et social de la région.Ce centre culturel où oeuvrait une bourgeoisie professionnelle florissante a été complètement anéanti par la bataille et ç’a été très long avant que le village s’en remette», explique M.1 emire.Pour revivre la bataille de 1837 lors de laquelle les Patriotes ont lutté contre les troupes britanniques du général Colborne, le Manoir Globensky est un incontournable.Cette somptueuse demeure, au-jomd’hui rebaptisée Maison de la culture et du patrimoine de Saint-Eustache, est classée monument historique depuis 1961.Intitulée La Rébellion de 1837 dans le comté des Deux-Montagnes, cette exposition permanente porte sur l’évolution politique et sociologique du comté des Deux-Montagnes entre 1827 et 1837.On y relate la naissance des problèmes politiques constitutionnels qui menèrent ultimement à la bataille de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837.On y trouve un éventail de technologies multimédias comme des bandes sonores et des écrans tactiles, en plus d’une panoplie d’artefacts, autant originaux que reproduits.«Si on est à Saint-Eustache, ça vaut la peine de se promener un peu à pied dans le village, ajoute Jonathan Lemire.Il y a l’église, qui a abrité les Patriotes lors de la bataille et qui vaut vraiment la peine d’être visitée.Il y a aussi le moulin Légaré, qui est situé juste en face du Manoir Globensky et qui est le plus vieux moulin mû par la force des eaux toujours actif en Amérique du Nord.Puis, il y a un circuit de fresques aussi qui est très intéressant!» Iæ 24 mai, il sera possible de découvrir l’histoire de Saint-Eustache en compagnie d’un guide interprète.D’une durée de 90 minutes, le circuit propose de revivre le déroulement de la bataille du 14 décembre 1837 et de découvrir les principaux personnages et sites retraçant l’histoire des Patriotes du comté des Deux-Montages.¦ Pour plus de détails: www.cor-porationdumoulinlegare.com.Châteauguay Construite sur les rives de la rivière Châteauguay en 1792, la Maison Lepailleur est l’une des plus anciennes demeures en Montérégie.Autrefois résidence privée du notaire Alfred-Narcisse Lepailleur et de son père François-Georges Lepailleur, elle a connu plusieurs vocations au fil des ans.Entrepôt de fourrure, magasin général, puis demeure familiale, elle aurait été réquisitionnée par des soldats anglais en poste à Châteauguay, au lendemain de la rébellion des Patriotes en 1839.Aujourd’hui, la Maison lepailleur est devenue un lieu d’exposition historique et artistique et loge les bureaux de la Société du Musée du Grand Châteauguay.Le 24 mai prochain, la Maison Lepailleur inaugurera le premier volet de sa nouvelle ex- B SOURCE VILLE DE SAINT-EUSTACHE Le Manoir Globensky, à Saint-Eustache position permanente.Sous le thème «Construire et aménager la Maison Lepailleur au Bas-Canada», elle permettra de découvrir l’importance patrimoniale de ce bâtiment historique.«On aura trois phases au total.Nous ferons la reconstitution d’une cuisine et d’un bureau de notaire.On sera le seul musée à parler de la vie notariale au Bas-Canada au Québec.On parlera aussi des Patriotes de Châteauguay et de la culture familiale de l’époque.On sort du politique et on se cantonne un peu plus à la vie quotidienne», souligne François Sauvé, historien et directeur de la Société du Musée du Grand Châteauguay.En plus de cette inauguration, deux activités spéciales sont prévues en ce 24 mai.En matinée, M.Sauvé présentera une conférence sur la culture politique des Patriotes.11 brossera un survol de l’histoire de la tradition républicaine en Occident, de l’Antiquité à nos jours.En après-midi, pour célébrer le courage des Patriotes et leur rendre hommage, des gens vêtus de costumes d’époque se prêteront au jeu de la reconstitution.Ils recréeront la Cérémonie du mai, une tradition empruntée par les Patriotes à l’époque médiévale.