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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2010-09-04, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 2010 BIOGRAPHIE Deux livres consacrés à Robert Bourassa Page F 6 ROMAN L’échec du pari de Yann Martel Page F 3 LIVRES Pages à brûler frôle constamment les limites de la santé mentale.Pour Pascale Quiviger, la folie ^v-f peut être tant un mode de perception accrue Sur entre le rêve et la réalité qu’un mode de déformation de la perception.PAGES À BRÛLER Pascale Quiviger Boréal Montréal, 2010, 262 pages CAROLINE MONTPETIT Elle vient à Montréal en été, alors que tout est calme dans la ville.Elle y laisse souvent un livre, puis elle s’envole vers Nottingham, en Angleterre, où elle a désormais ses quartiers.Pascale Quiviger fait donc paraître cet automne son dernier roman.Pages à brûler, chez Boréal, peut-être son meilleur livre à ce jour.Pages à brûler est l’histoire d’une disparue, comme on en trouve souvent dans les romans de Pascale Quiviger, qui signait il y a deux ans La Maison des temps rompus, toujours chez Boréal.En entrevue, elle raconte que c’est peut-être parce qu’elle est souvent absente pour des gens qu’elle connaît, partagée qu’elle est entre trois pays, le Canada, l’Angleterre et l’Italie, qu’elle a habitée dix ans, qu’elle aborde souvent ce thème de la disparition.Dans les arts visuels, qu’elle pratique aussi, 11 lui arrive également d’aborder les sujets par leurs seuls contours.En littérature, elle aime bien l’art de l’évocation.«Je pense qu’il y a plusieurs fadeurs, fai une fasdnation générale pour les choses qui ont une influence sur nous sans qu’on les voie, des choses qui ne sont pas présentes, même les conflits souterrains ou les conflits familiaux qui ne sont pas dits, mais qui ont une influence sur ceux qui les subissent.Un autre fadeur, c’est mon propre flottement géographique, le fait que, quand je suis présente dans un pays, je suis toujours absente d’un autre.Je me définis pour mes amis d pour ma famille comme une personne absente, sauf pour ma famille très proche.Quand j’avais juste deux pays, c’était plus facile.Maintenant, avec l’Anglderre, c’est comme si j’appartenais de façon subtile à deux autres pays dont je ne vois jamais les personnes qui me sont chères», dit-elle.Dans Pages à brûler, donc, on part sur les traces d’une disparue, Clara Chablis, dont on croit avoir trouvé le corps sans vie dans une décharge.C’est l’Inspecteur Bernard Lincoln qui mène l’enquête.Roman policier Dans ce roman.Pascale Quiviger aborde en effet le genre du roman policier.Elle dit même avoir personnellement rencontré un policier anglais pour faire un portrait réaliste du genre.«Je trouve cela assez fascinant, le travail des policiers, on sous-estime les différents niveaux d’humanité qu’ils doivent aborder par leur travail», dit-elle.L’inspecteur Lincoln est vraiment l’œil réaliste, l’ancrage terre-à-terre de ce roman, qui flirte par ailleurs avec la poésie.Il rencontrera successivement l’amant de Clara Chablis, un certain Daniel, au profil un peu insaisissable, la mère de Clara, une ancienne prostituée alcoolique, et son amie, en proie à d’importants problèmes nerveux.Quant à Clara Chablis, l’héroïne du livre en quelque sorte, elle a disparu, ou plutôt elle est partie.Peut-être aussi a-t-elle été assassinée, c’est du moins ce qu’est tenu d’éclaircir l’inspecteur Lincoln.«Partir, dans son cas, c’est un acte de courage, dit Pascale Quiviger.Des fois, on part parce qu’on fuit, on peut partir par lâcheté mais aussi par courage.» Courage, dit-elle, parce que Clara Chablis renonce à son double, ou à son âme sœur, qu’on recherche pour compléter l’aspect inachevé de sa propre identité, croit Pascale Quiviger.Ce départ, il existait déjà dans la généalogie de Pascale Quiviger, dont le père, Breton, a quitté sa Bretagne natale.VOIR PAGE F 2: QUIVIGER F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE SEPTEMBRE 2010 LIVRES Demande d’augmentation du budget Les bibliothèques de Montréal veulent prendre le virage numérique CATHERINE LALONDE Les bibliothèques publiques de Montréal souhaitent voir leur budget augmenter de 136 millions.La Commission permanente du conseil municipal sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie a adopté cette semaine ses recommandations sur La Bibliothèque du XXI‘ siècle.Les bibliothèques de Montréal sonL depuis 2007 et jusqu’en 2017, en mode rattrapage et mise à niveau pour rejoindre la moyenne à ce chapitre des grandes villes canadiennes.Le document de consultation de la Commission rappelait en mai dernier que moins du tiers des Montréalais sont aboimés à ime bibliothèque.Les villes canadieimes d’égale envergure dépassent souvent 50 % d’abonnés.Ce rattrapage n’empêche pas le tournant numérique espéré par la Commission, qui recommande à l’exécutif de la ville d’augmenter le budget des bibliothèques entre 2011 et 2013.Louise Guillemette-Labory, directrice associée-Bibliothèques à la Ville de Montréal, se réjouit de ces recommandations.D’autant que la Commission suggère 8,7 millions en immobilisation pour le passage aux technologies libre-service des bibliothèques montréalaises.Une augmentation de 4,9 millions en trois ans au budget de fonctionnement est aussi recommandée pour développer les services en ligne et la collection numérique.«A l’heure actuelle, explique Louise Guillemette-Labory, le catalogue est une grande liste de près de quatre millions de documents.Ce budget permettrait de taguer nos collections.Ainsi, le parent qui cherche de la lecture pour son enfant va trouver exactement ce qu’il veut Et s’ajouterait au catalogue un partage des commentaires des usagers.» Peut-on viser le virage numérique alors que les bibliothèques de Montréal sont en rattrapage?