Le devoir, 23 octobre 2010, Cahier F
LE DEVOIR.LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 LITTERATURE Raymond Carver, tel quel Page F 4 ESSAI Journaliste de guerre: le choix du risque Page F 8 iras TINTIW A.COJ^YRIGHT 2010.HERGE/HURTUBISE/ MOULINSART Edition québécoise du journal Tintin du 14 janvier 1964 SYLVAIN CORMIER On n’arrête pas de découvrir à quel point nous avons nourri de toutes les façons une véritable culture Tintin Dessin d’Hergé (1965), colorisé par les Studios Hergé (2010).COPYRIGHT 2010 HERGE/HURTUBISE/MOULINSART Hergé a visité la Belle Province une seule fois, invité au 7" Salon du livre de Montréal, en avril 1965.Beau sujet d’article, se dit-on: pas de quoi remplir un livre.A moins d’être Tristan Demers et, tel Tintin fasciné par une maquette de bateau au vieux marché de Bruxelles, trouver là le point de départ d’une histoire passionnante, pleine de rebondissements et de trésors: la grande aventure de Tintin au Québec.SYLVAIN CORMIER Ok/ C’est un beau!», s’exclame Tristan Demers.Exprès, j’ai apporté au bistrot mon Tintin et Milou encadré.Pas tellement pour faire mon petit effet auprès de l’ami bédéiste, qui en a manipulé des dizaines et des dizaines, de ces dessins dédicacés par Hergé, des plus élaborés et des extraordinaires, à en juger par ceux qui émaillent Tintin et le Québec: Hergé au cœur de la Révolution tranquille, son magnifique livre à dos toilé rouge, l’événe mentiel ouvrage qui paraît ces jours-ci chez Hurtubise avec la bénédiction des ayants droit de la Fondation Hergé.A la page 123, il faut voir le fabuleux dessin en couleurs qu’obtinrent quatre globe-trotters québécois lors de leur périple à travers cinq continents en Westphalia, de l’Expo de Montréal à l’Expo d’Osaka: Tintin, Haddock, les Dupon(d)t, Tournesol et Milou trinquent à leur santé, devant «Toutounne» leur camionnette.Mon dessin de la main de Hergé, dédicacé de la main de Hergé, nous sommes des milliers dans le monde à en avoir un.à la fois semblable et unique.Et à le chérir.On ne peut pas tous avoir chez soi (ou dans un coffre à la banque) le crayonné d’une planche de Vol 714 pour Sydney, comme il s’en est adjugé deux à prix d’or le 9 octobre dernier à l’hôtel Marcel-Dassault, lors de la plus récente vente aux enchères Tintin de la maison Artcurial.En vérité, si j’ai apporté mon petit Tintin et Milou, c’est pour signifier à Tristan que j’en suis.De la grande famille des chanceux qui ont eu un lien direct, fût-il ténu, avec le créateur de Séraphin Lampion.Et me voilà racontant à Tristan qu’en 1979, parce que j’avais lu dans Tintin et moi, le livre d’entretiens de Numa Sadoul, que Hergé répondait à toutes les lettres, je lui avais écrit, et deux semaines pile plus tard, recevais lettre et dessin.«C’est incroyable, hein?Tous les correspondants québécois que j’ai rencontrés m’ont dit la même chose.Le court délai, le mot gentil II n’a jamais déçu personne.Il refaisait le même dessin inlassablement.Il y avait cette discipline chez Hergé, ce respect du lecteur.Ça confère une grosse res- COPYRIGHT 2010 HERGE/HURTUBISE/MOULINSART ponsabilité à celui qui se met en tête d’ajouter son livre à la bibliothèque de Moulin-sart! Il faut être à la hauteur!» Il l’a été, Tristan Demers, à la hauteur.Quatre années de recherches, menées entre ses propres bédés et produits dérivés, l’émission Bd Cités et ses conférences aux quatre coins du Québec, lui ont été nécessaires pour déterrer à peu près tout ce qui pouvait se déterrer concernant Tintin et nous.«C’est d’abord l’idée d’un ami tin-tinophile, Christian Proulx, qui m’a lancé.Et puis ça s’est fait dans l’enthousiasme et avec un certain acharnement — je suis comme Milou, je lâche rarement mon sceptre d’Ottokar.Un travail de moine, de détective et de reporter.» «Au départ, je croyais écrire une plaquette.Et de fil en aiguille, de témoin en témoin, tout un monde s’est révélé.Il n’y avait pas eu seulement la visite de Hergé au Salon du livre de 1965, et pas seulement l’exploit du petit Denis Thérien à l’émission Tous pour un.Ça n’allait pas être un livre pour initiés, pour tintinophiles patentés.Tintin a touché tellement de gens! Aux Archives nationales, je tombais sur des lettres de Pierre Laporte, par exemple, qui parlait de Hergé avec J.-Z.Léon Patenau-de, qui était le directeur du Salon du livre.Et plus je fouinais, plus je constatais que Tintin, chez nous, a été une sorte de symbole durant la Révolution tranquille.Un héros miroir, auquel nous pouvions nous identifier, à un moment où nous cherchions à rayonner dans le monde.» VOIR PAGE F 2 TINTIN > Saint-Eustache : Librairie Fortier • Laval : Les librairies Carcajou, Place Rosemère et Centre Duvernay • Librairie Imagine, bouI.Samson • Les boutiques «Brin de Joie» à l'hôpital la Cité de Santé de Laval Docteur Tardif im www.editionsgrahel.com MICHEL TARDIF Un médecin lavallois hérite " " de documents inédits d’Einstein Le journaliste Ghislain Plourde éwit ¦ «Un mélange fiction-réalité à la Dan Brown.Des lecteurs écrivent : «WOW! Captivant, intrigantetrenversant» fondation la somme de 5$ sera versée à la Cite de la Sailte Montréal : Librairie du Square, Librairie Outremont, Librairie Limasson, Librairie Le port de tête • Sainte-Thérèse : Librairie Mercier • Lachute : Variétés Lachute • Dans les librairies Renaud Bray F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 LIVRES EN APARTE L’oubli d’un monument % X Apropos de la Crise d’octobre 1970 québécoise, Bernard Amyot, un ancien président de l’Association du Barreau canadien, s’évertue ces jours-ci à répandre l’idée «que, sur les 497individus appréhendés au total, seules 103 personnes ont été incarcérées injustement pendant cette période».C’est ce qu’il écrit cette semaine encore dans Le Devoir.C’est ce qu’il a écrit aussi dans la préface d’Octobre 1970.Dans les coulisses de la Crise, traduction d’un livre de William TeÜey.En somme, laisse entendre Amyot, 394 individus jamais accusés de quoi que ce soit étaient tout de même coupables de quelque chose.Ces 394 individus avaient tous appuyé, écrit Amyot, «publiquement, ou par leurs gestes, les fins violentes du FLQ de faire une révolution marxiste et sécessionniste et de renverser le gouvernement démocratiquement élu».Des opinions politiques qui s’écartent de celles défendues par le régime en place, est-ce bien là quelque chose d’insoutenable en régime démocratique?Dans son livre, William TeÜey, professeur de droit international de McGill et ministre sous Bou-rassa, conclut néanmoins, vaille V / V i Jean-François Nadeau que vaille, à l’excellence du régime fédéral canadien en glosant sur la grandeur du système «de collaboration» établi en 1970 entre les différentes meutes policières au nom même de la sauvegarde de l’Etat! Mais de quoi est donc coupable un petit syndicaliste d’une usine à Alma pour que des policiers trouvent justifié de le fusiller avec des balles à blanc?Pourquoi faut-il battre des citoyens dans des cellules?Comment en arriver à arrêter des gens par crainte du régime révolutionnaire cubain alors qu’on ne trouve chez eux que des livres consacrés au cubisme?M.et Mme Renée, deux chefs scouts, constituent-ils vraiment, une menace à la sécurité de l’Etat?Est-ce pour ses poèmes qu’on entre au petit matin en force chez Gaston Miron, mitraillettes au poing, afin de le conduire séance tenante derrière les barreaux?Drapés dans la longue robe du Droit plutôt que placé flambant nu sous la lumière de la Justice, TeÜey et Amyot ne s’embarrassent pas de répondre à des questions semblables quant au sort fait à nombre d’individus soumis à la Loi des mesures de guerre.En 2003, dans un texte de sa main publié dans Le Suzanne JACOB UN DÉ EN BOIS DE CHÊNE «Suzanne Jacob déploie des mots comme elle ouvre des portes oubliées dans les recoins de notre conscience.» Claudia Larochelle Ruefrontenac.com «On entend, on voit, on perçoit tellement de choses dans ses non-dits, ses ellipses, ses énigmes [.].Les mots qui disent plus qu’ils ne disent.Et ça résonne.Comme un gong.» Danielle Laurin Le Devoir Suzanne Jacob UN DÉ EN BOIS DE CHÊNE Retrouvez-nous sur twitter et facebook Nouvelles • 184 pages • 21,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca Devoir, William TeÜey affirmait pourtant qu’il aurait été facile pour les législateurs de réduire les errements des meutes de policiers lancés aux trousses de supposés terroristes, avant de se couvrir à nouveau grâce au Droit: «[.] nous, au gouvernement, aurions dû vérifier plus scrupuleusement les listes qui nous étaient données par les policiers, mais comme Robert Bouras-sa nous le fit remarquer, dans un pays démocratique, les lé^lateurs élus ne devraient pas s’immiscer dans la fonction du travail policier.» Les législateurs s’étaient donc mêlés du travail des policiers, mais comme üs le faisaient mal, au moins avaient-ils pour eux l’excuse qu’ils n’auraient pas dû s’en mêler! La belle logique de M.TeÜey.Mais revenons à cette histoire selon laquelle le Protecteur du citoyen du Québec en serait venu à un verdict d’innocence de seulement 103 personnes à la suite d’une enquête réalisée après les événements.Amyot et Tetley soutiennent même que ces personnes ont «toutes eu droit à une compensation de l’Etat québécois allant jusqu’à 30 000 $, en dollars de l’époque».