Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

Le devoir, 2010-05-29, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 MAI 2010 Barthes écrivain PERIODIQUES CULTURELS Les héritiers du refus par Jean Larose Page F 5 Une tête à Papineau Circé-Côté Sous le grand chapiteau de l’histoire, la place accordée aux femmes demeure étroite.Pourquoi ne nous parle-t-on jamais chez nous, par exemple, d’Eva Circé-Côté (1871-1949)?Moderne, féministe, antiraciste, descendante en ligne directe de l’esprit des révolutionnaires de 1837-1838, cette femme de feu, tout à fait exceptionnelle, demeure injustement dans son ' coin d’ombre.A l’historienne Andree Levesque revient l’immense mérité d’enfin nous la faire mieux connaître grâce à une riche biographie qui, pour quiconque s’intéresse à la marche des idées, constitue une lecture vraiment incontournable.JEAN-FRANÇOIS NADEAU Peu douée à l’école des sœurs de La-chine pour la couture, tenue tel un enseignement fondamental pour les jeunes filles, Eva Circé montre en revanche d’excellentes aptitudes en français et, bientôt, une soif de lectures qui l’encourage à meubler les formes du langage d’idées nouvelles et généreuses.Elle a la vingtaine lorsqu’elle approche les poètes et les artistes de Montréal, tous des hommes qui se réunissent alors dans des cercles fermés.Eva se fait journaliste.Comme beaucoup de ses collègues de l’époque, elle publie sous un pseudonyme.Pour ses lecteurs, elle est connue le plus souvent, au début de sa carrière, sous le nom de Colombine et, plus tard, sous celui de Julien Saint-Michel, un nom emprunté à son grand-père.Elle collabore entre autres aux Débats, au Monde illustré, à L’Avenir, au Monde ouvrier.Elle va même lancer, de son propre chef, une feuille éphémère, baptisée L’Etincelle, qui sera, ouverte à des amis poètes, copime Emile Nelligan.A ceux qui affirment que le journalisme n’est pas pour les femmes, elle répond que c’est pourtant le «plus doux métier» et que, au fond, il est préférable à celui qui consiste à «user sa patience et ses nerfs à inoculer du français, de l’arithmétique ou de l’harmonie dans le sang lourd et paresseux de bambins mal élevés ou méchants».Le jugement d’Eva, affirment les frères Gaston et Louvigny de Montigny, ses premiers éditeurs, est «peu féminin».Entendez par là qu’elle ne se plie pas aux exigences imposées aux femmes dans une société contrôlée par des hommes.Les frères de Montigny s’empressent d’ajouter, visiblement heureux de ce trait de caractère, que sa plume ne peut que surprendre dans un pays où les jeunes filles sont formées avec des préjugés, sous le couvert d’hypocrisies mondaines qui tiennent lieu d’éducation.Eva se marie à un jeune médecin, Pierre-Salomon Côté, connu pour être au service des pauvres autant que des idées avant-gardistes.11 est ouvertement franc-maçon, ce qui suffit déjà à le mettre au ban de la bonne société.Malade, le jeune médecin meurt.11 a 33 ans.Pour tout héri-fage, Eva hérite d’une petite fille prénommée Eve.Au c,ôté de ce mari passionné par l’idée de progrès, Eva aura au moins eu le temps d’explorer plus avant ses convictions personnelles.Selon les vœux 4e son mari, elle l’enterre à l’abri des rites de l’Église, après avoir fait incinérer son corps, ce qui à l’époque apparaît furieusement révolutionnaire.Cette insoumission provoque un véritable scandale public qui lui vaut, entre autres choses, une diminution de salaire comme bibliothécaire de la Ville! Dans ses chroniques, qui ne sont pas sans rap- Sa vie durant, elle mène une lutte contre les inégalités, à commencer par celles qui affligent les femmes peler celles d’Arthur Buies, lequel sera son voisin et ami, elle porte la flamme du progrès, parfois jusqu’à être aveuglée par cette lumière.Ainsi, la guerre de 1914 lui apparaît d’abord comme un moyen d’éliminer la misère humaine et d’encourager les forces du progrès dans une croissance illimitée.L’horreur des champs de bataille et la lecture, notamment, du Feu d’Henri Barbusse la font vite déchanter.Elle sera aussi très enthousiaste au début envers la Révolution russe de 1917, avant de se replier, critiquant les abus des révolutionnaires soviétiques, dans un socialisme qui la conduit, en bout de course, à l’expression d’un libéralisme radical, celui d’une libre-penseuse dans la droite ligne des rouges du XK® siècle.Éva Circé-Côté s’intéresse tout particulièrement aux écoles, jusqu’au point d’en fonder une, complètement laïque, destinée aux jeunes filles.Un sacrilège, estiment bien des esprits chagrins.Trop de grec, trop de latin dans l’enseignement d’ici, pense-t-elle.Pas assez d’enseignement technique, ni de vraie culture générale.Ses jeunes filles danseront et feront aussi du 4es-sin.Dans ses sorties publiques, Éva défend aussi la place d’un art nouveau, le cinéma, alors que toute sa société le condamne.Grandeur des bibliothèques Pour gagner sa vie, elle sera bibliothécaire.Lorsque le milliardaire américain Dale Carnegie offre à Montréal une nouvelle bibliothèque et que Montréal la refuse, elle se désespère du manque d’entrain de ses concitoyens à comprendre le rôle d’un lieu pareil dans la vie moderne.En matière de lecture, le Québec a beaucoup de retard, dit-elle.Un retard sans cesse aggravé par le poids d’une censure religieuse qui favorise l’achat de livres parfaitement insignifiants.Une bibliothèque montréalaise ressemble ainsi, dit-elle, à un simple cabinet de lecture paroissial.En 1914, alors qu’elle se livre à un inventaire des six différentes bibliothèques de la ville de Montréal, elle constate qu’à la différence de ce que racontent les rapports officiels, leur situation est épouvantable.Tandis que le greffier de la municipalité estime à un demi-million de titres l’en-sernble des livres des six bibliothèques de la ville, Éva Circé-Côté, en faisant le compte des ressources de chacune, en arrive à conclure qu’elles ne comptent que 100 000 volumes environ, dont 66 000 sont déposés à la bibliothèque Fraser, un lieu qui fait l’objet d’une mise en garde de la part du clergé et où travaillera par ailleurs plus tard sa propre fille.Bibliothécaire, elle ruse contre les autorités pour acheter des ouvrages sérieux.En 1915, elle applaudit à la construction, enfin, de la nouvelle VOIR PAGE F 2: CIRCÉ-CÔTÉ ILLUSTRATION: TIFFET 624pages» 18,95$ rmie par le céïê^^i^ aut^ ^Mas québécoises |g /\A.lcyLe£ - 1DtU)Ut; ^Ci]0Q0®[ri DICTIONNAIRE DES .'eSSUDLS ^ ^ Un cahier et un corrigé pour accompagner ce dictionnaire vous seront offerts sous peuJlW^iÿÊ EN VENTE DANS Format 6X9 pouces Montréal Toronto Guérin ÉDITEUR DEPUIS 1970 5 1 4-842-348 1 www.guerin-editeur.qc.ca ES LES LIBRAIRIES F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO MAI 2010 LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Je rime, tu ris, ils rient SUZANNE GIGUERE Pour LaurentTheillet, Montréalais originaire du sud de la France qui a travaillé pendant dk ans comme photo^aphe de presse et d’art, l’écriture est une compagne de lon^e date.Pour écrire Minus Circus (joli titre à la sonorité parfaite), il s’est inspiré d’un petit cirque réel de son enfance.Il a imaginé un directeur à la fois clown, dompteur et musicien avec un compagnon.Chien jaune, trapéziste qui se lance dans le vide, «dans un magnifique vol plané, truffe bien haute, queue battant l’air avec grâce».Dès le début du récit, le directeur recueille un petit garçon de huit mois abandonné sur un parking.Se joindront à eux plus tard un magicien haut de sept pieds, une louve amoureuse et un méchant forain.La plupart des hommes dorment, s’éveillent, vont et viennent, Minus Circus roule, roule, avale du chemin.On retrouve le chapiteau installé sur une pla-cette siuplombant un petit port de pêche face à la mer ou sur le terrain vague d’une petite ville de campagne, encerclé de tilleuls.Ce ne sont pas tant les péripéties et les aventures des personnages qui prennent le dessus, mais l’indicible, le partage des somires et des larmes.On tombe rapidement sous le charme de cette histoire d’amitié, simple et touchante, entre le petit Théo et le directeur du cirque, et celle faite de complicité heureuse entre Chien jaune et l’enfant.Le romancier a la faculté merveilleuse de faire naître tour à tour la joie et l’émotion.Il arrive que Théo soit triste parce que sa mère lui manque.Est-elle encore vivante, pense-t-elle à lui parfois?Chien jaune se précipite alors, immanquablement, avec sa truffe, son souffle humide et sa queue battante.La folie joyeuse commence: ils se jettent à l’eau, cabriolent, se font des chatouilles et rient jusqu’à épuisement.Plus tard, dans la soirée, le directeur, avec une tendresse hors du commun, trouve les mots consolants pour expliquer l’absence de la mère: «Parfois les gens ne peuvent pas faire autrement.Ils n’ont pas d’autre choix [.] Ils ont de l’amour, mais ils n’ont rien d’autre.» r Emouvoir et faire réfléchir Laurent Theillet écrit pour émouvoir et faire réfléchir.Minus Circus parle du bonheur, de la beauté du monde, du sens de l’amitié, de la trace laissée par les