Le devoir, 18 décembre 2010, Cahier G
LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 DECEMBRE 2010 I LES ENTRETIENS [jACQUES-CARTlER LE DEVOIR M s n tt U :i II U.(TU >¦!«¦¦¦ n-a ^.-r, ^ h I ¦ «Kg iituHii 1^10 -la: ¦ ¦Il Il n 11 II I irrrn U U U U osai n n iî'ii il II b U il II h M f D Q D D 11 n ii r Il Ii 11 II B B I II II I B B I B '' '> " " > S B n „ 13 fl » “ ‘ fil II Z B.s n B iï [] I 9^ 1 PHILIPPE MERLE AEP La ville de Lyon sous la neige, le 1" décembre 2010 ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE Citoyens, à vous d’agir ! «Il faut trouver un moyen de reconquérir l’espace de leadership politique» Réunis à Lyon dans le cadre des 23®“ Entretiens Jacques-Cartier, des chercheurs et des praticiens se sont interrogés sur les moyens à prendre pour renverser le modèle dominant et mettre en place une économie plus sociale et plus solidaire ÉMILIE CORRIVEAU Sur une toile de fond de dérive financière, l’économie mondiale vient de connaître une importante crise dont elle se relève à peine.Si celle-ci a permis de démontrer que, ne s’étant pas effondré et ayant connu de bonnes performances, le modèle d’économie sociale et solidaire (ESS) tenait la route, elle n’a toutefois pas été suffisante pour donner naissance à une nouvelle proposition de développement plus sociale et plus solidaire, comme plusieurs l’avaient espéré.Devant ce revers, que faut-il faire pour parvenir à fédérer l’opinion publique et les pouvoirs politiques autour d’un modèle plus inclusif?«J’ai l’impression que, malheureusement, il faudra que survienne une crise beaucoup plus large et qu’elle ne soit pas qu’économique pour que les choses changent», exprime d’emblée Jean-Marc Fontan, professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.Réfléchissant aux facteurs susceptibles de favoriser la réorientation du modèle économique dominant vers une ère de développement qui soit capable de préserver la diversité culturelle, la cohésion sociale et la biodiversité, M.Fontan estime que, pour qu’il y ait création d’un nouveau système international, il faudrait d’abord que d’importantes transformations sociales aient lieu.«Pour que le levier soit assez fort, il faudrait que la crise devienne sociale jusqu’à un certain point, comme ç’a été le cas avec le New Deal au début du siècle dernier.L’histoire nous montre que ça prend de grands événements catastrophiques de ce genre ou encore un consensus partagé par les grandes élites de différents milieux, mais ça aussi, c’est assez rare.A mon avis, il faudrait donc une grande crise mondiale, un peu comme celle qu’on vient de connaître, mais où à la crise économique se grefferaient une crise politique et une crise sociale.» De la parole aux gestes Si de plus en plus de sociologues, d’économistes et de militants s’entendent pour dire qu’il est nécessaire de repenser les modèles de développement socioéconomique actuels et que les avancées qu’a permises la récente crise n’ont pas été assez importantes pour commander ce changement de cap, encore peu de réponses concrètes sont apportées quant à la façon d’y parvenir.«Les enjeux les plus préoccupants ne sont pas tant économiques que politiques.Il faut trouver un moyen de reconquérir l’espace de leadership politique qui est nécessaire pour donner le coup de barre qui s’en vient Présentement, il n’y a pas de leader, il n’y a pas de charisme qui se construit, il n’y a pas d’idéal qui se met en place.Ce qu’il nous faut, c’est un charisme qui ait un projet politique et qui puisse galvaniser l’opinion», estime Jean-Marc Fontan.Dans la même optique, Mme Danièle Demous-tier, maître de conférences en sciences économiques et responsable de l’équipe de Socio-économie associative et coopérative de l’Institut d’études politiques de Grenoble, estime que diverses menaces pèsent aujourd’hui sur TESS et que, pour s’assurer que celle-ci joue un rôle déterminant dans le futur, il faut d’abord surmonter les obstacles.Mme Demoustier s’inquiète notamment de l’instrumentalisation publique, du fait de l’accroissement de la pauvreté, de l’exclusion et plus généralement des besoins sociaux, alors que les financements publics s’orientent vers des priorités plus économiques.Elle relève également les problèmes de la marchandisation, donc la sélectivité, pour recourir à des financements privés, ainsi que l’éventualité d’un repli d’une ESS plus affinitaire autour de collectifs militants plus tournés vers la satisfaction de leurs propres besoins que vers l’intérêt général.«Ces évolutions peuvent accoucher d’une segmentation et de tensions très fortes au sein même de l’ESS, entre une logique palliative caritative, une logique marchande compétitive et une logique novatrice, simple laboratoire d’un capitalisme renouvelé.» Entente nécessaire D’après Mme Demoustier, pour que se concrétise un nouveau modèle de développement, les «Les enjeux les plus préoccupants ne sont pas tant économiques que politiques» différents acteurs devront trouver le moyen de surmonter leurs différends, car entre lien social de proximité et élargissement des réseaux, entre engagement et contrainte au travail, entre structuration sectorielle et territoriale, entre inscription dans le marché et promotion de l’utilité sociale, entre logique de ressource et d’acteur territorial, entre aide et réelle coopération internationale, plusieurs contradictions persistent.«Si les acteurs s’emparent collectivement, en dépassant leurs conflits internes, de ces enjeux de société, si on poursuit cette réflexion féconde entre acteurs et chercheurs, si les pouvoirs publics encouragent les transversalités et les mutualisations, il est possible que les occasions favorables soient plus fortes que les menaces.On peut penser que l’ESS saura trouver son propre chemin pour participer pleinement à une sortie de crise “par le haut”, alors qu’une relance keynésienne ne semble pas suffisante.» Partageant l’avis de Mme Demoustier, M.Fontan estime que les citoyens ont une grande part de responsabilités à assumer s’il?souhaitent voir renversé le modèle dominant.A son avis, il appartient à ceux-ci de vaincre l’immobilisme en faisant chaque jour de petits gestes concrets qui, une fois cumulés, sont susceptibles de créer un mouvement de masse.«Il y a là une responsabilité commune à développer.» Collaboratrice du Devoir G 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 DECEMBRE 2010 ENTRETIENS JACQUES-CARTIER Entretien avec Alain Bideau y • V Déjà 2017! « Nous avons vraiment eu le soutien des collectivités locales » Après avoir traversé une année tumultueuse, le Centre Jacques Cartier a tenu les Vingt-troisièmes Entretiens, du 19 au 25 novembre, qui ont réuni, comme chaque année, près de 2500 participants et environ 650 conférenciers provenant principalement de la France et du Québec, mais aussi d’une trentaine d’autres pays.Entrevue avec Alain Bideau, délégué général du Centre Jacques Cartier.MARTINE LETARTE En raison de son divorce houleux de l’Université Lumière Lyon-2, l’équipe du Centre Jacques Cartier a dû organiser ses 23“ Entretiens sans son confortable fonds de roulement.Toutefois, Alain Bideau a tenu à rassurer les nombreux invités qui ont assisté à la cérémonie d’ouverture de l’événement, par rapport à la situation financière du Centre, qui a pu compter sur le soutien de nombreux partenaires, avec qui il a tissé des liens solides au fil des ans, pour réaliser la programmation 2010.«Nous avons vraiment eu le soutien des collectivités locales, et lorsque je dis “soutien", c’est autant d’un point de vue financier qu’intellectuel», a confié Alain Bideau au Devoir.Parce que, bien sûr, si les différents partenaires n’hésitent pas à financer les Entretiens, c’est notamment parce qu’ils ont la chance d’organiser des colloques très variés, d’y participer et d’en bénéficier, et ce sont des colloques qui reflètent leurs préoccupations.«Nous avons eu cette année, par exemple, le colloque ‘Yille de savoir", avec la Ville de Lyon, et le colloque sur le logement, avec le Conseil général du Rhône.Avec la Communauté urbaine de Lyon, nous avons eu le colloque sur les transports, mais aussi celui sur les écosystèmes aquatiques.qui correspond à son engagement politique en environnement.Pour la région, il y a eu le colloque sur les devenirs touristiques des patrimoines alimentaires», énumère M.Bideau, qui est également directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).Le ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le ministère français de la Culture et de la Communication, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada ont aussi donné leur soutien au Centre Jacques Cartier pour organiser les Entretiens de 2010.«Nos colloques sont de très haut niveau et réunissent des gens importants.Le colloque sur le soutien aux arts, par exemple, réunissait les trois conseils des arts (Montréal, Québec et Canada).Au colloque sur le nanomagnétisme, nous avons eu en conférence Albert Fert, Prix Nobel de physique.Ce genre de rencontre se tient habituellement à Paris.Sans le Centre Jacques Cartier, ces rencontres n’auraient pas lieu.C’est une chance pour Lyon», affirme Alain Bideau.Nouveaux partenaires Les chicanes n’ont d’ailleurs pas nui à la capacité de séduction du Centre Jacques Cartier, qui a accueilli cette année de nouveaux partenaires, soit le Alain Bideau, déiégué générai du Centre Jacques Cartier Mouvement Desjardins, l’Université de Moncton, Recyc-Québec (dont les activités ont été intégrées au ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs), la SNCP (Société nationale des chemins de fer français), l’Université de Liège ainsi que l’Agence universitaire de la francophonie (AUF).«L’idée, ce n’est pas de faire trop croître le Centre, mais d’aller chercher des partenaires stratégiques, notamment sur le territoire européen, pour pouvoir aller chercher par la suite avec plus de facilité un financement auprès de la communauté européenne.Pour ce qui est de l’Université de Moncton, c’est intéressant parce qu’elle nous donne accès au marché francophone du Nouveau-Brunswick, et d’ailleurs nous avons l’intention d’y organiser un colloque décentralisé en 2012.Nous aimerions aussi en faire un à Liège», indique le délégué général.L’arrivée de l’AUP a d’ailleurs permis la tenue en août d’un colloque décentralisé à Rio de Janeiro, au Brésil.«Le thème était “Métropoles, inégalités et planification démocratique" et il a réuni plus de 100 participants.Et là, à Lyon, nous avons tenu le colloque “Enjeux et opportunités de l’économie numérique pour les petites et moyennes entreprises JACQUES NADEAU LE DEVOIR des espaces euro-méditerra-néen et nord-américain".C’était une ouverture vers le Maghreb, après la Chine et l’Asie du Sud-Est l’an dernier», indique Alain Bideau.En 2011, alors que les Entretiens se tiendront à Montréal, le Centre Jacques Cartier se tournera vers les Amériques, notamment grâce au colloque «Métropoles des Amériques: inégalités, conflits et gouvernance», piloté par l’UQAM, l’UdeM, l’Université Laval ainsi que des universités de Rio de Janeiro, de Buenos Aires et de Sâo Paulo.