Le devoir, 27 novembre 2010, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 DANSE Un cabaret de danse contemporaine inspiré de Teilhard de Chardin et de la danse à claquettes?Avec le Sun Ra Arkestra?Et des marionnettes?Page E 3 CIIITIIRE FILMS WE LIKE ^>.00 f no 6û^ Ciifn) 'Y Ptfe NICOLAS ASFOURI AFP Le réalisateur du film Oncle Boonmee, gagnant de la Palme d’or, Apichatpong Weerasethakul.La magie surréelle dVncle Boonmee Quand les fantômes et les incarnations antérieures d’un mourant l’assistent dans une jungle en folie et dans la grotte du dernier souffle, c’est qu’un grand cinéaste thaïlandais, Apichatpong Weerasethakul, a frappé un coup de sa baguette magique ODILE TREMBLAY Le dnéma tend à la préservation des âmes, puisqu’il garde en vie et éternellement jeimes des acteurs aujoiud’hui disparus ^ abord, il y a cet- te Palme d’or à laquelle les admirateurs du film (j’en suis) n’osaient rêver au dernier Festival de Cannes, tant sa proposition était radicale et l’univers narratif, hors norme.Mais Tim Burton, qui présidait le jury, avait les reins assez solides pour imposer ce qu’il considérait comme l’œuvre la plus originale et la plus intéressante de la sélection.Il le fit, divisant l’assistance, car entre ceux (nombreux) qui n’avaient rien compris à cette plongée poétique dans l’univers psychique d’un mourant peuplé de fantômes et de réminiscences de ses vies antérieures et les spectateurs qui en gardaient les yeux encore éblouis, le fossé se révélait profond et sans doute infranchissable.Il l’est toujours.Sans cette Palme d’or, jamais ce film d’Apichatpong VVeerase-thakul n’aurait connu une large diffusion internationale.Mais les prix ne devraient-ils pas servir justement à ça: à éclairer des œuvres fascinantes autrement condamnées à la marginalité?Et à pousser l’expérimentation, à l’heure où les formules toutes faites régnent en majesté?La préservation des âmes Sur la Croisette, Apichatpong Weerasethakul, qui ne manque pas d’humour, se faisait appeler Joe, tant chacun butait sur son nom.Le cinéaste thaïlandais est un enfant de Cannes.Deux courts métrages en 2007 à La Quinzaine des réalisateurs, le prix Un certain regard pour Blissfully Yours en 2002, le Prk du jury en 2004 pour Tropical Malady, et cette Palme d’or surprise 2010.C’est Tropical Malady, avec ses incursions dans le fantastique et ses bruissements de jungle, qui ouvrit la voie à Oncle Boonmee, celui qui se^souvient de ses vies antérieures.À ses yeux, le cinéma tend à la préservation des âmes, puisqu’il garde en vie et éternellement jeunes des acteurs aujourd’hui disparus.Les longs plans-séquences, les codes narratifs tourneboulés en cinq segments, l’imaginaire bouddhiste désemparent ceux que le surnaturel rebute.Reste à s’abandonner sans cartésianisme, à ouvrir la porte du merveilleux pour entrer de plain-pied dans un univers de profonde richesse et de références.Il est très rare que le cinéma s’aventure en des voies nouvelles.Tout semble avoir été dit, montré.Or Apichatpong Weerasethakul pose justement un nouveau regard sur le septième art, en le collant à une tradition thaïlandaise dont on découvre les codes sans posséder le mode d’emploi, à travers une forêt de symboles.D’où ce malaise des uns et cet émerveillement des autres.Longtemps un buffle impose sa silhouette en ouverture du film.Puis un singe aux yeux rouges fluo, apparemment enfanté par La Belle et la Bête de Cocteau, mais tiré des vieux films thaïs de série B, viendra rejoindre le spectre de l’épouse défunte au chevet d’oncle Boonmee, condamné par une maladie rénale.Les fantômes, les visions de ses vies antérieures, dont une magnifique séquence d’une princesse fécondée par un poisson-chat, se mêlent à sa fin de vie.Autre moment magique du film: la pénétration dans la grotte de la mort, là où nagent les poissons blancs et où les méandres de la roche ressemblent au vagin de l’enfantement, ultime passage pour un Boonmee dans sa marche vers le trépas.Weerasethakul avait réalisé en 2009 un court métrage, A Letter to Uncle Boonmee, d’ailleurs fort beau et contemplatif, tourné dans le village de celui dont il s’inspire, mais qui ne laissait pas présager ce périple initiatique en plongée métaphysique et magique, lauréat de la Palme d’or.Le point de départ est ce livre-récit sur un homme qui voyait dérouler ses incarnations antérieures quand il méditait.Mais lorsque le cinéaste voulut rencontrer Boonmee, ce dernier venait de mourir.Weerasethakul s’est inspiré du livre, certes, et du témoignage de ses proches, mais en y greffant son univers personnel, ses hantises et l’art de faire apparaître sur le même pied vivants et morts, en éliminant toutes frontières.Univers parallèles Le cinéaste, qui possède une formation d’architecte, est fils de médecins.Son film Syndromes and a Century et, dans une moindre mesure.Blissfully Yours en témoignent.Il s’est intéressé à la médecine traditionnelle nourrie de superstitions, mais aussi de culture thaïe au moment où les méthodes scientifiques la relèguent au passé.Cette Palme d’or s’inscrit également dans le droit fil des traditions et des croyances en voie de disparition, mariées ici à la mort d’un type de cinéma qu’il entend ressusciter avec ses couleurs, ses codes, cette jungle tournée en nuit américaine.«Oncle Boonmee est le symbole de quelque chose sur le point de disparaître, quelque chose qui s’érode, comme ces vieux cinémas, ces théâtres ou le jeu des acteurs d’antan, qui n’ont plus leur place dans le paysage contemporain», écrit-il.Tranchons là: Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures, tourné en pleine campagne, constitue un enchantement poétique, une plongée dans des univers parallèles, où fantômes, animaux, humain^ cohabitent au milieu d’un Eden retrouvé, mais aussi une approche bouddhiste de la mort tissée de beautés et de rituels, à mille lieues des terreurs occidentales qui entourent les perceptions du dernier voyage.Sans ces longs plans habités, clé vers l’ailleurs, la magie ne pourrait opérer.Que ce film puisse sauter d’un souper ou d’une visite chez l’apiculteur à une conversation avec une morte déclarant que les esprits s’attachent aux gens plutôt qu’aux lieux, cela n’est pas un de ses moindres tours de force.Le dénouement, qui suit les funérailles de Boonmee et la vie de ses proches, dont celle d’un jeune moine, est moins inspiré, mais bien dans la méthode d’Apitchatpong Weerasethakul, qui se veut également chroniqueur de son époque et de son pays si tourmenté.Petit conseil: allez voir au Cinéma du Parc la version sous-titrée en anglais projetée en 35 mm.Celle qui est flanquée de sous-titres français est présentée en format numérique et le film, souvent très sombre, perd beaucoup en luminosité, en grâce, en beauté et en poésie visuelle.On ne le recommande pas.Le Devoir E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 CULTURE Calottes chantantes y Odile Tremblay Cette semaine, je suis allée assister à une messe.La chose n’est pas courante, en dehors des funérailles qui portent en elles leur poids de tristesse.Mais ça se déroulait dans le Vieux-Montréal à la basilique Notre-Dame, joyau inspiré de la Sainte-Chapelle, qui vous maintient assis tout ébloui par le décor, l’esprit voletant à sa guise parmi les anges, les statues polychromes et le ciel étoilé.On se réfugie parfois dans ce temple pour trouver un havre de sérénité en pleine ville.Les banques des alentours sont moins inspirantes.Les Québécois ont beau entretenir de légitimes rancunes envers le catholicisme, il reste les égards pour le patrimoine culturel et cet attachement nourri d’amertume, de souvenirs d’enfance, de quête de sens, de mémoire des aïeux, de comportements hérités de croyances englouties dont la source nous échappe: rapports schizophréniques, mal digérés, jamais pris de front, donc en suspens, plaie suintante en attente de catharsis.Mais revenons à la messe de mardi dernier.Elle possédait l’attrait d’être célébrée par Les Prêtres chantants, dont l’album Spiritus Dei fait un malheur en France depuis le début de 2010.Vendu à un demi-million d’exemplaires, rien de moins.Les pères