Le devoir, 31 juillet 2010, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI SI JUILLET ET DIMANCHE I AOUT 2010 DE VISU Le MACM met à nu les fantômes M du modernisme i Page E 3 CINEMA SoulKüchm de FAllemand Fatih Akin: irrésistible! Page E 5 CDumE El liras m I SOURCE CORRESPONDANCES D’EASTMAN Trois propositions de phrase presque pareiiies: L’Imperfection de la langue, œuvre de Lucie Duvai, iiiustre trois moments d’une histoire d’amour, du présent à i’imparfait.L’œuvre se retrouvera sur ie Sentier des iettres.FREDERIQUE DOYON Après les chambres et jardins d’écriture, les 8®" Correspondances d’Eastman (CE) défrichent littéralement un nouveau sentier poétique pour inspirer les participants dans la rédaction de leurs lettres — acheminées gratuitement par Postes Canada à leur destinataire.Car l’écriture épistolière fait la marque et le charme de ce rendez-vous littéraire des Cantons-de-l’Est, qui se déroule du 5 au 8 août.Le sentier du Portage des mots est ponctué d’œuvres d’artistes et semé d’écrits de quelques poètes — Saint-De-nys Carneau, Gilles Vigneault, Michel Pleau, Serge Bouchard, dont des extraits de poèmes sont affichés sur des arbres.Notre collègue Louis Hamelin et le Cri Roméo Saganash, qui a vécu dans la forêt jusqu’à six ans, y animeront d’ailleurs une discussion avec le public (samedi 7 août à 14h) sur la nature, le nomadisme, les territoires.Ce sera l’une des «rencontres inespérées» qui font le thème de cette huitième édition.Dans la rencontre surgit l’autre, même si cet autre se trouve en soi et qu’alors la rencontre se fait sur un mode plus solitaire.La solitude fera d’ailleurs l’objet d’un café littéraire en compagnie d’Edem Awumey, de Domnique Fortier et de Marc Séguin (6 août, 13hl5).Invitée pour la première fois aux CE, l’auteure Kim Thuy, dont le premier roman, Ru, a remporté le prix RTL-Lire au Salon de Paris cette année, participe à trois activités plutôt qu’une, peut-être parce que son histoire incarne particulièrement ces rencontres aussi surprenantes que bienfaitrices.Passion et découverte «Le thème de cette année est extraordinaire, je n’ai eu que ça dans ma vie, des anges gardiens», ra-conte-t-elle avec volubilité au bout du hl.Née au Vietnam, elle est arrivée au Québec à l’âge de dix ans, avec les premiers boat people.Elle retrace ce parcours de manière fragmentée et déstructurée dans son livre et en parlera aux CE après le vision-nement public du documentaire Les Boat People dix ans après, de Georges Amar, le samedi matin.L’immigrante reçue à Granby a trouvé là des gens généreux, dont la jeune professeure de sa classe d’accueil, qui lui a appris le français, mais «On est là pour parler de la passion de récriture et de découvertes de lecture.Et on rencontre les auteurs dans une atmosphère qui n’est pas guindée.» aussi «à redevenir une enfant».«C’était le plus beau cadeau, conhe-t-elle.Sans cette rencontre, je n’aurais probablement pas eu le même amour inconditionnel pour le français.» Plus tard, il y aiua siu sa route André Dupuy, producteiu de Paul Pi-ché, et la comédienne ICuine Vanasse, devenus des amis par le hasard des choses.Deux cafés littéraires accueilleront celle qui semble toute désignée pour discuter de rencontres: S’aimer dans l’autre (5 août 15h) et L’attente de l’autre (7 août 13hl5).«J’oublie souvent que j’ai des traits asiatiques parce qu’on se voit dans le regard de l’autre et que je ne me suis jamais sentie différente dans ce regard des Québécois», raconte-t-elle.Pour causer lettres aussi, puisque la «jeune» au-teiue quarantenaire entretient une relation épistolière avec im Allemand depuis l’adolescence.«La lettre reste très différente du courriel; d’ailleurs, on est revenus aux lettres, dit-elle.On aimait trop cette distance, le temps d’attente et le papier.» Une autre «jeune» auteure, Michèle Plomer, qui publiait son second roman, HKPQ, est au contraire de Kim Thuy, ime habituée des CE, qu’elle a fréquentées comme simple citoyenne avant d’y être invitée, cette année, comme écrivaine.«Ce qui est extraordinaire aux CE, c’est qu’on sent que ce n’est pas un marché du livre, dit-elle.On est là pour parler de la passion de l’écriture et de découvertes de lecture.Et on rencontre les auteurs dans une atmosphère qui n’est pas guindée.» HKPQ [pour Hong Kong, P.Q.] raconte l’exil d’une Québécoise en Chine pour panser ses plaies.Un exil provoqué par une rencontre fortuite et une lettre.Michèle Plomer elle-même vit entre Montréal et le sud de la Chine, oû elle enseigne l’anglais le tiers de l’année.Elle participera au café littéraire «Le proche et le lointain».Les CE réunissent une trentaine d’écrivains — dont Alain Mabanckou, Monique LaRue, Jean Barbe, Jean-François Beauchemin, Myriam Beaudoin, Marie-Christine Bernard — et d’artistes autour de l’écriture comme lieu de rencontre.Un hommage sera rendu à Dany Lafer-rière dans le cadre du spectacle littéraire Je suis un pays rêvé (7 août), collage de textes lus par la comédienne Pascale Montpetit.Cette édition marque aussi le retoiu de Marc Lévy, amoiueux des lettres qui offrira un atelier d’écriture.Semer des mots et des rencontres Les 8"® Correspondances d’Eastman accueillent Kim Thuy et rendent hommage à Dany Laferrière Le sentier du Portage des mots est ponctué d’œuvres d’artistes et semé d’écrits de quelques poètes, dont Saint-Denys Garneau, Gilles Vigneault, Michel Pleau Le Devoir et Serge Bouchard.Mais qui est Dan Behrman?Limogé par Espace Musique, l’animateur et son style unique ne laissent personne indifférent YVES BERNARD CJ est l’antithèse de la radio juke-box et de la langue de bois.Le vendredi «Big Dan Banane» devenait ce sacré démon de la bluesinette qui faisait sortir le diable de l’enfer.Le lendemain, «El Imigrante Por Favor» exultait sur des sonos mondiales enflammées.Le dimanche, il redevenait tout simplement Dan et faisait planer son monde intime sur le tapis volant virtuel.En faiti j’avoue le compter parmi mes meilleius amis depuis un quart de siècle; j’ai même rejoint les 2650 personnes qui adhèrent déjà au groupe Facebook «50 000 personnes pour le retour de Dan Behrman à Espace Musique».Voici pourquoi.Dan multiple «La musique?Ça te le fait ou ça ne te le fait pas.Moi, quand j’ai les poils des avant-bras qui hérissent, ça me le fait et ça devient beaucoup plus que de la musique.Ça vient me chercher dans un endroit primaire et c’est suffisamment puissant pour que je veuille en savoir plus sur le contexte humain, spirituel, politique, social et historique d’un artiste.» ¦mruuH l’ii ! I ulij a I ERANÇOIS PESANT LE DEVOIR Dan Behrman Aucun secret du monde de la musique ne lui échappe.11 fut d’abord Dan le musicien, au milieu des années 1960, faisant la manche en jouant du blues folk et du bluegrass dans le métro et les rues de Paris, «fai aussi fait partie de l’aventure des Hoo-tenanies de Lionel Rocheman.Plusieurs, comme Gabriel Yacoub, Alan Stivell ou Dick Annegarn, ont commencé là», dit-il.De cette époque, deux groupes de Dan ont émergé: Corne With Us, à tendance folk, et Camel Walk, inspiré par les ragas indiens.Dan le bohème s’installe ensuite à New York, en 1971, en pleine guerre du Vietnam, avec sa guitare, son chien et cent dollars en poche.Citoyen américain par son père, il est tenu de se rapporter à son bureau militaire.Contre cela.Dan l’humaniste choisira les boulots de misère de la semi-clandestinité.Graduellement, il finira toutefois par ouvrir un coffee house avec des potes, deviendra ingénieur de son à la mythique Folk City et enregistrera des chœurs de gospel.11 apprendra toqt du métier.À compter de 1979, il deviendra The Immigrant sur les oncles de quelques stations radiophoniques américaines, dont WBAI, associée au réseau Padfica, et surtout WFMU, modèle de «free-form radio», y animant Music from Other «Mon rêve était de vivre à Montréal et d’être bien impliqué dans la vie culturelle et artistique d’ici» Places.«On faisait des trucs géniaux.Je m’amenais avec ma guitare, des auditeurs jouaient avec moi ou lisaient un poème au téléphone.Tout était sans filet et totalement improvisé», se rappelle-t-il.Parallèlement, il fonde Immigrant Music, spécialisée dans le développe-menf la gérance et la promotion des artistes internationaux, avant même que les appellations world music ou musiques du monde ne soient employées.11 devient alors producteiu visionnaire, réalisateur de disques et tourneur, faisant découvrir ou redécouvrir dès les années 1980 les Malicorne, Dan Ar Braz, Dissidenten, Ritmia, Aswin Batish, Régis Gizavo et plusieurs autres, dont Boukman Ekspéryans, une expérience qui le marquera profondément.Arrivé à Montréal en 1991, il choisira le nom de Just An Immigrant sur les ondes de CKUT La ville apprend à découvrir ce personnage de l’urgence au verbe acéré et au cœur ouvert grand comme la lune.