Le devoir, 21 août 2010, Cahier C
LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AOUT 2010 IDEES Les vétérans, des citoyens de «seconde classe»?, Page C 5 ^ MOYEN-ORIENT Les yeux dans les yeux pendant un an Page C 2 PERSPECTIVES 11^ !?1 m m '«k lâmi LU ) : J r/t niin Jlll nu 1LI f k lîm '1 MYAV Après un voyage de trois mois, des Tamouls se sont aventurés hors de leur bâche à leur arrivée à l’île de Vancouver.ANDY CLARK REUTERS Une menace venue de la mer ?La Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) fixera, dans les prochains mois, le sort des 492 passagers du Sun Sea qui disent être persécutés au Sri Lanka.Une bonne affaire puisque, si les autorités avaient dû se plier à la volonté de l’opinion publique, et, à sa remorque, du gouvernement fédéral, le navire battant pavillon thaïlandais serait en train de rebrousser chemin.MARCO BÉLAIR-CIRINO Le gouvernement fédéral n’a pas caché, au fil des derniers jours, son intention de renforcer la législation afin de dissuader les réfugiés de la mer de mettre le cap sur le Canada.Le durcissement de ton en inquiète plus d’un.«Nous sommes responsables de la sécurité de nos frontières et de l’acceptation ou non des individus qui désirent les traverser», martèle le premier ministre, Stephen Harper, depuis l’arrivée du Sun Sea.L’embarcation a vogué trois mois sur les eaux de l’océan Pacifique avant d’être arraisonné au large des côtes canadiennes, avec à son bord 380 hommes, 63 femmes et 49 enfants.Pour sa part, le ministre de la Sécurité publique, Vie Toews, a soulignç à grands traits que les Tigres de libération de l’Ilam tamoul (Tigres tamouls) — considérés par Ottawa comme une organisation terroriste — seraient derrière l’opération et que plusieurs d’entre eux se seraient faufilés parmi les passagers du bateau.«Les trafiquants d’étres humains attendent présentement la réponse du gouvernement canadien afin de juger s’ils vont continuer ou non de prendre avantage sur nous», a-t-ü averti.«Le gouvernement veut s’assurer que les réfugiés ne sont pas venus avec l’aide de passeurs, qu’il n’y a pas de terroristes dans le lot.Enfin, qu’ils sont de “vrais réfugiés”.Il s’agit d’une préoccupation légitime.Cela dit, il ne faut pas qu’on soit obsédé par ce problème», a fait valoir Raymond Le Van Mao, qui milite à la tête du Comité canadien des réfugiés de la mer.Il plaide afin «que le Canada demeure une terre d’accueil».Les groupes de défense des réfugiés ne sont guère surpris du ton menaçant qu’ont adopté les conservateurs à l’égard des migrants venant par bateau.«Les gouvernements soutiennent que les réfugiés arrivant par bateau représentent une menace à notre sécurité.Ils utilisent ce genre de stratégie de communication.Ça des bénéfices, malheureusement, au plan politique», soutient la directrice générale du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench.Elle souligne que les réfugiés ont souvent été au cœur de campagnes électorales, notamment en Australie.Il y a près de 10 ans, les troupes du premier ministre sortant, John Howard, se dirigeaient tout droit vers la défaite.Ils ont adopté la ligne dure envers les réfugiés.«Ça les a aidés à gagner les élections», souligne-t-elle.«Je m’attends à ce que le gouvernement durcis- se le ton pour des fins électoralistes, mais qu’il soit, en pratique, raisonnable», a poursuivi M.Le Van Mao, qui est également professeur de chimie à l’Université Concordia.«Il y a un aspect irrationnel dans tout cela», dit Mme Dench.La proportion de réfugiés qui atteignent le Canada par la mer, «c’est vraiment minime, dans le portrait global».Le gouvernement conservateur envisage-t-il des mesures de refoulement comme celles qui sont appliquées au sud du 49® parallèle, c’est-à-dire le refoulement en haute mer et l’emprisonnement pour ceux qui réussissent à gagner la terre?«Je crois que les Canadiens s’inquiètent du fait que plein de bateaux de gens peuvent ainsi débarquer au pays, sans passer par les procédures officielles», s’est contenté de dire M.Harper.«Je n’arrive pas à expliquer pourquoi on s’énerve par avion » Comme le Saint-Louis L’approche du gouvernement de Stephen Harper semble toutefois en phase avec l’opinion publique.Près de 65 % des Canadiens estiment que le Sun Sea aurait dû se voir interdire de jeter l’ancre dans les eaux canadiennes et être forcé à rebrousser chemin, selon un sondage Angus Reid qui a été rendu public jeudi.Selon eux, les autorités canadiennes auraient dû faire en sorte que le demi-millier de Tamouls ne mettent pas les pieds au pays.D’autre part, plus de huit répondants sur dix sont d’avis que les passagers du cargo battant pavillon thaïlandais sont des resquilleurs, donc qu’ils ont contourné les règles auxquelles sont normalement assujettis les demandeurs d’asüe.Les réactions suscitées par le Sun Sea ne sont pas sans rappeler, souligne Janet Dench, la «tragédie» du Saint-Louis, à bord duquel 963 Juifs fuyant l’Allemagne nazie avaient gagné l’Amérique en 1939, mais avaient dû reprendre la route de l’purope après avoir été chassés de Cuba, des Etats-Unis.et du Cana- parce que [les 492 Tamouls] sont arrivés par bateau plutôt que da.«Des centaines de Juifs sont morts dans des camps de concentration, alors qu’ils auraient pu être sauvés», a rappelé la directrice générale du Conseil canadien pour les réfugiés.Une vie difficile Le Sri Lanka a été le théâtre d’une guerre civile qui a duré 25 ans et fait plus de 70 000 victimes civiles parmi les Tamouls.Les hostilités sont officiellement terminées depuis mai 2009, mais les conditions de vie des Tamouls — moins de 20 % de la population sri-lankaise — demeurent très difficiles.Un «climat de terreur [et] de répression» règne toujours dans ce pays de l’Asie du Sud, selon l’organisation non gouvernementale Amnistie internationale.Les Tamouls ne feraient sans doute pas face à la mort s’ils étaient expulsés du Canada, mais ils craignent d’être victimes de torture, de traitements ou de peines cruels dans leur pays d’origine.Ils appellent de tous leurs vœux un statut de réfugié pour chacun d’entre eux, comme ce fut le cas pour la très vaste majorité des Sri-Lankais qui ont formulé une demande au cours des derniers mois.Depuis le début de Tannée, 85 % des demandeurs d’asile sri-lankais se sont vu octroyer le titre de réfugié, comparativement à 95 % l’année dernière.Le Sri Lanka figurait au cinquième rang des principaux pays d’origine des demandeurs d’asile de 1999 à 2008, derrière le Mexique, Haiti, la Colombie et la Chine.Le Canada a accueilli en moyenne 1600 Sri-Lankais chaque année.Mais quelles sont les «procédures officielles» à suivre aux yeux du gouvernement fédéral?Dans les faits, il n’y en a pas, martèlent les comités de défense des droits des réfugiés.«Je n’arrive pas à expliquer pourquoi on s’énerve parce que [les 492 Tamouls] sont arrivés par bateau plutôt que par avion.Les réfugiés, en général, doivent débourser ERANÇOIS PESANT LE DEVOIR La communauté tamoule du Canada s’est mobilisée pour aider les passagers du Sun Sea.beaucoup d’argent pour obtenir de faux passeports.pour sortir d’une situation de persécution.C’est malheureux, mais ça fait partie de la réalité, explique Judith Dench.C’est en partie parce que les gouvernements érigent des obstacles pour empêcher les réfugiés d’arriver sur leur territoire.Ça fait l’affaire des passeurs puisque, plus hautes sont les barrières, plus ils peuvent demander de leurs clients.» Traitement accéléré Pendant ce temps.les 76 passagers tamouls de XOcean Lady attendent toujours que les autorités canadiennes statuent sur leur sort Une attente qui n’a rien d’inhabituel aujourd’hui, mais que compte réduire le gouvernement canadien.L’adoption du projet de loi C-11 visant à accélérer le traitement des demandes d’asile, notamment en faisant passer à la vitesse grand V l’analyse des demandes formulées par de «faux réfugiés» pour empêcher qu’ils «profitent du système» pendant quelques années avant d’être expulsés, s’est faite il y a deux mois grâce à l’appui de tous les partis à la Chambre des communes et au Sénat.La Loi sur des mesures de réforme équitables concernant les réfugiés fera passer de quatre ans et demi à 19 mois le temps moyen pour régler une demande.Dès l’entrée en vigueur de la loi, des «commissaires fonctionnaires» du CISR seront habilités à se prononcer sur les demandes.Les «commissaires» n’entendront quant à eux que les appels — qui seront d’ailleurs ouverts à tous — dans un délai de 120 jours, sauf pour les demandes non fondées, qui seront traitées quatre fois plus rapidement.Le Parti conservateur a réussi à faire avaler une couleuvre aux partis d’opposition, c’est-à-dire faire en sorte d’accélérer le traitement des «fausses demandes» d’asile présentées par des ressortissants de «pays démocratiques sûrs» — dont la liste sera établie par des experts indépendants — et ceUes qui auront été jugées «manifestement non fondées».