«Le tiers des invités seront des Latino-Américains! Cela montre l’évolution du Centre Jacques Cartier, indique M.Bideau.Nous souhaitons faire de plus en plus de colloques décentralisés chez nos nouveaux partenaires et nous ouvrir sur d’autres continents.Nous regardons même pour en organiser un en Afrique en 2013.» À prévoir en 2017 En plus de faire des pieds et des mains pour que les 23“ Entretiens se déroulent rondement, Alain Bideau a travaillé d’arrache-pied ces derniers mois en ce qui concerne la gouvernance du Centre Jacques Cartier.La Eondation Jacques-Cartier a finalement été créée en juillet 2009 au Québec et elle a pour mission de recueillir l’appui des partenaires québécois.Elle servira également de bras séculier lorsque les Entretiens se tiendront à Montréal.De plus, l’Association du Centre Jacques Cartier a été créée en Erance à la fin du printemps et elle rassemble tous les partenaires du Centre Jacques Cartier.Et, tranquillement, Alain Bideau commence à penser à la retraite, bien que le CNRS ait prolongé son mandat de directeur de recherche jusqu’en 2013 et lui ait confié une mission spéciale qui sera rendue publique d’ici la fin de l’année.«C’est une très bonne nouvelle, d’autant plus qu’on sait que le CNRS met 99 % de ses chercheurs à la retraite lorsqu’ils atteignent 65 ans! Mon objectif, c’est de prendre ma retraite en 2017, car ce sera les 30” Entretiens, le 375‘ anniversaire de la ville de Montréal, le 150 anniversaire du Canada et le 50 anniversaire d’Expo 67.C’est une année symbolique!» Collaboratrice du Devoir Droit Une justice sans juges ! BRIGITTE SAINT-PIERRE Ils sont juristes, de la région Rhône-Alpes en Erance et du Québec, et pour eux la médiation et le droit collaboratif sont des modes alternatifs de règlement des conflits.Ouste! au procès, et ayons recours au médiateur, comme le proposait M® J.Michel Doyon, bâtonnier (Ju Québec en 2007-2008, lors du colloque «A vos MARC! Modes alternatifs de règlement des conflits», ce médiateur étant une personne neutre qui cherche à faire en sorte que les parties puissent trouver un terrain d’entente.11 faut savoir qu’à Lyon, en novembre, la médiation familiale et la médiation en matière commerciale, tant en Erance qu’au Québec, étaient des sujets d’échanges.Ainsi, dans le cadre du droit collaboratif les parties s’engagent à régler le conflit avec l’aide de leurs avocats et sans faire appel à un tribunal.En cas d’échec du processus de négociation, les avocats se retirent du dossier.Si les parties veulent faire trancher leur différend par un juge, elles doivent se tourner vers d’autres avocats.Le droit collaboratif repose sur la transparence.«On doit donner tous les éléments d’information qui sont importants», mentionne M® Laurence Junod-Eangef présidente de la commission Modes alternatifs de résolution des litiges au Barreau de Lyon et l’ime des responsables scientifiques du colloque.Les avocats formés en droit collaboratif utilisent des techniques comme l’écoute active et la reformulation, précise-t-elle.Le droit collaboratif se pratique en particulier en matière familiale.r Echanges Au Québec, il se fait par ailleurs de la conciliation et de la médiation devant les tribunaux.M® Hélène de Kovachich, présidente du Tribunal administratif du Québec, rappelle la conciliation qui s’y pratique et M® Louise Otis, ancienne juge à la Cour d’appel du Québec, évoque la médiation judiciaire.«Concernant les modes alternatijs de résolution des conflits, je considère que le Québec a toujours été en avance par rapport à la France», indique M® Junod-Eangef mentionnant qu’au départ des médiateurs québécois ont formé des médiateurs français.Cette avoçate ajoute que le droit collaboratif a vu le jour aux Etats-Unis et que le Québec s’est par la suite approprié cet outil.«En France, depuis 2007 à peu près, on a des formations en droit collaboratif Les formations que j’ai eues ont été données par des avocates du Québec, du Canada.» Collaboratrice du Devoir Les jeunes et l’alcool La consommation est en baisse Les adolescents québécois boivent moins qu’aupara-vanf bien qu’ils restent nombreux à consommer de l’alcool à l’occasion.Ce sont certains des constats qu’a mentionnés le directeur général d’Educ’alcool, Hubert Sacy, à l’occasion du colloque «Les jeunes, l’alcool et le vin» tenu en novembre dans la région lyonnaise.Le pourcentage des élèves québécois du secondaire qui disent avoir consommé de l’alcool au moins une fois en douze mois a diminué ces dernières années, tout en demeurant élevé.Selon des enquêtes de l’Institut de la statistique du Québec, cette proportion était de 59,7 % en 2008, comparativement à 71,3 % en 2000.Si la majorité des adolescents québécois qui boivent de l’alcool le feraient de manière occasionnelle, Educ’alcool indique toutefois qu’une plus grande proportion d’adolescents que d’adultes absorbent de grandes quantités d’alcool en une même occasion.Et ce n’est pas sans risque, car M.Sacy fait référence à des études selon lesquelles le cerveau des adolescents est encore en développement «Les parties des sensations se développent beaucoup plus vite que la partie du jugement», a ainsi dit M.Sacy en entrevue.Toutefois une enquête menée auprès d’étudiants des universités canadiennes a établi que, si «les étudiants québécois sont plus nombreux à boire, ils boivent moins et s’enivrent moins souvent que ceux dans le reste du pays».Selon Marie Choquet, directrice de recherche à Hnstitut national de la santé et de la recherche médicale en Erance, il faudrait déboulonner certains mythes concernant la relation des jeunes à l’alcool: si la grande majorité des jeunes ont déjà bu, seulement la minorité d’entre eux boivent ré^lièremenf Aussi, fausse est l’impression selon laquelle quand les jeunes boivent c’est surtout pour se saouler.Ainsi, en Erance comme en moyenne en Europe, si près de 50 % des jeunes ont bu de l’alcool au moins trois fois durant le mois, seulement 5 % ont été ivres à cette fréquence.Et fausse aussi est la perception selon laquelle la consommation d’alcool est en augmentation constante partout en Europe.Mais il faut prévenir pour empêcher les excès, et si, selon Hubert Sacy, il faut tout faire pour retarder le plus possible l’âge de la première consommation, «le second objectif, c’est de faire en sorte que l’initiation se fasse par les parents et non pas par les amis.Pourquoi?Parce que, lorsqu’on commence à boire avec ses parents, on ne se saoule pas», indique-t-il.Un autre objectif est de veiller à ce que, quand les jeunes commencent à boire, leur consommation d’alcool soit modérée.«Il faut continuer à faire un travail de prévention, sans cesse et sans arrêt, parce qu’il y a toujours de nouveaux jeunes et parce que c’est un perpétuel recommencement» B.St-R Grands projets Sans langage , les affaires ne peuvent être conclues Si, d’ordinaire, relationnistes, journalistes, chercheurs et gestionnaires ne fréquentent pas les mêmes salons, ils ont toutefois profité à Lyon de l’occasion pour partager leurs connaissances et poser un regard croisé sur la communication.EMILIE CORRIVEAU Devenue complexe, étant donné l’étendue des possibilités et le contexte social actuel, la gestion de grands projets constitue aujourd’hui l’un des plus importants défis des organisations.Devant désormais composer avec un nombre ^andissant d’intervenants qui demandent à être informés des processus, les gestionnaires de projet n’ont d’autre choix que de placer la communication au centre de leurs activités.S’interrogeant sur les meilleures façons de faire, c’est sous le thème «Communication et ^ands projets: états des savoirs et prospectives» qu’une vingtaine d’intervenants ont articulé leurs réflexions.S’il n’y a pas de recette claire et unique qui garantisse le succès, il y a un changement de pratique au cours des années.Et Bernard Descôteaux, directeur du Devoir, constate «à quel point la communication est une science, mais surtout un outil pour développer des messages.Ça n’a pas toujours été le cas.Eyaeu une époque où les promoteurs de projet faisaient de la communication en développant leur message de façon un peu instinctive.» Si, à une époque pas si lointaine, plusieurs projets avaient été réalisés au nom de la modernité, dans le contexte actuel, bon nombre d’entre eux ne seraient jamais menés à terme, tels notamment la tour montréalaise de Radio-Canada et l’aéroport international de Mirabel.Acceptabilité sociale et.Ainsi, la question de l’acceptabilité sociale doit être vue comme un gage de réussite.Ef rappelant le cuisant échec du projet du Casino de Montréal, Jean Savard, conseiller en planification pour la Ville de Mont- réal, a signalé que, au Québec, tenter de vaincre l’immobilisme par la polarisation des forces conduisait généralement à un cul-de-sac.«Plusieurs facteurs contribuent au succès ou à l’échec d’un projet: le financement, l’expertise technique, l’état du marché, la nature du produit, le prix de vente.Aujourd’hui, l’acceptabilité sociale est un facteur de risque comme les autres.[.] Il faut savoir que, dans les années 1990, les mouvements de contestation ont fait progressivement place aux mouvements de concertation.Ils se tournent davantage vers la concertation et rompent avec le schéma des luttes idéologiques.Le processus d’acceptabilité sociale, c’est une démarche qui s’appuie sur la notion de démocratie participative et qui s’inscrit dans cette mouvance.» .gaz de schiste Et si André Caillé, ex-président d’Hydro Québec et aujourd’hui président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, était à Lyon, c’était pour expliquer que, à son point de vue, le messaging, une technique de communication évolutive visant l’acceptabilité sociale d’un projet, avait été déficient dans le dossier québécois des gaz de schiste.Soulignant le contexte dans lequel le débat est né, M.Caillé a rappelé que les Québécois ont appris en 2008 que les sols de la province n’étaient pas dépourvus d’hydrocarbures, lorsque l’entreprise Ju-nex, dirigée par M.Jean-Yves Lavoie, a fait la démonstration qu’on pouvait extraire ces ressources par le procédé de fracturation.«Ça causé une surprise générale.Le problème, c’est que la surprise, c’est à peu près la pire forme de messaging qu’on puisse faire.Surtout dans un contexte où, dans les régions JACQUES GRENIER LE DEVOIR Bernard Descôteaux, directeur du Devoir voisines, aux États-Unis, un débat faisait rage sur le même sujet», s’est-il exprimé.Après ce constat, il faudrait avoir un autre plan d’action pour assurer au Québec la suite des choses: d’abord s’appuyer sur un leadership fort, puis faire place à un messaging mieux articulé et plus adapté au développement durable, car un tel projet ne peut être couronné de succès sans que les entreprises informent convenablement les populations concernées.Et Bernard Descôteaux de renchérir, car si le débat polarise la population québécoise, il y a eu maladresse du gouvernement et des entreprises gazières dans cette affaire: «On a voulu aller très très vite pour faire avancer l’exploitation des gaz de schiste, sans qu’on ait défini réellement le projet, sans qu’on ait défini un message ni même son porteur non plus.M.Caillé a parlé de l’importance de leaders dans un projet et je pense qu’ici on n’avait pas de leader.» Et Pierre Jamet, directeur général des services pour le Conseil général du Rhône, de conclure deux jours d’échanges: «La communication, c’est une bonne chose à condition qu’elle ne soit pas synonyme de manipulation.» Collaboratrice du Devoir 0117 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 DECEMBRE 2010 G 3 ENTRETIENS JACQUES-CARTIER SYTRALetSTM La Caisse de dépôt « roule ».à Lyon ! Lyon a déjà ses tramways, son métro et ses autobus: Montréal rêve.Pour l’une, le secteur privé exploite le tout, pour l’autre, on s’arrange avec les ordres de gouvernance imposés.Le monde du transport collectif se raconte.MARCO BÉLAIR-CIRINO Lyon — Les dirigeants des sociétés de transport montréalaise et lyonnaise ont lait le plein d’idées lors des Entretiens Jacques-Cartier en échangeant notamment sur les façons d’améliorer la gouvernance de leur organisation respective.La Société de transport de Montréal (STM) veut accroître l’achalandage de son réseau à hauteur de 40 % d’ici dix ans.Pour y arriver, le président du conseil d’administration de la STM, Michel Labrecque, donnera la priorité au prolongement de la ligne bleue vers Anjou et de la ligne orange vers Bois-Francs, à l’aménagement de deux voies réservées aux autobus (Pie-IX et Henri-Boiuassa) et à la construction de deux lignes de tramway (Côte-des-Neiges et du Parc).