(Au passage, notons qu’Ottawa, de son côté, s’est toujours gardé de présenter des excuses, sous quelque forme que ce soit, bien qu’il l’ait fait déjà, par exemple, dans le cas de citoyens d’ovine japonaise emprisonnés injustement au cours de la dernière guerre mondiale.) Dans Gouverner le Québec (éditions Eides, 1995), Robert Bourassa donne tort à l’interprétation d’Amyot au sujet des supposées indemnités.T^rès la Cri- se d’octobre, écrit l’ancien premier ministre, «le gouvernement du Québec a demandé au Protecteur du citoyen, monsieur Louis Marceau, d’examiner la question, ce qu’il avait de toute façon le pouvoir de faire de son propre chef Monsieur Marceau en est arrivé à la conclusion que 103 personnes avaient été arrêtées injustement et avaient le droit de poursuivre le gouvernement.Cela s’est produit dans quelques cas, et des compensations, peu nombreuses, ont été versées.» Tout au contraire de ce qu’affirme Amyot, ce sont d’ailleurs les victimes qui ont dû se battre pour obtenir réparation au moins sur la place publique.C’est le cas notamment de la chanteuse Pauline Julien, qui, après avoir multiplié les procédures judiciaires, put finalement obtenir, en 1978, un chèque de 1 $ en compensation de huit jours passés en prison, au mépris de sa liberté autant que de sa réputation! Dans Les Silences d’Octobre (VLB éditeur, 2002), l’historienne Manon Leroux explique qu’un avocaf Claude Samson, a obtenu 16 000 $ de dédommagement en 1975 pour son arrestation en octobre 1970, mais que l’ombudsman Louis Marceau n’a obtenu au final que 400 $ pour chacune des 103 personnes considérées comme susceptibles de bénéficier d’une indemnité.Chose certaine, nous sommes bien loin d’un exercice de réparation qui ressemblerait à celui que décrit Bernard Amyot tout en affirmant, sans rire, vouloir déboulonner des mythes que se sont créés les indépendantistes québécois! Dans Trudeau’s Darkest Hour, on se réjouit au moins de voir, sous la plume d’une multitude d’intellectuels canadiens-anglais de renom, que tous n’étaient pas favorables au pire, au nom d’un aveuglement nationaliste canadien, à la façon de messieurs Amyot et TeÜey.Un ancien réalisateur de Radio-Canada, amusé par ma chronique consacrée au frère André, me téléphone pour me raconter une aventure de son vieil ami Jean-V.Dufresne, esprit libre et vif qui travailla, comme on le sait, dans divers inédias jusqu’à sa mort en 2000.A Radio-Canada, aux débuts de la télévision, du temps oû la pellicule, pour bien être exposée, nécessitait encore un éclairage surpuissant, on avait entrepris de tourner toute une émission sur le frère André.Sous la chaleur intense dégagée par l’éclairage, le cœur du frère André se mit à bouillir dans son bocal.Sous l’effet de cette chaleur, le vieux muscle cardiaque vire au blanc, comme n’importe quelle viande mise à bouillir.Que faire?Qn avait tout simplement poursuivi le tournage en utilisant un cœur de veau, mis dans un bocal lui aussi.L’illusion était divine, semble-t-il.Des lecteurs et certains collègues se sont étonnés de me voir apparaître cette semaine souriant au côté de Pierre Karl Péladeau, le patron de l’empire Québécor, à l’occasion du lancement d’un ouvrage collectif intitulé Le Devoir.Un siècle québécois.Chacun sait bien — ou alors il fait semblant de ne pas le savoir — que les artisans du Journal de Montréal traversent un des pires conflits de travail de l’histoire du journalisme au pays.Mais beaucoup semblent vraiment ignorer que J’album du Devoir, publié aux Editions de l’Homme, de même qu’une très large portion des livres publiés au Québec le sont désormais par des enseignes éditoriales dont Québécor est propriétaire.Du côté de l’édition seulement.Québécor possède les Presses libres.Logiques, l’Hexagone, Typo, VLB éditeur, les éditions Québécor, les éditions CEC, Publistar, Utilis, Le Jour, Trécarré, 10/10, Stanké et Libre Expression.J’en oublie sans doute.Et je vous vois déjà sourire à votre tour en l’apprenant, pas forcément parce que c’est drôle, étant entendu qu’il demeure en ce drôle de monde toutes sortes de raisons pour montrer les dents.jfnadeau@ledevoir.com OCTOBRE 1970 Dans les couusses DE LA Crise William Tetley Prélace de Bernard Amyot Editions Héritage inc.Saint-Lambert, 2010,408 pages TRUDEAU’S DARKEST HOUR War Measures in Time OF Peace October 1970 Édité par Guy Bouthiller et Édouard Cloutier Baraka Books Montréal, 2010,206 pages TINTIN SUITE DE LA PAGE E 1 Hergé à la Manic C’est bien pour ça qu’entre les séances de dédicaces à Montréal et à Québec (chez Eaton’s et au magasin Paquef notamment), on voulut tant montrer la Belle Province à Hergé.«L’idée, c’était de s’arranger pour que Hergé ait le goût défaire vivre une aventure de Tintin au Québec.Tout semblait possible, on construisait le métro et on faisait surgir une île de nulle part pour l’Expo, pourquoi pas notre Tintin?» D’oû la visite du chantier de Manie 5, que raconte Tristan dans le détail (il raconte tout dans le détail, le livre entier est documenté à l’exttême).D’oû la journée à la cabane à sucre, durant laquelle le dessinateur croqua son personnage sur place, case unique publiée en couverture du bulletin de la Chambre de commerce de la Belgique et du Luxembourg au Canada.«Ils l’avaient reçu avec un château de Moulinsart en sucre d’érable! Selon la légende, il aurait fait son croquis accroupi dans la neige.Ce dont je suis le plus fier, c’est que la Fondation Hergé ait accepté de colorer le dessin pour le livre.» Pin tacticien, Tristan n’a montré son Tintin et le Québec ^Triptyq ue www.tripryque.qc.ca triptyque@editiontripryque.com TéL: 514.597.1666 Fannie Langlois Une princesse sur Vautoroute roman, 123 p., 18 $ « C’est de la dentelle.C’est un court roman, mais c’est tout un monde qui s’ouvre à nous, tout un style.» Lorraine Pintal, Vous m’en lirez tant, Radio-Canada Jean-Sébastien ./.^marsan i / y.i •fttt- ' ÛG ?."r Kl WT r: Le Petit S Ulazoo InitiatlM rapide, efficace et sans ^ 'f douleur d l'cuure de Frank Zappa Préface de Réjean BNUcafe Jean Sébastien Marsan Le Petit Wazoo Initiation rapide, efficace et sans douleur à l’œuvre de Frank Zappa Préface de Réjean Beaucage essai, 172 p., 23 $ «Le seul livre (du moins en français) qui vous introduira sans vous perdre dans une oeuvre imposante et intrigante, parsemée de (plusieurs) morceaux de génie.» Stéphane Richer, librairie Pantoute aux gens de la Eondation qu’une fois ses recherches avancées et ses trouvailles prêtes à épater.«Je savais qu’on avait des choses qu’ils n’avaient pas.Les photos de Gaby, par exemple.» Le grand portraitiste avait dans ses dossiers, inédites, des photos prises lors d’un passage aux Studios Hergé en juin 1970.«À la Fondation, ils sont tombés sur le cul.Le grand portrait du Hergé vieillissant les a émus, tous les employés sont venus la voir.Il y a quelque chose dans le regard, toute l’humanité de Hergé est là.» Le livre de Tristan Demers, conteur-né, se lit à l’endroit et à l’envers, et chaque chapitre est une équipée pas banale.Qn n’arrête pas de découvrir à quel point nous avons nourri de toutes les façons une véritable culture Tintin.Série radiophonique des aventures de Tintin avec les Besré, Buissonneau et de, tournage chez Hergé à sa maison de campagne de Cé-roux-Mousty d’une émission de Premier plan avec Judith Jasmin, théâtre de marionnettes au Jardin des merveilles du parc Lafontaine, publication de L’Oreille cassée dans La Patrie, projet avorté de film de fiction québécois d’une aventure de Tintin (les Studio Hergé avaient envoyé à l’QNE le scénario laissé en plan de Tintin et le Thermozéro, imaginé par Greg), on va d’étonnement en ravissement, et les documents reproduits laissent pantelants.«J’ai vraiment eu l’impression d’étre une espèce d’archéologue.» Et partout, nous sommes là.Du futur maire de Québec Jean Pelletier au futur RBQ Yves R Pelletier, les tintinophiles sont partout dans le livre, et chacun a apporté sa dédicace en preuve.«Sauf moi, soupire Tristan./amis dix ans quand il est mort, et je commençais à dessiner mes p’tits Gargouille.Mais quand je suis passé à la Fondation, fêtais comme un enfant, j’avais des planches de Elle noire dans les mains.Imagine.Hergé et moi, on s’est quand même retrouvés, autrement.» Le Devoir TINTIN ET LE QUÉBEC HERGÉ AU CŒUR DE LA RÉVOLUTION TRANQUILLE Tristan Demers Hurtubise / Moulinsart Montréal, 2010,162 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Jean-François Lessard Le nazisme et nous La modernité et ses dérapages Joan-François Lcs-sard LE W l ' F ET NOUS La modernité et ses dérapages 214 pages, 24 dollars LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 F 3 LIVRES Une crise de la cinquantaine signée David Homel Il a cinquante ans, il rêve d’aventures, il ne peut pas s’en empêcher.C’est maintenant ou jamais, qu’il se dit.Alors: passer à l’acte ou non?Tromper sa femme dans la réalité ou juste continuer à fantasmer?Le héros du Droit chemin est en pleine déroute.Et le roman de David Homel ne fait que commencer.c e n’est pas tant le déchirement intérieur de ce Ben Allan marié depuis des lunes, englué dans une relation de couple sans si^rise, qui fait l’originalité du livre.Le cliché de la crise de la cinquantaine, on connaît.Ce n’est pas non plus la question de savoir avec qui, quand, où, comment il va le faire ou pas, qui nous tient en haleine.C’est le ton.Ironique, mordant.Et parfois ludique.C’est le sous-texte.Chargé, tordu.C’est le portrait sans concession que trace l’auteur de son héros et de la galerie de personnages qui gravitent autour de lui.Et ce sont les situations sans queue ni tête qui s’enchaînent, s’emboîtent.Pensez aux films faussement naifs de Woody Allen.Ajoutez-y une touche désabusée et scabreuse à la Philip Roth.Pensez aussi à J.M.Coetzee, à la façon qu’a ce grand romancier sud-africain de fouiller les secrets de l’âme, de passer aux rayons X les rapports humains, la famille, le couple, les clans, les jeux de pouvoir.Vous y êtes presque.Ajoutez-y les obsessions littéraires propres à l’auteur.La folie, le rôle des psys.La relation difficile avec le père.Le fossé des générations.L’immigration, Danielle Laurin le déracinement.Les questionnements sur l’identité juive.Et le sexe, omniprésent.Le Droit chemin est le sixième roman du Montréalais David Homel, né à Chicago en 1952 de parents juifs d’origine ukrainienne et lituanienne.Sept années se sont écoulées, déjà, depuis la traduction en français de son très fort et très dur roman The Speaking Cure (L’Analyste), qui se passait dans l’ex-Yougoslavie, en pleine guerre civile: un psychologue était amené à traiter des soldats et des civils en détresse, hantés par l’horreur de la guerre et habités par un sentiment d’impuissance.Nou§ voici ici en mode plus léger.A première vue.Pas de blessures indélébiles.Pas de celles qu’inflige la guerre, en tout cas.C’est plutôt de drame existentiel qu’il est question dans Le Droit chemin.Nous sommes à Montréal, «au début d’un nouveau millénaire».Ben Allan, professeur de littérature dans une université anglophone, vient de remporter un prix sans grande importance, mais un prix quand même, le premier de sa vie, pour un article à mi-chemin entre l’essai et le délire poétique portant sur.la dromomanie.La dromomanie, c’est-à-dire cette envie irrépressible qu’éprouvent certains hommes de marcher, de courir.Ou plutôt qu’éprouvaient certains hommes: le texte signé Ben Allan, dont Le Droit chemin est parsemé ici et là d’extraits, porte sur cette forme d’hystérie masculine qui aurait connu son apogée au MX® siècle, en Prance.Dans ses mots à lui, ça donne ceci: «Les femmes avaient l’hystérie, les hommes la dromomanie.Deux