Le devoir, 17 novembre 2010, Cahier A
www.ledevoir.com LE DEVOIR des crivains Vol.ci N“261 ?LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 I,I0$+TAXES= 1,25 L’actualité vue par 33 écrivains Le Salon du livre de Montréal s’ouvre aujourd’hui.Pour l’occasion, Le Devoir propose une édition tout à fait exceptionnelle.C’est une grande première: trente-trois auteurs ont littéralement pris d’assaut le journal pour vous raconter les faits du jour, souvent avec une verve surprenante.Que des écrivains dans le journal d’aujourd’hui, de la première à la dernière page.Ils ont revu pour vous l’actualité, sous diverses formes, afin de montrer, une fois de plus, à quel point l’univers du livre est important pour Le Devoir.Le bonheur de la littérature, nous le partageons en effet tous les jours avec nos lecteurs.Nous sommes d’ailleurs le seul quotidien francophone à offrir chaque fin de semaine un véritable cahier entièrement consacré aux livres.Pour ce numéro très spécial d’aujourd’hui, chaque écrivain a été jumelé à l’un de nos reporters.Vous avez entre les mains un hommage que Le Devoir tient à rendre à la littérature! Rendez-vous à notre kiosque du Salon du livre, stand 433.- Roland- Yves Carignan, directeur de l’information Vaillancourt, un maire indigné Le maire de Laval menace de poursuivre ceux qui l’accusent de tentative de corruption CAROLINE ALLARD Alors que plusieurs chroniques de maires indignes secouent le Québec ces dernières semaines, c’est un maire indicé qui s’est présenté au point de presse organisé hier après-midi à l’hôtel de viUe de Laval.Gilles VaillancourL maire de Laval depuis 1989, a déclaré n’avoir jamais offert de l’argent à un candidat ou à un élu d’un quelconque parti provincial.VOIR PAGE A 12: VAILLANCOURT ¦ Dénoncer ou se taire?, page A 3 ¦ L’éditorial de Bernard Descôteaux, page A 10: Troublant ! ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR A l’hôtel de ville de Laval, hier, Gilles Vaillancourt a affirmé devant la presse n’avoir rien à se reprocher.n CULTURE Prix littéraires pour Kim Thùy et Perrine Leblanc ¦ A lire en page B 9 INDEX Actualités.A3 Annonces.B 4 Avis publics.B 6 Carrières.B 5 Culture.B 9 Décès.B 4 Economie .B 1 Éditorial.A10 Idées .AU Météo.B 6 Monde.B 6 Mots croisés.B 6 Sudoku.B 6 Télévision.B 8 La tare de l’Assassin Une exposition d’œuvres d’art est consacrée à Assassin’s Creed, l’un des plus populaires jeux vidéo au monde ROBERT SOUDIERES / Ecrire le mot «assassin» en anglais ou en français, c’est déjà un exploit en soi, surtout pour les enfants de la réforme: asaçin, assasaint ou hasassceint?Enfin, je vous épargne les multiples appellations incontrôlées pour vous parler d’une exposition d’œuvres d’art liées au troisième opus de la série Assassin’s Creed produite par Ubisoft-Montréal.Il faut savoir, même quand on ne le savait pas comme moi, qu’il y a eu dvdiA Assassin’s Creed 3, lancé officiellement hier, un tome 1 (en 2007) efi eh oui, aussi un tome 2 (en 2009), c’est dans l’ordre des choses.L’exposition présentée à la galerie Yves Laroche VOIR PAGE A 12: ASSASSIN SOURCE UBISOFT Ezio, l’un des personnages du monde d’Assassfn’s Creed, objet d’une exposition à Montréal.Le Québec discrimine les médecins étrangers Les universités, le ministre de la Santé et le Collège des médecins blâmés MICHELINE LACHANCE La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a beau mettre des gants blancs, les conclusions de son enquête sont troublantes: au Québec, les médecins diplômés à l’étranger sont victimes de discrimination.Avec pour résultat que des candidats dont la compétence a été reconnue par le Collège des médecins du Québec sont recalés à l’étape ultime d’un véritable parcours du combattant.L’enquête a débuté il y a trois ans devant le refus des facultés de médecine d’offrir les postes VOIR PAGE A 12: MÉDECINS Un poème de Fred Pellerin pour la photographe Catherine Pachowski ¦ À lire en page B 11 ?Paul m Devoir: une BD de Michel Babagliati ¦ A lire en page A 8 ?Yann Martel parle des livres de sa bibliothèque ¦ En baladodiffusion sur ledevoir.com RETÈME2 CET ASCEMSEUR/ K Gambard E! CLASSIQUE DE LA MONTRE LA DATEJUST II Vente et service technique 630-A RUE CATHCART, CENTRE-VILLE MONTRÉAL (514) 866-3876 t ROLEX ROLEX.COM 77831302382447 r Robinson Crusoe?Non, Maria Chapdelaine, Le Déserteur et un traité sur la solitude.Dp Reuaud-Braycom * MA LIBRAIRIE COUP DE CŒUR LE DEVOIR, LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 A 3 Yves-C.Gagnon Les problèmes organisationnels www.pum.umontreal.ca ACTUALITES RVM’J fréquence J cP RADIOVM.COM Le Devoir des ©crivains Le grilleur de cacahuètes David Homel Au grilleur de cacahuètes, on ne demande pas de fouiller dans ses poches.Selon un ami africain, c’est un proverbe du cru, et ce petit bout de sagesse folklorique pourrait aussi bien s’appliquer à nos électeurs qui ont l’habitude du scandale.L’abus du pouvoir ferait partie de l’exercice du pouvoir.Cynisme?Realpolitik?Sommes-nous vraiment surpris en tant que corps politique par les dernières révélations, et par leurs réfutations presque automatiques?Et si nous ne sommes plus scandalisés par le scandale, qu’est-ce que ça dit sur notre société?Qui entre nous oserait fouiller dans les poches du grilleur de cacahuètes?«Choqué, mais aucunement surpris.» Voilà comment Robert Bordeleau, du Parti au service du citoyen, défait par Gilles Vaillancourt aux dernières élections à Laval, a décrit son état d’âme.Un corps, physique ou politique, qui reçoit des coups répétés finit par s’y habituer.C’est peut-être le plus grand mal de ces politiciens qui trompent le public: celui de le rendre insensible.«Cosi fan tutti», comme on dit à l’opéra — tous le font.Il n’y a donc pas de politique propre?Qu’on soit clair dans cette histoire: malgré les apparences du moment, avec les déboires du gouvernement de Jean Charest, aucun parti politique n’a le monopole de la corruption.D’ailleurs, dans des municipalités où la corruption est censée régner, on ne peut parler de parti politique proprement dit.Mettez-vous dans la tête d’un personnage politique comme Vincent Auclair (Parti libéral) ou bien Serge Ménard (Parti québécois) qui se serait vu offrir une enveloppe (brune ou blanche, bien dodue ou svelte, le principe est le même).Bien sûr, vous refusez, et puis après?Vous repartez, vous faites votre chemin, avec une petite tache sur la conscience que n’efface pas le silence.Au cinéma, ça s’appelle «l’omertà», ce silence.Aujourd’hui, à la suite des déclarations de ces deux messieurs, nombreuses sont les voix qui s’élèvent, tant des hommes et des femmes politiques que des citoyens, pour reprocher à Ménard et Auclair de ne pas être allés à la police pour rapporter les tentatives de corruption.Pas si facile.H aurait fallu que Serge Ménard et Vincent Auclair acceptent l’enveloppe, courent au poste de police avec l’argent à la main, et ensuite, ç’aurait été la parole de l’un contre celle de l’autre — ce qui est tout à fait le cas à la suite du démenti de Gilles Vaillancourt.Le genre de débat qui éclabousse les deux côtés.De toute manière, il est toujours plus facile de se confesser longtemps après la faute — commise ou refusée —, comme dans le cas de Serge Ménard qui a attendu dix-sept ans après le «jour de l’enveloppe», soit longtemps après le délai de prescription qui rend toute poursuite criminelle impossible.Et Vincent Auclair pourrait remercier Serge Ménard de lui avoir ouvert la porte du confessionnal — après le délai de prescription, lui aussi.Mais dans la vie, politique ou personnelle, les actes de pureté de conscience sont plutôt rares.Quand on a questionné Pauline Marois sur l’attente de Serge Ménard, elle a dû reconnaître que même ses alliés connaissent des faiblesses et des hésitations humaines.Et les noms s’accumulent.Si vous avez Internet, vous êtes habitué à recevoir des pétitions à «signer», et cela, par vagues successives.Pour la liberté des femmes afghanes, pour la liberté des pratiquants du Palun Gong en Chine, pour la liberté de.Vous voyez le genre.Signer une pétition papier exige peu de courage politique, au moins dans notre société, et signer en ligne en exige encore moins.Justement, les pétitions qui circulent dans le cyberespace sollicitent souvent un appui pour des causes du style «personne n’est contre la vertu».Ici, en Occident, qui pourrait être contre la liberté des femmes alghanes?Et bien sûr, comme toute information qui circule sur le Net, une pétition est sujette à questionnement.Adresse électronique bidon, noms inventés, c’est possible lorsqu’il s’agit d’une pétition électronique.H y a quelque chose de fugace dans tout cela.Et faire de la politique par le Net, ce n’est pas s’impliquer pleinement, physiquement.Les grandes manifestations que nous avons vues à Montréal (contre la participation du Canada à la guerre en Irak) et à Québec (lors du Sommet des Amériques) ont exigé l’implication physique de centaines de milliers de personnes.