«Les Montréalais sont les gens qui se déplacent le plus en transport collectif en Amérique du Nord», souligne M.Labrecque à l’intention d’un auditoire majoritairement français.Et la STM compte accentuer cette tendance tout en offrant des tarifs attrayants.«C’est le paradoxe des transports en commun: plus vous développez les transports en commun, comme l’usager ne paie pas le prix réel, même s’il trouve toujours que ça coûte trop cher, plus vous créez un déficit supplémentaire, [tout en ayant en tête] qu’un réseau qui ne se développe pas est un réseau qui périclite», tmt remarquer Bernard Rivalta, président du Syndicat mixte des transports poiu le Rhône et l’agglomération lyonnaise (SYTRAL).Mais «on a une gouvernance à Montréal très stratifiée.On se plaint chaque fois que ça ne va pas, mais on s’arrange.On essaie d’en tirer le meilleur parti pour la clientèle», fera remarquer Michel Labrecque.Et si l’équipe qu’il dirige est fréquemment confrontée aux enjeux ayant trait à la gouvernance des systèmes et des réseaux de transport, il fait valoir que les utilisateius poiu leur part ne s’en soucient guère.tant que le service est assuré.«Je ne sais pas comment c’est gouverné [à Lyon], mais ça fonctionne relativement bien.Je suis assez impressionné par votre multimode: tramway, trolleybus, métro.Je ne sais pas comment vous êtes gouverné ici.Je pars du principe, comme on est en France, que la devise, c’est ‘Tour-quoi faire simple quand on peut faire compliqué?”.Ça doit être très compliqué, très tarabiscoté, lance l’habitué de Lyon à la blague.Mais, de notre côté, c’est la même chose.Comme on est en famille, je ne me chicanerai pas avec l’Agence métropolitaine de transport [.], mais chez nous on a 11 structures de gouvernance.», explique-t-il aux membres du ^oupe de discussion et aux dizaines de spectateius.Partenariat public-privé «Nous, on a une communauté urbaine qui, maintenant, après 40 ans, ne serait remise en cause par pas grand monde», indique le grand patron du SYTRAL, Bernard Rivalta.Vingt-six élus — dix du Conseil général du département du Rhône et seize de la Communauté urbaine de Lyon — dirigent le comité syndical du SYTRAL.C’est au SYTRAL qu’est notamment défini le Plan de déplacement urbain (PDU), qui «s’impose en matière de développement urbain aux Plans locaux d’urbanisme (PLU)».«Il y a une emprise aujourd’hui des transports en commun.Aujourd’hui, on reconstruit la ville sur la ville», souligne M.Rivalta.S’il définit l’offre de transport et la grille tarifaire et met en œuvre la politique de transport en commun, le SYTRAL délègue l’exploitation du réseau à des opérateurs extérieurs.«Moi, je pense que c’est une vraie formule, cette structure mixte; de l’autorité organisatrice, qui est une autorité politique et qui est une autorité financière, et de l’exploitant [Keo-lis], qui est une entreprise privée qui a sa compétence de gestion du personnel», affirme M.Rivalta.Quelque 4500 salariés sont ainsi sous la responsabilité de l’exploitant Keolis, détenu à 20 % par la Caisse de dépôt et placement du Québec.«On est toutefois propriétaire de tout: du matériel roulant, des bâtiments et des équipements», précise le dirigeant du SYTRAL.Le contrat entre le SYTRAL et Keolis comporte pas moins de 14 000 pages.«Tout y passe! [.] On est vraisemblablement le seul réseau en France où on sait ce que nous coûte un kilomètre de tramway, un kilomètre de métro et un kilomètre de trolleybus dans l’^er-cice quotidien, à travers toutes les questions d’entretien, de charges salariales, de rapidité du service, etc.Ça, c’est devenu un élément majeur de l’organisation des transports en commun.On contrôle les engagements de l’exploitant et on sanctionne en cas de défaillance», assure le gestionnaire.Un partenariat public-privé de ce genre est-il envisageable du côté de Montréal?Ce n’est pas dans les cartons de la STM, assu-re-t-on.Mais la STM n’est pas dupe, et les entreprises privées auxquelles des conseils intermu-nicipaux de transport (CIT) ont confié la gestion du transport collectif dans leur région lorgnent de possibles contrats alléchants.du côté de l’île de Montréal.Si un PPP est rejeté du revers de la main par la ^M, il mérite tout de même d’être étudié, selon Robert Qlivier, le conseiller spécial à l’AMT qui a passé en revue les structures de gouvernance de plusieurs sociétés de transport à travers le monde.«Il n’y a pas de modèle idéal, ça n’existe pas.Il y a beaucoup de leçons à tirer d’un peu partout.» Le Devoir attention tramway MARCO BELAIR-CIRINO LE DEVOIR Le tramway à Lyon Lyon tourne le dos à l’automobile Le sénateiu-maire de Lyon, Gérard Collomb, a ouvert la discussion au colloque sur «La gouvernance des systèmes et réseaux de transport» dans le cadre des 23“ Entretiens Jacques-Cartier, soulignant avec force que les «problèmes de mobilité» sont majeius, mais non impossibles à résoudre.«Certains envisageaient la révolution Internet comme la fin des villes, une espèce de toile qui se serait diluée.On s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’y a pas la fin des villes, mais au contraire [une] concentration dans les villes avec des flux internationaux, des flux interrégionaux et, évidemment, des flux métropolitains», rappelle Gérard Collomb, taisant écho aux travaux de la sociologue américaine Saska Sassen.Lyon est «historiquement une ville concentrée, [.] qui a été largement construite autour des grandes autoroutes, des grands accès, qui, aujourd’hui, sont totalement saturés et qui ne peuvent plus être des vecteurs du développement de demain», explique M.Collomb, qui est également président du Grand Lyon.La ville sise au confluent du Rhône et de la Saône est engagée à rejeter le «modèle des automobiles» et à adopter le «modèle du transport en commun», souligne-t-il, à l’instar de Montréal et, avec une plus grande fougue, de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal.Une des priorités du Grand Lyon est l’articulation de trois flux: tout d’abord, les flux internatio- naux, dont l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry et les gares de TGV sont un accès facile, ensuite, les flux interrégionaux et régionaux, avec les TER (Trans-port express régional), enfin, les flux urbains, concrétisés à Lyon par les métros, les tramways, les trolleybus, les autobus, les vélos en libre-service Velo’v ainsi que.la marche à pied.«C’est cette articulation-là qu’il nous faut penser.Il faut penser notre agglomération en termes métropolitains, dit Gérard Collomb.Le problème, c’est l’interconnexion des différentes aires métropolitaines» Lyon, à l’instar de la Ville de Montréal, s’efforce de faire en sorte que les automobilistes laissent leiu véhicule le plus en amont possible du cœiu de la ville, notamment grâce à des stationnements incitatifs et à une offre de transport collectif adéquate.Lyon avait amén^é il y a cinq ans des stationnements au centre-ville, qui sont aujoiud’hui pratiquement vides.«Les gens s’aperçoivent que c’est bien de trouver une place dans la ville, mais il faut d’abord accéder à cette place.» En même temps, les administrations municipales doivent mettre l’accent sur le transport de «courte distance», soit le «dernier kilomètre», en développant des «lieux agréables» pour le cyclisme urbain et la marche à pied.M.B.-C.Une question de sémantique « Y a-t-il un ordre dans la nature ?» «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément», dit l’adage.Si la formule peut paraître rudimentaire, pour les écologistes et les écotoxicologues, l’équation n’est en fait pas si simple.Utilisant un vocabulaire dont bon nombre de termes renvoient à des réalités multiples et parfois floues, la démarche normative actuellement appliquée en écologie s’avère contestable, d’après plusieurs scientifiques.ÉMILIE CORRIVEAU S> intéressant de près aux paradigrnes fondateurs de l’écologie ainsi qu’à toute la sémantique qui s’y rattache, l’éminent scientifique Christian Lé-vêque, directeur de recherches à l’Institut de recherche poiu le développement QRD) de Paris, un établissement public français à caractère scientifique et technologique, a déposé en novembre, à Lyon, sa réflexion siu le vocable aujoiud’hui employé dans les études de l’environnement.«Si on veut que l’écologie joue un rôle opérationnel en matière d’aménagement ou de gestion de l’environnement, il faut aussi qu’on se comprenne, qu’on soit capable d’utiliser des termes qui soient utiles et qu’on fasse des propositions réalistes», affirmait-il d’emblée.Paradigmes fondateurs et créationnisme Longtemps, les écologistes ont développé l’idée selon laquelle les écosystèmes étaient en équilibre.Aussi, bon nombre de principes fondateurs de l’écologie reposent sur cette notion, comme la san- té et l’inté^ité des écosystèmes, ou encore le bon état écologique.Le problème, soulève M.Lévêque, c’est que l’idée s’inspire de la doctrine créadonnis-te et qu’aujourd’hui les scientifiques n’adhèrent plus à cette conception du monde.Parce qu’elle sous-tend notamment l’idée d’un écosystème idéal et référentiel qui est exempt des impacts des activités humaines, M.Lévêque estime qu’il y a lieu de se questionner sur la pertinence de la notion d’équilibre et sur toutes les pratiques qui en découlent «L’écobgie classique s’est appuyée sur cette notion d’équilibre et formule cette idée d’un retour possible à un état antérieur.L’idée de base, c’est que, quelque part, il existe un système de référence idéal.Le concept d’histoire naturelle, c’est un vieux débat et c’est essentiellement lié au fait que, longtemps, c’est la religion qui dominait la pensée scientifique et que l’idée de la nature harmonieuse, oeuvre de Dieu, était le dogme», e,xplique-t-il.D’après Emilien Pelletier, professeur en océanographie chimique à l’Université du Québec à Ri-mouski, cette réflexion pose la question fondamentale de l’objet de l’écologie.Tout dépendant des démarches, les idées sont partagées, «ü est vrai qu’en écologie on retrouve certains créationnistes.Quand des gens disent vouloir sauver des espèces terrestres ou marines et qu’ils réfléchissent en vue de sauver la créature de Dieu, ils sont créationnistes.Les écologistes sont là pour observer les causes, les effets, les changements qui feraient en sorte que l’une des composantes d’un écosystème pourrait disparaître ou se multiplier.Ils doivent observer et décrire des phénomènes, en plus de L’écologie doit évaluer, non juger, tout changement tenter d’expliquer ce qui se passe à l’aide de leurs modèles et de leurs outils.Mais leur travail, ce n’est pas de porter un jugement sur ce qui devrait ou non être sauvé.Porter le jugement de valeur sur le devenir d’un écosystème, c’est une question éthique, pas écologique», soutient le scientifique.qui a cours Une question de valeur plutôt que d’équilibre Selon Christian Lévêque, la démarche normative de l’écolo^e doit être révisée.Aux dires du spécialiste, il est urgent de se préoccuper des notions de dynamisme des écosystèmes et de leurs capacités d’adaptation, afin de ne pas continuer à entretenir des illusions sur les aptitudes des indicateurs biotiques à trancher les questions importantes.