Le devoir, 26 juin 2010, Cahier C
LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN 2010 ETATS-UNIS Un président englué dans la marée noire Page C 3 ' V KIRGHIZISTAN Un référendum à tout prix Page C 2 PERSPECTIVES Uécole secondaire privée Loyola est prête à aller en Cour suprême pour dispenser le cours ECR à sa façon.JACQUES GRENIER LE DEVOIR L’éthique, la culture et le juge Le débat est relancé sur la déconfessionnalisation de l’école Très attendu, le jugement Dugré vient d’autoriser l’école secondaire privée Loyola à donner le cours Ethique et culture religieuse selon sa perspective catholique.Cette décision, qui réjouit les opposants au cours, crée pourtant un précédent qui aura un impact dans le milieu de l’éducation et sur la société québécoise.On croyait la religion sortie des écoles, assiste-t-on à un retour à la confessionnalisation?LISA-MARIE GERVAIS Sitôt la décision tombée, Québec interjette appel.Visiblement, le gouvernement Charest est fermement décidé à engager le combat pour qqe soit respecté l’enseignement d’Ethique et culture religieuse (ECR) tel qu’il l’entend, soit dans une perspective laïque.Forte de sa victoire, l’école secondaire privée Loyola, à qui on vient d’autoriser de dispenser le cours de façon confessionnelle selon les préceptes de la religion catholique, se dit prête à aller jusqu’en Cour suprême s’il le faut.La décision du juge Gérard Dugré en a réjoui plusieurs.On pense d’emblée aux parents des régions de Granby et de Drummondville qui militent depuis longtemps pour que le cours ne fasse plus partie des matières obligatoires.Mais les propos du juge ont aussi pu choquer, par le ton sans équivoque et sévère envers la partie défenderesse, en l’occurrence la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne.«[.] l’obligation imposée à Loyola d’enseigner la matière ECR de façon laïque revêt un caractère totalitaire qui équivaut, essentiellement, à l’ordre donné à Galilée par l’Inquisition de renier la cosmologie de Copernic», écrit le juge dans son épilogue en paraphrasant le juge Beetz dans l’arrêt Slight Communications inc.Le juriste et professeur de l’UQAM Pierre Bosset précise que, techniquement, cet épilogue ne fait pas partie du raisonnement du juge.Ce n’est qu’un ajout discrétionnaire, ce que, dit-il, il n’a pas vu souvent.Toutefois, M.Bosset soutient que l’allusion à la suprématie de Dieu qui y est faite, et qui la met sur le même pied d’égalité que la primauté du droit, n’est pas tout à fait juste.«On laisse entendre que les deux bénéficient d’une protection constitutionnelle et à mon avis c’est inexact.Pour la primauté du droit, c’est vrai, c’est reconnu par la Cour suprême, dans son avis consultatif sur la sécession du Québec, comme un des principes qui sous-tendent la Constitution du Canada, mais la suprématie de Dieu n’a jamais été écrite comme un principe constitutionnel.C’est écrit dans le préambule, qui n’a pas de valeur opératoire», explique le professeur, qui est également chercheur au Centre interdiscipli- naire de recherche sur la diversité au Québec (CRIDAQ).Le concept d’équivalence En substance, le juge s’attarde surtout à prouver que le gouvernement du Québec ne peut pas refuser de reconnaître le cours ECR «maison» proposé par l’école secondaire privée pour garçons comme un cours équivalent sous prétexte qu’il aborde l’enseignement dans une perspective confessionnelle.M.Dugré va jusqu’à remettre en cause le pouvoir discrétionnaire de la ministre et celui de ses fonctionnaires en alléguant qu’ils n’avaient pas le pouvoir de définir les critères d’«équivalen-ce».Inscrite sur la première page de la décision, la locution latine Delegatus non potest delegare (Le délégué ne peut pas déléguer) donne le ton.Philosophe à l’Université Laval, Luc Bégin, qui çst aussi conseiller du ministère de l’Éducation pour le cours ECR, détecte une anomalie dans le raisonnement du juge, qui préfère s’en remettre à la définition générale du dictionnaire du mot «équivalent», soit «qui a la même valeur ou fonction [.] dont la portée est semblable ou identique».«Je trouve ça étran- « Le programme ECR a une approche culturelle des religions, et non confessionnelle.C’est une différence fondamentale.» ge que [le juge] dise qu’il suffit que le cours proposé par Loyola soit similaire ou coptparable [à celui proposé par le ministère de l’Éducation] alors qu’il ne revient pas du tout sur la question de la valeur et de la fonction, indique Luc Bégin.Si on se fie à la logique du juge, c’est comme s’il suffisait d’aborder des éléments de contenu du cours, de quelque façon que ce soit.Autrement dit, c’est comme affirmer que la science peut être enseignée de façon créationniste pour autant qu’on retrouve l’ensemble des éléments de contenu à étudier.» Pour le professeur, cette façon de faire inquiétante n’est pas sans suggérer un retour à l’enseignement confessionnel.«Si c’est ce que le juge pense, alors on peut revoir la fonction des programmes quels qu’ils soient.Et on peut se demander si les anciens programmes confessionnels ne devraient pas être jugés équivalents au cours Ethique et culture religieuse», fait remarquer M.Bégin.Le tribunal conclut ainsi que «le programme de Loyola est comparable au programme ECR établi par la ministre» et que «l’enseignement de ce programme suivant la confession catholique n’en change pas la nature et ne peut faire perdre m ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Il est très tôt évoqué dans le programme ECR que l’élève doit être capable de penser par lui-même, de développer sa raison critique.le statut d’équivalent au programme de Loyola».Cette absence de distinction dans les postures étonne Luc Bégin, qui a participé à la conception du volet éthique du cours.«Le programme ECR a une approche culturelle des religions, et non confessionnelle.C’est une différence fondamentale, insiste-t-il.Dans une approche culturelle, on vise à faire comprendre aux jeunes une manifestation du phénomène religieux.On le fait dans le but de former des citoyens éclairés.La référence qu’auront les citoyens, c’est leur raison, alors que quand on est dans une approche confessionnelle, ce qu’on vise en définitive [.], c’est la fonction croyante, pratiquante.» Selon M.Bégin, il est très tôt évoqué dans le programme ECR que l’élève doit être capable de penser par lui-même, de développer sa raison critique et de se faire une idée de ses propres valeurs.«Dans une posture confessionnelle, on n’est plus dans une entreprise de rendre le jeune capable de comprendre par lui-même, on est dans une entreprise de moralisation.On n’en fait pas un être bête et docile pour autant, mais la réflexion critique est nécessairement assujettie à un cadre de référence qui est celui de la confession religieuse», a-t-il pomsuivi.Dans sa défense, la ministre de l’Éducation invoque notamment l’absence de la compétence «pratique du dialogue» dans le coins que propose de donner le collège Loyola et insiste sur le rôle d’enseignant et son devoir de réserve.Là-dessus, le juge est sans équivoque: il s’agit de prétextes.Luc Bégin y voit une nette exagération.