Ça, c’est faire de la politique.Cliquer sur un icône sur un écran, chez soi, c’est du jeu.La pétition ne devient intéressante que dans la mesure où, selon les règlements de l’Assemblée nationale, le gouvernement est obligé d’y répondre.Si une réponse satisfaisante ne vient pas, ce qui est probable, que vont faire ceux et celles qui ont cliqué sur l’icône?Rester assis sur leurs fesses ou se lever pour faire de la vraie politique?Né à Chicago en 1952, David Homei vient d’une famiiie russe hébraïque et a vécu aux États-Unis, en France et au Canada.Écrivain mais aussi traducteur, ii a reçu en 1995 ie Prix du Gouverneur générai pour sa traduction de Comment faire l’amour avec un n^ire sans se father.Présumée tentative de corruption à Laval Dénoncer ou garder le silence ?«Ça peut t’aider, c’est dur, une campagne électorale», aurait dit le maire Gilles Vaillancourt à Vincent Auclair en lui tendant une enveloppe blanche GILLES PELLERIN Québec — Bureau, tiroir, enveloppe: le scénario de la tentative de corruption semble simple et même expéditif.C’est celui que le député de Vimont, Vincent Auclair, décrivait hier matin en point de presse à l’Assemblée nationale.D’autant plus expéditif que celui qui était candidat libéral à l’élection partielle de 2002, au moment où il a fait l’objet de telles manœuvres, refuse même de prendre connaissance du contenu de l’enveloppe «blanche» que lui tend alors le maire de Laval, (Ailles Vaillancourt, lors d’une rencontre à l’hôtel de ville: «Ça peut t’aider, c’est dur, une campagne électorale», lui aurait dit le maire.Scénario connu, à vrai dire, au moins depuis la veille quand Radio-Canada a révélé, au terme d’une enquête d’un an, que dans des circonstances similaires, le candidat pé-quiste Serge Ménard à l’élection complémentaire de 1993 dans La-val-des-Rapides avait reçu une offre de même nature de la part du même maire.Offre chiffrée cette fois: 10 000 $, en petites coupures, ce qui enfreint la loi — le nom des donateurs d’une somme maximale de 3000 $, versée par chèque, doit figurer au registre des contributions électorales.La nervosité était palpable à l’entrée du caucus libéral précédant la période de questions.Il y a des offres qu’on ne peut dénoncer, semble-t-il.Sur ce point aussi les témoignages de Ménard et d’Au-clair sont similaires: en refusant l’enveloppe, ils se sont l’un et l’autre privés d’une preuve cruciale.Dénoncer, c’était aussi entrer dans une forme de combat singulier, sur le mode «parole contre parole», situation dans laquelle un néophyte craint spontanément de ne pouvoir faire le poids.A l’entrée du caucus, le whip libéral Rerre Moreau n’a pas condamné son collègue Auclair.Ce dernier, contrairement à ce que prescrit son chef depuis des mois, n’a pourtant pas pris contact avec les enquêteurs de l’escouade Marteau avant hier matin.Quant au premier ministre Jean Charest, il a semblé prendre ses distances d’avec son député de Vimont: «Je lui laisse le soin d’expliquer pourquoi il n’en a pas parlé avant.» Chose certaine, devant une telle tentative de financement illégal, la réaction de Guy Ouellette (Chome-dey), ancien policier, aurait été clai- A MATHIEU BÉLANGER REUTERS Le député de Vimont, Vincent Auclair, lors de son entrée à l’Assemblée nationale.Il dit avoir refusé une tentative de corruption du maire de Laval, Gilles Vaillancourt, alors qu’il était candidat libéral à l’élection partielle de 2002.re: «J’aurais dénoncé sur le champ.» Joint par Le Devoir, un autre ancien député de la région de Laval, Joseph Eacal, prône la prudence «à partir du moment où le maire nie».Et lui, ancien député de Labre, le puissant maire a-t-il essayé de le soudoyer?H éclate d’un rire sonore: «Je n’étais pas assez important, je n’ai pas eu droit aux mêmes égards!» Le danger n’en existait pas moins, s’agissant de celui qu’on qualifie parfois de «roi de Laval», s’il faut en croire Lise Bacon, ancienne ministre libérale et notamment responsable de la région de Laval au tournant des années 90.Le Devoir, en 2008, révélait qu’elle avait mis en garde la députée Michèle Courchesne, la trouvant trop proche du maire.Mme Courchesne a rétorqué hier que Mme Bacon erre et qu’elle n’est pas une proche de Vaillancourt.Période de questions En Chambre, l’opposition officielle a réclamé pour la énième fois une commission parlementaire sur l’industrie de la construction, requête réitérée à peu près dans les mêmes termes par le chef de l’Action démocratique du Québec, Gérard Deltell.Aux yeux de la chef du Parti québécois, Pauline Marois, le Québec traverse une «crise institutionnelle grave».Comme il était à prévoir, le gouvernement reste inflexible.Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a souligné à plus d’une reprise le défaut d’une enquête publique: accorder l’immunité à ceux qui témoignent devant elle.En revanche, la police possède le pouvoir d’étayer des accusations qui amènent les coupables «en prison».Il annonce d’ailleurs l’addition de «quinze effectifs» [sicl au coût de 2,4 millions.Le gouvernement restera sourd à la demande de mise en tutelle de Laval (où le ministère des Affaires municipales mène déjà une «révision» administrative) que lui adresse l’opposition.Pendant ce temps, à Ottawa, les conservateurs réclament la démission de Serge Ménard, maintenant député du Bloc québécois, qui a gardé le silence pendant 17 ans sur l’offre d’argent que le maire Vaillancourt lui aurait faite.«Une telle attitude irréfléchie le rend inapte à exercer ses fonctions de porte-parole [de son partil en matière de justice», a affirmé aux Communes le député conservateur Steven Blaney.Une demande que le leader parlementaire du Bloc, Pierre Paquette, a qualifiée de «ridicule».De son côté, le premier ministre Jean Charest fait face à la même demande de démission: la pétition électronique qui l’exhorte à quitter son poste comptait hier, au moment d’écrire ces lignes, plus de 111 000 signataires.Né en 1954, Gilles Pellerin est l’auteur d’essais et de nouvelles.Il a été reçu à l’Académie des lettres du Québec en 2007.Dernier ouvrage paru: Où tu vas quand tu dors en marchant?Un théâtre, une ville, avec Phlippe Mottet et Chantal Poirier (L’instant même).Audiences du BAPE Gaz de schiste : la rentabilité et la d’emplois sont remis en doute création GEORGES-HEBERT GERMAIN L> idée de garder au Québec 2 milliards de dol-' lars en exploitant nos gaz de schiste plutôt que d’en importer est un leurre.C’est ce qu’affirmait hier, aux audiences du BAPE sur les gaz de schiste, Pierre Batelier, un chercheur qui enseigne à HEC Montréal la responsabilité sociale des entreprises.