«Ma question est la suivante: y a-t-il un ordre dans la nature?Depuis la naissance de l’écologie, on a fait comme en physique et on a cherché des notions de causalité entre certains événements et des réponses de l’écosystème.On a, d’une certaine façon, légalisé la nature dans notre recherche d’une organisation fonctionnelle.S’il y a organisation, est-ce qu’il y a des objectifs?A mon avis, il y a là une question qui n’est pas assez posée: quelle est la finalité d’un écosystème ou, autrement dit, à quoi ça sert?Beaucoup de choses ont été dites là-dessus, mais peu sont convaincantes», a-t-il affirmé.Partageant les réflexions de M.Lévêque, Emilien Pelletier estime qu’il faut davantage se pencher sur la question de la valeur des écosystèmes.D’après le scientifique, cette démarche pourrait permettre de déterminer d’une façon plus consen- suelle les raisons pour lesquelles on doit tenter ou non de protéger les écosystèmes.«Il est très difficile de mettre une valeur sur les divers éléments d’un écosystème, explique l’écotoxico-logue.Depuis quelques années, on a commencé à parler de la notion de “services écosystémiques”.Plie a pour objectif de nommer, de décrire et d’expliquer à quoi servent les éléments d’un écosystème.Cette notion n’est pas parfaite, mais elle a au moins le mérite de prendre en compte les valeurs qualitatives d’un écosystème, comme l’esthétisme, par temple.» Qptimiste, M.Pelletier estime que ce genre de démarche pourrait permettre aux écologistes, aux économistes et aux citoyens de se rejoindre sur un même terrain d’entente et, du même coup, de prendre des décisions mieux concertées sur la gestion de l’environnement «Si on réussit à faire comprendre à un gestionnaire de fonds qu’un béluga, même si ça n’a aucune importance à ses yeux, ç’a tout de même une valeur esthétique ou autre pour certains, on pourrait réussir à influencer certaines de ses décisions qui ont en fin de compte un impact sur les écosystèmes.Ce que je veux dire, c’est que si on parvient à qualifier et à quantifier les services des écosystèmes dans un langage qui convienne autant aux écologistes qu’aux économistes, à mon avis, ça pourrait faire mieux circuler le message jusqu’aux dirigeants politiques et économiques.Il faut que la vision des écosystèmes et la valeur qu’on leur accorde soient partagées par la plus vaste population possible et, en fin de compte, par des dirigeants.Abrs, on pourra prendre des décisions éclairées et décider de faire ou non des gestes.» Collaboratrice du Devoir Sécurité routière « La route, une immense fabrique de handicaps » L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé, en mars dernier, que la période allant de 2011 à 2020 serait la «Décennie d’action pour la sécurité routière».BRIGITTE SAINT-PIERRE L> objectif pour 2011?Stabi-f User, puis réduire «le nombre prévu de décès imputables aux accidents de la route à travers le monde».«Non seulement la route tue, mais elle est une immense fabrique de handicaps», a souligné Michèle Merli, déléguée interministérielle à la sécurité routière en France, lors des journées francophones de la sécurité routière, qui se sont tenues à Lyon les 22 et 23 novembre.Chaque année, environ 1,3 million de personnes perdent la vie et de 20 à 50 millions d’individus sont blessés à cause d’accidents de la route à travers le monde.De son côté, le président de la Table québécoise de la sé- curité routière, Jean-Marie De Koninck, comparant le Québec à la Suède et aux Pays-Bas, a mentionné que le nombre de morts sur les routes québécoises pourrait être réduit jusqu’à environ 350 par année.«Il y a encore beaucoup de chemin à faire.» Mobilisation Si la Belgique, la Syrie, le Maroc et le Mexique ont pris part à ces journées francophones de la sécurité routière, d’autres sont venus témoigner de situations plus graves.Car le nombre des décès sur les routes par 100 000 habitants est plus élevé au Sénégal que dans les pays développés.Et, selon Ndèye Awa Sarr, présidente de l’organisation non gouvernementale Laser International, il y a encore énormément à faire en A-frique de l’Quest.Aussi, le Québec et la France ont lancé l’idée d’une mobilisation des pays francophones pour la sécurité routière.Collaboratrice du Devoir LYON 2010 E s T R E T I E s s ,I A C Ij U E S - C A R T I E R CE CAHIER SPECIAL EST PUBLIE PAR LE DEVOIR Responsable NORMAND THERIAULT Jonrnaliste et collaboratrices se sont rendns a Lyon a l’invitation dn Centre Jacqnes Cartier.2050, me de Blenry, 9‘ etage, Montreal (Qnebec) H3A 3M9.Tel.: (5 14) 985 3333 redaction@ledevoir.com FAIS CE QUE DOIS G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI I ET DIMANCHE 19 DECEMBRE 2010 ENTRETIENS JACQUES CARTIER Pandémies virales Le sida, un fléau passé ?Et s’il fallait « traiter le plus grand nombre possible de gens » ?Réunis à Lyon dans le cadre des 23^® Entretiens Jacques-Cartier, des scientifiques français et québécois se sont penchés sur la question de l^éradication des pandémies virales.Et si le sida cessait de s'imposer comme le fléau que Von connaît.EMILIE CORRIVEAU Le 23 novembre dernier, la publication des résultats d'une récente étude américaine sur Tutilisation des antirétroviraux comme moyen de prévention du sida a soulevé une vague d'enthousiasme dans la communauté scientifique.Démontrant que les populations à risque diminuaient de moitié leur risque de contracter le virus en prenant ce type de médicaments, l'étude a validé l'idée du traitement comme moyen de prévention.D'après plusieurs spécialistes, cette récente découverte pourrait signifier une réforme profonde des structures de dépistage et impliquer d'importants changements dans la démarche de prévention du sida.Elle pourrait notamment favoriser l'adoption à grande échelle de la technique du «Test and Treat», une stratégie consistant à tester le plus de gens possible, en particulier les clientèles les plus à risque, et à les traiter dès qu'on dépiste chez eux le virus.«Il faut savoir que présentement, au Québec, on ne traite qu'environ 80 % des gens testés car, de façon théorique, il n'y a pas d'intérêt à traiter les personnes dont le système immunitaire se défend lui-même au début de l'infection.Le “Test and Treat", lui, prône l'idée de traiter la totalité des gens infectés qui ont été dépistés.Si on décide de traiter ces personnes avec des antirétroviraux même si leur système immunitaire se défend, c'est surtout pour réduire la quantité de virus dans leur sang et dans leurs sécrétions, afin d'éviter qu'elles ne le transmettent aux autres», explique le docteur Bertrand Rebouché, anciennement établi à Lyon et aujourd'hui chercheur à Montréal pour le Clinical Trial Network de l'Université McGill.Selon certains, l'utilisation de cette technique comme moyen de prévention pourrait permettre de parvenir à une quasi totale éradication du virus, car, en traitant toutes les clientèles, il serait possible de réduire la charge virale communautaire et, par le fait même, d'empêcher toute transmission secondaire.«Il y a un petit bémol à cette hypothèse: c'est que, pour dire ça, on se base sur des modèles mathématiques ou de recherche.Lorsqu'on fait de la recherche, on suit les individus de façon très serrée.Quand on passe de la recherche ou des modèles théoriques à la vie concrète, l'équation devient beaucoup plus compliquée», souligne M.Rebouché.Aussi, pour le docteur, la réussite du «Test and Treat» passe nécessairement par une meilleure communication entre les scientifiques et les populations à risque et dépend en partie de la rapidité d'adaptation des lois en vigueur aux réalités engendrées par les récentes découvertes.«Pour les médecins, il paraît de plus en plus évident que ce qu'il faut faire, c'est traiter le plus grand nombre possible de gens.Mais ça ne veut pas dire que la population, elle, comprend la même chose.Pour que le “Test and Treat" fonctionne, il faut que les gens vulnérables ou risquant de transmettre le VIH voient une utilité au traitement, et ça, c'est beaucoup moins sûr», précise-t-il.Rappelant que des lois punitives sont toujours en vigueur dans plusieurs régions du monde, le docteur Rebouché estime qu'il y a peu de chances que toutes les personnes à risque acceptent de se soumettre à des tests de dépistage si la législation continue à criminaliser les groupes infectés par le VIH.Le défi économique Les problèmes juridiques et communicationnels ne sont pas les seuls auxquels la stratégie de traitement comme prévention est confrontée.Dans un contexte où, en 2009, la croissance mondiale a été négative pour la première fois depuis 1945, le double défi du financement et de la rentabilité économique en est un de taille.«Il y a de nouveaux systèmes de soins qui se met- MATHIEU BELANGER LE DEVOIR Mark Wainberg, professeur à la Faculté de médecine de EUniversité McGill et directeur du Centre sur le sida de Montréal tent en place et il faut les évaluer parce que ça coûte cher.Traiter 20 % de personnes en plus, même au Québec, c'est un prix important.Il faut tenter de déterminer combien cela coûtera à la société et combien d'infections on pourra éviter grâce à ça.B faudra examiner ce que la société dépensera à court terme et ce qu'elle pourra économiser à long terme.Même si le sida est une priorité mondiale, on n'y échappe pas», relève M.Rebouché.D'après une enquête réalisée en 2008-2009 par ONUSIDA et la Banque mondiale dans 61 des pays les plus touchés, la crise fait peser une grave menace sur la pérennité financière des programmes sur le sida, ce qui inquiète les chercheurs concernés.«La capitale de la recherche biomoléculaire au Canada, c'est le Québec.Il faut conserver cette force-là.Nous devons être fiers de ce que nous avons établi et trouver des moyens de soutenir ce que nous avons.Il faut continuer à progresser et nous ne pourrons pas le faire si nos budgets sont trop limités», souligne le docteur Mark Wainberg, professeur à la Raculté de médecine de l'Université McGill et directeur du Centre sur le sida de Montréal.Le paradoxe de la prévention Bien qu'il avoue être optimiste à propos de la stratégie du «Test and Treat», le docteur Rebouché rappelle qu'il n'existe point de solution miracle.Aussi, à son avis, il est nécessaire d'être très vigilant à l'égard du paradoxe de la prévention.«Ce que je veux dire par là, c'est qu'il est très difficile de maintenir un plan de prévention sur le long terme, parce que, lorsqu'il commence à être vraiment efficace, les gens ont tendance à oublier la gravité de la maladie et ne perçoivent que les effets secondaires du traitement.» Un autre problème que soulève l'idée de prévention par les antirétroviraux est que si ceux-ci sont susceptibles de faire considérablement chuter les risques de transmission du sida, ils n'ont toutefois aucun impact sur les autres infections transmissibles sexuellement (TTS), comme la gonorrhée, la syphilis et le papillomavirus.D'après le docteur Wainberg, le succès de l'utilisation des antirétroviraux comme stratégie de prévention passe aussi par la nécessité de bien sensibiliser la population à cette réalité.