«Ça m’a scié de lire ça parce que le rôle de l’enseignant, on le retrouve dans les premières pages du programme ECR au primaire et au secondaire, au même titre qu’apparaissent les finalités du programme et les compétences.C’est dire à quel point c’est fondamental», croit-il.Atteinte à la liberté de religion Enfin, le juge récuse sévèrement la défense de la ministre, qui plaide que l’école secondaire Loyola, comme personne morale, ne peut invoquer une atteinte à sa liberté de religion.Qr cette école privée subventionnée a une personnalité juridique, statue le juge en reconnaissant que l’établissement «a donc droit à la protection de l’article 3 de la Charte québécoise puisque son droit fondamental [celui de la liberté de religion] est enfreint».Le juriste Pierre Bosset reconnaît qu’il peut y avoir là une atteinte à la liberté religieuse des parents.Mais selon lui, d’importants critères ne sont pas abordés par le juge, comme le fait que l’objectif poursuivi pour limiter la liberté religieuse puisse être légitime et valable.«Le vivre ensemble, le développement d’une certaine culture religieuse chez tous les citoyens.Ces objectijs sont peut-être légitimes, mais le juge n’aborde pas certains de ces aspects», souligne M.Bosset.VOIR PAGE C 3: LE JUGE C 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN 2010 PERSPECTIVES mRGHIZISTAN Un référendum à tout prix Le gouvernement provisoire a maintenu son projet malgré les violences interethniques MATHILDE GOANNEC Les violences interethniques ont beau avoir ensanglanté ces deux dernières semaines le sud du pays, le Kirghizistan a décidé de voter coûte que coûte demain.Et donc de maintenir le référendum constitutionnel censé légitimer l’équipe au pouvoir et permettre la tenue d’élections législatives en septembre.Depuis que l’ancien président Korumanbek Bakiev a pris la fuite en avril, à la suite d’une révolte populaire qui a fait 87 morts, le pays est dirigé par un gouvernement provisoire, formé par des membres de l’opposition, des leaders politiques kirghizes entrés en dissidence face à la dérive autoritaire de Bakiev.«Le référendum doit donner à cette équipe une base juridique à l’intérieur du pays, estime Asel Dolotkieva, doctorante à Sciences Po à Paris, et actuellement au Kirghizistan.Le gouvernement provisoire est également pressé de tenir ce référendum par la communauté internationale, qui ne peut pas pour l’instant travailler avec lui, faute de reconnaissance légale.» Gulnara Iskakova, spéciabste en droit constitutionnel à Bich-kek, y voit même une chance de future stabibté poru le Kirghizistan.«Je pense que le peuple doit soutenir ce projet de constitution, non pas parce que le projet est parfait, mais pour donner une légitimité à ceux qui sont actuellement au pouvoir.Sans cette autorité, le pays va droit à la catastrophe.» Le texte, qui devrait faire basculer le pays vers im régime parlementaire, limite considérablemenf les prérogatives du chef de l’État, une première dans la région, alors que le Kirghizistan est cerné par les présidents autoritaires ka^kh, turkmène et ouzbek.«Ce projet de constitution a bien sûr des défauts, car les partis politiques ne sont pas encore suffisamment développés pour vraiment porter la responsabilité du gouvernement, mais le système deviendrait quand même en théorie plus ouvert et plus démocratique que ce que nous avions dans le passé», estime encore Gulnara Iskakova.Un scrutin difficile Mais organiser un vote dans le sud du pays semble aujourd’hui encore « Pour nous, difficilement imagi- 4' 1 A'u ^ nable.Les réfugiés en des le debut, Ouzbékistan et les dé il a été clair Placés à la frontière ou dans les villages, que ce 400 000 personnes se- , Ion la fourchette la pouvoir plus basse, un million • .selon l’ONU, com- provisoire mencent seulement à n’était pas à Och et à Dja- lalabad.Sans papiers fiable » ni ressources, ils re- trouvent leurs quartiers dévastés, les magasins et les maisons pillés, dans des villes qui sortent tout juste de l’état d’urgence.Le nombre réel de morts, estimé dans un premier temps à 260 personnes, serait aussi bien plus élevé que les chiffres officiels, selon l’aveu même de Rosa Otunbaeva, la présidente par intérim.«Je pense que le nombre de victimes est plus important que ce que l’on croit, car nous n’avons pas pu immédiatement comptabiliser tous les corps.Tout d’abord parce que, selon les traditions locales, les familles ont récupéré les corps pour les enterrer avant le coucher du soleil, et deuxièmement, parce que les gens ne veulent pas que les corps soient examinés par les médecins légistes.» Aujourd’hui, on évoque près de 2000 victimes, toutes communautés confondues, un bilan très lourd pour la région.é OXANA ONIPKO AFP Des femmes ouzbéques étaient inconsolables à la suite du décès d’une des leurs la semaine dernière à Djalalabad.Des absents Tout à son deuil, le Sud pourrait donc être le grand absent du référendum demain, lui qui concentre pourtant un tiers de la population nationale.La communauté ouzbèke, la plus visée par les violences ethniques, critique la volonté du pouvoir central d’imposer son référendum en ignorant de facto la voix de tous ceux qui ne pourront pas y prendre part.Si les doutes planent encore sur les commanditaires de cet embrasement, qui s’est mué en quelques jours en véritable affrontement ethnique, son but semble désormais clair: déstabiliser et menacer le fragile gouvernement provisoire.L’organisation à tout prix du scrutin de demain fait donc craindre de nouveaux troubles.Une menace prise d’autant plus au sérieux que les autorités, concentrées sur la gestion du désastre humanitaire et le fragile retour au calme, peinent à convaincre de leur volonté de faire toute la lumière sur les événements tragiques de ces derniers jours.L’enquête qui doit établir ce qui s’est réellement passé dans le sud, et condamner les responsables, s’en tient à une seule version des faits: c’est le président fugitif, Kourmanbek Bakiev, originaire de Djalalabad, qui aurait fomenté les troubles, avec l’appui de «terroristes islamistes» implantés en Ouzbékistan.Explosif La menace supposée d’une guérilla islamiste en Asie centrale est bien connue, elle est d’aillerus agitée par tous les dirigeants de la région à chaque nouvelle crise interne.Impossible à vérifier, elle a surtout l’avantage d’éviter de trop fouiller dans les coulisses du pouvoir kirghize, toujours largement Hé aux milieux criminels et mafieux.Bancal, le référendum est donc potentiellement explosif.11 aura pourtant lieu, faute de mieux.«Pour nous, dès le début, il a été clair que ce pouvoir provisoire n’était pas fiable et qu’il ne fallait pas se faire d’illusion, confie Dinara Ochourakhounova, qui dirige la coalition d’ONG Démocratie et société civile à Bichkek.Mais en même temps, il n’y en a pas d’autre possible, il faut faire avec ce pouvoir-là.Vouloir en changer maintenant serait aller vers une nouvelle vague d’instabilité.Et Dieu merci, à la différence de Bakiev, ce pouvoir provisoire accepte de nous écouter de temps en temps.» Alexandre, un habitant russe de la ville d’Och, théâfre des plus violents affrontements du Sud, résume un peu le sentiment général au sein d’une population fatiguée.