«C’est comme pour le téléphone en Afrique: ils sont passés de rien aux téléphones cellulaires, sans la transition par les lignes et les poteaux, illustre Guillemette-Labory.On a une vision partagée entre le réseau et les élus sur le nouveau rôle de la bibliothèque.Ce qu’il nous faut, c’est l’infrastructure de base, le système informatique et à partir de là, un peu d’imagination.» «A l’échelle de la planète, indique Guillemette-Labory, on constate une stagnation du nombre de prêts et une augmentation du nombre de visiteurs.Sauf à Montréal, qui a vu ses prêts monter de 8,8 % l’an dernier.La bibliothèque devient un lieu animé, et ça fait partie de notre vision.» En 2008, selon le Canadian Urban Librairies Council, Montréal avait investi dans ses bibliothèques 44,40 $ per capita.La métropole culturelle est loin derrière Vancouver (72,30 $) et Toronto (67,90 $).Le rapport et les recommandations de la Commission permanente du conseil municipal sur le développement culturel et la qualité du milieu de vie de Montréal, composée d’élus municipaux, seront déposés devant le conseil municipal de Montréal le 20 septembre prochain.II PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le Devoir Peut-on viser le virage numérique alors que les bibliothèques de Montréal sont en rattrapage?ROMAN QUEBECOIS L’homme qui se posait trop de questions CHRISTIAN DESMEULES as vu les tours tomber à New York comme ^ L moi.Tu sais qu’on est des graines de rien qui servent à pas grand-chose, alors pourquoi courir après un paragraphe dans les encyclopédies?» De son propre aveu.Vie, vingt-cinq ans, se pose beaucoup trop de questions.Aux prises avec une confuse crise existentielle, amoureuse et professionnelle, il ne sait pas non plus à quoi peut bien servir sa vie de «coquerelle humaine».Suivant les conseils du fantôme de son grand-père, il vient de laisser Copine, avec laquelle il vivait en couple depuis sept ans — «sept ans et huit jours», pour être plus juste —, avant de partager un appartement du Mile-End avec un clown professionnel.C’est l’essentiel du décor de L’Appartement du clown, de Vie Verdier (le pseudonyme que s’est choisi Simon-Pierre PoulioL né en 1976), un premier roman hanté par les questionnements de la trentaine et la tragédie du 11-Septembre.Le début est lent, les digressions sont nombreuses, pas toujours heureuses.L’évolution du protagoniste, elle, entre le rien du tout et le pas grand-chose, pendant ces quatre mois de l’automne 2001 où se déroule le roman, demeure subtilement perceptible.Le reste est constitué de son quotidien (d’un intérêt moyen), de ses amitiés (forcément formidables), de quelques rencontres érotiques, du piano qu’il joue, d’un soupçon de drogues diverses et de circonstances anecdotiques.Malgré ses nombreuses scories et sa direction incertaine, le roman profite d’un ton désinvolte qui lui permet de se démarquer.On imagine que Vie Verdier n’en restera pas là.Collaborateur du Devoir L’APPARTEMENT DU CLOWN Vie Verdier XYZ éditeur Montréal, 2010,330 pages QinVIGER SUITE DE LA PAGE E 1 «Je crois qu’on porte des rêves ou des aspirations du passé ou des personnes qui ont vécu avant nous dans notre famille.On le constate lorsqu’on fait un arbre généalogique et qu’on regarde ce que les gens voulaient faire, ce qu’ils ont fait et ce qui leur est arrivé», dit-elle.Un cahier vide Dans son roman, cet héritage est symbolisé par un cahier, toujours vide, que les femmes se passent de génération en génération.Ce cahier vide, pour Pascale Quiviger, est aussi symbole de liberté, dans un monde où tout est possible à chaque instant.Et Clara Chablis vit aussi dans un très grand dénuement.Durant une période, elle habite dans un squat, où elle rencontrera par ailleurs un schizophrène pjTomane.Pour Pascale Quiviger, le dénuement est d’ailleurs une condition de liberté.«Cela me semble une condition nécessaire à la liberté, dit-elle.Quand on possède beaucoup, on se fait prendre à en vouloir plus ou à vouloir protéger ce qu’on a.Elle, elle a son économie du vivant, dans laquelle entrent seulement les choses dont elle a besoin, un peu d’eau, un peu de nourriture.C’était plaisant, pour moi, l’idée de créer un personnage qui échappait complètement au monde des possessions.Pour moi, c’est un peu l’équivalent urbain de l’ermite tibétain.En fait, c’est une réelle inspiration pour moi, les ermites qui vont méditer dans des lieux où on ne sait même pas de quoi ils vont vivre pendant douze ans.» Pages à brûler frôle aussi constamment les limites de la santé mentale.Et Pascale Quiviger explique encore que.pour elle, la folie peut être tant un mode de perception accrue qu’un mode de déformation de la perception.«Pour moi, les catégories “santé mentale” et “folie”, c’est un peu comme le vrai et le faux.On avance sur une crête beaucoup plus étroite qu’on ne le pense», dit-elle.C’est donc dans cet univers tout en interrogations et demi-teintes que l’inspecteur Lincoln mène son enquête, que Pascale Quiviger relate à travers une correspondance avec la femme de Lincoln.Une enquête où les pistes se croisent et s’entortillent, jusque dans les dimensions les plus inattendues des choses.Le Devoir PAGES À BRÛLER Pascale Quitiger Boréal Montréal, 2010,262 pages TEMOIGNAGE L’oubli impossible de la Shoah SUZANNE GIGUERE L> univers concentrationnaire ' nazi ne cessera jamais d’habiter l’esprit de ceux qui l’ont vécu.Les survivants ressentent l’impératif de dire ce qui s’est passé, de témoigner, de garder vivante la mémoire des disparus.Demeurées longtemps muettes, les voix d’Eva et Rudolph Roden, Montréalais d’adoption, se font entendre pour la première fois lorsque Lives on borrowed time (Carlton Press) paraît en 1984.Plus de vingt-cinq ans après avoir été écrip ce récit est enfin puljlié en français.Ecrit à quatre mains, Eva et Ruda raconte la montée du nazisme et les années de captivité du couple qui a survécu à l’entreprise de déshumanisation nazie.Ce récit a la particularité d’offrir au lecteur ime double lecture de l’Holocauste: les deux auteurs ont traversé les mêmes épreuves et les faits historiques qui appuient leur récit sont les mêmes, mais chacun, de force et de tempérament différent, expose son propre regard, son analyse personnelle et ses propres moyens de défense face à l’incompréhension et l’horreur.Mais au-delà de la folie humaine et de l’enfer des camps, c’est avant tout une grande histoire d’amour qui a permis au couple de survivre, qui nous est ici narrée.Véritable leçon d’humanité et de combativité, ce récit à deux voix remonte le cours des souvenirs que la mémoire ne peut oublier.Eva et Rudolph Roden, aujourd’hui octogénaires, sont nés à Prague.En 1939, Hitler et ses troupes envahissent la Tchécoslovaquie.Les mesures anti-Juife sont instituées immédiatement.Eva et Ruda achèvent leurs études secondaires.C’est à cette époque qu’ils se rencontrent et tombent amoureux.Leur adolescence insouciante se termine abruptement.Eva parle de la peur comme de son souvenir le plus vif.1940.Les habitants du ghetto de Prague reçoivent pendant la nuit un bout de papier similaire à un télégramme, avec nom, date de naissance, numéro, désignation du convoi et date de rassemblement.La déportation commence.Camp de concentration de Theresienstadt (aujourd’hui Terezin).Eva y travaille comme conseillère dans un foyer d’enfants et Ruda, comme infirmier.Dans une scène presque irréelle, on aperçoit Eva, avec trois chrysanthèmes blancs à la main; elle vient d’épouser Ruda.Nouvelle déportation, cette fois dans des wagons à bétail vers le plus grand camp de concentration et d’extermination: Auschwitz.