«Le taux de transmission de plusieurs ITS est maintenant plus élevé qu'il y a cinq ans car, aujourd'hui, beaucoup de gens misent sur les médicaments pour les protéger.Ils se disent que, s'ils tombent malades, on pourra les traiter.Mais il faut savoir que les antirétroviraux n'ont aucun effet sur la transmission des autres ITS.Ce n'est pas parce qu'on a moins de chances d'être infecté par le VIH qu'on doit cesser de se protéger contre les autres infections.» Collaboratrice du Devoir ^treprises Etes-vous rendu au management interculturel ?Les entreprises doivent de plus en plus faire affaire avec des gens issus de différentes cultures, que ce soit des employés, des fournisseurs ou des clients.Pour performer dans ce contexte mondialisé, les dirigeants doivent se questionner et s^adapter.Plusieurs spécialistes de la question se sont réunis pour discuter des grandes tendances du moment, les 22 et 23 novembre, à Ecully, près de Lyon, à Poccasion des Entretiens du Centre Jacques Cartier.MARTINE LETARTE Comme dirigeant d'entreprise, faites-vous de la gestion de la diversité?Dans l'affirmative, c'est bien, mais ce n'est probablement pas suffisant si vous souhaitez que votre entreprise performe bien à long terme dans ce monde mondialisé, croient les experts.«La gestion de la diversité se limite souvent à respecter la loi: on ne fait pas de discrimination sur des différences visibles, comme l'âge, le genre, la couleur de la peau, etc.», a expliqué au Devoir Evalde Mutabazi, professeur de management des ressources humaines à EMLYON, quelques jours avant la tenue du colloque dont il était l'un des directeurs scientifiques.«La gestion de la diversité, c'est avoir une gestion ouverte, sans préjugés, un peu comme une politique d'égalité», renchérit Jean-Pierre Dupuis, professeur de management à HEC Montréal, qui était aussi l'un des directeurs scientifiques de l'événement.Le management interculturel va beaucoup plus loin.«Il tient vraiment compte des différences culturelles», indique M.Mutabazi.Des différences «Par exemple, au Québec, les gens sont très explicites.On dit ce qu'on pense, on prend des initiatives.En Chine, les gens sont beaucoup plus implicites.Un patron québécois qui est content de son employé chinois va lui demander s'il voudrait avoir un poste de cadre.Il y a de fortes chances que l'employé dise non.Pas parce qu'il n'est pas intéressé, mais parce qu'il croirait que le patron ne veut pas vraiment lui donner la promotion.En Chine, le patron donne une promotion à son employé, il ne lui demande pas s'il la veut! L'employé trouverait en fait impoli de dire oui, parce qu'il aurait l'impression de se substituer à son patron», explique Jean-Pierre Dupuis.Le professeur-chercheur a aussi remarqué que des hommes fraîchement arrivés du Maghreb ont de la difficulté à travailler sous les ordres d'une femme.«Ça n'existe pas dans leur culture, précise M.Dupuis.Et ces différences culturelles sont très complexes à gérer.Mais il faut commencer par être conscient qu'elles existent, pour ensuite travailler dessus.» Une évolution Les pratiques en matière de diversité ont beaucoup évolué dans les entreprises au cours des 30 dernières années.«A la fin des années 70, on faisait de la gestion monoculturelle: même s'il y avait des différences, on gérait tout le monde de la même manière.On a rapidement vu les limites, puisque ça créait de la résistance culturelle, qui a engendré des problèmes de dysfonctionnement très coûteux pour les entreprises», explique Evalde Mutabazi.Dans les années 80, la gestion multiculturelle a fait son apparition.«On laissait les gens fonctionner comme ils le voulaient tant que les résultats étaient au rendez-vous.Le problème, c'est que des clans se formaient et ils fonctionnaient entre eux, au risque d'oublier l'objectif global de l'entreprise», indique M.Mutabazi.Avec l'arrivée des années 90, le management interculturel a fait son apparition.«L'idée, c'est de trouver des moyens d'échanger avec les gens issus d'autres cultures, de partager ses connaissances et de coopérer dans un véritable esprit d'équipe.C'est une démarche beaucoup plus difficile et qui suppose qu'on a déjà une grande ouverture aux différences», ajoute le professeur.Comment y arriver ?Selon Jean-Pierre Dupuis, le THOMAS COEX REUTERS Travailleurs immigrés en France management interculturel représente un grand enjeu particulièrement pour les PME, puisqu'elles n'ont pas de département des ressources humaines avec des experts en la matière, contrairement aux grandes entreprises.Une solution particulièrement efficace à ses yeux consiste à embaucher des gens qui ont grandi dans deux cultures.«Ces personnes, comme des enfants d'immigrants, auront un grand rôle à jouer dans les entreprises dans les prochaines années, parce qu'elles sont capables de faire le pont entre deux cultures», précise-t-il.Lorsqu'il est question d'expa-triés, M.Mutazabi croit qu'on doit les amener à découvrir la culture locale.«Auparavant, des expatriés pouvaient passer 10 ans dans un pays sans avoir de contact avec la culture locale.Cela faisait qu'ils étaient incapables de mobiliser les gens si ce n'était par la contrainte.» A court terme, le management interculturel n'est pas nécessairement rentable, puisqu'il exige des investissements en temps et en argent pour la formation et l'accompagnement.«Mais, à moyen et long terme, indique M.Mutazabi, si on a une bonne gestion, on est gagnant parce qu'on connaît les différences de chacun.On peut donc savoir quel poste donner à qui pour avoir le meilleur de chacun et donc les meilleurs résultats communs.» Collaboratrice du Devoir Logement adapté Les aînés veulent demeurer à domicile En ce début de XXL siècle, les personnes âgées sont environ 600 millions dans le monde.Vers 2050, ce nombre devrait avoir triplé.Si cette réalité démographique engendre d^abord un défi économique de taille, elle commande aussi d^importants changements en matière de logement.Pour discuter de la question, plusieurs intervenants français et québécois se sont réunis à Lyon, les 22 et 23 novembre derniers, à Foccasion des 23^® Entretiens Jacques-Cartier.Dy ici 2030, 20 millions de Erançais et près de trois millions de Québécois auront franchi le cap de la sobcantaine.Dans un contexte où, au Québec comme en Erance, la grande majorité des aînés disent vouloir demeurer à domicile le plus longtemps possible et où cela comporte une part de risque, l'aménagement des territoires et des espaces habitables doit désormais être pensé de façon à répondre aux besoins d'autonomie, de vie sociale, de loisirs et de culture de cette population vieillissante.Actuellement, près de 90 % des aînés québécois habitent toujours à domicile.Cependant, d'après le ministère de la Santé et des Services sociaux, plus de 85 000 têtes blanches logent dans des résidences privées avec services et près de 40 000 personnes âgées sont hébergées dans le réseau des CHSLD.De plus, environ 20 % des aînés ont besoin de services en raison d'une incapacité.En Erance, bien qu'elle soit similaire, la situation n'est pas tout à fait identique.D'après les dernières enquêtes sur la population, on estime que plus de 90 % des aînés français vivent aujourd'hui à domicile.Jusqu'à 85 ans, 9 personnes sur 10 habitent leur logement et seulement un quart des personnes de plus de 85 ans vivent en établissement.Parallèlement, un phénomène de désinstitutionnalisation et de médicalisation des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (HPAD) émerge, ce qui accroît les besoins en hébergement sous forme de logements adaptés.Des pistes de solution En Erance comme au Québec, les pouvoirs politiques et les promoteurs immobiliers proposent déjà bon nombre de solutions d'hébergement pour les personnes vieillissantes.Sur les thèmes «Habiter dans un quartier: repenser l'environnement urbain et social» et «Expériences pratiques: territoire et vie sociale», plusieurs intervenants français et québécois actifs dans le domaine de l'habitation ont présenté quelques-unes de ces initiatives et proposé d'intéressantes pistes de réflexion les 22 et 23 novembre derniers, à l'occasion des 23"" Entretiens Jacques-Cartier.Notamment, M.Pierre-Marie Chapon, chargé de recherche ICADE (Caisses des dépôts et consignations) en Erance, a soulevé l'importance d'étudier les habitudes de vie quotidienne des aînés afin d'aménager le territoire d'une façon mieux adaptée à leurs besoins.«Les logements réalisés en fonction des possibilités foncières et des potentialités locales de ce marché sont rarement regardants sur la qualité de l'environnement géographique, puisque les résidences proposées sont considérées bien souvent comme vivant sur elles-mêmes.Or les territoires ne sont pas égaux dans leurs capacités à permettre aux résidants âgés d'y demeurer durablement.Pour proposer aux aînés des solutions d'habitation qui favoriseront leur épanouissement, il faut d'abord identifier leurs besoins réels», a affirmé M.Chapon.Pour sa part, Anne-Marie Séguin, professeure-chercheure au centre Urbanisation Culture Société de l'Institut national de la recherche scientifique, a présenté un éventail de solutions de logement qui avaient été envisagées au Québec (maisons intergénérationnelles, création de pôles de services, pavillons de jardin, etc.) et a du même coup signalé l'importance de proposer des solutions de rechange accessibles aux moins bien nantis.«Comme les pouvoirs publics sont encore assez timides en ma- p|^§ (Je tière de logement adapté, lorsqu'ils sont en perte d'autonomie, 90 % les aînés doivent souvent se tour- ^ , ner vers la résidence, qui est un des aines organe de prise en charge impor- ^ tant et très hétérogène, donnant lieu à une foule de situations dif- rivent férentes selon les moyens dont disposent les personnes âgées, aujourd’hui [.] Aussi, nous avons toujours , besoin de logements publics ou, U domicile du moins, fortement subventionnés avec des services intégrés ou à proximité.Il faut aussi revoir nos villes de façon à répondre aux besoins d'une population vieillissante», a soutenu Mme Séguin.Démarches différentes Mettant en lumière quelques-unes des initiatives qui ont été soutenues au cours des dernières années par la Société d'habitation du Québec (SHQ), son vice-président, James McGregor, s'est montré très enthousiaste et en a inspiré plus d'un en présentant les projets de la Seigneurie de Vaudreuil, des Habitations pignon sur roues et de la coopérative d'habitation Rousselot.«Actuellement, il y a vraiment un foisonnement de projets pour les personnes âgées à travers le Québec.Nous avons au-delà de 8000 logements financés dans le cadre de nos programmes de logements communautaires et il y a beaucoup d'expérimentations.Selon les Erançais, nous sommes plus enclins à expérimenter et à tenter des choses.Eux, ils ont une démarche plus structurante, par le haut.Si les démarches sont si intéressantes, c'est qu'elles viennent du bas.C'est vraiment la force de nos programmes actuellement», a-t-il souligné.La participation des Québécois à ce colloque a suscité un grand intérêt chez les congressistes et a permis d'aborder d'intéressantes avenues.Certains intervenants français ont même fait la remarque qu'au Québec on semblait plus proactif sur le terrain qu'en Erance.Quelques participants ont aussi souligné que les initiatives adoptées paraissaient diversifiées et bien adaptées aux besoins des aînés.Dans le cadre des prochains Entretiens Jacques-Cartier, en octobre 2011, une seconde étape de réflexion sur le thème du logement adapté sera tenue à Montréal.Celle-ci aura d'abord pour objectif d'approfondir les thèmes précédemment abordés et de développer d'autres aspects, notamment sur le volet assurantiel de la dépendance.