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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2010-12-11, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 DECEMBRE 2010 IDEES Le déclin prévisible de Facebook Page B 5 DESIGN Dans les méandres de Dota Dota ¦ Page B 6 PERSPECTIVES WikiLeaks est victime d’attaques «d’une rare intensité» Un responsable technique parle de la survie du site controversé en l’absence d’Assange Deux semaines après le début de la publication des mémos diplomatiques américains, WikiLeaks continue d’occuper l’actualité: alors que se poursuit la publication des articles de décryptage des relations internatio-ndes, son cofondateru, Julian Assange, a été arrêté et est détenu en Grande-Bretagne, à la suite d’une plainte pour viol — des faits qu’il conteste.Le site WikiLeaks est l’objet d’attaques informatiques et juridiques, mais suscite aussi des initiatives en sa faveur sru Internet Un responsable technique de WikiLeaks explique comment l’équipe travaille depuis le début du «Cablegate».11 souhaite conserver son anonjunaC «Le niveau de pression autour de WikiLeaks est tel qu’en tant que membre de l’équipe, petite main qui participe à l’infrastructure technique, je préfère rester discret», fait-il valoir, ajoutant qu’il préfère séparer cette activité bénévole de sa vie personnelle et professionnelle.Julian Assange assume, lui, une «face publique» de WikiLeaks, et l’équipe continue son activité en son absence.Aujourd’hui, quels sont les défis techniques que WikiLeaks doit surmonter pour continuer son activité?Les défis techniques que nous rencontrons sont de plusieurs ordres: en premier lieu, nous cherchons à garder le site accessible en li^e.C’est devenu difficile.WikiLeaks a été hébergé chez Amazon, en partie, depuis la publication des log^ irakiens (fin octobre 2010).A l’époque, le gouvernement américain s’était plaint oralement, mais Amazon n’avait pas réagi, donc nous n’avons pas eu de problème.Mais à partir de la publication des câbles diplomatiques, nous avons commencé à recevoir des attaques, d’où le défi pour rester en ligne.De quel genre d’attaques êtes-vous victime?Les attaques sont de deux natures.D’abord, des attaques DDoS, ou «déni de service distribué», qui consistent à tenter de bloquer un site en le saturant de requêtes lancées par des milliers d’ordinateurs, contrôlés à distance.Notre infrastructure technique, installée chez Amazon mais aussi en partie en France, a été visée par des attaques croissantes à partir du dimanche soir de publication des premiers articles sur les câbles diplomatiques, le 28 novembre.D’abord, on a reçu de petites attaques de quelques heures et de petite taille, facilement srumontables.Mais le mardi midi, les attaques ont grossi.Nous avons subi des attaques d’une intensité rare: pendant quatre herues, un DDoS d’une ampleur peu commune sru Internet, de l’ordre de la dizaine de gigabits par seconde.Peu d’hébergeurs dans le monde sont capables d’assumer de telles attaques.Poru moi, c’est la raison poru laquelle Amazon a cessé d’tiéberger WikiLeaks.VOIR PAGE B 2 ATTAQUES ¦ A lire en page B 2: Une réponse à l’opacité des gouvernements?et Des activistes québécois prennent la défense de WikiLeaks HYUNGWON KANG REUTERS Le Québec champion des patients orphelins «Nous sommes les seuls à avoir plus de 30 % de notre population sans médecin de famille, et nous sommes les seuls à avoir autant de médecins par habitant», dit le président de l’AlMQ Mais où sont donc passés les médecins de famille ?Cette année, les omnipraticiens auront consacré 43 % de leurs activités aux hôpitaux, un sommet inégalé Sur papier, les Québécois sont parmi les plus choyés au Canada, avec 221 médecins par 100 000 habitants et jusqu’à 20 % plus de médecins de famille que la moyenne canadienne.Sur le terrain pourtant, les cabinets de médecins n’ont jamais été aussi dégarnis au profit des hôpitaux.Un pari risqué, qui laisse sur le carreau plus de deux millions de Québécois sans médecin de famille.LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Les médecins de famille québécois sont partout.En cabinet, bien entendu, mais aussi à l’urgence, dans les salles d’accouchement, sur les étages pressurisés des hôpitaux, bref partout où ça craque.Et ça craque de partout.Déjà lourde, la tendance n’a cessé de s’accroître pour atteindre des sommets inégalés cette année, a appris Le Devoir.Un principe des vases communicants qui a fini par rendre la première ligne exsangue.L’an dernier, 40 % du travail des médecins de famille était effectué dans les établissements hospitaliers.Cette année, ce sera 43 %, calcule le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le D-^ Louis Godin.«Quand on regarde le nombre de médecins de famille par 100 000 habitants, il faut tenir compte de la quantité de travail que l’omnipraticien accomplit dans les établissements, proportion qui est beaucoup plus importante ici qu’ailleurs au Canada.C’est car- dienne.Au premier bobo, ceux-là n’ont donc d’autre choix que de se tourner vers le sans rendez-vous ou les rugences, alimentant du coup un système qui carbure à l’urgence ponctuelle au détriment de la prévention et du suivi.Un non-sens du point de vue médical.30 % des Québécois sont incapables de trouver un médecin de famille qui puisse les suivre, soit le double de la moyenne canadienne rément du simple au double.» Or, pendant que les omnipraticiens dispensent des soins essentiels dans les hôpitaux, ils ne font pas de prise en charge.Résultat: 30 % des Québécois sont incapables de trouver un médecin de famille qui puisse les suivre, soit le double de la moyenne cana- Pour l’Asso-ciation des jeunes médecins du Québec (AJMQ), ces chiffres conhrment ce que ses membres dénoncent depuis des années, soit «les effets pervers des activités médicales particulières (AMP) obligatoires» introduites en 1993 et raffermies en 2002 poru éviter les coupures de services dans les étabhssements.«Notre situation est unique au Canada, unique en Occident, rappelle son président.le D" François-Pierre Gladu.Nous sommes les seuls à avoir plus de 30% de notre population sans médecin de famille, et nous sommes les seuls à avoir autant de médecins par habitant A un moment donné, il faut faire un plus un et admettre que si on mettait plus de médecins en première ligne, les urgences seraient moins sous pression.» Une meilleure santé à moindre coût En principe, tous les médecins québécois font des AMP, mais les règles varient selon les années de pratique.De 0 à 15 ans, on exige au moins 12 herues par semaine.De 15 à 20 ans, c’est six heures.Passé 20 ans, c’est selon les besoins du département régional.Or, la réalité est autrement plus exigeante puisque les médecins doivent se pher arrx horaires des hôpitaux, qui sont beaucoup plus gourmands, spécialement envers les jeunes médecins, note le président de la FMOQ.«Une journée de 12 heures, ça n’existe pas vraiment Les hôpitaux ont plutôt des journées VOIR PAGE B 3: MÉDECINS MARTIN BUREAU AGENCE ERANCE-PRESSE Pour leurs activités médicaies particuiières obiigées, ies médecins doivent se piier aux horaires des hôpitaux, qui sont gourmands, surtout envers ies jeunes médecins. B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 DECEMBRE 2010 PERSPECTIVES La dérive du grand démocrate ^ 4 Gil Courtemanche ans un roman truculent, cruel mais combien réaliste sur l’Afrique, En attendant le vote des bêtes sauvages, Ahma-dou Kourouma fait la chronique du règne du général Koyaga, dictateur de la République du Golfe.il y décrit la cruauté, la fourberie, l’intelligence manipulatrice qui lui permettent de se maintenir au pouvoir, car cet homme se croit investi par les esprits d’une mission, il fera de la République du Golfe le pays modèle de l’Afrique et deviendra, lui, le modèle de tous ses dirigeants.Kourouma est Ivoirien et, dans les années 1990, il a cru comme tous les intellectuels de son pays que Laurent Gbagbo, qui s’accroche aujourd’hui pitoyablement au pouvoir, ferait partie de cette nouvelle génération d’hommes politiques qui permettrait aux «bêtes sauvages» d’entrevoir la lumière éblouissante de la dignité et de la démocratie.11 ne pouvait imaginer que Gbagbo se transformerait en Koyaga moderne, utilisant d’autres fourberies et potions magiques pour se maintenir au pouvoir.Car il n’y a rien de commun en apparence entre le dictateur imaginaire et le «démocrate» dictatorial, sinon qu’ils sont tous les deux fils de guerrier, le père de Gbagbo, homme modeste, ayant été fait prisonnier par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale.Le dictateru est un homme vulgaire et inculte.Gbagbo a fait les meilleures écoles de la Côte d’ivoire; chercheur, professeur, il détient une maîtrise et un doctorat en histoire de la Sorbonne.Sa femme, Simone, est diplômée en linguistique, militante syndicale marxiste.Tous les deux, lors d’un exil de trois ans en France, sont accueillis, entourés, soutenus par les esprits les plus brillants du socialisme français, pionniers de la décolonisation et fondateurs du mouvement al-termondialiste.Gustave Massiah, Jean-Yves Barrère me recommandent cet homme quand j’entame une tournée en Afrique pour enquêter sur le sida en 1988.Gbagbo s’apprête à renouer avec son peuple, le peuple bété, qui prépare une série de grandes célébrations pour souligner le retour au pays de l’enfant prodigue, devenu aussi héros et presque chef coutumier.Et c’est en roi qu’il est accueilli dans les villages lors de banquets pour lesquels on a économisé durant six mois.Gbagbo me confie, durant un de ces banquets où des centaines de personnes regardent la table d’honneur manger et boire du champagne, qu’il faut respecter cette culture, mais en extirper cette croyance qui accorde au chef des pouvoirs quasi magiques et qui l’investit de tous les pouvoirs.Simone s’insurge privément contre le fait que, durant ces cérémonies de bienvenue, les femmes sont séparées des hommes.Elle est toujours marxiste et féministe, mais son mari lui enjoint de ne pas se prononcer publiquement.Gbagbo m’explique comment il modernisera le pays, cette modernité devant se faire dans l’apprentissage de la démocratie et de Légalité.Il me parle des divisions ethniques, cancer africain, outil de domination des dictateurs et potentats.Mais quand on dépose à ses pieds les tributs, chèvres, sacs de riz, parures brodées d’or, il rayonne, triomphe, se laisse embrasser les mains, qu’il pose parfois sur les têtes comme un pasteur charismatique.Dans ses discours, il ne manque jamais de rappeler ses origines ethniques et promet d’en garantir l’épanouissement.Nous sommes en 1988 et, déjà, le chef