faces de la même maladie.Dans le cas de l’hystérie, les organes des femmes se mettaient à voyager dans leur corps, alors que c’était le corps des hommes dromomanes qui se déplaçait dans l’espace, les entraînant dans leur fugue hystérique.» Pugue, fuite, désir soudain de tourner le dos à la vie de tous les jours, au couple, à la famille, goût de l’aventure: c’est ce qui caractérisait les dromomanes en question, selon notre prof d’université.Ce n’est pas pour rien que le sujet l’a séduit, vous pensez bien: s’écarter du droit chemin, celui tracé d’avance, c’est exactement ce que le héros du Droit chemin s’apprête à faire.En pensée.Avant même de rencontrer sur sa route la tentatrice du diable, une jeune artiste aguicheuse, au comportement de plus en plus trouble jusqu’à être frappée de folie, il ne pense qu’à ça.Sortir du train-train quotidien, pour s’envoyer en l’air.Pour lui, ça s’appelle tout simplement la crise de la cinquantaine.S’il se garde bien de confier ses désirs secrets à madame son épouse, par ailleurs thérapeute, il n’en a pas moins des discussions avec elle sur cette supposée crise qui frappe les hommes.DAVID HOMEL Le droit CHEMIN nman traduit 4*ranglais fEutS'Ünlsl parSophjeVùfUdt «C’est juste une autre façon de parler de la mort», lui dit-il.Tout en retenant pour lui le reste de sa réflexion: «La peur de la mort, oui, mais unie au désir incoercible de démolir tout ce sur quoi on a bâti sa vie.C’est là tout le paradoxe de la cinquantaine, le fondement de cette frénésie.» Il en vient presque à envier son fils ado, accro à la télé, qui passe son temps affalé sur le divan du salon, quand sa petite amie ne s’immisce pas dans son lit.Aucune responsabilité: ce serait bien, non?Il est surtout happé par le vieillissement de son père, nouvellement débarqué à Montréal, qui vit dans un foyer pour personnes âgées.Le message est clair: le temps presse, la vie file, avec la mort au bout.Tandis que le vieux bouc ressasse son passé, son enfance en Russie, sa vie à Chicago, tout en reluquant les jolies filles et OUVRAGES DE REEERENCE Un outil précieux : Le Petit Dictionnaire des québécismes PAUL BENNETT Les anglicismes et les mots impropres continuant de faire des ravages dans la langue tant parlée qu’écrite au Québec, la parution récente du Petit Dictionnaire des québécismes de Erançois d’Apollonia ne peut être que la bienvenue.L’auteur, un traducteur et réviseur linguistique, a voulu y répertorier les mots qui peuvent être source de confusion ou d’incompréhension, non seulement entre Québécois et francophones d’ailleurs, mais aussi entre les Québécois eux-mêmes.Le pari est gagné haut la main.L’ouvrage inventorie quelque 3000 termes qui différencient le français parlé et écrit au Québec du français standard: les archaïsmes, les anglicismes, les impropriétés et particularités de sens, ainsi que les néologismes.Chaque entrée est classée dans une catégorie expliquant le type d’écart qu’elle constitue par rapport au français standard.Un système ingénieux d’abréviations, de signes et de codes évite la répétition des mêmes informations à chaque entrée.L’originalité de cet ouvrage tient notamment au fait qu’il est complété par un index thématique commode qui pallie l’ordre alphabétique des entrées.Par exemple, sous la rubrique «Arts et spectacle», on trouvera aussi bien le calque de l’anglais «billet de saison» et l’anglicisme «intermission» que les québécismes «fausser» et «quétaine».Ne vous attendez toutefois pas à trouver dans ce dictionnaire des termes empruntés directement à l’anglais, tels que «tof-fer» ou «loafer»: cet ouvrage n’est pas le fourre-tout que constitue le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron.L’auteur rappelle que l’emploi d’un mot anglais ne constitue pas en soi un anglicis- me, mais plutôt un emprunt direct à l’anglais, et qu’il ne peut donc porter à confusion.Seuls ont été retenus les emprunts sémantiques à l’anglais, c’est-à-dire ces mots dont la forme semblable dans les deux langues peut entraîner leur emploi fautif, par exemple «articulé» dans le sens d’éloquent ou «confronter» dans le sens d’affronter.Qn y retrouve aussi les mots anglais «québécisés», comme «drabe», «dompe» et «moppe».Un outil pratique Selon M.Apollonia, parmi les 3000 entrées et 3800 emplois du Petit Dictionnaire des québécismes, seulement 217, soit un peu moins de 0,6 % (!), peuvent être considérés comme consacrés par l’usage ou irremplaçables, tels «clavarder», «a-miantose» ou «massothérapie».La liste est donnée en annexe de l’ouvrage.Le Petit Dictionnaire des québécismes, avec sa couverture rigide, est un outil pratique bien conçu, facile à consulter et relativement complet qui, tout en recoupant certains dictionnaires ou guides existants, ne fera pas double emploi.Un ouvrage de référence, donc, à ranger sur son bureau entre le Multidic-tionnaire de la,langue française de Marie-Eva de Villers (Québec Amérique) et les 1500 pièges du français écrit et parlé de Camil Chouinard (éd.La Presse).Le Devoir LE PETIT DICTIONNAIRE DES QUÉBÉCISMES Anglicismes, archaïsmes, DIALECTISMES ET NÉOLOGISMES Suivi d’un index thématique Erançois d’Apollonia Éditions de l’Homme, coU.«Le bon mot» Montréal, 2010 R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS — — - Du 11 an 17 octobre 2010 '^Romans québécois 1 Au bout de l'exil • Tome 1 La mande illusion Micheline Duff/Québec Amérique V4 2 Les Mes années • Tome 1 Les héritieis Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 2/3 3 Les héritiers d'EnIddiev « Tome 2 Nouveau monde Anne Robillard/Wellan 3/3 4 En plein cœur.Armand Gamache enquête Louise Penny/Hammarion Qc 4/6 5 La fille du pasteur Cullen • Tome 2 À l'abri du silence Sonia Mamten/Québec Amérique 5/7 6 À lombre du clocher • Tome 1 Les années Mes Michel David/Hurtubise 1D/2 7 Béatrice et Viroile t^nn Martel/XYZ 7/6 8 Mémoires d'un quartier • Tome 1 Laura buise Tremblay-D’Essiambre/Guy Saint-Jean -/I 9 La fille du pasteur Cullen • Tome 1 Partie 1 Sonia Marmen/Québec Amérique -n 10 Ru Kim Thüy/Ubre Expression -n Romans étrangers 1 La chute des qéants • Tome 1 Le siècle Ken Follett/Robert Laffont 2/3 2 Une ombre sur la ville James Patterson/Archipel 4/4 3 Manqe, prie, aime Elizabeth Gilbert/Calmann-Lévy 6/7 4 Millénium • Tome 1 Les hommes qui n'aimaient.Stieq brsson/Actes Sud 1D/3 5 Le musée perdu Steve Berry/Cherche Midi -n 6 Sans un adieu Harlan Coben/Belfond -n 7 La carte et le territoire Michel Houellebecq/Flammarion 8/5 8 Les anonymes Roger Jon Ellory/Sonatine éditions -n 9 Habillé pour tuer Jonathan Kellerman/Seuil -n 10 Une douce flamme Philip Kerr/Du Masque -n "?Essais québécois 1 LarnortUeuxIacQnncndeetmoiislacraiidreoou’.Richard Béliveau 1 Denis GingrasTTrécarré 1/3 2 L'aiadété.Le cancer de l'âme buise Reid/JCL 2/7 3 Les médias sociaux 101.Le réseau mondial des.Michelle Blanc I Nadia Semiocco/bgiques 3/4 4 Être ou ne plus être.Débat sur l'euthanasie Marcel Boisvert 1 Serge Daneaull/Voix parallèles -n 5 Le procès des cinq Collectif/Lux -n 6 Martyrs dtireguene perdue (favanix.te Canada en AtharÉlan Fabrice de Plerrebourq/Stanké 6/3 7 Blessures de querre.Des camps nazis à l'Afqhanistan Gilbert Lavoie/Septentrion 5/3 8 Contes et comptes du Prof Lauzon • Tome 4 Léo-Paul buzon/Michel Brûlé 4/5 9 Le CHUM.Une traqédie québécoise Robert bcroix I buis Maheu/Boréal 9/4 10 Perdus sans la nature.Pourquoi les jeunes ne jouent.François Cardinal/Québec Amérique 1D/7 Essais étrangers 1 Le philosophe nu Alexandre Jollien/Seuil 6/4 2 Sex@mour Jean-Claude Kaufmann/Armand Colin 1/3 3 LevtsaqedeDleu Igor Bogdanov I Grichka Bogdanov/Grassè t 2/7 4 La shatéfie du choc.La monlée d'un capilaisme du désastre Naomi Kleln/Actes Sud -n 5 lop raie IFtiiquoi nous sonnmes prisonniers du crut terme Jean-buis Servan-Schreiber/Albin Michel 3/5 6 Une brève histoire de l'avenir Jacques Attali/LGF 7/2 7 Pour en finir avec Dieu Richard Dawkins/Perrin -n 8 Le commencement rfun monde.Vbrs rite modemilé mâisse Jean-Claude Guillebaud/Points -n 9 Prospérité sans croissance.La transition vers.lim Jackson/De Boeck -n 10 Ces impossibles Français buis-Bernard Robitaille/Denoêl -n Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangalse) est gnipridtalre du s^me d'intainatlcn et d'analyse fispm/ str les ventes de lines français au Canada.Ce palmarès est extrait de SüSfiri et est rxitstué des relevés de caisse de 141 points de venta La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadietr pour le projet ÆtryMf.© BILF, toute reproduction tolale ou partielle est inlerdlta en multipliant les remarques obscènes, lui qui a perdu toute forme d’autocensure, son fils essaie de son côté de relier les circuits entre le garçon qu’il a été, dans «la maison aux secrets» de Chicago, et l’homme qu’il est aujourd’hui, à la croisée des chemins.Cela constitue ce qu’on pourrait appeler les moments forts du roman: la vie du père et celle du fils qui s’entrecroisent, le fossé entre les deux, le rapprochement possible, qui sait?Et la valse-hésitation du fils tourmenté, égaré, en quête de lui-même, d’une vérité.Tout s’imbrique, c’est très habile.Puis, ça se met à dérailler.Ça devient loufoque, presque surréaliste.Le fils s’enlise dans une relation impossible avec la jeune artiste, il rencontre un psychiatre qui pourrait bien être plus fou que ses patients, en vient à enquêter sur lui.Qù sommes-nous rendus?Ben Alan s’égare de plus en plus, et nous nous égarons avec lui.L’auteur en beurre épais, comme on dit.L’internement, la psychiatrie d’hier et d’aujour- d’hui, les abus, la barbarie: le propos en soi, la réflexion, la dénonciation, tout ça, c’est inté-ressant, mais le risque est grand de se perdre dans les dédales des détails.Heureusement, il y a le père qui revient de temps.Et les scènes de ménage entre le héros et sa femme.Il y a l’humour grinçant.Et il y a cette idée que Ben Alan, en touchant la folie, la vraie, de trop près, retombe sur ses pattes.Et voit sa vie autrement.Voit les autres, aussi, se^ proches, d’un autre œil.