É.C. LE DEVOIR, LES SAMEDI I ET DIMANCHE 19 DECEMBRE 2010 G 5 ENTRETIENS JACQUES CARTIER Universités et recherche « Nous sommes en perte d’autonomie, alors qu’eux sont en gain d’autonomie » L’entente Europe-Canada traitera de la recherche et de l’innovation Des dirigeants universitaires se sont réunis à Lyon en novembre pour discuter de gouvernance.La même journée, différentes séances ont eu lieu par la suite au sujet de la recherche et de l^innovation, à l^occasion du colloque «Villes de savoir, mondialisation et valorisation», tenu dans le cadre des 23^® Entretiens Jacques-Cartier.BRIGITTE SAINT-PIERRE Je pense que les établissements universitaires français ont peu d'autonomie, comparativement à nous.Nous en avons plus, mais nous sommes en perte d'autonomie, alors qu'eux sont en gain d'autonomie.On va dans des directions opposées», a déclaré le recteur de TUniver-sité de Montréal, Guy Breton, en marge de la matinée de réflexion entre présidents d'université et directeurs de grande école de la région Rhône-Alpes en France et recteurs et principaux d'université du Québec et du Canada.Le recteur de l'Université de Montréal a qualifié de «micromanagement» certaines mesures de la loi mettant en œuvre des dispositions du discours sur le budget québécois 2010, par exemple celle prescrivant une réduction de 25 % des budgets de voyages.Selon lui, «c'est difficile d'améliorer la performance d'une université si on ne lui permet pas de faire ses choix stratégiques complètement».M.Breton a aussi évoqué des contrôles accrus de la part des organismes subventionnaires fédéraux.Il a indiqué que l'Université de Montréal a dû embaucher davantage de comptables vérificateurs pour remplir les formulaires de ces organismes: «Ça ne fait pas plus de recherche, ça fait plus de gens qui remplissent des formulaires pour faire des redditions de comptes.Donc, il y a de plus en plus d'exigences de reddition de comptes, qui ont une valeur ajoutée discutable.» Situation française et autres enjeux Selon Michel Lussault, président du Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES), Université de Lyon, l'autonomie des universités «s'est considérablement renforcée» dans l'Hexagone.«La France était un pays ou traditionnellement l'Etat central avait un pouvoir de contrôle très fort sur les établissements d'enseignement supérieur.Depuis maintenant une vingtaine d'années, les choses avaient commencé à évoluer, et, à la faveur d'une grande loi en 2007, une autonomie très importante a été attribuée aux établissements universitaires.» Mais le gouvernement français «reste quand même très présent à travers notamment des systèmes de contrôle budgétaire».Et les établissements d'enseignement supérieur français sont appelés à travailler davantage ensemble.«En France, il y a à l'heure actuelle une vraie réflexion sur la manière de faire d'établissements qui, n'ayant eu aucune relation pendant très longtemps, commencent à en avoir sur une base territoriale.» Quatre universités et quinze écoles supérieures se trouvent à Lyon et à Saint-Etienne.«On a une vraie volonté de faire en sorte que les établissements désormais travaillent ensemble et éventuellement se fédèrent dans le cadre d'une nouvelle entité universitaire, qu'on appelle l'Université fédérale de Lyon», a mentionné M.Lussault.Dans ce contexte, les dirigeants d'établissement d'enseignement supérieur de la région Rhône-Alpes étaient intéressés à en savoir plus sur la façon dont les universités québécoises et canadiennes sont organisées et gouvernées.Le recteur de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Michel Belley, et le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, ont traité du système universitaire canadien et québécois ainsi que de principes et d'enjeux liés à la gouvernance.M.Belley a notamment évoqué la question des classements d'universités.«C'est bon JACQUES NADEAU LE DEVOIR Guy Breton, recteur de PUniversité de Montréal d'avoir des indicateurs de performance pour les universités, mais, avant de prendre des décisions structurelles sur la réorganisation des universités, il faut se poser la question de savoir quel type d'université est sous-jacent aux classements.» Le recteur de l'UQAC a mentionné que le classement de Shanghaï est par exemple basé sur des indicateurs liés à la recherche.«Si on disait: “Toutes les universités doivent se conformer ou essayer de se conformer au classement de Shanghaï", il n'y aurait plus d'enseignement dans les universités.» Valorisation de la recherche Plus tard dans la journée, il a été question du projet d'entente entre le Canada et l'Union européenne et de la valorisation de la recherche.Le président de la Conférence des présidents d'université (CPU) et de l'Université Claude-Bernard Lyon-1, Lionel Collet, a mentionné que la CPU considérait comme essentiel que l'enseignement supérieur et la recherche soient examinés dans le cadre de ce projet d'entente et il a ajouté avoir contacté la ministre française de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, à ce sujet.«Il y a une position officielle du gouvernement français pour faire en sorte que l'enseignement supérieur et la recherche fassent partie du cadre des discussions, des négociations de l'entente Europe-Canada», a-t-il dit.Le négociateur en chef du Québec en vue d'un accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne, Pierre Marc Johnson, a rappelé qu'au départ la question de la valorisation de la recherche n'était pas à l'ordre du jour des discussions.Des dirigeants universitaires ont énoncé le souhait qu'elle soit abordée.«Ils ont été écoutés sur cette question», a dit le négociateur en chef du Québec.«Je vous dirais que je suis, quant à moi, optimiste quant au fait que l'accord tiendra compte de cette préoccupation [concernant l'innovation, la recherche et le développement] », a mentionné l'ancien premier ministre québécois, ajoutant qu'il ne croyait pas toutefois que le texte de l'entente comporterait beaucoup de détails à ce sujet.«Les négociateur sont sensibles à quelque chose qui m'apparaît fondamental, c'est la participation du secteur privé à cet effort», a-t-il ajouté.M.Johnson a mentionné qu'il croit qu'un accord commercial devrait s'intéresser à la partie D (développement) de la R&D (recherche et développement).Il a par ailleurs indiqué que les négociations entre le Canada et l'Union européenne devraient se terminer en 2011.Collaboratrice du Devoir Soutien aux arts Artistes, à la rue ! Les conseils des arts imposent l’insertion locale Les arts, une affaire d^élite?Pas aux yeux des différents acteurs du milieu des arts qui se sont réunis pour discuter, à Lyon, de différentes formes de soutien aux arts.Le Devoir a assisté à la rencontre.MARTINE LETARTE Comment les citoyens de Toronto ont-ils pu élire un maire, Rob Ford, complètement à l'opposé de son prédécesseur, David Miller, qui faisait pourtant l'envie de plusieurs, notemment parce qu'il a fait de Toronto une ville d'art, de culture et de créativité?Voilà une question que s'est posée récemment Madeleine Poulin, ex-journaliste à Radio-Canada et maintenant présidente de la Table de concertation culturelle de l'arrondissement Sud-Ouest de Montréal.Après quelques recherches, elle s'est rendu compte que bien des Torontois rentraient chez eux après leur journée de travail et se souciaient peu des arts.«Plusieurs se méfiaient même de ceux qui subventionnaient la culture à leurs frais.Les arts et la culture venaient augmenter la fragmentation sociale à Toronto.Pourtant, si on veut assurer un développement culturel durable, les arû et la culture doivent plutôt amener une plus grande cohésion», a-t-elle expliqué aux participants du colloque qui s'est tenu au Conservatoire de Lyon.«La mode, c'est de dire qu'il faut investir dans l'art pour rendre une ville plus compétitive.Le danger là-dedans, c'est que le citoyen ordinaire se sente exclu et que l'art vienne donner du prestige mais qu'il n'appartienne pas aux citoyens.Je crois que, pour contribuer à la cohésion sociale, les projets doivent venir du bas et aller vers le haut», a affirmé Mme Poulin.RéaKser des projets avec les citoyens C'est un peu ce qu'elle tente de réaliser avec son groupe, à travers différentes initiatives dans le quartier Sud-Ouest.Elle travaille notamment sur un projet d'ateliers de résidence d'artistes, sur la création d'un circuit et d'un concert annuel à la mémoire d'Oscar Peterson, qui a grandi dans le quartier.Une école en milieu défavorisé monte aussi chaque année un opéra avec le soutien de l'Opéra de Montréal.«Il faut innover pour que la vie culturelle ne se passe pas seulement dans le centre, mais aussi dans les différents quartiers pour que les citoyens puissent y participer activement», a-t-elle affirmé.Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) travaille également en ce sens, mais à l'échelle des différentes régions de la province.«Nous avons créé un fonds pour les artistes en région, mais nous avons exigé que les projets se fassent en partenariat avec une organisation locale, comme un hôpital, une école, une quincaillerie, n'importe quoi! Au début, les artistes nous en voulaient parce qu'ils disaient que nous brimions leur créativité, mais, après quelques années, ils ont compris à quel point ces projets leur permettaient de développer leur réseau et, finalement, de développer l'art sur leur territoire», est venu ajouter Stéphan La Roche, directeur de la musique, de la danse et de l'action territoriale au CALQ.Pour les organismes artistiques et culturels du Canada, aller chercher l'engagement du public envers les arts est d'ailleurs devenu une priorité.C'est du moins ce qu'est venu dire Simon Brault en citant un sondage du Conseil des arts du Canada, organisme dont il est vice-président: «C'est devenu un choix exprimé par les gens qui reçoivent du financement.Les organismes et les artistes sont conscients que développer des relations avec les citoyens est quelque chose d'absolument essentiel à leur survie.» Développer la philanthropie Gil Desautels, vice-président principal, Québec, de KCI, une grande firme-conseil en philanthropie, considère pour sa part que l'engagement des citoyens pourrait être encore plus actif et qu'on ne doit pas hésiter à leur demander de contribuer de façon philanthropique.«La philanthropie n'est pas une tradition chez les Québécois francophones.Dans les années 50, on donnait au clergé, ensuite.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Simon Brault, vice-président du Conseil des arts du Canada lors de la Révolution tranquille, on donnait à l'Etat-providence, qui redistribuait les sommes, et là, avec le désengagement de l'Etat, la philanthropie se développe chez les francophones.On voit de plus en plus de mécènes», a affirmé M.Desautels.En Allemagne, les citoyens soutiennent les arts depuis fort longtemps, a indiqué Ulrich Sac-ker, directeur de l'Institut Goethe de Lyon.«L'Allemagne compte 300 associations, les Kunstvereine, qui soutiennent les arts, surtout les arts visuels.Beaucoup d'Allemands en sont membres et ça leur coûte 50 euros par année.Cette tradition a commencé après la Révolution française.C'était une réaction de la nouvelle bourgeoisie contre la noblesse», a-t-il expliqué.Comment, lorsqu'on n'a pas cette tradition, arriver à amener les citoyens à donner à des organismes?Gil Desautels croit qu'il faut commencer par ceux qui croient très fort à l'organisme.