omniscient gruge les vêtements du socialiste idéaliste et moderne.Le vernis occidental s’écaille pour laisser apparaître les couleurs plus sombres du chef, du prince éclairé, qui n’est jamais loin du président à vie et du potentat.Il est élu de justesse président en ^000 et triomphe d’une tentative de coup d’Etat en 2002 qui laisse le pays divisé entre le Sud chrétien et le Nord musulman.Les rebelles du Nord protestent entre autres contre la politique d’«ivoirité» qui a entraîné l’élimination des élections présidentielles d’Alassane Ouat-tara.Celui qui voulait abolir les divisions ethniques les manipule dorénavant sans vergogne pour asseoir son pouvoir.Les jeunes militants de son parti, le Parti populaire ivoirien, forment des brigades d’autodéfense qui se transforment rapidement en milice bien armée.Simone, ayant jeté socialispe et marxisme aux orties, fait la cour aux Eglises protestantes charismatiques, suivie en cela par son mari.Le clientélisme et la corruption s’installent et fleurissent avec leur lot de disparitions.On parle d’escadrons de la mort.De 2005 à 2010, Gbagbo fait tout pour empêcher la tenue d’élections qui devaient se tenir il y a cinq ans.Et il se résigne non sans avoir mis sru pied un garde-fou personnel: le Conseil constitutionnel, sa propriété personnelle.Il reste président malgré tout et tous, souverainement imbu de lui-même, assuré de son état messianique et indispensable à la nation, prêt à risquer le sang de la guerre civile.Il est au-dessus de ces banales considérations humaines, les esprits le lui onf révélé.A la fin de son roman, Kourouma fait dire au conseiller de Koyaga qui a été obligé de décréter une élection: «Vous préparerez les élections présidentielles démocratiques.Des élections au suffrage universel supervisées par une commission indépendante.Vous briguerez un nouveau mandat avec la certitude d’être réélu.Car, vous le savez, vous êtes sûr que si d’aventure les hommes refusent de voter pour vous, les animaux sortiront de la brousse, se muniront de bulletins de vote et vous plébisciteront.» WikiLeaks JEWEL SAMAD AGENCE ERANCE-PRESSE La secrétaire d’Etat Hillary Clinton en compagnie du ministre des Affaires étrangères pakistanais, Mahmood Qureshi, lors d’une conférence de presse Ip 22 octobre dernier.La relation minée entre Washington et Islan^abad est un exemple des problèmes de la mise à jour du double jeu de certains Etats, dans la mesure où la population pakistanaise considère les Etats-Unis comme l’ennemi juré des câbles reçus chaque année.Une réponse à l’opacité des gouvernements?D’anciens ambassadeurs canadiens s’interrogent sur les conséquences de la mise à jour du double jeu de certains États HELENE BUZZETTI Ottawa — A entendre parler certains politiciens, on dirait que les mauvais génies de WikiLeaks sont à placer dans la même catégorie qu’al-Qaïda.Ils «ont du sang sur les mains», tonnent en choeur Sarah Palin et le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.WikiLeaks devrait être désigné «organisation terroriste», affirme le représentant républicain Peter King.«Inconscient», blâme Hamid Karzaï.«Fuites irresponsables et déplorables», fustige le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.Cet effeuillage mondial est-il vraiment le «ground zéro» des relations diplomatiques comme certains l’ont évoqué?Les anciens diplomates canadiens sont eux-mêmes divisés sur la question.Si certains joignent leurs voix au concert de critiques, d’autres invitent à s’interroger sur les travers des démocraties ayant provoqué cette réplique citoyenne suprême.Raymond Chrétipn, ex-ambassadeur en France et aux Etats-Unis et aujourd’hui conseiller stratégique chez Fas-ken, considère comme «assurément dommageable» la publication sur Internet de milliers de câbles diplomatiques américains par WikiLeaks.Un des problèmes, c’est qu’elle a mis au joyr le délicat double jeu de certains Etats.Il donne l’exemple de la relation entre Washington et Islamabad, dangereusement minée dans la mesrue où la population pakistanaise considère les Etats-Unis comme l’ennemi jrué.«On a vu avec les câbles que la relation fonctionnait à deux niveaux: au niveau confidentiel, la relation entre les deux est extrêmement positive et les autorités pakistanaises se disent très proaméricaines; et il y a l’autre, offerte à l’opinion publique pakistanaise, où on se montre plus récalcitrant face aux Etats-Unis.Si vous lisez les journaux pakistanais ces jours-ci, vous verrez qu’ils en font tout un plat.» N’est-ce pas justement cette hypocrisie que les militants de WikiLeaks ont voulu révéler en publiant sans pudeur les confidences diplomatiques?Michael Bell croit que oui.hui qui a représenté le Canada en Jordanie, en Egypte et en Israël déplore ces fuites «contre-productives».En étalant sur la place publique la candeur dont doivent nécessairement se servir les ambassadeurs pour raconter avec justesse une situation, WikiLeaks et Julian Assange «compromettent la capacité des Etats de mettre en oeuvre une politique étrangère nationale».Malgré tout, il dit comprendre pourquoi cette mégafuite s’est produite.Il en appelle à une plus grande ouverture des gouvernements.«Les fuites de WikiLeaks constituent une réponse extrême à un besoin de savoir qui n’est pas satisfait à l’heure actuelle», explique M.Bell en entrevue avec Le Devoir.Les citoyens ont l’impression, avec raison pense-t-il, que leur gouvernement ne joue pas franc-jeu avec eux.«Les organisations ont une tendance naturelle à conserver pour elles l’information, continue-t-il.Le résultat de cela, c’est par exemple le débat sur les prisonniers afghans.Il aurait été bien plus sain que le gouvernement canadien fasse un rapport régulièrement sur la situation en disant à la population: “Nous avons un défi avec le traitement des prisonniers, nous cherchons des solutions” plutôt qu’en disant comme il le fait: ‘Nous n’avons pas de preuve de torture, donc il n’y a pas de problème.” C’est absurde! On traite à la légère le droit des citoyens de savoir.» Cette tendance au secref il la voit partouf notamment dans la gestion de la Loi d’accès à l’information.«Mon expérience, c’est que les documents sont souvent caviardés au nom de la sécurité nationale alors qu’il n’y a pas de réels enjeux de sécurité nationale.Il y a une tendance excessive au contrôle de l’information.» Autre illustration de ce manque d’ouverture contre-productif, selon M.Bell, celui du jeune Omar Khadr.«Si le SCRS avait fait une sortie en disant: “Nous avons ceci sur Omar Khadr”, cela aurait aidé sa cause.Quand on leur fait cette pro- Un câble venant d’un diplomate en poste, pris isolément, pourrait donner une fausse impression de la conclusion que la maison mère a tirée à propos du pays étranger position, les services de renseignement s’y opposent toujours en invoquant la pente glissante, à savoir que, s’ils révèlent une chose, ils devront tout révéler.Je n’y crois pas.Les gens comprendraient qu’on ne peut pas tout dire si on en dit un peu.» Selon lui, cette culture du secret alimente les théories du complot.«Les gens veulent savoir et s’ils ne peuvent pas savoir, ils inventent!» Journalistes à cravate Plusieurs des anciens ambassadeurs canadiens interrogés établissent un parallèle entre le travail de diplomate et celui de journaliste.Jacques Bilodeau, anciennement en poste en Belgique, au Luxembourg et au Sénégal, explique qu’un des «instruments de travail, c’est le système de confiance avec nos informateurs».«Que les informations qu’on reçoit puissent devenir publiques, cela mine le climat de confiance qui règne.C’est un peu comme les sources anonymes des journalistes.» Pour cette raison, il considère comme «très graves» les fuites entamées par WikiLeaks.Gar Pardy, ex-ambassaderu en Inde et au Kenya, rappelle lui aussi que le risque est grand que ces fuites tarissent les soruces d’information des diplomates.Il reconnaît que le diplomate est souvent utilisé, voire manipulé, par ses sources, qui lui parlent en ayant diverses motivations en tête.«Je dis souvent que c’est plutôt la diplomatie qui est le plus vieux métier du monde», lance-t-il au bout du fil en rigolant.C’est justement pour cette raison que M.Bilodeau craint que certains câbles diplomatiques publiés, ou qui le seront sous peu, soient trompeurs.«En tant qu’ambassadeurs, quand on envoie de l’information au central, on tente d’en évaluer la crédibilité au mieux de nos capacités.Comme vous, les journalistes, on essaye d’avoir deux ou trois sources.Mais il arrive quelquefois que, même avec deux sources valables, le central exige que soit réexaminée notre information à cause d’autres informations en provenance de nos autres ambassades ailleurs dans le monde.A Ottawa, notre rôle est justement de mettre de l’ordre dans tout ce qu’on reçoit, en ayant une vue d’ensemble.» Bref, un câble venant d’un diplomate en poste, pris isolément, pourrait donner une fausse impression de la conclusion que la maison mère a tirée à propos du pays étranger.Gar Pardy met aussi en garde contre les détails croustillants qq’on a pu lire ces derniers jours sur les chefs d’Étaf que ce soit les comportements de mâle alpha de Vladimir Poutine ou les penchants de Mouammar Kadhafi pour les pulpeuses infirmières.Comme les journalistes, les ambassadeurs doivent redoubler d’imagination pour attirer l’attention de leurs patrons submergés sous les milliers de câbles reçus chaque année.«On tente de rendre nos câbles “sexy” pour s’assurer qu’ils sont lus!» M.Pardy ne s’inquiète par ailleurs pas trop de ce qui a été révélé.Ayant lu plusieurs des câbles publiés jusqu’à présenf il estime n’avoir rien vu de bien nouveau ou de bien surprenant.Et l’intérêt n’ira qu’en diminuanf croit-il.«Il y a moins de 1000 câbles rendus publics jusqu’à présent sur 250 000.On peut penser que, lorsqu’ils ont fait leur choix des premiers câbles, ils ont choisi les meilleurs.Mors, on peut croire que les pires sont déjà sortis et que les autres auront moins d’impact encore.» Retour à l’oralité Tous les autres ambassadeurs qui ont trouvé dangereuses les indiscrétions de WikiLeaks ont parlé du risque de mettre en danger les sources des diplomates, par exemple les dissidents politiques.Mais aucun n’a été en mesure de nommer au Devoir un seul de ces cas.La crainte reste théorique.WikiLeaks s’est associée à cinq grands quotidiens dans le monde pour passer les câbles au peigne fin afin d’éviter ces situations.Certains câbles sont d’ailleurs caviardés.Réplique citoyenne ou non au secret d’Etat, Raymond Chrétien estime que les fuites actuelles auront à terme l’effet contraire de celui souhaité.Au lieu de rendre le système plus trans-parenf elles le rendront plus opaque.Car à son avis, pour se protéger, la diplomatie aura davantage recours à l’oralité.Mais l’oralité a un prix, celui d’exclure bien des gens à la périphérie de la conversation.En plus de ne laisser aucune trace.