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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2010-11-20, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2010 LITTERATURE Patrick Roy signe La ballade de Nicolas Jones Page F 5 AUTOBIOGRAPHIE Georges Bush, mémoire sélective Page F 9 SALON DU LIVRE DE MONTREAL SOURCE AFP Léon Tolstoï dans son cabinet de travail à lasnaïa Poliana en 1909, une année avant sa mort.Centenaire de la mort de Fauteur de Guerre et Paix l’anarchiste et le révolutionnaire Les célébrations du centième anniversaire de la mort de Léon Tolstoï, décédé il y a cent ans aujourd’hui, a beaucoup tourné jusqu’ici autour du curieux couple qu’il faisait avec Sophie Bers, une femme qui était sa cadette de seize ans et qui, avant d’être accueillie à lasnaïa Poliana, le vaste domaine qu’y possédait Tolstoï, ne connaissait rien de la campagne profonde.Et encore moins des frasques de celui qu’on considérait déjà comme étant un grand écrivain.Pour qu’elle sache vraiment à qui elle aurait affaire toute sa vie durant, Tolstoï força Sophie à lire le journal dans lequel il notait ses beuveries, son couraillage de galipote, sa misogynie et ses montées de lait libertaires.VICTOR-LEVY BEAULIEU Mais il lui cacha tout de même l’essentiel: le fait qu’il avait une maîtresse, fille de serf, d’une grande beauté, et qui l’aimait comme aimait en ce temps les filles de serfs, inconditionnellement.C’est quand Sophie l’apprit que les rapports entre elle et Tolstoï changèrent radicalement.Le fait que Tolstoï refusa d’abandonner sa maîtresse et d’autant moins qu’il aurait eu un enfant d’elle, rendit la prude et très catholique Sophie d’une jalousie qui tournait parfois à l’hystérie: impuissante à convaincre Tolstoï de fréquenter ce droit chemin qu’elle s’imposait, elle courait vers le vaste étang qu’il y avait derrière lasnaïa Poliana et s’y jetait pour que son mari vienne la sauver parce qu’elle ne savait pas nager! Leurs relations furent donc toujours celles d’un amour-haine qui ne fit que prendre des proportions carrément monstrueuses plus le couple avançait en âge.S’il était riche et salué comme un grand écrivain même en ses commencements, Tolstoï n’était pas quelqu’un d’heureux, il se détestait comme homme: «Je suis laid, gauche, malpropre et sans vernis mondain.Je suis irritable, désagréable pour les autres, prétentieux, intolérant et timide comme un enfant.Je suis ignorant.Ce que je sais, je l’ai appris par-ci, par-là, sans suite et encore si peu! Mais il y a une chose que j’aime plus que le bien: c’est la gloire.Je suis si ambitieux que s’il me fallait choisir entre la gloire et la vertu, je crois bien que je choisirais la première.» Voilà pourquoi Tolstoï ne pouvait pas se contenter d’être le grand romancier de la Terre russe: Guerre et paix et Anna Karénine, salués mondialement comme des chefs-d’œuvre, ne pouvaient à eux seuls combler ce besoin de gloire qui l’animait.Le romancier mettait peut-être un peu plus de beauté sur Terre, mais il ne changeait rien au cours des événements, il ne modifiait nullement le quotidien des choses.Autrement dit, la littérature pour Tolstoï ne représentait pas grand-chose si elle ne savait pas se montrer utile par-devers le plus grand nombre.C’est pour cette raison qu’il entreprit ce long voyage en Europe, dans le seul but d’y visiter les écoles, et particulièrement celles qui se réclamaient d’unç pédagogie révolutionnaire.A son retour à lasnaïa Poliana, Tol- stoï se fait maître de classe en s’inspirant des péripatéticiens grecs: l’éducation de l’enfant devait se faire en prenant la nature comme moteur premier d’enseignement: on se promenait donc souvent dans les bois, on y apprenait l’harmonie qui doit exister entre l’homme et son environnement; puis de retour en classe, on y faisait la critique de la société telle qu’elle était: une série de conventions vétustes, contradictoires, voire néfastes au développement de l’humanité.Le dénonciateur Tolstoï dénonça donc ep premier lieu la turpitude de l’Eglise chrétienne qu’il accusa d’être cannibale en faisant manger à ses fidèles le corps et le sang du Christ fl dénonça aussi le militarisme, antinomique aux valeurs défendues par les évangiles: «Le chrétien ne peut être militaire, c’est-à-dire assassin ; il ne peut être le valet de ces établissements qui se basent sur la violence et l’assassinat, le font sans preuves ni dissertations, mais en répétant seulement qu’il faut se battre, que c’est ainsi et pas autrement!» Seule solution pçur Tolstoï à la collusion Eglise-Etat militariste: cette désobéissance civile prônée par Henry David Tho-reau, et qu’il fait sienne: «Tho-reau refusa de payer les impôts qu’on exigeait de lui, ne voulant être ni l’aide, ni le complice de cet Etat qui légitimait l’esclavage.Pour cela, il fut mis en prison.» Tolstoï n’est pas naïf au point de croire que la conscience universelle est d’évolution assez rapide pour que la philosophie prônée par Thoreau devienne une réalité, prochaine: «Je ne dis pas que l’Etat et son pouvoir se détruiront, cela n’arrivera pas encore; dans la foule les éléments grossiers qui les soutiennent sont trop nombreux ; mais l’appui chrétien de l’Etat se détruira, c’est-à-dire que les violateurs cesseront de soutenir leur autorité par la sainteté du christianisme ; les violateurs seront des violateurs et rien de f lus.L’Etat, c’est la violence; l’Etat ne peut être chrétien, et l’homme qui veut être chrétien ne peut servir l’Etat.Tâchons donc de hâter cette fin.» VOIR PAGE F 2: ANARCHISTE l’Inconvénient no 43 revue littéraire d’essai et de création Disponible en kiosque et en librairie Abonnez-vous sur www.inconvenient,co LA CONDITION TOURISTIQUE François Taillandier Jean-Philippe Chartré Cari Bergeron Mathieu Bock-Côté Isabelle Daunais Aussi dans ce numéro Alain Roy David Dorais François Ricard Lakis Proguidis Gilles Marcotte RéJean Beaudoin Serge Bouchard F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2010 LIVRES Lire (et écrire) Tolstoï aujourd’hui Passionné par Tolstoï, Jay Parini est poète, écrivain et professeur à l’Université de Middlebury, dans le Vermont.Il signe Une année dans la vie de Tolstoï, publié en dix-sept pays.Ce récit des derniers moments du célèbre écrivain russe, envisagé de différents points de vues, est un roman historique exceptionnel.Pour Jay Parini, Tolstoï demeure un incontournable de la littérature, un nord magnétique pour les lecteurs comme pour les auteurs.CATHERINE LALONDE ET JEAN-ERANÇOIS NADEAU Il faut lire