«Je pense par exemple aux membres du conseil d'administration, précise-t-il.Partout en Amérique du Nord, excepté au Québec, on demande aux gens du conseil d'administration de contribuer financièrement à l'organisme et de partager leur réseau.Au Québec, on a le réflexe de dire qu'ils donnent déjà assez de temps, qu'on ne va pas leur demander de donner de l'argent en plus! Mais si les gens du conseil d'administration ne croient pas suffisamment en la cause pour en faire une priorité philanthropique, qui le fera?» Collaboratrice du Devoir Numérisation « Comment enlever des taches de rouge à lèvres sur un tailleur ?» Les bibliothèques sont aussi virtuelles De plus en plus, les bibliothèques développent leur volet virtuel.Des représentants de plusieurs grands établissements en Europe et en Amérique du Nord sont venus discuter de leurs stratégies lors du colloque «Les bibliothèques du XXL siècle», qui s^est tenu le 22 novembre lors des 23^® Entretiens du Centre Jacques Cartier.Le Devoir y était.Pourriez-vous donner une très bonne recette de tarte aux myrtilles?Savez-vous comment enlever des taches de rouge à lèvres sur un tailleur?Vous avez peut-être déjà pensé à poser ce genre de questions à un moteur de recherche dans le web, mais probablement jamais vous n'avez pensé à les poser à un bibliothécaire.Pourtant, en France, plusieurs le font, que ce soit par courriel ou par téléphone.Et les bibliothécaires leur répondent.Pourquoi?«Nous avons, dans nos rayons, des livres qui contiennent ces réponses, alors nous répondons pour rendre cette information disponible en ligne», a expliqué Bertrand Calenge, directeur par intérim de la Bibliothèque de Lyon, qui est venu parler notamment du site www.guichetdusa-voir.com que l'établissement a mis en place.Les trucs et astuces ne constituent toutefois pas, bien sûr, le genre d'information qui domine ces bases de données.L'idée, c'est de permettre au grand public de poser des questions d'ordre documentaire aux bibliothécaires.«Depuis 2004, nous avons répondu à 32 000 questions et nos bibliothécaires s'engagent à répondre en 72 heures.Notre Guichet du savoir reçoit 2,5 millions de visites par an», a-t-il précisé.On a fait sensiblement la même chose à la Bibliothèque nationale de France (BnF), à Paris.Le Service d'information des bibliothécaires à distance (SIN-BAD), créé en 2005, reçoit environ 850 questions par mois.Depuis la fin de 2008, on publie une sélection de questions dans une base de données.«Pour faire connaître ce service à l'extérieur de notre site, nous publions maintenant une question de la semaine dans notre page Facebook», a indiqué Isabelle Copin, coordonnatrice des services à distance à la BnF.La Bibliothèque de Lyon est allée encore plus loin en créant le site www.pointsdactu.org.«Même si nous sommes constamment gavés d'information, les moteurs de recherche reçoivent énormément de requêtes concernant les questions d'actualité.By a donc clairement des aspects qui sont laissés de côté par les médias.Nos bibliothécaires écrivent donc des articles qui viennent mettre en contexte certaines questions d'actualité», explique Bertrand Calenge.Le meilleur exemple est la numérisation d'ouvrages.BAnQ a près de 40 000 livres numériques dans sa collection et 23 000 d'entre eux peuvent être téléchargés sur une tablette de lecture.«C'est merveilleux, parce que ça augmente l'exposition aux livres au Québec.Si quelqu'un de Sept-Iles veut avoir un de nos documents à Montréal, il doit demander qu'on fasse le transfert.Ça prend du temps! Avec la numérisation, c'est instantané et les ouvrages sont chronodégradables», a ajouté M.Berthiaume.Google Livres Lorsque vient le temps de numériser des ouvrages, plusieurs grandes bibliothèques aux Etats-Unis et en Europe travaillent avec Google Livres.BAnQ a près de 40 000 livres numériques dans sa collection et 23 000 d’entre eux peuvent être téléchargés siu- une tablette de lecture BAnQ prend le virage Bibliothèques et Archives nationales du Québec (BAnQ) ne fait pas exception et prend le virage du virtuel.«Lors de l'ouverture de la Grande Bibliothèque en 2005, les gens nous visitaient principalement sur place.Aujourd'hui, nous avons 280 000 abonnés actifs, dont 27 % qui utilisent seulement les services à distance de la bibliothèque.De 2005 à 2009, le nombre de documents téléchargés a triplé et le nombre des demandes d'information et de référence à distance a augmenté de 68 %», a confié Hélène Roussel, directrice générale de la diffusion à BAnQ.Bien qu'un service de questions-réponses soit en place dans l'établissement, il n'y a pas encore de base de données accessible en ligne.«C'est dans nos projets», a précisé Mme Roussel au Devoir sa présentation.«Développer nos ressources dans le web nous permet de mieux remplir notre mandat national, puisqu'il n'y a plus de barrière», a indiqué au Devoir Guy Berthiaume, p.-d.g.de BAnQ et un des responsables du colloque.«Nous avons signé une entente avec Google Livres et nous a-vons maintenant 300 000 ouvrages numérisés, qui sont d'ailleurs 10 fois plus consultés que nos autres livres», a confié lors du colloque Ann Thornton, de la New York Public Library.«Numériser des livres, c'est très long et très cher.Google en fait une industrie et le géant va seulement dans les plus grandes bibliothèques du monde et numérise très rapidement un très grand nombre de volumes», a expliqué au Devoir David Aymo-nin, directeur de l'information scientifique et des bibliothèques de l'École polytechnique de Lausanne.Au Québec, on s'arrange donc tout seul! «Nous n'avons jamais été approchés par Google Livres», a précisé Guy Berthiaume.Cela n'empêche pas BAnQ de poursuivre ses efforts de numérisation.«Le grand défi, a ajouté M.Berthiaume, c'est d'augmenter la disponibilité de titres québécois en version numérique.Nous sommes en train d'essayer d'établir un système pour y arriver et nous souhaitons signer prochainement une entente avec l'Association nationale des éditeur de livres.» M L. G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 DECEMBRE 2010 ENTRETIENS JACQUES-CARTIER Changements climatiques L’avenir d’Hydro est au nord Quelles seront les conséquences des changements climatiques sur les activités d’Hydro-Québec, qui produit la quasitotalité de son électricité à partir de l’eau?C’est la question que se sont posée les inscrits au colloque «Evénements climatiques extrêmes: inondations et sécheresses.Une rencontre entre histoire et sciences de l’environnement», tenu dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.MARCO BÉLAIR-CIRINO Lyon — La société d’Etat tirera parti des impacts des changements climatiques, à en croire les conclusions préliminaires d’un «vaste projet de recherche» mené, depuis 2002, par l’Institut de recherche d’Hydro-Québec QREQ) et Ouranos, un consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques.René Roy, chercheur principal à l’IREQ et à Ouranos, a présenté un aperçu des scénarios envisagés pour les 40 prochaines années par la société d’Etat aux dizaines de participants du colloque réunis,dans une salle de cours de l’Ecole normale supérieure (ENS) de Lyon.«L’objectif de notre programme de recherche est relativement simple: on souhaite, à Hydro- Québec, améliorer notre connaissance des changements climatiques de manière, d’une part, à limiter les conséquences néfastes de certains phénomènes [.], et aussi, et pourquoi pas, dans certains autres domaines, en tirer avantage», souligne d’entrée de jeu M.Roy.«On fait chez nous l’hypothèse que les concentrations de gaz à effet de serre (GES) évoluent et qu’il y aura une incidence sur le climat», fait-il savoir en montrant une diapositive.«La question qu’on est en droit de se poser est la suivante: est-ce qu’on doit changer nos pratiques tant pour l’exploitation que la conception de nos ouvrages hydrauliques, ceux que l’on exploite?» Hydro-Québec détient 58 centrales hydroélectriques, une centrale nucléaire, quatre centrales thermiques et un parc éolien susceptibles de produire plus de 36 gigawatts (GW).MARCO BELAIR-CIRINO LE DEVOIR Laxmi Sushama, chercheure au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER), René Planton, de Météo-Erance, et René Roy, chercheur principal à l’IREQ et à Ouranos, participaient au colloque sur Entretiens Jacques-Cartier.L’entreprise, qui possède aussi 26 ^ands réservoirs d’une capacité de stockage de 175 téra-watts-heure (TWh) ainsi que des centaines de barrages et d’ouvrages régulateurs, produit 97 % de son électricité à partir de l’eau.Donc, il est facile de comprendre que la question sur toutes les lèvres est celle-ci: la disponibilité en eau va-t-elle s’accroître ou s’amoindrir au Québec?Un «vaste projet de recherche » Ce sont plus de 90 études — à l’horizon 2050 — qui ont été les événements climatiques extrêmes tenu dans le cadre des prises en compte, signale René Roy.Le chercheur appuie notamment ses pronostics sur les «scénarios climatiques» des chercheurs René Laprise et Laxmi Sushama, du Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER).D’ailleurs, tous deux étaient présents au colloque pour partager leurs analyses.«Bien que la différence entre chacune de ces projections — qui correspond à l’incertitude — soit relativement grande, on peut quand même dresser certaines conclusions communes, indique M.Roy.Les crues augmente- raient en sévérité au nord, alors qu’elles pourraient diminuer en sévérité au sud.A partir de novembre et de décembre, il semble que les apports [en eau] seront davantage soutenus.Même chose jusqu’à la période printanière, donc débits hivernaux plus soutenus, une crue devancée de quelques semaines et, conséquemment, des apports estivaux qui seront inférieurs à ce qu’on observe actuellement.» Les barrages situés dans le nord du Québec sont alimentés par de grands réservoirs, contrairement à ceux du sud, qui sont conséquemment plus exposés au risque de sécheresse.«Dans la région où on exploite la majorité de nos centrales hydroélectriques, ça semble, pour l’entreprise, plutôt avantageux puisque l’écart pourrait atteindre 15 % à l’horizon de 2050, alors que, pour le sud du Québec, soit la région habitée, les écarts en hydraulicité seraient nettement moins importants», explique le chercheur principal à l’IREQ et à Ouranos.Bref, «quant à la disponibilité de la ressource à l’horizon 2050, ça pourrait plutôt être favorable pour Hydro-Québec», conclut M.Roy, avant d’être affublé du qualificatif de «clima-to-opportuniste» par un des participants du colloque.«Mais il sera essentiel de s’adapter à ce nouveau contexte hydrologique-là.Ça représente un défi assez important pour nous et c’est ce sur quoi on devrait se concentrer au cours des prochains mois», indique-t-il.Hydro-Québec devra, «en prochaine étape», définir des «stratégies d’adaptation et les mettre en place de façon à en tirer avantage ou, à tout le moins, limiter les conséquences négatives de ces changementsdà».Le Devoir Matériaux Une vis n’est plus une vis ! Auparavant, un mur servait à supporter le toit d’une maison.Aujourd’hui, tout en continuant, bien sûr, de tenir la maison, le mur doit également avoir des propriétés d’isolation thermique.Cette image simple illustre le genre d’enjeux avec lesquels travaillent les spécialistes des matériaux.Plusieurs sommités en la matière se sont réunies pour discuter de leurs recherches les 22 et 23 novembre, à Villeurbanne, en banlieue de Lyon.MARTINE LETARTE En structurant un matériau de différentes façons, les chercheurs arrivent maintenant à lui donner plusieurs fonctionnalités.Ces nouveaux matériaux pourront changer la donne dans différents secteius d’activité, notamment en santé.Sylvain Meille, maître de conférences à l’Institut national des sciences appliquées QNSA) de Lyon, qui était l’un des responsables scientifiques du colloque, travaille entre autres avec toute une équipe sur des vis que les chirurgiens utilisent pour fixer les ligaments aux os.L’idée, c’est de mettre au point im composite lait de pofymère et de minéral.