«On nous dit de voter, nous allons voter.Qui sera le nouveau roi, cela nous est bien égal.Ce que nous voulons par-dessus tout, c’est la stabilité, qu’on puisse à nouveau vivre et travailler normalement » Libération FTQ-CONSTRUCTION Les déboires d’un spdicat KATHLEEN LEVESQUE Novembre 2008.Le Québec est en pleine campagne électorale.Pendant que Jean Charest et Pauline Marois ba-taillenf une autre campagne est menée dans les coulisses de la FTQ-Consfruction.Le puissant syndicat représentant plus de 70 000 travailleurs de la construction vit un changement de garde.Moment charnière s’il en est un, les élections laissent toutefois la FTQ-Construction écorchée vive.Pour le scrutin, 122 délégués sont réunis en congrès à Montréal.Le président d’élection, Michel Arsenault, qui est aussi président de la FTQ, annonce les résultats.Pour le poste à la présidence, la majorité des 122 délégués ont élu Yves Mercure.Mais il y a un hic.Et un gros.Un délégué se lève dans la salle et remet en question le décompte.Les votes enregistrés ne peuvent pas être au nombre de 122, dit-il, puisqu’il a choisi, lui, de ne pas voter; il le prouve en brandissant devant l’assemblée son bulletin de vote de-meiué vierge.Questionné récemment en conférence de presse au sujet de cette situation pour le moins inusitée, Michel Arsenault a répondu qu’il avait consulté son entourage immédiat pour conclure que, la différence des votes étant suffisamment importante, le résultat serait maintenu.Avec un petit haussement d’épaules, M.Arsenault a affirmé qu’il n’y avait eu aucun problème démocratique et que, non, le vote n’avait pas été arrangé.Amertume et tourment 11 suffit pourtant de tâter le « Il y a un réfiexe normal en région de dire que les chantiers sur place leur appartiennent» terrain pour réaliser à quel point plusieurs syndiqués en ont conservé de l’amertume.Mais le mot d’ordre syndical est le silence.Tout le monde se tient donc coi, comme ce délégué qui avait osé se lever.Joint par téléphone, il a confirmé le déroulement des événements, mais il n’a rien voulu ajouter.D’autres sjmdiqués acceptent de faire des commentaires, mais sous le couvert de l’anonymat.Ainsi, un syndiqué ex-pbque les problèmes par une guerre de pouvoir, le pouvoir politique et économique.«C’est un concours entre gars pour savoir qui va pisser le plus loin», résume-t-il.Un collègue raconte que la campagne électorale s’est faite sous pres-sion du côté de l’équipe Yves Mercure et Richard Goyette.11 y a au moins trois des syndicats af filiés qui ont refusé de rencontrer les adversaires, dont le syndicat des charpentiers-menuisiers (local 9) dirigé par Yves Mercure.Puis, le comité exécutif a modifié l’ordre des élections, les délégués étant appelés à se prononcer d’abord sru la direction générale puis sur la présidence.«Yves Mercure a fait du chantage avec ça.Il menaçait de se retirer si Goyette n’était pas élu», raconte un sjmdiqué.Êt c’est sans compter les supposées influences du crime organisé, rapportées dans les médias l’automne dernier, poru assruer l’élection de certains candidats.Chose certaine, tous ces éléments ont fait des élections un cocktail inflammable.La guerre des clans qui se porusuit encore et met à mal la sacro-sainte solidarité en est une illustration claire, croit le professeru de relations industrielles à l’Université Laval, Jean Sexton.:.1- SÎTVU T.La liste des problèmes à la FTQ-Construction s’allonge.«Il y aurait eu des interférences, mais est-ce vrai?En tout cas, beaucoup de membres n’ont pas accepté la façon dont se sont déroulées les dernières élections.Imaginez, s’il n’y a pas de démocratie à la direction de la ETQ-Construction, c’est bien difficile qu’il y en ait sur les chantiers», soubgne-t-il.Longévité ambiguë Pour le professeur Sexton, les tourments de la PTQ-Consfruction ne sont toutefois pas nouveaux.Le climat tendu est le résultat notamment de la longévité des dirigeants de la PTQ-Consfruction.Jean Lavallée a présidé le syndicat pendant 33 ans, soit depuis sa fondation en 1981.Et Jocelyn Dupuis a été directeur général pendant 11 ans.«Est-ce qu’on peut y voir une ressemblance avec le régime du- plessiste?demande M.Sexton.Quelqu’un qui est longtemps au pouvoir peut être tenté par une certaine forme de dictature.Il développe des réseaux d’influence et y prend goût.Et dans les rangs, ces gens-là sont déifiés ou craints», analyse le professeur.Pour Ken Pereira, directeur de l’Association nationale des mécaniciens industriels (local 1981), cela se résume à un manque d’intégrité généralisé.«Il n’y en a pas, de démocratie! Il y a des gens qui ont accaparé le système syndical dans leur propre intérêt On se fout des travailleurs», disait-il récemment au Devoir.Toutefois, celui par qui les problèmes de la ETQ-Consfruc-tion ont été mis sur la place publique se montre plutôt discret depuis quelques mois.M.Pereira avait notamment dénoncé les dépenses luxueuses de Jo- ARCHIVES LE DEVOIR celjm Dupuis, ce qui a conduit à des accusations formelles de fraude à l’encontre de la PTQ-Consfruction.Notons toutefois que tous ceux qui ont eu connaissance de la situation, c’est-à-dire l’équipe de direction et les membres du comité exécutif, sont épargnés dans le processus judiciaire.Poru Jean Sexton, le geste de Ken Pereira s’apparente à un acte de bravorue.«Il a osé [parler] et il est encore vivant!», lance-t-il sans ironie.Pour régler la situation et tenter de tourner la page, Michel Arsenault a fait appel à son prédécesseur, Heiui Massé.Mais là encore, rien ne semble calmer les tensions.«Massé devait régler les problèmes en rencontrant tous les locaux affiliés, mais il n’a parlé qu’aux quatre gros syndicats.Tout le monde n’a donc pas son mot à dire», affirme un syndiqué qui a demandé à ne pas être nommé.Monopole Ces dissensions fondées sur la mainmise des postes de pouvoir ne sont pas étrangères «au rêve historique» de la PTQ-Consfruction, selon Jean Sexton, à’«avoir le monopole des chantiers».«Il n’y a rien de neuf là-dedans.Ça remonte à la commission Cliche et à Dédé Desjardins.C’est toujours la même chose.L’industrie de la construction vit un paradoxe: c’est le quasi-monopole de métiers dans un contexte de pluralisme syndical», explique-t-il.De là à dire que c’est dans l’ordre des choses qu’il y ait du brasse-camarade sur les chantiers, il n’y a qu’un pas.«Ça arrive qu’il manque de poésie dans la construction, laisse tomber M.Sexton.Il y a un réflexe normal en région de dire que les chantiers sur place leur appartiennent.Quand les gars de Montréal débarquent, ça fait des festivals de claques sur la gueule.» Allégations de toutes sortes, démissions-chocs, congédiements, perquisitions et enquêtes policières.Récemment, on s’en est même pris au président Yves Mercure, dont le véhicule a été incendié à son domicile.La PTQ-Consfruction a banalisé l’événement sur la place publique, mais sa crainte de représailles est bien réelle.Le syndicat a fait installer des caméras de surveillance à la résidence de M.Mercure ainsi qu’à celle du directeur général, Yves Quellet.La liste des prqblèmes paraît sans fin.A la PTQ-Construction, on cache d’ailleurs de moins en moins son impatience de voir arriver les vacances de la construction au plus vite.