Jean-Michel Bardet et Charles Troesch y donnent de la voix aux côtés du séminariste Dinh Nguyen Nguyen, ce dernier semblant témoigner par sa seule présence d’une panne de recrutement clérical.Voici le disque disponible chez nous, pile-poil avant Noël, ce qui devrait pousser les ventes.Des vedettes étrangères en tournée de promotion.Au Québec, Les Prêtres chantants n’ont pas encore la cote et, m’attendant à trouver une basilique comble, j’aperçus plutôt quelques poignées de hdèles et de journalistes au rendez-vous, debout ou à genoux, selon les consignes de la cérémonie.J’y trouvai mon compte, décor aidant, surtout lorsqu’ils chantaient le Sanctus et YAve Maria, flattant mon faible pour les chants en latin.Bizarre phénomène, quand même, dans une France à la laïcité si ancrée, qu’un tel engouement pour les chants de ces prêtres-là.Les habitants de l’Hexagone doivent être aussi schizophrènes que nous en la matière.Ces trois ecclésiastiques du diocèse de Gap, dans les Hautes-Alpes, sont traités chez eux comme des rock stars, hôtes de toutes les tribunes médiatiques, se trimballant en tournée, signant des autographes, attirant par la bande de nouveaux fidèles dans les églises désertées.Ils ont suivi l’exemple du groupe irlandais The Priests, au succès populaire artistiquement mieux justihé.Après rimmense succès de Nebbia, Daniele Finzi Pasca est de retour à Montréal avec sa toute nouvelle création fl OH' K '.a ’ DONKA - Une lettre è Tchékhov * de Danièle Finzi Pascà # 1“ au 18 décembre 2010 0 SUNll^ WWW.USINE-C.COM | BILLETTERIE 514 521-4493 >-:¦ .Jjfer- tAUSANNt , ' UN TH£tTWf AU »E L'/aU ESPACE THEATAAl EUA«AËEN PARTENAIRE PRIVILÉGIÉ QUEBECOIS 3 SUPPLÉMENTAIRES 14 -h 15 -h 16 DÉCEMBRE «Une production électrisante ! -LeDevoir «Une mécanique hallucinante.Quatre acteurs fabuleux .» - R-C, /e l’ai vuàia radio « C’est cinglant, très, très drôle.Quatre acteurs qui font de la haute voltige.» - R-c, C’est bien meilleur le matin « Divertissement décapant.» - La Presse UNE PRÉSENTATION BNP PARIBAS La.banque d'un monde qui change “‘'CAR- TONI MeiUeurepiicedel’année (New York, 2000 deYASMINA REZA nisTEnscÉiTORRAINE PINTAL avecANNE-MARIE CADIEUX / JAMES HYNDMAN /GUY NADON /CHRISTIANE PASQUIER ASSISTANCEÀLAMISE EN SCÈNE n-RÉGIE DETHZAlDATHOM/^/DÉCûnANICK IA DISSONNIÈRE/COSTUMES MARC SENÉ(^/écujragesCIAUDE(X)URNOYER/mijsique MICHEL SMITH/CONCBTION DES MAQUILLAGES JACQUES-LEE PELLETIER Théâtre du Nouveau IVIondc À L’AFFICHE! / TNM.QC.CA / 514.866.8668 m msa* SONY MUSIC L’album Spiritus Dei du groupe Les Prêtres chantants fait un malheur en France depuis le début de 2010.Car les prêtres français ne possèdent pas, et loin s’en faut, les belles voix de leurs confrères d’outre-Manche, plutôt des timbres quelconques, au fait.Ajoutez un répertoire discutable lorsqu’ils s’éloignent des chants sacrés pour entonner L’Envie d’aimer, Je crois en toi et autres rengaines kitsch.Ils ont même traduit VHalleluja de Cohen en changeant toutes les paroles.Bon! Triomphe hexagonal tout de même, et pas seulement dans les rangs des fervents cathos, aussi auprès d’incroyants en mal d’apaisement, d’amour et d’espoir dans le monde cynique qui les heurte.Va pour Les Prêtres chantants, même avec leurs arrangements musicaux trop commerciaux, leurs clips racoleurs, s’ils apaisent leur public.Dommage qu’aujourd’hui la quête de réconfort rime souvent encore avec religion.Leur évêque imprésario, Jean-Michel di Falco, se défend de vouloir faire vibrer la corde catholique à des hns commerciales.Il assure n’avoir pas prévu l’ampleur du succès, cherchait surtout à recueillir de fonds, entre autres pour des oeuvres caritatives au Madagascar.D’ailleurs, ces prêtres ne mettent rien dans leurs poches, même si pareille aventure change les parcours de vie.Rappelons pour la petite histoire que la France des années 60 avait enfanté de troublants phénomènes de religieux chantants.Sœur Sourire, derrière le succès Dominique, nique nique, après des vicissitudes diverses, mettait hn à ses jours.De son côté, le père Duval, surnommé par Brassens «la cqlotte chantante», sombrait dans l’alcoolisme.A croire que les vocations religieuses sont peu solubles dans le star-système.«C’est parce qu’ils étaient seuls», tranche monseigneur di Falco.Dégroupé apporte une protection.» Jeu de la notoriété, griserie du succès.Qn sent craquer tous ces pièges-là sous les semelles des Prêtres chantants, pour autant que l’engouement pour ce répertoire puisse durer.Sinon, leur ministère leur paraîtra assez drabe après avoir goûté aux feux de la rampe.Qn regarde du coin de l’œil ces stars françaises en soutane, pas trop épatés sur le plan musical, mais songeant que leurs chansons versent un baume sur un désarroi collectif, baume que peu d’artistes apportent sur un mode profane.Brassens le faisait.Qn s’ennuie de lui.Il y a bien Cohen aussi.otremblay@devoir.corn Naissances TEXTES, MISES EN SCENE ET INTERPRETATION FRANCINE ALEPIN h GARY BOUDREAULT + SIMON BOULERICE + STÉPHANE DEMERS + CATHERINE VIDAL PRODUCTION NOUVEAU THÉÂTRE EXPÉRIMENTAL DIRECTION ARTISTIQUE DANIEL BRIÈRE + ALEXIS MARTIN DU 30 NOVEMBRE AU 18 DÉCEMBRE 2010 espace SAISON DE THEATRE2010-2011 OD billetterie^BU 521-4191 + espacelibre.qc.ca 1945 rue fullum à Montréal la nuit juste aua'ljt les -Forêts DE BERNARD-MARIE KOLTÈS / AVECfSÉBASTlEN RICARD / MIS EN SCÈNE PAR BRIGITTE HAENTJENS UNE PRODUCTION DE SIBVLLINES / A COMPTER DU 16 NOVEMËkE 2010 A 20H SUPPLÉMENTAIRES LES 9, 10 ET 11 Décembre 2010 “ Brigitte Haentjens a so^eusement planifié ce raid poétique.le résultat est très convaincant (.) C est tellement vrai que Ion sort de cette représentation avec une soifhallucinante.” - La Presse “Tout à fait fragile, Sébastien Ricard rend le texte avec ime grande crédibilité.À Timage d’im funambule sprintant sur un fil de fer, il ne perd jamais l’équilibre entre l’intelligence du propos et l’émotion de son personn^e.” - Canoe COLLABORATEURS / Colette Drouin^ Anick La Bissonnlèreji Julie Charland Ansel O Barsetti, Buy Sinardj.Jean-François Landry, Sébastien inland SIBYLLINES THÉÂTRE DE CRÉATION 661, RUE ROSE-He-LIMA, Montréal Billets en uente à la billetterie du Théâtre de Quat'^Sous 514 845 = 7277 -f ui/jiiijosibyl 1 ines^con PHOTOGa.APHIE / ANGELO DARSETTI + DESIGN / STUDIO T-DONE LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 E 3 CULTURE DANSE Hpine à la joie Un cabaret de danse contemporaine inspiré par les écrits d’un jésuite né au XIX® siècle et par la danse à claquettes?Sur le jazz flyé de Sun Ra Arkestra?Dansé par certains des meilleurs interprètes canadiens?Avec des marionnettes et des paillettes?On est hypermoderne ou on ne l’est pas: bienvenue dans le déjanté Hymn to the Universe, de Coleman Lemieux & Compagnie.CATHERINE LALONDE Le chorégraphe Bill Coleman s’est pris de passion pour les écrits du jésuite, paléontologue et philosophe Pierre Teilhard de Chardin, décédé en 1955.Si ses oeuvres, publiées après sa mort, servent aussi de source à certaines théories échevelées, comme celles des transhumanistes, c’est, croit Coleman, que trop peu de lecteurs prennent la peine de retourner au texte.Le chorégraphe de Zorro, de The Other Story et de Monsters Midway s’est plongé avec délice dans Le Phénomène humain: «Les écrits de Chardin sont optimistes, très lumineux, explique le chorégraphe en anglais, en entrevue téléphonique.Sa façon d’aborder l’évolution, la spiritualité, d’envisager où l’âme humaine peut aller.Il était visionnaire, capable d’imaginer le monde, cette connexion à la fois intime et de communication qu’on vit maintenant» au moyen d’Internet.Corps à corps, cœur à cœur Pour Coleman, le ton de la dernière décennie, avec «ses challenges environnementaux et ces grandes problématiques, laisse entendre que les scénarios futurs vont être infernaux.La danse est une magnifique façon d’explorer et la part d’ombre et la lumière; elle donne de l’exubérance, de la positivité.C’est une façon aussi d’avoir une conversation profonde avec nous-mêmes».Une autre façon de dire ce qu’écrivait Chardin: «Quand pour la première fois, dans un vivant, l’instinct s’est aperçu au miroir de lui-même, c’est le Monde tout entier qui a fait un pas.» Chardin, encore: «Ce n’est pas d’un tête à tête ni d’un corps à corps, c’est d’un cœur à cœur que nous avons besoin.» Coleman, pour Hymn to the Universe, s’est entouré de dix coeurs, dix danseurs, parmi les meilleurs au pays.Margie Gillis, l’aimée du public.Carol Prieur, égérie de Marie Chouinard, qui vient d’être nommée danseuse de l’année par le magazine allemand Tanz.Laurence Lemieux, deuxième tête de la compagnie.Michael Caldwell, Jennifer Dahl, Mairi Grieg, Yui-chiro Inoue, Michael Marye, Won Myeong Won, Heather Ogden, et le chorégraphe lui-même.Une folie de big band Pour ajouter à l’exubérance, Bill Coleman ne voulait rien de moins qu’un big band: des musiciens live, et de préférence fous.