«Les demandeurs d’asile déboutés visés par la procédure de traitement accéléré feront l’objet d’une mesure de renvoi du Canada en quelques mois seulement», avait fait savoir le ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney.«Les mesures de réforme adoptées permettront de protéger plus rapidement les victimes de torture et de persécution, et de renvoyer plus rapidement les demandeurs d’asile déboutés, notamment ceux qui tentent d’abuser de la générosité du Canada.» Judith Dench s’inquiète justement d’une trop grande rapidité des nouvelles façons de faire.Elle se dit aussi «complètement contre» la formation d’une classe de demandeurs d’asile provenant de «pays démocratiques sûrs», qui verront, redoute-t-elle, leur demande balayée du revers de la main par la CISR.Elle juge néanmoins la nouvelle loi «meilleure» que le statu quo.«Les réfugiés ont besoin qu’on leur donne le bénéfice du doute», a-t-elle conclu. C 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AOUT 2010 PERSPECTIVES Des discussions directes entre Abbas et Nétanyahou Les yeux dans les yeux pendant un an Les rencontres s’amorceront bientôt pour trouver un terrain d’entente sur un État palestinien AUDE MARCOVITCH Jérusalem — Un retour à la table des discussions, yeux dans les yeux entre Israéliens et Palestiniens, devrait avoir lieu début septembre dans une énième tentative de la communauté internationale de rapprocher les deux parties.Un effort qui pourrait abputir soit au statut final d’un Etat palestinien d’ici un an, soit à un nouveau coup d’épée dans l’eau.Selon des informations parues notamment dans la presse américaine, le premier ministre israélien.Benjamin Nétanyahou, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, auraient accepté de se rencontrer le 2 septembre à, Washington.Les Etats-Unis, par la présence de leur président, Barack Obama, mais aussi le Quartette (ynion européenne, Etats-Unis, Russie et ONU) parraineraient la relance de ces discussions.Une ébauche de document précédant ces pou^arlers a été transmise aux parties et hier soûle comité exécutif de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) affirmait en examiner la teneur avant de se prononcer sur la venue de Mahmoud Abbas à Washûigton.Selon des ûi-formations transmises aux médias par les négociateurs, le Quartette y appelle à «éviter toute provocation durant les négociations, qui devraient durer un an à partir de la date de leur lancement» et souligne que «l’objectif du processus de paix est de mettre fin à l’occupation israélienne de 1967 et l’établissement d’un Etat palestinien indépendant et contigu aux côtés d’Israël».Navette Depuis la guerre à Gaza, lancée en décembre 2008 par le La colonisation reste le point de friction essentiel entre Palestiniens et Israéliens précédent gouvernement israélien dirigé par Ehoud Olmert contre le mouvement islamiste Hamas, Mahmoud Abbas s’est refusé à reprendre tout contact direct avec Israël.Dès lors, pour tenter de réconcilier les parties, Barack Obama, alors fraîchement élu, avait proposé un nouveau type d’échanges: des pourparlers indkects.Pour récolter les points de vue, il a envoyé un médiateur.George Mitchell, qui durant un an et demi a inlassablement fait la navette entre Washington, Jérusalem et Ramallah.En mai dernier, George Mitchell a rendu sa copie.Les positions sont connues, reste à trouver un terrain d’entente qui permettra à la fois aux Palestiniens de passer le cap de l’autonorpie pour déclarer un Etat avec tous ses attributs et d’assurer à Israël la sécurité sur le long terme et une reconnaissance régionale.Depqis son arrivée au pouvok aux Etats-Unis, Barack Obama a obtenu deux compromis majeurs de la part de Benjamin Nétanyahou, qui dirige le gouvernement le plus à droite de l’histoû-e d’Israël.Le premier ministre israélien a évoqué pour la première fois dans un discours en juin 2009, à l’Université Bar-llan, la volo;ité de reconnaître à terme un Etat palestînîen à côté d’Israël.Ce faisant, îl a Imposé à la drplte Israélienne l’Idée de deux Etats.Ensuite, son gouvernement a voté le gel des constructions dans les colonies de Cisjordanie pour une période de dix mois.Une décision qui ne comprenait ni Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville), au grand dam des Palestiniens, ni les bâtiments publics, ni les édifications déjà lancées.Mais, malgré ses carences, cette décision IBRAHIM ABU MUSTAFA REUTERS Un Palestinien devant les ruines de sa maison à Deir al-Balah.Les discussions directes mettront peut-être fin aux violences.a eu le mérite d’exister, provoquant parmi les habitants des colonies (envkon 300 000 Israéliens, dont 100 000 à Jérusalem-Est) une furieuse levée de boucliers.Les inspecteurs gouvernementaux chargés de vérifier la mise en place de la mesure ont ainsi été fréquemment reçus à coups de pierre et par des barrages de fortune.Exigence La colonisation reste le poûit de friction essentiel entre Palestiniens et Israéliens.C’est de fait l’annonce par le ministère israélien de l’Intérieur de la construction de plus d’un millier de nouveaux logements dans une colonie près de Jérusalem lors de la visite en Israël du vice-président américain, Joe Biden, qui a durablement fendu les rapports entre les Etats-Unis et Israël.Et sur la colonisation.Mahmoud Abbas a une marge de manoeuvre particulièrement étroite.Alors que le Hamas tient la bande de Gaza d’une main de fer depuis 2007 et que la réconciliation interpalestinienne piétine, le Eatah craint toujours de perdre le soutien des habitants de la Cisjordanie.Le président palestinien a ainsi refusé tout tête à tête avec le premier ministre israélien, malgré les invitations insistantes de ce dernier.Son exigence: des assurances que le processus de discussion, une fois lancé, amènera rapidement à l’établissement d’un Etat et qu’une feuille de route précise sera établie avant les négociations concernant les frontières définitives.Et c’est là justement que le bât blesse.En effet, les Israéliens ont fait jusqu’ici va-lok qu’aucune condition ne devrait précéder le retour à la table des discussions.Alors que le 26 septembre prend fin le gel temporake de la colonisation décidée par le gouvernement israélien, la communauté internationale a estimé qu’il n’y avait plus de temps à perdre pour remettre les deux parties à la même table.La présence à la fois du président américain et d’un document rédigé par le Quartette jouerait comme des assurances pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.Reste désormais à savoir jusqu’où chaque partie est prête au compromis.Libération La droite hongroise vire à l’extrême Les conservateurs élus en avril glorifient leur «révolution» par une série de mesures très nationalistes FLORENCE LA BRUYÈRE Budapest — Cela a un petit ak de déjà vu qui rappelle les moments les plus absurdes du régime communiste.Leader d’une droite nationaliste et populiste, le premier ministre Viktor Orbân a décrété l’affichage obligatoire de la «Déclaration sur l’entente nationale».Ce texte nébuleux décrit le triomphe de son parti conservateur (Eidesz) aux législatives d’avril comme «une révolution».Le peuple hongrois «a renversé l’ancien régime et créé un nouveau système de coopération nationale» dont les piliers sont «travail, famille, foyer, santé et ordre».Téléchargeable sur Internet, l’affiche doit mesurer «50 sur 70 centimètres et être bien en vue» dans tous les bâtiments publics, dit le décret.Surnommé la «Bulle orbana-le», le texte suscite l’hilarité de bon nombre de Hongrois.Sur Internet, on en trouve des versions illustrées parodiant le réalisme socialiste; faucille, marteau et étoile rouge ou bien radieuse paysanne blonde tenant un exemplaire de la Déclaration, avec photo d’Orbàn en couverture.Dkecteur d’un institut de recherche, Laszlo Majtényi a entouré l’affiche d’une ^klande kitsch de fleurs en plastique, puis a réuni ses collaborateurs pour commenter la Déclaration.Un clin d’œil aux années staliniennes, où les travailleurs avaient droif chaque jour, à une demi-heure d’endoctrinement idéologique.Chauvinisme La révolution unit tous les Hongrois «à l’intérieur et à l’extérieur des frontières», proclame la Bulle.Plus de 2,5 millions de « Relativiser le négationnisme, c’est envoyer un très mauvais message à la société » Hongrois vivent dans les pays voisins et le premier geste du gouvernement Orbân a été de leur permettre d’obtenir un passeport délivré à Budapest.Un geste symbolique, car ce document ne donnera pas le droit de vote, mais qui a ravivé le spectre du chauvinisme magyar chez le voisin slovaque, voire aussi en Serbie et en Roumanie, où vivent d’importantes minorités hongroises.Cependant, le Eidesz ne s’est pas contenté de gestes symboliques.Dès son arrivée au pouvoir, il