«C’était ainsi que favais imaginé la descente aux enfers, avant même de lire Dante», écrit Ruda.Comprendre Comment écrire sur la réalité d’Auschwitz sans choquer?En tentant de faire comprendre, par le fiouble que suscite le récit cette monsfiuosité humaine.Les auteurs nous livrent dans une série d’évocations la vie au quotidien dans les camps, où se battre pour survivre devient un acte de résistance.Séances de tatouage sur l’avant-bras gauche, faim, odeur obsédante des chairs brûlées, insécurité, cruauté environnante, souffrance et désespoir absolu des détenus, présence de l’infâme docteur Mengele, orchestre composé de virtuoses venus de partout en Europe qui joue à l’entrée des bâtiments des camps.Certaines scènes nous arrêtent, nous émeuvent.Par exemple, celle où Ruda observe les détenus se rendre aux chambres à gaz.Certains récitent ce credo, pierre angulaire de la foi juive: «Shemah Israel, Adonai Eloheinu, Adonai Ehad/Israël écoute, l’Eternel est notre Dieu, l’E-ternel est Un.» Des années plus tard, l’émotion le saisira dans une sjmagogue quand le choeur entonnera le Shemah.Il songera à tous ceux qui n’ont pas survécu.Déportés pour la troisième fois — Ruda à Sachsenhausen, Eva à Bergen-Belsen —, le couple se refiouve après la guerre.«Nous avions tous deux survécu, nous nous étions retrouvés, et c’était suffisant.Le simple fait d’être en vie nous transportait», écrit Eva.«J’étais finalement à nouveau un être humain.» Ces derniers mots, sous la plume de Ruda, concluent le livre.Les questions posées par la littérature de la Shoah peuvent se résumer en deux phrases.La première d’Adorno: «Quelle est la légitimité de l’art confrontée à la souffrance extrême?» La seconde d’Aharon Appelfeld: «Seul l’art a le pouvoir de sortir la souffrance de l’abîme» («Témoignages de la Shoah», Le Monde, 11 mai 2007).Le rôle de la littérature est ici posé comme essentiel.L’écriture délie, arrache une à une les images des expériences extrêmes des camps de concentration, de l’humiliation, de la peur, de la perte de sa lâmille et de ses amis, de la désillusion par rapport aux idéaux humanitaires d’égalité, de l’empreinte complexe du sentiment de culpabilité.Porté par une écriture sobre, détachée, digne, Eva et Ruda nous livre un témoignage d’une véracité bouleversante sur l’expérience tragique et la force nécessaire pour les survivants du génocide juif de vivre avec leur passé et de témoigner après avoir perdu leur statut d’être humain.Il arrive que des oeuvres dérangent pour mieux interroger.Eva et Ruda est de celles-là.Collaboratrice du Devoir EVA ET RUDA RÉCH à DEUX VOK DE SURVIVANTS DE L’HOLOCAUSTE Rétisé en anglais par Lazer Lederhendler Traduit de l’anglais par Joanne Gosselin Les éditions du Passage Montréal, 2010,280 pages 5^ INSTITUT DE PASTORALE DES DOMINICAINS CerKra cie formation univeiaitaire À l'occasion de son 50^ anniversaire^ l'Institut de pastorale des Dominicains en partenariat avec la librairie Paulines vous propose 2 conférences incontournables! Écoutons la vérité de l'autre Vendredi 10 septembre 19h30 Avec Jean-Claude Guillebaud journaliste, essayiste, écrivain Église St-Albert-le-Grand 2715, ch.Côte-Ste-Catherine Montréal (Québec) 514-739-3223 Coran et modernité Jeudi 16 septembre 19h30 Avec Rachid Benzine islamologue,chercheur, auteur Librairie Paulines Contribution : 5$ Réservation ; 514-849-3585 Beaucoup plus qu'une librairie! Salle de conférences et cafe-resto WulineS Masson, Montréal, Qc Impartial et sans concession Stéphane Libertad Trajectoire Plusieurs auteurs ont tenté d’écrire de la fiction sur le thème de la différence culturelle entre le Québec et la France, mais très peu ont réussi l’exercice sans tomber dans les lieux communs.Ce n’est pas le cas de Stéphane Libertad qui, avec La Trajectoire, nous livre un roman percutant sur le sujet.ESSAYEZ LE FEUILLETAGE EN LIGNE coDE:3i2g LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 2010 F 3 LITTERATURE L’échec du pari de Yann Martel Danielle Laurin Si vous vous attendez à lire une sorte d*Histoire de Pi tome deux, détrompez-vous.Le nouveau roman de Yann Martel n’a rien à voir avec son précédent, récompensé par le Man Booker Prize en 2002, traduit en 38 langues et vendu à 7 millions d’exemplaires.len a voir, smon que Béatrice et Virgile prend des allures de fable animalière.Les animaux de cirque, en particulier le tigre du Bengale affamé qui menaçait dans VHistoire de Pi de s’en prendre au jeune héros luttant pour sa survie au milieu de Tocéan, ont été remplacés par un âne et un singe.Qui symbolisent les millions de Juifs exterminés dans les camps nazis.Mais ce n’est pas si simple.Rien n’est simple dans Béatrice et Virgile, qui au final ressemble davantage à un livre sur la difficulté de représenter, par la fiction, l’Holocauste, qu’à un livre sur l’Holocauste comme tel.La première partie du roman flirte avec l’autofiction.Au centre de l’histoire: un écrivain canadien dont les parents, francophones, travaillaient dans le monde diplomatique.Il a grandi à l’étranger, il écrit en anglais, comme Yann Martel.Et, porté comme lui par le succès retentissant de son livre précédent, il s’est lancé dans l’écriture d’un ouvrage sur l’Holocauste.Il lui a fallu cinq années de labeur, c’est fait, c’est terminé, il est tout excité.Il a écrit deux livres, en fait.Un essai et un roman.Qu’il juge inséparables.Et qu’il aimerait bien voir publier ensemble, dans un ouvrage tête-bêche.Yann Martel, derrière son narrateur impersonnel, note, en parlant de son alter ego, nommé Henry: «Il avait opté pour ce double cheminement parce qu’il pensait avoir besoin de tous les moyens disponibles pour s’attaquer au sujet qu’il avait choisi.Mais la fiction et la non-fiction sont très rarement publiées dans un même livre.C’était le hic.» Yann Martel explique aussi qu’Henry tenait à illustrer par la fiction l’Holocauste, tout en sachant que cela représentait un défi rarement relevé: outre quelques exceptions, dont le fameux roman graphique Maus de l’artiste américain Art Spie-gelman, l’extermination des Juifs fait la plupart du temps l’objet de récits autobiographiques, d’ouvrages documentaires, de livres appartenant à l’école du réalisme historique.Suit dans le roman une série de considérations — davantage de l’ordre de l’essai que du roman, d’ailleurs — sur la place laissée dans nos sociétés au commentaire de l’imagination sur l’Holocauste.On lit: «Et Henry en était venu à s’interroger: pourquoi cette méfiance de l’imagination, pourquoi cette résistance à la métaphore artistique?Une œuvre d’art est efficace parce qu’elle est vraie, pas parce qu’elle est réelle.Est-ce qu’il n’y avait pas un danger à représenter l’Holocauste d’une manière aussi redevable aux faits réels?» Voici Henry à Londres, autour d’un bon repas dans un reste chic, en présence de ses éditeurs, d’un historien et d’un libraire.Ils vont démolir peu à peu son ouvrage (qui a encore envie d’entendre parler de la Shoah?).Ils vont démolir tout simplement son projet de livre tête-bêche (où classer un tel ouvrage dans les librairies?où placer le code-barres?etc.).Ils vont démolir carrément son roman en disant qu’il «manque de dynamisme» et son essai en disant qu’il «manque d’unité».En fait, le repas s’avérera un «peloton d’exécution.» Henry sort de cette rencontre en petits morceaux.Après avoir tenté de défendre par tous les moyens ses écrits, il est assailli par le doute.Il en vient à se dire qu’il ¦ - A Le dernier livre de Yann Martel, Etats-Unis.