Le devoir, 14 août 2010, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 4 CINEMA Trois temps après la mort d’Anna, le nouveau film de Catherine Martin Page E 5 ARTS VISUELS Un survol stimulant sur Fart des femmes au MNBAQ Page E 4 CULTURE ET UVR.ES Fantômes, folie ) et vieille campagne anglaise Finaliste au Man Booker Prize en 2009, L’Indésirable de Sarah Waters a été salué par Stephen King comme «le meilleur livre» de l’année CHARLIE HOPKINSON Uécrivaine britannique Sarah Waters «J’ai toujours été intéressée par le paranormal, mais pas avec l’attitude d’une croyante.Je laisse les possibilités ouvertes.En fait, ce qui m’intéresse plutôt, c’est pourquoi nous sommes attirés par ces phénomènes.» CAROLINE MONTPETIT Une vieille demeure anglaise, une famille décimée, un médecin de famille.N’y manquent plus que quelques fantômes, que Sarah Waters s’est empressée de convoquer.Le dernier roman de l’écrivaine britannique, L’Indésirable, vient en effet d’être traduit en français chez Alto.C’est une brique imposante, couchée sur du joli papier non ébarbé, enveloppée d’une couverture rigide.Sa version originale anglaise a été finaliste pour le Man Booker Prize l’année dernière.On lit les premières pages et on se retrouve plongé dans l’Angleterre d’après la Seconde Guerre mondiale, alors que le pays voit s’émanciper la classe ouvrière et décliner l’aristocratie ancestrale.«A cette époque, la classe ouvrière souhaitait de moins en moins entrer au service des grandes familles.Or ces familles, qui vivaient sur de vastes propriétés, avaient désespérément besoin de leurs services», raconte Waters.La grand-mère de Sarah Waters a elle-même été servante dans une grande propriété du pays de Galles, comme la mère du docteur Faraday, le personnage principal de L’Indésirable, qui est aussi le narrateur du livre.Comme Sarah Waters elle-même, le docteur Faraday fut le premier de sa famille à poursuivre des études universitaires, par lesquelles il est devenu médecin, symbolisant du coup cet affranchissement d’une classe ouvrière.La propriété d’Hundreds, donc, qui partage avec le docteur Faraday la vedette de L’Indésirable, tombe en ruine.Les châtelains qui la possèdent croulent sous les dettes.Les domestiques ne veulent plus y travailler.Le malheur semble s’acharner sur la famille, et l’on se demandera jusqu’à la fin si celle-ci est aux prises avec de mauvais esprits ou si elle souffre d’une tare génétique ou de folie héféditaire.A l’époque décrite ici, l’Europe s’intéresse à la psychanalyse.«Quelques médecins adhèrent alors aux principes de la psychanalyse, d’autres n’y adhèrent pas», explique l’auteur.Le lecteur lui-même sera partagé jusqu’à la fin entre une explication scientifique des phénomènes secouant Hundreds et une explication mettant en jeu des forces paranormales.li faut dire que Sarah Waters, dans des romans précédents, s’est passionnée de l’époque victorienne, et que L’Indésirable est tout empreint de la nostalgie de cette époque.On y parle de vieilles dames élégantes et polies, de «vraies dames d’autrefois» comme il ne s’en fait plus, par exemple.Sarah Waters a d’ailleurs patiemment étudié les vieilles maisons anglaises, leur architecture, pour rédiger son livre.«Je me suis intéressée à comment les gens s’habillaient à cette époque.J’ai lu des autobiographies de médecins», dit-elle.En parcourant SARAH WATERS la campagne anglaise, elle s’est dite surprise de voir, encore aujourd’hui, de nombreuses grandes maisons qui appartiennent toujours à des familles issues de l’aristocratie.«Plusieurs de ces propriétés anciennes ont aussi été prises en charge par un fonds national, d’autres ont été converties en hôtels», dit-elle, ajoutant par ailleurs que la société anglaise est peut-être moins dégagée de son passé qu’elle aime bien le penser.«Il y a encore des villages où l’on retrouve beaucoup de cette men- ______________ talité féodale», ajoute-t-elle.Avec L’Indésirable, Sarah Waters rompt pour sa part avec le reste de son oeuvre, où se retrouvaient toujours jusque-là des personnages homosexuels et lesbiens, saisis à différentes époques.«Il y a des lecteurs, et particulièrement des lectrices lesbiennes, qui ont été déçus de cela.Mais je n’ai pas rompu avec ma filiation lesbienne, loin de là.J’écris simplement les romans que j’ai envie d’écrire, et on ne peut pas plaire à tout le monde», dit-elle.Pour L’Indésirable, Sarah Waters s’est également glissée dans la peau d’un narrateur masculin, et tout son livre est écrit au «je».«J’étais très anxieuse à ce sujet.Je voulais que mon personnage soit vraisemblable, que ce qu’il éprouve soit vraisemblable, dans la peau d’un homme.» Le style de L’Indésirable rappelle Henry James, Edgar Allan Poe ou Daphné du Mau-rier.«J’aime tous ces auteurs», reconnaît-elle en entrevue.11 faut dire que Sarah Waters a toujours eu une passion pour la littérature «gothique».«Cette littérature ne regroupe pas tant d’auteurs que ça.C’est un petit univers», constate-t-elle.Quant aux phénomènes paranormaux, elle dit s’y intéresser depuis toujours également, sans nécessairement y croire.«J’ai toujours été intéressée par le paranormal, mais pas avec l’attitude d’une croyante.Je laisse les possibilités ouvertes.En fait, ce qui m’intéresse plutôt, c’est pourquoi nous sommes attirés par ces phénomènes», dit-elle.C’est avec cette ouverture aussi qu’elle laisse le lecteur interpréter les incidents étranges qui secouent la propriété d’Hundreds.Le maître de la littérature d’épouvante Stephen King a lui-même salué la venue de L’Indésirable comme étant «le meilleur livre qu’il ait lu cette année», ce qui, comme la nomination au Man Booker Prize, est encourageant pour Waters.L’Indésirable est en cours de publication dans 25 pays.Et la traduction d’Alain Defossé que nous propose ici Alto est tout à fait agréable.Le Devoir L’INDESIRABLE Sarah Waters Traduit de l’anglais par Alain Defossé Alto Québec, 2010,575 pages www.dvilisations.ca^ H E VA L EXPOSITION ET FILM IMAX"° MUSÉE CANADIEN DES CIVILISATIONS CANADIAN MUSEUM OF CIVILIZATION OTTiïmAClTIZEN 100, rue Laurier, Gatineau (QC) CanadS E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 CULTURE De chantiers en promesses 'y Odile Tremblay A l’angle des rues Saint-Pierre et Saint-Paul dans le Vieux-Montréal, je suis allée voir si le chantier, en cours depuis deux ans, avançait, mais tout est placardé.On n’entre pas.Avec sa façade en pierre de taille, l’édifice (deux immeubles fusionnés) de quatre étages, érigé en 1862 par John Ogüvy puis transformé au début du XX" siècle, servit longtemps d’entrepôt à la Holland Glass Trading Company.Voüà pour la petite histoire! Acquis parla mécène Phoebe Greenberg, rebaptisé Centre Phi, l’édifice devient fin 2011 un centre culturel Au même endroit, avant sa transformation, avait été tourné le film Next Floor, le court métrage de Denis Yilleneuve, si primé.Sur des images spectaculaires, on y voyait des dîneurs décadents s’enfoncer d’un étage à l’autre sans interrompre leurs agapes.Phoebe Greenberg avait financé le film, comme quelques autres, dont le non moins remarquable Danse macabre de Pedro Pires.Cette philanthrope possède du goût et du flair.Précieux et rare oiseau montréalais, Phoebe Greenberg fut derrière la compagnie de théâtre éclaté Diving Horse; elle a aussi fondé le centre DHC/ART) rue Saint-Jean, espace d’art contemporain aux expos de pointe et d’audace.Vrai cadeau aux citadins et aux touristes qui y trouvent un accès gratuit à des œuvres d’avant-garde.Le iitur Centre Phi, de son côté, sera à but lucratif et proposera des événements payants, en plus de pousser la création: spectacles, expositions, laboratoires d’expérimentation, studios d’enregistrement audiovisuel, restaurant, saUe de cinéma numérique.Ruche artistique en vue.On a hâte de voir ça.Danny Lennon, à la tête de Prends ça courfi sera le commissaire de la salle de projection, chargé de glaner au fil des festivals des longs métrages autant que des courts pour des représentations-événements.Mais, comme le précise Myriam Achard, la porte-parole du groupe Phi, pas question de concurrencer les salles commerciales de cinéma en laissant un film à l’affiche durant trois semaines.