êtres au-delà de la mort.Il illustre de façon concrète l’idée avec laquelle il conclut son livre: «Ainsi, comme il en avait toujours été et en serait toujours, la vie continuait, continuait [.] Terrible et magnifique [.] Mais surtout magnifique.» Ce roman allégorique est un festival d’intelligence, d’émotion, de qualité littéraire et d’invention.Le style est aussi frais, direct et clair que le sont les personnages.Les histoires s’emboîtent les unes dans les autres, et l’humour décalé de l’auteur donne à l’ensemble un ton réjouissant.Retrouvons Chien jaune.Il se jette sur Théo, langue dehors, oreilles au vent, et c’est reparti pour une de leurs habituelles scènes de folie furieuse: «Je te pousse du museau, tu me froisses les oreilles, mordillage sans ambages et sans trêve.Et trêve de bavardage.Et que je niaise et que je chougne et que je rougne.Je rime, tu ris, ils rient».La collection «Gazoline» de la maison d’édition La Bagnole encourage les écrivains à s’adresser très librement à de jeunes lecteurs.Laurent Theillet réussit le difficile pari de souffler sa magnifique histoire aux oreilles des jeunes et des adultes.Une telle convergence de plaisir entre les générations est synonyme de bon texte.Minus Circus vous touchera et vous fera rire sûrement.Un livre à lire quel que soit votre âge.Collaboratrice du Devoir MINUS CIRCUS faurent Theillet Editions de la Bagnole, coll.«Gazoline» Longueuil, 2010,232 pages LITTERATURE ERANCOPHONE Deux, trois nostalgies vivaces Un Inventaire du Sud porté par une écriture nomade et rêveuse SUZANNE GIGUERE TV yr on figuier résiste à la marée.Il est une île.J’envisage la dérive du présent depuis son ombre irrégulière et personne ne m’adresse la parole, personne.Je reste seul, près des mots anciens, habité de tant de livres à dire.Invisible y GiL COURTEMÂNCHE JE NE VEUX PAS MOURIR SEUL « Un vibrant cri du cœur, une longue déclaration d amour.» Valérie Lessard Le Droit «La certitude de lire [.] le meilleur livre de l auteur.Son plus puissant.Son ch^-d’œuvre.» Danielle Laurin Le Devoir « Un livre extraordinaire.Bouleversant.» Christiane Charette Radio-Canada Gil Courtemanche )E NE VEUX PAS MOURIR SEUL m r Retrouvez-nous sur twitter et facebook Roman • i68 pages • 19,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca sous mon figuier, je dresse l’inventaire des impressions du Sud comme on rédige un dictionnaire.» Cet Inventaire du Sud porté par une écriture nomade et rêveuse est une fenêtre ouverte sur i’âme et la vie du narrateur.A travers de courts récits et une prose au naturel délicat, le parcours d’une existence se dévoile peu à peu.Les frontières géographiques marquent les déplacements dans l’espace, mais soulignent aussi le passage du temps.Du désert à la Méditerranée, de l’Andalousie au Canada, le narrateur explore les recoins de sa mémoire.Ses réflexions et ses souvenirs témoignent du pays chaud de l’enfance — quand les livres l’absorbaient et que les figues lui collaient aux doigts —, de voyages, d’une douleur de l’exil, d’une identité enchevêtrée qui ne peut trouver son sens qu’en se raccrochant solidement à l’art, à la littérature, à l’imaginaire.«C’est lorsqu’il découvrit dans la flaque d’eau le reflet de la façade du palais qu’il comprit la permanence des images.Le lendemain, il repassa au même endroit.Il savait maintenant quel souvenir renfermait ce trottoir insignifiant par temps sec.» Une autre vie A l’intérieur même de ce déracinement se dessine une autre vie.Alain Raimbault revient sur ses thèmes de prédilection, parmi lesquels la paternité {«Je ramène ma fille dans l’hiver encore jour.Nous nous quittons sur la glace, habitués à ces dimanches, chérissant en nous la certitude d’une rencontre nouvelle»), la peine amoureuse {«Le cœur ne s’y fait pas, mais le corps s’habitue»), le doute, l’absence et la solitude ont une large part.Le narrateur traverse sa vie, esquisse en mots, en chuchotements, en murmures, en silences d’insondables trajectoires où la douleur de l’exilé qui a laissé derrière lui un monde sublimé (le Sud, la Méditerranée) trouve peu de réponses dans la réalité qu’il observe.Le mal du gitan.Accepter la perte.Il ne sait pas bien vivre, mais qui le sait?Au-delà du déchirement originel et des rêves abîmés, il espère «un faussaire pour apai- ser deux, trois nostalgies vivaces».La tristesse est moins dense là où le ciel dépasse.Une certaine séduction Poète et romancier, Alain Raimbault livre sur un ton mélancolique un monde de perceptions.On en ressort ému, touché par l’universalité des sentiments droits et profonds, par le climat d’émotion contenue qui répond et éclaire la lecture crépusculaire des récits, et séduit par la douceur avec laquelle cela a été fait.Collaboratrice du Devoir INVENTAIRE DU SUD j^lain Raimbault Editions de l’Instant même Québec, 2010,120 pages Circé-Côté SUITE DE LA PAGE E 1 bibliothèque, rue Sherbrooke, aujourd’hui l’édifice Gaston-Mi-ron.Ouvrir une bibliothèque représente pour elle l’assurance de fermer bientôt une prison.A la bibliothèque, son chef se plaint de la présence d’enfants venus fréquenter les livres après leurs jeuN au parc.Il entend les chasser.Eva plaide au contraire qu’il est nécessaire de créer un espace dédié aux bambins, consciente de l’importance d’inoculer le virus de la lecture dès le plus jeune âge.Toute sa vie, elle mise sur la lecture comme clé d’une émancipation générale.Pour les femmes en particulier, elle souligne la nécessité urgente de lire autre chose que des romans à l’eau de rose.Elle en a assez de voir que, dans sa société, «pour être bien vu, il faut dire que Vol- taire est un écrivain de bas étage, que Rousseau est un être dépravé, Zola un pornographe, Michelet un historien de second ordre et avoir soin de les faire tous mourir de mort honteuse».L’esprit des Patriotes Dans ses chroniques, elle développe un sens aigu de la description urbaine et se montre bien au fait de quelques visites exceptionnelles.Elle signale notamment en 1906 la présence à Montréal de la féministe et libertaire américaine Emma Goldman.Anti-impérialiste, opposée à la peine de mort, sans objection à l’égard de l’homosexualité, cette progressiste souhaite voir sa société donner à ceux qui ont le moins.Non pas au nom de la charité, mise en avant par la bien-pensance d’hier comme d’aujourd’hui, mais au nom de la À l'occasion du lancement de son nouveau livre aux éditions Actes Sud/Leméac Infrarouge Nancy Huston Olivieri librairie ?bistro Au cœur de la littérature i Mercredi le 2 juin 18 h 00 Entrée libre Réservations obligatoires 514.739.3639 © M.Avanzato/Opale/Actes Sud Entretien, lectures & signatures Animatrice Avec le soutien de la Sodée Librairie : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Marie-Andree Lamontagne Andrée Lévesque ÉVA CURCÊ-CSiT ¦libre-pense u se’1871-1949 193 éûMiors du reirij«-menage justice.Sa vie durant, elle mène une lutte contre les inégalités, à commencer par celles qui affligent les femmes.Le suffrage féminin est une des idées qu’elle appuie.Elle y voit «un pas vers l’ér^ancipation du sexe».Aune époque où, socialement, le rôle de la femme est réduit à celui de procréer, elle affirme le droit à l’égalité avec les hommes.L’idée sera bien énoncée, à plusieurs reprises: «Pourquoi faut-il que ce soit les femmes plutôt que les hommes qui torchent les enfants, lavent les plafonds et les carreaux, fassent la soupe, pèlent les patates, récurent les casseroles?.Il n’y a pas de commandement de Dieu qui ordonne aux femmes d’être les domestiques non payées de leur mari, les bonnes à tout faire sans rémunération.» Elle dénonce aussi à répétition les conditions de travail dont sont victimes les ouvriers des usines.Femme d’action, mais aussi femme de lettres, sans aucun doute: romancière, dramaturge, essayiste.Hélas, comme beaucoup de documents de l’époque, ses pièces de théâtre et la plupart de ses écrits intimes ont été perdus.On sait toutefois, par les comptes rendus des journaux, que son théâtre obtient un vif succès dans des salles comme le National, théâtre de 3000 places situé rue Sainte-Catherine.Dans son oeuvre, elle s’intéresse à Charles Hindeland et à Chevalier de Lorimier, les deux Pa- triotes pendus haut et court le 15 février 1839, en tant qu’idéal de liberté.C’est du côté des idées républicaines des Patriotes, dit-elle souvent, qu’il faut envisager l’avenir.En 1924, elle publie Papineau, son influence sur la pensée canadienne, une étude très originale consacrée au chef patriote, figure de proue des soulèvements libérateurs de 1837-1838.Elle y dénonce entre aiifres les esprits conservateurs, l’Eglise, les historiens qui font le jeu de l’obscurantisme.Elle y affirme, à la différence de ce que prétend alors un historien-procureur comme Lionel Groulx, qu’il est honorable «d’avoir du sang de peaux-rouges», ces premiers habitants qu’elle tient pour de «beaux types d’humanité».