«Les chefs de gouvernement n’ont pas nécessairement le temps de passer une heure avec leur ambassadeur aux îles Fiji.On ne peut pas toujours parler à tout le monde.Donc, le premier ministre sera moins bien informé.» Le Devoir Des activistes québécois prennent la défense de Wikileaks EABIEN DEGLISE Cyberguerre au nom de la liberté d’expression.Près de 200 activistes québécois auraient pris part dans les derniers jours aux attaques informatiques lancées contre les détracteurs du site de coulage d’information Wikileaks et son créateur, Julian Assange.C’est du moins ce qu’a indiqué hier au Devoir un de ces pirates informatiques engagés, membre d’un groupe international baptisé Anonjmious.«Anonymous est préoccupé par la liberté d’expression, résume Philippe (prénom fictif).Notre militantisme vise à dénoncer les entraves à cette liberté et les cas de censure dont Wikileaks est victime actuellement» Cette semaine, les sites Web de PayPal, de Visa, de MasterCard, pour avoir bloqué l’accès à des sources de financement pour Wikileaks, tout comme le site du gouvernement suédois qui a mené Assange devant les tribunaux, ont été dans la ligne de mire des Anonymous, qui agissent à travers le monde comme des cellules dormantes prêtes à se réveiller pour leur cause.«Nous agissons sur une base individuelle, dit Philippe, qui déplore que les Anonjmious aient été présentés jusqu’à maintenant dans plusieurs médias comme une armée à la solde du Chaque fois, les Anonymous ont planifié leurs coups par l’entremise d’un programme libre de coordination de cyberattaque appelé LOÏC (pour Low Orbit Cannon), que n’importe quel internaute peut installer volontairement dans son ordinateur pour augmenter la force de frappe des Anonymous.Cette méthode est jugée plus «propre» que Le groupe d’«hacktivistes» Anonymous s’est fait remarquer pour des attaques f informatiques lancées contre l’Eglise de scientologie et contre le réseau Fox News fondateur de Wikileaks.Ce n’est pas le cas.Nous ne sommes au service de personne.» Par le passé, ce groupe d’«hacktivistes» s’est fait remarquer pour des attaques iiifor-matiques lancées contre l’Eglise de scientologie ou encore contre le réseau de télévision ultra-conservateur Fox News.les attaques organisées par «botnet», une technique qui consiste à prendre le contrôle d’un ordinateur à l’insu de son propriétaire pour attaquer un site Web.Toutefois, peu importe la technique utilisée, l’attaque de sites Internet, au nom de la liberté d’expression ou pas, reste une activité illégale et punie par la loi au Canada.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 DECEMBRE 2010 B 3 PERSPECTIVES WikiLeaks ATTAQUES SUITE DE LA PAGE B 1 La raison de leur défection était tant politique que technique.A la suite de cela, nous avons cherché un hébergeur plus à même d’assumer ces attaques.OVH a été un de ceux auxquels nous avons pensé, en raison de la réputation technique de son patron.Ce choix s’est avéré gagnant.Nous tenons désormais face aux attaques.Qui a lancé les attaques informatiques contre WikiLeaks?Nous n’en savons rien.Et les attaques venaient de partout dans le monde.D’après ce que nous avons constaté, il s’agissait de «hotnets»: des ensembles de dizaines de milliers d’ordinateurs infectés par un virus que son créateur peut utiliser pour lancer à distance des attaques de déni de service.Cela veut dire que ces attaques étaient des commandes, car il est possible de payer à l’heure l’usage de «hotnets», mais on ne peut pas savoir qui était derrière l’attaque.Cela peut être une entreprise, un Etat, un particulier riche.Vous n’avez pas soupçons?On ne sait pas.A titre d’exemple, dans l’affaire Stuxnet (un virus informatique qui a visé des infrastructures nucléaires iraniennes), il a fallu des semaines à des experts pour conclure qu’il s’agissait vraisemblablement d’un Etat, avec une probabilité qu’il s’agisse d’Israël, sans pour autant exclure les Etats-Unis.C’est difficile de savoir, parce que presque tout le monde peut lancer une attaque DDoS.Depuis que le contenu de WikiLeaks a été copié sur des centaines de sites «miroirs» et que les attaques informatiques ne sont donc plus ime menace directe pour l’accessibilité du site, quels autres éléments gênent l’activité de WikiLeaks aujourd’hui?Après les attaques informatiques massives, nous faisons face à des atteintes qu’on appellerait «semi-juridiques».Des intervenants techniques de WikiLeaks nous ont fait faux bond.Par exemple.EveryDNS et Dynadot.Ce dernier nous fournit le nom de domaine wiki-leaks.org et a bloqué l’accès à son interface de contrôle.EveryDNS a pour sa part arrêté d’hé-berger le DNS du domaine et, concrètement, nous empêche de choisir vers quel hébergeur pointe wikileaks.org.Pour se justiher, l’entreprise a invoqué l’importance des attaques informatiques qu’elle subissait.La conséquence de tout cela, c’est que l’adresse wikileaks.org ne répond plus.C’est à partir de ce moment-là que des internautes ont parlé d’«in-fowar», de guerre de l’information.Espérez-vous récupérer l’usage de l’adresse mkileaks.org?C’est un problème juridique.Les avocats de WikiLeaks parlent en ce moment avec Dynadot et espèrent récupérer le nom wikileaks.org bientôt, mais sans certitude.Dynadot n’a pas souffert d’attaques informatiques, plutôt de frilosité.Cette frilosité a eu des conséquences et a contribué à ce qui s’est passé ensuite: la Banque postale suisse, PayPal, MasterCard ont bloqué les comptes.En quoi est-ce lié?Dynadot a dit en substance: Nous, société privée, avons peur de l’Etat américain, donc nous coupons le service.Cela a donné de l’élan à d’autres structures pour suspendre également.Or, il n’y avait pas de plainte juridique contre WikiLeaks.Ce comportement ne doit pas rester impuni.L’incarcération de Julian Assange ne pose-t-elle pas un problème pour fonctionner?Le seul problème est qu’avec l’absence de Julian, noqs avons une force vive en moins.Et laquelle! A part cela, le reste de l’équipe travaille, presque comme d’habitude, si l’on peut dire: soutien de l’infrastructure technique, mise en ligne des câbles diplomatiques.Nous sommes plus d’une dizaine de personnes: informaticiens, mais aussi éditeurs de contenus, gestionnaires.Répartis dans plusieurs pays, nous communiquons par Internet avec des canaux sécurisés et, dans certains cas, nous connaissons surtout de l’autre le fuseau horaire dans lequel il se trouve.11 reste que ces derniers jours, nous avons un sujet de plus à traiter: les suites de la détention provisoire de Julien Assange au Royaume-Uni.Nous espérons qu’il nous revienne très bientôt.Comment voyez-vous la suite des choses?La situation peut se calmer.Au niveau français, on note par exemple la différepce entre le discours tenu il y a une semaine par Eric Besson et celui tenu ce jeu4i par une autre ministre, Michèle Al-liot-Marie (Eric Besson a souhaité que WikiLeaks ne soit plus hébergé en Erance).L’un était virulent au-delà de toute mesure et mal informé, l’autre plus posée et moins menaçante.Cette évolution est rassurante.Espérons que les autres pays suivent WikiLeaks a diffusé sur Internet im fichier crypté appelé «Insurance», disant qu’il donnerait la clef pour le déchiffrer si WikiLeaks rencontrait trop de problèmes.Au vu de la situation de Julian Assange, le moment n’est-il pas venu?Ce n’est pas le moment à mon avis.Car Julian Assange est détenu, mais cela reste dans un cadre de droit dans le déroulement de la justice.11 n’y a pas de raison actuellement de libérer ce fichier.Si on devait sortir de l’état de droit si la situation de Julien Assange devait empirer, on pourrait être forcé de dévoiler ce fichier.Ce n’est pas une menace, mais une «assurance».Le fichier «Insurance» contient-il les 250 000 câbles diplomatiques sous forme cryptée?Je ne peux pas le dire.Cela ne veut dire ni oui ni non.Propos recueillis par Alexandre Piquard Le Monde Analyse sur la crise de la zone euro L’Europe brûle-t-elle?Comme dans les années 1930, une crise venue d’Amérique a mis l’Europe en feu, et son système monétaire en péril.Ce qui est vexant est que le cœur de l’Europe, la zone euro, soit devenu le foyer de la crise, alors même que la monnaie européenne avait été conçue à l’origine comme un bouclier contre les déséquilibres monétaires internationaux.DANIEL COHEN La crise européenne a plusieurs causes, mais le paradoxe central qui l’habite peut être résumé ainsi.Les taux d’intérêt n’ont jamais été aussi bas, du fait de la crise elle-même.Or ce qui détermine la solvabilité d’un Etat, c’est le poids des intérêts qu’il doit payer.Un pays dont la dette représente 100 % de son PIB et qui doit payer un taux d’intérêt de 2,5 % (le taux allemand aujourd’hui) doit consacrer 2,5 % de son PIB à la charge de ses intérêts, ce qui est tout sauf préoccupant.Encore ce calcul ne prend-il pas en compte l’inflation, qui réduit d’autant le fardeau.Comment comprendre alors la méfiance brutale à l’égard des pays de la zone euro?Plusieurs réponses sont possibles, mais la plus simple est la panique.Inquiets, les marchés financiers ont fait croître les taux d’intérêt des pays vulnérables, créant ainsi ce qu’on appelle «une prophétie autoréalisatrice».Les taux d’intérêt s’élevant, le poids de la dette augmente, le risque de dé-laut aussi, ce qui pousse à nouveau les taux à la hausse.La dette, présente ou prévue, pèse soudain très lourd.Le fait majeur est que les Etats européens dépendent plus que les autres du jugement des marchés financiers.Un pays comme le Japon, dont la dette s’élève à plus de 200 % de son PIB, dispose d’une base captive de prêteurs, les épargnants japonais.En Europe, un épargnant a le choix entre plusieurs dettes publiques, toutes libellées dans la même monnaie et qu’il peut acquérir d’un coup de clic, sans aucun risque de change.En Europe, le moindre soupçon concernant la solvabilité d’un Etat a des effets considérables: il lui ôte, au profit des autres, le rôle d’ancre qu’il joue ordinairement.Comment faire face à ce problème?Un premier projet, préparé par le sommet franco-allemand de Deauville, à l’insistance de l’Allemagne, a été annoncé au sommet de Bruxelles du 29 octobre.11 prévoyait que les pays en difficulté puissent se tourner vers leurs partenaires européens Les drapeaux de l’Union européenne Commission européenne, à Bruxelles FRANCOIS LENOIR REUTERS devant le siège de la Les États européens dépendent plus que les