«On présentera en quelques séances seulement des œuvres non distribuées autrement, invitant des cinéastes ou des comédiens à discuter avec le public.Une sorte de petit festival à l’année, en somme.» Beau projet, qui ne résout pas à vue de nez la triviale question du manque de stationnement chronique dans le Yieux-Montréal.Mais qui vivra verra.Ça bouge en ville, hors du Quartier des spectacles.Des trucs plus pointus, à haute valeur culturelle, pointent à l’horizon.On parle beaucoup de l’avenir d’eXcentris, le complexe culturel du boulevard Saint-Laurenfi qui devrait retrouver sa vocation cinéphîlique.Son sort nous sera sans doute révélé après la saison des vacances.Mais d’autres projets sont à l’état d’ébauche ou de concrétisation.Quand on évoque le manque de salles de cinéma vouées au cinéma indépendant à Montréal, les gens du milieu évoquent parfois les complexes culturels en devenir, laissant l’impression que, de l’un à l’autre, c’est kif-kif.Le premier qui ouvre réglerait les problèmes de manque d’écrans consacrés.Allons donc! Ces initiatives ne se chevauchent pas vraiment.Mieux, elles se complètent Le Centre Phi, voué à l’expérimentation tous azimuts, ouvrira dès l’an prochain de nouvelles fenêtres dans le volet cinéma, mais en angle aigu.C’est le renouveau d’eXcentris qui pourrait auparavant combler les grosses brèches du film d’auteur.A chacun sa vocation.Chose certaine: on ne peut qu’applaudir à l’expansion de foyers culturels de qualité à Montréal, et ce, en divers quartiers de la ville.Ne parlons pas de concurrence, plutôt d’émulation.Dans notre métropole, les forces vives de l’art ont intérêt à se faire écho pour offrir des solutions de rechange au rouleau compresseur du divertissement, qui fut, qui est, qui sera longtemps, le seul vrai rival à affronter pour les centres culturels appelés à fleurir.Parlant art, j’ai fait cette semaine un petit crochet par la galerie Lounge de la Maison du Festival Rio Tinto Alcan, rue Sainte-Catherine, angle Berri.Parcours du combattant dans ce centre-ville en chantier qui ressemble au Beyrouth post-bombardement, mais hardi les braves! Pour voir les œuvres de Züon, franchissons les obstacles urbains! 11 est vrai que plus haut, rue Sainte-Catherine et sur la Main, ses visages dessinés sur la brique bravent depuis des décennies les intempéries.On les admirait avant de savoir que le graffiteur se nommait Raymond Püon, avant aussi qu’ü n’acquière la gloire et ne grisonne.L’expo de Zilon à la galerie Lounge s’intitule Jazz noir et plusieurs de ses œuvres, collages ou à l’encre, sont saisissantes.Pour les artistes issus de la nuit, de la marge et du royaume des ombres, les succès de fin de parcours n’éclipsent jamais la puissance des racines.Alors, il n’y a que Zilon pour rendre des regards au bord de l’abîme, des junkies, des musiciens de la zone, des tristesses et des fulgurances en miroir de gouffres intérieurs.Une de ses œuvres, en hommage à Mües Davis, je présume, Miles Dream, mêlant regard et silhouette envolée, a des traits si légers et puissants qu’on croit entendre gémir sa trompette.«Mon crayon.ï U Le Centre Phi, dans le Vieux-Montréal, deviendra fin 2011 xm centre culturel.JACQUES GRENIER LE DEVOIR mxm feutre, mon aérosol, mon pinceau, c’est du rock visuel, du jazz visuel, de la musique», dit-il.Qn va écouter la note noire de Züon avec nos yeux, mais c’est bien pour dire: nos oreüles cülent aussi.otremblay@ledevoir.corn E N BREF Gabrielle Roy en revue Dans la livraison de juin de L’Atelier du roman, revue trimestrieïïe publiée par Flammarion et à laqueïïe un certain nombre d’auteurs québécois coïïaborent assez régulière-menfi on trouve un dossier consacré à Gabrieïïe Roy.Ce numéro, qu’on achète en librairie, a son origine dans un coïïoque présenté l’automne dernier par rUniversité McGül, où l’on trouve François Ricard, le grand spécialiste de Gabrieïïe Roy, évidemment au cœur de ce numéro.«Si un jour Gabrielle Roy intègre, comme elle le mérite, la famille des grands romanciers à travers les siècles, elle le devra à l’amitié et la fidélité de François Ricard», écrit en ïïitroduc-tion le dfrecteur de la revue, Lakis Proguidis.Dans ce numéro spécial, coiffé comme toujours d’un dessin du grand Sempé, on trouve notamment des textes de Gilles Marcotte, François Dumont, André Major, Yvon Rivard, Michel Biron et Isabelle Dasu-nais, sans compter une nouvelle magnifique.Où iras-tu Sam Lee Wong?, signée par Gabrielle Roy.- Le Devoir ROMAN Gabrlellü Roy : le grand petit contexte 1 Flammarion a" présente Hydro Québec Institut Canadien d'Art Vocal LES GRANDES SOIRÉES DE LTCAV.SALLE Claude-Champagne - Université de Montréal La fille du régiment, opéra de Gaetano Donizetti présenté le 19 août 2010, à 20h Dirigé par Maestro Paul Nadler Joshua Major, mise en scène Jérémie Pelletier, pianiste Kimberley Dolanski, Marie Jonathan Blalock, Tonio Manuel Blais, Sulpice Aidan Fergusson, Marquise de Berkenjîeld Pierre Rancourt, Hortensias Mignon Dunn, Duchesse de Krackenthorp Philip Allan Kalmanovitch, Caporal et tout un régiment.Concert Gala de l'ICAV Présenté le 21 août 2010, à 19h30 Venez découvrir les voix de demain dans de nombreuses prestations solos, en petits ensembles et en grand ensemble.Accompagnement de piano.Dirigé par Maestro Paul Nadler Billets : 25$ régulier, 15$ aînés et 10$ étudiants Informations : (514) 343-6427 Faculté de musique Réseau ADMISSION : (514) 790-1245 200, Vincent d’Indy, Montréal www.icav-cvai.org ^ Édouart-Montpetit CINEMA Le chant du cygne de Godard ?ODILE TREMBLAY ^ilm Socialisme de Jean-Luc Godard, présenté au dernier Festival de Cannes, était, du Jean-Luc Godard Socialisme lors de la MIGUEL MEDINA AEP sortie de Film propre aveu de son auteur, un chant du cygne, l’ultime long métrage de sa carrière.Reçu assez froidement sur la Croisette d’ailleurs, car alambiqué, livré par fragments décousus comme il nous y a habitués dans ses dernières œuvres.Ses dialogues sont ici publiés (éditions EQ.L) avec visages d’auteurs, photos de ceux qu’ils citent ou qui l’ont inspiré, vivants ou morts — de Shakespeare à Jean-Paul Sartre, en passant par Beethoven, les chanteuses Barbara et Joan Baez, la romancière George Sand, etc.11 adjoint une lettre manuscrite de Jean-Paul Curnier, écrivain philosophe qui jouait son propre rôle dans le précédent Godard, Notre musique, et commente le projet Film Socialisme.L’ouvrage est un bel objet aéré et certaines phrases du film luisent dans la nuit: «Mettre à l’abri toutes les images du langage / Et se servir d’elles/ Car elles sont dans le désert/ Où il faut aller les chercher.» Mais l’ensemble est incohérent.comme le film.Le Devoir Journée du livre haïtien Le samedi 21 août prochain se tiendra,une Journée du livre haïtien.A cette occasion, la quasi-totalité des écrivains québécois d’origïïie ou de culture haïtienne se retrouveront sous un même toit.Fête du livre, fête d’une culture souvent en exil, cette Journée du livre haïtien se tient pour une troisième année au rez-de-chaussée du Centre N A Rive, au 6971 de la rue Saint-Denis, à l’angle de la rue Bélanger.Si vous prenez le métro, arrêtez-vous à la station Jean-Talon.Au nombre des activités: une rencontre à 14h avec Dany Laferrière et, une heure plus tard, un hommage à l’écrivain Georges Anglade, décédé lors du terrible tremblement de terre.Seront présents, notamment: Franz Benjamin, Kesler Bre-zault, Serge Cham, Joël Des Rosiers, Fred Doura, Roger Edmond, François Foresfi Edgard Gousse, Joe Jack, Jan J.Dominique, Dary Jean-Charles, Joseph-Sauveur Joseph, Gary Klang, Stéphane Martelly, Beatrice Maurose, Rodney Saint-Eloi et Frantz Voltafre.