«Si la facture de 2 milliards de gaz naturel disparaissait de la balance commerciale du Québec, soutient Batelier, elle ne disparaîtrait pas pour autant des dépenses des ménages, des institutions, des commerces et des industries qui continueront à faire les mêmes chèques à des entreprises toujours essentiellement étrangères.Par contre, nous aurons donné à ces entreprises des “daims”, droits exclusifs d’exploration et d’exploitation, sur une grande partie du territoire habité sans qu’aucune autorité locale n’ait de droit de veto sur un tel projet.» On aura tout invoqué, hier, au cours de ces audiences du BAPE, et sur tous les tons: les recettes fiscales à la baisse, la création d’emploi à la hausse, les impacts désastreux sur l’environnement, la détresse des aînés, le désarroi des tout-petits, les faramineuses retombées économiques.On a rappelé que la terre était fragile, que le Québec était le plus beau pays du monde.On a reproché aux commissaires d’être biaisés, sourds, impuissants.On s’est furieusement inquiété de l’avenir.On s’est ému du sort des chevaliers cuivrés du Richelieu qui, déjà menacés, pourraient être éliminés si jamais les fameuses eaux de fracturation entraient dans le lit de la rivière.On aura également, lors de ces audiences, manifesté de diverses manières une forte opposition à deux des arguments majeurs qu’invoque l’in- La FTQ a précisé que l’exploitation doit se faire, d’abord dans le respect de l’environne- dustrie gazière pour justifier l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste.Des citoyens, des municipalités, divers organismes écologiques, religieux, ont nié, comme Batelier, la rentabilité économique globale et la création d’emplois rémunérateurs.Personne ne doute que l’industrie créera des emplois locaux, mais ce seront des emplois indirects, jamais stables, ni durables, ni bien rémunérés.ment.et surtout pas tout de suite La FTQ méfiante Dans ce contexte, les travailleurs du Québec auraient peu à attendre des gaz de schiste.Et la Eédération des travailleurs du Québec, qui se présentait hier devant le BAPE, a sans doute de bonnes raisons de craindre que les exploitants des gaz de schiste importent, soit d’Alberta, soit des Etats-Unis, non seulement du matériel et des technologies, mais également des travailleurs spécialisés.Après avoir rappelé que la ETQ croit à une économie forte et un Québec créateur de richesse et qu’elle est, par conséquent, en faveur de l’exploitation des gaz, Michel Arsenault, son président, a précisé que cette exploitation doit se faire, d’abord dans le respect de l’environnement.et surtout pas tout de suite.«Rien en ce moment ne nous assure qu’il est possible d’exploiter les gaz sans faire de dégâts.Nous souhaitons donc que le gouvernement impose un moratoire, le temps d’évaluer l’ensemble du dossier.» Bien qu’il estime qu’une nationalisation ne pourrait se faire qu’au détriment du Trésor public, M.Arsenault croit qu’une «réappropriation nationale» s’impose et que le gouvernement doit être actionnaire des permis d’exploitation qu’il délivre.Il ajoute enfin qu’il faut revoir en profondeur la Loi sur les mines, qui date de 1883 et qui a laissé se mettre en place ce «free mining sys- tem» qui donne priorité sur les daims aux premiers arrivés.Ne pas toucher à la loi Quelques heures plus tôt, un tout autre son de cloche se faisait entendre depuis l’Abitibi.L’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ) diffusait en effet un communiqué rappelant qu’elle considérait que le gouvernement du Québec devait demeurer le seul et unique gestionnaire des ressources minérales de la province en conservant intact l’article 246 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme.«Si le schéma d’aménagement d’une ville comme Rouyn-Noranda avait priorité pour déterminer l’utilisation optimale du sous-sol, dit ce laconique communiqué, il y a de fortes chances que l’exploration et l’exploitation minière ne seraient plus permises sur une grande partie des failles Cadillac, Larder Lake et Destor Porcupine.» Actuellement, les mines et les hydrocarbures sont régis par cette même vieille loi, que l’Assemblée nationale est d’ailleurs en train de repenser.Si cette disposition demeure inchangée pour les mines, comme le désire l’AEMQ, elle pourrait se retrouver par voie de précédent dans la loi sur les hydrocarbures promise par Québec le printemps prochain.Cela irait à l’encontre des vœux du monde municipal qui, dans le domaine de l’exploration et de l’exploitation des gaz de schiste, ne pourrait plus exprimer librement la voix et la volonté des citoyens.En attendant, ceux-ci se font clairement entendre aux audiences du BAPE.Né en 1944 aux Écureuils, dans le comté de Portneuf, Geoiges-Hétert Germain a d’abord été journaliste pour plusieurs médias écrits et télévisés du Québec {L’actualité, Radio-Canada), avant de devenir scénariste, biographe et écrivain.Dernier ouvrage paru: La Fureur et l’enchantement, (Libre Expression). A 4 LE DEVOIR LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 Nouvelle certification pour les produits recyclés tion, devrait être mis en vigueur.Pour le moment, le pourcentage de produits recyclés n’est pas Pierre Arcand, le ministre du réglementé, mais il ne sera pas Développement durable, de nécessairement soumis à une norme, précise le ministre.Les entreprises seront cependant tenues d’afficher le contenu des matières recyclées qu’elles utilisent dans la fabrication de leurs produits.Le consommateur pourra ainsi connaître rapi- Le consommateur pourra connaître dement la vraie GEORGES-HEBERT GERMAIN I ierre Arcand, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, a annoncé hier que les produits à contenu recyclé bénéficieront prochainement d’une nouvelle certification.De cette mesure, on peut es- rapidement la vraie nature des produits mis en marché pérer un double effet d’entraînement.D’abord, les consommateurs et les acheteurs publics et privés pourront se procurer plus facilement et en plus grand nombre des produits certifiés à contenu vraiment recyclé.D’autre part, pour répondre à cette demande grandissante, les entreprises devraient s’empresser d’obtenir la certification de leurs produits.Elles auront tout intérêt à le faire à partir de janvier 2012, au moment où le programme de certification, précédé d’une campagne d’informa- nature des produits mis en marché.Une étude américaine réalisée en 2009 révélait que 98 % des produits fabriqués à partir de matières recyclées n’en contenaient parfois qu’un infime pourcentage.«C’est cela que, dans un premier temps, on veut éliminer, dit le ministre Arcand, soit le green washing, ou écoblanchiment.» Idéalement, les produits à recycler devraient au départ être plus homogènes, c’est-à-dire composés de matières de même nature.Pour l’instant, Québec n’a aucun projet de ce côté.E N BREF Deltell tient tête au «parrain» Le chef de l’Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, a refusé hier de se plier à la mise en demeure que lui a fait parvenir l’avocat de Jean Cha-rest.Le chef libéral réclamait du M.DelteU qu’ü s’excuse pour les paroles qu’il a prononcées lors de son discours au congrès de son parti samedi.Gérard DelteU avait qualifié M.Charest de «bon parrain du Parti libéral».M.Deltell a fait, hier, une brève déclaration sans répéter cependant sa référence au chef d’œuvre cinématographique de Erancis Eord Coppola, adapté du roman de Mario Puzo.«Non, je ne m’excuserai pas.Jean Charest ne réussira pas à imposer à mon endroit la loi du silence.Je veux dire aux Québécois qu’ils pourront toujours compter sur moi pour les défendre face à l’arrogance de la famille libérale.» - Le Devoir ACTUALITES Le Devoir des écrivains L’opposition veut une enquête sur les irrégularités à Procréation assistée Trois démissionnaires ont parlé hier de «dépenses inappropriées de fonds publics» CHARLES BOLDUC Intimidation, manque de transparence, irrégularités financières, remarques désobligeantes.Mais que s’est-il véritablement passé au conseil d’administration de Procréation assistée Canada (PAC), l’agence de surveillance des cliniques de fertilité?La question a été soulevée par la démission fracassante, plus tôt cette année, de trois membres du conseü d’administration, dont les témoignages attendus au Comité permanent de la santé ont eu lieu hier à Ottawa.Leurs anciens patrons ont au contraire soutenu avec insistance qu’il n’y avait aucun problème.Devant ce fossé, les députés de l’opposition ont demandé la tenue d’une enquête indépendante pour faire la lumière sur les problèmes de gouvernance à PAC.L’organisme a pour mandat de faire respecter la loi concernant les cliniques de fertilité canadiennes et leurs activités en appliquant une réglementation qui, en attendant une décision de la Cour suprême, n’a toujours pas été complétée par Santé Canada.D’ici là, l’organisme gouvernemental a donc les mains liées, engendrant des dépenses de fonctionnement qui avoisinent les 5 millions de dollars par année.En vertu d’une entente de confidentialité, Erançoise Baylis, bioéthicienne, Irene Ryll, mère de trois enfants et représentante des usagers des cliniques de fertilité, et Barbara Slater, pharmacienne, étaient jusqu’ici tenues de garder le silence sur les raisons de leur démission.' f -^e KACPER PEMPEL REUTERS L’organisme Procréation assistée Canada a pour mandat de faire respecter la loi concernant les cliniques de fertilité canadiennes et leurs activités.Qr, selon Mme Baylis, «le conseil d’administration appliquait une politique du secret excessive et qui n’était pas nécessaire, ce qui avait pour conséquence de saper la confiance du public».Cela est d’autant plus inquiétant qu’il s’agit d’un organisme gouvernemental, donc financé à même les impôts des contribuables.En écho à son ex-collègue, Barbara Slater fait état A’«une communication inadéquate au sujet du budget et de dépenses inappropriées de fonds publics».