autres du jugement des marchés financiers pour obtenir de l’aide, mais à condition que les prêteurs privés soient mis à contribution, en acceptant d’accorder un abandon de créances.Cela revenait à exiger que l’État qui demandait le soutien des autres soit préalablement déclaré en faillite.Jean-Claude Trichet, qui a mené la charge contre l’accord de Bruxelles, rappelait très justement que les programmes d’ajustement du Eonds monétaire international se terminent le plus souvent de manière satisfaisante, sans faillite.11 plaidait pour que cette présomption d’innocence s’applique aussi à i’Eu-rope.A délaut, les États seraient condamnés à vivre sous le risque d’une crise permanente.Ce qui n’a pas manqué.J^rès le sommet de Bruxelles, une nouvelle panique a été déclenchée, débouchant sur la tempête irlandaise.Du coup, l’Europe a révisé sa copie.En même temps qu’elle négociait le plan irlandais, elle a annoncé une nouvelle disposition, déjà en yigueur pour les prêts du EMl.A l’qvenir, les prêts accordés par un État à un autre auront priorité.En cas de crise, ils seront remboursés en premier, réduisant grandement le risque que le contribuable du pays prêteur soit mis à contribution.Une autre disposition oblige toute nouvelle émission de dette publique à inclure des clauses permettant une niise en faillitç «ordonnée» des États en crise.A l’insistance de la Erance, la faillite ne sera pas déclarée automati- quement, mais au cas par cas.L’idée de donner un statut privilégié aux créanciers publics n’est pas mauvaise en soi.Mais elle doit d’abord conduire les pays prêteurs à accorder des taux d’intérêt beaucoup plus faibles, dans la mesure où le risque de défaut devient quasiment nul pour ce qui les concerne.Ensuite, elle oblige à augmenter le volume de prêts publics, au moins le temps que la crise passe, car les créanciers privés, désormais «juniors», deviendront beaucoup plus prudents.Eaute de clarification en ces deux domaines, le nouvel accord de Bruxelles a augmenté la perplexité des marchés et, loin d’apaiser la crise, a fait craindre qu’elle ne se propage à l’Espagne, au Portugal et, qui sait?à l’Italie.Que va-t-il advenir?Dès lors que la panique tend à prendre des proportions systémiques, il ne reste plus que la bombe atomique pour gagner la guerre: une intervention résolue de la Banque centrale européenne pour faire baisser les taux des pays en danger.Mais pour être efficaces, les ordres de grandeur des interventions devront être très supérieurs, d’un facteur 10 au moins, à ce qui a été fait jusqu’à présent.D’aucuns s’alarmeront des risques inflationnistes.Mais l’analogie avec les années 1930 serait alors parMte: les hommes politiques de l’époque étaient tous préoccupés par l’inflation, alors que la déflation était à son comble.Le Monde Daniel Cohen est membre du conseil de surveillance du Monde.MEDECINS SUITE DE LA PAGE B 1 de huit heures, donc le jeune médecin doit au minimum faire deux jours par semaine à l'hôpital.Tant qu’à en être là — et puisque les besoins sont là —il finit par faire toute sa semaine à l'hôpital.» Certains jeunes médecins vont compléter leur pratique en faisant du sans rendez-vous.Très peu vont faire de la prise en charge — ce pour quoi ils ont pourtant été formés — en raison de la lourdeur de la tâche, qui est très difficile à concilier avec l’activité hospitalière, poursuit le D"^ Godin.«On ne peut pas les blâmer.Ouvrir un bureau pour deux ou trois jours par semaine coûte sensiblement aussi cher que d’ouvrir un bureau à temps plein et apporte le même lot de tracasseries administratives.» Pour l’AJMQ, l’affaire est entendue.11 est grand temps de régler la question des AMP pour que les quelque 3000 jeunes médecins qui en sont captifs puissent participer plus activement à la prise en charge en cabinet.Les gains financiers potentiels sont importants étant donné qu’une visite à l’urgence coûte de cinq à dix fois plus cher qu’une visite en cabinet.Les gains en santé le sont encore plus, ajoute le D" Gladu, lui-même médecin de famille à Montréal et professeur à l’Université de Montréal.«Les patients suivis par un médecin de famille sont en meilleure santé.Ils sont donc moins souvent hospitalisés, ont moins de complications et consomment moins de médicaments.» Dans le milieu médical, l’idée de s’attaquer de front aux AMP — proposition qui a longtemps été décriée — fait son petit bonhomme de chemin.En 2007, le Collège des médecins avait publiquement appuyé cette idée au lendemain de l’arrêt Chaoulli.«Nous n’insisterons jamais trop sur le fait que l’accès à un médecin de famille est un problème criant et qu’y répondre aurait un effet structurant sur l’ensemble du réseau de la santé» Parmi les voies à explorer, le Collège citait alors «l’assouplissement des contraintes imposées aux médecins, particulièrement auy plus jeunes [.] comme les AMP».A l’AJMQ, plusieurs solutions sont envisagées.Celles-ci vont d’un nouveau partage plus équitable des AMP entre les 7800 omnipraticiens que compte le Québec jusqu’à leur abolition complète en passant par l’introduction d’incitatifs qui encourageraient les médecins à mener de front deux carrières, l’une à l’hôpital, l’autre en cabinet, ejqilique le D" Gladu.«Pour rendre plus attrayante une pratique qui combine cabinet et établissement, il faudrait prévoir un avantage, un bonus, qui permettrait de favoriser la polyvalence parmi les médecins tout en évitant les interruptions de service dans les établissements.» Priorité à la prise en charge Selon nos informations, la question des AMP aurait fait son petit bonhomme de chemin jusqu’à la table de négociation, qui réunit Québec et les omnipraticiens.Mais les négociations s’annoncent difficiles.«Les AMP ont été introduites pour éviter les interruptions de service dans les hôpitaux, et cela reste une priorité aujourd’hui», fait valoir Karine Rivard, l’attachée de presse du ministre de la Santé, Yvçs Bolduc.A la EMOQ, cet équilibre délicat est aussi une priorité.«Vous comprenez que si je demandais à tous ces médecins-là de se consacrer aux soins dans la communauté, probablement que la pénurie en première ligne serait considérablement amoindrie, concède le D" Godin.Mais j’aurais aussi d’autres problèmes, parce que probablement que les salles d’urgence ne fonctionneraient plus et qu’il n’y aurait plus assez de médecins pour accoucher les patientes, spécialement en dehors des grands centres.» «L’organisation des soins est ainsi faite que je ne peux pas me passer des médecins de famille actuellement en deuxième ligne.Je n’ai pas 25 solutions.La seule façon de s’en sortir, c’est d’augmenter les effectif», poursuit le président de la EMOQ.Mais pour cela, il faudra que le gouvernement Charest arrive à renverser la tendance actuelle voulant qu’on forme 55 % de spécialistes au Québec contre 45 % d’omnipraticiens.La médecine familiale attire en effet de moins en moins d’étudiants.Au cours des quatre dernières années, le ratio n’a jamais dépassé les 40 %, laissant 250 postes de résidence en médecine familiale vacants.«Si j’étais capable d’atteindre les 50 %, ça voudrait dire que je pourrais avoir à peu près 430postes en médecine familiale l’an prochain au lieu des 300 que j’ai eus cette année», illustre le Dr Godin.Ce n’est pas rien sachant que pour chaque médecin de plus, c’est grosso modo 1000 Québécois de plus qui sont pris en charge.D’ici là, à défaut de pouvoir réduire la proportion du travail accompli dans les établissements, la EMOQ espère à tout le moins arriver à la stabiliser, mais, surtout, à changer les mentalités.«J’écoute le discours gouvernemental qui dit que la prise en charge, c’est la priorité, mais en même temps je constate que duns la loi qui dirige l’activité des médecins, la prise en charge n’est même pas considérée comme une AMP, sauf dans des circonstances exceptionnelles, déplore le Dr Godin.A mon sens, c’est une aberration, qui doit rapidement être corrigée.» Le Devoir Le maso Michel David Pendant des semaines, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, a soutenu que son projet de loi sur les écoles passerelles aurait pour effet de renforcer la situation du français au Québec.Ce grossier sophisme s’appuyait sur d’autres éléments du projet de loi originel.Pour dorer un peu la pilule, on y avait inclus des articles qui prévoyaient notamment une modification de la Charte des droits et libertés de la personne pour consacrer l’importance du français, ainsi que des dispositions relatives à son emploi dans les organismes municipaux.En cours de route, le projet de loi a cependant été scindé, de sorte que ces articles ont été exclus du bâillon qui a été imposé à la mi-octobre.Hier, l’J^-semblée nationale a ajourné ses travaux sans les adopter.Ils mourront tout bonnement au feuilleton.«Ça va faire partie des travaux qui vont être proposés l’an prochain», a indiqué le premier ministre Charest.Cela semblait bien vague.11 est vrai qu’il a d’autres chats à fouetter.Son an-nus horribïlis, a-t-il dit Le problème est que cela empire d’une saison à l’autre.L’automne a été plus éprouvant que jj vrai le printemps dernier, déjà plus difficile que le précédent qu’il a Dans quel état M.Charest ,, sera-t-il en juin prochain?11 ré- ^ autres pète à qui veut l’entendre qu’il adore son travail, mais son opiniâtreté, qui peut sembler admi- à fouetter, rable à certains, commence à ressembler à du masochisme.Son annus ?horribilis, 11 s’est bien promis que la + m nouvelle année marquera un nouveau départ, mais les problème nuages s’accumulent déjà à l’horizon.Le rapport de la corn- est que cela mission Bastarache ne devrait pas trop l’écorcher, mais il empire comptait quand même sur la dinde du temps des Eêtes pour ^ en laciliter la digestion.