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN 2010 C 3 PERSPECTIVES ETATS-UNIS Englué dans la marée noire L’image d’efficacité du président Barack Obama souffre de la crise dans le Golfe Plus de deux mois après l’explosion de la plateforme de British Petroleum dans le golfe du Mexique, Barack Obama est englué dans la marée noire qui s’est ensuivie et qui menace une zone de plus en plus étendue du littoral des Etats-Unis.La crise érode l’image d’efficacité du président américain et risque de peser sur le sort de son parti aux élections législatives partielles de novembre.MARIE-CHRISTINE BONZOM Washington — Les galettes de pétrole sont arrivées en force mardi soir sur une dizaine de kilomètres de plage à Pensacola, l’un des plus beaux sites du littoral de la côte nord-ouest de la Floride et «l’une des destinations les plus populaires de vacances des Américains», selon le journal en ligne Christian Science Monitor.Destination très prisée non seulement des Américains, mais aussi des Canadiens.«Les Canadiens viennent surtout entre décembre et mars», indique Nancy Stearns, résidante de la Floride et propriétaire d’un appartement mis en location sur Perdido Key, une île sablonneuse qui longe la côte de Pensacola, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir depuis son balcon avec vue imprenable sur le gobe du Mexique et le lagon.Nancy Stearns loue en ce moment son appartement à une amie, mais elle entend les agents immobiliers et les sjmdics d’immeubles se plaindre des effets de la marée noire sur le tourisme.«Ici, à Perdido Key, nous organisons chaque semaine une réunion des habitants et des responsables d’entreprise pourparler de la marée noire, et beaucoup de professionnels de l’immobilier disent que leurs téléphones ne sonnent plus et que, quand ils sonnent, ce sont des gens qui appellent pour annuler leur location», raconte cette retraitée.La pollution a obligé jeudi les autorités locales à interdire la baignade.Par ailleurs, la marée noire ag^ave la crise immobilière qui frappait déjà de plein fouet Pensacola et le reste de la Floride en raison de la récession et du chômage.«Les prix de l’immobilier à Pensacola ont baissé et baissent de nouveau, et c’est une grande préoccupation pour les gens d’ici parce que la marée noire complique encore la situation», déplore Nancy Stearns, dont la résidence a perdu plus de 40 % de sa valeur.Destination privilégiée des touristes en temps normal, Pensacola fut aussi la destination de Barack Obama lors de sa dernière visite sur le littoral touché par la marée noire; c’est en effet à cet endroit qu’il passa sa seule nuit sur le terrain.Mme Stearns ne iit pas impressionnée par la visite du président Obama.«Il aurait dû venir à Pen-sacçla environ deux mois auparavant», lance-t-elle.A des centaines de kilomètres de là et en amont de la marée noire, Aaron Viles, le directeur de campagne du Gulf Restoration Network, coalition basée à La Nouvelle-Orléans qui rassemble des associations de défense de l’environnement disséminées sur l’ensemble du littoral américain du gobe du Mexique, n’est pas impressionné non plus par la réaction de Barack Obama et de son gouvernement.Le leadership «Je veux voir du leadership.Or Obama n’a pas encore nommé des responsables efficaces pour diriger la lutte contre la marée noire», dit Aaron VUes.Le directeur de campagne du Gub Restoration Network apprécie que Barack Obama se soit rendu sur les lieux dès la deuxième semaine du désastre, qu’il ait à ce jour effectué quatre visites sur le littoral et que sa première allocution solennelle depuis le bureau ovale de la Maison-Blanche de sa présidence ait porté sur la catastrophe.Mais il estime que cet engagement ne s’est pas encore traduit par une mobilisation qui donne un sentiment de confiance quant à la possibilité d’arrêter la fuite au puits de BP et la marée noire.«Dix jours après, l’allocution de Barack Obama depuis le bureau ovale n’a rien changé sur le terrain, nous observons toujours un manque de coordination, une insuffisance de moyens, de même qu’une confusion dans la chaîne de commandement et de responsabilité des opérations de colmatage et de nettoyage», explique Aaron Viles.«Dans son allocution et dans d’autres discours, Obama a employé une terminologie guerrière, parlant de faire la guerre à la marée noire, mais il n’est pas allé assez loin et n’a pas donné le contrôle des opérations sur le terrain à la seule entité qui sait gagner des guerres, soit le Pentagone, lance M.Viles.Obama doit absolument enlever le contrôle à BP, faire payer la compagnie pétrolière pour tous les frais associés à cette marée noire et confier le commandement des opérations à l’armée et à la marine.» L’appel à l’aide du Pentagone émanant d’une coalition d’organisations écologistes témoigne du désarroi des populations locales et montre à £ SAUL LOEB AFP Barack Obama s’est rendu en Louisiane au début du mois de mai pour rencontrer ies dirigeants de ia garde côtière.quel point les moyens et la mobilisation mis en œuvre pour lutter contre la marée noire sont inadéquats.Il souligne aussi que, malgré les grandes déclarations des hommes politiques américains faites après les attentats du 11 septembre 2001 et le cyclope Katrina de 2005 sur la nécessité de créer aux Etats-Unis un corps national de sécurité civile similaire à celui qui existe dans d’autres pays développés pour faire face aux catastrophes naturelles et autres, un tel corps n’a pas encore vu le jour.Le désarroi Le désarroi des populations locales, de la Louisiane à la Floride, rappelle des d’aibeurs celui que ces mêmes popula- , ,.tions avaient éprouvé après Katrina, populations Interrogé sur le rapprochement à faire locales entre la réaction du gouvernement de George Bush à Katrina et celle de son rappelle gouvernement à la marée noire, Barack Obama indique qu’il «laisse aux celui que journalistes le soin de faire ce type de „ comparaison».Il ajoute qu’il a bon es- memes poir «que les gens diront que [son] gou- nooulations vernement a maîtrisé un événement ^ ^ sans précédent».avaient Cependant, les compatriotes de Ba- , , rack Obama sont plus mécontents de éprouvé la réaction de leur gouvernement fédé- , ral à la marée noire qu’au cyclone.Se- spi"®* Ion un sondage KBCK&N^Washington Katrina Post, 69 % des Américains jugent en effet que la réaction de l’administration Obama à la marée noire est pire que celle de l’administration Bush k Katrina.Barack Obama, qui ne s’est rendu pour la première fois dans la zone touchée que douze jours après l’explosion de la plateforme de BP, est accusé de lenteur par 61 % des Américains, d’après un sondage ŒS-New York Times.De plus, 71 % des personnes sondées trouvent M.Obama trop mou envers BP et 60 % vont jusqu’à penser que son gouvernement «ment ou cache quelque chose» à propos de la situation dans le Gobe.Ce mécontentement amène même les amis démocrates du président à l’exhorter à se montrer plus ferme avec BP et plus engagé dans la résolution de la crise.Cette semaine, Steny Hoyer, re- présentant du Maryland et chef de la majorité démocrate à la Chambre, a du reste demandé au chef de la Maison-Blanche, de tenir un sommet avec les responsables des Etats du littoral atlantique afin de discuter de préparatbs au cas où, comme Jean-Michel Cousteau et d’autres scientifiques et écologistes le craignenL la marée noire remonterait dans l’Atlantique via le Gub Stream.La marée noire est devenue, pour la première fois cette semaine dans un sondage NBC-ILb// Street Journal, la seconde préoccupation des Américains, après la crise économique.Les deux préoccupations étant liées, vu les conséquences de la marée noire le long du littoral du gobe du Mexique et de plus en plus vers l’intérieur des terres, les démocrates redoutent l’impact de cette catastrophe sur les résultats des législatives partielles de novembre, tandis que l’opposition républicaine l’espère.Dans l’immédiat toutefois, la marée noire sape l’image de djmamisme et d’efficacité que Barack Obama avait su projeter auparavant.Dans les sondages d’opinion, c’est l’autorité du président qui s’érode le plus dangereusement: la confiance des Américains dans sa capacité à prendre des décisions et à gérer une crise a dégringolé de 13 et 14 points, respectivement.A Pensacola, Nancy Stearns a «le cœur brisé» par la marée noire.