s’est empressé d’édulcorer la loi sanctionnant la négation de l’Holocauste, votée par son prédécesseur socialiste.Le nouveau texte parle de «déni des crimes commis par des régimes oppresseurs» et met sur le même plan la négation des crimes nazis et ceux imputés au communisme, une idée prônée par le Eidesz depuis des années.Or «il n’existe pas de doctrine ou de parti politique qui nie les crimes des régimes communistes, souligne Péter Hack, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Budapest.En revanche, il y a des politiciens qui veulent réhabiliter Hitler.Des négationnistes qui ne se bornent pas à débattre sur l’histoire mais qui planifient l’avenir.Relativiser le négationnisme, c’est envoyer un très mauvais message à la société.» Qui a applaudi à ces nouvelles dispositions pénales?Le petit parti d’extrême droite Jobbik, qui a porté plainte le 6 aoûf accusant un ancien ministre de l’Intérieur de nier les crimes commis pendant la répression de l’insurrection de 1956.Port d’une majorité des deux tiers à l’Assemblée nationale, le parti de Viktor Orbân n’a pas besoin SZILARD KOSZTICSAK AEP Certains soupçonnent le premier ministre hongrois, Viktor Orbân, et le président.Pal Schmitt (sur la photo), de vouloir se construire un pouvoir personnel.de l’extrême droite (47 sièges au Parlement) pour gouverner.Le problème est que «les frontières entre droite et extrême droite ne sont pas étanches: 15 % des électeurs du Eidesz, soit 450 000 personnes, sympathisent avec le Jobbik», explique Péter Krekkô, dp think tank Political Capital.A l’instar de la droite des années 30, le parti de Viktor Orbân n’a jamais vraiment pris ses distances des valeurs de l’extrême droite.Pas étonnant, donc, qu’il se retrouve sur le même terraûi de jeu que le Jobbik.Et lui pique le ballon.Pour preuve, l’opération «Rendre des comptes» (Elszàmoltatàs), idée chipée par le Eidesz aux néofascistes.Objectif faire la lumière sur de «possibles cas d’abus de biens publics» par la gauche et les libéraux ces huit dernières années.Déballage Eerenc Papcsâk, député du Eidesz, coordonne les enquêtes lancées dans tous les ministères.Notamment celle sur un tronçon de 65 km de l’autoroute M6, inauguré par les socialistes peu avant les élections.«La Hongrie est un pays très plat, mais lorsqu’on emprunte cette autoroute, on se croirait en Suisse, tant il y a de tunnels, de collines artificielles et de ponts.Sa construction a coûté près de 10,5 millions d’euros par kilomètre alors que la moyenne européenne est de 6 millions d’euros», observe-fil.Laszlo L.Simon, président (Eidesz) de la Commission des affakes culturelles de l’Assemblée, s’ûitéres-se, lui, à un centre du design qui a englouti 3,5 millions d’euros.et n’a jamais vu le jour.Un déballage annoncé qui vise, selon l’opposition, à traîner les socialistes dans la boue.«C’est une chasse aux sorcières.Dans une démocratie, c’est à la police et à la justice de travailler», fustige Attila Mesterhâzy, président du parti socialiste.Pendant que les commis-sakes mènent l’enquête, «l’usine à lois tourne à plein régime», ironise Index, premier portail d’information.Profitant de sa majorité des deux tiers, la droite a voté 56 lois en moins de trois mois! Dont l’immense majorité sans débat public.La loi électorale a été modifiée pour favoriser un raz-de-marée aux municipales d’octobre.Le principe du pluralisme de l’information a été rayé de la Constitution et remplacé par le droit du public à une «information correcte».Le gardien de cette règle d’or?Un Conseil des médias dominé par les représentants du Eidesz, nommés pour neuf ans, et dont le chef est désigné par Orbân.Les organes de presse, y compris les sites Internet, devront se faire enregistrer auprès du Conseil pour pou-vok exister, une obligation qui n’avait plus cours en Hongrie.depuis 1989.11 faut aller en Biélorussie, en Azerbaïdjan et en Russie pour trouver un cadre aussi restrictif.«Complètement ridicule», assène l’écri- vain Andrâs B.Vâgvôlgyi qui, s’inspirant des samizdats (écrits) de la dissidence russe, a créé un blogue, Samiz-blog.hu.«Pas question que je l’enregistre; et s’ils me font un procès, j’irai jusqu’à la Cour de Strasbourg.» Fidélité Cette politique musclée d’Orbân, qui a aussi refusé de se plier aux demandes de réformes du Eonds mondial ûiter-national pour affirmer son ûidé-pendance économique, a porté ses fruits.«Le Eidesz a réussi à affaiblir le Jobbik: les sondages montrent l’érosion du soutien à l’extrême droite», constate le politologue Péter Krekkô.Et si la «révolution» était un prétexte pour se tailler un pou-vok personnel?Depuis la chute du communisme, le président de la République, celui de la Cour des comptes, les juges de la Cour constitutionnelle étaient des personnalités indépendantes et choisies par consensus entre les partis.Ce n’est plus le cas.Viktor Orbân contrôle aujourd’hui jusqu’à la dernière nomination et choisit des hommes en fonction de leur fidélité au parti et non de leur compétence.«C’est la fin de la troisième République.Ces 20 dernières années, la Hongrie a bâti un Etat de droit qui empêchait la concentration du pouvoir dans une seule main.Ces principes ont été démolis en deux mois», affirme Gâbor Halmai, l’un des plus éminents juristes du pays.La majorité des Hongrois n’en a cure.Le Eidesz reste aussi populaire qu’au moment des élections.«Orbân peut faire ce qu’il veut avec la Constitution et les médias, je m’en moque, affirme Emese, enseignante de 42 ans.Il faut mettre de l’ordre dans ce pays.» Libération LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AOUT 2010 C 3 PERSPECTIVES ENTREVUE Des chiens de garde aux dents trop longues ?Gilles Paquet affirme que les bureaucrates vont souvent trop loin en critiquant le gouvernement GUILLAUME B O URGAU LT-C OTE Ottawa — Uimage en disait long.Interrogée mercredi pour savoir si elle considérait avoir pleine latitude dans ses fonctions pour critiquer le gouvernement Harper, la nouvelle ombudsman des victimes d’actes criminels a dû jeter un coup d’œil à ses notes avant de répondre que, heu.oui.Dans le domaine, on a vu plus convaincant.Il reste un mois avant la rentrée parlementaire à Ottawa; pourtant, la colline est déjà en ébullition.La crise provoquée par la décision d’abandonner le recensement long obligatoire n’est pas encore terminée que le gouvernement doit maintenant se débattre sur un autre front, où on l’accuse de museler les «chiens de garde» indépendants trop «Je ne crois critiques envers son action.«Les conservateurs ciblent in-P"® justement les Canadiens qui qu’un osent dire la vérité», a lancé jeudi la députée libérale Mar-bureaucrate tha Hall Finley.Ils «veulent des .marionnettes, pas des experts», soit plus dit-elle.Son laïus était sévère: le gouvernement «affiche un mépris envers les observateurs qu’un élu » critiques», sur lesquels il n’hésite pas à passer le «rouleau compresseur».C’est-à-dire leur montrer la porte.Le non-renouvellement du mandat de l’ombudsman des vétérans.Pat Stogran, et le départ forcé du responsable du registre des armes à feu, Marty Cheliak, allongent ainsi ce que plusieurs qualifient de «liste noire politique».Linda Keen (Commission de sûreté nucléaire), Peter Tinsley (Commission des plaintes concernant la police militaire).Steve Sullivan (ombudsman des victimes), Paul Kennedy (Commission des plaintes du public contre la GRC), Bernard Shapiro (Commissaire à l’éthique).Munir Sheikh (chef statisticien à Statistique Canada) et Yves Côté (ombudsman des Forces canadiennes entre 2005 et 2007) ont tous quitté leur poste dans des conditions de tension avec le gouvernement.Ottawa fait-il la chasse aux sorcières critiques?La notion d’indépendance veut-elle encore dire quelque chose sur la colline?Le Devoir en a discuté jeudi avec Gilles Paquet, professeur émérite à l’Ecole de gestion Telfer et chercheur au Centre d’études en gouvernance de l’Université d’Ottawa.En sortant du cadre précis des der- légitime r CHRIS WATTIE REUTERS Linda Keen, anciennement de la Commission de sûreté nucléaire.niers événements, M.Paquet s’interroge plus largement: et si les chiens de garde avaient les dents trop longues?Avez-vous l’impression qu’une tendance se dessine, à savoir que le gouvernement tente de museler ceux qui osent le critiquer?Il y a une tendance, oui.Mais le problème, c’est le pourquoi.Prenons le cas du vérificateur général: au cours des dernières années, son mandat est passé de «est-ce que les sommes dépensées par le gouvernement ont été bien gérées?» à «est-ce qu’on en a pour notre argent?».On est entré dans le monde de la politique.Désormais, le VG s’interroge pour savoir si le gouvernement aurait dû dépenser cet argent.On a aussi créé plusieurs «chiens de garde» avec des mandats très étroits — comme celui de Linda Keen.Et le problème est devenu sérieux quand les titulaires de ces postes ont décidé qu’ils pouvaient aussi dire comment la politique devait se faire et comment le gouvernement devait agir.Ils ont élargi leur mandat.Or, dans une démocratie, ce sont les élus qui décident, pas les bureaucrates.Le problème actuel viendrait donc des chiens de garde eux-mêmes, qui outrepasseraient leur mandat?Tout à fait Leur rôle n’est pas de Mre de la politique.Actuellement, on a l’impression qu’ils se trouvent plus légitimes que les élus.On voit des agents du Parlement qui prennent vis-à-vis du gou- CHRIS WATTIE REUTERS Paul Kennedy, anciennement de la Commission des plaintes du public contre la GRC.vernement élu la position de l’opposition officielle.Leur travail est plutôt de s’assurer que les choses approuvées par le gouvernement sont bien faites.Là, on les entend dire: voici ce que le gouvernement aurait dû Mre.Ils font de la politique.Mais ces «chiens de garde» sont aussi nommés pour s’assurer que les décisions prises ont du sens.S’ils sont indépendants, il faut qu’ils puissent s’exprimer et critiquer, non?Leur indépendance est par rapport au processus, pas par rapport à la décision politique.Ils doivent s’assurer que le processus est bien suivi, pas remettre en question la pertinence d’avoir pris telle ou telle décision.