«Mon rêve était de vivre à Montréal et VOIR PAGE E 4: BEHRMAN E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 JUILLET ET DIMANCHE I AOUT 2010 lORCHESTRE DE LA FRANCOPHONIE CANADIENNE Mer.4 août | Jeu.5 août SCHUMAIMIM Symphonies n“1 et 2 I Symphonies n°3 et 4 2 COHCertS gratuitS • 19h Salle Pollack • MONTRÉAL • 555 rue Sherbrooke Ouest ® McGILL CDLTDRI JAZZ ET BLUES La palme d’Eric Bibb SERGE TRUEEAUT occasion fait le larron.Le ^ larron sautillant donc content.Mais encore?La semaine dernière, on a porté à votre attention que le neveu du regretté pianiste John Lewis, le Bach du jazz, avait remporté la palme du meilleur album blues de Tannée.Raison amplement suffisante pour revenir sur ce sujet.Il s’appelle Eric Bibb.Le titre de cette production éditée par Telarc?Booker's Guitar, parce qu’il s’est retrouvé Tan dernier avec la six cordes que pinçait, il y a plus d’un demi-siècle de cela, le conteur du blues des champs Booker White.Figurez-vous que cet instrument a vogué ici et là avant qu’un amateur écossais ne mette la main dessus et décide de la refiler à Bibb lors d’un de ses passages dans les environs du Loch Ness et de la route du whisky.Toujours est-il que ce fait a convaincu Bibb de faire un album hors du temps.Il s’est inspiré des réalités ou tranches de vie qui avaient inspiré AVhite et ses compagnons de l’époque.Skip James, Mississippi John Hurt et consorts, pour les reprendre à son compte.Pour les remanier, les poncer.Les débordements du Mississippi en 1926-1927 avaient été le sujet de pièces écrites par Bessi Smith, Charley Pat-ton et John Lee Hooker?Bibb s’approprie ce drame en composant un morceau.Il est question d’un sermon dans tel blues?Il le transforme.Il aime les livres?Il signe Turning Pages.Le résultat est splendide.Il devrait ravir ceux qui aiment le blues acoustique, le plus simple qui soit, le plus clair.Car la plupart du temps, il est seul.Parfois, un harmoniciste ponctue sa voix profonde qui décline des sujets souvent graves.Dans le genre, Booker's Guitar est un sommet.?Tranquillement, le FestiBlues international de Montréal fait son bonhomme de chemin.L’événement en est en effet à sa 13" édition.Comme d’habitude, sa géographie se confond avec le quartier Ahuntsic.En clair, le parc Ahuntsic, le cégep du même nom et la maison de la culture des environs sont les lieux où joueront les artistes invités du 11 au 15 août prochain.Puisqu’il est international, al-lons-y avec les musiciens «es-trangers», comme ils disent dans le Midi de la France, puisque c’est de là que viendront certains d’entre eux.De là-bas viendront en effet Mountain Men, Awek et Nina Attal, qu’on ne connaît pas du tout.Il y aura également un Russe: Arsen Shomkhov, dont on attend qu’il chante dans la langue de Tchékhov la version du célèbre / Woke Up This Morning / My Bed Was Empty /And Made Me Feel Empty Yio! Sinon, les habitués de ce Fetsi-Blues seront de la partie: Steve Hill, Dawn Tyler Watson et Paul Deslaurier, le Blues Folk Franco avec Normand Brathwaite et Bob Walsh, Maijo et même Plume Latraverse.Seule réserve: aucun «Anglo» de Montréal n’est à l’affiche.Pas de Barath, pas de Stephen Barry, pas de Michael Jerome Browne, pas de.Pour de plus amples informations, on peut se rendre sur leur site «ouaibe»: www.festiblues.com Le Devoir MUSIQUE CLASSIQUE Schumann, le pianiste qui rêvait d’orchestre CHRISTOPHE HUSS Les symphonies de Schumann font l’actualité musicale québécoise ces prochains jours.Ce soir et demain après-midi, Paavo Jàrvi et la Kammerphilharmonie de Brême achèvent leur cycle au Festival de Lanaudière avec les Symphonies n"' 1 et 5; mercredi, Kent Nagano dirige la 5" Symphonie dans le cadre de la Semaine Nagano du Centre d’arts Or-ford, alors que mercredi et jeudi Jean-Philippe Tremblay et l’Orchestre de la francophonie présentent l’intégrale des quatre symphonies en deux soirs à la salle Pollack.Quel est l’univers, quelles sont les clés de ces symphonies parfois dénigrées?Les légendes sont tenaces.Combien de fois ai-je lu qu’Anton Bruckner fut le premier, dans sa B Symphonie, à oser, après la Neuvième de Beethoven, bousculer Tordre des mouvements centraux, plaçant le scherzo en second et le mouvement lent en troisième?Schumann avait fait cela 41 ans avant lui, dans sa Seconde Symphonie! Mais voilà: Schumann symphoniste, on n’y pense pas, comme si ce n’était pas sérieux.Beaucoup de on-dit entourent ces œuvres, le plus courant étant «Schumann, c'est mal orchestré».J’imagine que, comme nous, vous avez entendu dire cela, sans jamais avoir eu la moindre explication.Une musique pensée au piano On le sait bien: Beethoven a tout changé.Après lui, de nombreux créateurs se sont posé la question «comment composer une symphonie?».Brahms a attendu la quarantaine avant de se couler dans le moule des structures traditionnelles, s’imposant avec des postulats nets, formant une grande arche, de l’introduction ponctuée par la timbale de la Première à la phénoménale passacaille finale de la Quatrième.Il clame haut et fort «je suis Brahms», et le peut GÇ Hydro Québec présente Orford centre d’arts orford JEAN-FRANÇOIS RIVEST DIRECTEUR ARTISTIQUE Semaine Kent Nagano et rOSM | 31 juillet au 8 août Dimanche 1®' août à 16h Église Saint-Patrice, Magog Jean-François Rivest dirige lOAO! Une grande première! Orchestre de l'Académie Orford ~ OAO! Vendredi 6 août à 20 h Salle de concert Gilles-Lefebvre Musique de chambre Mari Kodama, piano Jôrg Widmann, clarinette Quatuor Pacifica Au programme : Mozart et Schumann Présenté par GssiLor Dimanche 8 août à11h Salle de concert Gilles-Lefebvre Tafelmusik - orchestre baroque Jeanne Lamon, violon solo et direction Aisslinn Nosiqr, violon Mercredi 4 août à 20 h Église Saint-Patrice, Magog Kent Nagano dirige les Jeunes de TOAO! Orchestre de l'Académie Orford ~ OAO! Jôrg Widmann, clarinette Samedi 7 août à 20 h Salle de concert Gilles-Lefebvre Récital vocal avec Adrianne Pieczonka Adrianne Pieczonka, soprano Brian Zeger, piano Au programme : Schumann, Strauss et Wagner Dimanche 8 août à 16h Église Saint-Patrice, Magog Kent Nagano et TOSM Till Fellner et le Concerto pour piano de Schumann Présente par ^ Desjardins Billets de 25$ à 50$ | Réservez dès maintenant www.arts-orford.org | 1 800 567-6155 Culture, Commumcaticms et Condition fémmine Québec E1E3 E1E3 1 bonjouiquebec com Conseil des arts et des lettres Québec nn ARCHAMBAUITSI inedeOuebecorMedla lYAMAHA ¦éfe.ESPACE ISi* MUSIQUE 90,7™ # Patrimoine canadien Canadian Heritage Université JL de Montréal ESPACE MUSIQUE 100,7™ LE DEVOIR I Paavo Jârvi et la Deutsche Kammerphilharmonie de Bremen.d’autant mieux qu’il est un maître de la forme et de l’orchestre.Deux créateurs vont tenter un «après-Beethoven» symphonique en touchant, justement, à la forme et aux cadres traditionnels: Berlioz et Schumann.Berlioz le fera avec succès et avec son génie; Schumann, avec les limites d’un compositeur-pianiste qui rêve d’orchestre.Oui, Schumann cherche à s’affranchir des cadres.On trouve chez lui beaucoup d’entorses aux règles: l’interversion des volets centraux de la 2 Symphonie, les cinq mouvements de la Troisième, le long pont entre le troisième et le quatrième mouvement de la Quatrième.Plus subtil, mais tout aussi présent: un désir profond d’aller ailleurs, de ne pas récapituler les thèmes stricto sensu (contrairement, donc, à Schubert, qui reste très fidèle à la forme sonate), mais de les faire évoluer dans de nouvelles directions.C’est cela exactement — cet essai, mais transformé — qui sera le sel et le fondement de la musique de Gustav Mahler, qui, d’ailleurs, s’est penché sur les partitions symphoniques de Schumann au point de les réorchestrer.Si Berlioz a mis le feu à Tor-chestre, le drame chez Schumann se consume dans une forme codifiée, que Ton retrouve chez son ami Mendelssohn: les flûtes vont de pair avec les violons; les clarinettes, avec les altos.L’habit symphonique est assez homophone, alors même que Schumann rêve de parer ses doutes et élans d’une polyphonie flamboyante.Le chef d’orchestre allemand Clans Peter Flor a usé d’une image très parlante à ce sujet en nous confiant: «Schumann n'est pas un “mauvais compositeur".L'univers de l'orchestre lui est tout simplement étranger.En fait, une symphonie de Schumann est comme un fichier informatique zip: tout est comprimé.C'est bourré de drame, mais il faut le faire jaillir.» Le chef, maître à bord Schumann et la symphonie, c’est comme Beethoven et la voix: une rencontre inaboutie.Beethoven, c’est inchantable.Schumann est surtout un orfèvre de la miniature, de l’instant, comme le montrent son œuvre pour piano et ses mélodies.Il a donc besoin d’un sérieux coup de pouce du chef, qui va «dé-zip-per» les partitions, réveiller la musique et faire jaillir le drame.Il n’est donc pas étonnant que le défi des symphonies de Schumann soit particulièrement ardu et les enregistrements, rarement probants.Réveiller Schumann sans tripatouiller n’est pas chose aisée.Mais les grands interprètes sont ceux qui ont imposé une idée, un concept.Plus on les réécoute, plus il apparaît que les enregistrements de Leonard Bernstein à Vienne, pour Deutsche Grammophon (en CD et DVD), sont largement frappés du sceau du génie.D’ailleurs, les musiciens viennois étaient littéralement fascinés par le Schumann de Bernstein.A mon avis, l’interprétation de la Symphonie «Le Printemps» (n° 1) en octobre 1984 compte tout simplement parmi les plus grands enregistrements de musique orchestrale de tous les temps.«C'est une émotion vraie, brûlante, romantique, sincère, une passion véritable dévoilée pour que tout le monde puisse la voir», disait Bernstein de Schumann, et de la 2 Symphonie en particulier.Dans cette œuvre, le chef américain, mais aussi l’Italien Giuseppe Sinopoli (avec Vienne, aussi, pour DG), a idéalement SOURCE FESTIVAL DE LANAUDIERE traduit le «mélange de fierté et d'abattement» — la formule est de Bernstein.Le chef américain a parfois donné au compositeur rhénan des couleurs mahlé-riennes.Dans la Symphonie n° 3, la «Rhénane», Carlo Maria Giulini, extralucide à Los Angeles, a très peu de rivaux (un CD DG, également).Dans la Quatrième, la situation est moins claire et on peut se fier aux meilleures intégrales.Outre Bernstein-Vienne, légèrement en retrait dans la Symphonie n° 4, Wolfgang Sawal-lisch peut prétendre à ce rang.Dans les années 70, avec la grandiose Staatskapelle de Dresde, Sawallisch a gravé pour EMI probablement Tintégrde la plus égale, dans une optique un peu plus fondue, mais dynamique.Son pendant récent est Barenboïm avec la Staatskapelle de Berlin (Warner).Pour une lecture plus objective et très cursive, Zinman (Arte Nova) offre un regard qui n’a rien à voir avec les ombres mahlériennes de Bernstein, mais frappe par son approche lapidaire.Ici, les jours prochains seront particulièrement intéressants.Le Devoir LES SYMPHONIES DE SCHUMANN Paavo Jarvi et la Deutsche Kammerphilharmonie à Lanaudière.Ce soir à 20h (n° 1) et demain à 14h (n° 3).1800 5614343.Kent Nagano et l’Orchestre de l’Académie Orford à l’église Saint-Patrice de Magog, mercredi 4 août 1800 567-6155, poste 232.Jean-Philippe Tremblay et l’Orchestre de la francophonie.Montréal, salle Pollack.Mercredi 4 août à 19h (n“" 1 et 2) et jeudi 5 août à 19h (n“" 3 et 4).Entrée gratuite.Hydro Québec présente Institut Canadien d' -r Vocal LES CLASSES DE MAÎTRE DE L'ICAV.SALLE Serge-Garant - Université de Montréal Neil Shicoff, Ténor Vendredi, 6 août 2010, à 19h30 Billets : 25$ adultes, 10$ étudiants, 15$ aînés Mignon Dunn, Mezzo-soprano Lundi, 9 août 2010, à 19h30 Billets : 15$ adultes, 10$ étudiants & aînés Diana Soviero, Soprano Mardi, 10 août 2010, à 19ii30 Billets : 15$ adultes, 10$ étudiants & aînés août 2010 Claude Webster Mercredi, 11 août 2010, à 19h30 Billets : 15$ adultes, 10$ étudiants & aînés Joan Domemann et Hemdi Kfir Jeudi, 12 août 2010, à 19ii30 Billets : 15$ adultes, 10$ étudiants & aînés Informations : (514) 343-6427 Réseau ADMISSION : (514) 790-1245 www.icav-cvai.org Aussi à surveiller: nos concerts,, récitals,, l'opéra La fille du Régiment et notre Concert Gala! h Faculté de musique 200, Vincent d’Indy, Montréal ^ Édouart-Montpetit Venez découvrir les vdx de demain, www.ica v-cvaL ors LE DEVOIR LES SAMEDI SI JUILLET ET DIMANCHE I AOUT 2010 E 3 DE VISU Les fantômes du modernisme L’expo du MACM dévoile un écheveau complexe de références où l’on entend aussi le discours féministe LES LENDEMAINS D’HIER Musée d’art contemporain de Montréal 185, rue Saint-Catherine Ouest Jusqu’au 6 septembre 2010 MARIE-EVE CHARRON Que vous aimiez ou non l’architecture et le design modernistes, l’exposition Ixs lendemains d’hier, en cours au Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), pourrait bien capter votre attention.Les dix artistes réunis, du Québec, du Canada et de l’étranger, ont tous en commun d’en faire le thème de leurs œuvres.Plutôt que d’embrasser largement le sujet et son époque, les œuvres explorent en particulier le travail d’un architecte ou d’un designer, voire d’un seul bâtiment ou objet.La maison Farnsworth, œuvre phare de l’architecte Mies van der Robe, est entre autres du lot.Plus encore, les œuvres retenues par la commissaire et conservatrice Lesley Johnstone revisitent l’héritage moderniste afin d’en révéler les visées, lesquelles s’avèrent truffées de contradictions et, avec le temps qui a passé, souvent intenables.L’architecture moderniste ayant déjà eu sa part de critiques, souvent virulentes par ailleurs, l’exposition a le mérite de prendre position autrement.Les œuvres présentées, en effet, ne condamnent ni ne font l’apologie de cette architecture et de son histoire.Or tous les artistes de l’exposition semblent vraiment fascinés par les bâtiments qu’ils ont décidé d’approcher.Loin de l’approche documentaire, les artistes usent de stratégies diverses pour traduire leur rapport singulier avec cette architecture.Par les récits fictifs, l’appropriation d’image, la performance ou, encore, par des reconstitutions sous forme de maquette ou de dessin, l’architecture moderniste refait surface.Cette fois, elle n’a plus le caractère utopique de jadis; ce qui était latent en elle, ou ce qu’elle déniait, est dévoilé dans les œuvres qui la recontextualisent par leurs récits.Elles se font ainsi le théâtre parfois troublant, disons, du retour du refoulé.Récits multiples La direction prise par l’exposition est bien ancrée au début du parcours avec la série de photographies du Torontois John Massey.Intitulée Phantoms of the Modem, elle décline sobrement les pièces de sa maison d’enfan- 'f'- ‘ JOHN MASSEY PHANTOMS OF THE MODERN/THE BEGINNING OF THE WORLD, 2004 ce, maison construite dans la plus pure tradition moderniste par son père.Les photos traduisent le désir de Massey, 30 ans plus tard, de se réapproprier les lieux qui s’étaient avérés froids, autoritaires et incompatibles avec les activités familiales.Les pièces désertes donnent à voir des œuvres d’art moderne et contemporain qui ont compté dans la formation artistique de Massey, son récit personnel reprenant ainsi ses droits sur le récit du père.Paulette Philipps, elle, a jeté son dévolu sur la villa moderniste E-ip27, conçue par Eileen Gray.A travers une installation en plusieurs parties, toutefois NI INIGO MANGLANO-OVALLE LE BAISER/THE KISS, 2000 desservie par la manière dont elle est accrochée dans l’espace, l’artiste met au jour de manière très personnelle le récit réel de cette maison mettant en scène l’architecte-designer, son amant et Le Corbusier.L’artiste compose à partir de ces ingrédients fertiles qui rappellent l’exclusion des femmes dans le milieu de l’architecture moderne.Cet aspect est d’ailleurs relevé par la commissaire et s’avère un des axes les plus stimulants de l’exposition.11 s’agit d’une relecture féministe et politique du modernisme que l’œuvre de Nairy Baghramian développe aussi.Llrano-Allemande a travaillé en étroite collaboration avec la designer française Janette Laverrière, qui n’a connu que tardivement la notoriété.L’installation recompose la loge pour comédienne conçue par la designer en 1947 en en faisant ressortir la facture expressive (les couleurs) et surréaliste d’étrangeté).D’autres constructions font l’objet d’une exploration révélatrice par les artistes.Dorit Mar-greiter filme la maison Sheats-Goldstein de John Lautner, site ayant servi au tournage de fdms, dont Mulholland Drive.Déjà en décalage avec la réalité, la maison reçoit, ici, la visite du groupe de performance queer Toxic Titties.L’artiste Arni Ha-raldsson dévoile d’autres lieux porteurs de récits multiples.11 s’agit du travail, qualifié de bru-taliste, de l’architecte Ernô Goldfinger, tour à tour mêlé à la culture populaire à travers un film avec James Bond ou un film de Stanley Kubrick (Clockwork Orange) et à une catastrophe sociale: l’effondrement de Ronan Point en 1968.L’écheveau parfois complexe de références au sein desquelles chacune des œuvres de l’exposition s’inscrit rend parfois leur réception ardue, ce que le parcours de l’exposition tente de tempérer en situant, à l’entrée, les lampes colorées de Simon Starling d’après le modèle de Poul Henningsen.Cette note colorée tranche avec la fin du parcours, plus aride, composée des œuvres de David Tomas, de Toby Paterson et de Tobias Putrih.D’une grande cohésion, ces projets logent du côté de la dématérialisation, de la modélisation et de la réflexion analytique.Au demeurant, l’œuvre d’ini-go Manglano-Ovalle vaut à elle seule le déplacement.L’installation vidéo Le Baiser/The Kiss s’approche, tant conceptuellement que physiquement, au plus près de la maison Farnsworth de Mies van der Rohe.En jouant les laveurs de vitres, l’artiste remet judicieusement en perspective la portée, sur le contexte et la propriétaire des lieux, du ver- re qui compose toutes les parois extérieures de la maison.Caressée par la raclette, la surface évoque des non-dits.L’exposition est complétée par une programmation de films et de vidéos sélectionnés par Haj-nalka Somogyi, commissaire invitée.Les vidéos renforcent et développent les thèmes abordés dans l’exposition comme dans les œuvres d’Ursula Mayer et de Sadie Murdoch, qui permettent de revenir avec beaucoup d’à propos sur le travail de Goldfinger et d’Eileen Gray.Collaboratrice du Devoir Alexandre David DES OBJETS SUR DES TABLES JUSQU'AU 8 AOÛT 2010 EXPRESSION Centre d'exposition de Saint-Hyacinthe www.expression.qc.ca ï 450.773.4209 expression@6xpression.qc.ca SERGE LEMOYNE Triangulation Exposition du 12 juin au 7 août DERNIERE SEMAINE GALERIE SIMON BLAIS www.galeriesimonblais.com T.514 849-1165 NTREE GRATUITE ! LES MERCREDIS DE 17 H A 21H EltOLLlBOillIIOinEe ^/lUSÉE K4cCORD ^ Desjardins 690.BIE SHEBBBOOIE OUEST, MONTBllL MEIBO MctlLL / AUTOBUS 24 WWW.MBSEEUCCOBD.QC.CB CANADIAN WAR MUSEUM www.museedelaguerre.ca/camouflage Canada lEXPOSITION -Jusqu’au 6 septembre Ottawa||Citizen MUSEE CANADIEN 1, place Vimy, Ottawa (ON) DE LA GUERRE E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI SI JUILLET ET DIMANCHE I“AOÛT 2010 CULTURE Plaisir contagieux LE CONCERT Réalisation: Radu Mihaileanu.Scénario: Radu Mihaileanu et Alain-Michel Blanc.Avec Aleksei Guskov, Mélanie Laurent, François Berléand, Miou-Miou.Image: Laurent Dailland.Musique: Armand Amar.France-Italie-Rou-manie-Belgique, 2009,119 min.ANDRE LAVOIE Peu de cinéastes maîtrisent l’art du grand cinéma populaire, celui où le spectateur passe du rire aux larmes sans vraiment s’en rendre compte, et surtout sans trop sans formaliser.Le cinéaste français d’origine roumaine Radu Mihaileanu (Trahir, Va, vis et deviens) réussit parfois cet exploit, abordant des sujets tragiques (Train de vie donnait à l’Holocauste des airs comiques) pour en révéler les aspects absurdes, voire risibles.Il ne procède pas autrement dans Le Concert, une production luxueuse montrant la déconfiture d’une nation, la Russie, un peu comme l’avait fait Fellini avec Répétition d’orchestre, mais dans une forme nettement plus minimaliste.Chez Radu Mihaileanu, la cacophonie est provoquée par une meute de musiciens russes débarquant à Paris dans un fracas assourdissant.Et pour cause! La capitale française croyait recevoir le prestigieux orchestre du Bolchoï mais, par une supercherie digne d’un agent du KGB, des musiciens déchus, au chômage et même sans talent ont pris leur place.Cette usurpation, plus ou moins bien organisée à Moscou, reflet de la misère qui y règne toujours depuis la débâcle communiste, prend une tout autre couleur à Paris, surtout avec la présence lumineuse de Mélanie Laurent dans la peau d’une étoile montante du violon qui découvre peu à peu que le professionnalisme n’est pas ici à son service.Aura de mystère Ce n’est pas la seule révélation que vivra ce personnage, entouré d’une aura de mystère sur ses origines et que l’on se gardera bien de révéler ici.Ce qu’il faut dire par contre, c’est le plaisir contagieux que procure cette escapade sentant fort la vodka, d’abord dans une capitale russe au bord de la ruine (en bonne partie reconstituée à Bucarest!) et ensuite dans la ville du bon goût exquis, secouée par la douce folie slave.Le contraste est frappant, parfois même un peu trop appuyé, mais ne gâche en rien cette fantaisie musicale chargée de figures plus grandes que nature, de situations grotesques dignes des meilleures comédies à l’italienne, mais aussi de cette élégance feutrée qui entoure le milieu de la musique classique, lui aussi écorché au passage.Collaborateur du Devoir SOURCE SEVILLE La fîliere Huard Pour son deuxième long métrage comme réalisateur, Patrick Huard a opté pour la continuité FRANÇOIS LEVESQUE Filière 13, qui prendra l’affiche partout au Québec dès mercredi prochain, réunit le tandem de scénaristes et les trois vedettes du film Les 3 P’tits Cochons, paru en 2007: Claude Lalonde et Pierre Lamothe à l’écriture, Patrick Huard derrière la caméra, Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge et Paul Doucet devant.Prise 2.