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 E 3 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Les jeunes chefs au pouvoir Mode ou lame de fond ?Le monde de la musique classique vit depuis quelques années un bouleversement majeur: l’arrivée au pouvoir, à des postes de plus en plus importants, de chefs d’orchestre de plus en plus jeunes.Est-ce une chance ou un saut dans le vide?CHRISTOPHE HUSS Dans une entrevue-portrait {Le Devoir, 17 juillet), le chef autrichien Manfred Ho-neck , directeur musical de rOrchestre de Pittsburgh, qualifiait de «forme de scandale» la propension de grands orchestres à nommer des chefs de plus en plus jeunes.«Faire jouer ensemble des musiciens est à la portée de chaque chef un peu doué.Mais pour transmettre quelque chose au public, un chef a besoin de beaucoup plus de temps», disait-il.Le fait qu’un chef devait avant tout se construire avant de rendre ce patrimoine de connaissances et d’expérience au public était, il y a vingt ans encore, une lapalissade.Ce processus d’édification musicale avait une sorte de modèle européen: le passage par ce qu’on appelle les «opéras de répertoire», des maisons; dans de nombreuses villes allemandes, notamment, on présente un opéra différent chaque soir.Il y a certes les nouvelles productions, mais, entre-temps, les anciennes sont reprises, avec des chanteurs membres d’une troupe et des chefs associés à l’institution.Un jeune chef pouvait, en apprenant son métier à la dure, diriger en une saison une cinquantaine de soirées et quinze opéras différents.Tous les Kara- jan, Bohm, Wand, Szell, Reiner et autres ont fait leurs classes ainsi.Parmi les encore assez jeunes baguettes d’aujourd’hui, Vladimir Jurowski et Stéphane Denève sont passés par cette école de la vie et de la musique.L’autre cas de figure est celui du musicien d’orchestre qui devenait chef au bout d’un certain temps.On pense à Toscanini, à Giulini, à Walter Weller.Ce modèle existe toujours aujourd’hui: Manfred Honeck, ancien alto solo du Philharmonique de Vienne, et Jaap van Sweeden, ancien Konzertmeister du Concertgebouw d’Amsterdam, en sont des exemples actuels.En Amérique du Nord, la séparation entre les institutions symphoniques et lyriques a toujours été plus grande.Les ascensions fulgurantes se sont surtout opérées lorsqu’un chef assistant était amené à remplacer au pied levé un grand maître.Le cas de Leonard Bernstein, «naissant» un soir de novembre 1943 à New York, alors que Bruno Walter était tombé malade, est le plus emblématique.Ce cas de figure existe toujours, même s’il est largement minoré par la longueur d’obtention de permis de travail aux Etats-Unis.Il n’est plus possible pour un jeune chef — allemand comme québécois — d’être appelé pour remplacer James Levine au U g JACQUES NADEAU LE DEVOIR Yannick Nézet-Séguin, que l’on voit ici à la tête de l’Orchestre métropolitain, vient d’obtenir la direction de l’orchestre de Philadelphie.Symphonique de Boston trois jours plus tard.Cela fait neuf ans que cela dure, et cela ne s’arrange pas.Certains ont pourtant eu cette chance, tel le Français Ludovic Morlot, alors assistant à Boston (donc travaillant déjà aux Etats-Unis), amené à diriger le Philharmonique de New York et le Symphonique de Chicago dans la même année.Morlot vient d’être nommé directeur musical de l’Orchestre de Seattle.Les in^édients du phénomène Le jeunisme en matière de direction d’orchestre, arrivé avec la médiatisation de l’image, fut d’abord un phénomène de foire sans lendemain.C’était dans les années 40 et 50.Sont alors apparus les «chefs en culottes courtes».Quatre noms restent associés à cette mode: Lorin Maazel, Piero Gamba, Roberto Benzi et Alain Lombard.Le premier n’a jamais quitté l’affiche et le caractère trempé du dernier l’a probablement privé d’une carrière qui aurait dû être bien plus grande.Par contre, les deux autres ont sombré.La vogue actuelle est née dans un pays plus connu pour modeler des candidates à Miss Monde que pour former des chefs d’orchestre: le Venezuela.Gustavo Dudamel est le produit d’El Sistema, un mouvement visant à faire sortir les jeunes de la misère par l’éducation musicale.Cette initiative visionnaire de José Antonio Abreu a non seulement changé son pays, mais aussi le monde musical.Dudamel, diamant brut, aujourd’hui chef du Philharmonique de Los Angeles, a imposé au monde l’image du chef enthousiaste, remuant, «allumé».C’est là qu’intervient le marketing, car les agences d’artistes ont pris la balle au bond pour convaincre maints acteurs du métier que le jeunisme était la bouée de sauvetage de la musique classique, la manière d’influer notablement sur la pyramide d’âge des consommateurs.Yannick Nézet-Séguin, devenu en trois ans le «second most exciting young conductor, after Dudamel», vient d’obtenir la direction de l’orchestre de Philadelphie.Partout, ou presque (Chicago et Boston sont de notables exceptions) , on ne cherche plus un chef; on cherche un jeune chef.Le phénomène est largement rendu possible par la fulgurante progression du niveau des musiciens d’orchestre et des orchestres en général.Le boulot d’éducateur d’orchestre devient alors un boulot d’animateur de collectif musical.Et la majorité des orchestres privilégient le gars sympa plutôt que le musicien exigeant.Le quotidien allemand Berliner Morgenpost a magnifiquement résumé cela en un titre, cette semaine: «Chef d’orchestre 2.0: copain, plus que tyran».La nouvelle génération, qui est en train de glaner tous les postes qui revenaient habituellement aux quinquagénaires ou sexagénaires, drainera-t-elle ce nouveau public tant espéré — quel est-il, quelle sera sa fidélité ou rémanence?— tout en nourrissant musicalement le noyau des mélomanes, considéré, souvent un peu légèrement, comme acquis?La réponse à cette question lors de la présente décennie déterminera s’il s’agit d’une mode ou d’une lame de fond.Si les tireurs de ficelles se trompent, espérons qu’après il ne sera pas trop tard.Le Devoir ^PŒL ET BLUES Le blues vert des vieux SERGE TRUFFAUT Deux fois par année, parfois trois mais plus rarement, les vieux de la vieille nous régalent.C’est le cas ces jours-ci avec Pinetop Perkins et Willie Smith, dit Big Eyes Smith, qui proposent un album intitulé Joined at the Hip sur l’étiquette Te-larc.Au cas où on ne serait pas au courant comme au parfum, le premier est pianiste, le deuxième chante et joue de l’harmonica.Pour bien camper ce que font musicalement ces messieurs aujourd’hui, il faut rappeler deux ou trois faits de leur passé.Et tout d’abord, l’énorme point commun qu’ils partagent: ils ont été membres de la phalange des phalanges du blues.Laquelle?Celle qui avait pour éclaireur comme pour chef McKinley Morganfield, dit Muddy Waters ou «eaux boueuses».Les eaux boueuses sont celles évidemment du Mississippi.Cette précision