«Le Sun Ra Arkestra est le big band à la plus grande longévité (voir le texte de Serge Truffant ci-contreh Les musiciens ont entre 20 et 86 ans, et, s’ils touchent à l’électronique, aux standards jazz et à l’avant-garde, la façon dont ils déploient la musique ne ressemble à rien d’autre», poursuit le chorégraphe.Il fallait, pour cet hymne à la joie, une forme éclatée, et Coleman Lemieux & Compagnie transforme la Cinquième salle de la Place des Arts en cabaret.«Comme pour les écrits de Chardin, comme pour la musique de Sun Ra, il fallait que tout soit interconnecté et que les interprètes puissent se joindre et se lier au public.» Présenté déjà en 2008 à Toronto, le spectacle s’est glissé dans les top ten des événements danse du journal Toronto Star cette année-là, et le magazine Eye Weekly lui a donné la palme du Best Live Music.Spectacle de danse, bonbon pour l’œil ou soirée musicale?Cela reste à voir.Le Devoir HYMN TO THE UNIVERSE De Bill Coleman.Une production Coleman Lemieux & Compagnie, avec sept danseurs et les musiciens du Sun Ra Arkestra, présentée à la Place des Arts, du 1" au 11 décembre.Pour Hymn to the Universe, Bill Coleman s’est entouré de dix cœurs, dix danseurs, parmi les meilleurs au pays.La réincarnation du roi-soleil égyptien.Le Sun Ra Arkestra est l’orchestre de la longévité, le plus vieux groupe du monde.Oui, oui, oui.Parce que, faut le savoir, cette formation a été fondée par la réincarnation du roi-soleil égyptien.De son vivant, terrestre il faut le préciser, Sun Ra, alias Herman Blount, afhrmait qu’il avait commencé ses explorations musicales bien avant que Teilhard de Chardin ne compose ces livres qui ont inspiré le chorégraphe Bill Coleman.Depuis que Sun Ra a mis entre parenthèses sa vie ici-bas, Marshall Allen, saxophoniste n’ayant pas son pareil pour décaper les neurones, pour déconstruire les standards du jazz, a repris le bâton du chef d’un orchestre qui est davantage une coopérative qu’un big band au sens classique du terme.Une coop qui cultive encore et toujours ce brin de folie qui fait que, lorsque ses membres jouent une composition de Monk ou d’Ellington, ils se l’approprient totalement, le morceau de l’autre.Depuis (bis) que le «marshall» de l’Arkestra préside, il en va aujourd’hui comme il en allait hier.Ils jouent aussi souvent aux quatre coins du globe, particulièrement en Europe, et enregistrent tout autant.A telle enseigne que le nombre de disques publiés dépasse ceux publiés par la combinaison Duke Ellington-Count Basie.Le plus drôle, dans leur longue histoire, est ceci: ils ne se répètent jamais.Cette singularité s’explique avant tout par ce souci éternel ou constant qu’ils ont d’injecter joie et fraîcheur dans chacune des notes jouées par cette phalange musicale unique au monde.Serge Truffaut 1 PHOTOS PAUL-ANTOINE TAILLEFER Présenté déjà en 2008 à Toronto, le spectacle s’est glissé dans les top ten des événements danse du journal Toronto Star cette année-là.Pour ajouter à l’exubérance, Bill Coleman ne voulait rien de moins qu’un big band.O vfv h On NOUVELLE CREATION ¦ Æ ' -tl) 'I ¦‘id ' \ AOUT 2011 - EN VENTE MAINTENANT 1.866.999.8111*cavalia.net E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 CULTURE THÉÂTRE Tout dire en tout petit Le NTE propose cinq microtextes dans cinq lieux différents de l’Espace libre.MICHEL BÉLAIR Daniel Brière rit dans sa barbe de trois ou quatre jours, comme d’habitude, en racontant d’où est venue l’idée de ce Naissances qui prend l’affiche de l’Espace libre mardi.En droite ligne du 6® Salon international du théâtre contemporain, cette fabuleuse folie orchestrée il y a quelques années par le Nouveau Théâtre Contraintes lourdes Naissances est ce que l’on pourrait appeler un spectacle typiquement NTE, du genre que l’on ne peut voir qu’â l’ancienne caserne de pompiers de la rue Eullum.Briére et Martin ont souhaité voir remettre ici plusieurs de nos habitudes théâtrales en question.D’abord le spectacle lui-même, habituellement joué dans une salle devant des spectateurs.Naissances ne sera pas joué dans un lieu, mais bien dans cinq différents espaces de l’Espace libre chaque fois devant des petits groupes expérimental (NTE).Pour être plus précis encore, du petit stand du Théâtre Micro de Montréal (TMM) que tenait le comédien Paul Savoie lors de l’événement.Devant lui, Erancine Alepin — un des cinq auteurs du spectacle avec Simon Boulerice, Catherine Vidal, Gary Boudreault et Stéphane Demers — croule de rire pendant qu’il explique ce qu’Alexis Martin et lui ont souhaité explorer avec cette production.Naissances ne sera pas joué dans un lieu, mais bien dans cinq différents espaces de l’Espace libre, chaque fois devant des petits groupes d’une vingtaine de spectateurs — «23 précisément», dit Briére en essayant d’avoir l’air sérieux.Il découle de cette première contrainte imposée — puisque c’est la façon dont on explore les limites du théâtre au NTE, on le sait — la réalité bien concrète du «petit» spectacle: Brière et Martin parlent d’UMT, pour «Unités micro théâtrales».Le microspectacle doit donc pouvoir être joué partout, n’im- JACQUES GRENIER LE DEVOIR Daniel Brière et Francine Alepin font partie du groupe de cinq artistes qui jouent et scénarisent Naissances.porte où, avec peu de moyens.Le performeur-comédien peut se faire aider par les concepteurs engagés par le NTE (Michel Ostazewsid, Erwann Bernard et Benoît Durand-Jodoin), mais il doit «assumer» complètement la «gérance» dudit spec- tacle: mise en scène, décor, costumes, technique.Il s’occupe de tout et il joue seul son texte — s’il décide qu’il y a un texte, bien sûr.Mais comme Brière et Martin ont choisi d’inviter cinq créateurs d’horizons différents â ve- Exposition LOGOTOPIA LA BIBLIOTHÈQUE AU CONFLUENT DE UARCHITECTURE, DE L’ART ET DE E’IMAGINAIRE Explorez la bibliothèque sous les angles de l’architecture, de l’art et de l’imaginaire tout en examinant son avenir à l’âge de l’information.Produite par Cambridge Galleries, de Cambridge (Ontario) I il Jusqu’au 27 mars 2011 Salle d’exposition principale, niveau M Entrée libre 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal è^© ® Berri-UQAM ou autobus : 30, 15 et 1 25 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 GRANDE BIBLIOTHÈQUE banq.qc.ca ¦ \J\\E Bibliothèque et Archives nationales ^ I EJ E9 Québec E9 E9 nir jouer avec eux.le «petit» spectacle doit aussi être court.Douze minutes, douze! Pas plus puisque le tout doit s’échelonner sur un peu plus d’une heure (5 X 12) avec les déplacements des spectateurs dans le bâtiment tout entier.C’est dire aussi que chaque soir, chaque comédien jouera cinq fois devant des spectateurs chaque fois différents.Pour orienter un peu plus l’exploration, pour lui donner un cadre commun, les deux décapeurs-de-certitudes-en-chef du NTE ont ensuite décidé d’imposer un thème: celui de la naissance, justement.