«On avait tous envie de travailler ensemble à nouveau, et on avait tous la même préoccupation: faire quelque chose de différent afin de ne pas donner l’impression d’une suite ou d’une redite.» Exit la chronique familiale, bienvenue la comédie policière.Le contexte a changé, certes, mais le ton oscille toujours entre l’humour et le drame.De même, et pour différente qu’elle soit, l’intrigue s’articule une fois encore autour de trois personnages masculins vivant chacun son tjqie de crise existentielle.Thomas, Jean-François, Benoît: trois flics, trois psychés maganées.Ce thème, la détresse mâle, Patrick Huard était heureux de pouvoir l’explorer plus avant: «Dès mon premier spectacle solo, et c’était il y a 20 ans, je traitais de la masculinité, de ses aléas.J’ai toujours parlé de ça, écrit là-dessus.Alors comme réalisateur, c’est un sujet qui m’interpelle naturellement et duquel f essaie non seulement de dégager l’humanité, mais aussi l’humour.» Confirmation d’une vocation Hormis qu’ils permettent de mesurer l’évolution du réalisateur, de ses gains côté assurance à l’élargissement de sa palette technique, le vidéoclip Un beau grand slow, le hlm Les 3 P’tits Cochons et maintenant Filière 13 confirment tous une chose: Patrick Huard prend plaisir à créer des images.«J’adore réaliser, c’est vrai.Paradoxalement, ici, on peut rarement tourner le film qu’on a en WJ.-J a JACQUES NADEAU LE DEVOIR La filière Huard : Patrick Huard, Claude Legault, Guillaume Lemay-Thivierge et Paul Doucet.tête.Question de coûts, mais aussi de durée de tournage, ce qui revient un peu au même.Parfois, on doit se résoudre à changer une scène ou à carrément la couper.» Par exemple, on devra faire sans une séquence qui nécessitait une météo précise qui ne s’est malheureusement pas manifestée pendant la période allouée au tournage.On a rarement les moyens d’attendre que dame Nature soit bien disposée.«J’ai des copains réalisateurs qui sont malheureux de ces contraintes de production et qui sont dans une sorte d’antagonisme par rapport à cette réali-té-là.Comme on n’a pas les budgets de Hollywood, on doit être prêts à se montrer flexibles afin de s’ajuster sans trahir le projet.» (^uand vient le moment de parler de technique pure, le regard de Patrick Huard s’anime d’un éclat particulier.Au fait des derniers gadgets et technologies reliés à la mise en scène, le cinéaste confirme que c’est la réalisation qui le passionne davantage.Car bien qu’il veuille retourner sur scène, poursuivre sa carrière d’acteur et celle de scénariste, il semble acquis que c’est avec l’œil collé à l’objectif que Patrick Huard se trouve le mieux.«Avec le temps, je vois de plus en plus mon avenir, ma pérennité comme artiste, en tant que réalisateur.» En la matière, il a une idole.un modèle qui l’inspire et dont le succès sur la durée est une source constante d’émerveillement.«J’ai déjà dit combien j’admire Clint Eastwood, son parcours professionnel et, plus que jamais, c’est à ce genre de façon de faire que j’aspire.A 80 ans, il continue de faire ses films comme il les a toujours faits: en montant ses productions avec des budgets largement sous la moyenne afin que le studio le laisse travailler tranquille.Et il fait toujours appel aux mêmes collaborateurs, à la même équipe.» Cette approche familiale du cinéma que privilégie East-wood, Patrick Huard la met d’ores et déjà en pratique.Collaborateur du Devoir festival .LA Grande Rencontre FESTIVAL ET STAGE DE FORMATION 18» EDITION Hydro ^ Québec PRÉSENTE Le Festival iNTERNAnONAL DU Musique et danse fà ^mL ^ traditionnelles pour tous ! 3^ m, délianclieiu lS5 SauSaaiît 2d|d PARC LAFONTAINE, MONTRÉAL M Sherbrooke INE ¦et) MERCREDI 4 AOUT, 20H30 Les Mononcles usui^ KV Express Unni Bosksasp Maiorstuen NORVEGE Swampa relia Le Duo Montanaro-Cavez BELGIQUE Denis Pépin et Susie Lemay b* Mary Jane Lamond NOUVELLE-ECOSSE Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs ipVLl ¦ DANEAAARK QUEBEC Réveillons QUEBEC QUEBEC Chuck et Albert ILE DU PRINCE EDOUARD Notre-Dame de Grass QUEBEC Les colleurs : Gérard I J.-F.Bertiaume et Michel Payer | ET LA VITRINE DE LA RELÈVE LE SHOWCASE FOLQUEBEC Une réalisation de ; Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise INFORMATION ET INSCRIPTION EN LIGNE OU PAR TÉLÉPHONE ^ ^ jk 1 866 773-0880 | 514 273-0880 info@espacetrad.org espac@trad.org La Musique Aaeienae CONSTANTINOPLE BARBARA FURTUNA CANTI DI A TERRA Splendeurs des pol3^honies corses VENDREDI 6 AOÛT, 20H30 La Musique de Chambre Swartz, Bérard, Dunham, Bzistien, Loiselle, Lo^ren et Bertrand CEuvres de AMOYELI POPPER | BRAHMS Hydro CaL Québec SAMEDI 7 AOÛT, 20H30 0 Concert Passion Jeunesse ORCHESTRE DE LA FRANCOPHONIE Direction ; Jean-Philippe Tremblay Sohstes : Serhiy Salov, piano Geneviève Couillard-Desprês, mezzo-soprano ^ CEuvres de STANILAND | SCHDHANN LES BRUNCHES-MUSIQUE Dimanche 8 août Bomata, clarinette, contrebasse, percussions Musique originale, aux accents jazzés et métissés! Dimanche 15 août Café Celtique Musique celtique et irlandaise INFORMATION BT RESERVATIONS : 1 888-DFORGET (336-7438) www.domaineforget.com CASINO Montréal! (Québec f canadien Héritage FOLÇutBEC Québec! PâMmoiné Canadian canadien Heritage Le controversé animateur dans son jardin.BEHRMAN FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR SUITE DE LA PAGE El d’être bien impliqué dans la vie culturelle et artistique d’ici.» Mission pour le moins accomplie pour Dan le rassembleur, qui fera dorénavant venir des artistes de toute la planète et de toutes les cultures au Festival de jazz et aux Francos, avant de projeter son message d’unité sur les ondes d’Espace Musique en 2005.L’été dernier, au Théâtre de verdure, El Imigrante de la radio publique présentait Bouk-man en créole et chantait tendrement un classique haïtien avec une foule en parfaite symbiose avec lui.C’était presque la nouvelle décennie, annonciatrice d’une nouvelle ère.Depuis le 2 juin dernier, on ressent comme une sorte de décalage.Collaborateur du Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI SI JUILLET ET DIMANCHE I“AOUT 2010 E 5 CINEMA PHOTO GORDON TIMPEN Irrésistible Akin ! SOUL KITCHEN De Fatih Akin.Avec Adam Bous-doukos, Moritz Bleibtreu, Birol Ünel, Anna Bederke, Pheline Roggan, Lucas Gregorowicz.Scénario: Fatih Akin, Adam Bousdou-kos.Photographie: Rainer Klaus-mann.Montage: Andrew Bird.Allemagne, 2009,98 minutes.MARTIN BILODEAU En deux films denses campés dans la Turquie de ses parents {Head On et De l’autre côté), l’Allemand Fatih Akin est devenu la nouvelle coqueluche du cinéma mondial, porteur de promesses que son compatriote Torn Tykwer, passé par-là dix ans avant lui, n’a pas encore réussi à remplir.Voilà qu’avec Soul Kitchen, Akin déjoue habilement les pronostics en changeant de registre pour retourner à la source et à l’esprit de ses premiers films, tout particulièrement Julie en juillet et Soli-no.Ceux qui l’attendaient dans la continuité de De l’autre^ côté seront forcément déçus.A qui saura reconnaître dans cette comédie légère, spontanée, sans coutures ni efforts apparents, l’immense talent du cinéaste à l’œuvre, le plaisir sera au rendez-vous.Solino, qui racontait la rivalité de deux frères, fils d’immigrants italiens, sur fond de piz-zéria familiale, semble avoir servi de canevas lointain à cette chronique d’un restaurateur d’origine grecque de Hambourg, Zinos, campé par Adam Bousdoukos, également coscénariste du fdm.Alors que son frère cambrioleur (Moritz Bleit-breu, acteur fétiche d’Akin), en liberté conditionnelle, lui réclame un boulot fictif lui permettant de multiplier ses droits de sortie, une série de malheurs s’abattent sur lui: sa petite amie le quitte pour se rendre en Chine, une hernie discale entrave ses mouvements, les agents de recouvrement fiscal débarquent dans son restaurant, suivis de près par les inspecteurs en salubrité, ceux-là envoyés par un ancien camarade de classe désireux de racheter à Zinos l’immeuble vétuste qui abrite le restaurant.Le scénario à l’emporte-piè-ce raconte, d’une part, le combat de Zinos pour transformer son boui-boui, jusque-là fréquenté par une poignée d’ouvriers malcommodes, en établissement plus raffiné grâce à un chef caractériel hostile aux fish and chips et autres schnitzels.D’autre part, il raconte, de façon moins convaincante il est vrai, les efforts du jeune homme pour sauver son couple éprouvé par la distance.Tel qu’on le devine, il y aura convergence des enjeux et sauvetage ultime, sur l’air de ne pas trop y penser.Akin a le sens de la comédie, du dialogue, du timing.Ses personnages, pourtant dessinés à gros traits, prennent vie et les situations prévisibles s’emboîtent de façon surprenante.La géographîe esthétique du film reflète celle du restaurant: au carrefour de la branchoullle fauchée et de la bohème sophistiquée, quelque part entre le Akln d’hier et celui d’aujourd’hui.Les deux ne font qu’un, et s’exprimeront en alternance, comme semble le laisser croire cet Irrésistible Soul Kitchen.Réjouissons-nous.Collaborateur du Devoir Une autre fin de monde LE CRABE SUR LE DOS Ecrit et réalisé par Oscar Ruiz Na-via.Avec Rodrigo Vêlez, Arnobio Salazar Rivas, Jaime Andres Cas-tano, Ysela Alvarez, Karent Hines-troza.Image: Sofia Oggioni Hatty, Andres Pineda.Montage: Felipe Guerrero.Colombie-France, 2009,95 minutes.MARTIN BILODEAU Le Crabe sur le dos, du Colombien Oscar Ruiz Navia, s’ajoute à une longue liste de films qui documentent, par la fiction, la fin d’un monde.Le monde en question est un village pauvre et paisible de la côte colombienne, peuplé de Noirs vivant tant bien que mal de la pêche, à l’heure où la civilisation blanche menace de le rejoindre.Le spectateur est guidé en ce lieu par un voyageur pédestre (Rodrigo Velez, une forte présence), en plein chagrin d’amour, qui s’y installe le temps de trouver une embarcation pouvant le conduire dans un coin encore plus reculé du pays.Les pêcheurs sont en mer, le village est anl^losé par le soleil, les heures paisibles s’écoulent tandis que, sur la plage, un Blanc s’étant approprié les lieux construit, au son du rock’n’roll, ce qu’il espère devenir le premier centre de villégiature de la région.Tout cela est raconté à demi-mot, sans intention anthropologique maladroite ou grille sociologique appliquée, avec force symboles et images évocatrices.Une empreinte de pied dans la boue filmée en plongée pour illustrer la marche de la civilisation.Le flot continu des vagues capté au ras de sa surface pour évoquer ce qui est permanent.Un crabe renversé sur le dos pour signifier l’état stagnant, tant du personnage que du village sans vie depuis le départ en mer de ses