«Les insoumis, écrit-elle en 1920, sont les vrais libérateurs.» Pour elle, le nationalisme étroit soutenu par Grouk et sa clique a le défaut de manquer d’élan vers l’universel, incapable de par son discours de proposer d’autres modèles que ceux de Dollard des Ormeaux ou d’une Madeleine de Verchères.Plutôt que nationaliste, Eva Circé-Côté se dit patriote, dans la lignée de ceux de 1837-1838, c’est-à-dire ouverte au monde, tout en réclamant l’autonomie de son peuple.Louis-Joseph Papineau, Charles Hindenlang et Chevalier de Lorimier lui semblent les vrais modèles du patriotisme tel qu’elle l’envisage, c’est-à-dire comme «une idéologie, ou plutôt une passion vouée à l’affirmation d’une nation canadienne-française, avec sa langue et ses institutions, mais une nation fondée sur le progrès, laïque et inclusive d’où seraient absentes les exclusions de race et de religion».Papineau, en ce sens, lui apparaît universel, d’autant plus que «les héros appartiennent à toutes les races, à toutes les religions».Le Devoir ÉVA CIRCÉ-CÔTÉ, LIBRE-PENSEUSE 1871-1949 j^drée Lévesque Éditions du Remue-Ménage Montréal, 2010,478 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 MAI 2010 F 3 LITTERATURE Disparition d’un grand écrivain Un bon coup pour la collection « Coups de tête », qui se spécialise dans « les romans qui fessent » DANIELLE LAURIN e Michel Vézina à Maxime Catellier, en passant par Stéphane Dompierre et Nelly Arcan, la collection «Coups de tête», qui se spécialise dans «les romans qui fessent», n’en finit plus de nous surprendre.Pour le meilleur, la plupart du temps.Mais pas toujours.Tant il ne suffit pas de fesser.pour frapper dans le mille.Heureuse nouvelle: la dernière recrue de la collection marque un vrai bon coup.Son nom: Guillaume Lebeau.Né en 1971, ce Français d’origine, établi à Bruxelles, a signé plusieurs romans à suspens, déjà.Il a aussi consacré un ouvrage au phénomène Millenium et à son auteur, Stieg Larsson, en plus de signer un essai sur Fred Vargas.Ici, dans Les chemins de moindre résistance, il s’attaque à un grand écrivain mythique américain.Thomas Ray.Vous connaissez?Comment, non?! Par-delà la fenêtre du désespoir, ça ne vous dit rien?Ce livre a reçu le prestigieux National Book Award en 1971.Depuis, il s’est vendu à plus de neuf millions d’exemplaires, toutes éditions confondues.Et depuis, son auteur n’a rien publié.Il a même fini pas se retirer complètement de la scène médiatique, à l’image de son célèbre compatriote Salinger.Thomas Ray, donc.Personnage imaginaire, en fait.Celui autour duquel se déploie une bonne partie de l’intrigue dans Les chemins de moindre résistance.Quand le roman commence, en 2001, c’est le branle-bas de combat dans la grande et riche maison d’édition new-yorkaise qui le soutient depuis le début: un nouveau manuscrit de l’écrivain fantôme vient de débarquer.On suivra toutes les étapes secrètes entourant la fabrication du livre jusqu’à sa mise en marché, par l’entremise de deux frères, deux hurluberlus, qui possèdent ladite maison.On suivra surtout un jeune garçon complètement accroc à Par-delà la fenêtre du désespoir.Vin, c’est son nom.Il a lu le livre en entier 63 fois, peut citer par cœur de nombreux extraits.Extraits, d’aiüeurs, qui ponctuent lés chemins de moindre résistance.Vin est de loin le personnage le plus attachant de ITiistoire.Il est atteint de leucémie, une leucémie rare, particulièrement virulente, tenace.Qui résiste à toute forme de traitement, malgré l’acharnement de son médecin traitant.En d’autres termes: l’adolescent est condamné à mourir dans un avenir proche, il le sait.Et avant qu’il soit trop tard, il décide de partir à la re- cherche de son mentor littéraire.Jusqu’en Islande, où il se terre, incognito, solitaire.En filigrane, on égrène la biographie fragmentaire de l’écrivain.On en apprend un peu plus, petit à petit, sur les drames qui ont bouleversé sa vie.Et on comprend de mieux en mieux pourquoi il s’est retiré de la vitrine publique.Tout cela donne lieu à des réflexions comiques et parfois cyniques sur le cirque médiatique entourant certaines vedettes littéraires.Plus les écrivains-cultes se cachent, plus ils intriguent, n’est-ce pas?Et plus les affabulations et les mensonges ^fluent.Cela donne lieu, aussi, à des réflexions éclairantes sur l’exercice même de l’écriture.Et sur le rôle de la littérature.Rôle capital dans le cas du jeune Vin, en particulier.Le tout est ponctué par des questions sur la vie, la mort.Sur le sens qu’on donne à son existence sur terre.Sur pourquoi on est là, sur l’engagement, les liens qui nous unissent.Il y a aussi tout un pan de l’histoire qui concerne la barbarie, la sauvagerie humaine dans la guerre.Car le médecin du jeune Vin a fait du travail humanitaire en Bosnie-Herzégovine quelques années auparavant.C’est d’ailleurs sur une scène horrible sise là-bas en 1993 que s’ouvre le roman.Au début, on ne sait pas quel est le lien, on passe d’un univers à l’autre.Celui des éditeurs de Thomas Ray, qui prévoient le lancement du siècle pour son nouveau roman.Celui du méde- cin qui n’accepte pas de voir son jeune patient dépérir, qui voudrait tout faire pour le sauver.Et celui de Vin, hanté par Les chemins de moindre résistance.Fort habile comme construction.Les différentes strates s’amalgament comme par enchantement.Le ton est vivant.Mais ce n’est pas tout.On n’a encore rien vu.Tandis qu’on suit en parallèle les développements concernant chacun des personnages, ça va en se complexifiant.Le vrai suspens ne va pas tarder à commencer.Car il y a un mégacomplot qui se trame.Aux ramifications politico-militaires.Auquel participe un laboratoire secret, qui manipule les maladies pour le compte de l’Etat.Même le FBI va s’en mêler.C’est là que ça «fesse», pour tout dire.Mais les ficelles sont un peu grosses, ce n’est pas le meilleur aspect du roman, tout compte fait.A moins de faire partie des amateurs de thriller, les purs et durs.La fin, par contre, sorte de catastrophe annoncée du 11 septembre 2001, est savamment orchestrée.Heureusement que les œuvres survivent à la disparition de leurs auteurs.LES CHEMINS DE MOINDRE RÉSISTANCE Guillaume Lebeau Les 400 Coups, coU.«Coups de tête» Montréal, 2010,256 pages LITTERATURE QUEBECOISE Court roman sous influence CHRISTIAN DESMEULES Si «l’herbe est meilleure à Lemieux», ce ne sont pas vraiment les vaches qui en profitent.Le secret est si bien gardé qu’il n’est connu que de quatre personnes: les protagonistes du dernier roman de Jean-Pierre April {Chocs baroques, Les Ensauvagés, Mon père a tué la Terré), qui inaugure la collection de novella que cet écrivain né en 1948 vient lui-même de créer chez XYZ.Quatre jeunes amis (deux gars et deux filles) passent leurs vacances et toutes leurs fins de semaine à arpenter le Québec dans une vieille camionnette Westphalia bringuebalante qu’ils ont baptisée Julie.Ils y sont très souvent sous l’influence de la marijuana, même derrière le volant, et presque toujours confortables «comme ses petits enfants kangourous dans sa grande poche de tôle».L’époque à laquelle se situe ce court roman est délibérément floue, mais lorsqu’on sait que «les filles ressemblaient à des gars et les gars ne ressemblaient à rien», que l’es- sence coûtait moins cher que le litre d’eau et que fumer un gros pétard ne faisait pas encore le même effet que de ca- journer à Lemieux plus longtemps encore qu’ils n’auraient pu l’imaginer.Le temps passe, ils cultivent leur pot sur un ter- Jean-Pierre April jette un regard sur une époque de peace and love où les idéaux étaient, autant qu’à toute autre époque connue ou inconnue, solubles dans l’appât du gain 1er un 26 onces, on peut très bien s’imaginer être quelque part au milieu des années 70.Pendant une de leurs épiques explorations, Julie tombe en panne et Marie-Hélène, Geneviève, Phil et Johnny (le narrateur) se voient obligés de faire un arrêt prolongé à Lemieux, un village «au milieu du cœur du Centre-du-Québec».Un vieux ratoureux les héberge et monnaie scrupuleusement l’aide qu’il leur apporte.Les rêves des uns et des autres Une série d’acrobaties les amènera à faire l’acquisition de la maison de leur hôte (on vous passe les détails) et à sé- rain contaminé à la suite d’un curieux déraillement de train, l’harmonie entre eux se dissout lentement.«Parfois, pour planifier notre journée, on prenait tellement de temps qu’il n’en restait plus pour réaliser notre projet.Mais quand on ne planifiait rien, il ne se passait rien.» Les uns rêvent de devenir riches, les autres, de retourner à Montréal.Johnny, lui, travaille à un roman «en cours d’arrêt» qui n’avance pas (il apprendra qu’il souffre du syndrome de la page 19).Au bout de trois défections, notre écrivain en herbe se retrouve seul dans la maison de Lemieux, complètement libre de ne pas écrire son roman.En onze chapitres menés tambour battant, Jean-Pierre L’herbe est meilleure à Lemieux April jette un regard rétrospectif et légèrement critique sur une époque de peace and love où les idéaux étaient, autant qu’à toute autre époque connue ou inconnue, solubles dans l’appât du gain.L’herbe est meilleure à Lemieux, en outre, nous présente quelques personnages bien campés et une bonne dose d’humour dans la caricature.Amusant.Collaborateur du Devoir L’HERBE EST MEILLEURE À LEMIEUX Jean-Pierre April XYZ, coll.