«Naissances avec un “s”, ajoute Brière.Comme dans naissance d’un enfant, mais aussi d’une ville ou d’une civilisation; naissance d’un sentiment ou d’un amour; naissance dans sa pluralité.» Résumons.Nous voilà maintenant avec cinq microspectacles joués, chacun, en même temps, dans des endroits différents de l’ancienne caserne.Autosuffisants, portatifs, autonomes, les cinq spectacles illustrant le thème de la naissance sont pensés, joués, scé-nographiés et même éclairés et sonorisés par leur auteur.De leur côté, Daniel Brière et Alexis Martin seront lâ pour s’occuper de l’accueil des spectateurs.Ce sont eux qui les remettront entre les mains des bénévoles qui, chaque soir, vont se charger de piloter les groupes de spectateurs d’un microspectacle â l’autre.Brière prévient tout de même que les deux compères nous réservent quelques petites surprises de bon goût durant l’entracte.Un défi Comment réagit-on devant une telle proposition?Erancine Alepin — oui, celle d’Omnibus — a tout de suite vu la chose comme «un formidable défi».«Comme tous les défis, c’est à la fois extrêmement stimulant et incroyablement difficile.Heureusement, Daniel et Alexis ont été pour moi des guides à travers tout cela; ils m’ont souvent aidée à réanimer la flamme lorsque je tournais en rond.[.] J’ai voulu prendre les consignes au pied de la lettre et je me suis presque tout de suite mise à lire les plus grands mythes fondateurs de l’humanité.Je suis rapidement tombée sur les reproductions de ces premières figurines représentant la déesse mère.C’est de là sans doute qu’est venue mon idée d’utiliser des figurines d’échelles différentes.» Bref, elle a choisi de raconter l’histoire de la nais- sance de l’humanité.Ne restait plus qu’â mettre cela en forme.En douze minutes.Et pourquoi pas, tant qu’â y être, sans mot?«C’est une contrainte supplémentaire que je me suis imposée, dit-elle en souriant du coin des lèvres.J’ai voulu plonger dans l’expérience en me servant de mes outils les plus sûrs.De celui que je connais le mieux et avec lequel j’ai l’habitude d’explorer dans mon travail chez Omnibus: mon corps.C’est ainsi que s’est rapidement imposé le besoin de définir mon corps tout entier comme le territoire du spectacle.» Lâ-des-sus, elle sort chercher une sorte de petite valise de laquelle elle tirera des figurines en plastique, des tiges de métal, des bouts de bois.«Tous les éléments de mon microspectacle sont là devant vous, moi y compris.» Daniel Brière conclut en soulignant â quel point les démarches des cinq créateurs de Naissances sont complètement différentes les unes des autres.«Chacun s’est vraiment lancé dans une recherche profonde pour développer des univers très forts dans des styles différents.Stéphane [Demers] est probablement celui qui a développé l’approche la plus techno alors que Gary [Boudreault] a choisi la simplicité et le dénuement pour raconter la naissance du monde avec rien.L’éventail des approches est absolument fascinant et je pense que l’exercice est très réussi.» On pourra s’en faire déjà une petite idée en consultant le blogue (www.nte.qc.ca/cate-gory/blog/naissances) développé par le NTE, où l’on trouvera une foule de documents intéressants, dont la lettre dans laquelle Alexis Martin définit les contraintes auxquelles doivent se soumettre les participants â l’expérience de Naissances.Il y a lâ aussi des extraits vidéo, des entrevues, des séances de travail, des photos absurdes, des références â des livres aussi et â des documents divers dont on s’est servi pour le spectacle.Une mine: des heures de plaisir et de découvertes.Le Devoir NAISSANCES Cinq microspectacles écrits, joués et scénarisés par Francine Alepin, Gary Boudreault, Simon Boulerice, Stéphane Demers et Catherine Vidal.Une production du NTE présentée â l’Espace libre du 30 novembre au 18 décembre.^ 514 5214191.Naissances r SSr;: dS Sua«ons de mior„tdeâ«e, De et avec: FRANCINE ALEPIN, GARY BOUDREAULT, SIMON BOULERICE, STÉPHANE DEMERS, CATHERINE VIDAL Direction artistique: DANIEL BRIÈRE ET ALEXIS MARTIN 5 SOIRS SEULEMENT! au Théâtre d’Aujourd’hui du 30 novembre au 4 décembre 2010 de Marie-Josée Bastien Mathieu Gosseiin Étienne Lepage et Jean-Frédéric Messier mise en scène Benoît Vermeuien Théâtre d’Aujourd’hui 3900, rue Saint-Denis, Montréai-QC «théâtres I le clou! «Ily a de ces spectacles, comme Éclats et autres libertés, tellement brillants que les mots viennent à manquer.Essayons quand même : il s’agit d’une pièce pétulante, pétillante, rafraîchissante, éclatée, ludique, créative, exaltée, Jouissive, poétique, contestataire, engagée, touchante, drôle; bref, vivante.» - Éric Moreault, Le Soleil www.theatredaujourdhui.qc.ca/eclats T.514 282-3900 H_ _ OB espace LIBRE LE DEVOIR Du 30 novembre au 18 décembre 2010 A Espace Libre 1945 Fullum, métro Frontenac Réservation: 514 521-4191 www.nte.qc.ca LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 E 5 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Kent Nagano et Yannick Nézet-Séguin en vidéo CHRISTOPHE HUSS Les deux chefs-vedettes de la métropole se retrouvent simultanément au programme des nouvelles parutions DVD de l’éditeur Universal: Nagano sur étiquette Decca et Nézet-Séguin chez Deutsche Grammophon.Ces deux DVD de prestige, très attendus, viennent enrichir le catalogue.Deutsche Grammophon renouvelle sa vidéo-graphie de Carmen en publiant le spectacle enregistré au Metropolitan Opera en janvier dernier sous la direction de Yannick Nézet-Séguin et diffusé dans les cinémas à travers la planète.Decca nous vient avec un nouveau Lohengrin de Wagner cqpté en juillet 2009 à l’Opéra d’Etat de Bavière — dont Kent Nagano est le directeur musical — mettant en vedette le ténor coqueluche du moment, Jonas Kaufmann.La juxtaposition de ces deux nouveautés permet de brasser un certain nombre d’idées sur la scénographie et la captation visuelle d’un opéra.Une nouvelle Carmen au Met Nul doute que, sur le plan commercial, il se vendra plus de DVD de Carmen que de Ln-hengrin.Sur la couverture du DVD, un Roberto Alagna vociférant essaie de tirer à lui la belle Elina Garança, qui nous présente son décolleté plongeant.L’image est tirée de la scène finale et illustre bien un angle de vue dont le réalisateur vidéo.Gary Halvorson, abuse dans cette production: la contre-plongée résultant de l’utilisation de la caméra robotisée qui se meut le long du bord de la fosse d’orchestre.Intéressant regard d’appoint, cette loupe sur ce qui se passe sur scène est à utiliser avec mesure et parcimonie.Mais la mesure et la parcimonie ne sont pas les qualités premières du virevoltant réalisateur Halvorson.Des scènes telles que le choeur des cigarières pâtissent de cette vision à hauteur de bottes.On peut s’étonner de voir un passage en vidéo domestique d’un spectacle du Met, qui mise sur le logo «HD», se faire uniquement sur le vieux support DVD et non en Blu-ray.C’est un signe que les majors restent très prudents dans leurs investissements en Blu-ray.Dans le cas présent.Universal a déjà une Carmen en Blu-ray sur le marché: la référence absolue, enregistrée à Londres sous la direction d’Antonio Pappano, avec Anna Caterina Antonacci et Carmen E.L1NA GARANCA RÜJIEKIÜ ALAGNA KAR.&ARA FRITTOLI TEDDY TAHU RHODES KEITH MILLER uciiopolpian (Jpcn Orchciiii.c;horui.inü l>ilkt YANNICK NÉZETSÉGUIN BAYERISCHE STAATSORCHE5TE KENT NAGAN STAGE DIRECTIUN RICHARD JONE Jonas Kaufmann.Malgré ses mérites, la plaisante production dirigée par Yannick Nézet-Séguin n’arrive pas à la hauteur de cette représentation incandescente.On notera cependant que, même s’il n’investit pas le marché du Blu-ray, Universal porte désormais une attention accrue à la qualité de la compression de l’image.Cette Carmen occupe ainsi deux DVD, alors que la production de Zeffirelli, dirigée par James Levine, était brutalement comprimée en un seul.Par contre, comme déjà à plusieurs reprises avec les spectacles du Met en DVD, le son n’est pas optimal: il manque de respiration et de finesse dans les aigus.Rien de déshonorant, mais pas le meilleur de ce qui peut se faire de nos jours.La nouvelle Carmen du Met — qui remplace celle de Zeffirelli — est signée Richard Eyre.Elle est plus dépouillée et d’une belle esthétique, grâce à l’astucieux dispositif d’arène tournante créé par Rob Howell.Scéniquement, elle a l’air de grappiller ses idées çà et là dans les productions anglaises de la dernière décennie (Glyn-debourne, Londres).Si l’on cherche à avoir une seconde version en plus d’An-tonacci-Kaufmann, on achètera ce DVD essentiellement pour la classe de la Micaela de Barbara Erittoli et l’efficacité