pêcheurs.Leur retour attendu agit dans le récit tel un point de chute qui ne vient jamais, donnant au film un caractère absurde à la Beckett.Oscar Ruiz Navia communique le maximum avec des moyens minimaux, qui confinent à l’indigence.Sans être un film parfait.Le Crabe sur le dos procure, fait rare en été, un véritable instant de cinéma.Mieux: il est l’illustration de ce que le 7" art est capable d’accomplir lorsque son artillerie est mise au service d’une idée, et non le contraire.Collaborateur du Devoir SOURCE AZ FILMS consultez nohe site int^net INCEPTION avoe sous-tItreB francali FOR THE LOVE OF MOVIES SPIKE & MIKE’S SICK & TWISTED ANIMATION CYRUS • PICHÉ ENTRE CIEL ET TERRE ESTOMAGOsam .et Dlia: IShlS deux derniers Jours LES AMOURS IMAGINAIRES Sain.etDlm:17li15 Metro Place des arts rCINËMA DU PARC — AiiId[iiis60/129 | 3575 Du Peitc 514-201-1900 j t.i ; I ; N ! I i Ki]:i t, GAGNANT AUX QSCARS I MÏIILÏURHIM EN LANGUE ÏTEANGERE i ?THEfiAZETTE dÆs SES YEUX THE SECRET IN THEIR BYES uv Fnjc in JTUUf JOSÉ GAMPiUIEIJJL scwrincTDREr cujsicr P 14e SEU/IAINE! ! CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS netropoletilms.com Les ratés sympathiques prennent l’écran FOR THE LOVE OF MOVIES: THE STORY OF AMERICAN FILM CRITICISM Réalisation et scénario: Gerald Peary.Image: Craig Chivers, Nick Kurzon, Amy Geller, Edward Slattery.Montage: Sabrina Zanella-Foresi, Aleksander Lekic.Mu-âque: Bobby B.Kqyes.Narration: Patricia Clarkson.Etats-Unis, 2009,81 min.En exclusivité au Cinéma du Parc.ANDRÉ LAVOIE Elvis Mitchell, jadis critique de cinéma au prestigieux New York Times, révèle avec candeur ce qui séduisait le jeune cinéphile qu’il était lorsqu’il songeait à ce métier: aller au cinéma sans payer.Parions que sa naïveté d’autrefois est toujours partagée par beaucoup de gens aujourd’hui.Ceci n’est qu’une des nombreuses confidences recueillies par le cinéaste, et critique, Gerald Peary dans le documentaire For the Love of Movies: The Story of American Film Criticism.Ce titre illustre parfaitement la double ambition de Peary: celle de mettre en lumière la passion qui anime les interprètes de ces rêves éveillés que sont les films et d’évoquer les étapes marquantes du mé-tjer de critique de cinéma aux Etats-Unis, une profession vieille d’à peine un siècle.Des balbutiements d’une pratique devant un art que ses artisans apprenaient à la dure et à la va-vite, la critique américaine a elle aussi élaboré son langage, connu quelques moments de gloire, vu naître des stars incontournables.et se retrouve aujourd’hui tout aussi inquiète et fragile devant la fulgurance des changements technologiques.Cette peur est exprimée par plusieurs critiques interrogés par Peary.Certains d’entre eux, comme Mitchell par exemple.Mettre en lumière la passion qui anime les interprètes de ces rêves éveillés que sont les films ont depuis perdu leur boulot, victimes de la crise économique ou remplacés par une belle jeunesse moins coûteuse.Mais leurs angoisses ne se résument pas à ces transformations structurelles: l’omniprésence des blogues et des réseaux sociaux, la tyrannie de la publicité, le désintérêt grandissant envers les médias traditionnels, autant de phénomènes qui fragilisent une profession jugée par plusieurs suspecte, voire méprisable.Or, dans ce véritable tableau de famille, les plumes célèbres se succèdent (Roger Ebert, Kenneth Turan, A.0.Scott) et certains évoquent la grande querelle idéologique qui opposa deux géants, Andrew Sarris {New York Observer) et Pauline Kael {Jhe New Yorker), bagarre qui correspond à un véritable âge d’or de la critique américaine dans les années 1960-1970.Sarris, sans doute par respect pour sa regrettée rivale morte en 2001 et ardente défenseur de l’œuvre de Brian De Palma (position contradictoire pour une critique qui rejetait les fondements de la politique des auteurs), évite ici les discours acrimonieux.Ce parcours historique, livré dans les strictes règles de l’art télévisuel et dominé par les têtes parlantes (et quelles têtes!), est ponctué d’extraits de films, mais aussi de considérations plus triviales, visiblement destinées à humaniser ces professionnels jugés trop vite comme des «ratés sympathiques».De leurs rapports parfois tendus avec l’industrie au conjoint idéal en passant par les qualifications pour exercer le métier, les critiques interrogés ici ne se font pas prier pour montrer qu’ils ont de l’humour, de la culture, et du cœur à l’ouvrage.Ce n’est pas moi qui pourrais les contredire.Collaborateur du Devoir SOURCE AG FILMS Le réalisateur Gerald Peary et la narratrice, Patricia Clarkson (¦ PRIXFIPRESCI FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILMS DE BERLIN, •> C PRIX JOSE RIVERO ^ POUR LE MBniEUR ESPOIR RÉALISATION, 1 FESTIVAL DE FILM LAS PAIMAS, GRAN CANARIA Jf ^ FESTIVAL DE FILM LAS PAIMAS, GRAN CANARIA ,jl r CRITIQUE FRANÇAISE POUR LA MEILLEURE \ DÉCOUVERTE POUR UN PREMIER FILM J ' FESTIVAL DE FUM DE TOULOUSE ^ (PRIX DU PUBLIC TUBINGEN \ FESTIVAL DE FUM UHNO f PRIX E-CHANGER AWARD FESTIVAL INTERNATIONAL DU FIIM DE FRIBOURG, i PRIX DU PUBLIC RAIL D’OC FESTIVAL DE FILM DE TOULOUSE ) LE CRABE SUR LE DOS ELVUELCO DELCAHGREJO DE OSCAR RUIZ NAVIA g PRESENTEMENT A L'AFFICHE! vsrelon originalo ospagnols avec sous-titres français rciNËMA Seau0ie»\ I 2386, Daaublan E.781-0000 I 12h15-14ti20-iah40 - 20hS0 avec sous-titres angTai CINÉMAS AMC Ile forum 221 12h00- 14h30-17h00-19h30-22h00 LE FILM DE LÉTÉ ! PLUS DE 2 000 000 $ AU BOX OFFICE! «Digne des meilleurs films américains du genrei» « Atterrissage réussi Présence exceptionnelle de Michel Côté Ce film vaut le détour « «La meilleure performa Michel Côté depuis CRAZY Prenant du début à la fm!» «Le grand succès de I été Vraiment très émouvant, très polgnantli TVA «c est un film réussi efficace très bien filmé extrêmement bien joué ¦ A III J-irL Ml 1; Il iirrr Lftuzoïi arcHflr*A«i wtitt' ^ PÏCHE ENTRE CIEL.ET TERRE PRÉSENTEMENT A L'AFFICHE! CONSULTEZ L'HORAIRE CINÉMA E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI SI JUILLET ET DIMANCHE I“AOUT 2010 CINEMA Journal intime RESTREPO Réalisation et photo: Sebastian Junger, Tim Hetherington.Montage: Michael Levine.Etats-Unis, 2010,93 min.FRANÇOIS LEVESQUE On ne pourra pas accuser Sebastian Junger et Tim Hetherington d’avoir opté pour la facilité dans la production de leur premier documentaire.Avec un courage im-pressionnanÇ les deux hommes ont en effet suivi sur une période de plus d’un an un peloton américain stationné dans la vallée du Korengal, la zone la plus dangereuse de l’Afghanistan, apprendra-t-on.Avant de devenir le nom d’un cam-pemenÇ Restrepo était le patronyme de Juan «Doc» Restrepo, un soldat abattu au cours du déploiement initial dans la partie est du pays à qui ses frères d’armes tinrent plus tard à rendre hommage.Restrepo fonctionne un peu à la manière d’un journal intime: on y relate la journée, on y inscrit des pensées pêle-mêle, des idées, etc.L’ennui, c’est que ce genre d’exercice ne donne pas forcément lieu à une lecture aisée pour qui ne l’a pas écrit.Avant de comprendre à quoi on a affaire, on se questionne donc un moment sur le but poursuivi par les documentaristes, qui ont assemblé une heure et demie d’images brutes (dans tous les sens du terme) et de témoignages candides mais retenus.D’une part, il apparaît évident Restrepo s’est vu décerner le prix du meilleur documentaire à Sundance.Question de goût, il faut croire.que leur objectif n’est pas de remettre en question le travail de l’armée, et, d’autre part, leur programme se révèle à peu près apolitique.Alors quoi?Au bout d’une demi-heure de matériel détaillant le quotidien du peloton, ses routines, ses combats et ses tentatives pour amadouer la population locale, on se demande encore où Junger et Hetherington veulent en venir.Plutôt que de nous éclairer sur un angle ou un fd conducteur, les témoignages des survivants qui ponctuent ces scènes ne font qu’ajouter à l’aspect décousu de l’ensemble.Tout privilégié soit-il, ce regard de l’intérieur manque cruellement de structure, une faiblesse qui prête flanc à de nombreuses redites, lesquelles engendrent en retour des longueurs.Certes efficace dans sa façon d’opposer la monotonie à de soudaines bouffées de violence, le montage souffre néanmoins lui aussi de cette quasi-absence d’une ligne directrice.Restrepo s’est vu décerner le prix du meilleur documentaire à Sundance et la presse américaine l’a couvert d’éloges.Question de goût, il faut croire.Ou peut-être de patriotisme?En effet, après visionnemenL on peut légitimement se demander ce qui a vraiment été jugé de l’œuvre ou du sujet.Au final, les visées de ce journal intime militaire aux points de vue multiples demeurent aussi nébuleuses que l’issue du conflit qui lui sert de théâtre.Collaborateur du Devoir \ ï"-.nW % : l'X SOURCE MAPLE PICTURES UN TRIOMPHE MONDIAL DU RÉALISATEUR DE 144, VIS ET DEVIENS Il était le plus grand chef d’orchestre.Ecarté, humilié, homme de ménage, il revient pour.LE #GAGNANT% M PRIX DU PUBLIC M ^ FESTIVAL CINËMANIA 2009 ?THE GAZETTE 4 ¦'-’JS .