«La Cérémonie du mai, c’était une façon qu’avaient les Patriotes d’honorer leurs plus ardents sympathisants.Au mois de mai, on plantait devant la maison de la personne honorée un arbre coupé et ébranché dont on conservait uniquement la coiffe.On noircissait ensuite le tronc à coup de décharges de mousquet», précise M.Sauvé.Tout au long de la cérémonie, l’historien veillera à bien expliquer chaque étape du processus et sera disponible pour répondre aux questions du public.¦ Pour plus de détails: www.smgc.qc.ca.Saint-Denis-sur-Richelieu En 2009, la Maison nationale des Patriotes a complètement revampé son exposition permanente pour la première fois depuis plus de 20 ans! Le public, accueilli par des guides en vêtements d’époque, est invité à plonger au cœur des rébellions de 1837-1838 et à découvrir les nombreux objets de collection et éléments de reconstitution qui témoignent de la vie au Bas-Canada au XIX® siècle.Aux dires de Jonathan Lemire, cette nouvelle exposition interactive est particulièrement intéressante.«La nouvelle exposition qui se trouve à la Maison nationale des Patriotes vaut vraiment le détour.On y a intégré beaucoup de multimédia et c’est extraordinaire.Ily a de l’audio, du vidéo, des animations, des textes, c’est vraiment super», souligne rhjstorien.A cela s’ajoute une exposition temporaire intitulée Entre les murs.Celle-ci porte sur les conditions d’incarcération au temps des Patriotes.Elle sera ouverte jusqu’au 18 juillet prochain.¦ Pour plus de détails: www.mndp.qc.ca.Collaboratrice du Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MAI 2010 I 5 PATRIOTES Dans la littérature « Ces héros déchus, morts dans la lutte.» De Jules Verne à Georges-Hébert Germain en passant par Anne Hébert Rebelles, héros ou victimes, les Patriotes nourrissent l’imaginaire.Les drapeaux, ceintures et noms des rebelles sont inscrits dans la mémoire collective.Et les Papineau, Chevalier de Lorimier, Chénier et autres Patriotes réels ou inventés se retrouvent dans les livres, que ce soit comme rebelles, héros ou victimes.CATHERINE LALONDE Ly historien Gilles Laporte ' est fasciné par le soulèvement des Patriotes.Selon lui, la rébellion est le thème historique le plus traité par les auteurs, «avec au moins 134 romans, nouvelles et ouvrages.Même la Conquête n’accote pas ça! Il faut dire que la rébellion présente les ingrédients du drame romantique, avec ce besoin de choisir entre l’amour ou la patrie», dit celui qui gère depuis 1995 un site Internet consacré aux Patriotes.Le fait qu’ils peuvent être vus tant comme braves que martyrs est un atout littéraire.«Ces héros déchus, morts dans la lutte, se retrouvent dans les sociétés dont l’affirmation nationale n’est pas complète, comme la Pologne ou la Grèce.» Héros ou martyrs ?Il y eut d’abord l’appel à la rébellion dans la littérature d’époque.«Ça se voyait, rappelle Robert Lahaise, docteur en histoire et littérature.Le mouvement avec Louis-Joseph Papineau est un peu comme le mouvement qu’on a eu avec René Lévesque.Ça se sentait dans les chansons, les discours, les journaux.De 1830 à 1860, il y a une radicalisation des discours.Dans le journal Le Canadien, on écrit par exemple en 1810, à l’adresse du gouverneur Craig: “Quand oserez-vous donc chasser.Peuple, cette canaille / Que le Gouverneur veut payer A même notre taille”.» Dès les premiers récits, on ne sait comment regarder les Patriotes.Maurice Lemire a analysé la vision de seize livres publiés de 1841 à 1928.Les auteurs canadiens hésitent à prendre position, con-clut-il, alors que les deux Français se coltinant au sujet — dont un certain Jules^ Verne — ne se gênent pas.