«KompaK» Montréal, 2010,150 pages E N BREF Deux écrivains québécois en résidence en Bavière Les écrivains québécois Éric Dupont et Denis Thériault seront reçus en résidence à la villa Waldberta, près de Munich, dans le cadre d’une entente culturelle entre le Québec et la Bavière.Cette résidence se déroulera du 3 octobre au 31 décembre prochmn.Auteur de trois romans.Éric Dupont est également professeur et parle couramment l’allemand.Denis Thériault est l’auteur de deux romans qui paraissent en allemand chez l’éditeur munichois DTV.- Le Devoir LA FIEVRE DU FOOT ! Géopolitique de la Coupe du monde de football 2010 Enjeux de pouvoir et rivalités sportives autour d'un méga-événement Géopolitique de la Coupe du monde de football 2010 : Les auteurs analysent l’émergence des enjeux géopolitiques au sein de la FIFA mais aussi, et surtout, le contexte politique, économique et social de l’organisation de cette Coupe du monde.ESSAYEZ LE FEUILLETAGE EN LIGNE | = |14l CODE 13250 éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Pierre Tremblay Le délinquant idéal Petformancey discipliney solidarité Pierre Tremblay LE DÉLINQUANT IDÉAL pvrfbnnam», drKÎpÜDv, solidurilé 268 pages, 27 dollars SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC Membre del' !S S a Marie-Claire BLAIS MAI AU BAL DES PRÉDATEURS Marie-Claire Blais [¦ MAI AU BAL ^ DES PRÉDATEURS A la fois hommes etfemmesy triomphants et menacésy libres et enchaînésy ils incarnent l'humanité Al tout enttere.Roman • 328 pages • 27,95 $ Retrouvez-nous sur twitter et facebook www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO MAI 2010 LITTERATURE La cathédrale dans le jardin Louis Hamelin La première fois que j’ai entendu parler de Malcolm Lowry, ce devait être à Vancouver, il y a déjà longtemps, dans le supplément littéraire du Sun.Cet écrivain que je ne connaissais pas, ou alors seulement de nom, auteur d’un chef-d’œuvre, avait séjourné au bord de l’océan, dans une cabane retapée de ses mains sur les rive§ de Burrard Inlet, juste au nord de Vancouver.A l’époque (les années 30, 40), c’était encore la brousse là-bas.Aujourd’hui, les grosses «cabanes» doivent s’y vendre dans les trois millions.Lowry avait aussi, rapportait le scribe, soumis un texte à un concours de nouvelles organisé par un journal local (probablement le Sun).11 n’avait rien gagné.Surtout ce détail-là qui me fatiguait.Comment pouvait-on être un écrivain génial et manifester le moindre intérêt pour ces babioles qui existent pour calmer les prurits d’ego des prosateurs du dimanche?Bien pire: comment peut-on être un écrivain génial et ne pas gagner, risquer pareille humiliation, même intime, à l’abri du sceau d’un pseudonyme?C’était l’époque où il pouvait m’arriver d’envoyer des nouvelles à des concours, des nouvelles très loin de même commencer à ressembler à de mauvaises imitations de celle de Papa Hemingway que je lisais sous les combles d’une vieille maison de bois des environs de Kitsilano, probablement débâtie aujourd’hui pour céder le terrain à une autre cabane dans les sept chiffres, et j’ai alors mis en réserve l’anecdote du Sun dans un coin de mon cerveau pour le jour où, trahi par mes ambitions, je me surprendrais moi-même en flagrant délit de dépenser un peu trop vite un premier prix de 3000 $.11 ne se passerait pas bien des années avant que je rejoigne les adeptes d’une étrange secte dont les grands-prêtres en Fran- ce furent Maurice Nadeau et Max-Pol Fouchet: celle des lecteurs A’Au-dessous du volcan.Ni kabbalistes, ni adorateurs du soleil aztèque, ni amis des turbulents abîmes qui s’ouvrent à la rencontre de l’infini de la mer et de l’alchimie du mescal, ni familiers pour la vie d’un certain Consul, mais tout ça en même temps et plus et pour toujours.Un de mes frères faisait partie de la secte.11 vit aujourd’hui à Vancouver, dans une cabane retapée de ses mains, enfin, je crois bien.Ah, ce Consul.Au fond de nos modestes paradis artificiels de banlieue, comme nous admirions sa lucidité, sa danse au-dessus du black-out universel et sa comique dignité dans l’autodes-truction! Le Consul est un de ces personnages plus grands que la littérature, comme Don Quichotte, Bloom et K., un formidable déambula-teur-titubateur dans le monde inventé et vrai de notre conscience.Si le Consul, au sens diplomatique du terme, ne représente rien, c’est parce qu’il représente tout.Pour son créateur, qui ne s’en est pas caché dans sa célèbre et fascinante lettre à son éditeur anglais (un document épistolaire qui figure en bonne place dans les «longues lettres» fameuses de l’histoire littéraire, avec celle de Kafka à son père et celle de Neil Cassidy à Kerouac), le Consul représente, au bord du gouffre, rien de moins que l’humanité.Damné, il l’est avec élégance.11 se tient bien droit, même allongé, face contre terre, au milieu de la rue.Et s’il marche croche, c’est parce que le monde vacille autour de lui.Comme tous les membres de la secte, je connaissais l’existence de cette copieuse lettre de près de 17 000 mots dans laquelle Lowry, bec, plume et ongles, défendit son chef-d’œuvre contre le rapport défavorable d’un lecteur professionnel.En réduisant la littérature au commerce, le monde du livre a, du même coup, réduit le lecteur à un client et fait sienne la devise de cette noble activité: le client-lecteur a toujours raison.Cette dictature du goût, édifiée sur la techno-consommation, a même eu sa caution théorique dans les facultés des années 50 où l’auteur, devenu un simple encombrement dans la chaîne du sens, a été dé- MALilûLM LOWRY -.ag'4NTilNIMENT claré mort, comme un certain Dieu avant lui.Le culte de l’auteur, me direz-vous, est plus vivant que jamais.Mais les plébiscités le sont toujours par le public, dont le jugement n’est souvent que la régurgitation abrutie de perceptions tétées aux mamelles hyper-plateformées et réseautées de la déesse aux mille yeux.Avant, c’est le contenu qui était complexe.Aujourd’hui, c’est le contenant.Imposer un Ulysse serait-il encore possible?La lettre de Lowry, qui paraît pour la première fois en français aux éditions Allia, est comme un grand (et dernier?) cri de l’auteur, qui revendique l’entière responsabilité, l’entière paternité de sa création, qui l’assume comme si sa vie en dépendait (et après huit ans de travail, de 1936 à 1944, c’était bien évidemment le cas), dressé devant cette chose devenue aujourd’hui presque impensable: la postérité.Ce qui veut dire: un lecteur compétent, même hypothétique et futur.Et Lowry va non seulement, devant les inévitables considérations commerçantes, et anticipant sur son propre mythe, mercantiliser la posture de Stendhal: «Dans la destinée qu’aura connue la création de ce roman, quelque chose me dit qu’il pourrait bien continuer à se vendre très longtemps», mais il en appelle aussi à une seconde, voire à une troisième lecture! 11 écrit cette lettre en 1945 et la différence de contexte saute, encore une fois, aux yeux: le monde qui venait de passer six longues années à s’entr’étriper était beaucoup moins pressé que le nôtre.Dans ce document unique, on voit un auteur se transformer, chapitre par chapitre, en critique de la critique de son propre livre en usant d’un habile mélange de sérieux et d’autodérision («[.] je ne m’oppose pas à d’éventuelles coupes ici et là, quoique le rythme assommant et plat du début me paraisse essentiel»), de fragilité et d’arrogance, de concessions apparentes au bon sens et de défis lancés à l’intelligence, de confiance blessée et de conscience de sa valeur et ultimement du génie de son travail.On est ici aux antipodes des scénarii réécrits 14 000 fois et ruminés en focus groups et c’est assez admirable.En d’autres mots, on a affaire à un homme intègre, auquel l’avenir donne, pour l’instant, raison.Très conscient de tous les symboles que son livre mettait en jeu, Malcolm Lowry a édifié sa cathédrale de style churrigqeresque sur un jardin transformé en arène: l’Éden mexicain ravagé de son amour.11 était prêt à défendre chaque ornement de sa forêt de symboles au nom d’une valeur peut-être bien démodée: «l’intention fondamentale de l’auteur».