«De mon balcon face au Golfe, je vois chaque soir des autocars qui amènent les équipes de nettoyage pour travailler de nuit car, avec la chaleur qu’il fait dans la journée, ces gens-là étouffent dans leurs vêtements de protection et leurs bottes», raconte-t-elle, tout en notant qu’il y a «plus de galettes de pétrole vers l’ouest, du côté d’Orange Beach».Cette retraitée, qui a quitté la Virginie il y a plus de dix ans pour profiter du climat ensoleillé et de la mer en Floride, veut encore croire que «d’ici à ce que les Canadiens reviennent cet hiver, les plages seront en bon état».Collaboration spéciale LE JUGE SUITE DE LA PAGE C 1 Même si le jugement est sévère, il estime que le gouvernement détient quelques cartes dans son jeu.Si, sur le strict plan administratb, la loi ne donne pas le droit à la ministre de définir à sa façon ce qui est équivalent et ce qui ne l’est pas, rien ne l’empêche de la modifier pour mieux en définir les critères.Et que penser des dispositions qui ouvrent carrément la porte à l’approche confessionnelle de l’enseignement qui pourrait, par exemple, conduire à un dangereux mélange entre science et religion?Comme «aucune norme légale n’empêche Loyola d’être un établissement d’enseigne- ment confessionnel catholique, il devrait donc être permis d’y enseigner toutes les matières selon l’approche confessionnelle catholique», stipule le paragraphe 260 du jugement.«Si une école décidait d’enseigner la biologie selon la Bible, à mon avis, il lui reviendrait de prouver que ce programme d’enseignement est équivalent à celui du ministère», a-t-il dit.En outre, M.Bosset ne verrait pas d’un mauvais œil que les deux causes — celle menée par des parents de Drummondville qui souhaitent dispenser du cours leurs enfants qui vont à l’école publique et celle de l’école secondaire privée Loyola — soient tranchées par la Cour suprême.«Pour aborder tous les aspecû de fond, les questions de chartes plus que celles des droits administratijs», précise-t-il.Tenant d’une laïcité dite «ouverte», Pierre Bosset propose d’étendre cette réflexion collective au débat sur le financement des écoles privées.«Si on utilise l’argument du financement public versé aux écoles privées, il y aura peut-être là une légitimité supplémentaire pour imposer un cours.[.] Sil’E-tat tient à sa laïcité, il devra continuer à financer ces établissements, mais s’il doit respecter la liberté religieuse, ce serait cohérent pour lui de cesser le financement.» Voilà des controverses judiciaires qui promettent d’alimenter bien des débats.Le Devoir La succession Michel David Lundi dernier, Jean Charest a lancé qu’il comptait être toujours en poste à l’automne 2015 pour inaugurer le nouveau tronçon de l’autoroute 19.On peut le croire sur parole quand il dit adorer son travail, mais bien peu s’attendent à ce qu’il dirige les troupes libérales lors de la prochaine campagne électorale.Personne ne le pousse vers la porte.Il conserve le plein contrôle de son parti et tout le monde lui reconnaît le droit de choisir son heure.On comprend très bien qu’il veuille être blanchi des accusations lancées par Marc Bel-lemare avant de partir.Sa succession n’en habite pas moins tous les esprits, qu’ils soient libéraux ou péquistes.La situation est très dbférente de ce qu’elle était au printemps 1998, quand les fédéralistes d’un océan à l’autre avaient littéralement supplié le jeune chef conservateur de quitter Ottawa pour barrer la route à Lucien Bouchard, qui semblait être en mesure de tenir et surtout de gagner le troisième référendum sur la souveraineté.Il n’y a actuellement aucun sentiment d’urgence de cet ordre.Si besoin était, la «proposition principale» dévoilée en fin de semaine dernière a confirmé qu’un référendum ne fait pas partie des projets de Pauline Marois, à tout le moins dans un premier mandat.Que le PLQ retourne dans l’opposition pendant quelques années ne serait pas un drame.La partie est d’ailleurs loin d’être jouée.Après trois mandats libéraux, le principe de l’alternance favorise le PQ, mais la perspective de voir Mme Marois devenir première ministre ne suscite aucun enthousiasme dans la population.Si les sondages accordent une confortable avance à leur parti, les députés péquistes reconnaissent volontiers qu’il s’agirait largement d’une victoire par défaut.Ils savent aussi que les libéraux ont encore le temps de faire oublier leurs turpitudes des derniers mois.S’ils misent sur le bon cheval, tout demeure possible.Encore faut-il trouver la monture en question.Il y a trois ans, la candidature de Philippe Couibard s’imposait d’emblée.La vieibe garde de Robert Bourassa lui avait même offert ses services, mais il n’y a actuellement aucun prétendant de cette stature.Au prbitemps 1969, le PLQ avait commandé à une firme américaine.Social Research Inc., un sondage sur les motivations de l’électorat québécois.Qn en avait tiré un portrait-robot de l’homme que les Québécois souhaitaient vofr diriger le gouvernement.Paul Desrochers, alors adjobit à l’organisateur en chef du parti, Alcide Courcy, a confié que ce sondage avait été déterminant dans sa décision de se ranger derrière M.Bourassa moins de 24 heures après l’annonce de la démission de Jean Lesage, plutôt que d’appuyer un des deux ténors qui convoitaient sa succession, Pierre Laporte et Clqude Wagner.Qn connaît la suite.A la différence de 1970, le PLQ est au pouvoir.Dans un congrès au leadership traditionnel, dont l’issue dépend largement du contrôle des délégués par les députés, cela confère un avantage aux candidats qui siègent au conseil des ministres et qui ont eu le loisir de se constituer un réseau au sein du caucus.Avoir fait partie d’un gouvernement impopulaire peut cependant devenir un handicap.Même s’bs n’ont pas été personnellement visés par les allégations de favoritisme qui se sont multipliées au cours de la dernière année, Nathalie Normandeau et Raymond Bachand étaient tout de même là.Il y a quarante ans, la jeunesse de M.Bourassa et la compétence économique qu’on lui prêtait l’avaient grandement avantagé, mais l’enquête de Social Research avait également révélé l’intense besoin de confiance ressenti par les électeurs.Au moment où la méfiance envers la classe politique atteint un sommet, être un nouveau venu pourrait encore constituer la meilleure carte de visite.Vofr le président du conseil d’administration de BMQ, Jacques Ménard, présider un comité sur le financement des partis pobtiques, puis un autre sur la lutte contre le décrochage, en a convabicu plusieurs de ses ambitions.Un tel dévouement est assez mhabituel chez un banquier.