«Je n’ai pas démissionné pour des raisons personnelles insignifiantes, comme certains pourraient l’interpréter», a-t-eUe soutenu.Malgré des demandes répétées de sa part, elle n’a pu obte- CECI EST UN OBJET.PAS ELLE.VOUS N’AIMEZ PAS CE QUE VOUS VOYEZ?RÉAGISSEZ.Les publicités d’alcool sexistes vous hérissent ?Vous n’êtes pas seul.Et si vous voulez exprimer votre mécontentement, utilisez un moyen qui fera bouger les choses : plaignez-vous au Conseil d’éthique de l’industrie québécoise des boissons alcooliques.Faites-vous entendre.Pour porter plainte ou pour plus de renseignements : vvww.conseilethique.qc.ca info@conseilethique.qc.ca DE L’INDUSTRIE QUEBÉCDiSE DES BOISSONS ALCOOLIQUES nir aucune précision concernant le pourcentage du budget de l’agence consacré à la gouvernance.Elle a mentionné que «les demandes d’information concernant le budget rencontraient systématiquement de la résistance de la part de la présidente et, lorsque l’information était finalement offerte, elle était présentée sous une forme non orthodoxe ou non suffisamment détaillée».L’enveloppe allouée dans le budget 2009-2010 aux consultations externes, d’abord chiffrée à 368 000 $, a été ultérieurement modifiée sans tambour ni trompette à.1 722 300 $.Cet écart considérable n’a pourtant jamais été expliqué ni débattu au conseil.Problème ^stémique Les trois démissionnaires voient dans le fait que le président du conseil, John Hamm, ait encouragé ses collègues à communiquer verbalement plu- tôt que d’utiliser les courriels un indice de la nature systémique des problèmes de transparence à PAC.Lors des réunions, les procès-verbaux étaient réduits à une simple énumération des points abordés et, bizarrement, «chaque fois qu’un débat important devait avoir lieu, il était relégué à la téléconférence», a souligné Mme Baylis.Les trois femmes ont tout fait pour continuer, mais elles ne sentaient plus la possibilité de s’acquitter convenablement de leurs responsabilités.«J’en suis venue à la conclusion que le conseil d’administration était dysfonctionnel», a tranché Irene Rynn.Pourtant, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes du côté de la présidente de PAC, Elinor Wüson, et du président du conseil d’administration, John Hamm.«Tout va très bien à l’agence, c’est ce qu’a dit le président du conseil et je partage certainement cet avis», a affirmé Mme Wilson.Elanqués de deux membres actuels du conseil, ils ont réitéré la totale conformité de l’agence avec les règles gouvernementales.Selon Elinor Wilson, toute cette histoire est une question de divergence de perceptions.«D’aucune manière n’ai-je eu l’intention de manquer de respect envers un membre du conseil d’administration.» Charles Bolduc est l’auteur du recueil de nouvelles Les Perruches sont cuites, paru chez Leméac en 2006 et adapté au théâtre en juin 2010 dans le cadre du festival Fringe de Montréal.Après avoir délaissé la littérature pour un emploi lucratif à Ottawa, il replonge cet hiver dans la précarité de l’écriture.Congédié?Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Vieux Montréal 514.845.5545 t ROLEX Gambard Vente et service technique 630-A RUE CATHCART, CENTRE-VILLE MONTRÉAL (514) 866-3876 LE DEVOIR, LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 A 5 CHRIS WATTIE REUTERS Peter MacKay, Lawrence Cannon et Bev Oda ACTUALITES Le Devoir des écrivains Ottawa est optimiste pour Facte II afghan Cette nouvelle étape coûtera 2,1 milliards à l’État EDEM AWUMEY Ottawa — Fiction: imaginons l’Afghanistan en 2014.Trois ans, ce n’est pas si loin de nous, c’est demain.C’est court, assez pour se permettre de redessiner un Afghanistan sorti du tunnel.On peut le faire, à en croire le gouvernement conservateur, qui note de belles avancées et réalisations dans ce pays si complexe, si imprévisible.Imaginer.Mais comment se le permettre devant la dure réalité?L’optimisme — l’excès — serait-il ici im danger?Pas pour le gouvernement Car c’est sur une note optimiste que les ministres Lawrence Cannon, Peter MacKay et Bev Oda ont confirmé hier midi les éléments de l’acte 11 de l’engagement du Canada en Aighanistan.Celui qui fait passer la mission canadienne du combat à la formation.Cette nouvelle étape coûtera 2,1 milliards entre 2011 et 2014, selon les documents ministériels.Un budget consacré à l’entraînement et la formation des militaires et de la pobce afghane, à l’aide humanitaire et au soutien de différentes initiatives de consolidation des institutions afghanes.Comme annoncé lundi, des instructeurs demeureront sur le sol afghan pour remplir cette mission.Ils seront déployés à Kaboul, loin de la zone chaude de Kandahar.Le gouvernement établit quatre grands axes à cet acte 11: investir dans l’avenir des entants et des jeunes Afghans (santé et éducation); renforcer la sécurité et la primauté du droit et des droits de la personne; promouvoir la diplomatie à l’échelle régionale et fournir une aide humanitaire aux Afghans.Vaste projet.Mais comment, dans le contexte actuel de l’Afghanistan — résistance talibane, attentats, corruption —, s’assurer que ces 2,1 milliards ne seront pas dépensés en piue perte?Le gouvernement fait le pari que le travail accompli depuis près de dix ans finira par porter des fruits durables.Hier, il citait plusieurs réalisations pour illustrer les avancées du dossier: réfection du barrage Dahla, déminage, augmentation du taux de scolarisation, parrainage du microcrédit.Des résultats encourageants, a lait valoir la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda.Pas de combats?Mais Ottawa reconnaît qu’il y a encore beaucoup du travail à accomplir.La situation afghane de-meiue ultracompliquée, sur tous les fronts.Dans ce contexte, est-il possible de garantir qu’il n’y aura aucun engagement militaire?Que les partenaires de l’OTAN — qui ont fait pression siu Ottawa poiu que le Canada garde des troupes en Afghanistan après 2011, comme l’a reconnu M.Cannon hier — ne demandent pas plus tard un petit effort sur le terrain des combats armés?«On sait très bien que dans ce genre d’opérations-là, dès qu’on met le bras dans l’engrenage, on est amenés à se trouver dans des situations où il y aura nécessairement des combats», a indiqué hier Pierre Paquette, leader parlementaire du Bloc québécois.«C’est inévitable que nos soldats soient exposés à un conflit très dangereux, estime aussi le chef du NPD, Jack Lajfron, fortement opposé au maintien de soldats en Afghanistan.Ils vont former l’armée afghane aux techniques de combat.On ne peut pas séparer un rôle de combat d’un rôle de formation.C’est absurde.» Rappelons que siu ce sujet sérieux, le NPD et le Bloc Québécois ont demandé un vote à la Chambre des communes, ce que le gouvernement refuse.La population est elle aussi divisée sur le sujet: un sondage Harris-Decima publié hier indique que 48 % des Canadiens souhaitent que nos troupes rentrent à la maison après juillet 2011, alors que 42 % appuient l’idée qu’une partie reste poiu aider à l’entraînement des forces afghanes.Avec l’espoir qu’en 2014, l’Afghanistan ne soit plus le terrain miné d’aujoiud’hui.Né au Togo en 1975, Edem Awumey réside aujourd’hui à Gatineau, li est i’auteur de Port-Mélo (Gaiiimard), qui a remporté ie Grand Prix iittéraire de i’Afrique noire, et de Les Pieds sales (Boréai) qui iui a vain une séiection sur ia première iiste du prix Goncourt en 2009.Dernier ouvrage paru: Les Pieds sales.Harper, les écrivains et le monde Christian Nadeau Stephen Harper et ses acofytes sont très présents sur la scène internationale depuis quelques semaines: G20, APEC, Nations unies.Francophonie, et dans quelques jours, ce sommet