«A la mort de Papineau en 1871, on laisse tomber l’accusation, rappelle Gilbert Laporte.La réhabilitation commence et l’œuvre de Louis-Ho-noré Fréchette (qui signe pas moins de quatre ouvrages sur le sujet) est cruciale en ce sens.» C’est avec Charles Guérin, de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, en 1853, que débute ici la critique, qui culminera dans les écrits des années 1950.De là, tout est permis.Laporte: «Avec Kamouraska, [d’Anne Hébert, paru en 1970], on fouille la psyché patriote.Hubert Aquin, dans la revue Liberté, ira jusqu’à critiquer [en 1965] les méthodes utilisées lors des soulèvements.» Poésie et chanson «Avec la radicalisation du Parti patriote, la poésie se fait plus revendicatrice», écrivait en 1997 Robert Lahaise.AGENCE ERANCE-PRESSE Jules Verne «Dans l’effervescence engendrée par les rébellions, certains auteurs se feront emprisonner pour leurs écrits jugés séditieux, analyse Marie-Eve Saint-Denis dans le site Les Patriotes de 1837@1838.Après les soulèvements, plusieurs auteurs opteront pour la docilité, allant de pair avec le Bas-Canada défait.[.] Il faudra attendre la Révolution tranquille pour que la poésie suscite autant de passions.» Pour Gilbert Laporte, «dès que la poésie épique est à la mode, les Patriotes émergent».Aujourd’hui, Danny Plour-de (l’Hexagone), avec ses chemises du pays, sa tuque, sa barbe et sa poésie revendicatrice et engagée, se pose en Patriote moderne.Le thème ressurgit aussi dans la chanson populaire.«Mes Aieux, Daniel Boucher.dès qu’un chanteur se présente comme engagé, on finit par retrouver une pièce sur les Patriotes», dit Gilbert Laporte.Les Patriotes populaires Et les écrits les plus populaires sur les Patriotes?Famil-le-Sans-Nom, de Jules Verne, est, pour l’historien et professeur, une curiosité, «pour le simple fait que Verne s’est penché en 400 pages sur les Patriotes, dans une œuvre qui n’est pas mineure, même si elle n’est pas très originale».Impossible d’oublier Le Canard de bois (Boréal/Seuil, 1981), de Louis Caron.Kamouraska, bien sûr, où Anne Hébert s’attarde plutôt aux conséquences post-rébellion.Plus récemment, les deux tomes du Roman de Julie Papineau (Québec Amérique), vendus à quelque 160 000 exemplaires, de Micheline La-chance.Et, en février dernier, Georges-Hébert Germain et JACQUES GRENIER LE DEVOIR Micheline Lachance SOURCE TELE-QUEBEC Anne Hébert La Fureur et l’enchantement (Libre Expression).Mourir pour des idées En écrivant sur la colonisation du Saguenay, le biographe, écrivain et journaliste Georges-Hébert Germain s’est plongé dans la marmite de la rébellion.Ce sont les personnages ennemis qui ont enflammé son imagination: Philippe Aubert de Gaspé fils, mort d’une surdose d’alcool, et Jean-Olivier Chénier, «un illuminé qui a entraîné dans la mort une soixantaine de jeunes hommes.Il entendait des voix.Le curé de Saint-Eus-tache, avant la bataille, lui a dit qu’il ne cherchait qu’à poser un geste sacrificiel.C’était une cause perdue.On ne se bat pas contre quelqu’un qui est mille fois plus fort.Ils n’avaient que des fourches et des faux, pas d’armes.Ils sont tous morts.tous.C’était illusoire de s’imaginer qu’ils pouvaient renverser l’ordre.Il y a cette phrase de Leonard Cohen, sur les beautiful losers, qui me revient pour les Patriotes.C’étaient des losers, des pendus, des expatriés.Fusillés à Saint-Eustache, morts à Saint-Charles et Saint-Denis, exilés.Des amateurs.» Patriotes à jupe Micheline Lachance a, elle, une autre vision: «Parce qu’ils ont combattu pour des valeurs, pour la démocratie, ce sont tout à fait des héros.» Lachance a voulu redonner, dans Le Roman de Julie Papineau, la parole aux femmes.