«Ce n’est pas un objectif que je caresse à court ou moyen terme», a-t-il déclaré au Devoir au début du mois.Il s’est toutefois bien gardé de fermer la porte complètement: «Ça dépendra dans quel contexte.» Certains au PLQ doutent toutefois qu’il ait le coffre pour survivre dans l’arène politique.M.Ménard est également un ami de longue date de Raymond Bachand, dont personne ne doute qu’il sera sur les rangs.M.Ménard voudrait-il lui fafre la lutte?Qn fait circuler un autre nom: Michael Fortier.Plusieurs le voient plutôt à la mairie de Montréal, mais pourquoi pas à Québec?Soit, sa participation à la dernière campagne fédérale n’a pas été géniale, c’est le moins qu’on puisse dire, mais l’ancien ministre-sénateur fait en sorte qu’on ne l’oubbe pas, même s’il n’a pas eu autant de succès dans le dossier de la raffinerie Sheb que dans celui du Grand Prix du Canada.Deux chefs conservateurs de suite, ce serait tout de même curieux pour un parti soi-disant libéral.mdavid@ledevoir.eom P.-S.Cette ehronique fera relâehe au eours des proehaines semaines.Bon été à tous. C 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN 2010 EDITORIAL Les sommets du G8 et du G20 La pique d’Obama Le président Barack Obama s’est présenté aux sommets du G8 et du G20 en position de force, le Congrès ayant adopté, juste avant son atterrissage à Toronto, la plus importante réforme du système financier depuis la crise des années 1930.Empruntons au langage sportif: Etats-Unis 1, Europe 0.L Serge Truffaut ors des rencontres tenues en 2008 et 2009, les chefs d’Etat avaient concentré leurs discussions sur le sauvetage d’un système financier plombé par les subprimes et autres produits exotiques.Cette opération accomplie, le principal sujet inscrit à l’ordre du jour des G8-G20 de Toronto fut, en toute logique, la rénovation du système bancaire.Pendant que les Américains s’attelaient à cette tâche, les Européens mettaient toutes leurs énergies à concocter de nouveaux plans d’austérité.Cette bibircation provoquée par le marasme grec a entraîné un débat passablement vif entre Obamq et, au premier chef, la chan-celière allemande Angela Merkel.A preuve, en amont de la réunion d’aujourd’hui, des membres de l’exécutif américain ont multiplié les mises en garde contre un chapelet de mesures draconiennes qui, affirment-ils, va étouffer le faible sursaut de l’économie.Pendant qu’Obama envoyait une missive aux 20 chefs d’Etat pour les prier d’arrêter des politiques suscep-tibles de doper la croissance, le secrétaire au W ^ Trésor Timothy Geithner et le principal conseiller économique d’Obama, Larry Sum-\ -¦ mers, signaient des lettres communes dans les ™ ^ gazettes financières.Rien n’y fit.Les Européens ont campé sur leurs positions, laissant présager un bras de fer avec Obama et peut-être avec d’autres.On s’explique.Il y a peu, Washington a demandé aux «gros» exportateurs nets, Allemagne, Chine et Brésil, de faire un effort.Si minime soit-il pour l’instant, la Chine a posé un geste digne de mention, un geste à la portée symbolique certaine, en autorisant cette semaine, c’est à noter, une évaluation à la hausse de sa devise.Le Brésil a milité pour l’approche américaine.L’Allemagne?C’était non, ça le reste.Histoire de reprendre l’avantage, Obama a poussé bien de ses pions sur l’échiquier de la réglementation en exhortant la majorité démocrate au Congrès à passer sa réforme avant de s’envoler vers Toronto.Signe de l’urgence et de l’importance du sujet, les représentants et sénateurs ont adopté ladite réforme au terme d’une discussion-marathon de 20 heures.Et ce, après des mois de négociations.Toujours est-il qu’Obama est désormais en mesure de dire aux Européens que la logique a prévalu.La crise financière a été causée par les énormes vices de son système?On rénove toute la mécanique.Sur ce flanc vital pour l’ensemble de l’économie, les Européens n’ont pas fait le service minimum, mais bel et bien de la figuration.Ils ont débarqué à Toronto en position de faiblesse.Certes, Merkel, Nicolas Sarkozy et le Britannique Dave Cameron sont d’accord pour imposer une taxe sur les transactions et une qutre aux banques, mais elles ont peu de chances de passer, les Etats-Unis s’étant rangés derrière le Canada qui n’en veut pas.Si Merkel et Cameron ont dévoilé des plans d’austérité, Sarkozy cultive le flou pour l’instant.Si on ajoute, côté G8, que le Japonais est confronté à une crise politique et que son homologue itaben joue mieux le rôle de représentant de farces et attrapes que celui qui lui est dévolu, on peut s’attendre à ce que les Eiuopéens marchent en ordre dispersé.Passablement dispersé.Négociation Le jour et la nuit Marie-Andrée Chouinard n décembre 2005, l’imposition d’un décret par le gouvernement Charest avait glacé les employés du h' secteur public, meurtris non seulement par la brusquerie inouïe de la finale — sans appel! —, mais par un i processus lambin teinté d’arrogance.2010: autre négociation, autres moeurs.Remisez les airs sinistres, oubbez les mines basses! Au dire du gouvernement, le projet d’entente conclu cette semaine entre le même gouvernement et les mêmes sjmdicats est «historique».Réservés mais néanmoins enthousiastes, les leaders syndicaux estiment avoir en mains une entente «satisfaisante».Le premier ministre Jean Charest avait brandi la hache en 2005.Cette fois, il se félicite de savourer une «relation de confiance avec les partenaires syndicaux».L’avenir permettra de mesurer la sobdité de ce ben.Pour cette négociation menée rondement, sans secousses déloyales, sans éclat ib moyens de pression paralysant la population, U faut donner une boime note aux deux camps.Sans doute éprouvées par l’expérience douloureuse de 2005, les parties ont tenté une approche différente, avec succès.L’écoute et la cobaboration respectueuse de la présidente du Conseil du trésor, Moibque Gagnon-Tremblay, ont favorisé le dénouement de l’affaire.Les syndicats avaient manifesté une gourmandise justifiée dans l’absolu, mais impossible à assouvir en période de fambie.Exit l’augmentation de 11,25 % siu trois ans rêvée.En beu et place, sur fond de retour à l’équilibre budgétaire.Us gagnent 7 % de hausse salariale sur cinq ans, auxquels se greffe un mécaibsme d’augmentation nouveau geiue.Ultimement bé à la croissance économique.Cette négo «du gros bon sens» protège en quelque sorte les finances pubbques.Les sjmdi-cats font valou qu’ils font partie prenante de l’effort coUectif.Ils ont peut-être avalé une couleuvre en s’engageant pour cinq ans, une salutaue «stabilité» poiu le gouvernement, mais la fin de leiu contrat financier est nettement plus avantageuse que le début — possibibté de hausse de 3,25 % et de 3,5 % poiu l’an 4 et l’an 5.Dans un contexte économique sUnUaue, forçant la course au déficit zéro, le gouvernement (Bouchard) avait durement éprouvé les sjmdicats en 1997 avec un gel salarial et des modifications bn-posantes aux conventions collectives.Cette page sombre, et celle du décret de 2005, ont certainement servi de base de comparaison aux négociateius, qui ont vu qu’une autre manière était possible, dans des contextes semblables, avec les