de l’QTAN.Qr, les conservateurs ne croient pas trop à l’idée même de communauté internationale, ni non plus n’accordent de valeiu à nos obligations à son égard.Leurs idées poiu le moins arrêtées en matière de politique étrangère en témoignent Dans l’univers dualiste de Stephen Harper, de Jason Kenney, Peter MacKay et Lawrence Cannon, où s’affrontent le bien et le mal, la complexité des enjeux internationaux s’efface poiu laisser place aux seules luttes d’intérêts.Stephen Harper ne semble pas avoir suivi le conseil de Yann Martel.Lire les écrivains et intellectuels l’aurait obligé à nuancer ses prises de position ou ses choix politiques à l’étranger.11 préfère sa vision du monde à la leur.Le dossier chaud de l’heiue est celui de l’Afghanistan.Après s’être montré ferme au sujet du retrait des troupes canadiennes poiu 2011, notre gouvernement fait volte-face et annonce im prolongement de la présence militaire canadienne en Aighanistan, soi-disant en raison de la pression des gouvernements alliés membres de l’QTAN.Tout cela, dit-on, pour former les soldats afghans en vue de lutter contre le terrorisme et d’assurer la sécurité du pays.Harper ne mentionne pas si cette formation in-cliua des leçons de base sur les conventions internationales relatives au traitement des prisonniers.Difficile de prétendre à la formation des militaires quand on s’est soi-même longtemps refusé à rendre des comptes au sujet du transfert de prisonniers dont on savait qu’ils risquaient d’être torturés.Pour faire comprendre au gouvernement ce que signifie vraiment la torture, sous toutes ses formes, il faudrait lui faire lire le travail du politologue irano-américain Darius Rejali.Au dernier sommet du G20, en Corée du Sud, Harper annonce de nouveaux accords de libre-échange avec l’Inde, histoire de ne pas laisser Qba-ma accaparer seul ce vaste marché.Ce n’est pas Stephen Harper qui rappellera au premier ministre indien, Manmohan Singh, les cris d’alarme lancés par l’écrivaine et militante Arundhati Roy au sujet de la situation tragique du Cachemire.11 y a aussi, depuis une semaine, cette rumeur de la fermeture de plusieurs ambassades canadiennes en Afrique.Si Harper et Cannon avaient connu les oeuvres de Mongo Beti et celles de Mahmoud Messadi, leur serait-il aussi facile de fermer le Haut Commissariat du Cameroun ou encore l’ambassade de Tunisie?La littérature ne les empêcherait pas d’agir.Mais elle poiurait les inciter à plus de prudence.Elle permet de mieux comprendre la nature des liens culturels et linguistiques entre les peuples, et de là, de voir toute l’importance, entre autres, des relations universitaires du Canada avec les pays d’Afrique.Les conservateurs n’hésitent toutefois pas à s’engager lorsque cela correspond à leurs principes.En réaffirmant son soutien inconditionnel à Israël, au moment même où celui-ci poursuit la construction de nouveaux logements en Cisjordanie, il fait d’une pierre deux coups, tout en demeurant fidèle à la ligne de conduite qu’il a toujoius tenue jusqu’ici.D’une part, il répond aux critiques à la suite de l’échec de la candidature du Canada au Conseil de sécurité de l’QNU.Lors de son allocution de la semaine dernière à la conférence d’Qttawa siu la lutte contre l’antisémitisme, le premier ministre a dit avoir «payé le prix» de son soutien à Israël.De situation embarrassante au départ, le gouvernement y voit maintenant un sujet de fierté: un combat contre l’antisémitisme a un prix, et le Canada est heureux de le payer.D’autre part, ce que certains interprétèrent comme un revers de fortune pour notre gouvernement fut en fait l’occasion pour le premier ministre d’affirmer une fois encore son scepticisme à l’égard de tout ce qui pourrait ressembler à des principes de justice internationale ou de dialogue entre les nations.Seul compte à ses yeux le combat des «nations civilisées» contre ses ennemis.Dans son allocution d’Qttawa, Harper affirme quJsraël lait «l’objet d’une condamnation constante et ouverte» et qyf«il est de notre devoir à nous tous de nous élever contre la diabolisation» de ce pays.Reste à voir si toute position critique à l’égard dJsraël doit être perçue comme de l’antisémitisme.Les politiques agressives de Nétanyahou sont-elles vraiment favorables à l’épanouissement d’Israël?Ce n’est certainement pas la compréhension des choses que se font des intellectuels israéliens comme Gideon Levy ou encore palestiniens, comme Sari Nusseibeh.Qn se plaît à rêver d’un monde où les Harper, MacKay et autres Lawrence Cannon liraient les poèmes de Mahmoud Darwîch en même temps que les romans de David Grossman.Peut-être anafyseralent-ils alors le conflit Israélo-palestinien sans tomber dans le manichéisme réducteur dont ils se targuent?La culture des livres et du savoir est plus qu’un simple divertissement, qu’on salue à l’occasion en tenue de gala, coupe de champagne à la main.Des idées et des valeurs, les conservateurs n’en manquent pas.Ce qui leur manque, c’est d’être confrontés à celles des autres.Né en 1969, Christian Nadean est professenr an Département de philosophie de l’Université de Montréal.Son travail analytiqne et ses étndes en histoire portent entre antres snr les théories de la jnsUce pénale et de la démocratisation en contexte d’après-gnerre.Dernier onvrage parn: Contre Harper.Brefbaité philosophique sur la révolution œnseivatrice (Boréal).Dufo X FONDS DESJARDINS ENVIRONNEMENT DE LEADERSHIP EN INVESTISSEMENT RESPONSABLE VIRGINIE DUFOUR Gestionnaire de projet.Laval Récupère l'eau de pluie et veille à l'efficacité énergétique de sa maison ON DIT QU'ACHETER, C'EST VOTER Pour mes placements, j'ai choisi les Portefeuilles SociéTerre - Fonids Desjardins^*- pour faire valoir mes valeurs aux entreprises et pour assurer un meilleur avenir à mes enfants.Seule, j'ai peu de poids, mais en joignant la force des Fonds Desjardins, je sais que ma voix est entendue.Pour obtenir plus de renseignements, rencontrez votre conseiller de Desjardins, votre expert en matière de placement.1 800 CAISSES fondsdesjardins.com Desjardins Coopérer pour créer l'avenir Les Fonds Desjardins sont offerts par Desjardins Cabinet de servioes f inanders inc, une compagnie appartenant au Mouvement Desjardins Les Fonds Desjardins ne sont pas garantis, ieur vaieur fluctue fr^uemment et leur rendement passé n’est pas indicatif de leur rendement futur.Un placement dans un organisme de placement collectif et l'utilisation d'un sen/ice de répartition d'actifs peuvent donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des fais de gestion et d'autres fais.Veuillez lire le prospectus simplifié des Fbnds Desjardins dans lequel le service de répartition d'actifs investit avant de faire un placement.* Bortefeuilles SociéTene - Fonds Desjardins est une maque de commerce propriâé de la Fédération des caisses Desjardins du Québec. A 6 LE DEVOIR LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 ACTUALITES Le Devoir des écrivains 3 OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR Richard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal, n’a pas tort lorsqu’il décrit l’actuel échangeur Turcot comme «une structure urbaine d’une autre époque».PERSPECTIVES Un autre long ruban de béton de trop Jean-Claude Germain Au Québec, un viaduc peut vous tomber inopinément sur la caboche.C’est arrivé! D’ailleurs, on s’y préparait depuis longtemps.Dans ma jeunesse, chaque fois qu’une voiture s’approchait d’un pont qui enjambait une route, on s’empressait de demander aux errfants de baisser la tête et de ne la relever qu’une fois la zone dangereuse franchie.Personnellement, j’ai été victime d’un rond-point contrarié, un peu comme ces centaines d’habitants de l’îlot d’habitation qui seront vraisemblablement expropriés pour, faire place au nouvel échangeur Turcot.A la fin des années cinquante, nous fréquentions la plus imposante,des stations caféiques de la bohème, L’Echouerie, à quelques pas de l’intersection des Pins et du Parc.La salle principale était immense, avec une mezzanine où l’on exposait des toiles, et à l’arrière, une sorte de verrière, où l’on pouvait manger dans une atmosphère plus intime.L’après-midi, avec ses joueurs d’échecs, ses liseurs,,ses scri-bouilleurs et ses dessinateurs, L’Echouerie était un endroit essentiel pour