Tolstoï encore car il est des très grands auteurs, dans les mêmes rangs qu’Homère, Shakespeare, Dante et Victor Hugo.Il a inventé le réalisme moderne, au-delà même de Charles Dickens, qui Une année dans la vie Tolstoï est un roman cubiste, comme Picasso le définissait: une danse autour du sujet finalement écrivait des caricatures, des romans comiques à la vision exagérée.Tolstoï avait une vision absolue de la réalité.Il cherchait une façon d’écrire la fiction, de résumer, en sorte, le monde - et c’est une illusion mais il tentait d’écrire un monde qui serait semblable au mon- SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL SIGNATURES • STAND BORÉAL N° 512 SAMEDI 20 novembre « 14 h à 15 h 30 DIMANCHE 21 novembre • 14 h 30 à 16 h Æ w Louis HAMELIN LA CONSTELLATION DU LYNX «Le grand roman québécois de notre temps.» Martine Desjardins, L’actualité «Pour moi, c’est vraiment un chef-d’œuvre.» Lorraine Pintal Radio-Canada «Une formidable réussite littéraire.» Jean Barbe, Canoë (Un roman très intense, ambitieux, d’une lecture envoûtante.» Andrée Poulin Radio-Canada «Une réussite.» Marie-Claude Fortin Entre les lignes Roman • 600 pages • 32,95 $ Retrouvez-nous sur twitter et facebook Boréal www.editionsboreal.qc.ca Jay PARINI Une année dans la vie de Tolstoï I de réel, aussi complexe.» Pour Jay Parini, Tolstoï démontre ime rare compréhension de l’histoire.«Guerre et Paix n’est pas seulement un roman à personnages, à pions qui bougent sur le grand échiquier, mais un livre qui saisit les petits mouvements de l’histoire, et comment les vies individuelles interagissent avec les forces historiques.Tolstoï est encore pour moi l’auteur russe suprême du XIX‘ siècle.Et j’ose penser que Nabokov serait d’accord.» L’impact de Tolstoï serait-il sous-estimé?«Je crois que oui.On peut prendre en exemple certains auteurs américains contemporains, comme le jeune Jonathan Franzen et son best-seller Freedom qui réfère constamment à Tolstoï.Tolstoï est le repère pour les écrivains de .'*f romans réalistes.On peut nommer, du côté anglophone, Dickens et George Elliot, Herman Manville, F.Scott Fitzgerald, mais dans le portrait de la littérature mondiale, les racines du réalisme ramène à Anna Karénine, Guerre et Paix et La mort d’Ivan Ilitch.Des romans qui parlent des relations humaines, de la société au sens large et ses différents cercles.Après sa conversion, il touche à l’âme humaine, à la relation à Dieu et comment nous devons, finalement, vivre nos vies.» Une année dans la vie de Tolstoï est un roman cubiste, comme Picasso le définissait: une danse autour du sujet.«Je parle de Tolstoï, du point de vue de six personnages qui rapportent tous la même histoire.Sa femme Sophia, sa jeune secrétaire, sa fille, son médecin, son éditeur, etc.J’ai invoqué plusieurs personnages, des perspectives différentes pour tenter de traquer qui était Leon Tolstoï, cet être très déchiré.Il faut se rappeler qu’après l’écriture de Guerre et Paix et rf’Anna Karénine, après sa conversion à sa bizarre et personnelle version du christianisme, il s’est mis à prêcher la chasteté et la pauvreté, des vertus qui n’étaient pas son fort.Il a eu treize enfants.Pour la pau-vr,eté, sa femme lui répondait “Ecoute, tu es comte, tu habites ce merveilleux domaine desservi par une trentaine de domestiques, des milliers de paysans travaillent sur ta ferme, cette maison seule est sur un terrain de 4000 acres et tu as une maison de ville à Moscou.Est-ce ça, ta pauvreté?” Toltsoï était noyé de contradictions, déchiré entre sa vision de la pureté d’un côté, sa vie, sa femme et sa famille de l’autre.» Etre complexe, profondément tourmenté comme le révèlent les pages de son journal, Tolstoï est sans cesse déchiré entre les circonstances de sa vie et ses idéaux.Jay Parini l’a bien saisi.Le Devoir TOLSTOÏ L’«hoinme-hiiinanité» né d’une nuit MICHEL LAPIERRE Il y a 100 ans, le 20 novembre 1910 (le 7 selon le calendrier alors en usage en Russie), mourut Léon Tolstoï.Deux mois plus tôt, il écrivait à im disciple encore obsciu: «Dès lors qu’on admet la violence dans certains cas, on reconnaît l’insuffisance de la loi d’amour, et partant on la nie.» Poiu lui, «la civilisation chrétienne» et «le socialisme» n’échappent pas à cette «contradiction interne» que peut résoudre, croit-il, son correspondant: Gandhi.Bien avant la révolution bolchevique de 1917, Tolstoï, grand propriétaire terrien, renie sa classe, puise dans la campagne russe et la pauvre paysannerie, près de laquelle il naquit en 1828, une lumière qui ne s’inspire pas servilement d’une doctrine allemande, comme le marxisme, mais de la sensibilité slave.Cela lui permet, en précédant Lénine, d’avoir une influence mondiale opposée à celle de ce dernier.Ses liens avec Gapdhi en témoignent.À l’avocat indien de 40 ans qui, à l’époque, défend en Afrique australe, au nom de la fraternité universelle et de la non-violence, ses compatriotes, minorité victime de ségrégation de la part des Blancs, et qui s’adresse à lui comme à un maître, Tolstoï répond: «Ce que vous faites au Transvaal, qui nous semble à nous le bout du monde, est un événement central, la plus importante des tâches à accomplir actuellement dans le monde.» Et dire que, chez l’écrivain russe, cette foi en l’humanité est celle d’im ogre! Voilà ce que montre Christiane Rancé dans son Tolstoï, admirable biographie intellectuelle dont le sous-tjtre se lit ainsi : Le pas de l’ogre.À propos de l’homme entier, elle explique: «Telle est sa nature d’ogre: il ne peut aimer, comprendre, croire que ce qu’il a dévoré, ingéré et assimilé par les sens — et la raison est son sixième sens.» Si Tolstoï s’attache au christianisme, le fouille, le dénude, c’est qu’il y discerne la religiosité fraîche des peuples slaves et la beauté de la terre russe qu’il étreint toutes deux, comme la paysanne que, jeune seigneur, il déshabillait en pleine nature.En 1860, il note: «L’idée m’est venue d’écrire un évangile matérialiste, la vie d’un Christ matérialiste.» Ce désir d’une curieuse religion sans dogmes, presque athée, jaillit en lui lors des obsèques de son frère aîné.Comme Christiane Rancé l’a si justement mis en relief, l’obsession de la mort et surtout la rencontre hallucinatoire du néant que Tolstoï fait une nuit de 1869 dans une auberge d’Arzamas, bomg de la région de Nijni-Novgorod, déterminent l’œuvre de l’écrivain et du penseur.Grâce aux correspondances esthétiques et philosophiques que la biographe lait ressortir, les nouvelles et les romans du créateur éclairent ses essais, son journal et ses lettres.Dans Guerre et Paix, André Bolkonski, blessé sur le champ de bataille, voit sa mort imminente comme une délivrance, un «réveil», mais dans Anna Karénine, Ihéroine éponyme quitte son mari pour son amant et finit par se suicider, car elle constate que ce dernier ne l’aime plus: «IA où finit l’amour commence le dégoût» Comment, dans ces deux fresques immenses de Tolstoï, la première publiée entre 1865 et 1869, l’autre entre 1873 et 1877, la mort a-t-elle pu passer d’ime aurq-re secrète à la fin la plus noire?