«Elles n’étaient pas des potiches: elles ont boycotté les produits anglais, elles ont mis sur la table le sirop d’érable au lieu du sucre des Antilles, ont cousu le drapeau, fondu leurs ustensiles pour mouler des balles.Après les troubles, Emilie Tavernier-Ga-melin, Adèle Lafontaine et d’autres ont soigné les Patriotes, elles ont écrit leurs lettres alors que les arrestations sauvages se poursuivaient.Je les appelle les Patriotes-Sans-Nom.» Mais la romancière aime rappeler que les historiens ne s’entendent pas et que «cette vision de héros ou de rebelle» en est un exemple.Chaque auteur, chaque lecteur doit choisir son biais selon ses sources et ses lectures.Collaboratrice du Devoir ¦ Pour une liste des écrits.Actions comme essais, sur les Patriotes, voir le site Les Patriotes de 1837@1838 à cgi2.cvm.qc.ca/gla-porte/index.shtml Au temps de la rébellion Les Iroquois se sont alliés à l’armée britannique « Certains Iroquois pensent même que les Patriotes viendront tout raser » La participation des Iroquois aux rébellions de 1837-1838 ne fait aucun doute; à trois reprises, ils ont collaboré de plein gré avec les autorités britanniques.L’historiographie traditionnelle a longtemps considéré cette coopération comme naturelle, estimant que les autochtones s’étaient «loyalement» rangés du côté des plus forts.Une version «simpliste» qui gomme la complexité réelle de la situation d’alors, soutiennent certains.DAVID DUMOUCHEL Le 13 décembre 1837, environ 150 hommes de Kahnawake se mobilisent rapidement pour répondre à l’appel de l’armée britannique, qui craint une attaque des Patriotes sur Lachi-ne.(Quelques mois plus tard, le 4 novembre 1838, les Iroquois appréhendent 75 Patriotes armés et les remettent sans coup férir aux autorités anglaises.Dans les jours qui suivront, 200 hommes de la réserve se portent volontaires pour se joindre aux soldats britanniques, qui s’apprêtent à mener bataille contre les Patriotes censément cachés à Châteauguay.Trouvant la ville désertée, la force s’y livre au vol et au pillage.Loyaux sujets de la Couronne, les autochtones?Pas nécessairement.«Beaucoup d’analyses historiques ont esquivé les raisons justifiant l’action des Iroquois, explique Pierre Trudel, professeur d’anthropologie au cégep du Vieux-Montréal.Elles se contentaient plutôt de [les] ranger du côté des Français ou des Anglais, com- me s’ils n’avaient pas d’intérêts propres et qu’ils étaient totalement manipulés.C’est inexact.» Mathieu Sossoyan, professeur d’anthropologie au collège Vanier et auteur d’une maîtrise sur l’action des Iroquois de Kahnawake dans les rébellions de 1837-1838, abonde dans ce sens.«L’historiographie traditionnelle est très critique envers les Iroquois.[.] Il n’y a souvent aucun effort pour essayer de mettre leur comportement dans un contexte qui leur est propre, pour comprendre les raisons» des choix qu’ils ont faits durant ces événements.Méfiance historique À cette époque, les Iroquois du Bas-Canada étaient en effet beaucoup «plus proches des francophones que des anglophones», raconte Pierre Trudel: «Les missionnaires parlaient français, plusieurs autochtones étaient mariés à des francophones et des liens importants — quoique souvent tendus — existaient entre les différentes communautés.» Malgré cette proximité, une «profonde mé- CELEBRITES/ biographique Plus de 100 titres offerts L.-J.FiplacAu m CÉLÉBRITÉS/—.^— _ _________________________ loscph-NarclAscCardinal Gtorge-Étieimc C«rtlei LOUIS-JOSEPH PAPINEAU Nadeau Papineau Code 70197 JOSEPH-NARCISSE CARDINAL Jacques Lamarche Code 70553 GEORGE-ETIENNE CARTIER Rachel Lamarre Code 70308 LIDEC 64 pages 12,75 $ chacun fiance se manifestait entre Kahnawake et ses voisins, d’autant plus que leXDC siècle a vu l’émergence de problématiques nouvelles» reliées au contrôle du territoire et au manque de bois de chauffage, nuance Matthieu Sossoyan.Les Amérindiens avaient par ailleurs beaucoup souffert de la campagne d’indépendance américaine, durant laquelle plusieurs de leurs villages avaient été attaqués et pillés.En plus, la victoire des «colons leur avait fait comprendre que ces derniers avaient plus d’appétit [pour les terres] que leur allié traditionnel, le roi d’Angleterre», analyse Pierre Trudel.Aussi, quand les rébellions de 1837 éclatent, les «discours égalitaires [des Patriotes] sont peut-être mal reçus par les autochtones, encore échaudés par l’aventure américaine».Il n’en reste pas moins que les Iroquois de Kahnawake ne semblent pas, au départ, être trop préoccupés par la question; ils se rendent tout de même à la chasse et continuent à vivre de la même façon.Quand certains Patriotes se rendent à Kanesatake, en novembre 1837, pour «emprunter» le canon des Iroquois, ils se heurtent au refus subtil et diplomate du chef, qui refuse de prendre parti.