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Béatrice et Virgile, a été relativement mal accueilli, surtout aux avait tout faux, s’autoflagelle mentalement: «Et puis merde, Henry n’était même pas juif alors pourquoi ne se mêlait-il pas de ses propres problèmes?» C’est décidé, il laisse tomber.Et déménage avec sa femme dans une grande ville qui pourrait être New York, Paris ou Berlin.De toute façon, il a les moyens de se la couler douce, pour la suite, on verra.Prévenir les coups Nous en sommes à la page 26 de Béatrice et Virgile.Tout ce qui précède est une façon pour Yann Martel de préparer le terrain, en quelque sorte: Henry va rencontrer ensuite un apprenti écrivain, taxidermiste de métier et peut-être ancien nazi, qui lui demande son aide pour terminer une pièce de théâtre mettant en scène un âne et un singe, sorte d’allégorie tragique de l’extermination des Juifs.Mais on peut voir aussi dans ces 26 premières pages, dans cette sorte de mise en situation nourrie de réflexions, un moyen astucieux de répondre à l’avance aux critiques qui pourraient reprocher à Yann Martel: ¦ d’avoir écrit un roman prenant parfois des allures d’essai; ¦ d’avoir pris le risque d’illustrer par la fiction un sujet tabou; ¦ de nous lasser avec un sujet dont on a déjà tellement entendu parler; ¦ d’avoir osé écrire là-dessus, lui qui n’a pas vécu l’horreur des camps, qui n’est même pas Juif.Sauf que l’auteur n’a pas réussi son pari.Il n’a pas su prévenir les coups.Son livre a été relativement m,al accueilli.Notamment aux Etats-Unis, où il est paru le printemps dernier.Le New York Times, entre autres, lui est rentré dedans.En le qualifiant de «décevant et souvent pervers».Le Washington Post en a parlé comme d’un roman ennuyant et prétentieux.Et puis: «Yann Martel a-t-il fauté?», titre le quotidien Le Soir, en Belgique, où le livre vient d’arriver.En Erance aussi, les avis sont partagés.Mais qu’est-ce qui cloche?Il y a pourtant des moments pas- sionnants dans ce roman.Il y a des images fortes.Et un désir sincère d’approcher autrement une des pires tragédies de l’humanité.Il y a des réflexions qui portent, aussi.Sauf qu’au bout du compte.Le nouveau roman de Claude Jasmin Claude Jasmin Papaxnadi -It.ediU'ff « Papa, il ressemble à quoi Satan ?» Les récits mystiques d’un père à son fils assoiffé de merveilleux.DB www erÎTÎf! .rnm vlb éditeur upp '"ompagnie le e^or i leiia on a l’impression que le romancier n’est pas parvenu à attacher tous ses fils.Béatrice et Virgile ressemble à un patchwork.Plusieurs éléments disparates, mis ensemble.Ici, des extraits d’un conte de Elaubert {Saint Julien l’Hospitalier), là, un texte sur la taxidermie, le tout entremêlé de dialogues, de narrations, de références littéraires.Et d’extraits de la pièce supposé-ment écrite par le taxidermiste fictif, une œuvre ouvertement calquée sur En attendant Go-dot de Beckett, et qui demeurera inachevée.Au bout du compte, ce que Yann Martel nous raconte, c’est comment le taxidermiste n’a pas réussi son pari, comment son héros lui-même, son alter ego, Henry, a échoué.Et peut-être comment l’auteur de Béatrice et Virgile a lui-même échoué.Yann Martel n’a pas su rendre représentable ce qu’il cherchait à représenter, justement.Il a échoué dans sa tentative de présenter un ouvrage achevé qui donne un sens à l’Holocauste, apporte une lumière à la barbarie.Mais l’écrivain de 47 ans a réussi, sans l’ombre d’un doute, ceci: écrire un roman sur la difficulté de représenter.par la fiction, l’Holocauste.Probablement plus difficile, comme roman, à adapter au cinéma que VHistoire de Pi, que le réalisateur taiwanais Ang Lee s’apprête à mettre en images.Collaboratrice du Devoir BÉATRICE ET VIRGILE Yann Martel Traduit de l’anglais par Nicole et Emile Martel XYZ éditeur Montreal, 2010,218 pages V\t\mtmtAeL'HlStOtre de ’Ll gagnant du Man Booker Price (2002) Martel T al tdelangl sp NcoleetÉml Martel Ying CHEN ESPÈCES Quel plaisir de vivre comme au commencement de la vie et aussi comme à la fin du monde.Roman • 216 pages • 22,50 $ îT Retrouvez-nous sur @ twitter et facebook Boréal www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 2010 LITTERATURE LITTERATURE QUEBECOISE Jasmin et son père Claude Jasmin est un écrivain intarissable.À 80 ans, il publie cette saison son 60® ouvrage, aussi énergique que les précédents, mais habité par une émotion filiale d’une magnifique intensité.LOUIS CORNELLIER Son père, grand buveur de café et fumeur de pipe, avait, lui aussi, le verbe intarissable.«Conteur prodigieux et énervant», «conteur bizarre, révélateur zélé du monde des voyantes ou des apparitions mariales», il fut, pour l’écrivain, un véritable «héros aux histoires incroyables».Avec Papamadi, un récit d’autofiction saisissant et rondement mené.Jasmin lui rend un lumineux hommage littéraire.Nourri par des ouvrages de religion populaire achetés par sa mère à la librairie catholique du journal Le Devoir, le père Jasmin est fasciné par «ces stigmatisés qui saignent de partout chaque vendredi».Avec verve et insistance, il raconte à son fils de dix ans les visions et tremblements de Catherine Emmerich et de Thérèse Neumann.Cette dernière, rapporte-t-il, lévite, ne mange pas, parle en araméen et se bat contre le diable.Et il y a Marthe Robin, paralysée et qui «ne chiait pas», et Bernadette Soubirous, qui rencontre la Vierge, et des illuminées locales, comme Mme Brault, de Pointe-Claire, furieusement attaquée par le démon, et Emma Curotte, la «sainte de Chertsey», qui va même manger un hot-dog «avec SOURCE VLB EDITEUR Claude Jasmin, 60 titres plus loin beaucoup de moutarde», dans la gargote du cher papa en extase.Le petit Claude, ébahi, raconte tout ça à ses amis, à la fois irrités et fascinés.Ces derniers, d’ailleurs, se moquent parfois du jeune rapporteur en lui lançant des «Papamadi! Papamadi!» quand ils en ont assez.