Ça, c’est le rôle des élus à la Chambre des communes.Prenons le cas du recensement: la décision n’a pas été approuvée par la Chambre, la majorité des élus n’ont pas approuvé ce changement.Soyons sérieux: si l’opposition trouvait l’enjeu si important, elle provoquerait un vote de confiance et renverserait le gouvernement.On sait très bien qu’elle n’osera pas le faire.Le gouvernement fait face à des votes de confiance.Majoritaire ou minoritaire, il représente la gouvernance du Canada et prend des décisions légitimes à ce titre.Ce n’est pas aux bureaucrates de décider de ce qui est bon ou mauvais pour le pays, c’est aux élus.CHRIS WATTIE REUTERS Peter Tinsley, anciennement de la Commission des plaintes concernant la police militaire.N’empêche, la perception publique par rapport à la situation actuelle est que, si un ombudsman formule des critiques sur les gestes posés par le gouvernement, ce dernier va sévir.La perception, c’est que dire des vérités qui dérangent sera puni.N’est-ce pas malsain comme message?Avec tout le respect que je dois aux médias, je crois qu’il y a un biais dans l’analyse des événements autour de cette question.Je ne crois pas qu’un bureaucrate soit plus légitime qu’un élu.Je ne crois pas que ce soit son rôle de remettre en question les décisions prises légitimement par le gouvernement — à moins que cela contrevienne à une loi.Si l’agent du Parlement trouve que le processus est fautif, il doit le dénoncer.Mais s’il a une opinion différente sur le contenu, il n’a pas à se substituer aux élus.Ce sont eux les responsables, et la population jugera par elle-même la qualité de leur travail aux élections.Comment se sortir du problème actuel?D’abord en rappelant que, dans notre système, la valeur démocratique est plus importante que la valeur professionnelle.On ne vit pas dans une technocratie.Il faudrait ensuite préciser et revoir les mandats, afin qu’ils soient vraiment orientés vers l’étude des processus, pas des contenus.Le Devoir La blessure du 11-Septembre demeure vive Tempête à New York Un projet de centre communautaire musulman provoque une controverse CLAUDE LEVESQUE La controverse est à la mesure du drame qui hante encore les lieux neuf ans plus tard.Le sud de l’île de Manhattan, à New York, compte plusieurs lieux de culte, y compris des mosquées, mais le projet de construire un centre communautaire musulman près de Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre 2001, a déclenché une tempête médiatique et politique qui risque de sévir jusqu’aux élections législatives de novembre.Avant même cette échéance, d’auçuns craignent une vague d’islamophobie aux Etats-Unis lors du neuvième anniversaire de la tragédie, qui coïncide cette année avec la fin du ramadan, le mois du jeûne pour les musulmans.Plusieurs vedettes de la politique, dont le président Barack Obama lui-même, se sont déjà lancées dans ce débat, qui a évidemment des échos partisans, mais qui transcende aussi jusqu’à un certain point les lignes de partis.L’éventail des opinions va de la défense absolue de la liberté de culte à l’idée que tous les musulmans sont responsables des attentats qui ont tué près de 3000 personnes en 2001.Plusieurs sondages indiquent qu’une majorité d’Américains (entre 53 et 68 % selon l’échantillonnage et le libellé des questions) s’opposent au projet Détail intéressant, certains coups de sonde montrent que la majorité des répondants reconnaissent aussi que le projet est parfaitement légal Ce que plusieurs lui reprochent, c’est le fait d’être situé à deux coins de rue de Ground Zero.Cela est perçu comme un manque de tact à l’égard des familles des victimes, surtout par ceux qui se plaisent à rappeler que les terroristes ont agi «au nom de Vislam».Un peu plus loin et ce serait bien, dit-on.Mais un peu plus loin, est-ce que cela veut dire trois coins de rue, cinq, ou mille?On ne le dit pas.Ce qui a le mérite d’être clair, c’est l’islamopho-bie des promoteurs d’une pétition qui, dans leur campagne d’affichage, exploitent les images terribles des tours jumelles en feu et mettent en exergue le prosélytisme, tout à fait réel mais pas exclusif, de la religion de Mahomet.La sœur du pilote de l’avion qui s’est écrasé contre le Pentagone a vertement critiqué Barack Obama parce qu’il a défendu le centre communautaire musulman.«Je crois que le président a abandonné le peuple américain», a dit Debra Burlingame, qui milite au sein de l’Association des familles du 11-Septembre pour une Amérique forte et sûre.D’autres importants regroupements de proches des victimes n’ont pas réagi officiellement.Il y a une semaine, Barack Obama a invoqué la liberté de culte garantie par le premier amendement de la Constitution américaine pour dire BRENDAN MCDERMID REUTERS Un New-Yorkais favorable au projet brandissait jeudi une affiche sur la liberté de religion devant Tédifice qui abriterait le centre communautaire.qu’il reconnaissait aux musulmans le droit «de construire un lieu de culte et un centre communautaire sur un terrain privé dans le sud de Manhattan».D’autres personnalités démocrates, comme la leader de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ont pris fait et cause en faveur du projet, baptisé Park51.Des ténors du Parti républicain, comme l’ancien leader de la Chambre, Newt Gingrich, et l’ex-candidate à la vice-présidence, Sarah Palin, ont par contre clairement manifesté leur opposition.C’est aussi le cas de l’ancien maire (républicain) de la Grosse Pomme, Rudolf Giuliani.Le patron actuel de l’Hôtel de Ville, Michael Bloomberg, tour à tour démocrate, républicain et indépendant, fait en revanche partie des défenseurs du projet.Un animateur de radio conservateur associé au mouvement Tea Party, Mark Williams, est allé jusqu’à dire que le centre proposé serait utilisé «par des terroristes pour vénérer leur dieu-singe», des propos pour lesquels il s’est ensuite excusé.auprès des hindous.Le gouverneur de l’État de New York, David Paterson, a tenté de jouer les médiateurs dans cette affaire.Tout en disant qu’il ne s’oppose pas au projet, il a proposé aux promoteurs de leur trouver un autre site qui serait moins controversé.Sans succès jusqu’ici.Une organisation musulmane du nom d’initiative Cordoba propose de construire un immeuble de 13 étages abritant une mosquée et un centre communautaire sur le mode des YMCA à la place d’un immeuble qui a été fortement endommagé par des débris d’avion le 11 septembre 2001.Annoncé en mai, ce projet a fait l’objet de consultations et il a été approuvé par les instances municipales concernées.L’Initiative Cordoba a été fondée en 2002 par Feisal Abdul Rauf, imam d’une mosquée dans le sud de Manhattan depuis 1990, dans un but affiché de rapprochement entre les musulmans et les adeptes des autres religions aux États-Unis.Dans la foulée du 11-Septembre, le FBI lui avait demandé d’organiser des sessions de sensibilisation à la culture musulmane, en raison de ses positions considérées comme modérées.Ses détracteurs l’accusent pourtant d’entretenir des liens avec des mouvements radicaux comme les Frères musulmans et le Hamas.L’imam Feisal, né au Koweït en 1948, n’a pas pris la parole aux États-Unis depuis que la controverse frise l’hystérie.Il termine au Moyen-Orient une série de conférences sur la situation des musulmans américains, sous les auspices du département d’État.Le Devoir C 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AOUT 2010 EDITORIAL Souveraineté sur l’Arctique Le pari du dialogue Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a rendu public hier