du tandem Garanca-Ala-gna, ce dernier manquant toutefois de discipline, avec quelques intonations un peu hautes.Spectacle en Amérique oblige.Yannick Nézet-Séguin dirige la partition traditionnelle, avec les récitatifs et non les dialogues parlés qui contribuent à la tension des affrontements dans la représentation londonienne.Jonas et le Regietheater Lohengrin de Wagner, capté à Munich, expose d’emblée la ri-« WW' J — -r le- '¦:g ^ mâ: 16 novembre au 16 décembre 2010 UNE PRODUCTION DU THÉÂTRE DE QUAT'SOUS D'après le roman de ROBERTO BOLAfiO ÉMILE et NICOLE MARTEL | CATHERINE VIDAL | ROMAIN FABRE | | FRUZSINA LANYI | ALEXANDRE PILON-GUAY | FRANCIS ROSSIGNOL | | ' FLORENCE CORNET et CLAUDIA COUTURE Ai/ec RENAUD LACELLE-BOURDON, OLIVIER MORIN, i .DOMINIQUE QUESNEL et VICTOR ANDRES TRELLES TURGEON ifl mise en scene comme principal sujet de discussion et de débat.Pas de doute, on est en Europe! Nous vous en avions parlé il y a quelques semaines: sur le Vieux Continent, le regard du metteur en scène est devenu plus important que l’opéra lui-même.Ne tombons pas dans le piège et évoquons d’abord le reste.Pour Lohengrin aussi, Decca a consenti de grands efforts sur le plan technique: la compression visuelle est bien gérée, les couleurs sont profondes et les contrastes mordants, d’autant que la production, très bien éclairée, ne pose pas de problèmes particuliers.Le son, tout aussi présent et puissant qu’au Met, pâtit du même manque de recul, mais s’avère plus ouvert, plus fin, avec des aigus bien découpés.Le filmage de Karina Fibich épouse mieux le rythme de la musique que le montage de Gary Halvorson et évite les angles superflus tout en nous maintenant en contact avec la scène.Mais l’expérience montre que les réalisateurs d’aujourd’hui rechignent à «laisser le temps au temps» et multiplient le nombre de plans.On s’étonne aussi de la présence de certains plans malhabiles ou instables, comme avant l’entrée de Lohengrin.Le plateau munichois est un pur bijou.Jonas Kaufmann en est la tête d’affiche, toujours aussi magnétique vocalement et scéniquement.Mais il n’est pas le seul, car l’Eisa d’Anja Harteros est aussi glorieuse.Aucune tension vocale chez ces deux héros.Et les rôles d’Or-trud (Michaela Schuster) et de Telramund (Friedrich Koch) — les méchants — sont tenus au même niveau.Dans la fosse, Kent Nagano donne une impulsion souvent surprenante par son allant dans cet opéra souvent dirigé de manière étale.Cette fluidité facilite le travail des chanteurs, mais ôte finesse et magie à maintes reprises.Cela dit, «finesse et magie» ne sont pas ce qui caractérise le spectacle.Après tout, on peut éteindre le téléviseur et écouter les chanteurs, nectar du chant wagnérien, mais ce n’est pas le but de l’opération.A ce compte-là, on achète en CD la version de Rudolf Kem-pe chez FMI.C’est peut-être la meilleure solution, car ce Lohengrin a un fossoyeur, un metteur en scène dénommé Richard Jones.Voir Kaufmann en t-shirt, jeans et espadrilles porter son cygne empaillé (c’est-à-dire susciter l’effroi en chantant comme un dieu) est une situation assez surréaliste.De plus il apparaît dans un chantier de construction, car le nœud de la chose semble être Eisa construisant son pavillon de banlieue.Au premier acte, ç’a du mal à monter; au second, tout s’active; au troisième, ça y est.11 ne manque que Normand Brathwaite ponctuant le flux wagnérien de quelques «On l’a!».Une nouvelle fois une œuvre musicale est pliée à un concept extrinsèque — ici l’obsession bourgeoise de l’accession au petit «chez-soi» propret.Cette tentative est de celles qui détournent l’attention de l’essence des choses: le génie de Wagner et le talent des musiciens qui le servent.C’est désolant! Le Devoir ¦ Carmen au Metropolitan Opera (janvier 2010).Direction: Yannick Nézet-Séguin.Mise en scène: Richard Eyre.DG 2 DVD 073 4581.Lohengrin au Bayerischer Staatsoper (juillet 2009).Direction: Kent Nagano.Mise en scène: Richard Jones.Decca 2 DVD 074 3387 Jazz et blues Les blues de la diva SERGE TRUEEAUT Le nouvel album de Cassandra Wilson, dite la Diva, appartient à la catégorie du mi-figue, mi-raisin.Un coup c’est bon, très bon même, un coup ça l’est moins parce que trop maniéré.Peut-être qu’il est ainsi, cet album intitulé Silver Pony sur étiquette Blue Note, à cause de la.mémoire! La musicale évidemment.Voilà, on aime bien Wilson lorsqu’elle entame des standards, des classiques, ou lorsqu’elle part à l’aventure.Lorsqu’elle prend des risques.Mais quand elle s’attaque au blues, on a l’impression qu’elle passe à côté.Cela tient essentiellement au fait que sa voix est trop sophistiquée, trop perfectionnée, donc trop froide.Prenons le vieux St.James In-Jirmary et le presque aussi vieux Forty Days, Forty Nights.Sur ces pièces d’anthologie, c’est le cas de le dire, Sidney Bechefi Roosevelt Sykes, Muddy Waters, Willie Dixon et d’autres ne se sont jamais cassé les dents.Ils n’ont jamais été hors sujet parce que leurs interprétations, vocales autant qu’instrumentales, étaient au diapason des mots, des histoires racontées.Là où ces messieurs étaient aussi humbles que sensibles, Wilson est hautaine.Autant sa voix colle à merveille à Lover Corne Bock, autant on trouve qu’elle est hors des clous lorsqu’elle tente de s’approprier St James Infirmary.Cela étant, elle est flanquée d’excellents musiciens: Marvin Sewell à la guitare, Reginald Veal à la contrebasse, fJerlin Riley à la batterie, Jonathan Baptise au piano, et d’autres fines lames invitées sur certains morceaux.On l’a déjà écrit, on le répète: le tromboniste Richard Gagnon est un homme courageux sans être pour autant inconscient.Cette distinction, cette singularité, tient tout d’abord à un chiffre: quatre.De-que-cé?Quatre trombones.Quand on sait qu’il est plus difficile de séduire ou convaincre sur cet instrument que sur le saxo ou la trompinette, mettons que rassembler autant de trombones tient du pari.Risqué, le pari.Toujours est-il qu’après avoir publié un très bon album il y a quelques mois, Gagnon va se produire sur la scène de L’Astral.Quand?Ce soir à compter de 20h.Qutre Gagnon, les autres s’appellent Jean-Nicholas Trottier, David Martin, Serge Arseneault, Muhammad Abdul Al-Khabyyr, puis Robert Ellis au trombone basse et au tuba.La formation rythmique sera formée de Gaétan Daigneault au piano, de Frédéric Grenier à la contrebasse et du très sûr Dave Laing à la batterie.Si le spectacle est à l’image, si l’on peut dire, de l’album de Gagnon, alors ça va déménager.Et pas à peu près.Plus tard dans la semaine, le 2 décembre pour être exact, le big band de l’Université de Montréal, qui rassemble des profs réputés pour être surtout d’excellents musiciens, occupera la scène de la salle Claude Champagne.Ils seront sous la direction du trompettiste Ron Di Lau-ro.Parmi les membres de l’orchestre, on a retenu la présence des contrebassistes Frédéric Ala-rie et Michel Donato, des guitaristes Michael Gauthier et Reno De Stefano, du tromboniste Jean-Nicholas Trottier et du vétéran Pierre Leduc au piano.Le Devoir CINQUIEME SALLE RIBE-SORSOECICOI ARIE'B£LAND \YC^ VX : URUE DECOY STORY BEHIND : UNE DANSE DONT VOUS ÊTES LE HÉROS 1,2, 3, 4 DECEMBRE 2010 A T9 H 30 5 DÉCEMBRE À T6 H Y' 840, rue Cherrier, Montréal métro Sherbrooke www.tangente.qc.ca Billetterie 514-525-1500 ^ébecHci 1^1 ' RAYON X A TRUE DECOY STORY ©Jonathan Inksetter f, En codiffusion avec Le Groupe de la Veillée Federico Garcia Lorca COLEMAN LEMIEUX & COMPAGNIE THE SUN RA AKKESTRA DU IEB AU 11 DECEMBRE Dix danseurs acclamés internationalement - dont Margie Gillis et quinze musiciens du légendaire Sun Ra Arkestra dans un cabaret hallucinant ! noces : m.e.s.de Patrice Trembiay THCURE de qUAT'SOUS I 100, AVENUE DES PINS EST, ',^ONTRËAL I BILL BILLETTERIE 514 845-7277 44 HEURE DU CONTE 28 NOVEMBRE 15H00 ACTIVITÉ GRATUITE POUR LES ENFANTS DES SPECTATEURS AVEC DOMINIQUE PÉTIN « Sun Ra Arkestra.Le Chaînon manquant entre Duke Ellington et Public Enemy » Rolling Stone Magazine cinquiemesalle.com 514842 2112/1 866 842 2112 FACEBOOK.COM/CINQUIEMESALLE Place des Arts La saison Cinquième Salle est présentée grâce h l'appui