Ça alors.MERCI INFINIMENT Malcolm Lowry Traduit de l’anglais par Claire Debru Éditions Allia Paris, 2010,88 pages LITTERATURE AMERICAINE Knockemstiff, capitale de rien du tout Un bon recueil de nouvelles gâché par une traduction désastreuse CHRISTIAN DESMEULES Lorsqu’on passe aujourd’hui du côté de Knockemstiff, Ohio, ce qu’on voit a toutes les apparences d’un village fantôme.Si on y boit encore de l’alcool, le dernier bar a fermé depuis longtemps.11 n’y a plus d’épicerie, plus de boutiques ni d’église.Presque plus personne.Même l’affiche habituelle à l’entrée du village a été volée.Donald Ray Pollock, 55 ans, a choisi pour son premier bvre de faire revivre en une vingtaine de nouvelles le passé peu reluisant de son patelin natal, après avoir travaillé 37 ans dans une usine de papier de Chillicothe, une petite ville située à quelques kilomètres au nord-est de Knockemstiff Knockemstiff, ce sont des solitaires qui portent leur enfance autour du cou comme des colliers de chaînes rouillées, qui habitent une maison pourrie, un autobus scolaire désaffecté ou une roulotte qui a les mêmes dimensions qu’une cellule de prison.L’alcoolisme y est généralisé, les hommes y sont violents, les mères céliba- taires, on y mange plus de baloney que ne le recommande le guide alimentaire.Petits drogués et voleurs de tondeuses à gazon passent en courant comme des ombres à travers un décor fabuleusement délabré.On est un peu comme chez Bukowski, sans le béton, dans la cour arrière d’une Amérique aux rêves amputés.Voyez.Un homme vit dans une roulotte installée à l’arrière du magasin général où il travaille toute la journée, incapable de quitter Knockemstiff auquel il est attaché «comme un champignon collé à un tronc d’arbre pourri» {Knockemstiff).Un adolescent en fugue est pris en stop par un camionneur par-ticubèrement dégueulasse {On achève bien les cheveux).Deux amis échafaudent un projet d’évasion vers la Californie qui tourne court {Speed).Vous l’aurez compris, on essaie souvent de s’échapper de Knockemstiff dans les histoires de Pollock.Et tous les moyens sont bons pour y arriver: dans une auto volée, en respirant de la colle dans un sac de plastique, en regardant la télé tout l’après-midi sans changer de ROLAND MARQUIS Nos fleurs vigilantes « Dis-moi que je suis un cavaiier par essence, que je ne fus jamais dans ia seuie forme humaine.» LES HERBES ROUGES/POESIE DONALD RAY POLLOCK BUCHET • CHASICL poste.Knockemstiff est un village sans horizon où touf absolument touf péricbte.Tout ça est beau et bon.Mais attention, ami lecteur: tous les mots d’argot sur lesquels tu tomberas pendant ta lecture de Knockemstiff ne proviennent pas du texte de Donald Ray Pollock.C’est-à-dire qu’ils ne sont pas la traduction française d’une espèce de slang du Midwest américain.La traduction — frauduleuse, rien de moins — de Philippe Garnier, gouailleuse au possible, frôle le carnage.Et les exemples de cette alchimie farfelue se trouvent partout, à toutes les pages: l’homme (fhe man) devient «le zig», «a pair of dirty jeans» se transforme en «un jean cradingue», des jambes maigres {«skinny legs») deviennent de «longues gui-boles», les gens riches {«rich people») sont des «rupins».Aussi, traduire «work boots» par chaussures de travail est trop banal, on lui préférera «groles», tout comme le mot «town» est traduit tour à tour par «bourg», «patelin» ou «ville».On pourrait remplir des pages de ces aberrations exemplaires.Mesurons maintenant l’audace sans nom de Garnier lorsqu’il se permet d’écrire, en 4® de couverture, que «Donald Ray Pollock est assurément la voix la plus singulière et la plus exaltante de la nouvelle littérature américaine depuis Larry Brown ou Chuck Palahniuk (lui-même fan de Pollock)».D’accord, oui, peut-être, mais qu’en sait-il réellement, ce ventriloque de la traduction littéraire?Si la voix de Pollock est forte (et elle l’est), c’est d’abord par sa simplicité, un certain dépouillement, une absence d’effets.Et cette sobriété qui correspond au dénuement de ses personnages pour lesquels il éprouve, on le sent, une réelle compassion.Tout au plus Pollock nous force-t-il à jeter un regard vers les étoiles pâles, parfois, à la fin d’une histoire, comme pour souligner la petitesse des hommes et des femmes, leur envie universelle d’être ailleurs ou de devenir quelqu’un d’autre.Comme un rappel de tous les rêves brisés, de l’impossible fuite.Collaborateur du Devoir KNOCKEMSTIFF Donald Ray Pollock , Traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Garnier Buchet Chastel Paris, 2010,252 pages EN BREF Finalistes du prix de la revue Estuaire Les noms des finabstes pour le prix de poésie Terrasses Sabit-Sulpice de la revue Estuaire sont désormais connus.11 s’agit de Normand de Bebefeuble, pour Mon nom, paru aux éditions Le Noroît, de Michael De-bsle, pour Prière à blanc, égale- ment au Noroît, de Michaël La Chance, pour [mytismj.Terre ne se meurt pas, chez Triptyque, de Pierre Nepveu, pour Les Verbes majeurs, publié au Noroît, et de Danny Plourde, pour cellule esperanza, aux éditions de l’Hexagone.Le prix, accompagné d’une bourse de 3000 $, sera remis le mercredi son 2 jubi, au Cabaret des Terrasses Sabit-Sulpice, à Montréal, après une lecture des finabstes.- Le Devoir POESIE Marcel Bélanger, dit Kraxi, le voyageur curieux HUGUES CORRIVEAU Mort au mois de mai, après une longue lutte contre le cancer, Marcel Bélanger nous laissera l’bnage d’un grand passionné de liberté et de littérature, d’errances complexes et d’une fervein peu commune en ce qui concerne les métiers d’écriture: de 1972 à 2000, pro-fessein au département des littératures de la Faculté des lettres de l’Université Laval, où b a bisti-tué le programme de création bt-téraire, il travailla également pour la chaîne FM de Radio-Canada.11 a été dnecteur de la revue Livres et auteurs québécois de 1975 à 1978 et de la revue Estuaire à partir de 1980.En 1976, il fonde les éditions Parallèles, qu’ü dirigera jusqu’en 1980.De 1990 à 1993, ü vivra en France et en Tunisie.Romancier, essayiste et poète, Marcel Bélanger avait décidé de ne pubber que sous le pseudonyme de Kraxi, qib le rapprochait de Kafka.Dans un entretien rendu pubbc par son éditeur, l’Hexagone, ü affirme que l’usage d’un pseudonyme «implique le processus fondamental de l’identité qui, chez [lui], paraît être resté ouvert, inachevé».Dans le premier texte, EŒuvre-vie, de son Premier abécédaire de David Kurzy, ce dernier s’offre comme l’alter ego de l’auteur, donnant à penser que la survie ne peut se concevoir que dans l’abnégation et le refus de toute hiérarchie.Ce faisant, Bé-langer-Kraxi entreprend de fouiller son âme à travers des manuscrits que lui aurait remis le personnage: des poèmes en vers fibres et en prose qui cherchent à accéder à cette mouvance de l’âme qui s’égare et frouve dans la réalité une inquiétante pulsation à la fois sensuelle et érotique.Ce «commis voyageur de l’existence» s’impose avec autant de vigueur dans Le Second Abécédaire, ce bvre que l’auteur n’aura pas eu le temps de voir avant sa mort.S’y déploie un sens de la «rupture» qui lui bn-portait tant, cette dernière étant la seule à avoir «quelque chance de produire du sens.D’où une poésie d’éclats, d’escarbilles, rédigée sous le signe de l’épars, l’ordre néanmoins d’un désordre, qu’ap-proximativement chaos et genèse évoquent.Une manière de poétique du disparate et du dépenaillé, le récit décousu d’une existence à la traîne».Les textes du plus récent abé-cédafre sont un appel à l’erran- P, le second abécédaire de David Kurzy H'HEXAQOME ce dans le temps comme dans l’espace, sorte de pérégrbiation ou quête de soi à travers des «moi» d’emprunt.«Dans ces circuits de la dérision», le poète transgresse des limites contraignantes afin d’atteindre à une conscience aiguë, de la vérité crue et sans fard.A travers l’exploration d’une sexuabté sans b-mites morales ni physiques, le poète essaie d’accéder à une authenticité sans compromis, de tebe sorte que jaübssent à la fois l’avers et le revers d’une vie ac-compbe dans toutes ses dimensions.La quête de Marcel Bélanger fut à ce prix, dans un désir de «s’immensifier»: «Une mythologie du labyrinthe compose la trame de ce qu’il vit et écrit, et ce n’est pas Thésée qui y pénètre, mais une Ariane mâle, sans fil qui la relie à qui que ce soit Les textes des abécédaires s’alimentent à ce chaos d’où émergent forces et formes, celles de la beauté qui traverse en les illuminant les kouros, et qu’il a tant recherchée dans ses voyages, captivé par cette hésitation entre féminin et masculin, cette incarnation de l’incertitude.» 11 faut l’accompagner pour en saisir à la fois la profondeur et l’immense talent bttéraire.Collaborateur du Devoir LE PREMIER ABÉCÉDAIRE DE DAVID KURZY ET LE SECOND ABÉCÉDAIRE DE DAVID KURZY Kraxi (Marcel Bélanger) L’Hexagone, Montré^, 2009 et 2010,192 et 168 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 MAI 2010 F 5 LIVRES Les héritiers du refus JEAN Larose Une lettre circule, Le mépris des revues culturelles, contre la politique du ministère du Patrimoine canadien.Désormais, le Programme d’aide aux magazines artistiques et littéraires ne subvention- ^ nera que les publica- t dons qui se vendent à I ^ plus de 5000 exem- ^ ^ plaires par année.Cela exclut la plupart des revues culturelles.Toutefois, le ministère propose aux perdants un soutien en «innovation commerciale», moyennant la présentation d’un plan d’affaires.La lettre est signée par vingt-sept revues, parmi lesquelles Liberté, Jeu, Intermédialité, 24 images.Relations et Spirale, dont le dernier numéro contient un éditorial étonnant de Patrick Poirier: «De quoi hériteront-ils?» D’habitude, à Spirale, on se soucie peu d’héritage.Et la protestation des vingt-sept en appelle aussi à l’héritage, réclamant que le gouvernement continue à financer des revues qui, «en se mettant au service de la culture vivante, en prenant le risque d’une parole critique exigeante, contribuent à l’élaboration et à la constitution du patrimoine à venir».Demander de l’argent pour faire le patrimoine de l’avenir, le tour est admirable! Je me demande pourtant si le fait — cent fois vérifié au XX® siècle — du «retour d’opinion qui place au rang des chefs-d’œuvre l’ouvrage incompris et ridiculisé dans un premier temps» (Valéry) peut s’appliquer aux revues culturelles.Invoquer sa propre consécration patrimoniale par les générations à venir, cela peut-il impressionner les subventionnaires actuels?Poirier écrit que «la logique dictant que des magazines culturels et des revues de créations soient évalués selon des critères de rentabilité et de ventes, au même titre que Sentier chasse pèche, tient de l’aberration idéologique et d’une connerie sans nom».Sans doute.Mais quelle est cette idéologie?