«La nuit, dans mon lit, avoue Jasmin, ye craignais la visite d’un démon.Je tendais l’oreille quand je me réveillais en pleine nuit.J’avais peur de devenir un voyant, un tour- menté.[.] Moi, intrépide cowboy, sauteur des toits de garage, grimpeur de poteaux de corde à linge, je n’aurais pas voulu attraper ça, des stigmates, pas pour tout l’or du Far West.» Provoquer le père Plus tard, à vingt ans, à cinquante ans — était-ce «pour compenser cette enfance semée de contes effrayants»! —, l’écrivain provoquera son père, voudra «lui ouvrir les yeux», en lui exposant que tout cela n’est que folie et imposture.Le père se braquera.Le fils aura honte.«Aujourd’hui encore, confesse-t-il, je regrette mes facéties.C’était facile de me moquer de sa foi de charbonnier.De son monde magique, monde qui compensait sa petite vie plate à lui, l’interné dans sa cave.» En janvier 2010, au moment de la catastrophe haïtienne.Jasmin repense à son père, qu’il accompagnait à la messe de minuit à Noël et qu’il aimait.«Il n’y a pas, se lamente-t-il, de bras divin, cher papa mort! En ce temps-là, on vibrait dans la nef bon troupeau docile.En Haïti, pas l’ombre d’une belle dame en robe bleue, rien ni personne en janvier 2010, cher papa mort.» A ce beau et émouvant récit biographique dont la chronologie est habilement bousculée.Jasmin a greffé une trame fictive qui ponctue ses souvenirs.Engagé, dans les années 1970, comme aide-cuisinier au restaurant de l’oratoire Saint-Joseph, le père doit subir le ressentiment d’un collègue, un religieux congédié par le collège Notre-Dame pour une affaire d’agressions sexuelles.Ce Maximilien en veut au monde entier, notamment au frère André et au jeune David Liveman, l’élève qui l’a dénoncé et qui est le fils du consul d’Israël et ancien capitaine de l’armée israélienne.L’adolescent ne sait pas que le religieux lui en veut à mort et l’épie et que, au même moment, un réfugié palestinien et ses complices projettent de l’enlever pour exiger une rançon.Ces derniers ont choisi de frapper au Québec puisqu’il n’y a «rien de plus facile que d’opérer en ce pays de candides, de naïfs qu’on peut facilement abuser» parce qu’ils cultivent une peur «de passer pour raciste [.] qui se transforme en autocensure paralysante».Le démon, finalement, ne sera pas où l’attendaient le père et le fils Jasmin.Roman chargé d’émotions subtiles et fortes et qui sait rester populaire tout en jouant d’une composition raffinée, Papamadi est un joyau dans l’œuvre de Claude Jasmin, dont il serait plus que temps de reconnaître la pleine valeur.Ecrivain naturel, ennemi de la pose, auteur de livres vivants au sens le plus profond du terme.Jasmin est un des plus grands romanciers québécois contemporains.Collaborateur du Devoir PAPAMADI Claude Jasmin VLB éditeur Montréal, 2010,144 pages LITTERATURE ETRANGERE L’exception Nabokov Réédition en un seul gros volume des cours de littérature de l’auteur de Lolita CHRISTIAN DESMEULES AU cours de sa longue existence d’enchanteur, Vladimir Nabokov n’a pas fait que chasser les papillons et écrire les romans qui ont fait sa réputation.L’auteur de Lolita, on ne le sait pas toujours, a œuvré près d’une vingtaine d’années, après son exil européen, comme professeur de littérature à l’université, d’abord au Wellesley College (1941-1951), puis à Cornell (1948-1958), établissement membre de la prestigieuse Ivy Leqgue américaine, dans l’État de New York.A la fois drôle et brillant, habile et pénétrant satiriste, le professeur Nabokov, on l’imagine bien, a laissé quelques traces.Péremptoire, vigoureux, son impitoyable tri critique tient de la légende autant que du freak show.Et si les valeurs sûres du corpus littéraire occidental savaient retenir son attention, son panthéon personnel se résume à quatre noms qui ne se discutent pas: Tolstoï, Gogol, Proust, Elaubert.Tous vus à travers les drôles de lunettes qui teintent sa conception bien personnelle de la littérature (qui privilégie par-dessous tout l’image poétique plutôt que l’interprétation psychologique ou sociologique), constituant ses cours comme «une sorte d’enquête policière menée à travers le mystère des structures littéraires».Littératures (d’abord paru au début des années 1980, après la mort de l’auteur, sous les titres de Littératures I, II et III), rassemble les conférences données par Nabokov entre 1941 et 1958.Il y est question de Dickens, Elaubert, Stevenson, Proust, Kafka et Joyce.Mais aussi des incontournables «grands» Russes: Gogol, Tourgueniev, Dostoïevski, Tolstoï, Tchékhov, Gorki.Enfin, tout un volume est consacré au Don Quichotte.Belle occasion de relecture.Nabokov, justement, écrit: «On ne peut pas lire un livre, on ne peut que le relire.Un bon lecteur.AGENCE ERANCE-PRESSE Vladimir Nabokov (1899-1977) un lecteur actif et créateur est un re-lecteur.» N’est-ce pas?Cécile Guilbert le souligne dans sa brillante préface: «L’exception contre la règle constitue l’axiome qui illumine de bout en bout l’existence, l’œuvre, le destin radieux de Nabokov.C’est la clef de sa sensibilité, de sa pensée, de son style.Le fil d’or de son art et son unique credo.» Collaborateur du Devoir LITTÉRATURES Vladimir Nabokov Traduit de l’anglais par Hélène Pasquier et Marie-Odile Fortier-Masek Préfece de Cécile Guilbert Robert Laffont, coU.«Bouquins» Paris, 2010,1248 pages vient De paRaitRe Dossier Le pouvoir de la désobéissance civile Numéro 743 • septembre 2010 À lire : les analyses de Gregory Baum, Normand Beaudet, Catherine Caron, Louise Dionne, Philippe Duhamel, Robert Jasmin, Jean-Marie Muller, André Myre, Jean-Claude Ravet, Xavier Renou.Nouveautés : le carnet de Brigitte Haentjens et la chronique littéraire de Louise Warren Pour consulter le sommaire détaillé : www.revuerelations.qc.ca 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an : 35 $ Deux ans : 65 $ À l’étranger (un an) : 55 $ Étudiant : 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) (514) 387-2541 p.226 I relations@qf.qc.ca Relations: 25, rue jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 5,50$ +TAXES NS te devoir politiqu Les fruits de SaiAMI iésus, Je refus d’obéir Une arme dans la (utt nouveautés Le carnet de Brigitte Haentjens La chronique littéra de Louise Warren Oui, je désire un abonnement de NOM an(s), au montant de ADRESSE TÉLÉPHONE CODE POSTAL je paie par chèque (à l'ordre de Relations) EU ou carte de crédit EE NUMÉRO DE LA CARTE EXPIRATION SIGNATURE LITTERATURE FRANÇAISE Virginie Despentes signe un polar féminin GUYLAINE MASSOUTRE Virginie