un énoncé de politique siu l’Arctique destiné aux pays qui ont des intérêts dans cette région du monde.Le gouvernement Harper maintient sa politique d’affirmation de la souveraineté du Canada sur cette portion de son territoire, mais, fait nouveau, il manifeste son ouverture au dialogue.L' IV Bernard Descôteaux exercice de sa souveraineté sur l’Arctique n’a jamais été une priorité pour le Canada.Nous le rappellent les excuses présentées mercredi aux Inuits exilés de force par Ottawa 2000 kilomètres au nord dans les années 1950 pour assurer une présence canadienne dans la zone arctique.A part quelques opérateurs de stations radars, on croyait qu’il suffisait d’y implanter de force une présence «esquimaude» pour dire au reste du monde que ce désert blanc appartenait au Canada.Oui, ce pays a déjà été colonisateur! L’intérêt pour l’Arctique n’a véritablement émergé, sauf sursaut sporadique, qu’avec l’arrivée du gouvernement Harper.Celui-ci a pris acte des changements géopolitiques et climatiques qui feront de l’Arctique le «Far West» du XXI® siècle.Il s’est doté d’une stratégie qui, si elle demeure pauvre en moyens comparativement à ce que fait la Russie ou même le petit Danemark, a le mérite d’exister.Chaque mois d’août, le premier ministre Stephen Harper ne manque pas d’y faire une tournée.Il y sera la semaine prochaine.~ L’énoncé de politique rendu public hier n’annonce rien de nouveau, sinon un changement J de ton qui facilitera la résolution de conflits.¦ ^ Des quatre piliers de la politique canadienne en H ™ Arctique — affirmation de la souveraineté, pro- ¦v motion du développement économique et so- cial, protection de l’environnement et prise en main par les habitants du Nord de leur avenir —, le gouvernement conservateur s’est jusqu’ici surtout soucié du premier objectif II a voulu faire comprendre que, quoi qu’il advieime, le Canada défendra bec et ongles son territoire et ses intérêts.Ainsi, les interceptions d’avions russes aux abords de l’espace aérien canadien se sont multipliées, de même que des exercices militaires dirigés par des ministres allant planter, tel un Jacques Cartier, l’unifolié sur un îlot rocailleux.^ Ce qui change aujourd’hui, c’est l’arrivée des diplomates.A moins que le Canada ne déclare une guerre qu’il n’a pas les moyens de mener et dont personne ne voudra, le réalisme politique lui impose de rechercher le dialogue avec ses voisins arctiques.Même si la souveraineté canadienne est un principe non négociable, il existe des zones grises quant au tracé des frontières (avec le Danemark pour la propriété de l’île Hans et avec les Etats-Unis pour la mer de Beaufort) qu’il faut clarifier.La résolution de ces deux contentieux l’aidera lorsque viendra le temps de se présenter en décembre 2013 devant la Commission des Nations unies chargée de définir l’extension de son plateau continental sous-marin.L’enjeu principal dans l’Arctique est la délimitation du plateau continental sur lequel les pays de la zone arctique pourraient prétendre avoir des droits économiques au-delà de leur zone de 200 milles nautiques.Qui obtiendra la plus grande partie, obtiendra le droit à la plus grande part des richesses sous-marines de cette zone?Alors que chaque pays accélère l’étude des fonds marins, Ottawa pose ici aussi le bon geste en suggérant de procéder à des échanges d’informations au sein du Conseil de l’Arctique.Le sens commun voudrait d’ailleurs que ses huit pays membres aillent plus loin et cherchent véritablement à définir une vision de l’avenir de cette portion de la planète en voie de mutation.Un nationalisme étroit n’est pas la voie à suivre.bdescoteaux@ledevoir.corn Chef du SPVM Un véritable appui Josée Boileau eu importe le secteur d’activités, il est bien rare qu’une D nouvelle nomination ne s’accompagne pas d’éloges.La nouveauté, c’est toujours l’espoir, même dans un univers aussi suspicieux que celui de la police.Le concert d’éloges qui a accueilli le choix de Marc Parent comme nouveau chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est toutefois d’une autre nature que les félicitations de circonstance.Car il semble bel et bien être ce «chef qui comprendra [la] réalité [des policiers] et qui les défendra auprès des élus plutôt que d’imposer des décisions décrochées de la réalité du terrain», comme souhaité le mois dernier par le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francœur.Candidat du syndicat, alors?Même pas puisque les représentants des trois partis qui siégeaient au comité de sélection ont unanimement recommandé sa candidature, révélait hier le site RueFrontenac.com, que l’homme a convaincu iiH " PI aussi le maire Gérald Tremblay, et que les bons , J mots fusent chez tous ceux qui ont eu à Æ travailler avec lui.¦ Æ dit-on, jouit d’un rare privilège: ce- I Æ lui d’avoir su grimper dans la hiérarchie tout en restant estimé de la base.Peu de «chemises blanches», comme on appelle les gradés, sont arrivées ainsi à ne pas donner l’impression d’être passées de l’autre côté de la barrière.Ce qui n’a pas empêché M.Parent de savoir diriger et de prendre de front des dossiers difficiles, sur l’emploi de la force par les policiers par exemple.C’est là tout un atout quand le défi le plus médiatisé du SPVM actuellement est celui du profilage racial, farouchement nié par les policiers, ce dont tirent profit des voyous qui voudraient s’afficher martyrs.Regarder en face le phénomène s’impose.Par sa formation, par sa personnalité, M.Parent semble posséder l’ouverture d’esprit pour naviguer dans ces eaux troubles sans s’y noyer.Mais ce n’est pas sur la place publique qu’il sera le plus mis à l’épreuve: saura-t-il aussi être le gestionnaire d’un service qui représente 25 % du budget municipal, où la convention collective des policiers vient à échéance dans six mois, où il faut procéder aux coupes budgétaires réclamées par la Ville, et où la commercialisation des services de sécurité est une véritable dérive pour le plus grand corps de police du Québec qui doit d’abord lutter contre la criminalité?M.Parent, dit-on, aurait un plan à long terme.C’est déjà plus sage que s’il avait clamé vouloir faire la révolution.Il est toutefois dommage que ses propositions soient tenues au huis clos.Ce mystère, heureusement, sera levé à son entrée en fonctions.Qn ne saurait en dire autant de l’événement qui a tout déclenché: quelles sont donc les vraies raisons du départ précipité, et toujours injustifié, du chef Yvan Delorme?j boileau@ledevoir.com LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO Ig/\K, U5 CTA-TÇ-WNiS RfTigENÎ.Uf 'A Toi maîimTeNAnT/ 3 Le fiscal et le social Le projet de loi qui fera de Revenu Québec (RQ) l’Agence du revenu du Québec (ARQ) a été déposé le 8 juin par les libéraux.Cette nouvelle entité ne sera plus régie par la Loi sur la fonction publique; elle ressemblera à la Société générale de financement, à Investissement Québec (anciens PPP) et à l’Autorité des marchés financiers.Elle sera chapeautée par un conseil d’administration qui n’aura pas de comptes à rendre.Bref, le fisc sera transféré au privé.Que feront dans cette galère les Pensions alimentaires (PA), qui relèvent de RQ?La mission des PA consiste à assurer la régularité du paiement des pensions alimentaires auxquelles ont droit les enfants et le parent gardien.Cette mission sociale est-elle compatible avec celle qui prévaudra à l’ARQ?La majorité des employeurs répugnent à prélever gratuitement la pension alimentaire sur le salaire des débiteurs, pour ensuite la remettre à RQ.Certains imposent déjà illégalement des frais à leurs employés pour ce faire.Leur lobby sera-t-il assez habUe pour en arriver un jour à les légaliser?Le p.-d.g.et le conseil d’administration de l’ARQ seront soumis à des pressions de puissants poupes organisés.Les PA pourront-elles résister?Qn ne peut pas compter sur les libéraux de LETTRES Jean Charest, mais j’espère que les péquistes, ceux-là mêmes qui ont créé les PA en décembre 1995, interviendront en commission parlementaire cet automne pour exiger que leur création demeure dans la fonction publique, sous l’aile, idéalement, du ministère de la Justice (où l’ancêtre des PA se trouvait).Les Pensions alimentaires n’ont rien à voir avec ce que veut devenir Revenu puébec.