à l’autre.D’ici la fin janvier, la décision de la Régie du bâtiment concernant les entreprises de Tony Accurso trouvées coupables de fraude fiscale viendra rappeler à ceux qui l’auraient oublié que seule une enquête publique permettrait de démanteler un système qui semble dangereusement bien rodé.11 est certainement frustrant pour M.Charest de constater que l’étonnante performance de l’économie québécoise au cours de la dernière année ne tempère en rien l’insatisfaction de la population.Dans ces conditions, le discours inaugural, sur lequel il mise énormément, risque d’être un coup d’épée dans l’eau.Maintenant que les prévisions de croissance doivent être révisées à la baisse, la problématique budgétaire va encore se compliquer.Personne ne croit sérieusement à la possibilité d’abaisser le rythme de l’augmentation des dépenses sous la barre des 3 %.Ces derniers temps, on a eu l’impression de revivre les heures difficiles du premier mandat, alors que le gouvernement semblait déterminé à mécontenter une clientèle après l’autre.Après l’éruption de colère des producteurs agricoles au récent congrès de l’UPA les étudiants et les syndicats ont claqué la porte du Sommet sur le financement des universités.Qu’est-ce que ce sera quand il faudra réellement dégraisser?11 est vrai que fJ^semblée nationale est une bulle qui ne reflète pas toujours fidèlement l’état d’esprit de la population, mais l’acrimonie grandissante qui caractérise ses débats laisse penser que le climat social pourrait aussi se détériorer.11 faut maintenant prendre garde aux étincelles.Un débat comme celui sur le gaz de schiste peut devenir très explosif.Clairement, le gouvernement ne se résoudra pas à imposer un moratoire, mais il compte beaucoup sur les audiences du BAPE pour le sortir de l’impasse.S’il recommandait, par exemple, de s’en tenir à un petit nombre de projets pilotes, on lui serait très reconnaissant.Même si le projet d’un nouveau parti politique de centre droit dirigé par Erançois Legault semble mort-né, les libéraux tablent sur les débats au PQ pour détourner les projecteurs.Les récents rebondissements de l’affaire Michaud démontrent que sa cohésion demeure fragile, même si la victoire à l’élection partielle dans Ka-mouraska-Témiscouata a certainement consolidé le leadership de Pauline Marois.M.Charest ne manquera certainement aucune occasion de semer la zizanie au PQ.Hier, il a cherché à opposer Mme Marois à Gilles Duceppe sur l’initiative discutable du Réseau de résistance des Québécois, qui a diffusé sur Internet les coordonnées des gros contributeurs à la caisse libérale et les a ouvertement désignés comme «cible».Le premier ministre serait également ravi que Stephen Harper ait l’idée d’appeler les Canadiens aux urnes tôt en 2011.11 a récemment souhaité que la prochaine campagne soit l’occasion de poursuivre le débat sur la lutte contre les changements climatiques.Asticoter Ottawa est toujours rentable et l’environnement est probablement le seul dossier autour duquel le premier ministre peut encore rassembler les Québécois.S’il arrive à distraire l’opinion publique temporairement, M.Charest ne peut cependant plus espérer que le mouvement en faveur d’une enquête publique s’essouffle de lui-même.11 doit vraiment craindre ce qu’on pourrait découvrir pour courir ainsi au-devant des problèmes.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 DECEMBRE 2010 EDITORIAL Gouvernement Charest Une « annus horribilis» L’Assemblée nationale a mis fin hier à sa session d’automne.Le climat a été moins tendu et les travaux des députés ont été plus productifs qu’à la session du printemps.Néanmoins, les relations demeurent difficiles entre l’opposition et le gouvernement Charest, dont tous les efforts pour retrouver la confiance des Québécois demeurent vains.Bilan de cette «annus hotribilis» pour le Parti libéral.1 y a quelques jours, on célébrait le deuxième anniversaire de la réélection du gouvernement Charest.Célébrer est un bien grand mot, car l’anniversaire a été passé sous silence par les libéraux eux-mêmes, qui préféraient faire oublier que le 8 décembre 2008 ils avaient recueilli 42,08 % des suffrages alors qu’aujourd’hui les sondages ne leur accordent plus guère que 28, 30 ou 32 % des intentions de vote selon les mois.Quant au taux d’insatisfaction, il a atteint 75, voire 78 % ces derniers mois, ce qui a conduit à leur défaite spectaculaire lors de la complémentaire dans Kamouraska-Témiscouata.Dans la tempête, Jean Charest essaie de garder le cap.Hier encore, il invitait à le juger sur les résultats de son mandat.Mais force est de constater que, s’il fait bien certaines choses et qu’il essaie de répondre aux attentes des Québécois, en enviroimement ou en matière de finances publiques par exemple, par contre, sur LE sujet qui préoccupe tous les Québécois, il agit à contretemps.Ce sujet est celui de la corruption et de la collusion dans l’industrie de la construc-— ~ tion, et il a été débattu presque tous les jours à la période de questions à l’Assemblée nationale.La gestion que fait le gouvernement Cha- ^ ^ rest de cette question est essentiellement ré- H « active.Chaque fois que de nouvelles révéla- lions surviennent, il pose un geste.C’est ainsi qu’il a créé l’escouade Marteau, qu’il lui a octroyé des budgets supplémentaires, qu’il a lancé l’idée d’une escouade permanente.Tout pour ne pas faire d’enquête publique, seule façon pourtant d’exposer publiquement les systèmes de corruption qui se sont mis en place.Les enquêtes policières conduiront éventuellement à des condamnations, mais elles ne jetteront aucun éclairage sur les dessous de ces systèmes.On l’a compris cette semaine lorsque les entreprises de Tony Accurso, Louisbourg Construction et Simard-Beaudry, se sont octroyé un droit au silence en reconnaissant immédiatement leur culpabilité à des accusations de fraude fiscale.L’improvisation avec laquelle le gouvernement libéral traite ce dossier laisse croire en l’absence de réelle volonté de s’attaquer à la corruption avec toute la vigueur nécessaire.Est-ce pour se protéger contre les retombées possibles d’une enquête sur le gouvernement et le Parti libéral ou par simple manque de conviction?Il y a lieu de s’interroger sur les valeurs qui animent ce parti quand on voit qu’il vient enfin de concourir à l’adoption cette semaine d’une loi sur la création d’un poste de commissaire à l’éthique à l’Assemblée nationale.Il s’agissait là d’une promesse faite en 2002.Pour y arriver, il aura fallu sept ans et la pression d’une opinion publique choquée par l’accumulation des scandales.Pourquoi donc avoir attendu que le feu soit pris, comme si la nécessité d’un code de déontologie ne valait par elle-même?Il reste deux ans au gouvernement pour être jugé sur ses résultats.Il doit cependant comprendre qu’au-delà d’un bon gouvernement qui s’occupe d’économie, les Québécois veulent un gouvernement qui a des valeurs et des principes éthiques.Or cela reste encore à démontrer.Manifestations au Royaume-Uni I \ ' Bernard Descôteaux Le désert Serge Truffaut es étudiants britanniques étonnent.Plutôt beaucoup que peu, car en plus d’étonner, ils inquiètent.Réputés jusqu’ici pour être plus calmes que leurs camarades du continent, voilà qu’ils ont envahi certaines rues de J Londres, de Manchester, de Leeds et d’autres villes où ils ont affronté les forces de l’ordre avec une ardeur jamais vue depuis les manifestations contre la «poil fax» de Margaret Thatcher.Ils sont outrés.Ils sont très remontés contre un gouvernement qui vient de commander la multiplication par trois des droits de scolarité tout en annonçant une réduction des budgets.Dit autrement, on sale la note d’un côté et on soustrait les services -^ de l’autre.Æ Ils inquiètent parce qu’ils n’ont pas obéi.Aux ^ avertissements de la police?Non, aux syndi- .T-fW’ étudiants qui, comme c’est très souvent le cas au royaume de Sa Majesté, n’avaient pas appelé leurs membres à arpenter les artères londoniennes et d’ailleurs.Ils inquiètent enfin parce que ces manifestations, qui se doublent de l’occupation d’une trentaine d’universités, ont révélé un phénomène sociologique bien en phase avec la mondialisation, la mobilité des personnes: les plus radicaux comme les plus expérimentés en la matière s’avèrent des étudiants.européens non britaimiques.Dans leur combat, ils ont le soutien des classes moyenne et populaire, qui réalisent, non sans effroi d’ailleurs, l’étendue comme la brutalité des coupes décidées par le gouvernement de coalition.Adoptée en plein automne, la cure budgétaire concoctée par le premier ministre Dave Cameron et son ministre des Einances George Osborne a eu des effets immédiats dans tous les coins et recoins de l’Etat.Des bibliothèques municipales ont été fermées ou le seront.Idem avec des piscines, des agences gouvernementales, des prisons, l’aide juridique, des centres communautaires, des centres d’orientation professionnelle, des centres d’aide aux jeunes, etc.En clair, Cameron ayant décidé de ne pas faire dans la dentelle, on assiste à un laminage, aussi ample que profond, de l’appareil d’Etat.On ferme d’un côté et on coupe le robinet inhérent à la circulation des allocations en espèces.Pour faire bref, on réduit les crédits accordés aux chômeurs comme aux handicapés tout en haussant le prix du train.L’amputation tous azimuts va si loin que l’un des membres de la famille politique de Cameron, le maire conservateur de Londres, est allé jusqu’à craindre «un nettoyage social du type Kosovo.» C’est dire! Pour sa part, Oxfam prédit que des milliers de Britanniques vont basculer dans la pauvreté.Même l’hebdomadaire The Economist, qu’on n’a jamais soup-çoimé de dérive gauchiste, a jugé que ce budget est en réalité un «pari à haut risque».Le pari?La croissance économique comblera le tout.C’est à se demander si Cameron n’est pas en train de transformer le 10 Downing Street en désert des Tartares.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO JCADf CHARÊÇT CÇT-iu 'A L'écouTC^ CF Qut MiCKou AA'A PFA^ANt>f.,.VpATtiîuf: (rAPA/ôTîf BAnQ et le patrimoine archivistique québécois Les doutes qui ont été émis sur la capacité de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) à conserver le patrimoine archivistique québécois amènent le Réseau des services d’archives du Québec (RAQ) à réagir.On peut certes être choqué par le vol et la perte d’importants documents d’archives au fil des siècles.On peut aussi déplorer que notre institution nationale ne dispose plus de budget d’acquisition.Toutefois, il nous apparaît important d’affirmer haut et fort que BAnQ fait un travail essentiel et exceptionnel en matière de conservation et de diffusion des archives du Québec et que son personnel qualifié et compétent y est pour beaucoup.Qui conserve de façon appropriée et rend accessible, entre autres, les précieux fonds des notaires de la Nouvelle-Erance, des cartes exceptionnelles de l’Amérique du Nord, les fonds de nos premiers ministres québécois, d’auteurs et d’artistes reconnus tels que Gaston Miron et Paul Buissonneau ou encore le testament de Chevalier de Lo-rimier?Le contexte dans lequel œuvre LETTRES notre institution nationale est difficile, mais on ne peut certainement pas mettre en doute sa capacité et sa volonté d’agir à titre de gardienne de la mémoire archivistique du Québec.Mario Robert Archiviste et historien, président du Réseau des services d’archives du Québec Le 10 décembre 2010 Monsieur le maire, c’est quoi la raison cette fois-ci?J’aimerais qu’on m’explique.La semaine dernière, on apprend que les propriétaires fonciers de Montréal allaient voir leur compte de taxes augmenter pour permettre de continuer d’offrir un bon service aux Montréalais.On apprenait également que les tarifs de transport en commun allaient augmenter, encore une fois, pour nous offrir un meilleur service! Lundi soir, première chute de neige importante, quelques centimètres.Je sors du cinéma Quartier Latin vers 21h30 (ça fait tout de même quelques heures qu’il neige!) et oups! Surprise, pas la moiqdre trace de chenihette sur le trottoir, ZERO déneigement sur Saint-Denis.Idem pour la Sainte-Catherine, et tout le Quartier des spectacles.Et après, on viendra se plaindre du manque d’achalandage au centre-ville! Il me semble que s’il y a un quartier qui doit être déneigé rapidement et où les trottoirs doivent recevoir des abrasifs en priorité, c’est bien le Quartier des spectacles, non?