géographique n’est ni gratuite ni vaine.Comme Waters, comme l’auteur de The Same Thing, Perkins est né au Mississippi.Quand?Le 13 juillet 1913.Il a donc 97 ans.Il est l’aîné de B.B.King.Il est au blues ce qu’Eubie Blake fut au jazz, ou plutôt au ragtime.Perkins a rejoint Waters en 1969 et ne l’a plus quitté.Ce faisant, il a rejoint les «gros yeux» qui venaient de réintégrer le groupe après avoir fait le taxi ^ Chicago pendant trois ans.A l’époque, Smith était le batteur, le ponctuateur de What’s the Matter with the Meal.Mais le premier instrument de Big Eyes, né dans I’Arkansas il y a 76 ans, fut bel et bien l’instrument par excellence des pauvres: l’harmonica.Depuis la mort de Waters, le compositeur de Mannish Boy, les deux compères se sont retrouvés régulièrement dans le cadre du Legendary Blues Band lorsqu’ils n’accompagnent pas Pinetop Perkins \\4llie'Big Eyes Smith Joined at the Hip est un album rafraîchissant même s’il a été fait par des vieux Hubert Sumlin ou d’autres vétérans revenus de tout.Tout cela pour dire, voire souligner, que Joined at the Hip est un aboutissement.Parce que, comme because, il est fait en grande partie de compositions originales, toutes signées Willie «Big Eyes» Smith, qui allient le réalisme avec l’humour.Autrement dit, cet album n’est pas un album de reprises.Ce n’est pas un album cultivant la nostalgie à l’égard de Muddy Waters, de Willie Dixon ou de Howlin’ Wolf.Dit autrement, c’est un album rafraîchissant même s’il a été fait par des vieux.Même si on est en terrain connu dès la première seconde.n faut dire qu’entre autres talents, nos deux compères possèdent celui de savoir s’entourer: Bob Stroger est à la basse, Kenny «Big Smile» Smith, fils de «Gros Yeux», est à la batterie, Little Frank Krakowski est à la guitare rythmique et.John Primer à l’autre guitare.Au cas où vous ne seriez pas au courant comme au parâim, dans le genre dit Chicago blues.Primer appartient à la catégorie rassemblant Hubert Sumlin, Buddy Guy et Otis Rush.Question justesse, question juste à temps.Primer a un sixième sens.Il est hallucinant parce qu’il est l’archétype du type qui joue mine de rien.Ce CD est essentiel à la puissance 1000.Le Devoir THEATRE da SILVA JOURNEE FRATERNELLE GILBERT LANGEVIN sur les bords de la rivière Richelieu Samedi, 28 AOÛT à partir de 14 h Pour toutes celles et ceux qui aiment dire ou écouter la poésie Tout est gratuit.Rens:(450)787-2549 (450)207-0771 http://gilbertlangevin.com a" Hydro ^ Québec Le Festival iNTERNAnONALDU Domaine Hydro Québec présente festival Orford 2010 MERCREDI 18 AOUT, 20H30 Les Soirées Jazz TIGER OKOSHI, trompette SYLVAIN PROVOST, guitare LORRAINE DESMARAIS, piano FRÉDÉRIC ALARIE, contrebasse YVES BOISVERT, batterie Deloitte Samson Bélali/Delottte&lbudie JEUDI 19 ET VENDREDI 20 AOUT, 20H30 Musique Nouvelle eu Charlevoix LE NOUVEL ENSEMBLE MODERNE Direction: h LORRAINE VAILLANCOURT SAMEDI 21 AOÛT, 20H30 Les Grands Concerts LES VIOLONS DU ROY Direction: JEAN-MARIE ZEITOUNI y L Jt?.centre d’arts , fVorford JEAN-FRANÇOIS RIVEST : DIVERTISSANT MOZART » I Desjardins CASINO CHARLEVO LES BRUNCHES-MUSIQUE Dimanche 22 août ROBIN GRENON & GISÈLE GUIBORD, harpes Harpes du Paraguay Dimanche 29 août BERNARD CIMON, accordéon Chanson française INFORMATION ET RESERVATIONS : 1 888-DFORGET (336-7438) www.domaineforget.com Concert de clôture du Festival Orford 2010 Dimanche 15 août à 14 h 30 Église Saint-Patrice, Magog Choslakovitch : 1936 La Cinquième Symphonie Wonny Song, piano Orchestre de l'Académie Orford ~ OAO! Jean-François Rivest, chef d'orchestre Au programme : Wagner Chopin Chostakovitch Tristan und Isolde, Prelude et Liebestod Concerto pour piano n° 2, en fa mineur, op 21 Symphonie n° 5 en re mineur, op 47 www.arts-orford.org | 1 800 567-6155 Québec! Patrimoine Canadian canadien Heritage CtndMfcM MmAiAie QuébecI Coiwuiaesartt et(fe«/ettres bonJowqHebecodm Québec I 1^1 Patrimoine Canadian ARCHAMBALUT?! .ESPACE ^MUSIQUE ça?™ i ESPACE ^MUSIQUE loa?'" LE DEVOIR E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 DE VISU Survol stimulant sur l’art des femmes Au Musée national des beaux-arts du Québec, une exposition exceptionnelle présente la grandeur des oeuvres des femmes au cœur de l’art contemporain FEMMES ARTISTES L’ÉCLATEMENT DES FRONTIÈRES, 1965-2000 Musée national des beaux-arts du Québec Parc des Champs-de-Bataille Jusqu’au 10 octobre 2010 MARIE-ÈVE CHARRON Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), à travers cette exposition conçue strictement à partir des œuvres de sa collection, confirme la richesse de la contribution des femmes à l’art contemporain.Dès l’amorce de l’exposition, il s’agit d’une enfilade serrée d’œuvres toutes plus stimulantes les unes que les autres, à quelques exceptions près.Ce volet fait suite à un premier, tenu l’été dernier et présenté cette année au Musée d’art de Joliette, qui se consacrait à l’art des femmes entre 1900 et 1965.Les deux volets ont été initiés par la directrice générale du Musée, Esther Trépanier, pour souligner son entrée en fonction, qui remonte à septembre 2008.En plus de marquer l’arrivée d’une femme à la tête du Musée, le projet faisait valoir un des champs de spécialisation de la directrice.qui a déjà consacré de nombreuses recherches à l’art moderne au Québec, notamment à celui de femmes peintres.Alors qu’Esther Trépanier était chargée du premier volet, la barre du volet en cours a été tenue par le conservateur en art contemporain Pierre Landry, lui aussi entré en fonction en 2008, mais qui vient de quitter l’institution.En ayant recours à six regroupements thématiques, plus convenus que risqués, Landry a heureusement évité le piège du fourre-tout, malgré un corpus au départ fort hétéroclite.Du corps au politique Le thème des «Figures du corps» qui accueille le visiteur est d’ailleurs tout indiqué.Avec les œuvres de Louise Robert, de Erançoise Sullivan et de Carol Wainio, entre autres, cette section rappelle un tournant où les artistes délaissent l’abstraction pure en peinture pour réintroduire d’autres référents, en l’occurrence ici le motif du corps, souvent travaillé par les femmes.Le thème suivant, «D’une chose à Vautre», n’est pas aussi clairement posé, mais s’arrête également sur des pratiques charnières qui, comme chez Jocelyne Alloucherie et Martha Townsend, se fondent sur le vocabulaire de la sculptu- 81 J COLLECTION MNBAQ Le Secret (1996), de Claudie Gagnon.Bois, carton et objets trouvés.CIRQUE DU SOLEIL, ARTISANS '\ RÊVE MOSTUMES W£RQUE DU SOLEIL NTREE GRATUITE ! LES MERCREDIS DE 17 H A 21H Musée McCord El COLLABORATION AVER ^ Desjardins re minimaliste pour en modifier la portée, soit par l’apport de matériaux nouveaux, soit en faisant des références diverses, au paysage, au temps, à la mémoire et à l’identité, par exemple.Une centaine d’œuvres sont ainsi réunies dans les deux salles de l’exposition, au demeurant réparties dans des pavillons différents.Si, en général, les rapprochements thématiques sont cohérents et les échos formels judicieux, il reste que l’accrochage ne respire pas suffisamment et force des entassements parfois déplorables qui nuisent à la compréhension des œuvres.Ainsi, L’Hôtel (1989) d’Angela Grauerholz se trouve en étroit face à face avec Parfum (1991) de Geneviève Cadieux, une photographie d’assez grande dimension.11 est en outre impossible d’apprécier cette œuvre avec le recul nécessaire, d’autant qu’elle se trouve à la sortie d’une salle construite pour abriter l’imposante installation La Salle de classe (1977-1980) d’Irene Whit-tome, un