À cause de la nuit d’Arzamas qui sépare la gestation des œuvres.La vision cauchemardesque du néant pousse l’écrivain à deve- nir le penseur qui épure la morale et la spiritualité jusqu’à leur extrême limite pour tenter d’en faire le bien intime de chaque individu autant que le bien commun de l’humanité entière, au-delà de toutes les cultures et de toutes les religions.En ce sens, rien ne résume mieux Tolstoï que la formule par laquelle Maxime Gorki le désigna: l’«bomme-bumanité».Et on ne trouve guère de plus lumineuse sjmthèse du tolstoïs-me que les mots du maîtçe lui-même, excommunié par l’Eglise orthodoxe russe en 1901, qu’il écrivit dans Confession (1879) : « ‘Tu es dans le mensonge et, moi, je suis dans la vérité” est la parole la plus cruelle qu’un homme puisse adresser à un autre.» L’anarchisme, le pacifisme, l’utopisme du penseur en découlent: rejet de l’inégalité sociale, de la peine de mort, de l’armée, de l’État, du mariage, de l’argent.Il ne faudrait pas oublier l’insistance de Tolstoï sur la fugacité des théories scientifiques, à ses yeux, futur «objet inépuisable de dérision et de pitié».Cette conviction annonce le refus du totalitarisme soviétique, système qui, créé après la mort de l’écrivain, prétendra se fonder sur la science.Boris Pasternak, premier des grands dissidents du communisme et admirateur de Tolstoï, évoquera, au sujet de celui-ci, «une originalité allant jusqu’au paradoxe, et qui ne ressemblait à aucune autre».Lorsqu’en 1971 un millier de jeunes Russes se rassembleront la nuit, près de Moscou, pour réciter des poèmes de Pasternak en signe de protestation contre le régime soviétique, leur douce folie sera tolstoiénne.TOLSTOÏ Christiane Rancé Les éditions du Seuil Paris, 2010,272 pages ANARCHISTE SUITE DE LA PAGE E 1 Non violence et philosophie de la peur Mais comment?Rejetant toute violence, Tolstoï écrit: «Ce qu’il faut faire, c’est l’accomplissement, simple, tranquille, vrai, de ce que l’on considère comme bien et obligatoire, tout à fait indépendamment du gouvernement, indépendamment de ce qui lui plaît ou non.Ou en d’autres termes: c’est la défense de ses droits non comme membre du Comité, comme conseiller municipal, comme marchand ou comme membre du Parlement, mais la défense de ses droits d’homme libre et raisonnable ; et leur défense non par les compromis, mais sans aucun compromis, comme peut être défendue la dignité de l’homme.» S’ils lisent peu ses ouvrages.Série de la Place des Arts LerStuJio ^ üMéraIrer Un espace pour les mots Lundi 13 décembre • 19 h 30 Au Studio-théâtre de la Place des Arts Kathleen Fortin lit Soifs Marie-Claire Blais Suprêmement émouvante dans les Belles-Sœurs, la comédienne plonge dans cette phrase au long souffle qu'est Soifs, dans cette voix pleine d'échos, dans ce chef-d'œuvre de compassion et d'attention au monde, d'écoute et d'humanité.laplacedesarts.com 5148422112/11 î842 2112 Entrée: 15 $* Étudiants: 10 $* *Taxes incluses.Une coproduction Les Capteurs de mots Place des Arts Le Studio littéraire est présenté grâce à Fappui financier de la Fondation de la Place des Arts les végétariens d’aujourd’hui ont fait de Tolstoï l’un de leurs héros.Ce que ces végétariens-là ignorent, c’est que Tolstoï cessa de manger de la viande tout sim-plement parce qu’il avait de mauvaises dents et qu’il préférait endurer les souffrances qu’elles lui donnaient plutôt que de rendre visite aux dentistes! Dans son Journal, Sophie Bers revient régulièrement sur le sujet et avoue devoir utiliser toutes sortes de stratagèmes pour que Tolstoï finisse par se faire soigner.Bien sûr, Tolstoï l’édenté fera une philosophie de sa peur et écrira: «L’homme peut vivre et se bien porter sans tuer pour sa nourriture les animaux.Evidemment, s’il mange la viande il contribue à l’assassinat des animaux pour le seul caprice de son goût, c’est immoral.» C’est cette attitude de non-violence par-devers les animaux qui amènera Tolstoï à se préoccuper du sort des Doukhobors, ce peuple russe dont les valeurs premières étaient Je naturalisme et le pacifisme.L’État voulait en faire des soldats, mais les Doukhobors s’y dérobaient par la résistance et la désobéissance civile.«Le gouvernement russe a employé contre les Doukhobors toutes les armes avec lesquelles il peut lutter, c’est-à-dire: les mesures policières, les arrestations, l’interdiction de sortir de la maison, la défense de communiquer l’un avec l’autre, l’interception des lettres, l’espionnage, la défense d’insérer dans les journaux tout ce qui concerne les Doukhobors, les calomnies contre eux, la bastonnade, la prison, la déportation, la ruine des familles.» Tolstoï ne mettra pas que sa plume à la disposition des Doukhobors: il contribuera financièrement à leur émi^ation en Saskatchewan canadienne.Il s’intéressera de très près à leur établissement dans le Nouveau Monde et sera fort déçu des nouvelles qu’il en aura dans les mois et les années qui suivront: ce peuple collectiviste cessa de l’être et mit la propriété individuelle au centre de ses valeurs, ce qui chagrina fort un Tolstoï désenchanté: «La propriété implique que non seulement je n’abandonnerai pas mon bien à qui voudra le prendre, mais que je le défendrai contre lui.Et on ne peut défendre contre un autre ce qu’on croit être à soi, autrement que par la violence, c’est-à-dire, le cas échéant, par la lutte et, s’il le faut, le meurtre.Sans violence et sans meurtre, la propriété ne saurait se maintenir.Si nous détenons nous-mêmes la propriété sans commettre nous-mêmes des violences, c’est uniquement parce que notre propriété est garantie par les violences des professionnels qui ont pour tâche de maintenir la propriété.Admettre la propriété, c’est admettre la violence et le meurtre, et ce n’était pas la peine de refuser le service militaire et policier pour admettre la propriété, qui ne se maintient que par le service militaire et policier!» Le dernier voyage Considérant l’émigration des Doukhobors comme un échec, Tolstoï en restera marqué.Bien qu’il demeurera plus que jamais fidèle à sa philosophie de la non-violence, de la désobéissance civile et de son projet utopique d’une société collectiviste mais libertaire, trop de conflits familiaux marquèrent la fin de sa vie pour que celle-ci fût celle qui est le lot de tout le monde.Il avait renié ses fils, pour lui des flancs-mous et des fainéants sans talent qui ne feraient jamais rien de bon; et sa femme Sophie intriguait avec de curieux personnages pour que son testament ne lui échappe point.