^ Pierre Ouellet, dans Les Ecrits, défend les revues culturelles parce qu’elles «donnent accès à une mémoire commune, à travers la diversité des évocations et des réminiscences personnelles».C’est beau.Mais trop doux pour une guerre.Spirale ne sera rien pour l’avenir, ses superbes et profonds numéros s’évanouiront dans l’insignifiance si elle ne laisse en héritage un exemple de résistance politique.Par exemple, un numéro spécial digne de Refus global, des pages fumantes, rageuses, savantes, spirituelles.Faites de la critique à coups de marteau! Soyez donc durs et à la hauteur de la culture exigeante et transgressive que vous défendez! C’est sur votre vaillance dans cette guerre que vous serez jugés dignes d’avoir des héritiers.11 y aura bientôt dix ans, Radio-Canada abolissait la seule radio où l’on parlait des livres exigeants.S’il y eut jamais un média différent, c’est bien celui- Le philosophe difficile, le réalisateur sérieux, la revue qui ne pousse pas à la fête, voilà rélite à abattre.Vous êtes l’ennemi.là.Or, pour remplacer une radio sans pareille par une radio comme les autres, pour justifier de la détruire et de mettre à sa place la plate Espace Musique, qu’a fait Radio-Canada?Elle a invoqué la diversité! Toute la culture va y passer.Sur le site de 24 images, on rappelle que des cinéastes québécois ont lancé une pétition contre le nouveau président de la SODEC, M.Mace-rola.Quand on a suivi étape par étape la destruction de la Chaîne culturelle, on reconnaît sans mal dans les propos de M.Macerola le discours jadis tenu par M.Lafran-ce, de Radio-Canada: «Dire que la SODEC est dévouée au cinéma d’auteur devra disparaître au profit d’une SODEC dévouée au cinéma et à la diversité des styles et des genres.» Noyer la différence (un auteur) dans la diversité, c’est la première opération.N’avait-on pas, en un premier temps, rebaptisé la Chaîne culturelle «Radio de toutes les cultures»?Cela signifiait contre-culture de consommation, produits de l’Industrie culturelle.Quand un Paul-Marie Lapointe, un Jean-Guy Pilon dirigeaient Radio-Canada, Ils n’ad-mlnlstralent pas la société en poètes, mais pour eux 11 allait de sol qu’une émission sur Mlron, sur Habermas, sur la musique dodé-caphonlque ne pouvait être soumise aux mêmes critères que La Soirée du hockey.Rien de tel chez les patrons et subventionnaires de maintenant.La rente de respectabilité héritée de l’humanisme par la modernité est épuisée.Le culturel.Ils connaissent ça, les gestionnaires.Un écrivain, ça ne les Impressionne pas.L’écrit n’est pas culturel.11 n’y a de culturel que le spectacle et le rêve de spectacle.Inlassable remake quétalne du surréalisme.Le Cirque du Soleil et Robert Lepage étalent faits pour travailler ensemble.«Au service du succès, ils renoncent eux-mêmes au caractère d’insoumission qui leur était propre.» (Adorno) Revues culturelles, rappelez-vous Walter Benjamin, disant dans les années trente que les poèmes surréalistes «sont au fond des prospectus pour des entreprises commerciales qui ne sont pas encore créées».Elles le sont maintenant.La transgression a changé de bord, le rêve couche avec le commerce.Ils sont les subversifs et vous, l’Institution poussiéreuse.Prochaine étape: Ils attaqueront votre élitisme.Le philosophe difficile, le réalisateur sérieux, la revue qui ne pousse pas à la fête, voilà l’élite à abattre.Vous êtes l’ennemi.Vous êtes vieux, cons et abscons.La culture, et la culture la plus jeune, est redevenue ce qu’elle était avant l’Insurrection de la modernité: le rêve et le soutien du pouvoir.Vous n’avez d’autre héritage à laisser que le courage agonique si justement nommé par Mlron, vaillance critique et refus global appuyés sur votre exclusion même au bord de crever.DOCUMENT Les rêves d’Amédée Papineau MICHEL LAPIERRE En 1843, Lactance Papineau, étudiant en médecine à Paris, écrit à son frère Amédée, revenu de New York à Montréal.11 lui dit que l’action politique de leur père, Louis-Joseph Papineau, encore en exil en France, a donné ses fruits.Amédée lui réplique: «Nous n’avons plus rien à faire, dis-tu, qu’à attendre le jour de l’indépendance! Oh! que tu te trompes!.Nous avons tout un peuple à créer!.Une nation à demi barbare à civiliser!» Percutante, la réponse du jeune homme de 24 ans, sur le point de commencer sa longue carrière montréalaise de pro-tonotalre, suggère l’Importance de la contribution que Georges Aubin et Renée Blan-chet, éditeurs des lettres Inédites d’Amédée Papineau, apportent à l’histoire Intellectuelle du Québec.Ces spécialistes de notre XIX® siècle viennent de publier, avec Introduction historique, chronologie détaillée et nombreuses notes, le deuxième tome d’un ouvrage qui en comprendra cinq.Le volume Correspondance (1842-1846) révèle que, pour l’éplstoller, sous l’Union des Canadas, le retard du Canada-Est, ce futur Québec caractérisé par l’analphabétisme et l’absence d’une conscience collective démocratique, devient une obsession.«Nous sommes, écrit Amédée à Lactance en 1843, en arrière d’un siècle» sur l’Amérique du Nord anglo-saxonne.11 ne volt le «salut» des siens «que dans l’américanisation» et précise: «Ce seul mot dit tout.» Le mot magique slgnlfie-t-11 l’anglicisation, voire l’adhésion à la culture protestante?Des passages de la correspondance nous Inclinent à le penser.D’autres, sans être des volte-face, nous laissent plutôt perplexes.Dans des lettres qu’il lui écrit pourtant en anglais, Amédée appelle toujours «Marie» sa future femme, l’Amérl-calne Mary Westcott.11 s’indigne que le père de celle-ci, à cause de «forts préjugés» protestants, hésite à permettre le Aiihin RcnOcliljiidK'l 4 Amédée Papineau j (.DITCSIXIlldfllKr 1843-1846 QQMDKUIE mariage d’une presbytérienne avec un papiste.Même la croyance du Canadien à la primauté du Nouveau Monde n’est pas exempte d’am-blguité.S’ü volt l’Europe comme «le tombeau de la civilisation», Amédée place toutefois très haut les Français Lamartine, Tocqueville et Lamennais, au point de dire des Paroles d’un croyant, de ce dernier: «C’est mon Apocalypse politique.» Inspiré du romantisme prophétique de Lamennais, 11 espère l’union d’un christianisme démocrate et humanitaire avec l’esprit de la Renaissance et des Lumières.Partisan de la concorde des cultures, 11 rêve en 1^46, avant le refus poil de l’Église romaine, de voir son mariage béni par un pasteur presbytérien, ensuite par un prêtre catholique.La même année, Amédée s’efforce d’envoyer des livres de botanique à Lactance pour procurer un peu de sérénité au futur Interné qui, atteint d’une folle catholique et patriote, entrera dans un asile entouré de verdure, près de New York.C’est à la fols consolant et terrible d’avoir un frère chéri encore plus rêveur que sol.Collaborateur du Devoir CORRESPONDANCE Tome 2 Amédée Papineau Michel Brûlé éditeur Montréal, 2010,486 pages LITTERATURE JEUNESSE Chroniques d’Internet Ce thriller de Marie-Aude Murail fait la démonstration que les nouvelles technologies constituent une excellente matière à suspense CAROLE TREMBLAY hroniques d’Internet», c’est le titre que Marie-Aude Murail avait en tête quand elle a entrepris l’écriture de son dernier roman.Le tueur à la cravate.Au départ, elle avait envie d’y explorer l’aspect exhibitionniste des blogues et des sites comme Facebook, mais le projet a finalement glissé vers un autre genre: le thriller.La prolifique romancière ne craint pas d’aborder des thèmes délicats — on l’a vue traiter de l’homosexualité dans Oh! Boy!, des choix de métiers non traditionnels dans Maïté coiffure, de la déficience intellectuelle dans Simple.Mais si l’écrivaine parle à ses jeunes lecteurs de sujets actuels avec une volonté parfaitement assumée de les faire réfléchir, ce qui frappe avant tout quand on ouvre un de ses livrer, c’est son talent de conteuse.