autre morceau majeur du corpus ciblé.Malgré l’entassement des œuvres qui prévaut aussi dans la seconde salle, d’autres pièces captivantes s’y trouvent, avec «L’humour» et «Du regard politique», deux thèmes désignés par le commissaire comme des sphères où les artistes femmes se sont particulièrement fait valoir par des approches critiques.L’ambitieuse mosaïque de photographies de Raymonde April, intitulée Tout embrasser (2000-2001), fait bonne figure sous une autre rubrique, à savoir «Le documentaire et au-delà», où se trouve également le travail de Claire Beaugrand-Champagne, une pionnière en photographie trop souvent oubliée.Les séries de Clara Gutsche et de Raphaëlle de Groot, réalisées avec des communautés de religieuses, se répondent à merveille dans cette section.Elles le font avec des approches fort différentes, à l’image de l’art contemporain en général, dont les pratiques vont dans toutes les directions.Le sous-titre de l’exposition, «L’éclatement des frontières», reprend d’ailleurs ce poncif de l’art contemporain qui suit l’apogée du modernisme, où l’abstraction picturale et l’auto-référentialité étaient plutôt de mise.La présence de plus en plus importante des femmes en art à partir des années 1960, période qui coïncide avec le mouvement de libération de la femme et le féminisme, a d’ailleurs largement contribué à cet éclatement des frontières (entre les disciplines, entre l’artiste et la société, entre le spectateur et l’œuvre, entre la culture d’élite et la culture populaire, entre le privé et le public, etc.).Les textes muraux ponctuant le parcours de l’exposition auraient toutefois pu faire ressortir davantage cet apport crucial des femmes dans l’art contemporain et ses enjeux, justifiant ainsi avec plus d’éloquence qu’on leur consacre en exclusivité une exposition.11 est vrai que l’exposition n’a pas la prétention de proposer un nouveau récit de l’art COLLECTION MNBAQ L’Homme générique (1989), de Jana Sterbak, épreuve à la gélatine argentique sur plexiglas et bois.contemporain des femmes au Québec ni de réfléchir sur la façon dont l’institution des plaines d’Abraham fait la collection de cet art.Même si les enjeux ne sont pas toujours explicités et que les œuvres sont parfois desservies par l’accrochage, l’exposition s’avère une introduction honnête pour les visiteurs non initiés à ces questions.Quant aux autres, ils ne bouderont pas l’occasion de voir ou de revoir des pièces importantes de l’art du (Juébec.D’ailleurs, avec le catalogue publié en complément à l’exposition, le MNBAQ inaugure la collection «Arts du Québec», qui se consacrera à la recherche dans ce secteur.En plus de la partie rédigée par Pierre Landry, l’ouvrage présente un texte d’Esther Trépanier portant sur le premier volet de l’exposition — lequel est d’ailleurs plus développé et parfois plus pointu — ainsi que les biographies des 101 artistes femmes.Cet ouvrage est appelé à devenir une référence.Paréidolies de Nicolas Baier Au MNBAQ, ne manquez pas de voir les œuvres récentes de Nicolas Baier, qui sont vrai- ment à couper le souffle.L’artiste capte avec la photographie la surface de choses anodines, feuilles de papier, calcaire et miroir par exemple, pour en tirer des paysages mirifiques ou des plans abstraits saisissants.Le commissaire, l’ex-collègue au Devoir et actuel conservateur de l’art contemporain au Musée régional de Rimouski, Bernard Lamarche, écrit à propos de Vanités, pièce maîtresse de ce corpus, qu’elles «révèlent l’avidité du regard à percevoir même ce qui n’y est pas».Collaboratrice du Devoir r Exposition des aquarelles de Normand Laurin à l'Auberge Val Carroll 50 ch.Val Carroll, Harrington, Québec samedi et dimanche 21 et 22 août de11h.à17h.tel.450 562 1272 COLL.MNBAQ © IRENE WHITTOME / SODRAC (2010) L’Oeil (1970), d’Irene Whittome.Sérigraphie, ouate et boîtier.690.BIE tIEBBBOOKE OBEST, BIONTBIAL METBO McBILL / AUTOBBS 24 WWW.IIBSEE-BICCOBB.0C.CA Avant d’entrer dans l’automne.SAINT-BENOÎT-DU-LAC 9 septembre - un concert et la découverte de DOM BELLOT, architecte et homme d’église MONTRÉAL - HENRI BOURASSA 19 septembre - conférence pour célébrer le 100® anniversaire du journal LE DEVOIR! ^^%eaux detours www.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont JEAN-FRANÇOIS GIRARD Qume m m\/ie en mie VERNISSAGE: Mercredi 18 août, de 17h à 20h f\ Un conte multimédia débutera à 18h ^ GALERIE BERNARD 3926, rue Saint-Denis, Montréal SurNAÎuRtL T : 514.277.0770 Galerie Walter Klinkhoff AU SERVICE DES COLLECTIONNEURS DEPUIS PLUS DE 50 ANS 1200, ruG Sherbrooke OuGst, Montréal (Québec) H3A1H6 | 514.288.7306 www.klinkhoff.com Si VOUS songez à ventJre des œuvres d'art d'importance, nous vous invitons à nous consulter, en toute confidentialité, à info@klinkhoff.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 E 5 CINEMA Guylaine Tremblay François Papineau Trois temps après la mort d’Anna un film de Catherine Martin PRESENTEMENT A L'AFFICHE ! Un deuil en hiver Catherine Martin signe un beau film grave et patient autour d’une histoire toute simple TROIS TEMPS APRÈS LA MORT D’ANNA Réalisation et scénario: Catherine Martin.Avec Guylaine Tremblay, François Papineau, Sheila Jaffé, Denis Bernard, Denise Gagnon, Paule Baillargeon, Gilles Renaud, Gary Boudreault.Image: Michel La Veaux.Montage: Natalie Lamoureux.Musique: Robert M.Lepage.ODILE TREMBLAY Un beau hlm grave, patient, pprent du cinéma de Bernard Emond, le compagnon de vie de Catherine Martin, mais Trois temps après la mort d’Anna, en demeurant dans la retenue, laisse quand même l’émotion s’affirmer plus librement que chez le cinéaste de La Neuvaine.Catherine Martin possède sa propre touche, très féminine, déjà admirée dans son Mariages.Guylaine Tremblay, vedettp de Contre toute espérance d’Emond, est ici dirigée par Catherine Martin avec une même quête de vérité.Traquée en gros plans, mais faisant également parler son corps, sa nuque, son intériorité, cette comédienne livre une extraordinaire interprétation.L’histoire, toute simple, est celle d’une femme dont la hile unique, violoniste, est assassinée après un concert sublime par un maniaque.Elle part vivre seule son deuil dans la propriété familiale de Kamou-raska, retrouvant là un amoqr de jeunesse, un peintre, E-douard (FrançoisPapineau).Trois temps après la mort d’Anna est le film d’une douleur, mais aussi de l’instant qui oscille entre le choix de la mort et celui de la vie, sur un scénario à la ligne parfois trop fragile.Après une courte entrée en matière, le dernier concert, puis la découverte de la jeune fille morte dont on n’assistera ni au trépas ni aux funérailles, l’action basculç dans le deuil de Françoise.