À l’âge de 82 ans, Tolstoï mit donc à exécution la menace que, régulièrement, il avait brandie pendant des années: celle d’enfiler sa bure de pèlerin, de quitter à jamais las-naïa Poliana et de prendre la route, seul, en vieil homme déguenillé qui était resté tel qu’il avait toujours été: un être sans compromis, mais douloureusement insatisfait de ce qu’il n’avait pu apporter à sa famille, à sa société et au monde.Oû voulait donc se rendre Tolstoï On ne le sut jamais: il tomba malade à la gare d’Ostoporo, on le transporta dans un wagon sur une voie d’aiguillage et il y mourut en refusant de revoir, trois jours et trois nuits durant, cette femme autoritaire et hystérique qui avait été la sienne pendant plus de cinquante ans! Il ne s’en alla pas par une nuit de pleine lune, de sorte que personne ne lui coupa la barbe comme ça avait été le cas toute sa vie: se couper la barbe par une nuit de pleine lime faisait de vous un êfre immortel, croyait le superstitieux Tolstoï.En un sens, c’est ce qu’il devint, immortel.L’une des dernières phrases qu’il écrivit fut: «Que les hommes appliquent leurs forces, non aux événements extérieurs, mais à leur cause, à leur vie, et comme la cire au jeu, fondra ce pouvoir de violence et de mal qui opprime et tourmente les hommes.» Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2010 F 3 LITTERATURE L’imagination au pouvoir est Uhistoire d’un è“i Danielle Laurin homme qui déprime.Bêtement.Un homme de cinquante ans.Qui s’inquiète de voir venir son déclin, angoisse à l’idée de perdre sa virilité.Il se sent un moins que rien, ne trouve plus de sens à sa vie.Ce qui ajoute à son désarroi?Le sentiment d’échec.Il est écrivain, mais n’écrit plus.La panne sèche, le trou .noir.Ça lui tombe dessus, tout à coup.Depuis que son dernier roman, celui sur lequel il a planché pendant cinq ans et sur lequel il misait tant, a été accueilli dans l’indifférence généralisée, il a perdu pied.Lui qui jusque-là bénéficiait d’un accueil favorable de la critiqua n’en finit plus de se torturer.A quoi bon écrire, pour qui?À quoi bon se triturer l’âme, se vider les entrailles ad nauseam sur le papier sous le mode de la fiction si personne ne vous lit?Ce pourrait être un drame, une tragédie.Ce pourrait être lourd, pesant.Du genre: récit-déversoir plein de noirceur, d’apitoiement, où l’angoisse se mord la queue.Pas du tout.C’est léger, drôle.Et irrésistible.Le titre à lui seul donne le ton: Comme dans un film des frères Coen.Quant à l’auteur de cette comédie déjantée, Bertrand Gervais, jeune cinquantenaire qui signe ici son neuvième roman, on ne l’attendait vraiment pas de ce côté-là.Après s’être frotté ces dernières années au fantastique dans Lîle des Pas perdus, un conte philosophique en trois volets savamment construit mais dans lequel le lecteur terre-à-terre avide de points de repère risquait de s’égarer, l’écrivain change de cap complètement.En apparence.C’est la façon de faire, qui change, surtout C’est la manière.Et le cadre.Car l’imagination demeure bel et bien au centre de ses préoccupations.L’imagination comme porte de sortie, échappatoire.Comme révélateur, aussi.Désir et fantasme Ça commence en Australie.Le narrateur est en voyage avec MICHELLE ALLEN Bertrand Gervais signe ici son neuvième roman.sa femme, Carole.Ils sont perdus.Mais heureusement, ils ont un GPS.Un GPS qui parle trop, et qu’ils finissent par baptiser Gwyneth.Comme dans Gwyneth Paltrow.A partir de là, tenez-vous bien, ça va disjoncter.De plus en plus.Dans la tête du narrateur, s’entend.Gwyneth Paltrow, l’actrice, devient pour lui la figure ultime de la femme fantasmée.Autrement dit: «La nuit, je rêve que je fais Vamour avec Gwyneth.» Puis: «J’aime la peau diaphane de Gwyneth, ses mamelons finement taillés, ses fesses en forme de poire, ses soupirs soutenus et sa candeur» Dans la réalité, sa femme dort à côté.Elle ne l’excite plus vraiment.Comment raviver le désir dans un vieux couple, se demande-t-il.On pense au plus récent roman de David Homel, en passant.Le droit chemin.Où un cinquantenaire, encore là, étouffe dans sa routine de couple et cherche le moyen de satisfaire ses pulsions secrètes, pressé par l’urgence.Car urgence il y a, n’est-ce pas?Tant pis pour les stéréotypes, tant pis si ça ressemble à des fantasmes d’adolescent.Comme le dit le narrateur dans le roman de Bertrand Gervais: «Mais je viens d’avoir cinquante ans et si je ne m’éclate pas maintenant, bientôt il sera trop tard.Je serai un homme fini.» Il fait bien quelques tentatives ultimes du côté de sa femme, lui propose entre autres de s’envoyer en l’air avec lui en avion.En vain.C’est par procuration qu’il fera l’amour.Avec Gwyneth.En pensant à la petite agente de bord aperçue dans En vedette du livre de an Salon Montréal Maxime Roussy C’est en signant la série de romans historico-fantastiques Pakkal (Intouchables / éditions La Semaine) pour les adolescents que Maxime Roussy se fait connaître.Sur treize tomes, Pakkal s’est vendu à 250 000 exemplaires.Auteur prolifique, il a aussi signé depuis Le Blogue de Namasté, aussi pour les adolescents, etAgoramania (La Semaine), pour les adultes cette fois.PEF Auteur et illustrateur, PEE, avec sa série Motordu (Gallimard Jeunesse), entamée en 1980, fait sa niche en littérature jeunesse.Le petit prince roux de Motordu, qui fête ses trente ans, incapable de parler comme tout le monde, joue sans cesse avec les mots.Et aide PEE dans sa lutte contre l’illettrisme, et dans son travail auprès des en- SOURCE SALON DU LIVRE DE MONTREAL Maxime Roussy seignants et des orthophonistes.PEE dévoile ses «confidences d’écrivain», spécialement pour les 5 à 11 ans, lundi le 22 novembre à 12h30.l’allée, aussi bien.Toutes les femmes désirables s’appellent Gwyneth, dorénavant, dans son esprit.Même la petite amie de son fils n’y échappera pas.Aucun scrupule, aucune morale.Toutes les rêveries, toutes les divagations sont permises.