mêmes acteius.Mais ces mines enchantées ne doivent pas faue oublier que la partie n’est pas — encore — gagnée.Pas seulement parce que le projet d’entente doit encore être soumis aux assemblées regroupant un demi-mibion de salariés, mais aussi parce qu’on ne pourra véritablement marquer et analyser la fin de cette ronde de négociation que lorsque, par exemple, les infirmières auront dénoué l’impasse où ebes se trouvent.La boime volonté du gouvernement devra là aussi se manifester.machouinard@ledevoir.corn LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO Il jWVOfiPiAU Ptç CrtÊB TJ'fîKT VIO Jkt Vm-Ok-lb Québec, je ne t’aime plus Le peuple québécois est mort.Je suis rentrée au Québec le 23 juin après une année passée dans un pays européen (je ne le nomme pas pour plus de neutrabté.De toute façon, ma réflexion se penche sur le Québec et non pas sur l’étranger.Je ne veux pas faire de comparaison).Après d’heureuses retrouvaüles avec ma famille, je me suis dirigée vers le centre-ville de Québec afin d’y célébrer la Saint-Jean-Baptiste en compagnie de mes amis fraîchement retrouvés.Quelle déception! Traltez-mol de rabat-joie, de «casseuse de party» ou de coincée si vous voulez, mais l’ambiance sur les plabies d’Abraham était des plus glauque.Chacun sa bière, chacun son jouit.on se défonce la gueule en solo, on ne se rassemble pas (ou plus?) pour célébrer notre culture, parler d’bidépendance ou refaue le monde.Qn se rassemble pour écouter de la musique pop, raconter des blagues sales et boue jusqu’à perdre toute dignité dans un beu déresponsabbîsant.J’al 21 ans et aune beaucoup faue la fête, c’est bidénîable.Mais errer toute la nuit en marchant sur des milliers de bouteilles vides à entendre et voir des trucs ridicules, non merci.J’ai eu l’idée d’écrire cette lettre lorsque, le lendemain après-midi, je me suis prome- LETTRES née dans la vble.Personne sur les balcons, pas de musique, pas de célébrations.chacun chez soi devant sa télé, vautré dans sa confortable abondance.L’instauration de cette journée fériée est pourtant une victoire! Une volonté d’avoir notre propre fête nationale! Québec, je reste tout l’été sur ton territoire avant de regagner l’Europe.Prouve-moi que ma génération est capable de plus de convivialité et de motivation.Arrête de te complaire dans ton confort nombrbiste.J’espère m’être trompée.Le Québec n’est peut-être pas mort, seulement dans un profond coma.Noémie Ribaut Le 25 juin 2010 La gestion excessive de notre système de santé Pierre Fortin, Luc Godbout et Marc Van Audenrode ont pubbé dans Le Devoir du 19 et 20 jubi le texte «Mieux gérer la santé est une urgence nationale».De leur propre aveu, ils reprennent les constats des rapports Clau, Ménard et Castonguay et proposent d’adopter ce qui se fait dans d’autres pays de manière plus efficace et mobis coûteuse.Leur diagnostic est juste: notre système de santé est très malade et nécessite un traitement urgent.C’est le mot «gérer» qui a suscité une réaction de ma part.J’espère que les auteurs ne conseülent pas d’ajouter des gestionnaues supplémentaires à notre réseau qui en est déjà trop pourvu.Ainsi, selon les données du mbiistère, entre 2000 et 2008, le personnel administratif est passé de 58 730 à 84 918 personnes, soit une augmentation de 45 %.Le nombre de cadres, au salaire moyen de 78 127 $, a progressé de 27 %, alors que le personnel affecté aux soins n’a augmenté que de 6 %.Si l’on veut améliorer notre système de santé, il conviendrait de garder la gestion aussi légère que possible et d’attaquer les nombreux problèmes connus: le gaspblage des ressources dû à l’absence du dossier informatisé rebant les points de service, le gas-pibage d’argent résultant d’une pobtique du médicament chaotique, le gaspillage engendré par les tergiversations à s’assurer que chaque Québécois ait un médecbi omnipraticien, le gaspillage des talents en ne permettant pas une utibsation raisonnée de la médecbie privée.Une question pour le mbiistre de la Santé: pourquoi le traitement de notre système de santé malade tarde-t-il autant, bien que les maux soient diagnostiqués depuis longtemps déjà?Jatia Havrankova Médecin Saint-Lambert, le 24 juin 2010 REVUE DE PRESSE Qu’en penser?Manon Cornellier Les sommets du G8 et du G20 ont dominé manchettes et commen-taues.Deux questions reviennent sans cesse: ces sommets ont-üs une utüité et le G8 a-t-il un avenir?Pour Thomas Wabtom, du Toronto Star, le G8 a fait son temps et doit disparaître.Le G20, en revanche, a montré qu’il av^lt un avenir en luttant contre la récession.A l’ori-gbie de ces sommets, dit Wabtom, ü y avait cette admission que, dans un monde de puissances concurrentes, le capitalisme débridé ne pouvait fonctionner.Mais avec le temps, le G8 s’est révélé de mobis en mobis capable d’assurer la coordination économique nécessaue, ce qui l’a poussé vers d’autres sujets, comme le développement de l’Afrique et la sécurité.Mais pour Wal-kom, le Conseil de sécurité des Nations unies est mieux placé pour s’occuper de ce dernier dossier et les «ambitieuses promesses faites à l’Afrique n’ont pas été tenues».Le G20 est plus pertinent et a davantage de potentiel, croit-ü.Il en veut pour preuve le consensus établi il y a un peu moins de deux ans pour faue face à la crise financière.Le sommet de Toronto permettra de sa-vou si ce nouveau forum saura constrube sur ces fondations.S’il fallait qu’il s’en montre incapable, il aura prouvé qu’il est autant dénué de pertinence que le G8.L’économiste Jeff Rubin, lui, ne croit même pas au G20.Sur son blogue hébergé par le Globe and Mail, il affirme que ces sommets «ne peuvent être le remède pour une économie globale toujours plus dysfonctionnelle».Les membres du G20 se présentent à Toronto avec des bitentions conflictuelles et des intérêts divergents, comme lors du sommet sur les changements cbma-tiques à Copenhague.«Alors, si on ne peut s’entendre sur les éléments fondamentaux, pourquoi se tracasser pour tenir ces rencontres extravagantes?» Selon Rubin, les pays capables de stimuler davantage l’économie sont les mêmes qui en ont le moins besoin, preuve s’il en est une du déséqui-bbre de l’économie mondiale actuebe.Et ça, le G20 n’y peut rien.«Ce déséquilibre est la manifestation tant du déplacement du centre de gravité économique que du manque de synchronisation des économies.» Et le pire, dit-il, est que cela a de bonnes chances de s’aggraver.Par conséquent, conclut-ü, «il est temps d’abandonner la recherche de solutions globales pour en chercher des locales.Et ces dernières, malheureusement, ne seront trouvées à aucune rencontre du G20.» James Travers, du Toronto Star, estime en revanche que l’biutibté de ces sommets est un mjithe.Parmi les échecs et les réalisations mitigées des réunions passées se trouvent des «perles étincelantes», dit-il.Il cite la réponse coordonnée, efficace bien qu’incomplète, du G20 à la crise financière de 2008.Les engagements du G8 à l’égard de l’Afrique n’ont pas encore été complètement respectés, mais üs ont déjà eu un impact.Même chose lorsqu’on a décidé d’aider la Russie à se défaire d’une partie de son arsenal nucléaire.