À l’image de son maître à penser, Charles Dickens, à qui elle a d’ailleurs consacré une biographie, Marie-Aude Muraü jongle habilement avec l’humour et l’émotion pour créer des récits captivants, solidement ancrés dans le réel.Dans Le tueur à la cravate, l’Intrigue se tisse en grande partie sur les réseaux sociaux d’Internet.Ruth, 14 ans, vit avec son père anesthésiste et sa petite sœur Bethsabée.Sa mère est morte d’une rupture d’anévrisme, dans des circonstances un peu nébuleuses, quatre ans auparavant.Un jour, pour s’amuser, l’adolescente et sa copine Déborah mettent une photo de classe où figurent ses deux parents sur Perdu-de-vue, un site qui permet de retrouver la trace des amis de collège.Sans le vouloir, les jeunes filles mettent le doigt dans un engrenage Infernal, réveillant de vieilles histoires, notamment celle du meurtre non résolu de la sœur jumelle de la mère de Ruth, étranglée par un maniaque à la cravate, alors qu’elle n’avalt que 16 ans.Usurpant l’Identité de son père dans le monde virtuel, Ruth arrive à entrer en contact avec d’anciens camarades de classe de ses parents et à leur soutirer des Informations concernant le fameux drame.Les adolescentes apprennent avec stupéfaction que le père de Ruth avait lui-même été soupçonné du meurtre à l’époque du lycée.Qn l’avait relâché, faute de preuve, mais son beau-père est toujours resté convaincu de sa culpabilité.Le doute s’insinue alors dans la tête de Ruth.Son père, si doux et si gentil, seralt-11 un assassin?Celui de la jumelle, quand 11 était encore à l’école, et celui de sa femme, une fols devenu adulte?La jeune fille voudrait bien refermer cette boîte de Pandore, mais 11 est trop tard.11 lui faut savoir.Et puis, la machine est enclenchée.Les acteurs d’antan sortent de leur léthargie.Le tueur, se sentant menacé, frappe de nouveau.Le danger se rapproche.Les filles ne savent plus comment reprendre le contrôle de la situation, qui vire au cauchemar.Ce thriller, d’une redoutable efficacité, met certes en lumière les dangers potentiels qu’internet peut engendrer, mais 11 fait surtout la démonstration que les nouvelles technologies constituent une excellente matière à suspense.Le roman nous procure un double plaisir de lecture puisqu’il vient avec un bonus: le journal de création de l’auteure.Intitulé Comment naît un roman (ou pas).Marie-Aude Mu-rall y raconte, au fil des jours, les cinq mois de gestation qui ont précédé la rédaction de son livre.Ce making o/llttéralre nous permet d’assister au lent processus de l’écriture de ses romans, de l’Idée vague du début aux pistes prometteuses abandonnées en cours de route, en passant par les laborieux efforts qu’ü lui a fallu faire pour maîtriser les outüs d’Internet.Qn en retient qu’une histoire se construit à partir d’une série de décisions qui relèvent finalement moins de l’insplra-tlon divine que du hasard des lectures, des rencontres fortuites, des discussions en famille, bref des petits événements du quotidien qui traversent la vie d’un écrivain.Et on n’a plus qu’une envie, retourner à la fiction pour y retrouver les traces de la réalité.Collaboratrice du Devoir LE TUEUR À LA CRAVATE Mqrie-Aude Murail L’École des loisirs, coll.«Medium» Paris, 2010,360 pages Photos et contes de Marc Laberge Le conteur et photographe Marc Laberge publie Autour du monde, aux éditions Planète Rebelle, qui réunit des photos qu’il a prises au cours de voyages à travers la planète et de petits contes reliés à chacun des pays visités.Qn y apprend par exemple comment on doit à des elfes le fait que la route reliant Reykjavik à Kefla-vik, en Irlande, fait un détour en pleine campagne et comment magasiner un tapis volant dans un souk marocain.Les photos de Marc Laberge, qui ont déjà été récompensées par des prix, valent le détour.Élles promènent un regard attentif sur le monde et ses habitants, de la Pologne au Burkina Faso, de Cuba au Ladakh.Le Devoir Le sculpteur Mamadou Diallo dans sou Burkina Faso.Photo de Marc Laberge.SOURCE PLANETE REBELLE univers d’artiste, au Le patrimoine religieux québécois et l'identité culturelle Avec Benoit Dostaler Coordonnateur de la Chaire religion culture et société Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal 1 Les Éditions du Noroît Nouveautés Allie Ouclld Ton nom dans ma main Ton nom dans ma main Coll.Initiale www.lenorait.cam Assistez au À/dOtmFAL Signatures et événements Noroît Dimanche, 30 mai, 13 heures, venez entendre : Pierre Nepveu, Éiise Turcotte, lan Lauda, Judy Quinn, Nadine Ltaif, Pierre Ouellet. F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO MAI 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS L’âme des pays Louis Cornellier Les sociaux-démocrates du monde entier sont fascinés par les pays Scandinaves en général et par la Suède en particulier.Ce dernier pays incarne, depuis des décennies, le succès d’une troisième voie, entre le socialisme et le capitalisme.Nation prospère, égalitaire, relativement petite (neuf millions d’habitants) et nordique, la Suède sert notamment d’inspiration aux souverainistes québécois.Nous pourrions, nous aussi, disent-ils, réaliser quelque chose comme cela.Malgré cette bonne réputation, la Suède reste méconnue.La gauche réformiste s’en réclame, tout comme, dans les années récentes, la droite néolibérale.Chaque camp choisit, dans le modèle suédois, ce qui fait son affaire pour le faire servir à sa cause.Pour démêler tout ça, nous aurions besoin d’essais rigoureux qui exposeraient la situation le plus objectivement possible.L’appel est lancé.Odyssée en Suède, le plus récent essai de l’urbaniste-sociologue Jean Cimon, ne remplit pas ce mandat, mais fournit néanmoins un éclairage captivant sur cette nation enviée.Récit d’un voyage en ce pays fait en 1949 par l’étudiant qu’était alors Cimon, cet essai au ton bellement poétique tente de saisir l’âme suédoise et de la mettre en rapport avec l’âme québécoise.«Ce qui semble rapprocher ces deux peuples, écrit Cimon, c’est une inquiétude existentielle.En Suède, une forte identité nationale et une émotion refoulée.Au Québec, une identité ambiguë et une émotion extériorisée.Entre les deux, mon cœur balance.» Cimon évoque le calme des Suédois, leur lenteur, leur amour profond de la nature et leur mélancolie hivernale, liée à une «sorte de mal du Nord» qu’il retrouve aussi dans Mon pays, «cette mélopée quasi religieuse» chantée par VigneaulL Ce qui habite l’âme suédoise, suggère-t-il, «c’est un sentiment reli^eux teinté d’angoisse existentielle et d’indépendance farouche».Cet esprit d’indépendance, toutefois, s’accompagne d’un sens de la discipline sociale, de «la responsabilité individuelle et nationale», auquel n’est pas étrangère la tradition luthérienne du pays.En 1950, les églises suédoises sont déjà presque vides, mais une inquiétude religieuse nostalgique perdure qui continue de nourrir la conscience morale des Suédois.Peut-on en dire autant des Québécois d’aujourd’hui?Sont-ils conscients, eux, que religion et moralité sont deux choses différentes et que la non-pratique de la première ne doit pas exclure l’inquiétude existentielle qu’elle porte et qui nourrit la seconde?Portrait impressionniste de l’âme suédoise d’il y a 60 ans et de ses brumes, l’essai de Jean Cimon ne nous permet pas de trancher dans les débats actuels, mais il nous invite à prendre part à une odyssée qui éclaire autrement.La chute du Tigre nordique Petit pays Scandinave de 330 000 habitants, indépendant du Danemark depuis 1944, l’Islande, à l’aube du XXl® siècle, apparaît comme «un pays à la fois égalitaire, progressiste, pacifiste, cultivé et écologiste», écrit Daniel Chartier, professeur à l’UQAM et spécialiste des représentations du Nord, dans La Spectaculaire Déroute de l’Islande.En septembre 2008, cette image idyllique vole en éclats.Les financiers islandais, qualifiés de Néo-Vi-kings, voient la bulle spéculative qui a fait leur fortune et a transformé l’Islande en «Tigre nordique» leur éclater au visage, tout en éclaboussant les banques, les dirigeants et les citoyens du pays qui vivaient sauvagement à crédit depuis quelques années.Soyons clairs: ce n’est pas le modèle social-démocrate du pays qui a causé cette banqueroute, mais le modèle néolibéral (investissements étrangers massifs dans les banques islandaises, suivis d’emprunts tout aussi massifs par les Néo-Vikings dans le but d’acquérir des entreprises étrangères) adopté par la petite clique dirigeante du pays.Aussi, ce peuple de pêcheurs et d’artistes qui fascinaient par leur exotisme nordique est devenu, du jour au lendemain, «à la fois le symbole de la violence inédite de la crise mondiale et la figure de sa première victime», écrit Chartier dans cet intéressant ouvrage qui recompose le récit de cette débâcle à partir d’articles de presse parus à ce sujet dans neuf grands journaux, dont Le Devoir.Des leçons à tirer?Le Royaume-Uni, qui craint l’indépendance de l’Eçosse, en a probté pour souligner que les petits Etats s’en sortent plus mal que les grands en cas de crise.Retenons plutôt les dangers du néolibéralisme et les mots d’une artiste islandaise qui invite ses compatriotes à rejeter le clinquant et à revenir «vers quelque chose de plus profond».