À commencer par sa femme.Qui est-elle vraiment?Comment la séduire?Est-ce possible, finalement, de vivre une liaison avec sa propre femme?Et si la crise de la cinquantaine n’était qu’une «frénésie passagère», pour ne pas dire une légende, une fiction?CoUaboratriee du Devoir LE DROIT CHEMIN David Homel Traduction de Sophie Voillot Leméac / Actes Sud Montréal, 2010,404 pages Louis HAMELIN LA CONSTELLATION DU LYNX «Le grand roman québécois de notre temps.» Martine Desjardins, L’actualité «Pour mol, c’est vraiment un chef-d’œuvre.» Lorraine Pintal, Radio-Canada «Jamais dans la littérature québécoise les rapports entre les humains n’auront si bien exprimé l’ambiance révolutionnaire mondiale de 1970.» Michel Lapierre Le Devoir «Une formidable réussite littéraire.» Jean Barbe, Canoë «Un roman très intense, ambitieux, d’une lecture envoûtante.» Andrée Poulin Radio-Canada «Une réussite.» Marie-Claude Fortin Entre les lignes Retrouvez-nous sur twitter et facebook Roman • 600 pages • 32,95 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca Preues de rUniveraité Laval Nouveautés SCIENCES SOCIALES/SOaOLOGIE DANIEL MERCURE MIRCEAVULTUR Quelle importance et quelle signification revêt le travail aujourd'hui ?304 pages • 39,95 $ Daniel Mercure et Mircea vuitur La signification du travail Nouveau modèle productif ît etiios du travail au Quél Patrick Fougeyrollas La jummbuk, le filet k toile Tmnsfomtms réalrr^m iu sens du hûtidicap rrt/iu?«le miii-oi' Riuyiud PATRICK FOUGEYROLLAS Construire le sens de sa différence.338 pages • 39,95 $ Sous la direction de ANNIE PILOTE et SILVIO MARCUS DE SOUZA CORREA Sous la direction de ANNIE PILOTE et SILVIO MARCUS DE SOUZA CORREA En contexte minoritaire, les jeunes contribuent à l'émergence de nouvelles identités sociales.200 pages • 26,95 $ L'mmtuesjeum EN ÛONTEXre HINOmiRE SCIENCES POLITIQUES JEAN-FRANÇOIS SIMARD Sous la direction de Jean-François Simard L'œuvre de Camille Laurin lA POLITIQUE PUBLIQUE COMME INSTRUMENT DE L'INNOVATION SOCIALE Ce collectif rassemble les témoignages d'auteurs qui ont accompagné un ministre dans l'exercice de ses fonctions.240 pages • 29,95 $ EDUCATION Sous la direction de FRÉDÉRIC YVON et FRÉDÉRIC SAUSSEZ ANALYSER L'ACTIVITE ENSEIGNANTE Passages migratoires Cet ouvrage fait l'inventaire et l'exposé des approches de l'activité enseignante.344 pages • 39,95 $ ETUDES AMERINDIENNES ELISE DUBUC et ELISABETH KAINE Ce livre intéressera toutes les personnes curieuses aes cultures autochtones.162 pages • 49,95 $ F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 LITTERATURE Le mutilateur Louis Hamelin Un auteur le moindrement expérimenté reçoit toujours avec un sourire en coin Içs histoires de Gros Méchant Editeur qui circulent comme de l’air recyclé dans les basses altitudes du Ciel des lettres.Il sait bien que le métier compte quelques escrocs, sans doute beaucoup moins nombreux que dans d’autres secteurs d’activité (ciment, courtage en valeurs inventées et bouts de papier adossés à des passifs), et plusieurs incompétents, ce qui est une autre histoire.Il sait que les Zéditeurs-qui-ne-lisent-pas-les-ma-nuscrits et les Zédi-teurs-qui-ne-manifes-tent-aucun-respect-pour-l’intégralité-de-mon-Kri-primal-mal-pris-de-1100-pages appartiennent à une faune un peu mythique qu’il est commode d’invoquer devant la tendance de certains manuscrits géniaux à rebondir comme des chèques en bois.L’auteur le moindrement expérimenté sait que le travail d’édition normal (éliminer quelques longueurs et imprécisions, ajouter une virgule ici ou là, etc.) consiste essentiellement en toilettage de manuscrits, dont certains ont d’ailleurs tendance à se comporter comme des caniches.Il a aussi entendu parler d’accouchements spectaculaires, d’Ezra Pound coupant The Waste Land de moitié pour donner le chef-d’œuvre de T.S.Elliot.De Max Perkins retranchant 65 000 mots du manuscrit de Thomas Wolfe et, tel le sculpteur aux prises avec le bloc brut, faisant apparaître Look Homeward, Angel.Ce sont des cas limites, comme, à l’autre bout du spectre, Malcolm Imwry défendant héroïquement le plan, la structure et l’ampleur allégorique de son ouvrage devant l’arrogance charognarde d’un lecteur professionnel.lœs gens aiment les histoires de nègres littéraires racontées sous le manteau.Moins connues sont les histoires-dont-l’éditeur-est-le-héros.Celle de Raymond Carver et de son sculpteur-éditeur, Gordon Lish, nous entraîne au fond de sombres tiroirs où fleurissent l’amour et la soumission, l’insécurité et la reconnaissance, l’amitié explosée par la gloire et l’orgueil, dans une intime bou- cherie où le pouvoir est au bout du stylo rouge.L’affaire paraît presque facile à résumer.Quand il rencontre Lish, à Palo Alto en 1967, la vie de Carver, entre deux cuites et deux black-out, ressemble à celle d’un personnage d’une sombre nouvelle des débuts de Raymond Carver.Easciné par ses «hillbillies de centre d’achat», Lish, comme responsable du domaine de la bction au New Yorker, puis directeur littéraire chez Knopf, va accueillir la prose de son ami dans le Saint des Saints de l’establishment littéraire de la côte est.A la parution de Tais-toi, je t’en prie en 1977, Carver arrête de boire tandis que la gloire lui tombe dessus.Le prix à payer pour ce Laust de la banlieue ouvrière et de l’écriture col bleu ne sera publiquement dévoilé que 20 ans plus tard, en même temps que la correspondance entre les deux hommes.On sait maintenant que Carver, en échange de sa nouvelle vie (prix littéraires, bourses, postes universitaires), avala l’amère potion du véritable massacre à la tronçonneuse (jusqu’à 50 % du texte!) pratiqué par Lish avant publication, quitte à renâcler lorsqu’il se voyait accoler la fameuse étiquette d’écrivain minimaliste qu’il vomissait secrètement.En 1980, Gordon Lish renvoie à la nouvelle icône de la nouvelle le manuscrit de Débutants avec 40 % du contenu original en moins et coiffé d’un nouveau titre: Parlez-moi d’amour.Carver donne sa bénédiction à l’opération, puis part en voyage.Lorsque son directeur littéraire en profite pour reprendre et charcuter de nouveau le fruit de son labeur, Carver craque enfin.La lettre que rédige alors, pendant une nuit blanche, cet homme en crise qui se vide le cœur pour protéger son esprit (alcool, suicide, folie: tous les démons familiers sont là, à l’af fût de la fragile illusion du succès) est aussi poignante que celle de Lowry, même si plus louvoyante et en définitive moins courageuse: Lish va, cette fois-là, réussir à reconquérir Ray comme une femme qu’on parvient à retenir avec une ultime promesse d’ivrogne alors qu’elle a déjà le SOURCE ED DE LA MARTINIERE Raymond Carver à sa table de travail pied dans la porte.Il faudra encore un livre à Carver et moult encouragements de sa noble dame, sans aucun doute, pour arriver à défier puis, en un du,el épistolaire, à tuer le Père-Editeur.Cette lettre est incluse en annexe de la nouvelle édition de ce livre-charnière qui, selon le vieux rêve et grâce à l’obstination acharnée de Tess Gallagher, gardienne de la flamme, paraît aujourd’hui sous le titre d’abord envisagé par son compagnon.Question d’éthique génético-textuelle: quelle est l’œuvre vraie?I.a version charcutée par l’éditeur et avalisée par un auteur prisonnier de ses compromissions, ou le manuscrit enbn restauré dans ses grosseurs et publié de manière posthume par les bons soins de L’épouse et infatigable égérie?A moins d’être un chercheur universitaire, on a de toute manière rarement l’occasion de comparer, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de la publication simultanée des deux livres pour lancer l’édition des œuvres complètes de Car-ver à l’enseigne de l’Qlivier.Aux Etats-Unis et en Lrance, cet événement littéraire semble avoir été à la source d’une certaine controverse dont de lointaines bribes ont neigé telles des cendres refroidies jusque dans mon ordi.Dans un camp: Philip Roth, superbe écrivain qui aurait, dit-on, célébré cette Restauration et la mise au jour d’un univers carvérien plus sensible, riche et nuancé que la niche minimaliste dans laquelle l’œuvre avait été casée; dans l’autre, l’éditeur carnassier dans toute sa splendeur, défen- dant l’honneur de la profession, mais surtout ses omnipotentes prérogatives, tel cet apparatchik de chez Grasset qui, semble-t-il, s’est vanté de sortir les longs couteaux quand «ça» résistait un peu trop.Je l’avoue sincèrement, la lecture de Débutants, accompagnée de fréquents coups d’œil à la version expurgée, m’a complètement bouleversé.C’est un tout autre Carver qui émerge de cette relecture qui est aussi une (dé) lecture: plus attentionné envers ses personnages, plus attentif au déroulement des voix qui tissent le drame de chacun, commun, dans la plus parfaite banalité apparente, plus tendre, aussi.En un mot: plus humain.Dans certaines nouvelles, comme Si tu veux bien, Une petite douceur et Débutants (titres jadis presque tous changés par Lish, rétablis ici), on constate que Gordon Lish n’a pas seulement coupé, mutilé les textes par souci d’efficacité narrative, il s’est attaqué à leur sens même, extirpant comme de la mauvaise herbe les images les plus importantes et certains des passages les plus signifiants.lœ Sculpteur vs Carver.DÉBUTANTS Traduit de l’anglais par Jacqueline Huetetjean-Herre Carasso PARLEZ-MOI D’AMOUR Traduit de l’anglais par Gabrielle Rolin Raymond Carver Éditions de l’Olivier Paris, 2010, respectivement 333 pages et 186 pages E N BREF Borges, Borges et Borges Dans la foulée du tout premier festival Québec en toutes lettres, où Jorge Luis Borges est à l’honneur, la dernière édition du magazine littéraire Nuit blanche propose un dossier sur l’auteur argentin.Dany Lafer-rière, en entrevue, discute de ce maître de l’érudition merveilleuse.Laurent Laplante tente de traquer l’écrivain à tra- vers les multiples genres qu’il a exploités, et, pour compléter le dossier, vingt auteurs et un journaliste parlent de leurs relations avec les écrits de Borges.Par ailleurs, Québec en toutes lettres se poursuit ce week-end, jusqu’au 24 octobre.Qu peut notamment rencontrer des auteurs de la Vieille Capitale dans une chambre d’hôtel pendant l’activité Œuvres de chair, entendre des contes ou lire de laTwittératu-re.Toute la programmation sur www.quebecentouteslettres.corn.- Le Devoir Prix littéraires Radio-Canada Plus qu’une dizaine de jours aux auteurs, amateurs ou professionnels pour s’inscrire aux Prix littéraires Radio-Canada, lœs nouvelles, les récits et la poésie peuvent être envoyés jusqu’au P" novembre.lœs noms des gagnants dans chaque catégorie seront dévoilés en mars prochain et chacun recevra une bourse de 6000 $.lœs textes lauréats seront également publiés dans le magazine enRoute d’Air Canada.lœs Prix littéraires Radio-Canada sont remis depuis plus de trente ans et sont les prix les plus importants accordés à des œuvres non publiées.Tous les renseignements se trouvent à prixlitteraires.radio-canada.ca.