Despentes est une chroniqueuse exacerbée de notre temps.Son style sulfureux mais tendre, plus trash que fleuri, se démarque pourtant de ce qui se présente à l’envers du clavier de l’écrivain: les ambiances criardes et exhibitionnistes de la téléréalité.Voici que sa tranche d’âge, arrivée à la mi-quarantaine sans avoir vu les années filer, se réveille de son adolescence prolongée.Sentiments désabusés, langue française défaite, car en perte de vitesse et de reconnaissance, elle constate que sa contreculture est suicidaire, narcissique, anorexique et déglinguée.Mais a-t-elle connu guère plus que les vaches maigres de l’économie, dirigée vers r«ultraviolence» des pouvoirs armés?Si le ton est inédit en littérature, l’attitude et les maux qui l’accompagnent ne datent pas d’hier.Qu’on se rappelle les Fitzgerald, venus entre deux guerres à Paris écumer leur rage de vivre, d’un raté à l’autre exil, loin de leur nation hyper conventionnelle, cette «génération perdue» bien nommée par Gertrude Stein, puis ces junkies peuplant certaine Factory new-yorkaise et, de manière générale, ce mauvais goût punk, cybernétique, gothique, industriel de la posthumanité des années de crise.Ces rêveurs et rebelles, artistes et féministes, gays et lesbiennes n’étaient pas des symptômes.Aigus, ils vivaient la transformation radicale des valeurs sociales, morales et économiques traditionnelles.Alors qu’ils cherchaient l’utopie, souvent ils ne touchèrent, après l’éclat, que le glamour, la dis- harmonie et la souffrance issus des rêves bafoués.Suicide ou rage?Avec ses sept livres à succès.Despentes douce appartient à cette génération qui a commencé de produire dans les années 1990, trouvant le ton et le rythme justes.Vulgaire par humour, provocante mais surtout désabusée, poseuse mais tendre à travers ses personnages, elle a entraîné ceux-ci dans l’existence artificielle: rêves de pacotille, rencontres sans lendemain et ambiances issues du cinéma, du polar et de la BD.Cet univers était-il uniquement frivole, décadent et tourné vers soi?Pour être vrai, il lui fallait rompre avec les ambitions de la culture d’élite, avide de grandeur et d’immortalité.Ce n’était que remise des pendules à l’heure.Braquez donc vos regards sur cette télé dénuée d’esprit, qui méduse et qui abuse de vos désirs, dilapidant vos deniers.Vous comprendrez alors l’auteure de Baise-moi (1993), adapté au cinéma, Teen Spirit (2002), Bye Bye Blondie (2004) et son récit.King Kong Théorie (2006), parus chez Grasset.Elle rapplique Vivec Apocalypse bébé pour en donner une suite brillante.Cette chute libre, l’essayiste Nicolas Lévesque l’a finement analysée au Québec même dans (.) Teen Spirit.Essai sur notre époque (Notabene, 2009).Qu’on pense à Loft Story, Perdu de vue.Star Academy, Secret Story ou tout autre scénario des pulsions à sensation, le reality show pulvérise l’audimat en vantant un présent suspendu, étourdissant d’optimisme forcé et superficiellement chromé.Régression des valeurs morales, ou transformation?Ce chemin vers le suicide est tout juste évité par la rage, premier état de la reconstruction.Polar à Barcelone Dans Apocalypse bébé, qu’elle situe à Barcelone, capitale méditerranéenne du dynamisme et de la jeunesse européenne, «la ville la plus californienne d’Europe», Despentes type bien ses caractères: François, un écrivain qui a l’impression d’avoir vécu treize vies et n’a plus la moindre énergie pour affronter la fugue de sa fille, Valentine, quatorze ans; il s’en fout, en tout cas, c’est ce qu’il prétend.Il y a la Hyène, lesbienne au langage fleuri, endurcie, qui enquête parmi les copines de l’adolescente.Il y a Lucie, boudeuse et négative, qui ressemble à une héroïne de Houel-lebecq, mais qui ratisse les coins oubliés, invisibles et bizarres sans se faire prier.Et puis, il y a la musique de l’âme, la culture qui n’entre pas à l’école, l’univers coloré des immigrés, la clownerie générale et Vanessa, qui a plaqué François et Valentine quand celle-ci avait un an.La ronde des histoires trop humaines bat son plein, agaçante et captivante, casse-gueule.Entre Léo Mallet et Fred Vargas, la basse sourde d’accompagnement fait résonner la mélancolie.A la mare trouble des cœurs, la masse corrompue des situations tristes et des institutions inadéquates ajoute son opacité, ces lourdeurs qui empêchent l’albatros de voler.Collaboratrice du Devoir APOCALYPSE BÉBÉ Virginie Despentes Grasset Paris, 2010,343 pages.Virginie Despentes collectionne les livres à succès.JOEL SAGET AFP LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 2010 F 5 LIVRES HISTOIRE REGIONALE Tavibois : un épisode méconnu de l’histoire de la Mauricie Sous l’impulsion de M®' Albert Tessier, Tavibois devient, au milieu des années 1950, un lieu de rencontre pour intellectuels et artistes québécois Jordi Bonet réalisera une douzaine de tableaux pour la chapelle du domaine PAUL BENNETT Que peuvent bien avoir en commun l’abbé Albert Tessier, cinéaste, éducateur et animateur culturel, l’artiste Jordi Bonet, les historiens Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière et la communauté des Filles de Jésus?Eh bien, ils ont tous, à un moment ou un autre, fréquenté ou habité le domaine Tavibois, au nord d’Hérouxville, en Mauricie, à la fois lieu de villégiature, havre pour peintres et intellectuels et centre de res-sourcement pour enseignantes et religieuses.L’historien René Hardy a eu l’idée de faire revivre l’histoire méconnue de ce domaine, dont l’aménagement original mais surtout la vocation culturelle et éducative ont fait la réputation.Situé sur l’emplacement d’un ancien haut-fourneau construit en 1870 (les Forges de Saint-Tite) puis d’une scierie abandonnée à la fin du XIX" siècle, Tavibois tire son nom des trois amis associés à la fondation du domaine en 1951: «T» pour le patronyme d’Albert Tessier (1895-1976), «avi» pour le D" Avila Denoncourt, chirurgien à l’hôpital Saint-Joseph de Trois-Rivières, mais aussi ébéniste et sculpteur talentueux, et «bois» pour l’abbé Paul Boivin, professeur de sciences au Séminaire de Trois-Rivières.Férus de pêche et de nature sauvage, les trois amis acquièrent à parts égales une ferme isolée avec sa maison et ses bâtiments à l’abandon, sur les bords de la rivière Petite Makinac du sud, avec l’intention première d’en faire leur «club de pêche» et un lieu de détente et de recueillement.Mais, sous la houlette de l’abbé Tessier — investi du titre honorifique de monseigneur en 1949 — le domaine se transforme vite en un chantier destiné non seulement à loger les propriétaires et leurs amis de passage, mais aussi à accueillir un projet communautaire ambitieux de ferme-école.Plus