Ça sera quoi l’excuse, cette fois-ci?Pas l’ignorance d’une tempête imminente tout de même! Ne me ressortez surtout pas celle entendue la semaine dernière par un de vos représentants: «On a besoin d’un certain temps pour mobiliser nos équipements, on peut pas être partout en même temps, il y a 1680 km de rues à déneiger!» Holà, je vous parle du Quartier des spectacles, pas du quartier des raffineries! N’allez pas me dire non plus qu’il faut attendre qu’il y ait moins de monde sur les trottoirs, on pourrait la trouver drôle.Dites-nous donc que vous n’êtes tout simplement pas organisés pour que vos citoyens aient vraiment les services que vous leur promettez depuis des lunes! Ça coûte combien faire sortir vos epiployés en pleine tempête de neige?A moins qu’il n’y ait une clause de la convention qui l’interdise! Normand Bélisle Montréal, le 6 décembre 2010 REVUE DE PRESSE Quatre hommes, quatre questions Manon Cornellier La fin de la session parlementaire approche, ce qui donne heu aux traditionnels bilans de fin d’aimée.Cette semaine, deux chefs ont passé sous la loupe.D’abord Stephen Harper qui, dans un texte de Lawrence Martin publié sur le site iPolitics, est présenté comme quelqu’un qui a réussi, malgré son statut minoritaire, à transformer en profondeur le gouvernement fédéral et la démocratie parlementaire canadienne.En fait, à «prendre le contrôle de l’infrastructure du pouvoir».Au point où Martin le décrit comme un «titan».Selon le journaliste, ce ne sont pas tant les politiques adoptées par Harper qui ont changé les choses que sa façon de faire la politique et de gouverner.Le centre de gravité de l’échiquier politique a bougé, et la concentration du pouvoir entre les mains de l’exécutif a atteint des sommets inégalés.Ainsi, la bataille politique ne se fait plus entre deux partis du centre, mais entre un parti franchement à droite et un autre plus au centre.Harper a aussi changé le système en diminuant le pouvoir des contrepoids traditioimels.La bureaucratie et la diplomatie se mêlent moins d’élaboration de politiques pour se limiter à une fonction mise en œuvre.Les comités parlementaires sont dysfonctionnels.Des fonctionnaires du Parlement et nombre d’organismes, de commissions et d’agences ont vu leur indépendance attaquée.Les communications gouvernementales sont contrôlées par le bureau du premier ministre et le Conseil privé.Il a profité de la richesse de son parti pour attaquer ses adversaires.Ses admirateurs disent que ce sont ces méthodes qui lui ont permis de rester au pouvoir pendant cinq ans.Ses détracteurs répondent que ce sont ces mêmes méthodes qui le privent d’une majorité.Dans l’opposition, Haiper préconisait des changements par petites touches, note Mardn.Si c’est ce qu’il a servi aux Canadiens jusqu’à présent, à quoi ressembleront ses grands projets?, se demande-t-il en conclusion.Vis-à-vis Le chef libéral Michael Ignatieff l’a moins facile.Comme l’écrit Susan Riley, du Ottawa Citizen, le souhait secret des libéraux en cette fin d’année, selon un sondage, est d’avoir un nouveau chef.Mais l’imminence d’une élection rend ce rêve impossible, et rien ne dit que le problème d’anémie du parti serait réglé.Pour les électeurs de la gauche, par contre, la situation est urgente car on craint les effets qu’aurait sur le pays une éventuelle victoire majoritaire conservatrice.Mais lorsqu’ils se tournent vers les libéraux, ils voient un chef qui acquiesce dans le dossier afghan et qui défend les sables bitumineux.Le portrait n’est pas complet ni juste, mais Ignatieff n’arrive pas à séduire l’électorat, même si, sur papier, il a ce qu’il faut pour ressembler à un premier ministre.C’est un homme du monde, éduqué, s’exprimant bien, mais il lui manque ce que «le nouveau maire de Toronto a en abondance, la cohérence et la conviction», écrit Riley.Elle convient qu’il faut être souple et intelhgent pour gouverner, mais que pour gagner les élections, il faut pouvoir présenter les choses simplement et avec authenticité.La crédibihté du chef est capitale.Ignatieff donne encore trop l’impression qu’il ne fait que réfléchir alors qu’il a pris des positions claires au cours des derniers mois.Il a défendu le registre des armes à feu, s’est opposé à l’achat sans appel d’offres d’avions militaires et au projet de loi des conservateurs sur le trafic de migrants.Il a aussi proposé un programme pour les aidants naturels.Le problème, c’est que d’autres positions et certains silences occupent le devant de la scène.H y a l’Afghanistan, mais aussi l’absence de pohdque claire sur les changements climatiques.Par conséquent, on attend toujours le décollage.Qui parle?En journahsme, l’éditorial est considéré comme la position de l’éditeur.C’est d’ailleurs pour cela qu’en anglais, il ne porte aucune signature.Eaut-il par conséquent comprendre que Québécor et son grand patron, Pierre Karl Péladeau, assimilent l’enchâssement du bilinguisme dans la Constitution canadienne à une forme de discrimination infligée à l’ensemble du pays?C’est pourtant ce qu’affirme un éditorial publié jeudi dans les cinq plus gros journaux de SunMedia, propriété de Québécor.On y féhcite en particuher les sénateurs conservateurs pour bloquer le projet de loi du néodémocrate Yvon Godin exigeant que les juges de la Cour suprême soient non pas bilingues, comme l’affirme le texte, mais capables de comprendre suffisamment l’autre langue officielle pour suivre une plaidoirie sans l’aide d’un interprète.Même au Canada anglais Jean Charest ne peut s’en sauver.Même au Canada anglais, on veut qu’il parte.Wilham Johnson l’a écrit dans le Globe and Mail, etTasha Kheiriddin, dans le National Post.Ayant côtoyé Charest au sein du Parti conservateur, Kheiriddin ne le prend pas à la légère quand il dit qu’il veut rester.Selon elle, c’est dans sa nature de batailler et de tenir son bout.«Mais le leadership, ce n’est pas seulement d’allumer le flambeau, c’est aussi de savoir le passer.» Et s’il tient à son pays, ajoute-t-elle, il vaudrait mieux qu’il laisse la place à un fédéraliste maintenant plutôt qu’à son adversaire péquiste lors des prochaines élections.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 DECEMBRE 2010 B 5 IDEES Le déclin prévisible de Facebook HERVE EISCHER Président de la Fédération internationale des associations de multimédia et auteur du Choc du numérique (VLB, 2001) ui oserait nier aujourd’hui l’importance des médias sociaux?Ils nous apparaissent comme des incontournables, que la contamination virale nourrit sans cesse.Nous courons entre Myspa-ce, Youtube, Facebook, Classmates, Twitter, etc., anxieux d’être présents partout.Le fondateur de Linkedln (70 millions d’usagers), Reid Hoffman, a affirmé que «Myspace, c’est le bar, Facebook, c’est le barbecue au fond du jardin, et Linkeldln, c’est le bureau».Et ces médias sociaux se sont multipliés: Flickr, Myl^eritage, Trombi, LasLfm, Plexo aux Etats-Unis, Viadeo en France, Xing en Allemagne, Jobs-sip en Espagne, Renren Xiaonei en Chine (une imitation de Facebook qui se traduit ainsi: les gens sur le campus), et même en Afrique, sru téléphone mobile, iYam.mobi, lancé par Fritz Ekwoge.Facebook lui-même, qui ajuste six ans d’existence, semble augmenter son nombre d’usagers d’un million par trimestre, à en croire les chiffres lâramineux et non véribables qui sont annoncés, atteignant les 600 millions en cette fin de 2010.Un Canadien sru deux s’y serait inscrit, au point où l’on parle du Canada «as a Facebook Nation».Et ses revenus, de près de 635 millions en 2009, devraient atteindre le milliard poru 2010.Selon l’Institut américain Hitwise, Facebook porurait se prévaloir de 3 % de visiteurs uniques de plus que Google et de plus de pages vues.Simultanément, l’annonce du réseau Google me est encore une fois reportée.Facebook constituerait, cjit-on, 25 % du trabc d’Internet aux Etats-Unis.Effet de mode Alors que le désir de socialiser, tout comme le le sentiment de sobtu-de de nos masses individuabstes, ne risque pas de diminuer, comment peut-on annoncer aujourd’hui le déclin prévisible de Facebook?II y a bien des raisons à cela.Facebook est d’abord un réseau d’adolescents en quête d’amis — c’est devenu une sorte de compétition d’en afbcher toujorus plus —, et comme tous les engouements auxquels s’identibent successivement les générations de jeunes, avec des modes vestimentafres, des groupes musicaux ou des danses, la généra-bon Facebook va viebbr et passer la mabi.On entend déjà de plus jeunes déclarer que «Facebook, c’est plate!».Nous observons la même éphémérité dans la succession des modes poru les oubls numériques.Abisi, les montres digitales, qui avaient envahi à juste dire le marché, en sont quasiment disparues aujorud’hui.La mode est revenue aux grandes aigubles sru de larges cadrans.On ne parle quasiment plus du jeu Second Life, qui avait tant de succès il y a trois ans, avec sa spéculation foncière, et qui battait sa propre monnaie, convertible en dollars.Chacun voulait y créer son avatar, tandis que les grandes bisbtubons et les mulünabo-nales y bivesbssaient poru ouvrir des vitrines et des commerces.Manque de confiance Malgré le goût actuel poru la transparence et l’authenbcité, les résearrx d’amis tels que Facebook provoquent de plus en plus de méfiance.Il est vrai qu’en exhibant abisi leur vie privée, beaucoup de jeunes se bchent bigénument eux-mêmes, et que ces CHRISTIAN TIFFET LE DEVOIR données personnebes sont aussitôt ubbsables, poru le mebleru et poru le pire.Une enquête récente menée par Ibgo, une agence française d’analyse des comportements des consommateurs, révèle que 80 % des internautes n’ont pas confiance dans la po-btique de confidenbabté des médias sociaux qu’bs uübsenL Dans le cas de Facebook, le plus en vue, de nombreuses polémiques ont obligé ses