Ça tourne à l’obsession.Il ne pense qu’à ça.Il n’est pas le seul, d’ailleurs.Son ami éditeur, son vieux pote, émoustillé par la chair fraîche tandis qu’ils boivent une bière dans un bar, dit tout haut ce que l’autre pense tout bas: «Toutes ces filles.et une seule queue.» Commence alors entre eux un dialogue pas possible autour.de la queue.Comme un génie sorti d’une lampe magique qui exercerait leurs vœux, voici nos deux hommes affublés de plusieurs membres virils aux innombrables qualités.Et ça va perdurer, revenir à répétition, tout le long du roman.Délirant.On frise le burlesque, on est dans la caricature.On sent l’auteur derrière qui lâche son fou.L’écriture est nerveuse, les chapitres sont courts.L’action déboule, sans suivre un ordre chronologique, par à-coups.Jalousie Parallèlement, notre héros pas du tout héroïque, lui, ronge son frein.Il envie son propre fils.Non seulement parce qu’il est dans la force de l’âge, hyperactif sexuellement, mais parce qu’en plus, il remporte un succès fou comme peintre.Jaloux, oui.Et amer face aux succès des autres.Un copain écrivain vient de remporter le prix du Gouverneur général: pourquoi lui?Sa femme tente tant bien que mal de le ramener à la raison.De son point de vue à elle, agente d’immeuble habituée à la débrouille: «Si tu veux qu’on parle de toi, il faut te plier aux lois du marché.Tu ne peux pas te plaindre qu’on ne te lise pas, si tu ne fais rien pour attirer tes lecteurs.Tu le sais comme moi, il faut être médiatisé, si on veut être reconnu.Si je ne multipliais pas les rencontres, je serais incapable de vendre des maisons.Toute profession a des contraintes.» Mais les contraintes, lui, il en a soupé, justement.C’est vivre, qu’il veut, vivre la pédale au plancher.Autrement dit baiser, tout le temps, de toutes les façons.Résultat: le fossé dans le couple s’agrandit, l’incommunicabilité devient un mode de vie.Sa femme en a plein de dos de vivre avec un homme absent, perdu dans ses pensées.Un écrivain qui n’arrive même plus à écrire, par-dessus le marché.Qui ne fout rien, a baissé les bras.«J’ai l’impression de vivre avec un spectre», lance-t-elle, ses valises sur le pas de la porte.On ne peut s’empêcher de penser, au détour, à Jean-Paul Dubois, à ses personnages d’écrivains qui flottent entre deux mondes, accumulant les insuccès.Et incapables de communiquer avec qui que ce soit, surtout pas avec leur femme.L’écrivain de Comme dans un film des frères Cohen va s’enliser de plus en plus dans un magma inimaginable.Ça va dérailler, un malheur en amenant un autre, et ainsi de suite.Ça va devenir de plus en plus improbable.Pathétique.Comme dans les polars de Erançois Bar-celo.mais sans les meurtres.Plus ça ira mal dans la réalité, plus les fantasmes prendront de place.Et inversement.Pas moyen d’y échapper.Gwyneth veille au grain.Et comme le dit si bien le narrateur de Comme dans un film des frères Cohen: «Que peut un écrivain contre une figure issue de son imagination?» COMME DANS UN FILM DES FRÈRES COHEN Bertrand Gervais XYZ éditeur Montréal, 2010,216 pages CATHERINE HELIE PEF P Il Gaspard" LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 8 au 14 novembre 2010 AUrEWÉDIIEUR V Romans québécois 1 Un bonhBur si fragilB * Toma 4 Les amours MichGl David/HurtubisG 2 Revenir de loin 3 Contre Dieu Patrick Senécal/Coups de tête -/I 1/3 2/2 4 Mémoires d’un quartier • Tome 7 Marcel Louise Ttemblay-D’Essiambre/Guy Saint-Jean 3/2 5 La force de vivre • Tome 1 Les rêves d'Edmond et Émilie Michel Langlois/Hurtubise 5/3 6 Le passage obligé Michel Tremblay/Leméac 7/2 7 Au bout de l’exil • Tome 1 La grande illusion Micheline Duff/Québec Amérique 6/8 8 Un bonheur si fragile • Tome 1 L’engagement Michel David/Hurtubise -/I 9 Les folles années • Tome 1 Les héritiers Jean-Pierre Chariand/Hurtubise 8/7 10 La fille du pasteur Cullen • Tome 2 À l’abri du silence Sonia Marmen/Québec Amérique lo/n W Roman étranger 1 Le danger dans la peau.La sanction de Bourne Eric van Lustbader/Grasset -/I 2 L’os manquant Kathy Reichs/Robert Laffont 1/3 3 La carte et le territoire Michel Houellebecq/Flammarion -/I 4 Le rire du cyclope Bernard Werber/Albin Michel 4/2 5 Le cortège de la mort Elizabeth George/Presses de la Cité 5/2 6 La chute des géants • Tome 1 Le siècle Ken Follett/Robert Laffont 3/7 7 La maison d’à côté Usa Gardner/Albin Michel 2/4 8 Quand je pense que Beethoven.Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel -/I 9 Le porte-bonheur Nicholas Sparks/Michel Lafbn -/I 10 Rivage mortel Clive Cussler | Jack Du Bml/Grasset -/I ^Essais québécois 1 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec André Cédilot | André Noël/Homme 1/3 2 Tintin et le Québec.Hergé au cœur de la Révolution tranquille Tristan Demers/Hurtubise 2/4 3 Ils se battent comme des soldats.Roméo Dallaire/Libre Expression 4/3 4 La mort.Mieux la comprendre.Richard Béliveau | Denis Gingras/Trécarré 3/7 5 Les médias sociaux 101.Michelle Blanc | Nadia Seraiocco/Logiques 10/8 6 L’anxiété.Le cancer de l’âme buise Reid/JCL 8/11 7 Duplessis.Son milieu, son époque Xavier Gélinas I Lucia Fenetti/Septentrion 9/2 8 Le Devoir.Un siècle québécois Jean-François Nadeau/Homme 6/4 9 La révolution des gaz de schiste Normand Mousseau/Multimondes -/I 10 Société laïque et christianisme Jacques Grand’Maison/Novalis 5/2 ^Essais étrangers 1 Le mariage d’amour a-t-il échoué ?Pascal Bruckner/Grasset 1/3 2 Une brève histoire de l’avenir Jacques Attali/LGF -/I 3 La révolution de l’amour.Pour une spiritualité laïque Luc Ferry/Plon -/I 4 Sex@mour Jean-Claude Kaufmann/Armand Colin 3/7 5 Le visage de Dieu Igor Bogdanov | Grichka Bogdanov/Grasset 2/11 6 Le crépuscule d’une idole.L’affabulation freudienne Michel Dnfray/Grasset 4/2 7 Retour à l’émerveillement Bertrand Vergely/Albin Michel -/I 8 De l’arbre au labyrinthe.Umberto Eco/Grasset -/I 9 Ces impossibles Français Louis-Bernard Robitaille/Denoël -/I 10 Trop vite ! Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme Jean-Louis Servan-Schreiber/Albin Michel 7/9 En vedette au Salon du livre de Montréal Jean-Jacques Pelletier Auteur de polars, Jean-Jacques Pelletier a gagné une foule de lecteurs avec La Faim de la Terre (Mire), dernier tome de sa populaire série Les Gestionnaires de l’apocalypse, qui compte aussi La Chair disparue, L’Argent du monde et Le Bien des autres.Ses intrigues sont denses, touchent autant à l’économique et au politique qu’aux communications et au scientifique.Pelletier est aussi spécialiste.en gestion financière de caisses de retraite et a signé plusieurs ouvrages sur le sujet.Il Rvre ses «confidences d’écrivain» dimanche 21 novembre à 16h30.ALAINRIVERIN Joël des Rosiers JACQUES GRENIER LE DEVOIR Jean-Jacques Pelletier Joël des Rosiers Il est poète, essayiste et psychiatre.Né à Haïti, il demeure au Québec depuis son adolescence.Sa poésie est reconnue, ici comme ailleurs, et parcourue, comme le dit le poète et éditeur François Hébert, «d’un amour de la langue qui est science, médecine et sensualité», ti est cette année du contingent d’auteurs qui se rassemblent, autour des éditions Mémoire d’encrier, à l’événement Haïti solidarité -Quand tout tombe, il reste la culture.Il participe à une lecture de poésie au Salon du livre samedi 20 novembre à 16h45.LE HEROS DE GAND «Aux grands écrivains morts du XX^ siècle: Kafka, Walser, Pessoa, Gombrowicz.ü faudra certainement ajouter, un jour, Nikos Kachtitsis » Nikos Kachtitsis LE HÉROS DE GAND Lakis Proguidis Boreal ivieri I librairie >^blstrJ Le mercredi 24 novembre 19 h Librairie Olivieri 5219, chemin de la Côte-des-Neiges (métro Côte-des-Neiges) Entrée libre Réservations obligatoires 514-739-3639 sur les ventes de livres français au Canada, vente.La BTLF reçoit un ' caisse de 141 points de © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.VENEZ DECOUVRIR CE ROMANCIER MONTRÉALAIS INCONNU En présence de Thomas Kachtitsis, Lakis Proguidis, Jacques Bouchard et Fred Reed Animateur : Pierre Lefebvre Une présentation des Éditions du Boréal, de la revue Liberté et du Consulat de Grèce à Montréal Boréal www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2010 LITTERATURE Dany Laferrière : la liberté d’abord DANIELLE LAURIN Tee-shirt à rayures, jean délavé, l’air bon enfant, Dany Laferrière respire la santé sexuelle.» C’était il y a vingt-cinq ans, au Salon du livre de Montréal.C’était la première rencontre de la journaliste Ghila Sroka avec l’auteur de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, alors dans la jeune trentaine.Elle a multiplié les entrevues avec lui par la suite, à Montréal ou à Miami, notamment pour le magazine Tribune juive, qu’elle a fondé.Certaines étaient demeurées inédites jusqu’ici.Dans Conversations avec Dany Laferrière, Ghila Sroka rassemble vingt-cinq années d’interviews avec celui qui est devenu un ami.«Je souhaite ardemment que ces interviews suscitent le goût de l’ouverture suri’Autre.En donnant la parole à mon interlocuteur et ami, j’ai voulu restituer une pluralité d’idées énoncées en toute liberté» , précise dans la préface celle qui se définit comme une Juive athée», une «intellectuelle ^gauche», une «polémiste».Récit d’une évolution Recueil d’entretiens.Cela pourrait s’avérer fastidieux, ennuyeux.Eh bien non.C’est vivant, passionnant.Même si les redites, les longueurs ne sont pas exclues.Et même si le jupon de la «polémiste» dépasse par moments.Mais elle a beau y aller avec de gros sabots au tournant, concernant le racisme, le féminisme, les immigrants, entre autres, elle a beau tenter de coincer Dany Laferrière dans un coin, de lui prêter sa vision, ses mots à elle, l’écrivain se débat.Et c’est ça qui est beau.Ghila Sroka a un respect in-fini pour l’homme, une admiration sans bornes pour l’écrivain.Elle ne s’en cache pas.Ça se sent tout au long de l’ouvrage.Peut-être trop, mais peu importe.Ce qui est fascinant, c’est de voir l’évolution de Dany Laferrière, qu’on aperçoit d’ailleurs sur quelques photographies ici et là.C’est de suivre son parcours, depuis la publication de son premier roman.Surtout, c’est de constater à quel point le récipiendaire du prix Médicis 2009 pour L’énigme du retour a toujours refusé, depuis le début, de se laisser enfermer dans un carcan, toujours refusé toutes les étiquettes, quelles qu’elles soient.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Dany Laferrière dans les bureaux du Devoir mardi dernier, alors qu’il signait son éditorial pour l’édition spéciale du journal «Le Devoir des écrivains».À travers la vue d’ensemble qu’offre ce recueil d’entretiens classés par ordre chronologique, c’est frappant.«Tu crois que c’est le côté inclassable qui a fait le succès de ton livre ?», demande Ghila Sroka au jeune Dany peu après la parution de Comment faire l’amour.Réponse : «J’ai vou- suite.C’est la moindre des choses.Je ne crois pas à cette histoire de première génération d’immigrants qui doit souffrir pour permettre à la deuxième et à la troisième génération, etc., etc.Je ne crois pas que je doive souffrir pour que mes enfants aient une vie meilleure.Ça ne m’intéresse pas.» Lors de la Ce qui est fascinant, c’est de voir l’évolution de Dany Laferrière.C’est de suivre son parcours, depuis la publication de son premier roman.lu faire le livre que f avais envie de faire.» Près de vingt ans plus tard, à la parution de Chroniques de la dérive douce, où l’auteur revient sur son arrivée à Montréal en 1976, la journaliste note qu’on peut y lire ceci: «J’épingle cette note sur le mur jaune, à côté du miroir : "Je veux tout : les livres, le vin, les femmes, la musique, et tout de suite.”» Elle lui demande de commenter.11 dit, lui qui précisera ensuite que même sans dictature il aurait hui par quitter Haïti tellement il avait envie de bouger: «L’Amérique m’avait fait certaines promesses; fai exigé que la dette soit réglée, et tout de meme entrevue, elle lui fait remarquer que le fait qu’il ait posé nu dans un magazine a été très mal vu par la communauté haïtienne de Montréal.11 rétorque qu’il s’en fout complètement.Qu’il a l’intention de rester libre de s’exprimer, de faire ce qu’il veut.11 ajoute: «Et c’est grâce à cette distance, à cette façon de provoquer mes compatriotes, que je veux les impressionner, les faire réver.J’ai besoin de cette liberté parce que, fondamentalement, je ne suis ni haïtien, ni québécois, ni quelqu’un de Miami, ni même le mari de ma femme ou le père de mes enfants, ni même le fils de Marie, ma mère; je suis moi, cet individu qui est là, qui fait face à sa vie et qui fera face à sa mort seul.» On pourrait continuer.Page apres page, annee apres annee, il n’en démord pas, argue son besoin de liberté.Ainsi, en 2009, peu après la publication de L’énigme du retour, se défendant bien d’écrire des romans à thèse, il conbe : «Je n’ai pas de but politique ni d’envie d’exercer une action réelle sur la vie des gens.Je suis tout simplement un écrivain qui tente de comprendre l’aventure qu’il a vécue, pour pouvoir se lire lui-même et voir où il en est.J’écris pour avoir des nouvelles de moi, parfois.» Enfin, à la question: «Quel est le plus beau compliment qu’on puisse te faire?», il répond: «Ce