Élisa Milan Montréal, le 20 août 2010 Financement dn système nniversitaire: la modnlation des frais par programme Alors que la Commission parlementaire de la culture et de l’éducation siège et que les différents représentants et recteurs des universités du Québec discutent de solutions au sous-financement des études supérieures, je tenais à faire valoir une solution qui mérite d’être débattue, soit la modulation des frais de scolarité par programme.Cette solution vise à régulariser le financement, en faisant payer les étudiants selon leur domaine d’études.Par étudiants payeurs, j’entends tous ceux des programmes menant à des professions lucra- tives ou garanties dès leur entrée sur le marché du travail, par exemple les médecins, podiatres, dentistes, pharmaciens, ingénieurs, comptables a^éés, etc.J’estime que ces étudiants, dont j’ai fait partie, n’ont pas besoin d’avoir une, subvention de leurs frais de scolarité par l’Etat, étant donné que leur dette d’études sera remboursée en moins de cinq ans.Sans compter que les institutions financières leur offrent en moyenne 125 000 $ en marge de crédit pour leurs études dans lesdits programmes.Pour ce qui est des autres programmes, il pourrait être pertinent de développer un tout nouveau système de tarification de scolarité modulée en fonction du revenu annuel des cinq premières années suivant la diplomation.De cette façon, on pourrait garder les frais de scolarité à un niveau de base pendant les études et faire payer plus cher ceux qui gagnent nécessairement plus cher pendant les cinq premières années sur le marché du travail.J’estime que ce type de modèle serait le plus juste et le plus équitable, et qu’il régulariserait le financement du système universitaire québécois.Madame la Ministre, vous savez dorénavant quoi faire, dès maintenant, taxez-moi! Docteur Jérôme Patry Podiatre Lévis, 19 août 2010 REVUE DE PRESSE Les portes closes Manon Cornellier On ne pourra pas dire que la presse canadienne-anglaise est déconnectée.Selon un sondage tout frais de la firme Angus Reid, une solide majorité de Canadiens (63 %) auraient souhaité que le bateau transportant 492 Tamouls soit forcé à rebrousser chemin.La presse anglophone en pense généralement autant.La chaîne SunMedia a même blâmé les Nations unies pour avoir félicité le Canada qui, dans le respect de la loi, étudiera chaque demande à son mérite, des demandes que SunMedia attribue à des «fraudeurs, des envahisseurs qui passent par la porte arrière et, sans aucun doute, quelques terroristes liés aux sanglants Tigres tamouls».A son avis, le Canada souffre de naïveté, car demander l’asile à l’issue d’un voyage organisé par des «criminels et des terroristes» est un crime en soi.Dans un autre éditorial, la chaîne affirme sans ambages qu’aucun des passagers n’est un véritable réfugié et que leur but n’est rien d’autre que de former un gouvernement des Tigres tamouls en exil et de garder ce mouvement en vie en sol canadien.Le Chronicle-Herald, d’Halifax, est un des journaux qui préconisent le renvoi de bateaux comme le MV Sun Sea.Sa prémisse est simple.«La souveraineté canadienne est un concept dénué de sens si des organisations criminelles étrangères peuvent dicter qui entre dans ce pays et comment», écrit l’équipe éditoriale.Le gouvernement doit par conséquent agir avec fermeté pour décourager ce genre de trafic, poursuit-elle, d’autant plus que les Tigres tamouls seraient derrière ce voyage, en prépareraient d’autres et que quelques-uns de leurs leaders se seraient infiltrés parmi les 492 passagers.On respire Le Globe and Mail souhaite au contraire que le to,n baisse et que la règle de droit prévale.A son avis, les passions alimentées par l’arrivée des 492 Tamouls ne devraient avoir aucun effet sur le traitement de leur demande.Chaque cas doit être jugé selon son mérite, comme le prévoit la loi et sans égard aux impressions que tentent de créer le gouvernement ou les poupes de défense des réfugiés.«La sécurité dans un pays qui sort d’un conflit est fluide et complexe.Il revient à la [Commission de l’immigration et du statut de réfugié], et non pas aux politiciens ou à d’autres, d’évaluer chacune des demandes», rappelle le Globe en conclusion.Barbara Yaffe, du Vancouver Sun, se montre compréhensive à l’endroit de ceux qui manifestent une certaine hostilité envers ces Tamouls.Ils en sont là, pense-t-elle, parce qu’ils se sentent impuissants devant l’arrivée de ces «boat-people», les lois canadiennes et internationales exigeant que leur demande soit étudiée, peu importe les gestes illégaux posés pour arriver au pays.En plus, ils ont droit à une série de services publics payés par les contribuables canadiens.Les gens se demandent aussi pourquoi ces migrants ont choisi le lointain Canada au lieu d’un pays plus près du Sri Lanka, comment ils ont payé leur passage et pourquoi, étant donné le danger qu’ils disent fuir, si peu de femmes et d’enfants étaient à bord du MV Sun Sea.Et même s’ils sont persécutés, des millions d’autres à travers le monde vivent la même chose.Selon Yaffe, rien de tout cela ne justifierait de traiter ces Tamouls de façon inhumaine ou injuste, mais tout cela explique la froideur de l’accueil offert par bien des Canadiens.Aparté La sortie de l’ombudsman des vétérans cette semaine et la mise à l’écart de l’officier de la GRC responsable du registre des armes à feu ont alimenté la chronique sur le style de leadership de Stephen Harper.De tout cela, un thème ressort: l’homme ne tolère pas la dissidence et «son obsession à faire taire ses critiques l’emporte maintenant sur toute autre considération», résume l’Ottawa Citizen.Dans une analyse fort intéressante, Andrew Coyne, du magazine Macleans, note combien l’aversion que les conservateurs ont pour les élites est en train de prendre des proportions démesurées, l’affaire du recensement en étant la dernière manifestation.Selon les sondages, une majorité de Canadiens trouvent que le pays va dans la bonne direction, contrairement au gouvernement.Cet écart démontre que la façon de gouverner des conservateurs pose problème, dit Coyne.«Les conservateurs ignorent généralement le consensus des experts sur une foule de sujets — criminalité, fiscalité, changements climatiques — mais c’est plus que cela.Ils veulent qu’on le sache qu’ils l’ignorent.L’antagonisme affiché à l’égard des experts, et pour les gens éduqués, caractérise le style conservateur.» Selon Coyne, les conservateurs de Harper vont plus loin que leurs prédécesseurs puisqu’ils réfutent même l’avis des experts supposé-ment de leur bord.«Le résultat est une forme unique et mesquine de conservatisme, celui qui ne veut rien savoir», dit Cojme, qui parle d’une diabolisation des intellectuels et des experts jamais vue, même sous Thatcher ou sous Reagan, d’une forme de lutte des classes fondée sur le niveau du savoir.Le journaliste s’inquiète du mépris qu’alimentent les conservateurs, mais se réjouit de l’échec de leur approche.Ce qui les laisse «sans convictions ni stratégie, sans principe ni expédient», et Stephen Harper dépouillé de sa réputation d’homme de principes et de fin stratège, conclut Cojme.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AOUT 2010 C 5 IDBES Des citoyens de «seconde classe»?L’abandon des anciens combattants canadiens évoque le cas des États-Unis FLORIAN OLSEN Candidat au doctorat en science politique à l’Université d’Ottawa, dont la thèse porte sur la guerre en Irak et le service militaire aux Etats-Unis e gouvernement traiterait-il les soldats des Forces canadiennes sans guère plus d’égards que des citoyens de seconde classe?«Les sacrifices [des soldats canadiens en Afghanistan] semblent s’être perdus dans la complexité de la bureaucratie», s’exclamait le 17 août l’ombudsman des vétérans Pat Stro-gan, colonel et ancien commandant des Forces canadiennes en Afghanistan (Le Devoir, 18 août 2010).La sortie publique de l’ombudsman dénonçant ce que plusieurs qualibent d’ingratitude réservée aux anciens combattants canadiens rappelle de plus en plus cçnt controverses semblables qui germent aux Etats-Unis depuis des années.Or l’abandon des soldats, une fois leur service terminé, ne révélerait-il pas des tendances de fond sur les inégalités sociales qui font des Canadiens provenant en majorité des régions pauvres une sorte de prolétariat du sacribce?C’est que le sort des soldats n’est peut-être pas sans rappeler les difb-cultés que connaissent les régiqns d’oû ils pro-viennenL tant au Canada qu’aux Etats-Unis.Taxe en sang De part et d’autre de la frontière, certaines ressemblances sont percutantes.Après celui d’Abou Ghraïb en 2007, un nouveau scapdale soulevé par la guerre en Irak éclatait aux Etats-Unis.Une série d’articles du Washington Post dénonçaient la vétusté d’un édifice du Walter Reed Medical Center.Les journabstes du Post peignaient le sombre et bientôt tristement célèbre portrait d’un hôpital pour vétérans oû des employés surchargés abandonnaient les «héros» des guerres d’Irak et d’Afghanistan dans des chambres insalubres.Puis il y a eu les controverses sur ces 185 000 soldats remobibsés involontairement au combat après l’échéance de leurs contrats de service.Nommée «stop-loss», cette pratique a été presque universellement dénoncée en Amérique depuis qu’elle a été publicisée.Plusieurs observateurs ont été choqués par son hypocrisie étant donné que les soldats américains sont des