# ^ W/é% ENFIN A L’AFFICHE : LE FILM QUI S’EST MERITE UNE OVATION DEBOUT X MONTRÉAL ! m PRESENTEMENT A L’AFFICHE ! rQUAOTiERLftTiNl ¦CINEPŒX DIVERTISSEMENT-| ¦— MÉGA-PLEX~ GUZZO —¦¦ MAISON DU CINÉMA ¦ | CINÉMA PINE ¦ i BOUCHERVILLE II PONT-VIAU 16 II SHERBROOKE N STE-ADÉLE I VERSION ORIGINALE AVEC TCINÉMA O&SÉÉMÎSéÉI SOUS-TTTRES FRANÇAIS | 2396, BOSubionV^I^I .I- CINÉMAS AMC -1 Ile forum 221 CONSULTEZ LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS m SOURCE PARAMOUNT L’idée d’un remake du Dîner de cons circulait depuis plus de dix ans.Après visionnement, on comprend vite les raisons d’une si longue gestation.Remake à la con LE DINER DE CONS (DINNER FOR SCHMUCKS) Réalisation: Jay Roach.Scénario: David Guion, Michael Handel-man, d’après la pièce et le film de Francis 'Vfeber.Avec Steve Carell, Paul Rudd, Stephanie Szostak, Je-maine Clement, Zach Galifiana-kis.Bruce Greenwood, Lucy Punch.Photo: Jim Denault.Montage: Alan Baumgarten, Jon Polf Musique: Theodore Shapiro.Etats-Unis, 2010,114 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Encore une fois, on peut remercier Hollywood d’avoir amélioré un produit étranger afin de nous le servir bien tiède dans sa sauce morale à la guimauve.Quand on est pressé, c’est génial: on peut avaler la soupe d’un trait sans même y goûter.Après touL qui a besoin de ces indigestes comédies françaises cuisinées avec un fond de réflexion?Qn en a chaque fois pour des heures à les digérer.Qn y rit beaucoup plus, certes, mais se bidonner demande alors un tel effort.Dinner for Schmucks revisite le succès scénique et cinématographique de Francis Veber Le Dîner de cons.Pour mémoire, l’intrigue relate la déconfiture d’un cadre suivant sa rencontre avec un hurluberlu qu’il comptait ridiculiser lors d’un dîner et dont il ne parvient plus à se défaire.L’idée d’un remake circule depuis plus de dix ans.Après visionnement, on comprend vite les raisons d’une si longue gestation.En effeL en gonflant la durée d’une heure vingt à tout près de deux heures, les producteurs ont dû cogiter fer- me afin d’inventer de nouveaux personnages et des situations inédites destinés, justement, à bopifier l’affaire.A ce chapitre, on est gâtés.Les deux meilleures trouvailles: parce que l’art contemporain, c’est drôle, on a droit aux frasques d’un artiste libidineux (ne le sont-ils pas tous?) et, parce que les accents, ça fait encore rire, on glisse dans l’histoire un millionnaire suisse.Autre bonne idée, remplacer la maîtresse de l’arroseur arrosé par une admiratrice aux tendances psychopathes rencontrée avant la fiancée.C’est plus propre, on préfère.Qn se souvient également que, dans l’original, Jacques Villeret jouait l’idiot de service avec le plus grand sérieux.Ici, un Steve Carell déguisé grimace à qui mieux mieux, une bien meilleure approche de la comédie, on en conviendra.Ah oui, un dernier point: Le Dîner de cons jouait la carte de l’ironie, celle du sorÇ jusqu’à la fin.Heureusement pour nous, les scénaristes de Dinner for Schmucks ont plutôt reçu commande de miser à fond sur la sensiblerie en permettant au vrai con, celui qui entendait rire de l’autre à son insu, de vivre une épiphanie lors du dénouement.Un ajout d’autant plus satisfaisant que, dans cette ver-sion-ci, le personnage n’est pas un salaud calculateur, mais plutôt un bon gars victime des circonstances.Ainsi, celui dont la vie s’écroulait à la fin du film de Francis Veber récupère la sienne à l’issue du remake de Jay Roach.Après tout, l’ironie, ça amuse qui?Collaborateur du Devoir En gonflant la durée d’une heure vingt à tout près de deux heures, les producteurs ont dû cogiter ferme afln d’inventer de nouveaux personnages et des situations inédites destinés, justement, à bonifler l’affaire.«Une comédie sensuelle, une bouffée d’air frais, un hymne à la folie !>> séquences «Sympathique, musical et gastronomiquejlf Savoureux!»/ ' 20 minutes ADAM BOUSDOUKOS MORITZ BLEIBTREU BIROL ÜNEL ENEZIA 2009 ü .soul-kitchen-îilm.eom «ÎW nnétrqDde FACTflRT WWW A DAECI^UEI VERSION ORIGINALEAVECSOUS-mRES FRANÇAIS " LArrltHEl rciNÉMA V.O.AVEC SOUS-TTTRES ANG CINÉMAS AMC ! FORUM 221 CONSULTS LES GUIDES-HORAIRES | 2386, Beaublon E.721-6060 ?ES ciném;^ fmetropolefilms.com 1 un film de jà Fatih Akin SOURCE PARAMOUNT Steve Carell ¦ • • l^l VEHSIUN UHieiNALE | CINËM/^ AMC 1 [ AFFICHE! Ile forum 2g f métro polefilms.com^ CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINÉMAS LE DEVOIR LES SAMEDI SI JUILLET ET DIMANCHE I“AOUT 2010 E 7 LIVRES Hivemie mon pays Louis Hamelin Où est Jean Désy?Quelque part du côté de Whitehqrse, aux dernières nouvelles.A pêcher des saumoneaux gros comme des carcajous et à les disputer aux grizzlys locaux, tel que je le connais.Pour arriver à fixer les vagabondieuse-ries de ce diable d’homme pendant une heure ou deux, on est obligé de lire un de ses livres.En voici un, L’Esprit du Nord, contenant des «propos sur l’autochtonie québécoise, le nomadisme et la nordicité».Di-sons-le tout frette: Jean Désy est un disciple du grand Louis-Edmond Hamelin, l’inventeur et théoricien de la nordicité, cette trouvaille conceptuelle qui a fait le tour du monde subarctique aussi sûrement que la mécanique de Joseph-Armand Bombardier.Si Hamelin est le Karl Marx de la nordicité, Jean Désy en est le lAuiue.Son dernier livre regroupe des textes qui, parfois déjà parus dans des revues ou des ouvrages collectifs, veulent illustrer et penser un même sujet, ce grand thème qui plane et peu à peu se précise au-dessus des passionnants éparpillements d’une vie de coureur glacique et d’irréductible en-cabané: l’autochtonie.Mais d’abord, qu’est-ce qu’un autochtone?Le Petit Robert nous aiguille sur la double racine grecque: autos, «soi-même» et khthôn, «terre».Au sens premier, l’autochtone serait donc, plus qu’un occupant antérieur du territoire, quelqu’un dont le soi, l’identité profonde, est lié à la terre, et ce, d’une manière peut-être ontologique et organique s’il faut en croire «l’homme de la nordicité» lui-même, Louis-Edmond Hamelin, dont les éclairants propos sont rapportés dans le chapitre intitulé «Petite histoire d’un tournage».«[.] la terre et l’être, dans les structures mentales autochtones nordistes (car il en va autrement pour l’autochtonie sudiste, chez les Mohawks, par exemple), sont unifiés et non sectorialisés.Dans la vision d’un Inuit du “Nuna-Vik” ou d’un Innu de la Côte-Nord, on ne sépare pas la terre de l’être qui l’habite.» Rien de vraiment nouveau sous le soleil de minuit, seulement une autre manière d’exprimer cette vérité fondamentale, aux antipodes du cartésianisme, qui dit que l’homme appartient à la terre et non l’inverse, et que nous entendons répéter au moins depuis les grandes guerres de la plaine à bisons et des Black Hills, à la fin du dix-neuvième siècle.Complicité originelle Mais là où ça devient franchement intéressant, c’est quand Hamelin ajoute que le fameux «inukshuk», cette «structure plurilithe» maintenant récupérée par la culture touristique de masse, n’est ni plus ni moins que le signe nomade d’une telle unicité.Ces petits bonhommes de pierre qui jadis appelaient silencieusement les chasseurs du fond de l’étendue sans fin et qui aujourd’hui jalonnent nos routes de Grand-Mère à Havre-Saint-Pierre n’ont donc pas tout à fait le même sens que les «Henri aime Georgette» tracés à la craie rose sur les ventres vermillon des falaises.C’est plutôt le rappel d’une complicité profonde et originelle que l’homme «maître et détenteur de la nature» de Descartes s’est ingénié à nier, l’espace de quelques siècles.La phrase suivante de Désy est le pivot de son oeuvre récente et a valeur de programme: «La culture québécoise sans ses forces autochtones ne peut survivre harmonieusement, parce que le pays lui-même s’est bâti sur ces forces-là, nordistes et nomades.» Et donc: «J’aime croire qu’un jour, au Québec, les gens comprendront toute l’importance qu’il y a d’accepter les cultures amérindiennes et inuite, de les valoriser et de leur donner les moyens de s’épanouir.» Ce jour est peut-être proche, peut-être lointain, l’important étant sans doute de commencer, ou de continuer, à faire chacun son petit bout de chemin pour je- ter, seul ou en groupe, à côté des super-barrages dont nous encombrons leurs routes d’eau, autant de ponts qu’il faudra vers ces cultures nées de la simple survie dans un monde hostile et, pour cette raison, toujours plus universelles.«J’aime la vie des Indiens et des Inuits.Mon pays est le leur et leur pays est le mien», écrit Jean Désy, qui, au risque de la polémique, proclame plus loin: «Je suis un autochtone.» «[.] j’ai un grand-père, du côté de ma mère, qui était proche des Innus de Masteuiatsh [sic], au lac Saint-Jean [.].Or, en tant que Québécois francophone de souche canadienne-française, on me considère comme non-Autochtone.Je l’accepte.Mais j’aime bien me prendre pour un Autochtone, surtout lorsque je vis dans la cabane que fai bâtie avec mes fils.» Combien de Québécois pourraient en dire autant?Mon père, dans son enfance, partageait son lit avec un Atikamekw de Manawan et notre histoire est tissée de ces rencontres, de ces croisements de parcours et de ces interactions entre des pensées pourquoi pas complémentaires, le tout longtemps gardé sous le couvercle de la vaisselle sainte par un clergé qui voulait conserver son monopole sur le sacré.Principe d’autodéfinition Quand j’entends Désy clamer (bramer?) son autochtonie, j’ai une pensée pour les Samis de Einlande (anciens Lapon^), dont les relations avec l’État sont régies par un principe d’autodéfinition.«La loi finlandaise sur les Lapons (Samis), remarquait Maurizio Gatti, considère lapon quiconque affirme l’être.» Et si un Bernard Assiniwi a pu décréter «Je suis ce que je dis que je suis», pourquoi un Blanc qui a tobagané autant comme autant entre la baie James et Blanc-Sablon ne pourrait-il pas s’affranchir des frileuses hélio-cultures du Sud et voler de ses propres plumes?Mais je sais que son «Je suis autochtone» peut être assimilé par certains à une forme de provocation identitaire.Et la tentation de l’auto-définition chez Désy finit parfois par frapper un écueil, ou un bouscueil, ou un ropak, ou de la mâgonne, ou un nunatak.Comme quand Tookalak, son ami et guide, lui lance avec orgueil, dans un pays de fous situé quelque part entre les baies d’Hudson et d’Ungava, qu’il aura beau être bon, «jamais, jamais» il ne sera un Inuit.Plus rares sont les Blancs qui, en 2010, disent à l’Inuit: tu ne seras jamais un Blanc.Qu’est-ce qu’un autochtone?Un esprit nomade et nordiste, d’après Jean Désy.Et au-delà des récits souvent captivants qui émaillent ses réflexions, son livre se révèle, pour le nordiciste militant ou le simple spécialiste, d’un intérêt lexicographique et conceptuel considérable.Les glossaires désiens sont d’abord trippants, ensuite de la plus haute utilité.Et puis, réglons donc cette question une fois pour toutes: comment renommer les non-autochtones du Nord?Après avoir rencontré toute une famille de partisans enragés du Canadien sur le 55® parallèle, je propose «Nordiques».hamelm3chouette@yahoo.ca ROMAN Un joyeux chaos SUZANNE GIGUERE L> écrivain australien Steve ' Toltz fait une entrée en littérature fracassante avec Une partie de tout (A Fraction of the Whole), roman d’une virtuosité et d’une drôlerie incroyables, à l’imagination vaste et hasardeuse, aussi léger que grave, où un fils règle ses comptes avec son père, la vie, la mort, et lui-même.Naviguant entre le roman d’aventures et le conte philosophique, cette incroyable odyssée familiale à deux voix, celles de Martin et de Jasper Dean, père et fils, nous entraîne du bush australien au Paris bohème et à la jungle thaïlandaise, des années 1960 à nos jours.Toute sa vie.Jasper Dean a hésité entre détester, plaindre, adorer et assassiner son père.Maintenant qu’il est mort.Jasper, de la prison où il est incarcéré, remonte aux sources de la folie de son père, philosophe autodidacte, génie méconnu et féroce misanthrope, qui s’est brûlé les ailes à vouloir laisser une trace de son passage dans ULF ANDERSON Steve Toltz ce monde qu’il méprisait.Jasper trace un portrait à charge de ce père aimé et détesté, qui de dépressions passagères en illuminations foudroyantes, d’amours contrariées en aùoces trahisons, de clubs de süip-tease en paquebots clandestins, entraîna son fils dans une aventure qui le dépassa lui-même.Impossible de résumer ce roman à la narration étourdissante, plein de montagnes russes, aux multiples aventures intérieures aussi bien qu’extérieures, bourré d’humour noir et désespéré.Il s’y passe tellement de choses, les histoires déboulent en cascade, on en oublie presque le vrai sujet du ro- man que masque ce joyeux chaos: la mort.