serait de me voir comme un écrivain libre de toute catégorisation.» Autrement dit: «Me lire comme si on lisait un écrivain mort depuis si longtemps que le livre est la seule chose qui lui a survécu, devenant une part de langage et de la tradition.» Le lire comme si on lisait un écrivain mort?Non, pas question.Pas encore.Mais «un écrivain libre de toute catégorisation», oui, certainement.C’est de plus en plus clair.Et inspirant.CONVERSATIONS AVEC DANY LAFERRIÈRE Çhila Sroka Editions de la Parole Métèque Montréal, 2010,218 pages LA REVUE Xy DELA NOUVELLE Z XYz NOUVELLE Chefs-d'œuvre inconnus Nés de la folie, de la douleur, delà hantise,du désir Entretien avec Sergio Kokis 104 N° 104 • Chefs-d'œuvre inconnus 1 an/4 numéros (ttc) Individu Institution Canada 30 $ Canada 40 $ Étranger 40 $ Étranger 50 $ 2 ans/8 numéros (ttc) Individu Institution Canada 55 $ Canada 75 $ Étranger 75 $ Étranger 95 $ 3 ans/12 numéros (ttc) Individu Institution Canada 75 $ Canada 105 $ Étranger 105 $ Étranger 135 $ Visitez notre site Internet : wwwjcyzrevue.com BULLETIN D'ABONNEMENT Nom Adresse Ville Code postal Téléphone Courriel Ci-joint O Chèque O Visa O MasterCard N° Expire le Signature Date RETOURNER À : XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE 11860, rue Guertin, Montréal (Québec) H4J 1V6 Téléphone : 514.523.77.72 • Télécopieur : 514.523.77.33 Courriel : info@xyzrevue.com • Site internet :wwwj(yzrevue.com Jacques Cardinal Une lecture rigoureuse et pertinente de Kœuvre de Michel Tremblay Jacques Cardinal Filiations Jacques Cardinal Filiations Folie, masque et rédemption dans l'œuvre de Michel Tremblay Salon du livre de Montréal stand 400 Séances de signature Samedi 20 novembre de 14 à 16 h Dimanche 21 novembre de 17 à 19 h DISTRIBLTTION : DIMEDIA INC.Courriel : general@dimedia.qc.ca Site Internet : vvww.dimedia.qc.ca ü evesque éditeur POESIE Un grand livre de Louise Dupré HUGULS CORRIVLAU La poésie tremblée de Plus haut que les flammes bouleverse.Une telle justesse de ton et une telle vigilance à trouver les mots justes pour traduire à la fois la passion de la vie et le désarroi devant la mort nous emportent et le cœur et l’émotion.Louise Dupré signe ici un livre accompli qui convoque les images des camps de concentration, les tableaux de Erancis Bacon et l’amour d’un petit enfant, garant de l’avenir, image fragile d’une survie essentielle pour que n’advienne plus l’effacement.Dédicacé à «Maxime, l’enfant près de moi», les vers sont un chant langoureux, emporté à la fois par la tristesse fulgurante qui vient à celle qui a vu Auschwitz ou Birkenau, et à celle qui sait la vie battante du jeune enfant auquel elle dit d’entrée de jeu: «Ton poème a surgi / de l’enfer», le possessif incitant à penser qu’il s’agit à la fois de la poète qui parlera d’elle à la deuxième personne et de l’enfant auquel sont adressés d’office les vers et leur lamento: «et tu le regardes caresser / un troupeau de nuages / dans un livre en coton // en pensant/ aux minuscules vêtements / des enfants d’Auschwitz // à Auschwitz on exterminait / des enfants // qui aimaient caresser / des troupeaux de nuages».Quatre longs poèmes divisent leur mélopée entre distiques et tercets, prolongeant cette confrontation insupportable de la mort des enfants d’Auschwitz et de la vie de l’être aimé, si fragile, qui à lui seul tient tête au malheur dans ses désirs inextinguibles.Ne pas oublier qu’au camp, la mort fracasse: «avec ses biberons cassés // car les enfants d’Auschwitz / étaient des enfants / avec des bouches pour la soif// comme l’enfant/près de toi//sa faim, sa soif».Magnifique recueil qui noue la gorge, qui bouscule à la fois, mélange soufflé, le chagrin et l’espoir.La main de l’enfant dans la main de la poète renvoie à celles des enfants des camps arrachées aux mains de leur mère ; le four allumé pour assouvir la faim de l’enfant reflète ces autres fours d’atroce mémoire.Louise Dupré insiste sur la survie, l’avenir porté par ceux et celles qui viennent, «car le matin est parfois cette bonté/ des livres».La parole vive s’inscrit pour la survivance, voilà bien l’ultime voie pour que l’enfanL à partir de ses jeux, trouve la route de soi.Louise Dupré écrit un chant d’amour sur fond noir, mais toujours «dans cette dignité / qu’on appelle parfois poème».Livre superbe, d’une densité si grave que c’est en entier qu’il faudrait le citer.Livre rare, livre parfaitement essentiel.Têtes chercheuses Je m’en voudrais de passer sous silence la parution du dernier numéro 6?Estuaire, dans lequel Louise Dupré signe des textes, numéro consacré à un projet tombant autour du thème de la «Tête», initié par Catherine Mavrikakis et publié sous les auspices de Denise Desautels qui dit, dans sa présentation qu’«à l’origine, il y a [eu] \e désir de Catherine Mavrikakis de réunir des poètes et des artistes visuels autour de questions, liées à leur propre mort [.]».L’artiste Louise Viger réalise pour ce numéro une série de portraits des auteures qu’elle construit comme des sculptures visuelles, noir et blanc, et superbement reproduits.S’y trouvent donc des textes autour de cette idée de la mort, celle dont Martine Audet peut écrire ; «fêtais morte» ; celle qui entre en dialogue avec la violence chez Louise Bouchard ; celle de Louise Dupré qui envisage la sienne au milieu des toutes petites morts quotidiennes ; celle de l’éclatement dans les tableaux de Picasso pour Catherine Mavrikakis ; celle que la vie étourdit chez Call Scott en route vers chez Denise Desautels qui cherche à éclaircir la bn: «voyez, nul choix désormais / vais vaste-ment cœur».Ce numéro vaut par sa qualité et sa beauté formelle, pour voir aussi comment peut se concrétiser un projet dans une pensée vivrbante.Collaborateur du Devoir PLUS HAUT QUE LES FLAMMES Louise Dupré Montréal, Le Noroît, 2010,112 p.REVUE ESTUAIRE, «TÊTE» Martine Audet, Louise Bouchard, Denise Desautels, Louise Dupré, Catherine Mavrilakis et Gail Scott avec des montages photographiques de Louise Viger No 143,4" trimestre 2010 Louise Dupré JEAN-PIERRE MASSE E N BREF 25 ans de XYZ Les Editions XYZ fêtent, tout au long de l’année, leur 25" anniversaire.Londée en 1985 par Gaëtan Lévesque et Maurice Soudeyns, la maison débute lentement: cinq livres par année environ.La production gonfle après quelque temps, mais reste modeste avec, en moyenne, trente-cinq titres annuellement.Un des très bons coups de XYZ ces dernières années est bien sûr d’avoir mis la main sur les droits français pour l’Amérique du Nord de L’Histoire de Pi, de Yann Martel, juste avant que ce dernier ne remporte le Man Booker Prize de 2002.Le Groupe HMH a racheté XYZ l’an dernier, et la maison poursuit depuis, sous la tutelle littéraire de Josée Bonneville en remplacement d’André Vanasse, le mandat d’origine, tracé autour du roman.Un mandat qui déborde aussi sur les novellas, les essais, les récits biographiques et quelques livres pratiques.