«Le message est alors clair: nous ne prenons ni pour les uns ni pour les autres, mais nous répondrons si vous nous attaquez, analyse Matthieu Sossoyan.Kanesatake ne veut pas participer au conflit; je crois qu’il en va de même à Kahnawake.» Toutefois, l’automne de 1837 connaît une multiplication des rumeurs d’attaque, ce qui contribue à renfor- Le malheur est d’avoir réduit la question à une lutte entre francophones et anglophones, en éludant complètement le point de vue amérindien cer «la perception selon laquelle les “gens de Papineau” sont dangereux.Certains Iroquois pensent même que les Patriotes viendront tout raser, chiens, vaches et cochons inclus!» Loyauté stratégique Tensions historiques, rumeurs infondées mais inquiétantes et mauvaises expériences expliquent ainsi en partie pourquoi les Iroquois se sont rangés du côté des Britanniques.«Mais ce n’est pas tout; il y avait aussi de gros avantages à tirer d’un appui à la Couronne, explique Pierre Trudel.En s’alliant avec la Couronne, les Iroquois défendaient d’abord et avant tout leurs propres intérêts géopolitiques.» «B y a certainement une loyauté stratégique [dans la collaboration avec les autorités britanniques]; il y a aussi une loyauté envers eux-mêmes, car il y a des terres à protéger et les relations avec leurs voisins de Châteauguay et de Laprairie n’ont jamais été bon-nes», ajoute Matthieu Sossoyan.Certains indices appuient l’hypothèse d’une indépendance politique iroquoise, telle cette pétition acheminée au gouverneur John Colbor-ne pour contester la condamnation à mort de Joseph-Narcisse Cardinal et de Joseph Duquet.Dans leur manuel d’histoire scolaire, les Mohawks insistent d’ailleurs sur leur neutralité dans le conflit, car cela «appuie l’idée selon laquelle ils ont toujours maintenu leur souveraineté», croit Pierre Trudel.Le malheur, termine-t-il, est d’avoir réduit la question à une lutte entre francophones et anglophones, en éludant complètement le point de vue amérindien.«L’Histoire se répète; on l’a fait pour les rébellions de 1837-1838 et on l’a refait pour la crise d’Oka», trop souvent analysée par le seul prisme de l’opposition fédéra-le-provinciale.«C’est réducteur et ça ne reflète pas la réalité.» Et les Abénakis, eux ?Les Iroquois ne sont pas les seuls à avoir été mêlés aux rébellions de 1837-1839; il semblerait par exemple que «certains Abénakis auraient soutenu les Patriotes», rapporte Pierre Trudel.Toutefois, beaucoup reste à faire sur le sujet, encore peu exploré par les historiens.«La problématique est assez complexe et nécessite beaucoup de connaissances très précises, à la fois sur les rébellions ainsi que sur la culture et l’histoire autochtones, explique Matthieu Sossoyan.Ça prendrait un chercheur ayant une formation en ethnohistoire ou en anthropologie afin d’arriver à contextualiser le point de vue des Amérindiens au sein même de leur culture.» Heureusement, poursuit-il, la tendance à l’eurocentrisme semble se résorber graduellement, ce qui permettra un jour d’obtenir «une vision plus nuancée de l’Histoire», où les motivations de tous les intervenants seront analysées avec le même soin.Le Devoir septentrion: fier partenaire de la JOURNEE DES PATRIOTES www.lidec.qc.ca • 514-843-5991 La colère eï le chagrin d’un cure patriote code:2883 code: 2150 Le 24 mai, nos ouvrages sur les patriotes pourront exceptionnellement être feuilletés en entier sur notre site Internet.Patriotes JOURNAL D’UN FILS DE LA LIBERTÉ A 1838-1855 Nouvelle édition : avecintn>du
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