¦rrn BOB STRONG REUTERS Le drapeau islandais a été hissé devant le siège social de la Kaupthing Bank, à Reykjavik, après que le gouvernement eut été forcé de prendre le contrôle de la plus importante banque islandaise, en octobre 2008.Le Japon en touriste En 2006, comme ça, simplement parce qu’elle aime les voyages et l’aventure, la Charlevoisienne Valérie Harvey, étudiante en sociologie, a décidé d’aller passer une année au Japon en compagnie de son amoureux.Dans Passion Japon, elle partage son expérience avec les lecteurs.Simple carnet de voyage rédigé dans un style assez rudimentaire, ce petit ouvrage contient des informations intéressantes sur le climat, la cuisine, la culture et les modes de vie japonais, mais il demeure trop uniment descriptif pour offrir un véritable plaisir de lecture.La voyageuse, qui a principalement vécu à Kyoto, exprime avec sincérité son amour du Japon, mais son propos très touristique manque de profondeur et n’évite pas les clichés du genre «quand on suit sa voie, tout se vit mieux».Elle retient l’attention, cela dit, quand elle évoque ces Japonais, amants de la nature, qui tournent néanmoins en motomarines autour de l’arche sacrée de Miyajima, les faux mariages chrétiens qu’ils mettent en scène pour singer les films hollywoodiens et la fascination pour l’anglais de ce peuple qui le parle si peu ou si mal.Quand elle déplore le fait que l’harmonie des jardins zen «est quelque peu brisée par les hordes de touristes qui visitent bruyamment l’endroit», on ne peut toutefois que remarquer qu’un regard critique sur sa propre pratique touristique manque à la candide voyageuse.louisco@sympatico.ca ODYSSÉE EN SUÈDE Jean Cimon Septentrion Sillery, 2010,146 pages LA SPECTACULAIRE DÉROUTE DE LTSLANDE Daniel Chartier Presses de l’Université du Québec Québec, 2010,240 pages PASSION JAPON Valérie Harvey Septentrion Sillery, 2010,190 pages HISTOIRE Redécouvrir notre humour politique MICHEL LAPIERRE Les poèmes populaires de Jean Narrache, pseudonyme du Montréalais Émile Coderre (1893-1970), restent dans la mémoire collective.On connaît moîns ses Histoires du Canada, où l’on apprend qu’«î7y a autant de politiciens honnêtes dans le monde qu’il y a de prostituées chastes».Écrits dans le même esprit, les vers de Narrache sur «l’parti d’là Duplessité» (1935) ulcérèrent un futur premier ministre québécois, hostile aux «pouètes».Ce ne sont que deux des exemples dont regorge Y Histoire politique du comique au Québec, de Robert Aird, à qui revient le mérite de redonner à des humoristes négligés, comme Hector Berthelot, Albéric Bourgeois, Jean Narrache et surtout Gratien Gélinas, leur juste place.Le chapitre innovateur sur les Eridoli-nades, de Gélinas, revues théâtrales d’actualités (1938-1946), justifie à lui seul la lecture du livre.Aird a raison d’en être ber.HISTOIRE POLITIQUE DU COMIQUE AU QUÉBEC Un discours patriotique de Eridolin, personnage vêtu du chandail du Tricolore, armé d’une fronde et interprété par l’auteur lui-même, s’adresse à la «belle jeunesse pleine de sève d’érable» et se fait l’écho du nationalisme canadien-français, illustré surtout par Lionel Groulx, fils d’un illettré mais chantre de «notre maître le passé».L’orateur s’écrie: «Ne dépensez pas vos énergies rédemptrices à de vils soucis matériels!» Sur le ton le plus grave, Eri-dolin poursuit: «Enfoncez-vous dans le bon vieux temps comme dans un lit moelleux et restez-y endormis à jamais!» La drôlerie de Gélinas ne touche pas seulement le Québec.Elle embrasse le monde entier grâce à Lady England, qui veut que Baptiste Dominion meure pour elle et son empire, puis à Joseph 1", «empereur des communistes», qui «a reviré son canon de bord uniquement pour sauver la démocratie», menacée par bébé Adolf qu’un rabbin serre contre lui en s’écriant: «Mon fils!» Aird n’exagère pas en soutenant que «les Eridoli-nades apparaissent comme une épopée comique qui n’a pas son égale dans l’histoire du Québec».Elles prouvent que ce sont une touche d’absurde et une énormité qui empêchent l’humour de vieillir.L’importance qu’Aird accorde à Gélinas nous Le Salon du livre anarchiste se tient ce week-end à Montréal On associe l’anarchisme à un symbole, celui du A frappé d’un cercle.Dans Anarchisme, histoire véridique d’un symbole (éditions Alter-nativeÉ qui mêle à la fois récit et photographies, on apprend que la représentation graphique de ce courant politique est toute récente.Selon ce livre, ce symbole apparaît vraîment au milieu des années 1960, en Italie et en Erance, avant de se répandre sur la planète dans les années 1970.Mais qu’est-ce que l’anarchie quand on se refuse à en accepter le sens strictement péjoratif?Au-delà de formules toutes faites, comme «l’ordre moins le pouvoir», que pensent et que veulent au fond les anar- chistes?Dans Lacrymos, le professeur de sciences politiques Erancis Dupuis-Déri s’interroge.«Qu’est-ce qui fait pleurer les anarchistes?», de-mande-t-il.En d’autres termes, à quoi aspirent-ils?Il a interviewé des militants afin de connaître comment se structuraîent leurs actions et leurs pensées à travers «les beaux principes d’égalité, de liberté et de solidarité».C’est dans le dessein de nourrir la connaissance de l’émotion et des idées des militants anarchistes qull propose Lacrymos (éditions Écosociété), une suite de témoignages d’une vingtaine de jeunes anarchistes du Québec et de la Erance.Comme chaque année en mai se déroule cette fin de se- maine à Montréal une importante foire du livre anarchiste, au 2515, rue Delisle.Cet événement rassemble cette année encore une bonne centaine d’éditeurs et de groupes venus de l’Amérique et de l’Europe.A cette occasion, quelques milliers de personnes, militants ou simple curieux, défilent devant des tables de vente et participent à divers ateliers gratuits.Le Devoir SALON DU LIVRE ANARCHISTE Les 29 et 30 mai, de lOh à 17h 2515, rue Delisle (métro Lionel-Grouk) www.salonanarchiste.ca pousse à lui pardonner de sous-estimer la portée poliüque d’un chef-d’œuvre.Originaux et détraqués (1892), d’un autre maître québécoîs du comique absurde, Louis Eréchette, qui révèle que, chez nous, seuls des fous et des enfants défendent ou acclament un patriotis-mq rectiligne et indéfectible.A la reine d’Angleterre, Mam Victoire, qui s’inquiète de l’indignation des Canadiens français à la suite de la pendaison de Riel, défenseur des Méüs, ces parias de l’Empire, Ladébauche, personnage d’Hector Berthelot (1842-1895), répond: «Leur colère ressemblait à ces vieux poêles en tôle que l’on fait rougir en deux minutes avec des ripes.» C’était la très brève colère des «Canayens» ty- piques, nés pour un p’üt pain et un gros rire un peu jaune! Collaborateur du Devoir HISTOIRE POLITIQUE DU COMIQUE AU QUÉBEC Robert Aird VLB Montréal, 2010,264 pages LES COLLECTIONS DE PLUSIEURS REVUES CULTURELLES QUÉBÉCOISES SERONT BIENTOT OFFERTES EN VERSION NUMÉRIQUE.DANS LE CADRE D’UN VASTE PROJET DE VALORISATION DES PUBLICATIONS QUÉBÉCOISES, LA SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT DES PÉRIODIQUES CULTURELS QUÉBÉCOIS (SODEP) A PROCÉDÉ A LA NUMÉRISATION RÉTROSPECTIVE DE PLUSIEURS REVUES MEMBRES.LES COLLECTIONS NUMÉRISÉES SERONT ACCESSIBLES, LIBREMENT ET GRATUITEMENT, SUR LA PLATEFORME ÉRUDIT (WWW.ERUDIT.ORG).VOICI LA LISTE DES REVUES NUMÉRISÉES : 24 images, 1979-2009 Biscuit chinois, 2006-2009 Brèves iittêraires, 1990-2009 Cahiers iittêraires Contre-jour, 2003-2009 Cap-aux-Diamants, 1985-2009 Ciei variabie, 1986-2009 Cinê-Buiies, 1982-2009 Circuit, 1990-1998 et 2001-2006 Continuité, 1982-2009 Entre ies i ignés, 2004-2009 Espace, 1987-2009 ETC, 1987-2009 Histoire Québec, 1995-2009 inter, 1978-2009 Jeu, Revue de théâtre, 1976-2009 L'Annuaire thêâtrai, 1985-2008 Lettres québécoises, 1976-2009 Liaison, 1978-2009 Liberté, 1959-2009 Lureiu, 1978-2009 Mœbius, 1977-2009 Nuit bianche, 1982-2009 Québec français, 1974-2000 Séquences, 1955-2009 Spiraie, 2002-2009 Vie des Arts, 1956-2009 XYZ.La revue de ia nouveiie, i985-2009 m n Tout titulaire de droits (auteur d’articles, photographe, illustrateur, etc.) sur une œuvre publiée dans une ou plusieurs des revues énumérées ci-contre, qui ne souhaite pas voir son œuvre diffusée sur le site Érudit, peut adresser une demande écrite conjointement à la SODEP et à l’éditeur pour que son œuvre soit retirée.Fondée en 1978, la Société de développement des périodiques culturels québécois (www.sodep.qc.ca) est un organisme à but non lucratif, constitué juridiquement depuis 1980.Elle est la doyenne mondiale des associations vouées à la défense et à la promotion des revues culturelles.Société à but non lucratif.Érudit (www.erudit.org) est un consortium interuniversitaire composé de l'Université de Montréal, de l'Université Laval et de l'Université du Québec à Montréal.Ce projet a été rendu possible grâce au soutien financier du gouvernement du Canada, par l’entremise du Fonds du Canada pour les magazines du ministère du Patrimoine canadien.sodep Soelôtâ de dôveloppdinent des pâriodiqiies culturQls québécois ¦dikl Patrimoine Canadian canadien Heritage v/cUld.Ud.érudit
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.