- Le Devoir.Erratum Dans l’entrevue de Patrick Sé-nécal, la semaine dernière, la citation «Je ne suis pas convaincu que c’est une façon sérieuse de gagner sa vie, de raconter des histoires.» aurait dû être attribuée au romancier britannique Neil Caiman.Toutes nos excuses. LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 NOVEMBRE 2010 F 5 LITTERATURE prjrr FRANCOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE Chez Patrick Lapeyre, l’imaginaire, la vie rêvée, les pulsions «comprimées», sont les meilleurs véhicules pour approfondir la réalité.Les attractions magnétiques de Patrick Lapeyre Patrick Lapeyre a obtenu le prix Femina 2010.C’est un beau roman d’amour mélancolique qui nous est offert sous ce titre magnifique, La vie est brève et le désir sans fin.GUYLAINE MASSOUTRE Empruntée au poète japonais Issa, qui vécut au temps du romantisme occidental, la formule «La vie est brève et le désir sans fin» frappe rimagination.Elle a aussi été citée, avec une variante de traduction, par Philippe Forest dans Sa-rinagara.Toutefois, il y a peu de points communs entre ce livre de voyage et de deuil, et celui de Lapeyre, happé par ce haiku dans un autre sens.Réécrivant Jules et Jim, les amours de deux hommes pour une énigmatique Nora, qui n’est toutefois pas Jeanne Moreau, Lapeyre investit les pensées d’un Français de Paris et d’un Américain de Londres, dont les vies sont nouées autour de l’égérie juvénile qui les tient rivés au téléphone.L’histoire est connue d’avance, mais tout repose sur l’ambiance et la surprise du ton, la technique d’écriture juxtaposant le récit et les dialogues sans les différencier.Dans ce roman, on a l’impression que tout est toujours sur le point de basculer.Les lieux sont autant d’amers auxquels s’arriment de quasi noyés.Mais ils s’échappent, plongent dans leurs fantasmes et disparaissent avec des entrechats, effaçant leurs traces.Ils esquivent les tracasseries du réel en allégeant les charges et les peines.Tête-à-tête interrompus Chez Lapeyre, l’imaginaire, la vie rêvée, les pulsions «comprimées», sont les meilleurs véhicules pour approfondir la réalité.Ce qui polarise les désirs, les regrets, sensations accrues par les empêchements et les délais imposés, est le prétexte à échappées intenses, compensation illusoire du spleen ordinaire.Des sentiments mêlés Dans ce roman, on a rimpression que tout est toujours sur le point de basculer font valser les émotions, et les corps enlacés réalisent des fantasmes longuement repoussés lorsque, presque par hasard, voici le temps inespéré de vivre en liberté.Tout est ici marqué par la littérature.Les noms de personnages, joyciens, beckettiens, les lieux, les références, la culture, le ton, les pensées estompées dans une langue affective, émanent d’une psyché qui songe en refusant heurts et dictée.Les mots surtout font l’histoire, pâle et vertigineuse.On remarque que les silences et les prémonitions apaisent la perplexité planante.Des instincts aux accents passionnés font alors un univers de chimères, dont la respiration haletante, nerveuse, du style masque les insuffisances.Lapeyre publie peu, et son écriture est marquée par la durée.Le résultat est ce septième roman, sous le sceau d’un apport féminin au caractère de ces messieurs-personnages: le sens de la perte et de l’inadéquation au réel les rend perméables, sensibles, amoureux.Nora, comblée, confie même à son amant combien la chasteté contemplative lui semble engendrer une forme supérieure à tout autre moyen de communiquer.C’est une lecture de femmes à laquelle un jury, composé de douze femmes, a souscrit sans réserve.Notez cependant qu’une lutte serrée, de bon aloi, s’est déroulée entre le roman de Lapeyre et Qu'as-tu fait de tes frères?de Claude Arnaud, autofiction publiée chez Grasset.Quoi qu’il en soit, le lauréat n’empoche pas un sou.C’est un tirage respectable qui fait de ce moment d’élection une chance de visibilité, privilège que vous partagerez en la présence de Patrick Lapeyre au Salon du Livre de Montréal cette année.LA VIE EST BRÈVE ET LE DÉSIR SANS FIN Patrick Lapeyre Les éditions PO.L Paris, 2010,345 pages 17au22 TOO Présidente d’honneur : Mireille Deyglun Invités d’honneur : Marie-Claire Blais Joël Des Rosiers Michel Folco Cécile Gagnon PEF Jean-Jacques Pelletier Maxime Roussy Benoit SokaI QMWteAL Heures d’ouverture mercredi : 9h à 21h jeudi : 9h à 21h vendredi : 9h à 22h samedi : 9h à 21h dimanche: 9h à 19h lundi : 9h à 16h Programmation complète sur salondulivredemontreal.com Matinées scolaires mercredi, jeudi et lundi : 9h à 15h Admission générale : 8 $ Admission générale via Internet : 6 $ plus frais de service Aînés (60 ans) : 6 $ Passeport (photo requise) : 12 $ Place Bonaventure ^ Bonaventura 800, rue de la Gauchetière Ouest, Montréal m SALON DULIVRE DEMONTRËAL SODEC Québec c Canada ($ Desjardins UTTERATURE QUEBECOISE Les faits saillants d’une saison léthargique CHRISTIAN DESMEULES Avec un nom comme celui-là, on se demande si c’est le hasard ou la nécessité qui ont placé le hockey au cœur de son premier roman.Patrick Roy, né en 1977 à Danville en Estrie, livre avec La ballade de Nicolas Jones une fiction introspective et «bluesée» qui fait la part belle aux rues de Québec, tout en explorant le mal de vivre de l’homme québécois contemporain.Lorsqu’il n’est pas en train de dormir, chacune de ses respirations vient rappeler à Nicolas Jones qu’une barre de fer lui comprime la poitrine.Dépressif, amer, meurtri, «normalement constitué, né pour aimer le hockey».Il aimerait bien semer une fois pour toutes le fantôme des regrets et des vieilles humiliations, mais il traîne comme un boulet «la ribambelle cinglante des années passées».Malgré sa jeunesse.Jones a déjà tout de l’aquoiboniste aguerri.Dans sa dérive, revisitant son histoire familiale et amoureuse, occupé à ne rien faire et à défaire «la tresse tragique des secondes», il s’attache à l’un des piliers du bar qu’il fréquente, Roger Allard, 60 ans, divorcé, père d’une grande fille de l’âge de Jones avec laquelle il n’a plus que de maigres contacts.Pur produit n
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