financier de la Fondation de la Place des Arts.ON JOUE AU [PR0SPER0]l Au Théâtre Prospero 1371, rue Ontario Est, Montréal Du 16 novembre au 4 décembre Du mardi au samedi à 20 h Le mercredi à 19 h Billetterie; 514526-6582 Réseau Admission ; 514 790-1245 E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 mm Notes sinistres et glamour au MBAM OTTO DK.UN MONDE EFFROYABLE ET BEAU Jusqu’au 2 janvier 2011 DENIS GAGNON S’EXPOSE Jusqu’au 13 février 2011 Musée des beaux-arts de Montréal 1380, rue Sherbrooke Ouest MARIE-ÈVE CHARRON Il reste à peine un mois pour voir le travail d’Otto Dix (1891-1969) au Musée des beaux-arts de Montréal (MBANU dans une exposition qui s’avère une des plus consistantes de l’automne.Il en va ainsi autant pour le caractère exceptionnel de cette exposition, une première nord-américaine pour celui qui fait partie des plus importants artistes allemands du XX® siècle, que pour les tragédies sociales qui ont marqué la période historique couverte, soit celle des deux guerres mondiales.Plus qu’un devoir de mémoire, cette exposition ravive l’intérêt autour d’une hgure d’artiste qui a pris le risque de jeter un regard franc et critique sur son époque.Aussi l’exposition commence-t-elle sans ménagement par des enhlades de dessins et de gravures réalisées durant la Première Guerre mondiale, que Dix a vécue aux premières loges en tant que soldat mitrailleur.Les corps y sont bien sûr à l’avant-plan, des corps devenus chairs informes, ensanglantées et mutilées par les projectiles qui ont aussi pulvérisé l’harmonie des paysages.Crues et parfois satyriques, ces représentations refusent de faire dans l’héroïsme et de glori-her la vie des tranchées.Quelques documents (films et photos) campent la guerre thématisée dans la première salle.Le MBAM, contrairement à son habitude, a fait preuve de retenue dans la scénographie de l’exposition tout en tenant néanmoins à évoquer le contexte historique des oeuvres.Dans cette optique, l’apport d’extraits de hlm au cours de l’exposition s’avère fructueux, surtout dans » Portrait de groupe; Günther Franke, Paul Ferdinand Schmidt et Karl Nierendorf, Otto Dix, 1923, © SUCCESSION OTTO DIX / SODRAC (2010) Staatliche Museen Preutiischer Kulturbesitz, Nationalgalerie Berlin.la deuxième salle, où ils contribuent à évoquer la vitalité artistique de Berlin à travers le cinéma de l’entre-deux-guerres qui, sous la République de Weimar, s’engage dans l’expressionnisme ou la Nouvelle Objectivité.Bordels et portraits Même après la guerre, les oeuvres de Dix sont empreintes de violence et dérangent, comme en fait foi le récit autour du tableau Invalides de guerre, exposé à la première Foire internationale dada à Berlin en 1922 et détruit durant la Seconde Guerre mondiale.Une bonne partie de l’exposition se consacre aux oeuvres de Dix ayant pour thèmes des prostituées, dont les représentations ne sont pas tendres non plus.Les aquarelles et les peintures donnent à voir des nus féminins loin des conventions classiques ou idéalisantes et se font plutôt salaces.Dix a dépeint la dureté de l’univers des bordels où hommes, y compris lui, et femmes sont motivés par leurs instincts, de plaisir ou de survie.La brutalité culmine dans la série portant sur les crimes de nature sexuelle.À côté de cette salle, celle réunissant les portraits se montre nettement plus sage, bien que Dix ne fût pas connu pour être flatteur envers ses modèles.cier la singularité de la facture découlant d’une technique complexe mêlant peinture à l’huile et tempéra à l’œuf sur panneau de bois.Une place de choix est consacrée au portrait de l’avocat Hugo Simons qui fait partie de la collection du MBAM.La saga entou- Dix a dépeint la dureté de Tunivers des bordels où hommes, y compris lui, et femmes sont motivés par leurs instincts, de plaisir ou de survie épousant plutôt l’approche de la Nouvelle Objectivité.C’était au demeurant un portraitiste bien en vue dont les services ont été maintes fois retenus par les intellectuels, les hommes d’affaires, les docteurs, mais aussi les artistes et les poètes.Il est décevant de ne pas retrouver certains portraits majeurs, mais la sélection, dans cette exposition qui n’est pas il est vrai une rétrospective, permet d’appré- ego(s) au belgo Exposition-vente au bénéfice du Circa.et des collectionneurs Yves-Laurier Beaudoin Liliana Berezowsky Marie-France Brière Jean-François Cantin Eric Cardinal Guillaume Clermont Annie Conceicao-Rivest Cozic Laurent Craste René Derouin Jannick Deslauriers Marie-Michelle Deschamps Lalie Douglas Jean Dubois André Fournelle Sylvie Fraser Michelle Furlong Monique Giard Andréanne Godin Diane Gougeon Christian Kiopini Guillaume Labrie Guillaume Lachapelle Etienne Lafrance Eric Lamontagne Paméla Landry Guy La ramée Francine Larivée Mathieu Latulippe Pierre Leblanc Chloé Lefebvre Lisette Lemieux Maude Léonard-Contant Janet Logan Hélène Lord Yves Louis-Seize Jennifer Lupien Jennifer Macklem Paryse Martin Marie-Christiane Mathieu Francis Montillaud David Moore Jean-Pierre Morin Joëlle Morosoli Jean Noël Francesca Penserini Jocelyn Philibert Elisabeth Picard Gilbert Poissant Claude Prairie Nicolas Ranellucci Bruno Santerre Dominique Sirois Du 27 novembre au 18 décembre 2010 Vernissage AUJOURD’HUI de 15hOO à 18h00 372 Ste-Catherine Ouest, Espace 444 (514) 393-8248 www.circa-art.com rant son acquisition de même que le lien qui unissait Simons et Dix sont relatés en détail, révélant certains enjeux rattachés à la constitution d’une collection muséale.Le cas Simons permet aussi d’introduire dans le récit de l’exposition l’arrivée de Hitler au pouvoir et l’instauration du IIP Reich en 1933, qui allaient menacer la vie et le travail de nombreux artistes, y compris Dix.La partie portant sur cet épisode tragique est plus didactique, mais nécessaire.Il n’est pas superflu de rappeler la montée de l’intolérance et le traitement réservé aux artistes de l’avant-garde sous le IIP Reich.Pointé par le régime.Dix en VERNISSAGE CEu6, vaches, poupées, boutons et autres créadons 28 novembre au 19 décembre 2010 JACQUES THISDEL G A L E U I E Linda Verge 1049, AVENUE DES ÉRABLES QUÉBEC (418) 525-8393 www.galetielindaveTge.ca perdit son poste à l’académie de Dresde et certaines de ses œuvres furent détruites.H échappa ensuite à la censure en adoptant d’autres styles, comme le montre en fin de parcours l’exposition dans une salle toutefois mal équilibrée qui semble étirer la sauce.Cela dit, ce n’est pas une raison pour ne pas aller voir cette exposition, dont les forces sont effectivement plus nombreuses.Denis Gagnon Si vous allez au MBAM pour Dix, il faut aussi aller jeter un œil sur le travail remarquable du designer Denis Gagnon, présenté dans le Carré d’art contemporain, au sous-sol.Mais c’est peut-être d’abord Gagnon qui vous attirera au Musée.Sous le couvert de l’interdisciplinarité, les récents projets menés par l’institution de la rue Sherbrooke avec la musique et la haute couture (Andy Warhol, Miles Davis, Yves Saint Laurent) relèvent certainement aussi d’une entreprise visant l’élargissement des publics.Il existe assurément des liens entre le design des vêtements et les arts visuels, mais ce n’est pas le dessein de l’exposition de les montrer.C’est pourtant ce à quoi l’on pourrait s’attendre du MBAM, qui se contente ici de présenter une vingtaine de créations récentes de Gagnon en se passant d’une mise en contexte détaillée.L’exposition s’en remet plutôt à la scénographie, du reste fort réussie, menée par l’architecte Gilles Saucier.Au plafond, une pyramide inversée noire sert d’ingénieuse surface de projections d’images de défilés.Au mur se trouvent des détails agrandis des matières utilisées par Gagnon et le plan de son atelier (avec un clin d’œil à l’artiste Jeremy Deller).Dans cette mise en scène dépouillée et dramatique, les vêtements tiennent sur des supports sans pied qui permettent d’apprécier le jeu très linéaire découlant des matériaux, franges, dentelles et fermetures éclairs assemblés pour épouser au plus près les courbes du corps dans un constant souci de fluidité.Impossible de rester insensible devant