apprendre à perdre son temps.Puis, sans tambour ni trompette, l’édifice fut rasé pour faire place à une excroissance cimentée, une verrue urbaine, pour le plus grand malheur des piétons et des cyclistes.Après quelques années, le ciment de l’échangeur des Pins et du Parc donnait déjà l’impression d’avoir été coulé cent ans «une plus tôt.L’intersection devint un non-lieu qui ne poussait pas au suicide, mais à la mélancolie.Puis, il y a quelques années, la verrue disparut et l’intersection devint un carrefour convivial qui a redonné toute sa noblesse à l’avenue du Parc et à l’avenue des Pins, son envol vers la montagne, comme une phrase délestée de ses adjectifs juxtaposés et multiplicateurs.La circulation s’en portant mieux, on a pu se demander quel intoxiqué du ciment avait eu l’idée de faire compliqué quand on pouvait faire simple.Un futur dépassé Idchard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal, n’a pas tort lorsqu’il décrit Factuel échangeur Turcot comme structure urbaine d’une autre époque».La réalité est pire encore! C’est un échangeur du futur du passé.Un futur qui n’a plus rien de radieux.Un futur dépassé donc sans avenir.Pourquoi s’obstiner à faire revivre un ouvrage d’anticipation qui deviendra doublement obsolète dès son inauguration?Le monde imaginé et publicisé par la compagnie General Motors s’est évanoui avec la faillite et la déconfiture de sa génitrice.Ce qui était bon pour GM ne l’est plus pour l’Amérique! Il y a quelques mois, lors d’un colloque sur les autoroutes urbaines tenu à Montréal, John Norquist, ancien maire de Milwaukee et président du Congress of New Urbanism, déclarait devant les quelque 250 participants présents que la meilleure solution pour l’échangeur Turcot serait de le remplacer «par un réseau d’artères en surface, doté d’un rond-point, comme à Paris».Et d’ajouter que la nouvelle ten- Turcot est un échangeur du futur du passé, un futur qui n’a plus rien de radieux dance en Amérique du Nord est d’envoyer les autoroutes à la casse comme les vieilles voitures.Doit-on s’étonner que les nouveaux plans de réfection de l’échangeur émanent de Québec?Il est bon de savoir que la Vieille Capitale manifeste un goût immodéré pour le béton.C’est la ville où l’on compte le plus de kilomètres d’autoroute par habitant en Amérique du Nord.Je tiens l’information de l’ex-maire Jean-Paul L’Allier.Qn avait prévu qu’en 2000, Quebec City compterait un million d’habitants.Depuis, en dehors des heures de pointe, les autoroutes qui ceinturent la ville invitent les baladeurs solitaires à musarder au volant.Iden de tel dans le labyrinthe Turcot.Si on le redressait à la verticale, ce serait sans doute le manège le plus épeurant de tous les temps, avec sa pléthore de culs-de-sac et de sorties qui étamperaient ses usagers dans le mur ou les éjecteraient dans le décor.C’est une impression qu’on peut ressentir lorsqu’on l’emprunte, tard la nuit, par un soir de pluie sans lune.Mais passons aux mesures positives! Tous les concepteurs du village de troglodytes, attaché à la falaise qui longera le nouvel échangeur, seront invités à donner la conférence de presse justifiant la convivialité présumée de leur projet au parc Viger, où le tintamarre assourdissant de la circulation n’a d’égal que la morosité taciturne du ciment.Né à Montréal en 1939, Jean-Clande Germain est écrivain, dramatni^ et historien, li a écrit et mis en scène nne trentaine de pièces de théâtre, dirigé ie Théâtre d’Anjonrd’hni de 1972 à 1982.Dernier onvrage pam: La femme nue habillait la nuit Nouvelles historiettes de la bohème (Hnrtnbise).RECIT Quand Factualité rattrape ton passé et tes souvenirs JEAN-PIERRE CHARBONNEAU L> actualité a ceci de particu-' lier qu’elle ramène parfois à la surface des vieux souvenirs un peu dérangeants.A la fin du mois d’août dernier, celui que j’avais identifié il y a 36 ans comme étant l’auteur de l’attentat perpétré contre moi, le 1®" mai 1973, en pleine salle de rédaction du Devoir, Tony Mucci, était arrêté dans une camionnette blindée alors qu’il avait en sa possession un fusil de chasse au canon tronçonné, un pistolet à décharge électrique et un répulsif à ours.L’homme a été présenté alors comme l’un des membres les plus influents de la mafia de Montréal et les circonstances de son interpellation, comme un signe additionnel de la tension qui règne dans le milieu depuis l’arrestation du chef du clan sicilien, Vito Idzzuto, et d’une bonne partie de son état-major.Bien sûr, les journalistes n’ont pas manqué de rappeler mon affaire.Malgré cela, le 24 septembre, le juge Christian Trem- blay de la Cour du Québec l’a libéré sous caution en attendant son procès.Les deux Les détails des délibérations n’ont pas pu suspsects N’étant plus moi-même journaliste d’enquête depuis très longtemps, je n’ai jamais pu valider cette nouvelle version des faits.D’ailleurs, je ne sais même pas de quoi avait l’air cet autre personnage à l’époque de mon attentat.Un deal Quant à Tony Mucci, je l’ai vu pour la première fois plus d’un an après l’événement au Palais de justice de Montréal, alors qu’il accompagnait le n° 2 de la mafia locale, feu Paolo Violi, convoqué à comparaître devant le juge Dutil et ses collègues de la Commission d’enquête sur le crime organisé.En l’apercevant, j’ai eu immédiatement la sensation que j’étais devant mon agresseur.Je l’ai rapidement dit aux policiers qui enquêtaient sur mon affaire et, quelque temps plus tard, il était arrêté, interrogé et finalement inculpé de teqtative de meurtre.A l’enquête préliminaire, malgré les doutes normaux qui nous assaillent en de telles circonstances, je m’en étais tenu à ma première impression.Einale- menf au procès, Mucci s’était reconnu coupable à une accusation réduite: avoir fait feu dans l’intention de blesser! être dévoilés.En suivant l’histoire dans les médias, j’ai appris que le 21 décembre 2008, Mucci avait échappé lui aussi à un attentat.Des inconnus avaient tiré des coups de feu dans sa direction alors qu’il se trouvait dans un café de Saint-Léonard.Je ne me souviens pas si l’affaire avait alors eu des échos publiquement mais, en ce qui me concerne, je l’ai appris cet été.Et c’est seulement à ce moment que j’ai vu de quoi avait l’air le bonhomme aujourd’hui.Bien sûr, tout cela ne m’a pas laissé indifférent même si je ne nourris aucun désir de vengeance.Lui était dans le camp des gens contre lesquels j’écrivais tous les jours et moi, de l’autre côté.Nous étions jeunes et ambitieux tous les deux.Et puis, j’avais une autre raison de ne pas nourrir de haine.Il y a quelques années, mon vieil ami et mentor, le journaliste d’enquête aujourd’hui à la retraite Michel Auger, lui aussi victime de coups de feu d’un pé-greux, celui-là à la solde des Hells Angels, m’a révélé qu’une de ses sources du milieu lui avait confié que Tony Mucci n’est pas celui qui m’avait tiré dessus.Le coupable serait plutôt un copain de ce dernier qui, comme lui, est devenu depuis un personnage très influent du monde interlope.Mucci faisait-il partie de la petite équipe d’attaque?Je l’ignore.de l’attentat contre moi en 1973 ont finalement collaboré avec les Rizzuto La saison des GG : les couleurs de l’excellence LUS GG PRIX LITTÉRAIRES DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL 2010 bios et photos des lauréates et lauréats • commentaires des jurys • extraits www.conseildesarts.ca Conseil des Arts Canada Council du Canada for the Arts Vous devez consulter un spécialiste de la santé rapidement?Obtenez un rendez-vous en cardiologie néphrologie rhumatologie pneumologie endocrinologie dès aujourd’hui avec un interniste en clinique privée.Dr Philippe André Gilbert Clinique médicale MD-Plus 1100 Avenue Beaumont, bureau 301 Montréal (Québec) H3P 3H5 514-738-4445 - www.drgilbert.ca C’était un deal avec le procureur de la couronne, M" Eemand Côté, le beau-frère de mon futur chef politique, René Lévesque.L’avocat de la poursuite n’avait que moi comme solide témoin à charge, mais il avait beaucoup de preuves contre Mucci pour deux autres crimes graves dont il devait également répondre.Au total, pour les trois délits, le jeune truand a écopé de huit ans de pénitencier.Selon Michel Auger, en agissant ainsi Mucci a rendu un très grand service à son camarade de rue tout en augmentant