À travers ce parcours initiatique Sheila Jaffé et Guylaine Tremblay dans Trois temps après la mort d’Anna, de Catherine Martin doublé d’un saut dans le vide, cette femme affrontera les fantômes de sa vie — mère, grand-mère, hile disparue — réincarnés dans sa chambre, en des moments très émouvants.Comme dans son précédent film.Mariages, les relations entre les femmes et les rituels qui s’y rattachent constituent des liens de transmission qui permettent avec poésie et mystère de surmonter les épreuves.On a l’impression que diffé- rentes influences picturales, dont Georges de La Tour pour les lueurs éclairant le visage de l’actrice et La Mort de Marat de Louis David pour la scène très stylisée de la jeune hile assassinée, ont inspiré la cinéaste et les magnifiques images de Michel La Veaux, qui constituent une des grandes forces du hlm.Claude Jutra avait immortalisé Kamouraska au cinéma.Cette fois, en une fin d’hiver, le même village superbe, avec ses paysages d’hiver et de neige, est livré dans une perspective d’intimité plus forte, et la beauté du panorama et de l’architecture, la musique inspirée, un traitement de la lumière exceptionnel pour les scènes intérieures, épousent ici les états d’âme des protagonistes.Ceux de Guylaine Tremblay surtout, qui a dû plonger pour capter des états d’extrême tension intérieure.Mais aussi à travers le jeu plein d’humanité de François Papineau, un des meilleurs acteurs québécois de sa génération, incarnant avec une puissance rentrée un homme blessé et solitaire rattrapé par l’amour.Certaines figures, celle du mari campé par Denis Bernard surtout, auraient gagné à être développées davantage, ne serait-ce que pour créer une tension à l’intérieur des choix amoureux de Françoise.Endeuillé comme son épouse, ce personnage se voit relégué MICHEL LA VEAUX presque à la figuration, ce qui nuit à la vraisemblance de l’histoire.La lenteur des scènes, tout en servant le climat du film, en plombe quand même parfois le rjdhme.Quant au dénouement, il aurait mérité d’être un peu accentué pour gagner de la force.Ce qui n’enlève pas sa grande beauté et sa charge dramatique et poétique à Trois temps après la mort d’Anna.Le Devoir Le tourbillon de la vie LES REGRETS Réalisation et scénario: (Jédric Khan.Avec Yvan Attal, Valéria Bruni Tedeschi, Arb^ Jover, Philippe Katerine, François Negret.Image: (Jéline Bozon.Montage: Yann Dedet.Musique: Philip Glass.ODILE TREMBLAY f Evidemmenf il était difhcile d’éviter les clichés dans un hlm abordant les amours illégitimes et passionnées.Motif classique du septième art.D’autant plus que Cédric Khan a voulu rendre hommage à La Femme d’à côté de Truffaut.Mais bien des cinéastes tâtent un jour ou l’autre du drame sentimental.Je l’aimais de Zabou Breitman, sur nos écrans l’an dernier, jouajt dans ces mêmes ornières.À chacun d’y greffer son style.Cédric Khan, qui avait brûlé l’écran avec des hlms éclatants comme L’Ennui et Roberto Zucco, égare un peu sa force dans une œuvre qui avance sur des chemins déjà balisés, en empruntant toutefois la voie plus originale du suspense sentimental.Ce hlm, pourtant déparé par un scénario minceur et de nombreuses redites qui alourdissent sa trame, repose brillamment sur les épaules des deux interprètes principaux, unis par une vraie chimie.Tant Yvan Attal, acteur toujours juste et intense, que Valeria Bruni Tedeschi, épous-touhante, sauvent cette histoire convenue de l’insignihance.Mal^é la musique inspirée de Philip Glass et la mise en scène nerveuse de Cédric Khan, Les Regrets (beau titre mélan- colique) s’est amarré aux sentiments sans chercher à les justiher par des détours scéna-ristiques trop explicites, force et faiblesse de ce hlm qui mélange parfois les genres sans crier gare.Le hlm nous est servi surtout à travers le regard de Mathieu (Attal), architecte qui travaille en tandem avec son épouse et retrouve après la mort de sa mère un amour de jeunesse.Maya (Valeria), mal mariée à un ivrogne grotesque (Philippe Katerine, comique dans le genre).Ils perdent la tête, se retrouvent oû ils peuvent pour de brûlantes étreintes, rêvent de tout reprendre à zéro, jouent de la valse-hésitation jusqu’à l’absurde, alors que Mathieu sombre dans un épisode de folie pure.Les regrets ne sont t l pas qu amoureux ici, mais embrassent les mauvais choix de vie, de la jeunesse à la quarantaine, avec rêve de changements de cap.L’amour-maladie se nourrit de malaises, de frénésies, plutôt que de joies.Ça se joue à coups de messages textes, de gares en hô- tels, d’hôpital en bureau d’architecte, sur les autoroutes, à Paris comme au milieu de la campagne profonde.La passion est nourrie par les obstacles, dont les revirements ne sont pas toujours logiques.Le choc des corps dans une hèvre sauvage, les pulsions et mirages nourris de l’échec de leur relation de jeunesse.L’aspect dérisoire de ces êtres marionnettes que le destin ballotte s’appuie jusqu’à un dénouement en escalier, trop lourd.Le Devoir SOURCE EUN EILMS Yvan Attal et Valeria Bruni Tedeschi dans Les Regrets, de Cédric Khan ?Telerama Studio Cine Live Le Monde «Un film très intéressant et bien interprète» Julie Laferrière, L'été du monde VALERIA BRUNITEDESCHI YVAN ATTAL PHILIPPE KATERINE ARLYJOVER www.lesregrets-lefilm.com UN FILM DE CÉDRIC KAHN FRANCOIS NEGRET A UAFFICHE EN EXCLUSIVITE CINÉMA nXRALLÈLE tous les jours: 13h00 - 15h00 - 19h00 E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 CINEMA Sans temps mort ni temps fort Mesrine - L’instinct de mort, premier volet d’un diptyque, fait défiler à grande vitesse les faits saillants d’une biographie explosive MESRINE - L’INSTINCT DE MORT De Jean-François Richet.Avec Vincent Cassel, Cécile de France, Gérard Depardieu, Roy Dupuis, Gilles Lellouche, Elena Anaya.Scénario: Abdel Raouf DaM, Jean-François Richet.D’après le Hvre de Jacques Mesrine.Image: Robert Gantz.Montagç: Hervé Schneid.Musique: Eloi Pain-chaud.France-Québec, 2008, 114 minutes.MARTIN BILODEAU L> action au détriment de la ' passion, le divertissement au détriment de la réflexion.Voilà à quoi Jean-François Richet {Ma 6-T va crack-er, Assault on Precinct 13) a réduit la figure de Jacques Mesrine.Sa vie, il est vrai, fut un feu roulant de péripéties.Connues, plus ou moins, si bien que nous étions en droit d’exiger de ceux qui ont fait le pari de nous la raconter au grand écran un recul qui l’éclairerait sous un angle inédit.Or Richet ne fait que prétendre à la réflexion, pour privilégier un polar musclé et ostentatoire, marqué par l’esthétique des années 60, avec écrans divisés, iaçon LAffaire Thomas Crown.Mais encore?Mesrine - L’instinct de mort, premier volet d’un diptyque dont le second prendra l’affiche dans deux semaines {Mesrine -L’ennemi public n° ï), fait défiler à grande vitesse les faits saillants d’une biographie explosive, sur une période d’un peu plus de dix ans.Coup du départ: le retour de Mesrine, en 1959, de la ^erre d’Algérie, où il a commis des atrocités sous l’ordre de ses supérieurs, avec en preuve un prologue illustrant ces événements fondateurs.Le scénario ne s’aventurera jamais plus loin poiu expliquer, ou justifier, son destin de braqueiu et de meurtrier.Dans sa hâte de tout dire, Richet a plutôt choisi d’aligner les événements marquants qui ont suivi: la formation de sa famille criminelle sous la gouverne d’un parrain d’arrondissement (Gérard Depardieu), celle de sa famille naturelle avec une jolie Espagnole (Elena Anaya) qui lui donnera trois enfants, ses premiers braquages, sa première peine de prison, et à travers ces événements la croissance d’une pulsion morbide: Mesrine est un électron libre complètement irréfléchi, qui allonge sa liste d’ennemis dès le saut du lit.Rétrospectivement, on peut dire que Jeanne Schneider était son alter ego, la Bonnie de son Clyde.Or le film fait d’elle, et de Cécile de Erance qui l’incarne, une figurante.Elle l’a pourtant aidé à manufacturer ses ennemis, a provoqué leur exil au Québec, a facilité le kidnapping en amateur d’un milliardaire (Gilbert Sicotte).Mais le personnage, comme celui de Jean-Paul Mercier campé avec brio par Roy Dupuis, reste à l’état d’ébauche.La passion qu’elle inspire à Mesrine nous est communiquée telle une vérité dont il est inutile d’étayer la preuve.Tout bien considéré, Richet aurait mieux fait de raconter leiu histoire, qui est l’épicentre de la carrière criminelle de Mesrine, plutôt que d’aspirer à la bio^aphie exhaustive qui ne pouvait, fatalement, qu’être