dirigeants à reculer et à faue d’apparentes concessions.Il n’en demeure pas moins qu’il est compbqué d’en sortir et que, si vous y parvenez, le site vous uassrue» en vous bidiquant que si vous changez d’avis et voulez plus tard vous rébis-crire, vous y retrouverez aussitôt toutes les données personnebes que vous y avez mises — ceUes que précisément vous venez d’essayer d’effacer définitivement pour protéger votre vie privée et votre avenu! Ces deux faces de Facebook, l’une de genübe conviviabté, l’autre d’exploita- bon commerciale sournoise de ces données privées, sont terriblement contradictoires.Contradictions Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web, voici juste 25 ans, vient de pu-bber une mise en garde bisistante sur le «caractère fermé» de la plateforme Facebook.Nous ajouterons que malgré l’annonce récente de Facebook d’offrir désormais im mode d’échange lacüe, rapide et convivial, qui abait rendre obsolète le «vieux courriel», ce réseau n’offre guère d’bmovabons sru le plan de ses foncbonnabtés.En outre, ü manque de profondeur, se consacrant à des échanges superficiels et sans contenus.Je vois mal, enfin, comment cette plateforme srumontera encore longtemps la contradiction évidente entre les relations naïves d’adolescents et les usages adultes corporatifs ou professionnels, tels que les campagnes politiques, commerciales, humanitaues, les débats btté-raires, scientifiques, historiques, uni-versitaues, etc.Voilà encore deux faces de Facebook qui ne s’accordent pas.Les cbentèles ne sont pas les mêmes, les activités non plus, et cette plateforme est manifestement trop large pour ne pas apparaître bientôt fragile et non pertinente.En outre, l’abus commercial constamment menaçant de l’exploitation des données personnebes, qui bi-cite beaucoup d’utibsateurs à quitter Facebook, a suscité une bbtiative alternative, cebe de Diaspora à New York, en mai 2010, qui propose une plateforme en logiciel bbre avec code source ouvert, permettant à tous les usagers de contrôler les orientations, les pobtiques et les usages du site.Segmentation Les médias sociaux ne disparaîtront certabiement pas, maïs bs vont se segmenter davantage, pour mîeux répondre à des besoîns plus spécifiques de groupes plus définis.Et dans la lutte entre les empfres numériques Microsoft, Google et Facebook, c’est ce dernier qui est manifestement le plus fragbe, malgré l’excès de ses succès actuels, ou plutôt à cause de cet engouement superficiel et non structuré.Les communications sans contenu sont comme l’eau, qui se répand successivement en vases communicants.Autre métaphore: les contaminations vfrales sont comme les bancs de poissons ou les volées de perroquets, ebes se déplacent rapidement et en bloc.L’avenfr prochabi de Facebook est plus qu’bicertabi.Entraîné par son succès, on ne volt pas comment b pourrait se reconfigurer en ciblant mîeux ses objectifs et ses fonctionnalités avant de perdre les fa-veius de la prochabie vague d’adolescents et des usagers adultes qui s’y sont accrochés.Le voyage au Canada Le 30 novembre dernier, des artistes ont convergé vers Ottawa pour dénoncer le projet de loi C-32, dont l’objectif est de réviser la Loi sur le droit d’auteur.À Luc Plamondon, qui a participé à l’expédition, cela a inspiré ce poème.LUC PLAMONDON Auteur compositeur Nous avons fait un beau voyage à Ottawa Mabi dans la mabi, cœru sru la mabi Toute la famble était là Je me sentais comme un parrain! Nous étions cent, plutôt cent vbigt Toutes générations sru le même pied Tous styles et tous geiues emmêlés Trois autobus c’était pas trop On aurait pu rempbr un trabi Ah! mes amis qu’on était bien! On était partis de boime heure De boime herue et de bebe humeur Cinq décennies de chanterus D’auterus et de compositerus Dont votre humble serviteur De Stéphane Venne à Stéphane Archambault De Charlebois à Yann Perreault De Raoul Duguay à François Cousineau D’Adamus, de Dumas à Lapointe le Pierrot Ah! mes areux, que c’était beau! De Michel Rivard à Richard Ségubi De Chinatown, Chenart à Beast et aux Vulgaues Machbis Deschamps, Petit, Bruno, Bori, Biz, Robidoux, Robbison Tous compagnons de la chanson Ah! mes areux que c’était bon! De voir la Marie-Denise avec la Marie-Mai La Juster avec la Forestier LaThalie, la Dufault, l’Ariane, la Jorane, la Florence K Elles étaient là toutes les divas Toutes les divas, sur le même la Et nous filons dans le matbr Légers comme un vol d’oiseau Même si dehors y mouble à siau Le temps est bon, le ciel est beau Mabr dans la mabr, cœru sru la mabr Dans la grand’chaîne de la vie Le grand Lévesque, le ^and Vigneault En pensée nous soufflaient ces mots «Ma chanson ce n’est pas ma chanson c’est ma vie» Ah! mes areux que c’était grand! Dans les tribunes du Parlement De nous entendre huer comme des enfants Jusqu’à déclencher l’alarme à feu Et se faire évacuer des beux Ah! sacrement qu’on était bleus! Car du côté conservateru Monsieru Moore et monsieru Harper Ne pensèrent pas nous saluer Ne daignèrent pas nous parler Et même pas nous regarder IJs répondirent avec mépris A nos questions de droit d’auteur Prenant le parti de l’industrie Sous couvert de protéger les consommaterus Ah! mes areux qu’ça faisait peru! Devant cet immuable roc Les trois partis de l’Opposition Nous assruèrent de faire bloc Contre cette loi de malédiction Et on entonna tous en chœur Libérez-nous des Conservateurs! Comm’chantait Le grand Trenet Voilà, vobà Un beau voyage au Canada! Humeur de fin d’année \ ! i ^ - /> ?Denise Bombardier Les lecterus assidus de cette chroibque auront noté que l’usage du «je» ne m’est pas fréquent J’ai fait mes classes en jorunabs-me à Radio-Canada, qui pratiquait à cette époque faste de l’mformation un priritaibsme, disparu depuis, où le «je» était brterdit.Au nom de ce qu’on appelait l’objectivité, le «on», le «nous», voire «l’opinion pubbque pense que», étaient les mots dont on usait pour parler aux téléspectaterus et à nos invités.J’ai intégré cette culture qui m’a longtemps permis de garder la distance critique sans laquebe le contenu de la question est inévitablement teinté de sa propre opinion.Depuis que je suis passée de l’entrevue au commentaire éditorial, j’ai, en partie, délaissé cette pratique, ne serait-ce que poru assumer les idées que j’exprime et défends.J’ai longtemps hésité avant d’écrire cette chronique, mais des injrues, des propos offensants, des interprétations erronées de mes textes provoquent en moi un ras-le-bol et m’incitent à réagir avec ma plume, car j’écris encore tous mes textes à la main, une coquetterie jruas-sique qui m’enchante.J’en ai ma claque de tous ceux qui, faute d’argrr-ments à m’opposer, m’invitent à prendre ma retraite, laçon de me prévenir qu’bs ne m’enverront pas de coruoime de fierus à ma mort.Ce n’est pas en faisant disparaître le contradicteur que l’on fait avancer le débat, et b n’existe pas une telle chose qu’un intebectuel à la retraite.La réflexion, le partage du doute, des inquiétudes, des convictions, la recherche, somme toute, d’une certaine compréhension des enjeux et des phénomènes sociaux n’est pas une activité bmitée à une étape de la vie.On radote à tout âge, on vit dans la confusion de pensée, vieux ou jeune, on se complaît dans l’aveuglement idéologue à 30,40 ou 80 ans.La viebles-se n’est pas bmitée au vieil âge quand b s’agit d’évaluer la vigueru brtebectuebe.Je suis offensée par ceux qui n’ont de cesse de m’accuser de «cracher» sur le Québec du haut d’un piédestal en jugeant mes compatriotes, desquels je m’exclruais.J’ai choisi depuis longtemps déjà de déplaire plutôt que de pratiquer la complaisance et la flatterie, ces formes brsidieuses du mépris de l’autre.Il est douloureux parfois d’être Québécois.S’b m’arrive d’irriter les lecterus, bs doivent savoir que je suis triste moi-même d’avoir à écrire certames vérités déplaisantes.Comme tant d’autres, enfermés dans une sobtu-de, je déplore la négation de la culture qui a constrrbt le pays, y compris son passé rebgierix.Je me désole de l’acharnement à détruire par la dérision, des comportements iconoclastes et un déib du réel ces brstitutions qui sont nôtres et sans lesquelles nous ne pourrons jamais revendiquer un pays, si tebe est la volonté du peuple souverabr.Je m’indigne de la dégradation de la langue qui n’a rien à voir avec les inventions langagières, mais qui indique une absence de respect poru le français et un relâchement incompatible avec la fierté dont on se gargarise.D’ablerus, la pauvreté du vocabulaire et l’ignorance du sens des mots se vérifient dans la dbficrbté d’analyser un texte et de l’interpréter.Qn ne dira jamais assez à quel point la culture actuebe favorise la confirsion intebectuebe.Qn ne veut pas entendre et comprendre l’idée de l’autre, on veut avoir raison.Et dans le même souffle, on prétpnd êfre affranchi des dogmes et l’on crache sru l’Égb-se du haut de la chaire d’rme des rebgions laïques à laquebe on adhère désormais.Rien n’est plus humain que le désu de reconnaissance par les nôtres.C’est poruquoi les accusations de mépriser le Québec que j’ai passé ma vie à défendre à la granderu de la francophoiüe me sont une injrue.Et quoi de plus inquiétant que ces gens qui s’érigent en juges du degré acceptable d’amoru et d’attachement poru le peuple dont bs se croient, eux, les prus représentants?D’ailleurs, ces mêmes Québécois portent aux nues les dissidents de pays étrangers, ces intebec-tuels qui seuls contre tous, à lerus risques et périls, affrontent les pouvoirs, dénoncent lerus sociétés et subissent ainsi la vindicte officielle.J’émets des doutes sru une pétition à la mode, je rappebe le respect dû à la fonction de premier ministre et l’on m’accuse de coucher bttéralement avec le pouvoir.Bel argument dont on use serbement à l’endroit de la femme jorunabste.Bien sûr, cbquer sru rme souris dans le confort de son brueau est rm acte audacieux aux retombées persoimebes risquées et blo-guer sru Internet en se rebaptisant «le pafriote» ou «xyz» est rm acte héroïque, n’est-ce pas?A tous ceux qrb m’invitent à tirer ma révérence, j’aimonce qu’bs risquent de s’éfrangler d’impatience.A ceux qrb me font des procès d’intention, qrb affirment, par exemple, que je ne comprends rien à l’éducation parce que je n’aruais pas d’enlkrt, ou aux jeunes qrb croient que je les hais simplement parce que je déplore qu’on les ait rendus orphebns de la mémoire cobective, je dis: «Retorunez aux textes et laites vos devoirs.» Et à ceux qrb voudraient me retirer sjmibobquement ma citoyenneté, je réponds: «Vous abez me trouver sru votre route.» Je respecte mes lecterus, je déteste l’obséquiosité populiste et rien n’est plus réjouissant poru moi que d’être confrontée par des contradicterus brtel-lectuebement redoutables.Ces deribers, je les ap-pebe de mes vœux.UEQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Gerald Dallaire (adjoint au directeur de l’information), Marie-Andree Choumard (éditorialiste, responsable de la page Idees), Marco Belair-Cirmo (general), Jeanne Corriveau (affaires municipales), Fabien Deglise (société) ,'Se.an.Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), lisa-Marie Gervais (education), Pauline Gravel (sciences), Carokne Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude RiouxSoucy (santé), Philippe Papineau (pupitre) , information politique Michel Dav\A(chroniqueur), Helene Buzzetti et Guillaume Bourgault-Côte (correspondants parlementaires a Ottawa), Antoine Robitaüle et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires a Quebec), Alec Castonguay et Kathleen Levesque (reporters) , information culturelle Michel Belair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Frederique Doyon et Isabelle Pare (reporters), Odile Tremblay (cinema), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur de l’information), François Desjardms, Eric Desrosiers et Alexandre Shields (reporters), Dominique Reny (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy 'Ta\\[ei&r (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editonale et cahier Perspectives) , Diane Precourt (responsable des pages thématiques), Emilie Eohe-Boivm (pupitre) , Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) , Michel Garneau (caricaturiste) , Andreanne Bedard, Michele Malenfant et Christine Dumazet 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Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Sonia Chamberland (en remplacement de Caroline Simard) (responsable service a la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathahe Fihon, Marie-Lune Houde-Brisebois , Jean-Robert Divers (responsable promotion) ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Celme Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Page, Monique Proteau B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 DECEMBRE 2010 DESIGN+ARCHITECTURE .ü iTlj .HÇ i i-v.Dans les méandres de Beta Beta Un spa sur l’eau flotte dans le Vieux-Port de Montréal: tout baigne pour le bain urbain Dans les eaux calmes et sombres du Vieux-Port de Montréal, le Bota Bota flotte, cachant derrière ses façades de métal noir des secrets bien gardés.Premier spa Scandinave au monde à être installé sur un bateau d’une telle envergure, l’œuvre hybride se nourrit de l’architecture tant navale que terrestre.Ce projet signé Sid Lee Architecture invite à un voyage dans l’imaginaire urbain et maritime en nous plongeant dans l’univers de la ville, du ciel et de l’eau, tout en nous faisant nager dans les profondeurs silencieuses de notre for intérieur.EMMANUELLE VIEIRA Il y a Bora Bora à Tahiti, il y a maintenant Bota Bota à Montréal, un endroit magique où la mer turquoise a été remplacée par la beauté mystérieuse des eaux du fleuve Saint-Laurent Et si les îles baignées par le vent ont leur charme, Montréal vue depuis Bota Bota apparaît soudain comme un endroit d’une extraordinaire beauté.Ancré à l’extrémité de la rue McGill, dans la portjon Est du parc des Ecluses, ce bateau long de 55 mètres se fond merveilleusement dans son environnement urbain et aquatique.Cerné par des icônes de l’architecture montréalaise, notamment Habitat 67 et le Silo numéro 5, Bota Bota n’a pourtant pas toujours été là.Construit en 1951, le navire a d’abord été le traversier ArfÙMr-Cardin faisant la liaison entre So-rel et Berthier.Au moment de l’Expo 67, il subit une première transformation en devenant L’Escale, le premier centre d’art flottant au monde.Le bateau abrite alors une salle de théâtre, des foyers répartis sur trois étages, des bars, un restaurant, des cabines et des loges pour le personnel et les comédiens.Toute la façade inférieure du navire est encore hermétique et aveqgle.En 2008, la famille Emond rachète le navire avec l’idée de construire un spa sur l’eau et décide de confier le projet à des architectes qu’elle connaît bien, Jean Pelland et Martin Leblanc, avec qui elle a déjà conçu son premier spa, le Balnéa situé à Bro-mont-sur-le-Lac.«Pour Bota Bota, les défis étaient nombreux, explique Jean Pelland, architecte Les salles de soins plongées dans une semi-pénombre offrent des vues filtrées sur l’eau et sur la ville concepteur et associé principal de Sid Lee Architecture.E a d’abord fallu comprendre la structure du bateau avant de se lancer dans sa reconversion en spa flottant.» L’architecture navale impose un cadre rigide en raison des notions de stabüité et de flottaison.Tout doit être méticuleusement pensé et calculé: la répartition des fonctions, le choix des matériaux et l’intégration des services.Pour Sid Lee Architecture, l’aventure commence par les recherches et les échanges avec différents corps de métiers qui interviennent sur le projet L’unicité entre artisans, architectes navals et ingénieurs, associée à la vision avant-gardiste du client et des architectes concepteurs, explique en partie la réussite du projet «Avec Bota Bota, nous avons découvert la richesse et la profondeur qui se cachent dans chaque détail technique de l’architecture industrielle et navale.Des hublots aux portes métalliques ou aux escaliers, chaque geste architectural à son importance et son utilité.Nous avons voulu garder ce principe et cet esprit-là sur l’ensemble du projet de reconversion», dit Jean Pelland.Cette démarche n’est pas loin de la philosophie du célèbre Jean Prouvé, qui disait «Tout objet à créer impose à la base une “idée constructive” rigoureusement réalisable, l.] L’idée constructive, c’est d’abord la compréhension d’une totalité d’un ensemble.» Un recyclage intelligent Vieux de 57 ans, le bateau a d’abord été placé en cale sèche pour être réparé et pour subir une modification au niveau de la coque, afin d’augmenter les capacités de portance et de flottaison.Les moteurs et la salle des machines ont été enlevés afin de lîWajTî f I itiitwau ‘ [ '-a niiaimm iril liFil I s •MAI 9 dégager un espace suffisant pour loger les vestiaires du spa au niveau de la cale.Les ponts supérieurs d’origine, trop exigus, ont été complètement rasés, laissant la place à une nouvelle structure d’acier et de verre qui héberge les trois nouveaux ponts supérieurs du projet Ainsi, une bonne partie du bateau a été évidée et sur la structure métallique laissée apparente, les architectes sont venus poser des panneaux de métal préfabriqués, incrustés d’un total PHOTOS SID LEE ARCHITECTURE de 678 hublots.«Nous avons effectué des recherches pendant plusieurs mois et approché des techniciens aux quatre coins de la planète avant de réussir à inventer un hublot sur mesure, qui soit à la fois beau, très isolant et résistant», note Jean Pelland.De l’extérieur, cette façade inférieure du bateau qui abrite les salles de soins est splendide, de grande élégance et sobriété grâce au noir métallique qui fait ressortir tous les détaüs de construction.L’ensemble, directement ins- piré de l’univers du bateau, évoque au passage la mythique façade de la très célèbre Maison tr^icale de Jean Prouvé.Les salles de soins plongées dans une semi-pénombre offrent des vues filtrées sur l’eau et sur la ville.L’intimité créée par les petites ouvertures rondes et l’imaginaire rattaché aux hublots font voyager loin, très loin, nous libérant ainsi des soucis du quotidien.Le bateau a toujours fait rêver et les architectes ont su ici exploiter simplement et subtilement cet état de fait \ A bord d’un cargo chic Tout en transformant le navire pour accueillir le programme du spa, les architectes ont souhaité dès le départ raconter l’histoire du bateau en préservant un maximum d’éléments de son architecture d’origine tout en y insérant de nouveaux éléments rattachés à cet univers particulier.Ainsi, en parcourant l’intérieur du navire, on a l’impression de déambuler dans les espaces d’un cargo chic.L’utilisation du métal brut, froissé, ondulé ou irrégulier, de même que l’emploi du noir, du gris et d’une signalisation typique du bateau industriel, créent un univers propice à l’évasion du corps et de l’esprit grâce à un langage architectural qui ré-interprète simplement les formes et les textures de l’univers des navires.Le parcours imaginé par les architectes permet de passer d’un univers sombre et introverti dans les niveaux inférieurs du projet à un univers plus lumi- neux et ouvert sur la viUe au fur et à mesure qu’on s’élève vers les ponts supérieurs.L’escalier en forme de proue, la colonne vertébrale du projet sert aux différentes fonctions du navire qui compte 21 salles de soins, six terrasses, cinq ponts, deux saunas et deux bains à remous avec des vues époustouflantes sur Montréal, en plus d’un bain à vapeur.Dans ce décor avant-gardiste et très minimaliste, le panorama de la ville est toujours différent On découvre Montréal comme jamais auparavant et c’est littéralement la viUe et l’eau qui habillent le bateau d’un flux de vie toujours changeant Quel chemin parcouru! Installé dans un endroit qui avait presque été laissé à l’abandon après le départ du Eestival Elora et de Mosaicultures, Bota Bota çevitalise le secteur du parc des Ecluses en proposant un rêve là ou il n’y avait rien.La construction du projet à l’aide de panneaux préfabriqués est peut-être ce qui explique que l’ensemble dialogue aussi bien avec Habitat 67.Le langage épuré du projet et l’eau qui l’entoure favorisent également une intégration urt^aine sans fausse note.Etabli à Montréal, avec des bureaux satellites à Amsterdam, aux Pays-Bas, la firme Sid Lee Architecture est très fîère de ce projet.Les architectes et associés principaux, Jean Pelland et Martin Leblanc, ont souhaité «aller au-delà de la commande du client pour que le projet soit un véritable prolongement de la ville», expliquent-üs.Travaillant avec des valeurs, des paramètres et des équipes multidisciplinaires, les deux associés voient grand et loin.Us planchent d’atileurs actuellement sur deux gros projets, pour Red BuU et pour le mytiiique club de soccer Ajax Amsterdam.Collaboratrice du Devoir ¦ Bota Bota, 358, rue de la Commune Ouest, quais du Vieux-Port de Montréal, www.botabota.cq, www.sidleearchitec-ture.com.Equipe du projet: Sid Lee Architecture, Ingénierie navale: Raymond Daoust.Ingénierie structurale: Anand Swami-nadhan enr.Ingénierie mécanique: Blondin Eortin.Entrepreneur général: Mikado Construction.Production graphique et signalétique: Sid Lee.
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