sa notoriété et sa respectabilité dans le milieu.Soit dit en passant, les deux hommes sont devenus au fil du temps des personnages très puissants et très influents, dont les faits d’armes ont fait occasionnellement la nouvelle.Et la semaine dernière.La dernière en date concerne d’ailleurs mon «véritable» agresseur.Son nom a en effet été mentionné la semaine dernière dans la liste des nombreux individus associés par les journalistes de I?adio-Canada à la mafia montréalaise et ayant trempé dans les combines louches impliquant patrons et dirigeants syndicaux de l’industrie de la construction.Les reporters n’ont pas fait de lien avec mon histoire mais moi, évidemment je l’ai fait même si le doute persiste toujours dans mon esprit quant à la véracité des confidences de la source de Michel Auger.Cela dit en définitive, savoir qui m’a vraiment tiré dessus, il y a 37 ans, n’a pas grande importance.L’un et l’autre des deux «suspects» travaillaient à l’époque pour les mêmes grands patrons calabrais, les Cotroni et les Violi, et depuis, les deux semblent avoir bien réussi leur ascension en collaborant avec les nouveaux maîtres siciliens, les Idzzuto.Pour la suite, compte tenu des derniers événements, on verra bien.Reste que le plus utile aujourd’hui serait de connaître leur influence véritable ainsi que celle de leurs amis et associés dans les différentes affaires qui font la manchette depuis près de deux ans et qui perturbent grandement notre vie politique.En ce qui me concerne, la vérité complète reste à venir.Né en 1950, Jean-Pierre Charbonnean a été jonrnaliste an Devoir, dépnté pendant vingt-cinq -.À ans à i’Assembiée nationaie dn Qnébec sons ia bannière dn Parti qnébécois et coopérant en Afriqne.Dernier onvrage pam: À découvert (Fides). LE DEVOIR LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 A 7 ACTUALITES Le Devoir des écrivains Ce voile qu’on ne saurait voir Le colloque international «La démocratie dévoilée» aborde les enjeux de la diversité MONIQUE PROULX Le projet de loi 94 du gouvernement de Jean Charest, qui tente d’endiguer les eaux houleuses des fameux accommodements en introduisant l’obligation du visage découvert dans les services publics, est-il inutile, excessif, trop timide, inapplicable, ou toutes ces réponses?Ré-plique-t-il adéquatement aux enjeux modernes de la diversité, ou vient-il flatter dans le sens du poil la frilosité québécoise et l’islamo-phobie occidentale?Encourage-t-il la véritable égalité des femmes, ou provoque-t-il l’exclusion des plus vulnérables d’entre elles?La controverse est lancée, les mémoires contradictoires pieu-vent.Afin de rehausser le débat et de saisir l’étendue des enjeux sociaux que soulève ce projet de loi, le Centre de recherches interdisciplinaires sur la diversité au Québec (CRIDAQ) organise un colloque international, «La démocratie dévoilée», qui se tiendra à partir de demain, du 18 au 20 novembre, à l’Université Concordia.n n’est jamais nommé explicite-menL mais c’est bien entendu le voile musulman qui se voit cloué au pilori.On aime imaginer que le niqab va incessamment déferler sur la société québécoise et nous replonger dans la Grande Noirceur, lui qu’on retrouve sur la tête de trente citoyennes tout au MATHIEU BELANGER REUTERS Il n’est jamais nommé explicitement, mais c’est bien entendu le voile musulman qui se voit cloué au pilori.Sur la photo, une femme voilée assiste à l’étude du projet de loi 94 à l’Assemblée nationale.plus, qui doivent raser les murs en ce moment.Est-il ce symbole total de la servitude féminine?Est-il coupable surtout d’être musulman, face aux strings, talons aiguilles, corsets et autres Botox de l’asservissement occidentale-ment acceptable?Dans ce colloque, on parlera forcément du voile, mais pas question pour les organisateurs Chantal Maillé et Daniel Salée d’ajouter au vacarme en plaçant sur un ring des belligérants campés sur leurs positions exacerbées.«Nos conférenciers sont La pauvreté passe à la caisse express Moisson Montréal enregistre une hausse de 22 % de sa clientèle La plus grande banque alimentaire du Canada a 25 230 nouveaux utilisateurs NADINE BISMUTH Hier, au même moment où le prince William annonçait son mariage avec Kate Middleton, Moisson Montréal publiait ses statistiques pour l’année 2010.Contrairement à des noces royales, ces chiffres n’avaient rien de réjouissant.La plus grande banque alimentaire au Canada, qui approvisionne en denrées plus de 200 organismes communautaires dans la région de Montréal, a en effet enregistré une hausse de 22 % de sa clientèle par rapport à 2009, soit 25 230 nouveaux utilisateurs.C’est plus que ne pourrait accueillir le Centre Bell.Cette nouvelle clientèle porte à 140 697 le nombre de personnes qui ont recours aux banques alimentaires dans l’île de Montréal sur une base mensuelle.La ville de Trois-Rivières compte moins d’habitants que cela.La tristesse de ces chiffres se multiplie encore quand on note que, parmi les utilisateurs, le nombre d’enfants s’est accru de 35 % pour atteindre 53 465, soit assez de petits estomacs pour peupler environ 70 écoles primaires de la province.Ce qui inquiète aussi dans ces statistiques est l’apparition de clientèles inédites, laissant présager l’éclosion d’une nouvelle pauvreté.Ainsi, plus de 13 % des ménages qui se présentent aux comptoirs alimentaires ont pourtant des revenus d’emplois (ils ne sont donc ni au chômage, ni à l’aide sociale) et le nombre d’étudiants bénéficiant du programme de prêts et bourses a plus que doublé cette année parmi les utilisateurs.Pour ces derniers, il ne reste qu’à espérer qu’ils étudient en médecine et non en littérature.Le scénario Mais revenons à nos moutons.Selon Danielle Blain, de Moisson Montréal, la hausse de fréquentation des comptoirs alimentaires est le résultat de la crise économique.Bien qu’on ait sonné le glas de celle-ci l’année dernière, ses contrecoups sont palpables dans les ménages qui en ont fait les frais.Le scénario typique serait le suivant: 1- perte d’emploi en 2008; 2- premiers pas dans la précarité économique (chômage ou contrats occasionnels pour vivoter, recours abusif aux cartes de crédit, dégel des REER, emprunts divers); 3- épuisement de toutes ces ressources et début de la pauvreté.«Les gens s’endettent pour garder la tête en dehors de Veau, mais ça ne fonctionne que pour un certain temps, regrette Danielle Blain.Et si le glissement vers la pauvreté est un lent processus, le temps nécessaire pour s’eti sortir est encore plus long.» A cet égard, on note d’ailleurs une transition alarmante parmi les usagers des banques alimentaires: les familles bénéhciant du chômage ont chuté de 29 %, tandis que celles soutenues par l’aide sociale ont augmenté de 40 %.Ouste comme ça, il paraît que René Lévesque disait que les chiffres sont au journalisme ce que les poteaux sont aux alcooliques.) Parce que les dons de denrées n’augmentent pas aussi vite que la clientèle à laquelle ils sont destinés, les effets se traduisent nécessairement par une baisse du soutien offert à chacun des utilisateurs.Ainsi, en 2009, les sacs de provisions distribués contenaient 11 produits chacun, alors qu’en 2010, ils n’en contiennent plus que huit.Avec si peu d’articles, on passe à la caisse express au supermarché.Inutile de dire qu’avec Noël à nos portes.Moisson Montréal souhaite, en publiant ces chiffres, mobiliser la population et faire appel à sa générosité.Pour en savoir plus sur comment faire un don, visiter le www.moissonmontreal.org.Née à Montréal en 1975, Nadine Bismntli a remporté en 2000 le Prix des libraires dn Qnébec et le prix Adrienne-Choqnette ponr son recneil de nonvelles Les gens fidèles ne font pas les nouvelles.Dernier onvrage parn: Êtes-vous mariée à un psychopathe?