superficielle et anecdotique.Reste malgré tout la performance de Vincent Cassel, un acteiu tout en nerfs, qui possède la puissance physique et le charisme du personnage.11 joue cela avec un aplomb beau à voir.Dans un film, hélas, sans temps mort ni temps fort.Collaborateur du Devoir Roy Dupuis et Vincent Cassei dans Mesrine - L’instinct de mort SOURCE ALLIANCE Au-delà du glamour EAT PRAY LOVE (MANGE PRIE AIME) Réalisation: Ryan Murphy.Avec Julia Roberts, James Franco, Javier Bardem, Billy Crudup, Hadi Subiyanto, Viola Davis, 1.Gusti Ayu Puspawati.Scénario: Ryan Murphy, Jennifer Salt, d’après le livre d’Elizabeth Gilbert, finage: Robert Richardson.Montage: Bradley Buçcker.Musique: Dario Marianelli.Etats-Unis, 2010, 140 minutes.MARTIN BILODEAU Le livre d’Elizabeth Gilbert, qui mélange récit de voyage et leçons de croissance personnelle, a connu un tel succès de librairie que, forcément, les attentes des lectrices (l’usage du féminin s’impose ici) par rapport au film sont démesurées.En revanche, les personnes allergiques à la «chick-lit» frappée du sceau approbateur d’Qprah Winfrey (je suis de ceux-là) n’en ont aucune.Attente, je veux dire.D’où la surprise de constater qu’au-delà du diaporama exotique siu l’Américaine friquée lancée poiu un an à la recherche de son «moi» profond entre l’Italie, l’Inde et Bail, un film est né.Modeste, maladroit et exagérément long, mais por-teiu d’une authentique proposition de cinéma, là où les Mamma Mia, Julie and Julia et autres Ser and the City, visant le même public, n’ont jamais dépassé le stade du téléfilm glamourisé.Le mérite en revient à Ryan Murphy, réalisateur du décoiffant Running with Scissors et créateur de la très chouette télésérie Glee.Partant du livre, auquel il est resté fidèle (il aurait pu toutefois nous dispenser de la voix hors champ inutile), il a opté pour un modelage réaliste, terre à terre, de la matière.Décors, costumes, coiffures, rien d’autre à l’horizon que du dépaysement sans l’artifice.La cacophonie romaine, la pous- sière indienne, le chahut indonésien occupent une place dans l’image et dans la bande-son, dans laquelle se faufile en douceur la musique exquise de Dario Marianelli {Atonement).Tout le film, du reste, repose siu la personnalité attachante de Julia Roberts, une actrice au registre limité qui laisse ici ùanspa-raître la femme mûre qu’elle est devenue, ainsi que les rondeurs subtiles qui la complimentent.Par leiu talent reconnu, tous ses partenaires de jeu la mettent au défi et relèvent le niveau: Viola Davis en amie éditrice, James Pranco en amant acteur, Billy Crudup en mari brisé par le divorce, Richard Jenkins en compatriote noyant sa peine dans un ashram indien, et enfin Javier Bardem en amant brésilien exilé à Bail.Cela dit, à qui veut chipoter sur l’existentialisme bourgeois qui se dégage de l’affaire, la porte est grande ouverte.Collaborateur du Devoir SOURCE SONY Eat Pray Love repose sur la personnalité attachante de Julia Roberts.SOMBUERO PRESENTE ?ELLE ûJllonilt CATHERINE MARIE-JOSÉE MARINA DENEUVE CROZE HANDS Mèn eseti «BFiLiiBEJULlELOPES-CURm dites gM- riiMs t.'.'.'-"!! E miWWMERESEiïlLLEÏlEFILMJDM m «•n âSt a» JK O M À L'AFFICHE DÈS LE VENDREDI 20 ADÛT ! «TOTALEMENT ORIGINAL ET CAPTIVANT!» UN FILM DE LUCA GUADAGNINO www.iamlovemovie.com 1ÉP d rrétrDQole PRÉSENTEMENT À L'AFFICHE! DN ORIGINALE CINÉMAS AMC lENNEAVEC IB ÉnRUIUI 99 ITRES ANGLAIS rUrtVIW | : LES GUIDES-HORAIRES DES CINÉMAS ^ metropolefilms.com L’antre de la bête Animal Kingdom regorge de notations psychologiques troubles et de sous-entendus admirablement calibrés ANIMAL KINGDOM Scénario et réalisation: Da\id Mi-chôd.Avec James Frecheville, Ben Mendelsohn, Guy Pearce, Jacki Weaver, Joel Edgerton, Luke Ford, Sullivan Stapleton.Photo: Adam Arkapaw.Montage: Luke Doolan.Musique: Antony Partes.Australie, 2010,112 min.FRANÇOIS LEVESQUE Josh Cody, «J» pour les intimes, 17 ans, vient de perdre sa mère, morte à la suite d’une surdose d’héroïne.Désemparé, l’adolescent appelle sa grand-mère Janine après le départ de la police.Mamie attentionnée, Janine «Smurf» Cody sait gérer toutes les situations.Matriarche affectueuse et pimpante trônant docilement à la tête d’une maisonnée de dangereux truands de Melbourne, la dame accueille donc avec chaleur ce petit-fils prodigue.Lequel, faute d’autre chose, a tôt fait de se familiariser avec les activités criminelles de ses tontons flingueius.Animal Kingdom, expression anglaise désignant le règne animal, porte bien son titre.Au fil d’une intrigue généralement solide, ce premier long métrage de l’Australien David Michôd fait la démonstration convaincante, en tablant sur une métaphore classique, que des siècles d’évolution n’ont permis à l’homme de se distinguer de l’animal qu’en termes purement théoriques.Quand aucun personnage ne se veut particulièrement sympathique ou attachant, la mise en scène se doit d’être habile afin d’emporter l’adhésion, de clouer à son siège le spectateur qui, par manque d’identification, pourrait être tenté de décrocher.Michôd se montre à la hauteur.D’une souplesse de chaque instant, sa réalisation ft GAGNANT AUX QSCARS il MIIllEURïIIM EN LANGUI ÎTKANGERE daÏts SES YEUX THE SECRET IN THEIR EYES üV ITLK SI JIXAV JOSÉ CAMBâJHBUUâ wNWMrmAMKccii mt^rmnlp snHTPïnnjDws riAistnr I I ICLI m 16e SEMAINE ! CONSULTEZ LES QUIDES-HOFIAIRES DES CINÉMAS etropoh ëfili ms.com .sait se faire discrète ou expressive selon les besoins de la scène, mais jamais elle ne prend le pas sur l’histoire ou l’interprétation.Les séquences nocturnes, nombreuses, évoquent parfois même le travail du vétéran Michael Mann.Dès lors, l’impact de certaines faiblesses, tels le traitement plutôt convenu du volet policier et une baisse marquée de régime peu avant le dernier acte, s’en trouve considérablement amoindri.11 se dégage de cette peinture de milieu un grand souci de réalisme.Michôd, qui signe également le scénario, a peuplé cette chronique familiale et criminelle d’êtres tridimensionnels.0 rareté, les rôles secondaires jouissent d’autant de considération à l’écriture et à la mise en scène que les principaux, notamment dans cette façon qu’a le cinéaste de filmer les regards équivoques et les silences ambigus qu’échange tout un chacun.Animal Kingdom s’intéresse avant tout au personnage de «J», mais celui de la grand-mère, Jqnine, s’avère le plus fascinant.A cet égard, le scénario regorge de notations psychologiques troubles et de sous-entendus admirablement calibrés.Croisement entre Mildred Pierce et Ma Barker, la douce Janine «Smurf» Cody se révèle au bout du compte la vraie clef de voûte de ce royaume-là.Collaborateur du Devoir i'-i \m SOURCE SÉVILLE Animai Kingdom, expression anglaise désignant le règne animal, porte bien son titre.w v«r.c i n e m ad U P a rc .c O m «UN LEONARDO DICAPRIO INCEPTION version originale anglaise avec sous-titres français “"KUROSAWA 25 FILMS* CENTENAIRE I ABSOLUMENT LE CINEMA DES FEMMES D’ARGENTINE DERNIÈRES SÉANCES AJOUXËES RASHOMON : SAM.DIM.13h4S METROPOI-IS : SAM.DIM.14liOO ] Métro Place des arts Autobus 80/129 -CINEMA DU PARC i Du Parc 514-281-1900 rCINE I 3575 C LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 AOUT 2010 E 7 LIVRES Portraits de femmes ^ Louis Hamelin Injustice flagrante de la postérité de Henry James: le gars a fait paraître à peu prés soixante bouquins, mais la première chose qui me revient à son sujet, c’est la phrase de Hemingway disant qu’il «écrit comme me vieille femme».J’ai connu bien des lecteurs qui avaient reculé devant les immenses profondeurs