- Le Devoir.Abonnez-vous à INFO-PUL www.pulaval.com N D E £ Qu'ont en commun Mario Vargas Llosa et Philip Roth, Zoé Valdés et Bernhard Schlink?Pour les lecteurs francophones, ils cohabitent dans la même collection, la grande collection dite « Du monde entier» fondée au sein de la maison Gallimard en 1931 et toujours essentielle à la connaissance des littératures les plus signifiantes, les plus importantes.Robert Lévesque vous invite à une rencontre avec Jean Mattern qui dirige cette aventure éditoriale.LE MERCREDI 27 OCTOBRE A 17 h 30 À la librairie Gallimard 3700, boulevard Saint-Laurent, Montréal T.514 499 2012 Gaspard* LE TOUT NOUVEAU SERVICE D'ANALYSE DE VENTES DU LIVRE FRANCOPHONE! Vous cherchez.Des palmarès inédits dans plus de 20 catégories?Des statistiques hebdomadaires, mensuelles, annuelles?Des analyses sur mesure?Gaspard est pour vous ! Ÿ^rairie Gallimard WWW.CALLIMARDMONTREAL.COM POUR EN SAVOIR PLUS, COMMUNIQUEZ AVEC NOUS SANS TARDER.BTLF www.btlf.qc.ca www.gaspardiivres.com 514 288-0991 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 F 5 LITTERATURE LITTERATURE ERANÇAISE Les mythes de Jean Echenoz GUYLAINE MASSOUTRE Pourquoi Des éclairs serait-il la fin d’une trilogie?On le dit pourtant.Jean Echenoz, avec Des éclairs, en finit avec un troisième volet biographique, consacré à ses héros: le compositeur français Ravel, le coureur tchèque Zâtopek, auquel s’ajoute désormais l’ingénieur serbe Tesla, rebaptisé Gregor, découvreur au génie avalé par Edison.11 est le père du courant alternatif, de la radio, des rayons X, du radar et autres modernités.Repères, donc, inattendus que ces vies prises comme au hasard dans le grand tablier du monde, nourrissant l’idée qu’un tel écrivain se fait d’un grand homme.Est-ce parce qu’avec Echenoz la littérature sort d’elle-même?Les lecteurs l’aiment ainsi.Avec Echenoz, ils partagent la musique, le sport et le progrès, mots magiques d’un joyeux spectacle, puisqu’il convient de traiter ainsi cette stricte affaire personnelle d’une admiration à rebours.11 faut d’abord dire combien Echenoz est lui-même un bricoleur habile.Ses outils?La langue d’un curieux, d’un astucieux, d’un remarquable artisan du portrait.En peu de mots, il vous campe une époque, un caractère bougon, un esprit torve, un rêveur.11 fait d’un obscur personnage un monde en soi.Un découvreur pas si fou Ce Gregor, né Nikola Tesla sur les bords de l’Adriatique en 1856, a été engagé par Edison à General Electric.11 y joue avec le feu, l’incendie électrique, chro- PIERRE VERDY AEP Jpan Echenoz clôt sa trilogie de romans biographiques avec Des Eclairs.nique, accidentel, il rivalise avec les caprices du ciel.Le courant littéraire passe.Echenoz vous allume sur les coups fourrés d’Edison, ogre sans pitié des bonnes idées d’autrui, qu’il exploite à sonprobt.Les choses iront vite dans la vie de Gregor, comme son esprit calculateur et ingénieux.On le fait passer pour un illuminé, un antipathique, le pauvre qu’il est à force de dépossession.11 s’est occupé de tout — sept cents brevets — sauf de lui-même, semble-t-il, mais ce n’est pas un homme d’affaires, les crocs en avant.«Enigmatique et théâtral, ménageant ses éclairages et ses effets», Gregor est un merveilleux magicien, un visionnaire, un génie.On le courtise, mais il refuse la griserie des soupers de luxe.11 est plutôt attiré par les êtres bizarres, les décomptes absurdes, et plus cela ira, plus ce sont les oiseaux qu’il fréquentera.Echenoz collectionne les anecdotes et vous les sert sur un plateau d’argent, vif, léger et malicieux, si bien que le sujet un peu rébarbatif, au cœur du grand grenouillage capitaliste, devient l’emblème de la forfaiture, accrochant le mérite pour mieux le broyer.Sans quitter sa nature propre, le probt et la rentabilité, cette machine volontaire ira jusqu’à détruire la vie du savant dévoué à l’incandescence.Cadence accélérée Gregor a bien des amis dans le gratin financier, John Pierpont Morgan par exemple, mais c’est un «Frankenstein en affaires», «une brute insensible et co-lé-rique».Et voilà Echenoz à son aise, fouettant l’ogre dans le cirque.C’est que, dans sa trilogie, l’écrivain a aimé les coureurs de fond, les tours de piste, le spectacle vivant.Ici, Gregor est aussi la bête, fascination qu’il partage avec Jim Jarmush, cinéaste sympathique aux adver- saires de Superman et aux éleveurs de pigeons.Gregor se laisse dépouiller par les créanciers.11 a bien sûr réussi quelques bonnes affaires personnelles, sa tour à Long Island, par exemple.Mais, en pleine guerre froide, l’état-major la fait démolir, craignant le pôle d’espionnage au lieu d’entendre l’inventeur lui vanter les aptitudes des ondes stationnaires et des impulsions qui permettraient de communiquer sous les mers.11 a même conçu le plan d’un missile, mais qui écoute ce savant révolutionnaire, hautement performant?L’égalité américaine a ceci de sournois: elle ne conçoit de général que la compétition.Aussi, lorsque Gregor se réiigie au milieu des pigeons new-yorkais, il décline vers l’anonymat dont il s’est extrait, laissant en 1943 en héritage aux scientibques, qui se gaussent l’équivalent mais bien plus tôt des inventions de Nobel.La différence, sans doute, tient à son refus que l’arme absolue, qu’il a pensée et mise sur papier, serve à un seul pays: il en envoyé les plans coupés à plusieurs gouvernements qui, au lieu de négocier la paix, ont choisi d’abord une autre grande guerre.Echenoz n’aura pas tellement aimé son personnage, au bnal.Mais il sait conduire en terrain accidenté un véhicule littéraire qui montre la cécité cruelle et répétée de nos sociétés.Collaboratrice du Devoir DES ÉCLAIRS Jean Échenoz Minuit Paris, 2010,175 pages f f LITTERATURE QUEBECOISE Phénoménale Philomène CHRISTIAN DESMEULES Comment conjurer «l’abjection de la finitude», sinon en livrant un plaidoyer éloquent en faveur de l’imaginaire?Dans D’où viens-tu, berger?(Leméac, 2006), on s’en souviendra, Ma-thyas Lefebure poussait d’une autre manière un même cri du cœur avec le récit de son expérience de berger.Ses 1500 brebis, sa liberté retrouvée de «bis de pub» dans les Alpes françaises, ses angoisses de néophyte, ses exaltations et son désir d’écrire.Libéré cette fois de l’urgence de se dire — du moins en apparence —, Lefebure emprunte le chemin du roman polyphonique un peu baroque pour raconter l’histoire d’un enfant dont la grand-mère hébergeait comme pensionnaires des expsychiatrisés.A la mort de Philomène, sa «fabulatrice têtue», à laquelle il avait promis de raconter «ses fous», Jonathan plonge donc dans les souvenirs de l’époque où il allait dîner chez elle les jours d’école.Le Grand Livre des fous multiplie les angles pour raconter l’atmosphère qui régnait dans la maison.Le point de vue de l’enfant de sept ou huit ans qu’il était.Celui de la grand-mère, femme à l’excentricité bridée par son rôle d’épouse, de mère et de femme dans une société conservatrice — de loin le personnage le plus intéressant de toute cette cohorte.Celui, enfin, du grand cousin Alex, qui est occupé, à coups de buvards d’acide, à enfoncer les portes ouvertes de la perception, flirtant lui-même avec la folie.Inscrit dans une école «ouverte» où il est particulièrement assidu à son «atelier de l’imaginaire», l’enfant consacre une page de son cahier jaune (jaune comme du «vomi de sorcière») à faire le portrait de chacun des fous hébergés par sa grand-mère: monsieur Propre, monsieur Bouchon, le colonel Coucou ou monsieur Barbe-Bleue.Chacun sa particularité, sa petite obsession, mais tous vic- times d’un système qui les a broyés, trop rapidement triés à l’heure de la désinstitutionnalisation «pour fonctionner en dehors de l’asile».On retrouve dans ces parties, dont la tonalité domine Le Grand Livre des fous, le ton désormais classique de l’enfant narrateur — façon Ajar, par exemple, ou Sylvain Trudel.Jonathan poursuit son exploration de ce petit monde, Alex continue à tordre le cou à la réalité, tandis que la grand-mère, elle, s’interroge sur le sens de la vie tout en lisant en cachette Hebdo-Police pour le courrier du cœur, à la recherche du grand amour comme «dans les grands films de Tarzan, l’homme singe».De leur côté, les voisines entonnent leurs commérages sans fin.Une série de dérives et d’inci- dents graves éloigneront toutefois Jonathan de sa grand-mère, à qui on retirera aussi ses colorés pensionnaires.C’est là l’univers éclaté de ce roman qui livre un hommage à la grand-mère «gardienne de fous» et concrétise l’ancienne promesse de témoigner.Malheureusement écartelé entre trop de personnages (fous braques, fous d’amour, fous tout court) pas toujours bien esquissés, Le Grand Livre des fous, dans ses dérives lyriques, perd parfois de son intérêt.Collaborateur du Devoir LE GRAND LIVRE DES FOUS Mathyas Lefebure Montréal, 2010,168 pages éditions Liber Philosophie • Scienœs humaines • Littérature « Voix psychanalytiques » Essedik Jeddi Filiation et altérité Psychanalyse et malaise dans la psychiatrie Filiation et altérité PtyiiaBaivJt! bI mi^L%£ 220 25 dollars Les intentions du corps Mathieu Arminjon Les intentions du corps Psychanalyse, biolo^ et sciences de l’esprit , 35 dollars Tonbo « Aki Shimazaki écrit de tout petits récits ou vibre l’ame de son Japon natal.Tonbo (libellule) dépeint la vie paisible d’un professeur que viennent troubler les fantômes du passé.L’écriture délicate, les phrases courtes, ciselées comme des haikus, possèdent un pouvoir d’évocation ensorcelant.» Monique Roy, Chaielaine (514) 524-5558 lemeac@lemeac.com LE TEMPS QUI M'EST DONNÉ Jean-François Beauchemin \ Jean-François Beauchemin Le temps qui m’est donné D'un côté, il y a un père bricoleur, grand amateur de Bach, de l'autre, il y a une tribu de six enfants (cinq garçons et une fille), tous nés à un an d'intervalle, et entre les deux, une mère qui brûle systématiquement le roastbeef.Voilà les principaux acteurs de ce roman qui raconte le quotidien d'une famille bigarrée et qui s'intéresse à cette formidable «course à relais générationnelle» qui fixe l'identité des individus.CONSÉQUENCES LYRIQUES Pierre Yergeau Pierre Yergeau Conséquences lyriques De Los Angeles à Montréal, en passant par Paris, Conséquences lyriques est un roman cubiste qui mêle savamment le drame et l'humour.Chaque personnage obéit à sa logique et croise sur son chemin un miroir, un amour ou une loi plus forte que la sienne! CA SENT LA BANANE Francois Barcelo François Barcelo Ça sent la banane La Réunion, au milieu de l'océan Indien, est une île splendide et très peu visitée par les Nord-Américains.Un Québécois est invité à y diriger une école de danse à claquettes.Incapable du moindre pas de danse, Raoul Damphousse ira de mensonges en déceptions, et ne verra rien de cette île où il se tournera en ridicule plus souvent qu'à son tour.QUEBEC AMERIQUE www.quebec-amerique.com F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 LITTERATURE Témoignages Trois écrivains à l’oratoire LOUIS CORNELLIER Majestueux, l’oratoire Saint-Joseph, du haut de sa montagne, en impose et inspire.Dans L’Oratoire et le Frère André.Regards d’écrivains, trois auteurs québécois provenant d’univers distincts témoignent de leur rapport à cette institution.Enfant, Maxime-Olivier Moutier y allait souvent avec sa famille.Dans son entourage, ce lieu faisait presque partie du quotidien.Sa mère, par exemple, se préservait des accidents de îa route grâce à des médaillons achetés là.Elle n’a jamais eu d’accident, mais l’écrivain, lui, avec la même méthode, n’a pas eu cette chance.