«Actuellement, les vis peuvent être en métal, mais, comme elles sont très rigides, elles peuvent causer une dégradation de l’os si on la laisse trop longtemps, et il faut donc réopérer pour l’enlever.Il y a aussi des vis en polymère, mais elles n’induisent pas une reformation de l’os aussi rapide que les vis en composite», explique-t-il.Il travaille donc, au Laboratoire Mateis, à mettre au point un matériau composé de minéral, poiu favoriser la régénération de l’os, et d’un poljunère, car il se dégrade naturellement, donc nul besoin de réopérer.Le matériau se rapproche d’ailleurs de la composition naturelle de l’os, qui est un mélange de minéral et de poljunère.«On est avancé dans le processus, précise-t-il.Ça devrait être sur le marché d’ici deux ou trois ans, mais ensuite il faudra que les chirurgiens prennent l’habitude de les utiliser, et cela prend toujours du temps.» Diagnostics rapides Au Québec, maintenant, d’autres recherches siu les matériaux sont assez avancées, notamment poiu arriver à faire des diagnostics rapides.Teodor Veres, chef du groupe nanomatériaux fonctionnels à l’Institut des matériaux industriels du Conseil national de recherches du Canada (CNRC), travaille avec une équipe utilisant des matériaux pour développer des technologies qui détectent rapidement la présence de virus, de bactéries ou de marqueurs de maladie chronique ou de cancer.«En ce moment, dans les hôpitaux ou pour les tests dans la chaîne alimentaire, si on suspecte la présence d’un virus ou d’une bactérie, on doit faire une culture cellulaire qui prend plusieurs jours.Grâce à nos technologies, nous réussissons à isoler le virus et à l’analyser en une heure», explique M.Veres, qui collabore, pour ces travaux, avec Michel Bergeron, directeur du Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, et Maryam Tabri-zian, directrice du Centre de bioreconnaissance et de biocapteurs de l’Université McGill.Cette technologie pourrait faire toute une différence notamment dans des cas de maladie infectieuse fulgurante, ou encore lors d’une crise comme celle de la listériose qu’a connue l’industrie fromagère au Québec en 2008.«L’utilisation de ces technologies aurait permis de tester rapidement chaque lot de fromage, donc on n’aurait pas eu à tout jeter par crainte de contamination», affirme M.Véres.Plusieurs chercheurs travaillent aussi avec les matériaux multifonctionnels pour arriver à stimuler la reconstruction d’os ou de tissus.Par exemple, toujours au Laboratoire Mateis, des chercheurs travaillent sur des matériaux dans lesquels on met de la porosité pour permettre aux cellules d’entrer dans le matériau.«Ça permet la vascularisation et le matériau peut être utilisé par les cellules pour régénérer l’os.La difficulté, c’est d’arriver à la bonne structure de composition du matériau, parce que trop de porosité fera en sorte que le matériau ne sera pas suffisamment résistant et difficile à mettre en place.Le matériau doit toujours jouer un rôle mécanique, en plus du rôle biologique», explique M.Meille.À l’aube d’une révolution?Avec les nombreux projets de recherche qui progressent rapidement, peut-on penser qu’on est à l’aube d’une révolution en matière de matériaux multifonctionnels?«En fait, les matériaux multifonctionnels sont déjà bien présents dans notre vie: le bois allie rigidité et légèreté, alors que les composites à fibres pour l’aéronautique sont très résistants et légers.Notre démarche n’est donc pas complètement nouvelle.Nous nous inspirons parfois de la nature, nous essayons de pousser plus loin les concepts et nous pouvons aussi imaginer de nouvelles fonctions», explique Sylvain Meille.«On a tout intérêt à poursuivre les recherches, affirme M.Véres, parce que plusieurs nouveaux produits pourront vraiment avoir un impact important sur la vie quotidienne des gens.» Collaboratrice du Devoir MARCO BELAIR-CIRINO LE DEVOIR Geneviève Decrop, chercheuse associée au PACTE-IEP Grenohie Catastrophes et prévention La victime, le grand oublié Lyon — Geneviève Decrop, chercheuse associée au PAU TE-IEP Grenoble, s’est penchée sur la prise de parole des victimes d’une catastrophe qui, selon elle, revendiquent avec insistance d’être entendues, et pas seulement écoutées.La sociologue rhône-alpine a présenté les fruits de ses recherches dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.«Les victimes prennent aujourd’hui la parole.C’est quelque chose qui est tout à fait incongru, exceptionnel et saillant dans l’histoire des catastrophes», fait-elle remarquer.En plus de s’être «mises à parler», les victimes se sont regroupées.Puis, elles ont créé des associations.«Le premier élément qui les réunit, c’est un sentiment de colère.C’est très important de ne pas négliger cela.Cette colère et un sentiment de trahison constituent le point de départ du parcours de l’engagement», explique-t-elle.Les victimes veulent faire entendre leur voix.Plus encore, «elles entendent peser sur la scène de la gestion des risques et des catastrophes.Ça, c’est véritablement un phénomène nouveau», souligne à grands traits la chercheuse.Geneviève Decrop avait effectué un travail d’enquête et d’analyse auprès de la Pédéra-tion nationale des victimes d’accidents collectifs (EEN-VAC), dont le siège social est situé à Paris.La PENVAC a accueilli et accompagné les victimes de plus de 70 accidents collectifs (catastrophes naturelles, incendies, écrasements d’avion, naufrages, collisions ferroviaires) depuis 1994.Expertise du vécu E«image classique» de la victime, c’est une personne «drapée dans son silence», et «certainement pas quelqu’un qui par- le», indique-t-elle.Néanmoins, les équipes de secours dépêchées sur les lieux des catastrophes, à grand renfort de psychologues, s’efforcent d’écouter les victimes.«Mais les victimes ne veulent pas seulement qu’on les écoute, elles veulent aussi qu’on les entende», souligne-t-elle.«Cette paroledà n’est pas entendue», fait-elle valoir, «d’où l’impulsion encore plus forte des victimes à se mobiliser pour pouvoir élaborer cette paroledà».«A partir de la première impulsion, qui consiste à dire: ‘De quoi mes proches sont morts?Qu’est-ce qui m’est arrivé?Je veux savoir les causes et la vérité.” Ensuite se greffe tout un sentiment que ce qu’on a à dire concerne la collectivité dans son ensemble, qu’on peut apporter quelque chose sur le plan de la gestion de la catastrophe, en tout cas, de la prévention.» Geneviève Decrop soutient que la victime, en Prance, «c’est l’acteur oublié de la scjène de la prévention».C’est l’État qui y domine.C’est pourquoi le mouvement social auquel les victimes ont donné naissance mè-ne le combat sur deux fronts.D’une part, les victimes cherchent à faire reconnaître un «savoir de l’expérience».Elles revendiquent une «expertise du vécu», au même titre que V«expertise technique» est reconnue.D’autre part, les victimes s’efforcent de renforcer la dynamique d’entraide située au cœur de leur mouvement.«On n’est jamais mieux aidé que par des personnes qui ont connu la même épreuve que soi», rappelle la chercheuse.Une maxime qui se retrouve au cœur de l’action du groupe Alcooliques anonymes notamment.MB.-C.Arctique S’il y a bataille au Nord, elle est diplomatique «Les conflits ne sont pas inévitables dans les négociations pour l’extension des plateaux continentaux et des espaces maritimes en Arctique.On peut trouver des possibilités de négociations et de résolution des conflits», a affirmé Erédéric Lasserre, professeur titulaire au Département de géographie de l’Université Laval, lors de la Conférence internationale sur l’Arctique qui s’est tenue à Lyon en novembre.BRIGITTE SAINT-PIERRE f Egalement chef de projet au réseau ArcticNet, Erédéric Lasserre a souli^é que la Norvège et la Russie ont signé en septembre un traité de délimitation maritime et de coopération en mer de Barents et dans l’océan Arctique.Selon M.Lasserre, il est faux de penser «que l’Arctique est une espèce de Ear-West où les différents Etats riverains font à peu près ce qu’ils veulent et revendiquent le plus d’espace maritime possible».Ce géographe a lait valoir que des règles précises s’appliquent et que les États ne peuvent revendiquer n’importe quoi n’importe comment.«La coopération dans l’Arctique fonctionne et, jusqu’à présent, il n’y a pas de conflit majeur qui empêche d’entrevoir une résolution à terme de l’ensemble de ces revendications contradictoires.» Droit de la mer M.Lasserre a souligné que la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer s’applique.En vertu de celle-ci, les États ont des eaux intérieures sur lesquelles ils exercent leur pleine souveraineté.Au-delà des eaux intérieures se trouvent la mer territoriale puis le plateau continental et Ip zone économique exclusive.L’État côtier exerce dans cette zone un droit souverain d’exploitation économique des ressources naturelles.La navigation peut toutefois s’y laire librement, à quelques exceptions près.La zone économique exclusive et le plateau continental vont jusqu’à 200 milles marins à partir de la ligne de base des eaux territoriales.«Si le plateau continental physique s’étend effectivement au-delà de cette ligne des 200 milles marins, on peut avoir droit à ce qu’on appelle un plateau continental étendu», a expliqué M.Lasserre.Les pays qui ont des revendications en ce sens doivent en faire la démonstration.La Norvège et la Russie ont présenté une demande d’extension de leur plateau continental en Arctique.Le Canada et le Danemark pourraient leur emboîter le pas et les États-Unis pourraient faire de même s’ils décidaient de ratifier la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.«On s’empresse de revendiquer des droits souverains sur des plateaux continentaux non pas parce qu’on est sûr qu’on va y trouver des ressources, mais au cas où on y trouverait quelque chose», a dit M.Lasserre.Des chevauchements sont à prévoir entre des zones revendiquées.C’est dans ce contexte que la Russie et la Norvège ont signé un traité en septembre.Passage du Nord-Ouest Pour sa part, Joël Plouffe, doctorant en sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal et chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, a traité de la position des États-Unis à propos du passage du Nord-Ouest en Arctique.«Le passage du Nord-Ouest, c’est d’abord et avant tout une question économique, avec éventuellement, si jamais il est utilisé, des répercussions écologiques qui sont significatives.» Le Canada soutient que ce passage fait partie de ses eaux intérieures.«Les Américains reconnaissent que le passage du Nord-Ouest se trouve dans l’archipel arctique canadien», a rappelé M.Plouffe.Toutefois, les Etats-Unis estiment qu’il s’agit d’un passage maritime international, non soumis à la réglementation du Canqda.Les États-Unis craindraient que la reconnaissance de la souveraineté canadienne sur le passage du JJord-Ouest n’incite d’autres États à avancer des revendications similaires sur des détroits ou des régions maritimes et ne limite leur liberté de naviguer ailleurs dans le monde.Et, à propos de cette zone polaire, Paul Arthur Berkman, directeur du programme de géopolitique de l’océan Arctique au Scott Polar Research Institute à l’Université de Cambridge, souligne l’importance d’établir un équilibre entre les intérêts nationaux et les intérêts communs dans l’océan Arctique, alors que Paule Halley insiste sur la nécessaire intégration des enjeux économiques, sociaux et écologiques: «Il y a une prédominance de l’enjeu économique actuellement et ça détourne l’attention des enjeux sociaux et des enjeux écologiques, qui devraient pourtant être pris en compte.» Aussi, selon Anne Choquet, docteure en droit et chargée d’enseignement à l’Université de Bretagne occidentale à Brest, le projet d’un code obligatoire pour la navigation des navires dans les eaux polaires s’impose.Collaboratrice du Devoir
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.