volontabes, comme au Canada.Par aibeurs, 10 000 soldats américains ont été renvoyés pas moins de cbiq fois en Irak ou en Afghanistan.Or la grande majorité des soldats américains proviennent de régions rurales économiquement défavorisées, souvent les plus durement frappées par la délocalisation des industries depuis les années 1970.Les communautés américaines du Sud comptant moins de 20 000 habitants ne fournissaient pas mobis de 40 % des recrues militabes de l’an 2000 et la moitié des combattants tués au combat en 2003-2004.La taxe en sang prélevée dans les régions rurales était de 60 % plus élevée que cebe prélevée dans les vibes américabies.Déjà issus des régions américaines laissées REUTERS A l’instar des Américains, nous devons nous interroger sur le sort que nous réservons à nos vétérans.pour compte par l’économie mondialisée, les héros de guerre sont à nouveau abandonnés à leur retour par une population qui prétend pourtant appuyer leurs sacrifices, comme le dénonçaient les chroniqueurs du New York Times et du USA Today.Des ressemblances Le Canada n’a pas connu les mêmes pratiques de remobilisation involontaire que son voisin du Sud, mais les profils des soldats des Forces canadiennes affichent néanmoins des ressemblances.Alors que Terre-Neuve-et-Labrador compte moins de 2 % de la population du Canada, un quart des soldats canadiens en Afghanistan provenaient de cette province, selon un article scientifique de Deborah Cowen, professeure de géographie pobtique à l’Université de Toronto.La majorité de nos concitoyens ont beau habiter les grands centres canadiens, seulement une recrue sur cbiq des forces armées provient des villes comptant plus d’un demi-million d’habitants.Par ailleurs, près d’un candidat sur deux pour entrer dans les Forces canadiennes en 1999 provenait des rangs des sans-emploi, toujours selon les travaux de Cowen.Bien que s’étant quelque peu améliorée, la tendance ne remontait pas moins aux années 1970.Il en est de même pour la propension «inouïe» des Canadiens provenant des régions économiques les plus défavorisées, comme les Maritimes, à se porter volontaire.Alors qu’un débat prend enfin forme au pays pour savoir si le gouvernement conservateur «laisse plutôt tomber [les anciens combattants] à leur retour», comme le suggérait le député Marc Carneau (Le Devoir, 18 août 2010), sans faire état d’une sorte de «complot», les études ne suggèrent pas moins que les Forces canadiennes recrutent les naufragés de notre société depuis longtemps.Le courage d’en parler Le débat soulevé par l’ombudsman n’est pas le même qui consiste à trancher si le Canada devait envoyer ou non des troupes en Afghanistan.Cette nouvelle controverse nous force à nous interroger sur le sort que nous réservons à nos concitoyens à leur retour.A son tour, cette question ne nous demande-t-elle pas plus profondément si le traitement de nos vétérans n’est pas le miroir des inégalités entre les régions et les centres urbabis, les pôles du développement économique et les provbices qui continuent à attendre le «miracle»?Les Québécois et les Canadiens ont bien aimé faire la morale à leurs voisbis du Sud par rapport au bourbier bakien, surtout après le refus canadien de fournir des soldats pour cette seconde guerre.Or, depuis quelques années mabitenant, les Américains ont le courage de laver leur bnge sale sur la place publique et d’affronter les démons de la guerre en Irak, l’état de leurs forces armées et le traitement réservé à leurs soldats et anciens combattants.Peut-être est-il enfin temps que les Québécois et les Canadiens des autres provinces osent faire de même?L Couvent Mont-Jésus-Marie Triste démocratie RASSEMBLEMENT POUR LA SAUVEGARDE DU 1420 MONT-ROYAL e geste que s’apprête à poser le make Tremblay dans le cas de l’ancienne maison mère des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, à Montréal, sera un jour sombre non seulement pour les défenseurs de cet édifice patrbnonial, mais aussi pour tout le Québec.Il consacrera, une fois de plus, le triomphe de la finance et des jeux de coulisses sur la démocratie.Nous nageons en plebi «duplessisme».Rappelons que l’Université de Montréal avait acquis l’édifice à bon compte et qu’elle avait l’obligation morale de lui conserver sa vocation institutionnelle, d’autant plus qu’il est situé dans l’arrondissement naturel et historique du mont Royal.Qr l’Université a plutôt choisi de le jeter en pâture au promoteur Catania, qui entend le transformer en luxueux condos, et cela, avec la complaisante collaboration du maire de Montréal.Depuis près de deux ans, un groupe de citoyens, librement engagés dans leur milieu, se sont massivement et vigoureusement opposés à cette odieuse transaction; en outre, les partis de l’opposition à l’Hôtel de Ville ont appuyé leur action en ce sens.En dépit de ces faits, le maire est parvenu, en mars dernier, à modifier le zonage et le plan d’urbanisme régissant et protégeant jusque-là l’immeuble en question.Néanmoins, les opposants au projet de Catania n’ont pas baissé les bras: ils ont choisi de poursuivre la lutte par la seule voie qui leur restait, celle d’un référendum portant sur des aspects majeurs du projet.C’est l’administration JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le plan d’urbanisme a été modifié pour permettre un projet immobiiier.Tremblay qui en a fixé les règles: il fallait d’abord obtenir la signature de 125 citoyens parmi les quelques privilégiés résidant à proximité du bâtiment; en second lieu, il s’imposait que 224 citoyens, appartenant à la zone définie à la première étape, aillent signer un registre demandant la tenue du référendum.(Pour nous faciliter la tâche, sans doute, monsieur le maire a fixé au 22 juin l’ouverture du registre, alors que de nombreux citadins ont quitté la ville pour leurs vacances.) Malgré cela, 278 personnes, soit plus de 13 % des citoyens habibtés à voter, se sont présentées pour signer la demande de référendum, lequel devait être tenu avant le 14 octobre.Qn a alors noté, avec une certaine satisfaction, que le pourcentage des gens qui se sont déplacés pour aller signer le registre a été, proportionnellemenf plus élevé que celui des Montréalais qui se sont donné la peine d’aller voter pour monsieur Gérald Trem- blay aux dernières élections municipales.Légal, mais immoral Et voilà que nous apprenons ces jours-ci que monsieur le maire Tremblay décide qu’il n’y aura PAS de référendum! La Charte de la Ville de Montréal lui permef semble-t-il, un tel comporte-menf lequel, s’il est légal, est tout aussi immoral que celui de l’Université de Montréal, que nous avons dénoncée ci-dessus.Comment peut-on ridicubser avec une telle désinvolture le processus démocratique et les nombreux citoyens qui ont agi de bonne foi?Comment pourra-t-on, devant de telles pratiques odieuses, s’étonner du cjmisme des électeurs, qui ne daigneront plus se déplacer pour exercer leur droit de vote?HeureusemenL osons-nous dire, il est encore temps de rappeler l’administration Tremblay à l’ordre en vue de prévenir que pareille farce sinistre se répète ailleurs au Québec: rappeler à l’ordre par une vaste mobibsation de l’opbûon pu-bbque et par les biterventions appropriées du ministre des Affaires municipales et de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.Mais le temps presse.Il est interdit de laisser bafouer bnpunément les droits de la démocratie! Andrea Audet, Danielle Blanehard, René Brault, Mieheline Cabana, André-Pierre Contandriopoulos, Denise Courteau, Jean Déearie, Louis Dumont, Ginette Dupré, Claude Godon, Sylvie Hébert, Miehéle Joubert, Pierre Labelle, Jean-Claude Marsan, Isabelle Péretz, Mariette Plante, Madeleine Reid, Madeleine Sauvé, Miehel Seymour, Daniel Turp, Denyse Vézina.M Le Québec est bien ancré dans la reprise CLEMENT GIGNAC Ministre québécois du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation Réponse au Bulletin de la prospérité du CPQ ercredi dernier le Conseb du patronat du Québec (CPQ) a rendu pubbc son premier bubetin de la prospérité basé sur un certain nombre d’bidicateurs socioéconomiques.Bien que cet outil soit utile pour définb les défis pour l’avenir économique du Québec, il reste que cer-tabis éléments méritent d’être remis en perspective pour dresser un portrait plus complet de la performance du Québec.Il faut se rappeler qu’en 2008 la planète entière a été touchée par la plus grave crise financière depuis le krach boursier de 1929.Cette situation a comme on le sait bouleversé l’économie mondiale.Le gouvernement a alors tout de suite fait de la reprise économique et du mamtien des emplois des Québécois ses priorités., Alors que plusieurs Etats dans le monde peinent encore à se remettre de la crise, le Québec est bien engagé dans la relance.Le Québec a déjà récupéré plus de 130 % des emplois perdus pendant la crise économique, ce qui représente un résultat nettement au-dessus de ce,ux de l’Qntario (82 %), du Canada (94 %) et des Etats-Unis (8 %).Présentemenf nous sommes à des sommets historiques avec plus de 3,9 mbbons de Québécois au travaü.Dans le domabie des finances pubbques, le gouvernement a déposé un budget courageux qui fixe le retour à l’équilibre budgétaire au moins deux ans avant la plupart des autres Etats, preuve que nous faisons un effort considérable dans le contrôle de nos dépenses.Il faut dbe aussi que le Québec esL avec la Colombie-Britannique, la provmce qui a le mieux contrôlé ses dépenses au cours des dernières années.Ce fait est reconnu par les agences de notation et il aurait été intéressant qu’un bidicateur de contrôle des dépenses budgétaires soit pris en compte par le CPQ.