«Plusieurs sommets ne nous en donnent pas pour notre argent, mais le monde s’en porte quand même mieux quand il se trouve aux prises avec des problèmes intraitables et des menaces latentes.» Qu’est-ce qui lui a pris ?Un seul sujet a réussi à écbpser les sommets du G8 et du G20 dans les pages d’opinion: les déclarations faites par le grand patron du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), Richard Fadden, à la CBC cette semaine et selon lesquebes des politiciens provinciaux et municipaux seraient sous l’influence de puissances étrangères, en particulier la Chbie.M.Fadden a affirmé qu’il en avait avisé le bureau du Conseil privé, le ministère du premier mbbstre, ce dont il s’est dédit le lendemain.Le Winnipeg Eree Press, le Victoria Times Colonist et le Vancouver Sun, pour ne nommer que ceux-là, ont exigé de Fadden qu’ü s’explique.«Ces vagues révélations mettent injustement en doute la loyauté de beaucoup de Canadiens occupant une charge publique et qui sont nés à l’étranger, en particulier ceux appartenant à une minorité visible et vivant en Colombie-Britannique», écrit le WPP Le Vancouver Sun parle 6?«un affront à l’endroit de millions d’immigrants».Laisser crobe que ces personnes ne peuvent être loyales envers le Canada «serait à la fois dangereux et un anathème pour le concept de multiculturalisme», croit le quotidien.Le Times Colonist estime que cette affabe jette un doute sur le jugement de Fadden et le service qu’ü dbige.Le Toronto Star est du même avis.«Il a miné sa propre crédibilité et jeté un doute non mérité sur des politiciens provinciaux.Il devrait, à tout le moins, être sévèrement réprimandé par ses maîtres politiques à Ottawa.» Pour le Globe and Mail, Fadden a fait preuve d’bnprudence et d’un plèbe leadership.L’Ottawa Citizen est un des rares à prendre la défense de Fadden, dont il sou-bgne la crédibüité et l’expérience.Le Citizen en déduit donc que ces déclarations faites à la veüle des sommets du G8 et du G20 laissent enbevob combien cette menace est prise au sérieux au sein de l’establishment de sécurité.En refusant de donner des noms, Fadden a fait preuve de prudence, juge le quotidien, qui crabit cependant que l’avertissement soit utibsé «comme argument contre le multiculturalisme et l’immigration».mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUIN 2010 C 5 IDEES L’accord constitutionnel de 1987 Meech.fondement d’un nouveau fédéralisme GIL REMILLARD Avocat-conseil chez Fraser Milner Casgrain et ministre de 1985 à 1994 dans les gouvernements de Robert Bourassa n ce matin du 12 mars 1987, nous savons que la décision que l’on doit prendre peut avoir des conséquences sur nos relations avec les autochtones.Mais après une forte discussion, où étaient présents Jean-Claude Rivest, le conseiller du premier ministre, André Tremblay, conseiller constitutionnel, Diane Wilhelmy, la sous-ministre, et moi, le premier ministre Robert Bourassa conclut qu’on assistera à la conférence fé-dérale-provinciale sur les autochtones mais que le Québec ne sera pas représenté par son premier ministre et qu’il ne votera pas en ce qui regarde un gouvernement autonome pour les autochtones.Nous convenons alors qu’à titre de représentant du gouvernement à la conférence, j’expliquerai pourquoi nous nous abstenons, pour que les autochtones comprennent bien que ce n’est pas contre eux que nous réagissons.Cette rencontre était la dernière des cinq prévues dans la Loi constitutionnelle de 1982 pour tenter d’en arriver à inclure dans la Constitution le principe du gouvernement autochtone autonome pour les réserves prévu dans la Loi sur les Indiens.Nous savions que notre refus de voter pouvait signifier que la résolution n’aurait pas l’appui de sept provinces totalisant 50 % de la population du Canada, ainsi que le prévoit la Constitution pour adopter un tel amendement.Les représentants de l’Ontario nous avaient informés qu’ils appuieraient la résolution.Si le Québec aussi l’appuyait, le 50 % de la population requis était donc atteint et nous savions qu’au moins cinq autres provinces devaient elles aussi l’appuyer pour atteindre le scénario complet des sept provinces nécessaires à l’adoption.Le premier ministre de l’Ontario, David Peterson, qui était un précieux allié pour le Québec relativement à l’entente constitutionnelle que l’on s’apprêtait à signer, avait téléphoné à Robert Bourassa pour le convaincre d’être présent à cette dernière rencontre.Atmosphère tendue Malgré les pressions d’Ottawa et de l’Ontario, nous avions conclu que nous ne pouvions déroger à la règle que le premier ministre Bourassa avait établie dès son arrivée à la tête du gouvernement: le Québec, parce qu’il n’a pas signé la Constitution de 1982, participerait aux rencontres fédérales-provinciales, contrairement à ce qu’avait fait jusqu’alors le gouvernement pé-quiste, depuis le rapatriement de 1982.Mais le Québec ne voterait pas.L’atmosphère est tendue au Centre de conférence d’Ottawa cet après-midi du 27 mars 1987, soit quelques semaines avant la rencontre du lac Mqech (30 avril 1987).A la pause, juste avant le vote, le sénateur Lionel Murray, ministre responsable du dossier constitutionnel dans le gouvernement du premier ministre Brian Mulroney, me dit: — «Avez-vous toujours l’intention de ne pas voter?» — «Oui sénateur», que je lui réponds.«Nous n’avons pas le choix.Si on fait une exception aujourd’hui, c’est toute notre stratégie pour obtenir un accord constitutionnel en avril qui pourrait s’effondrer.Nous ne sommes pas signataires de la Constitution, alors on ne vote pas.Quand il y aura un accord sur nos cinq demandes, on votera de nouveau parce que nous serons alors redevenus des partenaires à part entière dans la fédération canadienne.» — «Je comprends très bien votre stratégie et je l’appuie», me répond-il.«Mais aujourd’hui, c’est un cas bien spécial: c’est la dernière chance pour les autochtones d’avoir leur gouvernement autonome.Es vont en être privés à cause de votre refus de voter.» — «Quand nous aurons notre accord constitutionnel, nous y reviendrons, et on les appuiera.» — «Mais le “timing” pour eux ne sera plus là! C’est dommage.J’espère que ça n’aura pas trop de conséquences sur nos négociations.» Venant du sénateur Murray, un homme habitué à pondérer ses propos, ces réflexions m’ont laissé très perplexe.Autochtones Lorsque le premier ministre Brian Mulroney ouvre l’assemblée pour procéder au vote, après qu’un vénérable chef amérindien nous eut fait fumer le calumet de la paix, j’étais donc nerveux et profondément touché par la situation.J’avais de très bons amis autochtones, comme le grand chef Max Gros-Louis, chef huron-wendat de Wendake, que j’appréciais beaucoup.Nous avions souvent parlé d’un gouvernement autonome pour les autochtones.Cet homme de conviction et d’action m’avait réconcilié avec cette idée de gouvernement autochtone, même si j’y voyais des gouvernements basés sur la race, ce que j’avais de la difficulté à accepter.Lors de la visite du secrétaire des Nations unies Javier Perez de Cuellar à Québec, en avril 1985, lors d’un colloque que j’avais organisé sur les droits des minorités, j’avais eu l’occasion, en compagnie de Max, d’en C.^ÎCVCTÈRE DISTINCT DU QUÉBEC ‘'‘•’'«"'"¦io" *¦ C.„,Kla dci, .3 que !e\i.siencedTin canad i fnnn concentre mais non limiîc au Ouebcx.et ielle un Canada angîophone, concentre dan
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