les prouesses de la confection qui ont su transformer la matière, valant à Denis Gagnon cette entrée au MBAM, une première pour un designer québécois.Collaboratrice du Devoir CHRISTINE GUEST Le MBAM, présente une vingtaine de créations récentes de Denis Gagnon.Hodielaqa-MaisonnGuvG Gn trois iGmps.2"^ tGmps : Dgs anriGGS (oIIgs à I après-quGrrG (l918-1950) Du 24 novembre 2010 au 24 avril 2011 Programmation d'automne CONSACRÉE À LA POLOGNE MUSEE DU CHATEAU DUFRESNE 2929, Jeanne d'Arc, Montréal (Qc) H1W 3W2 ^ 514 259-9201 www.chateaudufresne.com pie-ix Une exposition de l'Atelier d'histoire d'Hochelaga-Maisonneuve Desjardins Caisse populaire d ' Hochelaga-Maisonneuve Culture, Communications et Condition féminine Québec ii Montréal LE DEVOIR-U.Libre de penser 4 décembre à 14h Cantiques et contes de Noël polonais (pour toute la famille) 10 décembre à 19h30 Récital de piano, musique de Chopin avec lecture de lettres de George Sand 12 décembre à 15h Concert bénéfice de Noël au profit du musée (exceptionnellement au Centre Leonardo da Vinci, 8370, boul.Lacordaire) 514 259-9201 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 E 7 DE VISU Tissus urbains LE TABLEAU DES DÉPARTS Daniel Canty Gare Jean-Talon, 375, rue Jean-Talon Ouest Jusqu’au 5 décembre {www.letahelaudesdeparts.com) BÉTA-crrÉ Audiotopie en collaboration avec l’Agence TOPO, parcours audio-guidé des arrondissements de Saint-Laurent et de Notre-Dame-de-Grâce (www.beta-cite.com) JÉRÔME DELGADO Un projet de médiation culturelle vient de déterrer, en toute discrétion malgré ses dimensions, l’ancienne gare Jean-Talon.Én projections nocturnes et en docufiction seulement, mais quand même.bâtiment érigé en 1931 se situe encore dans un environnement de déplacements (à ses côtés, la gare Parc du train Montréal-Saint-Jérôme; sous lui, la station de métro Parc).Cependant sa belle façade, dotée encore de son «Canadian Pacific», ne cache rien d’autre que des commerces sans lien avec la vie ferroviaire (une succursale SAQ hier, une boutique de vêtements aujourd’hui).Avec Le Tableau des départs de Daniel Canty, écrivain et cinéaste, la vétuste gare invite à nouveau à voyager.Trois de ses grandes fenêtres du niveau supérieur, face vers le sud, servent d’écran.Sur celle du milieu défilent les images prises, on suppose, à l’intérieur de la gare, dans des espaces dépouillés (?) Le projet Le Tableau des départs de Daniel Canty loge dans l’ancienne gare Jean-Talon.de ses attrihuts commerciaux et contemporains.Précisons que la version Weh est agrémentée d’une hande-son et que les quelques textes qui parsèment l’œuvre sont plus faciles à lire là.Néanmoins, la dimension cinéma muet de la diffusion en plein air possède ses propres qualités.Ces images intégrées à l’architecture ont de quoi séduire.Bref, si le hl narratif est par moments difficile à suivre, on comprend assez bien le propos.Béta-cité consiste en un audioguide urbain construit sur le principe de la mobilité et de l’individualisation d’un quartier, sur une expérience auditive autant que visuelle, sinon plus, de la ville.Il est question de migrations, de lieux quittés, d’objets-souvenirs de cet ailleurs d’hier.En toute logique, le personnage central a la carrure d’un chef de gare.Par lui transigent les voyageurs, qui viennent de lieux bien définis et s’en vont dans un territoire méconnu, confus et complexe.Un lieu apprécié et rassurant nommé Pacifica, dont le logo, simple et sobre, semble avoir été inspiré par les néons au plafond d’une gare.Un élément universel et polyglotte.Réalisé avec la participation d’adultes inscrits à des cours de francisation.Le Tableau des départs a des airs de projet in situ.Ici, dans ce quartier connu pour être un des principaux à accueillir les nouveaux arrivants, les thèmes abordés prennent tout leur sens.Parc-Extension et sa fausse gare, malgré son emplacement dans un no man’s land (le croisement de la rue Jean-Talon et de l’avenue du Parc ne semble avoir été pensé que pour la circulation automobile), peuvent dès lors insuffler un sentiment d’appartenance.Le tout à travers la langue et l’art.Expérience auditive autant que visuelle 2011 - une 25^ saison de voyages et d’art! -13 mars : lancement à MONTRÉAL - du 31 mars au 3 avril 2011 : opéras et musées à NEW YORK -17 avril : un Requiem à REPENTIGNY - 20 avril : Marc-Aurèle Fortin à QUÉBEC.Le programme complet de l’avant-saison est maintenant disponible! ,jeaux detours www.lesbeauxdetours.com 514 352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Expositions du 24 novembre au 24 décembre 2010 FRANÇOISE SULLIVAN Rouges JEAN PAUL RIOPELLE Mémoires d’ateliers GALERIE SIMON BLAIS vvww.galeriesimonblais.com T.514 849-1165 Galerie Walter Klinkhoff AU SERVICE DES COLLECTIONNEURS DEPUIS PLUS DE 50 ANS 1200, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3A1H6 | 514.288.7306 www.klinkhoff.com Si VOUS songez à vencire (des œuvres d'art d'importance, nous vous invitons à nous consulter, en toute confidentialité, à info(5)klinkhoff.com '¦>' —.‘¦'-At POULIN PHOTOS VILLE DE MONTREAL On le disait.Le Tableau des départs découle d’un programme de médiation culturelle.Un nouveau programme de la Ville de Montréal, Cartographies variables, mis à l’essai avec cette œuvre de Canty et avec un autre projet, Béta-cité, réalisé par le collectif Audiotopie en collaboration avec l’agence multimédia TOPO.Derrière ces «cartographies», il y a l’idée (le rêve, le besoin?) de s’approprier, de mille façons, les territoires.Une manière de rendre aux citadins le contrôle — ou l’apparence de contrôle — et d’initier à la création artistique.Sans le ton mielleux habituel à ce genre de projets.Béta-cité, à l’instar des propositions antérieures d’Au-diotopie, consiste en un audioguide urbain construit sur le principe de la mobilité et de l’individualisation d’un quartier, sur une expérience auditive autant que visuelle, sinon plus, de la ville.Le collectif semble avoir abandonné le discours social — la réalité des femmes handicapées, au cœur de la balade autour de l’UQAM, par exemple.Avec Béta-cité, l’enrobage sonore, une musique bruitiste riche en sons métalliques, très électro-urbains, semble avoir pris de l’importance.On n’a pas pu expérimenter la chose sur place — il faut créer son parcours sur le Net avant de se lancer à l’aventure —, mais elle donne l’impression de favoriser la rêverie, l’errance, la simple liberté de marcher et de sortir, littéralement, des sentiers battus.La médiation a permis ici la participation de deux groupes d’écoliers des quartiers visités, NDG et Saint-Laurent (anciennement Ville Saint-Laurent) .Ceux-ci ont été initiés à la création et aux techniques de captation sonore et de com-position audionumérique, entre autres.Il faudra voir désormais, si ce plan de Cartographies variables est reconduit, à ce qu’il demeure ainsi ouvert apx propositions créatrices.A ce qu’il permette, comme c’est le cas ici, de véritables réflexions sur nos réalités urbaines.Collaborateur du Devoir Avec Le Tableau des départs de Daniel Canty, écrivain et cinéaste, la vétuste gare invite à nouveau à voyager SIGNATURE DU LIVRE EMMANUELLE I4h à 17h Démesures et passions g- «- Galerie d'Art Gala 5157, bout Saint-Laurent T 514 2794247 gala@qc.aira.com ANDRÉ JASMIN 'f >/> 'fSk FERNANDTOUPIN, r.ca.Rétrospective d'œuvres miniatures période matièriste (1968-1991) CONTRASTE RYTHME GALERIE BERNARD 3926, rue Saint-Denis, Montréal jeudi et vendredi 11h à 19h samedi et dimanche 12h à 17h (514)277-0770 Exposition 30 Novembre au 18 Décembre 2010 Vernissage Mercredi 1 Décembre 2010 (17h-19h) Nos regards se tournent vers la lumière.Sculpture en laiton oxydé.Promenade Samuel-De Champlain, Québec.Collection Commission de la capitale nationale du Québec.Photo : Michel DUBREUIL GALERIE GORA • 279 Sherbrooke Ouest, suite #205 Montréal • (514) 879.9694 • Métro Place-des-arts (sortie Bleury) art@gallerygora.com • www.gallerygora.com E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 NOVEMBRE 2010 CULTURE Pour initiés IA DANSE - LE BALLET DE UOPÉRA DE PARIS Réalisation: Frederick Wiseman.Photo: John Davey.Montage: Frederick