âgé que ses deux collègues, M®" Tessier, animateur infatigable de la vie culturelle triflu-vienne, se comporte en seigneur des lieux, ce qui créera régulièrement des tensions avec ses deux complices.D’un caractère entier.Monseigneur a la fâcheuse habitude de tout régenter et de s’approprier la paternité des travaux effectués par les autres, «trait désagréable de sa personnalité qui lui vaudra bien des ressentiments», note René Hardy.Tavibois deviendra, au fil des ans, son fief personnel, surtout après que les fondateurs eurent signé une entente de partition du domaine en 1956.Albert Tessier n’hésite toutefois pas à mettre la main à la pâte en désherbant des jours durant, pendant que ses deux «voisins» s’attellent à des tâches éreintantes, comme restaurer la maison de ferme, construire un barrage, creuser un lac, bâtir des chalets puis une chapelle, etc.Cela avec l’aide de prêtres et d’étudiants du Séminaire de Trois-Rivières qui viennent y passer une partie de leurs vacances d’été.L’architecture de la plupart des édifices sera l’œuvre du D" Denoncourt, qui parvient à donner à l’ensemble un style rustique pittoresque et élégant.Après l’abandon du projet de ferme-école en raison d’un sol peu propice à l’agriculture, M®" Tessier, qui est responsable des «écoles ménagères» appelées à disparaître avec la réforme de l’éducation, décide de donner au domaine une vocation éducative, accueillant volontiers les religieuses enseignantes de la communauté des Filles de Jésus, à qui il léguera Tavibois au milieu des années 1960.Vocation culturelle Entre-temps, en raison du prestige de YVES TESSIER / SOURCE SEPTENTRION L’abbé Albert Tessier en août 1973 M®’ Tessier en tant qu’éditeur, historien et ardent promoteur du régionalisme, Tavibois devient, au milieu des années 1950, un lieu de rencontre pour intellectuels et artistes québécois, mais aussi pour les conférenciers français de la mouvance catholique qui sont de passage au Québec.Albert Tessier y reçoit ses collègues historiens de la Société des dix, ainsi que les jeunes historiens Denis Vaugeois, Jacques Lacoursière et Gilles Boulet, avec qui il fera équipe dans l’aventure du journal Boréal Express (1962-1967).Familier de Félix-Antoine Savard, de Félix Leclerc et des peintres René Richard et Rodolphe Duguay, M®’ Tessier aime recevoir à Tavibois artistes et artisans, qui sont parfois invités à contribuer à l’embellissement du domaine.C’est ainsi que, un jour de 1955, il accueille l’artiste catalan Jordi Bonet, âgé de 22 ans et arrivé au Québec l’année précédente.Contre gîte et nourriture, le jeune homme offre à Tessier de décorer la chapelle, pour laquelle il réalisera une douzaine de tableaux, qui laisseront le maître des lieux béat d’admiration.«Ce petit artiste tout menu, manchot de surcroît, ressemblait à un magicien», écrit Tessier dans ses souvenirs.Mais deux tableaux ne sont pas achevés au départ de Bonet pour Montréal, et Tessier, excédé d’attendre, a la mauvaise idée de les faire achever par quelqu’un d’autre, ce qui provoquera la colère du Catalan.Tavibois perdra son animation culturelle vers 1970 avec le départ de plusieurs habitués, dont certains avaient quitté la prêtrise, au grand déplaisir de M®’ Tessier.La mission éducative du domaine, elle, s’amplifiera après l’installation définitive des Filles de Jésus au milieu des années 1960.Aujourd’hui, Tavibois appartient toujours à cette congrégation, mais reçoit surtout estivants et congressistes.En plus d’explorer un aspect négligé de l’histoire de la Mauricie et de l’action de l’homme d’exception que fut Albert Tessier, l’ouvrage de René Hardy a le mérite de jeter un éclairage inédit sur le Québec de l’après-guerre et des débuts de la Révolution tranquille.Le Devoir TAVIBOIS - 1951-2009 L’Héritage d’Albert Tessier aux Filles de Jésus René Hardy Septentrion Québec, 2010,256 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Tchakie Thomas Sekpona-Medjago Défis technologiques, principe de précaution et démocratie technique i Tchakie Thomas Sékpona-Médjago Défis technologiques, principe de précaution et démocratie technique Une gauche., , possible AimyckM La crypte cassee Essai sur I écriture posttraumatique Pierre Géré Une gauche possible Aimyck Martin La crypte cassée Nouvelles parutions RAYMOND BÉLANGER Raytnond Bélanger FRANÇOIS BELLENGER SEIGNEUR DE L'ISLET-DE-BONSECOURS HISTOIRE Pionnier de la Nouvelle'France, François Bellenger fut maçon de métier et agriculteur, évaluateur foncier, homme d'affaires, seigneur de 'Islet'de'Bonsecours.470 pages • 39,95 $ MATHIEU DAVIGNON ¦ Samuel de Champlain Derniers récits de voyages en Nouvelle-France et autres écrits 1620-1632 Presses de l’Université Laval Assistez aux principaux événements survenus en Amérique du Nord et en France entre 1620 et 1632 tel que les perçoit Samuel de Champlain.302 pages • 34,95 $ PHILOSOPHIE Réédition mutgraleen français moderne.YVON GAUTHIER Yvon Gauthier Une lecture pour redonner une vie nouvelle à ce qui n'est pas mort dans la philosophie de Hegel.Introduction a une lecture critiQue 118 pages *19,95$ YVON GAUTHIER Yvon Gauthier Jusqu'ou peut'on aller en logique par la seule voie de l'arithmétique ?Logique arithmétique L’antkmitLMltiim é la 214 pages • 34,95 $ Logique de la science Sous la direction de ANNETTE LEIBING VIRGINIE TOURNAT Sous la direction de ,nnetteLerbineetVl.alnl«Tou-nay Cet ouvrage est un plaidoyer pour rétablissement d'un cadre d'analyse particulier à l'ensemble des procédés biotechnologiques.LES TECHNOLOGIES DE L'ESPOIR LA fabrique D'UNE HISTOIRE À accomplir 320 pages • 34,95 $ Sous la direction de NICOLAS DUCOURNAU JOCELYN LACHANCE LOUIS MATHIOT MERYEM SELLAMI Dans nos sociétés contemporaines, le corps des jeunes ^it de plus en plus l'objet d'exaltation des identités individuelles.La recherche d'extase chez les jeunes 152 pages *29,95$ LANGUE ET LINGUISTIQUE FRANCE MARTINEAU MARCEL BÉNÉTEAU INCURSION DANS CharleS'Andre Barthe leve le voile sur la vie dans une ancienne colonie de la Nouvelle'France, au lendemain de la Conquête britannique.Le DETROIT Journaille Commnsé le 29 octobre 176i 148 pages • 29,95 $ France Martineau et Marcel Beneteau F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 SEPTEMBRE 2010 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS En manque de nature } Louis Cobnellier Perdus nature Les enfants ne jouent plus dehors.L’urbanisation, la multiplication des écrans, le tout-à-l’auto et l’obsession de la sécurité ont transformé nos jeunes «en illettrés des éléments de la nature».Aller jouer dehors, aujourd’hui, est devenu une pénitence.Or, de nombreuses études le démontrent, «la disparition