(Boréal), (finaliste an Prix littéraire dn Gonvernenr général).des philosophes, des chercheurs, des penseurs venant de tous les coins du monde, souligne Chantal Maillé, professeure et chercheuse à l’Institut Simone de Beauvoir.Nous les avons sollicités pour qu’ils élargissent le débat et nous éclairent de leurs perspectives respectives.» Au cœur de la démocratie Dans les contextes hexagonal et belge où l’on vient de lé^érer pour restreindre — voire totalement soustraire au regard — le voile, éclairantes justement se- ront les communications de Na-cira Guénif-Souilamas, maître de conférences à l’Université Paris-Nord, auteure publiée et primée qui soutient que le voile n’est pas un obstacle à l’émancipation, ou de Corrine Torrekens, issue de l’Université libre de Bruxelles.On voudra aussi entendre, par la voix de Jackie Steele de l’LJni-versité Tohoku, comment le Japon, cette terre ancestralement tricotée serré, pense et vit la diversité, ou pourquoi la Grande-Bretagne a refusé d’emboîter le pas aux condamnations euro- péennes, avec l’anthropologue Homa Hoodlar.La conférence d’ouverture sera donnée par l’intellectuelle américaine renommée qu’est Wendy Brown, forte d’innombrables ouvrages sur les pièges et les illusions de la civilisation moderne.Beaucoup de femmes, on le notera, parmi ces hns esprits appelés à calmer les sangs et à redonner de la profondeur à un bouillonnement social marqué par l’émotivité.Ni les hommes ni les Québécois ne se trouveront en reste puisqu’un espace explicite sera réservé aux déhs de la loi 94, et qu’une table ronde de professeurs et de chercheurs unanimement masculins disséquera le livre lancé pour l’occasion: La Diversité québécoise en débat, collectif d’essais dirigé par Bernard Gagnon.Programme ambitieux et alléchant, titre joliment pertinent.«La démocratie dévoilée».Lorsqu’on lui en fait la remarque, à elle dont c’est justement la trouvaille, Chantal Maillé sourit modestement.«C’est précisément la question que ce colloque veut soulever: dans quel genre de démocratie souhaite-t-on vivre?Le Québec se targue d’étre une société pluraliste et ouverte aux autres, et voilà qu’on s’apprête à voter une loi qui contredit fondamentalement nos prétentions.» «Nous dérivons, résume abruptement son collègue Daniel Salée, chercheur au CRIDAQ et prolesseur en sciences politiques.D’ailleurs, chaque fois que nous nous disons “tolérants” comme si c’était une vertu, nous dérivons: la tolérance implique une relation de pouvoir et de domination, certainement pas une ouverture.» Daniel Salée pèse ses mots, sachant combien l’autocritique inquiète les Québécois.Quelques anges passent se faufilent entre les mailles de la laïcité ouverte.11 a finalement cette phrase dont on aimerait se souvenir.«J’aime le Québec.Je l’aime assez pour ne pas le croire si faible qu’il faille taire ses faiblesses.» Ça se passera donc à compter de demain à l’Université Concordia, majoritairement en anglais et sans traduction simultanée — faible budget et Concordia obligent.Dommage pour les unilingues francophones.Mais cela est un autre débat.iNée à Québec en 11952, Monique Proulx I est romancière, I nouvelliste et scénariste.Ses I œuvres lui ont valu de nombreux prix, dont le Prix des libraires du Québec en 1994 pour Un homme invisible à la fenêtre.Dernier ouvrage paru: Champagne (Boréal).ON CARBURE Â LA LinERATURE RADIO-CANADA PRÉSENTE LE SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL 2010.POUR CONNAÎTRE TOUTES NOS ACTIVITÉS SUR PLACE, CONSULTEZ RADIO-CANADA.CA/LIVRE. A 8 LE DEVOIR LE MERCREDI 17 NOVEMBRE 2010 Sombre mystère dans le voisinage cosmiqne La NASA dit avoir découvert un jeune trou noir; ce pourrait être une banale étoile à neutrons ACTUALITES Le Devoir des écrivains NICOLAS DICKNER Lundi midi, la nouvelle déferle sur Twitter: la NASA vient de révéler la découverte d’un «objet exceptionnel dans notre voisinage cosmique».L’objet exceptionnel est un trou noir.Un très, très jeune trou noir.Son histoire débute en avril 1979, alors que Gus Johnson, un astronome amateur du Maryland, armé de son modeste télescope, constate que la galaxie MlOO est anormalement lumineuse.11 transmet l’information à l’Union astronomique internationale et, en l’espace de 24 heures, on confirme la découverte d’une supernova, aussitôt baptisée SN1979C.Les supernovæ ne durent jamais très longtemps.Elles s’estompent et, au bout de quelques mois, il ne subsiste que des nuages diaphanes et froids.Seulement voilà, SN 1979C continue d’émettre d’étranges radiations, et il faudra attendre la mise en service de plusieurs télescopes à rayons X, dans les années 90, pour percer peu à peu le mystère qui niche là: un trou noir.Un trou noir ou peut-être, avoue-t-on, une étoile à neutrons.La nature de l’objet demeure incertaine.Repérer un trou noir pose un problème de taille.Comment détecter un corps céleste dont le champ gravitationnel est si puissant qu’il absorbe jusqu’aux radiations?L’astronome en est réduit à observer les radiations émises par l’environnement du trou noir.Non l’objet lui-même, mais le brouhaha ambiant.Le hic?C’est qu’entre la signature d’un trou noir et celle d’une étoile à neutrons, les différences sont subtiles.Si subtiles qu’il faut cumuler des décennies d’observation pour avoir un début de certitude.Alors, pourquoi annoncer un trou noir après douze petites années d’observation?Comme Britney Voyez-vous, peu de concepts scientifiques frappent l’imagination populaire comme les trous noirs.Ils occupent im coin privilégié de notre folklore scientifique, en compagnie du champignon atomique, de Neil Armstrong et du four à micro-ondes.Tiens, justement, Odile Tremblay m’interpelle de son bureau afin de me confier que les trous noirs revêtent, à ses yeux, un caractère métaphysique.Ou métaphorique.La salle de rédaction du Devoir bourdonne autour de nous.Sur un écran, Pauline Ma-rois donne une conférence de presse.11 s’agit, à vrai dire, d’un drôle de moment pour réfléchir aux trous noirs.Surtout à un très, très jeune trou noir.Pensez-y un peu: apparu en 1979, il serait à peine plus vieux que Britney Spears — ce qui, à l’échelle cosmique, représente bien peu de choses.La différence est subtile entre la signature d’un trou noir et celle d’une étoile à neutrons Voilà, d’ailleurs, un détail paradoxal.Les astronomes, après tout, vivent dans la longueur et la distance.Ils observent des phénomènes qui, bien souvent, dépassent le cadre d’une simple vie humaine.Alors, se passe-t-il vraiment quelque chose à l’échelle de Britney Spears?Tout à fait, selon Robert Lamontagne, directeur exécutif de l’Observatoire du Mont-Mégantic.Les supernovæ en particulier se transforment rapidement.Le nuage gazeux rejeté lors de l’e^qilosion cache d’abord la vue, mais il prend vite de l’expansion, s’amincit, et permet d’observer de plus en plus clairement ce qui se passe au centre.Dans le cas de SN 1979C, le spectacle est d’autant plus instructif qu’il se déroule dans notre voisinage.Le réconfort Je proteste un peu: voisinage n’est-il pas un mot fort?L’affaire se produit à 50 millions d’années-lumière d’ici.Non seulement ça ne se trouve pas dans notre galaxie, ça ne se trouve même pas dans notre amas de galaxies.11 appert, selon Robert Lamon-ta^e, que la notion de voisinage cosmique a bien changé depuis vingt ans.La mise en service de télescopes très performants, tels Hubble ou Chandra, permet désormais d’observer avec précision des objets qui, dans les années 80, ne nous apparaissaient que sous la forme de taches floues.Du coup, tout paraît un peu plus proche.La conférence de presse de Pauline Marois se poursuit, sur un écran, quelque part, et je songe combien il est réconfortant d’entendre parler un astronome.Je ressens chaque fois une espèce d’enthousiasme universel: rien, dans le cosmos, ne laisse un astronome indifférent.Robert Lamontagne, par exemple, ne semble aucunement troublé par la perspective que l’objet puisse être une banale étoile à neutrons plutôt qu’un trou noir.Pour tout dire, il paraît amusé à l’idée que l’on puisse qualifier une étoile à neutrons de banale.On ne peut pas lui donner tort.Tentez d’imaginer un corps céleste de la taille de l’île de Montréal, possédant une masse similaire à celle du Soleil, et tournant sur lui-même plusieurs dizaines de fois par seconde.Un objet moins médiatique que le trou noir, certes, mais pas moins exceptionnel.FA, f J Né à Rivière-du-Loup en 1972, Nicolas Dickner est écrivain à temps plein depnis bientôt dix ans et a pnblié denx romans: Nikolski et Tamac.Il signe chaqne semaine nne chroniqne littéraire dans l’édition montréalaise dn Voir.Dernier onvrage parn: Tarmac (Alto).VOüjJi MAIS LAISSEZ-Moi PASSER VOYONS.' FOULE iNOPÉfîANTE ' PLACEJ PLACE.' m P AVEC ce REP0RTA6E ©
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