Wiseman, Valérie Pico.Musique: Joby Talbot.Etats-Unis-France, 2009,159 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Ly Américain Frederick Wise-' man est un pilier du documentaire en caméra objective.Ses œuvres comme Racetrack et High School ont, sans mauvais jeu de mots, fait école.Dans La Danse - Le ballet de l’Opéra de Paris, point de narration, point de commentaire direct.Le réalisateur se place en retrait et n’intervient pas, n’interrompt pas.Si bien qu’au bout d’un moment, tout un chacun vaque à ses occupations devant l’objectif sans plus se soucier de la présence de celui-ci.Il en résulte une incursion privilégiée au cœur d’une vénérable institution où une microsociété évolue en vase clos.De fait, Wiseman demeure essentiellement, à quelques exceptions près, dans l’enceinte de l’Opéra de Paris, un choix conséquent.Des plans de transition insérés au début, au mibeu et vers la fin montrent, vu du toit, un Paris si loin, si proche.Permettez à présent une digression qui n’en est pas vraiment une.Dans Wonder Boys, de Curtis Hanson, Michael Douglas joue un professeur de littérature narcoleptique qui n’arrive pas à terminer son second roman.Après avoir lu en douce le manuscrit en question qui compte d’ores et déjà plus de 2000 pages, une de ses étudiantes lui fait le reproche suivant: «Vous nous dites toujours qu’écrire, c’est faire des choix.Or dans votre histoire, on dirait que vous n’en faites aucun.» N’en va-t-il pas de même au cinéma?Si environ les deux tiers de La Danse - Le ballet de l’Opéra de Paris se révèlent captivants, de nombreuses longueurs et redites plombent l’exercice.De passages dans le bureau de la directrice artistique (un personnage, celle-là) en répétitions qui finissent par se confondre, de virées éclair au département des costumes en apartés mondains ou apicoles (oui, oui), on est d’abord captivé, puis, fatalement, à mesure que se répète un cycle qu’on jurerait avoir déjà vu deux fois, le désintérêt s’installe.Vers la fin, une saisissante générale du Songe de Mé-dée, avec une Delphine Mous-sin possédée dans une mise en scène tout droit sortie de Carrie, agit comme un baume.En 2003, un très beau film de Robert Altman, The Company, plongeait dans le quotidien de la troupe du Joffrey Ballet de Chicago.Passée un peu inaperçue lors de sa sortie, cette œuvre fine privilégie une approche observationnelle similaire et a recours à plusieurs des vrais danseurs de la compagnie.Fiction ou pas, Altman est parvenu à documenter avec la même rigueur et la même acuité le même sujet en affichant 45 minutes de moins au compteur.La durée n’est pas une fin en soi, mais ce dont elle est constituée, si.Collaborateur du Devoir METROPOLE EILMS Une scène de La Danse - Le ballet de l’Opéra de Paris Duel féminin, pas forcément féministe CRIME D’AMOUR D’Alain Corneau.Avec Ludivine Sagnier, Kristin Scott Thomas, Patrick Mille, Guillaume Marquet, Olivier Rabourdin, Gérald Laroche.Scénario: Alain Corneau, Natalie Carter.Image: Yves Angelo.Montage: Thierry Derocles.Musique: Pharoah Sanders.France, 2010,106 minutes.MARTIN BILODEAU Imaginez une sorte de Working Girl «meurtre et mystère» et vous aurez une assez bonne idée de ce que le dernier opus du regretté Alain Corneau n’est pas: une comédie, une histoire d’amour, un chant de solidarité féminine, une critique sociale, un combat à l’issue heureuse.Inversement, vous devinerez en bonne partie ce qu’il est: un duel féminin, pas forcément féministe, campé dans les hautes sphères de la finance, faisant s’affronter une directrice de département froide, sournoise et manipulatrice (Kristin Scott Thomas) et celle qui, agnelle surdouée et au cœur généreux (Ludivine Sagnier), sera poussée à bout jusqu’à devenir comme elle.Miroir, miroir.En une sorte de pirouette dont elle seule a le secreL la vie a conduit le réalisateur de Nocturne indien et de Tous les matins du monde à clore son œuvre là où elle avait commencé il y a 35 ans: dans le crime et la série noire sophistiquée.Film noir au sens où l’entendait Raymond Chandler, doublé d’une peinture de mœurs telle que l’aurait définie Joseph Man- METROPOLE EILMS Dans Crime d’amour, Alain Corneau fait un usage raffiné de l’espace, presque toujours intérieur, souvent en huis clos.kiewicz.Crime d’amour est une œuvre de paradoxe.Elle captive, dans sa première partie, parce qu’elle ne laisse jamais deviner où son scénario, centré sur la rivalité quasi amoureuse des deux femmes (avec intrusion d’un mâle bêta servant de trait d’union charnel), nous conduit.Dans sa seconde, elle séduit pour la raison inverse: le spectateur sait exactement où s’en va le récit, quelle sera l’issue de l’intrigue meurtrière, mais le chemin pour s’y rendre est si soigneusement paysagé que celui-ci est amené, de façon quasi hypnotique, à fermer les yeux sur les quelques retournements forcés et les leviers manipulés à vue.Corneau fait un usage raffiné de l’espace, presque toujours intérieur, souvent en huis clos.Si le décor paraît quasi théâtral par moments, la caméra raffinée et un brin insolite d’Yves Angelo vient continuellement redistribuer, dans l’image, le pouvoir que se disputent les personnages.Qui, dans cette scène, possède un ascendant sur qui?La géométrie varie, pour nourrir le suspense.Dans un rôle sans doute moins complexe que celui dé- fendu par sa partenaire, Kristin Scott Thomas tire merveilleusement bien son épingle du jeu.Séductrice, vénéneuse, elle est une Bette Davis moderne, aveuglée par son pouvoir.Sagnier, dans un rôle plus ambigu et moins crédible, est une Anne Baxter fragile et vieille fille, qui devient sous nos yeux femme fatale.Le résultat: un imparfait mais fascinant A// About Eve en entreprise, devenu par la force des choses le chant du cygne d’un cinéaste estimé dont on ne parlera plus, hélas, au présent.Collaborateur du Devoir DVD Psychés tordues et dérapages NE TE RETOURNE PAS Scénario et réalisation: Marina De Van.Avec Sophie Marceau, Monica Bellucci, Andrea Di Stelano, Thierry Neuvic, Brigitte Catillon.Photo: Dominique Colin.Montage: Mike Fromentin.Musique: Luc RoUinger.France, 2009, 110 min.FRANÇOIS LEVESQUE On se souvient surtout de Marina De Van en névrosée qui s’automutile dans le dérangeant Dans ma peau, sa première réalisation, où elle tenait aussi la vedette.Auparavant itinérante psychopathe dans le moyen métrage Regarde la mer, de François Ozon, qu’elle coscénarisa à l’instar du subséquent Sous le sable.ACHETEZ-EN 1 OBTENEZ LE 2^ À PRIX! ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN YANNICK NÉZET-SÉ6UIN Marina De Van a montré une prédilection pour les univers troubles, les replis sinueux de psychés tordues propices aux dérapages du réel.Présenté à Cannes en 2009, Ne te retourne pas, son deuxième long métrage en tant que réalisatrice, sort chez nous directement en DVD bien qu’il donne la vedette à Sophie Marceau et Monica Bellucci.Les deux stars se partagent le même rôle, celui de Jeanne, une romancière dont l’univers se transforme un jour en un environnement inconnu mais familier, et dont le conjoint et les enfants se muent en versions inédites d’eux-mêmes.Et bien sûr, Jeanne est seule à voir tout cela.Avec Ne te retourne pas, Marina De Van s’intéresse à un autre versant de la folie, la schizophrénie, et s’applique à en illustrer, au sens propre, certains concepts clés: la paranoïa, le délire de persécution, la distanciation, la régression et, surtout, le dédoublement.Les moyens qu’elle se donne pour y parvenir, s’ils apparaissent parfois trop littéraux, donnent néanmoins lieu à quelques séquences saisis- santes.Pour vous donner une idée, imaginez un instant que Trelkovski, l’inoubliable ümais, Voir « HUPPERT EST ABSOLUMENT SPLENDIDE.UNE PERFORMANCE PÉTILLANTE ET LÉGÈRE COMME UNE BULLE DE CHAMPAGNE ! » Sophie Durocher, Le Journal de Montréal FILM D’OUVERTURE laliBildgButftMEophMai [MDIIlBiBM CINEMANIA 4-UNOVEM5RE20IÛ |hndifitaigM SEMAINE DE LA CRITIQUE CANNES 2010 K Aure Atika [j Isabelle Huppert Lolita Chammah un film de Marc Fitoussi avenue© caviar artPivsiiiioinlzmnlIasMIM'^ A t AFFICHE !
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