Égalemenf sur la question de l’environnement d’affebes, il est surprenant que le CPQ n’ait pas souligné que le coût pour faire des affabes au Québec se situe parmi les plus faibles des principaux pays industrialisés, selon une étude de KPMG.Bien que ce bulletin du CPQ porte sur des bi-dices de prospérité économique, ü faut savob que c’est au Québec, parmi toutes les provinces canadiennes, que l’indice de pauvreté est le plus faible, ce qui reflète nos choix sociaux pour une richesse plus équitable et mieux distribuée.Ces acquis du Québec sont significatifs, permettent de dresser un porbait plus juste de nobe réa-bté économique et témoignent d’une performance qui nous confbme à quel point le Québec est bien positionné pour la relance.Nous connaissons bien les défis qui sont devant nous et nous sommes déjà au bavail.Des défis importants Loin de nier que le Québec fait face à des défis importants sur le plan économique, le présent gouvernement a fait plutôt de ceux-ci sa priorité.A preuve, plusieurs des éléments définis dans l’étude du CPQ ont été soulevés au Rendez-vous économique tenu en janvier dernier et font l’objet de démarches concrètes du gouvernement.Comme le CPQ, nous sommes préoccupés, enbe aubes, par le défi démographique ainsi que par la formation et la qualité de la main-d’œuvre.C’est pourquoi nous avons notamment lancé le Pacte pour l’emploi, doté d’un budget de 1,5 mil-bon de dollars, signé une entente avec la France sur la mobilité de la main-d’œuvre et créé la Commission nationale sur la participation au marché du bavail, laquelle proposera des avenues pour accroîbe la participation des 55 ans et plus au marché du bavail.Sur le plan de l’immigration, nous avons intensifié les mesures favorisant une meilleure intégration économique des immigrants.Nous avons mis en place des programmes pour favoriser la rétention des étudiants étrangers et des bavailleurs temporabes et l’arrimage des critères de sélection avec les besoins du marché du bavail.D’aibeurs, le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi (PRII-ME) connaît un banc succès, avec un taux de rétention en emploi avoisinant les 80 %.En matière de recherche et d’innovation, nous avons lancé en juin dernier la Sbatégie québécoise de la recherche et de l’innovation, dotée d’une enveloppe de 1,1 mibion de dobars.Le CPQ sou-bgne à juste tibe la bonne performance du Québec à ce sujet.Pour nos défis d’enbepreneuriaf nous annoncerons à l’automne une importante sbatégie pour continuer d’accompagner nos en-bepreneurs, qui sont des piliers importants de nobe prospérité.Il reste du bavail à fabe et le CPQ a raison de dbe que la prospérité économique du Québec ne concerne pas uniquement le gouvernement, mais l’ensemble de la société.Nous devons tous nous sentir concernés et, en ce sens, le gouvernement va continuer de fabe de l’économie sa priorité.Nous allons bavailler avec la même ardeur qui nous a permis de baverser la crise avec succès.L’EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Gerald Dallaire (adjoint au directeur de l’information), Marie-Andree Choumard (éditorialiste, responsable de la page Idees), Marco Belair Cirmo (general), Jeanne Cornveau (affaires municipales), Fabien Deglise (consommation), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), lisa-Marie Gervais (education), Pauline Gravel (sciences), Brian Myles (justice et faits de société), Louise-Maude Rioux Soucy (santé), Philippe Papineau (pupitre) , information politique Michel David (chroniqueur), Helene Buzzetti et Guillaume Bourgault-Côte (correspondants parlementaires a Ottawa), Antoine RobitaïUe et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires a Quebec), Alec Castonguay et Kathleen Levesque (reporter) , information culturelle Michel Belair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baülargeon (médias), Frederique Doyon (reporter), Caroline Montpetit (livres), Isabelle Pare (reporter), Odile Tremblay (cinema), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur de l’information), François Desjardms (reporter), Eric Desrosiers (reporter), Alexandre Shields (reporter), Dominique Reny (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque (reporter), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives) , Diane Precourt (responsable des pages thématiques) , Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) , Michel Garneau (caricaturiste) ,Andreanne Bedard, Michele Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) , Paul Cauchon et Benoît Munger (responsables du site Internet), Jean-Jacques Coulombe et Érnilie Fohe-Boivm (commis Internet) , Amehe Gaudreau (secretaire a la redaction), David Dumouchel et Etienne Plamondon-Emond (commis a la redaction) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Monique Bherer (Ottawa) PUBOClTE Sylvain Grimard (directeur adjoint) de BiUy, Jennifer Boily-Demers, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Stephanie Deziel, Véronique Langlois, Amehe Maltais, Maria M Motta, Claire Paquet, Elyssa Porher, Chantal Ramville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Berube (secretaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Yannick Morm, Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Sonia Chamberland (en remplacement de Caroline Simard) (responsable service a la clientèle), Nancy Beauheu, Manon Blanchette, Nathalie Füion, Marie-Lune Houde-Brisebois , Jean-Robert Divers (responsable promotion) ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Büyakova (responsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Celme Euro y, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Page, Monique Proteau C 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AOUT 2010 JEUXdeMtS Chaque samedi pendant la saison estivale, pour une troisième année, les lecteurs peuvent mettre leurs connaissances, et surtout leur patience, à l’épreuve en complétant les jeux préparés par notre collaborateur Michel Roy {michelroy77@vMeotron.ca), spéciaUste de la langue et ancien professeur de français.En règle générale, les amateurs de mots croisés ou de sudoku retrouveront aussi leur passe-temps favori dans cette page.Anagrammes Les anagrammes sont des mots qu’on obtient par la transposition des lettres d’un autre mot.Ainsi, CHIEN, NICHE et C H IN E sont des anagrammes qui viennent des mêmes lettres (C E HI N), mais disposées autrement.Dans les phrases qui suivent, inscrivez au-dessus des tirets les trois anagrammes, en vous servant des lettres indiquées entre parenthèses et en vous aidant du contexte.1.(E, E, R, R, S, V) Au bistro.Veux-tu me________ mes_______________de fortune?2.(A, C, E, E, R, R, T) Nous l’avions prévenu de ne pas s’_ ______________près du_______________du volcan._ deux _ _ de cognac pour me permettre d’oublier 3.(D,E,I,N,S)_ XJ, 1, i’i, y aux_ _, j’aimerais que tu _ du sentier.Heureusement, nous l’avons _ avec moi ce midi pour me raconter ton récent voyage 4.(C, E, O, R, S, U) Robinson _ _ partit au pas de _ en direction de la Énigmes linguistiques Le jeu consiste à trouver un mot à partir d’indices donnés.-1 - Indices : - II - Indices ; a - Bonne gardienne, b - Ancienne fournisseuse des écrivains, c - Une maladie de foie lui vaut un trépas prématuré, d - Avec le temps, on voit de plus en plus ses pattes.Réponse : _________________________________________ a - Peut se briser avec éclats, b - Un dur au cœur tendre, c - On en a plein le dos.d - Dépôt de bière, e - Élément d’une colonne, f - Un plaisir pour le berger.Réponse :____________________ Chasse aux cinq voyelles Complétez les mots suivants en inscrivant à chacun les cinq voyelles (a, e.i, o, u).Notez que pour les numéros 7 et 8 on n’a pas indiqué où on doit intercaler les cinq voyelles.À vous de les placer correctement.1) BR________SS_______LL.2) NFR R_____________G_ 3) N_______R________D____ 4) ___RG_____N____Q_______ 5) P RT_________ 6) S____D R.7) FT S 8) LNC ___R_ P R c» P g 1-^ O c» i ¦= OJ û: =s 9 .
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