«Tu fais l’expérience de la vie seul, et quel que soit ton degré d’intimité avec quelqu’un, il reste toujours une partie de toi et de ton existence à jamais secrète.Tu meurs seul, cette expérience n’appartient qu’à toi, et même avec une dizaine de spectateurs qui faiment, ton isolement de la naissance à la mort n’est jamais complètement découvert.Et si la mort représentait le même esseu-lement, cette fois-ci pour l’éternité?Une solitude incommunicable, cruelle et infinie.Nous ne savons pas ce qu’est la mort.Peut-être que c’est ça.» Derrière l’écrivain, on sent le souffle de Nietzsche, de Schopenhauer, de Poe, de Dostoïevski, de Melville, de Wilde.Qu devine le bourlingueur qui a écumé le monde et côtoyé aussi bien le caniveau que les étoiles.Pas ime page qui ne renferme des réflexions profondes ou drôles (parfois les deux à la fois), lucides et désenchantées sur le sens de la vie, les difficiles relations père-fils, le poids de l’héri- tage familial, l’amour, la ùahison, la culpabilité.«Rien ne ronge l’âme d’un homme de manière plus vorace que la culpabilité.» Né à Sydney, en Australie, et diplômé de l’Université Newcastle en 1994, Steve Toltz a parcouru le monde, de Montréal à Paris en passant par Vancouver et Barcelone.11 a exercé les métiers les plus divers de chargé de production à professeur d’anglais, en passant par caméraman, responsable de télémarketing, ou encore agent de sécurité et détective privé.Après avoir réalisé des courts métrages et écrit des scénarios, il nous livre un premier roman.Une partie de tout, qui nous prend, nous soulève, nous embarque, dont on sort ébahi.Cinq cents pages de jubilation littéraire.Collaboratrice du Devoir UNE PARTIE DE TOUT Steve Toltz Traduit de l’anglais (Australie) par Jean Léger Belfond, 2009,504 pages LITTERATURE QUEBECOISE Magie nocturne DAVID DORAIS La parution du recueil Haute et profonde la nuit (après Le Village et la Ville en 2007) achève la réédition des Sorcelleries lyriques de Denys Gagnon, cycle qui avait d’abord paru pendant les années 1980.Cette entreprise est l’œuvre des éditions de Cinq Heures, petite maison montréalaise dont le travail soigneux doit être salué.Difficile de déterminer, devant ces textes, s’il s’agit de nouvelles ou de contes.Toujours est-il qu’on a affaire à de courts récits extrêmement stylisés, d’allrue fantastique.(Certains mettent en scène de grands personnages de la littérature.Le monologue de Phèdre, d’inspiration racinienne, montre la reine se lamentant après la mort d’Hippolyùe, dans un chant épuré qu’on dirait écrit pour l’opéra.Les eaux légendes relate différemment le mythe de Narcisse (dont l’étreinte de lui-même et la noyade sont ici plutôt signes d’un accomplissement personnel), tandis que Voici l’homme, au titre ambigu.à la fois biblique et nietzschéen, donne la parole à un don Juan dont le mépris de la femme va au-delà du rapt physique.Les autres histoires, si leurs personnages ne sont pas aussi identifiables, relèvent néanmoins d’une atmosphère rappelant le merveilleux médiéval ou celui des contes de fées les plus sombres.Ainsi, dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, la reine noire Héraclée impose une nuit éternelle à son royaume.Informée par trois mages de la naissance d’un enfant dans cette contrée stérile, elle se fait confectionner un manteau orné de cent paires d’yeux sanguinolents arrachés dans le but de retrouver celui qui est maintenant devenu jeune homme et dont l’existence menace son pouvoir.Qn reconnaîtra ici un schème s’apparentant à l’histoire sainte, revue sous un autre jour.En effet, même si ces textes entretiennent un lien fort avec la tradition, il ne s’agit pas d’un simple emprunt, mais d’une interprétation, au sens théâtral ou musical du terme: rejouer les pièces anciennes pour leur conférer une nouvelle couleur.Car les récits de Haute et profonde la nuit possèdent une unité d’inspiration.Un certain nombre d’images réitérées finissent par former un univers semblable à nul autre.La nuit y règne, parfois éclairée de flambeaux; les paysages sont désolés, arides, rocheux; la grève est toujours présente, ligne de Mie entre le monde des hommes et l’océan, figure d’absolu; dans les villes et les palais, les substances précieuses le disputent à la poruriture et à la maladie.Des scènes étranges se déroulent dans ce décor onirique, comme des rituels ou des mystères dont le lecteur moderne ne connaîtrait pas les codes.Elles deviennent presque des poèmes en prose: «Sept petites princesses, aux Bornes d’empire, ont péri de visions étranges.Ornés de la magie des centaures sculptés dans l’ébène, leurs sept catafalques, escortés des familles, ont trois fois défilé à l’entour rocheux du palais.[.] Et, le soir montant des brisures et des cimes, les sept maisons accablées gravirent la falaise pour jeter aux tumultes océans leurs sept petites mortes, pâles et bleues.» La singularité de cet univers, et c’est là le plus grand mérite de Denys Gagnon, est assumée jusqu’au bout, rendue encore plus sensible par le biais d’un style rare, parfois précieux, qui joue des répétitions, des doublets, des inversions, des vocables évocateurs pour exploiter la langue française dans toute sa richesse et sa subtilité.L’écriture agit ainsi comme une caisse de résonance, pour conférer plus d’ampleur à ces nouvelles histoires extraordinaires.Collaborateur du Devoir HAUTE ET PROEONDE LA NUIT Qenys Gagnon Éditions de Cinq Heures, coll.«L’inclassable» Montréal, 2010 HISTOIRE Quand les Hurons étaient seigneurs.MICHEL LAPIERRE En 1651, LouisXIV, encore mineru, ratifie, avec l’accord de sa mère, régente, la concession de la seigneurie de Sillery aux «sauvages» devenus chrétiens.Il précise que ceux-ci exerceront lerus droits seigneuriaux «sous la conduite et direction» des Jésuites, l’ordre qui les a convertis.Des Amérindiens seignerus! Généreuse, l’idée ne frise pas moins Iq folie.La Erance, l’Angleterre, l’Église le penseront au détriment des Hruons! (Je sont en effet les néophjAes chrétiens de cette nation, réfiigiés près de Québec après avoir fui la région des Grands Lacs à cause de la menace iroquoise, qui occuperont la seigneruie avant de se réinstaller définitivement, en 1697, à la Jeune-Lorette (l’actuel Wendake).Dans C’est ma seigneurie que je réclame, ouvrage à l’érudition étorudissante, l’historien Michel Lavoie fait ime anafy-se serrée, décisive, de «la lutte des Hurons de Lorette pour la seigneurie de Sillery (1650-1900)».L’idée, extravagante même polu l’époque, d’une seigneruie réservée aux Hruons convertis souriait aux Jésuites du Canada parce que, poru ces derniers, sédentarisation rimait avec évangélisation.Dès 1637, l’un des religieux, Paul Le Jeune, vit dans les «réductions», petites républiques chrétiennes que ses confrères missionnaires avaient établies au Paraguay pour protéger les Amérindiens contre l’exploitation coloniale, des modèles poru la Nouvelle-Prance.xÆ- Une toile de Cornelius Krieghoff illustrant la vie des Hurons.Mais comment donner tort à Lavoie lorsqu’il montre que les Jésuites, «tuteurs» des Hurons, se comportèrent avec paternalisme, voire avec malhoimêteté, au point de demander à Louis XIV d’obtenir la seigneruie de Sillery en propre poru accaparer ainsi le bien de lerus «pupilles»?Le roi satisfit leru requête en 1702.A la décharge des Jésuites, on peut alléguer que les Hurons avaient quitté Sillery poru Lorette.Néanmoins, il faut, comme Lavoie, tenir compte du bref (1773) par lequel le pape Clément XTV, pour assurer la tranquillité politico-religieuse du monde catholique, supprimera la Compagnie de Jésus, car «les accusations contre elle se multiplièrent, principalement sur sa trop grande avidité des biens terrestres», selon Rome.En 1814, Pie VII recréera l’ordre.Après la Conquêfe, le pouvoir colonial anglais, l’Église catholique et le peuple (représenté par les députés) convoiteront, au Bas-Canada, les biens immenses des Jésuites (ceux de Sillery y compris).Les Britanniques iront jusqu’à en piller une partie.En 1888, sous Honoré Mercier, un partage de la valeur liquide se fera, en particulier au profit de l’ensei^ement supérieur.Mais, en dépit de leurs nombreuses JACQUES GRENIER LE DEVOIR pétitions, les Hruons de Lorette n’obdendront rien.Très métissés, presque fondus dans le reste du peuple québécois par l’usage quotidien du français, depuis longtemps leur langue maternelle, ces Amérindiens resteront-ils, au milieu de notre conscience, les victimes d’une injustice ineffaçable?Collaborateur du Devoir C’EST MA SEIGNEURIE QUE JE RÉCLAME Michel Lavoie Boréal Montréal, 2010,568 pages E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 JUILLET ET DIMANCHE I“AOUT 2010 LIVRES / / ESSAIS QUEBECOIS Les enfants de la science Louis Cornellier Il y a, au Québec, un million d’enfants de 12 ans et moins.Ils vivent dans un univers très différent de celui dans lequel nous avons nous-mêmes traversé cette étape de la vie.Aussi, nous prévient Pascale Millot, rédactrice en chef adjointe du magazine Québec Science, ils ont changé, «beaucoup changé».Peut-on dire, toutefois, que notre façon de les percevoir a suivi le mouvement?Dans son numéro spécial d’août-septembre 2010, Québec Science nous convie donc à une mise à jour à cet égard.L’enjeu, on le sait, est de taille.Les années d’enfance sont déterminantes pour le reste de l’existence.Aussi est-il nécessaire que les adultes soient bien outillés dans ce domaine afin d’accompagner adéquatement les enfants dans cette introduction à la vie.Par exemple, remarque le psychologue et ex-député Camil Bouchard, en préface à ce numéro, «la science nous indique très clairement que la pauvreté pèse lourd dans la genèse du décrochage scolaire, du décrochage social et du décrochage de la vie».Elle peut aussi indiquer la marche à suivre.C’est, en effet, grâce à des études scientifiques que Bouchard, à la fin des années 1990, est parvenu à convaincre Lucien Bouchard, alors premier ministre, et Jacques Léonard, président du Conseil du trésor, d’instaurer un réseau de services de garde à tarif réduit.Il leur a présenté un graphique démon- trant que «chaque dollar investi [dans un tel programme] permettait d’économiser 7,16 $ en services de rééducation, de réadaptation et autres».En permettant de mieux connaître les enfants, la science permet de mieux les aider à se développer pleinement.Les enfants, rappelle le sociologue André Tur-mel, sont devenus un objet de recherche scientifique à la fin du XtK® siècle.