«Pour moi, écrit-il, la technique du saint protecteur n’a pas trouvé son efficacité.C’est comme tout.» Moutier raconte sa familiarité avec l’oratoire comme une évidence.Cela saisit, puisqu’on ne s’attend pas à une telle expérience de la part d’un auteur de sa génération.«J’y suis retourné des centaines de fois, ensuite, dans ma vie, à l’Oratoire, avoue-t-il simplement.Souvent tout seul.Souvent avec mes enfants.Comme une balade des soirs d’été.C’est gratuit et il faut être assez fermé pour ne rien ressentir quand on s’en approche [.].» Ce texte dégage une sérénité flegmatique, comme s’il s’agissait de faire taire toute polémique au sujet de la religion pour doucement reconnaître ce qui s’impose.«Ce n’est qu’un peu plus tard, quand on a grandi, que l’on apprécie les escapades à l’Oratoire, affirme l’écrivain.Ce qui nous subjugue, c’est l’esprit des lieux.C’est ce sentiment de l’inconcevable et du quelque chose de présent quand même.» /eq m % : simH V ^ ii! « :ïrf.fe fcrf aa I % PEDRO RUIZ LE DEVOIR Uoratoire Saint-Joseph et quelques pèlerins à genoux La beauté du pèlerinage Le dominicain Benoît Lacroix chante, lui, la beauté du pèlerinage, «un acte populaire social» , jadis accompli par son père et qui refuse de disparaître.«Le pèlerin, écrit-il, obéit à une vision traditionnelle de la vie, à savoir qu’il est celui qui marche, qui vient, qui passe, qui vit, qui meurt.» D’aucuns, constate Lacroix, regardent de haut cette piété populaire.Peut-être ignorent-ils que les pas de ceux qui marchent ainsi sont «alignés vers ailleurs», «ont du sens».Lacroix souligne enhn le caractère interculturel de l’oratoire d’aujourd’hui, «qui symbolise ce Grand Rassemblement promis à la fin des temps».L’historien laisse le mot de la fin à son père, personnage important de son oeuvre.«A l’Oratoire, disait ce dernier, nous étions tous les bienvenus, gens de la terre comme gens de la ville.Tout gratis.On se croyait déjà au Paradis!» Un hommage à l’humilité Pour Gilles Marcotte, ce lieu est un hommage à l’humilité.Saint Joseph, son patron, «n’est pas le personnage le plus éclatant de la sainteté catholique, et avec le frère André s’affirme le privilège du pauvre», «la reconnaissance d’un archétype fondé sur les leçons fondamentales du christianisme».Marcotte, dans cette humilité, dans cette simplicité, retrouve «la réalité profonde du Canada français [.], peu ambitieux, accomplissant ses petites besognes sans trop se soucier de la gloire, des coups d’éclat, de la Grande Histoire».Le critique souligne lui aussi la forte présence multiculturelle dans ce lieu, aujourd’hui, et voit ce dernier comme un «lieu de communion» particulier, ouvert à tous, «dont l’humanité éprouve la nécessité, quelles que soient ses idées particulières».Devant le spectacle d’une femme d’un certain âge qui monte le grand escalier à genoux, il est frappé par la beauté, pleine d’un passé qui dure encore un peu.Ce bel essai plein de grâce du patriarche de Côte-des-Neiges aura le même effet sur le lecteur envoûté.Collaborateur du Devoir L’ORATOIRE ET LE ERÈRE ANDRÉ Regards d’écrivains Benoît Lacroix, Gilles Marcotte, Maxime-Olivier Moutier Médiaspaul Montréal, 2010,56 pages LITTERATURE ANGLAISE Le roman de la science MARIE-ANDREE LAMONTAGNE L> étude de la psyché et de ' ses actes a pu, à ses débuts, faire l’objet de violentes critiques, être assimilée à une forme de charlatanisme.Prend n’en démordait pas: la psychanalyse est une science, nouvelle, d’accord, mais science.Reprenons.Si le modèle du physicien Niels Bohr établi à partir des «relations numériques simples entre les positions des raies spectrales de l’hydrogène» a pu expliquer le tableau périodique des éléments, pourquoi «la périodicité d’appariement des groupes d’électrons dans l’atome» suit-elle la séquence 2, 8, 18, 32?Se pourrait-il que les nombres entiers soient le mortier qui fixe la réalité?Trois explications du monde, du physicien anglais Torn Keve, est une formidable machine romanesque qui ne cherche sur- L ECHANGI Alto tient à féliciter Martine Desjardins, finaliste au Prix littéraire du Gouvemem général pour son roman MaleBciam et Sophie Voillot, finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général pour sa traduction du roman Le ca&ld de Rawi Hage.alto www.editionsalto.com tout pas à renvoyer dos à dos, disons, la tradition et la modernité, ou les intuitions cosmogoniques ^des kabbalistes au Moyen Âge et les théories de la physique quantique.Avec habileté et érudition, le romancier fait d’abord entendre les échanges intellectuels, les heurts, les connivences, les loyautés, les ruptures, les douleurs, en un mot le génie qui soufflait entre Vienne, Berlin, Budapest, Londres et New York dans la première moitié du XX® siècle et qui a fait en sorte de réunir sur le timbre-poste de la suprême intelligence des gens comme Prend, Perenczi, Lou Andreas-Salomé, Max Planck, Carl Jung, Ernest Rutherford, pour ne mentionner que les plus connus.Ce faisant, il permet aussi au lecteur de toucher du doigt.si l’on peut dire, les frontières alors poreuses entre les disciplines.«J’ai toujours été d’avis que la physique, la psychologie et la physiologie ne sont pas des îles désertes dans l’océan universel, dit le vieux professeur Ernst Mach, physicien et philosophe auquel Einstein devrait beaucoup, mais un seul et même continent — simplement des manières différentes de percevoir ou de décrire les mêmes phénomènes.» C’est pourquoi l’un des plus brillants disciples de Prend, Perenczi, fait faire à la psychanalyse un détour par le spiritisme.C’est pourquoi le physicien Wolfgang Pauli fils peut puiser dans la pensée du rabbin Isaac Luria, ayant vécu au XVP siècle, certains aspects du principe d’exclusion qu’il formulera en physique, selon Spirale) Lancement Philosophie sans frontières Phhjp-sc-fhïe EAMS FRONTIERES Le magazine culturel Spirale et les Éditions Nota bene sont heureux de vous inviter au lancement de Philosophie sans frontières de Claude Lévesque.Venez célébrer ! Mardi 26 octobre 2010 dèsi7h3o Librairie Le Port de tête 262, avenue Mont-Royal Est, Montréal [Métro Mont-Royal] www.spiralemagazine.com quoi la création a besoin d’espace pour créer.Ce n’est pas le moindre mérite de ce roman fascinant que de montrer le riche terreau qu’aura été le judaïsme, et plus particulièrement son courant mystique, dans le façonnement du monde moderne qu’opère alors une communauté de savants dont bon nombre — et ce n’est pas un hasard — sont issus du peuple du Livre, le bien nommé.La génération de Prend est la première, fait remarquer ce dernier, à avoir été éduquée hors du ghetto.Le roman de Torn Keve donne à voir de manière saisissante les effets de la brève fenêtre intellectuelle pendant laquelle la sortie de religion n’a pas été tout à fait synonyme d’amnésie et les conceptions hardies d’esprits libres ont pu se nourrir des connaissances accumulées par la tradition, tout en congédiant ses superstitions, même si un tel tri ne va pas sans difficulté.Tous les personnages ici mis en scène sont historiquement attestés, et de même leurs œuvres, leurs hypothèses, leurs convictions.Restent le cheminement de leur pensée et certains de leurs propos.C’est là le terrain de jeu du romancier.Terrain de joute, plutôt, où vont bientôt se déployer les trois régions que compte l’univers, selon le chimiste Gjmri Hevesy, et que le lecteur voudra maintenant connaître, heureux lecteur.Collaboratrice du Devoir TROIS EXPLICATIONS DU MONDE Torn Keve Traduit de l’anglais par Sylvie Taussig Albin Michel Paris, 2010,560 pages Le meilleur reportage vaut-il la mort d'un journaliste?Débat À l’occasion de la parution chez Libre expression de Promets-moi que tu reviendras vivant : Ces reporters qui vont à la guerre de Danielle Laurin Cette question, Danielle Laurin l’a posée à des dizaines de journalistes de guerre, dont son mari, car elle voulait comprendre ce qui les pousse ainsi à risquer leur vie.Avec Danielle Laurin CÉLINE GALIPEAU Michèle Ouimet Animateur Gilles Gougeon LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 F 7 LIVRES ESSAIS QUEBECOIS Des femmes qui changent le monde Existe-t-il quelque chose comme un pouvoir typiquement féminin, propre aux femmes en tant que femmes?Non, répond la journaliste Pascale Navarro dans Les femmes en politique changent-elles le monde?, si on entend par là que la psychologie et la biologie des femmes détermineraient leurs comportements et attitudes.Toutefois, il faut reconnaître que «les différences entre hommes et femmes existent».Louis CORNELLIER Le sexe n’est pas un déterminant absolu, comme le croient les essentialistes, mais «le féminin et le masculin sont des genres, et les genres se construisent sur un ensemble de valeurs, de traits culturels et de croyances».Ces genres s’accompagnent donc d’une vision de la société.Ainsi, le masculin serait lié au «goût du risque», à la hiérarchie et à l’autorité, alors que le féminin privilégierait «l’empathie, la sollicitude, la tendance à préserver la vie».Si elle insiste avec raison pour dire qu’il importe de «désexuer les valeurs», parce que des hommes peuvent adhérer aux valeurs dites féminines et des femmes, comme Thatcher, incarner les valeurs dites masculines, Navarro conclut néanmoins «qu’un grand nombre de femmes en politique peuvent changer lois, règlements et milieux de vie parce qu’elles transmettent dans l’exercice de leur pouvoir les valeurs sociales du groupe auquel elles appartiennent».En d’autres termes, ce ne sont pas tant les femmes en politique qui changent le monde en mieux que le féminin.Entrées en politique il y a une centaine d’années, en tant que mères et épouses, les femmes se sont servies de ces statuts comme stratégie pour obtenir des gains: allocations familiales, politiques familiales et réseaux de garderie.Cette approche, toutefois, les a souvent cantonnées aux ministères sociaux, ce qui n’est pas suffisant.Aujourd’hui, de prestigieuses politiciennes, comme Michelle Ba-chelet et Ségolène Royal, rejouent cette carte de la mère, comme «une variation sur un thème connu, celui de la protection et de la prise en charge d’un groupe», et cette façon d’humani-ser la politique les sert bien, tout en permettant, c’est l’essentiel, d’apporter «aux débats et sur la place publique des sujets et des contenus féminins».Bachelet, au Chili, a réactivé le débat sur le droit à l’avortement et Ellen Johnson-Sirleaf, au Liberia, a fait voter une loi cri- minalisant le viol, par exemple.Au Québec, la présence des femmes en politique ne compte pas pour peu dans l’avancée des dossiers des garderies, des congés parentaux, de la conciliation travail-famille et de l’équité salariale.Les députées conservatrices canadiennes, toutefois, n’ont pas contesté les compressions du gouvernement Harper dans les programmes de promotion de l’égalité des sexes et la décision d’exclure l’avortement du programme de santé maternelle dans les pays en voie de développement.