progressive de la nature dans la vie de nos enfants aurait un impact majeur sur leur santé, mentale et physique, d’ailleurs jugée de plus en plus préoccupante».Ce manque de nature rendrait donc malade (obésité, déficit de l’attention, haute pression, diabète, asthme) et priverait ceux qui en souffrent d’une expérience humaine essentielle.Telle est la thèse solidement développée par François Cardinal, éditorialiste à La Presse et journaliste spécialisé en environnement, dans Perdus sans la nature.Pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier.Appuyée sur de nombreuses études récentes et sur des entrevues avec une foule d’experts en la matière, la démonstration de Cardinal est convaincante.Pour bien la comprendre, il faut, écrit-il, «dé-granoliser» le mot «nature», «le prendre dans son sens le plus large: l’extérieur et le dehors, le plein air et la cour arrière, la ruelle et l’espace vert».Cardinal, par exemple, précise (^\f«un enfant peut retirer des bénéfices en jouant à la marelle sur le trottoir, en apprenant les différentes espèces d’arbres ou en se “perdant” dans un boisé à proximité».une Plaidoyer en faveur du jeu libre pratiqué à l’extérieur, qui aiderait au développement de l’autonomie des enfants et entraînerait une plus grande dépense d’énergie que les activités organisées, l’ouvrage de Cardinal critique l’attitude des parents hyperperformants qui surorganisent la vie de leurs enfants et pensent que le temps libre est du temps perdu.Le journaliste cite même une étude qui arrive à la surprenante conclusion que, «à l’adolescence, les lecteurs précoces [4 ans] lisaient beaucoup moins que les autres [6 ou 7 ans]».Il critique aussi l’obsession de la sécurité qui amène les parents à ne plus laisser leurs enfants aller au parc ou marcher pour se rendre à l’école, par crainte, notamment, d’un enlèvement.Or, précise-t-il, selon les statistiques de l’année 2008, contrairement à ce qu’on pourrait croire, «la probabilité que votre enfant soit victime d’un agresseur est donc à peu près de 0,00003 %».Les jeunes d’aujourd’hui, déclare Anne Charpentier, directrice de l’Insectarium de Montréal, ont «certes un intérêt pour l’environnement, mais pas pour la nature».Ils savent qu’ils doivent recycler pour protéger une nature dont ils ne savent rien.Charpentier parle du «paradoxe vert», en précisant que «les enfants qui sont déconnectés de la nature ne verront pas la nécessité de la protéger ni de devenir des citoyens avertis qui feront les bons choix plus tard».Peut-on renverser la tendance?Il faut essayer, lance Cardinal, en proposant quelques idées pour ce faire: favoriser le transport actif pour se rendre à l’école, revoir l’aménagement des cours d’école, des villes et des parcs dans le but de stimuler les activités extérieures, convaincre les enseignants des bienfaits d’aller dehors, redécouvrir les vertus du bon voisinage pour partager le souci de la sécurité des enfants, lâcher un peu la main de ses enfants pour les laisser jouer dehors librement.Aller jouer dehors, aujourd’hui, est devenu donner l’exemple en y allant soi-même et militer dans les instances appropriées pour permettre à ces idées de se concrétiser.Enfin, dernière suggestion mais pas la moins originale: changer de discours, afin de «susciter l’intérêt des plus jeunes pour la nature, la leur faire connaître, la leur faire aimer avant de les accabler avec les changements climatiques, la hausse possible des niveaux des mers, la fonte des glaciers et la multiplication des canicules».Pour leur permettre de découvrir que la nature n’est pas qu’une abstraction qui menace les inconscients que nous sommes, mais aussi, et surtout, la beauté foisonnante qui nous attend dehors.pénitence pour les enfants \ M thcl 1 elotiif La richesse du vivant Rédacteur en chef du magazine Nature sauvage, le vulgarisateur scientifique Michel Lebœuf est un des experts interviewés par Cardinal.Dans Nous n’irons plus au bois, un très instructif et charmant essai paru un peu plus tôt cette année, il propose une défense et une illustration de «la biodiversité québécoise en péril».Ce concept, qu’il définit «comme la variété de la vie dans un endroit donné», concerne les espèces, dont 517 sont en situation précaire au Québec, mais aussi les écosystèmes et les gènes.Pourquoi protéger tout ça?Parce que la diversité de la nature, répond Lebœuf, nous procure du plaisir et nous rend de «précieux services en filtrant l’eau et l’atmosphère, en régularisant le climat, en absorbant tout ce CO2 que nous produisons en trop grande quantité».La plupart de nos médicaments, de même, proviennent des plantes et animaux sauvages.Nous avons, enfin, le devoir moral de protéger la beauté du monde.«Chaque espèce vivante, déclare Lebœuf, est un chef-d’œuvre en soi, sculpté patiemment par l’évolution, soigneuse- ment adapté à son environnement par le jeu de milliers d’années de tâtonnements, d’essais et d’erreurs.» Nous n’irons plus au bois explique les mécanismes de la diversité du vivant, présente les principaux écosystèmes québécois et les espèces menacées qui les habitent et nous rappelle, enfin, «notre responsabilité vis-à-vis de tout ce patrimoine naturel collectif».Le réchauffement climatique, insiste le vulgarisateur, n’est pas la seule menace qui guette le vivant.Les pluies acides, les coupes à blanc, la surpêche, l’utilisation des pesticides et le développement urbain sauvage font aussi des ravages.Il presse donc d’agir dans tous ces dossiers, de même que d’augmenter la proportion d’aires protégées au Québec, de mettre en valeur les collections québécoises de recherche en sciences naturelles et d’initier nos enfants aux choses de la nature.Pour le bien de cette dernière et pour le nôtre.louisco@sympatico.ca PERDUS SANS LA NATURE Pourquoi les jeunes ne jouent plus DEHORS ET COMMENT Y REMÉDIER François Cardinal Préface du Jean-François Chicoine Québec Amérique Montréal, 2010,208 pages NOUS NTRONS PLUS AU BOIS La biodiversité québécoise en péril Michel Lebœuf Préface de Pierre Brunei Vélo Québec Montréal, 2010,200 pages A JACQUES NADEAU LE DEVOIR Robert Bourassa, premier ministre du Québec de 1970 à 1976 et de 1985 à 1994 Le retour de Robert Bourassa ?Julien Brault et Georges-Hébert Germain s’affairent, chacun de son côté, à écrire une biographie de Tancien premier ministre JEAN-FRANÇOIS NADEAU Chez Les Malins, un nouvel éditeur généraliste, Julien Brault s’apprête à lancer sa biographie de Robert Bourassa, premier ministre du Québec de 1970 à 1976, puis de 1985 à 1994.Le livre devrait être en librairie d’ici quelques semaines tout au plus,
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