Çharles Darwin fut im pionnier dans ce domaine.A la naissance de son fils aîné, il commence à tenir un journal quotidien pendant plus d’im an, dans lequel «il étudie son bébé comme il l’a fait avec les tortues des Galapagos».Dans les années 1880, le psychologue américain Stanley Hall systématise l’étude de l’enfant Ces approches scientifiques, prévient toutefois Turmel, ne doivent pas imposer un rapport à l’eniance «trop restrictif et homogène».Le modèle de développement de l’enfant proposé par Piaget est certes pertinent mais il reste un modèle, justement qui ne doit pas faire oublier que «l’universalité de l’enfance» n’existe pas et que tous les enfants ne se développent pas de «manière aussi linéaire».Dans ce domaine, même la science n’a pas de recette.Les enfents des écrans L’omniprésence des écrans (télé, ordinateur, jeux vidéo) est une caractéristique de nos sociétés et du monde actuel de l’enfance.Plus encore, on remarque que, sur ces écrans, «le rythme des images et des effets sonores [s’est] accéléré de façon exponentielle».Plusieurs scientifiques ont étudié les effets de ces phénomènes sur les enfants.Dans un très solide reportage, la journaliste scientifique Catherine Dubé présente les résultats de leurs recherches.Le psychiatre Norman Doidge explique que ce rythme affolant et ces bruits saisissants dé- clenchent une «réponse d’orientation».Il s’agit d’une réaction physiologique à un changement soudain dans l’environnement immédiat.Ce phénomène explique pourquoi les écrans fascinent, «même lorsque le contenu n’est pas si passionnant».Le réel, en comparaison, peut paraître très ennuyant et ne plus parvenir à susciter la concentration, remarque le pédiatre Dimitri Christakis, de l’Hôpital pour enfants de Seattle.Le système attentionnel de l’humain peut être sollicité de l’extérieur (un bruit, une couleur vive) ou de l’intérieur, par un effort volontaire de concentration.Les enfants nourris d’écrans deviennent performants pour réagir à des stimulus externes, mais moins compétents quant à la capacité de se concentrer «sur un élément statique et silencieux», comme un livre.Le déficit d’attention, qui aurait aussi une composante génétique, n’est pas loin.Catherine Dubé cite des études qui établissent un lien «entre le nombre d’heures de télévision regardé avant l’âge de trois ans et l’apparition de problèmes d’attention plus tard dans l’enfance».Le docteur Christakis précise toutefois que les émissions éducatives dont le rythme est lent n’ont pas d’effet négatif à cet égard, mais qu’elles ont tout de même le défaut de priver le petit de sa meilleure source d’informa-tiop: ses parents, frères et soeurs.A partir de six ans, des jeux vidéo bien choisis, c’est-à-dire éducatifs, et pratiqués sans abus pourraient même «donner un petit coup de pouce aux synapses plutôt que de leur nuire».Mais qui joue à des jeux vidéo éducatifs?Ne vaudrait-il pas mieux, d’ailleurs, comme le suggèrent plusieurs scientifiques, aller jouer dans la nature, une activité qui améliore «l’attention des enfants hyperactif beaucoup plus que les jeux se déroulant à l’intérieur ou dans un espace extérieur bétonné»^ La science et les garderies Le sujet fait débat: les garderies sont-elles bénéfiques pour les enfants?La journaliste Dominique Eorget a rencontré des chercheurs qui n’hésitent pas à répondre oui.Une étude réalisée par la psychologue Ercilia Palacio-Quintin, de l’UQTR, conclut que «les enfants qui fréquentent la garderie en bas âge sont ensuite plus habiles avec le langage et meilleurs en mathématiques lorsqu’ils arrivent à la maternelle et au primaire», comparativement aux autres.Ils ont aussi plus d’habiletés sociales.Nathalie Bigras, de l’UQAM, a mené une étude qui montre que les enfants issus de milieux défavorisés fréquentant un service de garde structuré «obtiennent des scores de développement cognitif plus élevés que les enfants des mêmes milieux qui se font garder par un proche ou par leurs parents, à la maison».Il y a, toutefois, deux ombres au tableau: les enfants qui en bénéficieraient le plus sont ceux qui fréquentent le moins les services de garde et ces derniers, dans 25 % des cas, «surtout en milieu familial et dans les garderies à but lucratif, ne sont pas à la hauteur des standards de qualité attendus.En matière de journalisme scientifique, le magazine Québec Science, lui, ne déçoit pas.Toujours accessible, instructif et divertissant, il joue un rôle pédagogique et culturel indispensable dans la société québécoise.louisco@sympatico.ca QUÉBEC SCIENCE Entants: ce que la science révèle Août-septembre 2010,90 pages BEDE Pour qui sonne Fangélus ?FABIEN DEGUISE Les décisions impulsives ne sont pas forcément les meilleures.Clovis Chaumel, la quarantaine avancée, va en faire la découverte, im jour d’automne, en entrant au Musée d’Orsay à Paris, sans tiop savoir pourquoi.L’homme, un provincial, n’est pas un habitué de ces lieux qui présentent l’éternité à contempler.Il se demande même, à la caisse, ce qu’il a décidé d’aller faire à cet endroit.Devant U Angélus de Jean-François Millet, une huile sur toile datant de 1857, il va avoir un début de réponse à sa question, en perdant connaissance au contact de l’œuvre majeure d’un des pères de l’école de Barbizon.Et la chute de pression, on s’en doute, va terriblement bouleverser l’existence paisible de ce Clovis, un être qui tient en lui un secret dans lequel la célèbre scène de la paysannerie française semble jouer un rôle plus qu’important.Ce n’est pas banal.Avec L’Angélus (tome 1), Frank Giroud au scénario et Homs au dessin viennent donc alimenter brillamment cette nouvelle série intitulée Secrets (Dupuis), qui a décidé d’explorer, en cases et en bulles, l’univers des tabous familiaux, des non-dits et de ces mystères qui peuvent marquer durablement et inconsciemment plusieurs membres d’une famille.dans le temps.L’affaire du tableau, exploitée ici par le duo de créateurs, en donne une preuve vibrante.Avec une intrigue particulièrement bien ficelée, un découpage efficace, cette histoire prend Millet comme prétexte artistique pour rapidement plonger le lecteur dans une véritable enquête d’amateur qui va confronter Clovis à sa propre existence et bien sûr à ses démons.Et même s’il va falloir attendre la publication du tome 2 pour connaître le dénouement de cette aventure I * ' v • I Une case de L’Angélus d’Homs et Giroud dans l’inconscient familial, les la remise en question de son SECRETS premières pièces du casse-tête présent que va s’exposer la Tome f: L’ANGÉLUS laissent toutefois présager victime àe L’Angélus.Homs et Giroud qu’en levant le voile sur ce se- Dupuis cret passé, c’est finalement à Le Devoir Bruxelles, 2010,56 pages La vie plagiée par le petit écran FABIEN DEGUISE Prunelle est une jeune fille naïve, fraîche, authentique et plutôt gauche qui vit quelque part à Paris oû elle rêve d’ouvrir un cabinet de naturopathie.Prunelle a aussi le don de toujours se mettre dans des situations incroyables, de déclencher les quiproquos et de créer de sympathiques malaises dans ses rapports à l’autre.Ses voisins, son banquier, le quincaillier du coin et sa meilleure amie peuvent en témoigner.tout comme les fans de la série Ça n’arrive qu’à moi!, qui étrangement, sous les traits de l’actrice Johanna Lamberti, semble reproduire chaque semaine, au petit écran, les morceaux de vie d’une Prunelle perplexe devant cette découverte.Y a-t-il eu rupture du continuum espace-temps?La trente-naire devient-elle folle?Est-elle passée dans une autre dimension?Ou bien est-ce seulement là une base narrative géniale pour permettre au bédéiste Didier Tronchet, le père de Jean-Claude Tergal, de s’amuser avec et aux dépens d’une héroïne à qui l’on peut faire avaler des couleuvres, mais pas trop longtemps quand même?Débordant d’humanité et de sensibilité.Ça n’arrive qu’à moi! (Futuropolis), dont le livre premier vient de sortir, a aussi tous les ingrédients d’un bon divertissement: un texte solide, un comique sérieusement bien assemblé, des cases débordantes de couleur et un coup de crayon assumé qui servent brillamment cette jolie poire que le passage au four de la vie va finir par raffermir un peu.L’objet confirme aussi la terrible efficacité du monteur de cases et jongleur de bulles, un vieux de la vieille de l’écurie Fluide glacial, qui en une soixantaine de planches fait aussi monter une profonde envie: celle de mettre tout de suite le nez dans le tome 2, dont la date de parution n’a malheureusement pas encore été dévoilée.Le Devoir ÇA N’ARRIVE QU’À MOI! Didier Tronchet Futuropolis BruxeUes, 2010,64 pages POESIE Pour les grands et les moins grands HUGUES CORRIVEAU Les livres sont tout petits, à peine 12 cm par 12 cm, et admirablement illustrés.Et c’est tellement ludique d’approche qu’on voudrait les ouvrir, le sourire aux lèvres, conquis, et les refermer de même.Mais ce n’est pas toujours le cas.Chez Jean Laprise, le pari est tenu.Par exemple, même si «on lit dans les dictionnaires / Libellule: insecte archiptère», comment ne pas admettre que l’auteur puisse affirmer qu’on trouve plutôt dans son
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