«La preuve, constate Navarro, que l’expression pouvoir féminin ne veut rien dire.Il faut que les dossiers dits “de femmes” deviennent l’affaire de tous pour être débattus.» La preuve, devrait-on ajouter, que la notion de genre ne résume pas les luttes idéologiques.Pour que ce féminin qui change le monde puisse trouver sa juste place dans les instances de pouvoir, Navarro souhaite la parité hommes-femmes en politique et n’hésite pas à appuyer des moyens coercitifs, comme les quotas, pour y parvenir.Les 22 politiciennes québécoises qu’elle a rencontrées au cours de son enquête sont plus réservées.Elles considèrent toutes que cette parité est souhaitable, voire nécessaire, mais hésitent à défendre une politique de quotas.Plusieurs, comme feue Vera Danyluk, craignent que ces derniers «donnent à la population la perception que les femmes n’ont pas mérité leur place».La plupart de ces femmes politiques souhaiteraient plutôt une politique «pratiquée autrement», moins centrée sur l’affrontement et l’agressivité, par exemple, et capable d’accueiÛir le doute dans l’exercice du pouvoir.En guerrières expérimentées, Pauline Marois et Louise Hard soulignent la naïveté de cette attitude, en rappelant que le conflit, la stratégie et les rapports de force font intrinsèquement partie de la pli-tique et doivent être apprivoisés par les femmes.Avec ce plaidoyer féministe en faveur d’une présence accrue.ALAIN BRILLON Pascale Navarro a rencontré 22 politiciennes québécoises pour son enquête.Pascale Navaiio jusqu’à la parité, des femmes, mais surtout du féminin, en politique, Pascale Navarro relance un débat nécessaire et passionnant Son bref ouvrage, toutefois, fait un peu désordre et est poussif sur le plan s^listique.L’organisation des idées y est relâchée et l’ensemble donne l’impression d’un collage de petits bouts de réflexions, laborieusement assemblés.LES FEMMES EN POLITIQUE CHANGENT-ELLES LE MONDE?L’avocate du diable Columnist à La Presse depuis 1980, Lysiane Gagnon possède un style d’une lumineuse clarté.Ses chroniques n’ont pas le tranchant de celles d’un Bourgault ou la rudesse poétique de celles d’un Foglia, mais elles se caractérisent par une fluidité stylistique remarquable.Même réunies dans un gros ouvrage de près de 400 pages comme L’Esprit de contradiction, elles se lisent très agréablement.Sur le plan idéologique, toute fois, elles déçoivent assez souvent Lysiane Gagnon se réclame de la position de «l’avocate du diable».«C’est en quelque sorte le syndrome de la chaloupe, explique-t-elle.Si elle tangue trop d’un côté, mon instinct me pousse à pencher de l’autre côté.» Le résultat est que la chroniqueuse finit par se cantonner dans une position d’extrême centre, dans une modération plate qui flirte sans cesse avec l’insignifiant «gros bon sens».En rendant hommage à son regretté collègue Louis Martin, un «agnostique» de la politique qui aimait citer la formule de Jean Lacouture selon laquelle «le journalisme est un accoucheur de modérés», elle résume un peu son propre programme.Dans ce recueil, ses chroniques consacrées au statut du français au Québec, pleines des clichés habituels (la langue se dégrade, c’est la faute des élites et non du peuple, la qualité du français assurera sa survie au Québec), sont les plus décevantes.Les plus brillantes sont celles que Gagnon consacre au parcours de quelques grandes figures québécoises (René Lévesque, Robert Bourassa, Parizeau, Ryan, D’Allemagne, Bourgault, Chrétien, Trudeau) et dans lesquelles elle s’avère une formidable portraitiste.«Nous ne sommes que des fétus de paille dans le grand débat public, et c’est très bien ainsi», écrit Gagnon au sujet du travail des chroniqueurs.Pour allumer des feux, ça reste nécessaire.louisco@sympatico.ca LES FEMMES EN POLITIQUE CHANGENT-ELLES LE MONDE?Pascale Navarro L’ESPRIT DE CONTRADICTION Lysiane Gagnon Boréal Montréal, 2010, respectivement 136 et 384 pages HISTOIRE Quand The Gazette était française.Le quotidien montréalais The Gazette aime rappeler sa date de fondation: 1778.Mais il ne précise pas qu’il était alors, avant de devenir bilingue, puis uniquement anglais, la première feuille de langue française au Québec et la première à y avoir été censurée! Le journal de l’époque témoignait aussi, malgré une langue commune, du heurt entre ses artisans, des immigrés restés européens, et un collaborateur canadien qui exaltait son Amérique natale.MICHEL LAPIERRE Voilà enfin l’édition intégrale, présentée par Nova Doyon et annotée par Jacques Cotnam, avec la collaboration de Pierre Hébert, de La «Gazette littéraire de Montréal» (1778-1779).Cet hebdomadaire, animé par l’imprimeur Fleury Mesplet (1734-1794) et l’homme de loi Valentin Jautard (1736-1787), qui avaient quitté la France pour le Nouveau Monde après la Conquête britannique du Canada, tranchait sur la bilingue Gazette de Québec, fondée 14 ans plus tôt, dont la mission restait commerciale et gouvernementale.Dans son excellente introduction, Nova Doyon met en relief la nature littéraire et philosophique du journal qui, en s’inspirant des penseurs des Lumières, surtout Voltaire, évite de sombrer dans le fanatisme irréligieux et demeure ouvert à la diversité des opinions, y compris celles des catholiques.Malgré cette conception nuancée — certains préféreront dire prudente, voire astucieuse — de la liberté de l’esprit, la Gazette ne suscite pas seulement la méfiance du clercé En 1779, Mesplet et Jautard voient leur journal supprimé par le pouvoir colonial anglais, qui les jette en prison parce qu’il les soupçonne de soutenir les insurgés américains en guerre contre la GrandeBretagne.Comme le pense Nora Doyon, les deux occupent une place de choix dans l’histoire de l’émancipation intellectuelle du Québec.Mais leur voltairianisme ne se différencie guère de celui que l’on retrouve en Europe.L’originalité nord-américaine de la Gazette littéraire apparaît dans les textes d’un collaborateur, «le Canadien curieux», pseudonyme derrière lequel se cacherait, se Ion les notes très fouillées de Cotnam et Hébert, le jeune Pierre-Louis Panet (1761-1812), un natif de Montréal qui deviendra député antiesclavagiste.Cet esprit singulier, proche du préromantisme, croit que l’Amérique, terre mythique, se distingue du reste du globe par une ambiance.«Tout atteste, écrit-il en janvier 1779, qu’elle a été submergée par les eaux, et qu’il n’y a pas lon^emps que la mer s’est retirée de dessus ce malheureux continent.» Si l’on n’admet pas de «secrètes» explications à cela, il signale que «tout annonce quelque terrible révolution».Le visionnaire considère Jautard comme un Européen hautain: «Cet homme méprise souverainement la jeunesse canadienne.» Dans notre premier journal de langue française, la lutte entre l’Ancien et le Nouveau Monde définissait déjà l’avenir de notre littérature.Collaborateur du Devoir LA «GAZETTE LITTÉRAIRE DE MONTRÉAL» (1778-1779) Édition présentée par Nova Doyon PUL Québec, 2010,980 pages EN BREF Histoires du peuple juif L’auteur et conteur français Marek Halter revisite, à sa manière, 4000 ans d’histoire du peuple juif.Après son livre Le Kabbaliste de Prague (Robert Laffont), la conférence Histoires du peuple juif^écon- le de son dernier livre, au même titre, publié aux éditions Flammarion.Grande histoire, petite histoire, anecdotes, d’Abraham à la diaspora, la vision de Halter est personnelle, annonce-t-il, et ne tient à rallier ni les orthodoxes ni les historiens.A la Bibliothèque publique juive, le 31 octobre.- Le Devoir.Les Jeudis littéraires eudi 28 octobre 19 h 30 Avec Pl0rr0 N0pV0lI^ co-auteur de L'avenir dégagé.Entretiens 1959-1993.Hexagone 2010 Animation: Danielle Laurin^ journaliste, critique littéraire, auteure Beaucoup plus qu'une librairie ! Salle de conférences et café-resto rVf 2661 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 3UlinGS Contribution suggérée de 5 $ SODEC QuébecE Les Éditions du Noroît Prix du Gouverneur Général Nous marchons dons la beauté nous marchons dans l'immense et l'immense nous reçoit (.) JES VERRES MAIEURS www.lenoroi't.com Les verbes majeurs Pierre Nepveu Finaliste ACADEMIE DES LETTRES DU QUEBEC XXVIIP Colloque des écrivains Enjeux et contenus de l'enseignement secondaire au Québec ÉTAT DES LIEUX Vendredi, 29 octobre 2010 dès9h Auditorium / Grande Bibliothèque Bibliothèque et Archives nationales du Québec 475, boulevard de Maisonneuve Est Montréal Entrée libre Le colloque est coordonné par M""® Lise Bissonnette avec la collaboration de MM.Yvan Lamonde et Georges Leroux Usera suivi d’une réception et du lancement des Actes du colloque 2009 AVEC LA PARTICIPATION DE M'^^JanickAUBERGER M'"^Lise BISSONNETTE M'"^Micheline CAMBRON M.Louis CARON M'"® Mireille ESTIVALÈZES M.Georges LEROUX M'-^Mona TRUDEL RENSEIGNEMENTS Maude Levasseur, adjointe administrative • Académie des Lettres du Québec, Casier postal 417 — Succursale Rosemont, Montréal H1X 3C6 • 514 873-4496 sécréta riat@academiedeslettresduquebec.ca Bibliothèque et Archives nationales QuébecBEi Québccran CRlLcb F 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 OCTOBRE 2010 ESSAIS Le choix du risque Le meilleur reportage vaut-il la vie d’un journaliste ?Ils nous rapportent des sons, des images et des textes de lointains champs de bataille ou de pays réputés infréquentables.Ils le font au risque de leur vie ou de leur intégrité physique et, souvent, au prix d’une vie personnelle et familiale normale.Collaboratrice au Devoir, l’auteure, Danielle Laurin, a rencontré 18 journalistes d’ici et d’ailleurs afin de leur poser la question suivante: le meilleur reportage vaut-il la vie d’un journaliste?CLAUDE LEVESQUE Je voudrais comprendre ce qui les pousse comme toi à se mettre en situation de danger», écrit-elle à l’adresse de son mari reporter, qui a couvert plusieurs conflits pour la Société Radio-Canada.La réponse courte, c’est que les émules d’Albert Londres pensent qu’il est de leur devoir de décrire la guerre dans toute son horreiu et son absurdité.