de la Recherche du temps perdu parce que l’auteur, génie ou pas, écrivait comme une vieille tante.Comme si on ne pouvait pas en même temps aimer le steak et le gruau.Ma blonde jette un coup d’œil de côté à la page du roman de Francis Wyndham que je suis en train de lire et elle trouve que ça n’a pas l’air bien terrible.Les dialogues lui paraissent un peu coincés, et ils le sont, ou plutôt le seraient si «coincés» était un terme suffisant pour décrire les effets de quelques siècles de domination impériale, de préjugés aristocratiques fleuris sur le vieux terreau tory et de pudibonderie victorienne sur le discours et le style narratif.Ce n’est certes pas Papa Hemingway qui eût décrit un berger allemand (ou un grand koudou?) comme ceci: «Son poil changeait de couleur sous le regard: selon la lumière sa fourrure prenait une teinte anthracite sur fond crème, ou des reflets boisés de noyer avec une touche de miel, et sa robe possédait d’autres nuances fugitives, éphémères — abricot, ambre, moutarde.» On dirait presque un employé de la SAQ qui essaie de nous vendre un bourgogne! Préciosité, voilà, le mot est lâché.Celle d’une bonne et ancienne société dont la stratification sociale et les comportements hérités et hautement codifiés se reflètent dans une langue commune ou cultivée dont les livres recueillent ensuite l’expression épurée, littéraire.Dans un simple vous utilisé à la place d’un tu, la mentalité nationale s’expose bien autant que sur un plateau de petits scones et dans une théière.C’est presque un hasard si, au moment où je finissais de relire La Leçon du maître de James, longue nouvelle où l’on croise, en Henry Saint George, un des plus riches (au littéral comme au figuré.) personnages d’écrivain de ma connaissance, un bref roman et un recueil de nouvelles de ce Wyndham, publiés dans les années 80 et maintenant disponibles en français, après le sfage de rigueur au milieu des piles de parutions de moins en moins récentes, ont trouvé leur chemin jusque sous mon nez.Le style, classique (compassé, diront certains), les dialogues d’une correction irréprochable, le sens de l’observation et cet humour à peine perceptible sous la forme d’une très fine lumière venant effleurer la phrase, la pénétration psychologique, tout chez lui dénote l’épigone jamesien, sauf la production, éloignée de toute ambition d’égaler celle du Maître: des nouvelles écrites, paraît-il, à l’adolescence, ont paru en 1974.Puis, 11 ans plus tard, d’autres nouvelles.En 1987, âgé de 63 ans, il décroche un prix du premier roman pour L’Autre Jardin.Aucun des deux ouvrages recensés ici ne fait osciller l’aiguille du compte-pages (cet indispensable bidule qui trône sur la table de chevet de tout bon critique harassé) à 200.On ne pourra pas accuser Wyndham, qui toute sa vie a pratiqué la critique littéraire et exercé des fonctions éditoriales, d’avoir abusé de la capacité de travail de ses pairs.Les six histoires que j’ai lues (le roman plus les cinq nouvelles) se présentent en fait comme autant d’épisodes, plus ou moins habillés de fiction et narrés à la première personne, d’une autobiographie en pièces détachées.On y évolue le plus souvent dans une chic campagne anglaise, quelque part entre Oxford et le genre de manoir du temps de Charles II où vivent d’enviables ladies et des sires ronchons, entre le jardin bien à l’abri de tout désordre derrière ses murets de pierre et la rivière où la truite se pêche à la mouche comme il se doit.Dans ce monde pétri de traditions que menacent, à l’extérieur, le nazisme et ses voyous (même si Herr Goëring, noblesse réelle ou usurpée oblige, semble un gentleman tout ce qu’il y a de bien) et, à l’intérieur, diverses formes de marginalité poussées comme des touffes rebelles sous la répression victorienne des puissances du sexe, on voit se fendiller la belle façade du domaine.Une constante de ces histoires est l’attirance exercée sur le garçon jeune, puis moins jeune, par des femmes plus âgées, fantasques rescapées de l’étouffant creuset des hiérarchies, ayant conquis leur indépendance d’esprit en s’appuyant précisément sur le prestige et les privilèges de ce milieu qui avait d’abord voulu écraser en elles la femme libre.Beau paradoxe: qu’elles virent lesbiennes ou prennent un amant qui leur concède une trentaine d’années, leurs excentricités ne s’inscrivent toujours que dans le grand cahier du monde, celui des souverains salons, seul apte à délivrer les certificats de noble conduite, sinon de bonne moralité, et jamais en rupture avec lui.Comme les duchesses de Proust, elles peuvent échapper aux conventions, rarement à leur clas- se, ni même le plus souvent au ridicule.De toute manière, ça fait de saprés beaux personnages féminins, comme cette Ursula qui, non contente d’ouvrir ses bras à Sappho (et tant qu’à défier un préjugé.), va s’amouracher d’une chanteuse de jazz afro-américaine.Mrs Henderson, qui inaugure le recueil éponyme avec un portrait de l’artiste en garçonnet envoyé au pensionnat, introduit le thème de l’ambiguïté sexuelle avec une force incomparable.Dans L’Autre Jardin, dont le narrateur typiquement effacé, en esquissant la vie de Kay Dema-rest, propose un autre fameux portrait de femme, ni la rébellion, ni la névrose, ni même la maladie mortelle ne permettent ultimement d’échapper au sort réducteur auquel le milieu a tendance à vouer ses sujets, prisonniers des images d’autrui comme les vedettes unidimensionnelles d’un film écrit d’avance.Pendant 318 pages et deux livres, on suit ce je aussi doué dans l’art de décrire la joyeuse galerie de fofolles qui l’entoure que discret sur sa propre personne.Pas pour lui, les amours scandaleuses et les culbutes dans le champ de foin, apparemment.Et c’est en quoi il est le plus jamesien, finalement.Colm Toïbin, dans Le Maître (2005), a bien montré le désert pulsionnel sur lequel s’était édifié l’univers romanesque de James.Comme une efficace sécheresse de cœur.Les écrivains qui ne se sentent pas une âme de curé reliront quant à eux, avec profit, La Leçon du maître.par Saint George! L’AUTRE JARDIN Francis Wyndham Traduit de l’anglais par Anne Damour Christian Bourgois éditeur Paris, 2010,140 pages MRS HENDERSON ET AUTRES HISTOIRES Francis Wyndham Traduit de l’anglais par Delphine Martin Christian Bourgois éditeur Paris, 2010,178 pages JEAN-PIERRE MULLER AEP L’écrivaine française Marie Rouanet, photographiée en 2005 LITTÉRATURE FRANÇAISE Un regard méditatif sur le jardin PAUL BENNETT Contrairement à ce que pourraient laisser croire les présentoirs des librairies, les livres sur le jardinage ne se limitent pas aux seuls ouvrages pratiques.Heureusement paraissent de temps à autre des bouquins sur l’histoire des jardins ou des recueils de réflexions axées, par exemple, sur les nouvelles préoccupations écologiques des amateurs de jardinage.Tout jardin est Eden, de l’historienne et ethnologue française Marie Rouanet, se rapproche pour sa part davantage d’une méditation poétique sur le jardinage, où les jeunes plants ont des «museaux» et les vignes, des «mains», où l’eau sortie des arrosoirs est un < < — ^ TT Z t=i EXPOSITION UNE HISTOIRE DU JAZZ À MONTRÉAL Jusqu'au 29 août Le jeudi 19 aouta19li: Lecture d extraits des œuvres Jazzman et Zombi blues avec Stanley Péan / Trio Jazz A la galerie L aire libre de la Librairie Monet Réservation obligatoire; reservationsflibrairiemonet.com (514) 337-4083 Librairie Galeries Normandie 2752, de Salaberry, Montréal 514.337.4083 www.librairiemonet.com Vaire libre
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