«Je ne pose pas la question de ce que je fais là-bas, je le sais.J’étais là pour témoigner, pour faire une histoire», affirme simplement Patrice Roy, l’animateur du Téléjournal-Montréal de la SRC, qui a presque miraculeusement survécu à l’explosion d’une bombe artisanale en Afghanistan en 2007.Sa vie a basculé après ce drame, qui a coûté une jambe à son caméraman, Charles Dubois, et la vie à deux soldats canadiens ainsi qu’à son guide afghan.Cela valait-il la peine, ce jour-là, d’accompagner des militaires dans une mission dangereuse?«Non, du point de vue individuel, mais oui, du point de vue collectif, répond Patrice Roy.Bien sûr que, du point de vue individuel, on n’aurait pas MARIE-HELENE TREMBLAY LE DEVOIR Danielle Laurin dû, Charles et moi, aller là-bas.Les reportages que nous avons faits ne justifient pas la perte de la jambe de Charles.Mais, collectivement, si on ne couvre plus les guerres, c’est un drame, une tragédie.» Le métier de journaliste de guerre n’est plus réservé aux hommes.Certaines femmes (et quelques hommes) ont renoncé à toute vie familiale.D’autres bénéficient du soutien d’un conjoint ou d’une conjointe.C’est le cas de Sarah Daniel, reporter au Nouvel Observateur.«Mais tous les gens ont fini par le condamner, lui.Parce qu’il ne me condamnait pas.Du genre: il ne m’aime pas vraiment pour me laisser partir dans des endroits si dangereux», confie la grande reporter qui a multiplié les séjours en Afghanistan et en Irak.Elle admet trouver, dans ce genre d’expérience, une sorte de drogue.«On a beau se dire: je ne suis pas une tête brûlée, je ne prends pas tous les risques.Il y a l’adrénaline qui nous pousse.On fait des bêtises, tout plein, on fait n’importe quoi, parfois.» Les reporters de guerre rentrent parfois au pays hantés par certaines images, mais ils éprouvent rarement le stress post-traumatique des militaires.«Je vais peut-être m’écrouler, dans un, deux ou six mois, mais ce que j’ai vécu n’a rien à voir avec les soldats qui reviennent de la guerre si mal en point, si traumatisés, parce qu’ils se disent que ça n’avait pas de sens de tuer des gens, de voir leurs camarades mourir», explique Patrice Roy.Il y a aussi le souvenir de ces autres victimes de la guerre que sont les simples citoyens.«Que leur est-il arrivé à tous ces gens [.].Moi, je suis partie, mais eux sont restés», note Céline Galipeau, de la SRC, qui a connu son baptême du feu à Groznyi, en Tchétchénie, en i994.^3 -=r.' ''«-’T;.^ 'w^.— 'J T- 1 BOB STRONG REUTERS L’Afghanistan est aujourd’hui un des terrains les plus dangereux pour les reporters à l’étranger.Florence Aubenas a été enlevée et gardée en captivité pendant plusieurs semaines en Irak, en 2005.Elle considère cet enlèvement comme un «accident professionnel», qui ne l’a d’ailleurs pas empêchée de retourner dans des pays à risque.Roger Auque, qui a subi le même sort au Liban en 1987, est à la retraite depuis peu, mais «c’est sûr que, si demain les Américains se tapent l’Iran, ça donne envie d’y être».«Je ne pouvais pas ne pas y aller», affirme la Française Anne Nivat, à propos de la guerre en Tchétchénie, qui a très peu été couverte.Contrairement à beaucoup d’autres journalistes de guerre, elle pratique une sorte d’immersion totale dans les sociétés qu’elle décrit.Autant par respect que dans le but intéressé d’obtenir la confiance, sans laquelle l’information vient difficilement ou ne vient pas.Après une expérience frustrante avec l’armée russe.elle n’a jamais voulu être embedded.Elle tient trop à son indépendance.C’est aussi le cas de Michèle Ouimet, de La Presse, qui a abondamment écrit sur l’Afghanistan et le Pakistan récemment.«Je préfère ma burqa aux blindés, dit-elle.Une prison en vaut une autre.» La douleur des autres Certains journalistes, comme Florence Aubenas, se sont parfois sentis obligés de sortir de leur rôle d’observateur pour aider des personnes en difficulté.Qui a oublié la photo du vautour en train de guetter la petite fille qui va mourir au Soudan, cliché qui a valu en i993 un Pulitzer à son auteur, qui s’est suicidé peu après?Lui ne pouvait probablement rien faire, mais d’autres journalistes remplissent parfois leur devoir d’assistance à une personne en danger, comme tout autre citoyen.Certains reporters avaient toujours rêvé de couvrir des conflits.En revanche, la guer- re ne faisait pas partie des plans de Michel Cormier, de la SRC, mais celui-ci a cru de son devoir de se rendre en Afghanistan.«Ça changé ma façon de voir et de pratiquer mon métier.J’en suis venu à me dire que la seule justification que nous avons comme journalistes, c’est d’être Danielle Laurin’ PROMETS-MOI QUE TU REVIENDRAS VIVANT Ces reporters qui vont à la guerre humain, de respecter les gens qui souffrent, qui sont dans la misère», dit-il.Il ajoute: «On a la responsabilité de rester vivant.Un journaliste mort ne sert à rien.» Le grand photoreporter Patrick Chauvel compare les risques de son métier à ceux que prend un coureur automobile: «On peut être tué pour une photo, mais on ne meurt pas pour une photo.» Un reporter peut-il changer les choses?«On ne peut pas accélérer les choses, [.] mais il faut accepter que nous, journalistes, nous contribuons de façon très modeste à créer ce qu’on appelle l’opinion publique et à faire avancer les choses», répond Sarah Daniel.Le Devoir PROMETS-MOI QUE TU REVIENDRAS VIVANT Danielle Laurin Dbre Expression Montréal, 20f 0,198 pages Une berceuse pour Haïti LOUIS CORNELLIER Le 12 janvier 20f0, le pçète haïtien Rodney Saint-Eloi, fondateur des éditions Mémoire d’encrier, est à Port-au-Prin-çe pour participer au festival Etonnants voyageurs.Il est heureux de pouvoir enfin se «fondre dans ces paysages [qu’il a] laissés il y a dix ans pour aller vivre à Montréal».Cette visite le soulage un peu du tourment de «la mauvaise conscience d’être si loin et si peu présent dans le combat pour le changement au pays natal».En fin d’après-midi, il mange au restaurant de l’hôtel Karibe avec Dany Laferrière quand, soudainement, tout se met à bouger autour d’eux, quand la terre fait «goudou-goudou», selon le terme haïtien désormais utilisé «pour nommer, par les sons, les vacillements et les balancements, la terre qui a tremblé».Trente-cinq secondes plus tard, tout s’est effondré.Haïti, kenbe la! (qu’on peut traduire par «Haïti, tiens bon!» ou «Haïti, redresse-toi!») ra- conte les minutes, les heures et les jours qui suivent.Survivants du séisme, Saint-Eloi et ses amis partent alors en quête des vivants et des morts.«Nous sommes chanceux d’être debout, écrit le poète.Nous regardons les autres avec une distance coupable.Nous avons la posture du spectateur.Celui qui documente.Celui qui constate les dégâts.» Habité à la fois par la stupéfaction et la douceur, ce récit au ton évocateur et poétique donne une épaisseur humaine à la catastrophe — des gens se mariaient, des amants adultérins s’aimaient, des enfants revenaient de l’école quand tout a tremblé —, revient au passage sur les grandeurs et misères de l’histoire haïtienne (l’indépendance, Duvalier, la ségrégation qui engendre la violence) et critique le vide institutionnel actuel (peuple abandonné, président insignifiant porté sur la bouteille).«Aucune bouche de mensonge ne me racontera des sornettes, écrit Saint-Eloi, tant il est vrai Rodney SAINTÉLOI _ PflEfACE DE KHUiftA , __, I * ¦ 35 secondes et mon pays à reconstruire que l’histoire du pays depuis l’indépendance est une suite de séismes suivis de répliques régulières.» Haïti, kenbe la! ne veut pas tant expliquer la situation que la faire ressentir, partager.«J’ai écrit ce livre pour accompagner d’une berceuse ce cri goudou-goudou enraciné dans les entrailles de tous les Haïtiens, explique le poète.C’est une blessure avec laquelle ils seront obligés de vivre.» Sorte de reportage impressionniste qui est aussi un éloge de la culture comme nourriture essentielle, «car ce sont les histoires qui rassemblent les hommes», ce livre d’une douce et belle intensité évite les clichés d’usage reliés à ce drame et dit autant la «peur du mot demain» que la nécessité de se lever pour «remembrer le ventre flasque de la terre qui a tremblé».«Je ne crois pas avoir rencontré une personne aussi passionnée par son pays au point oû tout, un signe, un cri, une silhouette, un souvenir, n’importe quoi, débouchait inévitablement sur Haïti», écrit le préfacier Yas-ipina Khadra au sujet de Saint-Eloi.Haïti, pour se redresser, aura besoin que cette passion soit contagieuse.Collaborateur du Devoir HAÏTI, KENBE LA! Rodney Saint-Eloi Michel Lafon île de la Jatte, 20f0,272 pages SOULIERES EDITEUR soulieresediteur.corn FÉUCTTATIONS A ALAIN ULYSSE TREMBLAY FINAUSTE AU PRa DU COUVIRNEUR GÉNÉRAI Catégorie jeunesse Olivieri librairie Y^bistro Au cœur de la société Lundi 25 octobre 19 h 00 Entrée libre / réservation obligatoire Avec le soutien de la Sodée.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges ¦I À l’occasion de la parution aux Éditions du Boréal de Contre Harper Bref traité philosophique sur ia révoiution conservatrice n Causerie avec l’auteur Christian Nadeau animée par Laurent McFaiis Quelles idées guident les pratiques politiques des conservateurs ?Comment les valeurs d’une nouvelle droite s’imposent-elles à l’ensemble du pays ?Démocratie, équité, justice : le péril est-il inéluctable ?alain Ulysse tremblay le dernier
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